L’heure de vérité a sonné pour le club azuréen qui, en cas de succès face à Lusitanos/Saint-Maur, retrouvera le 3e niveau, échelon quitté avec pertes et fracas en 2011. Présentation et entretien avec Thomas De Pariente, adjoint au maire de Cannes délégué aux sports, économiste, historien, footballeur, chef d’entreprise et amoureux des Rouge et blanc depuis… toujours !
Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : AS Cannes
Vingt-quatre ans après le match qui a traumatisé une ville et sonné le début d’une longue traversée du désert, l’AS Cannes va disputer, samedi 16 mai, à 18h, à Coubertin, le match le plus excitant, le plus passionnant et le plus important de son histoire, face à Lusitanos / Saint-Maur.
On rembobine. Ce 17 mai 2002, un an après être tombé de Ligue 2 en National, et 4 ans après avoir quitté l’élite (dernière saison en Division 1 en 1997-1998), Valence se présente au stade du quartier de La Bocca lors de la dernière journée de championnat. Seule la victoire donnera aux Azuréens le droit de remonter mais, devant 12 000 spectateurs, ils s’inclinent 2-1. Le club ne s’en remettra pour ainsi dire jamais.
La chute en DHR en 2014
Suivront neuf autres saisons d’affilée en National avant la rétrogradation administrative prononcée par la DNCG en juin 2011 pour une histoire de compte bancaire non abondé au 30 juin (ce sera pourtant le cas le 27 juillet, soit avec près d’un mois de retard). Les différents appels et recours juridiques, et même le forfait en guise de protestation à la première journée de l’exercice suivant en CFA (N2) face à Rodez, n’y changeront rien : Cannes repartira bien au 4e échelon. Puis au 7e échelon en 2014 (en DHR) après le dépôt de bilan, la même année qu’un 1/4 de finale de coupe de France (élimination par l’EA Guingamp, futur lauréat) et après trois échecs consécutifs dans la quête de remontée en National.
Samedi, contre Lusitanos, il sera temps d’effacer le souvenir sombre de Valence. D’enfin bien négocier un match couperet. Afin d’écrire la suite d’un nouveau chapitre ouvert depuis l’automne. Mais un match nul risque de ne pas suffire. Les Crocodiles nîmois, 2es à un point du leader azuréen, sont en embuscade et on les voit mal retomber dans le panneau sur le terrain du promu Limonest, quinze jours après avoir sombré 4-1 à Andrézieux (après avoir été menés 4-0). D’autant que les Rhodaniens, longtemps dans la charrette en première partie de saison, ont assuré leur maintien et, comme le dit la formule consacrée, « ne jouent plus rien » !
Nîmes trop beau trop tôt ?

C’était aussi le cas d’Andrézieux, direz-vous, sauf que huit jours avant de chercher à prendre leur envol à l’Envol Stadium, 8000 supporters avaient célébré les joueurs nîmois comme des héros, comme des promus dans la future Ligue 3. C’était après l’éclatante victoire face au leader cannois (3-0) au stade des Antonins à l’issue d’un match remarquablement maîtrisé sur le pré vert mais qualifié à tort de « finale du championnat ». Quelle erreur !
Ce n’est pas un manque d’humilité, l’entraîneur du Nîmes Olympique, Mickaël Gas, cultive justement tout l’inverse et cela ni ne lui incombe, ni ne lui ressemble. Sa conférence de presse d’après match tout en sobriété l’a d’ailleurs montré : il était acquis que rien n’était fait. C’est simplement une méconnaissance du National 2 dans sa globalité et sans doute un grand moment de légitime « enflammade » dans une ville chaude comme la braise, qui vit pour le football, où la ferveur est difficile à canaliser, où la victoire peut faire perdre la lucidité autant que la défaite rendre dingue.
Clamer à quatre journées de la fin que ce Nîmes-Cannes était la finale du championnat comme on a pu l’entendre ou le lire fut un incroyable manque de respect pour Lusitanos/Saint-Maur, l’équipe qui a le plus longtemps occupée la place de leader cette saison (10 journées, mieux que Rumilly et ses 7 journées), tellement concernée par l’accession. C’est pour ces raisons que l’on imagine mal les Nîmois ne pas ramener les 3 points de Limonest. Ils ont un travail à finir, ils le savent, et ils feront tout pour gagner avant d’espérer.
Ne pas courir deux lièvres à la fois
À Cannes, le contexte est très différent. Cette « vraie » finale cette fois puisque le championnat s’arrêtera à l’issue des 90 ou 95 minutes face à Lusitanos, était secrètement espérée depuis l’arrivée sur le banc le 27 octobre dernier de Mathieu Chabert, 23 jours après une triste défaite à domicile face à Rumilly-Vallières (J7, 0-3) et le limogeage de Damien Ott, que les supporters des Dragons adoraient et qui venait d’emmener son équipe à une marche d’une finale de coupe de France, seulement éliminée par Reims en demi-finale (2-1, le 2 avril 2025).
Mais en championnat de N2, Ott, qui lui aussi était arrivé sensiblement à la même période un an plus tôt – le 14 octobre 2024 – en remplacement de Fabien Pujo (aujourd’hui à Villefranche-Beaujolais en National), n’était pas parvenu à décrocher cette accession, quand bien même il avait réussi à redresser la barre et même à revenir à un point du futur promu, Le Puy, à l’issue de la J18. Mais il est difficile de jouer sur deux tableaux. L’AS Cannes a logiquement subi la situation à ses dépens, laissant l’équipe de Haute-Loire, qui a aligné 8 victoires de rang entre la J19 et la J26, prendre le large et le bon wagon.
Les secousses de l’automne

Si Mathieu Chabert est arrivé plus de trois semaines après le départ de son prédécesseur, aujourd’hui installé sur le banc de La Berrichonne de Châteauroux (National), c’est parce qu’à l’automne, au plus fort de la tempête, il a passé deux entretiens avec deux directeurs généraux différents, l’ancien et le nouveau, et que cela a retardé le processus. C’est aussi parce que, dans le même laps de temps, le nom du directeur sportif a lui aussi changé.
Exit dont le directeur général Félicien Laborde, que les supporters du stade Coubertin ne pouvaient plus voir en peinture et qu’ils ont d’ailleurs conspué lorsqu’ils l’ont aperçu debout dans la « corbeille » (tribune présidentielle) le 21 mars dernier contre Fréjus/Saint-Raphaël (4-0). Les supporters furent si agressifs que, devant tant d’hostilité, Laborde, remplacé depuis par Antoine Gobin, dut être exfiltré en plein match. Exit aussi le directeur sportif Sébastien Perez, remplacé par un Djamal Mohamed au réseau bien plus élargi et adapté pour le niveau.
« Parce que c’est Cannes »

Dès la prise de fonction de Djamal Mohamed, encore tout auréolé d’un travail reconnu au FC Martigues (accession de N2 en National en 2022 puis de National en Ligue 2 en 2024), la rumeur d’une probable arrivée de l’entraîneur Hakim Malek s’est répandue dans les travées de Coubertin. Malek, choisi mi-janvier 2025 par Mohamed pour remplacer Thierry Laurey à la tête du FC Martigues, a redressé de façon admirable son équipe, avant d’échouer aux portes du maintien, et en a profité pour voir sa cote grimper.
Mais c’est finalement Mathieu Chabert qui a été nommé. Le Biterrois de 47 ans, comme pas mal de ses collègues qui ont déjà goûté au National et à la Ligue 2, n’avait pas prévu de s’installer sur un banc de National 2. Sauf à Bordeaux. Sauf à Cannes. Son nom a été cité du côté des Girondins au mois de septembre, quand le coach en place, Bruno Irlès, a vu sa position fragilisée après un début de saison décevant. Un mois plus tard, il s’est engagé à Cannes. « Parce que c’est Cannes » avait-il dit pour justifier sa venue à cet échelon.
Une série de quinze matchs sans défaite
Neuf mois après voir été limogé de l’AC Ajaccio en Ligue 2 (le 4 janvier 2025), voilà que Mathieu Chabert renfilait un autre maillot rouge et blanc, toujours dans le sud, toujours près de la mer, avec une mission simple : redresser une situation sportive mal embarquée (à son intronisation, l’AS Cannes était 9e de sa poule et comptait 7 points de retard sur le leader, Nîmes), remonter au classement et jouer la montée, pourquoi pas à la dernière journée, contre une équipe de Lusitanos/Saint-Maur qui a passé tout le championnat entre la 1re et le 3e place ! Voilà, cette fois, on y est ! La feuille de route du « spécialiste des montées » – ce n’est pas nous qui avons inventé ce surnom ! -, a été – jusqu’à présent – remplie. L’AS Cannes arrive au bout du process et il lui reste un match pour valider sept mois de travail.
Si le coach occitan, qui a propulsé Béziers en Ligue 2 (en 2018), Bastia de N2 en Ligue 2 (entre 2019 et 2021) et Dunkerque de National en Ligue 2 (en 2023), n’était pas encore sur le banc lors du succès à Fréjus/Saint-Raphaël le 18 octobre (1-0, J8), le premier d’une série de quinze matchs sans défaite (10 victoires et 5 nuls), quand le club était 12e du classement, il était déjà dans les tribunes pour voir sa future équipe à l’oeuvre, avant d’aligner 14 matchs sans défaite avec elle. Un parcours qui a permis de s’emparer, pour la première fois de la saison, de la première place à l’issue d’une éclatante victoire face – encore – à Fréjus/Saint-Raphaël, le 21 mars, lors de la J22 (4-0).
Maudite place de leader !

Rapidement « débarrassée » de la coupe de France cette saison (élimination avec les honneurs contre le FC Annecy, club de Ligue 2, au 7e tour, 1-2, dès le mois de novembre), histoire de ne pas avoir à courir deux lièvres à la fois, histoire de ne pas laisser des plumes en route comme cela était arrivé au Puy-en-Velay, quart-de-finaliste en 2024, et devancé de justesse par Aubagne dans la course à la montée, l’AS Cannes a retenu la leçon. Ce qui ne l’a pas empêché de commettre quelques erreurs de parcours, on pense à cette lourde défaite à Toulon (4-2, J23), alors qu’elle étrennait pour la première fois son maillot de leader, ou à ce non-match à Nîmes (3-0, J27), dans le même type de configuration, deux semaines après avoir récupéré la première place. Faut-il en déduire qu’il existe une malédiction pour les équipes en tête ? La débâcle nîmoise à Andrézieux est là pour étayer cette supposition. Mais à un moment donné, et si possible au bon moment, il va bien falloir que le ballon cesse de brûler les pieds du premier !
Une prédiction

Pour terminer la saison en apothéose, les supporters cannois, qui seront 8000 samedi à Coubertin, et qui attendent ce retour en National, ou plutôt en Ligue 3 (le nouveau nom du championnat) depuis 14 ans, comptent sur l’expérience de Mathieu Chabert qui, juste avant le revers 3-0 à Nîmes, avait eu la bonne idée de rappeler qu’avec Dunkerque, en National, il avait perdu un match très important dans la course à la montée à Martigues, ce qui n’avait pas empêché les Nordistes d’accéder en Ligue 2, profitant d’un inexplicable et surprenant revers du leader provençal à l’avant-dernière journée chez la lanterne rouge, Borgo. Le revers de Nîmes Olympique, qui a lui aussi toujours eu du mal à « gérer » sa place de leader, sonne comme une prédiction.
Les supporters cannois comptent aussi sur les qualités offensives de leur équipe : avec 51 buts marqués (dont 28 à domicile en 14 matchs, soit une moyenne de 2 buts par match à Coubertin), les Azuréens se présentent avec la meilleure attaque du groupe, la 3e des trois groupes de N2 (derrière La Roche-sur-Yon 59 et Thionville 53). Surtout, ils ont trouvé en Raphaël Gerbeaud ce numéro 9 qui manquait. S’il n’a pas fait oublier l’inoubliable Julien Dominguez, l’ex-buteur de Saint-Malo a apporté sa fraîcheur et son sens du but (10 réalisations depuis son arrivée en janvier !) à un groupe qui misait trop souvent sur les exploits individuels du joueur le plus régulier de la saison, Chafik Abbas. Sans compter les apports de Malhory Noc et du jeune espoir prêté par Everton, George Morgan, venu mettre de la concurrence et du poids devant, d’autant que Sory Doumbouya, s’il a toujours répondu présent lorsque l’on a fait appel à lui, fut perturbé par des blessures.

Bref, le secteur offensif est pourvu, mais il devra se confronter à la défense de Saint-Maur, la meilleure des trois groupes de National 2 (22 buts encaissés en 29 matchs, seulement 9 buts encaissés en déplacement en 14 matchs !). Il devra tout simplement se confronter à la meilleure équipe à l’extérieur (29 points, 9 victoires, 2 nuls, 3 défaites, 21 buts marqués, 9 encaissés en 14 matchs). Impressionnant.
Ce deuxième Cannes/Lusitanos de l’histoire à Coubertin (les deux clubs se sont affrontés lors de la saison 2001-2002 en National, Cannes l’avait emporté 3-1 à La Bocca) sera aussi une belle opposition de style avec des visiteurs qui impressionnent par l’intensité qu’ils mettent à chacune de leurs rencontres, et où le milieu de terrain Alexis Dos Santos, convoité par des clubs de Ligue 2 et National, rayonnent. Où Helder Esteves, l’entraîneur, réalise des choses formidables depuis son arrivée ou plutôt son retour, en remplacement de Mohamed Tazamoucht, en cours de saison, en novembre 2023.
L’ex-goaleador portugais des Lusitanos, joueur emblématique des années 90 et 2000 (avec une saison à 40 buts en CFA en 2000/01 !), gros travailleur, a apporté son professionnalisme, sa proximité avec ses joueurs, son sens de la psychologie. Il a apporté des résultats aussi : 41 victoires, 23 nuls et 9 défaites en deux saisons et demi et 73 matchs. Pas mal. On a hâte de voir ce que cela va donner à Cannes !
Interview
Thomas De Pariente : « C’est un match couperet »

Il est né à Paris voilà 55 ans mais a grandi à Cannes dans son enfance et aime à rappeler que c’est bien mentionné « Cannes » sur son livret de famille ! Il y est installé depuis maintenant 35 ans.
Adjoint aux sports, aux sports-santé et aux relations internationales et présent aux côtés du maire David Lisnard depuis la première mandature, en 2014, Thomas De Pariente est un acteur privilégié de la vie cannoise et surtout un témoin de plus de 40 ans d’histoire de l’AS Cannes, dont il a vu le premier match au début des années 80. Et depuis, c’est l’amour fou avec le club floqué du dragon.
L’économiste-chef d’entreprise, qui a porté le maillot rouge et blanc (parfois jaune ou bleu) de 1992 à 1997, essentiellement en DH, connaît le sujet sur le bout des doigts. Il copréside aussi l’association des Anciens dragons cannois avec David Bettoni, une confrérie fondée par Antoine Freddolini en 2007, toujours existante mais quelque peu en sommeil, avec un autre « ex » à sa tête, Stéphane Roda, vainqueur de la coupe de la Ligue en 2000 avec les Forgerons de Gueugnon (face au PSG s’il vous plaît !), « et aussi vainqueur de la coupe de France avec Strasbourg, il va m’engueuler si on oublie de le dire (rires) ! »
Thomas De Pariente parle de l’AS Cannes avec une telle éloquence, une telle facilité, une telle passion, que l’on se demande s’il écrira et publiera un jour un livre sur « son » club, ou plutôt des livres tant il s’est passé des choses, tant les anecdotes sont riches et nombreuses, tant cela mérite plusieurs tomes.
Le tome qui nous intéresse aujourd’hui, c’est celui du 16 mai 2026 et la venue de Lusitanos/Saint-Maur à Coubertin. Thomas De Pariente fait évidemment le lien avec le match du 17 mai 2002 contre Valence, qu’il a vécu de l’intérieur. Il raconte d’ailleurs cet épisode et livre même quelques clés et certaines choses à ne pas reproduire, le tout dit avec le recul nécessaire et surtout sans ambiguïté, sans jamais jouer un rôle qui n’est pas le sien. Mais sa légitimité et sa connaissance du microcosme cannois nécessitent que l’on écoute son avis. Toujours précieux et intéressant.
Tu seras là samedi, contre Lusitanos / Saint-Maur ?
Noooon (rires) ! Evidemment, oui, je serai là (rires) !

Ce match résonne un peu comme le traumatisant Cannes-Valence de 2002…
Oui c’est un match couperet, un match de la montée. Les matchs couperets, on a eu du mal à les jouer. Cela rajoute à la dramaturgie. Le match de Valence, en 2002, je l’ai vécu de l’intérieur pendant une semaine. On avait tourné une sorte de « Les yeux dans les Bleus » du pauvre, tout était organisé avec la directrice du marketing, Corinne Gensollen, avec Luc Dayan, avec le JRI Christophe Barbin. Il avait été décidé d’une mise au vert à Sainte-Maxime quasiment toute la semaine avant le match. On a vécu la semaine avec eux. Rétrospectivement, c’est facile de le dire, mais cela a tendu les joueurs. C’était une erreur. On avait filmé plein de séquences, notamment une séquence tournée secrètement avec les épouses pour avoir une vidéo d’encouragement. Le deal, c’était de faire un documentaire si on montait, et de ne rien faire si on ne montait pas. Il y a eu une séquence totalement dingue, quand le regretté René Marsiglia, trois quart d’heure avant le match, rassemble les joueurs dans son petit bureau et leur montre la vidéo des épouses. Marcel Salerno, le président, voulait être présent bien que René ne le souhaitait pas. Rétrospectivement, là encore, cela a mis trop d’émotion. Il faut que le parallèle Cannes-Valence s’arrête là. Il ne faut surtout pas se mettre dans cette émotion-là.

Il faut l’aborder comme un match de championnat, en se disant que l’on a tous les moyens de battre cette équipe que tu reçois. À domicile, c’est souvent un peu long mais en mettant un peu plus d’intensité et avec un soutien populaire qui sera massif, sans surjouer, cela passera. Si tu joues sur tes fondamentaux, et je ne parle même pas d’agressivité, non, parce que le but, ce n’est pas de dénaturer son jeu, mais juste de mettre ce supplément d’intensité, alors il y aura réellement ce que les joueurs adorent, c’est-à-dire jouer devant ce public qui aiment ses joueurs. À Coubertin, les joueurs se sentent bien, ils se sentent aimés. C’est vraiment palpable cette saison, surtout depuis qu’il y a eu ces changements après le match de Rumilly début octobre. Il y a une joie légère. Avec tout ça, il n’y a pas de raison que cela ne passe pas. Je pense à la semaine que les joueurs de l’OM ont vécu avant la finale de la coupe d’Europe contre Milan (en 1993), c’est la plus drôle qu’ils ont vécue. Il ne faut rien changer aux habitudes. Et deux heures avant le match, on se met dedans.
Après, s’il faut élever la rapidité d’exécution, c’est peut-être dans ce match-là qu’il faut le faire, notamment en première mi-temps, parce que, sans faire le tacticien de café de comptoir, dans nos premières périodes, on a l’habitude de poser notre jeu de manière trop lente dans les débuts de match selon moi, de poser le jeu sans intensité, or cette façon de jouer est facile à contrer. Sur la durée, les équipes commencent à faiblir parce qu’on fait bien circuler le ballon, que les schémas sont plutôt bons, etc. D’ailleurs, c’est rare que l’on mène en première mi-temps, on a du mal à marquer. Cette grinta que l’on avait en coupe de France, sans jamais déjouer, c’était formidable. Il y avait exactement le bon « combo ».

Depuis Rumilly, tu l’as évoqué, on sent beaucoup plus de joie, de sérénité, d’amour, de croyance, de soutien… Les résultats sont arrivés aussi. Mais les changements de l’automne ne sont-ils pas arrivés un peu tard ?
L’analyse rétrospective n’apporte rien. Ce que je sais, c’est que ces changements sont arrivés et que cela a apporté du bon. Mais ils ne sont pas forcément arrivés dans le bon sens car logiquement, on est passé par fusibles successifs : un entraîneur, Damien Ott, respect à lui pour le boulot qui a été fait et je ne suis pas sûr qu’il soit responsable de cette séquence du moment; un directeur sportif, qui avait une responsabilité par rapport au recrutement; et en dernier lieu un dirigeant, que l’actionnaire a licencié. Donc on s’est retrouvé avec un nouveau directeur sportif, un nouveau directeur général et un nouveau coach. On a fait quasiment l’inverse du bon processus mais il se trouve que l’on a plutôt pris le bon coach, le bon directeur sportif et le bon directeur général.

Il faut dire qu’il y a dans cette nouvelle organisation des personnes qui ont beaucoup apporté dans l’ombre, je pense à Morgan Amalfitano, qui a grandi à Cannes, et à Grégory Coupet. Ils ont été capables de dire beaucoup de choses et d’amener une espèce de sérénité qui n’existait plus. Quand ils ont assuré l’intérim, en coupe de France à Cap-d’Ail puis en championnat à Fréjus, cela correspond au moment où l’équipe s’est consolidée et stabilisée. Ils ont fait un très bon boulot et cela a facilité l’arrivée sans dramaturgie des trois nouveaux venus, dont Antoine Gobin, le nouveau directeur général, quelqu’un d’une grande intelligence. Il est à mon sens une personne de très haut niveau, intellectuel et artistique, il a un très beau background, notamment auprès de la MLS (Major League Soccer), il est franco-américain, il a grandi aux États-Unis, il apporte une élévation et il a ce côté américain, cette immédiate proximité avec les gens, sans en faire des « caisses ». Il est comme ça. Je ne sais pas ce que dira la suite, mais il a cette bonté humaine qui a été parfaitement captée et comprise par notre environnement et d’abord par nos supporters qui se sont dit « tiens ? Et si on faisait confiance ? », même si on sait que la confiance est circonstanciée aux résultats. D’ailleurs, je veux saluer l’attitude des supporters, qui ont fait preuve de beaucoup d’intelligence et de maturité, d’accompagnement et de passion aussi. Je suis admiratif de leur évolution et de leur comportement. Très objectivement, on peut dire qu’il y a eu un bon assemblage de ces trois nouvelles personnes. Et c’est presque un hasard !

Selon toi, la place de l’AS Cannes aujourd’hui, c’est laquelle ?
Historiquement, on est un des cinq clubs français à avoir le plus de longévité en Division 2, donc je réponds, tendanciellement, notre place, c’est la Ligue 2, et tant mieux s’il y a des possibilités comme on l’a vécu souvent de connaître le plus haut niveau. Cannes est une ville de 74 000 habitants, de taille moyenne. On est typiquement un club professionnel, ça c’est sûr. Et ce depuis l’origine. Le National (la Ligue 3, Ndlr), on l’attend tous, mais ce n’est pas du tout une finalité. La finalité, c’est de retrouver la place stable qui est la nôtre, même si le football a énormément évolué. On voit bien qu’il y a véritablement une carte évidente qui se dessine entre la taille des villes ou métropoles et moyens associés, et les situations sportives. Et le reste est une anomalie. Saint-Etienne en Ligue 2, c’est une anomalie. Bordeaux et Nîmes en National 2, c’est une anomalie.
Aujourd’hui, la taille des villes correspond au niveau. C’est ça le football. La chute tendancielle de l’AS Cannes du milieu des années 90 à aujourd’hui correspond aussi aux déploiements de force de toutes les équipes environnantes : Le Cannet-Rocheville, Grasse, Mandelieu, c’est la désignation même de ce que la suprématie locale est contestée. Cela veut dire que notre niveau de ville-centre a trop baissé. C’est toujours intéressant de le mesurer. Quand je dis cela, en aucun cas je ne dénigre le travail des clubs environnants, simplement, je dis que les conditions sont réunies pour qu’ils puissent se développer, prospérer et progresser. C’est systématiquement le miroir de notre faiblesse.

Les liens entre la Ville de Cannes et le club semblent toujours aussi forts…
Bien sûr ! Monsieur le maire (David Lisnard) et Nicolas Gorgux le premier adjoint et aussi Jean-Marc Chiappini (ancien adjoint)… (il coupe) Mais il faut savoir une chose : quand David Lisnard était adjoint de Bernard Brochand et que le club allait mal, il a eu la loyauté et l’humilité de laisser ce sujet à Bernard. Pourtant, s’il y a une personne qui était fondée historiquement à s’en occuper, c’était bien David Lisnard. Je rappelle que son père Denis est, avec Charly Loubet, le plus jeune joueur à avoir eu un contrat professionnel. Henri Lisnard, l’oncle de David, était dirigeant et président de l’association amateur. Ses deux oncles étaient des joueurs emblématiques du club dans les années 50/60. Il y a une culture du football chez les Lisnard qui est absolument dingue et un « savoir gérer » aujourd’hui de la part du maire.
Mais quand David Lisnard est arrivé aux affaires, en 2014, et même si le club n’est pas géré par la Ville, qui ne subventionne que l’association, il a accepté le fait de retomber pour mieux reconstruire. Cette trajectoire, Dieu sait qu’elle est lente et longue, mais elle est intelligemment faite : ce sont des briques qui s’additionnent, avec les bons curseurs et les bons équilibres. C’est aussi le fruit du travail d’une femme phénoménale, un travail nécessaire au redressement du club, c’est évidemment Anny Courtade. Sans elle, il n’y aurait pas pu avoir ce redémarrage-là. Mais on a besoin de tout le monde, de cette fabuleuse complémentarité entre l’association et la société sportive professionnelle. Le groupe actionnaire (le groupe Friedkin, arrivé en juin 2023) et Anny ont une telle culture de la gagne que chacun fait avancer le club dans deux dimensions, en professionnel et en amateur comme on a pu le voir avec la montée de la réserve en Régional 1.
Thomas De Pariente, son AS Cannes du tac au tac
Ta première à Coubertin ?
Je crois que c’était en 1982, lors du traditionnel tournoi de février qui avait lieu chaque année à Cannes, et qui opposait plusieurs équipes, il y avait le Nantes de Maxime Bossis, Dortmund, l’Eintracht Francfort et Cannes. Jean Fernandez était encore joueur et le stade dans son ancienne configuration. A partir de ce moment-là, je suis tout le temps allé au stade, c’est mon grand-père qui m’emmenait !
Ton plus beau match à Coubertin ?
Cannes-Fenerbahçe, sans hésiter, ce n’est même pas un sujet ! 4 à 0, en coupe d’Europe (en 1994/1995).
Ton joueur cannois préféré ?
Ah il y en a plein ! Le gardien Michel Dussuyer et l’arrière latéral Bruno Chaverot, mon héros, je m’identifiais à lui. Gamin, je voulais lui ressembler.
Ton coach préféré ?
Luis Fernandez.
Un dirigeant qui t’a marqué ?
(Il réfléchit longtemps). Là encore, il y en a eu beaucoup. La facilité serait de répondre Francis Borelli… Il y en a eu beaucoup de mauvais… Allez, par affection, Francis Borelli !
Un bénévole marquant ?
Guy Sporn et Guy Thibault. Guy Sporn, c’est un monsieur qui est à tous les matchs, il donnera toujours un coup de main, c’est un dirigeant exceptionnel. Guy Thibault, le papa de Gérôme, qui a joué avec la réserve à l’AS Cannes, est un peu le même genre de personne. Ce sont des dirigeants emblématiques, ils sont éducateurs aussi. L’âme cannoise, je la retrouve en eux. Ce sont deux personnalités exceptionnelles de longévité, de fidélité, de loyauté et d’intransigeance. Je rajouterais Jacques Gastaldi et Brahim Harris, deux personnes exemplaires.
Un but mémorable ?
J’adore celui du 1-1 de Mickaël Madar contre Valenciennes lors du match retour du barrage D1/D2 en 1993, pour ce qu’il dit et pour cette ambiance, j’ai d’ailleurs la vidéo sur mon téléphone, mais il y en a un que je publie tout le temps sur les réseaux, tant il dit que l’on peut être un club exceptionnel dès que l’on repart de l’avant, c’est le tête de Cheikh Ndoye contre Reims (en demi-finale de la coupe de France l’an passé). Quelle clameur ! J’aime ce but pour trois raisons : ce qu’il a permis de vivre en coupe de France, ce « redécollage » de l’AS Cannes et pour ce qu’il révèle de Cannes et des Cannois.
Un formateur ?
Jean-Jacques Asso. Je pourrais citer aussi ce trio quatuor Troin-Bettoni-Lacombe. Mais pour moi, le meilleur formateur de tous, c’est David Bettoni quand il était au centre. Les joueurs l’adoraient, l’écoutaient et pouvaient « mourir » pour lui sur le terrain. Il assume d’une façon très rigoureuse, très professionnelle et très discrète, son amitié avec « Yaz » (Zinédine Zidane), il est d’une humilité et d’une résilience… Chapeau.
Un adversaire marquant ?
Nancy, en 1992. On est éliminé en demi-finale de la coupe de France après un super match contre Monaco (aux tirs au but) et juste après, on reçoit Nancy en D1, il faut absolument gagner pour se maintenir alors qu’on avait le 5e budget du championnat, c’était l’époque Zidane, Asanovic, Omam Biyik et compagnie, on ne fait que match nul (1-1)… Cela a été un traumatisme aussi. Heureusement, on remonte la saison suivante grâce à Luis (Fernandez). Ce match-là, face à Nancy, est resté en travers de la gorge. Évidemment, Valence aussi, en 2002.
Un maillot fétiche ?
Y’en a plein ! Je suis même obligé de dissocier selon que l’on parle de l’équipementier ou de la publicité. Le Mas d’Auge, rouge et blanc, à l’époque de Jean Fernandez, j’adorais ce maillot. Je crois qu’on l’a porté quand on est monté en D1, on reçoit Auxerre en août 87, on fait 0 à 0. Je me souviens bien de ce match car il y avait un joueur à l’échauffement qui ne faisait pas comme les autres, un peu façon Maradona, qui s’amusait, c’était Eric Cantona, que l’on connaissait à peine, mais quel talent ! Celui d’Alain Giresse (1989-90), Chronos aussi (1990-91) et sinon, définitivement, le Duarig (1988-89) avec un de mes joueurs fétiches, tout petit, Antoine Martinez, qui arrivait de Bordeaux, un talent fou au poste de numéro 10.
Je pensais que tu évoquerais le maillot « Maisons Phénix » ?
Pas du tout ! Je suis un fan des années 80 mais je ne suis pas nostalgique. On a été très bons, très mauvais, c’est comme ça. J’ai adoré le passé, je ne le regrette jamais.
Une anecdote ?
Quand on a fait une épopée de coupe de France en 1983-1984, en D2, en éliminant Sochaux, Bastia, à chaque fois on jouait sous des trombes d’eau, et je regardais les matchs avec Youssouf Fofana, le « diamant noir », que Jean-Marc Guillou était allé chercher à Abidjan avec Richard Conte. Le directeur du centre de formation, qui n’était pas encore un vrai centre, et l’entraîneur de la DH, Arsène Wenger, a dû se retrouver pour un de ces matchs, contre Sochaux, sur le banc parce que Guillou n’était pas là, et Cannes gagne 3 à 0. Cela n’a jamais été raconté je crois, mais le premier match en pro sur le banc d’Arsène Wenger, ce n’est pas avec Nancy, mais avec l’AS Cannes en D2, et j’y étais !


National 2 (30e et dernière journée) – Samedi 16 mai 2026, à 18h au stade Coubertin : AS Cannes (1er, 57 pts) – Lusitanos Saint-Maur (3e, 55 pts).
– L’AS Cannes en Ligue 3 si : victoire contre Lusitanos OU nul contre Lusitanos et Nîmes Olympique (2e, 56 pts) ne gagne pas à Limonest.
– Nîmes en Ligue 3 si : victoire à Limonest et Cannes ne gagne pas.
– Lusitanos / Saint-Maur en Ligue 3 si : victoire à Cannes et Nîmes ne gagne pas à Limonest.
- Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
- Photos : AS Cannes
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Sérieux sans se prendre au sérieux. C’est celle que l’on partage avec notre staff. Et parfois je rajoute « très » sérieux dans certains contextes. C’est ce qui nous caractérise. J’aime déconner mais jamais au détriment de la rigueur. Il y a un minimum que tu dois mettre dans ce que tu fais. J’ai besoin de me sentir bien avec les gens. Mais cela ne passera jamais avant le travail bien fait. Ou fait du mieux possible.








