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Révélé aux Minguettes et à La Duchère, l’entraîneur de 50 ans jouit d’une très belle réputation en National, un championnat qu’il connaît sur le bout des doigts. Malgré tout, c’est encore insuffisant pour toucher la Ligue 2 ou la Ligue 1, son ambition majeure. Une question d’image, peut-être…

Karim Mokeddem, avant Orléans-Rouen, le 12 février dernier. Photo Bernard Morvan.

Karim Mokeddem et le National, c’est une histoire qui dure depuis longtemps ! À tel point que le Lyonnais de 50 ans semble faire partie du décor. Huit ans, déjà, que l’ancien coach de Ménival et des Minguettes s’est fait connaître dans l’antichambre du monde pro avec Lyon-La Duchère, une équipe qui, sous sa direction, avait déjà réussi l’exploit de terminer en tête de son groupe de CFA devant Grenoble (en 2016) et qui, ensuite, n’était pas passée loin d’accéder en Ligue 2 (7e en 2017, 6e en 2018 et 5e en 2019).

Mais c’est véritablement avec l’AS Vénissieux Minguettes (aujourd’hui FC Vénissieux), lors de la saison 2012-2013, que le titulaire du BEPF – major de sa promotion en 2019 ! – a commencé à faire parler de lui. Son équipe, pensionnaire de CFA2 à l’époque, élimina Le Poiré-sur-Vie (National) en 16e de finale de la coupe de France aux tirs au but avant de s’incliner contre un club de l’élite, Nancy, en 8e, 2-0 après prolongation. Typiquement le genre d’épopée qui suscite l’intérêt. Comme celui de « La Duch », donc, qu’il rejoignit en fin de saison.

Un nom qui revient souvent

Avec Lyon-Duchère. Photo Philippe Le Brech.

Karim Mokeddem et le National, c’est une telle évidence que l’on a parfois l’impression qu’il pourrait coacher dans les 18 clubs du championnat ! C’est évidemment impossible mais ce qui est sûr, c’est que son nom est souvent cité en période de mercato ou de … limogeage. Ce fut le cas ces deux dernières saisons, d’abord lorsqu’il fut appelé au chevet de Saint-Brieuc, début octobre 2022, pour succéder à Didier Santini. Ensuite début novembre 2023, pour prendre la suite de Bernard Casoni à l’US Orléans.
Dans les Côtes-d’Armor, il ne fut pas loin de réussir l’opération maintien : à son arrivée, les Griffons ne comptaient que 4 points en 8 journées. Sous l’ère Mokeddem, ils ont glané 34 points en 26 journées (1,30 point de moyenne par match), soit le parcours d’une équipe de milieu de tableau.

Et depuis son arrivée à Orléans, le coach rhodanien a déjà signé un exploit : une qualification en 16e de finale de la coupe de France après des succès sur le terrain de l’AC Ajaccio (Ligue 2) au 8e tour et face à Nîmes (National) en 32e. Un parcours récompensé par un match de gala au stade de La Source face au PSG (élimination 4-1). Et en championnat, l’équipe, 11e à son arrivée (15 points en 12 matchs), a redressé la barre (4 victoires, 2 nuls et 2 défaites). Un effet Mokeddem ? Possible… L’USO compte désormais 29 points (en 20 matchs) et a amélioré sa position de 3 places (8e). Et elle aura encore l’occasion de s’éloigner de la zone rouge ce vendredi, face à Avranches, dans un match qui vaudra cher pour le maintien.

Pierre Sage : « Son image a évolué »

Avec Châteauroux. Photo Philippe Le Brech.

Karim Mokeddem et le National, c’est donc une histoire d’amour mais l’intéressé a une ambition claire : il veut coacher plus haut. En prenant les rênes du FBBP01 (Bourg-en-Bresse/Péronnas) en 2019, un club au statut pro (mais relégué en National un an plus tôt), puis en rejoignant Châteauroux, il s’en est rapproché. Mais voilà : pour toucher la Ligue 2, il faut soit monter avec son club, soit attendre le coup de fil d’un président, et là…

Mais, à l’instar de plein d’autres coachs de National, voire de N2 et de N3, il peut désormais s’appuyer sur la jurisprudence Pierre Sage, l’ambassadeur du foot d’en-bas propulsé fin novembre tout en haut ! L’actuel entraîneur de l’OL en Ligue 1 est d’autant mieux placé pour parler de Mokeddem qu’il fut son adjoint à La Duchère en 2018-2019 : « Karim est déterminé à entraîner en professionnel, témoigne Pierre Sage. Il est persévérant. Par exemple, il a postulé plusieurs fois au BEPF avant d’être admis. Il veut vivre du foot et il sait où il veut aller, c’est-à-dire le plus haut possible; à La Duchère, il avait gardé son job de comptable dans une association. Parce qu’il savait que ce n’était pas pérenne. »

Avec le FBBP 01. Photo Philippe Le Brech.

Toujours au sujet de Karim Mokeddem, Pierre Sage ne tarit pas d’éloges : « Karim se définit toujours comme un entraîneur qui vient du find fond du foot amateur. Il a une super réputation. Pourquoi il n’entraîne pas plus haut ? Je ne sais pas s’il le dira, mais il est catalogué comme l’entraîneur de quartier, qui a entraîné aux Minguettes et à La Duchère… Il en a conscience et a cassé cette image en allant à Bourg, à Orléans, à Châteauroux ou en Bretagne. Son image a évolué. On n’a passé qu’une seule saison ensemble, mais on est vraiment amis. Quand il est parti à Bourg, il m’a proposé de le suivre, mais je ne voulais pas retourner dans mon ancien club. Karim, c’est quelqu’un de très proche des joueurs. Il fait tout pour les mettre dans de bonnes conditions. Il prend soin d’eux, de leurs familles, de leurs enfants. Il a un charisme basé sur le respect et la proximité. Il ne met pas de barrières « de fou ». C’est un coach courageux, qui a une ambition de jeu : dernièrement, j’ai regardé son match en coupe face au PSG, j’ai reconnu sa patte. Son équipe a poussé le PSG dans ses retranchements. Karim, comme il dit, c’est « Tu le jettes dans le désert, il rentre chez lui à pied ! », il a plein de punchlines comme ça. Et un jour, on retravaillera ensemble, d’une manière ou d’une autre. »

Aït-Ouarab : « Pour aller au-dessus, il lui manque juste la confiance d’un président »

Avec Lyon-Duchère. Photo Philippe Le Brech.

Ahmed Aït-Ouarab, ex-footballeur pro (et ex-coach adjoint de la sélection de Mauritanie, du Puy-en-Velay et coach principal à Vaulx-en-Velin jusqu’à Noël dernier) fut lui aussi son adjoint à La Duchère, en CFA puis en National : « Karim est dans l’affect avec ses joueurs, il est très proche d’eux, il a une gestion pro-active avec eux et sait tirer le meilleur de son groupe, confirme-t-il. Il sait sur qui il peut s’appuyer et sur qui il faut rester attentif. Il est humain et prend soin des joueurs : il connaît tout de leur vie. Il sait gérer son groupe, qu’il surveille comme du lait sur le feu, car il voit tout, il est très observateur. C’est une de ses plus grosses forces. Au niveau du management, il est dans l’orgueil, il aime piquer ses joueurs, il les pousse à aller chercher le meilleur d’eux-mêmes. Après, il peut être dur et exigeant, parce qu’il est avec lui-même. Du coup, il ne peut pas en attendre moins de la part des autres. C’est aussi un fin tacticien, qui analyse, qui observe, qui est dans sa bulle pendant le match. Il ne lui manque rien pour aller au-dessus, juste la confiance d’un président. »

Mercredi 14 février dernier, deux ans jour pour jour après son « limogeage » du FBBP 01, « le jour de la Saint-Valentin, ça ne s’oublie pas ! », Karim Mokeddem est revenu sur son parcours, ses expériences, ses ambitions, ses relations avec les joueurs, sa philosophie de coach et, bien sûr, sur cette question qui nous taraude : pourquoi n’entraîne-t-il pas plus haut ?

Karim Mokeddem :
« Il faut persévérer pour réussir »

Avec Saint-Brieuc. Photo Philippe Le Brech.

Le meilleur souvenir de ta carrière de coach à ce jour ?
La victoire au tirs au but avec les Minguettes face au Poiré-sur-Vie, en 16e de finale de la coupe de France, en 2013. Il n’y a pas de mots, et il y a même des larmes… Et après on se fait sortir par Nancy (L1) en prolongation (0-2). Pour la petite histoire, c’est Benjamin Moukandjo qui marque le premier but pour Nancy et c’est ce même Moukandjo qui a tiré au sort le PSG pour Orléans en coupe de France le mois dernier !

Et le pire souvenir ?
Avec Lyon – La Duchère, contre Martigues, en CFA (en 2014) : deux joueurs de mon équipe se télescopent, et on a vraiment cru que l’un des deux allaient y passer… C’était Jean-Martial Kipré qui se replace et Yacine Hima qui tacle : en fait, le genou de Martial heurte la tête de Yacine. On pleurait, on ne savait pas quoi faire, Yacine avait une plaie ouverte au genou, il titubait, il convulsait au sol. Mon pire souvenir.

« J’ai appris les codes du football d’en-haut »

La saison où tu as pris le plus de plaisir ?

Avec l’US Orléans. Photo Bernard Morvan.

Sportivement, ma dernière année à La Duchère (2018-2019), on jouait très bien au foot, certains joueurs étaient là depuis 3 ans, on se trouvait les yeux fermés. On pouvait aller très loin dans les aspects tactiques. On démarrait les matches avec un onze et trois systèmes, et avec le même onze, on était capable de « switcher » sur trois systèmes différents dans le même match. J’avais aussi un staff de qualité, avec Rémy Kalèche, Pierre Sage, Maxence Pieulhet et Dalin Anrifani. C’est aussi l’année où je passe mon diplôme (BEPF).

D’ailleurs, en parlant de diplôme, tu es sorti major de ta promotion : est-ce que ça a créé des liens entre vous tous ?
Alors pour moi, pour 90 % d’entre-eux, je suis encore en contact assez régulièrement. Après, c’est comme partout, on se rapproche plus de certains que d’autres, par exemple, j’ai plus souvent Laurent Peyrelade, Jerôme Arpinon, Stéphane Jobard ou Fabien Lefèvre, d’ailleurs, ce dernier doit venir passer quelques jours avec moi à Orléans.

Avec Mathieu Chabert, à Châteauroux. Photo Philippe Le Brech.

Les 10 % qui restent, c’est Mathieu Chabert ?
Non ! Avec Mathieu, après l’épisode de Châteauroux, on a eu une discussion d’hommes et tout est rentré dans l’ordre; je l’ai au téléphone, je l’ai vu il y a un mois Paris, on a regardé un match ensemble.

Une erreur de casting dans ton parcours ?
Je ne regrette rien. Tout ce qui s ‘est passé, et même les erreurs que j’ai pu faire à un moment donné, m’ont servi pour grandir. J’ai appris les codes du football d’en haut, pour quelqu’un comme moi qui vient du fin fond du football amateur comme je le dis souvent, car il y avait certaines choses que je n’avais pas appréhendé. J’avais une certaine ligne de conduite, basée sur une phrase simple : « la parole fait l’homme », or dans ce milieu, il faut apprendre que la parole, elle ne vaut pas grand-chose.

Le club que tu rêverais d’entraîner, dans tes rêves les plus fous ?
Ce serait plutôt une sélection : l’Algérie.

Avec le FBBP 01. Photo Philippe Le Brech.

Tes modèles de coach ?
Sur les principes du football total et global, ce sont souvent les mêmes noms que je cite, comme l’Argentin Ricardo La Volpe, pour les sorties recherchées, raffinées. Bielsa aussi, parce que j’aime bien jouer à 3 et il a fait des grandes choses comme ça. Au niveau français, Coco Suaudeau et Reynald Denoueix ont été de grandes sources d’inspiration. D’autres coachs sortent du lot aussi en France, où on a de la qualité, je pense à Franck Haise, qui est un chercheur, qui essaie d’améliorer constamment ses idées, son projets de jeu, sa relation avec ses joueurs.

Avec Saint-Brieuc. Photo Philippe Le Brech.

Après, c’est aussi en fonction des différents aspects : la gestion humaine avec Carlo Ancelotti, la communication et la tactique de José Mourinho, la recherche de la perfection de Pep Guardiola… Il y en a d’autres comme Roberto De Zerbi, qui n’a pas peur de s’exporter, Luis Erique, un bon technicien. J’essaie de puiser un peu partout mais je ne fais pas de copier-coller car c’est impossible, ce ne sont jamais les mêmes joueurs, jamais le même contexte, pas la même qualité, pas la même direction… Il y a plein de paramètres qui dffèrent. José Mourinho, même s’il a été critiqué, là où il a été très fort, c’est qu’il a su inculquer à des joueurs de ne pas jouer à leur poste pour le bien de l ‘équipe, c’est une force chez lui, c’est un grand coach, qui a su se réinventer pour s’offrir une deuxième jeunesse et puis il na pas été joueur pro, donc ce sont des petites choses comme ça qui me parlent. Il faut persévérer, s’accrocher, pour réussir.

« J’ai envie d’y arriver, d’aller en haut »

Avec Saint-Brieuc. Photo Philippe Le Brech.

Et s’il fallait ne retenir qu’un seul coach ?
Pep (Guardiola).

Pas Pierre Sage ?
Non, Pep, c’est référence.

C’était une boutade, hein… : ça te fait quoi de voir Pierre Sage sur le banc de l’OL, ton club de coeur en plus ?
Déjà, ça me fait plaisir ! Avec Pierre, on a bossé ensemble, on se connait depuis 20 ans, on a un peu le même parcours : lui aussi vient du fin fond du foot amateur ! Je suis content de sa réussite. Tu sais, moi, je suis entier : souvent, en France, l’entraîneur est content quand son collègue réussit, du moment qu’il ne réussit pas mieux que lui… Ce sont peut-être mes origines lointaines qui font que je suis content pour lui, tout simplement, et que je ne lui souhaite que du bien. Au delà du fait de connaître sa femme, son beau-fils, sa famille, etc., quand tu connais Pierre, tu ne peux pas lui souhaiter du mal, c’est impossible.

Avec Lyon-Duchère. Photo Philippe Le Brech.

Quand tu me demandais quelle était la plus belle saison que j’ai vécue, je t’ai dit la dernière à Lyon – La Duchère, parce qu’on était sur un certain niveau de jeu, et aussi parce mon staff, c’était de la bombe atomique, et Pierre était dedans, avec Rémy Kalèche et Max Pieulhet. Pour la première de Pierre en Ligue 1 à Lens, je n’imagine pas un seul instant ne pas être en tribune à Bollaert : je pars d’Orléans avec ma voiture, j’appelle « Alé » (Alaeddine Yahia) qui bosse à Lens et me trouve une place, et je l’en remercie, et là, sur la pelouse, y’a Julien Sokol (team manager de l’OL) qui me voit, il est surpris, et il dit à Pierre, « Y’a Karim », et là, Pierre me voit, il est un peu tendu, c’est normal, et il se déride, et juste ça, ça a a suffi à mon bonheur, juste le fait qu’il se retourne, qu’il me voit, et d’ailleurs, y’a une photo de Pierre qui a fait le tour quand un article sort sur lui, quand il me sourit.. Bien sûr, personne ne sait que c’est ce moment-là, mais moi, ça m’a suffi : « t’es mon pote, je suis là, je suis venu te soutenir ». Après, le quotidien reprend son cours, mais je suis content pour lui.

« En L1 et en L2, il y a très peu d’entraîneurs issus de la diversité »

Avec le FBBP 01. Photo Philippe Le Brech.

Est-ce que tu l’envies ?
Ce n’est pas que je l’envie, c’est juste que j’ai envie d’y arriver, d’aller en haut, ça oui. Sinon, je ne l’envie pas lui en particulier. Ce que je veux, c’est pouvoir accéder à ça à un moment donné mais dans nos carrières, il y a une réalité; ce sont des accidents de parcours. Pierre, il est au bon endroit au bon moment et il n’y a pas de hasard : c’est la récompense de tout le travail qu’il a fait avant. L’année dernière, il part du Red Star et décide de revenir à Lyon, il prend le poste de directeur du centre, c’était écrit, ça devait arriver. Donc à moi aussi de faire en sorte que l’histoire s’écrive de façon à ce que je puisse accéder à ce championnat professionnel à un moment donné.

Avec l’arbitre Jacques Salze. Photo Philippe Le Brech.

Tu jouis d’une excellente réputation dans le milieu : pourquoi quelqu’un comme toi n’entraîne-t-il pas au moins en Ligue 2 ?
Je sais où tu veux en venir (rires) et je suis obligé d’en parler ! Tu la connais la réponse ! Peut-être que Saïd Chabane, un jour, me donnera ma chance, s’il est encore président d’Angers (rires) ! Elle est là la réponse ! Je n’en ai jamais parlé avant mais si tu remarques bien, mes anciens présidents s’appellent Ddjoudi Boumaza à Menival, Ahmed Zouak aux Minguettes ou Mohamed Tria à Lyon – La Duchère, et tous les trois ont un dénominateur commun, Djoudi, Ahmed, Mohamed… Mais je dois remercier aussi les autres présidents qui m’ont fait confiance, Gilles Garnier et Patrick Martellucci à Bourg, Guillaume Allanou au Stade Briochin, et aujourd’hui Philippe Boutron à Orléans, et cette confiance qu’ils placent en moi, j’essaie de leur rendre au maximum. Mais aujourd’hui, tu as une triste réalité : il y a très peu d’entraîneurs issus de la diversité qui sont représentés en Ligue 1 et en Ligue 2. Il y a Pat Vieira et Omar Daf. Tu te rends compte ? ça ne fait vraiment pas lourd. C’est comme ça et comme dit Bob Marley, il faut que l’on soit acteur de notre destin. Donc c’est à moi de décider de mon choix et de me battre pour mes droits !

« Tous les jours, quand je me lève, je pars au combat »

Avec le FBBP 01. Photo Philippe Le Brech.

On a l’impression aussi que si tu ne montes pas avec ton club, cela va être compliqué d’y arriver …
C’est un peu l’objectif et c’est pour ça que je suis content d’être à Orléans, parce que je pense qu’on a un bon effectif et que si on l’améliore, que l’on s’inscrit dans une certaine forme de continuité, on pourra, la saison prochaine, se mêler à lutte, mais d’abord, il faut bien finir cette saison et surtout se maintenir, ce qui reste la priorité avec encore six descentes. Par contre, on sait que le club traverse actuellement une zone de turbulences, donc on attache nos ceintures et je fais confiance à mon président pour trouver la bonne porte de sortie, afin que l’on soit compétitif encore toute la fin de cette saison et l’année prochaine. Et puis si ce n’est pas le cas, il faudra encore repartir au combat ! De toute façon, tous les jours, quand je me lève, je pars au combat ! C’est pour ça, quand j’entends parler de pression dans le foot… Mais moi, depuis que je suis né, j’ai la pression. Déjà, ma maman m’a mis la pression pour réussir dans les études ! Aujourd’hui, dans mon métier, dans ce milieu très fermé, tu sais que tu dois te battre chaque jour.

Avec Philippe Boutron, le président de l’US Orléans. Photo USO.

Orléans traverse une zone de turbulences : est-ce que cela peut être un frein à tes ambitions et à celle de ton équipe ?
J’ai déjà vécu une vente en cours de saison, à Bourg, et ça a été catastrophique… D’ailleurs, je n’y ai pas survécu, parce que je n’avais pas encore tous les codes… Généralement, je fais toujours ce que je dis et je dis ce que je pense., mais dans notre métier, il ne faut pas toujours dire ce que l’on pense. J’ai grandi par rapport à ça. Là où je trouve que Philippe Boutron gère bien la situation à Orléans, c’est qu’il fait tout pour que cette vente soit différée à l’intersaison. C’est intelligent de sa part, parce que je peux vous dire qu’une vente en cours de saison, c’est catastrophique en termes de gestion : on se retrouve à faire des entretiens individuels en pleine saison, c’est compliqué, cela engendre de l’instabilité. Aujourd’hui, j’ai zéro garantie. La seule garantie que j’ai, c’est que mes joueurs et moi sommes là, et qu’on est payé en temps et en heure. Je dois juste rester concentré sur le terrain, sur le football. Je ne dois pas m’éparpiller.

Faire progresser tes joueurs, c’est aussi une de tes missions ?
Toujours ! C’est un objectif fort chez moi ! Je ne peux pas concevoir de prendre des joueurs en début de saison et que 7 ou 8 mois plus tard, ils aient le même niveau; je ne l’accepte pas. C’est comme quand je passe quelque part, il faut que je laisse deux ou trois petites choses, qui ont fait progresser le club ou les joueurs, c ‘est vraiment important.

« Chérie, je me suis fait virer ! »

Avec Vincent Magniez (FFF TV). Photo Philippe Le Brech.

Tu répètes souvent que tu as appris de tes erreurs, comme à Bourg, peux-tu préciser ?
J’ai beaucoup appris sur moi-même. Je suis passé par des clubs « populaires », où il faut avoir du tempérament, et moi j’ai un tempérament où j’essaie de forcer le respect par mon travail. Je le répétais souvent aux joueurs : on pouvait me reprocher plein de choses, mais pas mon investissement et mon travail. A Bourg, c’était la première fois que je quittais Lyon même si je restais en Rhône-Alpes, sauf que cette fois, j’intégrais un club professionnel, avec des joueurs qui avaient cotôyé le monde pro. J’avais déjà entrainé des joueurs du monde pro, mais qui étaient mentalement entrés dans l’état d’esprit « Duchère » ou « Minguettes » à l’époque, et là, à Bourg, c’est moi qui devait aussi, en gardant mon identité, prendre en considération les codes des coups bas, parce qu’il y en a beaucoup plus qu’en amateur, et même parfois de la part des joueurs, qui peuvent être un peu complotistes. Donc j’ai appris ça.

Avec Saint-Brieuc. Photo Philippe Le Brech.

Et puis il y a la question du rachat : je pense que quand un club est racheté, si on ne te prolonge pas d’un an ferme ou de deux ans ferme tout de suite, ça veut dire ce que ça veut dire, c est un signal. Donc soit on t’inscrit dans le projet, et c’est ce qu’on m’avait vendu à Bourg, où il me restait un an et demi de contrat quand le club a été racheté, soit… Ils auraient pu me dire « tiens on se donne deux ans » pour monter, sans compter la fin de saison en cours. On m’a dit « C’est avec toi qu’on va le faire », mais rien n’a jamais été écrit ou signé, donc on n’a jamais prolongé. Et puis, il y a l’aspect « ingérence », quand des gens veulent faire l’équipe : j’aurais dû dire, « On se met autour de la table et on trouve une porte de sortie », parce que, faire l’équipe à ma place, avec moi, ça ne marche pas. J’échange avec Bruno Genesio ou Stéphane Jobard, qui était l’adjoint de Rudy Garcia… Garcia, il est très fort là-dessus : tout en maintenant ses idées, il est capable de « donner à manger » à tout le monde, aux dirigeants, aux joueurs, c’est une qualité. J’ai appris un peu peu- là dessus aussi, sur les relations humaines, sur la gestion avec la direction, la gestion quand tu te fais virer.

Avec Saint-Brieuc. Photo Philippe Le Brech.

Tu vois, c’est la Saint-Valentin aujourd’hui, et bien je me suis fait virer le 14 février (rires), le jour de la Saint-Valentin (grand éclat de rires) !! Je suis arrivé avec mes fleurs à la maison, j’ai dit à ma femme, « Chérie, je me suis fait virer ! » mais elle était déjà au courant car le club avait communiqué sur les réseaux sociaux, ça aussi, ce sont des petits trucs moyens… Je ne suis pas rancunier, mais je n’oublie pas. Après, il n’y a pas de bons moyens de se faire virer : la finalité est la même. J’ai appris à faire ce travail sur moi-même, parce que dans les formations, on n’aborde jamais ça, la relation entraîneur-directeur sportif et la gestion du licenciement. Quand tu te retrouves tout seul chez toi, que tu prends tes baskets, que tu vas courir, t’es bien, y’a du soleil, et puis au bout de 20 minutes de footing, t’as envie d’étrangler tout le monde, tu rentres à la maison, et tu fais le yoyo toute la journée. Il ne se passe plus rien, alors que dans ma vie, ça bouge ! Ton téléphone, qui sonnait tous les jours de 8h du matin à 8h du soir, d’un coup, c’est le néant… Et là tu vois aussi tes vrais amis du football, ceux qui ne t’oublient pas, ceux qui te font le petit texto, qui passent un coup de fil, ça fait plaisir. Tous les entraîneurs qui se sont fait virer, quelle que soit la raison, ils ne le prennent jamais bien.

On sent que l’épisode Bourg t’a marqué…
C’est fou parce qu’à Bourg, j’ai eu une meilleure relation aujourd’hui avec ceux qui ont racheté le club, après m’être fait virer ! Je les ai de temps en temps au téléphone. Et quelque part, on a peut-être des regrets… J’ai beaucoup appris dans cette période sur les relations humaines, avec la direction notamment, mais c’est compliqué, parce qu’en National, les joueurs sont semi-pros. C’est un championnat semi-batard ! Il faut vraiment que ce championnat devienne pro, avec un cahier des charges à remplir, notamment pour les équipes de National 2 qui montent, où il faudrait un centre d’entraînement, un terrain de match d’aplomb, parce que des fois, quand je vois certaines équipes qui montent… Et j’ai du respect pour elles parce que je suis monté de N2 en National avec La Duchère, alors qu’on n’avait rien, mais on a essayé d’améliorer notre terrain de match, on a créé un petit centre de d’entraînement qui valait ce qu’il valait, et finalement, pour avoir fait pas mal de clubs depuis, je peux dire que l’on n’était pas à plaindre à La Duchère.

« Je vais retrouver Oswald (Tanchot), 11 ans après ! »

Avec Saint-Brieuc. Photo Philippe Le Brech.

Peu de gens savent que, quand tu coachais La Duchère en National, tu travaillais à côté…
Oui, je bossais le matin à La Duchère et à 14 heures, je filais au bureau jusqu’à 19 heures ! Je travaillais au centre social de Champvert à Lyon 9e. Champvert, c’est 3 millions de chiffres d’affaires et 70 salariés. Je m’occupais de la comptabilité, des projets ville-état-région avec les jeunes, c’était bien, et si j’ai de bonnes relations avec mes joueurs sur l’aspect social, je sais d’où ça vient, on ne se réinvente pas. J’ai arrêté de travailler à côté du foot il y a 5 ans, quand je suis parti à Bourg.

Pourquoi as tu chois d’être entraîneur ?
Cela fait pas loin de 20 ans que j’entraîne maintenant, j’ai commencé à 30 ans. Je jouais à Ménival, on est monté de 2e division de District jusqu’en Ligue (PHR) et il fallait un diplôme « animateur seniors » pour entraîner à ce niveau-là. J’ai rapidement passé les diplômes « initiateur 1 », « initiateur 2 » et « animateur seniors ». En passant les diplômes, j’ai côtoyé des entraîneurs, des formateurs, et j’ai vu que j’aimais l’analyse du foot, que je me sentais bien au milieu de tous ces gens, alors que je n’avais jamais joué en CFA ni même en DH, mais j’étais à l’aise. Je me suis ensuite dit « pourquoi ne pas aller au Brevet d’état ? », alors je fais les sélections, je suis pris, et là, je côtoie d’autres personnes, d’autres formateurs, comme Jean-Yves Ogier (OL), tous de très bons pédagogues. Et puis je divorce : là, je me dis que je vais arrêter pour m’occuper de mon fils de 5 ans et demi à l’époque. Patrice Ouazar part entraîner aux Minguettes en CFA2 et cherche un adjoint : ça tombe à un moment où je voulais faire une formation de préparateur physique, histoire de rester en contact avec le sport. « Pat » me propose d’être son adjoint, je dis oui. Quand j’ai découvert le CFA2, je me suis dit « Mais c’est là que j’ai envie d’être, c’est ce que je veux faire » !

Avec Lyon-Duchère. Photo Philippe Le Brech.

Patrice Ouazar, c’est une rencontre très importante : il a été dans le partage avec moi. J’étais plus que son adjoint, il m’a donné une liberté. A la fin de la saison, il a dû partir pour raisons personnelles et là, Alain Reale, le président d’honneur (le papa d’Enzo Reale), et Ahmed Zouak, le président, me disent « C’est toi qui va prendre l’équipe » ! Je n’avais pas le diplôme. Ils m’ont dit « ce n’est pas notre problème, c’est ton problème ! Tu trouves quelqu’un qui va te couvrir et après son se débrouille, tu iras au diplôme » ! Quand je te parlais des « paroles d’hommes »… C’est pour ça que tu ne peux pas me décevoir sur une parole. Je suis attaché à ça. Tout est parti de là ! On fait des belles saisons aux Minguettes et puis il y a ce parcours en coupe de France en 2012-2013, où je croise Oswald Tanchot avec Le Poiré-sur-Vie; ça va être rigolo, car on va jouer l’un contre l’autre mardi (Orléans-Sochaux, mardi 27 février, à 19h30), et la dernière fois qu’on s’est affronté, c’est sur ce match de coupe, en 2013 ! On va se retrouver 11 ans plus tard !

Avec Thomas Hernu (communication du Red Star et ancien de La Duchère). Photo Philippe Le Brech.

Cette relation avec Patrice Ouazar aux Minguettes, elle t’a servi ensuite avec tes adjoints ?
Oui, tu es obligé, après, la différence, c’est la vision footballistique : entre mes débuts avec « Pat » et aujourd’hui, elle a fortement évolué, parce que j’ai bossé, je fais des recherches, je me forme, je travaille mon projet de jeu qui faisait 10 pages au début et qui en fait 120 maintenant. J’essaie d’améliorer les choses. Alors bien sûr, aux joueurs, je ne leur présente pas un projet de 120 pages, mais une vidéo de 3 minutes offensivement et 3 minutes défensivement; 6 minutes, c’est largement suffisant. Mais ce sont 6 minutes avec beaucoup de réflexion en amont. Je ne supporte pas quand un joueur me pose une question et que j’arrive pas à lui trouver la réponse. Pendant ma formation au BEPF, j’ai évolué là-dessus, dans les relations avec les joueurs et le staff, grâce à la richesse des échanges que j’ai eus avec Stéphane Jobard, qui était adjoint de Rudy Garcia à Marseille, et Fabien Lefèvre, qui était adjoint de Thierry Laurey à Strasbourg; ils m’ont raconté comment ça se passait et je me suis enrichi de leurs expériences. On a beaucoup échangé, partagé… Dans mon carnet d’adresses, j’ai la chance d’avoir des directeurs sportifs, avec qui j’échange aussi sur la gestion de conflit : les lofs, pas les lofts, les joueurs mis de côté, etc. Après je fais les choses à ma sauce.

« Je suis un entraîneur qui entraîne »

Avec le FBBP 01. Photo Philippe Le Brech.

Tu es un coach plutôt…
Travailleur. Je suis un entraîneur qui entraîne. J’ai besoin de réfléchir aux séances, de les diriger, de poser les problèmes de jeu, de créer des nouveaux exercices régulièrement. Il ne faut pas que cela soit morose et monotone. Je suis plutôt un entraîneur exigeant avec le staff, parce que je suis exigeant avec moi-même déjà, mais j’accompagne, je fais confiance, parce qu’en en National, on trouve des staffs avec de la compétence, comme à Orléans, et j’ai envie d’aider les gens à réussir aussi, parce que je n oublie pas d’où je viens.

On dit que tu es proche des joueurs, bienveillant, protecteur…
Il faut s’inspirer des grands. Mon idée c’est « Gagne le coeur et l’esprit de tes joueurs avant de les emmener à la guerre avec toi », c’est un peu la marque de Carlo Ancelotti. Je pense que si tu as le coeur des hommes avec toi et que derrière tu rajoutes la tactique, tu auras plus de chance de gagner des matchs. Après, il faut qu’il y ait un peu de qualité bien sûr. C’est vrai, j’essaie de bien connaître mes joueurs : j’ai un questionnaire pour eux, qui fait 5 pages, que je leur distribue en début de saison et qu’ils doivent remplir. Il regroupe énormément d’informations générales, leur adresse, l’adresse des parents, si le joueur a des frères et soeurs, si les parents sont mariés ou divorcés, s’il y a eu des décès dans sa famille; ça permet d’éviter de faire des impairs si un jour tu veux activer certains leviers émotionnels. Avec ces questions, j’arrive à profiler le joueur.

Avec le FBBP 01. Photo Philippe Le Brech.

Mais le joueur peut mentir sur le questionnaire…
Bien sûr, il peut mettre ce qu’il veut ! Hier (lundi 13 février), j’ai repris un joueur de volée devant le staff… Cela fait 20 ans que j’entraîne, j’ai brassé des centaines de joueurs, donc tu penses bien que j’arrive à déceler certaines choses depuis le temps ! ça permet de leur remettre les pieds sur terre parfois. Parfois je garde les choses pour moi, pour ne pas froisser les joueurs, mais si on vient me poser la question, alors il faut être prêt à entendre les choses, parce que je vais répondre honnêtement. Si tu es droit et honnête avec eux, il ne faut pas faire de promesses. Je sais qu’il existe des coachs qui font des promesses : « je te fais jouer la semaine prochaine, là tu te reposes cette semaine » mais si tu gagnes 5-0, tu fais quoi la semaine d’après ? Ou bien le joueur que tu voulais faire souffler le week-end d’après et qui fait le match de sa vie, qui met triplé : tu fais quoi la semaine d’après ? Quand on est coach, il y a des choses que l’on peut dire et d’autres non. Pour en revenir aux fiches, des joueurs ont répondu à côté, bien sûr ! Quand je leur demande leurs qualités et leurs défauts d’homme, et leurs qualités et leurs défauts de joueur… Quand un garçon me met sur la feuille « très à l’aise techniquement pied droit et pied gauche » et qu’au bout d’une semaine ou d’un jour, je lui dis « Non mais tu ne peux pas marquer ça sur la feuille, tu n’as pas de pied gauche, et le pied droit, bah, c’est pas toujours lui qui décide où va le ballon ! »

« Quand je retourne à Ménival, ça met une piqûre de rappel »

Un président marquant ?
Je vais les vexer, donc tous et surtout le président de mon club de coeur, Djoudi Boumaza : il a donné sa vie à Menival, du lundi matin au dimanche soir. Il passe sa vie au club. Il sacrifie son temps pour le club et il est toujours là ! Il a construit des choses, il a bâti une section féminines, il a fait remonter les seniors en Ligue, un terrain en synthétique a été fait, des choses sont faites pour les jeunes, ce club, c’est un vecteur social fort de la ville. C’est là où j’ai mes amis, dont certains avec qui on a fait les 400 coups ! J’y suis retourné cet hiver voir jouer l’équipe 1 en Régional 3, je suis passé voir les copains, et puis ça met une piqûre de rappel.

Une devise ?
Une seule ? C’est dur ! Celle que je ressors souvent, ça vient de « L’art de la guerre » de Sun Tzu : il faut faire attention aux initiatives individuelles qui nuisent au collectif. C’est tellement vrai dans le foot : parfois, un joueur prend une initiative individuelle, un drible, une passe, et derrière, ça se transforme en but contre toi.

Tu as déjà pris un carton rouge ?
J’étais sur le banc de La Duchère, il y avait Cyril Garcia, mon entraîneur des gardiens, avec moi, et Cyril a « terminé » l’arbitre; ce dernier vient vers moi et me met le rouge ! Cyril se tourne de l’autre côté et baisse la tête comme un enfant ! J’avais pris deux matchs de suspension mais l’arbitre s’est rendu compte après que ce n’était pas moi le fautif ! Quand j’étais à Saint-Brieuc, j’ai rencontré l’ancien arbitre, Stephane Bré, on avait une relation amicale : il m’a dit : « L’arbitre, qu’il soit bon au mauvais, il va terminer le match, alors que toi, ce n’est pas sûr ». Donc maintenant, quand je m’énerve sur le banc, je repense à Stephane Bré !

Ton match référence sur le banc ?
Avec Lyon – La Duchère, à Chambly, en National (en 2019) : et pourtant, on ne gagne pas, on fait 1 à 1. J’avais convaincu mes joueurs qu’on allait jouer en 3-4-3 losange, sans latéraux, sans piston, et qu’on allait prendre Chambly à la gorge, qu’on allait les étouffer. A J-2 du match, Mamadou Camara, Youssoupha N’Diaye et Jérémy Romany, mes trois centraux, je ne les sens pas convaincus; je leur dis « on va aller les chercher haut, on va jouer un 7 contre 7 dans leur camp et un 3 contre 3 dans notre camp, et vous, les trois costauds de derrière, vous avez peur des trois attaquants de Chambly ? » En fait, je les ai fait « switcher » ! A la fin du match, tout le stade nous a applaudis.

Et ton pire match sur le banc ?
C’est la saison de mon retour à La Duchère avec Bourg, on en prend 5… Toi, tu reviens dans le club ou tu as passé 6 ans, et t’en prends 5, devant tes amis, ta famille… Après, il faut assumer, mais là… Rien ne marchait ce jour-là; ça fait mal, mais ça fait grandir !

Texte : Anthony BOYER – aboyer@13heuresfoot.fr – Twitter @BOYERANTHONY06

Photo de couverture : Philippe Le Brech

Photos : Philippe Le Brech (sauf mentions spéciales).

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Intronisé le 21 décembre dernier, l’entrepreneur se décrit comme un président-supporter. Ce passionné fourmille d’idées et déborde d’ambition pour Marignane-Gignac-Côte Bleue (National), où le vaste chantier ne lui fait pas peur, et où il se voit rester longtemps.

Aliaume Gonthier, aux côtés de Christophe Celdran, l’un des vice-présidents, et de Vincent Montagnac, directeur général. Photo Maritima.

C’est le plus jeune président du National. Mais pas le moins expérimenté en matière de business et de gestion d’entreprise. Et parce que le football se gère comme une société, et parce que le ballon a toujours été sa passion, Aliaume Gonthier a craqué. Juste avant Noël, il s’est offert un joli cadeau. Un club de football. Pas le plus glamour. Mais pas le moins inintéressant non plus : parce qu’au MGCB – Marignane Gignac Côte Bleue -, il y a (presque) tout à faire. Tout à construire. Et c’est bien connu, « il est beaucoup plus facile de détruire que de construire », comme il le répète.

A 34 ans, le natif de Beauvais, dans l’Oise, fils de commerçants, s’est découvert une passion pour ce club niché sur les bords de l’étang de Berre, en face de Martigues et d’Istres, à quelques centaines de mètres de l’aéroport éponyme : ça tombe bien, le supporter du FC Sochaux (où il est toujours actionnaire), et aussi du RC Lens et du Stade de Reims, entend faire décoller son club, d’abord en parvenant à le maintenir en National, puis en le faisant évoluer, tant sportivement que structurellement. Un pari osé, cher, dans un coin de France où le foot n’est une religion qu’à l’OM; où Martigues, distant d’à peine plus de 15 kilomètres, truste le haut de tableau du tableau en National depuis sa remontée au 3e niveau de la hiérarchie française en 2022; et où l’on ne se bouscule pas pour aller voir des matchs amateurs… Tout ça, Aliaume Gonthier le sait bien, mais il veut faire bouger les choses.

Actionnaire au FC Sochaux

Maxence Renoud, arrivé au mercato de janvier 2024, en prêt de Lausanne, aux côtés du coach Brahim Hemdani et d’Aliaume Gonthier.

Quand il a officiellement repris le club, le 21 décembre dernier, les finances étaient plus que dans le rouge. Avec un trou de 600 000 pour boucler la saison actuelle, le MGCB était au bord du dépôt de bilan. En coulisses, les dirigeants s’employaient pour trouver un repreneur, afin, dans un premier temps, de terminer l’exercice 2023-24.

Et ce repreneur, c’est lui, Aliaume Gonthier, actionnaire du FC Sochaux-Montbéliard (via les Sociosochaux), dont la volonté première, après avoir contribué au sauvetage du club l’été dernier (260 000 euros d’investissement), était d’entrer au Conseil d’administration du club du Doubs. Mais comme les dirigeants Sochaliens n’ont pas voulu de lui, il a donc jeté son dévolu sur Marignane !

Mais qui est Aliaume Gonthier, ce jeune président que l’on a vu crier et chanter en tribune au stade Saint-Exupéry avec les supporters du MGCB contre Avranches (4-1), le mois dernier, au point de le confondre avec un supporter lambda ? Un président qui a beaucoup pris la lumière – à son insu – depuis sa prise de fonction, au point parfois d’en oublier qu’il y avait une équipe de National derrière, coaché par un garçon au CV de joueur long comme le bras, Brahim Hemdani, en difficulté dans son championnat. En difficulté, mais loin d’être larguée.

À 13 journées du baisser de rideau, les Provençaux sont, avec 20 points en 21 matchs, toujours dans la zone rouge, à 5 points du premier non-relégable. Les deux récentes victoires contre Martigues, avant Noël (1-0) et surtout la démonstration face à Avranches, le mois dernier (4-1), ont démontré que cette équipe avait les moyens de se sauver, malgré deux derniers revers en déplacement, à Châteauroux et à Nancy, entrecoupés d’un nul à domicile.

Le nouveau président est catégorique : « On va se maintenir ». Mais avec une nuance tout de même : « Si on descend, on remontera la saison d’après ». Bien sûr, cela peut passer pour de la prétention. Il faut surtout y voir de l’ambition. Et Aliaume Gonthier en a beaucoup pour son club. Et il a aussi beaucoup d’idées de développement.

Un président multi-fonctions

Installé à Bordeaux, où il passe une demi-journée par semaine au Lil’Home, un restaurant gastronomique sur les bords de la Garonne et dont il a la gérance, celui qui se définit comme un entrepreneur assure travailler 80 heures par semaine – dont une cinquantaine est consacrée au MGCB – et ne pas beaucoup dormir.

Le jour de cet entretien (réalisé jeudi 1er février), il est d’ailleurs accaparé par l’organisation du déplacement de son équipe à Châteauroux, le lendemain. Un déplacement contrarié par le mouvement des agriculteurs, et qui l’oblige à revoir la feuille de route. Les mini-bus, l’hôtel, la logistique, c’est lui qui s’en charge, en cas d’urgence ! « Je le fais moi-même, oui, un peu dans l’urgence. On est une association sportive. Je ne peux pas exiger trop de choses de la part des bénévoles. Et puis ça ne me pose pas de problème de faire ça. »
Et Gonthier de préciser : « J’ai décalé ma semaine de vacances au Mexique pour aller au match à Châteauroux ! ». Le stade Gaston-Petit plutôt que les Cenotes et Cancun, il fallait oser !

Aliaume Gonthier : « J’ai un plan A et un plan B »

Aliaume, en quelques phrases, présentez-vous ?
Je suis né à Beauvais dans l’Oise mais je me sens Rémois car j’ai fait toute ma jeunesse à Reims. Mes parents sont commerçants, ils ont d’abord tenus une supérette de quartier, à Glageon, dans le Nord, avant de prendre des entreprises de plus en plus grosses. Après le lycée à Reims, j’ai hésité à entrer en classe préparatoire, où j’ai été admis, mais comme j’avais une copine à l’époque, et que je marche avec le coeur, je suis resté à Reims où j’ai fait Neoma, une école de commerce, pendant 4 ans, dont 2 à l’étranger, en Irlande. En fait, je ne voulais surtout pas faire commerçant car je voyais l’investissement de mes parents, et puis les grosses multinationales, ce n’est pas mon truc. J’ai besoin d’humain et de méritocratie absolue, même si le réseau est important; cependant, je ne cautionne pas le « pistonnage ». Je juge les gens sur les résultats et je veux qu’on me juge sur les miens. La politique au travail ? Très peu pour moi.

Elle ressemblait à quoi, votre vie d’étudiant ?
Quand mes parents ont repris une petite affaire, je me suis pris au jeu, en marge de l’école, et j’ai géré un magasin, sans véritable contrat officiel, aux Mesneux, juste à côté Reims. Je n’ai jamais été un fêtard, j’ai toujours voulu mettre de l’argent de côté pour réaliser mes rêves. J’ai même habité chez mes parents jusqu’à mes 26 ans ! Avec mon frère, mon cadet de 2 ans, on a joué au foot, lui en centre de formation, mais on s’est fait les croisés. À cette époque, j’étais 4 jours en Irlande et 12 jours en France pour gérer l’entreprise familiale dont j’avais en quelque sorte un peu hérité. Et je ne m’étais pas fait opérer, je n’avais pas les moyens, ça coutait 20 000 euros en Irlande !

C’était quoi, vos rêves ?
Être entrepreneur, ne pas être verrouillé dans mes décisions et investir dans le sport, particulièrement dans le football. Quand j’étais jeune, je jouais à FIFA et à Football Manager ! Je joue encore un peu et j’ai promis aux joueurs de Marignane de jouer avec eux; à Football Manager, je prenais Sochaux, jusqu’à ce que le club ne disparaisse de la circulation, mais aujourd’hui, c’est plutôt le RC Lens ! J’ai longtemps été abonné à Bollaert, ce stade… ça donne des poils…

Sochaux et Lens, vos deux clubs de coeur ?
Oui. Pourtant, quand j’étais petit, mon grand-père m’emmenait à Bonal voir Sochaux. Ado, j’allais aussi à Delaune, à Reims, avec mon frère.

« Je n’ai jamais cherché à m’imposer quelque part »

Pouvez-vous revenir sur la genèse de votre arrivée au MGCB ?
Quand je suis parti de Sochaux, j’ai regardé ce qui se passait, j’ai pris des renseignements sur chaque club. Je prends l’exemple d’Avranches : même si je ne connaissais pas son président, Gilbert Guérin, ce qu’il a fait pour son club, c’est ce que tout président devrait faire. Pour Marignane, je suis d’abord passé par les réseaux sociaux, parce que ça avait marché à Sochaux, avec les « Sociochaux », j’ai tenté de contacter Marc Vicendone, Baptiste Giabiconi (deux des quatre présidents du MGCB), bref, ça n’a rien donné. Julien Cordonnier, le directeur sportif de Sochaux, m’a donné les coordonnées de Michel Flos, l’adjoint de Brahim Hemdani, et tout est parti de là. Julien, je l’apprécie beaucoup et je le remercie encore de m’avoir fait découvrir son boulot et renseigné sur les aspects sportifs, D’ailleurs, si je pouvais renforcer ma structure avec lui, je le ferais avec plaisir, en plus, je suis né à Beauvais et il a joué à Beauvais ! C’est peut-être un signe ! Pour en revenir à ma venue, je n’ai jamais cherché à m’imposer quelque part. Moi, ce que je veux, c’est m’inscrire dans un club, aider, vivre mon rêve et faire vivre le rêve d’un club. C’est gagnant-gagnant. J’ai les pieds sur terre, ça ne m’apporte rien, je n’ai pas d’ego.

Cela ne vous a pas fait peur de reprendre Marignane, où cela ne respirait pas la sérénité ces derniers mois, avec des dissensions entre dirigeants ?
J’ai mis tout le monde d’accord. On est en train de resserrer les liens de la famille, car je vois le club comme une famille. Ceux qui ont l’amour du club sont toujours là. Christophe Celdran (l’un des quatre coprésidents l’an passé), qui avait été écarté par François Dussol (éphémère président fin 2023), est revenu. Comme dans une famille, il peut y avoir des dissensions. Là, ce sont des liens non pas du sang mais du club. Tu peux t’engueuler mais tu te rabibocheras toujours. Si l’intérêt reste l’institution, alors il n’y a pas de problème. Je crois en ça. L’avantage aujourd’hui au club, c’est qu’il n’y a plus qu’une seule tête, ce qui simplifie les choses. Je conserverai toujours 51 % du capital du club. Toujours. On m’avait alerté sur le microcosme marseillais : je ne serais peut-être pas venu à Marignane si cela avait été des personnes différentes. Ici, j’ai trouvé des personnes qui s’investissaient au quotidien et qui avaient envie de rester dans la structure.

« J’aime les gens »

Vous vouliez entrer au comité d’administration du FC Sochaux et vous voilà à Marignane… Le changement est brutal, non ?
Aujourd’hui, Marignane est un club organisé comme un club de Regional 1. Je connais quelques clubs de N2 et N3, j’ai rencontré récemment le président de Bischeim, et celui du Bassin d’Arcachon, je discute, j’échange. Avec tout le monde. C’est d’ailleurs ce qui n’a plus plus aux gros actionnaires à Sochaux, parce qu’ils ont vu cela d’un mauvais oeil, ils ne souhaitaient pas que je me mélange mais moi, je suis comme ça justement, j’aime les gens. De toute façon, c’est plus facile de détruire que de construire. Et je trouve que c’est plus sympa de construire : à Marignane, on démarre de zéro alors qu’à Sochaux, il faut tout déconstruire, et c’est plus compliqué, surtout humainement et matériellement, avec des charges fixes. À Sochaux, il y a 170 personnes en tout, et il manque 3 millions d’euros ! T’en enlèves 10 pour préparer le budget de la saison prochaine, mais est-ce que c’est suffisant ? Là-bas, il y a encore 3 comptables… À Marignane, la « compta », c’est moi et une personne bénévole ! Sincèrement, j’espère de tout coeur que Sochaux va monter, mais si ce n’est pas le cas, c’est retour à la case départ, et là, c’est dur de mettre 100 personnes sur le carreau.

Vous avez tourné la page « Sochaux » ?
Oui, et je suis très bien à Marignane. Je n’ai pas pu entrer au conseil d’administration du FCSM, ils ne veulent pas me rendre mes fonds, donc je regarde quand même ce qui se passe, mais je suis actionnaire donc je ne veux pas qu’il se passe n’importe quoi. Sochaux est organisé comme un club de L1. Le directeur général et le président sont actionnaires et ont un salaire, vous vous rendez-compte ? Je suis en désaccord avec ça, je l’ai dit à Pierre Wantiez (directeur général), je ne fais pas de politique. Pour moi, le foot, c’est une société : si tu es président mais non actionnaire, OK. Si tu es actionnaire et président, et si le club vit bien, alors OK, tu prends s’il y a quelque chose à prendre, mais à Sochaux, il n y a pas d’argent à prendre.

« On a déjà fait pas mal de belles choses »

Le classement de Marignane en National, relégable depuis le début de saison, ça ne vous a pas fait peur non plus ?
J’avais regardé les matchs, c’était très correct, et le premier jour où j’ai jeté un oeil sur les bilans du club, on a gagné face à Martigues 1 à 0 (le 15 décembre), donc j’ai pris ça comme un symbole fort ! Les joueurs ont envie, le coach est très sérieux, donc go ! Même si je suis conscient qu’il faut un grain de folie, je n’ai pas peur. J’ai dû tout analyser, la situation du club, en trois jours ! Trois jours sans dormir, à regarder les bilans, à éplucher les comptes. Il manque chaque année 400 000 euros, qu’un mécène fournit, donc je vais apporter ces fonds grâce à une économie.

Pas mal de choses ont déjà changé depuis votre arrivée…
On fait des événements autour du match, on a déjà doublé les recettes, et ce qui n’avait pas été fait pour les partenaires, comme des bâches par exemple, ou une visibilité sur le site, on l’a fait. En un mois et demi, on a déjà fait beaucoup, ça rassure les partenaires, les mécènes et les futurs actionnaires. Je remercie les personnes qui ont rejoint le projet. On a professionnalisé la communication, on a un un deuxième compte Instagram pour l’académie, afin de mettre en avant les jeunes, on a créée un compte Twitter (compte X), une page LinkedIn, une deuxième page Facebook, on a un nouveau site web, une billetterie en ligne et bientôt on aura une boutique en ligne ! On a mis en place un événement d’avant match, un événement de « challenge » à la mi-temps, ce qui n’existait pas, et on a aussi crée le club 1924 (club des partenaires). C’est fou, parce que jusqu’à présent, chaque partenaire qui mettait un euro dans le club le faisait juste avec le coeur, sans espérer de retombées. Là, il y aura un retour sur investissement : je promets au minimum 1,01 euros de retombées pour 1 euro d’investissement. Alors, on n’est pas arrivé au bout du truc, mais déjà, de belles choses ont été faites, et ça donne la ligne de conduite. Autre chose : les joueurs de National vont avoir obligation d’aller voir les matchs de jeunes, car pour recevoir, il faut donner; un planning sera établi.

« Je ne crois pas au hasard »

A Bordeaux, vous êtes chef d’entreprise associé avec votre cousin, au restaurant le Lill’Home ?
Aujourd’hui, je ne suis plus associé avec lui. Je suis futur seul associé ! Mon cousin (Lilian Douchet, vu dans Top Chef) n’est plus à la gérance. Ce sont ses employés qui l’ont mis dehors. Lil’Home est un restaurant gastronomique, où on a monté une équipe solide, où mon chef de cuisine, Louis Bécan, et mon chef de salle, Valentin Marchal, ont des objectifs précis; ça me prend une demi-journée par semaine, le mercredi, pour parler stratégie. Il y a aussi les petits problèmes du quotidien à gérer.

Par le passé, votre famille et vous avez eu maille à partir avec la justice : vous avez notamment été attaqué pour des faits de harcèlement moral en 2016 dans un de vos supermarchés, à Château-Thierry (Aisne). Où en est-on de votre procès ?
Le jugement est tombé : j’ai été relaxé des fins de la poursuite. Je peux fournir à qui le souhaite mon jugement de relaxe, il est très clair… et parfois il n’y a pas besoin qu’on me le demande, au moindre bruit de couloir, je le dégaine ! Mais cette histoire a « bouffé » 4 ans de ma vie et c’est aussi une explication à ma venue en toute transparence dans le foot, et à Marignane-Gignac-Côte Bleue : j’avais envie de côtoyer beaucoup de monde et de reprendre confiance en l’humain, parce que je me suis dit que la vie fournissait son lot de soucis. Donc il fallait se faire plaisir.

Gérer un club de foot, c’est différent d’une entreprise ?
Il y a beaucoup de points communs, comme la gestion des équipes. Les joueurs de foot, c’est comme un staff dans restaurant : ils font un bon service ou ils ratent un service, et dans ce cas-là, on discute, on essaie de comprendre ce qui s’est passé, pour s’améliorer; c’est vraiment similaire, avec ce petit coté frissonnant en plus au foot, même s’il y a des frissons aussi au resto, comme quand le client repart content. Récemment, une « mamie » est venue déjeuner au restaurant (le Lil’Home à Bordeaux) avec son petit fils : elle venait de perdre son mari la veille, et elle m’a remercié du fond du coeur car, le temps d’un repas, le temps d’un moment, elle a oublié ça. Et puis il y a le résultat du match aussi, qui conditionne le reste de la semaine; au resto aussi, si tu plantes ton service du samedi soir, le lundi c’est « réunion », « comment on fait pour rattraper le coup », etc. J’ai une boîte de spiritueux aussi : demain, le client qui doit passer une commande annule : comment on fait pour rattraper ? La seule chose qui diffère, c’est qu’au foot, on est plus dans le passionnel, on peut s’enflammer vite, dans le bon ou le mauvais sens.

Ce qui diffère aussi, c’est cette irrationalité au foot, avec un but encaissé par exemple à la 91e minute alors que vous avez archi-dominé pendant 90…
Tu sais bien que tu peux prendre un but à tout moment. Moi, le hasard, je n’y crois pas, et même au foot, il y a toujours une explication : si le ballon est rentré au fond des cages, c’est qu’il y a une raison.

« Je suis là pour 10 ans minimum »

Vous découvrez un peu le National, vous le trouvez comment ce championnat ?
Je ne regarde plus que le National ! Je trouve que le niveau est bon. J’avais effectué le déplacement à Martigues et Versailles avec Sochaux. Il y a des matchs qui peuvent être plats, par exemple, quand certains clubs décident de faire 0 à 0 à l’extérieur, notamment. Tout le monde peut battre tout le monde aussi, c’est ce qui la beauté de ce championnat. C’est pour ça qu’en Ligue 1, je trouve ça moins intéressant.

Avec les U16 du MGCB pour célébrer la victoire !

Votre engagement sera-t-il remis en cause si l’équipe redescend en N2 ?
Une descente ne remettrait pas en question mon engagement. Je suis un entrepreneur : j’ai un plan A et j’ai un plan B. Si on descendait, mais je n y crois pas, ça ne remettrait pas en cause le projet, il n’y a pas de sujet là-dessus. Je suis là pour 10 ans minimum. Et si on descend, on remontera l’année prochaine. On aura juste perdu un an. Et Marignane sera un jour en Ligue 2.

Peut-être, mais sans doute pas au stade St-Exupéry. Il y a aussi le souci des installations, non ?
Le stade, c’est un vrai sujet. J’ai envoyé quelqu’un à la Fédération Française de football à ce sujet, et à ce jour, je ne peux pas répondre à cette question, car je n’ai pas les compétences techniques… même si je ne pense pas que cela sera au stade Saint-Exupéry. Maintenant, le maire de Marignane (Eric Le Dissès) avait un projet au complexe du Bolmon; bon, ben voilà, c’est toujours d’actualité. On trouvera collectivement les solutions.

La Ligue 2… Vous êtes sérieux ?

Le coach Brahim Hemdani (à gauche) et son adjoint Michel Flos. Photo Bernard Morvan.

La Ligue 2, c’est la finalité. Cela permettrait de créer une synergie avec l’OM. Déjà là, en National, c’est intéressant de nouer un partenariat, mais en Ligue 2, la synergie serait formidable ! Vous imaginez, un club de L1 et un club de L2 voisins ! Les joueurs prêtés par exemple n’auraient pas besoin de déménager. L’OM peut nous apporter mais nous aussi, on peut leur apporter. On a une base de licenciés qui est la plus grosse de PACA et ça, c’est super important. Je vais voir nos matchs de jeunes aussi, ça me fait autant vibrer que de regarder des pros. Avec l’OM, j’ai eu un premier rendez-vous de rencontre. On aura un deuxième rendez-vous fin mars pour parler de la saison prochaine.

« Je suis un meneur d’hommes »

La proximité de Martigues peut-elle être un frein à vos ambitions ?
Non, ça ne peut pas être un frein à notre développement. On n’a pas la même histoire. On construira encore plus la notre. Chacun ses forces, chacun ses faiblesses. Mais je suis content d’avoir un voisin aussi solide : j’ai rencontré le directeur du FC Martigues, Arnaud, avec qui on maintient les liens.

Quel type de président voulez-vous être ?
Je veux vraiment laisser la chance à chacun de jouer son rôle, notamment dans la partie business/société. Je veux bien déléguer mais je veux être informé. C’est comme ça que je manage. Je veux construire une identité forte, que Marignane soit une marque. Je veux être proche des jeunes. Je suis proche de l’équipe Une, déjà, et j’ai mon petit discours d’avant match pour eux dans les vestiaires, c’est quelque chose qui me tient à coeur. Je suis un meneur d’hommes. Il ne faut pas confondre ma gentillesse avec ma faiblesse. Et je suis quelqu’un qui a un miroir réfléchissant, je n’arrive pas à être autrement, je suis un président-supporter. En fait, j’ai eu un coup de foudre avec ce club, donc avec tous les membres de sa famille !

Avez-vous des modèles de présidents, de clubs ?
Oui mais pour qu’ils m’inspirent, il faut que je connaisse la personne, et pas que je lise des choses sur eux dans la presse. Des clubs comme Concarneau, Pau, sont des modèles de clubs, et j’aurai plaisir a échanger avec leur président. D’ailleurs, avant un match, je passe un coup de fil à mes homologues, pour échanger, pour voir si on peut se rencontrer : récemment, j’ai été bien reçu par le président du FC Rouen, Charles Maarek, j’ai aussi échangé avec Benjamin Guffet, le nouveau président de Châteauroux. Quand on a joué contre Avranches, le nouveau président (Nicolas Leroux) n’a pas effectué le déplacement mais j’ai pu discuter avec Xavier Gravelaine, le directeur sportif.

Vous diriez que, du fait de la présence de votre maman et de votre frère dans l’actionnariat, c’est un projet familial ?
Oui. Mon frère Kevin a mis de l’argent, ma maman Fabienne également, et je les remercie ! Et je remercie ma compagne Manon qui, depuis 10 ans, supporte mes passions entrepreneuriales. Je suis beaucoup en télétravail, j’ai des relais. Le club de Marignane, ça me prend 50 heures par semaine environ, et mes autres sociétés une trentaine d’heures. Je suis habitué, c’est comme ça depuis gamin !

« Je veux ouvrir le capital aux supporters »

Le club de Marignane va-t-il passer en société ?
Oui. Ce sera une SAS (Société par actions simplifiée) avec certainement une SCIC (société coopérative) à l’intérieur, et il y aura plusieurs tours. La SAS sera ouverte d’ici la fin du mois de février. Je vais mettre une somme importante au capital et tout de suite, je vais revendre 15 % des parts au 1er tour, à des futurs actionnaires à qui je fais faire des présentations dans les semaines qui viennent, d’ailleurs je vous annonce déjà l’arrivée de Cyril Haulet, qui est actionnaire au FC Sochaux; et aussi aux socios, car je veux ouvrir le capital aux supporters : pour moi, c’est ça le foot, je ne le conçois pas autrement. La SCIC, elle, sera plus longue à mettre en oeuvre; il y aura donc un premier tour d’ouverture à 15 % pour les actionnaires et 10 % pour le reste, donc 25 % que je céderai, et je conserverai 75 % du capital. On fera comme sur les modèles de Bastia, Sochaux, Rouen. À Sochaux, par exemple, je suis « sociochaux » encore; il doit y avoir une partie du capital aux supporters, pour éviter les conflits, et par souci de transparence. Cela permet aux supporters d’avoir des infos et ça fonctionne comme une AG : ils posent leurs questions, ils ont leur réponse, et voilà. Idem dans les entreprises : si les gens n’ont pas toutes les infos, comment prendre les bonnes décisions ? On espère passer notre budget de 2,2 à 2,6 millions. Sachant qu’à Sochaux, par exemple, le budget est de 12 millions, c’est pour ça, je vous dis, qu’est-ce que ça coûte de laisser une partie aux actionnaires ? C’est mieux pour eux, comme ça ils ont le sentiment d’appartenance. Dans ma logique, tous les licenciés du club de Marignane-Gignac-Côte Bleue pourraient être propriétaires du club, et ce serait merveilleux, non ? Que rêver de mieux ? Les gens se diraient « Je joue dans MON club ». Ce serait beau.

Ce côté supporter, c’est votre truc : on vous a vu dans les tribunes du stade Saint-Exupéry avec eux, ce n’est pas un peu « bizarre » pour un président ?
J’aime cette proximité, cette convivialité. J’ai ce côté passionné, limite supporter, je l’assume. Contre Avranches, c’est vrai, je chantais avec le kop ! Je veux une base de supporters au stade et je veux montrer l’exemple, c’est naturel pour moi. J’aime le foot pour ça, pour les émotions. Je ne trouve ça nulle part ailleurs que dans le kop. Pour le prochain match (Villefranche, la semaine dernière), j’ai engagé une fanfare. Ce qui me plaît, c’est l’aspect inter-générationnel. Je parle de football avec mon grand-père de 90 ans ou mon neveu de 5 ans, c’est pareil. Le foot regroupe les générations et j’aime ce côté populaire, dans le bons sens du terme : au stade, on discute aussi bien avec des ouvriers, des chômeurs ou des cadres. Je prends autant de plaisir à aller en loges ou en kop. Par exemple, je ne suis jamais allé au Stade Vélodrome : j’ai dit OK, une fois en loges, une fois avec les Ultras.

  • Lire aussi – Christophe Celdran (Marignane-Gignac CB) : « On sait où on veut aller »

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Texte : Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr – Twitter @BOYERANTHONY06

Photos : MGCB, DR et Bernard Morvan

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Un premier contrat pro à 27 ans, un premier match en Ligue 1 à 35 ans, une première sélection internationale à 36 ans… Le défenseur central, sûr de sa force, a percé sur le tard. Au point de pousser sa carrière jusqu’à presque 40 ans, avec Thonon Evian (N2), où, après avoir raccroché la saison passée, il coache les U18 !

Avec le Racing en 2007-2008 ! Photo Philippe Le Brech

Un joueur charismatique, rigoureux, au leadership naturel, doté d’un jeu de tête redoutable… Le défenseur central Hervé Lybohy a marqué de son empreinte tous les clubs où il est passé. Sa carrière l’a emmené jusqu’à presque 40 ans avec un dernier match disputé le 3 juin dernier lors de la dernière journée de National 2 avec Thonon Evian Grand Genève face à Marignane (2-1).

De Sarcelles à la Haute-Savoie, en passant par Saint-Quentin, l’Entente Sannois-Saint-Gratien, le Racing Club de France, Compiègne, Amiens, Fréjus-Saint-Raphaël, re-Amiens, Paris FC, Nîmes, Nancy, Orléans, le Val-d’Oisien aura disputé près de 400 matchs du National 3 à la Ligue 1 (dont 204 en National, 118 en Ligue 2 avec Amiens, Paris FC et Nancy, et 17 en Ligue 1 avec le Nîmes Olympique).

Avec un premier contrat pro à 27 ans, un premier match de Ligue 1 à 35 ans et une sélection en équipe nationale du Niger à 36 ans, Hervé Lybohy a connu un parcours atypique et une éclosion tardive. Ouvert, tourné vers les autres, souvent capitaine dans ses clubs, c’est tout naturellement qu’il s’est tourné vers le coaching pour commencer sa reconversion. Depuis cette saison, il entraîne les U18 Régional 1 de Thonon Evian Grand Genève. Pour 13HeuresFoot, il est revenu sur sa riche carrière et ses idées de jeu dans son nouveau métier.

Supporter du PSG

Avec Saint-Quentin en 2006-2007. Photo Philippe Le Brech

Né à Bouaké en Côte d’Ivoire, c’est dans le département du Val d’Oise que Hervé Lybohy a grandi avec sa famille. Fervent supporter du Paris Saint-Germain, il baigne dans le monde du football depuis petit. Il intègre vite le club de Sarcelles pour pouvoir jouer avec ses amis. Ce qui différencie son parcours de celui des footballeurs de sa génération, c’est que le sien n’a jamais fait de halte dans un centre de formation.

« Dans ma jeunesse, j’ai toujours voulu devenir joueur de foot pro mais je n’ai pas eu énormément d’opportunités d’intégrer un centre. Bien que j’ai joué à Sarcelles, où il y a un gros vivier de joueurs, je n’ai pas cherché plus que ça à faire des essais. J’étais bien chez moi. C’était ma passion. Je jouais au foot avec mes potes et en même temps j’allais à l’école. Mon père était vraiment à fond derrière nous sur l’école. Chez moi, le foot, ça ne restait qu’une passion. Le plus important pour mes parents, c’était les études. »

La découverte du National à Fréjus

Avec Fréjus/St-Raphaël en 2009-2010. Photo Philippe Le Brech

Après son Baccalauréat, Hervé Lybohy obtient un DUT (BAC +2) en Ile de France. « Après ça, je devais faire une école de commerce mais j’ai arrêté parce que je commençais à avoir des contacts dans le milieu du foot. » A l’obtention de son diplôme, il décide de quitter la région parisienne et l’Entente Sannois-Saint-Gratien, où il évoluait avec la réserve, pour signer à l’Olympique Saint Quentin (N2) en 2007 pour une saison. « Je suis parti là-bas grâce à un grand de mon quartier qui est devenu agent aujourd’hui. C’est l’agent de Benjamin Pavard. Il nous a emmené là-bas. J’avais cette envie de sortir de la région parisienne et de voir autre chose. »

Mais après une année à Saint-Quentin, retour à Paris ! Il rejoint le Racing Club de France (N2) où il effectue une saison solide puis repart à Compiègne (N2). Après ces trois saisons en National 2, il monte d’un cran et découvre le National avec Fréjus-Saint-Raphaël en 2009-2010 où il s’impose en défense (30 matchs), dans une équipe de haut de tableau.

Premier contrat pro à Amiens à 27 ans

Avec Amiens, en 2010-2011. Photo Philippe Le Brech

Sa carrière peut enfin décoller ! Il signe un premier contrat pro à 27 ans avec l’Amiens SC. « Même si ce contrat pro, je le signe tard, dans ma manière d’être et mon approche du foot, je me comportais déjà comme un pro dans ma tête. Pour moi, quand le contrat est arrivé, ça ne m’a pas surpris. Je savais que ça allait arriver donc je ne me prenais pas la tête plus que ça. J’étais content mais je ne voulais pas m’arrêter là. Je savais qu’il y allait avoir encore mieux. »

Pendant quatre saisons à Amiens, il est titulaire indiscutable en défense centrale. « Dans ma tête j’étais déterminé. J’avais confiance en moi et j’attendais juste qu’on me donne ma chance pour pouvoir montrer ce que je savais faire. Il y a des coachs qui ont cru en moi, en mes qualités, et ensuite j’ai fait ma carrière tranquillement. »

Avec Amiens, Hervé connait une montée en Ligue 2 en 2011 et continue de grandir footballistiquement avec une première saison dans l’antichambre de la Ligue 1 (33 matchs). Mais Amiens redescend l’année suivante en National. « Il y a une différence entre le monde pro et le monde amateur. Autour de toi tu as des joueurs et des terrains de meilleure qualité, c’est plus médiatisé mais ça ne reste que du foot. Une fois que tu te prépares bien physiquement, tactiquement et mentalement, tu es un joueur comme un autre. »

Un mois en Thaïlande et puis s’en va !

Avec Amiens en 2012-2013. Photo Philippe Le Brech

Malgré ses rêves d’étranger, Hervé aura effectué toute sa carrière en France. A 31 ans, il revient en région parisienne en signant au Paris FC, en National. « Mon rêve, c’était d’aller jouer en Angleterre. Le championnat anglais, je ne ratais pas un match. Malheureusement, je n’ai pas eu d’opportunités à cause de mon âge. Il y a beaucoup de clubs anglais qui se sont renseignés mais mon âge était un frein pour eux. Ils pensaient à la revente, aux bénéfices. Avant de signer au Paris FC, j’avais effectué une escapade en Thaïlande. J’avais déjà signé un contrat à Bec Tero, club basé à Bangkok, depuis mars/avril (aujourd’hui, Bec Tero s’appelle Police Tero FC). J’avais un bon contrat là-bas, du net d’impôt, ça ne se refuse pas. Il y avait d’autres français et des bonnes conditions. Mais pour régler des problèmes administratifs, j’ai dû revenir en France pour faire des papiers. Il y a eu des soucis pour me qualifier. C’est là que Christophe Taine, l’entraineur du Paris FC, qui m’avait déjà contacté, m’a appelé pour que je signe chez eux. Au lieu de faire un an et demi en Thaïlande, je n’ai fait qu’un mois et je suis rentré à Paris ! S’il n’y avait pas eu les soucis administratifs je pense que je serais resté là-bas. »

Dès son arrivée au Paris FC, Hervé Lybohy prend, comme à Amiens, le brassard de capitaine. Pendant quatre saisons, il s’impose comme le taulier du club parisien et devient une valeur sûre des championnats de Ligue 2 et National. Il connait une montée en Ligue 2 dès sa première saison en 2015, une redescente immédiate, une remontée la saison suivante en 2016 grâce à un repêchage (le PFC profite du dépôt de bilan du SC Bastia, relégué sportivement en Ligue 2 et administrativement en National 3) et une belle dernière année en L2 (7e) sous la conduite de Fabien Mercadal avec une équipe au départ construite pour le National.

Premier match en Ligue 1 à 35 ans

Avec le Paris FC en 2016-2017. Photo Philippe Le Brech

En fin de saison, il ne parvient pas à se mettre d’accord en avec le Paris FC pour prolonger son contrat. Le Nîmes Olympique, promu en Ligue 1, vient le chercher. Il signe un an dans le Gard et découvre la Ligue 1 à 35 ans. Une trajectoire plutôt rare ! « Sur cette saison-là, mon objectif était de faire le maximum de matchs, de kiffer ! Je suis allé là-bas sans appréhension. La majorité des joueurs qui étaient dans cette équipe étaient comme moi, en Ligue 2 la saison d’avant. On s’est rencontrés quand je jouais au Paris FC, ils nous ont battu pour la montée dans un match serré. Cette saison là, à Nîmes, en Ligue 1, on avait une très bonne équipe, on termine dans la première partie du tableau, c’était magnifique. Mon vrai objectif, c’était de faire un maximum de matchs et d’apporter à l’équipe et au groupe. »

Cette saison là Hervé dispute 17 matchs et marque 2 buts en Ligue 1, mais il n’est pas prolongé. « Avec le retour de Pablo Martinez de Strasbourg, un défenseur central gaucher formé au club et plus jeune, ils ne pouvaient pas garder deux profils similaires ». Nîmes a misé sur la jeunesse et c’est donc un retour en Ligue 2 à Nancy pour le francilien.

« Coacher, c’est un vrai métier que j’ai découvert. »

Avec le Paris FC en 2016-2017. Photo Philippe Le Brech

A Nancy, il devient même international avec le Niger. Il a alors 36 ans. « Mon pays, c’est la Côte-d’Ivoire mais il y avait une génération dorée, celle des Yaya Touré… C’était donc bouché pour moi. J’ai eu l’opportunité de jouer pour le Niger et je l’ai saisie. »

Au total, il compilera 14 sélections. Après une saison à Nancy en L2 puis une autre à Orléans en National, Hervé Lybohy signe à Thonon Evian Grand Genève, alors en National 3, en 2021, pour y achever sa carrière.

Diplômé du BEF, il devient également coach principal de l’équipe U18 Régional 1 du club. « J’ai dit à certains de mes anciens coachs que je ne savais pas quoi faire après ma carrière. Nombreux d’entre eux m’ont dit « Hervé, je te vois bien comme coach ». C’est comme ça que l’idée m’est venue en tête. Quand je suis arrivé ici, Bryan Bergougnoux (coach du N2) et Sofyane Cherfa (coach des U19 et responsable du centre de formation) m’ont aidé, ils m’ont formé au métier tranquillement. Je remercie le club et Bryan pour ça. C’est un vrai métier que j’ai découvert. On ne s’en rend pas compte, nous les joueurs, quand on arrive sur le terrain tout est déjà installé, on vient avec nos crampons mais il y a un vrai travail en amont. J’ai commencé ma première année à donner des petits coups de mains. La saison dernière, j’ai eu l’opportunité de passer le BEF. Cette année avec cette équipe de U18 R1 je prends énormément de plaisir. Il me reste le DES à passer. Je veux bien me former pour pouvoir être compétent et apporter ce que je peux faire. »

Avec un public jeune, Hervé peut progresser dans la formation, son rôle de père dans la vie lui permet d’avoir une approche différente avec les jeunes. « Je n’ai pas encore eu d’équipes seniors. Avec les jeunes, on est un peu comme des éducateurs. Il y a le foot mais on est là pour leur transmettre des valeurs. Je les prends comme mes enfants et je leur donne beaucoup de conseils sur le métier de footballeur. Je fais passer le message que ce n’est pas facile de devenir pro et qu’il faut se donner les moyens. »

« Je veux aller jusqu’au plus haut en tant comme coach. »

Avec le Paris FC en 2017-2018. Photo Philippe Le Brech

Dans son système préférentiel en le 4-3-3, il préfère que son équipe joue avec un 6 et deux 8, et veut des joueurs offensifs rapides. « Mon idée globale, quand je n’ai pas le ballon, je veux que mon équipe soit difficile à manier, je veux avoir un bloc compact qui bouge en fonction du ballon. Quand j’ai le ballon, je demande à mes joueurs de bien occuper tout le terrain, j’aime que le jeu reparte propre de derrière, attirer l’adversaire pour jouer dans son dos. Je veux beaucoup de vitesse devant et derrière je veux des guerriers. »

Avec Philippe Le Brech !

Avec du recul il analyse l’évolution du football depuis 20 ans. « Le foot a énormément évolué depuis que j’ai commencé. Aujourd’hui, on te parle de jeu de position. Avant il n’y avait pas tout ça. Le foot est toujours en train d’évoluer, c’est pour ça qu’il faut se former et être à l’écoute. Quand j’ai commencé, il y avait un libero et un défenseur, le 4, qui suivait l’attaquant. Aujourd’hui t’as une défense à 4 parfois à 3, les schémas ont évolué, t’as des coachs qui arrivent avec leurs idées. Un coach comme Guardiola révolutionne le foot, De Zerbi vient avec ses idées, Xabi Alonso aussi. Ça contribue à l’évolution du football. »

Des rêves pleins la tête, Hervé Lybohy a désormais de nouvelles ambitions. « Je veux aller jusqu’au plus haut en tant que coach. Après avoir vécu ma carrière de joueur et pu comprendre que tout est possible dans le foot, je ne me ferme aucune porte. Je vais me donner les moyens d’aller le plus haut possible comme ça je n’aurai aucun regret. Une chose est sûre je vais y arriver. »

Hervé Lybohy, du tac au tac

Avec Nîmes en 2018-2019. Photo Philippe Le Brech

Ton meilleur souvenir sportif ?
Ma signature en Ligue 1 à Nîmes en 2018.

Ton pire souvenir sportif ?
Ma première saison en Ligue 2 avec le Paris FC (2015-2016) avec la descente en National.

Tu as marqué combien de buts dans ta carrière ?
Je n’ai pas compté ! J’ai réussi à marquer quelques buts (NDLR: plus de 20 en réalité, dont 2 en L1, 5 en L2 et 8 en National) . Plus jeune je jouais devant, peu de personnes le savent, mais c’est pourtant là que j’ai commencé ! J’ai dépanné un jour au poste de défenseur et je n’ai plus bougé.

Ton plus beau but ?
Il y a une talonnade que je mets contre Lorient avec Nancy sur un corner, à peu près le même geste que Zlatan mais moi c’est Hervé Lybohy donc il n’a pas fait le tour du monde (rires) ! Et un deuxième but que j’ai mis avec Nîmes contre Strasbourg aux Costières, sur un centre de Savanier. Je reprends le ballon de volée en lucarne.

Avec Orléans en 2020-2021. Photo Philippe Le Brech

Ton poste préféré ?
Je dirais mon poste préféré c’est l’attaquant de pointe mais je n’ai pas forcément les qualités pour, donc défenseur central gaucher. J’aurais aimé jouer attaquant pour mettre des buts et faire kiffer tout le mondeC’est une passion que mon père nous a donné depuis que je suis tout petit. J’ai baigné dans le monde du foot notamment avec les journaux sportifs, L’Equipe et France Football. Mon frère aimait Marseille mais moi c’est Paris. Chaque dimanche, c’était Téléfoot ! On regardait les matchs le week-end. Mes potes me trouvaient bon alors ils m’ont inscrit en club avec eux. J’avais envie de devenir joueur pro dans un coin de ma tête mais je n’y pensais pas plus que ça.

Ton geste technique préféré ?
La diagonale, quand je réussis à prendre toute l’équipe adverse de travers.

Tes qualités et défauts sur un terrain ?
Mes qualités c’est le leadership, j’aime sentir que mes coéquipiers sont derrière moi et les emmener avec moi. Techniquement ça va j’ai un bon pied gauche et l’anticipation. Mes défauts : le manque de vitesse mais ça reste dans la moyenne et je suis un mauvais perdant.

L’équipe où t’as pris le plus de plaisir ?
Ça serait difficile d’en sortir une. Dans tous les clubs où je suis passé j’ai pris énormément de plaisir. Après, le Paris FC, ça reste particulier, c’est ma région, il y a toute ma famille, tous mes amis. J’ai vécu beaucoup plus de beaux moments au PFC que dans d’autres clubs tous ont une place importante dans mon cœur.

Avec Orléans en 2020-2021. Photo Philippe Le Brech

Le club où tu aurais rêver de jouer dans tes rêves les plus fous ?
Paris Saint-Germain.

Un match qui t’a marqué ?
Mon premier match en Ligue 1 avec le Nîmes Olympique à Bordeaux (succès 2-1 de Nîmes !).

Un coéquipier qui t’a marqué ?
Teji Savanier m’a marqué par ses qualités de joueur, je l’avais rencontré plusieurs fois mais je ne pensais pas qu’il était aussi fort.

Le joueur adverse qui t’a le plus impressionné ?
Forcément, je te dirais Mbappé et Neymar. C’est des joueurs que je voyais à la TV et quand je les ai vu sur le terrain ils m’ont vraiment impressionnés.

Un coach que t’aimerais revoir ?
C’est une question difficile ! Je dirais Fabien Mercadal. Il était adjoint à Amiens et après je l’ai eu en coach principal au Paris FC. C’est un coach qui connaissait mes qualités et mes défauts. Il me mettait en valeur et j’ai disputé ma meilleure saison en Ligue 2 avec lui (2017-2018).

Avec Nîmes en 2018-2019. Photo Philippe Le Brech

Une causerie de coach marquante ?
J’ai eu un coach à Amiens, Francis de Taddeo, qui avait des causeries marquantes. Il nous donnait envie d’aller sur le terrain pour se battre. C’est un coach attachant qui peut être dur mais en même temps super-marrant, détendu.

Une anecdote de vestiaire ?
Il y a une saison à Amiens, on prépare le match contre Guingamp. J’ai un coéquipier qui arrive de Guingamp (Hervé Basile) et on est montés avec eux en Ligue 2 cette saison-là. Les matchs étaient disputés entre nous. On rencontre Guingamp, et Basile sait qu’il y a un joueur de chez eux que je n’aime pas. Il arrive en début de semaine et me dit « tu sais quoi, le joueur a mis un mannequin et tous les jours il essaye des nouveaux dribbles sur toi ». Quand il m’a dit ça j’étais énervé toute la semaine. Le soir du match je serre la main au joueur fort, je le regarde mal. On joue et au bout de 15-20 minutes, il y a un long ballon sur lui. On arrive en même temps, je prends le ballon la tête et tout. Il tombe par terre et sort sur civière. A la fin du match Basile vient me voir « je rigolais il n’a jamais fait ça ».

Avec Orléans en 2020-2021. Photo Philippe Le Brech

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Serge Aurier.

Une devise un dicton ?
Quand la vie vous refuse quelque chose, c’est parce qu’elle vous prépare quelque chose de mieux.

Tu étais un joueur plutôt…
Agressif.

Un modèle de joueur ?
Thiago Silva.

Une idole de jeunesse ?
Georges Weah.

Avec le Paris FC. Photo Philippe Le Brech

Un plat, une boisson ?
Aloco poisson, de l’eau avec de la grenadine.

Tes loisirs ?
J’aime voyager mais ma vie tourne autour du foot. J’aime regarder des matchs dans les grands stades, regarder d’autres sports, les activités sportives. Le sport en général.

Un film culte ?
Spartiates.

Le monde du football en deux mots ?
Passionnant et ingrat.

 

Texte : Olesya Arsenieva – Twitter : @ArseneviaO

Photos : Philippe Le Brech

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Professionnel au Luxembourg et buteur en finale de la Coupe la saison dernière, remportée avec Differdange 03, Laurent Pomponi (27 ans) a fait le choix de revenir chez lui, en Corse, pour participer à la reconstruction du GFCA, en Régional 2. Et il a déjà inscrit 19 buts en 12 matchs de championnat !

Le 25 mai dernier, devant 8 385 spectateurs, Laurent Pomponi remportait la Coupe du Luxembourg avec le FC Differdange 03 face à FC Marisca Mersch (4-2). L’attaquant de 27 ans avait inscrit le dernier but. Mais plutôt que de rester au Luxembourg et disputer le tour préliminaire de la Ligue Europa Conférence ou d’explorer les pistes qu’il avait dans d’autres pays, le Corse a choisi  » surprenant » de rentrer chez lui et de signer au Gazélec Ajaccio en Régional 2. « On m’a traité de fou d’aller en R2 », sourit-il. Mais Laurent Pomponi a d’abord écouté son cœur pour participer à la reconstruction du Gaz, « un club mythique ».

Sur les terrains parfois cabossés et bucoliques de la Régional 2 corse, il affole les compteurs cette saison avec 19 buts en 12 matchs de championnat et 3 en deux matchs de Coupe (Coupe de Corse et Challenge Stra).

« J’ai fait des sacrifices financiers mais ce n’est pas le plus important »

Leader de la R2 Corse, le Gazélec Ajaccio, toujours en redressement judiciaire après sa liquidation l’année dernière, est bien parti pour retrouver la Régional 1 la saison prochaine. Epanoui, Laurent Pomponi est revenu pour 13HeuresFoot sur son parcours, jalonné d’allers-retours entre la Corse et le Luxembourg.

L’été dernier, Laurent Pomponi avait plusieurs opportunités au Luxembourg, en Belgique et en Suisse. Mais le natif d’Ajaccio, originaire de Cuttoli a donc décider de rentrer chez lui. « A bientôt 28 ans, j’avais besoin de me stabiliser. Je suis venu au Gazélec pour m’inscrire sur le long terme. C’est le projet parfait, chez moi, dans ma ville et proche de ma famille. Je ne serais pas revenu pour signer dans un club de N2 ou de N3 corse. Le Gaz, c’est différent… C’est un challenge excitant de relever ce club emblématique en Corse. »

Le grand frère

Dans une équipe très jeune, il joue les grands frères avec le gardien Cyril Fogacci, qui était pro lorsque le GFCA évoluait en L2. « C’est mon ami d’enfance. La possibilité de le retrouver m’a aussi conforté dans mon choix. J’apprécie beaucoup aussi le coach Jean-Marie Ferri sur le plan humain. Je l’avais connu quand j’étais à Bastia-Borgo car il entrainait la réserve. Il connaît parfaitement les différents championnats corses. C’est une figure du football sur l’île. Avec lui et le président Louis Poggi, on a deux bastiais emblématiques à Ajaccio… Louis (Poggi) a fait un travail énorme pour sauver le club. Il a joué quelques matchs avec nous au début de saison. »

Par rapport au Luxembourg, l’attaquant a également changé de mode de vie avec un retour au monde amateur et ses entrainements en soirée. « Chez nous, tout le monde travaille ou est étudiant. Moi, je n’ai pas de contrat. Au Luxembourg, j’avais un statut de semi-pro. Je gagnais bien ma vie, j’avais des primes, une voiture de fonction. Pour venir au Gazélec, j’ai fait des sacrifices financiers mais ce n’est pas le plus important… J’ai perdu de l’argent car en plus je n’ai pas droit au chômage en venant de l’étranger. Mais je me débrouille, je vis avec ce que j’ai mis de côté auparavant. Comme on s’entraine le soir, je m’entretiens la journée, je vais à la salle de sport. J’ai gardé la même hygiène de vie que lorsque j’étais pro. »

« Les buts, il faut les mettre, même en R2…»

Avec 19 buts en 12 matchs, Laurent Pomponi est parti sur des bases très élevées qui pourraient lui permettre de se rapprocher de la barre des 40 en fin de saison s’il poursuit sur le même rythme. « Je ne sais pas si en France, beaucoup d’attaquants ont le même ratio que moi, sourit-il. Mais je ne me fixe pas de chiffre à atteindre. Le plus important, c’est le projet du club, de le faire remonter. Moi, j’apporte juste ma contribution. »

Certaines mauvaises langues pourraient pourtant faire la fine bouche en mettant en avant le fait qu’il marque en Régional 2… « Ça, je l’ai entendu. Certains minimisent ce que j’ai fait en parlant du niveau. Mais les buts, il faut les mettre, même en R2. Il faut aussi remettre les choses dans leur contexte. On est le Gazélec, on est attendu, on est l’équipe à battre. Chaque week-end, les équipes jouent le match de leur saison face à nous. Ils viennent à Mezzavia, un stade qui a connu la L1 et la L2… Pour un joueur amateur corse, ce sont des choses qui comptent. On n’a jamais eu de match facile et on n’a pas, non plus, une grosse marge sur nos adversaires. On doit se dépouiller à chaque match. Moi, forcément, je suis toujours marqué de très près par les défenseurs. Il faut savoir être intelligent dans les déplacements. Certes, j’ai mis des doublés ou des triplés. Mais je n’ai jamais eu 7 ou 8 occasions dans un match. Souvent, c’est juste 2 ou 3. »

« Je suis un vagabond du foot »

La carrière de Laurent Pomponi a donc été marquée par de fréquents allers-retours entre la Corse et le Luxembourg. Au Grand-Duché, il a évolué dans quatre clubs : US Hostert (janvier 2017-janvier 2018), F91 Dudelange (juillet 2019-janvier 2020), FC Progrès Niederkorn (janvier 2022-juin 2022) et FC Differdange 03 (juillet 2022-juin 2023).

Tout a débuté par un échange avec un agent sur les réseaux sociaux. « J’avais 20 ans et il m’a proposé de venir au Luxembourg. Pour moi qui n’avais jamais quitté la Corse, ça a été un dépaysement total. Je reste toujours attaché à ma terre de Corse mais je suis aussi quelqu’un qui aime bien l’aventure et découvrir des choses nouvelles. Je jouais en N3 à Ile-Rousse, c’était une chance pour moi de lancer ma carrière et essayer d’obtenir un contrat pro. Je suis devenu un vagabond du foot. »

Il atterrit à Hostert, un club de D2. « Je suis arrivé en janvier, j’ai mis 16 buts et on est monté en BGL Ligue (la 1ère division) aux barrages. C’était un club familial et un club tremplin très regardé par les autres clubs du pays. »

En BGL Ligue, il marque 5 buts lors de la première partie de saison. « Mais j’ai eu le mal du pays et j’ai préféré revenir à Ile-Rousse avec Fanfan Felix. » Un an et demi après, il revient au Luxembourg au F91 Dudelange. « J’ai retrouvé le coach que j’avais eu à Hostert. Mais il a été limogé. Je n’ai pas beaucoup joué et je suis encore revenu à Ile-Rousse en janvier 2020. »

« Le football luxembourgeois a beaucoup progressé »

Il repart au Luxembourg en janvier 2022 au Progrès Niederkorn qui le prête la saison suivante au FC Differdange. « J’étais avec la réserve de l’AC Ajaccio, j’avais un contrat fédéral et je jouais les grands frères avec les jeunes du club. Mais repartir au Luxembourg était une belle opportunité. Au Progrès, je suis arrivé dans une équipe qui tournait bien. Je n’ai marqué qu’un seul but en 11 matchs. D’un commun accord, on a décidé que je sois prêté. A Differdange, j’avais un staff de portugais, vraiment passionné. La saison a été correcte, je marque 6 buts, on termine 5e en championnat et on finit en beauté avec la victoire en Coupe du Luxembourg. Mon plus grand souvenir. »

Avec le recul, Laurent Pomponi ne regrette pas ses différentes expériences au Luxembourg. « Ce pays m’a permis de vivre un joli morceau de carrière. Je m’y suis enrichi sur le plan humain et j’ai progressé au niveau football. Jouer des tours préliminaires de Coupe d’Europe, c’est beau quand même…Bien sûr que quand on regarde le ciel et la température, ça fait un choc par rapport à la Corse. Mais c’est un pays ou le cadre de vie est quand même top. C’est un peu comme Monaco, un pays riche où les gens ne s’intéressent pas trop au foot. Mais pour les gros matchs, il y avait quand même du monde au stade. Moi, j’habitais en France, à Thionville (Moselle), près de la frontière. Le football luxembourgeois a beaucoup progressé. Il n’y a qu’à voir la sélection qui va disputer les barrages pour se qualifier pour l’Euro. Il y a aussi des très bons joueurs. Au Progrès Niederkorn, j’ai joué avec Florian Bohnert, qui est international et qui joue à Bastia (L2) maintenant. J’ai affronté aussi Kévin Van Den Kerkhof qui est passé par Bastia et qui joue en L1 à Metz maintenant. »

« Bayonne, mon grand regret »

Après l’arrêt des championnats en mars 2020, Laurent Pomponi avait signé à Bayonne (N3) l’été suivant en compagnie de son grand ami Cyril Fogacci. « Le cadre de vie me faisait penser à la Corse. Tout était top là-bas. Il y avait Cyril avec moi, on avait une belle équipe, on aurait pu monter en N2. Mais tout s’est encore arrêté à cause du covid. »

Après des bons débuts où il marque 2 buts en 3 matchs, il doit de nouveau rentrer en Corse après le nouvel arrêt des championnats. « J’ai passé le deuxième confinement en Corse. Puis on est revenu à Bayonne en janvier car la Fédération avait décidé de reprendre la Coupe de France. Il y avait deux tableaux, les amateurs et les pros. » Mais après avoir éliminé La Rochelle (5-2) puis Bilière (1-0), Bayonne s’incline face à Lège Cap-Ferret (1-0) le 14 février 2021. « Là, c’était fini. On a été éliminé et le club a stoppé ses entrainements. Il nous a demandé de rentrer. Bayonne, c’est mon plus grand regret. Il y avait vraiment des belles choses à faire mais le Covid nous a tués ! »

« J’ai eu un parcours atypique mais je suis fier de moi »

Bocagnano, le SC Bastia, l’AC Ajaccio où il a effectué sa formation entre 2010 et 2016, l’Ile-Rousse (devenu le FC Balagne) à trois reprises, le FC Bastia-Borgo en N2 (2018-2019) et la réserve de l’AC Ajaccio. Avant de signer cet été au Gazélec Ajaccio, Laurent Pomponi avait déjà effectué un mini tour de Corse. Sans réussir à s’installer dans la durée avec un club.

« A l’AC Ajaccio, j’ai joué en U17, U19 nationaux et en réserve. Mais je n’ai pas eu de contrat pro. Peut-être qu’il me manquait quelque chose à l’époque. Mais je n’ai pas de regrets. J’ai beaucoup appris avec mon coach David Faderne et j’ai gardé de beaux contacts avec tout le monde. Les années entre 15 et 18 ans resteront marquantes. »

En 2018-2019, il avait participé à la montée du FC Bastia-Borgo en National avec Jean-André Ottaviani sur le banc. Mais en attaque, le duo Cédric Odzoumo (16 buts) – Gwen Foulon (18 buts) a flambé. Laurent Pomponi a donc dû se contenter de jouer les jokers (22 matchs, 1 but). « Si j’étais resté à Bastia-Borgo, j’aurais peut-être pu découvrir le National. Mais encore une fois, je n’ai pas de regrets. J’ai eu une nouvelle opportunité de repartir au Luxembourg et je l’ai prise. Maintenant, je suis revenu en Corse et ça me tient à cœur de réussir avec la Gazélec Ajaccio. Quand on voit l’engouement autour de ce club, ce qu’il représente pour les anciens et sur notre île, on est presque en mission pour lui. J’ai encore des belles années devant moi. J’ai eu un parcours atypique mais je suis fier de moi. J’ai vécu de beaux moments. Je remercie ma famille et ma compagne qui m’ont toujours soutenu dans mes choix. »

Laurent pomponi, du tac au tac

« On a l’impression qu’à Mezzavia, les murs parlent »

Meilleur souvenir sportif ?
Le plus beau et le plus mémorable, c’est la victoire en Coupe du Luxembourg avec FC Differdange 03 contre FC Marisca Mersch en mai dernier. Je rentre à la 89e minute et je mets le but du 4-2 à la 90e +2.

Pire souvenir ?
La période covid qui a stoppé les championnats. On n’y pouvait rien mais le Covid nous a fait beaucoup de mal à nous les joueurs amateurs. On a été privés de notre passion qui est d’être sur le terrain. Sur un plan personnel, je vivais une super expérience à Bayonne (N3) mais tout a été gâché.

Combien de buts marqués ?
Je pense entre 60 et 70 en seniors. Je me fais des notes sur chaque saison mais je ne comptabilise pas forcément. Quand j’aurai fini ma carrière, je ferai un gros récapitulatif.

Votre plus beau but ?
J’en retiens un, pas sur l’aspect technique mais sur le plan sentimental. Celui marqué en finale de la Coupe du Luxembourg. Sur une passe dans l’axe, je marque du gauche dans le petit filet. Le plus beau moment de ma carrière devant 9 000 spectateurs.

Votre meilleur match ?
Je vais ressortir davantage une atmosphère qu’une performance individuelle. Mes meilleurs matchs, ce sont mes trois disputés au Tour Préliminaire de la Ligue des Champions (Valletta FC, Malte), de l’Europa Ligue (Shkendija Tetovo, Macédoine) et de la Ligue Europa Conférence (NK Olimpija Ljubljana, Slovénie). La Coupe d’Europe, ce sont des matchs différents à tous les niveaux.

Votre pire match ?
Une rouste en U17 nationaux avec l’AC Ajaccio à Saint-Etienne. On avait pris 7-1. Ça pique… A Saint-Etienne, il y avait Allan Saint-Maximin. Il nous avait fait très mal.

Qualités et défauts ?
Les appels de balle et la finition. En défaut, le timing dans le jeu aérien. Après, je suis assez mauvais perdant dans la vie. Ça peut devenir un défaut.

Des rituels, des superstitions, des manies ?
Sur mes deux protèges tibias, il y a des choses qui me tiennent à cœur et qui représentent qui je suis. Sur celui de gauche, il y a ma famille et ma compagne. Sur celui de droite, la tête de Maure, l’emblème de la Corse.

La saison ou le club ou vous avez pris le plus de plaisir ?
Ma première saison au Luxembourg à Hostert. J’avais 20 ans, je quittais la Corse pour la première fois et je découvrais un autre contexte. Sur le plan sportif, j’ai mis une quinzaine de buts en une demi-saison et on est monté en D1 aux barrages.

Le joueur le plus fort avec qui vous avez joué ?
Vincent Marchetti en jeunes à l’AC Ajaccio. Il a eu un beau parcours. Il vient de signer au Paris FC. Après, 2-3 joueurs au Luxembourg qui ont signé en D2 Allemande ou Belge. Ils ne sont pas connus ici donc leurs noms ne vous diront rien.

Le coéquipier avec lequel vous avez le meilleur feeling sur le terrain ?
Ça n’a pas duré longtemps car la saison s’est arrêtée à cause du covid mais je dirais Vincent Laban à Bayonne. C’était un Français qui est devenu international chypriote. Il avait une vraie vista et une vraie patte gauche. Dommage que je n’aie pas pu profiter de ses qualités de passe, car grâce à lui, j’aurais pu marquer beaucoup de buts…

Le joueur le plus fort que vous avez affronté ?
En U17 nationaux lors d’un AC Ajaccio – Monaco, j’ai joué contre Mbappé. Il était surclassé, il avait deux ans de moins que nous. On perd 4-2 et il nous met un doublé. On voyait déjà qu’il avait quelque chose. En jeunes, j’ai aussi affronté Ousmane Dembélé. C’était pareil.

L’entraîneur ou les entraîneurs qui vous ont marqué ?
Tous m’ont marqué et appris quelque chose que ce soit humainement, tactiquement ou sur le spécifique attaquant. C’est dur d’en ressortir, je ne veux vexer personne ! Je dirais néanmoins Alexandre Richard chez les jeunes, car c’est un âge où on se construit et pour les attaquants, David Faderne à l’ACA et Fanfan Félix à Ile-Rousse.

Un président ou un dirigeant marquant ?
Plutôt une anecdote. Je ne dirais pas qui c’est. Mais après un match important pour le maintien où j’avais marqué, un président est venu me voir sur le parking du stade. Il m’a tendu trois gros billets verts…

Vos amis dans le foot ?
Je pense être assez avenant donc j’ai beaucoup d’amis. J’ai gardé beaucoup de contacts au Luxembourg. Mais mon meilleur ami, c’est Cyril Fogacci, le gardien du Gazélec. On se connait depuis l’âge de 4 ans, on était ensemble à la maternelle. Il y aussi Alexandre Cropanese (FC Balagne).

Le joueur le plus connu de votre répertoire ?
Rémy Cabella qui est d’Ajaccio.

Le club où vous auriez rêvé de jouer, dans vos rêves les plus fous ?
J’ai grandi avec le Manchester United de 2007, avec Cristiano Ronaldo, Giggs, Rooney. C’est mon club préféré même si en ce moment, c’est un peu plus compliqué.

Une idole de jeunesse ?
Petit, j’ai adoré Cristiano Ronaldo ou Thierry Henry. Maintenant, c’est Haaland pour ses appels de balle et son adresse devant le but. Toute proportion gardée, j’essaye de m’en inspirer. Je regarde beaucoup de matchs à la télé, presque tout en fait…

Que vous a-t-il manqué pour jouer plus haut ?
J’ai toujours eu une mentalité irréprochable, je n’ai jamais triché. Après, dans une carrière de footballeur, il faut aussi une part de chance. Il faut être au bon endroit au bon moment. J’ai un parcours atypique, de vagabond mais je n’ai pas de regret.

Vos occupations en dehors du foot ?
Je vais à la salle de musculation, je joue au tennis. Je suis aussi très famille. J’aime passer du temps avec ma compagne et ma famille. On est de Cuttolli, un village à une vingtaine de kilomètres d’Ajaccio.

Si vous n’aviez pas été footballeur ?
Depuis que j’ai 6-7 ans, j’ai toujours voulu être footballeur. Depuis mes 17 ans, j’ai la chance d’avoir toujours vécu du foot et ne pas avoir à travailler à côté. Si ça n’avait pas marché dans le foot, j’aurais peut-être essayé un autre sport comme le tennis.

Le milieu du foot en deux mots ?
Magnifique et cruel à la fois avec de l’émotion mais aussi des injustices parfois incompréhensibles.

Le Gazélec en quelques mots ?
C’est un club familial, un club historique du football corse où les gens et les supporters sont passionnés, J’ai entendu dernièrement quelqu’un qui a dit « on a l’impression qu’à Mezzavia les murs parlent » C’est l’impression que donne ce stade tant il a vécu d’événements marquants.

Lire aussi : Louis Poggi : « C’est le passé qui fait que le Gazelec continue de vivre »

https://13heuresfoot.fr/actualites/louis-poggi-cest-le-passe-qui-fait-que-le-gazelec-continue-de-vivre/

Texte : Laurent Pruneta – Twitter : @PrunetaLaurent

Photos : DR

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Le petit poucet de la coupe de France, qui affronte Valenciennes en 8e, est entraîné par un garçon travailleur qui a fait de l’insertion, de l’éducation et de la formation sa ligne de conduite. Propulsé sur le banc des seniors en avril 2023, il ne cache pas ses ambitions mais sait que le chemin sera très long. Portrait.

Michaël Napoletano, avant le coup d’envoi face à Romorantin en 16e de finale de coupe. Photo 13HF

Michaël Napoletano cumule trois boulots. Le premier, à la Métropole de Lyon, au service propreté. Le second, à l’association « Sport dans la ville », où il s’occupe de jeunes en difficulté, les aide à s’insérer, les accompagne sur des programmes quand ils sont « décrochés ». Le troisième, à l’AS Saint-Priest, où il entraîne les seniors National 3. Cela fait beaucoup pour un seul homme. Et encore, si l’on y ajoute que, depuis le mois d’octobre 2022, le natif de Lyon est papa d’une petite Kiara, cela fait quatre casquettes !
Autant dire que ses journées – et ses nuits ! – sont bien remplies et, fataliste, il se dit que si un jour il est viré de son club, il lui restera toujours au moins deux jobs !

Bon, ce n’est pas du tout dans ses plans, d’autant moins depuis qu’il s’est pris au jeu de la compétition avec les seniors du club sang et or, dont il a la responsabilité depuis la fin de saison passée, en N2, quand il a fallu, à six journées de la fin du championnat, remplacer Lionel Bah, remercié, pour une opération maintien. « Mais même si on avait gagné nos six matchs, on serait quand même descendu, assure ce grand gaillard de bientôt 41 ans (le 16 février), au physique imposant : « L’idée, en fait, était de préparer la saison suivante, en National 3″‘.

Une double mission

Le président de l’ASSP, Patrick Gonzalez. Photo 13HF

Lorsque Patrick Gonzalez, l’emblématique président de l’ASSP, l’a promu à ce poste, en avril 2023, Michaël Napoletano caracolait en tête de son championnat avec les 18 ans R1 : « Pour moi, il n’était pas question de lâcher les jeunes. On était leaders de la poule et en course pour l’accession en U19 Nationaux, un niveau que l’ASSP avait quitté en 2011. En fait, c’était une double mission. Du coup, ça a été une année vraiment très-très-très chargée, surtout que je passais mon diplôme. Et puis, passer d’un discours de maintien en National 2 le samedi à un discours de montée le dimanche avec les U18… Bon, on a fini premiers, malheureusement on a perdu la montée aux barrages contre Montferrand. C’est dommage. »

Photo Julien Bouard / ASSP

Avant d’endosser sa casquette de coach, Michaël a pas mal bourlingué quand il était joueur amateur. Tellement même, qu’il est obligé de réfléchir et de s’y reprendre à deux fois pour lister les clubs où il est passé. Dans l’ordre … ou dans le désordre : « J’ai commencé le foot aux Minguettes à Vénissieux puis j’ai rejoint l’Olympique Lyonnais en U13 et après, je suis rentré au centre de formation de Montpellier, jusqu’à 16 ans, et puis j’ai joué en 17 ans Nationaux au FC Martigues, où j’ai touché à la réserve et même un peu au groupe pro, à l’époque en Ligue 2. Puis Martigues est tombé en National, et je suis reparti à Lyon à 19 ans, pour jouer en CFA2 aux Minguettes. C’est vrai que j’ai fait pas mal de clubs, et souvent je n’y suis resté qu’une saison. »

Photo Julien Bouard / ASSP

L’ancien milieu de terrain défensif / défenseur central déroule son CV : « J’ai aussi joué à Beaucaire, à Béziers en CFA2, à Fréjus en CFA, juste avant la fusion avec Saint-Raphaël, l’année de la montée en National, et aussi au Canet-en-Roussilon. A mon retour à Lyon, j’ai pris une licence à Vaulx-en-Velin afin de m’entraîner et j’ai terminé ma carrière amateur à Saint-Priest, en 2010. Depuis, je n’ai plus bougé ! »

Durant son parcours, notamment chez les jeunes, il a côtoyé quelques joueurs devenus pros, comme Valéry Mezague, Jean-Mathieu Descamps, Mansour Assoumani, Habib Bamogo, Geoffrey Doumeng ou encore Stéphane Biakolo, ainsi que Rod Fanni et Eric Chelle à Martigues.

Daniel Zorzetto, le déclic

Le stade Joly a fait le plein en coupe. Photo Julien Bouard / ASSP

Sa vocation d’entraîneur, elle, est venue sur le tard. Pourtant, très tôt, dans les clubs où il a joué, il s’est occupé d’équipes de jeunes : « Honnêtement, au départ, je ne savais pas que j’allais devenir entraîneur même si j’encadrais des petits, des U7, U8, U9; ça me plaisait, mais la vocation est venue plus tard, quand j’ai rencontré certains coachs, notamment aux Minguettes. Là, j’ai croisé la route de Daniel Zorzetto. Lui, il m’a donné la fibre. Je l’ai beaucoup apprécié et il m’a donné envie de faire ce métier. J’aimais son leadership, son management. C’était un peu « à l’ancienne » dans les séances mais sa proximité, son discours, ça m’a parlé. Il arrivait à motiver les joueurs avant les matchs. Malheureusement, je ne suis plus en contact avec lui, j’aimerais bien lui reparler. J’ai eu la chance de connaître beaucoup de coachs, comme Mahmed Guendouz et Christian Caminiti à Martigues, au Canet-en-Roussilon j’ai eu Hervé Alicarte, l’ancien joueur pro de Bordeaux et Montpellier. »

Photo Julien Bouard / ASSP

Saint-Priest était donc l’endroit idéal pour définitivement poser ses valises. « J’avais cherché à me rapprocher de la maison pour préparer aussi ma reconversion et retrouver ma famille et mes proches, parce que j’avais tout le temps été éloigné. J’ai eu l’opportunité de rentrer à la Métropole de Lyon tout en continuant de jouer au foot en amateur ici. Maintenant, cela fait 14 ans que je suis à l’AS Saint-Priest, où j’ai eu la responsabilité des U12, des U13, de l’équipe III seniors en Régional 3, de la réserve pendant 3 ans et donc des U18 l’an passé avec la N2 en même temps en fin de saison, après le départ de Lionel Bah ».

Un coeur qui s’emballe

Ce qui a également poussé Michaël Napoletano à enfiler le survêtement, c’est un problème de santé. Un jour, alors qu’il conduisait sur l’autoroute, son coeur s’est emballé. Il a fait un malaise. Il a perdu connaissance. Il a perdu l’équilibre. Il aurait pu y rester. « On m’a découvert un problème cardiaque. Une malformation. J’avais une hypertrophie. Je suis allé consulter un médecin. Il m’a dit que je ne pourrais plus faire de sport à haut niveau, à haute intensité. J’ai dû arrêter net. C’était un truc de dingue. Quand je rentrais chez moi, j’avais des malaises… Je faisais de la tachycardie. Je suis obligé de faire attention à ce que je fais. C’est pour ça aussi que je me suis lancé à fond dans le diplôme d’entraîneur, le BEF d’abord, puis le DES (diplôme d’état supérieur) deux ans après, pour coacher jusqu’en National 2. »

Formation et éducation, façon ASSP

La remise ! Photo 13HF

Du coup, la montée d’adrénaline sur le banc, le stress, la nervosité, la tension, tout cela est-il compatible avec ses ennuis au coeur ? « Ce n’est pas très dangereux, m’a certifié le médecin. Mais il ne faut pas trop s’énerver non plus, hein ! J’ai appris à vivre avec ça. Au début, j’ai gardé un appareil pendant trois ans sous la poitrine qui enregistrait les mouvements du coeur et envoyait des alertes si ça s’emballait trop. Et si je sentais quelque chose, j’avais un bouton aussi pour donner l’alerte. Mais je n’ai plus fait de malaise, sauf une fois, il y a longtemps, en faisant un foot avec les collègues, c’est tout. »

Photo 13HF

Le garçon, sensible et parfois dans l’émotion sur un banc, mais de plus en plus calme et serein, semble parfaitement coller à la peau de l’AS Saint-Priest. De coller avec les valeurs de ce club très respecté du bassin lyonnais, dont la réputation n’est plus à faire, que cela soit en matière de formation et d’éducation. « C’est vrai que le club est très respecté. Sain. Très bien structuré. Ici, il n’y a pas de problème financier. C’est bien géré, avec des dirigeants qui anticipent les choses. Et quand on discute avec les parents quand il s’agit de recruter, c’est quelque chose sur lequel on appuie. L’ASSP, c’est une entreprise bien huilée. Quand je vois que certains clubs pros n’ont même pas de minibus pour emmener leurs gamins, laissés pour compte, c’est aberrant. Chez nous, cela n’existe pas, ça. Les valeurs, le dévouement, le respect, font partie de notre ADN. C’est aussi le message que veut faire passer notre président, Patrick Gonzalez. Les petits, quand il arrivent au club, ils retirent leurs casquettes et leurs bonnets. Ils saluent tout le monde. Porter l’écusson, c’est important. Quand j’entraînais les U18, j’avais présenté aux joueurs toutes les personnes du club qu’ils allaient croiser et à qui il fallait dire bonjour. Il n’y a pas de souci de comportement, et s’il y en a, c’est la sanction directe. On veut les éduquer de cette manière, parce que vous le savez bien, on éduque d’abord des hommes avant d’éduquer des footballeurs. Moi, je pars du principe que si les jeunes veulent être respectés, il faut d abord qu’ils respectent les autres. »

Qualité de jeu

L’équipe de l’AS Saint-Priest. Photo Julien Bouard / ASSP

En seniors, c’est un peu pareil : depuis le début de la saison, les joueurs cultivent une certaine image, qui fait que les gens ont envie de venir les voir, de les connaître. Le coach essaie de faire passer les même messages. « C’est important de cultiver l’esprit du vivre ensemble, l’esprit familial. »

Bien sûr, c’était l’effet coupe de France, mais face à Romorantin, en 16e de finale de la coupe de France, le 21 janvier dernier, le stade était plein comme un oeuf. « Je n’avais jamais vu autant de monde ! » assure Napoletano. Ce succès populaire – 3000 personnes dans le petit stade Jacques-Joly, blotti au milieu des immeubles -, c’est une belle surprise.

Photo Julien Bouard / ASSP

L’autre surprise, pour qui n’avait pas encore vu jouer l’ASSP cette saison, c’est la qualité de jeu. Ces deux critères ont surpris les joueurs du Loir-et-Cher, dépassés à la fois par l’événement et par le football pratiqué par les Sang et or, vêtus de rouge ce soir-là. « J’étais convaincu que l’on était capable de réaliser ce genre de match, avec cette qualité de jeu-là, poursuit Michaël; après, contre une Ligue 2 (Valenciennes ce mercredi soir en 8e de finale, à 20h30), je ne sais pas si on pourra reproduire ça, parce que ça sera le niveau au-dessus. Mais on avait fait beaucoup de matchs amicaux pendant la préparation estivale pour bien ancrer les principes de jeu dans la tête des joueurs, pour bien travailler sur l’aspect collectif, sur la cohésion, sur les automatismes, sur les relations entre les joueurs. On a aussi beaucoup bossé la qualité de jeu. On est capable de faire de belles choses, avec des joueurs rapides, véloces et techniques sur les côtés, de jouer vite en transition et aussi capable d’avoir la maîtrise du ballon, avait cette mixité entre la possession et les contre-attaques. Il fallait aussi apprendre l’efficacité dans les deux surfaces : je voulais que mon équipe soit difficile à bouger. Joueur, j’étais rugueux… Quand j’ai trouvé ma base défensive, on a continué à bosser offensivement. Nos résultats sont le fruit du travail à l’entraînement et de l’entente dans le vestiaire et dans la vie de tous les joueurs entre les joueurs. Je leur ai appris à se régaler, à travailler et faire les efforts les uns pour les autres. A défendre ensemble. Quand je regarde mon équipe jouer, je prends du plaisir. Ce match de Romorantin en coupe, honnêtement, si on en met 5 ou 6, c’est pareil. C’est ça qui plaît aux gens. On est solide, dur à bouger. On a une attaque de folie. Cela veut dire que l’on est dans le vrai et que ce qu’on met en place fonctionne. »

Sera-ce suffisant pour franchir l’obstacle Valenciennes et s’offrir un ticket pour les 1/4 de finale ? Ce qui est sûr, c’est que le stade Pierre-Rajon, à Bourgoin-Jallieu, antre du rugby et de l’équipe du FCBJ en National 2, fera le plein : 6000 personnes sont attendues. « Les gens qui ont vu notre match contre Romorantin, que cela soit au stade ou devant leur télé, se sont dit « Waouh ! » Il y avait de l’envie, de la débauche d’énergie, et ils ont envie de nous voir jouer et, surtout, de nous soutenir ».

6000 personnes attendues face à Valenciennes

Photo Julien Bouard / ASSP

Face à lanterne rouge de la Ligue 2, le coach le sait : il ne pourra pas récompenser tout le monde. « On a quasiment l’effectif au complet, c’est un casse-tête, surtout quand je vois les joueurs répondre présent comme ils le font, les titulaires comme les remplaçants, qui envoient les bons signaux. Il faudra faire aussi des choix en fonction de l’adversaire, des profils, mais ça ne changera pas les idées de jeu. En fait, c’est la gestion des joueurs qu’il faut gérer. Notamment ceux qui ne jouent pas ou moins. Pour préparer ce match, j’ai aussi pu compter sur deux jeunes qui s’occupent de la vidéo. Au tour précédent, on avait réussi à récupérer 7 ou 8 matchs de Romorantin. Là, avec Valenciennes, c’est plus facile, les matchs sont télévisés ! »

Photo Julien Bouard / ASSP
Photo Julien Bouard / ASSP

Et en championnat, comme ça se passe ? A priori pas trop mal. Une semaine après sa qualification historique pour les 8es de finale – l’ASSP n’avait jamais fait mieux qu’un 16e de finale, perdu en 2002 face à Nancy (L2) -, les Sang et or se sont imposés 2 à 0 à Hauts-Lyonnais, avant de concéder un nul à domicile dans les tout derniers instants du match, contre Limonest, vendredi dernier (2-2). Au classement, les Rhodaniens sont plus que dans le coup pour une remontée en National 2, mais ils ne sont pas seuls : Lyon-Duchère, lui aussi relégué de N2, est en tête avec 3 points d’avance (mais un match de plus).

Dans le coup en championnat

Photo Julien Bouard / ASSP

« En championnat, on a déjà réalisé ce type de performances comme face à Romorantin même si, pour moi, ce 16e de finale est vraiment un match référence, abouti, en termes de contenu, de concentration, de rigueur défensive… En National 3, on arrive a rééditer ce genre de perfs mais on est peut-être moins rigoureux. A Hauts-Lyonnais, juste après le match de Romorantin, ça a été difficile, on aurait pu se faire cueillir à froid, on a manqué de concentration même si on a gagné (2-0). On ne peut pas reproduire tout le temps ce genre de performance. En coupe, il y a ce truc en plus, il y a du monde, ça décuple tout, la motivation, la concentration. »

Photo Julien Bouard / ASSP

Déjà dans les annales, cette saison s’achèverait en apothéose si le club allait encore plus haut. Ne pas remonter en N2 serait-il une déception ? « En début de saison, j’avais dit au président « On va y aller mollo », parce qu’avec 18 départs et 17 arrivées, il y avait un groupe à reconstruire en totalité. D’abord, il s’agissait de se situer et ensuite de voir où en était après 7 ou 8 journées, et on s’est rendu compte de la qualité de notre équipe, on a pris des points. Mon discours a été de tempérer les choses au début, de rester discret, humble dans le travail. Maintenant, c’est sûr, il faut continuer de jouer les premiers rôles. Là, on est à la lutte avec Lyon – La Duchère (seule équipe à avoir battu l’ASSP cette saison). On a peut-être une carte à jouer, mais il y a Chambéry aussi qui nous talonne, et d’autres encore. Pour moi, le championnat va se jouer ce mois-ci et le mois prochain. Déjà, on a un programme chargé qui arrive avec Valenciennes, un match en retard à Espaly, on va à l’OL puis on reçoit La Duchère. C’est très costaud. »

Le BEPF, son Graal

Photo Julien Bouard / ASSP

Michaël Napoletano ne cache rien de ses ambitions. Collectives tout d’abord, avec une saison extraordinaire à terminer. Individuelles ensuite. Viser plus haut est un objectif. Et il sait que la coupe de France révèle souvent de nouveaux coachs : « Cette saison est seulement ma première véritable expérience. Je gère tout, le recrutement, le management, les séances (il n’a pas d’adjoint). Aller chercher le monde pro est un objectif. Evidemment, n°1, c’est complètement utopique quand on voit tous les coachs expérimentés qui n’ont pas de clubs, mais ça peut être dans un staff. On voit depuis quelques années qu’il y a une évolution, avec de plus en plus d’entraîneurs jeunes qui arrivent et à qui on commence à faire confiance. Pouvoir accéder un jour au BEPF, ce serait le Graal, et ça me permettait d’avoir toutes les cartes en poche pour intégrer un staff pro ou entraîner en National. C’est mon ambition, je ne le cache pas, j’adore manager, même si je suis totalement capable d’être n°2, d’ailleurs, c’est un peu ce qui était prévu ici avec Lionel Bah, mais… Je ne sais pas, il n’a pas voulu, il a peut-être eu peur que je lui prenne sa place, que je lui savonne la planche, mais je ne suis pas du tout comme ça : je ne vais pas faire à quelqu’un ce que je n’aimerais pas que l’on me fasse. Quand j’avais la R2, on échangeait, mais c’était difficile, ça se passait bien au début, moins bien sur la fin, il jouait le maintien, il avait cette pression que moi je n’ai pas, car j’ai mon métier à côté. Lui, c’est son métier à temps plein. Il vient du milieu pro, je pense que je pouvais lui apporter quelques paramètres du monde amateur, c’est dommage, parce que c’est un super entraîneur. »

Le président du club entouré de l’ancien joueur emblématique du club, Laurent Scheiwe, aujourd’hui adjoint aux sports, et du maire Gilles Gascon. Photo 13HF

Quand GOAL FC, promu en National cette saison, a joué au stade Jacques-Joly en début de saison, Michaël est allé voir ce qui se faisait à cet échelon : « Cela m’a permis de prendre des idées. J’ai vu par exemple le match GOAL – Red Star (3-1). Le Red Star dominait mais GOAL a marqué trois fois sur coups de pied arrêtés, donc après j’ai insisté sur cet aspect-là. »

D’autres entraîneurs l’ont-ils marqué ? A-t-il des modèles ? La réponse n’a rien d’originale : « Mes deux modèles sont Ancelotti, pour le management, la proximité, et Klopp, pour les idées de jeu. Je m’inspire d’eux. Je sais que je suis le capitaine du bateau mais les joueurs peuvent s’autogérer : contre Romorantin, mes deux milieux m’ont dit « On est en danger là, on inverse », du coup, on est passé d’un 6 et deux 10 à deux 6 et un 10. Ils ont pris cette responsabilité là. Ils sont capables d’analyser, et c’est ça que j’adore, cette relation avec eux, tout en ayant la main ferme quand il faut. Une main de fer dans un gant de velours ! »

8e de finale de la coupe de France – mercredi 7 février 2024 : AS Saint-Priest (N3) – Valenciennes FC (L2), à 20h30, au stade Pierre-Rajon, à Bourgoin-Jallieu. En direct sur BeIN Sports 7 max

Texte : Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr – Twitter @BOYERANTHONY06

Photos : AS Saint-Priest / Julien Bouard

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Après une coupure d’un an, mise à profit pour retravailler dans la vie active, l’ancien attaquant professionnel des années 80-90 a repris du service sur un banc, à Septèmes-Consolat, en PHA, un niveau qu’il avait découvert à 17 ans avant d’exploser à Istres chez les amateurs. Et il reprend du plaisir !

Avec l’AS Cannes. Photo Serge Haouzi.

« Pri – You », « Pri – You »… Le stade Pierre de Coubertin à Cannes – la Bocca résonne encore des chants et des cris de ses supporters. C’était quand Franck Priou tutoyait les sommets avec le club azuréen, 6e à l’issue de la saison 1993-1994 en première division. C’était quand le tandem Priou-Madar martyrisait les défenses de l’élite hexagonale (18 buts en 32 matchs pour le premier, 10 buts en 27 matchs pour le second), un an après avoir déjà martyrisé celles de Division 2 (21 buts en 32 matchs pour Priou et 17 buts en 27 matchs pour Madar lors de la saison 1992-1993, achevée par un retour en élite après les barrages). C’était un autre temps. Une autre époque.

Quand le natif de Marignane, à côté de Marseille, a débarqué sur La Croisette, il avait déjà 28 ans ans, un CV long comme le bras, une ribambelle de buts à son actif et toujours son sacré… caractère ! Il était, en quelque sorte, à l’apogée de sa carrière qui l’avait vu démarrer chez les amateurs en même temps que son club, Istres, en D4, à l’âge de 20 ans, puis en D3 et enfin en D2, sous l’ère Georges Korac.

Istres, le club tremplin

A Istres.

Des carrières à la Priou, il n’en existe pas beaucoup ! A 16 ans, quand il arrête l’école, il travaille chez Point P à Port-de-Bouc. A 17 ans, il joue en PHA à Gignac, puis à Marignane en DH avant de partir à l’armée à Auxerre à 19 ans. Et quand il revient, à 20 ans, c’est Istres, club avec lequel les attaches sont et resteront très fortes, qui lui sert de tremplin. C’était le temps des copains et de l’insouciance pour celui qui avait démarré chez les minots dans le club voisin, au FC Martigues, toujours sur les bords de l’étange de Berre, à 13 ans, en minimes, là où il habite depuis près de 30 ans maintenant.

Aujourd’hui, à 60 ans, après avoir beaucoup bourlingué, que cela soit comme joueur en D2 et en D1 (Istres puis Lyon, Mulhouse, Sochaux, Cannes, Saint-Etienne, Caen, Martigues), même en National en fin de carrière à Istres (1999-2000), et comme entraîneur (réserve d’Istres, Consolat, Gap, Martigues, Fréjus/St-Raphaël, Marignane, re-Martigues, Mulhouse, Istres, Endoume et Atlético Marseille), « Francky » a posé ses valises à Septèmes-Consolat, pas très loin du stade de La Martine, où feu Marseille-Consolat vécut ses belles heures en National, après un break loin des bancs de touche.

L’équipe de PHA de Septèmes/Consolat, cette saison. Photo Septèmes-Consolat.

Et s’il n’avait pas recroisé la route de Jean-Luc Mingallon, emblématique président de Marseille-Consolat, aujourd’hui président de Berre (Régional 2), et celle de Salah Nasri, président du nouveau « FC Septèmes-Consolat », peut-être qu’il serait toujours en train de travailler au Décathlon de Bouc-Bel-Air et de préparer les commandes, comme il le faisait l’an passé… « J’ai travaillé trois mois à Décathlon, oui, et ça ne me dérange pas, j’avais déjà travaillé à DistriMag, filiale de Maisons du monde, pendant un an et demi, et quand j’avais 16 ans aussi, à Point P, à Port-de-Bouc… Tu sais, j’ai toujours su, même quand j’étais joueur, que j’allais retravailler après le foot, pour cotiser pour la retraite. C’est bien de sortir du foot, de se vider la tête, et puis on voit des gens de la vie de tous les jours. Même si le football me rattrape toujours, avoir travaillé avec des gens de plein de nationalités différentes, j’aime ça, ce mélange, c’est enrichissant. »

2e du championnat

Quand il faisait la Une de France Football, avec Mulhouse !

La rencontre avec l’ancien tandem fort de Marseille-Consolat fut finalement la raison de ce retour sur un banc, un an après la liquidation de l’Atlético Marseille, dans un club de Départemental 1, l’équivalent de la PHA. « Après l’histoire de l’Atlético, je suis resté un an loin du foot, j’ai bossé, et puis près avoir discuté avec Jean-Luc et Salah, j’ai accepté, même si certaines personnes m’ont dit « Mais pourquoi tu vas à un niveau si bas ? », alors que moi, ça ne me dérange pas du tout, pour une bonne raison : je viens moi aussi de ce niveau-là ! Le foot amateur, on s’y fait, et je suis agréablement surpris par le championnat. Je m’attendais à des matchs très engagés, des bagarres, mais pas du tout, je touche du bois, ça se passe très bien sur les terrains, les joueurs se connaissent entre eux et puis le District de Provence veille et ne plaisante pas : un écart et c’est vite 8 ou 10 matchs de suspension ! En fait, c’est difficile au niveau de l’arbitrage, mais en même temps, quand je vois en Ligue 1 que, même avec le Var, on n’y arrive pas… Après, à Aix, au même niveau que nous, il y a Sébastien Perez et Didier Samoun (ex-champion d’Europe et du monde de beach soccer) aussi, ils sont là pour prendre du plaisir, comme moi. Finalement, peu importe le niveau. En fait, le seul truc que l’on peut reprocher à cette division, c’est l’assiduité aux entraînements. Les joueurs travaillent, alors, s’ils viennent, ils viennent, s’ils ne viennent pas, ils ne viennent pas. Qu’est-ce que tu veux leur dire ? »

Le duo Mingallon-Nasri. Photo Septèmes-Consolat.

Afin d’utiliser le stade de La Martine, le FC Septèmes, qui reste basé au complexe du Grand Pavois, a adossé « Consolat » à son nom, alors, forcément, cela réveille quelques consciences et suscite de la curiosité. « On parle quand même plus de Septèmes que de Consolat mais en montant les échelons, j’espère qu’on entendra parler aussi de Consolat compte tenu de ce que ce club a fait ces dernières années. D’ailleurs, Jean-Luc Mingallon garde un oeil sur Septèmes-Consolat même si c’est Salah Nasri, l’oncle de Samir, qui est là au quotidien. On joue en championnat et on s’entraîne à La Martine. Pour l’instant, en championnat, ça se passe bien. On est 2e derrière La Cayolle, avec 5 points d’avance sur le 3e, Rousset B. Ce sont les deux premiers qui montent. On a fait, récemment, un faux pas à domicile, contre Saint-Antoine, c’est dommage. Mais on veut remettre le club à un niveau acceptable. Parce que tout ce qui a été fait avant à Consolat a été détruit par des personnes qui n’en avaient rien à faire du club et ne pensaient qu’à leur intérêt; c’est toujours plus facile de détruire que de construire. Si on arrive à faire monter les seniors en Régional 2, cela permettra aux jeunes d’intégrer l’équipe une. Pour l’instant, je n’ai pas pris de U18 avec moi parce que je trouve que ce n’est pas forcément mieux pour eux de jouer en PHA, leur championnat est intéressant. On a une bonne image, beaucoup de joueurs aimeraient nous rejoindre, on attire, même si le niveau est un peu compliqué, c’est pour ça, il faut monter ! Dans mon équipe, il y a le gardien Nicolas Zacharelli qui a joué à Marignane en N2 et National, et aussi Enzo Sauvage, notre attaquant, qui est passé par Wolverhampton chez les jeunes et qui devait partir renforcer la réserve de l’OM à l’intersaison; il a fait 15 jours d’essai avec eux et ils avaient l’air d’être satisfaits. On l’aurait laissé partir pour un contrat, on aurait été content pour lui même si c’est notre meilleur buteur mais du jour au lendemain, l’OM n’a plus donné de nouvelles… C’est l’OM dans toute sa splendeur, ce n’est pas très classe, sans compter qu’il ne nous ont pas avertis non plus. »

Franck Priou du tac au tac

« Mon idole, c’était Jean-Pierre Orts ! »

Avec l’AS Cannes. Photo Serge Haouzi.

Meilleur souvenir sportif de joueur ?
Il y en a beaucoup ! Il vaut mieux ! S’il n’y en avait qu’un seul, ce serait dramatique (rires !). La montée en D1 avec Mulhouse mais la plus belle, quand même, je pense que c’est avec Istres, quand j’étais amateur, en Division 3, on est monté en Division 2, je n’étais pas destiné à devenir joueur pro, et à 19/20 ans, je monte de D4 en D2 avec Istres, c’est le plus beau, parce que c’était inattendu. Je termine meilleur buteur de D4 puis de D3 (22 buts), et je fais une saison honorable en D2 avec Istres (30 matchs, 14 buts), où on était amateur, mais c’est ce qui me permet de lancer ma carrière. Mes plus belles années, c’étaient celles-là, parce que je découvrais tout. Je découvrais la vie. Je sortais de l’armée à Auxerre à 19 ans, je n’avais jamais rien fait, j’avais quitté l’école à 16 ans, je travaillais à Point P. J’avais été sollicité mais le fait de monter avec Istres en D2 ça me donnait l’occasion de savoir ce dont j’étais capable. Il fallait que je me prouve à moi-même d’abord, il fallait que je sache si, déjà, je pouvais jouer en D2 avec mon club, avant d’espérer viser mieux. C’est ce que je reproche au football d’aujourd’hui : un jeune, on le met sur un piédestal alors qu’il n’a pas prouvé grand-chose, pour certains, qui n’ont jamais fait un match en pro.

Meilleur souvenir de coach ?
La montée en National avec Gap en 2010. Mais partout où je suis passé, j’ai vécu de grands moments. A Gap, j’y ai passé deux ans, le club était au bord du gouffre, et on fait une saison, la première, où on se maintient en CFA (N2) avec très peu de moyens, et la saison suivante, c’est tout le contraire, sans avoir beaucoup plus de moyens, mais on fait un super recrutement.

Avec l’AS Cannes. Photo Serge Haouzi.

Pourquoi n’es-tu pas resté à Gap après la montée en 2010 ?
Parce que je pense qu’ on a fait le tour de la question, on monte en National, et compte tenu de la région et des structures, je pense que l’on ne peut pas faire mieux, et j ai cette proposition de Martigues qui arrive… Cela faisait deux ans que je faisais des allers retours pour rejoindre ma famille à Martigues, où j’habite depuis 1997, et puis Martigues avait ce projet de remonter en Ligue 2, c’était logique que j’aille là-bas, pour essayer de faire quelque chose de plus grand, mais je serais resté à Gap s’il n’y avait pas eu cette proposition. Aujourd’hui Gap est en PHA, c’est dramatique, et il y a beaucoup de clubs comme ça qui ont disparu.

Le club où tu as pris le plus de plaisir comme joueur ?
Cannes. On avait un groupe et entraîneur fantastiques, sauf ma première année (1991-1992), quand il y a eu les stars, les Asanovic, Omam-Biyik et les autres, c’était du grand n’importe quoi ! Ils étaient grassement payés, et ils n’en foutaient pas une. Le vestiaire était scindé en deux. On est descendu en D2 mais c’était prévisible. Mais après, avec Luis (Fernandez), quand il a repris l’équipe, en D2… Avec lui, on partait se mettre au vert à Saint-Vallier (sur les hauteurs de Grasse), c’était fantastique, on était heureux d’être ensemble, on a passé des moments mémorables, et si on est remonté en D1 aux barrages en fin de saison, et que l’on a fait la saison que l’on a faite après (6e en 1993-1994), ce n’est pas pour rien ! Luis (Fernandez) pouvait nous faire grimper aux arbres. On était un un groupe.

Aucun regret de ne jamais avoir entraîné l’AS Cannes ?
Pas forcément… Oui et non… Je vois par où le club est passé… Aujourd’hui il a l’air mieux structuré même si je pense qu’il ne montera pas en National, parce que je connais bien le N2, et je pense que cette équipe n’est pas prête pour ce niveau, je la trouve tendre, comparé à des équipes comme Aubagne par exemple, où c’est physique, où « ça rentre ». Quand j’entraînais en N3, à l’Atlético, il y a 2 ans, je la trouvais déjà tendre. En revanche, je trouve que l’AS Cannes a plus une équipe cette saison pour figurer au niveau au-dessus qu’en N2. Après, honnêtement, oui, j’aurais aimé, et c’est vrai qu’avec mon épouse, on s’est toujours dit que si on devait habiter quelque part, ailleurs, ce serait Cannes, où on s’est marié, ou dans les alentours de Cannes. Quand je jouais à l’AS Cannes, on habitait à La Roquette-sur-Siagne. Et c’est à Cannes que mes deux premières filles sont nées : Samantha et Tiffany. Samantha joue en D1 au handball à Plan-de-Cuques, Tiffany travaille dans un journal régional comme commerciale. Ma troisième fille, Jade, est née à Martigues, et travaille dans un club de tennis. Et depuis 7 mois, je suis grand-père d’une petite Raphaëlle ! Je suis devenu gaga !

Avec l’AS Cannes. Photo Serge Haouzi.

Sur ton CV, on voit que tu as parfois entraîné dans des clubs où tu avais joué auparavant, comme Mulhouse…
Mulhouse, c’était un souhait de ma part et aussi du président de l’époque, Alain Dreyfus, mais ça ne s’est pas du tout passé comme prévu. C’est à Mulhouse que j’ai connu mon épouse, Isabelle. C’est aussi à Mulhouse que j’ai découvert la Division 1, mais quand je suis arrivé comme entraîneur, le club était en difficultés et le président a été obligé de le vendre en décembre. Et quand l’Américain (Gary Allen) a racheté le club, il a mis son équipe en place, et c’est tout naturellement que je suis parti. On a vu ce qu’ils ont fait derrière… Humainement, cela a tout de même été une bonne expérience. J’ai retrouvé des personnes que j’avais perdu de vue, malheureusement, sportivement non, cela n’a pas été une réussite.

La saison où tu as pris le moins de plaisir comme joueur ?
A Sochaux.

La saison où tu as pris le moins de plaisir comme entraîneur ?
L’année de Consolat (en 2021-22), en N3. Non pas que je ne me sentais pas bien, mais parce que le club a déposé le bilan en cours de saison. Le seul truc qui nous a tenus, c’est la Coupe de Provence, que l’on a remportée. C’est une fierté, parce que… Allez entraîner des joueurs qui ne sont plus payés depuis 6 mois, vous … ! Ils ont joué le jeu jusqu’au bout. Cette coupe de Provence, c’est tout ce qu’il reste aujourd’hui de ce club. En championnat, on jouait sans vraiment jouer, plutôt pour ne pas se blesser. On attendait que ça se passe mais on ne voulait pas être forfait général, par respect pour les autres équipes, comme l’AS Furiani, le club corse, qui était premier, et qui est monté en N2.

Avec l’AS Cannes. Photo Serge Haouzi.

Une erreur de casting dans ta carrière de joueur ?
Je n’ai pas de regret. Partout où je suis passé, ça m’a endurci et fait apprendre certaines choses. Quand je suis parti d’Istres pour passer pro à Lyon, en D2, on m’a dit « Mais pourquoi tu vas à Lyon ? », parce que là-bas, la première saison, j’étais remplaçant pendant un an, mais en fait, j’avais besoin de ça, j’avais besoin d’apprendre. Je venais du monde amateur à Istres, et pour moi, Lyon, je n’en ai tiré que des bonnes choses puisque ça m’a permis de faire une super saison après à Mulhouse. Je ne peux pas avoir de regrets. Ma carrière, ce n’est que du bonheur, même si cela n’a pas toujours été simple dans certains clubs, mais c’est comme ça, ça fait partie de la vie d’un joueur de foot.

Une erreur de casting comme entraîneur ?
Quand j’étais entraîneur de Marignane (en CFA, en 2013-2014), je n’aurais pas dû partir en fin de saison. J’étais arrivé mi-décembre pour jouer les pompiers, on s’était sauvé, mais ensuite, je suis retourné à Martigues où le président de l’époque (Vincent Caserta) ne me voulait absolument pas mais comme c’est le maire (Gaby Charroux) qui me l’a demandé… Il y a eu une forte pression pour que j’y retourne mais franchement… J’avais vécu de grands moments à Marignane.

Tu vas voir des matchs encore à Martigues en National ?
Jamais ! Je ne supporte plus ce club. Attention, je n’ai absolument rien contre Greg (Poirier, le coach de l’équipe de national), je parle du club, où des gens n’ont pas été honnêtes et se sont servis de moi … J’y suis quand même allé en coupe de France en décembre parce que j’avais des amis dans l’équipe d’en face, Alès. Sinon, non. Et puis j’ai un peu coupé aussi avec le foot pro. Déjà, je joue le dimanche, et le samedi, aller voir des matchs amateurs… non merci.

Un modèle d’attaquant ?
Quand je suis allé à Lyon, il y avait Jean-Pierre Orts : c’est lui mon idole. C’est une personne que j’aime beaucoup. On est toujours en contact. Il a effectué la majeure partie de sa carrière en Division 2 mais il aurait largement eu sa place en D1 car c’était un buteur hors pair et un personnage hors pair aussi.

Qui de vous deux a le plus marqué en D2 ?
C’est lui ! Moi, je sais que j’ai marqué 106 ou 107 buts en D2… (Jean-Pierre Orts a inscrit 182 buts en D2, c’est le recordman, et Franck Priou a inscrit 105 buts en D2).

Des modèles de coach ?
Je me suis inspiré des coachs que j’ai eus, j’ai pris un peu de tout le monde. De Luis (Fernandez), la convivialité, la grinta, l’envie, la façon de fédérer un groupe pour des missions de sauvetage; de Silvester Takac, lui, c’était la méthode allemande, avec beaucoup de discipline, de physique, j’ai pris aussi de Didier Notheaux, de Pierre Mankowski, de Robert Nouzaret, après, je n’invente rien, je refais ce que l’on m’a fait faire. Entraîner, ce n’est pas compliqué, ce qu’il faut, c’est fédérer, faire en sorte que les joueurs bataillent ensemble, qu’ils s’entendent bien sur le terrain pour faire les efforts ensemble, et ça, ça me procure des émotions, ça fait plaisir à voir.

Avec l’AS Cannes. Photo Serge Haouzi.

Ton club de coeur ?
Saint-Etienne ! J’avais 13 ans quand j’ai découvert les Verts à la télé ! Alors quand j’ai signé là-bas (en janvier 1995), j’ai réalisé mon rêve. Je me souviens m’être retrouvé dans les salons du club après un match avec les Curkovic, Piazza, Lopez, les frères Revelli, Sarramagna, et ils venaient me saluer en me disant « Monsieur Priou »… Mais de quoi « Monsieur Priou » ? « C’est vous, le Monsieur » ! Christian Lopez, c’était une idole pour moi. Il est adorable. Et de le voir, là… Malheureusement, je suis allé à Saint-Etienne au moment mauvais, c’était après l’histoire de la caisse noire, le club a dû dégraisser, et je suis parti en fin de saison.

Le joueur avec lequel tu avais le meilleur feeling sur le terrain ?
Je l’ai toujours dit, c’est Mickaël Madar, un garçon capable de marquer et de faire marquer, ce qui n’est pas mon cas, j’étais plus un buteur. Il avait une technique et un jeu de tête incroyables. On était complices sur et en dehors du terrain.

Le joueur le plus fort avec lequel tu as joué ?
Zidane.

Le défenseur que tu n’aimais pas affronter ?
C’est peut-être surprenant mais c’est Olivier Dall’Oglio ! Quand j’étais à Lyon, je l’ai affronté pour la première fois quand il jouait à Alès, il était latéral droit et moi je jouais côté gauche. J’avais des difficultés avec lui, je ne m’en sortais pas, il n’était pas grand mais vif, explosif, et ça me gênait, parce que moi, je préférais affronter les Prunier, Boli, parce que je savais qu’avec eux, on allait à la « guerre », ça « rentrait », c’était un rapport de force, et ça me plaisait, parce que je partais du principe que, pour me faire respecter, il fallait que je sois le premier à « rentrer dedans ». Dall’Oglio, lui, il me cassait les c… !

Le coach marquant ?
Luis (Fernandez).

Un coach que tu as perdu de vue et que tu aimerais bien revoir ?
J’ai revu Robert Nouzaret et je l’ai de temps en temps au téléphone, il a lancé ma carrière; Luis, je l’ai de temps en temps… Il n’y a que Takac dont je n’ai pas de nouvelles, c’est une bonne personne, un bon entraîneur, même si je ne garde pas un bon souvenir de mon passage à Sochaux. Mais ça faisait partie de mon apprentissage.

Le coach que tu n’as pas envie de revoir ?
Patrick Parizon. Je l’ai eu à Martigues.

Un président marquant ?
A Mulhouse, André Goerig, qui était proche de ses joueurs, et Francis Borelli à Cannes, un personnage hors du commun. Dans l’ensemble, je n’ai eu que des bons rapports avec les présidents, sauf à Martigues, quand j’étais entraîneur, où le président m’a dit, alors qu’on est monté en National (en 2011), « Si tu n’es pas content, tu pars », et c’est pour ça que je suis parti à Fréjus en National.

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Micoud, Fernandez, Orts, Madar… Zidane ? Non, je n’ai pas son téléphone, mais je l’ai croisé à l’Atlético Marseille parce que, il y a deux ans, j’ai eu son neveu dans mon équipe, c’est un très bon joueur, et il venait de temps en temps au stade de La Martine. On s’est revu avec plaisir, on a vécu de bons moments à Cannes : à l’époque, on voyait qu’il était au dessus de tout le monde et il a cette humilité qui le caractérise bien, il est discret, il est resté le même.

Le joueur le plus fort que tu as entraîné ?
A l’échelle du National et du National 2, je dirais Driss Bouyarmani, un milieu de terrain que j’ai eu à Gap puis à Fréjus, il me fascinait, et aussi le défenseur Nordine Assami, un joueur formé à Strasbourg, mon poulain, qui m’a suivi partout ! Aujourd’hui, « Nono » est coach à Rousset en National 3.

Tu es un entraîneur plutôt…
Exigeant ! Mais je suis devenu plus cool parce qu’avec les nouvelles générations, il faut composer. Je suis cool mais exigeant, tu es obligé de l’être si tu veux des résultats.

Tu étais un joueur plutôt…
J’étais « casse-c… » sur le terrain avec mes partenaires et avec mes adversaires, parce que je voulais gagner. Comme disait souvent Luis (Fernandez), que j’estime beaucoup, je mettais la tête là où certains ne mettaient pas le pied ! Luis, c’est simple, on avait envie de se battre pour lui, et ça, ça n’existe plus aujourd’hui, car le foot est devenu égoïste. Un joueur qui va se mettre minable pour un entraîneur, ça ne se voit plus.

Ta philosophie de jeu ?
A Septèmes-Consolat, on joue en 3-5-2, avec deux latéraux qui vont assez vite, qui prennent les couloirs, deux attaquants, et deux relayeurs capables d’aller de l’avant.

Ton plus beau but ? Cannes-Nantes, un ciseau retourné (saison 1903-1994).

Le but en vidéo :

Le match de légende du foot français ?
Beaucoup disent que c’est le France-Brésil de 1986, d’ailleurs Luis (Fernandez) en parlait souvent, depuis il y a eu aussi la finale de la France en 1998 (3-0 contre le Brésil), mais moi, j’ai vraiment un match qui me vient en mémoire, c’est le Marseille – Milan de 1991, en demi-finale de la Ligue des Champions, deux ans avant la finale face au même Milan AC.

Le joueur de foot de légende ?
Chacun sa génération, mais pour moi, Maradona, c’était peut-être le plus fort, parce qu’en plus, il prenait beaucoup de coups, alors qu’aujourd’hui, les joueurs sont beaucoup plus protégés. Sur un terrain, il était phénoménal. J’ai beaucoup aimé le documentaire d’Emir Kusturika, ça m’a donné des frissons.

Avec l’AS Cannes. Photo Serge Haouzi.

Pourquoi n’as tu jamais entraîné plus haut qu’en National ?
Déjà, je n’ai pas passé les diplômes pour. Et aujourd’hui, le BEF ne suffit plus même en National, il faut le BEPF, et je n’ai jamais eu l’occasion de le passer, même si à un moment donné, quand j’étais à Fréjus, en National, il était question que je le passe si le club accédait en L2, mais vu que je ne suis resté là-bas que quelques mois… Et puis il aurait fallu que j’anticipe les choses car à 36 ans, à la fin de ma carrière de joueur, à Istres, en National, je suis devenu directeur sportif du club et je le suis resté pendant 10 ans, avec deux montées jusqu’en Ligue 1. J’aurais dû enchaîner après mon BEF pour me présenter au BEPF. Et après ça, à 44 ans, quand je pars entraîner en National 3 à Consolat (en 2007), il aurait fallu que je paye mon diplôme 30 ou 40 000 euros, mais si je paye pour m’entendre dire à la fin que je ne l’ai pas, je crois que je pète un plomb (rires), alors, ça ne s’est pas présenté, et après, c’était trop tard. Je suis resté dans le foot amateur, je savais que je pouvais entraîner jusqu’en National.

Avec l’AS Cannes. Photo Serge Haouzi.

Compte tenu de ton expérience, tu n’aurais pas aimé apporter quelque chose au monde pro ?
Je ne sais pas parce que quand j’étais joueur, je disais toujours « Je ne serai jamais entraîneur » ! Gérer 25 mecs, je crois que je péterais les plombs avec certains, j’aurais vrillé, je n’aurais pas été patient. Je n’étais pas parti pour faire entraîneur, c’est juste que j’ai eu un opportunité à 44 ans de le faire, à Consolat. Mais entraîneur, je ne l’ai pas préparé. Et en pro, je ne sais pas si j’en aurais été capable. Quelque part, c’était logique que je reste en amateur. J’ai commencé avec la réserve d’Istres pendant un an, et à Consolat, j’ai gagné du temps : quand je suis arrivé là-bas, il n’y avait que des caractériels dans le vestiaire mais les joueurs étaient intelligents et me respectaient, et on s’est sauvé. C’était la meilleure école possible pour moi. Il y avait déjà Jean-Luc Mingallon, le président emblématique de Marseille-Consolat.

Le milieu du foot ?
Ah… J’ai 60 ans aujourd’hui… Je ne m’y retrouve plus. Le foot a perdu ses valeurs mais je ne veux pas cracher dans la soupe car j’ai bien gagné ma vie sauf qu’aujourd’hui, c’est devenu indécent; je ne comprends pas pourquoi les clubs dépensent des milliards… L’argent tue le foot et le sport en général. Il n’y a plus de bénévoles non plus. Ils veulent tous quelque chose. Pour gagner ce que je j’ai gagné, il a fallu que je prouve pendant 5 ou 6 ans en pro avant pour mériter. Aujourd’hui, un club donne d’abord de l’argent à un jeune joueur avant que celui-ci n’ait prouvé quoi que ce soit, des salaires à 20 ou 30 000 euros par mois, où est-ce que tu as déjà vu ça ? Autre chose, il n’y a plus de respect non plus.

Texte : Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr – Twitter @BOYERANTHONY06

Photos : Serge Haouzi et Septèmes-Consolat

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Voir aussi un interview-vidéo avec Costa Bordino

Le club du Loir-et-Cher, rare exemple de stabilité et de longévité en N2, comble son manque de moyens par une politique re recrutement qui vise à relancer des joueurs. Ceux-ci sauront apprécier la sérénité, la tranquillité, la solidité et la fidélité qui le caractérisent.

C’était une occasion rêvée. Celle d’être mis en lumière. Mais le « SOR » – pour Sologne Olympique Romorantin – l’a manquée. Et dans les grandes largeurs. Balayés 4-1 dimanche soir sur la pelouse de Saint-Priest en 16e de finale de la coupe de France, à un stade de la compétition que le club du Loir-et-Cher atteignait pour la cinquième fois après 2005, 2007, 2009 et 2021, les joueurs de Michaël Villatte sont passés au travers.

Le mérite en revient bien sûr à Saint-Priest, virtuel leader de sa poule en National 3 et porté par un stade Jacques-Joly en feu (3000 spectateurs). Il faut aussi reconnaître que le SOR a bien facilité la tâche des Rhodaniens, qui affronteront Valenciennes (L2) à Bourgoin-Jallieu le 7 février en 8e.

C’est une occasion ratée et c’est d’autant plus rageant que cela aurait mis un sacré coup de projecteurs sur ce club discret, peu médiatisé, qui ne manque pas de particularités.

Longévité et stabilité

Au stade Jules-Ladoumègue, en 32e de finale de la coupe de France.

D’abord, il y a cette longévité et cette stabilité : engagé en National 2 pour la 16e saison de suite, le SOR détiendrait le record du nombre d’années d’affilée s’il n’y avait pas Jura Sud et ses 21 saisons consécutives au même niveau ! Compte tenu du football actuel, et pour plein d’autres raisons, cette régularité est un exploit. « 16 saisons de suite en N2, c’est quelque chose sur lequel on s’appuie dans notre recrutement, explique Michaël Villatte, sur le banc depuis mars 2022 et l’éviction de Yann Lachuer; quand des joueurs arrivent au club, ils savent qu’ici, l’air de rien, il y a une histoire et il faut qu’ils s’inscrivent dans cette histoire. Parce que souvent, les nouveaux joueurs connaissent juste l’équipe première de Romorantin, mais pas le club. Cette pérennité à ce niveau, ce n’est pas anodin, ça en impose quand même ! Et cela veut dire aussi que la gestion financière est bonne. Il n’y a pas de mise en péril. On ne fait pas de folie. Et on arrive à trouver les bons choix, pas forcément les premiers choix, en faisant des paris sur des recrutements de joueurs ». Et ça marche. « Après, on en revient aux moyens financiers… J’ai un effectif de 24 joueurs dont 3 gardiens et 3 jeunes du club qui sont là en complément, Kemal Sarigöl, Matéo Dos Santos et Bastien Popineau. »

Michaël Villatte, le coach de l’équipe de N2.

L’autre exploit, c’est d’avoir côtoyé le National, six saisons durant, de 2002 à 2008, et d’avoir aussi rêvé un temps à la Ligue 2, lorsqu’à l’issue de la saison 2003-2004, « Romo » avait fini 4e, à 3 points seulement de Dijon. C’est d’ailleurs Dijon qui avait privé de Ligue 2 l’équipe solognote, alors coachée par Vincent Dufour, à deux journées de la fin du championnat en s’imposant 3-1 à Gaston-Gérard, pour ce qui constituait alors une petite finale d’accession. Le DFCO, briseur de rêve, avait été promu à l’issue de ce match, en compagnie de Brest et Reims.

C’était il y a 20 ans, à l’époque où les « Vert et blanc » jouaient dans la cour des grands ! C’était le temps où, avec 1 million d’euros de budget ou à peine plus, l’on pouvait exister en National, voire jouer les trublions. Pas sûr que cela se reproduise de sitôt en Sologne. Encore que…

L’on touche là une autre particularité du club : l’ambition. À Romorantin, elle est mesurée pour ne pas dire limitée. L’on ne se fixe pas d’objectifs démesurés mais l’on ne se met aucune barrière non plus. Ici, on fait avec avec les moyens du bord, qui ne sont pas extensibles sur le plan financier (850 000 euros de budget), sans perdre de vue l’objectif : le maintien en National 2. Ce qui, avec la refonte fédérale des compétitions nationales (2022-24), s’apparenterait presque à une accession dans ce nouveau championnat la saison prochaine, avec les meilleures équipes de la division, donc, et les 6 clubs de National relégués, auxquels s’ajoutent déjà les 6 de la saison précédente. « On peut dire ça, acquiesce Villatte; ce serait une mini-accession ! Surtout qu’avec la refonte, 20 équipes de national 2 vont descendre, et même 40 en deux ans ! Le championnat va passer un cap en termes de niveau je pense. »

« Un club de copains »

Les deux coprésidents, Jean-Philippe Perraguin (à gauche) et Michel Cheminot.

Ce qui frappe également à Romo, c’est… l’organigramme ! Ici, les gens sont là depuis longtemps, voire depuis très longtemps pour certains comme les deux co-présidents, Jean-Philippe Perraguin et Michel Cheminot, presque 110 ans de club à deux ! Et c’est valable aussi pour le staff. En janvier 2003, le coach est arrivé comme joueur (milieu de terrain puis défenseur central en fin de carrière) en provenance de Châteauroux, où il a été formé et où il a connu le monde pro. Hormis une coupure de 3 ans au District de Loir-et-Cher (conseiller technique), il n’a plus jamais quitté « Romo ».

Son adjoint, Rémi Souyeux (39 ans), buteur du SOR entre 2014 et 2023, est entraîneur adjoint et s’occupe aussi des 18 ans R2. Yohan Cosson (32 ans), de retour au club où il avait gardé les cages entre 2011 et 2015, entraîne les gardiens et Xavier Dudoit (48 ans), de retour dans la maison verte dans le rôle du directeur sportif, après quatre saisons d’exil, deux comme recruteur à Angers et une expérience d’un an et demi sur la banc de Poitiers, en N3, fait aussi partie des meubles.

Ancien joueur du club (entre 2003 et 2010), Xavier Dudoit (lire son interview plus bas) a également entraîné l’équipe seniors N2 de 2010 à 2019. Forcément, 16 ans de présence, cela pose un homme. Le vice-président chargé du sportif, Jean-François Doyon, a joué, entraîné et même assuré un peu le rôle de directeur sportif après le départ de Julien Converso pour Quevilly Rouen, en Ligue 2. « Je n’aime pas trop dire que l’on est un club familial, je préfère dire que l’on est un club de copains, enchaîne le coprésident Jean-Philippe Perraguin; C’est vrai que beaucoup sont là depuis longtemps, il y a aussi le vice-président exécutif, Joachim Campos, au club depuis 20 ans, qui était arrivé comme joueur au départ ! »

Fidélité, loyauté et sérénité

Rémi Souyeux (au premier plan) et Yohan Cosson, membres du staff de la N2.

C’est dire si, au SOR, on marche à la confiance, à la fidélité, à la loyauté. C’est sans doute pour cette raison que, sportivement, ça marche : sans grands moyens, le club s’en sort toujours et parvient à tirer son épingle du jeu en National 2, avec une philosophie de recrutement simple, basée sur le marché des joueurs en difficulté, à la relance, qui reviennent de blessures, ou sur des paris. C’est à dire, sans péjoration, les seconds voire les troisièmes choix. Les premiers choix, c’est pour les gros budgets ! Encore que, cette saison, le SOR a réalisé un très gros coup en enrôlant le buteur de Blois, Jordan Popineau. Le garçon qui pèse 69 buts en 123 matchs officiels avec Blois (66 buts en championnat en 120 matchs de championnat !), est venu en voisin avec son petit frère Bastien (troisième gardien). Une opportunité plus qu’autre chose puisque le joueur, pas forcément retenu par son ancien club, ne souhaitait pas quitter la région. Et comme Romorantin n’est qu’à 40 km de Blois…

Ce qui frappe aussi au Sologne Olympique Romorantin, c’est la sérénité. A la fois dans le travail et dans la vie quotidienne. Une sérénité née de l’assurance de percevoir, à la fin du mois, son salaire. Il suffit de voir le nombre de clubs en difficulté pour comprendre que ce n’est pas un luxe. Le SOR est un club « tranquille, serein, solide » pour reprendre les mots de Jean-Philippe Perraguin, « bien ancré dans le territoire ». Un club qui n’a pas eu à se crêper le chignon lorsqu’il a voulu changer de nom en 2015, pour mieux mettre en avant sa notion de « territoire » : le Stade Olympique Romorantinais est donc devenu le Sologne Olympique Romorantin. « Ce n’était pas trop difficile de trouver ce nom ni de le changer, plaisante Perraguin; D’ailleurs, on n’a rien changé, c’est resté le SOR ! »

Un club à taille humaine

Michaël Villatte avec le vice-président chargé du sportif, Jean-François Doyon.

« On est un club à taille humaine, poursuit Michaël Villatte; les dirigeants sont de très bons gestionnaires, ce qui amène de la sérénité et des objectifs qui correspondent au potentiel du club. Cela laisse une sérénité et une tranquillité dans le travail, et c’est très agréable. On a entre 350 et 400 licenciés dans une région qui n’est pas trop foot, mais depuis 30 ans, le club dure à l’échelle nationale, ce n’est pas rien. Il y a un certain savoir-faire de ce côté là. Chez les jeunes, on compose avec un bassin difficile et on a un peu de mal à être compétitif. « 

« On est un club familial et fidèle, appuie le Toulousain Rémi Souyeux, enfin retraité des pelouses après 9 saisons sous les couleurs du SOR, et 9 autres clubs avant ça, en Ligue 2 et surtout en National (Luzenac, Colmar, Paris FC, Dijon, Rodez, Martigues, Troyes, Nîmes et Alès). « Ici, les dirigeants font confiance aux hommes et les mettent dans les meilleures conditions, avec les moyens du bord. Cette stabilité, cette sérénité, c’est vraiment le gros point positif », poursuit celui qui, profitant d’un concours de circonstances, avait renfilé le short en N2 en deuxième partie de saison, l’an dernier.

Les deux coprésidents.

Des propos corroborés par Roland Vieira, l’actuel coach de Mâcon (N2), passé par Le Puy Foot et le Stade Briochin, et ancien attaquant du SOR en CFA (de 2008 à 2010, 56 matchs, 15 buts) : « C’est vraiment un top club, qui permet à des joueurs de se relancer, où les dirigeants sont bienveillants, ambitieux et dévoués. Je garde un très bon souvenir de « Romo » et j’ai beaucoup apprécié les gens que j’ai rencontrés là-bas. »

Et le co-président, il est là depuis quand déjà ? « Je suis arrivé au club en minimes ! » reprend Jean-Philippe Perraguin, ancien photographe spécialisé dans l’événementiel, aujourd’hui à la retraite. « Après moi, Jean-François Doyon, qui a joué et entraîné, est arrivé, le maire Jeanny Lorgeoux aussi … »

De toutes ces saisons passées en National 2, et de la campagne en National, Jean-Philippe Perraguin en tire lui aussi une certaine fierté : « Avec les moyens d’une ville de 18 000 habitants, rester à ce niveau aussi longtemps, c’est un challenge tous les ans, même si on a été repêché une fois (en 2022) alors qu’on devait descendre en N3 (le club avait profité de la relégation administrative de Béziers). »

Confort dans le travail

Le stade Jules-Ladoumègue.

Cette image d’un club stable et sain, il la cultive : « On essaie de gérer au mieux. On a toujours fait comme ça : on ne dépense pas l’argent que l’on n’a pas. » Ce confort dans le travail, c’est aussi un vrai atout, dixit Villatte : « On s’entraîne en journée, on a de bonnes installations au complexe Jules-Ladoumègue, où tout est centralisé au même endroit, avec trois jardiniers employés municipaux sur le site. On a le terrain d’honneur, deux terrains en herbe à 11 et un petit terrain de foot à 8. Structurellement, on est plutôt bien. Il manque peut-être un terrain en synthétique qui éviterait les arrêtés municipaux et les fermetures en raison des conditions météos, et permettrait d’avoir de meilleures conditions encore, notamment pour nos jeunes. »

Quant à savoir si retrouver un jour le National demeure possible … Là encore, le « coprez » est mesuré. Perraguin : « Notre ambition, c’est de faire le mieux possible. Bien sûr, on ne dira pas non si ça se présente un jour, mais les conditions financières ne sont plus du tout les mêmes qu’avant. Des villes comme Le Puy ou Les Herbiers, avec des tailles similaires, y sont déjà parvenues, mais leur bassin économique et industriel est plus important. Nous, on n’a pas grand chose, surtout depuis la fermeture de l’usine Matra. Néanmoins, quand on va à la DNCG, ils sont toujours surpris de voir que l’on présente un budget avec pour 25 % environ de recettes de partenariat, sur un budget de 850 000 euros. »

Revoir le National, une utopie ?

Le gardien Yoann Djidonou attaque sa 11e saison à Romo !

C’est vrai que la fermeture de l’usine Matra voilà plus de 20 ans fut un coup dur pour la ville… et le club : car si le SOR est parvenu à accéder en National en 2002, c’est aussi grâce à ce gros employeur : « On pouvait proposer des emplois aux joueurs, regrette Perraguin; un jour, un mercredi, alors que l’on avait un match en retard à disputer à Aurillac, je me souviens être allé chercher un joueur à midi à la sortie de l’usine pour aller au match et ensuite, on l’a ramené à 5h du matin car il reprenait le travail ! »

« Rejouer en National, ce n’est pas utopique, mais ce n’est pas une priorité, reprend Michaël Villatte; pour que ça arrive, il faudra que toutes les planètes soient alignés, que tous les paris que l’on a fait fonctionnent et s’avèrent payants, que les joueurs que l’on a choisi de relancer retrouvent leurs meilleur niveau, que ceux qui arrivent du niveau en dessous se soient adaptés et progressent, que les blessures soient peu nombreuses, donc ça fait beaucoup de facteurs ! Et puis on a des concurrents qui ont plus de moyens et qui affichent leurs ambitions. Cela ne veut pas dire que l’on joue petit bras, mais on joue d’abord le maintien, car on connaît nos moyens. On fait partie des petits budgets. »

Après avoir mis un terme à sa carrière de joueur, en juin 2009, Villatte entraîne les jeunes pendant deux ans avant de devenir, pendant trois ans, le conseiller technique du District de Loir-et-Cher. Il obtient son Brevet d’Etat et en profite pour passer son BEF (Brevet d’entraîneur de football), qui lui permet d’officier jusqu’en N2 : « Je suis revenu au club en 2014 comme responsable technique des jeunes et de l’équipe réserve. » Devenu l’adjoint de Yann Lachuer en équipe fanion, il est finalement intronisé sur le banc quand les résultats ne sont pas là, en mars 2022. « On m’a proposé de prendre le poste. Comme c’est mon club, j’ai accepté. Je suis dans un contexte que je connais particulièrement bien. Je grandis et j’apprends ici. »

Une certaine philosophie de jeu

Le buteur de Blois, Jordan Popineau, recrue phare de l’intersaison, a déjà marqué 10 buts en 13 matchs cette saison avec Romo !

Romo, c’est aussi un certain style de jeu, une patte : « J’ai envie d’avoir une certaine maitrise avec le ballon pour, si possible, faire courir l’adversaire et le fatiguer, pour ne pas être que dans la transition, parce que c’est plus difficile et cela nécessite d’avoir de bons défenseurs qui récupèrent le ballon dans la bonne zone. J’ai été joueur, je trouve que c’est plus sympa d’avoir le ballon et de vouloir l’utiliser à bon escient. Il y a 2 ans, on jouait en 3-5-2 mais depuis un an et demi, on a réadapté le schéma en 4-3-3 en fonction des joueurs à disposition, avec toujours cette envie d’avoir la maîtrise, de trouver des décalages, d’avoir des relations et des redoublements de passes. Cette philosophie, elle est un peu ancrée au club aussi ».

Sixième du classement à seulement 3 points du 2e, La Roche-sur-Yon, et du 3e, Saint-Pryvé Saint-Hilaire, deux équipes qui comptent… deux matchs de plus, le SOR mettra en partie à jour son calendrier samedi 17 janvier sur la pelouse du leader, Les Herbiers. Un choc qui n’est pas pour déplaire au coach, six jours après la déconvenue de Saint-Priest : « C’est bien, ça permet de passer très vite à autre chose. Et si on avait le bonheur de gagner ce match en retard, on serait 2e ! Dans ce championnat, que je trouve relevé, on voit bien que tout le monde peut battre tout le monde. Hormis peut-être Saumur et Angers, et encore, la poule est très homogène. On voit que les équipes ont envie d’imposer leur philosophie de jeu. Je discutais avec le coach de Paris 13, qui découvrait cette poule, il trouvait que beaucoup d’équipes avaient des principes de jeu, voulaient avoir le ballon. Il était un peu étonné, parce qu’il était habitué à des blocs équipes, du foot de transition, et là, ils trouvent des équipes qui veulent avoir la maîtrise, qui veulent imposer leur jeu. C’est sur que, par exemple, dans la poule sud, la notion de combativité, de duels, de bloc équipes, est plus présente; nous, dans notre poule, on a, je trouve, un peu plus de philosophie de jeu. Attention, je ne dis pas qu’ils n’en ont pas dans le sud. Et puis il y a l’état des terrains aussi, ça joue. »

Xavier Dudoit : « Notre force, c’est la fidélité »

Xavier Dudoit (48 ans) est revenu à Romorantin l’été dernier, après une « infidélité » de 4 ans et surtout une fin de parcours sur le banc des Solognots qu’il avait, à l’époque, provoquée, au sortir de résultats insuffisants (sa longue collaboration s’était arrêtée en novembre 2018). Depuis, il a passé deux saisons au SCO Angers (2019-2021) comme recruteur et un an et demi coach, à Poitiers, en National 3, où l’aventure s’est terminée à Noël 2022. Il évoque son retour à « Romo » et fait le point pour 13heuresfoot.

Xavier, comment s’est effectué votre retour à Romo ?
Il s’est fait naturellement. J’étais parti en très bons termes du club, où je venais de passer 17 ans ! C’est quand même le signe que j’avais de bonnes relations, notamment avec les dirigeants, dont certains sont devenus des amis. On a toujours gardé le contact. Quand le directeur sportif Julien Converso est parti (après 14 ans au club !), en même temps que moi, en 2019 (Converso est parti comme recruteur à Orléans avant de devenir le directeur sportif de Quevilly Rouen), le club a fait le choix de ne pas le remplacer pour des raisons économiques mais ils se sont aperçus de la difficulté d’exister à ce niveau sans quelqu’un à ce poste. Au travers de quelques échanges, notamment avec le vice-président chargé du sportif, Jean-François Doyon, on a évoqué cette possibilité d’un retour, à ce poste là. L’idée de revenir dans un club que je connais bien et avec lequel j’avais gardé beaucoup d’attaches m’est apparu évident. Je n’ai pas réfléchi longtemps.

Peut-on dire que ce poste est complémentaire de celui que vous avez occupé à Angers ?
Oui. l’intermède à Angers m’a fait découvrir autre chose, une autre facette du foot, qui me plaît. Il y a beaucoup de similitudes avec le poste de directeur sportif. J’ai vu beaucoup de matchs, beaucoup de joueurs… Quand on est coach, et je l’ai été, on a moins le temps de faire ça. Et puis il y a les relations avec les agents : car même en National 2, tous les joueurs ont des agents ou des conseillers, donc on est obligé de composer avec. Ces deux ans à Angers m’ont aussi permis de gérer et appréhender les relations avec ce milieu-là aussi.

Xavier Dudoit, lorsqu’il entraînait Poitiers. Photo Facebook Stade Poitevin.

Vous connaissez le foot : vous revenez au club après y avoir entraîné pendant 9 ans, c’est donc légitime de penser que…
Je vous arrête, c’est la seule condition que j’ai posée : un retour, oui, pour entraîner, non ! Quand je suis arrivé au club, Michaël (Villatte) était déjà là. On a joué ensemble. Il a entraîné la réserve quand j’étais coach de la une et j’avais fait en sorte de valider ce choix. Il a été adjoint en N2 ensuite. Joueurs, on était assez proches, on avait des affinités. Je comprends que cela puisse créer un doute, d’ailleurs, la condition pour que je revienne était que Michaël valide ce choix des dirigeants et que les choses soient bien claires entre lui et moi. De par nos relations, cela a aidé et simplifié ma venue.

Entraîner un jour à nouveau, cela ne vous titille pas ? Le terrain ne vous manque pas ?
Je ne me pose pas la question. Je suis parti d’Angers parce que le staff (de Stéphane Moulin) est parti (en juin 2021), mais je m’épanouissais dans ce nouveau rôle, alors pourquoi aller faire autre chose ? Le terrain ne me manque pas, je me consacre à ce que j’ai à faire, et ça me plaît.

Quels étaient vos prérogatives au SCO Angers ?
On était seulement deux à la cellule recrutement, Philippe Leclerc et moi, on travaillait pour les pros, la post-formation et on supervisait aussi les adversaires pour les pros. Le secteur, c’était toute la France.

Romo est en N2 depuis 16 ans : peut-il un jour retrouver le National et surtout, y exister ?
Pour pouvoir exister sportivement en National, il faut exister financièrement or on sait aujourd’hui que l’on n’a pas les capacités financières pour ça, mais si on doit y retourner, on ne s’en privera pas, c’est normal. On a 840 000 euros aujourd’hui, donc exister en National serait compliqué. L’idée, c’est aussi de perdurer. Donc prétendre vouloir aller en National et y exister, c’est autre chose, même si par le passé des Luzenac, Le Poiré, Pacy, y ont fait bonne figure, et même nous quand on y était, on faisait déjà un peu figure d’exception, avec, sensiblement, les mêmes budgets qu’aujourd’hui, à peine plus élevés.

Le staff de la N2 et l’équipe de N2 aligné au coup d’envoi en 32e de finale de coupe.

C’est quoi, le credo du club, l’objectif ?
Cela peut paraître « réducteur » mais le fait de continuer à exister en N2, de perdurer, compte tenu de la reforme des championnats, c’est notre objectif prioritaire. Le National 2 passe en 2 ans de 64 équipes à 48 équipes, on voit bien que ça se complique d’année en année. C’est juste réaliste de dire ça. Une descente pourrait être catastrophique aux yeux des gens : c’est aussi un peu notre difficulté, parce que, pour eux, c’est devenu une normalité d’être là, en N2, alors que ce championnat devient de plus en plus compliqué.

Vous le décririez comment, votre club ?
Un club à dimension humaine, avec des valeurs bien marquées, des valeurs d’humilité, de fidélité, de loyauté, des valeurs familiales. Vous voyez, certains dirigeants sont là depuis 40 ans, notre gardien Yoann Djidonou (37 ans) attaque sa 11e saison, et ce n’est pas le seul. Alexandre Castro (29 ans) le capitaine est là depuis 7 ans : il a refait son apparition sur le terrain en fin de match à Saint-Priest dimanche dernier en coupe de France, après une longue absence due à une blessure au genou. On retrouve cette fidélité dans le staff aussi, c’est ce qui fait notre force et ce qui nous caractérise. L’entraîneur des gardiens, Yohan Cosson (32 ans), est issu du club, il a même été 2e gardien à l’époque. Rémi (Souyeux) est là depuis 10 ans, Michaël (Villatte) depuis 20 ans… On reste conforme à la politique du club qui est de faire confiance aux gens ici d’ici. Et puis, on est un club sain, on n’a jamais de souci d’ordre financier, on n’a jamais déposé le bilan. Alors c’est vrai, on ne propose pas des salaires mirobolants mais au moins on est certain de les honorer sur la période convenue. Notre force, c’est cette convivialité et cette fidélité.

Le 32e de finale de coupe, début janvier, a attiré la foule à Romorantin.

Les affluences au stade Jules-Ladoumègue ?
On fait entre 600 ou 700 spectateurs, on pourrait faire plus. On a fait 3000 spectateurs début janvier en 32e de finale de la coupe de France, grâce à nos amis guadeloupéens (Romorantin a battu le CS Le Moule 4 à 0), qui nous ont bien aidés à remplir le stade et à avoir une ambiance sympathique; cela faisait un moment que l’on n’avait pas vu autant de monde à Jules-Ladoumègue. On sait que la coupe attire le public, notamment un public nouveau et curieux, mais en championnat, c’est compliqué de faire venir les gens au stade.

Un mot sur l’effectif de N2, qui semble un mélange de jeunesse et d’expérience…
C’est un peu ça. Cette saison, on a recruté le buteur Jordan Popineau (Blois). Sa venue est un concours de circonstances. Blois n’a pas tout fait ou n’a pas affiché une réelle volonté de continuer avec lui, on ne va pas s’en plaindre (depuis son arrivée l’été dernier, Jordan Popineau a inscrit 5 buts en 5 matchs de coupe de France et 5 buts en 8 matchs de championnat). Il ne voulait pas bouger de la région, on a saisi l’opportunité. On a de la jeunesse, de l’expérience, et aussi des profils comme Yoan Etienne (26 ans), formé à Monaco et passé par Guingamp et Lorient, qui n’a pas joué pendant un an, ou encore Alex Marchadier (25 ans, Le Puy, Orléans, Moulins), qui est resté longtemps écarté des terrains en raison d’une blessure : ils ont vécu des galères. Alors même si on n’a pas les premiers choix, ça ne nous empêche pas de réussir. C’est là que l’on mesure le très bon travail de Julien Converso avant (aujourd’hui à Quevilly Rouen en Ligue 2), il se trompait très peu, il faisait des paris avec des joueurs à remettre en forme, ou de retour de blessures ou qui sortaient du chômage. Julien a été connu et reconnu pour son travail.

Du coup, passer derrière lui, ça vous met un peu de pression, non ?
Franchement ? Oui ! Je sais que ça va être compliqué de faire aussi bien que lui et durer aussi longtemps que lui. Je passe derrière quelqu’un de très performant, j’en suis conscient, mais les dirigeants ont pris conscience qu’il fallait avoir quelqu’un dans ce rôle-là. J’ai la chance d’avoir leur confiance, à moi de faire en sorte de ne pas les décevoir.

National 2 – samedi 27 janvier 2024 (match en retard de la 9e journée) : Les Herbiers – Romorantin, à 18heures, stade Massabielle, aux Herbiers.

Lire aussi  / Yann Lachuer : « C’est la société qui a changé, pas le foot ! »

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Texte : Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr – Twitter @BOYERANTHONY06

Photos : SOR / Anaïs Afflard et 13HF

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Promue cette saison, l’Entente Feignies-Aulnoye traverse une crise de croissance. Son avenir s’inscrit en pointillés après l’annonce du retrait de son président-mécène et l’échec de la fusion avec Maubeuge. Sportivement, la coupe de France, avec un 16e de finale contre Montpellier et les progrès en championnat montrent qu’elle garde le cap.

En s’offrant le scalp de Quevilly-Rouen Métropole (Ligue 2), les Finésiens-Aulnésiens ont atteint, pour la première fois de l’histoire du club, les 16es de finale de la coupe de France. Face aux Normands, ils se sont imposés sur la plus petite des marges grâce à un magnifique but de l’ancien joueur de Dunkerque, Avranches et Croix, Thomas De Parmentier (13’).

Si l’on a vu passer en boucle la panenka ratée d’Antoine Mille (Châteauroux) ou le superbe 3e but du PSG à Revel, celui du milieu offensif de 33 ans n’a pas eu la même audience sur les réseaux sociaux. Pourtant, son centre-tir a lobé le gardien normand, à la manière d’un Christophe Jallet en équipe de France face à la Biélorussie en 2012 !

Ce manque de reconnaissance pour ce beau geste illustre les difficultés du club sambrien à exister. De très faibles affluences en championnat (265 spectateurs en moyenne cette année), une fusion avec son voisin maubeugeois avortée en 2021 : l’existence de ce jeune projet est compliquée.

Un premier passage en National 2 en 2018-19

La joie après la qualification pour les 16es de finale de la coupe.

Fondé en 2016, l’EFAFC réunit les clubs de deux villes de tailles similaires et distantes de 15 km dans le bassin sambrien : le SC Feignies et l’AS Aulnoye. A l’époque, les deux équipes évoluent depuis 5 ans dans le même groupe de CFA 2. Cette fusion est l’initiative de la famille Menissez, grands industriels dans la boulangerie de la région. Le père, Jacques, jusqu’en 2016, puis le fils, Laurent, se succèdent à la présidence de ce club ambitieux qui grandit dans l’ombre de Maubeuge, la « grande » ville d’à côté, qui compte deux fois plus d’habitants que les 15 000 âmes de Feignies et Aulnoye réunies.

La joie après la qualification pour les 16es de finale de la coupe.

Très vite, le club obtient sa montée en National 2 après être sacré champion de National 3 à l’issue de la saison 2017/2018. La saison suivante, malgré une bataille acharnée pour le maintien, Feignies-Aulnoye redescend. Sous les ordres de Rachid Chihab, le club est classé 3e de son championnat en 2020, un résultat encourageant, lors de la saison “covid”, arrêtée après la 18e journée. Didier Toffolo prend la suite de Chihab, mais sa mission sera de courte durée. Alors qu’il a été engagé en juillet 2020, il est démis de ses fonctions en octobre, avec un bilan insuffisant : 4 points en 5 matchs. Un entraîneur local, qui sort d’une expérience fructueuse à l’IC Croix, vient le remplacer : Jean Antunes, ancien joueur emblématique de Wasquehal. Le championnat est arrêté après 6 journées, aucune accession, ni relégation. Nouveau départ en 2021.

Le PSG en 32e : “la cerise sur le gâteau”

Le coach Jean Antunes.

Pour sa première vraie saison à la tête de l’équipe, Jean Antunes connaît des montagnes russes. Au terme d’une “très bonne saison”, selon les dires de l’entraîneur, le club ne monte pas en N2, alors qu’il a un meilleur bilan que Wasquehal, qui sera promu ! La raison ? Une sanction administrative – l’équipe a aligné un joueur suspendu sur la pelouse de l’Amiens AC. Résultat : défaite sur tapis vert et point de pénalité. “Une grosse déception” pour l’ensemble du groupe, qui avait terminé premier sportivement. Ce coup dur en championnat ne résume pourtant pas leur saison 2021/2022.

Car la France entière découvre le club de l’Avesnois lors de son 32e de finale au Stade du Hainaut, à Valenciennes, face au Paris Saint-Germain ! A guichets fermés, s’il vous plaît ! “La cerise sur le gâteau” pour le club, évidemment très heureux de ce tirage. Pour lui, deux objectifs : profiter et ne pas prendre de « rouste » en prime time à la télé. Objectif accompli, défaite 3-0, avec les honneurs. “Ils ont eu deux penalties, dont un très sévère. C’était une belle prestation. Ça a donné une très belle image du club et de l’équipe. C’était le plus important”, analyse le technicien roubaisien de naissance.

La remontée, enfin !

Jérémy Bekhechi, l’ancien de Croix, QRM, Lyon-Duchère et Sedan, a rejoint l’Entente début janvier !

L’année suivante, le conte de fées se répète avec, cette fois-ci, une fin plus heureuse. Et un nouveau beau parcours en Coupe de France 2022-23, seulement éliminé par Valenciennes au 8e tour à Maubeuge (0-3), à une marche des 32es de finale. Cette même saison, l’Entente réédite sa performance précédente et termine première de son groupe de National 3. Une place synonyme d’accession en National 2. Une grande fierté pour l’entraîneur et son groupe, tant on connaît la difficulté de ces championnats amateurs.
Devant la DNCG, l’EFAFC se voit infliger un contrôle de la masse salariale pour réaliser son mercato. Rien de grave, c’est une « sanction » propre aux équipes promues. “Les joueurs qui nous ont rejoints ont été bien identifiés”, explique Jean Antunes, satisfait, dans ces conditions, de la gestion de l’intersaison. Mais dans le football, tout va très vite : en septembre, leur buteur Franck Vaast se blesse pour la troisième fois en six ans (rupture des ligaments croisés et saison terminée). Pour le remplacer, Antunes fait venir Issam Rezig, buteur passé par Wasquehal et la réserve du LOSC. Et tout récemment, c’est Jérémy Bekhechi, ancien buteur de Sedan et QRM notamment, qui, quelques jours avant le 32e de finale, a rejoint l’Entente … et Antunes, qu’il a connu à Croix !

Un début de championnat difficile

Le stade Didier Eloy, à Feignies.

De retour en N2, les Nordistes commencent mal le championnat (2 nuls et 5 défaites). Contre Haguenau (journée 3), alors qu’ils mènent 3-1 à la mi-temps chez eux, les locaux subissent une remontada et perdent le match 4-3. “Avec le recul, je me dis que quand on gagne 3-1 à la mi-temps, on ne peut pas le perdre. Ça a été une grosse déception.”, réagit Antunes, philosophe.

Finalement, il faut attendre le 4 novembre et la 8e journée pour assister à la première victoire de la lanterne rouge contre l’Olympique Saint-Quentin (2-1). Après un nul encourageant à Furiani (0-0), les Finésiens se qualifient pour le 8e tour de la Coupe de France en battant une valeureuse équipe de R1, Bondues (1-0). Ensuite, la machine se met en marche : victoire 2-1 en championnat à Colmar à 9 contre 11 (! ) puis qualification en Coupe face à la sensation nordiste Itancourt-Neuville (R1), tombeuse de Wasquehal et Croix, signe du destin, les deux anciens clubs emblématiques du parcours d’Antunes !

La « perf » face à Quevilly Rouen (Ligue 2) !

Le 11 au coup d’envoi face à QRM en 32e de finale de la coupe de France.

Après une défaite sur la plus petite des marges contre Créteil, Feignies passe les fêtes à l’avant-dernière place de son championnat, à 5 petits points du maintien avec deux matchs en retard. Tout reste possible. Mais ce n’est pas le maintien qui occupe les esprits des joueurs pendant les fêtes, mais bien la perspective d’affronter un club de Ligue 2 en 32e de finale de Coupe de France. Quevilly-Rouen se déplace dans l’Avesnois et forcément, ça se prépare !

Particularité du club, la majorité des joueurs n’habitent pas dans la région de Feignies ou d’Aulnoye. Certains viennent de Lille, d’autres de Valenciennes. Jean Antunes avale, par exemple, deux heures aller-retour quatre fois par semaine pour assurer les entraînements, ce qui n’est “pas de tout repos.”
Pendant les vacances de Noël, ces incessants trajets ne s’arrêtent pas. “On s’est retrouvé le 27 décembre pour la reprise de l’entraînement. On a fait des séances tous les jours sauf le 31 et le 1er. Pour un club amateur, c’est beaucoup.” Et cet investissement a payé.

Après un match magnifique d’abnégation et de réussite, les hommes d’Antunes éliminent Quevilly-Rouen (1-0), notamment grâce à un pénalty stoppé par Samuel Atrous ! L’après-match a donné lieu à une grande fête avec l’ensemble des “gens qui œuvrent au quotidien pour le club, qui sont bénévoles pour la plupart”, salue le technicien. Pour lui, “voir le bonheur dans les yeux des gens et les émotions qu’on a pu leur procurer” le rend heureux et on peut aisément le comprendre.

Le projet de fusion avec Maubeuge avorté

La joie dans les vestiaires après la qualification pour les 16es de finale de la coupe.

Alors que les deux clubs évoluaient encore au même niveau il y a deux ans en National 3, Feignies-Aulnoye a depuis pris son envol, pendant que Maubeuge, son éternel rival, est descendu au niveau régional.

En 2019, la création d’une section sport-études à l’Entente attire les jeunes du club voisin. Le sens de l’histoire aurait pu être la création d’un grand club sambrien dans la foulée, afin de rivaliser avec les autres clubs de la métropole lilloise. Mais des querelles politiques et d’égo en ont voulu autrement. En 2021, le projet de fusion est largement refusé côté maubeugeois (7 pour / 77 contre) et définitivement enterré.

Dans la lignée de cet échec, Laurent Menissez a annoncé tout récemment, dans les colonnes de la Voix du Nord, son intention de démissionner du poste de président et d’arrêter de financer le club à la fin de la saison. En cause, notamment, le fait que Feignies se trouve à cheval “entre le monde professionnel et le monde amateur”, ce qu’il “ne peut pas supporter”. L’idée est de grandir et ça ne m’intéresse pas de jouer juste pour se maintenir, explique-t-il. »

On parle de lui du côté de Valenciennes. Pour les Vert et Bleu, ce serait le plongeon dans le grand inconnu. Son plus gros investisseur parti, reconstituer un budget deviendrait une tâche très ardue. Maubeuge bénéficiant du soutien des collectivités locales, Feignies retournerait dans l’anonymat.

“Limiter la casse” contre Montpellier en 16e

Le stade Leo-Lagrange à Maubeuge accueillera le 16e de finale.

Mais avant d’envisager cet avenir incertain, Feignies doit affronter Montpellier dans un 16e de finale attendu (NDLR : initialement prévu ce samedi 20 janvier, le match a été reporté mercredi 24 janvier à 20h30 en raison des chutes de neige), qui se jouera à … Maubeuge, au stade Leo-Lagrange, ce qui ne manquera de faire grincer les dents de certains.

Pour cette rencontre, le staff espère “limiter la casse et faire durer le match”. En parallèle, Jean Antunes et ses hommes vont batailler le reste de la saison pour obtenir leur maintien en National 2, en évitant si possible le “trou d’air” que les équipes amateurs connaissent souvent après la campagne de coupe de France. Le staff y est préparé et fera face, avec humilité, comme aime à le rappeler son coach.

Jean Antunes, du tac au tac

Pur nordiste, Jean Antunes a passé l’entièreté de sa vie non loin de Roubaix, sa ville natale. Une carrière de footballeur professionnel, durant laquelle il a connu l’épopée de Wasquehal de CFA jusqu’en Ligue 2 à la fin des années 1990 et au début des années 2000 (le club du Nord a évolué en D2 et en L2 de 1997 à 2003). Puis, une fois les crampons raccrochés, une carrière d’entraîneur qui décolle à Croix (2012-2019) en CFA2 puis en CFA (N2), et aujourd’hui à Feignies-Aulnoye, qu’il a conduit de N3 en N2 cette saison. L’ancien milieu de terrain s’est prêté au jeu des questions réponses, l’occasion d’en apprendre plus sur lui et sa carrière.

Jean Antunes, le joueur

Photo Philippe Le Brech.

Meilleur souvenir sportif ?
J’en ai deux. Le premier, c’est quand on monte de en Ligue 2 avec Wasquehal (NDLR : à l’issue de la saison 1996-1997). On partait avec l’objectif de se stabiliser en National. On s’est pris au jeu et on a réussi à monter en Ligue 2, donc c’est vraiment un bon souvenir. Le deuxième, c’est l’année suivante, lors de notre première saison en Ligue 2. Tout le monde nous voyait dans la charrette, on se sauve au dernier match à Mulhouse. Vu la ville qu’on était, le club qu’on était, se maintenir en Ligue 2, c’était inespéré !

Pire souvenir sportif ?
A l’inverse, notre descente au bout de 6 ans de Ligue 2, en National. On l’a senti sur la deuxième partie de saison. A partir de mars, les choses allaient de travers. On avait perdu cette âme qu’on avait et à partir de là ça a été la dégringolade.

Combien de cartons rouges ?
J’ai dû en prendre 3 ou 4. J’étais assez rugueux donc c’est pas énorme.

Plus beau but ?
Mon premier but en Ligue 2, que je marque à Nice ! Une belle frappe de 25 mètres, pas un but de raccroc. En plus, on gagne 2-0, donc tu ne l’oublies jamais !

Pire match ?
Une fois, à Gueugnon, on ne fait pas du tout un bon match. Je prends deux cartons jaunes en faisant deux fautes successives et je suis expulsé au bout de 40 minutes. On perd le match 1-0, ce n’était pas mon match.

Photo Philippe Le Brech.

Pourquoi avoir choisi d’être milieu de terrain ?
Dès que j’ai commencé le foot, j’aimais bien toucher le ballon, courir, solliciter les partenaires… Donc ce rôle m’allait bien, avec un penchant pour la défense quand même, souvent dans un milieu à deux. J’aimais bien aussi récupérer et redonner le ballon donc ce rôle me convenait et me plaisait en tant que joueur, puis en tant qu’entraîneur. D’ailleurs, j’ai un peu plus l’œil sur mes milieux défensifs, encore aujourd’hui, même si on doit toujours avoir l’œil sur tout !

Un geste technique préféré ?
Aucun en particulier, j’étais un joueur rigoureux : récupération, passe propre. Pour moi, la première passe devait toujours être qualitative et ne pas perdre le ballon.

Qualités et défauts sur un terrain, selon vous ?
Pour les qualités, c’est l’esprit collectif, même si on sait qu’aujourd’hui on tend plus vers l’individualisme. Et pour les défauts, ce qui m’énervait sur le terrain, c’était de voir un coéquipier plus talentueux, mais moins combatif.

Que vous a-t-il manqué pour évoluer en Ligue 1, individuellement ?
La vitesse.

Le ou les joueurs les plus forts avec lesquels vous avez joué ?
Stéphane Capiaux, Christophe Delmotte.

Le joueur avec lequel vous pouviez jouer les yeux fermés ?
Reynald Debaets.

Le ou les joueurs perdus de vue que vous aimeriez revoir ?
Gilles Leclerc, Robert Malm.

Le match ou tout a roulé pour votre équipe ?
Le match de la montée de National en Ligue 2 avec Wasquehal contre Dijon.

Le club où vous avez failli signer ?
Je n’ai pas eu de contact ni de demande avec des clubs de niveau supérieur. A mon époque, on ne bougeait pas trop.

Un adversaire impressionnant ?
Lorient, une année où ils montés de D2 en D1, avec le coach Christian Gourcuff. Et comme joueurs, je dirais Pagis, Meriem, Adebayor, Darcheville… j’en ai croisés des très bons.

Un milieu de terrain comme modèle ?
A l’époque, Robson, Falcao, Zico.

Le club de Wasquehal en deux mots ?
Famille et humilité.

Le club où vous auriez rêvé de jouer, dans vos rêves les plus fous ?
Jeune, j’ai été bercé par Saint-Etienne, donc forcément c’est un club mythique et ça le restera. J’ai d’ailleurs eu le bonheur d’aller jouer dans le Chaudron et de gagner là-bas avec Wasquehal ! Je ne peux pas vous dire les frissons que j’avais !

Des rituels, des tocs, des manies (avant un match ou dans la vie de tous les jours) ?
Je sais que des coéquipiers avaient des petits rituels, des superstitions. Mais pour moi, hormis vérifier deux, trois fois que je n’avais rien oublié en préparant mon sac, rien de spécial.

Terminez la phrase en un mot ou deux : vous étiez un milieu de terrain plutôt …
Travailleur et rigoureux.

Votre plus grande fierté dans votre carrière ?
Je dirais d’être monté en Ligue 2 et d’avoir été professionnel. Je suis fier de mes 200 matchs en pro. Lorsque j’ai commencé le foot, en aucun cas je ne pensais à ça. Quand j’arrive à Wasquehal, on joue en CFA à l’époque. A chaque montée, j’ai su élever mon niveau de jeu, ce n’est pas évident. Donc oui, fier d’avoir joué en Ligue 2 et d’avoir participé à cette belle aventure que l’on a eue.

Si vous n’aviez pas été footballeur, qu’auriez-vous aimé faire ?
Ça s’est vite tourné vers le foot quand même. Après comme aujourd’hui je suis éducateur sportif, je pense que ça se serait tourné vers un métier où l’on transmet dans le sport, tout ce que l’on a pu vivre.

Le milieu du foot à l’époque, en deux mots ?
Passion et respect. A l’époque, on défendait ses couleurs et on pouvait aller boire un verre tous ensemble. Aujourd’hui, ça n’est plus possible. Je trouve que le respect se perd.

Jean Antunes, l’entraîneur

Le staff de l’Entente. Photo Philippe Le Brech.

Meilleur souvenir sportif ?
Quand je suis entraîneur de Croix, on monte en CFA (National 2), lors de la saison 2013-2014, alors que nous n’étions pas les favoris. C’était plutôt Sedan ou Poissy qui étaient pressentis, avec des moyens autres que les nôtres. On avait réussi à gagner le championnat, c’est un beau souvenir. Aussi, réaliser deux fois de suite la montée sportivement avec Feignies. En 2022, on ne peut pas monter à cause d’une sanction administrative. On réédite la même saison, l’année dernière, et ce n’est vraiment pas évident. Je trouve ça extraordinaire.

Pire souvenir sportif ?
En 2015, le 1/8e de finale contre Concarneau que l’on perd à la séance de tirs au but chez nous. On joue dix fois ce match, on va le gagner neuf fois. C’est une grosse déception parce que je pense qu’on avait vraiment fait le match qu’il fallait. Il manquait ce but, on a pas su le mettre et aller en quarts de finale, et ce n’est pas rien.

Le match référence, celui où tout s’est bien passé ?
Étant donné que c’est le plus frais, le match de la qualification pour les 16es de finale de la coupe de France contre QRM (1-0, le 6 janvier dernier). On sent qu’on est bien dans le match et tout le plan de jeu qu’on avait mis en place a été respecté à la ligne. Je dirais que toutes les planètes étaient alignées, notamment quand on voit la réussite que l’on a sur notre but.

Jean Antunes aux côtés du président Laurent Menissez.

Un modèle de coach ?
Il y a des coachs qui sont sympas dans leurs principes de jeu et dans leur conception du management et de coaching. Il y a Guardiola, Ancelotti, c’est la classe. Jürgen Klopp à Liverpool, c’est vraiment pas mal du tout. Il y en a quelques-uns que j’aime bien.

Une devise ?
L’humilité est l’antichambre de la perfection.Dans la vie comme dans le foot, quoi qu’il arrive, il faut rester humble.

Meilleur joueur entraîné ?
J’ai eu des bons joueurs, mais c’est plus un collectif qui fonctionne très bien, plutôt que des individualités dans les équipes que j’entraîne, à Croix, comme ici à Feignies. C’est plus le collectif qui prime, que des individualités qui en ressortent. J’ai eu un super défenseur à Croix, Yero Dia (2011-2017). Avec lui, on savait qu’on pouvait voyager tranquillement un peu partout en France.

Un style de jeu ?
On essaye de garder les mêmes principes. Une équipe qui fait du foot, qui sort les ballons, qui essaye de jouer, qui prône la possession et en parallèle le jeu. On se calque par rapport à l’adversaire aussi, parfois. On aimerait bien, mais on n’est pas Manchester City (rires) !

Le club de Feignies en deux mots ?
Ambitieux et riche humainement.

Terminez en deux mots, vous êtes un entraîneur plutôt…
A l’écoute et rigoureux.

Texte : Emile Pawlik / Twitter : @EmilePawlik

Photos : Philippe Le Brech, EFAFC et DR.

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Place forte du football professionnel jusqu’au milieu des années 90, l’Olympique d’Alès en Cévennes a connu une longue traversée du désert, au point de chuter jusqu’en DHR. Aujourd’hui, le club, à l’image de la ville, renaît de ses cendres en N2. Redevenu ambitieux, il jouit aussi d’une ferveur et d’un soutien populaire rare à ce niveau.

Vous avez souri en lisant le titre ? Vous pensez que la comparaison avec les Verts est exagérée ? Peut-être… Pourtant, après avoir passé une journée à Alès, beaucoup échangé avec les supporters et assisté au 32e de finale de la coupe de France face au Paris FC (1-2), on persiste et signe : cette ville, ce club, ce stade… tout ici transpire le football ! Le ballon rond, c’est un peu le poumon de cette cité minière de 40 000 habitants, enclavée, isolée, sans charme particulier, mais pas sans chaleur.
« On a le sang bleu et blanc » clame Laurent Ivaldi, abonné, venu spécialement d’Aix-en-Provence (lire son interview plus bas). Il n’est pas le seul à venir de loin. D’autres sont de Clermont-Ferrand, Paris, etc.

Les Alésiens veulent une équipe à leur image

Devant le bar des platanes, on affiche ses couleurs !

A Alès, l’histoire est partout. Elle est à la fois houillère et bien sûr sportive : car le foot a toujours fait partie de la vie de ses habitants, des durs au mal, qui savent mieux que quiconque ce que aller à la mine ou aller au charbon veut dire. Qui ont la notion du travail. L’Alésien est fidèle, chauvin, ouvert, chaud et fier de sa terre. Toujours prêt à s’enflammer. Prêt à soulever des montagnes. Et il veut une équipe à son image. Mais là, c’est un autre sujet…

Il est 10 heures du matin, ce samedi ensoleillé mais froid et venteux. Devant le bar des Platanes, à 150 mètres du stade Pierre-Pibarot, l’immense drapeau planté bien en évidence au bord de la route menace de s’envoler. Dessus, on peut lire l’inscription suivante : « Un seul Olympique dans le Gard, l’Olympique d’Alès en Cévennes ». Le message est clair : ici, on déteste Nîmes. On déteste le rouge !

Pourtant, le club voisin est souvent dans les conversations. D’ailleurs, quelques heures plus tard, dans les tribunes du stade municipal de la Prairie (l’ancien nom du stade Pibarot, jusqu’en 1980), en plein match face au PFC, on entend les spectateurs s’enquérir régulièrement du résultat de l’ennemi juré, en déplacement à Orléans pour son 32e de finale. On n’ira pas jusqu’à dire que l’élimination des « Crocos » a atténué la déception après celle des Alésiens, passés un peu à côté de leur match, mais puisqu’il faut bien sourire un peu…

En position de relégable

Il est 10 heures, et les premiers supporters sont là. A midi, ils seront une cinquantaine et à 14 heures, ils se rendront tous ensemble, tel un cortège, au stade, où le coup d’envoi est fixé à 15h30.
A l’intérieur du bar, un établissement qui fut partenaire du club, Simon Balme, le patron, nous accueille chaleureusement et enchaîne les cafés. Ici, la déco est « bleu et blanche ». Les affiches et les écharpes sont partout. D’ailleurs, tout le monde est habillé aux couleurs du club. Vous cherchiez le fief de l’OAC ? Vous y êtes. Les conversations tournent autour du club. L’inquiétude se fait ressentir. Parce que l’équipe de Hakim Malek n’est pas bien classée en National 2 (11e sur 14 et en position de relégable). Et ce joli parcours en coupe de France ne saurait atténuer la déception des résultats en championnat.

Le cadeau de Ribéry au gardien du stade

A deux heures du coup d’envoi, il y a déjà beaucoup de monde au stade Pibarot pour assister au 32e de finale de la coupe de France.

Attablé au fond du café, Victor Chighine, un « ancien » dirigeant des années 70, multiplie les anecdotes. Il parle de Thierry Gudimard, un attaquant des années 80, et de Franck Ribéry, « qui est revenu à Alès après son départ pour offrir une voiture à Pépone, le gardien du stade, et ça, peu de gens le savent… » Il aussi parle de Jean Sadoul, l’ancien président de la Ligue, et d’une histoire de repêchage de l’OAC, dont le pure alésien, décédé en 1991, n’aurait, selon la légende, pas été étranger…

Soudain, un mouvement de foule. « Les gars, c’est le bus du Paris FC ! ». En quelques secondes, le bar se vide. Tout le monde se précipite dans la rue pour huer le cortège parisien, dans une ambiance très bon enfant. On est quand même loin du folklore du sud ! Quelques instants plus tard, c’est Daysam Ben Nasr, l’un des joueurs du groupe N2, qui passe à pied devant le bar. Tout le monde le salue, certains posent en photos avec lui. Il est applaudi comme une star.

Une longue traversée du désert

La tribune bien pleine du stade Pibarot face au Paris FC, le 6 janvier dernier.

A Alès, la venue d’une équipe de Ligue 2 ravive le souvenir des belles années – le club a longtemps été l’un des bastions de la Division 2 -, mais personne n’est dupe : c’est juste une simple affiche de gala qui remet le club sur le devant de la scène et permet de faire parler de lui. Parce qu’au prochain match de championnat, contre Grasse, samedi, ils ne seront pas 3500 dans la tribune comme face au Paris FC, mais sans doute 500.

Les supporters, quant à eux, seront présents. Depuis quelques années, le mouvement socios se fait de plus en plus ressentir, surtout depuis la création du nouveau « Kop Cévenol Héritage », en hommage à l’ancien « kop cévenol » qui prenait place dans la vieille tribune « bois », comme ils disent.

Le stade municipal de la Prairie, à Alès, dans les années 50.

Juste avant la trêve, au 8e tour de la coupe, ils étaient une cinquantaine dans les tribunes du stade Turcan, à Martigues, pour la qualification nette et sans bavure chez le 3e de National (1-2). Et le mercredi soir, sur le site  » https://www.allez-ales.fr/accueil « , ils sont parfois des centaines à écouter ou participer aux débats de Mickaël Bertrand, l’animateur. Ces débats, on peut les suivre sur Facebook, où il existe aussi une autre page appelée « Union pour le renouveau de l’OAC ».

Pour un club de National 2, qui sort d’une très longue traversée du désert – le club a passé dix saisons au niveau régional après la liquidation judiciaire et la relégation de National en DH en 2003, l’année où un certain Franck Ribéry arborait le maillot de l’OAC -, et neuf autres en N3 (CFA2) -, cette ferveur est assez exceptionnelle.

Face au Paris FC, dans l’unique tribune de 3700 places assises (la deuxième tribune a été démolie en 2007), il n’a pas manqué grand chose pour voir le public s’enflammer et se soulever. C’est simple, à chacune des actions offensives alésiennes, c’était comme si les 3500 spectateurs récupéraient le ballon, débordaient et centraient ! En fait, il a un peu manqué cet esprit « coupe », celui qui permet aux « petits » de renverser des montagnes.

Basile : « Il faut un complexe sportif dédié »

La tribune du stade Pibarot, le 6 janvier dernier, bien remplie face au Paris FC en coupe.

Aperçu dans les travées de Pibarot, André Basile, qui habite à 2 kilomètres du stade, ancien joueur de l’OAC et aussi ancien entraîneur, aujourd’hui à la tête de Bagnols/Pont (Bagnols-sur-Cèze/Pont-Saint-Esprit) en Régional 1, n’est pas surpris par cet engouement : « L’OAC, c’est mon club de coeur, pose-t-il d’emblée. J’y ai vécu 4 ans exceptionnel comme joueur à la fin de ma carrière (il a notamment évolué en réserve à l’OM et en pro à Mulhouse, Perpignan et Istres en D2), on a joué 2 ans en CFA et on est monté en National (en 2000), j’étais le capitaine, il y avait un public exceptionnel, de l’engouement, et j’ai eu la chance de côtoyer deux coachs fabuleux, Marc Bourrier et Jacky Novi, qui m’ont beaucoup apporté pour la suite de mon parcours. Alès, c’est là que j’ai commencé ma carrière d’entraîneur, d’abord avec les U18 et le centre de formation, puis avec l’équipe seniors en DH. Le club a un passé important en D2, et on sent que, depuis quelques années, il se structure. Il est aussi en train de reconquérir pas mal de partenaires. Je pense que le National 2, c’est le minimum pour l’OAC. Il est à sa place pour l’instant. Pour franchir un palier, il lui faut un complexe sportif dédié, avec des surfaces synthétiques et « pelousées », et une structure d’accueil pour les jeunes afin qu’ils progressent et fassent un jour partie du groupe équipe première. »

A l’issue de cette élimination en coupe, et avant un déplacement à Toulouse en championnat (qui s’est soldé par un match nul 2-2), Laurent Ivaldi et « l’historique » Jean-Marie Pasqualetti, directeur sportif de l’Olympique, se sont confiés pour 13heuresfoot.

Laurent Ivaldi : « Cette ville pue le football! »

Originaire de Marseille, Laurent Ivaldi (53 ans), ce commercial en spiritueux, habite Aix-en-Provence et vient à chaque match de championnat à Pibarot. « Ma maman est Alésienne, raconte celui qui est aussi l’un des quatre fondateurs du nouveau groupe de supporters, le « Kop cévenol héritage »; j’ai passé toutes mes grandes vacances à Alès et mon amour pour l’OAC date de mes premiers matchs au stade de la Prairie, quand j’avais 10 ans ! Mon père m’emmenait avec lui. Le premier stade où j’ai mis les pied, c’est à Alès ! Et comme je le dis souvent, depuis ce jour là, j’ai pris perpète ! Et 40 ans après, malgré tout ce qui s’est passé à l’AOC, je suis toujours là ! »

Laurent Ivaldi (à droite), ici aux côté d’Erwan, leader du kop cévenol héritage.

Laurent, on voit des supporters, comme vous, venir de loin : c’est rare pour un club de N2, non ?
Oui, on a des supporters qui viennent d’un peu partout, c’est là que l’on voit qu’on a une aura assez particulière pour un club de ce niveau. On a des gens de Paris, Clermont, Bollène, Montpellier, Avignon, Aix, on en a aussi qui viennent de l’Ardèche voisine. C’est exceptionnel de voir un club de N2 ratisser aussi large. On voit bien que l’on est un club atypique.

Ce stade plein, face au PFC, ça vous fait quoi ?
Honnêtement, ça me fait quelque chose, parce que ça faisait quelques années qu’on ne l’avait pas vu aussi bien rempli. Il y avait eu Monaco en Coupe (en 2011), l’AC Ajaccio aussi, mais je ne me fais pas de faux espoirs non plus : je sais très bien que les 3/4 des gens qui sont venus face au Paris FC ne seront pas là samedi pour la venue de Grasse en championnat. C’est ça qui me peine. Mais il faut voir le bon côté des choses : dès qu’il y a un intérêt, dès que le club refait parler de lui, on sent que le potentiel est là, que les gens n’attendent que ça, mais on est confronté au quotidien.

Le stade Pibarot, en 1987, pour la demi-finale aller de la coupe de France face à Bordeaux, avec 17 000 spectateurs.

3500 spectateurs face à une Ligue 2, c’est significatif quand même…
Oui et ça me conforte dans mon idée : cette ville d’Alès, elle pue le football ! Il faut replacer les choses dans leur contexte : il n’y a que 40 000 habitants, ce n’est pas une mégapole, et dès qu’il y a un peu de résultats, un peu d’intérêt, on fait 3000 personnes au stade, c’est magique. j’ai connu le fameux match « historique » du club en 1987 et cette demi-finale de coupe France contre Bordeaux. On avait été éliminés sans perdre (2-2 à Alès à l’aller, 0-0 au retour). Il y avait 17 000 spectateurs ! La moitié de la ville était au match ! Il paraît qu’il y a eu 40 000 demandes de places pour ce match ! Il y avait des chaises d’écoliers sur la piste d’athlétisme et des gens partout, dans les arbres, sur les panneaux publicitaires ! C’est vraiment un club qui fait partie des « historiques ». C’est le plus titré du Gard, avec deux titres de champion de D2, il est centenaire, et c’est le deuxième club français le plus ancien à avoir accédé au professionnalisme en 1923, derrière Le Havre. Pour une petite ville comme Alès, c’est exceptionnel. Et sans leur manquer de respect, ce n’est pas Chambly ni Dunkerque, hein !

Devant le bar des platanes, fief de l’OAC.

Alès, un petit Saint-Etienne : la comparaison est-elle exagérée ?
Là, ça me fait plaisir d’entendre ça, parce que Saint-Etienne, c’est mon club français préféré. C’est le seul qui a réussi à fédérer toute la France derrière lui. Le grand Saint-Etienne, souvenez-vous, c’était l’équipe de France. Le PSG n’aura jamais toute la France derrière lui. L’OM non plus. Il y a un peu Lens. Moi, je me retrouve dans ça, c’est ce terreau minier, ce terreau ouvrier; à Alès, on aime ses joueurs, on aime son club où l’amour du maillot veut vraiment dire quelque chose. On ne veut pas de « starlettes », on s’attache à ces valeurs-là, on veut juste des « types » qui mouillent le maillot et collent à l’image de la ville. De nos jours, je sais que c’est de plus en plus difficile mais nous, supporters Alésiens, on s’attache à ces valeurs-là. Et c’est pour ça qu’on est déçu de la prestation de l’attitude de nos joueurs contre Paris FC en coupe. Je m’attendais à voir 11 tigres et j’ai vu 11 chatons. J’ai été très déçu par rapport à ça. On l’a évoqué dans l’émission de Mickaël mercredi dernier ( https://www.allez-ales.fr/accueil ) et on l’évoquera lors de la réunion avec les dirigeants (ce mercredi matin). Pour moi, l’état d’esprit prévaut, surtout en coupe de France. Là, j’ai eu l’impression de voir un match amical de début de saison. je suis frustré par rapport à ça, surtout qu’il y avait du monde et la possibilité de fédérer des gens. Il fallait se servir de ce match, or on est passé à côté sur ce plan là. Si on avait fait le match que l’on a fait à Martigues au tour précédent, le résultat aurait été tout autre. Mais on est une équipe à réaction : à domicile, on n’a jamais ouvert le score, vous imaginez ! On est toujours en train de courir après le score. C’est la grosse problématique de cette équipe, qui a des qualités et qui, dans le jeu, a le niveau d’une équipe de National, on l’a bien vu à Martigues où on leur a donné une leçon de football. Je m’attendais à voir le même genre de prestation.

Selon vous, elle est où, la place d’Alès aujourd’hui, sur l’échiquier du football ?
En National. Au-dessus, il ne faut pas rêver : pour aller en Ligue 2, soit tu as un très beau centre de formation et tu peux t’appuyer sur des jeunes, mais on n’a pas ça à Alès. Soit tu peux t’appuyer sur des moyens financiers mais là encore, ce n’est pas notre cas. Alors quand j’entends notre président, Didier Bilange (fondateur et PDG de Jubil intérim), parler de Ligue 2 …. Je connais le bassin économique alésien, je suis dubitatif, et quand je vois la situation actuelle en National 2, je signe dès à présent pour que l’on se maintienne en fin de saison parce que, pour moi, le projet cap 2024, il est en train de prendre du plomb dans l’aile.

Le joueur de l’OAC, Daysam Ben Nasr, salue les supporters en allant au stade.

Pourtant, le club a le soutien des collectivités et des partenaires…
Oui, la mairie est derrière le club, l’entente est bonne avec le maire Max Roustan et le premier adjoint, Christophe Rivenq, qui est venu passer un quart d’heure dans le kop; ils prennent conscience du poids du club dans la ville et dans les Cévennes : après le président Didier Bilange, la ville est le deuxième plus gros « partenaire « , ils ont refait la pelouse l’an passé, mais on parle d’une ville de 40 000 habitants, elle fait avec ses moyens. Il y a beaucoup à faire. On part d’une feuille blanche. On est limité. Sur le plan sportif, on vient de perdre notre buteur Abdoulaye Diaby parce que l’on ne peut pas s’aligner sur Thonon Evian qui a trois fois notre budget et qui est dans notre poule en N2. L’an passé, on n’a pas pu retenir non plus notre meilleur joueur, Maël Zogba, parti en National, à Epinal. On a des terrains d’entraînement dans un état catastrophique. Tout ça me fait dire que le N2, c’est déjà pas trop mal, et si le club monte en National, ce sera très bien.

Devant le bar des platanes.

Elle est comment, cette ville d’Alès ?
C’est une ville qui a vécu des temps difficiles à la fin des années 70 quand les mines ont fermé, avec un taux de chômage qui faisait partie des plus élevés de France, mais petit à petit, elle a réussi à relever la tête; il y a eu une petite impulsion au niveau de son économie, pas mal de nouvelles entreprises sont venues s’implanter. La ville est à la relance. C’est en train de payer : Alès est la ville d’Occitanie qui a le taux d’augmentation démographique le plus élevé après Montpellier : on gagne des habitants là où Nîmes en perd par exemple. On serait, d’après le dernier recensement, 44 000 habitants ! La ville a retrouvé un second souffle et on espère que ça va profiter au club. De plus, la mairie peut se servir du club en termes d’image : à la fin des années 80, quand l’équipe tutoyait les sommets de la Division 2, partout en ville on voyait une campagne d’affichage sur l’OAC, qui était alors le fer de lance des Cévennes, avec des panneaux partout. Et c’était vraiment ça, l’OAC : « le club des Cévennes ». C’était vraiment quelque chose. Toutes les entreprises du bassin alésien étaient partenaires du club et le soutenaient. C’est sur ça qu’il faut s’appuyer à nouveau.

A vous écoutez, cela nous rappelle un peu Gueugnon…
C’est fou, on voit les mêmes choses ! Je connais bien ce club, qui n’arrive pas à redécoller, qui est historique, sauf que Gueugnon s’est toujours appuyé sur les forges à côté, qui étaient le partenaire principal. Mais c’est encore plus flagrant à Gueugnon qu’à Alès, car là-bas, il y a le stade et rien d’autre ! Gueugnon, c’est 8000 habitants ! Quand tu es footballeur là-bas, tu n’as que ça à penser. J’ai beaucoup d’affection pour ce club. On est sur les mêmes valeurs. Des clubs comme ça, qui ont connu de belles heures, ont vu le football business arriver, et ils sont tombés. Ils n’arrivent pas à remonter et sont englués en N3. A Gueugnon aussi, ça pue le foot. C’est comme à Louhans, Montceau et même Thonon, dans les années 80… Ce sont des clubs que l’on voyait à La Prairie, il y avait aussi Rodez, Istres, Martigues… Oui, je dis « La prairie », parce que, pour moi, le stade Pibarot, c’est d’abord le stade de La Prairie, comme on l’appelait avant.

Le Kop cévenol héritage, à Martigues, en décembre dernier, en coupe de France.

Ce mercredi, les dirigeants de l’OAC reçoivent les supporters…
Je trouve que les supporters ne sont pas assez accompagnés. On est en N2, vous avez vu la ferveur ? J’ai déjà évoqué ce sujet en assemblée générale. J’en ai parlé au coach Hakim Malek. Je lui ai dit « Coach, chaque samedi, est-ce que vous voyez des équivalents de kop comme le nôtre, à part Cannes et Toulon peut-être ? » « Franchement, même Cannes et Toulon, ça n’est pas comme nous » a-t-il répondu. Il a vu que l’on était 50 à Martigues en coupe, 70 à Toulon, en N2, et on n’a pas les résultats pour nous. Si demain on est en National, on joue devant 2000 personnes à domicile et on a 100 personnes dans le kop, c’est ça qui est rageant. C’est frustrant parce que je sais le potentiel de cette ville, on le voit avec ce match de coupe face au Paris FC, ça frémit. Il y a toujours cette petite étincelle qu’ont les clubs historiques. Il suffit de pas grand chose. On va voir avec le club comment on peut faire pour avancer ensemble.

On n a pas parlé du Nîmes Olympique…
(rires) C’est tabou ! Alès-Nîmes, c’est la vraie rivalité. Y’a des mecs qui se sont inventés un derby avec Nîmes et Montpellier, parce qu’Alès a disparu du paysage, mais quand tu as connu les Alès-Nîmes des années 70/80, c’était autre chose que les Nîmes – Montpellier, vraiment, et en plus, on n’en a pas perdu beaucoup !

Alès serait-elle encore plus une ville de foot que Nîmes ?
Le foot est important aussi là-bas mais Nîmes, c’est quand même trois fois Alès en termes de population. Si Nîmes descend en N2, ce qui ne serait pas pour me déplaire, vous verrez qu’il y a aura plus de monde à Alès qu’à Nîmes… si on se maintient. Nîmes est une ville de foot, c’est indéniable, c’est un club qui a compté et qui a un palmarès aussi, mais je le répète, le club doyen du Gard, c’est Alès, le club le plus titré du Gard, c’est Alès. Les Nîmois n’aiment pas trop qu’on leur rappelle ça, mais c’est la vérité. C’est un peu comme Lyon et Saint-Etienne, la préfecture contre la sous-préfecture, les riches contre les pauvres… Dans les années 80, on disait que Nîmes était la banlieue d’Alès au niveau foot !

En 1970, à Alès, 20 000 spectateurs pour un match Nîmes-OM en coupe de France.

On voit bien que vous êtes obnubilé par Nîmes : pendant le match face au PFC, les gens suivaient en même temps leur 32e de finale à Orléans…
Bien sûr ! Il y a une rivalité qui ne s’éteindra jamais. L’été dernier, même en amical, on était 2000 au stade, on sentait qu’il n’en fallait pas beaucoup pour que l’étincelle se déclenche, mais ça reste du foot. C’est clair que la période que Nîmes vit actuellement, on ne vas pas pleurer, on n’a pas oublié que nous, on s’est retrouvé en Division d’Honneur et même une saison en DHR (en 2006-2007), alors peut-être que les mouches sont en train de changer d’ânes. Ils ont quand même d’autres moyens. Il y a beaucoup plus d’entreprises. Même si nous, petit à petit, ça revit, mais on reste enclavé, avec une population qui n’a pas un pouvoir d’achat transcendant. On fait avec nos petits moyens. Les Cévenols sont des gens qui ont une parole, qui fonctionnent un peu à l’ancienne : je suis d’origine corse, je me retrouve beaucoup dans les Cévenols, dont on a coutume de dire que ce sont un peu les Corses de l’intérieur. Il y a vraiment une identité, je le vois au niveau des joueurs comme Théo Peyrard, le vice-capitaine, ou Yann Djabou, le capitaine : ce sont nos symboles, des joueurs de club qui se dépouillent sur un terrain, des types qui ne vous trahiront jamais. On cherche à s’identifier à des joueurs comme ça, qui colle à la ville, au terroir, à la mentalité cévenole.

Le stade Pibarot a accueilli l’ancien capitaine du Brésil et du PSG, Rai, lors de la venue du Paris FC, dont il est l’un des actionnaires.

Pourquoi avoir accolé le mot « héritage » au « kop cévenol » ?
« Kop Cévenol héritage », c’est une façon de rendre hommage à l’ancien « kop cévenol », un des groupes de supporters mythiques, qui était avant dans la tribune Bois, celle où je suis rentré la première fois quand j’étais gamin. On était proche du terrain, ça sentait le cigarillo et la saucisse. Avec le mot « héritage », c’est une forme de respect et de reconnaissance envers eux. C’est un peu comme un retour vers le futur !

On a recréé ce club il y a 5 ans quand on était dans les bas-fonds, dans une brasserie d’Alès, avec Mickaël, qui s’occupe du site allez-ales.fr, Martial et Jean-Christophe, qui tient la page Facebook « Union pour le renouveau de l’OAC ». On a décidé de faire quelque chose et, deux ans après, le club a présenté son projet Cap 2024. Récemment, on a reçu Toulon en championnat, j’étais sur la pelouse, et quand j’ai vu le kop, j’ai eu les larmes aux yeux. Je me suis revu dans les années 70/80. J’étais comme un gamin. Ce soir-là, je me suis dit : « On est en train d’y arriver ! ». C’est du boulot, du temps, de l’argent et de la passion. Mais on a le sang bleu et blanc.

Jean-Marie Pasqualetti : « La routine ne doit pas s’installer »

Jean-Marie Pasqualetti, directeur sportif de l’OAC.

Il a pris sa première licence à l’Olympique d’Alès en Cévennes en 1990, quand il avait 16 ans, 4 ans après avoir suivi son papa, José, venu terminer sa carrière de joueur chez les Bleu et blanc (de 1986 à 1990), avant d’y entamer celle de coach. Depuis, Jean-Marie Pasqualetti n’a plus bougé, sauf une fois… Mais pas très loin : le Bastiais – « mais je me sens surtout Alésien » – a signé au Nîmes Olympique, où il a passé trois saisons en National (de 2003 à 2006). Sa seule infidélité. Pour le reste, l’ancien défenseur, aujourd’hui âgé de 49 ans, a tout vu, tout connu et tout vécu avec son club de coeur : la Division 2, la descente aux enfers (jusqu’en DHR) et aussi la (lente) remontée dans les championnats nationaux. C’est aussi à Alès que, après sa carrière de joueur, il a endossé le rôle d’entraîneur en DH et en CFA2, entre 2010 et 2016, avant d’endosser le poste de directeur sportif. Rare dans les médias, Jean-Marie Pasqualetti, qui préfère l’ombre à la lumière, évoque le projet « cap 2024 » et son rêve de voir un jour l’OAC retrouver le monde professionnel.

Jean-Marie, on a bien vu, avec ce match face au Paris FC, qu’il y avait une grosse attente à Alès…
Oui, et les Alésiens sont capables de revenir vite au stade, à condition qu’ils se reconnaissent dans l’équipe. Les affiches de coupe de France ont toujours une saveur particulière, et le public répond toujours présent : en 2011, alors qu’on était en DH (Régional 1), on avait éliminé Nîmes en National, la tribune était pleine aussi, contre Monaco aussi la même année, j’étais sur le banc en tant que coach. En championnat, quand on est monté de N3 en N2 en 2022, on a parfois eu 2000 personnes au stade. Il y a une histoire ici. Les Alésiens aiment le football. Ils ont en mémoire l’OAC des années 80. Cette saison, dans notre poule, en N2, il y a aussi Toulon, qui pour moi fait partie de ces clubs historiques, Thonon aussi, même si leur histoire est plus récente, et Cannes bien sûr. Et il y a eu Sète l’an passé. Ce sont des clubs, à l’instar d’Alès, qui ont compté dans le foot français.

Ce poids de l’histoire peut-il être un frein aux ambitions de l’OAC ? Ne vit-on pas trop dans le passé ici ?
Un frein, je ne pense pas. Depuis 2003, on a un peu disparu de la vie des Alésiens après cette descente de National en DH, si bien que le club n’a pas eu trop de références durant ces 20 ans, à part peut-être au travers de quelques matchs de coupe, ou lors des accessions de DH en CFA2 (en 2013) puis de National 3 en National 2 (en 2002), où l’engouement était bien présent. Ce n’est pas un frein : je vois ça comme une difficulté, un défi, celui de remontrer aux Alésiens qu’il y a un bon club, qui existe depuis longtemps, et qu’il y a un train qui a redémarré, avec de nouvelles ambitions.

Hakim Malek, le coach de l’équipe de N2.

Justement, le président Didier Bilange avait lancé le projet « Cap 2024″… or 2024, on y est : et sans préjuger de ce qui va se passer cette saison, sera-ce un échec si l’OAC n’est pas en National ?
Non, parce que le projet Cap 2024 a été posé sur la période de la Covid. En fait, avant ça, on était un club actif mais on n’affichait pas encore des ambitions qui permettent d’avoir des échéances de progression et de structuration, ni qui permettent aux supporters alésiens de voir quelles étaient nos perspectives. A partir du moment où le projet Cap 2024 a été exposé et validé, la démarche a été de l’expliquer en interne puis aux gens de l’extérieur. D’un coup, le club est redevenu très ambitieux pour les années a venir et la première étape de ces ambitions, c’était que le club, autour de 2024, ait pu commencer à se restructurer à tous les niveaux, administratif, financier, sportif. C’était aussi que le club, autour de 2024, soit un vrai club de National 2 prétendant à la montée avec l’ambition finale d’être en National. C’est pour ça que si on n’accède pas en National cette saison, on restera tout de même sur une idée de progression et de continuité … si on finit mieux classé que la saison passée, c’est à dire si on finit mieux que premier non-relégable. En fait, c’est simple : si on termine moins bien classé, ça sera une descente en N3, voilà. Du coup, on est condamné à faire mieux que la saison passée. Et donc, si on y arrive, on sera dans une forme de continuité, de progression, de structuration, d’avancée.

Ne pas accéder en National ne serait donc pas un échec ?
Il est évident que la montée en National, ça serait un échec si on n’y arrivait pas à notre 3e année de National 2, mais l’essentiel, pour nous, c’est d’avoir une vision à long terme sur le club et de se dire « comment on peut continuer à le structurer ? ». Si on est amené à rester en N2, cela ne remettrait pas en questions nos ambitions. Mais le danger, ce serait de rentrer dans une routine comme on l’a fait en N3 où l’on est resté longtemps (neuf saisons) avant de monter. On s’est rendu compte qu’en étant ambitieux un peu plus tôt, on aurait peut-être déclenché cette accession en N2 plus rapidement. Donc pour nous, idéalement, le National 2, ce serait pour 3 ou 4 ans avant d’enchaîner sur autre chose.

On a l’impression que le club est à un virage…
Dans notre réflexion, on sait que le National est difficile, tant pour y accéder que pour y rester, et avec la réforme de la FFF, le niveau va se resserrer, et il faudra vraiment faire partie des meilleures équipes. Pour y arriver, il faudra des bases solides, tant structurelles que financières, parce que le sportif, on ne le maîtrise jamais. On peut estimer avoir une équipe qui va jouer la montée et puis descendre, et inversement. Le sportif reste la partie aléatoire. Ce que l’on veut, c’est qu’à partir du moment où le sportif nous permettrait de franchir cette étape là, d’aller en National, les à côtés fassent que l’on puisse être en capacité de se stabiliser, à travers un budget, des partenaires, une organisation. Je pense que ce virage dont vous parlez, on l’a déjà pris déjà en sachant que si on passait de N3 en N2, ce qui est arrivé l’an passé, on changerait déjà un peu de monde, en raison de la concurrence, des budgets, de la DNCG, etc. On s’était déjà un peu préparé à ne pas dépendre que du sportif. Le tournant était déjà là, en posant ce projet « cap 2024 », qui a obligé à réfléchir aux échéances à moyens termes, financièrement et au niveau des infrastructures, du budget, etc. Du coup, le maintien ou la non accession ne nous fera pas basculer dans le fossé.

Vous le trouvez comment ce championnat de N2 ?
Je le trouve très intéressant et d’un bon niveau, il y a des matchs d’une grand intensité et beaucoup de très bons joueurs : souvent, ce sont des garçons recalés de centres de formation, qui se retrouvent en N3 ou N2 à 20 ans et qui, quelques années plus tard, avec un peu plus de bouteille, deviennent de très bons joueurs de N2. C’est un bon championnat, relevé. Tout le monde dit que la poule sud est est la plus difficile, je peux l’entendre mais je n’en suis pas convaincu. On rencontre de belles équipes et c’est plaisant. Il y a un fossé entre le N3 et le N2, avec des joueurs quasi professionnels, qui n’ont la tête qu’au football.

Souvent, on entend que dans cette poule sud, les terrains sont en moins bon état, qu’il y a plus de duels, beaucoup de derbys…
La poule sud est est plus serrée athlétiquement, il y a des des paroles, parfois de l’intimidation, mais le niveau est bon. On n’a pas rencontré beaucoup d’équipes qui fermaient le jeu. Après, on a peut-être cet « avantage » de ne pas jouer beaucoup de derbys, donc il y a moins l’emprise régionale, de part notre situation géographique. Dans le sud ouest par exemple, il y a peut-être un plus grand plaisir à produire du jeu. Maintenant, en Rhône-Alpes ou en région parisienne, ça ne doit pas être facile non plus de jouer.
La place d’Alès, selon vous, aujourd’hui, c’est laquelle ?
Ce club peut aller en National. Il y a un public qui répond présent. Après, Didier Bilange, le président, souhaiterait que, suite au projet « cap 2024 », le club puisse redevenir professionnel. Il n’y a pas 36 façons d’y arriver. Il n’y en a que deux : cela passe soit par une accession en L2 d’ici quelques années, mais il y a beaucoup de chemin pour y arriver, ou alors, il y a une autre possibilité d’y arriver, si le National passe pro. Pour l’instant, le seul chemin pour y parvenir, c est la Ligue 2. Mais on est loin d’être un club de Ligue 2. En revanche, avec le National, on n’aurait pas à rougir.

Quid de vos infrastructures ?
Le stade Pibarot, jusqu’à il y a 2 ans, servait à la fois pour les matchs et pour les entraînements aussi. La collectivité a investi sur une nouvelle pelouse la saison dernière ce qui nous a permis d’avoir un bon terrain et de basculer sur un terrain d’entraînement, le terrain du Moulinet, le terrain historique puisque c’était déjà là que je m’y entraînais quand j’étais pro à l’époque de la Division 2. La difficulté, c’est le nombre de terrains pour l’ensemble du club. Il faudrait que l’on arrive à avoir 2, 3 ou 4 terrains supplémentaires avec une utilisation exclusive du club. Deuxième point, qui n’est pas propre à la ville ou au club, c’est la capacité d’entretenir les pelouses, que cela soit l’été avec l’été avec les contraintes d’arrosage, l’hiver quand elles s’abîment vite, etc. On travaille aussi sur l’amélioration de notre outil de travail, qui est un axe de notre projet cap 2024 : mais c’est un des points les plus lents, parce que trouver des terrains, construire, aménager, cela ne se fait pas du jour au lendemain. En résumé, compte tenu de notre ambition sportive, il faudra automatiquement que cela s’accompagne par une meilleure qualité de l’outil de travail.

Souvent, pour réussir, on dit qu’il faut allier le côté populaire, le tissu économique et la volonté politique : Alès a-t-il tout ça ?
On n’a pas un bassin économique très grand si l’on compare avec nos voisins montpelliérains ou même nîmois, après, cela faisait longtemps que le club avait disparu. cela faisait 20 ans qu’il avait quitté le N2. Les entreprises ont un peu oublié le foot, mais la coupe de France et la montée qu’on a vécue il y a un an et demi ont montré que les gens étaient attentifs aux signaux qu’on leur donnait, comme avec ce match face au Paris FC, où il y avait plus de 3000 spectateurs. On existe, on a besoin des entreprises comme partenaires financiers, il y a de l’activité, de la vie. Même si les grosses entreprises d’il y a 40 ou 50 ans ont plus ou moins disparu, d’autres, plus petites, se sont installées à Alès, où il y a un certain renouveau et un certain dynamisme depuis plusieurs années. Et la Ville, au travers de son maire Max Roustan et de son premier adjoint Christophe Rivenq, ont toujours soutenu le club et le soutiennent toujours : ils sont attentifs à cela, et font en sorte que les entreprises du bassin recommencent à aimer le foot et si possible participe au financement du football alésien. Il y a aussi une démarche à faire de notre part : on doit montrer qu’un club de National 2, et a fortiori un club de National, a un impact économique et financier pour les entreprises ou les partenaires, en matière d’hôtellerie, de restauration, de la vie des licenciés, etc. Le foot est une activité économique, même si en N2 aujourd’hui, cela coûte beaucoup plus cher qu’avant, et que cela demande des moyens. Mais cela génère aussi de l’activité.

Quel budget avez-vous cette saison en N2 ?
L’an passé, nous avions 1,5 million d’euros et cette année, nous avons 1,7 million. On savait, dans notre projet cap 2024, qu’en passant de N3 avec 800 000 euros, il faudrait en arriver là. C’était prévu et si on accède en National, le budget est anticipé et ciblé, et potentiellement atteignable compte tenu du bassin économique.

Un dernier mot sur les supporters : c’est rare de voir autant de ferveur en N2…
C’est rare de voir autant de personnes investies à ce niveau, c’est vrai. C’est bien, et ça fait partie des éléments nécessaires dans la vie d’un club, de la capacité à créer une ambiance à Pibarot. C’est bien qu’il y ait de plus en plus de personnes qui aient envie d intégrer le kop des supporters et, à l’image de notre ambition, on a toujours gardé la philosophie d’un club professionnel, même si notre projet date de 3 ou 4 ans. On se doit aussi d’aller dans ce sens-là au niveau des supporters, qui sont de plus en plus nombreux. Maintenant, il faut voir quels liens il peut y avoir entre le club et eux, comment fonctionner avec eux et dans quels domaines, et que veulent-ils exactement. Mercredi (demain), nous les rencontrerons, ce sera le moment d’exposer les attentes des uns et des autres. Je sais par exemple que le Kop cévenol héritage ne fonctionne pas en association : on l’a vu au 8e tour de la coupe de France, quand on s’est déplacé à Martigues, cela engage des responsabilités. Il faut fixer des cadres.

Texte : Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr – Twitter @BOYERANTHONY06

Photos : Olympique d’Alès en Cévennes et DR.

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Depuis près de 30 ans, le photographe, connu comme le loup blanc chez les amateurs et les professionnels, répertorie et classe ses fiches sur les joueurs et les clubs, comme dans un dictionnaire. Ce travail d’orfèvre, il aimerait l’utiliser pour refaire un guide, comme le « DT Foot » dans les années 2000. Portrait d’un homme attachant, passionnant, qui a fait du championnat National son terrain de jeu favori.

Un jour, Philippe Le Brech a sonné à la porte du domicile de Denis Troch, à Saint-Germain-en-Laye. A l’époque, « C’était en 1999 je crois », Philippe remplissait déjà des fiches sur des joueurs et des clubs pour alimenter son « Guide du football ». Surtout, il savait que l’ancien coach adjoint d’Arthur Jorge au PSG (1991-94) et coach principal à Laval (1994-97) et au Havre (1997-89), consultant à la télé, était très féru de statistiques, de chiffres, de données en tout genre. Sans cette rencontre, le dictionnaire du football, le Quidfoot (le nom de la première édition), devenu ensuite le fameux « DT Foot » (DT pour « Denis Troch »), n’aurait pas vu le jour. Les deux hommes ont croisé leurs compétences et allié leur passion pour donner naissance à ce guide, ce dictionnaire, cette encyclopédie, cette bible, n’ayons pas peur des mots, ce livre de chevet indispensable. Une vraie mine d’or ! Au total, il y eut 7 éditions du DT Foot, entre 2000 et 2007. Du jamais vu à l’époque.

« J’ai connu Philippe avant le DT foot, rembobine Denis Troch, reconverti dans la préparation mentale, le coaching et le management, et qui a lancé l’application mobile « Parcours parenthèses » (*). Un jour, il est venu chez moi et il m’a dit « Voilà , je sais que tu es féru de statistiques », et c’est vrai que je faisais beaucoup de statistiques à l’époque, pour Canal, pour TPS, et il m’a présenté sa base de données, son annuaire; ça m’a intéressé et on a collaboré ensemble pour ce qui allait ensuite devenir le « DT foot ». Mais au départ, Philippe avait des données jusqu’en CFA (N2) mais moi, je lui ai dit qu’il fallait aller jusqu’en Division d’Honneur, puisque personne ne le faisait. On est parti sur ce délire. Ce fut un investissement total et un travail considérable de sa part et aussi de la part de mon épouse Odile et de Ludovic Billac, et ça a duré 7 ans. »

Le fameux « DT Foot », le dictionnaire du foot.

Quand on parle de bible, forcément, ça parle au journaliste Arnaud Tulipier, 24 ans de présence à France Football, la « vraie » bible du football, qui s’est intéressé de près au projet « DT Foot ». D’ailleurs, chaque année, il en commandait plusieurs exemplaires pour sa rédaction. « Philippe, je le connais depuis près de 30 ans ! Au départ, je l’ai connu via son associé de l’époque, Ludo Billac. J’étais encore à But! Ensuite, grâce au DT Foot, on s’est croisé sur les terrains, il me rendait visite à France Football, je l’ai trouvé attachant. C’est quelqu’un qui m’a touché. Il est débrouillard, il a un réseau de dingue, il connaît plein de monde. C’est un amateur de foot au sens pure du terme. Il connaît plein de monde. On s’est bien entendu, on avait des atomes crochus, et aujourd’hui, c’est un vrai ami. »

« Je suis perfectionniste »

A Rennes, chez lui, à son bureau, en train de mettre à jour ses fichiers.

Sans le DT Foot, Philippe Le Brech ne serait peut-être pas connu comme le loup blanc… encore que, même pas sûr ! Parce qu’à force de promener partout sa silhouette, toujours vêtu de son fameux chasuble « photographe », l’on s’est habitué à le voir, à lui parler, à l’écouter, à l’entendre s’exprimer, parce que, il faut bien le dire, le Parisien, qui vient de fêter ses 53 ans (le 9 janvier), a du caractère ! L’homme, un peu râleur et entêté – « Je suis perfectionniste, en fait » – cache une personnalité très attachante. Il est touchant, serviable et d’une grande générosité.

« Il a le coeur sur la main » poursuit Arnaud Tulipier, qui a lancé l’application « 90Football » (également disponible sur YouTube) après son départ du groupe Amaury. « Il rouspète si on ne lui demande pas un numéro ou une photo ! Il est comme ça, généreux. J’ai fait des reportages grâce à lui : je me souviens d’une vidéo avec tous les joueurs français finalistes de la dernière coupe du monde, dont les 3/4 sont passés par les équipes de France jeunes : on a pu récupérer toutes les photos d’eux quand ils étaient jeunes entièrement grâce à lui ! Si je n’avais pas eu cette matière première, je n’aurais rien pu faire. »

Et Tulipier de poursuivre : « Il a parfois des obsessions, alors je lui dis « calme toi », mais il est hyper-attachant, je l’aime beaucoup. Son caractère râleur est un petit vernis qui ne tient pas longtemps. Quand j’ai eu des coups de moins bien, il était là. Il est extrêmement généreux, bienveillant. Il n’y a pas beaucoup de gens comme lui. »

Laurent Pruneta, journaliste au Parisien (et collaborateur pour @13heuresfoot), raconte cette anecdote : « Quand ma maman est décédée en 2011, c’est lui qui a organisé une collecte auprès de mes collègues du Parisien qu’il connaissait bien, des patrons du restaurant japonais où on allait tout le temps, pour acheter un bouquet; ça résume l’homme. »

Un globe-trotter

Jérôme Bouchacourt, le rédacteur en chef du site « Footamateur.fr », qui fête ses 10 ans d’existence cette année, connaît bien l’énergumène : ils collaborent ensemble pour le site. « Philippe, il est parfois un peu chiant mais je l’aime beaucoup ! » résume-t-il. « On a appris à se connaître, à force de se rencontrer sur les terrains, parce qu’au début, ce n’était pas ça ! On collabore ensemble depuis le début de l’aventure « Footamateur.fr » ! On s’appelle quasiment tous les jours. Aujourd’hui, 90 % des photos du site Footamateur.fr sont les siennes. Je l’appelle « Le globe-trotteur du foot amateur » ! Il est incroyable, il appelle parfois d’autres acteurs du milieu du foot pour se déplacer avec eux sur un match ! La saison passée, pour le match de coupe de France entre Vire et Caen, il a pris un train pour rejoindre quelqu’un du Nord qu’il ne connaissait pas et qui allait au même match, et ensuite, ils y sont allés ensemble ! C’est un ours attachant, qui a le coeur sur la main. Il connaît tout le monde. Il met en relation des gens. Quand tu as besoin de lui, il est là, mais c’est vrai… quel caractère ! Je me souviens d’une scène à l’aéroport de Nice, en juin 2022, quand je suis allé avec lui à l’assemblée générale de la Fédération, on lui a fait vider tout son sac, il n’était pas content mais au final tout s’est bien passé ! »

Fan du Red Star

C’est vrai que Philippe Le Brech, qui a grandi à Saint-Ouen, fan de la première heure du Red Star, où il a même joué en poussins, pupilles et minimes – « Mais j’ai arrêté car je n’étais pas parmi les meilleurs et les horaires ne collaient pas avec l’école. En plus, je n’ai jamais compris pourquoi je jouais ailier gauche alors que j’étais droitier ! » -, possède un carnet d’adresses long comme le bras. Et il en fait profiter les autres.

Stéphane Delaveau, le directeur de l’agence de presse Lebourg (APL), spécialisée dans la diffusion d’informations à la presse quotidienne régionale, peut en témoigner : « J’ai connu Philippe il y a 25 ans quand le Red Star, à cause d’un problème de délocalisation, a quitté le stade Bauer pour aller jouer à La Courneuve. J’allais voir les matchs, je l’ai croisé, on s’est rencontré, et c’est lui qui m’a mis en contact avec la famille Lebourg, de l’agence de presse Lebourg. Au départ, j’étais pigiste, car j’avais mon travail à côté, et puis j’ai racheté l’agence au décès brutal de Monsieur Lebourg, son fondateur, et aujourd’hui, elle a 35 ans. Philippe, c’est quelqu’un d’entier, avec les qualités et les défauts qui vont avec. Il est parfois excessif, et confond rigueur et rigorisme ! Mais il te donne son amitié et sa confiance entièrement. L’agence APL fait des photos pour la Fédération Française de football sur les matchs des équipes de france jeunes, et c’est Philippe qui en fait une bonne partie. »

« Il a de vraies connaissances sur le football (Arnaud Tulipier). On se fait des quizz de temps en temps, je m’incline souvent ! Bon, il a quand même une mémoire très sélective : parfois, il ne se souvient pas d’un score de Ligue des Champions d’il y a 2 ans mais il va te ressortir des trucs très précis sur des anciens matchs de seconde zone ! Il est vintage ! »

Disquaire et vendeurs de cartes de collection de sports américains

Chez Philippe Le Brech, l’appareil photo n’a pas toujours été son meilleur compagnon. D’ailleurs, rien ne le prédisposait vraiment à s’orienter vers ce métier. Le garçon, qui aime répéter qu’il est né presque en même temps que PSG (lui en 1971, le PSG en 1970), a fait de la comptabilité en lycée professionnel (il a un Bac-Pro secrétariat-comptabilité) et plusieurs « petits » boulots, comme disquaire dans l’ancienne enseigne « Nuggets », vendeur de cartes de collections de sports américains dans un magasin du quartier des Halles, avec comme client le basketteur Joackim Noah, le fils de Yannick Noah, et également Christophe Drouvroy, l’actuel directeur des compétitions nationales à la Fédération !

C’est le « DT Foot » et sa rencontre avec Denis Troch qui a tout changé. « Je m’étais constitué un petit fichier sur le championnat National, c’était lors de la dernière saison à deux poules, en 1996-97, il n’y avait pas de guide pour cette division là, ça s’arrêtait à la Division 2. J’ai rencontré Ludovic Billac sur les terrains de la région parisienne, qui faisait des fiches lui aussi, et ensemble, on a créé une base de données. On a lancé un bouquin l’année suivante, « Le guide du football », par Sportfootball, aux éditions Arcadia. J’ai fait ça par passion. On l’a arrêté en 1999. Ludovic avait des appareils photos argentiques, il m’en a prêté un, et c’est comme ça que j’ai commencé à faire des photos de joueurs en portrait, pour alimenter la base de données. Et vers 2004/2005, je me suis mis au numérique. »

Entre-temps, donc, il y a eu cette rencontre avec Denis Troch : « Je le connaissais un peu car il avait joué au Paris FC et au Red Star, il a été coach adjoint au Matra Racing, et j’allais voir les matchs, j’allais aux entraînements. En fait, quand on a lancé DT Foot, au même moment, Amiens l’a contacté pour entraîner, du coup, c’est Odile, son épouse, qui a pris le relais, même si lui a gardé un oeil dessus. J’avais un CDI. La boîte s’appelait DT Sport International. Cela a duré de 2000 à 2007. Mais c’était compliqué, on ne gagnait pas assez d’argent. C’est dommage, parce qu’on était vraiment fiable, alors que sur Internet, il y a beaucoup de conneries ».

« Sortir un nouveau produit référence »

Ce qui est fou chez Philippe Le Brech, c’est que même si le DT Foot s’est arrêté en 2007, lui continue de remplir ses fiches et de faire ses photos d’équipes et de joueurs en portrait comme si de rien n’était ! Comme si l’activité n’avait jamais cessé ! Parce que, au fond de lui, il nourrit ce rêve : il aimerait que quelqu’un s’intéresse de près à ses précieuses archives et à sa multitude de données, afin, pourquoi pas, de sortir un nouveau produit référence. « Si demain quelqu’un met de l’argent, je dis OK, on pourrait faire un site web, en accès payant; ça me passionnerait de le refaire et en plus, j’ai vraiment de quoi alimenter ! Mais il faut des moyens. J’ai eu des contacts, mais il n’y a rien eu de concret. »

En attendant, il continue d’écumer les stades de football, essentiellement dans toute la partie Nord de la France, que cela soit pour son activité de prestataire ou bien enrichir ses fameuses fiches papiers : « Elles sont mises à jour et classées par club et ça prend un peu plus de place que les photos. J’ai plein d’archives. Et j’ai profité de la Covid pour tout bien trier, ranger, cataloguer, de la Ligue 1 au National 3, puis par Ligue, puis par pays pour le foot étranger, etc. »

Et c’est en cela qu’il peut paraître un peu agaçant pour certains, car il fait fi des codes et des règles « pas toujours utiles » qui ont cours dans le milieu du foot. « Philippe, c’est est un futé ! Il est partout et nulle part, c’est un zébulon, poursuit Denis Troch; Il est plein de bon sens, malin. Il connaît énormément de monde, il est débrouillard et efficace. Il n’est pas envahissant, mais juste présent. »

Un sacré tempérament

C’est pour ça qu’il n’est pas rare de le voir tenir une discussion animée mais toujours dans le respect, avec, par exemple, un responsable com’ d’un club, un officiel ou un agent de sécurité, car avec lui, ce n’est jamais « Halte là, on ne passe pas ! » Philippe a sa version sur le sujet : pour lui, cela dépend des clubs et de la manière dont ils accueillent les gens. « Ya des clubs où certains responsables de la communication ou de la sécurité, à qui on octroie un pouvoir, se prennent pour des rois et t’imposent tout et n’importe quoi sans que tu aies ton mot à dire. On ne peut pas discuter avec eux. Déjà, les personnes qui travaillent à la communication, qui ne répondent pas au téléphone ou qui ne rappellent jamais, ça m’énerve : pourtant c’est leur boulot, ils bossent à la CO-MMU-NI-CATION mais en fait, ils ne communiquent pas ! »

On vous l’a dit, un sacré tempérament ce Le Brech. Et un sacré débrouillard aussi : le système D, il connaît par coeur. Pour se rendre sur un stade, tous les moyens sont bons avec lui, du moment, surtout, qu’il arrive à bon port sans dépenser ce qu’il n’a pas. Et surtout, il a un sens du détail comme personne. Maniaque ? « Il a une démarche presque monacale, renchérit Arnaud Tulipier; il est capable de faire beaucoup de kilomètres juste pour aller faire remplir des fiches à des joueurs, juste pour les mettre à jour ou prendre une photo parce que le joueur a changé de coupe de cheveux ! Je me souviens que Denis (Troch) avait parfois du mal à boucler son « DT foot » et me disait qu’il bossait avec deux malades, son épouse Odile et Philippe, parce qu’il manquait toujours un truc, une photo d’un joueur, et comme Philippe est jusqu’au boutiste, il voulait toujours la dernière photo, la plus récente. C’est ça qui est incroyable avec lui. Il a une exigence du détail et une implication que d’autres, qui ont pourtant plus de moyens financiers, n’ont pas. Pour toutes ces raisons-là, ce qu’il fait est très respectable et estimable. Il est dans ces détails là. Il continue le « DT Foot » alors qu’il n’existe plus, qu’il y a plus de maison d’édition, mais il veut avoir les fiches de tous les joueurs. Philippe, c’est le gars qui a le plus de numéros de téléphone en France dans le foot ! Pour ça, il est précieux. Il a une vision du foot un peu romantique, qui fait du bien, à la fois nostalgique et puriste au sens noble du terme. »

L’art du système D

« Il est exceptionnel et très débrouillard, ajoute Jérôme Bouchacourt ! Quand il se déplace, il prend le train, il prend Blablacar, il fait du stop, c’est le système D poussé à son paroxysme ! »
Ce soir, il sera, comme souvent, au bord d’un terrain, pour le match Red Star – Orléans, à Bauer, en championnat National. Son championnat. Celui qu’il préfère. Il aura son appareil photo, comme d’habitude. Il en profitera peut-être pour mettre d’autres personnes en relation ou pour rendre des services. « Philippe, c’est un gars, il va donner sa chemise pour toi, il va se mettre en quatre toi, conclut Arnaud Tulipier; Une fois, il m’a eu une accréditation au stade de France pour un match de coupe du Racing, alors que je n’avais pas pu l’avoir avec France Football. Il connaît tellement de monde…! »
Ce réseau, il espère l’utiliser aussi pour mieux gagner sa vie. Car il ne le cache pas, ce n’est pas toujours évident financièrement : « C’est dur, lâche-t-il. Je suis prestataire régulier pour la Fédération Française de football, via l’agence APL, et ponctuellement, je fais des piges pour les journaux. C’est pour ça que je minimise les frais au maximum quand je me déplace. Je fais ça par passion, Et bien, je suis ouvert aux propositions ! »

Et, accessoirement, Philippe collabore pour 13heuresfoot ! Alors, merci Philippe !

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Philippe Le Brech, du tac au tac

Il paraît que tu as déjà entraîné ?
Oui (rires) ! J’ai coaché l’équipe du Parisien dans deux tournois de « Five », et on a gagné les deux tournois, dont la première fois contre Canal +, coaché par Pierre Menès.

Comment es-tu devenu photographe ?
Par hasard et par nécessité. C’est devenu passionnant grâce au numérique, qui facilite pas mal de choses.

On dit que tu es une référence dans le foot amateur, d’ailleurs la paire Emmanuel Moine – Vincent Magniez le répète souvent lors des retransmissions des matchs de National sur FFF TV (vidéo)…
Référence, c’est un bien grand mot, car je n’ai pas la reconnaissance financière qui devrait normalement en découler. Mais je fais mon travail avec passion et application. Oui, ils disent que je suis une légende du National.

Vidéo : le soir où la paire Magniez-Moine a dit de Philippe qu’il était une légende !

Pourquoi préfères-tu le foot amateur au foot pro ?
Parce que, jusqu’au National, c’est du foot, après, pour moi, c’est du business, même si ça commence aussi à le devenir en National, par la force des choses, car il y a de plus en plus de clubs pros qui descendent à cause de la nouvelle réforme. Mais en National, il y a encore l’amateurisme du championnat.

Avec Didier Deschamps et Hervé Renard.

Meilleur souvenir de photographe ?
Le match Reims – Amiens, à la dernière journée en Ligue 2 (le 20 mai 2017), quand Emmanuel Bourgaud a marqué à la 96e et envoyé les Picards pour la première fois de la saison en Ligue 1. J’ai eu des frissons comme rarement, alors que, pourtant, je n’ai pas plus d’affinité que ça avec Amiens, mais c’est toute la situation qui a fait que… Tous les matchs étaient terminés, Lens pensait qu’ils étaient barragistes, c’était la dernière journée, la dernière seconde… C’est tout un contexte. Je ressens encore des trucs rien qu’en en parlant. C’était un scénario improbable. On ne le vit qu’une fois. C’était irréel. J’avais l’impression d’être déconnecté, d’être dans un monde parallèle. En plus, j’avais fait la photo de l’équipe d’Amiens avant le coup d’envoi et celui qui a marqué, Bourgaud, n’est pas dessus, car il était remplaçant !

Sa photo préférée : l’île Louet, au large de Carantec, en baix de Morlaix.

La photo dont tu es le plus fier ?
Ce n’est pas une photo de foot, c’est celle que j’ai en couverture sur ma page Facebook et encadrée dans mon salon.

Une photo de foot marquante ?
Le 26 février 2014, Nice gagne 7 à 2 à Roudourou face à Guingamp. Ce soir-là, l’Azuréen Carlos Eduardo met un quintuplé. Voir autant de buts d’un seul joueur n’était plus arrivé depuis Tony Kurbos avec Metz en avril 1984 (il avait marqué 6 buts lors du succès 7-3 face à Nîmes) ; le lendemain du match Guingamp-Nice et les jours suivants, j’ai les photos d’Eduardo dans tous les quotidiens et hebdomadaires sportifs. Il y a même eu des photos dans la presse Brésilienne ! La plupart des photographes étaient en face, côté Guingamp. J’étais au bon endroit au bon moment.

Pire souvenir ?

L’année où Les Herbiers va en finale de la coupe de France, je suis au match Auxerre – Les Herbiers (8e de finale, en février 2018), sous la neige, et mon boîtier tombe en panne au bout de 10 minutes… Je suis resté quand même car après je devais rentrer en covoiturage à Paris. J’ai passé presque tout le match à faire les photos avec mes yeux ! Quelle frustration ! Mon téléphone, lui, n’était pas assez bien pour faire des photos utilisables. ! Depuis ce match, j’ai toujours au moins un autre appareil dans le sac. J’ai un autre souvenir : c’est lors d’un match Angers – Caen en L2 (septembre 2017), quand Billy Ketkeophomphone se blesse gravement, juste devant moi, j’ai la photo… qui passe le lendemain en pleine page de l’équipe.

Zoom ou téléobjectif ?
Les deux ! J’utilise le 80-200 et aussi le 70-200, le 24-70, le zoom, le télé, tout dépend de mes besoins en fait.

Couleur ou noir et blanc ?
Couleur !

Argentique ou numérique ?
Numérique, forcément ! On voit tout de suite le travail que l’on a fait.

On te parle encore du DT Foot ?
Oui, ça arrive régulièrement, et j’aimerais bien que ça reprenne.

Premier souvenir de match avec le Red Star ?
C’était quand le Red Star jouait en Division 4, saison 1980-81, contre Raismes je crois. C’est le premier match qui me viens à l’esprit.

Premiers souvenirs de football ?
Ce sont les multiplex à la radio, lors des soirées de championnat fin 70 début 80, la Coupe du Monde Argentina 1978, les matchs de Coupe d’Europe de Bordeaux, Saint-Etienne, Nantes… et aussi les matchs de Division 2 du Stade Français avec, la même saison, ceux du Red Star, à Bauer en D3, car les deux clubs se partageaient le stade cette saison-là.

Le stade où tu aimes bien travailler ?
Dans des stades lumineux. Mais je préfère travailler en diurne, et dans des stades où je suis bien accueilli.

Le stade où tu n’aimes pas travailler ?
Dans les stades où la lumière est pourrie ! Et où l’accueil n’est pas top : aujourd’hui, ça devient un peu n’importe quoi, on ne peut plus rien faire ! En 2019, j’étais en vacances en Irlande avec ma femme Joëlle et il y avait la phase finale de l’euro U17. Je me suis dit « tiens, pourquoi ne pas aller sur un match de l’équipe de France, faire des photos pour la FFF ? ». L’organisation a été super sympa, j’ai obtenu une accréditation sans aucun problème, l’accueil était top, tout était dans la bienveillance. En France, c’est tout l’inverse, on n’est que dans le négatif, dans la répression, c’est fatiguant et usant. On a pas mal de leçons à apprendre des autres pays.

Les stades « compliqués » ?
Dans les clubs où certains responsables communication ou responsables de la sécurité à qui on octroie un pouvoir se prennent pour des rois, t’imposent tout et n’importe quoi sans que tu aies ton mot à dire. On ne peut pas discuter avec eux. Les gens de la communication qui ne répondent pas ou qui ne rappellent jamais, ça aussi, ça m’énerve : ils bossent à la CO-MMU-NI-CATION mais ne communiquent pas et pensent tout connaître !

Combien de photos par semaine ? Par an ?
Par an, entre 100 000 et 130 000, je fais une bonne centaine de matchs, ça va vite.

Combien de photos par match ?
Ça dépend, ça peut monter jusqu’à 1500 ou 1600, mais ça peut être aussi 600 ou 700.

Combien de kilomètres par an ?
Là aussi, ça dépend, mais j’en fais beaucoup moins qu’avant. Une année, j’ai pris une voiture de location pour la période estivale, j’ai fait 20 000 kilomètres, j’étais allé partout !

Le meilleur accueil ?
On est souvent mieux accueilli chez les amateurs que chez les pros où, couramment, ils délèguent au syndic de presse et là, c’est « tu te démerdes ! » En plus, certains syndics n’ont pas forcément les aptitudes pour gérer les médias.

Entraîneurs préférés ?
Y’en a plein, ceux avec qui je discute, qui sont contents de me voir, certains qui étaient joueurs avant. Ceux qui ont vraiment la même passion du football et qui pourraient passer des heures à débattre sur ce sujet.

Une idole de jeunesse ?
Je n’idolâtre personne mais j’aimais bien Pelé, que j’ai rencontré deux fois et qui m’a fait une dédicace personnalisée.

Un président ?
J’aimais bien Loulou (Louis Nicollin, président de Montpellier), il n’avait pas sa langue dans sa poche, c’était un personnage.

Avec la coupe de France

Des amis ?
Arnaud Tulipier, Christophe Pollet (le papa de Valère Pollet, ancien joueur de Calais, Lille B, QRM, Red Star, actuellement à Furiani en N2), Fred Cochez, qui a été recruteur à Sochaux et qui est recruteur Grand Nord pour Montpellier maintenant, je l’ai connu lorsqu’il entraînait au Red Star. Et aussi Benoît Datin, dont je vous conseille le site web http://www.deux-zero.com c’est une mine d’info, notre est un peu dû au hasard mais elle devait se faire.

En dehors du foot, tu fais quoi ?
J’aime bien sortir avec ma femme, cuisiner, aller au cinéma (principalement pour voir des films français dont l’emblématique « Coup de Tête » qui est ma madeleine de Proust »). Les block-busters américains où il y de la violence pendant 1h30 ne m’intéressent pas. La saga « Star Wars », elle, est à part. J’aime bien regarder des séries : dernièrement j’ai découvert « Astrid et Raphaëlle » qui met en lumière l’autisme, et « l’Art du Crime », une série policière décalée. Ted Lasso, une série atypique sur le foot. J’aime écouter de la musique (années 70-80, Pop-Rock Disco et variété francophone). J’aime aussi faire des quiz (avec Arnaud Tulipier par exemple !), me détendre en profitant du soleil breton qui est bien plus souvent là que la pluie comme la mauvaise croyance populaire le prétend !

Le milieu de la photo ?
Dans l’ensemble, ça va, c’est juste que les anciens, t’as l’impression que tu vas leur bouffer leur pain, ils ne sont pas très ouverts mais il y en a de moins en moins et je commence à en faire partie (sic) alors j’essaie de ne pas être comme cela et d’avoir de la bienveillance et de l’écoute envers mes confrères et surtout mes consœurs qui ne sont pas toujours bien appréciées car le foot en général reste un milieu très macho. Un exemple ? Il y a près de 5 ans, lors d’un quart de Finale de Coupe de France, il y avait au moins 20 ou 30 photographes et j’ai été le seul à parler avec une jeune femme qui débutait dans la photo de foot, mais qui avait déjà une longue expérience dans un autre sport. Depuis, avec le temps, on est devenu amis (c’est un peu « ma fille de photo ») et elle collabore parfois avec moi.

Le milieu du foot ?
Y’a le milieu amateur et le business à partir de la Ligue 2.

Ton championnat préféré ?
Le National, c’est celui que je connais le mieux, je le couvre depuis des années, et c’est le plus indécis.

Rennes ou Saint-Ouen ?
Rennes, pour la qualité de vie. Saint-Ouen pour le stade jusqu’à maintenant mais qui prochainement suite à la reconstruction totale ne sera plus le mythique Stade Bauer.

Tes clubs préférés ?
1. Le Red Star. 2. Le Racing. A l’étranger, Liverpool, le Flamengo de Rio, des clubs pour lesquels j’ai une affection particulière. Dans d’autres sports, il y a les Los Angeles Lakers au basket et les San Francisco 49ers au foot américain.

Une rencontre ?
Oui, Il y en a pleins mais surtout celles qui m’enrichissent humainement. Hors football, c’est bien sûr celle avec ma femme, Joëlle, que j’ai rencontré il y à déjà 13 ans. On habite à Rennes… quand je ne suis pas aux quatre coins de l’Hexagone !

Une info insolite ?
Je suis présent à l’image dans un film sur le football ( »United Passions: La Légende du Football », qui raconte l’histoire de la FIFA) aux côtés de Gérard Depardieu (Jules Rimet), Tim Roth (Sepp Blatter) et Sam Neil (Joao Havelange) !

Vous le reconnaissez ? Il est à gauche de la coupe.

Pour finir, des anecdotes ?
Là aussi j’en ai plein dont certaines avant d’être acteur du milieu ! Une fois, j’ai demandé à Guy Roux si je pouvais monter dans le bus de l’AJ Auxerre avec eux, pour aller au Parc des Princes, c’était pour un match face au Matra-Racing. J’étais abonné. Eric Cantona était assis juste devant moi et au fond du bus les frères Boli mettaient l’ambiance. J’étais allé à leur hôtel à Neuilly-sur-Seine. Une autre fois, j’ai fait chauffeur avec ma petite Saxo (qui n’était pas jaune !) pour Stéphanie Frappart ! En fait, je l’ai vu à un arrêt de bus, je l’ai emmené à Argenteuil. Elle venait d’arbitrer un match à Fleury-Mérogis où j’avais fait des photos. Il m’est aussi arrivé quelque chose de rare sur un match de Ligue 2, lors de la saison 2017-2018 ; j’étais le seul photographe au Mans, pour le match Quevilly-Rouen / Bourg-en-Bresse/Péronnas : à ce niveau-là, ça ne m’était jamais arrivé !

J’ai aussi le souvenir d’une soirée en boîte de nuit avec l’équipe corpo de Montpellier, j’avais même ramené des joueurs dans ma Fiat Panda au petit matin après une nuit bien animée, Castro, Fontaine… Et puis, à Toulouse, en 1994-1995, j’étais le seul supporter du Red Star au Stadium : placé au-dessus du kop toulousain j’étais l’unique spectateur à crier ma joie au moment du but victorieux du Red Star ! Ce jour-là, il n’y avait eu aucun déplacement organisé ! Je me souviens aussi avoir rempli la feuille de match pour un amical entre Clermont et l’UNFP, dans les années 2000 ! J’ai aussi pris le bus avec les supporters de l’AJ Auxerre, pour un match de Ligue des Champions à Madrid, face au Real de Mourinho et Cristiano Ronaldo : je pigeais pour Le Parisien à ce moment-là, et avec un rédacteur, on faisait un reportage « inside ».

Et il y en a une qui, avec le recul, est assez incroyable : ça s’est passé après la finale de la Coupe de France entre le Racing Paris 1 et Montpellier (2 juin 1990). Je me suis retrouvé dans les entrailles du Parc des Princes à errer et visiter les lieux. Au détour d’un couloir, j’ai croisé Loulou Nicollin se promenant avec la Coupe de France qu’il ne lâchait pas d’un pouce même pour une photo, et je suis rentré dans le vestiaire parisien et là, seul et suspendu au porte-manteau, se trouvait l’un des nœuds-papillon rose que les coéquipiers de Pascal Olmeta avaient porté pour rentrer sur le terrain à l’instar des rugbymen victorieux du bouclier de Brénus au même endroit une semaine plutôt. Sur le moment, je n’ai pas évalué l’ampleur de ce que je récupérais mais par la suite j’ai compris que c’était un objet collector de la Coupe de France. Une des plus belles pièces de ma collection, car assez insolite. D’ailleurs, quand je peux avoir un maillot, je préfère celui d’un club en Coupe de France à celui d’un ténor du foot en Champions League. Si certains ont des maillots ou d’autres objets liés à cette iconique compétition, je serai enchanté de les recevoir !

Texte : Anthony BOYER – aboyer@13heuresfoot.fr – Twitter @BOYERANTHONY06

Photos : Remerciements à Pauline Carré, Clotilde Briand, Lisa Paquereau, Blanche Voisin, Amandine Noël, Bernard Morvan, Ombeline Eppe, Clémence Hesdin.

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