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Mois : mars 2026
Pour le Gardois, installé sur le banc de l’US Créteil depuis octobre dernier, et dont le parcours de vie ne laisse pas indifférent, les apparences physiques sont trompeuses : affublé d’une certaine réputation, il assure être différent de celui que l’on croit. La polyvalence de ce touche à tout et ses compétences dans de nombreux domaines ont séduit ses dirigeants, satisfaits d’avoir déniché un couteau suisse.
Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH
Entretien réalisé avant le match nul de la J23 (1-1) face à Rousset
À 47 ans (il soufflera ses 48 bougies dimanche 5 avril), Jérôme Arpinon a déjà vécu mille vies ! Bien sûr, on exagère. Parler d’expériences de vie serait d’ailleurs plus approprié pour résumer le parcours de ce Nîmois né dans le football – son père et son oncle ont joué et entraîné, son cousin Frédéric a été pro -, qui a passé un tas de diplômes (vidéo, préparateur physique, préparateur mental, entraîneur…); a stoppé une carrière de défenseur central, là encore très jeune; a bossé dans le milieu carcéral; a vu sa maman, dépressive, se donner la mort; a fréquenté les salles de boxe; a passé le BEPF; a entraîné l’équipe de l’UNFP (syndicat des joueurs); a également entraîné Nîmes, son club de coeur, en Ligue 1; a dû lutter contre une certaine image, celle d’un garçon au sang chaud, bagarreur, qui s’emporte au point d’être mêlé à des échauffourées. Une étiquette qu’on lui a collée et dont il sait pertinemment qu’elle a sans doute freiné sa carrière de technicien. Et en plus de cela, il a aussi dû lutter contre… son physique : un délit de faciès, comme il dit lui-même, qui, là encore, l’a desservi. C’est vrai que Jérôme Arpinon « a une gueule », comme on, dit, un visage de boxeur, qui peut en rebuter certains. De tout cela, l’ancien joueur de Vergèze, Alès, Nîmes (centre de formation) et Arles, en parle facilement et ouvertement, avec son accent bien du midi qui respire le soleil.
Invaincu depuis 8 matchs

Jérôme Arpinon n’est pas du genre à se renier : avec lui, ça passe ou ça casse, mais nul besoin d’employer la méthode dure, simplement d’expliquer les choses, en douceur, juste avec les mots. Parfois, c’est cash, mais c’est sa façon de fonctionner : parce que, pour lui, dans le football, le plus important, c’est l’institution, avec le respect qui va avec.
Depuis son arrivée sur le banc de l’US Créteil, en octobre dernier, le papa de trois enfants a d’abord observé le comportement d’une équipe programmée pour jouer le haut de tableau mais engluée à la … dernière place de la poule ! Puis il a tranché. Pas dans son intérêt. Mais dans celui de l’US Créteil. Depuis, les résultats suivent. Ils étaient déjà en progrès en fin d’année 2025 avant de devenir excellents en 2026, à tel point qu’aujourd’hui, l’équipe du club racheté par l’homme d’affaires Xavier Niel l’an passé est celle qui a engrangé le plus de points dans sa poule en National 2 depuis la reprise de janvier, juste derrière l’AS Cannes : 20 en 9 matchs (6 victoires, 2 nuls et 1 défaite) contre 21 aux Azuréens (6 victoires et 3 nuls). Mais si l’on prend en compte les 8 dernières journées, alors les Béliers, qui n’ont plus perdu depuis 8 matchs, sont les meilleurs : 20 points engrangés contre 18 aux Cannois !
Tout ça pour dire que le redressement opéré par le club du Val-de-Marne, englué en N2 depuis maintenant quatre ans, après une trentaine d’années passées entre la Ligue 2 et le National, a drôlement remonté la pente, passant de la place de lanterne rouge à l’arrivée d’Arpinon (16e) à une 6e place aujourd’hui, bien plus en rapport avec les ambitions d’un club forcément montré du doigt l’été dernier avec l’arrivée du géant de la téléphonie et à qui l’on a également collé une étiquette : celle de mastodonte aux pouvoirs financiers illimités…
Miannay : « Jérôme, c’est un couteau suisse »

Ce parcours de champion peut-il faire naître de nouvelles ambitions pour cette fin d’exercice 2025-2026, alors même qu’il ne reste que 8 matchs ? Créteil peut-il venir se mêler à la lutte pour l’accession en Ligue 3, lutte qui ne semble plus concerner que trois équipes (Cannes, Nîmes et Lusitanos / Saint-Maur, et peut-être à un degré moindre Rumilly-Vallières), et alors même qu’il faut doubler cinq équipes ? Sincèrement, cela semble utopique.
Là encore, nous avons posé la question au coach, recruté par Olivier Miannay au début de l’automne pour remplacer Karim Mokeddem : « Son côté couteau suisse a pesé dans la balance, explique le nouveau DG, déjà passé par Créteil de 2016 à 2018, arrivé l’été dernier du Puy-en-Velay après 7 saisons (2018 à 2025) à bâtir, construire et développer un club solide, aux côtés de Roland Vieira tout d’abord, de Stéphane Dief ensuite, au point que le club de Haute-Loire est devenu aujourd’hui une référence en National; Jérôme sait faire beaucoup de choses en dehors du simple fait d’entraîner, et c’est aussi ce qui nous a beaucoup plu. Pour moi, c’est quelqu’un qui devrait entraîner beaucoup plus haut. »
Lundi matin, trente-six heures après une victoire renversante 2-1 à Chasselay, face à GOAL FC, et au lendemain d’un dimanche en famille, à fêter l’anniversaire de son papa, Jérôme Arpinon s’est confié juste avant l’entraînement de l’après-midi. Un entretien de plus de 45 minutes qui a confirmé une chose : avec lui, pas de faux-semblant !
Interview
« Parfois, je me déshumanise pour le football »
Jérôme, sur ton CV, il y a tellement de choses que l’on ne sait pas par quoi commencer…
Y’en a des trucs hein !

Oui, et j’ai découvert que tu avais travaillé dans le milieu carcéral : peux-tu expliquer ce que tu y faisais ?
En fait, quand je jouais à Arles, en CFA (N2), j’ai passé un Brevet d’Etat dans l’animation. Ils cherchaient un éducateur sportif stagiaire pour encadrer et dispenser des cours de sports collectifs aux détenus à la prison d’Arles. Au départ, c’était des missions courtes. Donc, dans le cadre de mes formations, j’allais encadrer le sport pour les détenus à la « centrale », en plus des moniteurs de sport qui étaient déjà là. J’étais un éducateur externe. J’organisais des matchs avec des équipes extérieures qui venaient jouer en prison contre les détenus. Un jour, il y a eu des inondations et il n’y a plus eu de travail mais j’ai été recommandé à la maison d’arrêt de Nîmes. Cette fois, ce n’était plus dans le cadre du diplôme que j’avais obtenu entretemps, mais c’était un travail, rémunéré par la Région. Je venais en plus des éducateurs de la prison, je les remplaçais quand ils étaient en repos ou en congés. J’ai fait ça pendant quelques années.
Mais je n’étais pas du tout surveillant de prison. J’organisais des événements. Leur carotte, aux détenus, c’était ces matchs contre les équipes que je faisais venir. Je me souviens des colis qui se faisaient parachuter et atterrissaient sur le terrain, mais moi je n’allais surtout pas les chercher, ce sont les surveillants qui faisaient ça. À la prison de Nîmes, je m’occupais aussi du quartier mineurs et du quartier femmes… c’était délicat. J’ai vu des choses qui marquent, qu’on ne voit pas dans la vie de tous les jours quand même : parce qu’encadrer une équipe de foot, c’est une chose, mais là, il fallait mettre des outils pédagogiques en place, faire attention à ce que tu dis, se méfier de certains détenus qui font de l’intox.
Qu’est-ce que cela t’a apporté dans la vie de tous les jours ?
D’abord, c’était une bonne expérience de vie. Ensuite, ça m’a permis d’apprendre à bien communiquer avec les gens, parce que quand tu parles à des détenus, il ne faut pas te manquer (sic). Il faut avoir du respect pour tout le monde. En prison, j’ai vu beaucoup de gens malheureux. Il y a de tout… Je me souviens d’une dame que j’avais au quartier femmes, elle avait été condamnée pour l’assassinat de son mari : mais bon, cela faisait 11 ans que sa fille et elle se faisaient rouer de coups par lui… Un soir, elle l’a tué à coups de barres de fer, après qu’il a tapé les enfants. Voilà, tu te retrouves en prison avec des personnes comme ça, je peux te dire que ça marque. Et quand tu fais du foot avec des gens qui ont fait quelque chose de plus ou moins grave, tu as affaire à des gens très polis. Il n’y a pas que des crapules et des criminels en prison.
« En réalité, je suis cool »

Ton caractère, ta personnalité, t’ont-ils servi pour travailler dans le milieu carcéral ?
C’est sûr que cela forge encore plus le caractère mais contrairement aux apparences, je suis quelqu’un de tranquille dans la vie de tous les jours. Mais je sais que j’ai un faciès qui fait que… J’ai ce visage un peu dur, j’ai la tête un peu dure, mais en réalité, je suis cool. C’est juste qu’avec mes expériences de vie, ça t’endurcit. C’est vrai aussi que je ne me laisse pas faire. Je n’aime pas trop l’injustice. Quand j’étais jeune, j’avais tendance à dire tout haut tout et tout fort ce que je pensais : peut-être que j’aurais dû tourner ma langue sept fois dans ma bouche avant de parler, qu’il aurait mieux valu que je me taise et que j’avale des couleuvres, mais j’étais comme ça.
Tu es quelqu’un de plutôt discret, qui ne s’affiche pas, qui ne cherche pas la lumière, qui ne se livre pas comme ça, et pourtant, en 2020, tu as évoqué dans un article le décès de ta maman, qui s’est suicidée…
C’est une histoire tragique. Quand j’en ai parlé dans cette article, je pense que le journaliste voulait casser un peu cette image que j’avais, il voulait attendrir les gens par rapport à ça. Mais je n’aurais pas dû faire cet interview, ça ne servait à rien.
Justement, cette réputation, cette étiquette, Olivier Miannay, le DG de Créteil, estime qu’elle t’a freiné, et que sans ça, tu serais plus haut…
Les gens se font une fausse idée de moi. Une fois que je les rencontre, ils pensent différemment. Tu sais qu’il y a des personnes que je connais qui ont refusé de faire des entretiens avec moi quand je postulais… Parce qu’ils pensent que j’ai trop de caractère, que ça va peut-être les bloquer; ils vont se dire qu’ils ne vont pas pouvoir faire ce qu’ils veulent avec moi ! Bien sûr, je ne suis pas un béni oui-oui, mais quand même ! C’est pour ça que je regardais plutôt vers l’étranger. Cet été, je suis parti faire une mission d’un mois dans le club de Primeiro de Agosto, en Angola, et j’ai eu aussi des contacts en Afrique du sud.
« Je ne ferai pas subir à mes enfants ce que moi j’ai subi »

Il y a aussi le caractère : ça aussi, ça a dû jouer, non ?
Ce qui m’a desservi, au début, quand j’ai commencé sur le banc comme adjoint avec Jean-Michel Cavalli à Nîmes, c’est que j’étais jeune et, surtout, j’étais un gagneur, je n’aimais pas la défaite, et puis on était une équipe sudiste, hein, tu vois, on mettait un peu la pression, on faisait un peu d’intox, c’est ça qui a joué sur ma réputation. Quand il y avait des problèmes dans les couloirs, tu défends l’un, tu défends l’autre, et comme je ne suis pas manchot, bah voilà…
Quand j’ai passé mes diplômes de préparateur physique, je me suis occupé d’un pilote de moto-cross, Anthony Boissière, et aussi d’Olivier Cerdan, plusieurs fois champion du monde de full-contact, et je boxais, ça me permettait d’évacuer le stress, j’aimais bien ce sport. Mais je n’ai jamais vraiment frappé qui que ce soit au foot, je veux dire, je n’ai jamais « retourné la tête de quelqu’un » (sic), sinon je ne serais pas là en train de parler aujourd’hui avec toi, c’est juste qu’il m’est arrivé de prendre part à des échauffourées, au bord du terrain. Il y en a eu une notamment… voilà… C’était lors d’un Reims-Nîmes, en L2 (en 2009), j’ai pris une grosse suspension, parce que j’ai mis un tampon. J’ai pris 8 mois puis la commission a regardé les images, ils l’ont réduite à 4 mois, mais c’est tombé pendant l’été, j’ai pu faire mon travail presque normalement. Après ça, je ne suis retourné que deux fois en commission de discipline, c’était quand j’étais adjoint de Bernard Blaquart sur le banc de Nîmes en Ligue 1, pour une altercation avec Patrick Vieira contre l’OCC Nice (en 2018), là j’ai pris un match de suspension, et en Ligue 2 aussi, une fois, j’avais voulu séparer Anthony Briançon d’un autre joueur, l’arbitre avait cru que… J’avais pris un match de suspension.
Le décès de ta maman, dans les circonstances que l’on sait, a-t-il exacerbé ou développé chez toi un esprit de revanche sur la vie ?
Non. J’ai fait le deuil de son décès mais à cette époque, quand c’est arrivé, je venais de m’inscrire au Creps de Montpellier, je jouais encore à Arles, mon parcours était lancé. Tout était enclenché. Ma maman était dépressive. Elle avait déjà tenté de mettre fin à ses jours. J’en ai souffert quand j’étais petit, je la voyais, ce n’était pas évident. Mais aujourd’hui, je ne me lève pas le matin avec une croix dans le dos. Je suis bien dans ma tête, mes enfants aussi, mon père aussi même s’il en a souffert bien sûr, ma soeur aussi. Je suis né avec ça, les hôpitaux, les psychiatres, les dépressions, les tentatives de suicide… Une personne qui veut se suicider, c’est une personne qui lance des appels au secours, et après ça va crescendo, c’est une maladie. J’étais proche d’elle. Son décès est quelque chose qui nous a unis, mon père, ma soeur et moi. Ce qu’on a vécu, c’est très dur, mais je ne ferai pas subir à mes enfants ce que moi j’ai subi.
« J’ai un caractère dur »

Et toi, la dépression, c’est quelque chose que tu as déjà connu ?
Non. Mais après mon expérience en L1 sur le banc à Nîmes, quand j’ai été viré (en février 2021), j’avais besoin de souffler. Ce n’était pas comme une dépression, mais plutôt une décompression. Quand tu as vu ta maman faire des vraies dépressions, quand tu l’as vue dans les hôpitaux psychiatriques, enfermée à clé, là, je sais ce que c’est. À l’époque, j’étais un peu énervé contre les psychiatres qui ont suivi ma mère. je sais bien qu’ils sont tenus au secret professionnel mais ils n’ont pas voulu me recevoir quand elle est décédée, alors que moi, j’avais besoin de savoir des choses, ce qu’il y avait dans son dossier. Finalement, on m’a un peu expliqué. Mais après cette épisode difficile, j’ai avancé, je n’ai pas reculé. Mon père et ma soeur étaient effondrés, et j’ai fait un peu le soutien de famille pendant un an ou deux. J’avais peur que mon père fasse une connerie mais il a réussi à surmonter le truc. Dimanche, c’était son anniversaire, on a mangé tous ensemble, il parle encore d’elle de temps en temps à table, même s’il a refait sa vie depuis. C’est ça aussi qui m’a permis d’avoir de l’empathie pour les gens.
Je sais que j’ai un caractère dur, que je prends des décisions parfois où je me déshumanise pour le football, mais sinon, dans la vie, je suis quelqu’un de très sensible. J’ai vu des gens malheureux dans le milieu carcéral, j’ai vécu beaucoup de choses quand j’étais petit. Mes histoires de vie m’ont forgé un caractère. Tu sais, si je te disais tous les gens que j’ai aidés, à qui j’ai prêté de l’argent… Je suis quelqu’un de généreux. Un exemple : quand j’étais en Belgique, à Virton, j’adorais mes joueurs, je me régalais avec eux, je les aimais trop, surtout la 2e année. Le président a instauré le système de primes de match suivant : 300 euros en cas de victoire, mais seulement 50 % pour les remplaçants qui entrent en cours de match, et 20 % pour ceux qui n’entrent pas. Je ne trouvais pas ça normal. Donc le remplaçant qui entre, qui marque et donne la victoire à ton équipe, il ne va prendre que 50 % de la prime ? Je me suis battu pour eux. Un jour, j’ai dit : je vous donne 100 euros de ma poche en espèces chacun, 100 euros de plus pour le buteur et 50 euros de plus pour le passeur. J’avais pris 18 joueurs, on avait droit à 17, ça m’a coûté un petit billet…
« L’intérêt du club compte plus que ton intérêt personnel »

Restons dans le thème de la « revanche ». Joueur, tu n’as pas pu embrasser une carrière pro : est-ce que entraîner est une revanche ?
Pas du tout. J’étais bien à Arles. C’était Jean-Louis Saez le coach, il entraîne aujourd’hui les féminines de Montpellier. Quand j’ai arrêté à Arles, je me suis dit, pour mes enfants, que je préférais faire une bonne carrière d’entraîneur plutôt qu’une petite carrière de joueur. J’ai été lucide très vite et quand on se fait deux fois les croisés (il jouait défenseur central), on comprend qu’on ne jouera jamais en Ligue 1. Ce n’est pas en jouant en CFA pendant 10 ans que j’allais nourrir la famille. C’est pour ça que j’ai passé plein de diplômes. À chaque fois que je pouvais en passer un, je le faisais, le BEESAPT, le BNSSA (Brevet National de Sécurité et de Sauvetage Aquatique, le BEESAN (diplôme du maître nageur sauveteur), j’avais quelques facilités pour ça.
Et l’idée de devenir entraîneur, elle est venue comment ?
Mon père (Emile) entraînait au niveau amateur, mon oncle, le papa de Frédéric, qui est à Metz, m’a entraîné quand j’avais 15 ans à Vergèze, j’étais surclassé, je jouais déjà en R1. J’ai baigné là-dedans, j’aimais bien ça. Quand j’avais 10 ans, mon papa entraînait chez nous, à côté d’Uzès, j’allais voir tous les entraînements, j’aimais ça, j’écoutais ses causeries. Avec Fred (Arpinon, directeur sportif du FC Metz), on est très famille et il y a aussi notre cousin Laurent Boissier, qui est à Angers, on est en contact aussi, bien sûr. On est très très famille.
« Il faut rester le plus discret possible »
Tout à l’heure, tu as dit que tu te « déshumanisais » pour le football : tu as un exemple ?
Dans le foot, l’intérêt du club compte plus que ton intérêt personnel. Donc à partir de là, je suis différent, il y a des contrats, des salaires, et on est obligé de prendre des décisions comme on a fait au mois de décembre à Créteil, de se déshumaniser pour le bien du projet, même si au fond de toi, ça te fait mal. Dans la vie de tous les jours, c’est complètement différent.

La transition avec Créteil est trouvée : à ton arrivée, l’équipe était dernière. Qu’est-ce que tu as modifié ?
Il a fallu regarder les forces, on marquait beaucoup, les faiblesses, on prenait beaucoup de buts sur coups de pied arrêté. Il fallait bien s’entourer aussi. On a regardé les performances de l’équipe, il y avait des défaillances. Il y avait des joueurs qui… Bon, moi j’aime les joueurs qui courent, et ça ne correspondait pas forcément à ce que j’attendais. On a fait jouer quelques joueurs pendant une petite période, on a fait un audit, ça a duré un mois et demi. Quand je suis arrivé, on a gagné deux matchs de championnat et un match de coupe de France, puis on a perdu des matchs, mais de peu, je pense au match à Hyères, 1-0 à la 94e, ou contre Saint-Maur chez nous. On a analysé tout ça, et à partir de décembre, on a réajusté l’effectif. On s’est séparé de certains joueurs et on a changé l’état d’esprit, qui était hyper-négatif. Les joueurs voyaient toujours le verre à moitié vide, jamais à moitié plein. Moi, je n’aime pas les gens négatifs. Je suis quelqu’un de toujours très positif. J’ai de la chance de travailler, en National 2, à Créteil, dans un bon projet, alors que certains collègues ne travaillent pas et sont chez eux, sans club. Je fais tout pour faire avancer le club.
Tu sais, avoir des résultats en National 2 ou en Ligue 2, c’est pareil. La différence, c’est en Ligue 1 : là, il y a un vrai fossé. Même le professionnalisme en Ligue 2 n’a rien à voir avec celui de la Ligue 1. Ce sont deux mondes à part. La Ligue 1, c’est un rouleau compresseur médiatique. En Ligue 2, tu n’es pas trop exposé. Ici, à Créteil, j’essaie de me faire discret médiatiquement. Tu vois, notre entretien, bon, si Olivier (Miannay) ne me dit pas « Vas-y, fais le », je ne la fais pas cet interview. C’est comme les conférences de presse d’après match en N2 : elles ne sont pas obligatoires ? Donc je n’en fais pas. L’entraîneur, il faut toujours qu’il explique avant le match et après le match pourquoi ça a marché, pour ça n’a pas marché, tout le temps. En Ligue 1 ou en Ligue 2, tu as des obligations, mais pas en N2. Je pense qu’à Créteil, ici, il faut rester le plus discret possible, déjà que c’est la famille Niel, qui est très connue sur le plan médiatique, il faut que nous, le collectif soit le plus important.
« Je suis un outil »

Comment te situes-tu dans ce collectif ?
Moi, je suis un outil. Quand je suis arrivé, j’ai mis un cadre et j’ai dit « respectez-le, et vous verrez, on y arrivera ». Il fallait convaincre aussi les joueurs du projet : au début, j’ai joué dans le même système que Karim (Mokeddem), avec trois défenseurs derrière, on a gagné deux matchs, mais j’ai quand même trouvé que certains jouaient mal ce système. Il a fallu convaincre les joueurs de changer, puis il a fallu mettre des outils de travail à l’entraînement pour les convaincre que dans un système en 4-4-2 ou en 4-3-3, tu ne prends pas de but, et après, ils ont adhéré, ça s’est travaillé à l’entraînement. Idem dans la préparation athlétique, on a changé de méthode, ils se sont améliorés, et les joueurs se sont mis à plus courir. Des choses positives sont arrivées et là, maintenant, les joueurs, ils sont convaincus. Parfois, un joueur me dit « Coach, je ne comprends pas pourquoi je ne joue pas ». Je réponds souvent par une réplique de Jean-Michel Cavalli à Nîmes : « Est-ce que tu connais un entraîneur qui fait une équipe pour perdre ? Moi je n’en connais pas. Si tu ne joues pas, c’est qu’il y a une raison ». Voilà ce que je réponds. J’explique en m’appuyant aussi sur la vidéo. C’est comme ça, y’a pas de raison particulière, je ne vais pas mentir : un joueur que je ne garde pas, il n’a rien fait de mal, mais j’ai besoin d’avoir des gens de confiance autour de moi, des joueurs positifs.
« L’équipe est en pleine confiance »

Tu penses encore à la première place ou tu prépares déjà la saison prochaine ?
J’ai tellement vu de trucs dans le football que je ne fais aucun plan sur la comète. Je prends match après match, mais je veux tout gagner. Et on fera le bilan à la fin. Je veux monter l’équipe le plus haut possible au classement, il est là l’objectif aujourd’hui : je vois que Istres et Hyères sont un point devant moi, je veux les dépasser. Et Rumilly est à 4 points, je veux les rattraper aussi, et si on les rattrape, ensuite on verra.
Là, on reçoit deux fois lors des trois prochaines journées (Rousset et Hyères), je ne dis pas que cela va être facile, attention, mais on sera chez nous, à Duvauchelle et pas sur un synthétique. Et entre les deux, on va à Saint-Maur. Il faut qu’on prenne le maximum de points. En foot ça va très vite. Je me souviens, une année, Troyes avait 10 points d’avance en Ligue 2, ils ont perdu le championnat. Nîmes va rencontrer Saint-Maur et Cannes, et automatiquement des équipes vont perdre des points… Je pense que le tournant, il sera à Saint-Maur, lors du derby, si on arrive à faire un résultat là-bas. Je ne m’interdis rien. L’équipe est en pleine confiance.
Tu as commencé à entraîner très tôt : racontes-nous les débuts ?
Après Arles, quand j’ai arrêté de jouer, j’ai passé mes diplômes de préparateur physique au Creps de Montpellier. Là, Olivier Dall’Oglio m’a fait venir pendant un an en stage avec lui au centre de formation de Nîmes Olympique. Il avait même demandé au président de l’époque (Jean-Louis Gazeau) de m’embaucher. Puis Bernard Boissier m’a pris comme préparateur physique de tout le centre de formation. J’avais le diplôme de la FFF. Ensuite, Jean-Luc Vannuchi a pris la réserve de Nîmes, et m’a demandé de l’accompagner comme adjoint chargé de la prépa, en plus de mon rôle au centre de formation. Pour moi, c’était cool, j’avais 26 ans, ça a bien fonctionné, on a fini champion de CFA2 (N3).
La saison suivante, on commence la saison en CFA (N2) et puis Jean-Luc remplace Régis Brouard à la tête de l’équipe Une en National. J’avais déjà passé mon DEF, l’équivalent du DES d’aujourd’hui, et j’ai entraîné la réserve, avec Bernard Boissier qui est venu m’aider. En même temps, je continuais avec Jean-Luc en National, toujours comme préparateur physique, et le club est monté en L2. Il m’a pris avec lui mais en 2007, il s’est fait virer. C’est là que Jean-Michel Cavalli arrive. comme j’avais aussi le diplôme d’analyste vidéo, Jean-Michel m’a pris avec lui comme véritable adjoint cette fois, avec en plus le rôle de préparateur physique et d’analyste vidéo. J’avais trois casquettes ! Il y avait aussi Jean-Marc Sibille, entraîneur des gardiens. La saison a été galère mais on s’est sauvé en Ligue 2, je m’en souviens, c’était à Brest. Jean-Michel Cavalli, c’est lui qui m’a tendu la main ! Jean-Louis Gazeau voulait le faire signer Cavalli trois ans, mais Cavalli a dit « je ne signe pas tant que le petit (moi !) ne signe pas 3 ans aussi… » Ce sont des choses qu’on n’oublie pas. J’ai travaillé avec José Pasqualetti aussi.
« Jean-Michel Cavalli m’a donné à manger »
On sent que Cavalli, tu le portes dans ton coeur…
Il m’a donné à manger. Il était comme mon père. J’aurais bouffé n’importe qui pour lui. Si quelqu’un s’approchait trop de lui ou lui parlait mal, je le protégeais, parfois, on « s’engrenait » sur le banc avec des bancs adverses, c’est sûr, je répondais. C’est ça qui m’a « mis » une petite réputation, mais avec le temps, ça s’est atténué, même si je suis allé au Gazelec Ajaccio aussi…
En L1 ou L2, tu as des joueurs de forts caractères : par exemple, à Nîmes, Bernard Blaquart était quelqu’un de très gentil, qui avait beaucoup d’empathie pour les joueurs, et parfois, certains d’entre eux venaient dans son bureau pour lui demander des explications, « pourquoi tu ne me fais pas jouer… », et le menaçaient. Peut-être que si je n’avais pas été là parfois pour les calmer… Laurent Boissier faisait aussi le tampon, comme moi. J’ai toujours pensé que le joueur te respectait non pas par la peur, mais par la compétence. J’ai appris de beaucoup d’entraîneur : c’est ce que je disais à Olivier (Miannay, le DG de l’US Créteil) par exemple ici à Créteil, quand tu arrives dans une entreprise où ça se passe mal, il faut élaguer, c’est comme ça que font les grosses entreprises. Il virer les personnes qui n’ont pas un esprit sain, sans s’énerver : les mecs, je les reçois dans le bureau, et je leur explique : « Voilà, aujourd’hui, tu ne corresponds plus au projet, parce qu’on joue d’une certaine manière, ça n’enlève à rien à tes qualités ». Je pas besoin de hurler ou de me disputer.
Nîmes, ton club de coeur ?
J’y ai passé de vrais bons moments, avec Jean-Michel Cavalli bien sûr quand je suis passé adjoint, avec Noël Tosi aussi qui a remplacé Jean-Michel (en novembre 2010), avec Jean-Luc Vannuchi aussi, quand je n’étais, entre guillemets, « que » le prépa physique. Et au club, on m’a dit que ce serait bien de passer le BEPF pour entraîner en pro, j’ai été admis dans la cession 2018-2019, ça s’est bien passé.
Il y avait d’ailleurs du beau monde avec toi (Laurent Bonadei, Vincent Bordot, Mathieu Chabert, Richard Déziré, Stéphane Jobard, Nicolas Le Bellec, Fabien Lefèvre, Karim Mokeddem, Laurent Peyrelade) : tu es en contact avec tous ?
J’ai gardé des contacts, bien sûr, on avait une bonne promotion, on s’entendait bien. Stéphane Jobard, Vincent Bordot, on se parle de temps en temps, Nicolas Le Bellec habite près de chez moi, Laurent Peyrelade habite Montpellier, Laurent Bonadei, qui a joué à Toulon avec mon cousin, m’a invité en Arabie Saoudite pour la coupe du Monde, Richard Déziré un peu moins.
« Avec Nicolas Usaï, Nîmes serait encore en Ligue 2″

Et Karim Mokeddem, à qui tu as succédé sur le banc de Créteil ?
Depuis que j’ai pris le poste à Créteil, non, mais bon, voilà, c’est rien. Quand on se verra, on se parlera, bien sûr. Il y a quand même un truc en France, avec lequel on a du mal : par exemple, les Portugais, eux, quand il y en a un qui s’en va, il est remplacé par un autre. Les Portugais, ils font venir leur collègues, et nous, en France, on se jalouse. Moi, je ne suis pas du tout comme ça.
Quand Nicolas Usai est arrivé à Nîmes à la place de Pascal Plancque, qui était mon adjoint, il m’a téléphoné, on s’est parlé, et je vais même aller plus loin : quand il s’est fait virer (en janvier 2023), j’ai dit aux journalistes que la plus grosse « connerie » de Nîmes, c’était d’avoir Nicolas Usai. Il venait de gagner contre Bordeaux à domicile… Avec lui, le club serait encore en Ligue 2 aujourd’hui. Parfois, dans ce métier, il faut le dire et savoir le dire, il faut savoir défendre les mecs quand ils font du bon travail. Or j’ai l’impression qu’en France, on a du mal avec ça, on a peur de le dire, de peur que notre travail soit dévalorisé. Mais pas du tout ! Il fait du bon travail, point barre ! Parce que beaucoup ont la critique facile.
Tu as aussi entraîné les chômeurs de l’équipe de l’UNFP en 2023 : raconte-nous cette expérience ?
Déjà, je ne parle jamais de « chômeurs », mais de joueurs en transit : 70 à 80% retrouvent un club pendant le stage. Quand l’UNFP m’a demandé de prendre en charge l’équipe, j’ai dit « oui » tout de suite. Tu vois, Pascal Bollini, le directeur de l’UNFP, aussi lui avait des apriori sur moi, mais je me suis entendu à merveille avec lui et avec tous les gens autour. Les joueurs se sont éclatés, on a rigolé tous ensemble. Voilà, c’est pour ça, quand on me connaît, on voit que je suis fidèle en amitié, que je suis « plus » famille, des choses comme ça. Mon passage à l’UNFP m’a beaucoup apporté, grâce à Pascal Bollini aussi qui a ensuite véhiculé une belle image de moi aussi après de tous, ça m’a aidé pour mon image. Je suis retourné les voir en stage l’année suivante, et quand j’étais à Virton, on a joué contre eux.
« Tout le monde veut battre Créteil »

Ton équipe, du fait de l’arrivée de Xavier Niel à la tête du club, a-t-elle beaucoup de pression ?
Tout le monde veut battre Créteil, parce que nos adversaires se disent qu’il y a des gros salaires ici, tu sais comment c’est, et quand ils jouent contre nous, on voit qu’ils sont motivés. Je trouve que mon équipe est un peu à mon image, elle a du caractère, elle presse, elle est agressive, je lui demande de défendre debout, elle tacle très peu. Elle est devenue l’équipe qui court le plus dans le championnat, on a des statistiques là-dessus. C’est ce que je dis à mes joueurs pour les rassurer : quand on court plus que l’adversaire, on a 70 % de chance de ne pas perdre. Mais l’inverse nous est arrivé, contre Istres, on a plus couru qu’eux, mais on a perdu (0-1, fin janvier). Bon, ça arrive une fois.
Le National 2, tu le trouves comment ?
Je ne le connaissais pas. Je trouve qu’il y a un bon niveau, surtout dans cette poule, qui est intéressante. Il y a des bons joueurs. Mais ce n’est pas comme au haut niveau, où les équipes sont très homogènes. Là, chaque équipe a ses caractéristiques : celle-ci a un très bon tireur de coups de pied arrêtés ou un bon 10, ou un bon 9, celle-là a une très bonne charnière centrale, comme à Nîmes avec trois défenseurs centraux intéressants. Celle-là est plus complète, comme Cannes, que je trouve complet dans tous les compartiments, mais ils prennent beaucoup de buts, ils s’ouvrent un peu, ils encaissent souvent le premier but. D’ailleurs, on va aller à Cannes (le 18 avril à Coubertin) et ce match, je l’attends avec impatience, parce que j’ai envie de me mesurer à cette équipe. Au match aller, on avait pris un rouge rapidement (0-0).
National 2 (J23) : samedi 28 mars 2026, à 18h, au stade Duvauchelle : US Créteil – FC Rousset Sainte-Victoire




- Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
- Photos : Philippe LE BRECH à Créteil
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La Berrichonne de Châteauroux a un nouvel entraîneur pour son équipe de National, actuellement classée 15e et première non-relégable (avec seulement un point d’avance sur la zone de relégation). Il s’agit de Damien Ott, qui remplace donc Valentin Guichard, arrivé en début de saison de Jura Sud. Juste avant de signer à l’AS Cannes, en National 2, club qu’il a conduit à la 2e place du championnat derrière Le Puy-en-Velay FC et en demi-finale de la coupe de France 2025, après avoir déjà les 1/4 de finale avec l’US Avranches en 2017, Damien Ott s’était longuement confié chez nous. Retrouver l’intégralité de son portrait :
Damien Ott : « Je ne lâche jamais le morceau »
https://13heuresfoot.fr/actualites/damien-ott-je-ne-lache-jamais-le-morceau/

À 37 ans, l’architecte originaire de Mulhouse est à la tête d’un club historique, qui porte encore le poids d’un lourd passé, et qu’elle a repris en 2022 avec une équipe d’entrepreneurs locaux. Le chantier est énorme mais la reconstruction a déjà commencé, autour d’axes forts comme le travail de formation des jeunes, la réputation et l’image.
Par Anthony BOYER à Mulhouse / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : 13HF et Thibaud Muller / Zoom.byThib
Camille Aïssaoui ne connaissait pas 13heuresfoot. On ne lui en veut pas ! On en veut encore moins à la présidente du FC Mulhouse – en poste depuis le 22 septembre 2025 – après que celle-ci a accepté, au pied levé, notre rendez-vous ! C’était vendredi dernier, la veille d’une victoire – sur le fil ! – importante pour le maintien en National 3 de son équipe seniors, face à Pontarlier (2-1, buts de Loutfi Daoudou et Ibrahima Diallo). Trois points qui permettent au deuxième plus vieux club de l’Hexagone (année de naissance, 1893 !), promu l’été dernier après trois saisons en haut de tableau de R1 (5e, 2e et 1er), et toujours suivi par une large frange de supporters, de réintégrer la première partie du classement de N3 (7e sur 14).
« Je suis une tchatcheuse ! »

Réactive, conviviale, souriante, accueillante, l’architecte de 37 ans, native de Mulhouse, a accepté d’évoquer son arrivée au sein de cette véritable institution alsacienne et son ascension jusqu’au poste ultime, tout ça pendant plus d’une heure – « Je suis une tchatcheuse ! » -.
Et quand on parle d’institution, le mot n’est pas trop fort. Car sans faire injure aux clubs alsaciens, il y a au pays des cigognes le RC Strasbourg et ensuite le FC Mulhouse, qui sort d’une longue traversée du désert. Encore plus longue et plus douloureuse même que celle vécue par son grand voisin européen au début des années 2010.
Il faut dire que Mulhouse et son club de football historique, ancien pensionnaire de Division 1 (les deux dernières fois en 1982-83 et en 1989-1990) et surtout ancienne place forte de la Division 2, a plus souvent fait les choux gras de la presse régionale pour ses déboires financiers que pour ses performances sportives, notamment durant la période du milieu des années 90 jusqu’au début des années 2020 : dépôt de bilan en 1999, rétrogradation administrative en N3 en 2020, nouvelle rétrogradation administrative et redressement judiciaire en R1 en 2022… La chute fut autant vertigineuse que le passif fut lourd.
Le stade de l’Ill, lieu emblématique chargé d’histoire

Mais les monuments ne meurent jamais, à l’image du bon vieux stade de l’Ill (du nom de la rivière qui coule à côté). Même amputée de sa tribune Johansen (du nom de l’ancien joueur, Frédéric Johansen, décédé en 1992 à l’âge de 20 ans) et de ses 3500 places, démolie en 2024 après avoir été fermée en 2021 pour des raisons de sécurité, le stade reste un lieu emblématique chargé d’histoire, doté d’une unique tribune aujourd’hui, avec la piste d’athlétisme tout autour. « La tribune était fermée car elle n’était plus aux normes, explique Camille Aïssaoui. Aujourd’hui, on a 10 000 places en tout avec les pourtours, dont 2 600 assises. C’est largement suffisant, on a déjà eu des 4000 spectateurs en coupe ! En National 3, on a vrai public, il y a une vraie culture foot ici, il y a un vrai enjeu. Cette année, cela varie entre 500 et 1200″.
« Le travail d’équipe me plaît »

Il est environ 10h lorsque Camille Aïssaoui nous reçoit à Rixheim, à une poignée de kilomètres de Mulhouse, dans les locaux du magasin Noblessa, tenu par sa cousine Laila Hans, avec laquelle elle partage un bureau ! Sur le moment, au milieu de tous ces plans de travail et de tous ces équipements « design », on a cru que la mère de famille de deux enfants en bas âge était architecte d’intérieur, mais pas du tout : « Le travail d’équipe me plaît et avec Laila, on partage les salariés et un bout de bureau maintenant ! Mais ma société est basée en Corse, j’ai des bureaux à Porto-Vecchio. Je suis une amoureuse du Sud ! J’ai été formée dans le projet « public » mais j’interviens sur tout type de projets, ça va de la conception au suivi de chantier. En changeant de région, je fais aussi de la maison privée, de l’extension, du collectif, bref, j’interviens sur toutes les phases d’un projet. »
Rapidement, au fil de la discussion, l’on apprend que Laila Hans fait aussi partie de la nouvelle équipe dirigeante qui a repris le club dans le cadre d’un plan de cession en septembre 2022, et qu’elle siège au comité directeur du club (partenaire au départ, trésorière aujourd’hui). Alors, le FC Mulhouse, un projet familial ? La question prend tout son sens quand on sait que l’avocat au barreau de Mulhouse, Rayan Zaïen, président jusqu’en septembre 2025, ancien joueur du club en CFA (de 2009 à 2011), est le frère d’Hakim Aïbèche, l’actuel entraîneur de l’équipe de N3, tous deux ayant eux aussi été là au moment de la reprise en 2022.
Et ce n’est pas tout. Hakim Aïbèche, lui aussi natif de Mulhouse, ancien attaquant passé par Beauvais, Rouen, Montluçon, Haguenau et … Mulhouse, est le compagnon à la vie de… Camille Aïssaoui ! Hakim Aïbèche a même entraîné le FCM entre 2007 et 2016, le plus souvent comme adjoint, avant de prendre en charge la réserve puis l’équipe fanion, en CFA.
Faire fi des préjugés, être acceptée
Il ne faut pas croire pour autant qu’un projet club est plus facile en famille. Le départ de Rayan l’année dernière, à la fin de son mandat, l’a montré. Et quand le comité a acté la promotion de Camille Aïssaoui à la tête de l’association, celle qui en était jusqu’alors la vice-présidente a ensuite dû se faire accepter par le milieu du ballon rond, se battre contre les idées reçues et faire fi des préjugés. Une femme président d’un club de foot ? Et Alors ! Il y a bien Michele Kang, la présidente de l’Olympique Lyonnais. Mais là, on est dans une autre sphère. Il y a bien eu, sinon, la cheffe d’entreprise Anny Courtade, présidente de l’AS Cannes entre 2019 et 2023, en N3, jusqu’à l’arrivée de l’Américain propriétaire de l’AS Rome, Dan Friedkin – tiens, tiens, un Américain ! Aujourd’hui, Anny Courtade, plus beau palmarès du sport français avec « son » Racing-club de Cannes volley-ball (club historiquement concurrent de l’ASPTT Mulhouse!), préside l’association du club azuréen, tandis qu’il n’y a plus d’américain à Mulhouse depuis le départ de Gary Allen (président de janvier 2017 à juillet 2022), le frère de Mark Allen, légende mondiale du triathlon.
Nous voilà donc à l’été 2022. L’été de tous les dangers pour un FCM rétrogradé administrativement de N3 en R1, et menacé d’être placé en liquidation judiciaire. La suite, c’est Camille Aïssaoui qui la raconte !
Camille Aïssaoui (FC Mulhouse) :
« On est une équipe dirigeante de challengers »
- Ses études, son parcours professionnel

Je suis partie de Mulhouse après mes études (« maths sups » puis « maths spé »). J’ai fait des études d’archi dans une école d’ingénieurs à Strasbourg. Une fois le diplôme en poche, je ne voulais pas travailler à Mulhouse même si j’y suis née, même si j’adore ma ville, même si j’y suis attachée. Je voulais arriver en terrain neutre et non pas quelque part où je connaissais déjà beaucoup de monde, comme ici. J’ai voyagé et comme je suis une « accro » du soleil, comme j’adore Marseille, j’ai pris mon premier job pas loin, à Aix-en-Provence, dans une agence d’architectes importante, où on était une trentaine. J’avais déjà aussi bossé à Bâle (Suisse), l’eldorado de l’architecture, juste avant mon diplôme. À Aix, j’étais en CDD : je n’avais plus envie de rester, à sans cesse me demander si j’allais être reconduite le mois suivant. Bref, j’ai voulu changer. J’avais envie d’expérimenter différents types d’agence et, surtout, je savais que je ne voulais pas être salariée. On m’a proposé un travail de deux mois à Lyon, où j’ai répondu à un concours public, mais c’était pour un projet à Grenoble. Je suis restée deux ans finalement dans cette entreprise de coeur et d’ailleurs, je continue de bosser avec mes anciens patrons de Lyon sur d’autres concours publics.
« Pourquoi vous ne montez pas un projet ? »
- Sa rencontre avec Hakim Aïbèche, l’actuel entraîneur du club en N3

Je l’ai rencontré à Grenoble il y a 8 ans, quand il travaillait au club de foot, le GF38. Je ne le connaissais pas. Simplement de nom, parce qu’il est de Mulhouse. J’étais à l’école avec ses frères. Son papa a été le coach de mon frère au FC Mulhouse. Et on avait des amis en commun. On est allé boire un café, on a commencé à faire un peu de sport ensemble, il m’aidait à me « bouger » un peu, et on s’est mis ensemble plusieurs mois après, à Grenoble. Je suis ensuite tombée enceinte et de son côté, il est arrivé en fin de contrat à Grenoble. Du coup, il est parti au club d’Amiens, à la formation, mais là, c’était compliqué, on n’a pas réussi à trouver de logement. On ne savait pas qu’Amiens était la cité-dortoir des Parisiens. Il effectuait des aller-retour, j’étais seule avec le bébé, j’avais mon job, bref, c’était vite le cauchemar.
Quelques mois plus tard, on a acheté et construit en corse, c’était bien qu’il lève le pied à ce moment-là. Et puis son frère a eu un bébé, et le mien aussi. On s’est dit « Allez, on retourne en Alsace » ! On a voulu se retrouver tous ensemble. Au départ, on n’avait pas l’idée d’y rester longtemps. En tout cas, on n’avait pas l’idée de reprendre le FC Mulhouse, même si Hakim savait que le club allait mal. D’ailleurs, il avait proposé ses services à l’équipe qui était pressentie pour reprendre le club, et là, c’est parti en liquidation judiciaire en 2022.
- La genèse de son arrivée au FC Mulhouse
En fait, Salem Zaïen, le papa de Rayan, qui est avocat, et de Hakim, qui est entraîneur et connaît le contexte local, est au club depuis des années. Il nous a dit « Pourquoi vous ne montez pas un projet ? ». Hakim avait une vision du projet sportif, mais ne maîtrisait pas forcément la vision stratégique et financière. Moi, je suis intervenue au départ pour dire « Il vous manque ceci ou cela ». Rayan, lui, n’était pas non plus forcément quelqu’un qui allait monter le projet, même s’il avait d’autres qualités. Du coup, je leur ai monté le projet (« FCM renouveau »), ça s’est fait de manière naturelle, et quand il y a eu la liquidation, des gens ont fait des propositions de reprise situées entre 10 000 et 30 000 euros. Là, tout le monde s’est dit « On peut y aller », et nous y compris. Parce qu’à ce prix-là, on ne risquait rien.
« On a une carte à jouer »
- Quand la Ville de Mulhouse convoque les différents repreneurs

Quatre ou cinq équipes ont déposé un dossier de reprise. Quelques jours avant la date du jugement au Tribunal, la Ville de Mulhouse nous réunit. Elle nous explique que ce n’est pas aussi simple que ça et que pour ne pas faire jurisprudence, le ComEx (Comité exécutif de la Fédération Française de football) n’acceptera pas de céder le numéro d’affiliation du club (1) et du coup de garder nos jeunes au même niveau si il y a une reprise à 10 000 euros. Les liquidations n’avaient jamais été effectuées sur des associations, mais toujours sur des sociétés. C’était un cas spécial, unique. Cela aurait signifié que, par exemple, un club comme Bordeaux, s’il venait à être liquidé, pourrait être repris pour un euro. C’est une manière de dire que, d’une part, on ne peut pas « refiler » un club comme ça, pour presque rien, et d’autre par, que ce numéro d’affiliation a vraiment une valeur. Et on apprend que le ComEx ne souhaitait pas céder ce numéro d’affiliation à moins de 200 000 ou 250 000 euros ! Donc la Ville nous dit le montant, ça va être « ça », et que la seule solution, selon elle, est que l’on se « mette » tous ensemble pour reprendre le club.
(1) Le « numéro d’affiliation » est le sésame qui permet à un club d’exister officiellement et de jouer dans sa division. La FFF est réticente aux « plans de cession » qui permettent d’effacer les dettes tout en gardant les droits sportifs, car elle y voit une forme de concurrence déloyale vis-à-vis des créanciers et des autres clubs.
- 48 heures chrono
Notre position nous allait bien car on était un peu les outsiders. On voulait faire partie de l’aventure. La Ville nous dit alors que, soit ils ont une nouvelle offre sous 48 heures avec les fonds sur le compte, soit cela reportera l’audience d’un mois, sans avoir la garantie qu’elle sera maintenue parce que, dans ce laps de temps, le liquidateur doit aussi trouver les fonds. À ce rendez-vous, j’étais avec Younesse El Hariri, qui était dans une autre équipe de repreneurs au départ mais qui était ouvert d’esprit, et Jérôme Hirtzlin, un entrepreneur local, que j’avais rencontré un mois avant. On était tous associés au projet. Rayan et Hakim, eux, n’avaient pas pu être là. Honnêtement, on était dépités, mais je leur dit « On a une carte à jouer ». Là, je leur propose de rassembler les fonds sous 48 heures. On peut être les seuls à le faire et personne à ce moment-là ne se doute que l’on va le faire. Parce que si on attend un mois, peut-être que les autres équipes de repreneurs réuniront encore plus d’argent.
- Autofinancement, appels aux amis…

D’abord, nous, on voulait plutôt un projet local. Le FC Mulhouse a un lourd « passif », avec des projets comme celui de l’Américain (Gary Allen), qui a essayé quand même de faire des choses, qui y a cru, qui a ramené beaucoup d’argent, mais il n’était pas sur place. Mulhouse a une histoire, un passé, une identité : on ne voulait pas d’un modèle comme ça. J’ai proposé d’autofinancer une partie, sans faire de crédit bancaire. J’ai dit « On regarde entre nous ce qu’on peut mettre en apport et on fait appel aussi aux copains ».
Donc on se lance dans ce challenge de rassembler 250 000 euros en 48 heures… et on y arrive avec une dizaine de personnes de tout horizon ! Nous, on a mis le plus gros de la somme, mais on a quand même réussi à faire financer dans les 80 ou 90 000 euros, je ne sais plus exactement, par les autres. Clairement, c’est l’appel à un ami qui a fonctionné ! Par exemple, j’ai appelé mon ancienne assistante avec qui je travaillais à Lyon, qui n’est pas du tout dans le football, qui n’a pas des moyens mirobolants : elle m’a prêté de l’argent. J’ai tenu compte des limites de chacun. C’était des apports avec possibilité de reprise. Et si le club ne génère pas assez de profits, je me suis engagée à leur rendre l’argent.
« Ce qui nous anime, c’est le challenge, le projet, le développement »
- Un projet familial, vraiment ?

C’est familial, mais ça ne veut pas pour autant dire que c’est plus simple. En fait, cela n’a pas été un avantage dans le projet, surtout entre les deux frères. Mais on est une équipe d’entrepreneurs, avec une vision de challengers. Pour la plupart, on a tout construit dans nos « boîtes », on a investi, on sait faire. Ce qui nous anime, c’est le challenge, le projet, le développement. Après, on a aussi quelques « historiques » au club, comme le capitaine Samir Kecha (38 ans), le joueur le plus capé, formé au FCM, et entraîneur des petits. C’est l’emblème du club. Et on a aussi notre « assistante » générale Danielle Gunther, qui est salariée : ici, elle fait tout, c’est la mémoire du FCM où elle a tout vécu ! Elle connaît les rouages du foot. Heureusement qu’elle était là au moment de la reprise. Elle a même fait signer sa première licence à Hakim !
- Son accession au poste de présidente
Présidente, je ne l’ai pas vu venir ! Je venais donner un coup de mains en « off » quand j’ai monté le projet, parce que j’ai des outils qui me permettait de le faire, je maîtrisais les appels d’offres, les montages, les graphiques, etc. je me suis retrouvée embarquée là-dedans, J’avais donné cette idée pour la reprise. Jerôme (Hirtzlin) voulait que je prenne au moins la vice-présidence. S’il était dans le projet, c’est parce qu’il avait accroché avec la vision sportive d’Hakim. De mon côté, j’avais une boîte (Kaïs Architectes) à remonter localement, un deuxième enfant en bas-âge, et je n’étais pas forcément à l’aise avec ça, je ne savais pas ce que ça impliquait. Je ne suis pas quelqu’un qui aime être sur le devant de la scène. Finalement, au moment de l’élection en septembre 2025 après le départ de Rayan (Zaïen), on se met d’accord avec le comité, et cela s’est fait naturellement.
« Le FC Mulhouse avait l’image d’un club communautaire »
- Être une femme… à la tête d’un club de football

Beaucoup m’ont dit que je cochais toutes les cases, les instances, les gens du comité, etc. Alors oui, forcément, une femme à la tête d’un club, cela enlève un peu les clichés. Politiquement, la Ville aussi pensait que c’était une bonne idée, parce qu’il faut savoir que, même si cela ne lui correspond pas à mon sens, le FC Mulhouse avait l’image d’un club communautaire. Cette image, je ne lui connaissais pas. C’est allé assez loin, et je n’aurais jamais imaginé que cela déchaîne autant les passions et suscite autant de polémiques. On a eu des plaintes au juridique, il y en a même qui ont demandé ce que l’on nous stoppe les subventions ! Du coup, le fait que ce soit une femme présidente, cela allait mettre un coup d’arrêt à ces rumeurs. En tout cas, moi, je ne l’ai pas constaté, et de toute façon, je ne l’aurais pas laissé faire. On s’est toujours dit que, si on était témoin de quelque chose, si on avait des preuves de quoi que ce soit, on y mettrait un stop. Mais aujourd’hui, on n’est pas du tout là-dedans, même si Mulhouse est une ville qui partage plein de cultures différentes et différentes religions. Là, on n’est pas dans un petit village alsacien.
- Le FC Mulhouse et la religion
On n’a jamais eu de problème. Forcément, quand on va dans un petit village alsacien, comparé à lui, nous, on a d’autres religions, d’autres cultures… Au FC Mulhouse, on respecte toutes les religions, on respecte tout le monde. En fait, c’est un non-sujet chez nous. On se plie à la volonté de tout le monde.
« Être présidente ne modifie pas beaucoup mon planning »
- Sa vie de cheffe d’entreprise, mère de famille, présidente d’un club…
On ne dort plus beaucoup ! J’ai mon deuxième enfant, une petite fille, qui a 1 an… Alors on s’entoure de gens en qui on a confiance, qui sont aussi des machines de guerre dans le boulot. De toute façon, à partir du moment où vous vivez avec quelqu’un qui est dans le foot, forcément, la vie est orientée par ça. Être présidente ne modifie pas beaucoup mon planning : on vivait déjà un peu au rythme du foot.
- Sa passion pour le foot

J’avais un papa « très foot », on a grandi dans le foot… J’ai toujours passé mes week-ends au foot ! Ado, on avait nos équipes, on se faisait nos soirées Ligue des Champions, Lyon, Monaco, etc. J’étais très-très foot. Mon père venait à tous les matchs du FC Mulhouse. J’étais petite. Je n’ai pas de souvenirs de matchs en particulier, mais plutôt des souvenirs du lieu, de la buvette, de l’ambiance au stade de l’Ill…
Le seul match dont j’ai pris conscience de ce que c’était, c’était un derby Mulhouse-Colmar je crois, et je devais avoir 16 ou 17 ans. J’ai le souvenir qu’il y avait beaucoup de monde. Mais je dois vous avouer que, avant de rencontrer Hakim à Grenoble, je ne m’intéressais plus trop au foot.
« On est clairement sur un projet local »
- Le budget, les finances
L’an passé, on devait être autour des 700 000 euros et cette année on a un budget prévisionnel de 900 000 euros. Mais l’essentiel est fléché sur les jeunes. L’équipe de N3 ne représente que 20 à 30 %, et en indemnités joueurs, on est à 150 000 euros annuels environ. On a mis en place un « salary cap » qui n’est pas très élevé. On est loin en tout cas des 2000 ou 2500 euros que peuvent toucher certains attaquants de la division dans d’autres clubs !
- Le potentiel du FC Mulhouse

On est clairement sur un projet local, avec des joueurs d’ici ou qui sont venus dans la région pour un projet personnel ou familial. On en a qui sont venus de loin parce que, par exemple, leur épouse travaille à Bâle. On a des accords avec une entreprise à la frontière, ce qui permet aussi de proposer un job de salarié, frontalier, et donc avantageux.
On s’est dit aussi que, si on voulait construire, la force du FCM c’est quand même la formation, parce qu’on ne peut pas se permettre de donner 2000 euros par mois à un joueur. On a aussi des éducateurs diplômés qu’il faut payer, beaucoup d’équipes (une vingtaine), l’équipe II seniors est actuellement leader en Régional 3, et ce serait bien qu’elle monte en R2, afin de garder nos jeunes. On avait des U19 Nationaux l’an passé qu’on n’a pas pu garder, d’ailleurs, on a un joueur de cette équipe avec nous en N3, il est souvent titulaire (Elias Smaali), c’est chouette de se dire qu’il vient de la formation mulhousienne, parce que quand ce n’est pas simple de passer de la N3 à la R3. Surtout qu’il y a beaucoup de clubs de R1 au milieu qui proposent des projets et qui font que l’on perd pas mal de jeunes. Donc c’est important que la réserve monte. Cela demande une reconstruction de manière globale. En tout cas c’est l’objectif, parce que le FCM a du potentiel.
« On n’a pas envie d’aller trop vite »
- FCM : un « passif » lourd à porter

On est une équipe dirigeante de challengers, on se projette là -dedans mais on a les pieds sur terre. On sait ce qu’on construit. On n’a pas envie d’aller trop vite. On a tous été témoins des liquidations, des rétrogradations, des dépôts de bilan… On croit vraiment qu’on peut trouver une nouvelle et meilleure manière de gérer un club. Je suis un peu épuisé d’entendre souvent « Ah oui Camille mais ça fait 30 ans que… » : à force de parler du passé, on ne change pas grand-chose. Le fait que l’on ne vienne pas exclusivement du monde du football, le fait que je sois une femme, le fait qu’il y ait d’autres femmes autour de moi, au comité, avec une autre vision des choses, change les choses. On croit sincèrement qu’on peut le faire.
Lors de la reprise en 2022, beaucoup pensaient que l’on ne tiendrait pas longtemps. Aujourd’hui, ces mêmes personnes sont surprises. En plus, tous les trois mois, on entend dire que le FC Mulhouse est en liquidation, ce qui n’est absolument pas vrai ! Notre modèle, finalement, surprend pas mal de monde et prouve qu’on peut faire du foot même à ces niveaux-là, sans avoir des budgets colossaux. On est certes monté en National 3 avec un budget global conséquent au niveau du club (700 000 euros) mais qui, au niveau, de l’équipe première, n’était en fait pas si conséquent que cela. Et aujourd’hui, quand on affronte certains clubs de N3, on l’a encore vu récemment avec un article sur le FC Chalon qui a un budget phénoménal, on voit bien qu’on n’a pas un budget sensationnel.
- Le projet « local »
On a fait un projet local, on croit à ça. On est aussi conscients qu’il faut de la patience et c’est ce qui a pu manquer aux équipes dirigeants précédentes. Il y a eu l’équipe précédente, avec son modèle américain qui, on le sait, va très vite : ils ont injecté beaucoup d’argent, rapidement. Il faut de l’argent, c’est une certitude. Un projet ne se construit pas juste autour d’un budget, mais avec des fondations solides. C’est pour ça aussi que le modèle de départ, avec plusieurs investisseurs, en allant chercher beaucoup de partenaires, mais pas tellement le « gros partenaire » qui va mettre beaucoup d’argent chaque année, nous semble le bon. On veut équilibrer les recettes et développer certains secteurs comme l’événementiel. L’idée, c’est que si demain un partenaire nous lâche, on saura compenser avec d’autres vecteurs pour maintenir notre budget.
- Une accession tous les 3 ans ?
On veut que, sportivement, ça se passe dans les bons timing : en 2022, on avait annoncé la montée en National 3 dans les 3 ans. Aujourd’hui, la Ligue 3, c’est clairement un objectif et pour moi, c’est la place à long terme du FC Mulhouse. On est dans les temps, on était super content de tenir cet objectif de N3 même si on y a cru un an avant (2e de R1 en 2024), mais heureusement que ce n’est pas arrivé plus tôt finalement, car il a fallu le temps de trouver tous ces partenaires, et plein de choses ont été construites en même temps.
- L’image du FC Mulhouse

Le FC Mulhouse a eu une image compliquée ces dernières années. Aller démarcher les partenaires, les entreprises, cela n’a pas été simple. Certains étaient déçus, d’autres se sont fait arnaquer avec des notes, d’autres ne voulaient pas associer leur boîte avec le nom du club, donc cela a été un travail de longue haleine. On voit que ça paie. Il a aussi fallu prendre nos marques la première année, se poser les questions comme « comment ça marche ? « quels sont nos stades ? », « quels sont nos droits ? », « Quels sont nos lieux ? ». On voit bien qu’au niveau des infrastructures et des équipements sportifs, c’est compliqué. On a le stade de l’Ill qui est un lieu chargé d’histoire et emblématique, mais on n’a que ça pour nos seniors. Nos jeunes s’entraînent sur différents terrains dans la ville, ils sont dispersés. On se bat pour les créneaux. On a bataillé pour avoir un synthétique à Mulhouse et les travaux démarrent lundi, ça va nous faire du bien et nous permettre de ramener tous nos jeunes sur la plaine de l’Ill, dans une seule et même enceinte. Ce terrain existait mais n’était plus utilisé. Les travaux devraient durer 5 mois; ça change fondamentalement tout notre projet car aujourd’hui, chez les jeunes, on a du mal à retrouver l’esprit club, on ne les croise pas, on ne les connaît pas, on ne les voit pas. Pour les coachs, c’est compliqué, il balade les chasubles, les ballons, le matériel, ils ne savent pas ou ils vont s’entraîner. C’était important de travailler sur cette phase-là, elle est essentielle. Il fallait aussi retrouver des relations de confiance avec les institutions parce qu’on a un lieu, le stade de l’Ill, qui appartient à la Ville de Mulhouse mais qui est géré par l’agglomération. On verra ce qui va se passer avec les élections municipales. Trouver les bons interlocuteurs, tout ça, ça se travaille.
« On veut s’appuyer sur notre formation »
- Le FCM et la formation

Il y a eu le « grand Mulhouse » de la formation, parce qu’on avait un bassin avec un potentiel incroyable, sauf qu’avant, pour les jeunes, venir à Mulhouse, c’était une chance. Aujourd’hui, on a des clubs périphériques très structurés, qui font un super travail de formation, qui ont des équipements de qualité, des équipes au niveau « National », comme l’ASIM (AS Illzach Modenheim), qui est juste à côté, et qui a des U17 Nationaux, de très bons formateurs, avec un président en place depuis des années. On les avait rencontrés en seniors R1, ils avaient failli monter en N3 (en 2023 et surtout en 2024) mais c’était le FC Koenigshoffen, un club de Strasbourg, qui était monté (en 2023).
Chez nous, c’est plus compliqué, il faut tout reconstruire. On repart de zéro. Mais on veut s’appuyer sur cette formation pour avoir plus tard des seniors solides, et ça peut aussi être une source financière et permettre des rentrées d’argent ponctuelles grâce aux joueurs formés chez nous : parfois ça aide un peu, et parfois on a un Habib Diarra qui signe à Sunderland (en provenance du RC Strasbourg pour environ 36 millions d’euros) ! Quand la manne tombera, ça servira à aider nos jeunes. Un projet, ça se construit comme ça aussi. On se disait que 3 ans à chaque fois pour monter, c’est pas mal.
- Le FC Mulhouse et la DNCG

Là encore, on découvre ! Jusqu’à présent, on n’avait pas eu affaire à la DNCG. On a en face de nous des personnes qui savent de quoi elles parlent, qui sont « durs » dans leur approche mais qui nous conseillent aussi. On a eu une surprise : dans les critères de la DNCG, vous devez avoir non seulement une trésorerie positive et aussi des capitaux propres positifs pour passer. Or, à l’époque, au moment de la reprise en 2022, le ComeEx de la FFF nous avait dit que tout ce qui était fléché en actifs incorporels devait venir en déduction des capitaux propres. Quand on est arrivé devant la DNCG l’été dernier au moment de la montée en N3, on était confiant, on avait un bilan positif, des capitaux propres largement positifs, une trésorerie qui tenait la route, et on s’est retrouvé avec un sursis à statuer parce que, quand on a repris le club, on a dû « flécher » ces fameux 250 000 euros d’apport, une somme qu’on n’a jamais eu puisque tout est parti au tribunal et l’argent est parti dans la liquidation. Sauf que ces 250 000 euros devaient venir en déduction des capitaux propres, et donc on s’est retrouvé avec moins 60 000 euros de capitaux propres, quelque chose comme ça.
Le ComEx nous avait donc demandés de mettre cet argent et c’est la même institution qui nous dit ensuite que, en fait, les actifs incorporels ne valent rien car le nom d’un club peut couler du jour au lendemain et donc on ne peut pas lui donner une valeur. Sauf que quand on a repris le club, c’est le ComEx qui a déterminé cette valeur ! En fait, on le paie deux fois. On a du réinjecter cet argent-là. C’était une mauvaise surprise, on ne s’y attendait pas et surtout, on s’est dit que, quand même, ce n’était pas juste. On a déjà « jeté » 250 000 euros et là, on nous demande d’en remettre. La DNCG l’a bien compris, mais c’est le règlement de la FFF. En fin de compte, cela nous a fait un peu plus de trésorerie et un challenge de plus à relever ! De toute façon, plus les bilans seront positifs, plus les capitaux propres augmenteront, donc un jour, on redémarrera à zéro. On a joué le jeu comme ça.
« Les gens sont dans la bienveillance avec moi »
- Comment la présidente du FCM est perçue par le milieu du foot

Disons que le foot n’est pas le milieu le plus ouvert d’esprit, c’est macho, c’est archaïque sur les pensées. C’est un monde d’hommes à la base. Après, dans mon boulot d’archi, c’est pareil : sur les chantiers, c’est aussi un monde d’hommes. J’ai peut-être appris à avoir une approche différente de celle que j’aurais eu si j’avais été un homme, parce que nous, le côté gros sabot… J’ai vite compris, en arrivant sur mon premier chantier, que ce n’était pas comme ça que j’arriverais à m’imposer ! Donc on voit les choses autrement. À vrai dire, je me rendais surtout compte de ça quand j’étais la vice-présidente, parce que parfois, des gens débarquaient au club et posaient des questions auxquelles j’avais les réponses, sauf que ces gens-là ne voulaient pas discuter avec moi ! Ils n’envisageaient même pas que je sois à la gestion du club ! J’en rigolais un peu mais maintenant je ne ressens plus ça. On est dans la bienveillance. Compte tenu de l’historique compliqué du club, peut-être que les gens pensent que, finalement, ce n’est pas plus mal d’avoir une femme à la gestion d’un club, qu’elle aura une autre approche. En fait, ma seule difficulté de présidente, c’est le rapport à Hakim (rires). C’est ça qui est compliqué.
- La présidente du FCM et son entraîneur/compagnon

Si Hakim perd 5 ou 10 matchs de suite ? Je ne sais pas si en National 3, on peut virer un coach comme ça ! Il y a des contrats tout de même ! Il faut savoir qu’au FCM, il y a un comité, avec 10 personnes. Ma voix a la même valeur que celle des autres, sauf si on est 5 pour et 5 contre, et dans ce cas, ma voix est prépondérante et je tranche. Après, dans le projet, que ce soit Hakim ou pas Hakim, j’ai l’impression que s’il n’était pas mon conjoint, la question se poserait moins. Quand on a fait nos deux ou trois premiers matchs de N3, on est sortis frustrés, on sentait qu’il y avait la place, qu’on n’était pas loin, et là, quand j’entends qu’il faut virer le coach qui vient de faire monter l’équipe à l’issue de barrages très compliqués, j’ai la sensation que l’on demande ça parce que c’est Hakim, par rapport à son rapport à moi. Maintenant, si demain ça ne roule plus sportivement, la question se posera.

Hakim n’est pas juste entraîneur : il est coordinateur sportif, il chapeaute le sportif et il a pour ambition de passer le diplôme de manager général. Il a beaucoup de recul et n’a pas forcément la volonté de coacher toute sa vie. On a déjà évoqué, par exemple, le fait de le voir embrasser un jour un poste de manager général, notamment quand on montera en National 2. Je crois qu’Hakim avait des choses à régler avec le FCM : il avait déjà été écarté, il avait été coach de la réserve, de la Une, des U19 Nationaux… Il voulait prouver il avait un challenge personnel. Monter en National 3, c’était clairement une revanche pour lui, parce qu’il avait eu la sensation de manquer de moyens à l’époque. Mais je trouve que, dans ce schéma actuel, c’est un « plus » : quand je vois la difficulté de certains clubs où le président dit « Moi, je mets l’argent, donc je vais faire le recrutement » ! En fait, derrière, c’est le directeur sportif ou le coach qui doivent assumer les résultats d’une équipe qu’ils n’ont pas choisie, ça peut vite être le bordel. Hakim a connu ça par le passé avec un président qui s’immisçait dans le sportif, qui lui disait quel joueur il devait prendre : cela faisait des relations très compliquées.

Nous, l’avantage, c’est qu’on dissocie les deux. On a zéro débat là-dessus, on évite de parler du club à la maison. Hakim a l’expérience, il a été formé dans le foot, on lui fait confiance à 100 % là -dessus : on sait que quand il bataille pour avoir un joueur et que s’il se plante, il va le reconnaître, il est déçu de nous décevoir, on va l’accepter, on va l’accompagner. C’est fluide. Et on va essayer de trouver la solution derrière. Bien sûr, on veut être sur de ce qu’il souhaite, on ouvre des réflexions, c’est lui qui les clôture avec moi et avec tout le reste du comité. On arrive à recadrer, à échanger, pour ne pas refaire les erreurs. En fait, on apprend tous ensemble. Ce schéma marche super bien. Je pense la force du projet, c’est de se dire les choses, de savoir se remettre en question, de s’aider, d’être dans l’écoute. Et la force d’Hakim, c’est le recrutement, ce qu’il a mis en place, et il a une vision générale du club, pas seulement pour l’équipe de N3, qui est très soudée. Il veut que le projet réussisse. Il a aussi ce recul qui fait qu’il ne s’accrochera pas non plus à son poste si jamais les choses venaient à mal tourner. Ce n’est pas non plus lui qui décide de son salaire. Là, il est déjà dans la saison suivante, il a déjà des idées en tête de profil de joueurs.
- Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
- Photos : 13HF et Thibaud Muller / @Zoom.byThib
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L’ex-meneur de jeu professionnel, passé par Dijon, Brest, Cannes et Amiens, formé à Rennes, sa ville natale, et Angers, s’est révélé à Beaucouzé au poste d’entraîneur (R1, N3). L’été dernier, le Breton (46 ans), discret, réfléchi, réservé, a pris les commandes de la GSI avec succès : à 8 journées de la fin, son équipe mène la danse et pourrait, 11 ans après, retrouver le National 2.
Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Chloé Trohel et Mathias Le Hel (GSI Pontivy)

Il y a des dates, comme ça, qui marquent. Que l’on n’oublie pas. Qui forge un mental et restent gravées dans les mémoires. Cette histoire, c’est celle du GSI Pontivy, et elle est unique dans les annales.
Flash back. Ce 12 juin 1999, les « Verts » de la GSI (« GSI » pour La Garde Saint-Ivy) sont en CFA (N2 aujourd’hui) et font match nul à Reims (3-3), qui n’est pas encore redevenu un club professionnel. Ils s’inclinent aux tirs au but mais qu’importe, ils marquent un point qui suffit à leur bonheur. Grâce à ce point, ils terminent en tête des barrages d’accession en National et d’un mini-championnat avec les quatre meilleurs deuxièmes clubs amateurs de chacun des quatre groupes de CFA : Beaucaire (qu’ils ont battu 2-0), Limoges (qu’ils ont battu 1-0) et donc Reims (3-3).
Face aux Champenois, les trois buteurs s’appellent Christophe Duboscq, qui égalise à la 86e, Cyrille Watier et… François Masson. Voilà, ça y est, la GSI est en National ! Elle va se frotter au Red Star, au Gazelec Ajaccio, au Paris FC, à Beauvais, Martigues, Angers, Grenoble, Valenciennes, Pau, Clermont, le Racing, Istres, Besançon et plein d’autres équipes de ce calibre ! Du moins c’est ce qu’elle croit…
Le 24 juin 1999, dix jours après la « finale » face à Reims, la nouvelle tombe. La DNCG tranche. Pour des raisons financières, elle prononce l’interdiction d’accession au club pontivyen, qui n’accompagnera donc pas l’AS Evry, le premier de sa poule. Le Stade de Reims, 2e des barrages, est repêché et prend sa place…
Quand la GSI se fait un nom sur la scène nationale

François Masson disputera une deuxième saison, en 1999-2000, ponctuée à la 9e place d’un groupe dominé cette fois par le Stade Brestois, qui lui non plus n’est pas encore redevenu un club professionnel. Cette même saison, Pontivy se fait un nom sur la scène « nationale » avec un 8e de finale de coupe de France, disputé à Guingamp face à l’AS Monaco (0-4).
Puis en 2000, il part embrasser une carrière pro en Division 2 à l’AS Cannes, après avoir déjà fréquenté les centres de formation de Rennes (de 1993 à 1996) et d’Angers (stagiaire-pro de 1996 à 1998) avant le dépôt de bilan du SCO. À ce moment-là, le natif de Rennes, qui a commencé le foot à l’âge de 6 ans à Chasné-sur-Illet puis juste à côté, à l’US Liffré, en Ille-et-Vilaine, ne le sait pas encore, mais il reviendra à Pontivy, 25 ans plus tard, et avec la casquette d’entraîneur cette fois ! « Après la fin de l’aventure au SCO d’Angers, le club de la GSI Pontivy m’a proposé de jouer et de pouvoir en même temps passer mon Bac ES, raconte celui qui a toujours évolué au poste de milieu offensif, parfois excentré, souvent axial en meneur de jeu.«

Cannes donc, en D2 et en National, et à deux reprises, Dijon surtout (National et Ligue 2), Brest (Ligue 2), Amiens aussi (National), et enfin Vitré à la fin de sa carrière, en CFA2, en amateur : « Lors de mon premier passage à Cannes, en D2, je n’ai fait beaucoup joué (11 matchs), je me suis blessé au quadriceps en début de saison. Ensuite, je suis resté en National avant de partir 5 ans à Dijon (2 saisons en National, 3 en Ligue 2), où je suis arrivé et parti en même temps que Rudi Garcia. Puis j’ai signé à Brest 2 ans avec Pascal Janin, Corentin Martins en transition, Gérald Baticle et Alex Dupont lors de la deuxième année pour les quatre derniers matchs d’une opération maintien. Ensuite, j’ai signé un an à Amiens en National avec Serge Romano et Ludovic Batelli, avant un retour à Cannes avec Albert Emon. Après mon deuxième passage à Cannes, en 2010-2011, j’aurais pu continuer à vivre du foot, mais je sortais d’une grave blessure (croisés) et l’idée, c’était de m’installer, de me poser, de prioriser la carrière professionnelle de mon épouse. En fait, on remettait à jour sa carrière. Elle travaillait à Rennes à l’époque et on s’est installé à Vitré. » L’expérience dure un an.
Le foot à plein temps depuis 2021

Entretemps, il y a encore une pige à La Chapelle-des-Marais (Loire-Atlantique). Puis la famille Masson s’installe à côté d’Angers, à Beaucouzé, la ville dont est originaire Sonia, l’épouse de François, et où ses beaux-parents, malades, habitent. Là encore avec une idée derrière la tête : se rapprocher d’eux. « C’est là, à Beaucouzé, que j’ai terminé ma carrière de joueur et passé mes diplômes d’entraîneur. J’ai eu mon BEF (il est aujourd’hui titulaire du DES). Quand j’arrive, en fait, je suis adjoint de l’équipe seniors en DH, je joue encore pour « dépanner », j’entraîne les U19. Je fais mes armes en quelque sorte. »
Sonia, son épouse, tombe malade. Direction Cholet. Pour la rapprocher de son travail. Pour faciliter ses déplacements. Et puis, le hasard fait le reste : « Le propriétaire de l’appartement qu’on louait à Cholet faisait partie de l’association du SO Cholet. Il a su que j’avais le BEF et m’a proposé de rejoindre le club. J’y suis resté deux ans et ça s’est plutôt bien passé. J’étais responsable de la formation et responsable de foot. Les U17 sont montés en Nationaux. Mais avec mon épouse, on avait aussi ce projet de racheter la maison de mes beaux parents, malheureusement décédés, et on est retourné à Beaucouzé ».
L’histoire continue. Après un an sans ballon, François apprend que Lionel Duarte, l’emblématique coach de Beaucouzé, s’en va. « On habitait à 200 mètres du stade ! Du coup les anciens du club me demandent si ça m’intéresse de prendre la suite en seniors DH, avec la responsabilité technique du club. J’ai accepté. C’est comme ça que j’ai remis les pieds dans le foot, à plein temps. On a fait des belles saisons. La première année, on est monté en National 3 (en 2022), puis on est redescendu. Je suis resté 4 ans (de 2021 à 2025). Il y a eu l’accession en U19 Nationaux aussi. Mais je pense qu’il était temps de passer la main. J’étais arrivé au bout. Je savais qu’il y avait de la compétence au sein du club. Et puis 4 ans, c’est bien. Surtout que j’ai vraiment dépensé beaucoup d’énergie dans la structuration du club, mais c’était très formateur. »
Contacté après un « post » sur LinkedIn

Alors qu’il prévient assez tôt, durant l’hiver, de son départ – « Je voulais que ça se passe bien, que le club de Beaucouzé ait le temps de se retourner » – , la GSI Pontivy fait elle aussi face, et presque au même moment, au départ de Philippe Pinson à la tête de l’équipe de N3. « Là, une personne du club de la GSI, Joris Le Denmat, a vu mon annonce sur LinkedIn. Il connaissait mon parcours et mon premier passage comme joueur à la GSI. Il m a contacté. Moi, de mon côté, évidemment, je connaissais le club et, surtout, j’avais gardé un souvenir assez extraordinaire de mes deux saisons. Avec la GSI, ça s’est fait naturellement. »
À Pontivy, François Masson est venu tout seul. Là encore, l’idée, c’est de voir, de faire une année de transition d’un point de vue familiale : « Ce sont des choix de vie. Mon épouse est avec ma fille à Beaucouzé, à 250 km, on se rejoint les week-ends. J’ai un fils également, qui lui est sur Paris. On verra où ça nous mène : peut-être que l’on fera les choses de manière plus ordonnée la saison prochaine, on verra ».
De son côté, le club pontivyen, présidé depuis juin 2025 par Samuel Hays, ne doit pas regretter son choix. Depuis le début de saison, la GSI Pontivy multiplie les bons résultats. C’est simple, après 18 journées de championnat (il en reste 8 à disputer), les « Verts », qui n’ont jamais perdu à l’extérieur, caracolent en tête de la poule C de National 3 (12 victoires, 5 nuls et 1 défaite seulement). Mieux encore, ils affichent 41 points, meilleur score des huit poules, ex aequo avec le Racing-club de France, leader de sa poule D.
Le National 2, onze ans après ?

Invaincus depuis le 6 décembre et une défaite à domicile face à La Saint-Pierre de Milizac, laquelle avait mis fin à une première série de 9 matchs sans défaite (6 victoires et 3 nuls), les Bretons, lancés dans une nouvelle série (en cours) de 8 matchs sans défaite (6 victoires et 2 nuls), vont-il retrouver le National 2, onze ans après l’avoir quitté en 2015 ? « On fait une saison extraordinaire, on a fait aussi un 32e de coupe contre Bastia, rappelle François Masson; la montée en N2 n’était pas un objectif priorisé en début d’année, quand l’idée était plutôt de faire une année de transition, d’aller chercher ce qu’on pouvait aller chercher, et au final, ça se passe très bien, avec de supers « gamins ». On verra où ça nous mène mais pour l’instant, c’est trop tôt pour parler d’accession. »

Pourtant, avec 3 points d’avance sur Vire (la rencontre GSI Pontivy-Lannion initialement prévue samedi 14 mars a été reportée en raison des mauvaises conditions météorologiques), et un calendrier « favorable » (5 réceptions et 3 déplacements, dont un à Vire le 9 mai lors de la 25e et avant-dernière journée), les voyants sont … au vert ! La GSI est en tout cas bien lancée, même si tout reste à faire. Le public du « Faubourg » revient petit à petit au stade, et espère revivre une deuxième accession après celle de DH en CFA2 (N3) en 2017, après la double descente de 2015-2017. On n’imagine même pas ce que cela pourrait être si le Stade Pontivyen, l’autre club de cette ville de 15 000 âmes, leader de sa poule en Régional 1, et qui partage les installations du stade du Faubourg de Verdun, venait à accéder en N3, un championnat qu’il a déjà fréquenté pendant 4 ans, de 2018 à 2022 (avec des derbys endiablés avec la GSI) et à nouveau pendant un an, lors de la saison 2023-2024 ! À Pontivy, le printemps qui arrive pourrait bien être synonyme de folie !
Quelques heures avant de se rendre à Rennes, pour y affronter la réserve des professionnels en championnat (1-1), François Masson (46 ans) a évoqué ses souvenirs de joueur mais aussi sa nouvelle vie d’entraîneur. Entretien avec un garçon posé, calme et sans cesse dans la réflexion.
Interview : « Rendre au club ce qu’il m’a apporté »

François, quand as-tu su que tu voulais devenir entraîneur ?
C’est vrai que je ne me destinais pas vraiment à ça, mais entraîner, ça m’a permis de rester dans mon domaine « passion ». Il y a eu une première approche à Beaucouzé, quand Lionel Duarte, mon entraîneur, avec qui je m’entendais très bien, me disait de passer mes diplômes. J’ai donc passé mon DES l’année de la montée en N3 avec Beaucouzé. Je pense que, d’ici deux à trois ans, on verra, j’irai vers d’autres diplômes, peut-être le BEPF, mais pour l’instant, je suis bien comme ça. L’idée, c’est de continuer de me développer, d’essayer, de voir si c’est réalisable. J’ai une vision à moyen terme.
Revenons sur la fin de ta carrière de joueur : pourquoi, à l’âge de 32 ans, es-tu passé du National au CFA2, de Cannes à Vitré ?
J’étais lassé, usé… J’ai vécu des choses difficiles sur ma fin de carrière notamment à Cannes, avec les croisés : je me suis fait ça tout seul en janvier, contre Strasbourg, à Coubertin, sur un changement d’appui. Il y a eu aussi la non-montée avec Cannes en Ligue 2, et un cambriolage qui a mal tourné parce que je me suis fait usurper mon identité. J’essayais de faire l’analyse de tout ça, tout se mélangeait… J’ai souvent fait déménager ma famille, souvent changé de club, mon fils rentrait en 6e… En fait, je voulais un peu de stabilité et je trouvais que le football ne m’en offrait pas. J’ai voulu changer d’air, ça m’a fait du bien. En plus, Cannes allait déposer le bilan et de toute façon je n’étais pas dans les petits papiers. J’ai été un peu déçu par le club, je suis resté sur le carreau, alors que j’avais besoin d’un petit peu d’aide à cette période, même si j’avais le Red Star qui me proposait un an en National. La vérité, c’est que j’étais fatigué psychologiquement, surtout. Je suis parti à Vitré, où j’étais simplement joueur. Mais à cette période, je voulais sortir du foot, le milieu ne me plaisait plus trop même si j’aimais jouer, que ça me rendait heureux parce que j’étais passionné. En fait, j’avais l’impression d’être dans une machine à laver. J’ai fait autre chose, comme des formations, mais au bout du compte, je me suis rendu compte que le foot me manquait, que c’est ce que j’aimais, que c’était difficile de s’en détacher.

Parlons de la GSI Pontivy : présente-nous le club…
C’est un club qui a construit sa notoriété en coupe de France, qui est historique en Bretagne, avec un passé, une culture. Il est reconnu pour relancer des joueurs, d’ailleurs, c’est ce que j’essaie de faire aussi. Les structures sont de bonnes qualités, on les partage avec le Stade Pontivyen, l’autre club de la ville, qui fait une très belle saison en Régional 1 (coleader).
Du coup on partage les deux synthétiques, une semaine sur l’autre, ça ce n’est pas évident, et on a aussi un terrain engazonné mais c’est compliqué l’hiver… Et le terrain d’honneur, on le partage aussi pour les matchs de championnat, un week-end sur deux. Là, le public commence à revenir. Je me souviens qu’à l’époque où je jouais à la GSI, on faisait entre 1000 et 1500 à chaque match à la maison, et je me souviens aussi du derby à Brest, en CFA, devant 10 000 personnes !
« Une passion une histoire, un engouement, une âme »

Et cette année, le public revient ?
Aujourd’hui, on n’est pas loin des 500 ou 600, alors qu’en début de saison, on était 200 ou 300, c’était plus difficile. C’est à nous de donner aux gens l’envie de revenir au stade, parce qu’il y a un potentiel public ici. Quand on a reçu Bastia récemment en 32e de finale de coupe de France (0-1, le 20 décembre dernier), on a joué devant près de 3000 personnes, parce qu’on ne pouvait pas accueillir plus de monde. Il y a vraiment quelque chose autour du club, une passion, une histoire, un engouement… La GSI a un truc en plus, une âme, et dégage quelque chose. Le stade aussi, le « Faubourg », a un côté « britisth » : on se croirait en 4e ou 5e division en Angleterre ! Il y a du chauvinisme, de la passion, même si j’aimerais que ce soit parfois plus exacerbé, parce que ça reste encore gentillet, mais tu sens qu’à la moindre étincelle, ça repart !
Avec le Stade Pontivyen, peut-on parler de rivalité ?
De rivalité sportive oui. C’est une rivalité qui s’assainit, notamment parce que beaucoup de joueurs passent d’un club à l’autre, et avec les bénévoles, les dirigeants, on se connaît tous, on n’a pas de problème particulier. Mais cette rivalité sportive créée de l’émulation. Quant à une éventuelle fusion, j’en entends parler depuis toujours, c’est quelque chose que je ne maîtrise pas. Mais c’est sûr que ça pourrait donner un top club. Après, il y a des « historiques » de chaque côté, un passé qui se respecte aussi, il faut tenir compte de tout ça. Maintenant, pour Pontivy et ses 15 000 habitants, ce serait extraordinaire qu’on ait deux clubs en N2 et N3 l’an prochain.
« Ici, soit tu es pour le Stade Pontivyen, soit tu es pour la GSI »

Les gens qui vont voir la GSI vont-ils aussi voir le Stade ?
Non. Ici, soit tu es pour le Stade, soit tu es pour la GSI. ceux qui vont voir le stade ne vont pas voir la GSI. Je suis allé les voir une fois contre Vannes. Le coach du Stade, c’est un ancien de la GSI, Stéphane Le Garrec (ex-gardien de but de Lorient et Guingamp notamment en L1 et L2 dans les années 90 et 2000). D’ailleurs, c’est contre lui et Lorient que j’ai marqué mon premier but en pro avec Cannes, en Division 2, sur penalty, au stade Coubertin (saison 2000/2001).
Ton équipe ?
Elle est jeune, elle a 24 ans de moyenne d’âge, sur un effectif de 26 joueurs. On a 4 joueurs qui ont 19 ans et pas mal de « 2003 » aussi. Certains ont embrassé le niveau supérieur et ont joué en National, comme Calvin Mangan (Châteauroux, Epinal, Colomiers, Sedan, etc.). J’en ai certains qui viennent de Vannes, Lorient, Saint-Brieuc, etc; ici, on peut attirer un vivier intéressant de par notre position géographique, en centre Bretagne. Il y a beaucoup de clubs pros autour de nous. À la GSI Pontivy, il y a aussi une qualité de formation, qui lui permet d’être à ce niveau-là. Pas mal de joueurs aussi ont connu les centres de formation, comme Lorient, Brest ou même Rennes, ça permet de travailler sur un contenu de base très intéressant.
« Sur le terrain, je suis une autre personne ! »

Joueur, tu étais quelqu’un de discret, calme, réservé : comment devient-on entraîneur quand on est comme ça ?
C’est vrai que devenir entraîneur, c’est même surprenant pour moi, et aussi pour mes proches. Ils ont la sensation de me connaître dans la vie de tous les jours et quand je suis sur le banc, c’est différent, j’enfile la casquette ! En fait, c’est cette volonté chez moi de transmettre qui fait que je me transcende. Sur le terrain, je suis une autre personne. Mais c’est vrai que ça me faisait un peu peur, j’avais cette crainte quant à mon potentiel à devenir entraîneur, surtout quand on est réservé comme moi. Il a fallu aller chercher des choses au fond de moi, il a fallu que je me fasse mal (sic) alors que quand j’étais joueur, je ne faisais pas vague, j’étais appliqué, je restais à ma place, concentré sur ma mission. Là, il faut aller chercher des ressources. C’est ce qui me plaît dans ce métier, essayer de transmettre des choses au joueurs, à travers les émotions; entraîner, ça me permet de partager mes convictions avec des joueurs, je dis bien des convictions, pas des certitudes, parce que ça, je n’en ai pas. J’ai plutôt une philosophie : je laisse les cartes en mains aux joueurs. Je leur dis qu’ils ont des choses extraordinaires à vivre en termes d’émotion, de partage, de réflexion. J’essaie d’axer mon discours là-dessus. Et j’essaie de leur apporter des choses que j’ai aimé quand j’étais joueur, de leur éviter aussi de tomber dans des pièges dans lesquels je suis tombé, comme la perception de soi, la confiance, les qualités de chacun et leurs développements.
Joueur, tu as eu des coachs marquants ?
Bien sûr. Beaucoup m’ont marqué. J’ai pris des idées chez certains mais j’essaie de garder ma propre identité, de ne pas faire de copier-coller. Et ce que j’ai moins apprécié chez d’autres, je ne l’applique pas. C’est assez logique. Il y a Rudi Garcia, forcément, je l’ai eu pendant 5 ans : on est arrivé ensemble à Dijon et on est parti en même temps. Il il a eu un impact sur moi. J’ai connu le Rudi Garcia semi-professionnel, qui a fait la bascule en Ligue 2, on sentait qu’il prenait de l’ampleur et qu’il n’allait pas s’arrêter là, que quelque chose s’était passé chez lui. Après, humainement, René Marsiglia à Cannes m’a beaucoup marqué. Je parle souvent de lui (René Marsiglia est décédé en 2016), je l’ai eu en National la deuxième année lors de mon premier passage à Cannes, malheureusement, avec lui, on a loupé la remontée en Ligue 2 lors du dernier match contre Valence. Paradoxalement, c’est peut-être celui qui m’a le moins fait jouer, parce que j’étais en concurrence avec Franck Durix, mais je rentrais à chaque fois, j’ai dû faire ma trentaine de matchs et une dizaine de titularisations. En termes de contenu de séances et de relations humaines, René Marsiglia m’a bluffé. Il restera à jamais dans ma mémoire et sera toujours un modèle d’entraîneur. Si je devais donner un profil d’entraîneur idoine, ce serait un mélange de Rudi Garcia et de René Marsiglia.
« Franck Durix à Cannes, c’était la grande classe ! »

Tu sais qu’à Cannes, près de 25 ans après, on parle encore de ce match contre Valence…
Pour beaucoup, ça reste une blessure, ça marque, on a dû rester deux ou trois heures groggy dans le vestiaire. C’est en tout cas mon plus mauvais souvenir de footballeur. Je me souviens du vestiaire à la fin du match… C’est dommage, on avait un joli groupe et le coach méritait qu’on retrouve la Ligue 2.
Te souviens-tu de ton premier match en pro ?
Avec Cannes, contre Angers, à Coubertin (saison 2000-2001), en D2.
Milieu offensif, ton poste de prédilection ?
J’ai toujours joué milieu offensif / meneur de jeu, mais ça dépendait aussi des systèmes, par exemple, à Dijon, avec Rudi Garcia, j’étais plus excentré.
Un coéquipier marquant ?
Franck Durix, à Cannes, c’était la grande classe. Jan Koller aussi quand même. Et Stéphane Grégoire à Dijon, un exemple. Lorsqu’on côtoie ce type de joueurs, on comprend mieux leur carrière. Ils sont très pros. J’avais plus d’appétence à me rapprocher de ce type de joueurs-là.
Un joueur avec lequel tu avais un bon feeling sur le terrain ?
Celui qui me vient à l’esprit, c’est Stéphane Mangione, un ami, à Dijon. Il jouait attaquant, on se trouvait assez facilement sur le terrain.
Tu sais que tu es né le même jour qu’un ancien de tes coéquipiers à Cannes, qui porte presque le même nom que toi, mais qui est plus âge ?
Oui, c’est le gardien François Lemasson, un historique de Cannes, il est né comme moi, un 15 novembre !
« Mon modèle, c’était Jean Tigana »

Un modèle de joueur quand tu étais petit ?
Mon premier modèle, c’était Jean Tigana. La première Coupe du monde que j’ai regardée, c’était en 1986 avec mon papa, au Mexique, et je disais tout le temps que je voulais être Jean Tigana ! Aujourd’hui, quand je revois des images de lui, il avait une activité folle sur le terrain, je peux comprendre que je voulais lui ressembler ! Pourtant, y’avait plein d’autres excellents joueurs en équipe de France. Par la suite, ce fut Zidane, que j’ai croisé à Cannes pour le match du Centenaire, en 2002.
Un sport, autre que le foot ?
Le basket.
Tu étais un joueur plutôt…
Un joueur à sensibilité technique avec le ballon, un joueur dans la réflexion.
Tu es un entraîneur plutôt…
J’espère être un entraîneur humain et sensible à la réflexion.
« Créer et utiliser les espaces »

Ta philosophie de jeu ?
J’aime le jeu au sol. À la GSI, on essaie d’avoir un jeu de possession intéressant. L’idée, par ce jeu de position et de possession, est de créer des espaces et de les utiliser, ce n’est pas juste avoir une possession stérile. J’ai une philosophie de jeu que j’essaie d’adapter aux qualités des joueurs. J’essaie de ne pas être trop directif, de laisser mettre en avant leurs qualités. Le groupe adhère à ça. On est dans un système en 4-1-4-1, notre structure de base, et à partir de ça, on essaie de créer des positions qui puissent nous permettre de nous offrir du temps et de l’espace.
Tu as le temps d’aller voir des matchs ?
Je regarde beaucoup de matchs à la télé et je vais voir les équipes du club le dimanche, notamment pour suivre nos jeunes.
Une phrase, un dicton ?
Oui, et ça va faire sourire les gens de Beaucouzé et de Pontivy : « Allons chercher les émotions qu’on mérite ! » C’est pour ça qu’on joue au foot, pour les émotions, c’est vraiment quelque chose de quantifiable. Peu de sports permettent d’en procurer autant que le foot. Et sur l’aspect du jeu, j’aime bien répéter aux joueur de « créer et utiliser les espaces », on est vraiment là-dessus. C’est pour ça aussi, nos adversaires savent maintenant ce que l’on essaie de mettre en place et essaient de contrecarrer ça. On est attendu du fait de notre classement, ce qui n’était pas forcément le cas en début de saison. Cette série-là, on va la chercher aussi par d’autres valeurs, comme la solidarité, la résilience et la capacité à se faire mal dans les moments difficiles. Parce que c’est forcément difficile de gagner un match, en raison des paramètres maîtrisables ou non maîtrisables, des problématiques… En fait, à chaque match, ce sont des conditions différentes, des adversaires différents, des nouvelles problématiques, c’est ce qui fait que ce sport est magnifique.
« On sait tous à qui on doit des choses »

Meilleur souvenir de joueur ?
La montée en Ligue 2 avec Dijon en 2004.
Un entraîneur que tu n’as pas forcément envie de revoir ?
J’aimerais bien discuter avec certains, avec qui ça n’a pas collé par exemple, comme Gérald Baticle à Brest, où ça s’était mal goupillé, entre guillemets. J’ai des regrets du point de vue de ma position de joueur, mais aujourd’hui, je comprends aussi la difficulté du rôle d’entraîneur : avec lui, j’aimerais avoir une discussion, c’était sa première expérience en tant que coach et ça ne s’est pas passé comme je l’aurais aimé.
Un entraîneur que tu aimerais bien revoir ?
Il y en a plein ! J’aime beaucoup recroiser des personnes que j’ai connues et qui m’ont aidées. Ici, à Pontivy, je croise régulièrement l’entraîneur que j’ai eu lors de mon premier passage quand j’étais joueur, c’est Michel Jarnigon, il s’est lancé en politique, il est premier adjoint à la Ville et candidat pour devenir maire. Il m’a marqué et je lui suis très reconnaissant, parce que grâce à lui j’ai pu passer mon bac et jouer en CFA à Pontivy. J’avais moins de nouvelles de lui même si j avais suivi son cursus, et le fait de revenir ici m’a permis de le croiser avec plaisir. On sait tous à qui on doit des choses; ça rejoint aussi l’idée d’être ici, de rendre au club ce qu’il m’a apporté.
« Je n’ai aucun regret »

Plus beau but ?
Dijon – Reims, un lob.
La saison où tu as pris le plus de plaisir sur le terrain ?
La saison 2003-04 avec Dijon, avec une demi-finale de coupe de France (élimination 2-0 à Châteauroux) et une montée en Ligue 2.
Le club où tu as failli signer ?
Saint-Etienne en décembre 1999, alors que j’étais à la GSI. J’ai voulu terminer la saison à Pontivy.
Un président marquant ?
J’en ai croisé beaucoup, de prime abord je pense à Bernard Gnecchi au DFCO.
Ton geste technique préféré c’était quoi ?
La prise de balle orientée.
Si tu n’avais pas été footballeur, tu aurais fait quoi ?
Certainement professeur de sport.
Y a-t-il eu une erreur de casting dans ta carrière de joueur ?
Je n’ai aucun regret.

Le meilleur match de ta carrière, selon toi ?
Un match contre Lens en coupe de France (Ligue 1), en janvier 2004, avec Dijon. Ce soir-là, il y avait une sensation de force collective.
Le pire match de ta carrière ?
Mon dernier match avec Brest contre Nîmes, en D2.
Un stade et un club mythique pour toi ?
Boca Juniors et la Bombonera.
Une causerie de coach marquante ?
Une causerie de René Marsiglia à Clermont, lors de la 2e journée de championnat. Il avait presque prédit l’intégralité de la saison et dit une phrase que j’ai toujours gardé en tête. « Jouez-le comme si c’était votre dernier match. »
Une consigne de coach que tu n’as jamais comprise ?
« Tu dois la mettre ! » Oui, en général, le joueur est au courant !
Le club de Pontivy en deux ou trois mots ?
Passionné et humble.
Le milieu du foot en quelques mots ?
Passionnant et stimulant.
- Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
- Photos : Chloé TROHEL et Mathias LE HEL (GSI Pontivy)
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Entraîneur des U17 Nationaux de l’ACA l’an passé, l’ex-latéral professionnel a pris les commandes des seniors après le dépôt de bilan à l’été 2025, en repartant d’une feuille blanche. Avec son groupe, leader de sa poule en Régional 2, il parle d’humilité, de travail, d’ambition, et rappelle sans cesse que l’histoire actuelle est tout sauf « normale », mais bien « incroyable » !
Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Paule Santoni – AC Ajaccio
Entretien réalisé lundi 2 mars 2026, avant le succès de l’ACA face à l’EC Bastia (2-1)
Il y a dans le regard d’Anthony Lippini quelque chose d’animal qui vous transperce et vous laisse sans voix. Certains ont dû baisser les yeux en le croisant dans les couloirs ou sur les pelouses, son terrain de chasse préféré, tout au long d’une carrière qui l’a vu disputer environ 200 matchs en professionnel, entre ses débuts en Ligue 2 à Montpellier en 2007/08, à l’âge de 19 ans, et la fin de l’aventure au Gazelec Ajaccio en National en 2020, après des passages à l’ESTAC Troyes (National), à Clermont (Ligue 2) mais surtout à l’AC Ajaccio (Ligue 2, Ligue 1), où il a entamé sa seconde vie, celle d’entraîneur.
Cet arrière au sang chaud, qui en impose, capable d’être « méchant » – c’est lui qui le dit -, a misé sur d’autres valeurs que la technique – « Je n’avais pas celle de Maradona, dommage (rires) ! » – pour se faire une place dans ce football ultra-concurrentiel, où l’on demande aujourd’hui au défenseur latéral d’être le premier attaquant.
Anthony Lippini, lui, sortait rarement de son registre, défensif, mais franchissait parfois la ligne rouge. Rouge, comme le sang, dont l’odeur pouvait lui rappeler cette phrase prononcée avant chaque match par « Pierrot » Molinelli, son entraîneur en « moins de 13 ans » au Sporting-club de Bastia : « Il vaut mieux être le boucher que le veau ». La métaphore est évidente. Et a fini de bâtir sa réputation.
Humilité, travail et ambition
Mais le natif de Bastia, âgé de 37 ans, l’assure : depuis qu’il est passé de l’autre côté de la barrière, il n’est plus le même homme sur le banc de touche. Une chose n’a cependant pas changé chez lui. Ou plutôt trois : l’humilité, le travail et l’ambition. Ses règles. Et celles-là, il les respecte. Ses joueurs et son staff aussi. Elles sont aussi valables en Régional 2, la division dans laquelle a plongé l’AC Ajaccio l’été dernier, après avoir été rétrogradé administrativement de Ligue 2 en National par la DNCG pro le 24 juin, décision confirmée en appel par la DNCG fédérale le 15 juillet, avant une exclusion pure et simple des championnats nationaux prononcée par la FFF, le 13 août.
Voilà comment, au gré d’un été meurtrier, le club floqué de la tête de Maure et de l’ours, son emblème, plombé par un déficit estimé à plus de 13 millions d’euros, a chuté de cinq divisions.
Voilà comment, après une saison achevée à la première place de son groupe avec les U17 Nationaux de l’ACA, Anthony Lippini, dont l’autorité naturelle et le charisme sont frappants, s’est retrouvé à la tête d’une équipe seniors qui a bien failli disparaître, construite à la va-vite, et dont les deux uniques objectifs sont de redonner de la vie et du plaisir, puis de gravir les échelons.
Pour ce qui est du premier objectif, le contrat est déjà rempli. Pour ce qui est du second, la saison sportive est bien engagée. L’ACA est en tête de sa poule (13 victoires, 2 nuls, 1 défaite / bilan au moment de notre entretien réalisé six jours avant le succès 2-1 face à l’EC Bastia), trois points devant la réserve du FC Borgo, et surtout onze devant le 3e, Bonifacio, et donc bien placée pour décrocher l’un des deux billets directs pour le Régional 1 en fin de saison.
Lundi dernier, après un week-end « off », et à six jours d’un match contre l’Espoir Club Bastiais, sur le synthétique du stade Dumé Luciani, juste derrière l’imposant stade Michel Moretti (ex-François-Coty), Anthony Lippini s’est posé pendant près d’une heure. Détendu, sérieux, souriant, il a répondu à nos questions sans jamais se départir de sa franchise habituelle.
Interview : « Je suis en formation accélérée ! »
Anthony, tu es né à Bastia, mais tu n’as jamais été pro au Sporting-club de Bastia…
J’ai joué au Sporting de mes débuts à 4 ans jusqu’à l’âge de 14 ans, avant que je ne parte au centre à Montpellier. Mon papa (Bruno) a joué au Sporting (de 1986 à 1991). Quand j’ai commencé le foot, il était au Sporting. C’est un club qui est important pour moi, je n’ai pas de problème avec ça. Je n’oublie pas d’où je viens. Le Sporting restera le Sporting, mais je suis fier de porter les couleurs de l’AC Ajaccio et de mon parcours avec l’ACA, et aujourd’hui, même si je suis installé à Ajaccio, je n’y ai personne à part mon épouse, mes enfants et ma belle famille. Du côté de ma famille, tout le monde est à Bastia. Avec le Sporting, cela a pourtant failli se faire trois fois en professionnel mais cela ne s’est jamais concrétisé. Voilà, c’est comme ça, ce n’était pas le moment (rires).
C’est un regret ?
Non, pas un regret, parce que cela m’a permis de faire autre chose, mais à la fin de ma carrière, j’aurais beaucoup aimé boucler la boucle comme ça, là où j’avais commencé.
Ton style de jeu, ton tempérament, tout ça aurait peut-être bien collé avec le Sporting…
Oui, ça aurait collé je pense, malheureusement, parfois, certaines personnes oublient certaines valeurs de chez nous et préfère autre chose, c’est comme ça, c’est la vie, ce sont des choix.
« L’importance d’être Corse »
Donc on peut être né à Bastia, aimer le Sporting, et aimer l’AC Ajaccio ?
J’en suis persuadé depuis toujours. Je n’ai pas de problème avec ça. Pour moi, le Sporting, l’ACA, le Gazelec Ajaccio, Corte, Balagne, etc., avant tout, c’est l’importance d’être Corse. Cela a toujours ma façon de voir les choses. Et puis on peut faire l’inverse : on peut être Ajaccien et réussir au Sporting, la preuve avec Yannick Cahuzac, un ami très proche (aujourd’hui entraîneur adjoint d’Olivier Pantaloni au FC Lorient, Ndlr).
Te souviens-tu de la première fois que tu as assisté à un match de foot pro ?
C’était au Sporting. J’allais voir tous les matchs avec mon père. Je me souviens que, lorsque j’étais débutant, je m’entraînais sur le stade Armand-Cesari, c’était souvent les lendemains de matchs, et après la séance, on allait dans les tribunes, y’avait des drapeaux, j’allais dans les vestiaires aussi, il y a avait des joueurs que mon père connaissait, eux aussi m’ont inspiré, ont servi d’exemple pour la suite de ma carrière.
Comment es-tu passé des équipes de jeunes au Sporting à Montpellier ?
Mon papa a signé là-bas comme entraîneur. Moi j’étais avec la sélection corse, en coupe nationale, et Montpellier s’est intéressé à ce que je faisais. Ils n’étaient pas contre ma venue. Ils m’ont fait passer une sorte d’essai d’un an (rires). Le directeur du centre, c’était monsieur (Serge) Delmas. Tout le monde avait un contrat sous convention, mais moi non. Après un an, j’ai réussi à convaincre le club et ensuite j’ai enchaîné.
Du coup, tu es resté combien de temps à Montpellier ?
Huit ans, entre la formation et les pros. Je dois beaucoup au MHSC. Je suis très reconnaissant de tout ce que le club m’a apporté. Si je n’avais pas eu cette formation montpelliéraine, je n’aurais sans doute pas été professionnel. Je suis aussi très reconnaissant des éducateurs que j’ai eus, des dirigeants… J’ai eu la chance de connaitre Louis Nicollin et aussi son fils Laurent qui était déjà là. J’ai gardé beaucoup de contacts. Montpellier, c’est un club qui restera important toute ma vie. J’ai tout appris là-bas. Et j’ai aimé la ville.
Te souviens-tu de ton premier match en pro ?
C’était un Montpellier-Grenoble, il me semble, à La Mosson, en Ligue 2, lors de la saison 2007/08, avec Rolland Courbis, qui m’a fait signer pro. Montpellier avait une belle équipe, avec des « vrais » joueurs comme Bruno Carotti, Philippe Delaye, Lilian Compan, Lamine Sakho, etc.
« Franc, passionné, méchant »
Tu étais un joueur plutôt…
Franc, passionné et méchant.
Tu es comment dans la vie de tous les jours ?
Franc. Très franc. Très droit. C’est très important. Sinon je suis quelqu’un de plutôt discret, tranquille.
Joueur et entraîneur, tu es resté le même ?
Non, je suis différent. Je garde la passion, c’est important. J’essaie d’être le plus droit possible avec les joueurs parce que j’aurais aimé que l’on soit comme ça avec moi, or on ne l’a pas toujours été… Je suis un peu plus réfléchi, un peu moins dans les émotions aussi mais ça c’est normal, j’ai grandi, j’ai appris, et les leçons m’ont servi ! Mais je suis vraiment passionné et j’aime ce que je fais. J’aime le jeu aussi.
Combien de buts marqués en pro ?
Deux contre mon camp (rires) ! Sinon, j’en ai mis un en coupe de la Ligue contre Vannes, contre un gardien avec lequel j’avais joué à Montpellier, Gérard Gnanhouan. C’est le seul que j’ai marqué ! J’ai souvent failli pourtant (rires) !
Meilleur souvenir sportif ?
La montée en Ligue 1 en 2011 avec l’AC Ajaccio. C’est difficile à expliquer, il faut l’avoir connu pour le comprendre. J’ai connu trois montées mais celle-là était exceptionnelle, déjà parce que j’ai joué tous les matchs. Parce que quand je signe, on me dit que si on se maintient en Ligue 2 à deux journées de la fin, ça sera une belle saison. Parce qu’on part en stage à 14… Humainement, c’était des gens incroyables… On a su créer quelque chose, un engouement. J’ai couru après ces sensations-là tout le reste de ma carrière, et je ne les ai jamais retrouvées.
Fan de Maradona
Ton poste de prédilection, cela a toujours été latéral ?
Oui, même si parfois, j’ai joué dans l’axe aussi, à un poste qui plaisait aussi énormément, mais sinon je n’ai joué que latéral.
Un joueur que tu n’aimais pas trop affronter ?
Il n’y en a pas eu un en particulier. Après, par rapport à mon poste, j’avais souvent affaire à des joueurs de même profil, rapide, percutant, puissant, mais ceux que je préférais rencontrer, c’était ceux qui étaient plus dans le jeu à l’intérieur, qui débordait un peu moins. J’ai eu la chance de jouer contre des joueurs comme Eden Hazard, qui était difficile à marquer, ou même Pierre-Emeric Aubameyang, qui allait très vite, c’était compliqué de les tenir.
Un coéquipier marquant ?
J’ai eu la chance de jouer avec Adrian Mutu (ex-Chelsea, Inter, Juventus, Fiorentina, Parme, etc.), il m’a marqué par son aura, par ce qu’il dégageait, par ce qu’il était capable de réaliser aussi. C’était une star mondiale, nominé au Ballon d’or. Il était en fin de carrière à Ajaccio donc j’imaginais quand il était au sommet de sa forme ce que ça devait être. Il avait une facilité dans les protections de balle, et puis, ses qualités techniques… Il sentait le jeu.
Le coéquipier avec lequel tu avais le meilleur feeling dans le jeu ?
Yannis Salibur, à Clermont. Il était vraiment au-dessus. Même s’il a eu une très belle carrière, pour moi, il n’a pas eu celle qu’il méritait. Il était vraiment incroyable. Il était adroit, puissant, et en plus, c’était un bon gars. On avait un très bon feeling sur le terrain, on jouait sur le même côté, j’aimais défendre pour lui. J’ai apprécié les deux années passées avec lui. J’ai apprécié aussi le feeling avec Yoann Poulard, il m’a beaucoup appris à mes débuts à l’ACA, il m’a beaucoup aidé, en plus, c’était la première saison où je jouais latéral gauche.
Une idole de jeunesse ?
J’ai toujours été fan et admiratif de Diego Maradona, il avait tout compris au football, c’était un jeu pour lui, et pour moi aussi ça l’est, mais c’était aussi un spectacle. Et ça, c’était fantastique. J’ai regardé énormément de vidéos et de films sur lui. Je les ai montrés à mes enfants. Il m’a toujours impressionné. Il m’impressionne encore aujourd’hui. C’était beau à voir.
Un sport, autre que le football ?
J’aime beaucoup la moto-cross, j’en ai fait quand j’étais jeune, mon grand fils en a fait aussi. Je m’y suis remis il y a deux ans. J’aime les sports mécaniques en général, comme les rallyes automobiles, ça m’a toujours passionné. Mon but, c’est d’en faire un, ça ne devrait pas tarder. Je ne pouvais pas en faire quand j’étais joueur. J’aime bien faire du trail pour le plaisir aussi.
« Les causeries, à la fin, ça me fatiguait ! »
Des entraîneurs marquants ?
J’ai appris de tous, même de ceux que je n’ai pas appréciés. Quand j’étais au centre de formation à Montpellier, un coach comme Ghislain Printant m’a marqué, il était proche de nous, je l’ai eu longtemps, en 16 ans Nationaux, en réserve, il était dur mais il nous a éduqués. Et mon papa aussi, parce que c’était un très-très bon entraîneur, et je ne dis pas ça parce que c’est mon papa, mais il a su être juste et ce n’était pas facile pour lui, d’avoir son fils dans le groupe. Il était fin tactiquement, il n’avait pas besoin de crier pour faire comprendre les choses, et il avait ce truc en plus pour tirer le meilleur de chacun. Il a été dur avec moi aussi, ça fait partie du truc. Après, en pro, un entraîneur comme Olivier Pantaloni m’a marqué, il était calme, très humain, et ça, aujourd’hui, dans le foot, ça se perd… C’est Olivier Pantaloni aussi qui m’a fait le plus confiance en pro et m’a permis de jouer en Ligue 1.
Comment expliques-tu qu’Olivier Pantaloni, qui jouit d’une bonne réputation, n’entraînes pas un club plus huppé ?
Lorient, c’est quand même un bon club de Ligue 1. Ce que Lorient faisait à l’époque de Christian Gourcuff par exemple, ça m’a inspiré, parce que c’est le football que j’aime proposer. Olivier (Pantaloni) est resté très longtemps fidèle à l’AC Ajaccio, et ça c’est rare. C’est son choix. Comme il est resté longtemps au club, les gens ont pu lui mettre une étiquette. En tout cas, c’est un très bon coach, les gens à l’AC Ajaccio ont dû le regretter, du moins je l’espère. Parce qu’on se rend compte de tout ce qu’il a fait une fois qu’il est parti. Il mérite d’être reconnu. Ce qu’il a fait en Corse et pour l’ACA est incroyable et respectueux. Peut-être qu’il est sous-estimé, mais je pense qu’il prouve avec Lorient qu’il mérite ce qu’il a.
Une causerie marquante ?
J’en ai tellement eues… Je t’avoue que les causeries, à la fin, ça me fatiguait ! Mais celle qui me vient à l’esprit, c’est justement celle d’Olivier Pantaloni avant un match à Nîmes, l’année où on monte en Ligue 1, parce que c’était différent de d’habitude. Il avait projeté un film, il avait cherché à toucher le côté émotionnel et ça m’avait touché. C’était nouveau aussi. Je suis toujours en contact avec lui.
« Je pars du principe qu’un joueur de foot est intelligent »
Et toi, tes causeries d’avant-match, tu les prépares comment ?
Je ne les prépare pas de manière informatique, parce que tout est carré, je ne laisse rien au hasard. Après, les discours non plus, je ne les prépare pas. Je n’ai jamais eu de problème à parler devant les gens. J’ai eu la chance d’être capitaine dans beaucoup de clubs où je suis passé, et dès le centre de formation.
La seule chose que je prends en compte, c’est que je parle aux gens comme si je parlais à mes enfants ou à mes parents, de manière naturelle. J’ai des sujets à aborder parce qu’ils sont importants par rapport au match qui va arriver, par rapport au plan tactique, au plan de jeu, mais je n’écris rien. Mes causeries sont toujours très courtes. Et je prends en compte ce que moi j’aimais en tant que joueur. Il m’est arrivé d’avoir des causeries de 30 minutes et ma tête explosait, je ne retenais rien. Quand je voyais que le coach avait tout préparé dans sa causerie, je n’écoutais même plus. La causerie la plus longue que j’ai dû faire, c’est 12 ou 13 minutes, et c’est déjà beaucoup.
J’essaie de ne pas mettre que de l’émotion, parce que je pense que ce n’est pas ça qui va te faire gagner un match. J’essaie d’apporter avec des vidéos, de montrer des choses dont j’aimerais que l’on s’inspire. Je pars du principe qu’un joueur de foot est intelligent. Je me suis toujours battu contre ça, contre cette vision caricaturale, contre les clichés et l’image que les gens avaient du joueur de foot. C’est quelque chose qui m’a toujours fatigué. Ce sont des conneries. J’ai eu la chance de travailler avec des entraîneurs comme Didier Zanetti (avec la réserve de l’ACA), qui m’a énormément appris, sur le plan tactique, sur les causeries. C’est un entraîneur que j’apprécie, et j’aimais son travail.
Dans un autre style, il y a aussi Julien Banghala, avec qui j’ai commencé adjoint en seniors. Il est directeur du Centre de formation du FAR à Rabat au Maroc aujourd’hui. Ce sont des entraîneurs très performants dans leur domaine et j’ai eu la chance de commencer avec eux, ce sont des belles pointures ! Je me suis inspiré d’eux, et après j’ai fait un mélange à ma sauce. Pour en revenir à mes causeries, elles ne sont pas préparées. L’improvisation est importante. Si je n’ai rien à dire, je ne dis rien. Et quand je dis quelque chose, c’est que j’ai envie de le dire et c’est ce que je pense. Je ne sais pas comment l’expliquer. Je ne joue pas un rôle, de toute façon, je ne supporte pas ça, parce que je n’aimerais pas qu’on le fasse avec moi.
« L’aventure que l’on vit, elle est incroyable ! »
En termes d’émotion, ce que tu as vécu joueur est-il plus fort que ce que tu vis actuellement dans la peau de l’entraîneur ?
C’est différent. Mais c’est aussi fort. L’aventure que l’on vit, elle est vraiment incroyable. Je ne regrette pas une seconde mon choix. Aujourd’hui, et quoi qu’on en dise, on est l’équipe première de l’AC Ajaccio. Bon, ok, on est en Régional 2, mais quand même. Pour les dirigeants, pour les supporters, cela ne change pas grand-chose. C’est ce que je dis aux joueurs : les émotions que l’on vit, elles sont intenses, fortes et surtout inoubliables. Ce n’est pas comparable avec ce que j’ai vécu en tant que joueur, mais c’est tout aussi beau.
Entraîneur-joueur, ça ne t’a pas tenté ?
On me l’a demandé encore cette année, mais j’ai refusé. J’ai rejoué il y a 2 ans, avec l’équipe de N3 de l’ACA, quand j’étais adjoint de Didier Zanetti, parce que j’avais demandé au club de finir ma carrière à l’ACA. J’avais prévu de jouer le dernier match de la saison. Bon, il s’est avéré que j’ai joué dès le mois de novembre à cause de problèmes d’effectif, et Didier, lui, voulait me faire jouer tous les matchs (rires), j’ai dit « Non, non… » J’en ai joué deux ou trois et je me suis régalé. Physiquement, j’étais en forme, et même cette année, je pense que je pourrais encore jouer, mais c’est un choix. J’ai tourné la page. Aujourd’hui, je ne suis plus joueur. Je suis entraîneur.
Du coup, c’est ton adjoint, Riad Nouri (40 ans), qui joue !
C’est incroyable ! Quand on en a parlé, il m’a dit « Oui, je jouerai tous les matchs à domicile », et quand je lui disais « Tu vas rester au repos » il me disait « Non, non, je joue ! » (rires). Il veut tout jouer ! Il a du mal à décrocher et je le comprends, il prend du plaisir. Mais pour lui, c’est dur. Avec « Riri » (Riad Nouri), j’en discutais souvent, il avait toujours ses réflexes de pro, je lui disais : « Mais Riad, tu ne peux pas demander à certains joueurs des choses, que nous on n’a connu, alors qu’on est en R2 », il avait du mal au début avec ça, à cause des automatismes, des visions de jeu, qu’on a pu avoir parce qu’on a été pro, et que d’autres ne peuvent pas avoir parce qu’ils n’ont jamais connu ça.
C’est bien d’avoir son adjoint sur le terrain ? C’est important ?
C’est bien, oui et non, parce que parfois j’ai besoin de lui pour échanger sur le banc, du coup, ça me manque. Mais ça me permet aussi d’avoir un ressenti à l’intérieur du terrain. Riad se sent toujours joueur, il a du mal à décrocher de ça, et je le comprends, parce qu’il prend toujours du plaisir.
« Je ne suis pas le même homme, entraîneur, que quand j’étais joueur »
Tu as le temps d’aller voir des matchs de foot ?
Je suis sur les terrains tous les week-ends parce que j’ai deux garçons qui jouent (rires) ! L’un a 14 ans, l’autre a 5 ans, ils portent le maillot de l’ACA. Avant le football, c’est ma famille qui compte. Le football, c’est secondaire et cela restera toujours secondaire pour moi. J’accorde beaucoup d’importance dans le fait d’être présent pour mes enfants. Du coup, je vois des matchs, mais dans des catégories différentes ! Ce ne sont pas des matchs de seniors !
Un proverbe, un dicton ?
J’en ai deux différents, mais je fais la part des choses car je ne suis pas le même homme, entraîneur, que quand j’étais joueur. Et je suis content de ne pas être le même, parce que ça veut dire que j’évolue, que je mûris, que j’apprends aussi, parce que quand j’étais joueur, je n’ai pas tout fait bien. Mais j’ai une phrase que je me suis répétée toute ma carrière quand j’étais joueur, elle venait d’un coach que j’avais en benjamins « moins de 13 ans » au Sporting à Bastia, « Pierrot » Molinelli, que j’aimerais revoir, parce qu’il a beaucoup compté aussi. A chaque fois que je rentrais sur le terrain, il me disait une chose : « Il vaut mieux être le boucher que le veau ». Toute ma carrière, je me suis dit ça. C’est aussi ça qui a fait que j’ai réussi à être pro, parce que je n’avais pas des qualités incroyables. Mais je ne le répète plus aujourd’hui, parce que c’est différent. Je parle plutôt d’humilité avec mes joueurs. Je crois à ça. L’humilité est importante, encore plus dans notre situation. C’est ce que je leur répète chaque jour.
« Je n’avais jamais vu un match de Régional »
L’humilité dont tu parles a plusieurs significations : il y a celle que l’on doit avoir en tant qu’être humain mais aussi celle que doit avoir le professionnel qui a toujours tout eu sous la main et qui débarque en Régional 2, où c’est système D, où les terrains ne sont pas de qualité, etc.
Bien sûr. Et je ne sais pas si j’aurais été capable de le faire. J’ai beaucoup de respect pour ce qu’ils font. J’ai refusé à la fin de ma carrière de jouer au niveau régional quand des occasions se sont présentées. Peut-être que pour l’ACA, j’aurais rechaussé les crampons, mais avant de reprendre les rênes de l’équipe cette année, je n’avais jamais vu un match de niveau Régional. Encore moins joué. Donc ce que j’ai fait, quand le championnat a repris, je suis allé voir un match de Régional 2, à Corte : c’était la réserve de Corte contre Cargese. Je ne connaissais pas le championnat. M’entraîner à 18 heures, je ne savais pas non plus ce que c’était. Bon, c’est tout nouveau, mais c’est intéressant aussi.
Tu as pensé quoi de ce match Corte-Cargese ? Tu t’es dit « Waouh » !?
C’était différent. Je n’ai pas de problème avec le niveau où on est, ça reste du football, même si c’est différent de ce que j’ai pu connaître, mais il y a des choses à apprendre, et je suis agréablement surpris du niveau en R2.
« Je profite de l’instant présent »

Tu as des manies de coach avant un match ?
J’essaie de rentrer dans ma bulle, de me concentrer, d’être au calme. Je prends toujours dix ou quinze minutes tout seul, tranquille. J’ai besoin de cette bulle de concentration pour me plonger dans le match. C’est ma deuxième année de coach comme n°1, puisque j’entraînais les U17 Nationaux l’an passé, et j’avais commencé à faire ça, parce que je travaille avec un préparateur mental. C’est une des choses que j’ai mise en place et qui m’apporte.
Un plat, une boisson ?
J’aime l’Orezza et en plat, j’aime les pâtes et le tiramisu. Les pâtes « alla salsiccia », j’adore.
Si tu n’avais pas été footballeur, tu aurais fait quoi ?
Pompier.
Un endroit que tu apprécies à Ajaccio ?
C’est Capo di Feno, après les Sanguinaires, en bord de plage, c’est un endroit où je me sens bien. La belle famille a un pied à terre là-bas, c’est une chance, et j’y passe beaucoup de temps.
Le match de légende de l’ACA ?
Les derbys contre Bastia, ils étaient passionnants. Le match aussi contre le PSG, l’année où on monte, en 2011, c’était le début de l’ère qatari. C’était incroyable. On est allé faire match nul au Parc des Princes aussi (en janvier 2013, 0 à 0).
Le joueur de légende de l’AC Ajaccio ?
Etienne Sansonetti. Un pionnier. Un buteur. Il ne faut pas oublier les anciens, c’est aussi grâce à eux qu’on est là. Des joueurs comme Dado Prso aussi ont compté, ils ont été incroyables. Dado, je l’ai recroisé quand je jouais à Tours et quand j’étais allé jouer à Pau, où il était adjoint (il est aujourd’hui adjoint de Bruno Irlès en N2, aux Girondins de Bordeaux, Ndlr).
Tu te vois entraîner pendant longtemps ?
J’ai déjà du mal à me voir demain, alors… J’ai arrêté de faire des projets dans le football. Je profite de l’instant présent. Je suis chanceux et heureux de faire ce que je fais. Je prends ce qu’il y a à prendre. Je me donne les moyens de réussir, d’évoluer, d’être performant et meilleur chaque jour. Après, arrivera ce qui arrivera.
« Ce qui est arrivé au club, ce n’est pas rien »
En septembre, l’ACA a fait le buzz avec le retour d’Andy Delort, c’est normal, mais d’autres anciens moins connus sont là, comme Cédric Avinel…
Cédric, c’est un ami, j ai joué avec lui à Clermont, on est resté très proche après, on se voit en dehors, et quand on a essayé de restructurer le club l’été dernier, on n’avait pas d’entraîneur pour les U14, j’ai demandé aux dirigeants si cela pouvait les intéresser de prendre Cédric, parce que je suis persuadé qu’il peut faire un super coach, et aujourd’hui, le club est très content de lui, et Cédric se régale avec les petits. Je lui ai demandé de me donner un coup de main avec l’équipe de R2, il m’a dit « Anto, pas de souci, je te donnerai un coup de main », et il me donne plus qu’un coup de main aujourd’hui (rires) ! Cédric, c’est une patte.
Récemment, un autre « ancien », Mohamed Youssouf, qui s’est entraîné avec vous, a signé en N2 à Chantilly : pas trop déçu ?
C’est une grande déception de ne pas l’avoir avec nous, parce qu’au delà de ce qu’il pouvait nous apporter sur le terrain, avec ses qualités de joueur de foot, c’est humainement quelqu’un d’incroyable, du même calibre que Cédric, quelqu’un de très discret, très humble, et j’aurais aimé l’avoir dans mon effectif, pour ce qu’il dégage, et ce qu’il aurait appris au groupe.
On a lu que l’objectif sportif était de remettre l’ACA à sa place, dans le monde pro : mais dans combien de temps ?
Il n’y a pas de temps de fixé. Comme je l’ai déjà dit quand on est reparti cet été, il y a deux « steps » importants. Il faut y aller petit à petit. Ce qui est arrivé au club, ce n’est pas rien. Quand on a vécu de l’intérieur ce que l’on a vécu, et j’y étais, surtout à fin, dans la période de transition, quand on était trois, avec Fabio da Cunha, le coach des U16, aussi, et Riad, qui était en réserve, et alors que les joueurs s’en allaient, je peux te dire que ce n’est pas rien. La première étape, c’est déjà de retrouver le niveau national. C’est une étape important avant la suivante, qui sera de retrouver le monde pro. Quand ? Alors ça… On ne le sait pas.
Le Gazelec Ajaccio, ça peut être un exemple, avec sa remontée de R2 en N3 en deux saisons seulement ?
Ah bien sûr ! Il faut s’inspirer des clubs qui ont réussi et le Gazelec, c’est un exemple de restructuration, de renaissance, et si on peut les imiter, je signe de suite. On a des contacts, je connais très bien le président, Louis Poggi, avec qui j’ai joué, c’est important d’avoir des relations entre clubs, je n’ai pas de problème avec ça.
« On écrit de nouvelles pages pour l’avenir »
En dix ans, les trois principaux clubs corses ont été « servis » : y a-t-il une malédiction ?
C’est la vie, c’est le football. Je suis quelqu’un de très pragmatique. C’est comme ça. Vivre avec le passé, ce n’est pas mon truc. Les faits sont là. Qu’est-ce qu’on doit faire ? Se plaindre ? Se morfondre ? C’est tout ce que je déteste, c’est tout ce que je ne suis pas. Moi je préfère avancer.
Aujourd’hui, l’ACA est en Régional 2. Peut-être que c’est un mal pour un bien. Peut-être qu’il fallait ça pour repartir sur de nouvelles bases. Quand on voit ce que le Sporting a fait aussi, ils sont repartis sur de nouvelles bases, ils ont refait des choses incroyables, on doit s’en inspirer aussi, c’est pareil pour Strasbourg, qui était reparti en CFA2 (en 2011), et d’autres. On est sur un nouveau cycle. Et pour moi, le football, ce sont des cycles. On écrit de nouvelles pages pour l’avenir et peut-être que ce sont nos enfants qui en récolteront tous les fruits. En tout cas, je ne le vis ni bien ni mal. Je ne le subis pas en tout cas.
Ta vision du foot ?
Je suis obligé de m’adapter aux joueurs que j’ai, par contre, mes principes, eux, ne changent pas. Parce que je pense que tous les joueurs peuvent progresser, à n’importe quel âge, à n’importe quel niveau, et ça je leur ai dit. J’en suis convaincu. Mon propre style et mes idées de jeu m’appartiennent, mais je pars toujours du principe que le football est un jeu, et qu’il faut prendre du plaisir. Quand on commence le football, il n’y a aucun gamin qui va te dire « je vais jouer derrière, je vais tacler ou défendre », parce qu’il veut marquer des buts ou faire des dribbles, il veut se régaler. C’est un paramètre très important. Je suis convaincu que c’est grâce au jeu que l’on marquera des buts, en gardant un équilibre bien sûr, et qu’il faut récupérer le ballon, le plus vite possible, pour pouvoir jouer, mettre en place nos principes. Je ne joue pas avec les mêmes systèmes, mais je joue avec les mêmes principes qui se déforment. Pour défendre, oui, c’est le même système, mais pour attaquer, j’utilise plusieurs systèmes en fonction de ce que je peux donner aux joueurs comme billes pour être performants, et après je laisse la liberté aux joueurs, je ne suis pas un dictateur. Ils doivent être capables de mettre en place certaines choses pour mettre l’adversaire en difficulté.
Depuis le début de saison, en championnat, l’ACA n’a encaissé que 4 buts en 16 matchs : c’est très peu…
Ça me fait chier, on en donne deux contre Cargese… Même les 4 buts que l’on prend, on les donne. J’aurais aimé qu’on n’en prenne zéro, c’était faisable. Mais bon, 4 buts encaissés, ça reste correct. c’est important d’être solide défensivement si on veut mettre en place ensuite des choses offensivement.
« On est tous dans le même bateau »
Quand on voit tous ces gens qui suivent l’ACA en Régional 2, tous ces supporters… On dirait que le club s’est réveillé, qu’il y a un nouvel engouement…
J’ai déjà eu cette discussion, mais ces gens-là, ils ont toujours été là. Ils n’ont jamais disparu. C’est juste qu’à un moment donné, on s’est éloigné de nos valeurs, des valeurs du club. Ce que l’on fait nous, ce n’est rien d’extraordinaire. On essaie de rester nous-mêmes et de donner du plaisir aux gens. En étant très humbles. Parce qu’on est tous dans le même bateau, et c’est ça qui est beau. Et j’inclue tout le monde, tout ceux qui se reconnaissent dans ce nouveau projet. On fait tout pour que ces gens-là soient fiers de leur équipe.
On a commencé l’entraînement le 11 septembre… Déjà, pour faire l’équipe, cela a été compliqué. Les gens ne se rendent pas compte de toutes les difficultés que l’on a rencontrées pour mettre en place tout ça. Je n’arrête pas de le dire à ceux qui pensent que ce que l’on fait, ça paraît normal, alors que ce n’est pas normal. C’est même loin d’être normal. Le week-end, nous, on ne joue pas un match de Régional 2. On joue un match de coupe de France. Les réserves, contre nous, se renforcent, toutes, alors que quand elles affrontent une autre équipe, elles ne le font pas, mais ce n’est pas grave, cela fait partie du jeu. Tant mieux, même, cela permet de confronter mon équipe à une autre d’un niveau supérieur.
Je le répète : ce que l’on fait, ce n’est pas normal. C’est même incroyable. La fierté est encore plus grande. On n’a pas eu de préparation, on a été obligé de déclarer forfait en coupe de France parce qu’on n’avait pas encore d’équipe, on a dû reporter les deux premiers matchs de championnat, on n’a droit qu’à deux mutés par match hors-période alors que normalement on aurait dû avoir sept mutés… Personne ne nous a aidés. C’est comme ça. On prend match après match. On fera les comptes à la fin. On s’entraîne quatre fois par semaine : le mardi à 17h, le mercredi à 18h, le jeudi matin pour ceux qui ne travaillent pas et le vendredi à 17h. Pour moi qui n’avait jamais connu ça, c’est une expérience à la vitesse grand V ! J’ai appris énormément, je suis en train de faire mon inscription pour le DES (diplôme d’état supérieur). L’administratif, les mutés, les règlements, les papiers, c’est incroyable tout ce que j’ai appris cette année. En fait, je suis en formation accélérée.
- Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
- Photos : Paule SANTONI – AC Ajaccio
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