L’heure de vérité a sonné pour le club azuréen qui, en cas de succès face à Lusitanos/Saint-Maur, retrouvera le 3e niveau, échelon quitté avec pertes et fracas en 2011. Présentation et entretien avec Thomas De Pariente, adjoint au maire de Cannes délégué aux sports, économiste, historien, footballeur, chef d’entreprise et amoureux des Rouge et blanc depuis… toujours !

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : AS Cannes

Vingt-quatre ans après le match qui a traumatisé une ville et sonné le début d’une longue traversée du désert, l’AS Cannes va disputer, samedi 16 mai, à 18h, à Coubertin, le match le plus excitant, le plus passionnant et le plus important de son histoire, face à Lusitanos / Saint-Maur.

On rembobine. Ce 17 mai 2002, un an après être tombé de Ligue 2 en National, et 4 ans après avoir quitté l’élite (dernière saison en Division 1 en 1997-1998), Valence se présente au stade du quartier de La Bocca lors de la dernière journée de championnat. Seule la victoire donnera aux Azuréens le droit de remonter mais, devant 12 000 spectateurs, ils s’inclinent 2-1. Le club ne s’en remettra pour ainsi dire jamais.

La chute en DHR en 2014

Suivront neuf autres saisons d’affilée en National avant la rétrogradation administrative prononcée par la DNCG en juin 2011 pour une histoire de compte bancaire non abondé au 30 juin (ce sera pourtant le cas le 27 juillet, soit avec près d’un mois de retard). Les différents appels et recours juridiques, et même le forfait en guise de protestation à la première journée de l’exercice suivant en CFA (N2) face à Rodez, n’y changeront rien : Cannes repartira bien au 4e échelon. Puis au 7e échelon en 2014 (en DHR) après le dépôt de bilan, la même année qu’un 1/4 de finale de coupe de France (élimination par l’EA Guingamp, futur lauréat) et après trois échecs consécutifs dans la quête de remontée en National.

Samedi, contre Lusitanos, il sera temps d’effacer le souvenir sombre de Valence. D’enfin bien négocier un match couperet. Afin d’écrire la suite d’un nouveau chapitre ouvert depuis l’automne. Mais un match nul risque de ne pas suffire. Les Crocodiles nîmois, 2es à un point du leader azuréen, sont en embuscade et on les voit mal retomber dans le panneau sur le terrain du promu Limonest, quinze jours après avoir sombré 4-1 à Andrézieux (après avoir été menés 4-0). D’autant que les Rhodaniens, longtemps dans la charrette en première partie de saison, ont assuré leur maintien et, comme le dit la formule consacrée, « ne jouent plus rien » !

Nîmes trop beau trop tôt ?

Maxime Blanc. Photo AS Cannes

C’était aussi le cas d’Andrézieux, direz-vous, sauf que huit jours avant de chercher à prendre leur envol à l’Envol Stadium, 8000 supporters avaient célébré les joueurs nîmois comme des héros, comme des promus dans la future Ligue 3. C’était après l’éclatante victoire face au leader cannois (3-0) au stade des Antonins à l’issue d’un match remarquablement maîtrisé sur le pré vert mais qualifié à tort de « finale du championnat ». Quelle erreur !

Ce n’est pas un manque d’humilité, l’entraîneur du Nîmes Olympique, Mickaël Gas, cultive justement tout l’inverse et cela ni ne lui incombe, ni ne lui ressemble. Sa conférence de presse d’après match tout en sobriété l’a d’ailleurs montré : il était acquis que rien n’était fait. C’est simplement une  méconnaissance du National 2 dans sa globalité et sans doute un grand moment de légitime « enflammade » dans une ville chaude comme la braise, qui vit pour le football, où la ferveur est difficile à canaliser, où la victoire peut faire perdre la lucidité autant que la défaite rendre dingue.

Clamer à quatre journées de la fin que ce Nîmes-Cannes était la finale du championnat comme on a pu l’entendre ou le lire fut un incroyable manque de respect pour Lusitanos/Saint-Maur, l’équipe qui a le plus longtemps occupée la place de leader cette saison (10 journées, mieux que Rumilly et ses 7 journées), tellement concernée par l’accession. C’est pour ces raisons que l’on imagine mal les Nîmois ne pas ramener les 3 points de Limonest. Ils ont un travail à finir, ils le savent, et ils feront tout pour gagner avant d’espérer.

Ne pas courir deux lièvres à la fois

À Cannes, le contexte est très différent. Cette « vraie » finale cette fois puisque le championnat s’arrêtera à l’issue des 90 ou 95 minutes face à Lusitanos, était secrètement espérée depuis l’arrivée sur le banc le 27 octobre dernier de Mathieu Chabert, 23 jours après une triste défaite à domicile face à Rumilly-Vallières (J7, 0-3) et le limogeage de Damien Ott, que les supporters des Dragons adoraient et qui venait d’emmener son équipe à une marche d’une finale de coupe de France, seulement éliminée par Reims en demi-finale (2-1, le 2 avril 2025).

Mais en championnat de N2, Ott, qui lui aussi était arrivé sensiblement à la même période un an plus tôt – le 14 octobre 2024 – en remplacement de Fabien Pujo (aujourd’hui à Villefranche-Beaujolais en National), n’était pas parvenu à décrocher cette accession, quand bien même il avait réussi à redresser la barre et même à revenir à un point du futur promu, Le Puy, à l’issue de la J18. Mais il est difficile de jouer sur deux tableaux. L’AS Cannes a logiquement subi la situation à ses dépens, laissant l’équipe de Haute-Loire, qui a aligné 8 victoires de rang entre la J19 et la J26, prendre le large et le bon wagon.

Les secousses de l’automne

Antoine Gobin et Djamal Mohamed. Photo AS Cannes

Si Mathieu Chabert est arrivé plus de trois semaines après le départ de son prédécesseur, aujourd’hui installé sur le banc de La Berrichonne de Châteauroux (National), c’est parce qu’à l’automne, au plus fort de la tempête, il a passé deux entretiens avec deux directeurs généraux différents, l’ancien et le nouveau, et que cela a retardé le processus. C’est aussi parce que, dans le même laps de temps, le nom du directeur sportif a lui aussi changé.

Exit dont le directeur général Félicien Laborde, que les supporters du stade Coubertin ne pouvaient plus voir en peinture et qu’ils ont d’ailleurs conspué lorsqu’ils l’ont aperçu debout dans la « corbeille » (tribune présidentielle) le 21 mars dernier contre Fréjus/Saint-Raphaël (4-0). Les supporters furent si agressifs que, devant tant d’hostilité, Laborde, remplacé depuis par Antoine Gobin, dut être exfiltré en plein match. Exit aussi le directeur sportif Sébastien Perez, remplacé par un Djamal Mohamed au réseau bien plus élargi et adapté pour le niveau.

« Parce que c’est Cannes »

Mathieu Chabert. Photo AS Cannes

Dès la prise de fonction de Djamal Mohamed, encore tout auréolé d’un travail reconnu au FC Martigues (accession de N2 en National en 2022 puis de National en Ligue 2 en 2024), la rumeur d’une probable arrivée de l’entraîneur Hakim Malek s’est répandue dans les travées de Coubertin. Malek, choisi mi-janvier 2025 par Mohamed pour remplacer Thierry Laurey à la tête du FC Martigues, a redressé de façon admirable son équipe, avant d’échouer aux portes du maintien, et en a profité pour voir sa cote grimper.

Mais c’est finalement Mathieu Chabert qui a été nommé. Le Biterrois de 47 ans, comme pas mal de ses collègues qui ont déjà goûté au National et à la Ligue 2, n’avait pas prévu de s’installer sur un banc de National 2. Sauf à Bordeaux. Sauf à Cannes. Son nom a été cité du côté des Girondins au mois de septembre, quand le coach en place, Bruno Irlès, a vu sa position fragilisée après un début de saison décevant. Un mois plus tard, il s’est engagé à Cannes. « Parce que c’est Cannes » avait-il dit pour justifier sa venue à cet échelon.

Une série de quinze matchs sans défaite

Neuf mois après voir été limogé de l’AC Ajaccio en Ligue 2 (le 4 janvier 2025), voilà que Mathieu Chabert renfilait un autre maillot rouge et blanc, toujours dans le sud, toujours près de la mer, avec une mission simple : redresser une situation sportive mal embarquée (à son intronisation, l’AS Cannes était 9e de sa poule et comptait 7 points de retard sur le leader, Nîmes), remonter au classement et jouer la montée, pourquoi pas à la dernière journée, contre une équipe de Lusitanos/Saint-Maur qui a passé tout le championnat entre la 1re et le 3e place ! Voilà, cette fois, on y est ! La feuille de route du « spécialiste des montées » – ce n’est pas nous qui avons inventé ce surnom ! -, a été – jusqu’à présent – remplie. L’AS Cannes arrive au bout du process et il lui reste un match pour valider sept mois de travail.

Si le coach occitan, qui a propulsé Béziers en Ligue 2 (en 2018), Bastia de N2 en Ligue 2 (entre 2019 et 2021) et Dunkerque de National en Ligue 2 (en 2023), n’était pas encore sur le banc lors du succès à Fréjus/Saint-Raphaël le 18 octobre (1-0, J8), le premier d’une série de quinze matchs sans défaite (10 victoires et 5 nuls), quand le club était 12e du classement, il était déjà dans les tribunes pour voir sa future équipe à l’oeuvre, avant d’aligner 14 matchs sans défaite avec elle. Un parcours qui a permis de s’emparer, pour la première fois de la saison, de la première place à l’issue d’une éclatante victoire face – encore – à Fréjus/Saint-Raphaël, le 21 mars, lors de la J22 (4-0).

Maudite place de leader !

Raphaël Gerbeaud. Photo AS Cannes

Rapidement « débarrassée » de la coupe de France cette saison (élimination avec les honneurs contre le FC Annecy, club de Ligue 2, au 7e tour, 1-2, dès le mois de novembre), histoire de ne pas avoir à courir deux lièvres à la fois, histoire de ne pas laisser des plumes en route comme cela était arrivé au Puy-en-Velay, quart-de-finaliste en 2024, et devancé de justesse par Aubagne dans la course à la montée, l’AS Cannes a retenu la leçon. Ce qui ne l’a pas empêché de commettre quelques erreurs de parcours, on pense à cette lourde défaite à Toulon (4-2, J23), alors qu’elle étrennait pour la première fois son maillot de leader, ou à ce non-match à Nîmes (3-0, J27), dans le même type de configuration, deux semaines après avoir récupéré la première place. Faut-il en déduire qu’il existe une malédiction pour les équipes en tête ? La débâcle nîmoise à Andrézieux est là pour étayer cette supposition. Mais à un moment donné, et si possible au bon moment, il va bien falloir que le ballon cesse de brûler les pieds du premier !

Une prédiction

Sory Doumbouya. Photo AS Cannes

Pour terminer la saison en apothéose, les supporters cannois, qui seront 8000 samedi à Coubertin, et qui attendent ce retour en National, ou plutôt en Ligue 3 (le nouveau nom du championnat) depuis 14 ans, comptent sur l’expérience de Mathieu Chabert qui, juste avant le revers 3-0 à Nîmes, avait eu la bonne idée de rappeler qu’avec Dunkerque, en National, il avait perdu un match très important dans la course à la montée à Martigues, ce qui n’avait pas empêché les Nordistes d’accéder en Ligue 2, profitant d’un inexplicable et surprenant revers du leader provençal à l’avant-dernière journée chez la lanterne rouge, Borgo. Le revers de Nîmes Olympique, qui a lui aussi toujours eu du mal à « gérer » sa place de leader, sonne comme une prédiction.

Les supporters cannois comptent aussi sur les qualités offensives de leur équipe : avec 51 buts marqués (dont 28 à domicile en 14 matchs, soit une moyenne de 2 buts par match à Coubertin), les Azuréens se présentent avec la meilleure attaque du groupe, la 3e des trois groupes de N2 (derrière La Roche-sur-Yon 59 et Thionville 53). Surtout, ils ont trouvé en Raphaël Gerbeaud ce numéro 9 qui manquait. S’il n’a pas fait oublier l’inoubliable Julien Dominguez, l’ex-buteur de Saint-Malo a apporté sa fraîcheur et son sens du but (10 réalisations depuis son arrivée en janvier !) à un groupe qui misait trop souvent sur les exploits individuels du joueur le plus régulier de la saison, Chafik Abbas. Sans compter les apports de Malhory Noc et du jeune espoir prêté par Everton, George Morgan, venu mettre de la concurrence et du poids devant, d’autant que Sory Doumbouya, s’il a toujours répondu présent lorsque l’on a fait appel à lui, fut perturbé par des blessures.

Helder Esteves, le coach de Lusitanos/St-Maur. Photo Eric Mendes

Bref, le secteur offensif est pourvu, mais il devra se confronter à la défense de Saint-Maur, la meilleure des trois groupes de National 2 (22 buts encaissés en 29 matchs, seulement 9 buts encaissés en déplacement en 14 matchs !). Il devra tout simplement se confronter à la meilleure équipe à l’extérieur (29 points, 9 victoires, 2 nuls, 3 défaites, 21 buts marqués, 9 encaissés en 14 matchs). Impressionnant.

Ce deuxième Cannes/Lusitanos de l’histoire à Coubertin (les deux clubs se sont affrontés lors de la saison 2001-2002 en National, Cannes l’avait emporté 3-1 à La Bocca) sera aussi une belle opposition de style avec des visiteurs qui impressionnent par l’intensité qu’ils mettent à chacune de leurs rencontres, et où le milieu de terrain Alexis Dos Santos, convoité par des clubs de Ligue 2 et National, rayonnent. Où Helder Esteves, l’entraîneur, réalise des choses formidables depuis son arrivée ou plutôt son retour, en remplacement de Mohamed Tazamoucht, en cours de saison, en novembre 2023.

L’ex-goaleador portugais des Lusitanos, joueur emblématique des années 90 et 2000 (avec une saison à 40 buts en CFA en 2000/01 !), gros travailleur, a apporté son professionnalisme, sa proximité avec ses joueurs, son sens de la psychologie. Il a apporté des résultats aussi : 41 victoires, 23 nuls et 9 défaites en deux saisons et demi et 73 matchs. Pas mal. On a hâte de voir ce que cela va donner à Cannes !

Interview
Thomas De Pariente : « C’est un match couperet »

Thomas De Pariente. Photo DR

Il est né à Paris voilà 55 ans mais a grandi à Cannes dans son enfance et aime à rappeler que c’est bien mentionné « Cannes » sur son livret de famille ! Il y est installé depuis maintenant 35 ans.

Adjoint aux sports, aux sports-santé et aux relations internationales et présent aux côtés du maire David Lisnard depuis la première mandature, en 2014, Thomas De Pariente est un acteur privilégié de la vie cannoise et surtout un témoin de plus de 40 ans d’histoire de l’AS Cannes, dont il a vu le premier match au début des années 80. Et depuis, c’est l’amour fou avec le club floqué du dragon.

L’économiste-chef d’entreprise, qui a porté le maillot rouge et blanc (parfois jaune ou bleu) de 1992 à 1997, essentiellement en DH, connaît le sujet sur le bout des doigts. Il copréside aussi l’association des Anciens dragons cannois avec David Bettoni, une confrérie fondée par Antoine Freddolini en 2007, toujours existante mais quelque peu en sommeil, avec un autre « ex » à sa tête, Stéphane Roda, vainqueur de la coupe de la Ligue en 2000 avec les Forgerons de Gueugnon (face au PSG s’il vous plaît !), « et aussi vainqueur de la coupe de France avec Strasbourg, il va m’engueuler si on oublie de le dire (rires) ! »

Thomas De Pariente parle de l’AS Cannes avec une telle éloquence, une telle facilité, une telle passion, que l’on se demande s’il écrira et publiera un jour un livre sur « son » club, ou plutôt des livres tant il s’est passé des choses, tant les anecdotes sont riches et nombreuses, tant cela mérite plusieurs tomes.

Le tome qui nous intéresse aujourd’hui, c’est celui du 16 mai 2026 et la venue de Lusitanos/Saint-Maur à Coubertin. Thomas De Pariente fait évidemment le lien avec le match du 17 mai 2002 contre Valence, qu’il a vécu de l’intérieur. Il raconte d’ailleurs cet épisode et livre même quelques clés et certaines choses à ne pas reproduire, le tout dit avec le recul nécessaire et surtout sans ambiguïté, sans jamais jouer un rôle qui n’est pas le sien. Mais sa légitimité et sa connaissance du microcosme cannois nécessitent que l’on écoute son avis. Toujours précieux et intéressant.

Tu seras là samedi, contre Lusitanos / Saint-Maur ?
Noooon (rires) ! Evidemment, oui, je serai là (rires) !

Photo AS Cannes

Ce match résonne un peu comme le traumatisant Cannes-Valence de 2002…
Oui c’est un match couperet, un match de la montée. Les matchs couperets, on a eu du mal à les jouer. Cela rajoute à la dramaturgie. Le match de Valence, en 2002, je l’ai vécu de l’intérieur pendant une semaine. On avait tourné une sorte de « Les yeux dans les Bleus » du pauvre, tout était organisé avec la directrice du marketing, Corinne Gensollen, avec Luc Dayan, avec le JRI Christophe Barbin. Il avait été décidé d’une mise au vert à Sainte-Maxime quasiment toute la semaine avant le match. On a vécu la semaine avec eux. Rétrospectivement, c’est facile de le dire, mais cela a tendu les joueurs. C’était une erreur. On avait filmé plein de séquences, notamment une séquence tournée secrètement avec les épouses pour avoir une vidéo d’encouragement. Le deal, c’était de faire un documentaire si on montait, et de ne rien faire si on ne montait pas. Il y a eu une séquence totalement dingue, quand le regretté René Marsiglia, trois quart d’heure avant le match, rassemble les joueurs dans son petit bureau et leur montre la vidéo des épouses. Marcel Salerno, le président, voulait être présent bien que René ne le souhaitait pas. Rétrospectivement, là encore, cela a mis trop d’émotion. Il faut que le parallèle Cannes-Valence s’arrête là. Il ne faut surtout pas se mettre dans cette émotion-là.

Fabio Vanni. Photo AS Cannes

Il faut l’aborder comme un match de championnat, en se disant que l’on a tous les moyens de battre cette équipe que tu reçois. À domicile, c’est souvent un peu long mais en mettant un peu plus d’intensité et avec un soutien populaire qui sera massif, sans surjouer, cela passera. Si tu joues sur tes fondamentaux, et je ne parle même pas d’agressivité, non, parce que le but, ce n’est pas de dénaturer son jeu, mais juste de mettre ce supplément d’intensité, alors il y aura réellement ce que les joueurs adorent, c’est-à-dire jouer devant ce public qui aiment ses joueurs. À Coubertin, les joueurs se sentent bien, ils se sentent aimés. C’est vraiment palpable cette saison, surtout depuis qu’il y a eu ces changements après le match de Rumilly début octobre. Il y a une joie légère. Avec tout ça, il n’y a pas de raison que cela ne passe pas. Je pense à la semaine que les joueurs de l’OM ont vécu avant la finale de la coupe d’Europe contre Milan (en 1993), c’est la plus drôle qu’ils ont vécue. Il ne faut rien changer aux habitudes. Et deux heures avant le match, on se met dedans.

Après, s’il faut élever la rapidité d’exécution, c’est peut-être dans ce match-là qu’il faut le faire, notamment en première mi-temps, parce que, sans faire le tacticien de café de comptoir, dans nos premières périodes, on a l’habitude de poser notre jeu de manière trop lente dans les débuts de match selon moi, de poser le jeu sans intensité, or cette façon de jouer est facile à contrer. Sur la durée, les équipes commencent à faiblir parce qu’on fait bien circuler le ballon, que les schémas sont plutôt bons, etc. D’ailleurs, c’est rare que l’on mène en première mi-temps, on a du mal à marquer. Cette grinta que l’on avait en coupe de France, sans jamais déjouer, c’était formidable. Il y avait exactement le bon « combo ».

Grégory Coupet. Photo AS Cannes

Depuis Rumilly, tu l’as évoqué, on sent beaucoup plus de joie, de sérénité, d’amour, de croyance, de soutien… Les résultats sont arrivés aussi. Mais les changements de l’automne ne sont-ils pas arrivés un peu tard ?
L’analyse rétrospective n’apporte rien. Ce que je sais, c’est que ces changements sont arrivés et que cela a apporté du bon. Mais ils ne sont pas forcément arrivés dans le bon sens car logiquement, on est passé par fusibles successifs : un entraîneur, Damien Ott, respect à lui pour le boulot qui a été fait et je ne suis pas sûr qu’il soit responsable de cette séquence du moment; un directeur sportif, qui avait une responsabilité par rapport au recrutement; et en dernier lieu un dirigeant, que l’actionnaire a licencié. Donc on s’est retrouvé avec un nouveau directeur sportif, un nouveau directeur général et un nouveau coach. On a fait quasiment l’inverse du bon processus mais il se trouve que l’on a plutôt pris le bon coach, le bon directeur sportif et le bon directeur général.

Antoine Gobin, le DG. Photo AS Cannes

Il faut dire qu’il y a dans cette nouvelle organisation des personnes qui ont beaucoup apporté dans l’ombre, je pense à Morgan Amalfitano, qui a grandi à Cannes, et à Grégory Coupet. Ils ont été capables de dire beaucoup de choses et d’amener une espèce de sérénité qui n’existait plus. Quand ils ont assuré l’intérim, en coupe de France à Cap-d’Ail puis en championnat à Fréjus, cela correspond au moment où l’équipe s’est consolidée et stabilisée. Ils ont fait un très bon boulot et cela a facilité l’arrivée sans dramaturgie des trois nouveaux venus, dont Antoine Gobin, le nouveau directeur général, quelqu’un d’une grande intelligence. Il est à mon sens une personne de très haut niveau, intellectuel et artistique, il a un très beau background, notamment auprès de la MLS (Major League Soccer), il est franco-américain, il a grandi aux États-Unis, il apporte une élévation et il a ce côté américain, cette immédiate proximité avec les gens, sans en faire des « caisses ». Il est comme ça. Je ne sais pas ce que dira la suite, mais il a cette bonté humaine qui a été parfaitement captée et comprise par notre environnement et d’abord par nos supporters qui se sont dit « tiens ? Et si on faisait confiance ? », même si on sait que la confiance est circonstanciée aux résultats. D’ailleurs, je veux saluer l’attitude des supporters, qui ont fait preuve de beaucoup d’intelligence et de maturité, d’accompagnement et de passion aussi. Je suis admiratif de leur évolution et de leur comportement. Très objectivement, on peut dire qu’il y a eu un bon assemblage de ces trois nouvelles personnes. Et c’est presque un hasard !

Morgan Amalfitano. Photo AS Cannes

Selon toi, la place de l’AS Cannes aujourd’hui, c’est laquelle ?
Historiquement, on est un des cinq clubs français à avoir le plus de longévité en Division 2, donc je réponds, tendanciellement, notre place, c’est la Ligue 2, et tant mieux s’il y a des possibilités comme on l’a vécu souvent de connaître le plus haut niveau. Cannes est une ville de 74 000 habitants, de taille moyenne. On est typiquement un club professionnel, ça c’est sûr. Et ce depuis l’origine. Le National (la Ligue 3, Ndlr), on l’attend tous, mais ce n’est pas du tout une finalité. La finalité, c’est de retrouver la place stable qui est la nôtre, même si le football a énormément évolué. On voit bien qu’il y a véritablement une carte évidente qui se dessine entre la taille des villes ou métropoles et moyens associés, et les situations sportives. Et le reste est une anomalie. Saint-Etienne en Ligue 2, c’est une anomalie. Bordeaux et Nîmes en National 2, c’est une anomalie.

Aujourd’hui, la taille des villes correspond au niveau. C’est ça le football. La chute tendancielle de l’AS Cannes du milieu des années 90 à aujourd’hui correspond aussi aux déploiements de force de toutes les équipes environnantes : Le Cannet-Rocheville, Grasse, Mandelieu, c’est la désignation même de ce que la suprématie locale est contestée. Cela veut dire que notre niveau de ville-centre a trop baissé. C’est toujours intéressant de le mesurer. Quand je dis cela, en aucun cas je ne dénigre le travail des clubs environnants, simplement, je dis que les conditions sont réunies pour qu’ils puissent se développer, prospérer et progresser. C’est systématiquement le miroir de notre faiblesse.

Le stade Coubertin attend 8000 spectateurs pour la venue de Lusitanos / St-Maur. Photo AS Cannes

Les liens entre la Ville de Cannes et le club semblent toujours aussi forts…
Bien sûr ! Monsieur le maire (David Lisnard) et Nicolas Gorgux le premier adjoint et aussi Jean-Marc Chiappini (ancien adjoint)… (il coupe) Mais il faut savoir une chose : quand David Lisnard était adjoint de Bernard Brochand et que le club allait mal, il a eu la loyauté et l’humilité de laisser ce sujet à Bernard. Pourtant, s’il y a une personne qui était fondée historiquement à s’en occuper, c’était bien David Lisnard. Je rappelle que son père Denis est, avec Charly Loubet, le plus jeune joueur à avoir eu un contrat professionnel. Henri Lisnard, l’oncle de David, était dirigeant et président de l’association amateur. Ses deux oncles étaient des joueurs emblématiques du club dans les années 50/60. Il y a une culture du football chez les Lisnard qui est absolument dingue et un « savoir gérer » aujourd’hui de la part du maire.

Mais quand David Lisnard est arrivé aux affaires, en 2014, et même si le club n’est pas géré par la Ville, qui ne subventionne que l’association, il a accepté le fait de retomber pour mieux reconstruire. Cette trajectoire, Dieu sait qu’elle est lente et longue, mais elle est intelligemment faite : ce sont des briques qui s’additionnent, avec les bons curseurs et les bons équilibres. C’est aussi le fruit du travail d’une femme phénoménale, un travail nécessaire au redressement du club, c’est évidemment Anny Courtade. Sans elle, il n’y aurait pas pu avoir ce redémarrage-là. Mais on a besoin de tout le monde, de cette fabuleuse complémentarité entre l’association et la société sportive professionnelle. Le groupe actionnaire (le groupe Friedkin, arrivé en juin 2023) et Anny ont une telle culture de la gagne que chacun fait avancer le club dans deux dimensions, en professionnel et en amateur comme on a pu le voir avec la montée de la réserve en Régional 1.

Thomas De Pariente, son AS Cannes du tac au tac

Ta première à Coubertin ?
Je crois que c’était en 1982, lors du traditionnel tournoi de février qui avait lieu chaque année à Cannes, et qui opposait plusieurs équipes, il y avait le Nantes de Maxime Bossis, Dortmund, l’Eintracht Francfort et Cannes. Jean Fernandez était encore joueur et le stade dans son ancienne configuration. A partir de ce moment-là, je suis tout le temps allé au stade, c’est mon grand-père qui m’emmenait !

Ton plus beau match à Coubertin ?
Cannes-Fenerbahçe, sans hésiter, ce n’est même pas un sujet ! 4 à 0, en coupe d’Europe (en 1994/1995).

Ton joueur cannois préféré ?
Ah il y en a plein ! Le gardien Michel Dussuyer et l’arrière latéral Bruno Chaverot, mon héros, je m’identifiais à lui. Gamin, je voulais lui ressembler.

Ton coach préféré ?
Luis Fernandez.

Un dirigeant qui t’a marqué ?
(Il réfléchit longtemps). Là encore, il y en a eu beaucoup. La facilité serait de répondre Francis Borelli… Il y en a eu beaucoup de mauvais… Allez, par affection, Francis Borelli !

Un bénévole marquant ?
Guy Sporn et Guy Thibault. Guy Sporn, c’est un monsieur qui est à tous les matchs, il donnera toujours un coup de main, c’est un dirigeant exceptionnel. Guy Thibault, le papa de Gérôme, qui a joué avec la réserve à l’AS Cannes, est un peu le même genre de personne. Ce sont des dirigeants emblématiques, ils sont éducateurs aussi. L’âme cannoise, je la retrouve en eux. Ce sont deux personnalités exceptionnelles de longévité, de fidélité, de loyauté et d’intransigeance. Je rajouterais Jacques Gastaldi et Brahim Harris,  deux personnes exemplaires.

Un but mémorable ?
J’adore celui du 1-1 de Mickaël Madar contre Valenciennes lors du match retour du barrage D1/D2 en 1993, pour ce qu’il dit et pour cette ambiance, j’ai d’ailleurs la vidéo sur mon téléphone, mais il y en a un que je publie tout le temps sur les réseaux, tant il dit que l’on peut être un club exceptionnel dès que l’on repart de l’avant, c’est le tête de Cheikh Ndoye contre Reims (en demi-finale de la coupe de France l’an passé). Quelle clameur ! J’aime ce but pour trois raisons : ce qu’il a permis de vivre en coupe de France, ce « redécollage » de l’AS Cannes et pour ce qu’il révèle de Cannes et des Cannois.

Un formateur ?
Jean-Jacques Asso. Je pourrais citer aussi ce trio quatuor Troin-Bettoni-Lacombe. Mais pour moi, le meilleur formateur de tous, c’est David Bettoni quand il était au centre. Les joueurs l’adoraient, l’écoutaient et pouvaient « mourir » pour lui sur le terrain. Il assume d’une façon très rigoureuse, très professionnelle et très discrète, son amitié avec « Yaz » (Zinédine Zidane), il est d’une humilité et d’une résilience… Chapeau.

Un adversaire marquant ?
Nancy, en 1992. On est éliminé en demi-finale de la coupe de France après un super match contre Monaco (aux tirs au but) et juste après, on reçoit Nancy en D1, il faut absolument gagner pour se maintenir alors qu’on avait le 5e budget du championnat, c’était l’époque Zidane, Asanovic, Omam Biyik et compagnie, on ne fait que match nul (1-1)… Cela a été un traumatisme aussi. Heureusement, on remonte la saison suivante grâce à Luis (Fernandez). Ce match-là, face à Nancy, est resté en travers de la gorge. Évidemment, Valence aussi, en 2002.

Un maillot fétiche ?
Y’en a plein ! Je suis même obligé de dissocier selon que l’on parle de l’équipementier ou de la publicité. Le Mas d’Auge, rouge et blanc, à l’époque de Jean Fernandez, j’adorais ce maillot. Je crois qu’on l’a porté quand on est monté en D1, on reçoit Auxerre en août 87, on fait 0 à 0. Je me souviens bien de ce match car il y avait un joueur à l’échauffement qui ne faisait pas comme les autres, un peu façon Maradona, qui s’amusait, c’était Eric Cantona, que l’on connaissait à peine, mais quel talent ! Celui d’Alain Giresse (1989-90), Chronos aussi (1990-91) et sinon, définitivement, le Duarig (1988-89) avec un de mes joueurs fétiches, tout petit, Antoine Martinez, qui arrivait de Bordeaux, un talent fou au poste de numéro 10.

Je pensais que tu évoquerais le maillot « Maisons Phénix  » ?
Pas du tout ! Je suis un fan des années 80 mais je ne suis pas nostalgique. On a été très bons, très mauvais, c’est comme ça. J’ai adoré le passé, je ne le regrette jamais.

Une anecdote ?
Quand on a fait une épopée de coupe de France en 1983-1984, en D2, en éliminant Sochaux, Bastia, à chaque fois on jouait sous des trombes d’eau, et je regardais les matchs avec Youssouf Fofana, le « diamant noir », que Jean-Marc Guillou était allé chercher à Abidjan avec Richard Conte. Le directeur du centre de formation, qui n’était pas encore un vrai centre, et l’entraîneur de la DH, Arsène Wenger, a dû se retrouver pour un de ces matchs, contre Sochaux, sur le banc parce que Guillou n’était pas là, et Cannes gagne 3 à 0. Cela n’a jamais été raconté je crois, mais le premier match en pro sur le banc d’Arsène Wenger, ce n’est pas avec Nancy, mais avec l’AS Cannes en D2, et j’y étais !

Chafik Abbas. Photo AS Cannes
Photo AS Cannes

National 2 (30e et dernière journée) – Samedi 16 mai 2026, à 18h au stade Coubertin : AS Cannes (1er, 57 pts) – Lusitanos Saint-Maur (3e, 55 pts).

– L’AS Cannes en Ligue 3 si : victoire contre Lusitanos OU nul contre Lusitanos et Nîmes Olympique (2e, 56 pts) ne gagne pas à Limonest.

– Nîmes en Ligue 3 si : victoire à Limonest et Cannes ne gagne pas.

– Lusitanos / Saint-Maur en Ligue 3 si : victoire à Cannes et Nîmes ne gagne pas à Limonest.

 

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : AS Cannes
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Le coach des U19 Nationaux du club héraultais, qui vient de qualifier l’équipe de la Gambardella en finale au Stade de France, est un pur produit de la Paillade, où il a grandi et suivi sa formation. Aujourd’hui, après une carrière pro de 15 ans, c’est lui qui transmet les valeurs et l’esprit aux joueurs de demain.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Montpellier HSC, Bernard Morvan et DR

Entretien réalisé mardi 28 avril 2026

Photo MHSC

Plus Pailladin que lui, tu meurs ! Michel Rodriguez (47 ans) est né à Montpellier, a grandi à Montpellier et a été formé au Montpellier Hérault SC, avant un exil de près d’une vingtaine d’années, d’abord pour poursuivre sa carrière de défenseur central professionnelle, ensuite pour apprendre le métier d’entraîneur une fois l’heure de la reconversion sonnée. Forcément, 20 ans, c’est long.

L’actuel entraîneur des U19 Nationaux du club pailladin a 23 ans quand il est prêté en Ligue 2, à Amiens, en 2001. A ce moment-là, Montpellier Hérault, qui vient de passer une saison dans l’antichambre de l’élite, ne peut plus lui offrir le temps de jeu nécessaire à son épanouissement et à sa progression. Suivront deux ou trois saisons en Ligue 2 (accessions avec Tours et Laval) et surtout du National – dix saisons au total -, avec Cannes, Créteil et le FC Rouen. C’est en Normandie, après le dépôt de bilan des Diables rouges, qu’il élargit sa palette : il passe d’abord du temps dans les bureaux avant de tâter, ensuite, un peu du terrain. Pendant 4 ans, le grand gaillard d’1,86m multiplie les casquettes à la direction générale du club rouennais et touche à tout. Sa reconversion est en marche. Sauf qu’il ne sait pas encore vraiment dans quel rôle… Dans les bureaux ? Sur le terrain ?

Photo MHSC

« Je me suis inscrit à un Master spécialisé en marketing et management des structures sportives professionnelles à Rouen, raconte celui qui a touché ses premiers ballons au Racing-club Lemasson. C’était un Master réputé et j’avais l’opportunité d’arriver directement en 2e année parce que j’avais déjà un diplôme universitaire en gestion obtenu à la fac de Lyon. Là, au club, j’étais plutôt étiqueté comme quelqu’un qui pouvait travailler dans les bureaux. C’est vrai qu’à ce moment-là, je ne savais pas trop si je voulais rester dans l’administratif. Puis je me suis aperçu que j’avais besoin d’être proche du terrain, au contact des joueurs, de comprendre le jeu, parce que c’est là que je me sentais le mieux. Quand j’ai passé mon DES (Diplôme d’Etat Supérieur), j’intervenais comme entraîneur-adjoint sur les U17 nationaux, je me sentais bien. »

Le pré vert lui manque tellement qu’il saute définitivement le pas : « En 2017, le FC Rouen est monté de DH en National 3 et là, avec le départ de l’entraîneur Romain Djoubri, je devais reprendre l’équipe et c’est à ce moment-là que Francis de Taddeo et le Stade Malherbe de Caen m’ont contacté. C’était difficile de refuser une proposition comme ça, dans un club pro. Je pense que j’étais attiré par le terrain. »

Multi-casquettes

Capitaine au FC Rouen (on reconnaît Damien Da Silva et Antoine Goulard derrière). Photo Bernard Morvan

Pour autant, son expérience au FC Rouen lui a énormément apporté : « Le fait de piloter un projet, ça m’a plu. J’ai découvert ce qu’était, entre guillemets, la politique. J’ai côtoyé les partenaires institutionnels, ça m’a aidé, surtout dans le contexte de l’époque, avec l’émergence du projet QRM. Je me suis occupé de la partie commerciale, du merchandising, de la communication, de la gestion financière, en fait, j’ai touché un peu à tout ! J’ai appris sur les hommes aussi, et ça me sert beaucoup aujourd’hui dans mon rôle de formateur car on est beaucoup dans l’humain. On est sur des projets à moyens ou longs termes, que ce soit individuellement pour des joueurs ou collectivement pour un groupe. »

À Malherbe, l’expérience dure trois ans avec les U19 Nationaux, qu’il qualifie dès son arrivée en phase finale, une première dans l’histoire du club du Calvados. Le hasard, ou le destin, appelez-ça comme vous le voulez, place le MHSC sur sa route, en finale tout d’abord (en 2018), en demi-finale l’année suivante (2019). Dans les tribunes, sans doute que de nombreux Pailladins se rappellent au bon souvenir de Michel Rodriguez.

AU FC Rouen. Photo Bernard Morvan

L’histoire ne dit pas exactement quel est l’élément déclencheur dans sa venue, dans son retour « chez lui », au Centre d’entraînement, à Grammont, mais il est certain que la nomination en 2018 à la tête du centre de formation héraultais de Francis de Taddeo, celui qui l’a fait venir à Caen un an plus tôt, a également dû jouer. « En 2020, mon retour à Montpellier, je l’effectue avec un minimum d’expérience à Rouen et à Caen pendant 3 ans comme formateur, poursuit celui qui fut champion d’Europe avec l’équipe de France U19 en 1997, brassard de capitaine au bras. Mais quand j’arrive, j’ai les diplômes. Je pense que les dirigeants ont vraiment pensé à moi quand le hasard a voulu que j’affronte Montpellier avec Caen. Ils se sont dit « Ah, il y a un vrai Pailladin qui fait du boulot ailleurs, alors pourquoi ne le ferait-il pas chez nous ? ». Une personne a beaucoup cru en moi aussi, c’est Francis de Taddeo, qui est venu me chercher à Rouen pour prendre en charge les U19 Nationaux de Caen, alors que je n’avais jamais entraîné. Quand il a rejoint le centre de formation de Montpellier, il a dû penser à moi quand un poste est devenu vacant. Mes saisons à Caen, avec une demi-finale et une finale, deux années de suite, c’était vraiment bien. Autant Montpellier, eux, étaient habitués à aller loin, autant Caen non. »

La Gambardella, un objectif assumé cette saison

Six ans plus tard, le MHSC ne regrette pas son choix. Régulièrement, les U19 Nationaux sont en haut de tableau dans leur poule (1ers en 2023, 2es en 2024 et 2025) et qualifiés en phase finale. Et cette année, cerise sur le gâteau, ils iront au Stade de France, vendredi 22 mai, disputer la finale de la coupe Gambardella Crédit Agricole face au PSG, en lever de rideau des « grands » (OGC Nice – RC Lens).

La joie de l’équipe de Gambardella à Rennes après la qualification pour la finale en avril dernier. Photo MHSC

C’est plus facile à dire aujourd’hui, maintenant que les jeunes Pailladins sont en finale, mais cette compétition, c’était l’objectif assumé de la saison 2025/26 : « On a fait ce choix et cela nous donne raison. On restait sur trois saisons consécutives à disputer les play-off, c’est vrai, mais les play-off, cela n’a jamais été un objectif, c’est juste que ça l’est devenu au fil de la saison, notamment quand arrivent les cinq derniers matchs de championnat. Cette saison, j’ai senti qu’il fallait faire un autre choix, partagé par mon directeur de Centre, Bertrand Reuzeau. Et si cela n’avait pas fonctionné, on aurait quand même disputé un bon championnat. Parce que finir dans les 5 premiers, surtout dans notre poule, ça reste une bonne saison (le MHSC est actuellement 3e). On privilégie d’abord la formation de nos garçons. L’an passé, on a accédé en play-off avec 50 % de joueurs première année et 35 % de U17, elle est là aussi la satisfaction en championnat. Quand j’étais avec les U19 de Caen, on jouait avec la moitié de « première année ». Je me souviens que lors de ma 2e saison à Caen, on fait les play-off avec régulièrement trois ou quatre U17 qui sont titulaires, dont Johann Lepenant… mais bon, c’était Johann Lepenant quoi ! Il a joué tous les matchs. J’avais joué aussi avec Brahim Traoré, qui est devenu pro, et qui était U16. Si on fait jouer des plus jeunes, ce n’est pas par choix, c’est parce que parfois, certaines générations prennent le dessus sur d’autres. Cette saison, dans mon groupe à Montpellier, j’ai deux ou trois U17, un U16 mais c’est une exception, c’est Laciné (Megnan-Pavé, plus jeune joueur de l’histoire du club à avoir signé pro, en octobre dernier, à l’âge de 15 ans et 10 mois !), et sur le banc, j’ai un autre U16, qui n’a pas encore 16 ans, Soyan Ameur, donc on est relativement jeune, aussi jeune que Rennes en tout cas ! Laciné et Soyan nous font certes baisser la moyenne, mais c’est une exception, ce sont deux internationaux ».

« La Paillade, c’est viscéral »

La joie de l’équipe de Gambardella à Rennes après la qualification pour la finale en avril dernier. Photo MHSC

Et comme chaque parcours raconte une histoire, celle de Michel Rodriguez est assez folle. Elle est comme un clin d’oeil au passé. Comme un souvenir enfoui et qui refait surface. Comme un secret longtemps gardé. Aujourd’hui, avec la médiatisation, les réseaux sociaux, les coupures de presse aussi, tous les joueurs de son équipe sont au courant : le coach des U19 Nationaux a remporté la Gambardella comme joueur ! C’était en 1996. Contre le FC Nantes (1-0, but d’Ibrahima Bayakoko).

« Oui, ils le savent ! Longtemps, je n’ai rien dit, mais cela a fini par se savoir. Je suis content de vivre cette aventure humaine avec mes joueurs et avec mon club, parce que pour moi, La Paillade, c’est viscéral quand même… Voir des gens heureux à travers cette compétition, qui vaut ce qu’elle vaut, et, surtout, de le refaire avec mon club, c’est très particulier pour moi; ça l’est déjà d’être ici, au quotidien, à Montpellier, je dirais d’ailleurs que c’est ma force mais c’est aussi ma fragilité. Cela va au delà de ma simple fonction de formateur. J’aime par-dessus tout entraîner et former, et là, je le fais dans ma ville et dans mon club, auxquels je suis attaché. Je ne peux pas me détacher du fait que cela reste Montpellier. Cela ne me donne aucune légitimité, en tout cas, je ne la prends pas, car j’estime que ce sont des attitudes et des compétences, et tout ce que tu fais, qui doivent primer. Je ne me donne aucun droit. Au contraire, je me dis que j’ai encore plus de devoirs, du fait d’être formé ici. Cela fait partie de ma vie. »

« Je ne suis pas un utilisateur de joueurs »

Laciné Megnan-Pavé est le plus jeune joueur de l’histoire du MHSC à avoir signé pro, en février dernier, à l’âge de 15 ans et 10 mois. Photo MHSC

Après neuf ans passés à entraîner les jeunes, n’y a-t-il pas un phénomène de lassitude qui s’installe ? N’a-t-il pas envie d’aller voir ce qui se passe chez les seniors ? Sur ce point, Michel Rodriguez est catégorique : « Pour le moment, ce n’est ni mon ambition ni mon objectif. Je me sens très bien avec les ados, avec la tranche d’âge que j’entraîne. Toucher les pros, cela n’a jamais été mon ambition première, je n’en fait absolument pas un objectif. Maintenant, dans ce milieu, il ne faut jamais fermer les portes parce qu’il y a des contextes aussi qui font que, à un moment donné, on peut être amené à travailler pour une personne ou un club en particulier. Je n’ai que 47 ans, alors on verra bien. Certains passent par la formation pour s’aguerrir dans le but de passer chez les pros, mais ce n’est pas mon projet. Le mien, c’est la formation. Je m’y sens bien. Et si un jour je dois tendre vers les seniors, je garderai toujours cette idée de faire progresser individuellement chacun des mes joueurs, ceux qui jouent et aussi ceux qui ne jouent pas, pour le bien du collectif. J’ai besoin de sentir que je suis une aide pour eux, je ne suis pas un utilisateur de joueurs. Ce n’est pas ma nature. »

« J’ai l’esprit club »

Son côté multi-casquettes peut aussi l’emmener, un jour, à la tête d’un Centre de formation : « Je garde une vision globale des choses, je ne suis pas cloisonné. Par exemple, au MHSC, je connais les joueurs de la préformation, parce que ça m’intéresse, je suis comme ça, je discute avec les coachs, j’aime échanger. Joueur, j’étais déjà comme ça : tu pouvais me demander le nom de l’entraîneur des U15, je le connaissais. En fait, je pense que j’ai l’esprit club. »

L’esprit club, OK. Et surtout, l’esprit… pailladin. D’ailleurs, c’est quoi l’esprit pailladin au juste ? « C’est être combatif. J’aime bien parler de capacité à être courageux et entreprenant dans certains moments, de capacité à donner plus, à avoir un supplément d’âme. L’esprit pailladin, c’est être humble et ambitieux : je tiens ça aussi de mon passage au Stade Malherbe de Caen et ça nous caractérise bien à Montpellier Hérault, où il faut garder beaucoup d’humilité mais sans se limiter dans l’ambition. »

La Gambardella, un rayon de soleil

Photo MHSC

Ce parcours en Gambardella, c’est la fierté du MHSC, qui disputera sa 7e finale (trois titres en 1996, 2009 et 2017, trois finales perdues en 1984, 1985 et 1997). C’est aussi la mise en valeur du travail de formation – qui a toujours été l’un des meilleurs de l’Hexagone – de l’institution héraultaise (1).

(1) En Juin 2025, pour la 5e année consécutive, la FFF a délivré une note de 3 étoiles au centre de formation du MHSC, qui partage la 8ᵉ place du classement des meilleurs centres avec l’OGC Nice, le LOSC, l’AJ Auxerre, l’AS Saint-Étienne et le Stade de Reims.

Ce parcours en Gambardella, c’est surtout le rayon de soleil d’un club historique du championnat de France, qui vit actuellement une période plus délicate, après une relégation en Ligue 2 il y a un an et une saison 2025/26 au terme de laquelle il n’est pas parvenu à se hisser dans le top 5. Et puis, c’est l’occasion de parler d’autre chose que de l’avenir du club, à un moment où le président Laurent Nicollin a officiellement ouvert la porte à une vente, admettant que la survie et la compétitivité du MHSC passaient par l’arrivée de nouveaux capitaux.

Apprentissage accéléré et indicateurs

Photo MHSC

« Médiatiquement, c’est vrai que la coupe Gambardella a beaucoup de retentissement, poursuit Michel Rodriguez; c’est une compétition qui est très suivie, scrutée, médiatisée. Je vois la différence avec les phases finales : on a fait une demi-finale de play-off contre Auxerre (en 2024) mais c’est incomparable avec ce que l’on vit cette saison. Un parcours comme celui-là, c’est beaucoup d’efforts, beaucoup de matchs à enjeu, beaucoup de bons matchs, beaucoup de travail… Il se passe un truc avec cette coupe Gambardella, tant mieux, car ce sont des matchs accélérateurs d’apprentissage dans des contextes bien particuliers, avec des matchs à élimination directe. On a joué à Marmande, à Vichy, à Pontarlier, et à chaque fois, il y avait 2000 ou 2500 personnes au stade ! Et puis, avec la coupe, tu commences à gérer des trucs : le buzz, l’attente, les médias, la pression… C’est intéressant pour la formation du joueur, ce sont des bons indicateurs. »

Michel Rodriguez, du tac au tac

« Après la finale, je vais pleurer, mais je ne sais pas encore pour quelle raison »

Ton premier match dans les tribunes à La Mosson ?
Je crois que c’est avec mon papa, qui me tenait dans les bras sur un platane, l’année de la montée en D1 contre Lyon, en 1981, j’étais tout petit, j’avais 3 ou 4 ans.

Tes premiers souvenirs de joueurs ?
Je me souviens très bien de Julio Cesar puis ensuite de Laurent Blanc, que Michel Mezy a fait reculer d’un cran.

Ton premier match en pro ?
En coupe de France à Metz début 1997, avec Montpellier, on s’est qualifié (en 32e de finale, 3-3, Montpellier qualifié 3-1 aux tirs au but. Cette saison-là, le MHSC atteindra les demi-finales, éliminé par Guingamp 2-0 ap.).

Tu as regardé l’autre demi-finale de la Gambardella, entre PSG et Nantes ?
Oui, j’ai regardé le match le dimanche, le lendemain de notre demi-finale à Rennes, avec le wifi, dans le train du retour ! La SNCF a fait des progrès là-dessus (rires) !

Y-a-t-il un style de jeu préférentiel au centre de formation à Montpellier ?
Sur la formation oui, on a un système de jeu préférentiel et des principes demandés, comme dans beaucoup de Centres de formation. Pas avec les pros, parce que c’est plus difficile, Mais les systèmes, tu sais, bientôt, on n’en parlera plus, parce que c’est très hybride, et d’un match à l’autre, ça change. Il n’y a plus tant d’équipes que cela qui impose vraiment leur animation et leur système de jeu de façon très régulière sur une saison complète. Les équipes s’adaptent, changent d’animation pour contrarier ou contrer l’adversaire, et même des joueurs changent de poste pendant le match; ça reste organisé, mais de manière hybride. Chez nous, la base, c’est quatre défenseurs et deux milieux de terrain et autour, l’idée c’est de presser, d’aller chercher l’adversaire, de ne pas subir.

« Je suis beaucoup dans l’analyse, trop peut-être »

Avec le FC Rouen, face au Romain Armand de l’AS Cannes. Photo Bernard Morvan

Parlons de ta personnalité : tu as l’air très sensible sous ta grande carapace et aussi très observateur…
Je suis beaucoup dans l’analyse, trop peut-être ! Il faudrait que je lâche un peu plus prise. En fait, je suis là quoi, ici et maintenant, et pas ailleurs. Mais je suis aussi quelqu’un qui déconne beaucoup, avec ceux qui me connaissent bien. Je suis sensible, c’est vrai, émotif. J’ai besoin de faire confiance. En fait, je suis entier : avec moi, c’est blanc ou noir, pas souvent gris, même si, avec l’expérience, c’est un peu plus souvent gris quand même (rires). Je ne suis pas forcément méfiant, je donne très vite ma confiance mais une fois que je l’ai retirée… En vrai, je ne la retire pas facilement. Ma confiance se gagne en gouttes mais se perd en litres : c’est ce que je répète souvent aux gars que j’entraîne. Simplement, il ne faut pas me trahir, même si je sais être conciliant et pas trop rancunier. Comme je donne beaucoup au départ, j’ai du mal à comprendre ou accepter que l’on ne puisse pas être respectueux de cette confiance-là.

Tu as pleuré après la demi-finale de Gambardella remportée à Rennes, chez le tenant du titre ?
Non. Parce que je suis vite passé à la suite. J’étais bien sûr heureux ! Heureux aussi de savoir que mon club, mes joueurs, ma famille, mon staff, mes amis, étaient contents. Je pense que je vais pleurer après la finale, mais je ne sais pas encore pour quelle raison !

« On va créer un groupe WhatsApp avec les anciens de 1996 »

Parlons de ta carrière de joueur : meilleur souvenir sportif ?
Cela reste la coupe Gambardella remportée avec Montpellier Hérault, en 1996, un an avant le titre de champion d’Europe U19 à l’époque.

Es-tu toujours en contact avec les joueurs de cette génération-là ?
Quelques-uns mais pas beaucoup. Mais on va « monter » un groupe WhatsApp pour essayer de tous se retrouver. L’idée est venue avec notre parcours actuel, jusqu’en finale. Du coup, les souvenirs reviennent chez certains. Je vais prendre le temps en fin de saison, pendant mes vacances, de m’occuper de ça. Si chacun de nous contacte trois ou quatre joueurs, on va réussir à réunir tout le monde, ça peut être très sympa. Il faut savoir que, de cette génération, quasiment personne n’a joué en pro, c’est aussi pour ça que les contacts ont été plus difficiles à maintenir. On ne se voit pas. Il y avait quand même Ibrahima Bakayoko, qui a une académie en Côte d’Ivoire, j’ai son contact sur Facebook, mais pas plus. Il y avait Stéphane Dief aussi, l’actuel coach du Puy en National.

Pire souvenir sportif ?
(Il réfléchit longuement). C’est une saison, celle qui me laisse le plus de regrets, la descente de Ligue 2 en National avec Tours, parce que je me sentais très bien dans ce club, j’aimais beaucoup la ville, mon épouse s’y sentait bien, on avait fait beaucoup d’efforts pour remonter, avec Albert Falette comme coach. Malheureusement, cette saison a été mauvaise en termes de résultats.

Combien de buts marqués ?
Une dizaine, douze ou treize. Dont celui que j’ai inscrit à Nice, qui est beau (2). D’ailleurs, si tu es bon, tu vas me le récupérer (rires) ! Je pense que c’est le plus beau, et on m’en parle encore : sur un corner, un ballon revient en dehors de la surface, j’étais à la retombée, je le prends un peu de l’extérieur, il tape la barre, et ça rentre ! C’était Jean-Daniel Padovani le gardien.

(2) Le 11 mai 2001 (37e et avant-dernière journée de Ligue 2) : OGC Nice – Montpellier HSC 2-1, au stade du Ray. Cette saison là, le Montpellier HSC, relégué de Ligue 1, était remonté à l’issue du championnat.

Le groupe U19 Nationaux du Montpellier HSC. Photo MHSC

Pourquoi as-tu choisi d’être footballeur ?
Je suis issu d’une famille d’origine espagnole, fan du Real Madrid. Ma mère est de Tolède, mon père du côté de Valladolid. On parle le Castillan chez moi. Mes oncles, mes cousins, tout le monde aime le foot. Le mercredi après-midi, mes grands parents me gardaient, et là où ils habitaient, il y avait un club à côté, le Racing Club Lemasson. Moi, j’habitais à 400 mètres de La Mosson, avenue de Louisville. Au Racing-club Lemasson, j’accompagnais mon cousin, je « traînais » là-bas, et un jour, un samedi, il manquait un joueur, on m’a dit de jouer, et j’ai joué sous fausse licence (rires) ! Je m’en souviens parce qu’on me disait « Aujourd’hui, tu t’appelles comme ça ! » (rires). Le foot, ma famille aimait ça, ça m’a plu aussi, et voilà. Je devais avoir quelques qualités il me semble, et tout s’est enchaîné. On est venu me chercher pour intégrer la section sportive du collège Gérard-Philippe de Montpellier Hérault SC, puis j’ai suivi les cours au lycée Alphonse-Daudet, pendant que j’étais au centre de formation du club.

« Il me manquait un peu de vitesse »

Pourquoi défenseur central ?

Sous les couleurs du FC Rouen. Photo Bernard Morvan

J’ai commencé attaquant ! Je marquais beaucoup de buts quand j’étais gamin, puis j’ai reculé en milieu de terrain et c’est avec la sélection du Languedoc-Roussillon (aujourd’hui « Occitanie ») que j’ai reculé en défense centrale. Régulièrement, au centre de formation, je jouais en milieu de terrain et quand j’allais en sélection chez les jeunes de l’équipe de France, je passais plutôt derrière. J’ai reculé parce qu’il me manquait un peu de vitesse je pense pour jouer devant. C’est vrai qu’aujourd’hui, on demande beaucoup de vitesse également aux défenseurs, mais à mon époque, moins.

Ton geste technique préféré ?
J’aimais tacler ! J’aimais reprendre de volée aussi, sortir, éteindre le feu avec un bon geste de volée, et aussi la diagonale.

Combien de cartons rouges dans ta carrière ?
Zéro en pro ! Et en jeunes, un seul. C’est étonnant non ? Tu ne l’avais pas cette stat’, hein (rires) !?

Qualités et défauts sur un terrain, selon toi ?
Je manquais de vitesse comme je l’ai dit, j’étais plutôt propre dans la relance, avec un bon sens de l’anticipation, une bonne lecture du jeu. Tactiquement, j’étais fiable, j’ai eu la chance d’avoir une bonne formation au Montpellier Hérault, j’avais pas mal de bagages, je pouvais jouer dans différents systèmes, ce qui m’a amené à diriger mes défenses. J’avais ce côté communicant, je mettais en place, un peu comme un patron de la défense.

« J’ai raté le bon wagon et manqué d’ambition »

Tu as passé 10 saisons en National, mais tu as aussi connu la 1re et le 2e division : que t’a-t-il manqué pour jouer durablement en Ligue 1 ou en Ligue 2 selon toi ?

Sous le maillot de l’AS Cannes, au début des années 2000, en National. Photo DR

J’ai eu un parcours linéaire. L’année où on descend en Division 2 avec Montpellier, en 2000, je commence la saison en étant blessé. Le club enchaîne les victoires au début et puis voilà quoi, une grosse dynamique s’installe, c’est normal, et l’année suivante, je suis prêté à Amiens en Ligue 2 pour gagner du temps de jeu. J’étais capitaine de la sélection française dès l’âge de 15 ans, champion d’Europe en moins de 19 ans (capitaine également), professionnel à 18 ans, puis j’ai eu cette première grosse blessure longue durée que je n’ai pas su gérer. J’ai fait l’erreur de penser, par manque de maturité, que cela allait revenir naturellement, et ensuite, j’ai raté le bon wagon. J’ai été étiqueté bon joueur de National, un peu de Ligue 2, et j’ai peut-être aussi manqué un peu d’ambition. Je me suis marié à 21 ans, j’ai eu des enfants, donc j’ai préféré être grand chez un petit plutôt que petit chez un grand. Quand j’étais sollicité par un club, si je sentais de la confiance, je fonçais, je ne faisais pas de surenchère, alors qu’en étant un peu plus patient, j’aurais pu aller dans un club avec un projet plus intéressant, plus structuré, avec plus de moyens et à un niveau supérieur. Cela m’est d’ailleurs arrivé deux fois. Même si je n’avais pas signé de contrat avec un club, une fois que j’avais donné ma parole, je la respectais. Cela faisait partie de mes valeurs. J’ai beaucoup privilégié ma famille et je ne le regrette pas. Parce que j’ai quand même duré 15 ans à un bon niveau, et que je suis très heureux avec mon épouse et mes trois garçons (Maxim – sans le « e » – 24 ans, Mattéo 21 ans et Louca 15 ans), c’est ça ma fierté.

Justement, y-a-t-il eu un club où tu as failli signer ?
Toulouse, avec Erick Mombaerts comme entraîneur, c’était en Ligue 2.

Le club où tu n’aurais pas dû signer ?

Avec le FC Rouen en National, en 2011-12. Photo Bernard Morvan

Ce n’est pas une erreur de casting, c’est juste que je ne m’y suis pas plu comme je le voulais, mais le club de Créteil ne me correspondait pas. Je n’ai rien à reprocher aux personnes, le président Lopes est un super-mec, Rui Pataca m’a fait venir, j’ai passé aussi de bons moments avec Helder (Esteves), mais ce n’était pas assez « famille », c’était trop impersonnel comme club pour moi. J’ai besoin de sentir que je fais partie d’une aventure, comme à Laval ou à Rouen, où j’ai joué.

Le club où tu aurais rêvé de jouer, dans tes rêves les plus fous ?
Le Real Madrid (rires).

Un stade et un club mythique pour toi (en dehors de Montpellier) ?
Celui qui m’a le plus marqué, c’est le Parc des Princes, même s’il y a le Vélodrome aussi.

Un public qui t’a marqué ?
Le Vélodrome.

« Armand Raimbault m’a marqué à Tours »

Un coéquipier marquant ?
Le gardien du Tours FC, Armand Raimbault, m’a marqué. Il tirait les penaltys ! J’aimais sa personnalité.

Le coéquipier avec lequel tu avais le meilleur feeling sur le terrain ?
Fabien Valeri, qui entraîne QRM aujourd’hui. On a joué à Cannes. On a beaucoup échangé ensemble. Je m’entendais très bien aussi sur le terrain avec Antoine Goulard, au FC Rouen.

Le joueur adverse qui t’a le plus impressionné dans ta carrière ?
Sur le poste d’attaquant, Florian Maurice. Sa mobilité, sa manière de se faire oublier sur le terrain… Et aussi, quand j’étais très jeune, Rai, c’était impressionnant.

Le meilleur joueur avec lequel tu as joué ?
Franck Sauzée.

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Xavier Gravelaine. Tu peux aussi inverser la réponse avec la question précédente !

« Sérieux sans se prendre au sérieux »

Un coéquipier perdu de vue que tu aimerais bien revoir ?
Même si j’en ai perdu de vue certains, je peux vite reprendre contact avec eux. Alors comme ça, non, je n’en ai pas.

Un coach perdu de vue que tu aimerais bien revoir ?

Photo Bernard Morvan

J’ai apprécié travailler avec Philippe Hinschberger à Laval. Et aussi Laurent Fournier et René Marsiglia. Chacun pour différentes raisons. Je ne vais pas me faire des amis si je ne cite qu’eux, les autres vont penser que je ne les aime pas (rires) !

Un coach que tu n’as pas forcément envie de revoir ?
(Son visage change radicalement) J’en ai un en tête, mais je ne peux pas te le dire !

Un président ?
Loulou Nicollin bien sûr. Et aussi Fabrice Tardy, à qui je dois beaucoup, au FC Rouen : il m’a fait confiance lors de ma reconversion, parce qu’il n’était pas encore président quand je jouais au club. Il a beaucoup compté pour moi, il m’a beaucoup appris. Je citerais aussi Marcel Salerno à Cannes, que j’ai revu il n’y a pas très longtemps à Montpellier.

Une devise, un dicton ?
Sérieux sans se prendre au sérieux. C’est celle que l’on partage avec notre staff. Et parfois je rajoute « très » sérieux dans certains contextes. C’est ce qui nous caractérise. J’aime déconner mais jamais au détriment de la rigueur. Il y a un minimum que tu dois mettre dans ce que tu fais. J’ai besoin de me sentir bien avec les gens. Mais cela ne passera jamais avant le travail bien fait. Ou fait du mieux possible.

Un modèle de défenseur ?
J’aimais bien Ciro Ferrara (ex-défenseur de Naples et de la Juventus). Mais celui qui me plaît le plus, c’est Sergio Ramos. Il a tout pour moi, le charisme, la personnalité, la technique, le courage, la grinta, il est très complet. C’est déjà un monument mais avec 10 centimètres ce plus, il aurait été un extra-terrestre.

« J’aime m’isoler en montagne ! »

En 1996, Michel Rodriguez a remporté la Gambardella avec le MHSC. A gauche, on reconnaît Stéphane Dief, l’actuel entraîneur du Puy en National. Photo MHSC

Une passion ?
Me retrouver en famille. Être avec mes enfants, mon épouse, j’aime retrouver mes deux soeurs, qui sont à Montpellier. Mes parents sont à Juvignac. J’ai besoin d’aller m’isoler régulièrement en montagne, d’aller marcher. Je fais des randonnées. Mes vacances sont souvent dans les Pyrénées, dans la vallée de Cauteret ou dans la vallée d’Aspe. Je n’ai pas encore eu le temps de faire le reste et je pense que je n’aurai pas assez de ma vie pour faire toutes les Pyrénées ! J’ai beaucoup de respect par rapport au monde qui m’entoure. J’ai besoin de la nature, je m’y sens tout petit, cela resitue bien les choses.

Ta plus grande fierté ?
Ce qui me rend fier, c’est quand je vois dans les yeux des gens qui m’aiment, que eux aussi sont fiers de moi. C’est valable au foot aussi : j’ai besoin d’entraîner des joueurs heureux et de sentir que les gens sont heureux. Quand tu es coach aujourd’hui, ce n’est pas si souvent que cela arrive. Je ne suis pas quelqu’un de fier en général. Mais dans le regard des autres, ça me touche.

Le milieu du foot, en deux mots ?
Impitoyable, passionnant, énergivore. ça fait trois mots (rires) !

En 1996, Michel Rodriguez a remporté la Gambardella avec le MHSC. Photo MHSC
L’emblématique Louis Nicollin félicite Michel Rodriguez après le titre en Gambardella en 1996. Photo MHSC
Photo MHSC
Photo MHSC
Avec Cyril Arbaud, 2e meilleur buteur de l’histoire du National à ce jour, et Alexis Lafon. Photo Bernard Morvan.
Avec Jocelyn Gourvennec. Photo Bernard Morvan
Capitaine au FC Rouen. Photo Bernard Morvan
Sous les couleurs du FC Rouen. Photo Bernard Morvan
Sous les couleurs du FC Rouen. Photo Bernard Morvan

Coupe Gambardella Crédit Agricole / Finale : Paris Saint-Germain – Montpellier Hérault SC, vendredi 22 mai 2026, à 17h15, à Saint-Denis (93), au Stade de France, en lever de rideau de la finale de la Coupe de France CA (RC Lens – OGC Nice, à 21h).

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Montpellier HSC, Bernard Morvan et DR
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