Dans la tête de l’entraîneur provençal de 36 ans, qui évoque sa construction méthodique, sa rigueur au travail, son exigence, mais aussi ses doutes et ses remises en question. Le portrait d’un cartésien.

Par Anthony BOYER / aboyer@13heuresfoot.fr – Photos Philippe LE BRECH et Istres FC

Zaki Noubir connaît Marseille comme sa poche. Chaque quartier. Chaque recoin. Chaque arrondissement. Le 8e, là où il est né, à l’ancienne clinique La Renaissance. Le 10e, à La Sauvagère, là où il a passé la majeure partie de son enfance, pas très loin du massif des calanques.
Il connaît chaque terrain de foot aussi. Surtout ceux, forcément, qui l’ont vu jouer, grandir, se façonner, au point de devenir aujourd’hui un entraîneur respecté, diplômé (titulaire du DES), écouté. Un entraîneur rigoureux et méthodique, ce qui fait de lui quelqu’un de « cartésien ».

« J’aime lire »

Photo Philippe Le Brech

Si le Marseillais de 36 ans se définit comme tel, c’est non seulement parce qu’il a garni sa bibliothèque d’un premier livre intitulé « L’erreur de Descartes – la raison des émotions », d’Antonio Damasio (1994), mais aussi parce qu’il s’appuie sur ce que l’on appelle la méthode globale. Où le développement individuel du joueur est au coeur du projet et où le match est le point de départ et le point d’arrivée des séances de la semaine, lesquelles intègrent à la fois la dimension technique, tactique, psychologique et physique.

Dans sa bibliothèque désormais bien garnie – « J’aime lire » -, prend également place la biographie du journaliste-économiste Thibaud Leplat, « Le cas Mourinho (2013) » : « C’est la première que j’ai lue. Mourinho, c’est lui qui m’a donné le goût d’entraîner. Il m’a insufflé cette envie d’avoir un jour une équipe. J’aime sa confiance, ses idées, sa communication, son parcours fantastique. J’admire le personnage, ce qu’il dégage. Quant au livre d’Antonio Damasio, il est hyper-intéressant, il parle de l’aspect émotionnel, de l’aspect cognitif ».

« Parfois je passe plus de temps à regarder l’entraîneur que le match »

A Lusitanos/Saint-Maur la saison passée. Photo Philippe Le Brech

Forcément, quand on naît à Marseille, on aime sa ville, on aime son club… l’OM ! « J’habite à une minute de La Commanderie, le centre d’entraînement ! ». Mais il ne va pas souvent au Vélodrome. « Je préfère être posé chez moi, regarder des matchs sur les plateformes, tranquillement. Mais quand je me déplace sur un stade, c’est pour une raison, voir des amis ou voir un joueur. La dernière fois que je suis allé voir l’OM, c’était contre Newcastle en Ligue des Champions (en novembre 2025), je suis fan aussi de ce club, j’aime ce que propose leur coach, Eddie Howe. J’étais installé derrière leur banc, je suis arrivé tôt, j’ai filmé les échauffements, j’ai regardé sa posture… Parfois, je passe plus de temps à regarder l’entraîneur que le match ! »

L’actuel entraîneur d’Istres en N1 (*) n’a jamais joué pour l’OM, mais, vous le lirez plus loin, il y a entraîné les jeunes pendant quatre saisons, de 2011 à 2015 : « C’est pour ça que je n’ai jamais eu la chance d’aller sur les terrains de La Commanderie, sauf le lundi matin, mais c’était juste pour les « débriefs » de nos matchs ! Sinon, nous, on s’entraînait dans l’ancien campus. »

(*) Le National 2 a été remplacé cette saison par le National 1

« J’avais un niveau modeste »

Joueur, Zaki est un arrière gauche plutôt rapide, qui change de clubs comme de caleçons – « Je remue beaucoup moins depuis que je suis coach (rires) ! » – et qui, très vite, vers l’âge de 17/18 ans, s’oriente vers le rôle d’éducateur chez les jeunes. « J’ai tellement aimé cette période quand on était gamins. J’ai plein de souvenirs, d’anecdotes… J’avais un niveau modeste, je courais beaucoup, j’étais assidu, on allait aux entraînements en bus, en métro ou même parfois à pied avec les copains, mais j’ai tout de suite été attiré par ce rôle d’éducateur, par le fait d’avoir un groupe de jeunes joueurs à ma charge, de les faire progresser, de tisser des liens fraternels avec eux. En fait, cela a été un coup de foudre avec cette activité qui est aujourd’hui mon métier-passion. »

Vivaux Maronniers, le point de départ

Photo Istres FC

Petit, Zaki accompagne Yassine, son jeune frère, à tous ses entraînements, à Vivaux Marronniers Sports. Et assiste aux séances. « Un jour, des dirigeants, je pense à Richard Gallo, Fayçal Chelalli, et aussi le président Omar Keddadouche, qui est une personne importante dans mon quotidien, me proposent de prendre l’équipe II des benjamins Honneur, et c’est là, à Vivaux, que tout commence ! La première année, j’étais en duo avec un jeune entraîneur aussi. A ce moment-là, j’étais encore joueur, à La Sauvagère, le club de mon quartier, au sud de Marseille (les deux clubs ont fusionné en 2011 pour devenir l’ASC Vivaux Sauvagère 10e, Ndlr). C’est là que j’ai passé mon enfance, que mon amour du foot s’est éveillé. Nos journées, on les passait de 8h à 20h sur le grand stade de La Sauvagère, où il y avait de très-très bons joueurs. En fait, tout était sujet au foot. Je suis nostalgique de cette période-là ! ».

Il écume les clubs de Marseille

Zaki jouera ensuite au SC Cayolle, à l’US Michelis, à l’AS Sainte-Marguerite, aux Bosquets-Néréïdes et au FC Saint-Menet, un petit club du 11e arrondissement, en seniors, et même avec l’équipe III des seniors de l’OM : « On était des collègues, on se suivait, on changeait souvent de clubs ! ».

Maintenant qu’il est éducateur, Zaki développe ses compétences et met en application ses acquis dans différents clubs de la ville : Vivaux Marronniers, donc, au commencement, puis au FC Rouguière (U11, U13), à l’OM (école de foot, U11), au SC Air Bel (U17 Nationaux), à chaque fois avec les jeunes. A L’US Endoume-Catalans aussi, où il rejoint Thierry Falzon, un nom qui résonne bien dans le football marseillais, il s’occupe des U17 Excellence.  Et puis, après une saison à l’arrêt, c’est le grand saut chez les seniors, au FC Rousset, qui vient de monter en N3, « malheureusement, pendant la Covid-19 », avec le coach Nacim Abdelali. Puis direction Nîmes Olympique pour prendre la tête des U19 nationaux avant de rejoindre Karim Masmoudi, comme adjoint, à Hyères, en National 2.

« Je savais où je voulais aller »

A Lusitanos/Saint-Maur la saison passée. Photo Philippe Le Brech

Forcément, évoquer avec lui son parcours, ses étapes, sa construction, réveille en lui des souvenirs : « A Vivaux, je me souviens de mon premier match, contre l’ES Vieux Cyprès, derrière le centre commercial Auchan à Saint-Loup… Au FC Rouguière, il y avait ce côté familial : c’est un club qui souhaitait grandir, avec une belle génération de joueurs, j’y ai rencontré Abdel Bekaddour, une personne importante du club, il y avait Mohamed Simakan avec moi (Strasbourg, Leipzig, Al-Nassr). A l’OM, où j’ai atterri grâce à Freddy Assolen, un des gros recruteurs du club, et Robert Nazaretian, ce fut le grand boom psychologique et structurel : là c’est le travail, la rigueur, la posture, la communication, je passe des diplômes importants, j’évolue… J’étais en équipe 7 chez les jeunes à l’OM mais je savais où je voulais aller ! »

« Après, il y a le passage au foot à 11 à Endoume, pendant six mois, avec Thierry Falzon et Didier Samoun, deux rencontres importantes. Ils m’ont fait confiance. Ce sont mes premières années en U17. Et puis Franck Tognarelli, le directeur sportif du SC Air Bel (recruteur à l’AS Monaco), qui m’a donné le goût du recrutement et qui, depuis de nombreuses années, fait partie de mon cercle proche, et Chaïb Draoui, le président, me proposent de prendre les U17 DH à la mi-saison… et on monte ! Suivent trois années intenses en U17 Nationaux, on remporte des trophées, des joueurs rejoignent des clubs pros… Après mes quatre saison à Air Bel, j’ai des contacts pour intégrer des clubs professionnels, mais je suis barré par le diplôme. C’est là que je fais un arrêt d’an. Ensuite, j’ai la chance que Hakim Lahouel, qui est devenu un ami, directeur sportif au FC Rousset, me propose de rejoindre le club comme adjoint. Là, je passe des U17 au monde seniors ! Et puis Reda Hammache, le directeur sportif de Nîmes Olympique, me recrute pour prendre en charge les U19 Nationaux. Là, je rejoins un club de renom, malheureusement, je ne suis pas arrivé à la bonne période, il y a eu la fermeture du Centre, le départ massif de joueurs, j’ai dû travailler dans l’urgence mais j’ai rencontré des personnes fantastiques, Reda Hammache bien sûr, Mickaël Gas, Adil Hermach, Salim Fiorentino, Fadil Mohamedi le légendaire intendant… Quand Reda s’en va à la fin de la saison, je sens que le club prend une autre orientation et c’est là que Karim Masmoudi me demande de l’accompagner à Hyères, là encore comme adjoint. Je n’hésite pas. Même s’il y a la Covid, c’est intéressant parce que je me mesure une deuxième fois au monde seniors. Il y a ce goût de la compétition. J’apprivoise ce milieu-là.« 

À Hyères, l’apprentissage à vitesse grand V

À Hyères, en National 2, les rencontres sont enrichissantes : « Il y a Karim (Masmoudi), un coach intéressant humainement et sportivement, expérimenté. Il a beaucoup voyagé et a connu l’exigence du haut niveau. Avec lui, c’est l’apprentissage à vitesse grand V ! Il est coach à Aubagne aujourd’hui, en Ligue 3. Et puis, j’ai connu le président Mourad Boudjelall, quelqu’un d’humain, bienveillant, avenant, il comprend très vite les choses. Il est vraiment différent de l’image qu’il donne. Cette saison-là, à Hyères, je passe mon DES et je suis aussi entraîneur des U17 Régionaux du SC Montredon-Bonneveine, donc c’est une ultra-chargée, mais j’obtiens mon diplôme ! Je vais pouvoir passer de l’autre côté ».

Il refait toute sa base de données

A Lusitanos/Saint-Maur la saison passée. Photo Philippe Le Brech

L’autre côté, c’est s’asseoir sur un banc en seniors. Seul. Aux commandes. Mais les choses n’arrivent pas toutes seules. D’abord, il y a cette période creuse de quelques mois. « Après Hyères, je m’arrête, je souffle, je fais comme une année sabbatique. Je refais toute ma base de données joueurs, entraîneurs, équipes, j’analyse tout. »

L’année sabbatique dure en fait sept ou huit mois : « Benjamin Pastor, le directeur sportif d’Istres, m’appelle. Fin janvier 2025, le club provençal se sépare d’Anthony Sichi. Je rencontre « Benga » (le surnom de Benjamin Pastor) et Laurent Thomas, le manager général. Ils me proposent de prendre l’équipe avec l’objectif de se maintenir en National 2, ce que l’on a fait difficilement, surtout après les départs de deux joueurs, Samir Ben Brahim et Abderrezzek Saidi (à Versailles et à Sochaux). Dans la foulée, je fais venir Mohamed Abdallah et Karim Chaban, on arrache le maintien avec une victoire au Puy 1 à 0. A l’inter-saison, on décide de faire un « mix » entre la jeunesse et l’expérience. C’est là que le travail de base de données que j’avais effectué a servi : le vivier, le réservoir de joueurs de la région, l’analyse et les caractéristiques des joueurs, j’ai tout ça, et avec le directeur sportif, on travaille main dans la main, il me laisse un droit de parole, et je le remercie pour ça, pour sa confiance. »

« Je voulais casser l’image du garçon sûr de lui »

Photo Istres FC

Zaki évoque aussi à demi-mots une période plus sombre, pendant cet arrêt post-Hyères : « Je ne m’en rends pas compte, je fais comme une dépression, mais je ne me morfonds pas, c’est juste que je regarde des matchs toutes les nuits, je ne dors pas. Je me réfugie dans le foot. Mon épouse me dit de bouger un peu, alors je pars faire des stages d’observation. Je vais en Bretagne, à Vannes, à Concarneau avec Benoît Cauet. Je vais voir des matchs, beaucoup chez les jeunes, un peu en seniors. J’échange beaucoup avec  Osama Aroun (directeur technique de l’équipe nationale des Seychelles), qui me donne de bons conseils. En fait, il y a une grosse remise en question sur ma personne… Parce que j’avais l’image d’un garçon qui pouvait être trop sûr de lui. Je voulais casser ça. Pourtant, je ne pense pas être comme ça. C’est juste que je masque une forme de timidité. Plus jeune, on m’a collé une étiquette qui m’a joué des tours, même dans mon parcours de formation. Il faut apprendre à me connaître. Je dis toujours qu’il faut d’abord lire le livre avant de bruler sa couverture ! Mon entourage, ma famille, m’ont beaucoup aidé. Aujourd’hui, c’est fini tout ça. J’ai une phrase à ce sujet : « Un entraîneur est un éternel étudiant » ! On apprend notre métier au quotidien, on se remet à jour. J’aime ce que je fais. Je suis passionné. »

« Une carrière, ça se construit »

Photo Istres FC

Finalement, près de 20 après ses premiers pas d’éducateur, sans brûler aucune étape, le voilà sur le devant de la scène, pas loin de Marseille, à Istres, un club qui a longtemps connu le monde professionnel (National, Ligue 2 et même Ligue 1). En juin dernier, il a rempilé pour une saison supplémentaire, après deux maintiens assurés (9e et 7e), le deuxième avec la manière, après avoir flirté avec les premières places. « Je pense qu’une carrière, ça se construit. C’est ce que l’on m’a toujours inculqué. J’ai suivi ce conseil. J’ai appris mon métier dans les diverses catégories avec, à chaque fois, une certaine posture à avoir, un cadre d’apprentissage à installer, et toujours cette envie de faire progresser les joueurs, de leur donner le goût du football. Et puis, quand arrive le passage au foot à 11, la compétition entre en jeu, les aspects tactiques, techniques, athlétiques, aussi. Avoir connu toutes les générations a été un plus au moment d’appréhender le niveau seniors. Je n’ai pas beaucoup de qualités, je n’ai pas le talent de mes enfants (il est papa de trois garçons âgés de 6, 9 et 12 ans, tous licenciés au foot), mais en revanche, j’ai une résilience, une passion et une envie quotidienne de travailler qui font que j’ai envie d’avancer. »

« On ne peut pas dissocier éducateur et entraîneur »

Photo Istres FC

Cet été, le Provençal a été contacté, par des clubs de sa poule notamment : « Oui, c’est vrai, mais une chose est primordiale : à Istres, j’ai la confiance et l’adhésion de la direction. Le manager Laurent Thomas, qui peut être détaché émotionnellement, me fait confiance, et avec le directeur sportif, ils me mettent au centre du projet. Cela va être intéressant de continuer avec Istres, de confirmer la bonne saison de l’an passé dans un championnat de N1 que je vois plus homogène que l’an passé, d’apporter des axes d’amélioration » poursuit celui qui se considère autant comme éducateur qu’entraîneur : « On ne peut pas dissocier les deux. On forme des joueurs et on les entraîne dans le but de gagner. J’essaie de mettre la manière dans ce que l’on fait. On a un modèle de jeu, des organisations de jeu, des principes, mais les deux marchent de pair. »

Les principes, la philosophie de jeu, parlons-en ! Zaki Noubir, qui s’inspire aussi de Bielsa – « J’aime son acharnement au travail » – et Allegri – « J’ai eu la chance de le rencontrer à la Juventus, en stage d’observation, il jouait avec ce système que j’affectionne » – est un adepte du 3-4-3. « Ma conviction, c’est que l’entraîneur moderne, celui du XXIe siècle, est celui qui s’adapte à son contexte, à son environnement. Ma méthodologie de travail me permet de m’adapter à l’environnement. Parfois, on peut imposer sa philosophie, son style, son modèle de jeu, parfois non, d’où l’importance de travailler sur l’état d’esprit, sur les joueurs, sur les principes de jeu, sur les objectifs. Ici, à Istres, j’ai la chance de jouer dans ce système, même s’il y en a d’autres en option. On doit aussi surprendre de temps en temps. »

« Derrière un footballeur, il y a un homme »

Coach exigeant, voire énergivore, Zaki Noubir réclame beaucoup d’efforts, de courses, et aime que son équipe ait beaucoup de volume de jeu et mette de l’intensité. « Même si je ne suis pas un adepte de Guardiola, il a dit : « Pour pouvoir mettre en place son projet de jeu, il faut déjà avoir des joueurs qui, sur le plan athlétique, sont en capacité de répéter les efforts, modérés ou à haute intensité ». Et c’est un de mes socles importants dans mon projet de jeu. C’est ce qui fait que ça colle avec le club et avec les attentes de la direction à Istres. »

Et avec ses joueurs, il est plutôt… humain : « Derrière un footballeur, il y a un homme. J’analyse les profils que j’ai en face de moi pour passer les messages de la meilleure des manières. Certains ont besoin d’avoir un accompagnement plus dur, d’autres un accompagnement plus affectif. Ma force, c’est de m’adapter en fonction de la personne. Je n’ai pas de qualités à part entière, mais je suis très passionné par ce que je fais, je travaille à mes heures perdues, je mets de la rigueur, j’ai ces qualités-là. »

« Redonner un sens à ce club »

Photo Istres FC

S’il s’est adapté à son nouvel environnement chez les Violets, à 50 kilomètres de chez lui, il s’est aussi imprégné de l’histoire du club, de son écosystème. A Istres, il n’y a pas ou peu de ferveur. Le club, à l’image de son proche voisin Martigues, s’est construit dans l’ombre du géant olympien. De plus, depuis plus de 20 ans, Istres évolue à Fos-sur-Mer, dans un stade Parsemain surdimensionné, pas très convivial. « Je sais tout ça, poursuit-il; même si je n’ai pas connu l’ancien stade Bardin, qui a été démoli. J’étais trop jeune mais je l’ai vu en vidéo, il y avait une certaine ferveur, un certain engouement. Il n’y a pas un désamour, mais presque, parce qu’aller jouer à Fos… Les gens n’ont pas forcément envie d’y aller. Ils viendraient plus naturellement s’il y avait un stade à Istres. Je prends ça comme un challenge : mon objectif est aussi d’amener de l’attractivité, comme la saison passée, avec notre belle saison et notre parcours en coupe de France (élimination en 16e de finale contre Laval, club de Ligue 2). On a vu la tribune du bas, derrière les bancs de touche, remplie, ça m’a fait plaisir. On doit redonner de l’amour aux passionnés d’Istres, redonner un sens à ce club. »

« Je ne me fixe aucune limite »

C’est vrai que la saison passée, en février, Istres a flirté avec les premières places (3e après la journée 16, à 3 points du leader, Lusitanos-Saint-Maur), avant de craquer en mars : « Après le match de Laval en coupe, on a enchaîné par trois succès contre Créteil, Nîmes et Rousset, On n’était pas loin mathématiquement, on aurait pu jouer quelque chose. Février, c’est la période entonnoir, ça filtre; on avait réussi à passer ce step, mais on s’est écroulé en termes de points en mars, avec 2 nuls et 3 défaites. On a eu des blessures, de la fatigue, on a manqué de profondeur de banc, de fraîcheur, d’expérience aussi pour aller chercher quelque chose. Mais les joueurs ont fait le maximum. C’est dommage mais d’un objectif initial – un maintien aisé – on a pu avoir un petit avant-goût de haut de tableau, en étant, à un moment donné, dans la course à la montée. »

« Obtenir le BEPF, un réel objectif »

Photo Istres FC

Et après ? A seulement 36 ans, Zaki est encore un jeune entraîneur, qui ne se fixe « aucune limite ». « Aujourd’hui, j’ai la chance de vivre de ma passion. Je me souviens que, quand j’ai commencé, je traçais les lignes blanches du stade avec la brouette ! Franchement, je n’ai pas de plan, je suis avec une belle équipe d’Istres, je joue des matchs de championnat de National 1, des matchs de coupe de France… Bien sûr, l’idée, c’est de progresser, de faire progresser, de répondre à des attentes que la haute compétition réclame. J’ai un parcours linéaire, atypique, marqué par la remise en question, l’écoute, la passion. J’ai pris mon temps, là, j’ai 36 ans, c’est le moment ! J’ai la chance d’avoir une épouse qui me soutient et me suis depuis près de 15 ans, elle m’a connu quand j’étais jeune entraîneur à l’OM, j’ai aussi ma famille qui est derrière moi, mes frères, mes soeurs, ma mère. »

Côté diplôme, là encore, Zaki ne vise rien d’autre que le BEPF : « J’ai le DES, il ne me manque que ça. L’obtenir un jour, c’est un réel objectif. J’ai passé mes premiers diplômes d’initiateur 1 en 2008, j’avais 18 ans ! J’ai passé le BMF (Brevet de moniteur de football) avec une superbe promo, il y avait Pancho Abardonado, Ahmed Nouri, Emerse Fae, Fabien Campioni, j’ai passé le BEF en 2019, j’ai obtenu un diplôme d’analyste vidéo en 2017, quand il commençait à y avoir le boom de la vidéo, j’ai attendu mon heure pour entrer au DES… Suivre une formation dans ce lieu mythique, à Clairefontaine, quelle fierté pour moi, issu du football d’en bas ! ».

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH et Istres FC
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L’entraîneur gardois, arrivé en Normandie en décembre, raconte comment il a adapté sa vision du jeu et évolué dans sa réflexion pour mener à bien sa mission maintien en N2. Avant d’être adjoint à Martigues de Grégory Poirier – qui témoigne dans cet article -, puis de David Carré à QRM, il avait toujours clamé son envie d’être un numéro 1… sauf s’il sentait qu’il pourrait bénéficier d’une certaine liberté, la même qu’il laisse aujourd’hui à son staff à Granville.

Par Anthony BOYER / aboyer@13heuresfoot.fr – Photos Lorik LAURENT  – US Granville (sauf mentions)

Photos Lorik LAURENT  – US Granville

Un miracle pour les uns. Une récompense pour les autres. Journée 30 du dernier championnat de National 2, le 16 mai dernier. L’US Granville est toujours relégable. Cela fait 22 journées (dont 12 à la place de lanterne rouge) que ça dure. Mais depuis l’arrivée de Greg Scaffa aux commandes de l’équipe, début décembre 2025, la situation, bien que bancale au départ (les résultats ne sont pas arrivés tout de suite), n’a eu de cesse de s’améliorer. Les Normands ont grappillé des points, comblé l’écart abyssal avec le premier non-relégable et, surtout, ils ont fait une série – une seule défaite (à Dinan-Léhon, 4-2, J21) lors des quatorze derniers matchs, entre la J17 et la J30 – qui leur a permis de s’en sortir. Le miracle, la récompense, l’exploit, appelez-ça comme vous le voulez, sont arrivés à la 30e et dernière journée, avec cette victoire 1 -0 à Chauray et ce maintien acquis in extremis, au bénéfice d’une meilleure 14e place.

Il n’avait jamais entraîné en N2

Il serait facile d’imputer ce retournement de situation au successeur de Matthias Jouan, remercié fin novembre. Il est sans doute plus juste de parler de pari collectif réussi, même si dans le foot, les victoires sont souvent celles des joueurs et les défaites, celles des entraîneurs…
Le pari est d’autant plus réussi qu’il n’était pas gagné d’avance. Quand le natif de Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, a posé ses valises, ou plutôt son sac à dos, sur les bords de la Manche, il n’avait aucune référence comme numéro 1 sur un banc en National 2. Tout juste avait-il eu une expérience en N3, une saison, à Agde (en 2017), et trois autres à Lattes, en DH, tronquées par la Covid (entre 2018 et 2021).

« Je suis parti à Granville en mission »

Photos Lorik LAURENT  – US Granville

De plus, il ne connaissait personne à l’US Granville : « Quand j’arrive, je viens tout seul. Je ne me suis même pas posé la question de savoir où j’allais, avec qui j’allais bosser, si j’allais rencontrer des gens bien, s’ils allaient être derrière moi, raconte-t-il. Mon esprit, c’était « Je pars en mission, je dois l’accomplir, je vais essayer de faire au mieux ». Je me suis dit que c’était à moi d’emmener les gens, de faire en sorte qu’ils croient à ce que je vais apporter, et ça s’est bien passé. »

Il est important de remettre les choses dans leur contexte. Quand Grégory – « Personne ne m’appelle Grégory, même moi, je dis que je m’appelle Greg ! » – signe à Granville, il vient d’être débarqué de Quevilly-Rouen, en National, où il était l’adjoint de David Carré depuis l’été 2024 : « Là encore, à QRM, j’étais parti dans l’inconnu, sans rien connaître. Je savais juste que le club avait le statut pro, qu’il était stable et sérieux. En fait, je ne connaissais que l’entraîneur des gardiens, David Moulin, avec qui j’étais en STAPS à Montpellier. Et puis j’ai eu la belle surprise de rencontrer le coach David Carré : humainement, il est top, droit, honnête, avec des valeurs fantastiques. David, c’est quand même quelqu’un qui a connu la Ligue des champions avec Auxerre, quand il était adjoint de Jean Fernandez. »

« À Martigues, on m’a enlevé quelque chose que je méritais »

Pourtant, quelques jours seulement avant de signer à QRM, deux autres plans s’offraient à lui. Le premier : poursuivre une 4e saison au FC Martigues, en Ligue 2, comme adjoint de Grégory Poirier si ce dernier restait ou pas. Le second : suivre Grégory Poirier en cas de départ. « Sincèrement, à ce moment-là, à l’été 2024, je m’étais projeté avec Martigues en Ligue 2 ».

La blessure provençale n’est pas tout a fait refermée. La déception s’entend encore, elle n’est pas ravalée : « J’avais un accord oral avec Martigues mais finalement, Greg (Poirier) est parti (au Red Star) et je n’ai pas été renouvelé. Je ne l’ai pas forcément accepté, parce que je pense qu’on m’a enlevé quelque chose que je méritais. Cette décision, elle émane de Thierry Laurey. J’étais le seul du staff à Martigues qu’il ne connaissait pas. C’est la non-acceptation de cette décision qui fait que je pars, c’est une décision égoïste, tête baissée, à QRM, surtout qu’au Red Star, cela n’a pas pu se faire non plus avec Greg. »

« J’avais juré que je ne serais jamais adjoint ! »

Photos Lorik LAURENT  – US Granville

Avec « Greg » Poirier, trois saisons durant, les résultats sont exceptionnels sur le banc de Martigues : accession de N2 en National la première saison, en 2022, alors que le club provençal comptait jusqu’à 9 points de retard sur GOAL FC, puis accession manquée de peu en Ligue 2 en 2023, à deux journées de la fin mais au final, une belle 4e place, et enfin accession validée la troisième année, en 2024, avec ce fameux match contre Nîmes à la dernière journée dans un stade Francis-Turcan plein à craquer. Inoubliable.

Finalement, Greg Scaffa aura passé presque quatre ans et demi dans un rôle d’adjoint, lui qui, au début de sa carrière, jurait qu’il ne serait « jamais adjoint » ! « C’est vrai, j’avais dit ça. Parce que j’adore le poste de numéro 1. Je travaillais dans des logements sociaux à Montpellier et j’avais le foot à côté, et puis un jour, Greg Poirier m’appelle et me propose d’être son adjoint à Martigues, en National 2. Avec Greg, on est ami. On avait joué ensemble pendant plusieurs saisons à Arles, on faisait les allers-retours tous les deux depuis Montpellier. Je lui ai dit « Ecoute, avec toi, pourquoi pas ! ». On a tenté le truc et ça a fonctionné ».

Greg Poirier le connaît bien. Alors, pourquoi et comment a-t-il pensé à lui ? « On n’en a jamais trop parlé, poursuit Scaffa. Une fois, on s’est affronté en match amical, quand j’entraînais Agde, et lui entraînait Endoume. Peut-être qu’il a apprécié la manière de jouer de mon équipe, ou ma manière de fonctionner, je ne sais pas, après, moi, je ne suis pas sur les réseaux, je n’appelle pas beaucoup. Même avec Greg, on ne s’appelle pas beaucoup, mais j’ai suivi tous ses résultats, bien sûr, j’ai regardé quelques-uns de ses matchs avec le Red Star ».

Pour Greg Poirier, l’avoir à ses côtés dans un rôle d’adjoint à Martigues était, comme il le raconte plus bas, « logique et évident ». Le désormais ex-entraîneur du Red Star raconte la genèse de leur association et explique pourquoi il n’avait aucun doute quant à sa manière de devenir numéro 1.

Ses débuts d’entraîneur à Sète

Sa carrière d’entraîneur, Grégory Scaffa l’a véritablement entamée à la fin de celle de joueur, à Sète, en 2015. Il a alors 34 ans. « Quand je jouais encore, les dernières saisons, j’avais déjà la responsabilité d’une équipe de jeunes. Pendant trois ans, j’ai eu les U13 puis les U14 de Sète. Et ensuite, quand j’ai arrêté de jouer, un an après la remontée en N2, j’ai pris en charge la réserve, pendant deux saisons. Ensuite, j’ai basculé à Agde en National 3 une saison, puis Lattes (DH) pendant trois saisons, dont deux pendant la Covid. Avec Lattes, on est leaders à une journée de l’arrêt des championnats. Et la journée d’après, c’est Albères-Argelès qui est premier, et qui monte en N3 quand la saison est stoppée. »

Connaux, Nîmes, Beaucaire, Arles…

Joueur, Greg Scaffa est un milieu de terrain, plutôt numéro 6 ou numéro 8. Il commence le foot à Connaux, dans son village, près de Bagnols-sur-Cèze, à 40 minutes de Nîmes. En pupilles, quand il passe au foot à 11, il signe à Nîmes Olympique, où il reste quatre saisons : « En moins de 15 ans Nationaux, je ne jouais pas trop, alors je suis reparti dans mon village pendant une saison, et puis je signe à Beaucaire en moins de 17 ans. J’y suis resté pendant sept saisons. On a grimpé les échelons, jusqu’en National avec les seniors. Là, au bout de 10 matchs, contre Poitiers je crois, je me suis fait les croisés. J’ai repris en N3 la saison d’après quand le club est descendu sportivement et administrativement. Ensuite, j’ai joué 4 ans à Arles, en CFA2, CFA puis National, avec Michel Estevan, que j’avais eu à Beaucaire. »

La liberté d’exister dans un staff

Photos Lorik LAURENT  – US Granville

La suite le mène à Sète, une saison en National (2008-09), avec Fred Remola, puis à Raon-l’Etape (2009-10), avec Richard Déziré, en N2, toujours une saison, et à Béziers, qui vient de monter en N2, en 2010-11, avec ce même Fred Remola. « L’année d’après, je retourne à Sète, qui est tombé en DH. J’y ai passé 4 ans. On est monté en N3 puis en N2. J’ai fait la première saison en N2, en 2014/15 ».

C’est le moment que choisit Greg, titulaire du DES, pour lancer sa deuxième carrière dans le foot. Avec cette idée bien claire, donc : ne jamais être adjoint. « Finalement, je l’ai fait à Martigues 3 ans et à QRM une saison et demie ! Pourquoi j’ai changé d’avis ? Parce que pendant trois ans, Greg (Poirier) m’a laissé de la place dans son staff et je me suis épanouis dans ce rôle. Et quand j’ai discuté au téléphone avec David (Carré) avant de signer à QRM, j’ai senti que lui aussi allait me laisser de la place, que j’allais exister, qu’il y aurait un réel échange. Pourtant, avec David, on ne se connaissait pas, même si on avait participé ensemble à une formation d’analyste vidéo quand l’UFR Staps de Montpellier avait crée le DU, mais à l’époque, on n’avait pas échangé. David est quelqu’un d’assez réservé et je ne suis pas non plus quelqu’un qui va vers les gens. »

Cette liberté que lui ont donnée Grégory Poirier et David Carré, l’a-t-il rendue en retour aux personnes de son staff, à Granville ? « Ce poste d’adjoint, ça m’a fait évoluer, parce qu’à Agde, à Lattes, j’aimais contrôler les choses, même si je permettais déjà des choses à mon staff (1). Aujourd’hui, oui, clairement, je laisse la place qu’il faut à mes adjoints et je pense qu’ils en sont contents, qu’ils sont épanouis. »

(1) Le staff de l’US Granville est composé de : Hugo Pêcher, adjoint (aspect offensif), Arthur Marie, en charge de la préparation physique et de l’aspect défensif),  Henri Engoulou (adjoint en charge de la reathletisation), Simon Houivet (adjoint en charge des gardiens), Brandon Beduneau (adjoint en charge de la vidéo)  et Lilian Rose (adjoint installation terrain).

Jusqu’à 8 points de retard

Photos Lorik LAURENT  – US Granville

Après l’éviction de David Carré à Quevilly Rouen, en septembre dernier, il aurait pu en profiter pour souffler, lui qui n’avait jamais « coupé » en 10 ans. « C’est l’opportunité de devenir numéro 1 qui fait que je replonge immédiatement, poursuit-il; c’était l’occasion. Avec l’US Granville, j’avais un club qui me faisait confiance alors que je n’avais aucune expérience de numéro 1 en N2. Je me suis dit « je vais saisir ma chance et on verra », et ça a bien fonctionné. »

Pourtant, quand il arrive, les résultats se font attendre. Pour son premier match, à Poitiers, le 5 décembre (J12), l’équipe s’incline à la 90e sur un but d’Ismaël Houmadi. « Là, on se retrouve avec le directeur sportif, Clevid Dikamona, avec qui j’ai une relation énorme, et on s’est dit « les six prochains matchs, on ne les compte pas ». Peut-être qu’on allait tous les perdre, on ne savait pas, mais ce laps de temps de 6 matchs devait servir à mettre des choses en place, sans se prendre la tête. Finalement, on a fait deux défaites, un nul, à nouveau deux défaites, et à partir du 6e match, qu’on a gagné (contre Châteaubriant, 2-0, J18), on a attaqué une série qui nous a permis de nous maintenir à la fin, avec seulement une défaite en quatorze matchs, 4-2 à Dinan-Léhon. On a quand même eu jusqu’à 8 points de retard sur le 14e ! »

Dinan-Léhon, la prise de conscience

Le stade Louis Dior à Granville. Photo Philippe LE BRECH

Selon lui, le déclic s’est produit après Dinan : « On mène pourtant 2 à 0 et on perd 4 à 2. Je prends un gros coup derrière la tête. Là, beaucoup de monde pense que c’est mort. J’attrape les joueurs dans les vestiaires, les dirigeants sont là, on a une vraie discussion, je leur dis ce que je pense, comment je vois les choses et comment il va falloir être pour s’en sortir. J’ai parlé, puis ensuite j’ai laissé les joueurs prendre la parole, puis ce fut au tour du directeur sportif et enfin au président. On s’est dit les choses, sincèrement. Cela a duré au moins trente minutes. Mais on voyait qu’il n’y avait pas de tricheurs. Et à partir de la, dans les semaines qui ont suivi, j’ai dit au staff : « Les joueurs sont en train d’y croire ». Je sentais qu’il se dégageait quelque chose de cette équipe qui m’a laissé penser qu’on allait se maintenir, quelque chose que je n’avais pas ressenti avant cette discussion à Dinan. Attention, je ne suis pas en train de dire qu’elle a tout changé, mais en tout cas, elle a fait du bien. Après ça, j’ai trouvé que les joueurs étaient habités, persuadés eux aussi qu’ils allaient s’en sortir. »

« On était une équipe gentille »

A trois journées de la fin, Granville, désormais 15e sur 16, doit recevoir deux fois de suite, d’abord le leader, La Roche-sur-Yon, puis Avranches, avant de terminer à Chauray. « J’étais confiant mais je ne cache pas qu’après le match d’Avranches, quand on fait match nul (1-1 juste après le 0-0 face à La Roche), je me suis dit que ça allait être dur d’aller chercher le maintien à l’extérieur, mais les joueurs ont envoyé des messages, par leur comportement et leur investissement. Et moi, j’y ai toujours cru. » Et l’US Granville a gagné 1 à 0, et s’est maintenue !

« On a cherché la solidité et l’efficacité »

Photos Lorik LAURENT  – US Granville

Mais alors, qu’est-ce qui ne fonctionnait pas avant ce fameux match de Dinan ? « Il manquait cet état d’esprit de gagneurs, qui fait que vous n’acceptez pas la défaite. De la personnalité aussi. Je trouvais qu’on était une équipe gentille… On a bien évolué depuis… Déjà, à partir du match à Lorient (J19, 1-1), on a changé des choses tactiquement, on est devenu solide, on ne prenait quasiment plus de buts. Et puis, on a bien vu qu’il y avait des choses que l’on pouvait faire, et d’autres pas. On est passé à des choses très simples, très concrètes, et les joueurs ont adhéré au nouveau projet de jeu. Une fois, pourtant, je me suis trompé : c’est à La Roche-sur-Yon, à l’aller (J14, 4-2). Ce jour-là, il me manquait ma sentinelle et j’ai opté pour un 3-4-3 au lieu du 4-3-3 et on a pris un bouillon. Dans le vestiaire, j’ai dit que cette défaite était pour moi. On a gardé le 4-3-3 après mais on était quasiment en 6-3-1, on défendait quasiment à 6 joueurs dont 3 alignés, avec des excentrés, un bloc compact bas, sans chercher à presser haut. On voulait être solide. Ce n’est pas mon football, parce que moi, j’aime le jeu, mais à un moment donné, il fallait changer quelque chose. J’ai convaincu les joueurs que c’était en jouant comme ça qu’on allait y arriver. Au final, on avait quand même le ballon, on cherchait à faire des choses, on a très peu été mis en danger et on a marqué à quasiment tous les matchs. En fait, on a cherché la solidité et l’efficacité. »

Son système idéal : le 4-3-3

Photos Lorik LAURENT  – US Granville

On comprend entre les lignes que, pour parvenir à ses fins, Greg Scaffa a dû mettre de côté ses préceptes, jouer contre-nature. Et ça, c’est un signe de maturité : « Moi, j’aime le 4-3-3 avec une sentinelle et deux 8. Je suis fan de Guardiola : quand j’ai commencé à entraîner, la référence, c’était le Barça, qui faisait mal tout le monde. J’ai adoré aussi le PSG de Laurent Blanc. Et puis, on s’imprègne aussi des entraîneurs que l’on a eus : j’ai eu Michel Estevan pendant 10 ans à Beaucaire et à Arles, il m’a marqué par sa rigueur, sa malice, sa capacité à faire des montées, à transcender son groupe. »

Quand il évoque ce manque de caractère parfois, c’est parce qu’il a tellement fréquenté les championnats amateurs du sud-est de la France que, forcément, en arrivant dans la poule ouest de National 2, la différence de football fut criante : « L’US Granville, c’est un club tranquille, sain, familial, avec de belles valeurs, beaucoup de partenaires et de bénévoles. Tu te rends comptes, il y a 240 partenaires pour 13 000 habitants ! Ici, les dirigeants te laissent travailler, mais c’est vrai que, parfois, il manque ce caractère que j’ai connu en bas, dans le sud, où il y a beaucoup de matchs « à contexte », comme je les appelle. Là, en Bretagne, dans les Pays de la Loire, en Normandie, ça ne parle pas, ça joue, ce n’est pas la même mentalité. C’est une expérience différente pour moi; ça me fait évoluer en tant qu’entraîneur mais aussi en tant qu’homme. Je sais qu’après ça, je serai un entraîneur plus armé. »

« Dans le sud, on n’a pas de main courante ! »

Un autre point l’a également marqué : les mains courantes ! « Chez nous, dans le sud, ça n’existe pas ! J’en reviens à cette histoire de contexte : quand tu joues à Nîmes ou à Toulon par exemple, ce sont des matchs durs, avec du public, de la ferveur, tu affrontes des clubs qui ont une histoire. Ici dans l’ouest, c’est le foot et le jeu qui passent avant tout. C’est pour ça que cela m’a surpris de voir autant de mains courantes, avec des gens au bord du terrain, comme aux Herbiers, c’est bon enfant. Chez nous, il y a des grillages partout ! »

Le beau jeu de côté

Le stade Louis Dior à Granville. Photo Philippe LE BRECH

À Granville, Greg a aussi dû mettre le beau jeu de côté : « Avant d’être adjoint, j’étais un entraîneur hyper-dogmatique. J’aimais le football de possession, qui impose des choses à son adversaire, avec du jeu de position. Par exemple, Greg (Poirier), lui, est plutôt pragmatique : j’ai pris conscience à ses côtés de l’importance du résultat. Du coup, j’ai évolué, même si je veux toujours bien jouer au foot, bien faire jouer mes équipes, ne pas subir, un peu comme les entraîneurs modernes. Mais si on s’est maintenu cette saison avec Granville, c’est parce qu’à un moment donné, j’ai eu cette capacité à devenir plus pragmatique. Je me suis assis sur ce que j’aime pendant ces quelques mois. Je n’aurais pas été capable de faire ça à mes débuts d’entraîneur, parce que j’aurais eu la certitude de nous sauver avec mon football de possession, en essayant de tout le temps jouer, et je me serais trompé. »

Une suspension de 10 matchs

Photos Lorik LAURENT  – US Granville

Si la saison fut riche à tout point de vue, elle fut aussi émaillée d’un incident qui a nécessité une (autre) remise en question, sur sa personne cette fois. À Saint-Malo, Greg Scaffa a commis le geste de trop. Il repousse un adversaire, lui met la main au visage. La sanction tombe, inéluctable. Carton rouge. Et dix matchs de suspension. Il en a déjà purgé huit.

« Ce geste, je ne dois pas le faire, raconte Greg; pourtant, ce n’est pas mon tempérament. J’avais déjà pris un rouge en coupe de France, avec Lattes, pour une réflexion, mais c’était ironique, j’avais râlé après une faute, il n’y avait rien de méchant, j’avais même été surpris de la sanction. Là, c’est différent. Le joueur de Saint-Malo a parlé à mon banc, je lui ai dit de ne pas leur parler, il se retourne, il vient vers moi et je le pousse, la main au visage… Maintenant c’est fait… En plus, ce match, il se passait bien. Je suis calme normalement, même si j’élève la voix pour mes joueurs. J’essaie de ne pas m’occuper de ce qui se passe à côté, de rester focus uniquement sur mon équipe. »

À la reprise du championnat, le 22 août, le Gardois de 45 ans purgera son 9e match. « Dix matchs, c’est lourd. Je me suis remis en question. Quand il t’arrive ça, tu n’es pas fier de toi… L’exemple que je donne n’est pas bon. Après ça, on a vite fait de te coller une image. Mais à l’US Granville, les gens du club me connaissent et savent la personne que je suis. Ils ont tous été derrière moi, solidaires. Ce geste, ce n’est pas moi. »

« Ce qui marche, c’est la stabilité »

L’équipe de l’US Granville 2025-26. Photo Philippe LE BRECH

A l’arrivée, l’US Granville a atteint son objectif, le maintien, « mais quand tu te sauves à la dernière journée, c’est comme une accession ». Greg Scaffa ose la comparaison, et entend surfer sur la dynamique de 2026 : « Ce qui s’est passé a été fantastique, magnifique ! La relation entre nous tous a été consolidée. Mais il ne faut pas croire qu’il suffira juste d’entrer sur le terrain la saison prochaine pour faire une saison tranquille. Bien sûr, il s’est créé quelque chose entre les joueurs, on a trouvé un état d’esprit, il va falloir le garder, le faire évoluer, l’améliorer. »

Il va falloir aussi garder l’ossature : on a souvent vu des équipes en difficulté une saison jouer la suivante de manière libérée. « Le constat qui a été fait, c’est que les années précédentes, le club perdait 70 à 80% des joueurs. Il faut être rationnel : ce qui marche, c’est la stabilité. Cette saison, les joueurs ont adhéré, donc l’idée, c’est de mettre de la continuité. Quelques joueurs sont arrivés, d’autres vont encore nous rejoindre pour renforcer l’équipe afin de ne pas vivre les deux dernières saisons vécues par le club. Mais on ne se presse pas. »

 

Grégory Poirier :

« Il a fait un truc extraordinaire à Granville ! »

L’ex-coach de Martigues et du Red Star était en plein déménagement lorsqu’il a, pendant quelques minutes, pris le temps d’évoquer son ami et ex-adjoint, Greg Scaffa.

Avec Grégory Poirier, en 2023, au FC Martigues. Photo FCM

Pourquoi l’avoir choisi comme adjoint à Martigues ?
C’était logique. A ce moment-là, je n’avais pas eu de nouvelles de lui depuis un moment. On était proche quand on jouait à Arles, on faisait la route ensemble de Montpellier, tous les jours, ce n’était pas commun. Je savais qu’il entraînait en R1 (à Lattes) et j’avais eu des bons échos sur lui. Greg, c’est quelqu’un de passionné. Le directeur sportif de Martigues de l’époque, Djamal Mohamed, m’a suivi dans mon choix, surtout qu’il voulait vraiment que je sois bien staffé, et il a trouvé l’idée cohérente. Et la venue de Greg est devenue une évidence. On n’avait pas ciblé beaucoup de profils, mais lui en faisait partie. Je tenais à ce qu’il nous rejoigne, c’était assez naturel finalement.

Greg Scaffa dit que vous êtes proche, mais pour autant, vous ne vous appelez pas souvent…
On s’appelle de temps en temps ou on s’envoie un message… On a tous la tête dans le guidon… Cela n’a pas pu se faire avec lui au Red Star, mais on a gardé le contact. Il est assez casanier, moi aussi, lui encore plus. En terme de téléphone, on est un peu pareil (rires). Je suis content parce que, après Martigues, une aventure de fou, où on avait sur-performé pendant 2 ans, et même 3 ans, je repense à la deuxième saison, celle où on ne monte pas en L2, c’est celle où on a le mieux joué, on s’est régalé, et à la fin, je n’ai pas pu l’emmener avec moi au Red Star. Il devait rester à Martigues et il n’est pas resté. Franchement, le foot est déjà tellement ingrat et instable que j’étais vraiment content qu’il retrouve Quevilly Rouen juste après, qu’il voit un autre coach.

Soir d’accession en Ligue 2 avec le FC Martigues de Grégory Poirier (de dos). Photo FCM

Il a toujours dit qu’il était hors de question d’être adjoint, et pourtant, il l’a été avec toi pendant trois saisons, parce que, dit-il, tu laisses beaucoup de liberté…
Un coach doit avoir beaucoup d’énergie pour prendre les bonnes décisions, faire les bons choix. C’est tellement complexe d’avoir un plan de jeu, un projet de jeu, un vestiaire à gérer… Greg était bon pour créer et animer les séances, donc il n’y avait pas de raison de ne pas lui laisser de liberté. On n’était qu’en N2 la première année à Martigues mais je voulais déjà qu’on se projette comme une structure pro. La première saison, il n’y avait que Greg, et dès la deuxième année, j’avais deux adjoints pour les deux animations, offensive et défensive. Un staff, il faut l’impliquer si tu veux fédérer, pour lui donner de l’énergie sur la saison entière. Parce que c’est un marathon. Cela veut dire aussi de l’impliquer pour qu’il soit acteur : en plus d’être bon dans l’animation et la méthodologie d’entraînement, Greg, c’est quelqu’un qui alimentait le projet de jeu, et ça challenge le coach. Alors oui, il a cette personnalité de numéro 1, mais il est loyal, il a un bon fond, il est respectueux, et avec lui, je savais que je pouvais lui faire confiance dans pas mal de situations d’entraînement, dans le fait de partager des choses sur le plan de jeu, dans le management, dans les choix et les prises de décision. Il était là aussi pour être nourri. Et puis il y avait cette amitié entre nous. Je savais à qui j’avais affaire.

Photos Lorik LAURENT  – US Granville

Greg Scaffa dit aussi qu’avec toi, il a appris à devenir plus pragmatique, à aller à l’essentiel, à penser un peu plus au résultat…
Je me souviens qu’on a parlé de ça quand il a pris Granville, et c’est ce qu’il comptait faire là-bas. Lui et moi, en fait, on est très axé sur le jeu, on a besoin de prendre du plaisir par le jeu. Au Red star, on était encore plus dans cette culture du jeu, dans le fait de développer du jeu avec les moyens qu’on avait, c’est à dire faire beaucoup avec peu, mais si tu veux exister dans ce métier, il ne faut pas oublier de gagner. Tu dois générer des émotions, développer des joueurs, optimiser un effectif, faire du jeu si c’est possible, mais il faut valider tout ça par le fait de gagner des matchs, et c’est ce qu’on a réussi à faire à Martigues : je lui avais dit « ça, on va pouvoir le faire, mais peut-être dans trois mois, peut-être dans six mois, soit patient ». Je me souviens, au début, lors des premières séances, il me disait « mais Greg, tu ne leur dis rien aux joueurs ? », et je lui répondais « non, attend, pour l’instant, il faut gagner le vestiaire. On fera du jeu, et on sera très exigeant sur les principes de jeu dans un deuxième temps ». Et on l’a été après, et ça c’est vu, on a gagné 14 matchs sur 16 les six derniers mois. Mais au début, c’est plus de l’humain, on venait d’arriver, on prenait la suite d’Eric Chelle, qui était un Martégal, et qui était apprécié. Il faut avoir un process bien déterminé pour que chaque étape soit franchie, et à chaque fois aller chercher quelque chose de nouveau, sans oublier les acquis. Greg était assez impulsif et sanguin, il a appris à rester calme, il a évolué dans cette gestion que tu dois avoir quand tu es numéro 1. Cette passion, il l’avait. Il est franc, loyal, largement capable de gérer un groupe. Il fallait juste qu’il apporte cette gestion, cette efficacité, et ce pragmatisme, tout en mettant en place des choses, mais cela ne veut pas dire parce qu’on est efficace que l’on ne veut pas jouer au ballon, non. Pour faire avancer un projet de jeu, il ne faut pas distinguer les deux, mais il y a des étapes. Je sais que, pour ma part, cela passe aussi par des résultats.

Du coup, tu as suivi ses résultats à Granville ?
Bien sûr, et finalement, le choix de l’avoir pris était le bon. Une personne de l’entourage du club de Granville m’avait sollicité pour avoir mon ressenti, pour savoir s’il était capable de mener une opération maintien là-bas, en numéro 1, parce qu’ils avaient deux ou trois profils. Et j’avais dit, « ben oui ! » La preuve, il a fait un truc extraordinaire à Granville !

Photos Lorik LAURENT  – US Granville
Photos Lorik LAURENT  – US Granville
Photos Lorik LAURENT  – US Granville
Photos Lorik LAURENT  – US Granville
  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
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Le deuxième joueur le plus capé de l’histoire des Diables rouges, pur rouennais, a progressé au rythme de son club, de la DH jusqu’à la Ligue 3, mais avec le sentiment que l’on doutait parfois de ses qualités. Aujourd’hui, à 31 ans, le capitaine du club normand, reconverti piston gauche, est devenu le défenseur le plus efficace de la division. Portrait d’un garçon exemplaire, généreux, sensible et fidèle.

Par Anthony BOYER / aboyer@13heuresfoot.fr – Photos Bernard MORVAN – FC Rouen

Photo Bernard Morvan – FCR

C’est quand même fou de se dire que, le 11 décembre 1994, il y a un peu moins de 32 ans donc, quand naissait Clément Bassin, le FC Rouen évoluait en … National ! La veille, le 10 décembre 1994 donc, les Diables rouges de Lechevallier, Costa, Savoye, Havet, Haise, Soloy, Déziré, Giguel, Quint, Corroyer, Grosbois, Orts, Belbey, De Oliveira, pour ne citer qu’eux, faisaient match nul au stade Diochon contre Louhans-Cuiseaux (1-1) devant 1908 spectateurs.

C’est fou de se dire que, 32 ans plus tard, le club de la ville aux cent clochers en est au même point. Mais pas au point mort, même s’il a pas mal voyagé dans ce laps de temps et traîné ses guêtres un peu dans toutes les divisions, presque toujours à des échelons inférieurs (DH, CFA2, CFA), sauf une fois, une seule, en Ligue 2 (en 2003-2004), une saison que tout le monde a oublié. Sauf Clément Bassin. Car c’est lors de cette saison passée en Ligue 2, un soir de derby heureux et de feu contre Le Havre (4-0), qu’il s’est assis pour la première fois dans les travées d’un Diochon incandescent. Il avait alors 10 ans. Ce fut le coup de foudre comme dans les films.

Le gamin tout blond jouait à l’époque à quelques centaines de mètres du stade, à Sotteville-lès-Rouen, et quelques mois plus tard, il signait sa première licence au FCR et enfilait sa tunique rouge qui allait, 32 ans après, devenir la cape de « Super Clément ».

À 90 matchs du record de Roger Rio

Photo Bernard Morvan – FCR

Depuis le 1er juillet 2026, Clément Bassin poursuit sa licence. Le voilà en 23e année ! 23 licences, c’est 70% de son existence passée à enfiler la tunique rouge et blanche. Cela représente aussi – chiffres à jour – 347 matchs en équipe fanion, 30 buts, et un statut de deuxième joueur le plus capé de l’histoire du club, derrière Roger Rio (437 matchs) dans les années 1930/1940.

Dans 90 matchs, Clément Bassin égalera le record de Rio. Si l’on est si affirmatif, c’est parce que le capitaine du FC Rouen vient de (re)signer pour trois ans (jusqu’en 2029). En théorie, il lui reste 102 matchs (34 matchs par saison !) pour y parvenir, à condition de ne pas prendre trop de cartons ! Utopique ? L’avenir le dira. En tout cas, dans l’entretien que le Normand nous a accordé, maillot du Téfécé (Toulouse) sur le dos – « C’est celui de la coupe de France, quand on les a affrontés ! » -, il s’est montré déterminé à l’idée de terminer sa carrière à la maison.

La longévité, pas forcément la légitimité

Photo Bernard Morvan – FCR

Une fidélité comme celle-là, dans le football contemporain, c’est rare. « Dans ma carrière d’entraîneur, je n’avais connu qu’un seul joueur avec une telle fidélité, se remémore son coach actuel, Régis Brouard; c’était Franck Azzopardi, à Niort. D’ailleurs, entre Clément et Franck, il y a des similitudes, dans les valeurs et le respect. Niort et Rouen, c’est leur club, leur famille, ça représente tellement de choses pour eux. »

Pour autant, cette longévité, ces records, cette fidélité, ne lui donnent pas la légitimité qu’il pourrait revendiquer : « Non, même si au fur et mesure des années, je prends conscience que, de par ma longévité au FCR, je deviens une personne importante dans le club, que ce soit pour les jeunes ou vis à vis de mes coéquipiers, admet Clément; Je vois bien que je deviens important, que je suis beaucoup regardé, par rapport à mon comportement, qui est étudié. Ce n’est pas parce que je suis le deuxième joueur le plus capé de l’Histoire du club que je dois me prendre pour un autre. Au contraire, il faut montrer l’exemple, rester soi-même et ne pas trop en faire. Je veux toujours véhiculer une bonne image et laisser une bonne empreinte. »

Le défenseur le plus efficace de National

Clément Bassin et le FC Rouen, c’est une grande, longue et belle histoire. Une histoire d’hommes. D’amour. De fidélité. De loyauté. D’exemplarité. De confiance. d’Honneur. Quand on demande à Régis Brouard de résumer le défenseur en trois ou quatre mots, il cite « fiable », « exemple », « quelque part un leader » et « confiance ».

C’est aussi une histoire de record et de chiffres : 6, comme le nombre de buts inscrits lors de la saison écoulée, et 4, comme le nombre de passes décisives. Des chiffres qui font de lui le défenseur le plus efficace du championnat National 2025/26. Et quand on sait que le garçon a découvert le poste de piston en cours de saison, on mesure mieux la performance !

« Je me suis pris au jeu »

Photo Bernard Morvan – FCR

Outre son adaptation rapide à ce nouveau rôle, signe aussi d’une certaine intelligence, ce qui frappe chez Clément Bassin, c’est cette faculté à se trouver au bon endroit au bon moment, souvent dans les bons coups, à roder aux abords de la surface. Cette propension à suivre les actions, à les terminer même parfois. Ce goût pour le poste, auquel il s’est fait, et ce goût pour le but, qui ne le quitte plus, sont devenus naturels.

« En fait, la saison passée, j’étais parti pour être défenseur central, comme avant, surtout que le coach voulait démarrer sur une base de quatre derrière, rembobine Clément. En match amical de préparation contre Avranches, il a eu un besoin au poste d’arrière gauche, il a alors fait appel à moi, parce qu’il savait que je pouvais dépanner là. J’ai fait 30 minutes comme ça. Je crois qu’il a aimé mon activité. Et c’est comme ça que, cette saison, j’ai évolué au poste de latéral gauche d’abord, puis au poste de piston gauche ensuite, quand le coach a estimé que l’on avait besoin de s’adapter à un autre système, en 3-5-2. Et comme en plus on avait trois défenseurs centraux assez complémentaires, Dany (Goprou), Formose (Mendy) et Sofyane (Bouzamoucha), et qui s’entendaient bien, du coup, il m’a positionné un peu plus haut et ça a fonctionné. Au fil des matchs, je me suis senti de mieux en mieux physiquement. Pourtant, c’était un poste que je découvrais. Et d’avoir pu marquer et être décisif, ça a fait que je me suis pris au jeu. J’ai pris confiance et les bonnes performances ont suivi. Et à l’arrivée, les statistiques sont plus qu’honorables. »

Régis Brouard : « C’était super-bien ! »

Photo Bernard Morvan – FCR

« Je savais que Clément pouvait répondre à différents postes, développe Régis Brouard; quand des choses m’ont sauté aux yeux, je lui ai parlé de ce poste de piston. Clément, c’est quelqu’un de tellement généreux, pas avare d’efforts… Il fallait qu’il s’habitue. Ce poste demande des courses longues, il s’y est adapté à une vitesse incroyable parce que ce n’était pas du tout prévu. Je crois pouvoir dire qu’il a pris le plus de plaisir à ce poste-là. C’est vrai qu’il est porté vers le jeu offensif, parfois trop même, il veut finir les actions, et d’ailleurs, on voyait bien chez certains de nos adversaires cette volonté de nous contrer dans son dos. Je me souviens d’un but à Caen, avec un centre du piston droit et c’est notre piston gauche, Clément, qui termine l’action au 2e poteau ! Je crois aussi qu’il a pris goût à la sensation de marquer des buts. C’était bien. C’était même super-bien ! »

Les saisons précédentes, l’on avait tellement l’habitude de le voir évoluer en défense centrale, notamment aux côtés de son compère Valentin Sanson, parti l’été 2025 à Virton, en D3 Belge, que de le voir évoluer en piston gauche fut loin d’être une évidence. Et pourtant. Ce poste met en avant son abattage, ses qualités de passe et de centre chez un joueur toujours à 200 %, à tel point qu’aujourd’hui, tout semble naturel. « C’est vrai qu’il y a des gens, que ce soit à l’intérieur du club ou à l’extérieur, qui ont vu que je prenais plus de plaisir à ce poste-là, même moi d’ailleurs, poursuit Clément ! C’est un poste hybride, il y a beaucoup de travail à effectuer, notamment défensif, mais il me permet de beaucoup me projeter vers l’avant, de me mettre en position de centres et je sais que j’ai cette qualité d’apporter des bons ballons. Et puis, le fait de participer aux actions offensives dans la surface, d’être présent au maximum dans les bons coups, aux abords de la surface, ça m’a donné confiance. A chaque fois, je pensais que j’allais peut-être être décisif ! »

« Parfois, on a remis mes qualités en question »

Photo Bernard Morvan – FCR

Il n’y a pas qu’aux différents postes défensifs que Clément Bassin a dû s’adapter. Mais aussi au échelons, à mesure que le club les gravissait (DH, N3, N2, National), et là, ce fut beaucoup plus complexe : « Je ne vais pas te mentir, il y a eu un temps d’adaptation. Ce qui m’a toujours poussé, c’est que parfois, on a remis mes qualités en questions, confie-t-il. J’étais toujours là à me dire « Je vais prouver à ces personnes qui doutent de moi que j’ai le niveau, que je peux jouer, je vais leur démontrer mes qualités, travailler encore plus, faire plus d’efforts sur le plan « perso ». Au final, cela a payé à chaque fois, je suis resté deux ou trois saisons à un certain niveau, DH, N3, N2, j’ai pris conscience du niveau, je me suis adapté. Après, il y a eu la confiance des dirigeants aussi : elle a toujours été présente. Pourtant, chaque fois que l’on montait, et pas seulement à mes débuts, certaines personnes disaient « Bon bah Clément ça va être compliqué, il n’a pas le niveau, il faudra recruter à son poste » et finalement je suis parvenu à démontrer mes qualités, et je n’ai quasiment fait que des saisons pleines, hormis les saisons COVID. »

On en revient à cette fameuse « légitimité », et à ce vieil adage qui dit que nul n’est prophète en son pays. Alors, plus difficile pour un vrai rouennais de briller dans sa ville ? « Il ne faut pas forcément en faire plus que les autres, reprend Clément; mais quand cela fait longtemps que tu es dans un club, il suffit de faire une saison moyenne ou de ne pas être à la hauteur de ce que les dirigeants attendent pour s’entendre dire « Ce n’est pas suffisant, on va prendre un autre joueur à ta place », et c’est là qu’il faut redoubler de travail; ça m’est beaucoup arrivé quand on est monté de N2 en National, ou même de N3 en N2 : je me souviens que l’on estimait que le N3, c’était mon niveau maximum. C’est plus à ces périodes-là que l’on ne m’a peut-être pas fait assez confiance. J’ai prouvé à travers mes performances que la solution, c’était de me faire confiance. »

Valentin Sanson : « Clément est en mission »

Avec Valentin Sanson et Christopher Ibayi, ses amis. Photo Bernard Morvan – FCR

Dans l’esprit des interlocuteurs interrogés au sujet de Clément, le mot « générosité » est sans doute celui qui revient le plus souvent. Généreux sur le terrain, et dans la vie de tous les jours. Valentin Sanson, l’un de ses amis et anciens coéquipiers avec lequel il a formé, six saisons durant, la charnière centrale du FCR, confirme : « Clément, c’est quelqu’un de gentil, entier, dévoué à sa famille et à ses amis, qui sait dire les choses quand il faut et dans la vie comme sur le terrain, il est généreux. »

En revanche, s’il y a bien quelque chose qui diffère avec son comportement dans la vie de tous les jours, c’est son comportement… sur le terrain : « Alors là, poursuit l’actuel défenseur de Virton; ce n’est plus le même homme, il se transforme, il n’y a plus de copains, il n’est pas là pour faire plaisir, il est en mission. Parce qu’il joue sa vie au FC Rouen. On a longtemps évolué ensemble, on se connaît depuis l’équipe de France universitaire de Normandie, en 2015. Cette saison, pour moi, il a clairement été le meilleur rouennais de l’équipe. Le plus régulier. Il a répondu aux attentes, et en plus à ce poste de piston qu’il ne connaissait pas. Il a vraiment fait le boulot et il a rendu la confiance au centième. Et je dirais même qu’il a été le meilleur piston du championnat National. »

Docteur Clément et Mister Bassin

Ce côté « Docteur Clément et Mister Bassin », le piston pas pistonné le reconnaît : « Il y a deux Clément, deux facettes chez moi, assure-t-il; le Clément en dehors du terrain, assez posé, assez réfléchi, et le Clément sur le terrain, où là, je mets tout de côté, focus uniquement sur ma performance et sur celle de mon équipe, qui lâche les chevaux, qui se donne à 200 %. Je peux tout laisser sur le terrain, c’est ce qui me caractérise. »

Photo Bernard Morvan – FCR

Il y a aussi le Clément sensible. S’il cite son coach actuel, Régis Brouard, en tête de liste des techniciens qui l’ont le plus marqué (lire le tac au tac plus bas), c’est peut-être en raison de ce trait de personnalité commun. Les deux hommes pensent la même chose et se retrouvent sur pas mal de points. « On n’a pas besoin de toujours se parler, on se comprend rapidement, développe l’hyper-sensible Régis Brouard; Clément comprend vite. Quand je lui parle de quelque chose qui a directement trait à l’équipe, du fait de son statut de capitaine, il n’y a pas d’ambigüité entre nous. C’est valable dans l’autre sens s’il a quelque chose à me dire. Clément, il ne se cache jamais, et moi non plus. On a une relation de confiance profonde, qui dépasse un peu le cadre du foot, parce que c’est quelqu’un qui est quand même réservé, qui ne parle pas beaucoup, qui observe beaucoup. Je pense que l’on se reconnaît un peu l’un dans l’autre. Il lui est arrivé deux ou trois fois « d’exploser », de dire les choses, et c’était de manière juste. C’est quelqu’un de très respectueux et en plus, il est performant sur le terrain. Je garde en mémoire cette image forte à Laval, après le barrage retour, quand on s’est pris tous les deux dans les bras, on avait les larmes aux yeux, c’était particulier. Il y avait de l’émotion, de la frustration, la déception, de l’incompréhension, ça le rendait fou et malade; ça va lui rester toute sa vie. »

« C’est vrai que je suis sensible, reconnaît le joueur; quand je me prends vraiment au jeu, parfois, l’émotion peut prendre le dessus. Cela a été le cas cette saison, parce que cela a quand même été assez éprouvant mentalement, et physiquement aussi. Comme je suis quelqu’un qui se donne à fond, qui ne supporte pas l’échec, cet aspect sensible peut refaire surface. En fait, j’ai tellement envie de donner de la joie aux gens, à mes proches… et quand arrive le match couperet, eh bien soit c’est la bonne nouvelle et là, c’est un « Ouf » de soulagement, les émotions sortent positivement, soit c’est l’inverse, et là c’est la frustration, ça devient difficile à encaisser. A Laval, j’ai pleuré après le match retour du barrage, parce qu’on n’avait pas obtenu ce que l’on souhaitait malgré tout le travail de la saison, et parce que cela avait beaucoup d’importance pour moi de faire monter le club en Ligue 2. Donc il y avait beaucoup de tristesse. »

Clément Bassin, du tac au tac

Photo Bernard Morvan – FCR

Pourquoi pratiques-tu le football et pourquoi à ce poste, défenseur ?
La pratique du foot, elle m’a été transmise par génération. Mon père et mon grand-père jouaient au foot, c’est venu de là. Quant au poste, j’ai toujours évolué à des postes hybrides; quand j’étais jeune, je jouais plus milieu de terrain gauche, on me positionnait là, forcément, parce que je suis gaucher, et j’ai été replacé défenseur gauche parce que je pense que je n’avais pas de grosses qualités de vitesse, et puis je savais bien me placer sur le terrain.

Meilleur souvenir sportif ?
Notre parcours en coupe de France jusqu’en 1/4 de finale et la montée de N2 en National.

Pire souvenir ?
C’est cette saison, avec la non-accession en Ligue 2.

La saison où tu as pris le plus de plaisir ?
Cette saison.

Le moins de plaisir ?
Quand on s’est maintenu en National 3, en 2017-2018, alors qu’on venait juste de monter de DH. On s’est sauvé à la dernière journée.

Après la défaite en barrage à Laval. Photo Bernard Morvan – FCR

Ton premier match en seniors avec le FC Rouen ?
Contre la réserve de Beauvais, en CFA2 à l’époque, en réserve. L’équipe fanion évoluait encore en National. Donc c’était en 2012/2013. Le coach c’était Jean-Marc Sabbatini.

Un coach qui t’a marqué ?
J’en citerais deux. Romain Djoubri, surtout pendant ma formation, il m’a vu grandir, il est encore au club (directeur technique de l’association FCR). Et Régis (Brouard), avec qui j’ai une relation particulière : il incarne un charisme et un management, il a beaucoup d’expérience; avec ce coach-là, tactiquement, j’ai beaucoup appris à ses côtés.

Un coach qui t’a moins marqué ?
Moins marqué, non, car j’estime que chaque coach a toujours quelque chose à t’apporter, même s’il y a des saisons où cela se passe moins bien, parce que le groupe adhère moins.

Un coéquipier perdu de vue que tu aimerais revoir ?
Il y a Val (Valentin Sanson) qui est parti en Belgique, on s’écrit souvent, mais on se voit beaucoup moins : là, on doit se voir justement, il est dans la région.

Photo Bernard Morvan – FCR

Un coéquipier qui t’a marqué ?
Il y a eu Fares Ghedjemis, qui a eu une ascension fulgurante, un bon gars, qui mérite ce qui lui arrive (il joue actuellement à Frosinone en série B italienne et dispute le Mondial avec l’équipe nationale d’Algérie), Lamine Sy aussi (AJ Auxerre), et Chris Ibayi (Thoune, D1 Suisse), qui est un ami. Je suis très content pour ces joueurs-là, qui sont là où ils devraient être.

Le joueur emblématique du FC Rouen ?
Dans l’Histoire du club ? Je ne les ai pas connu mais beaucoup parlent de Jean-Pierre Orts, de Jean-François Beltramini, des figures emblématiques, je sais qu’ils ont marqué l’histoire du club, j’en connais d’autres bien sûr, ceux-là sont les plus marquants.

Les matchs historiques du FC Rouen ?
Je sais qu’il y en a eu plein, des Rouen-Bayern (en l’International Football Cup, ancêtre de la coupe Intertoto, en 1963, Ndlr), des Rouen-Arsenal, ce sont des matchs historiques, quand le FC Rouen jouait en coupe d’Europe (la Coupe des villes de foires, l’ancêtre de la Coupe UEFA, devenue aujourd’hui la Ligue Europa), les plus anciens en parlent encore.

La première fois que tu es venu voir un match à Diochon ?
C’était lors de la dernière saison du club en Ligue 2, en 2003-2004, contre Le Havre (4-0). Un bon moment.

Le stade Diochon, il est …
C’est un chaudron, il est bouillant, il y a une belle ambiance.

Le public rouennais, tu dirais qu’il est comment ?
Euh…. (rires) Il peut être bipolaire (rires) ! Il est toujours derrière son équipe, avec ses vrais supporters, qui sont là pour l’Histoire du club. Ce sont de vrais passionnés.

Combien de cartons rouges ?
Trois je crois. Non, quatre peut-être. Je n’ai plus le souvenir en tête.

Photo Bernard Morvan – FCR

Ton match référence avec le FC Rouen ?
(Rires) Je n’ai jamais terminé un match avec le sentiment d’avoir été vraiment trop fort, comme tu dis. J’ai plutôt le souvenir de matchs aboutis collectivement, où je me suis dis, ce jour-là, il ne peut rien nous arriver. Ce fut par exemple le cas contre Monaco en coupe de France, j’avais l’impression qu’on était injouables ce soir-là (1-1, le FC Rouen qualifié 6 à 5 au tab, le 8 février 2024), et pareil contre Metz, toujours en coupe, deux ou trois ans avant, on avait gagné 3 à 0 (le 6 janvier 2020, Ndlr).

Inversement, ton pire match ?
Un match qui a été très compliqué, c’est le match contre Dijon, à la dernière journée, en National (le 18 mai 2024), on avait perdu 5 à 0 chez nous. La situation était compliquée car les joueurs n’étaient plus payés. Malgré ça, on voulait bien finir devant nos supporters, mais bon… Il y a eu aussi le match de Versailles cette année chez nous, on est passé complètement au travers, et là on se dit que c’est un cauchemar, et on n’a qu’une hâte, c’est que ça se termine, le match avait été arrêté (le 9 mai 2026, 1-3, 33e journée).

Un chiffre fétiche ?
Le 18, mais il n’a aucune signification particulière. C’est juste que je l’aime bien !

Ta plus grande fierté ?
Mes enfants (Kamil 6 ans et Elaïa 3 ans). D’avoir fondé une famille et d’avoir tout construit ici, d’avoir pu allier le projet sportif avec le projet familial. C’est cette osmose-là et cet équilibre-là qui font que j’en suis là aujourd’hui. Et aussi la confiance que les dirigeants m’ont accordé au fur et à mesure. Ce sont des choses qui m’ont poussé à rester au club, à être aussi fidèle au club.

Photo Bernard Morvan – FCR

Un endroit où tu aimes bien aller à Rouen ?
Le centre-ville, me promener, rue du Gros Horloge, même si j’y vais moins à cause de mon emploi du temps.

La ville de Rouen ?
Une belle ville mais le seul problème, c’est le temps (rires) ! Il pleut un jour sur deux, et encore je suis gentil (rires).

Le FC Rouen est un club plutôt…
Ambitieux, historique, passionné, résilient.

Le football, c’est un milieu plutôt…
Le foot de haut niveau, c’est un peu particulier, un monde de requins, avec de la jalousie parfois, mais cela reste de la passion, avec beaucoup d’enjeux.

Clément Bassin, un joueur plutôt comment …
Qui se donne toujours à 200 % pour ses coéquipiers et pour son club. Un passionné aussi.

Marvin Gakpa s’est engagé au FC Rouen : tu vas lui serrer la main ?
Bah oui pourquoi ? C’est quoi cette question ?

Il a joué à QRM
(Rires) On sait faire la part des choses quand même ! On peut avoir joué à QRM et venir au FCR ! Il y a des joueurs à QRM avec qui je m’entends très bien. La rivalité, elle est plus au niveau des clubs qu’entre les joueurs.

Tes goûts musicaux ?
J’écoute un peu de tout, rap français, rap américain, du son latino, un peu de house music, je suis assez ouvert.

Cinéma, films ?
Oui, mais c’est de plus en plus rare. Je n’ai pas d’acteur ou d’actrice fétiches.

Des dessins animés du coup ?
Même pas ! Les enfants demandent tellement de temps que l’on n’a même pas le temps.

Photo Bernard Morvan – FCR

Tu as le temps pour les passions, à part la famille et le foot ?
J’aime bien le padel, je joue de temps en temps. J’aime bien les cartes aussi, les jeux de société; comme la manille, la belote, mais un peu moins, car il n’y en a pas beaucoup qui savent jouer.

Une destination de vacances ?
Mon épouse a des origines portugaises, on va au Portugal, c’est vraiment une belle destination, les gens sont très accueillants. J’ai adoré les États-Unis, j’ai eu la chance de faire un road-trip et j’ai le projet de découvrir ce pays encore plus.

Une ville que tu aimes bien, en dehors de Rouen ?
Cannes et la Côte d’Azur en général, Nice, Saint-Raphaël… Je suis venu cette année, et l’année dernière aussi.

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
(Il réfléchit longuement) Fares Ghedjemis et Lamine Sy.

Photo Bernard Morvan – FCR

Des manies, des rituels, des tocs avant un match ?
Un rituel plutôt, ma routine d’avant match : après la reconnaissance terrain, je prends un petit café, je passe chez le kiné, Mathieu, pour un petit massage, et ensuite un peu de gainage, des pompes pur déverouiller un peu tout ça ! Et après, go pour l’échauffement !

Un plat, une boisson ?
Les pâtes, et je suis « team eau gazeuse », j’aime trop ça (rires) !

Ton idole de jeunesse ?
Zidane.

Ton modèle de défenseur ?
Sergio Ramos.

Un sportif autre qu’un footballeur ?
Roger Federer.

Ton plus beau but ?
Je ne sais pas si c’est mon plus beau but mais c’est celui qui m’a procuré le plus d’émotion, contre l’AS Monaco en coupe de France, j’égalise et là, j’ai l’impression que le stade va s’effondrer (rires) ! L’émotion qui m’a traversé à ce moment précis, ce fut juste incroyable. Il y avait une telle attente autour de ce match. Ce but a eu une saveur particulière.


Vidéo : le but de Clément Bassin face à l’AS Monaco en coupe de France

Combien d’amis dans le football ?
Pas beaucoup. Cinq ou six.

Un président marquant ?
J’avais de bonnes relations avec Fabrice Tardy, qui a fait beaucoup pour le club, il tenait ses engagements, et j’ai une pensée pour Maximilien De Wailly qui est décédé (en 2022), il voulait structurer le club, c’était une belle personne.

Photo Bernard Morvan – FCR

Antoine Bulard, ancien chargé de communication de QRM, a une question pour toi : « Tu te verrais mourir à Rouen ou mourir pour le FC Rouen » ?
Mourir à Rouen, ce n’est pas le projet (rires) alors par défaut je dirais « mourir pour le FC Rouen » !

Tes qualités et tes défauts selon toi sur un terrain ?
J’ai une qualité qui peut être un défaut, c’est ma combativité, ça peut porter à préjudice, même si, maintenant, avec l’expérience, je fais plus attention. Ma qualité principale, c’est ma qualité de passe, de centre. Je ne suis pas un joueur qui va essayer d’en faire trop, j’essaie de jouer le plus juste possible. Un de mes défauts, c’est la vitesse : je pense que c’est le critère qui a fait que je ne suis pas allé plus au-dessus. Je compense par le placement.

Tes qualités et tes défauts dans le vie de tous les jours ?
Qualités, je dirais l’humilité, le travail, la persévérance, ce sont mes valeurs, je me donne toujours à 100 % quelque soit le projet dans lequel je me lance, tout en restant le plus humble possible. Défauts ? Parfois, je suis trop gentil. Je ne dis pas « merde » quand il faut dire « merde ». Je suis généreux, je suis capable de donner quand j’aime les gens.

Photo Bernard Morvan – FCR

La non-montée en Ligue 2 cette année, elle est due à quoi ?
On était en surrégime en première partie de saison. On a eu beaucoup de réussite, l’équipe tournait bien, avec très peu de blessés. Et il y a eu des départs à la trêve qui ont fait mal et on n’a pas eu forcément cette osmose dans le jeu avec ceux qui sont arrivés alors que ce sont tous des bon gars, mais parfois, l’intégration ne se fait pas sur le collectif, comme là, et c’est dommage, parce que je pense qu’en terme de cohésion, ce groupe 2025-26 est le meilleur que j’ai eu dans toute ma carrière. Tout le monde s’entendait vraiment bien. C’était vraiment sympa. Des joueurs importants se sont blessés et on n’a pas su les remplacer. On a eu ce creux de deux mois qui nous a fait du tort, avec moins de réussite aussi, et malgré ça, on a su rester en vie, se remettre dans le droit chemin pour aller jusqu’en barrage, mais c’était le minimum, parce que, par rapport à l’équipe que l’on avait, je pense qu’on aurait pu terminer plus haut.

Tu as envie de finir ta carrière à Rouen ?
J’ai eu des propositions cet été.. mais j’ai fait le choix de prolonger de 3 ans au FC Rouen; ça m’amène jusqu’à mes 34 ans, et là, si mon corps me le permet encore, je continuerai, mais je ne serai plus très loin de la fin de carrière. Donc potentiellement oui, la fin de carrière se terminera à Rouen. C’est un objectif depuis déjà quelques années de me dire « voilà, j’ai fini ma carrière, je n’ai fait qu’un seul club dans toute ma vie même si j’ai joué 2 ans à Sotteville quand j’étais petit, et je veux honorer les couleurs du club le plus possible et sans regret ». Après ? Je ne sais pas, je vis pleinement l’instant présent, je ne suis concentré que sur le sportif, sur ma carrière pro, mais cela ne m’inquiète pas, je me suis constitué un bon réseau, il y aura des choses qui seront tout aussi intéressantes.

Championnat de Ligue 3 (saison 2026-27) – Vendredi 7 août 2026 (journée 1) : FC Rouen – AS Cannes, à 20h45, au stade Diochon.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Bernard MORVAN – FC Rouen 
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