Pour le discret directeur sportif du Puy Foot 43, arrivé en septembre dernier, la 4e place de l’équipe a ouvert l’appétit du staff et des joueurs, d’autant qu’un succès contre Aubagne permettrait de recoller au 3e, le FC Rouen. Une situation inimaginable il y a quelques mois tant le club, en plein développement mais limité dans ses infrastructures, a mis du temps à entrer dans la compétition.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Le Puy Foot 43

Reportage réalisé avant la rencontre face à Aubagne (défaite 1-2)

L’anecdote, racontée par Julien Converso et replacée dans le contexte actuel, permet de mieux comprendre comment l’ancien directeur sportif d’Orléans et de Quevilly Rouen, en Ligue 2, est arrivé au Puy, en septembre dernier.

Nous sommes en mai 2019. Le club de Haute-Loire, qui s’appelait toujours Le Puy Foot 43 Auvergne (avec la création d’une future SAS, il va changer d’appellation et devenir Le Puy-en-Velay FC, ce qui permettra de ne plus le confondre avec le site touristique du Puy du Fou en Vendée ou avec le département du Puy-de-Dôme !) dispute un match capital à Romorantin, à deux journées de la fin du championnat de N2. L’accession se joue entre Les Herbiers (1er), Andrézieux (3e) et l’équipe ponote (2e). Le MYF (Moulins-Yzeure Foot) d’un certain Stéphane Dief n’est pas loin derrière (4e), mais plus concerné par la montée.

Bienvenue en Sologne !

Photo LPF43

La veille de ce match dans le Loir-et-Cher, Julien Converso, alors directeur sportif à Orléans mais qui a conservé son domicile à Romorantin, reçoit chez lui Roland Vieira, le coach de l’époque (les deux hommes se sont connus à « Romo »), Christophe Gauthier, le président du Puy, et Olivier Miannay, le manager. C’est la découverte de la Sologne ! Le lien est noué.

Le lendemain, Les Ponots s’imposent au stade Jules-Ladoumègue 1-0 sur un but en fin de rencontre du capitaine Loïc Dufau, et profitent de la défaite du leader, Les Herbiers, à Andrézieux, pour s’emparer de la première place, à une journée de la fin ! Le Puy ne le sait pas encore, mais c’est le début d’une nouvelle ère…

Lors de l’ultime journée, la victoire contre Blois à Massot, 2 à 0, scelle l’accession en National, la première de l’histoire du club auvergnat. Quelques mois plus tard, à l’automne, Julien Converso est à l’origine du prêt de l’Orléanais Fahd El Khoumisti : son passage très apprécié à Massot va d’ailleurs relancer la carrière de l’attaquant, actuel meilleur buteur de National et troisième meilleur buteur de l’histoire du championnat derrière les retraités Kevin Lefaix (87 buts) et Cyril Arbaud (86).

Forcément, ce prêt réussi en 2019, quand bien même la saison n’ira pas à son terme, stoppée par la Covid, contribue à entretenir les bonnes relations et c’est presque logiquement que, 6 ans plus tard, Julien Converso est engagé au Puy pour prendre la suite d’Olivier Miannay, parti dans le projet Niel à Créteil. « J’avais déjà été en relation avec les dirigeants du Puy, notamment Philippe Thiebault, le directeur financier, et je connaissais très bien Olivier (Miannay) que j’avais rencontré la première fois quand il a commencé avec Jean-Marc Pilorget à Viry-Châtillon. Il a soufflé mon nom aux dirigeants, cela s’est fait. Olivier pensait que le club du Puy me correspondait. »

« Il fallait amener un peu d’expérience »

Avec le nouveau directeur général, Fabrice Breyton. Photo LPF43

L’officialisation de son arrivée au poste de directeur sportif est effective en septembre dernier, quelques jours après la nomination d’un nouveau directeur général, Fabrice Breyton. Forcément, à ce moment-là, la saison est déjà commencée. L’équipe constituée. Mais Julien Converso est depuis fin juillet au travail et en contact avec le coach Stéphane Dief, qui entame sa troisième saison gonflé à bloc, sa première en National, lui qui sort de deux saisons historiques avec le club, 1/4 de finaliste de la coupe de France et 2e de N2 derrière Aubagne en 2024, puis 1er de N2 en 2025 avec une accession à la clé dans l’antichambre de la Ligue 2, la troisième après 2019 et 2022 sous l’ère Roland Vieira.

« Mon arrivée correspond aussi à celle du nouveau directeur général, Fabrice Breyton. On a commencé en même temps, Lui s’occupe plus de l’administratif et du financier, moi du sportif. On est en relation permanente. Mais c’est vrai qu’avec Stéphane (Dief, le coach), on était en relation depuis fin juillet, on échangeait, on débriefait ensuite sur les matchs de championnat. Il y avait déjà un bon groupe à mon arrivée, il fallait simplement amener un peu d’expérience, ce que l’on a fait, recontextualise Julien Converso.« 

Un fauteuil pour cinq ?

Christophe Gauthier, président du Puy Foot 43. Photo 13HF

L’autre anecdote, plus récente, est plus… marrante ! C’était il y a seulement quelques jours. Un texto envoyé au président du Puy, Christophe Gauthier, dans lequel on écrit « Président, est-ce que vous y pensez le matin en vous rasant ? ». Le chef d’entreprise altiligérien, à la tête du club depuis 2010 après avoir été à la tête du club voisin de l’AS Taulhac, décroche le combiné et répond avec son accent auvergnat tellement caractéristique : « Mais de quoi parles-tu ? » lance-t-il. « De la 3e place », lui dit-on ! La réponse de Gauthier fuse : « Si on doit jouer la 3e place à la dernière journée, je m’arrangerai pour crever les pneus du bus de l’équipe pour qu’il n’arrive jamais au stade à Sochaux ! »

Bien sûr, c’est une boutade, mais c’est aussi une manière de prendre avec du recul et un peu de légèreté l’excellente situation sportive de l’équipe (4e) qui, à six journées de la fin du championnat, n’a jamais été aussi proche de cette fameuse 3e place, synonyme de barrage d’accession pour la Ligue 2. Une 3e place occupée par un FC Rouen qui n’a plus du tout le même rythme de champion que lors de la phase aller, et que lorgnent aussi logiquement le FC Fleury 91, le FC Versailles, deux équipes également à 3 points de Rouen, et l’US Orléans, à 4 points. Un fauteuil pour cinq, si l’on peut dire, puisque le FC Rouen, s’il n’est mathématiquement pas condamné à rester derrière les deux premiers, Sochaux et Dijon, n’a cependant plus les cartes en mains pour la montée directe, d’autant qu’il a un match en plus, jusqu’à aujourd’hui du moins.

« L’appétit vient en mangeant »

Évidemment, cette question autour de la place de barragiste, nous l’avons posée à Julien Converso : « La 3e place ? Je pense que ce sont surtout les joueurs et le staff qui y pensent, c’est normal, ce sont des compétiteurs. Mais c’est vrai que l’appétit vient en mangeant. Ce que je vois, c’est que les contenus de nos matchs sont globalement bons. Ce qui frappe aussi, c’est la qualité de jeu, elle est évidente et dans la continuité depuis deux ans, avec des redoublements de passes, des jeux à 3. Tout est fait pour aller gagner des matchs. On espère rester sur cette dynamique-là, mais quoi qu’il arrive, la saison sera bonne. Ce sera la première fois que Le Puy-en-Velay se maintiendra en National, qui deviendra la Ligue 3. Le staff fait un super travail et les gens prennent du plaisir à venir au stade Massot, où il faut que ce soit un spectacle. Et ce malgré la qualité du terrain ». Oui, parce que le hic, c’est la pelouse de Massot, dernière du classement des stades de National : « Un classement juste », selon Converso.

Des statistiques impressionnantes

Soir de match, au stade Massot. Photo LPF43

Ce que le nouveau directeur sportif voit aussi, c’est que Le Puy Foot se mesurera à quatre équipes du top 5 (contre Versailles, à Fleury, contre Dijon et à Sochaux) lors des quatre dernières journées : « Ça va être très compliqué. Lors des deux dernières journées, on reçoit Dijon, qui est leader, et après on va à Sochaux, qui est 2e. Pour l’instant, on n’a battu aucune des équipes du trio de tête. » Rien ne dit que cela ne changera pas…

Le natif de La Tronche, juste à côté de Grenoble, n’est pas aveugle : il voit bien que l’équipe ponote performe régulièrement cette saison. Trois statistiques le montrent bien.

  • 1. Promus en National en mai dernier, Le Puy a mis 7 journées avant de signer sa première victoire, à Saint-Brieuc, chez un autre promu (2-1), après un départ difficile sur le plan mathématique (3 points sur 18 possibles, 3 nuls et 3 défaites). Mais depuis cette fameuse J7, elle est tout simplement la 2e meilleure équipe du championnat derrière Dijon avec 41 points engrangés en 20 matchs, soit une allure de 2 points par match ! C’est remarquable.
  • 2. Depuis le début de la phase retour, l’équipe promue de N2 est 4e derrière Dijon, Sochaux et Fleury.
  • 3. L’équipe reste sur 4 victoires consécutives avant d’accueillir Aubagne et sur 7 matchs sans défaite (3 nuls et 4 victoires).

Des chiffres parlants, qui incitent au rêve ! « La 3e place est atteignable. Mais on ne va commencer à se projeter, même si c’est vrai que si l’on gagne contre Aubagne, on rejoint le FC Rouen au classement, qui est exempt. Après, bien sûr que c’est plaisant de jouer le haut de tableau. On se prend au jeu. »

17 ans passés à Romorantin

Stéphane Dief, le coach du Puy Foot 43. Photo LPF43

Pour Le Puy Foot 43, s’appuyer sur l’expérience de Julien Converso est important. À la fois pour poursuivre le développement du club dans le cadre de l’arrivée de la nouvelle Ligue 3 et de son cahier des charges assez lourd (la fameuse « licence club » qui, en fonction des différents critères à remplir, permet d’obtenir une dotation financière plus ou moins élevée, le minimum étant de 300 000 euros, le maximum de 400 000 euros).

Et aussi pour la connaissance de ce championnat si particulier, « même si le National d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui d’avant ! C’est un championnat rigoureux, dur, qui est mis en avant. C’est un vrai tremplin aussi pour les jeunes. Et beaucoup de clubs du dessus viennent piocher dans ce championnat. Aujourd’hui, le National est vraiment pro. Même si des clubs n’ont pas ce statut, ils sont structurés comme tels. On sait que chez nous, par exemple, il y a un gros travail à faire, notamment pour remplir le maximum de critères de la licence club en Ligue 3, en termes d’infrastructures, car c’est là où le bât blesse. L’arrivée des nouveaux actionnaires s’inscrit justement dans cette volonté de professionnaliser et d’améliorer tout ça. On est aussi en relation constante avec les services de la municipalité pour y remédier. »

Photo LPF43

Avant de poser ses valises dans le chef-lieu de Haute-Loire, Julien Converso (50 ans) a pas mal bourlingué, même s’il est resté 17 ans à Romorantin, dont 14 au poste de DS, en National et en N2. Une fidélité rare aujourd’hui. « Je suis arrivé comme joueur à « Romo » en 2001, mais j’ai dû stopper ma carrière prématurément. J’ai eu une thrombose des artères du membre inférieur à la jambe droite, je ne pouvais plus poser le pied par terre ni même marcher. Les médecins ont mis du temps à diagnostiquer exactement ce que j’avais. Mes artères grêles étaient en mauvais état depuis ma naissance, et un jour, en championnat, je crois que c’était en décembre 2003, contre Pau, en National, j’ai pris un coup dessus, au niveau de la cheville, ça m a écrasé l’artère iléale. Après ça, j’ai fait des séjours à l’hôpital, jusqu’en 2010, où je devais suivre des traitements assez lourds. Parfois, je restais branché parfois pendant plusieurs semaines, 8 heures par jour, pour « filtrer » tout ça. C’était une période assez compliquée. »

Formé à Grenoble

Voilà pourquoi Julien a dû stopper tôt, à 28 ans, une carrière de joueur entamée à Grenoble, dans « son » club formateur, dans « sa » ville : « J’ai été ramasseur de balles à Grenoble ! Puis j’ai été aspirant, j’ai même fait mon premier match en pro à 17 ans, en 1992, en D2, et quand le club a déposé le bilan, en 1993, je suis parti à Louhans-Cuiseaux, où j’ai passé 6 ans. » Son poste ? Milieu défensif : « J’avais du volume de jeu mais je n’allais pas vite. En fait, je jouais simple, c’est ce qui est plus dur dans le foot je pense. Je récupérais le ballon et je le donnais proprement. » Un Didier Deschamps, en quelque sorte !

Il s’éveille au foot à Louhans-Cuiseaux !

C’est à Louhans, un club qui a énormément compté pour lui, que Julien « s’éveille » au foot. « J’ai été stagiaire pro puis pro pendant 4 ans ». En Saône-et-Loire, il connaît deux accessions de National en D2, la première en 1995 avec Alain Michel, la seconde avec Philippe Hinschberger en 1999. « Lors de la saison 1995-96, il y avait l’OM avec nous dans la poule de Super D2. Contre eux, il y avait plus de monde au stade de Bram, à Louhans, que dans l’ensemble de la ville ! Quand on les a reçus, il y avait 8000 spectateurs, c’est à dire plus de monde que la totalité de la ville (6500 habitants) ! Louhans, c’est un peu comme Le Puy, ce sont deux petites villes mignonnes, qui se ressemblent, même si Le Puy est beaucoup plus grand (19 000 habitants), avec des gens simples et sympathiques. Aujourd’hui, forcément, je regarde les résultats de mes anciens clubs, et ça me fait un peu mal au coeur pour certains, surtout pour Louhans qui est tombé en R1, c’est un club historique, avec un président emblématique comme Jacky Duriez. Il y a eu aussi Jean-Claude Guemon à Romo, qui m’a lancé comme DS. Ce sont un peu les mêmes personnages avec Christophe Gauthier au Puy. »

Reims, Gap, Le Negresco et « Romo »

La carrière de Julien se poursuit à Reims, en National, avec le regretté Manu Abreu (1999-2000) puis c’est le tournant. « Après Reims, je suis retourné à Grenoble quelque temps, où j’ai pris une brasserie, Le Negresco, avec un ami, Slim, que j’ai d’ailleurs revu il y a quelques jours. Il tient toujours l’établissement, 26 ans après, chapeau ! C’était une manière de préparer mon après-carrière. Quand je retourne à Grenoble, parfois, je vois Olivier Saragaglia, qui est adjoint à l’OM depuis peu de temps. On s’est connu au club, à Grenoble. Et puis, un jour, Bruno Steck, qui entraînait Gap, en DH, m’a appelé, et finalement j’ai signé un an, avec un deal : si je retrouvais un club, je pouvais partir ! On est monté en N3 avec Gap et c’est là que je suis parti à Romorantin en National après. Et il y a eu ce fameux match contre Pau, quand je prends ce coup et que je ne peux plus marcher… J’avais 27 ans. C’est là que je suis passé DS. Plus tard, en accord avec Romorantin, je bossais aussi comme recruteur avec Orléans puis avec Châteauroux. Et avant d’arriver au Puy, j’étais scout en France pour le club suisse de Neuchâtel Xamax. Mais c’est vrai qu’au départ, je n’envisageais pas forcément de faire ça. Pour moi, j’allais revenir à Grenoble. Et finalement, j’ai eu cette opportunité. »

Le discret

Photo LPF43

Forcément, avec de telles attaches grenobloises, il est logique de lui poser la question : pas de regret de ne pas faire partie de l’organigramme du GF38 ? « C’est vrai que je suis un vrai grenoblois, mais je n’ai aucun regret. J’aime bien revenir voir la famille et les amis de temps en temps, comme là, à Meylan, chez ma soeur, à son restaurant, « La mandibule », mais revivre à Grenoble, je ne sais pas si ça me plairait, raconte le papa de Mattéo (21 ans), Honorine (16 ans) et Zoé (11 ans). J’ai été habitué à partir très jeune de chez moi. Je connais encore des gens au GF38, dans le staff, j’ai été pensionnaire au centre de formation avec certains. Je connais aussi Max Marty, le manager général, depuis très longtemps, et Didier Garcin, le secrétaire général, on a joué ensemble. »

De Julien Converso, on a parlé de son expérience et de sa connaissances des différents championnats. L’on n’a pas évoqué sa personnalité. Discrète. Un caractère qui colle parfaitement avec l’image du club ponot, qui travaille et avance sans faire trop de bruit. « Oui, c’est vrai, la discrétion, c’est ce qui me caractérise le plus, je suis réservé au premier abord » confie celui qui n’a aucun réseau social, seulement WhatsApp ; « Je sais que tout le monde est sur LinkedIn maintenant, alors il faut que je m’y mette (rires) ! Mais bon, je communique déjà beaucoup avec WhatsApp, ça me suffit ! »

Au Puy, on lui demandera aussi de faire un peu de trading, une nouveauté pour un club qui ne cesse d’être dépouillé de ses meilleurs éléments, saison après saison : « Les transactions financières sont toujours un peu difficiles à négocier et à réaliser, mais faire quelques ventes, c’est un objectif aussi pour le club. On sera obligé de se séparer d’un ou de deux éléments cet été, pour faire des transferts, car il n’y a pas de droits TV. On doit absolument tenir compte de ce critère. »

Leur calendrier

Pour la place de 3e, qui permet de se qualifier pour le barrage aller-retour d’accession en Ligue 2, beaucoup de confrontations directes sont à disputer entre les cinq prétendants d’ici le clap de fin du championnat, le 16 mai prochain (dans le cas où Dijon et Sochaux terminent dans les deux premiers). Rappelons qu’en cas d’égalité entre deux équipes, ce n’est pas la différence de buts qui fai foi pour être départagé au classement, mais le goal-average direct, c’est à dire les confrontations directes. Idem si trois équipes ou plus sont ex-aequo (dans ce cas, un mini-championnat à 3, 4 ou 5, etc. départagera les clubs).

  • FC Rouen (3e, 47 points)

vendredi 10 avril : exempt
vendredi 17 avril : va à Concarneau
vendredi 24 avril : reçoit Aubagne
samedi 2 mai : reçoit Quevilly Rouen
samedi 9 mai : reçoit Versailles
vendredi 15 mai : va à Fleury

  • Le Puy Foot (4e, 44 pts)

vendredi 10 avril : reçoit Aubagne (1-2)
vendredi 17 avril : va à Quevilly Rouen
vendredi 24 avril : reçoit Versailles
vendredi 1er mai : va à Fleury
samedi 9 mai : reçoit Dijon
vendredi 15 mai : va à Sochaux

  • FC Fleury 91 (5e, 44 pts)

vendredi 10 avril : va à Sochaux (2-2)
vendredi 17 avril : reçoit Valenciennes
vendredi 24 avril : va à Châteauroux
samedi 2 mai : reçoit Le Puy
samedi 9 mai : va à Orléans
vendredi 15 mai : reçoit FC Rouen

  • FC Versailles (6e, 44 pts)

vendredi 10 avril : va à Valenciennes (défaite 1-0)
vendredi 17 avril : reçoit Châteauroux
vendredi 24 avril : va au Puy
vendredi 1er mai : reçoit Orléans
samedi 9 mai : va à Rouen FC
vendredi 15 mai : reçoit Saint-Brieuc

  • US Orléans (7e, 43 pts)

vendredi 10 avril : reçoit Concarneau (1-1)
vendredi 17 avril : reçoit Orléans
vendredi 24 avril : reçoit Quevilly Rouen
vendredi 1er mai : va à Versailles
samedi 9 mai : reçoit Fleury
vendredi 15 mai : va à Dijon

Vendredi 10 avril 2026 – Championnat National : Le Puy Foot 43 – Aubagne Air Bel, à 19h30, au stade Massot.

Voir le match en direct :

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Le Puy Foot 43
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4. Pascal Dupraz : « Je suis l’entraîneur du peuple » (année 2024)

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6. Maxime d’Ornano : le travail, l’enthousiasme et la gagne (année 2023)

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8. Karim Fradin : « L’Aviron Bayonnais, c’est un nom, une marque, un territoire ! » (année 2023)

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9. Robert Malm (BeIN Sports) : « On a rendu la Ligue 2 populaire ! » (année 2022)

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10. Newsouest, le site serviteur du foot amateur breton (année 2023)

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🕐⚽ En National 2, le club de l’AS Saint-Priest s’est séparé de son entraîneur, Michaël Napoletano.
✅ Ce dernier s’était très longuement confié chez nous : un entretien à (re)lire ici :

https://13heuresfoot.fr/actualites/saint-priest-n3-michael-napoletano-le-coeur-des-hommes/

Pour le Gardois, installé sur le banc de l’US Créteil depuis octobre dernier, et dont le parcours de vie ne laisse pas indifférent, les apparences physiques sont trompeuses : affublé d’une certaine réputation, il assure être différent de celui que l’on croit. La polyvalence de ce touche à tout et ses compétences dans de nombreux domaines ont séduit ses dirigeants, satisfaits d’avoir déniché un couteau suisse.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH

Entretien réalisé avant le match nul de la J23 (1-1) face à Rousset

À 47 ans (il soufflera ses 48 bougies dimanche 5 avril), Jérôme Arpinon a déjà vécu mille vies ! Bien sûr, on exagère. Parler d’expériences de vie serait d’ailleurs plus approprié pour résumer le parcours de ce Nîmois né dans le football – son père et son oncle ont joué et entraîné, son cousin Frédéric a été pro -, qui a passé un tas de diplômes (vidéo, préparateur physique, préparateur mental, entraîneur…); a stoppé une carrière de défenseur central, là encore très jeune; a bossé dans le milieu carcéral; a vu sa maman, dépressive, se donner la mort; a fréquenté les salles de boxe; a passé le BEPF; a entraîné l’équipe de l’UNFP (syndicat des joueurs); a également entraîné Nîmes, son club de coeur, en Ligue 1; a dû lutter contre une certaine image, celle d’un garçon au sang chaud, bagarreur, qui s’emporte au point d’être mêlé à des échauffourées. Une étiquette qu’on lui a collée et dont il sait pertinemment qu’elle a sans doute freiné sa carrière de technicien. Et en plus de cela, il a aussi dû lutter contre… son physique : un délit de faciès, comme il dit lui-même, qui, là encore, l’a desservi. C’est vrai que Jérôme Arpinon « a une gueule », comme on, dit, un visage de boxeur, qui peut en rebuter certains. De tout cela, l’ancien joueur de Vergèze, Alès, Nîmes (centre de formation) et Arles, en parle facilement et ouvertement, avec son accent bien du midi qui respire le soleil.

Invaincu depuis 8 matchs

Jérôme Arpinon. Photo Philippe Le Brech

Jérôme Arpinon n’est pas du genre à se renier : avec lui, ça passe ou ça casse, mais nul besoin d’employer la méthode dure, simplement d’expliquer les choses, en douceur, juste avec les mots. Parfois, c’est cash, mais c’est sa façon de fonctionner : parce que, pour lui, dans le football, le plus important, c’est l’institution, avec le respect qui va avec.

Depuis son arrivée sur le banc de l’US Créteil, en octobre dernier, le papa de trois enfants a d’abord observé le comportement d’une équipe programmée pour jouer le haut de tableau mais engluée à la … dernière place de la poule ! Puis il a tranché. Pas dans son intérêt. Mais dans celui de l’US Créteil. Depuis, les résultats suivent. Ils étaient déjà en progrès en fin d’année 2025 avant de devenir excellents en 2026, à tel point qu’aujourd’hui, l’équipe du club racheté par l’homme d’affaires Xavier Niel l’an passé est celle qui a engrangé le plus de points dans sa poule en National 2 depuis la reprise de janvier, juste derrière l’AS Cannes : 20 en 9 matchs (6 victoires, 2 nuls et 1 défaite) contre 21 aux Azuréens (6 victoires et 3 nuls). Mais si l’on prend en compte les 8 dernières journées, alors les Béliers, qui n’ont plus perdu depuis 8 matchs, sont les meilleurs : 20 points engrangés contre 18 aux Cannois !

Tout ça pour dire que le redressement opéré par le club du Val-de-Marne, englué en N2 depuis maintenant quatre ans, après une trentaine d’années passées entre la Ligue 2 et le National, a drôlement remonté la pente, passant de la place de lanterne rouge à l’arrivée d’Arpinon (16e) à une 6e place aujourd’hui, bien plus en rapport avec les ambitions d’un club forcément montré du doigt l’été dernier avec l’arrivée du géant de la téléphonie et à qui l’on a également collé une étiquette : celle de mastodonte aux pouvoirs financiers illimités…

Miannay : « Jérôme, c’est un couteau suisse »

Photo Philippe Le Brech

Ce parcours de champion peut-il faire naître de nouvelles ambitions pour cette fin d’exercice 2025-2026, alors même qu’il ne reste que 8 matchs ? Créteil peut-il venir se mêler à la lutte pour l’accession en Ligue 3, lutte qui ne semble plus concerner que trois équipes (Cannes, Nîmes et Lusitanos / Saint-Maur, et peut-être à un degré moindre Rumilly-Vallières), et alors même qu’il faut doubler cinq équipes ? Sincèrement, cela semble utopique.

Là encore, nous avons posé la question au coach, recruté par Olivier Miannay au début de l’automne pour remplacer Karim Mokeddem : « Son côté couteau suisse a pesé dans la balance, explique le nouveau DG, déjà passé par Créteil de 2016 à 2018, arrivé l’été dernier du Puy-en-Velay après 7 saisons (2018 à 2025) à bâtir, construire et développer un club solide, aux côtés de Roland Vieira tout d’abord, de Stéphane Dief ensuite, au point que le club de Haute-Loire est devenu aujourd’hui une référence en National; Jérôme sait faire beaucoup de choses en dehors du simple fait d’entraîner, et c’est aussi ce qui nous a beaucoup plu. Pour moi, c’est quelqu’un qui devrait entraîner beaucoup plus haut. »

Lundi matin, trente-six heures après une victoire renversante 2-1 à Chasselay, face à GOAL FC, et au lendemain d’un dimanche en famille, à fêter l’anniversaire de son papa, Jérôme Arpinon s’est confié juste avant l’entraînement de l’après-midi. Un entretien de plus de 45 minutes qui a confirmé une chose : avec lui, pas de faux-semblant !

Interview

« Parfois, je me déshumanise pour le football »

Jérôme, sur ton CV, il y a tellement de choses que l’on ne sait pas par quoi commencer…
Y’en a des trucs hein !

L’équipe de N2, saison 2025-2026. Photo Philippe Le Brech

Oui, et j’ai découvert que tu avais travaillé dans le milieu carcéral : peux-tu expliquer ce que tu y faisais ?
En fait, quand je jouais à Arles, en CFA (N2), j’ai passé un Brevet d’Etat dans l’animation. Ils cherchaient un éducateur sportif stagiaire pour encadrer et dispenser des cours de sports collectifs aux détenus à la prison d’Arles. Au départ, c’était des missions courtes. Donc, dans le cadre de mes formations, j’allais encadrer le sport pour les détenus à la « centrale », en plus des moniteurs de sport qui étaient déjà là. J’étais un éducateur externe. J’organisais des matchs avec des équipes extérieures qui venaient jouer en prison contre les détenus. Un jour, il y a eu des inondations et il n’y a plus eu de travail mais j’ai été recommandé à la maison d’arrêt de Nîmes. Cette fois, ce n’était plus dans le cadre du diplôme que j’avais obtenu entretemps, mais c’était un travail, rémunéré par la Région. Je venais en plus des éducateurs de la prison, je les remplaçais quand ils étaient en repos ou en congés. J’ai fait ça pendant quelques années.

Mais je n’étais pas du tout surveillant de prison. J’organisais des événements. Leur carotte, aux détenus, c’était ces matchs contre les équipes que je faisais venir. Je me souviens des colis qui se faisaient parachuter et atterrissaient sur le terrain, mais moi je n’allais surtout pas les chercher, ce sont les surveillants qui faisaient ça. À la prison de Nîmes, je m’occupais aussi du quartier mineurs et du quartier femmes… c’était délicat. J’ai vu des choses qui marquent, qu’on ne voit pas dans la vie de tous les jours quand même : parce qu’encadrer une équipe de foot, c’est une chose, mais là, il fallait mettre des outils pédagogiques en place, faire attention à ce que tu dis, se méfier de certains détenus qui font de l’intox.

Qu’est-ce que cela t’a apporté dans la vie de tous les jours ?
D’abord, c’était une bonne expérience de vie. Ensuite, ça m’a permis d’apprendre à bien communiquer avec les gens, parce que quand tu parles à des détenus, il ne faut pas te manquer (sic). Il faut avoir du respect pour tout le monde. En prison, j’ai vu beaucoup de gens malheureux. Il y a de tout… Je me souviens d’une dame que j’avais au quartier femmes, elle avait été condamnée pour l’assassinat de son mari : mais bon, cela faisait 11 ans que sa fille et elle se faisaient rouer de coups par lui… Un soir, elle l’a tué à coups de barres de fer, après qu’il a tapé les enfants. Voilà, tu te retrouves en prison avec des personnes comme ça, je peux te dire que ça marque. Et quand tu fais du foot avec des gens qui ont fait quelque chose de plus ou moins grave, tu as affaire à des gens très polis. Il n’y a pas que des crapules et des criminels en prison.

« En réalité, je suis cool »

Photo Philippe Le Brech

Ton caractère, ta personnalité, t’ont-ils servi pour travailler dans le milieu carcéral ?
C’est sûr que cela forge encore plus le caractère mais contrairement aux apparences, je suis quelqu’un de tranquille dans la vie de tous les jours. Mais je sais que j’ai un faciès qui fait que… J’ai ce visage un peu dur, j’ai la tête un peu dure, mais en réalité, je suis cool. C’est juste qu’avec mes expériences de vie, ça t’endurcit. C’est vrai aussi que je ne me laisse pas faire. Je n’aime pas trop l’injustice. Quand j’étais jeune, j’avais tendance à dire tout haut tout et tout fort ce que je pensais : peut-être que j’aurais dû tourner ma langue sept fois dans ma bouche avant de parler, qu’il aurait mieux valu que je me taise et que j’avale des couleuvres, mais j’étais comme ça.

Tu es quelqu’un de plutôt discret, qui ne s’affiche pas, qui ne cherche pas la lumière, qui ne se livre pas comme ça, et pourtant, en 2020, tu as évoqué dans un article le décès de ta maman, qui s’est suicidée…
C’est une histoire tragique. Quand j’en ai parlé dans cette article, je pense que le journaliste voulait casser un peu cette image que j’avais, il voulait attendrir les gens par rapport à ça. Mais je n’aurais pas dû faire cet interview, ça ne servait à rien.

Justement, cette réputation, cette étiquette, Olivier Miannay, le DG de Créteil, estime qu’elle t’a freiné, et que sans ça, tu serais plus haut…
Les gens se font une fausse idée de moi. Une fois que je les rencontre, ils pensent différemment. Tu sais qu’il y a des personnes que je connais qui ont refusé de faire des entretiens avec moi quand je postulais… Parce qu’ils pensent que j’ai trop de caractère, que ça va peut-être les bloquer; ils vont se dire qu’ils ne vont pas pouvoir faire ce qu’ils veulent avec moi ! Bien sûr, je ne suis pas un béni oui-oui, mais quand même ! C’est pour ça que je regardais plutôt vers l’étranger. Cet été, je suis parti faire une mission d’un mois dans le club de Primeiro de Agosto, en Angola, et j’ai eu aussi des contacts en Afrique du sud.

« Je ne ferai pas subir à mes enfants ce que moi j’ai subi »

Le kop Banlieue 2004. Photo Philippe Le Brech

Il y a aussi le caractère : ça aussi, ça a dû jouer, non ?
Ce qui m’a desservi, au début, quand j’ai commencé sur le banc comme adjoint avec Jean-Michel Cavalli à Nîmes, c’est que j’étais jeune et, surtout, j’étais un gagneur, je n’aimais pas la défaite, et puis on était une équipe sudiste, hein, tu vois, on mettait un peu la pression, on faisait un peu d’intox, c’est ça qui a joué sur ma réputation. Quand il y avait des problèmes dans les couloirs, tu défends l’un, tu défends l’autre, et comme je ne suis pas manchot, bah voilà…

Quand j’ai passé mes diplômes de préparateur physique, je me suis occupé d’un pilote de moto-cross, Anthony Boissière, et aussi d’Olivier Cerdan, plusieurs fois champion du monde de full-contact, et je boxais, ça me permettait d’évacuer le stress, j’aimais bien ce sport. Mais je n’ai jamais vraiment frappé qui que ce soit au foot, je veux dire, je n’ai jamais « retourné la tête de quelqu’un » (sic), sinon je ne serais pas là en train de parler aujourd’hui avec toi, c’est juste qu’il m’est arrivé de prendre part à des échauffourées, au bord du terrain. Il y en a eu une notamment… voilà… C’était lors d’un Reims-Nîmes, en L2 (en 2009), j’ai pris une grosse suspension, parce que j’ai mis un tampon. J’ai pris 8 mois puis la commission a regardé les images, ils l’ont réduite à 4 mois, mais c’est tombé pendant l’été, j’ai pu faire mon travail presque normalement. Après ça, je ne suis retourné que deux fois en commission de discipline, c’était quand j’étais adjoint de Bernard Blaquart sur le banc de Nîmes en Ligue 1, pour une altercation avec Patrick Vieira contre l’OCC Nice (en 2018), là j’ai pris un match de suspension, et en Ligue 2 aussi, une fois, j’avais voulu séparer Anthony Briançon d’un autre joueur, l’arbitre avait cru que… J’avais pris un match de suspension.

Le décès de ta maman, dans les circonstances que l’on sait, a-t-il exacerbé ou développé chez toi un esprit de revanche sur la vie ?
Non. J’ai fait le deuil de son décès mais à cette époque, quand c’est arrivé, je venais de m’inscrire au Creps de Montpellier, je jouais encore à Arles, mon parcours était lancé. Tout était enclenché. Ma maman était dépressive. Elle avait déjà tenté de mettre fin à ses jours. J’en ai souffert quand j’étais petit, je la voyais, ce n’était pas évident. Mais aujourd’hui, je ne me lève pas le matin avec une croix dans le dos. Je suis bien dans ma tête, mes enfants aussi, mon père aussi même s’il en a souffert bien sûr, ma soeur aussi. Je suis né avec ça, les hôpitaux, les psychiatres, les dépressions, les tentatives de suicide… Une personne qui veut se suicider, c’est une personne qui lance des appels au secours, et après ça va crescendo, c’est une maladie. J’étais proche d’elle. Son décès est quelque chose qui nous a unis, mon père, ma soeur et moi. Ce qu’on a vécu, c’est très dur, mais je ne ferai pas subir à mes enfants ce que moi j’ai subi.

« J’ai un caractère dur »

Mohamed Ben Fredj, le meilleur buteur de Créteil. Photo Philippe Le Brech

Et toi, la dépression, c’est quelque chose que tu as déjà connu ?
Non. Mais après mon expérience en L1 sur le banc à Nîmes, quand j’ai été viré (en février 2021), j’avais besoin de souffler. Ce n’était pas comme une dépression, mais plutôt une décompression. Quand tu as vu ta maman faire des vraies dépressions, quand tu l’as vue dans les hôpitaux psychiatriques, enfermée à clé, là, je sais ce que c’est. À l’époque, j’étais un peu énervé contre les psychiatres qui ont suivi ma mère. je sais bien qu’ils sont tenus au secret professionnel mais ils n’ont pas voulu me recevoir quand elle est décédée, alors que moi, j’avais besoin de savoir des choses, ce qu’il y avait dans son dossier. Finalement, on m’a un peu expliqué. Mais après cette épisode difficile, j’ai avancé, je n’ai pas reculé. Mon père et ma soeur étaient effondrés, et j’ai fait un peu le soutien de famille pendant un an ou deux. J’avais peur que mon père fasse une connerie mais il a réussi à surmonter le truc. Dimanche, c’était son anniversaire, on a mangé tous ensemble, il parle encore d’elle de temps en temps à table, même s’il a refait sa vie depuis. C’est ça aussi qui m’a permis d’avoir de l’empathie pour les gens.

Je sais que j’ai un caractère dur, que je prends des décisions parfois où je me déshumanise pour le football, mais sinon, dans la vie, je suis quelqu’un de très sensible. J’ai vu des gens malheureux dans le milieu carcéral, j’ai vécu beaucoup de choses quand j’étais petit. Mes histoires de vie m’ont forgé un caractère. Tu sais, si je te disais tous les gens que j’ai aidés, à qui j’ai prêté de l’argent… Je suis quelqu’un de généreux. Un exemple : quand j’étais en Belgique, à Virton, j’adorais mes joueurs, je me régalais avec eux, je les aimais trop, surtout la 2e année. Le président a instauré le système de primes de match suivant : 300 euros en cas de victoire, mais seulement 50 % pour les remplaçants qui entrent en cours de match, et 20 % pour ceux qui n’entrent pas. Je ne trouvais pas ça normal. Donc le remplaçant qui entre, qui marque et donne la victoire à ton équipe, il ne va prendre que 50 % de la prime ? Je me suis battu pour eux. Un jour, j’ai dit : je vous donne 100 euros de ma poche en espèces chacun, 100 euros de plus pour le buteur et 50 euros de plus pour le passeur. J’avais pris 18 joueurs, on avait droit à 17, ça m’a coûté un petit billet…

« L’intérêt du club compte plus que ton intérêt personnel »

Ibtoihi Hadari. Photo Philippe Le Brech

Restons dans le thème de la « revanche ». Joueur, tu n’as pas pu embrasser une carrière pro : est-ce que entraîner est une revanche ?
Pas du tout. J’étais bien à Arles. C’était Jean-Louis Saez le coach, il entraîne aujourd’hui les féminines de Montpellier. Quand j’ai arrêté à Arles, je me suis dit, pour mes enfants, que je préférais faire une bonne carrière d’entraîneur plutôt qu’une petite carrière de joueur. J’ai été lucide très vite et quand on se fait deux fois les croisés (il jouait défenseur central), on comprend qu’on ne jouera jamais en Ligue 1. Ce n’est pas en jouant en CFA pendant 10 ans que j’allais nourrir la famille. C’est pour ça que j’ai passé plein de diplômes. À chaque fois que je pouvais en passer un, je le faisais, le BEESAPT, le BNSSA (Brevet National de Sécurité et de Sauvetage Aquatique, le BEESAN (diplôme du maître nageur sauveteur), j’avais quelques facilités pour ça.

Et l’idée de devenir entraîneur, elle est venue comment ?
Mon père (Emile) entraînait au niveau amateur, mon oncle, le papa de Frédéric, qui est à Metz, m’a entraîné quand j’avais 15 ans à Vergèze, j’étais surclassé, je jouais déjà en R1. J’ai baigné là-dedans, j’aimais bien ça. Quand j’avais 10 ans, mon papa entraînait chez nous, à côté d’Uzès, j’allais voir tous les entraînements, j’aimais ça, j’écoutais ses causeries. Avec Fred (Arpinon, directeur sportif du FC Metz), on est très famille et il y a aussi notre cousin Laurent Boissier, qui est à Angers, on est en contact aussi, bien sûr. On est très très famille.

« Il faut rester le plus discret possible »

Tout à l’heure, tu as dit que tu te « déshumanisais » pour le football : tu as un exemple ?
Dans le foot, l’intérêt du club compte plus que ton intérêt personnel. Donc à partir de là, je suis différent, il y a des contrats, des salaires, et on est obligé de prendre des décisions comme on a fait au mois de décembre à Créteil, de se déshumaniser pour le bien du projet, même si au fond de toi, ça te fait mal. Dans la vie de tous les jours, c’est complètement différent.

Aux côtés de Vincent Di Bartoloméo, le fidèle adjoint. Photo Philippe Le Brech

La transition avec Créteil est trouvée : à ton arrivée, l’équipe était dernière. Qu’est-ce que tu as modifié ?
Il a fallu regarder les forces, on marquait beaucoup, les faiblesses, on prenait beaucoup de buts sur coups de pied arrêté. Il fallait bien s’entourer aussi. On a regardé les performances de l’équipe, il y avait des défaillances. Il y avait des joueurs qui… Bon, moi j’aime les joueurs qui courent, et ça ne correspondait pas forcément à ce que j’attendais. On a fait jouer quelques joueurs pendant une petite période, on a fait un audit, ça a duré un mois et demi. Quand je suis arrivé, on a gagné deux matchs de championnat et un match de coupe de France, puis on a perdu des matchs, mais de peu, je pense au match à Hyères, 1-0 à la 94e, ou contre Saint-Maur chez nous. On a analysé tout ça, et à partir de décembre, on a réajusté l’effectif. On s’est séparé de certains joueurs et on a changé l’état d’esprit, qui était hyper-négatif. Les joueurs voyaient toujours le verre à moitié vide, jamais à moitié plein. Moi, je n’aime pas les gens négatifs. Je suis quelqu’un de toujours très positif. J’ai de la chance de travailler, en National 2, à Créteil, dans un bon projet, alors que certains collègues ne travaillent pas et sont chez eux, sans club. Je fais tout pour faire avancer le club.

Tu sais, avoir des résultats en National 2 ou en Ligue 2, c’est pareil. La différence, c’est en Ligue 1 : là, il y a un vrai fossé. Même le professionnalisme en Ligue 2 n’a rien à voir avec celui de la Ligue 1. Ce sont deux mondes à part. La Ligue 1, c’est un rouleau compresseur médiatique. En Ligue 2, tu n’es pas trop exposé. Ici, à Créteil, j’essaie de me faire discret médiatiquement. Tu vois, notre entretien, bon, si Olivier (Miannay) ne me dit pas « Vas-y, fais le », je ne la fais pas cet interview. C’est comme les conférences de presse d’après match en N2 : elles ne sont pas obligatoires ? Donc je n’en fais pas. L’entraîneur, il faut toujours qu’il explique avant le match et après le match pourquoi ça a marché, pour ça n’a pas marché, tout le temps. En Ligue 1 ou en Ligue 2, tu as des obligations, mais pas en N2. Je pense qu’à Créteil, ici, il faut rester le plus discret possible, déjà que c’est la famille Niel, qui est très connue sur le plan médiatique, il faut que nous, le collectif soit le plus important.

« Je suis un outil »

Photo Philippe Le Brech

Comment te situes-tu dans ce collectif ?

Moi, je suis un outil. Quand je suis arrivé, j’ai mis un cadre et j’ai dit « respectez-le, et vous verrez, on y arrivera ». Il fallait convaincre aussi les joueurs du projet : au début, j’ai joué dans le même système que Karim (Mokeddem), avec trois défenseurs derrière, on a gagné deux matchs, mais j’ai quand même trouvé que certains jouaient mal ce système. Il a fallu convaincre les joueurs de changer, puis il a fallu mettre des outils de travail à l’entraînement pour les convaincre que dans un système en 4-4-2 ou en 4-3-3, tu ne prends pas de but, et après, ils ont adhéré, ça s’est travaillé à l’entraînement. Idem dans la préparation athlétique, on a changé de méthode, ils se sont améliorés, et les joueurs se sont mis à plus courir. Des choses positives sont arrivées et là, maintenant, les joueurs, ils sont convaincus. Parfois, un joueur me dit « Coach, je ne comprends pas pourquoi je ne joue pas ». Je réponds souvent par une réplique de Jean-Michel Cavalli à Nîmes : « Est-ce que tu connais un entraîneur qui fait une équipe pour perdre ? Moi je n’en connais pas. Si tu ne joues pas, c’est qu’il y a une raison ». Voilà ce que je réponds. J’explique en m’appuyant aussi sur la vidéo. C’est comme ça, y’a pas de raison particulière, je ne vais pas mentir : un joueur que je ne garde pas, il n’a rien fait de mal, mais j’ai besoin d’avoir des gens de confiance autour de moi, des joueurs positifs.

« L’équipe est en pleine confiance »

Repro 13HF

Tu penses encore à la première place ou tu prépares déjà la saison prochaine ?
J’ai tellement vu de trucs dans le football que je ne fais aucun plan sur la comète. Je prends match après match, mais je veux tout gagner. Et on fera le bilan à la fin. Je veux monter l’équipe le plus haut possible au classement, il est là l’objectif aujourd’hui : je vois que Istres et Hyères sont un point devant moi, je veux les dépasser. Et Rumilly est à 4 points, je veux les rattraper aussi, et si on les rattrape, ensuite on verra.

Là, on reçoit deux fois lors des trois prochaines journées (Rousset et Hyères), je ne dis pas que cela va être facile, attention, mais on sera chez nous, à Duvauchelle et pas sur un synthétique. Et entre les deux, on va à Saint-Maur. Il faut qu’on prenne le maximum de points. En foot ça va très vite. Je me souviens, une année, Troyes avait 10 points d’avance en Ligue 2, ils ont perdu le championnat. Nîmes va rencontrer Saint-Maur et Cannes, et automatiquement des équipes vont perdre des points… Je pense que le tournant, il sera à Saint-Maur, lors du derby, si on arrive à faire un résultat là-bas. Je ne m’interdis rien. L’équipe est en pleine confiance.

Tu as commencé à entraîner très tôt : racontes-nous les débuts ?
Après Arles, quand j’ai arrêté de jouer, j’ai passé mes diplômes de préparateur physique au Creps de Montpellier. Là, Olivier Dall’Oglio m’a fait venir pendant un an en stage avec lui au centre de formation de Nîmes Olympique. Il avait même demandé au président de l’époque (Jean-Louis Gazeau) de m’embaucher. Puis Bernard Boissier m’a pris comme préparateur physique de tout le centre de formation. J’avais le diplôme de la FFF. Ensuite, Jean-Luc Vannuchi a pris la réserve de Nîmes, et m’a demandé de l’accompagner comme adjoint chargé de la prépa, en plus de mon rôle au centre de formation. Pour moi, c’était cool, j’avais 26 ans, ça a bien fonctionné, on a fini champion de CFA2 (N3).

La saison suivante, on commence la saison en CFA (N2) et puis Jean-Luc remplace Régis Brouard à la tête de l’équipe Une en National. J’avais déjà passé mon DEF, l’équivalent du DES d’aujourd’hui, et j’ai entraîné la réserve, avec Bernard Boissier qui est venu m’aider. En même temps, je continuais avec Jean-Luc en National, toujours comme préparateur physique, et le club est monté en L2. Il m’a pris avec lui mais en 2007, il s’est fait virer. C’est là que Jean-Michel Cavalli arrive. comme j’avais aussi le diplôme d’analyste vidéo, Jean-Michel m’a pris avec lui comme véritable adjoint cette fois, avec en plus le rôle de préparateur physique et d’analyste vidéo. J’avais trois casquettes ! Il y avait aussi Jean-Marc Sibille, entraîneur des gardiens. La saison a été galère mais on s’est sauvé en Ligue 2, je m’en souviens, c’était à Brest. Jean-Michel Cavalli, c’est lui qui m’a tendu la main ! Jean-Louis Gazeau voulait le faire signer Cavalli trois ans, mais Cavalli a dit « je ne signe pas tant que le petit (moi !) ne signe pas 3 ans aussi… » Ce sont des choses qu’on n’oublie pas. J’ai travaillé avec José Pasqualetti aussi.

« Jean-Michel Cavalli m’a donné à manger »

On sent que Cavalli, tu le portes dans ton coeur…
Il m’a donné à manger. Il était comme mon père. J’aurais bouffé n’importe qui pour lui. Si quelqu’un s’approchait trop de lui ou lui parlait mal, je le protégeais, parfois, on « s’engrenait » sur le banc avec des bancs adverses, c’est sûr, je répondais. C’est ça qui m’a « mis » une petite réputation, mais avec le temps, ça s’est atténué, même si je suis allé au Gazelec Ajaccio aussi…

En L1 ou L2, tu as des joueurs de forts caractères : par exemple, à Nîmes, Bernard Blaquart était quelqu’un de très gentil, qui avait beaucoup d’empathie pour les joueurs, et parfois, certains d’entre eux venaient dans son bureau pour lui demander des explications, « pourquoi tu ne me fais pas jouer… », et le menaçaient. Peut-être que si je n’avais pas été là parfois pour les calmer… Laurent Boissier faisait aussi le tampon, comme moi. J’ai toujours pensé que le joueur te respectait non pas par la peur, mais par la compétence. J’ai appris de beaucoup d’entraîneur : c’est ce que je disais à Olivier (Miannay, le DG de l’US Créteil) par exemple ici à Créteil, quand tu arrives dans une entreprise où ça se passe mal, il faut élaguer, c’est comme ça que font les grosses entreprises. Il virer les personnes qui n’ont pas un esprit sain, sans s’énerver : les mecs, je les reçois dans le bureau, et je leur explique : « Voilà, aujourd’hui, tu ne corresponds plus au projet, parce qu’on joue d’une certaine manière, ça n’enlève à rien à tes qualités ». Je pas besoin de hurler ou de me disputer.

Nîmes, ton club de coeur ?
J’y ai passé de vrais bons moments, avec Jean-Michel Cavalli bien sûr quand je suis passé adjoint, avec Noël Tosi aussi qui a remplacé Jean-Michel (en novembre 2010), avec Jean-Luc Vannuchi aussi, quand je n’étais, entre guillemets, « que » le prépa physique. Et au club, on m’a dit que ce serait bien de passer le BEPF pour entraîner en pro, j’ai été admis dans la cession 2018-2019, ça s’est bien passé.

Il y avait d’ailleurs du beau monde avec toi (Laurent Bonadei, Vincent Bordot, Mathieu Chabert, Richard Déziré, Stéphane Jobard, Nicolas Le Bellec, Fabien Lefèvre, Karim Mokeddem, Laurent Peyrelade) : tu es en contact avec tous ?
J’ai gardé des contacts, bien sûr, on avait une bonne promotion, on s’entendait bien. Stéphane Jobard, Vincent Bordot, on se parle de temps en temps, Nicolas Le Bellec habite près de chez moi, Laurent Peyrelade habite Montpellier, Laurent Bonadei, qui a joué à Toulon avec mon cousin, m’a invité en Arabie Saoudite pour la coupe du Monde, Richard Déziré un peu moins.

« Avec Nicolas Usaï, Nîmes serait encore en Ligue 2″

Zakaria Belkouche, un joueur « free » ! Photo Philippe Le Brech

Et Karim Mokeddem, à qui tu as succédé sur le banc de Créteil ?
Depuis que j’ai pris le poste à Créteil, non, mais bon, voilà, c’est rien. Quand on se verra, on se parlera, bien sûr. Il y a quand même un truc en France, avec lequel on a du mal : par exemple, les Portugais, eux, quand il y en a un qui s’en va, il est remplacé par un autre. Les Portugais, ils font venir leur collègues, et nous, en France, on se jalouse. Moi, je ne suis pas du tout comme ça.

Quand Nicolas Usai est arrivé à Nîmes à la place de Pascal Plancque, qui était mon adjoint, il m’a téléphoné, on s’est parlé, et je vais même aller plus loin : quand il s’est fait virer (en janvier 2023), j’ai dit aux journalistes que la plus grosse « connerie » de Nîmes, c’était d’avoir Nicolas Usai. Il venait de gagner contre Bordeaux à domicile… Avec lui, le club serait encore en Ligue 2 aujourd’hui. Parfois, dans ce métier, il faut le dire et savoir le dire, il faut savoir défendre les mecs quand ils font du bon travail. Or j’ai l’impression qu’en France, on a du mal avec ça, on a peur de le dire, de peur que notre travail soit dévalorisé. Mais pas du tout ! Il fait du bon travail, point barre ! Parce que beaucoup ont la critique facile.

Tu as aussi entraîné les chômeurs de l’équipe de l’UNFP en 2023 : raconte-nous cette expérience ?
Déjà, je ne parle jamais de « chômeurs », mais de joueurs en transit : 70 à 80% retrouvent un club pendant le stage. Quand l’UNFP m’a demandé de prendre en charge l’équipe, j’ai dit « oui » tout de suite. Tu vois, Pascal Bollini, le directeur de l’UNFP, aussi lui avait des apriori sur moi, mais je me suis entendu à merveille avec lui et avec tous les gens autour. Les joueurs se sont éclatés, on a rigolé tous ensemble. Voilà, c’est pour ça, quand on me connaît, on voit que je suis fidèle en amitié, que je suis « plus » famille, des choses comme ça. Mon passage à l’UNFP m’a beaucoup apporté, grâce à Pascal Bollini aussi qui a ensuite véhiculé une belle image de moi aussi après de tous, ça m’a aidé pour mon image. Je suis retourné les voir en stage l’année suivante, et quand j’étais à Virton, on a joué contre eux.

« Tout le monde veut battre Créteil »

Le gardien cristolien Hugo Cointard. Photo Philippe Le Brech

Ton équipe, du fait de l’arrivée de Xavier Niel à la tête du club, a-t-elle beaucoup de pression ?
Tout le monde veut battre Créteil, parce que nos adversaires se disent qu’il y a des gros salaires ici, tu sais comment c’est, et quand ils jouent contre nous, on voit qu’ils sont motivés. Je trouve que mon équipe est un peu à mon image, elle a du caractère, elle presse, elle est agressive, je lui demande de défendre debout, elle tacle très peu. Elle est devenue l’équipe qui court le plus dans le championnat, on a des statistiques là-dessus. C’est ce que je dis à mes joueurs pour les rassurer : quand on court plus que l’adversaire, on a 70 % de chance de ne pas perdre. Mais l’inverse nous est arrivé, contre Istres, on a plus couru qu’eux, mais on a perdu (0-1, fin janvier). Bon, ça arrive une fois.

Le National 2, tu le trouves comment ?
Je ne le connaissais pas. Je trouve qu’il y a un bon niveau, surtout dans cette poule, qui est intéressante. Il y a des bons joueurs. Mais ce n’est pas comme au haut niveau, où les équipes sont très homogènes. Là, chaque équipe a ses caractéristiques : celle-ci a un très bon tireur de coups de pied arrêtés ou un bon 10, ou un bon 9, celle-là a une très bonne charnière centrale, comme à Nîmes avec trois défenseurs centraux intéressants. Celle-là est plus complète, comme Cannes, que je trouve complet dans tous les compartiments, mais ils prennent beaucoup de buts, ils s’ouvrent un peu, ils encaissent souvent le premier but. D’ailleurs, on va aller à Cannes (le 18 avril à Coubertin) et ce match, je l’attends avec impatience, parce que j’ai envie de me mesurer à cette équipe. Au match aller, on avait pris un rouge rapidement (0-0).

National 2 (J23) : samedi 28 mars 2026, à 18h, au stade Duvauchelle : US Créteil – FC Rousset Sainte-Victoire

Stephen Quemper. Photo Philippe Le Brech
Aboubacar Magnora. Photo Philippe Le Brech
Adrien Louveau. Photo Philippe Le Brech
Tommy Iva. Photo Philippe Le Brech
  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH à Créteil
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La Berrichonne de Châteauroux a un nouvel entraîneur pour son équipe de National, actuellement classée 15e et première non-relégable (avec seulement un point d’avance sur la zone de relégation). Il s’agit de Damien Ott, qui remplace donc Valentin Guichard, arrivé en début de saison de Jura Sud. Juste avant de signer à l’AS Cannes, en National 2, club qu’il a conduit à la 2e place du championnat derrière Le Puy-en-Velay FC et en demi-finale de la coupe de France 2025, après avoir déjà les 1/4 de finale avec l’US Avranches en 2017, Damien Ott s’était longuement confié chez nous. Retrouver l’intégralité de son portrait :

Damien Ott : « Je ne lâche jamais le morceau »

https://13heuresfoot.fr/actualites/damien-ott-je-ne-lache-jamais-le-morceau/

Damien Ott, en avril 2025, avec Cannes, en conférence de presse avant la demi-finale contre Reims. Photo 13HF

 

À 37 ans, l’architecte originaire de Mulhouse est à la tête d’un club historique, qui porte encore le poids d’un lourd passé, et qu’elle a repris en 2022 avec une équipe d’entrepreneurs locaux. Le chantier est énorme mais la reconstruction a déjà commencé, autour d’axes forts comme le travail de formation des jeunes, la réputation et l’image.

Par Anthony BOYER à Mulhouse / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : 13HF et Thibaud Muller / Zoom.byThib

Camille Aïssaoui ne connaissait pas 13heuresfoot. On ne lui en veut pas ! On en veut encore moins à la présidente du FC Mulhouse – en poste depuis le 22 septembre 2025 – après que celle-ci a accepté, au pied levé, notre rendez-vous ! C’était vendredi dernier, la veille d’une victoire – sur le fil ! – importante pour le maintien en National 3 de son équipe seniors, face à Pontarlier (2-1, buts de Loutfi Daoudou et Ibrahima Diallo). Trois points qui permettent au deuxième plus vieux club de l’Hexagone (année de naissance, 1893 !), promu l’été dernier après trois saisons en haut de tableau de R1 (5e, 2e et 1er), et toujours suivi par une large frange de supporters, de réintégrer la première partie du classement de N3 (7e sur 14).

« Je suis une tchatcheuse ! »

Camille Aïssaoui, devant le stade de l’Ill, à Mulhouse. Photo 13HF

Réactive, conviviale, souriante, accueillante, l’architecte de 37 ans, native de Mulhouse, a accepté d’évoquer son arrivée au sein de cette véritable institution alsacienne et son ascension jusqu’au poste ultime, tout ça pendant plus d’une heure – « Je suis une tchatcheuse ! » -.

Et quand on parle d’institution, le mot n’est pas trop fort. Car sans faire injure aux clubs alsaciens, il y a au pays des cigognes le RC Strasbourg et ensuite le FC Mulhouse, qui sort d’une longue traversée du désert. Encore plus longue et plus douloureuse même que celle vécue par son grand voisin européen au début des années 2010.

Il faut dire que Mulhouse et son club de football historique, ancien pensionnaire de Division 1 (les deux dernières fois en 1982-83 et en 1989-1990) et surtout ancienne place forte de la Division 2, a plus souvent fait les choux gras de la presse régionale pour ses déboires financiers que pour ses performances sportives, notamment durant la période du milieu des années 90 jusqu’au début des années 2020 : dépôt de bilan en 1999, rétrogradation administrative en N3 en 2020, nouvelle rétrogradation administrative et redressement judiciaire en R1 en 2022… La chute fut autant vertigineuse que le passif fut lourd.

Le stade de l’Ill, lieu emblématique chargé d’histoire

Le stade de l’Ill. Photo 13HF

Mais les monuments ne meurent jamais, à l’image du bon vieux stade de l’Ill (du nom de la rivière qui coule à côté). Même amputée de sa tribune Johansen (du nom de l’ancien joueur, Frédéric Johansen, décédé en 1992 à l’âge de 20 ans) et de ses 3500 places, démolie en 2024 après avoir été fermée en 2021 pour des raisons de sécurité, le stade reste un lieu emblématique chargé d’histoire, doté d’une unique tribune aujourd’hui, avec la piste d’athlétisme tout autour. « La tribune était fermée car elle n’était plus aux normes, explique Camille Aïssaoui. Aujourd’hui, on a 10 000 places en tout avec les pourtours, dont 2 600 assises. C’est largement suffisant, on a déjà eu des 4000 spectateurs en coupe ! En National 3, on a vrai public, il y a une vraie culture foot ici, il y a un vrai enjeu. Cette année, cela varie entre 500 et 1200″.

« Le travail d’équipe me plaît »

Camille Aïssaoui et sa cousine Laila Hans (debout), trésorière du club et membre du comité. Photo 13HF

Il est environ 10h lorsque Camille Aïssaoui nous reçoit à Rixheim, à une poignée de kilomètres de Mulhouse, dans les locaux du magasin Noblessa, tenu par sa cousine Laila Hans, avec laquelle elle partage un bureau ! Sur le moment, au milieu de tous ces plans de travail et de tous ces équipements « design », on a cru que la mère de famille de deux enfants en bas âge était architecte d’intérieur, mais pas du tout : « Le travail d’équipe me plaît et avec Laila, on partage les salariés et un bout de bureau maintenant ! Mais ma société est basée en Corse, j’ai des bureaux à Porto-Vecchio. Je suis une amoureuse du Sud ! J’ai été formée dans le projet « public » mais j’interviens sur tout type de projets, ça va de la conception au suivi de chantier. En changeant de région, je fais aussi de la maison privée, de l’extension, du collectif, bref, j’interviens sur toutes les phases d’un projet. »

Rapidement, au fil de la discussion, l’on apprend que Laila Hans fait aussi partie de la nouvelle équipe dirigeante qui a repris le club dans le cadre d’un plan de cession en septembre 2022, et qu’elle siège au comité directeur du club (partenaire au départ, trésorière aujourd’hui). Alors, le FC Mulhouse, un projet familial ? La question prend tout son sens quand on sait que l’avocat au barreau de Mulhouse, Rayan Zaïen, président jusqu’en septembre 2025, ancien joueur du club en CFA (de 2009 à 2011), est le frère d’Hakim Aïbèche, l’actuel entraîneur de l’équipe de N3, tous deux ayant eux aussi été là au moment de la reprise en 2022.

Et ce n’est pas tout. Hakim Aïbèche, lui aussi natif de Mulhouse, ancien attaquant passé par Beauvais, Rouen, Montluçon, Haguenau et … Mulhouse, est le compagnon à la vie de… Camille Aïssaoui ! Hakim Aïbèche a même entraîné le FCM entre 2007 et 2016, le plus souvent comme adjoint, avant de prendre en charge la réserve puis l’équipe fanion, en CFA.

Faire fi des préjugés, être acceptée

Il ne faut pas croire pour autant qu’un projet club est plus facile en famille. Le départ de Rayan l’année dernière, à la fin de son mandat, l’a montré. Et quand le comité a acté la promotion de Camille Aïssaoui à la tête de l’association, celle qui en était jusqu’alors la vice-présidente a ensuite dû se faire accepter par le milieu du ballon rond, se battre contre les idées reçues et faire fi des préjugés. Une femme président d’un club de foot ? Et Alors ! Il y a bien Michele Kang, la présidente de l’Olympique Lyonnais. Mais là, on est dans une autre sphère. Il y a bien eu, sinon, la cheffe d’entreprise Anny Courtade, présidente de l’AS Cannes entre 2019 et 2023, en N3, jusqu’à l’arrivée de l’Américain propriétaire de l’AS Rome, Dan Friedkin – tiens, tiens, un Américain ! Aujourd’hui, Anny Courtade, plus beau palmarès du sport français avec « son » Racing-club de Cannes volley-ball (club historiquement concurrent de l’ASPTT Mulhouse!), préside l’association du club azuréen, tandis qu’il n’y a plus d’américain à Mulhouse depuis le départ de Gary Allen (président de janvier 2017 à juillet 2022), le frère de Mark Allen, légende mondiale du triathlon.

Nous voilà donc à l’été 2022. L’été de tous les dangers pour un FCM rétrogradé administrativement de N3 en R1, et menacé d’être placé en liquidation judiciaire. La suite, c’est Camille Aïssaoui qui la raconte !

Camille Aïssaoui (FC Mulhouse) :

« On est une équipe dirigeante de challengers »

  • Ses études, son parcours professionnel
Camille Aïssaoui, à son bureau, à Rixheim, à côté de Mulhouse. Photo 13HF

Je suis partie de Mulhouse après mes études (« maths sups » puis « maths spé »). J’ai fait des études d’archi dans une école d’ingénieurs à Strasbourg. Une fois le diplôme en poche, je ne voulais pas travailler à Mulhouse même si j’y suis née, même si j’adore ma ville, même si j’y suis attachée. Je voulais arriver en terrain neutre et non pas quelque part où je connaissais déjà beaucoup de monde, comme ici. J’ai voyagé et comme je suis une « accro » du soleil, comme j’adore Marseille, j’ai pris mon premier job pas loin, à Aix-en-Provence, dans une agence d’architectes importante, où on était une trentaine. J’avais déjà aussi bossé à Bâle (Suisse), l’eldorado de l’architecture, juste avant mon diplôme. À Aix, j’étais en CDD : je n’avais plus envie de rester, à sans cesse me demander si j’allais être reconduite le mois suivant. Bref, j’ai voulu changer. J’avais envie d’expérimenter différents types d’agence et, surtout, je savais que je ne voulais pas être salariée. On m’a proposé un travail de deux mois à Lyon, où j’ai répondu à un concours public, mais c’était pour un projet à Grenoble. Je suis restée deux ans finalement dans cette entreprise de coeur et d’ailleurs, je continue de bosser avec mes anciens patrons de Lyon sur d’autres concours publics.

« Pourquoi vous ne montez pas un projet ? »

  • Sa rencontre avec Hakim Aïbèche, l’actuel entraîneur du club en N3
Hakim Aïbèche, coordinateur sportif et entraîneur de l’équipe de N3, et compagnon de Camille Aïssaoui. Photo 13HF

Je l’ai rencontré à Grenoble il y a 8 ans, quand il travaillait au club de foot, le GF38. Je ne le connaissais pas. Simplement de nom, parce qu’il est de Mulhouse. J’étais à l’école avec ses frères. Son papa a été le coach de mon frère au FC Mulhouse. Et on avait des amis en commun. On est allé boire un café, on a commencé à faire un peu de sport ensemble, il m’aidait à me « bouger » un peu, et on s’est mis ensemble plusieurs mois après, à Grenoble. Je suis ensuite tombée enceinte et de son côté, il est arrivé en fin de contrat à Grenoble. Du coup, il est parti au club d’Amiens, à la formation, mais là, c’était compliqué, on n’a pas réussi à trouver de logement. On ne savait pas qu’Amiens était la cité-dortoir des Parisiens. Il effectuait des aller-retour, j’étais seule avec le bébé, j’avais mon job, bref, c’était vite le cauchemar.

Quelques mois plus tard, on a acheté et construit en corse, c’était bien qu’il lève le pied à ce moment-là. Et puis son frère a eu un bébé, et le mien aussi. On s’est dit « Allez, on retourne en Alsace » ! On a voulu se retrouver tous ensemble. Au départ, on n’avait pas l’idée d’y rester longtemps. En tout cas, on n’avait pas l’idée de reprendre le FC Mulhouse, même si Hakim savait que le club allait mal. D’ailleurs, il avait proposé ses services à l’équipe qui était pressentie pour reprendre le club, et là, c’est parti en liquidation judiciaire en 2022.

  • La genèse de son arrivée au FC Mulhouse

En fait, Salem Zaïen, le papa de Rayan, qui est avocat, et de Hakim, qui est entraîneur et connaît le contexte local, est au club depuis des années. Il nous a dit « Pourquoi vous ne montez pas un projet ? ». Hakim avait une vision du projet sportif, mais ne maîtrisait pas forcément la vision stratégique et financière. Moi, je suis intervenue au départ pour dire « Il vous manque ceci ou cela ». Rayan, lui, n’était pas non plus forcément quelqu’un qui allait monter le projet, même s’il avait d’autres qualités. Du coup, je leur ai monté le projet (« FCM renouveau »), ça s’est fait de manière naturelle, et quand il y a eu la liquidation, des gens ont fait des propositions de reprise situées entre 10 000 et 30 000 euros. Là, tout le monde s’est dit « On peut y aller », et nous y compris. Parce qu’à ce prix-là, on ne risquait rien.

« On a une carte à jouer »

  • Quand la Ville de Mulhouse convoque les différents repreneurs
Le logo du FCM avec la fameuse roue à aubes rouge sur fond blanc, symbole de la Ville. La légende raconte que Mulhouse aurait été fondée autour d’un moulin à eau. Photo 13HF

Quatre ou cinq équipes ont déposé un dossier de reprise. Quelques jours avant la date du jugement au Tribunal, la Ville de Mulhouse nous réunit. Elle nous explique que ce n’est pas aussi simple que ça et que pour ne pas faire jurisprudence, le ComEx (Comité exécutif de la Fédération Française de football) n’acceptera pas de céder le numéro d’affiliation du club (1) et du coup de garder nos jeunes au même niveau si il y a une reprise à 10 000 euros. Les liquidations n’avaient jamais été effectuées sur des associations, mais toujours sur des sociétés. C’était un cas spécial, unique. Cela aurait signifié que, par exemple, un club comme Bordeaux, s’il venait à être liquidé, pourrait être repris pour un euro. C’est une manière de dire que, d’une part, on ne peut pas « refiler » un club comme ça, pour presque rien, et d’autre par, que ce numéro d’affiliation a vraiment une valeur. Et on apprend que le ComEx ne souhaitait pas céder ce numéro d’affiliation à moins de 200 000 ou 250 000 euros ! Donc la Ville nous dit le montant, ça va être « ça », et que la seule solution, selon elle, est que l’on se « mette » tous ensemble pour reprendre le club.

(1) Le « numéro d’affiliation » est le sésame qui permet à un club d’exister officiellement et de jouer dans sa division. La FFF est réticente aux « plans de cession » qui permettent d’effacer les dettes tout en gardant les droits sportifs, car elle y voit une forme de concurrence déloyale vis-à-vis des créanciers et des autres clubs.

  • 48 heures chrono

Notre position nous allait bien car on était un peu les outsiders. On voulait faire partie de l’aventure. La Ville nous dit alors que, soit ils ont une nouvelle offre sous 48 heures avec les fonds sur le compte, soit cela reportera l’audience d’un mois, sans avoir la garantie qu’elle sera maintenue parce que, dans ce laps de temps, le liquidateur doit aussi trouver les fonds. À ce rendez-vous, j’étais avec Younesse El Hariri, qui était dans une autre équipe de repreneurs au départ mais qui était ouvert d’esprit, et Jérôme Hirtzlin, un entrepreneur local, que j’avais rencontré un mois avant. On était tous associés au projet. Rayan et Hakim, eux, n’avaient pas pu être là. Honnêtement, on était dépités, mais je leur dit « On a une carte à jouer ». Là, je leur propose de rassembler les fonds sous 48 heures. On peut être les seuls à le faire et personne à ce moment-là ne se doute que l’on va le faire. Parce que si on attend un mois, peut-être que les autres équipes de repreneurs réuniront encore plus d’argent.

  • Autofinancement, appels aux amis…
Le bus du FCM. Photo 13HF

D’abord, nous, on voulait plutôt un projet local. Le FC Mulhouse a un lourd « passif », avec des projets comme celui de l’Américain (Gary Allen), qui a essayé quand même de faire des choses, qui y a cru, qui a ramené beaucoup d’argent, mais il n’était pas sur place. Mulhouse a une histoire, un passé, une identité : on ne voulait pas d’un modèle comme ça. J’ai proposé d’autofinancer une partie, sans faire de crédit bancaire. J’ai dit « On regarde entre nous ce qu’on peut mettre en apport et on fait appel aussi aux copains ».

Donc on se lance dans ce challenge de rassembler 250 000 euros en 48 heures… et on y arrive avec une dizaine de personnes de tout horizon ! Nous, on a mis le plus gros de la somme, mais on a quand même réussi à faire financer dans les 80 ou 90 000 euros, je ne sais plus exactement, par les autres. Clairement, c’est l’appel à un ami qui a fonctionné ! Par exemple, j’ai appelé mon ancienne assistante avec qui je travaillais à Lyon, qui n’est pas du tout dans le football, qui n’a pas des moyens mirobolants : elle m’a prêté de l’argent.  J’ai tenu compte des limites de chacun. C’était des apports avec possibilité de reprise. Et si le club ne génère pas assez de profits, je me suis engagée à leur rendre l’argent.

« Ce qui nous anime, c’est le challenge, le projet, le développement »

  • Un projet familial, vraiment ?
Danielle Gunther, mémoire du FCM. Photo 13HF.

C’est familial, mais ça ne veut pas pour autant dire que c’est plus simple. En fait, cela n’a pas été un avantage dans le projet, surtout entre les deux frères. Mais on est une équipe d’entrepreneurs, avec une vision de challengers. Pour la plupart, on a tout construit dans nos « boîtes », on a investi, on sait faire. Ce qui nous anime, c’est le challenge, le projet, le développement. Après, on a aussi quelques « historiques » au club, comme le capitaine Samir Kecha (38 ans), le joueur le plus capé, formé au FCM, et entraîneur des petits. C’est l’emblème du club. Et on a aussi notre « assistante » générale Danielle Gunther, qui est salariée : ici, elle fait tout, c’est la mémoire du FCM où elle a tout vécu ! Elle connaît les rouages du foot. Heureusement qu’elle était là au moment de la reprise. Elle a même fait signer sa première licence à Hakim !

  • Son accession au poste de présidente

Présidente, je ne l’ai pas vu venir ! Je venais donner un coup de mains en « off » quand j’ai monté le projet, parce que j’ai des outils qui me permettait de le faire, je maîtrisais les appels d’offres, les montages, les graphiques, etc. je me suis retrouvée embarquée là-dedans, J’avais donné cette idée pour la reprise. Jerôme (Hirtzlin) voulait que je prenne au moins la vice-présidence. S’il était dans le projet, c’est parce qu’il avait accroché avec la vision sportive d’Hakim. De mon côté, j’avais une boîte (Kaïs Architectes) à remonter localement, un deuxième enfant en bas-âge, et je n’étais pas forcément à l’aise avec ça, je ne savais pas ce que ça impliquait. Je ne suis pas quelqu’un qui aime être sur le devant de la scène. Finalement, au moment de l’élection en septembre 2025 après le départ de Rayan (Zaïen), on se met d’accord avec le comité, et cela s’est fait naturellement.

« Le FC Mulhouse avait l’image d’un club communautaire »

  • Être une femme… à la tête d’un club de football
Photo Thibaud Muller / @zoom.byThib

Beaucoup m’ont dit que je cochais toutes les cases, les instances, les gens du comité, etc. Alors oui, forcément, une femme à la tête d’un club, cela enlève un peu les clichés. Politiquement, la Ville aussi pensait que c’était une bonne idée, parce qu’il faut savoir que, même si cela ne lui correspond pas à mon sens, le FC Mulhouse avait l’image d’un club communautaire. Cette image, je ne lui connaissais pas. C’est allé assez loin, et je n’aurais jamais imaginé que cela déchaîne autant les passions et suscite autant de polémiques. On a eu des plaintes au juridique, il y en a même qui ont demandé ce que l’on nous stoppe les subventions ! Du coup, le fait que ce soit une femme présidente, cela allait mettre un coup d’arrêt à ces rumeurs. En tout cas, moi, je ne l’ai pas constaté, et de toute façon, je ne l’aurais pas laissé faire. On s’est toujours dit que, si on était témoin de quelque chose, si on avait des preuves de quoi que ce soit, on y mettrait un stop. Mais aujourd’hui, on n’est pas du tout là-dedans, même si Mulhouse est une ville qui partage plein de cultures différentes et différentes religions. Là, on n’est pas dans un petit village alsacien.

  • Le FC Mulhouse et la religion

On n’a jamais eu de problème. Forcément, quand on va dans un petit village alsacien, comparé à lui, nous, on a d’autres religions, d’autres cultures… Au FC Mulhouse, on respecte toutes les religions, on respecte tout le monde. En fait, c’est un non-sujet chez nous. On se plie à la volonté de tout le monde.

« Être présidente ne modifie pas beaucoup mon planning »

  • Sa vie de cheffe d’entreprise, mère de famille, présidente d’un club…

On ne dort plus beaucoup ! J’ai mon deuxième enfant, une petite fille, qui a 1 an… Alors on s’entoure de gens en qui on a confiance, qui sont aussi des machines de guerre dans le boulot. De toute façon, à partir du moment où vous vivez avec quelqu’un qui est dans le foot, forcément, la vie est orientée par ça. Être présidente ne modifie pas beaucoup mon planning : on vivait déjà un peu au rythme du foot.

  • Sa passion pour le foot
Photo Thibaud Muller / @zoom.byThib

J’avais un papa « très foot », on a grandi dans le foot… J’ai toujours passé mes week-ends au foot ! Ado, on avait nos équipes, on se faisait nos soirées Ligue des Champions, Lyon, Monaco, etc. J’étais très-très foot. Mon père venait à tous les matchs du FC Mulhouse. J’étais petite. Je n’ai pas de souvenirs de matchs en particulier, mais plutôt des souvenirs du lieu, de la buvette, de l’ambiance au stade de l’Ill…

Le seul match dont j’ai pris conscience de ce que c’était, c’était un derby Mulhouse-Colmar je crois, et je devais avoir 16 ou 17 ans. J’ai le souvenir qu’il y avait beaucoup de monde. Mais je dois vous avouer que, avant de rencontrer Hakim à Grenoble, je ne m’intéressais plus trop au foot.

« On est clairement sur un projet local »

  • Le budget, les finances

L’an passé, on devait être autour des 700 000 euros et cette année on a un budget prévisionnel de 900 000 euros. Mais l’essentiel est fléché sur les jeunes. L’équipe de N3 ne représente que 20 à 30 %, et en indemnités joueurs, on est à 150 000 euros annuels environ. On a mis en place un « salary cap » qui n’est pas très élevé. On est loin en tout cas des 2000 ou 2500 euros que peuvent toucher certains attaquants de la division dans d’autres clubs !

  • Le potentiel du FC Mulhouse
Elias Smaali. Photo Zoom.byThib

On est clairement sur un projet local, avec des joueurs d’ici ou qui sont venus dans la région pour un projet personnel ou familial. On en a qui sont venus de loin parce que, par exemple, leur épouse travaille à Bâle. On a des accords avec une entreprise à la frontière, ce qui permet aussi de proposer un job de salarié, frontalier, et donc avantageux.

On s’est dit aussi que, si on voulait construire, la force du FCM c’est quand même la formation, parce qu’on ne peut pas se permettre de donner 2000 euros par mois à un joueur. On a aussi des éducateurs diplômés qu’il faut payer, beaucoup d’équipes (une vingtaine), l’équipe II seniors est actuellement leader en Régional 3, et ce serait bien qu’elle monte en R2, afin de garder nos jeunes. On avait des U19 Nationaux l’an passé qu’on n’a pas pu garder, d’ailleurs, on a un joueur de cette équipe avec nous en N3, il est souvent titulaire (Elias Smaali), c’est chouette de se dire qu’il vient de la formation mulhousienne, parce que quand ce n’est pas simple de passer de la N3 à la R3. Surtout qu’il y a beaucoup de clubs de R1 au milieu qui proposent des projets et qui font que l’on perd pas mal de jeunes. Donc c’est important que la réserve monte. Cela demande une reconstruction de manière globale. En tout cas c’est l’objectif, parce que le FCM a du potentiel.

« On n’a pas envie d’aller trop vite »

  • FCM : un « passif » lourd à porter
L’équipe du FC Mulhouse 2025-26. Photo Thibaud Muller / @zoom.byThib

On est une équipe dirigeante de challengers, on se projette là -dedans mais on a les pieds sur terre. On sait ce qu’on construit. On n’a pas envie d’aller trop vite. On a tous été témoins des liquidations, des rétrogradations, des dépôts de bilan… On croit vraiment qu’on peut trouver une nouvelle et meilleure manière de gérer un club. Je suis un peu épuisé d’entendre souvent « Ah oui Camille mais ça fait 30 ans que… » : à force de parler du passé, on ne change pas grand-chose. Le fait que l’on ne vienne pas exclusivement du monde du football, le fait que je sois une femme, le fait qu’il y ait d’autres femmes autour de moi, au comité, avec une autre vision des choses, change les choses. On croit sincèrement qu’on peut le faire.

Lors de la reprise en 2022, beaucoup pensaient que l’on ne tiendrait pas longtemps. Aujourd’hui, ces mêmes personnes sont surprises. En plus, tous les trois mois, on entend dire que le FC Mulhouse est en liquidation, ce qui n’est absolument pas vrai ! Notre modèle, finalement, surprend pas mal de monde et prouve qu’on peut faire du foot même à ces niveaux-là, sans avoir des budgets colossaux. On est certes monté en National 3 avec un budget global conséquent au niveau du club (700 000 euros) mais qui, au niveau, de l’équipe première, n’était en fait pas si conséquent que cela. Et aujourd’hui, quand on affronte certains clubs de N3, on l’a encore vu récemment avec un article sur le FC Chalon qui a un budget phénoménal, on voit bien qu’on n’a pas un budget sensationnel.

  • Le projet « local »

On a fait un projet local, on croit à ça. On est aussi conscients qu’il faut de la patience et c’est ce qui a pu manquer aux équipes dirigeants précédentes. Il y a eu l’équipe précédente, avec son modèle américain qui, on le sait, va très vite : ils ont injecté beaucoup d’argent, rapidement. Il faut de l’argent, c’est une certitude. Un projet ne se construit pas juste autour d’un budget, mais avec des fondations solides. C’est pour ça aussi que le modèle de départ, avec plusieurs investisseurs, en allant chercher beaucoup de partenaires, mais pas tellement le « gros partenaire » qui va mettre beaucoup d’argent chaque année, nous semble le bon. On veut équilibrer les recettes et développer certains secteurs comme l’événementiel. L’idée, c’est que si demain un partenaire nous lâche, on saura compenser avec d’autres vecteurs pour maintenir notre budget.

  • Une accession tous les 3 ans ?

On veut que, sportivement, ça se passe dans les bons timing : en 2022, on avait annoncé la montée en National 3 dans les 3 ans. Aujourd’hui, la Ligue 3, c’est clairement un objectif et pour moi, c’est la place à long terme du FC Mulhouse. On est dans les temps, on était super content de tenir cet objectif de N3 même si on y a cru un an avant (2e de R1 en 2024), mais heureusement que ce n’est pas arrivé plus tôt finalement, car il a fallu le temps de trouver tous ces partenaires, et plein de choses ont été construites en même temps.

  • L’image du FC Mulhouse
Photo Thibaud Muller / @zoom.byThib

Le FC Mulhouse a eu une image compliquée ces dernières années. Aller démarcher les partenaires, les entreprises, cela n’a pas été simple. Certains étaient déçus, d’autres se sont fait arnaquer avec des notes, d’autres ne voulaient pas associer leur boîte avec le nom du club, donc cela a été un travail de longue haleine. On voit que ça paie. Il a aussi fallu prendre nos marques la première année, se poser les questions comme « comment ça marche ? « quels sont nos stades ? », « quels sont nos droits ? », « Quels sont nos lieux ? ». On voit bien qu’au niveau des infrastructures et des équipements sportifs, c’est compliqué. On a le stade de l’Ill qui est un lieu chargé d’histoire et emblématique, mais on n’a que ça pour nos seniors. Nos jeunes s’entraînent sur différents terrains dans la ville, ils sont dispersés. On se bat pour les créneaux. On a bataillé pour avoir un synthétique à Mulhouse et les travaux démarrent lundi, ça va nous faire du bien et nous permettre de ramener tous nos jeunes sur la plaine de l’Ill, dans une seule et même enceinte. Ce terrain existait mais n’était plus utilisé. Les travaux devraient durer 5 mois; ça change fondamentalement tout notre projet car aujourd’hui, chez les jeunes, on a du mal à retrouver l’esprit club, on ne les croise pas, on ne les connaît pas, on ne les voit pas. Pour les coachs, c’est compliqué, il balade les chasubles, les ballons, le matériel, ils ne savent pas ou ils vont s’entraîner. C’était important de travailler sur cette phase-là, elle est essentielle. Il fallait aussi retrouver des relations de confiance avec les institutions parce qu’on a un lieu, le stade de l’Ill, qui appartient à la Ville de Mulhouse mais qui est géré par l’agglomération. On verra ce qui va se passer avec les élections municipales. Trouver les bons interlocuteurs, tout ça, ça se travaille.

« On veut s’appuyer sur notre formation »

  • Le FCM et la formation
Photo Thibaud Muller / @Zoom.byThib

Il y a eu le « grand Mulhouse » de la formation, parce qu’on avait un bassin avec un potentiel incroyable, sauf qu’avant, pour les jeunes, venir à Mulhouse, c’était une chance. Aujourd’hui, on a des clubs périphériques très structurés, qui font un super travail de formation, qui ont des équipements de qualité, des équipes au niveau « National », comme l’ASIM (AS Illzach Modenheim), qui est juste à côté, et qui a des U17 Nationaux, de très bons formateurs, avec un président en place depuis des années. On les avait rencontrés en seniors R1, ils avaient failli monter en N3 (en 2023 et surtout en 2024) mais c’était le FC Koenigshoffen, un club de Strasbourg, qui était monté (en 2023).

Chez nous, c’est plus compliqué, il faut tout reconstruire. On repart de zéro. Mais on veut s’appuyer sur cette formation pour avoir plus tard des seniors solides, et ça peut aussi être une source financière et permettre des rentrées d’argent ponctuelles grâce aux joueurs formés chez nous : parfois ça aide un peu, et parfois on a un Habib Diarra qui signe à Sunderland (en provenance du RC Strasbourg pour environ 36 millions d’euros) ! Quand la manne tombera, ça servira à aider nos jeunes. Un projet, ça se construit comme ça aussi. On se disait que 3 ans à chaque fois pour monter, c’est pas mal.

  • Le FC Mulhouse et la DNCG
Samir Kecha (à gauche), capitaine emblématique, ici avec Kacem Amaouche, capitaine titulaire. Photo Thibaud Muller / @Zoom.byThib

Là encore, on découvre ! Jusqu’à présent, on n’avait pas eu affaire à la DNCG. On a en face de nous des personnes qui savent de quoi elles parlent, qui sont « durs » dans leur approche mais qui nous conseillent aussi. On a eu une surprise : dans les critères de la DNCG, vous devez avoir non seulement une trésorerie positive et aussi des capitaux propres positifs pour passer. Or, à l’époque, au moment de la reprise en 2022, le ComeEx de la FFF nous avait dit que tout ce qui était fléché en actifs incorporels devait venir en déduction des capitaux propres. Quand on est arrivé devant la DNCG l’été dernier au moment de la montée en N3, on était confiant, on avait un bilan positif, des capitaux propres largement positifs, une trésorerie qui tenait la route, et on s’est retrouvé avec un sursis à statuer parce que, quand on a repris le club, on a dû « flécher » ces fameux 250 000 euros d’apport, une somme qu’on n’a jamais eu puisque tout est parti au tribunal et l’argent est parti dans la liquidation. Sauf que ces 250 000 euros devaient venir en déduction des capitaux propres, et donc on s’est retrouvé avec moins 60 000 euros de capitaux propres, quelque chose comme ça.

Le ComEx nous avait donc demandés de mettre cet argent et c’est la même institution qui nous dit ensuite que, en fait, les actifs incorporels ne valent rien car le nom d’un club peut couler du jour au lendemain et donc on ne peut pas lui donner une valeur. Sauf que quand on a repris le club, c’est le ComEx qui a déterminé cette valeur ! En fait, on le paie deux fois. On a du réinjecter cet argent-là. C’était une mauvaise surprise, on ne s’y attendait pas et surtout, on s’est dit que, quand même, ce n’était pas juste. On a déjà « jeté » 250 000 euros et là, on nous demande d’en remettre. La DNCG l’a bien compris, mais c’est le règlement de la FFF. En fin de compte, cela nous a fait un peu plus de trésorerie et un challenge de plus à relever ! De toute façon, plus les bilans seront positifs, plus les capitaux propres augmenteront, donc un jour, on redémarrera à zéro. On a joué le jeu comme ça.

« Les gens sont dans la bienveillance avec moi »

  • Comment la présidente du FCM est perçue par le milieu du foot
Photo Thibaud Muller / @Zoom.byThib

Disons que le foot n’est pas le milieu le plus ouvert d’esprit, c’est macho, c’est archaïque sur les pensées. C’est un monde d’hommes à la base. Après, dans mon boulot d’archi, c’est pareil : sur les chantiers, c’est aussi un monde d’hommes. J’ai peut-être appris à avoir une approche différente de celle que j’aurais eu si j’avais été un homme, parce que nous, le côté gros sabot… J’ai vite compris, en arrivant sur mon premier chantier, que ce n’était pas comme ça que j’arriverais à m’imposer ! Donc on voit les choses autrement. À vrai dire, je me rendais surtout compte de ça quand j’étais la vice-présidente, parce que parfois, des gens débarquaient au club et posaient des questions auxquelles j’avais les réponses, sauf que ces gens-là ne voulaient pas discuter avec moi ! Ils n’envisageaient même pas que je sois à la gestion du club ! J’en rigolais un peu mais maintenant je ne ressens plus ça. On est dans la bienveillance. Compte tenu de l’historique compliqué du club, peut-être que les gens pensent que, finalement, ce n’est pas plus mal d’avoir une femme à la gestion d’un club, qu’elle aura une autre approche. En fait, ma seule difficulté de présidente, c’est le rapport à Hakim (rires). C’est ça qui est compliqué.

  • La présidente du FCM et son entraîneur/compagnon
Photo 13HF

Si Hakim perd 5 ou 10 matchs de suite ? Je ne sais pas si en National 3, on peut virer un coach comme ça ! Il y a des contrats tout de même ! Il faut savoir qu’au FCM, il y a un comité, avec 10 personnes. Ma voix a la même valeur que celle des autres, sauf si on est 5 pour et 5 contre, et dans ce cas, ma voix est prépondérante et je tranche. Après, dans le projet, que ce soit Hakim ou pas Hakim, j’ai l’impression que s’il n’était pas mon conjoint, la question se poserait moins. Quand on a fait nos deux ou trois premiers matchs de N3, on est sortis frustrés, on sentait qu’il y avait la place, qu’on n’était pas loin, et là, quand j’entends qu’il faut virer le coach qui vient de faire monter l’équipe à l’issue de barrages très compliqués, j’ai la sensation que l’on demande ça parce que c’est Hakim, par rapport à son rapport à moi. Maintenant, si demain ça ne roule plus sportivement, la question se posera.

Photo Thibaud Muller / @Zoom.byThib

Hakim n’est pas juste entraîneur : il est coordinateur sportif, il chapeaute le sportif et il a pour ambition de passer le diplôme de manager général. Il a beaucoup de recul et n’a pas forcément la volonté de coacher toute sa vie. On a déjà évoqué, par exemple, le fait de le voir embrasser un jour un poste de manager général, notamment quand on montera en National 2. Je crois qu’Hakim avait des choses à régler avec le FCM : il avait déjà été écarté, il avait été coach de la réserve, de la Une, des U19 Nationaux… Il voulait prouver il avait un challenge personnel. Monter en National 3, c’était clairement une revanche pour lui, parce qu’il avait eu la sensation de manquer de moyens à l’époque. Mais je trouve que, dans ce schéma actuel, c’est un « plus » : quand je vois la difficulté de certains clubs où le président dit « Moi, je mets l’argent, donc je vais faire le recrutement » ! En fait, derrière, c’est le directeur sportif ou le coach qui doivent assumer les résultats d’une équipe qu’ils n’ont pas choisie, ça peut vite être le bordel. Hakim a connu ça par le passé avec un président qui s’immisçait dans le sportif, qui lui disait quel joueur il devait prendre : cela faisait des relations très compliquées.

Photo Thibaud Muller / @Zoom.byThib

Nous, l’avantage, c’est qu’on dissocie les deux. On a zéro débat là-dessus, on évite de parler du club à la maison. Hakim a l’expérience, il a été formé dans le foot, on lui fait confiance à 100 % là -dessus : on sait que quand il bataille pour avoir un joueur et que s’il se plante, il va le reconnaître, il est déçu de nous décevoir, on va l’accepter, on va l’accompagner. C’est fluide. Et on va essayer de trouver la solution derrière. Bien sûr, on veut être sur de ce qu’il souhaite, on ouvre des réflexions, c’est lui qui les clôture avec moi et avec tout le reste du comité. On arrive à recadrer, à échanger, pour ne pas refaire les erreurs. En fait, on apprend tous ensemble. Ce schéma marche super bien. Je pense la force du projet, c’est de se dire les choses, de savoir se remettre en question, de s’aider, d’être dans l’écoute. Et la force d’Hakim, c’est le recrutement, ce qu’il a mis en place, et il a une vision générale du club, pas seulement pour l’équipe de N3, qui est très soudée. Il veut que le projet réussisse. Il a aussi ce recul qui fait qu’il ne s’accrochera pas non plus à son poste si jamais les choses venaient à mal tourner. Ce n’est pas non plus lui qui décide de son salaire. Là, il est déjà dans la saison suivante, il a déjà des idées en tête de profil de joueurs.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13HF et Thibaud Muller / @Zoom.byThib
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L’ex-meneur de jeu professionnel, passé par Dijon, Brest, Cannes et Amiens, formé à Rennes, sa ville natale, et Angers, s’est révélé à Beaucouzé au poste d’entraîneur (R1, N3). L’été dernier, le Breton (46 ans), discret, réfléchi, réservé, a pris les commandes de la GSI avec succès : à 8 journées de la fin, son équipe mène la danse et pourrait, 11 ans après, retrouver le National 2.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Chloé Trohel et Mathias Le Hel (GSI Pontivy)

Photo Chloé Trohel / GSI Pontivy

Il y a des dates, comme ça, qui marquent. Que l’on n’oublie pas. Qui forge un mental et restent gravées dans les mémoires. Cette histoire, c’est celle du GSI Pontivy, et elle est unique dans les annales.

Flash back. Ce 12 juin 1999, les « Verts » de la GSI (« GSI » pour La Garde Saint-Ivy) sont en CFA (N2 aujourd’hui) et font match nul à Reims (3-3), qui n’est pas encore redevenu un club professionnel. Ils s’inclinent aux tirs au but mais qu’importe, ils marquent un point qui suffit à leur bonheur. Grâce à ce point, ils terminent en tête des barrages d’accession en National et d’un mini-championnat avec les quatre meilleurs deuxièmes clubs amateurs de chacun des quatre groupes de CFA : Beaucaire (qu’ils ont battu 2-0), Limoges (qu’ils ont battu 1-0) et donc Reims (3-3).

Face aux Champenois, les trois buteurs s’appellent Christophe Duboscq, qui égalise à la 86e, Cyrille Watier et… François Masson. Voilà, ça y est, la GSI est en National ! Elle va se frotter au Red Star, au Gazelec Ajaccio, au Paris FC, à Beauvais, Martigues, Angers, Grenoble, Valenciennes, Pau, Clermont, le Racing, Istres, Besançon et plein d’autres équipes de ce calibre ! Du moins c’est ce qu’elle croit…

Le 24 juin 1999, dix jours après la « finale » face à Reims, la nouvelle tombe. La DNCG tranche. Pour des raisons financières, elle prononce l’interdiction d’accession au club pontivyen, qui n’accompagnera donc pas l’AS Evry, le premier de sa poule. Le Stade de Reims, 2e des barrages, est repêché et prend sa place…

Quand la GSI se fait un nom sur la scène nationale

Sous la pluie bretonne… Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

François Masson disputera une deuxième saison, en 1999-2000, ponctuée à la 9e place d’un groupe dominé cette fois par le Stade Brestois, qui lui non plus n’est pas encore redevenu un club professionnel. Cette même saison, Pontivy se fait un nom sur la scène « nationale » avec un 8e de finale de coupe de France, disputé à Guingamp face à l’AS Monaco (0-4).

Puis en 2000, il part embrasser une carrière pro en Division 2 à l’AS Cannes, après avoir déjà fréquenté les centres de formation de Rennes (de 1993 à 1996) et d’Angers (stagiaire-pro de 1996 à 1998) avant le dépôt de bilan du SCO. À ce moment-là, le natif de Rennes, qui a commencé le foot à l’âge de 6 ans à Chasné-sur-Illet puis juste à côté, à l’US Liffré, en Ille-et-Vilaine, ne le sait pas encore, mais il reviendra à Pontivy, 25 ans plus tard, et avec la casquette d’entraîneur cette fois ! « Après la fin de l’aventure au SCO d’Angers, le club de la GSI Pontivy m’a proposé de jouer et de pouvoir en même temps passer mon Bac ES, raconte celui qui a toujours évolué au poste de milieu offensif, parfois excentré, souvent axial en meneur de jeu.« 

Samuel Hays, président de la GSI. Photo Chloe Trohel – GSI Pontivy

Cannes donc, en D2 et en National, et à deux reprises, Dijon surtout (National et Ligue 2), Brest (Ligue 2), Amiens aussi (National), et enfin Vitré à la fin de sa carrière, en CFA2, en amateur : « Lors de mon premier passage à Cannes, en D2, je n’ai fait beaucoup joué (11 matchs), je me suis blessé au quadriceps en début de saison. Ensuite, je suis resté en National avant de partir 5 ans à Dijon (2 saisons en National, 3 en Ligue 2), où je suis arrivé et parti en même temps que Rudi Garcia. Puis j’ai signé à Brest 2 ans avec Pascal Janin, Corentin Martins en transition, Gérald Baticle et Alex Dupont lors de la deuxième année pour les quatre derniers matchs d’une opération maintien. Ensuite, j’ai signé un an à Amiens en National avec Serge Romano et Ludovic Batelli, avant un retour à Cannes avec Albert Emon. Après mon deuxième passage à Cannes, en 2010-2011, j’aurais pu continuer à vivre du foot, mais je sortais d’une grave blessure (croisés) et l’idée, c’était de m’installer, de me poser, de prioriser la carrière professionnelle de mon épouse. En fait, on remettait à jour sa carrière. Elle travaillait à Rennes à l’époque et on s’est installé à Vitré. » L’expérience dure un an.

Le foot à plein temps depuis 2021

Photo Chloé Trohel / GSI Pontivy

Entretemps, il y a encore une pige à La Chapelle-des-Marais (Loire-Atlantique). Puis la famille Masson s’installe à côté d’Angers, à Beaucouzé, la ville dont est originaire Sonia, l’épouse de François, et où ses beaux-parents, malades, habitent. Là encore avec une idée derrière la tête : se rapprocher d’eux. « C’est là, à Beaucouzé, que j’ai terminé ma carrière de joueur et passé mes diplômes d’entraîneur. J’ai eu mon BEF (il est aujourd’hui titulaire du DES). Quand j’arrive, en fait, je suis adjoint de l’équipe seniors en DH, je joue encore pour « dépanner », j’entraîne les U19. Je fais mes armes en quelque sorte. »

Sonia, son épouse, tombe malade. Direction Cholet. Pour la rapprocher de son travail. Pour faciliter ses déplacements. Et puis, le hasard fait le reste : « Le propriétaire de l’appartement qu’on louait à Cholet faisait partie de l’association du SO Cholet. Il a su que j’avais le BEF et m’a proposé de rejoindre le club. J’y suis resté deux ans et ça s’est plutôt bien passé. J’étais responsable de la formation et responsable de foot. Les U17 sont montés en Nationaux. Mais avec mon épouse, on avait aussi ce projet de racheter la maison de mes beaux parents, malheureusement décédés, et on est retourné à Beaucouzé ».

L’histoire continue. Après un an sans ballon, François apprend que Lionel Duarte, l’emblématique coach de Beaucouzé, s’en va. « On habitait à 200 mètres du stade ! Du coup les anciens du club me demandent si ça m’intéresse de prendre la suite en seniors DH, avec la responsabilité technique du club. J’ai accepté. C’est comme ça que j’ai remis les pieds dans le foot, à plein temps. On a fait des belles saisons. La première année, on est monté en National 3 (en 2022), puis on est redescendu. Je suis resté 4 ans (de 2021 à 2025). Il y a eu l’accession en U19 Nationaux aussi. Mais je pense qu’il était temps de passer la main. J’étais arrivé au bout. Je savais qu’il y avait de la compétence au sein du club. Et puis 4 ans, c’est bien. Surtout que j’ai vraiment dépensé beaucoup d’énergie dans la structuration du club, mais c’était très formateur. »

Contacté après un « post » sur LinkedIn

Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Alors qu’il prévient assez tôt, durant l’hiver, de son départ – « Je voulais que ça se passe bien, que le club de Beaucouzé ait le temps de se retourner » – , la GSI Pontivy fait elle aussi face, et presque au même moment, au départ de Philippe Pinson à la tête de l’équipe de N3. « Là, une personne du club de la GSI, Joris Le Denmat, a vu mon annonce sur LinkedIn. Il connaissait mon parcours et mon premier passage comme joueur à la GSI. Il m a contacté. Moi, de mon côté, évidemment, je connaissais le club et, surtout, j’avais gardé un souvenir assez extraordinaire de mes deux saisons. Avec la GSI, ça s’est fait naturellement. »

À Pontivy, François Masson est venu tout seul. Là encore, l’idée, c’est de voir, de faire une année de transition d’un point de vue familiale : « Ce sont des choix de vie. Mon épouse est avec ma fille à Beaucouzé, à 250 km, on se rejoint les week-ends. J’ai un fils également, qui lui est sur Paris. On verra où ça nous mène : peut-être que l’on fera les choses de manière plus ordonnée la saison prochaine, on verra ».

De son côté, le club pontivyen, présidé depuis juin 2025 par Samuel Hays, ne doit pas regretter son choix. Depuis le début de saison, la GSI Pontivy multiplie les bons résultats. C’est simple, après 18 journées de championnat (il en reste 8 à disputer), les « Verts », qui n’ont jamais perdu à l’extérieur, caracolent en tête de la poule C de National 3 (12 victoires, 5 nuls et 1 défaite seulement). Mieux encore, ils affichent 41 points, meilleur score des huit poules, ex aequo avec le Racing-club de France, leader de sa poule D.

Le National 2, onze ans après ?

Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Invaincus depuis le 6 décembre et une défaite à domicile face à La Saint-Pierre de Milizac, laquelle avait mis fin à une première série de 9 matchs sans défaite (6 victoires et 3 nuls), les Bretons, lancés dans une nouvelle série (en cours) de 8 matchs sans défaite (6 victoires et 2 nuls), vont-il retrouver le National 2, onze ans après l’avoir quitté en 2015 ? « On fait une saison extraordinaire, on a fait aussi un 32e de coupe contre Bastia, rappelle François Masson; la montée en N2 n’était pas un objectif priorisé en début d’année, quand l’idée était plutôt de faire une année de transition, d’aller chercher ce qu’on pouvait aller chercher, et au final, ça se passe très bien, avec de supers « gamins ». On verra où ça nous mène mais pour l’instant, c’est trop tôt pour parler d’accession. »

Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Pourtant, avec 3 points d’avance sur Vire (la rencontre GSI Pontivy-Lannion initialement prévue samedi 14 mars a été reportée en raison des mauvaises conditions météorologiques), et un calendrier « favorable » (5 réceptions et 3 déplacements, dont un à Vire le 9 mai lors de la 25e et avant-dernière journée), les voyants sont … au vert ! La GSI est en tout cas bien lancée, même si tout reste à faire. Le public du « Faubourg » revient petit à petit au stade, et espère revivre une deuxième accession après celle de DH en CFA2 (N3) en 2017, après la double descente de 2015-2017. On n’imagine même pas ce que cela pourrait être si le Stade Pontivyen, l’autre club de cette ville de 15 000 âmes, leader de sa poule en Régional 1, et qui partage les installations du stade du Faubourg de Verdun, venait à accéder en N3, un championnat qu’il a déjà fréquenté pendant 4 ans, de 2018 à 2022 (avec des derbys endiablés avec la GSI) et à nouveau pendant un an, lors de la saison 2023-2024 ! À Pontivy, le printemps qui arrive pourrait bien être synonyme de folie !

Quelques heures avant de se rendre à Rennes, pour y affronter la réserve des professionnels en championnat (1-1), François Masson (46 ans) a évoqué ses souvenirs de joueur mais aussi sa nouvelle vie d’entraîneur. Entretien avec un garçon posé, calme et sans cesse dans la réflexion.

Interview : « Rendre au club ce qu’il m’a apporté »

Sous le soleil azuréen, et sous le maillot de Cannes en 2010. Photo Serge Haouzi / NM

François, quand as-tu su que tu voulais devenir entraîneur ?
C’est vrai que je ne me destinais pas vraiment à ça, mais entraîner, ça m’a permis de rester dans mon domaine « passion ». Il y a eu une première approche à Beaucouzé, quand Lionel Duarte, mon entraîneur, avec qui je m’entendais très bien, me disait de passer mes diplômes. J’ai donc passé mon DES l’année de la montée en N3 avec Beaucouzé. Je pense que, d’ici deux à trois ans, on verra, j’irai vers d’autres diplômes, peut-être le BEPF, mais pour l’instant, je suis bien comme ça. L’idée, c’est de continuer de me développer, d’essayer, de voir si c’est réalisable. J’ai une vision à moyen terme.

Revenons sur la fin de ta carrière de joueur : pourquoi, à l’âge de 32 ans, es-tu passé du National au CFA2, de Cannes à Vitré ?
J’étais lassé, usé… J’ai vécu des choses difficiles sur ma fin de carrière notamment à Cannes, avec les croisés : je me suis fait ça tout seul en janvier, contre Strasbourg, à Coubertin, sur un changement d’appui. Il y a eu aussi la non-montée avec Cannes en Ligue 2, et un cambriolage qui a mal tourné parce que je me suis fait usurper mon identité. J’essayais de faire l’analyse de tout ça, tout se mélangeait… J’ai souvent fait déménager ma famille, souvent changé de club, mon fils rentrait en 6e… En fait, je voulais un peu de stabilité et je trouvais que le football ne m’en offrait pas. J’ai voulu changer d’air, ça m’a fait du bien. En plus, Cannes allait déposer le bilan et de toute façon je n’étais pas dans les petits papiers. J’ai été un peu déçu par le club, je suis resté sur le carreau, alors que j’avais besoin d’un petit peu d’aide à cette période, même si j’avais le Red Star qui me proposait un an en National. La vérité, c’est que j’étais fatigué psychologiquement, surtout. Je suis parti à Vitré, où j’étais simplement joueur. Mais à cette période, je voulais sortir du foot, le milieu ne me plaisait plus trop même si j’aimais jouer, que ça me rendait heureux parce que j’étais passionné. En fait, j’avais l’impression d’être dans une machine à laver. J’ai fait autre chose, comme des formations, mais au bout du compte, je me suis rendu compte que le foot me manquait, que c’est ce que j’aimais, que c’était difficile de s’en détacher.

Le public du stade du Faubourg de Verdun, en coupe de France, face à Bastia, en décembre 2025. Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Parlons de la GSI Pontivy : présente-nous le club…
C’est un club qui a construit sa notoriété en coupe de France, qui est historique en Bretagne, avec un passé, une culture. Il est reconnu pour relancer des joueurs, d’ailleurs, c’est ce que j’essaie de faire aussi. Les structures sont de bonnes qualités, on les partage avec le Stade Pontivyen, l’autre club de la ville, qui fait une très belle saison en Régional 1 (coleader).

Du coup on partage les deux synthétiques, une semaine sur l’autre, ça ce n’est pas évident, et on a aussi un terrain engazonné mais c’est compliqué l’hiver… Et le terrain d’honneur, on le partage aussi pour les matchs de championnat, un week-end sur deux. Là, le public commence à revenir. Je me souviens qu’à l’époque où je jouais à la GSI, on faisait entre 1000 et 1500 à chaque match à la maison, et je me souviens aussi du derby à Brest, en CFA, devant 10 000 personnes !

« Une passion une histoire, un engouement, une âme »

Le public du stade du Faubourg de Verdun, en coupe de France, face à Bastia, en décembre 2025. Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Et cette année, le public revient ?
Aujourd’hui, on n’est pas loin des 500 ou 600, alors qu’en début de saison, on était 200 ou 300, c’était plus difficile. C’est à nous de donner aux gens l’envie de revenir au stade, parce qu’il y a un potentiel public ici. Quand on a reçu Bastia récemment en 32e de finale de coupe de France (0-1, le 20 décembre dernier), on a joué devant près de 3000 personnes, parce qu’on ne pouvait pas accueillir plus de monde. Il y a vraiment quelque chose autour du club, une passion, une histoire, un engouement… La GSI a un truc en plus, une âme, et dégage quelque chose. Le stade aussi, le « Faubourg », a un côté « britisth » : on se croirait en 4e ou 5e division en Angleterre ! Il y a du chauvinisme, de la passion, même si j’aimerais que ce soit parfois plus exacerbé, parce que ça reste encore gentillet, mais tu sens qu’à la moindre étincelle, ça repart !

Avec le Stade Pontivyen, peut-on parler de rivalité ?
De rivalité sportive oui. C’est une rivalité qui s’assainit, notamment parce que beaucoup de joueurs passent d’un club à l’autre, et avec les bénévoles, les dirigeants, on se connaît tous, on n’a pas de problème particulier. Mais cette rivalité sportive créée de l’émulation. Quant à une éventuelle fusion, j’en entends parler depuis toujours, c’est quelque chose que je ne maîtrise pas. Mais c’est sûr que ça pourrait donner un top club. Après, il y a des « historiques » de chaque côté, un passé qui se respecte aussi, il faut tenir compte de tout ça. Maintenant, pour Pontivy et ses 15 000 habitants, ce serait extraordinaire qu’on ait deux clubs en N2 et N3 l’an prochain.

« Ici, soit tu es pour le Stade Pontivyen, soit tu es pour la GSI »

Photo Chloé Trohel / GSI Pontivy

Les gens qui vont voir la GSI vont-ils aussi voir le Stade ?
Non. Ici, soit tu es pour le Stade, soit tu es pour la GSI. ceux qui vont voir le stade ne vont pas voir la GSI. Je suis allé les voir une fois contre Vannes. Le coach du Stade, c’est un ancien de la GSI, Stéphane Le Garrec (ex-gardien de but de Lorient et Guingamp notamment en L1 et L2 dans les années 90 et 2000). D’ailleurs, c’est contre lui et Lorient que j’ai marqué mon premier but en pro avec Cannes, en Division 2, sur penalty, au stade Coubertin (saison 2000/2001).

Ton équipe ?
Elle est jeune, elle a 24 ans de moyenne d’âge, sur un effectif de 26 joueurs. On a 4 joueurs qui ont 19 ans et pas mal de « 2003 » aussi. Certains ont embrassé le niveau supérieur et ont joué en National, comme Calvin Mangan (Châteauroux, Epinal, Colomiers, Sedan, etc.). J’en ai certains qui viennent de Vannes, Lorient, Saint-Brieuc, etc; ici, on peut attirer un vivier intéressant de par notre position géographique, en centre Bretagne. Il y a beaucoup de clubs pros autour de nous. À la GSI Pontivy, il y a aussi une qualité de formation, qui lui permet d’être à ce niveau-là. Pas mal de joueurs aussi ont connu les centres de formation, comme Lorient, Brest ou même Rennes, ça permet de travailler sur un contenu de base très intéressant.

« Sur le terrain, je suis une autre personne ! »

Sous le maillot de Cannes en 2010. Photo Serge Haouzi / NM

Joueur, tu étais quelqu’un de discret, calme, réservé : comment devient-on entraîneur quand on est comme ça ?
C’est vrai que devenir entraîneur, c’est même surprenant pour moi, et aussi pour mes proches. Ils ont la sensation de me connaître dans la vie de tous les jours et quand je suis sur le banc, c’est différent, j’enfile la casquette ! En fait, c’est cette volonté chez moi de transmettre qui fait que je me transcende. Sur le terrain, je suis une autre personne. Mais c’est vrai que ça me faisait un peu peur, j’avais cette crainte quant à mon potentiel à devenir entraîneur, surtout quand on est réservé comme moi. Il a fallu aller chercher des choses au fond de moi, il a fallu que je me fasse mal (sic) alors que quand j’étais joueur, je ne faisais pas vague, j’étais appliqué, je restais à ma place, concentré sur ma mission. Là, il faut aller chercher des ressources. C’est ce qui me plaît dans ce métier, essayer de transmettre des choses au joueurs, à travers les émotions; entraîner, ça me permet de partager mes convictions avec des joueurs, je dis bien des convictions, pas des certitudes, parce que ça, je n’en ai pas. J’ai plutôt une philosophie : je laisse les cartes en mains aux joueurs. Je leur dis qu’ils ont des choses extraordinaires à vivre en termes d’émotion, de partage, de réflexion. J’essaie d’axer mon discours là-dessus. Et j’essaie de leur apporter des choses que j’ai aimé quand j’étais joueur, de leur éviter aussi de tomber dans des pièges dans lesquels je suis tombé, comme la perception de soi, la confiance, les qualités de chacun et leurs développements.

Joueur, tu as eu des coachs marquants ?
Bien sûr. Beaucoup m’ont marqué. J’ai pris des idées chez certains mais j’essaie de garder ma propre identité, de ne pas faire de copier-coller. Et ce que j’ai moins apprécié chez d’autres, je ne l’applique pas. C’est assez logique. Il y a Rudi Garcia, forcément, je l’ai eu pendant 5 ans : on est arrivé ensemble à Dijon et on est parti en même temps. Il il a eu un impact sur moi. J’ai connu le Rudi Garcia semi-professionnel, qui a fait la bascule en Ligue 2, on sentait qu’il prenait de l’ampleur et qu’il n’allait pas s’arrêter là, que quelque chose s’était passé chez lui. Après, humainement, René Marsiglia à Cannes m’a beaucoup marqué. Je parle souvent de lui (René Marsiglia est décédé en 2016), je l’ai eu en National la deuxième année lors de mon premier passage à Cannes, malheureusement, avec lui, on a loupé la remontée en Ligue 2 lors du dernier match contre Valence. Paradoxalement, c’est peut-être celui qui m’a le moins fait jouer, parce que j’étais en concurrence avec Franck Durix, mais je rentrais à chaque fois, j’ai dû faire ma trentaine de matchs et une dizaine de titularisations. En termes de contenu de séances et de relations humaines, René Marsiglia m’a bluffé. Il restera à jamais dans ma mémoire et sera toujours un modèle d’entraîneur. Si je devais donner un profil d’entraîneur idoine, ce serait un mélange de Rudi Garcia et de René Marsiglia.

« Franck Durix à Cannes, c’était la grande classe ! »

Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Tu sais qu’à Cannes, près de 25 ans après, on parle encore de ce match contre Valence…
Pour beaucoup, ça reste une blessure, ça marque, on a dû rester deux ou trois heures groggy dans le vestiaire. C’est en tout cas mon plus mauvais souvenir de footballeur. Je me souviens du vestiaire à la fin du match… C’est dommage, on avait un joli groupe et le coach méritait qu’on retrouve la Ligue 2.

Te souviens-tu de ton premier match en pro ?
Avec Cannes, contre Angers, à Coubertin (saison 2000-2001), en D2.

Milieu offensif, ton poste de prédilection ?
J’ai toujours joué milieu offensif / meneur de jeu, mais ça dépendait aussi des systèmes, par exemple, à Dijon, avec Rudi Garcia, j’étais plus excentré.

Un coéquipier marquant ?
Franck Durix, à Cannes, c’était la grande classe. Jan Koller aussi quand même. Et Stéphane Grégoire à Dijon, un exemple. Lorsqu’on côtoie ce type de joueurs, on comprend mieux leur carrière. Ils sont très pros. J’avais plus d’appétence à me rapprocher de ce type de joueurs-là.

Un joueur avec lequel tu avais un bon feeling sur le terrain ?
Celui qui me vient à l’esprit, c’est Stéphane Mangione, un ami, à Dijon. Il jouait attaquant, on se trouvait assez facilement sur le terrain.

Tu sais que tu es né le même jour qu’un ancien de tes coéquipiers à Cannes, qui porte presque le même nom que toi, mais qui est plus âge ?
Oui, c’est le gardien François Lemasson, un historique de Cannes, il est né comme moi, un 15 novembre !

« Mon modèle, c’était Jean Tigana »

Ibrahim Et-Touguani. Photo Chloé Trohel / GSI Pontivy

Un modèle de joueur quand tu étais petit ?
Mon premier modèle, c’était Jean Tigana. La première Coupe du monde que j’ai regardée, c’était en 1986 avec mon papa, au Mexique, et je disais tout le temps que je voulais être Jean Tigana ! Aujourd’hui, quand je revois des images de lui, il avait une activité folle sur le terrain, je peux comprendre que je voulais lui ressembler ! Pourtant, y’avait plein d’autres excellents joueurs en équipe de France. Par la suite, ce fut Zidane, que j’ai croisé à Cannes pour le match du Centenaire, en 2002.

Un sport, autre que le foot ?
Le basket.

Tu étais un joueur plutôt…
Un joueur à sensibilité technique avec le ballon, un joueur dans la réflexion.

Tu es un entraîneur plutôt…
J’espère être un entraîneur humain et sensible à la réflexion.

« Créer et utiliser les espaces »

Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Ta philosophie de jeu ?
J’aime le jeu au sol. À la GSI, on essaie d’avoir un jeu de possession intéressant. L’idée, par ce jeu de position et de possession, est de créer des espaces et de les utiliser, ce n’est pas juste avoir une possession stérile. J’ai une philosophie de jeu que j’essaie d’adapter aux qualités des joueurs. J’essaie de ne pas être trop directif, de laisser mettre en avant leurs qualités. Le groupe adhère à ça. On est dans un système en 4-1-4-1, notre structure de base, et à partir de ça, on essaie de créer des positions qui puissent nous permettre de nous offrir du temps et de l’espace.

Tu as le temps d’aller voir des matchs ?
Je regarde beaucoup de matchs à la télé et je vais voir les équipes du club le dimanche, notamment pour suivre nos jeunes.

Une phrase, un dicton ?
Oui, et ça va faire sourire les gens de Beaucouzé et de Pontivy : « Allons chercher les émotions qu’on mérite ! » C’est pour ça qu’on joue au foot, pour les émotions, c’est vraiment quelque chose de quantifiable. Peu de sports permettent d’en procurer autant que le foot. Et sur l’aspect du jeu, j’aime bien répéter aux joueur de « créer et utiliser les espaces », on est vraiment là-dessus. C’est pour ça aussi, nos adversaires savent maintenant ce que l’on essaie de mettre en place et essaient de contrecarrer ça. On est attendu du fait de notre classement, ce qui n’était pas forcément le cas en début de saison. Cette série-là, on va la chercher aussi par d’autres valeurs, comme la solidarité, la résilience et la capacité à se faire mal dans les moments difficiles. Parce que c’est forcément difficile de gagner un match, en raison des paramètres maîtrisables ou non maîtrisables, des problématiques… En fait, à chaque match, ce sont des conditions différentes, des adversaires différents, des nouvelles problématiques, c’est ce qui fait que ce sport est magnifique.

« On sait tous à qui on doit des choses »

Le Pontivyen Léo Faure – Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Meilleur souvenir de joueur ?
La montée en Ligue 2 avec Dijon en 2004.

Un entraîneur que tu n’as pas forcément envie de revoir ?
J’aimerais bien discuter avec certains, avec qui ça n’a pas collé par exemple, comme Gérald Baticle à Brest, où ça s’était mal goupillé, entre guillemets. J’ai des regrets du point de vue de ma position de joueur, mais aujourd’hui, je comprends aussi la difficulté du rôle d’entraîneur : avec lui, j’aimerais avoir une discussion, c’était sa première expérience en tant que coach et ça ne s’est pas passé comme je l’aurais aimé.

Un entraîneur que tu aimerais bien revoir ?
Il y en a plein ! J’aime beaucoup recroiser des personnes que j’ai connues et qui m’ont aidées. Ici, à Pontivy, je croise régulièrement l’entraîneur que j’ai eu lors de mon premier passage quand j’étais joueur, c’est Michel Jarnigon, il s’est lancé en politique, il est premier adjoint à la Ville et candidat pour devenir maire. Il m’a marqué et je lui suis très reconnaissant, parce que grâce à lui j’ai pu passer mon bac et jouer en CFA à Pontivy. J’avais moins de nouvelles de lui même si j avais suivi son cursus, et le fait de revenir ici m’a permis de le croiser avec plaisir. On sait tous à qui on doit des choses; ça rejoint aussi l’idée d’être ici, de rendre au club ce qu’il m’a apporté.

« Je n’ai aucun regret »

Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Plus beau but ?
Dijon – Reims, un lob.

La saison où tu as pris le plus de plaisir sur le terrain ?
La saison 2003-04 avec Dijon, avec une demi-finale de coupe de France (élimination 2-0 à Châteauroux) et une montée en Ligue 2.

Le club où tu as failli signer ?
Saint-Etienne en décembre 1999, alors que j’étais à la GSI. J’ai voulu terminer la saison à Pontivy.

Un président marquant ?
J’en ai croisé beaucoup, de prime abord je pense à Bernard Gnecchi au DFCO.

Ton geste technique préféré c’était quoi ?
La prise de balle orientée.

Si tu n’avais pas été footballeur, tu aurais fait quoi ?
Certainement professeur de sport.

Y a-t-il eu une erreur de casting dans ta carrière de joueur ?
Je n’ai aucun regret.

Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Le meilleur match de ta carrière, selon toi ?
Un match contre Lens en coupe de France (Ligue 1), en janvier 2004, avec Dijon. Ce soir-là, il y avait une sensation de force collective.

Le pire match de ta carrière ?
Mon dernier match avec Brest contre Nîmes, en D2.

Un stade et un club mythique pour toi ?
Boca Juniors et la Bombonera.

Une causerie de coach marquante ?
Une causerie de René Marsiglia à Clermont, lors de la 2e journée de championnat. Il avait presque prédit l’intégralité de la saison et dit une phrase que j’ai toujours gardé en tête. « Jouez-le comme si c’était votre dernier match. »

Une consigne de coach que tu n’as jamais comprise ?
« Tu dois la mettre ! » Oui, en général, le joueur est au courant !

Le club de Pontivy en deux ou trois mots ?
Passionné et humble.

Le milieu du foot en quelques mots ?
Passionnant et stimulant.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Chloé TROHEL et Mathias LE HEL (GSI Pontivy)
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Entraîneur des U17 Nationaux de l’ACA l’an passé, l’ex-latéral professionnel a pris les commandes des seniors après le dépôt de bilan à l’été 2025, en repartant d’une feuille blanche. Avec son groupe, leader de sa poule en Régional 2, il parle d’humilité, de travail, d’ambition, et rappelle sans cesse que l’histoire actuelle est tout sauf « normale », mais bien « incroyable » !

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Paule Santoni – AC Ajaccio 

Entretien réalisé lundi 2 mars 2026, avant le succès de l’ACA face à l’EC Bastia (2-1)

Il y a dans le regard d’Anthony Lippini quelque chose d’animal qui vous transperce et vous laisse sans voix. Certains ont dû baisser les yeux en le croisant dans les couloirs ou sur les pelouses, son terrain de chasse préféré, tout au long d’une carrière qui l’a vu disputer environ 200 matchs en professionnel, entre ses débuts en Ligue 2 à Montpellier en 2007/08, à l’âge de 19 ans, et la fin de l’aventure au Gazelec Ajaccio en National en 2020, après des passages à l’ESTAC Troyes (National), à Clermont (Ligue 2) mais surtout à l’AC Ajaccio (Ligue 2, Ligue 1), où il a entamé sa seconde vie, celle d’entraîneur.

Cet arrière au sang chaud, qui en impose, capable d’être « méchant » – c’est lui qui le dit -, a misé sur d’autres valeurs que la technique – « Je n’avais pas celle de Maradona, dommage (rires) ! » – pour se faire une place dans ce football ultra-concurrentiel, où l’on demande aujourd’hui au défenseur latéral d’être le premier attaquant.

Anthony Lippini, lui, sortait rarement de son registre, défensif, mais franchissait parfois la ligne rouge. Rouge, comme le sang, dont l’odeur pouvait lui rappeler cette phrase prononcée avant chaque match par « Pierrot » Molinelli, son entraîneur en « moins de 13 ans » au Sporting-club de Bastia : « Il vaut mieux être le boucher que le veau ». La métaphore est évidente. Et a fini de bâtir sa réputation.

Humilité, travail et ambition

Mais le natif de Bastia, âgé de 37 ans, l’assure : depuis qu’il est passé de l’autre côté de la barrière, il n’est plus le même homme sur le banc de touche. Une chose n’a cependant pas changé chez lui. Ou plutôt trois : l’humilité, le travail et l’ambition. Ses règles. Et celles-là, il les respecte. Ses joueurs et son staff aussi. Elles sont aussi valables en Régional 2, la division dans laquelle a plongé l’AC Ajaccio l’été dernier, après avoir été rétrogradé administrativement de Ligue 2 en National par la DNCG pro le 24 juin, décision confirmée en appel par la DNCG fédérale le 15 juillet, avant une exclusion pure et simple des championnats nationaux prononcée par la FFF, le 13 août.

Voilà comment, au gré d’un été meurtrier, le club floqué de la tête de Maure et de l’ours, son emblème, plombé par un déficit estimé à plus de 13 millions d’euros, a chuté de cinq divisions.

Voilà comment, après une saison achevée à la première place de son groupe avec les U17 Nationaux de l’ACA, Anthony Lippini, dont l’autorité naturelle et le charisme sont frappants, s’est retrouvé à la tête d’une équipe seniors qui a bien failli disparaître, construite à la va-vite, et dont les deux uniques objectifs sont de redonner de la vie et du plaisir, puis de gravir les échelons.

Pour ce qui est du premier objectif, le contrat est déjà rempli. Pour ce qui est du second, la saison sportive est bien engagée. L’ACA est en tête de sa poule (13 victoires, 2 nuls, 1 défaite / bilan au moment de notre entretien réalisé six jours avant le succès 2-1 face à l’EC Bastia), trois points devant la réserve du FC Borgo, et surtout onze devant le 3e, Bonifacio, et donc bien placée pour décrocher l’un des deux billets directs pour le Régional 1 en fin de saison.

Lundi dernier, après un week-end « off », et à six jours d’un match contre l’Espoir Club Bastiais, sur le synthétique du stade Dumé Luciani, juste derrière l’imposant stade Michel Moretti (ex-François-Coty), Anthony Lippini s’est posé pendant près d’une heure. Détendu, sérieux, souriant, il a répondu à nos questions sans jamais se départir de sa franchise habituelle.

Interview : « Je suis en formation accélérée ! »

Anthony, tu es né à Bastia, mais tu n’as jamais été pro au Sporting-club de Bastia…
J’ai joué au Sporting de mes débuts à 4 ans jusqu’à l’âge de 14 ans, avant que je ne parte au centre à Montpellier. Mon papa (Bruno) a joué au Sporting (de 1986 à 1991). Quand j’ai commencé le foot, il était au Sporting. C’est un club qui est important pour moi, je n’ai pas de problème avec ça. Je n’oublie pas d’où je viens. Le Sporting restera le Sporting, mais je suis fier de porter les couleurs de l’AC Ajaccio et de mon parcours avec l’ACA, et aujourd’hui, même si je suis installé à Ajaccio, je n’y ai personne à part mon épouse, mes enfants et ma belle famille. Du côté de ma famille, tout le monde est à Bastia. Avec le Sporting, cela a pourtant failli se faire trois fois en professionnel mais cela ne s’est jamais concrétisé. Voilà, c’est comme ça, ce n’était pas le moment (rires).

C’est un regret ?
Non, pas un regret, parce que cela m’a permis de faire autre chose, mais à la fin de ma carrière, j’aurais beaucoup aimé boucler la boucle comme ça, là où j’avais commencé.

Ton style de jeu, ton tempérament, tout ça aurait peut-être bien collé avec le Sporting…
Oui, ça aurait collé je pense, malheureusement, parfois, certaines personnes oublient certaines valeurs de chez nous et préfère autre chose, c’est comme ça, c’est la vie, ce sont des choix.

« L’importance d’être Corse »

Donc on peut être né à Bastia, aimer le Sporting, et aimer l’AC Ajaccio ?
J’en suis persuadé depuis toujours. Je n’ai pas de problème avec ça. Pour moi, le Sporting, l’ACA, le Gazelec Ajaccio, Corte, Balagne, etc., avant tout, c’est l’importance d’être Corse. Cela a toujours ma façon de voir les choses. Et puis on peut faire l’inverse : on peut être Ajaccien et réussir au Sporting, la preuve avec Yannick Cahuzac, un ami très proche (aujourd’hui entraîneur adjoint d’Olivier Pantaloni au FC Lorient, Ndlr).

Te souviens-tu de la première fois que tu as assisté à un match de foot pro ?
C’était au Sporting. J’allais voir tous les matchs avec mon père. Je me souviens que, lorsque j’étais débutant, je m’entraînais sur le stade Armand-Cesari, c’était souvent les lendemains de matchs, et après la séance, on allait dans les tribunes, y’avait des drapeaux, j’allais dans les vestiaires aussi, il y a avait des joueurs que mon père connaissait, eux aussi m’ont inspiré, ont servi d’exemple pour la suite de ma carrière.

Comment es-tu passé des équipes de jeunes au Sporting à Montpellier ?
Mon papa a signé là-bas comme entraîneur. Moi j’étais avec la sélection corse, en coupe nationale, et Montpellier s’est intéressé à ce que je faisais. Ils n’étaient pas contre ma venue. Ils m’ont fait passer une sorte d’essai d’un an (rires). Le directeur du centre, c’était monsieur (Serge) Delmas. Tout le monde avait un contrat sous convention, mais moi non. Après un an, j’ai réussi à convaincre le club et ensuite j’ai enchaîné.

Du coup, tu es resté combien de temps à Montpellier ?
Huit ans, entre la formation et les pros. Je dois beaucoup au MHSC. Je suis très reconnaissant de tout ce que le club m’a apporté. Si je n’avais pas eu cette formation montpelliéraine, je n’aurais sans doute pas été professionnel. Je suis aussi très reconnaissant des éducateurs que j’ai eus, des dirigeants… J’ai eu la chance de connaitre Louis Nicollin et aussi son fils Laurent qui était déjà là. J’ai gardé beaucoup de contacts. Montpellier, c’est un club qui restera important toute ma vie. J’ai tout appris là-bas. Et j’ai aimé la ville.

Te souviens-tu de ton premier match en pro ?
C’était un Montpellier-Grenoble, il me semble, à La Mosson, en Ligue 2, lors de la saison 2007/08, avec Rolland Courbis, qui m’a fait signer pro. Montpellier avait une belle équipe, avec des « vrais » joueurs comme Bruno Carotti, Philippe Delaye, Lilian Compan, Lamine Sakho, etc.

« Franc, passionné, méchant »

Tu étais un joueur plutôt…
Franc, passionné et méchant.

Tu es comment dans la vie de tous les jours ?
Franc. Très franc. Très droit. C’est très important. Sinon je suis quelqu’un de plutôt discret, tranquille.

Joueur et entraîneur, tu es resté le même ?
Non, je suis différent. Je garde la passion, c’est important. J’essaie d’être le plus droit possible avec les joueurs parce que j’aurais aimé que l’on soit comme ça avec moi, or on ne l’a pas toujours été… Je suis un peu plus réfléchi, un peu moins dans les émotions aussi mais ça c’est normal, j’ai grandi, j’ai appris, et les leçons m’ont servi ! Mais je suis vraiment passionné et j’aime ce que je fais. J’aime le jeu aussi.

Combien de buts marqués en pro ?
Deux contre mon camp (rires) ! Sinon, j’en ai mis un en coupe de la Ligue contre Vannes, contre un gardien avec lequel j’avais joué à Montpellier, Gérard Gnanhouan. C’est le seul que j’ai marqué ! J’ai souvent failli pourtant (rires) !

Meilleur souvenir sportif ?
La montée en Ligue 1 en 2011 avec l’AC Ajaccio. C’est difficile à expliquer, il faut l’avoir connu pour le comprendre. J’ai connu trois montées mais celle-là était exceptionnelle, déjà parce que j’ai joué tous les matchs. Parce que quand je signe, on me dit que si on se maintient en Ligue 2 à deux journées de la fin, ça sera une belle saison. Parce qu’on part en stage à 14… Humainement, c’était des gens incroyables… On a su créer quelque chose, un engouement. J’ai couru après ces sensations-là tout le reste de ma carrière, et je ne les ai jamais retrouvées.

Fan de Maradona

Ton poste de prédilection, cela a toujours été latéral ?
Oui, même si parfois, j’ai joué dans l’axe aussi, à un poste qui plaisait aussi énormément, mais sinon je n’ai joué que latéral.

Un joueur que tu n’aimais pas trop affronter ?
Il n’y en a pas eu un en particulier. Après, par rapport à mon poste, j’avais souvent affaire à des joueurs de même profil, rapide, percutant, puissant, mais ceux que je préférais rencontrer, c’était ceux qui étaient plus dans le jeu à l’intérieur, qui débordait un peu moins. J’ai eu la chance de jouer contre des joueurs comme Eden Hazard, qui était difficile à marquer, ou même Pierre-Emeric Aubameyang, qui allait très vite, c’était compliqué de les tenir.

Un coéquipier marquant ?
J’ai eu la chance de jouer avec Adrian Mutu (ex-Chelsea, Inter, Juventus, Fiorentina, Parme, etc.), il m’a marqué par son aura, par ce qu’il dégageait, par ce qu’il était capable de réaliser aussi. C’était une star mondiale, nominé au Ballon d’or. Il était en fin de carrière à Ajaccio donc j’imaginais quand il était au sommet de sa forme ce que ça devait être. Il avait une facilité dans les protections de balle, et puis, ses qualités techniques… Il sentait le jeu.

Le coéquipier avec lequel tu avais le meilleur feeling dans le jeu ?
Yannis Salibur, à Clermont. Il était vraiment au-dessus. Même s’il a eu une très belle carrière, pour moi, il n’a pas eu celle qu’il méritait. Il était vraiment incroyable. Il était adroit, puissant, et en plus, c’était un bon gars. On avait un très bon feeling sur le terrain, on jouait sur le même côté, j’aimais défendre pour lui. J’ai apprécié les deux années passées avec lui. J’ai apprécié aussi le feeling avec Yoann Poulard, il m’a beaucoup appris à mes débuts à l’ACA, il m’a beaucoup aidé, en plus, c’était la première saison où je jouais latéral gauche.

Une idole de jeunesse ?
J’ai toujours été fan et admiratif de Diego Maradona, il avait tout compris au football, c’était un jeu pour lui, et pour moi aussi ça l’est, mais c’était aussi un spectacle. Et ça, c’était fantastique. J’ai regardé énormément de vidéos et de films sur lui. Je les ai montrés à mes enfants. Il m’a toujours impressionné. Il m’impressionne encore aujourd’hui. C’était beau à voir.

Un sport, autre que le football ?
J’aime beaucoup la moto-cross, j’en ai fait quand j’étais jeune, mon grand fils en a fait aussi. Je m’y suis remis il y a deux ans. J’aime les sports mécaniques en général, comme les rallyes automobiles, ça m’a toujours passionné. Mon but, c’est d’en faire un, ça ne devrait pas tarder. Je ne pouvais pas en faire quand j’étais joueur. J’aime bien faire du trail pour le plaisir aussi.

« Les causeries, à la fin, ça me fatiguait ! »

Des entraîneurs marquants ?
J’ai appris de tous, même de ceux que je n’ai pas appréciés. Quand j’étais au centre de formation à Montpellier, un coach comme Ghislain Printant m’a marqué, il était proche de nous, je l’ai eu longtemps, en 16 ans Nationaux, en réserve, il était dur mais il nous a éduqués. Et mon papa aussi, parce que c’était un très-très bon entraîneur, et je ne dis pas ça parce que c’est mon papa, mais il a su être juste et ce n’était pas facile pour lui, d’avoir son fils dans le groupe. Il était fin tactiquement, il n’avait pas besoin de crier pour faire comprendre les choses, et il avait ce truc en plus pour tirer le meilleur de chacun. Il a été dur avec moi aussi, ça fait partie du truc. Après, en pro, un entraîneur comme Olivier Pantaloni m’a marqué, il était calme, très humain, et ça, aujourd’hui, dans le foot, ça se perd… C’est Olivier Pantaloni aussi qui m’a fait le plus confiance en pro et m’a permis de jouer en Ligue 1.

Comment expliques-tu qu’Olivier Pantaloni, qui jouit d’une bonne réputation, n’entraînes pas un club plus huppé ?
Lorient, c’est quand même un bon club de Ligue 1. Ce que Lorient faisait à l’époque de Christian Gourcuff par exemple, ça m’a inspiré, parce que c’est le football que j’aime proposer. Olivier (Pantaloni) est resté très longtemps fidèle à l’AC Ajaccio, et ça c’est rare. C’est son choix. Comme il est resté longtemps au club, les gens ont pu lui mettre une étiquette. En tout cas, c’est un très bon coach, les gens à l’AC Ajaccio ont dû le regretter, du moins je l’espère. Parce qu’on se rend compte de tout ce qu’il a fait une fois qu’il est parti. Il mérite d’être reconnu. Ce qu’il a fait en Corse et pour l’ACA est incroyable et respectueux. Peut-être qu’il est sous-estimé, mais je pense qu’il prouve avec Lorient qu’il mérite ce qu’il a.

Une causerie marquante ?
J’en ai tellement eues… Je t’avoue que les causeries, à la fin, ça me fatiguait ! Mais celle qui me vient à l’esprit, c’est justement celle d’Olivier Pantaloni avant un match à Nîmes, l’année où on monte en Ligue 1, parce que c’était différent de d’habitude. Il avait projeté un film, il avait cherché à toucher le côté émotionnel et ça m’avait touché. C’était nouveau aussi. Je suis toujours en contact avec lui.

« Je pars du principe qu’un joueur de foot est intelligent »

Et toi, tes causeries d’avant-match, tu les prépares comment ?
Je ne les prépare pas de manière informatique, parce que tout est carré, je ne laisse rien au hasard. Après, les discours non plus, je ne les prépare pas. Je n’ai jamais eu de problème à parler devant les gens. J’ai eu la chance d’être capitaine dans beaucoup de clubs où je suis passé, et dès le centre de formation.

La seule chose que je prends en compte, c’est que je parle aux gens comme si je parlais à mes enfants ou à mes parents, de manière naturelle. J’ai des sujets à aborder parce qu’ils sont importants par rapport au match qui va arriver, par rapport au plan tactique, au plan de jeu, mais je n’écris rien. Mes causeries sont toujours très courtes. Et je prends en compte ce que moi j’aimais en tant que joueur. Il m’est arrivé d’avoir des causeries de 30 minutes et ma tête explosait, je ne retenais rien. Quand je voyais que le coach avait tout préparé dans sa causerie, je n’écoutais même plus. La causerie la plus longue que j’ai dû faire, c’est 12 ou 13 minutes, et c’est déjà beaucoup.

J’essaie de ne pas mettre que de l’émotion, parce que je pense que ce n’est pas ça qui va te faire gagner un match. J’essaie d’apporter avec des vidéos, de montrer des choses dont j’aimerais que l’on s’inspire. Je pars du principe qu’un joueur de foot est intelligent. Je me suis toujours battu contre ça, contre cette vision caricaturale, contre les clichés et l’image que les gens avaient du joueur de foot. C’est quelque chose qui m’a toujours fatigué. Ce sont des conneries. J’ai eu la chance de travailler avec des entraîneurs comme Didier Zanetti (avec la réserve de l’ACA), qui m’a énormément appris, sur le plan tactique, sur les causeries. C’est un entraîneur que j’apprécie, et j’aimais son travail.

Dans un autre style, il y a aussi Julien Banghala, avec qui j’ai commencé adjoint en seniors. Il est directeur du Centre de formation du FAR à Rabat au Maroc aujourd’hui. Ce sont des entraîneurs très performants dans leur domaine et j’ai eu la chance de commencer avec eux, ce sont des belles pointures ! Je me suis inspiré d’eux, et après j’ai fait un mélange à ma sauce. Pour en revenir à mes causeries, elles ne sont pas préparées. L’improvisation est importante. Si je n’ai rien à dire, je ne dis rien. Et quand je dis quelque chose, c’est que j’ai envie de le dire et c’est ce que je pense. Je ne sais pas comment l’expliquer. Je ne joue pas un rôle, de toute façon, je ne supporte pas ça, parce que je n’aimerais pas qu’on le fasse avec moi.

« L’aventure que l’on vit, elle est incroyable ! »

En termes d’émotion, ce que tu as vécu joueur est-il plus fort que ce que tu vis actuellement dans la peau de l’entraîneur ?
C’est différent. Mais c’est aussi fort. L’aventure que l’on vit, elle est vraiment incroyable. Je ne regrette pas une seconde mon choix. Aujourd’hui, et quoi qu’on en dise, on est l’équipe première de l’AC Ajaccio. Bon, ok, on est en Régional 2, mais quand même. Pour les dirigeants, pour les supporters, cela ne change pas grand-chose. C’est ce que je dis aux joueurs : les émotions que l’on vit, elles sont intenses, fortes et surtout inoubliables. Ce n’est pas comparable avec ce que j’ai vécu en tant que joueur, mais c’est tout aussi beau.

Entraîneur-joueur, ça ne t’a pas tenté ?
On me l’a demandé encore cette année, mais j’ai refusé. J’ai rejoué il y a 2 ans, avec l’équipe de N3 de l’ACA, quand j’étais adjoint de Didier Zanetti, parce que j’avais demandé au club de finir ma carrière à l’ACA. J’avais prévu de jouer le dernier match de la saison. Bon, il s’est avéré que j’ai joué dès le mois de novembre à cause de problèmes d’effectif, et Didier, lui, voulait me faire jouer tous les matchs (rires), j’ai dit « Non, non… » J’en ai joué deux ou trois et je me suis régalé. Physiquement, j’étais en forme, et même cette année, je pense que je pourrais encore jouer, mais c’est un choix. J’ai tourné la page. Aujourd’hui, je ne suis plus joueur. Je suis entraîneur.

Du coup, c’est ton adjoint, Riad Nouri (40 ans), qui joue !
C’est incroyable ! Quand on en a parlé, il m’a dit « Oui, je jouerai tous les matchs à domicile », et quand je lui disais « Tu vas rester au repos » il me disait « Non, non, je joue ! » (rires). Il veut tout jouer ! Il a du mal à décrocher et je le comprends, il prend du plaisir. Mais pour lui, c’est dur. Avec « Riri » (Riad Nouri), j’en discutais souvent, il avait toujours ses réflexes de pro, je lui disais : « Mais Riad, tu ne peux pas demander à certains joueurs des choses, que nous on n’a connu, alors qu’on est en R2 », il avait du mal au début avec ça, à cause des automatismes, des visions de jeu, qu’on a pu avoir parce qu’on a été pro, et que d’autres ne peuvent pas avoir parce qu’ils n’ont jamais connu ça.

C’est bien d’avoir son adjoint sur le terrain ? C’est important ?
C’est bien, oui et non, parce que parfois j’ai besoin de lui pour échanger sur le banc, du coup, ça me manque. Mais ça me permet aussi d’avoir un ressenti à l’intérieur du terrain. Riad se sent toujours joueur, il a du mal à décrocher de ça, et je le comprends, parce qu’il prend toujours du plaisir.

« Je ne suis pas le même homme, entraîneur, que quand j’étais joueur »

Tu as le temps d’aller voir des matchs de foot ?
Je suis sur les terrains tous les week-ends parce que j’ai deux garçons qui jouent (rires) ! L’un a 14 ans, l’autre a 5 ans, ils portent le maillot de l’ACA. Avant le football, c’est ma famille qui compte. Le football, c’est secondaire et cela restera toujours secondaire pour moi. J’accorde beaucoup d’importance dans le fait d’être présent pour mes enfants. Du coup, je vois des matchs, mais dans des catégories différentes ! Ce ne sont pas des matchs de seniors !

Un proverbe, un dicton ?
J’en ai deux différents, mais je fais la part des choses car je ne suis pas le même homme, entraîneur, que quand j’étais joueur. Et je suis content de ne pas être le même, parce que ça veut dire que j’évolue, que je mûris, que j’apprends aussi, parce que quand j’étais joueur, je n’ai pas tout fait bien. Mais j’ai une phrase que je me suis répétée toute ma carrière quand j’étais joueur, elle venait d’un coach que j’avais en benjamins « moins de 13 ans » au Sporting à Bastia, « Pierrot » Molinelli, que j’aimerais revoir, parce qu’il a beaucoup compté aussi. A chaque fois que je rentrais sur le terrain, il me disait une chose : « Il vaut mieux être le boucher que le veau ». Toute ma carrière, je me suis dit ça. C’est aussi ça qui a fait que j’ai réussi à être pro, parce que je n’avais pas des qualités incroyables. Mais je ne le répète plus aujourd’hui, parce que c’est différent. Je parle plutôt d’humilité avec mes joueurs. Je crois à ça. L’humilité est importante, encore plus dans notre situation. C’est ce que je leur répète chaque jour.

« Je n’avais jamais vu un match de Régional »

L’humilité dont tu parles a plusieurs significations : il y a celle que l’on doit avoir en tant qu’être humain mais aussi celle que doit avoir le professionnel qui a toujours tout eu sous la main et qui débarque en Régional 2, où c’est système D, où les terrains ne sont pas de qualité, etc.
Bien sûr. Et je ne sais pas si j’aurais été capable de le faire. J’ai beaucoup de respect pour ce qu’ils font. J’ai refusé à la fin de ma carrière de jouer au niveau régional quand des occasions se sont présentées. Peut-être que pour l’ACA, j’aurais rechaussé les crampons, mais avant de reprendre les rênes de l’équipe cette année, je n’avais jamais vu un match de niveau Régional. Encore moins joué. Donc ce que j’ai fait, quand le championnat a repris, je suis allé voir un match de Régional 2, à Corte : c’était la réserve de Corte contre Cargese. Je ne connaissais pas le championnat. M’entraîner à 18 heures, je ne savais pas non plus ce que c’était. Bon, c’est tout nouveau, mais c’est intéressant aussi.

Tu as pensé quoi de ce match Corte-Cargese ? Tu t’es dit « Waouh » !?
C’était différent. Je n’ai pas de problème avec le niveau où on est, ça reste du football, même si c’est différent de ce que j’ai pu connaître, mais il y a des choses à apprendre, et je suis agréablement surpris du niveau en R2.

« Je profite de l’instant présent »

Riad Nouri, entraîneur-adjoint et toujours joueur !

Tu as des manies de coach avant un match ?
J’essaie de rentrer dans ma bulle, de me concentrer, d’être au calme. Je prends toujours dix ou quinze minutes tout seul, tranquille. J’ai besoin de cette bulle de concentration pour me plonger dans le match. C’est ma deuxième année de coach comme n°1, puisque j’entraînais les U17 Nationaux l’an passé, et j’avais commencé à faire ça, parce que je travaille avec un préparateur mental. C’est une des choses que j’ai mise en place et qui m’apporte.

Un plat, une boisson ?
J’aime l’Orezza et en plat, j’aime les pâtes et le tiramisu. Les pâtes « alla salsiccia », j’adore.

Si tu n’avais pas été footballeur, tu aurais fait quoi ?
Pompier.

Un endroit que tu apprécies à Ajaccio ?
C’est Capo di Feno, après les Sanguinaires, en bord de plage, c’est un endroit où je me sens bien. La belle famille a un pied à terre là-bas, c’est une chance, et j’y passe beaucoup de temps.

Le match de légende de l’ACA ?
Les derbys contre Bastia, ils étaient passionnants. Le match aussi contre le PSG, l’année où on monte, en 2011, c’était le début de l’ère qatari. C’était incroyable. On est allé faire match nul au Parc des Princes aussi (en janvier 2013, 0 à 0).

Le joueur de légende de l’AC Ajaccio ?
Etienne Sansonetti. Un pionnier. Un buteur. Il ne faut pas oublier les anciens, c’est aussi grâce à eux qu’on est là. Des joueurs comme Dado Prso aussi ont compté, ils ont été incroyables. Dado, je l’ai recroisé quand je jouais à Tours et quand j’étais allé jouer à Pau, où il était adjoint (il est aujourd’hui adjoint de Bruno Irlès en N2, aux Girondins de Bordeaux, Ndlr).

Tu te vois entraîner pendant longtemps ?
J’ai déjà du mal à me voir demain, alors… J’ai arrêté de faire des projets dans le football. Je profite de l’instant présent. Je suis chanceux et heureux de faire ce que je fais. Je prends ce qu’il y a à prendre. Je me donne les moyens de réussir, d’évoluer, d’être performant et meilleur chaque jour. Après, arrivera ce qui arrivera.

« Ce qui est arrivé au club, ce n’est pas rien »

En septembre, l’ACA a fait le buzz avec le retour d’Andy Delort, c’est normal, mais d’autres anciens moins connus sont là, comme Cédric Avinel…
Cédric, c’est un ami, j ai joué avec lui à Clermont, on est resté très proche après, on se voit en dehors, et quand on a essayé de restructurer le club l’été dernier, on n’avait pas d’entraîneur pour les U14, j’ai demandé aux dirigeants si cela pouvait les intéresser de prendre Cédric, parce que je suis persuadé qu’il peut faire un super coach, et aujourd’hui, le club est très content de lui, et Cédric se régale avec les petits. Je lui ai demandé de me donner un coup de main avec l’équipe de R2, il m’a dit « Anto, pas de souci, je te donnerai un coup de main », et il me donne plus qu’un coup de main aujourd’hui (rires) ! Cédric, c’est une patte.

Récemment, un autre « ancien », Mohamed Youssouf, qui s’est entraîné avec vous, a signé en N2 à Chantilly : pas trop déçu ?
C’est une grande déception de ne pas l’avoir avec nous, parce qu’au delà de ce qu’il pouvait nous apporter sur le terrain, avec ses qualités de joueur de foot, c’est humainement quelqu’un d’incroyable, du même calibre que Cédric, quelqu’un de très discret, très humble, et j’aurais aimé l’avoir dans mon effectif, pour ce qu’il dégage, et ce qu’il aurait appris au groupe.

On a lu que l’objectif sportif était de remettre l’ACA à sa place, dans le monde pro : mais dans combien de temps ?
Il n’y a pas de temps de fixé. Comme je l’ai déjà dit quand on est reparti cet été, il y a deux « steps » importants. Il faut y aller petit à petit. Ce qui est arrivé au club, ce n’est pas rien. Quand on a vécu de l’intérieur ce que l’on a vécu, et j’y étais, surtout à fin, dans la période de transition, quand on était trois, avec Fabio da Cunha, le coach des U16, aussi, et Riad, qui était en réserve, et alors que les joueurs s’en allaient, je peux te dire que ce n’est pas rien. La première étape, c’est déjà de retrouver le niveau national. C’est une étape important avant la suivante, qui sera de retrouver le monde pro. Quand ? Alors ça… On ne le sait pas.

Le Gazelec Ajaccio, ça peut être un exemple, avec sa remontée de R2 en N3 en deux saisons seulement ?
Ah bien sûr ! Il faut s’inspirer des clubs qui ont réussi et le Gazelec, c’est un exemple de restructuration, de renaissance, et si on peut les imiter, je signe de suite. On a des contacts, je connais très bien le président, Louis Poggi, avec qui j’ai joué, c’est important d’avoir des relations entre clubs, je n’ai pas de problème avec ça.

« On écrit de nouvelles pages pour l’avenir »

En dix ans, les trois principaux clubs corses ont été « servis » : y a-t-il une malédiction ?
C’est la vie, c’est le football. Je suis quelqu’un de très pragmatique. C’est comme ça. Vivre avec le passé, ce n’est pas mon truc. Les faits sont là. Qu’est-ce qu’on doit faire ? Se plaindre ? Se morfondre ? C’est tout ce que je déteste, c’est tout ce que je ne suis pas. Moi je préfère avancer.

Aujourd’hui, l’ACA est en Régional 2. Peut-être que c’est un mal pour un bien. Peut-être qu’il fallait ça pour repartir sur de nouvelles bases. Quand on voit ce que le Sporting a fait aussi, ils sont repartis sur de nouvelles bases, ils ont refait des choses incroyables, on doit s’en inspirer aussi, c’est pareil pour Strasbourg, qui était reparti en CFA2 (en 2011), et d’autres. On est sur un nouveau cycle. Et pour moi, le football, ce sont des cycles. On écrit de nouvelles pages pour l’avenir et peut-être que ce sont nos enfants qui en récolteront tous les fruits. En tout cas, je ne le vis ni bien ni mal. Je ne le subis pas en tout cas.

Ta vision du foot ?
Je suis obligé de m’adapter aux joueurs que j’ai, par contre, mes principes, eux, ne changent pas. Parce que je pense que tous les joueurs peuvent progresser, à n’importe quel âge, à n’importe quel niveau, et ça je leur ai dit. J’en suis convaincu. Mon propre style et mes idées de jeu m’appartiennent, mais je pars toujours du principe que le football est un jeu, et qu’il faut prendre du plaisir. Quand on commence le football, il n’y a aucun gamin qui va te dire « je vais jouer derrière, je vais tacler ou défendre », parce qu’il veut marquer des buts ou faire des dribbles, il veut se régaler. C’est un paramètre très important. Je suis convaincu que c’est grâce au jeu que l’on marquera des buts, en gardant un équilibre bien sûr, et qu’il faut récupérer le ballon, le plus vite possible, pour pouvoir jouer, mettre en place nos principes. Je ne joue pas avec les mêmes systèmes, mais je joue avec les mêmes principes qui se déforment. Pour défendre, oui, c’est le même système, mais pour attaquer, j’utilise plusieurs systèmes en fonction de ce que je peux donner aux joueurs comme billes pour être performants, et après je laisse la liberté aux joueurs, je ne suis pas un dictateur. Ils doivent être capables de mettre en place certaines choses pour mettre l’adversaire en difficulté.

Depuis le début de saison, en championnat, l’ACA n’a encaissé que 4 buts en 16 matchs : c’est très peu…
Ça me fait chier, on en donne deux contre Cargese… Même les 4 buts que l’on prend, on les donne. J’aurais aimé qu’on n’en prenne zéro, c’était faisable. Mais bon, 4 buts encaissés, ça reste correct. c’est important d’être solide défensivement si on veut mettre en place ensuite des choses offensivement.

« On est tous dans le même bateau »

Quand on voit tous ces gens qui suivent l’ACA en Régional 2, tous ces supporters… On dirait que le club s’est réveillé, qu’il y a un nouvel engouement…
J’ai déjà eu cette discussion, mais ces gens-là, ils ont toujours été là. Ils n’ont jamais disparu. C’est juste qu’à un moment donné, on s’est éloigné de nos valeurs, des valeurs du club. Ce que l’on fait nous, ce n’est rien d’extraordinaire. On essaie de rester nous-mêmes et de donner du plaisir aux gens. En étant très humbles. Parce qu’on est tous dans le même bateau, et c’est ça qui est beau. Et j’inclue tout le monde, tout ceux qui se reconnaissent dans ce nouveau projet. On fait tout pour que ces gens-là soient fiers de leur équipe.

On a commencé l’entraînement le 11 septembre… Déjà, pour faire l’équipe, cela a été compliqué. Les gens ne se rendent pas compte de toutes les difficultés que l’on a rencontrées pour mettre en place tout ça. Je n’arrête pas de le dire à ceux qui pensent que ce que l’on fait, ça paraît normal, alors que ce n’est pas normal. C’est même loin d’être normal. Le week-end, nous, on ne joue pas un match de Régional 2. On joue un match de coupe de France. Les réserves, contre nous, se renforcent, toutes, alors que quand elles affrontent une autre équipe, elles ne le font pas, mais ce n’est pas grave, cela fait partie du jeu. Tant mieux, même, cela permet de confronter mon équipe à une autre d’un niveau supérieur.

Je le répète : ce que l’on fait, ce n’est pas normal. C’est même incroyable. La fierté est encore plus grande. On n’a pas eu de préparation, on a été obligé de déclarer forfait en coupe de France parce qu’on n’avait pas encore d’équipe, on a dû reporter les deux premiers matchs de championnat, on n’a droit qu’à deux mutés par match hors-période alors que normalement on aurait dû avoir sept mutés… Personne ne nous a aidés. C’est comme ça. On prend match après match. On fera les comptes à la fin. On s’entraîne quatre fois par semaine : le mardi à 17h, le mercredi à 18h, le jeudi matin pour ceux qui ne travaillent pas et le vendredi à 17h. Pour moi qui n’avait jamais connu ça, c’est une expérience à la vitesse grand V ! J’ai appris énormément, je suis en train de faire mon inscription pour le DES (diplôme d’état supérieur). L’administratif, les mutés, les règlements, les papiers, c’est incroyable tout ce que j’ai appris cette année. En fait, je suis en formation accélérée.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Paule SANTONI – AC Ajaccio
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Depuis deux saisons, l’attaquant du Racing-club de France empile les buts en National 3 : 23 l’an passé et déjà 17 cette saison. À bientôt 30 ans, celui qui fut l’un des joueurs majeurs de la première Kings League en France en mai et juin dernier aspire toujours à jouer plus haut.

Par Laurent Pruneta

Avec 23 buts inscrits la saison dernière et déjà 17 cette saison en National 3 avec l’actuel leader de sa poule, le Racing CFF, Marvin Emmanuel est devenu un sérial-buteur sur le tard à bientôt 30 ans. Sa participation à la Kings League (1) où il a aussi été très performant, lui a permis d’acquérir une nouvelle notoriété au-delà des suiveurs habituels des championnats de National 2 et National 3 qu’il fréquente depuis dix ans (Quevilly-Rouen, Oissel, Boulogne-sur-Mer, Évreux et le Racing où il est arrivé 2023). Son parcours a aussi été marqué par deux longues périodes d’arrêt. Pour 13 heures Foot, il a longuement revisité sa carrière de joueur amateur, a évoqué la Kings League et ses ambitions de jouer plus haut.

1. La  Kings League est un mélange détonnant entre le football traditionnel, le jeu vidéo et la téléréalité. Lancée en Espagne fin 2022 par l’ancien footballeur Gerard Piqué, cette compétition de football à 7 a pour but de rendre le sport plus dynamique et imprévisible pour capter une audience plus jeune (celle de Twitch et TikTok).

Interview
« Je n’ai rien accompli encore »

Photo Tiago Moreira

Vous avez affolé les compteurs en N3 avec le Racing et vous avez gagné une notoriété nouvelle grâce à votre participation à la Kings League avec l’équipe Unit3d. Comment avez-vous vécu cette année 2025 très riche ?
J’ai toujours aimé jouer au foot. Déjà, dans un premier temps, c’est une passion. C’est aussi une échappatoire, puisque dans la vie, il y a plein de soucis. Ça permet de se vider la tête. Mais honnêtement, le fait d’avoir explosé sur le tard, je ne pensais pas que ça allait m’arriver. Mais c’est maintenant et je suis fier. Je me suis relevé de plusieurs épreuves. Après, je n’ai rien accompli encore, je ne joue qu’en N3.

Êtes-vous obligé de travailler à côté du foot ?
Avant d’arriver au Racing en 2023, j’ai été commercial dans une société de déménagement puis principalement chauffeur-livreur pendant plusieurs années. La première année au Racing en N2, on s’entraînait le matin. Je ne bossais pas, mais je m’ennuyais car j’ai toujours eu l’habitude de travailler à côté du foot. Quand on est descendu en N3, on est passé à des entraînements le soir et je ne me voyais pas ne rien faire pendant la journée en attendant l’entraînement. Là, je travaille dans une école de formation (IFCV, un partenaire du club) à Levallois (92). Je gère le recrutement dans la partie sécurité. Je recrute les jeunes qui veulent soit s’inscrire au bac pro, soit au BTS, et je démarche la mission locale pour ceux qui sont intéressés par la sécurité.

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

À 29 ans, vivre du foot, reste-t-il un objectif ou un rêve encore lointain ?
Comme tout joueur, j’aspire à jouer plus haut, en National ou à l’étranger. J’ai eu des contacts lors de la dernière intersaison mais j’étais encore sous contrat avec le Racing. Parfois, ces questions me passent par la tête. Mais j’essaye de ne pas trop penser à tout ça et de me concentrer sur le présent. Le plus important est déjà de remettre le Racing en N2. Après, on verra ce qui se passera au mois de juin. Le plaisir que j’ai perdu en U17 ou à Boulogne-sur-Mer, quand je me suis fait les croisés, je suis en train de le retrouver maintenant. Il me reste peut-être encore 5-6 ans à jouer et je vais me donner à fond pour prendre le plus de plaisir possible.

Plus jeune, à quoi aspiriez-vous ?
Déjà, à jouer au foot. Quand j’étais au FC Rouen, j’ai eu des contacts pour aller en centre de formation, à Bordeaux notamment. Mais mes parents n’ont pas voulu. J’ai participé aux premiers tours de sélection pour intégrer Clairefontaine aussi. Mais en U17, j’ai eu la maladie d’Osgood-Schlatter, une maladie de croissance (inflammation douloureuse de l’os et du cartilage de la tubérosité tibiale, Ndlr). J’ai eu une inflammation au niveau des deux genoux. Mes tendons étaient enflammés. Je ne prenais plus de plaisir. Quand je jouais, j’avais mal. Je rentrais chez moi, j’avais les genoux qui étaient chauds tout le temps. J’avais mal quand je montais les escaliers. Franchement, ce n’est pas marrant quand on est jeune. J’ai arrêté le foot pendant plus d’un an. En U17, j’étais avec Thomas Leyssales, qui entraîne maintenant les U19 du PSG. C’est un super entraîneur, mais malheureusement, je n’ai pas pu en profiter.

« Je ne voulais plus entendre parler de foot »

Photo Tiago Moreira

Vous avez en plus vécu un drame personnel…
Oui, j’ai perdu mon papa. L’enchaînement entre ma blessure et le décès de mon papa, c’était très dur à vivre. C’est pour cela que je ne voulais plus entendre parler de foot. J’ai connu des années compliquées. Je tiens à souligner que ma femme Elle m’a beaucoup aidé. Je l’ai connue très tôt. J’avais 17 ans, elle avait 16 ans. Je ne jouais quasiment plus au foot. Et franchement, elle m’a épaulé, elle était là. C’est grâce à elle que je suis là aujourd’hui. Ça fait 13 ans, on est toujours ensemble. C’est vrai que c’est beau.

C’est votre papa qui vous a donné la passion du foot ?
Oui, il y avait joué et il était éducateur au FC Rouen. Il me suivait tout le temps quand j’étais jeune. Il fallait qu’il soit là pour faire le cri de guerre avec mon équipe… Son décès a fait mal à beaucoup de monde. Chez nous, dans ma famille, c’était le pilier. On est quand même dix frères et sœurs. Quand tu perds ton pilier, tu as toutes les fondations qui s’écroulent surtout quand on est jeune. Il a fallu surmonter cette épreuve. Mais petit à petit, j’ai repris goût au foot. J’ai repris à Oissel en U19 (R1) puis QRM est venu me chercher pour jouer en U19 Nationaux. J’ai ensuite joué avec la réserve en Régional 1 puis CFA 2 (National 3) puis je suis parti à Boulogne-sur-Mer. Mais après cette saison à Boulogne, j’ai encore arrêté le foot pendant plus d’un an.

Que s’est-il passé ?
J’avais signé pour la réserve en N3 et je commençais à effectuer des séances avec l’équipe National entraînée par Olivier Frapolli. J’aurais pu gratter quelque chose cette année-là, mais j’ai eu ma rupture des ligaments croisés. Malheureusement, c’est le destin… Je suis rentré chez moi à Rouen. J’ai arrêté parce que je n’avais plus trop goût au foot. La blessure, ça m’avait un peu dégoûté. Après un an, un an et demi sans jouer, je suis retourné à Oissel. Je connaissais le coach, je lui ai demandé si je pouvais m’entraîner avec la N2 mais que si je devais jouer avec la R1, ça ne me posait pas de problème. Il m’avait pris et au fur et à mesure des matchs amicaux, j’avais fait des bonnes performances, donc il m’a gardé dans le groupe N2 pour m’entraîner et potentiellement, je jouais avec la N2 et si je ne pouvais pas, je jouais avec la R1. Ensuite, il y a eu la Covid, et après on est descendu en N3, parce que le championnat s’est arrêté. Là, je suis parti à Évreux en N3 avec un vrai projet.

Lors de la saison 2021-2022, vous aviez marqué 16 buts en 19 matchs de N3 avec Évreux…
Oui et en plus je jouais piston gauche à l’époque. Mais j’avais mis pas mal de buts quand même. Ensuite, on est monté en N2. On a réalisé un bon début de saison. Après, malheureusement, on a eu des problèmes de paiement au club. C’était une année super compliquée financièrement. Par contre, sportivement et humainement, elle a été magnifique. Je n’étais qu’avec des bonnes personnes. On a beaucoup rigolé. Après j’ai signé au Racing, une année en National 2 et depuis deux ans on est en N3.

À part votre saison tronquée à Boulogne-sur-Mer, c’était la première fois que vous quittiez vraiment la Normandie ?
Oui, c’était la première véritable année où je suis vraiment sorti de la Normandie en jouant à un bon niveau avec le Racing. On a réussi six bons mois, on était 2e, on a disputé un 16e de finale de Coupe de France face à Lille en janvier 2024. Mais après la Coupe, on a dégringolé au classement, on n’arrivait plus à gagner. On aurait juste gagné un match de plus, on se serait maintenu… Mais c’était la saison où il avait 5-6 descentes. C’était compliqué pour le club. Surtout que la saison précédente, le Racing aurait dû monter en National à la place de Rouen.

« Vivre une descente, honnêtement, ça fait chier »

Photo Tiago Moreira

Ça a été compliqué de repartir en N3 pour vous ?
Je ne vais pas vous mentir, c’est chiant. De vivre une descente, honnêtement, ça fait chier. Mais après, de repartir en N3, non, c’est juste le fait de descendre. Je pense qu’on aime tous le foot. Moi, même si je descends, je vais toujours continuer à jouer au foot jusqu’à ma retraite, parce que j’aime ça. Et c’est ça mon moteur. Et je pense que c’est ça aussi le moteur de toute l’équipe.

Après avoir été au coude à coude avec l’US Lusitanos Saint-Maur vous avez raté la remontée la saison dernière…
Ça a été très frustrant. Mais les Lusitanos avaient une grosse équipe. On le voit encore aujourd’hui en National 2, ils sont dans la continuité, ils sont premiers de leur groupe. Non, franchement, on ne peut pas leur enlever leur montée. Nous, on aurait pu mieux faire sur certains matchs. Et malheureusement, on a laissé trop de points en janvier-février.

« Je préfère rire que de bouder »

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

Après avoir marqué 23 buts, vous aviez des approches en National et en National 2. Comment avez-vous vécu le fait d’être obligé de rester au Racing en N3 ?
Je ne vais pas vous mentir, à un moment, j’étais un peu dégoûté parce que c’est vrai que moi, mon objectif a toujours été de jouer le plus haut possible. Mais j’étais encore sous contrat avec le Racing. Il y a des moments où malheureusement, on ne peut pas faire ce qu’on veut. Quand j’ai repris la saison en juillet, j’étais très revanchard mais dans le bon état d’esprit. J’étais revanchard pour montrer sur le terrain qu’en gros j’étais là mais que j’aurais peut-être mérité d’être plus haut. Mais de nature, je ne suis pas quelqu’un qui arrive à faire la tête longtemps. Je préfère rire que bouder. Donc non, ce n’était pas dans mon état d’esprit de bouder. Ce que j’avais au fond de moi, je ne l’ai pas montré.

Comprenez-vous pourquoi le Racing a fermé la porte pour un départ et demandé une somme d’argent ?
Je comprends qu’aucun club n’a voulu mettre de l’argent pour un joueur de N3. Le Racing a fermé la porte parce qu’il avait besoin de moi. Je ne dis pas que je suis déterminant car je suis comme tout joueur de l’équipe mais ils avaient besoin de moi pour aller chercher cette montée. Je l’entends et honnêtement, je le comprends. Après avoir beaucoup parlé avec le coach Guillaume Norbert, le président Patrick Norbert, j’ai compris leur discours. Je me mets à leur place aussi. C’est sûr que c’était important que je reste au club et il n’y a pas de souci avec ça. Et je me donnerai à fond pour, déjà, laisser le club là où je l’ai trouvé en arrivant parce que c’est ça le plus important.

Photo Tiago Moreira

La meilleure réponse que vous pouviez donner, c’est sur le terrain. Avec déjà 17 buts, vous êtes encore parti sur des bases aussi élevées que la saison dernière ?
C’est vrai que le plus dur dans le foot, c’est de confirmer. Là, il reste encore pas mal de matchs, je peux faire encore mieux que la saison dernière. Mais en toute honnêteté, je ne cours pas après mes stats. Si je dois finir, je vais finir. Si c’est un de mes coéquipiers qui doit finir, je serai content comme si c’était moi qui avais marqué. Il ne faut pas courir après les buts, ça vient tout seul.

Vous n’aviez jamais marqué autant dans votre carrière. Comment expliquez-vous cette plénitude depuis deux ans ?
Franchement, même moi je ne sais pas… Je joue mon foot, libéré et je kiffe. Le coach m’a replacé en numéro 9 quand on est descendu en N3. Depuis, je joue comme il veut que je joue. On est en 4-4-2, on va chercher, on récupère les ballons hauts, donc on se procure beaucoup d’occasions. Moi, j’en ai beaucoup et ça me permet de concrétiser. Je suis aussi plus mature dans mon jeu. Avant, j’étais un peu plus dribbleur. Au fur et à mesure des années, je me suis davantage concentré sur tout ce qui est finition, le dernier geste, ce qui me faisait beaucoup défaut avant. Et depuis, ça marche bien pour moi. En N2, devant le but, j’étais vraiment maladroit. Quand on enchaîne les matchs et qu’on marque pas mal de buts, après, on devient plus relâché devant le but, ça, j’appris à le faire, à jouer à l’instinct et ne plus me poser de questions. Mais au Racing, on a la chance de vraiment pouvoir jouer au foot, avoir des libertés grâce au coach. Entre nous, il y a une bonne alchimie. On arrive à se trouver facilement.

Avec l’équipe Unit3d en Kings League. Photo DR

En fin de saison dernière, il y a eu la Kings League où vous vous êtes fait remarquer. Mais au départ, votre club ne voulait pas que vous y participiez…
Quand je me suis inscrit pour les détections, je l’ai fait parce que c’était nouveau et je ne voyais pas forcément le problème. Je pense qu’on est plein de joueurs en N3 ou R1 à faire des Five le dimanche après avoir joué le samedi. La Kings League, c’était un contexte où j’avais quand même une petite rémunération. Et puis, tu joues au foot, c’est super bien. Donc, j’y suis allé. Je ne pensais pas que ça allait prendre autant d’ampleur, que ce soit positif ou négatif.

Comment votre coach a pris au départ le fait que vous lui avez en quelque sorte désobéi ?
Techniquement, j’ai respecté les termes de mon contrat. Si je n’avais pas respecté les termes de mon contrat, il n’y aurait pas eu de soucis, je lui aurais désobéi. Mais là, je n’ai rien fait de mal. Mais bon, après, je comprends ses arguments et son point de vue. Je me suis aussi mis aussi à sa place. J’ai entendu ce qu’il m’a dit. Mais je pense que tous ceux qui sont dans mon cas, ils savent que l’appel du foot, parfois, est trop fort, on a trop envie de jouer et c’est impulsif… Donc je ne vais pas dire que je lui ai désobéi, mais voilà, on n’était pas d’accord. En France, la Kings League n’est pas encore très développée comme en Italie, en Espagne ou en Allemagne. Il y a des périodes de mercato, les joueurs sont payés à jouer à la Kings League. Ils ont des meilleurs salaires que des joueurs de N3, N2. C’est une sorte d’alternative à une carrière à onze qui peut ne pas décoller pour certains jeunes et qui souhaitent tenter leur chance. C’est quand même un truc qui te permet d’avoir de la visibilité (l’équipe de Unit3d est entraînée par Grégory Campi), Ndlr).

Avec l’équipe Unit3d en Kings League. Photo DR

Avez-vous l’impression justement que les deux mois de Kings League vont ont permis d’avoir plus de notoriété que durant toute votre carrière de joueur de N2/N3 ?
Oui largement ! J’ai des petits qui viennent me voir et qui me demandent « C’est toi Malikos ? (son surnom) ». C’est vrai que sur les réseaux, j’ai beaucoup plus de demandes depuis la Kings League. J’ai un peu de notoriété. Mais ce n’est pas du tout ce que je cherche. À la base, ce que je voulais, c’était de pouvoir jouer au foot et de connaître quelque chose de différent en vivant une nouvelle expérience. Cette saison, on a joué des matchs de Coupe de France. J’entendais les gens dans les tribunes qui me chambraient en disant « Ce n’est pas la Kings League ici. Mais justement, ça me fait rire. En vrai, c’est marrant, c’est bon enfant.

« Malgré mon âge, je suis un enfant ! »

Allez-vous refaire la Kings League cette année ?
Oui, il y a de grandes chances. Mais j’irai quand le championnat sera fini ou si on a la chance de pouvoir être champion avant. Il y aura la Coupe du monde au Brésil au mois de juin pendant la trêve. Pour moi, la Kings League, c’est jouer au foot et connaître des nouvelles choses. Au lieu d’aller faire des Five, pourquoi je ne pourrais pas aller jouer au foot avec des gens que j’apprécie dans une équipe où je touche aussi un petit billet pour le faire ? C’est encadré. Malgré mon âge, je suis un enfant. Moi, je kiffe le foot. On va m’appeler ce soir, on va me dire qu’il y a un Five à 22 heures, je vais venir. Le foot, c’est d’abord une passion. Ce n’est pas que l’argent ou ce genre de choses qui me motivent.

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

Votre année 2025 était déjà belle. Peu de gens le savent mais elle aurait pu se terminer en apothéose à la Coupe d’Afrique des Nations au Maroc avec le Bénin, le pays d’origine de votre Père…
J’ai eu des contacts avec la Fédération Béninoise. Il y avait deux joueurs offensifs qui devaient aller à la CAN qui se sont malheureusement blessés. On a essayé de faire le nécessaire pour pouvoir me faire rentrer dans la sélection, mais ça s’est fait trop tard au niveau administratif. C’était trop juste pour la CAN. En fait, j’aurais dû faire mes papiers bien avant.

Si vous continuez à marquer autant, ce n’est peut-être que partie remise ?
La Fédération Béninoise m’a dit qu’il faudrait que je sois au minimum en N2 pour pouvoir être sollicité par la sélection. J’espère donc que ce sera pour l’an prochain.

En cas de montée avec le Racing, vous vous voyez rester ?
Je ne suis pas fermé au projet du Racing. C’est un projet que j’ai rejoint il y a déjà trois ans parce que je le trouvais super intéressant et il est toujours super intéressant. Je pense que quand il y aura le stade (le club évolue depuis 3 ans et demi hors de Colombes et à Poissy depuis deux ans), le Racing va prendre une autre dimension. Je pense que tout le monde le sait. Donc non, clairement, si je peux faire partie de tout ça, ce serait vraiment avec un grand plaisir.

Marvin Emmanuel, du tac au tac

Photo Tiago Moreira

Votre meilleur souvenir de footballeur ?
Le challenge Pierre-Vas, le plus gros tournoi de jeunes de la région que j’ai gagné quand j’étais au FC Rouen. C’est la première fois que je jouais sur le stade Robert-Diochon. Pour un petit du FCR, Robert Diochon, c’était notre Parc des Princes à nous. On avait une super équipe. Je m’en souviens encore.

Votre pire souvenir ?
Ma rupture des ligaments croisés début 2018 quand j’étais à Boulogne-sur-Mer. En plus, j’ai eu la varicelle en même temps… Honnêtement, on ne peut pas savoir si sans cette blessure, ma carrière aurait décollé. Mais c’est vrai que je faisais des bonnes choses à Boulogne et que des joueurs avec qui je jouais en réserve sont ensuite montés dans le groupe National. Je me dis : « ça aurait pu être moi, j’aurais pu faire des bancs, des rentrées ». C’est peut-être une opportunité de raté mais ça ne sert à rien de repenser à tout ça. Car en vrai, je ne peux pas savoir et personne ne peut savoir.

Votre plus beau but ?
À Sainte-Geneviève lors du match retour la saison dernière. Une demi-volée en dehors de la surface sous la barre. Je sais que Vivien (Cédille, gardien de Sainte-Geneviève lors de ce match) n’aime pas que j’en parle. Mais maintenant qu’il a signé au Racing, comme je ne peux plus lui en mettre en match, je lui en mets à l’entraînement (rires) !

Votre geste préféré ?
La feinte de frappe.

Votre célébration préférée ?
Pour Madame, avec un signe avec mes doigts en langage des signes.

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

Le club où vous vous êtes senti le mieux ?
Évreux restera toujours dans mon cœur. Mais forcément le Racing depuis trois ans. C’est ici que j’ai un peu explosé et que j’ai rencontré de très bonnes personnes, que ce soit le staff ou tous mes coéquipiers. Quand je joue, je ne fais pas attention au bruit qu’il y a autour. Mais on peut compter sur des supporters qui sont nombreux. On sent qu’il y a un vrai engouement autour du Racing et ça fait plaisir. Avec les anciens du club, on échange beaucoup sur le Racing d’antan et le match. Je parle aussi avec les supporters sur Instagram et quand on se voit. Je pense que ce club, il mériterait d’aller le plus haut possible, de revenir en Ligue 1.

Le joueur le plus fort que vous avez affronté ?
Kingsley Coman en U17 Nationaux lors d’un Rouen – PSG. Il était super fort.

Le joueur le plus fort avec qui vous avez joué ?
Jean Gomis à Évreux, un numéro 10 super fort, à l’aise techniquement. Franchement, c’était abusé. Et Abdelrafik Gérard au Racing. Il avait joué à Lens en Ligue 2, à l’étranger (Saint-Gilloise, Qabala). Malheureusement, il a été blessé mais il était vraiment trop fort.

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

Le joueur avec qui vous avez eu le meilleur feeling sur le terrain ?
Celui avec lequel on n’a même pas besoin de se regarder pour se faire la passe, c’est Ahmed (Ibrahimi). On est connecté, je ne sais pas comment l’expliquer. Il ne va pas me regarder, mais je sais qu’il va me la mettre. Du coup, moi, je prends la profondeur directement. Il y a aussi Youri (Tabet) et les autres offensifs. Mais en vrai, je pourrais citer tous les gars de l’équipe. J’ai un lien particulier avec chacun d’entre eux. Si j’arrive à conclure les actions, c’est grâce à eux.

Un entraîneur marquant ?
Guillaume Norbert au Racing. Il m’a bien marqué. On a eu des hauts et des bas tous les deux. Mais humainement, c’est une bonne personne. En tant que 9, il m’a fait énormément progresser. Ça, je ne peux pas lui enlever. J’ai envie aussi de citer Serge (Gnonsoro) qui est dans le staff du Racing et donner une mention spéciale à « Titif » à Évreux.

Vos modèles dans le foot ?
Didier Drogba et Thierry Henry. C’est pour ça qu’avant, je faisais beaucoup de brossés comme Henry mais ça ne marchait pas…

Votre équipe préférée ?
Monaco. J’avais 8 ans lors de leur parcours en Ligue des champions en 2004. Depuis, j’ai continué à les supporter.

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

Si vous n’aviez pas été joueur de foot semi-pro, vous auriez travaillé dans quel domaine ?
J’aurais travaillé dans la finance ou la comptabilité. C’est un domaine qui m’intéresse. Je trouve que l’éducation financière, c’est important de nos jours. Ça m’intrigue et j’aimerais bien travailler dans ce secteur. Parfois, on a de l’argent mais on l’utilise mal, on aurait pu faire de meilleures choses avec. Moi, je suis quelqu’un de pas trop dépensier. Je place plus mon argent que je ne le dépense. Mais je me vois bien me reconvertir dans la finance plus tard, pas forcément faire quelque chose dans le foot. Je ne me vois pas entraîneur, même chez les jeunes. Mais si j’ai un fils, j’aimerais vraiment le suivre dans le foot. Mais ça serait un projet fun, pas un projet Mbappé.

Comment occupez-vous votre temps libre après le foot et votre emploi ?
Je suis plutôt casanier. J’aime bien jouer à la console, je ne sors pas beaucoup. Je suis un vrai passionné de foot mais je n’aime pas trop en regarder à la télé. Je préfère le pratiquer. Par contre, je regarde beaucoup de basket américain. Si on me dit gros match de NBA ou gros match de Ligue 1, je ne vais pas vous mentir, je pense que je vais aller regarder le match de basket. J’ai aussi de la famille qui vient me voir régulièrement. Dans la famille, on n’est pas beaucoup à aimer le sport. Mais mes frères et mes cousins viennent régulièrement me voir aux matchs, c’est sympa.

Normandie ou région parisienne ?
Je reste très attaché à ma région mais je commence à devenir un Parisien. J’habite au Blanc-Mesnil (93), ça fait un peu loin du Racing à Colombes et de Levallois où je travaille. Mais je me déplace en transports en commun, car les bouchons c’est un peu compliqué.

  • Texte : Laurent PRUNETA / X @PrunetaLaurent/ mail : lpruneta@13heuresfoot.fr
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Propulsé à 32 ans à la tête du groupe N2, l’entraîneur des Gardois a imposé le vouvoiement à ses joueurs, ce qui n’empêche pas une certaine proximité, d’autant qu’il pourrait encore être leur coéquipier. Le garant de l’identité nîmoise, qui a signé près de 25 licences au club, est resté le même : fidèle, naturel, simple, discret, déterminé et confiant.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Nîmes Olympique et 13HF

Entretien réalisé lundi 16 février 2026.

Photo 13HF

Heureusement que Mickaël Gas n’est pas un grand démonstratif ni un grand bavard ! Enfin, ça, c’est lui qui l’affirme. Avec nous, lundi matin, trente-six heures après la victoire de son équipe – une victoire  » de caractère » – dans le temps additionnel face au Sporting-club de Toulon (3-2), le Nîmois de 32 ans (il soufflera 33 bougies le 29 mars prochain) s’est montré très disert.
Sans doute que, dès lors qu’il s’agit de football, l’ancien défenseur central formé au fer rouge des Crocos et stagiaire pro jusqu’en 2015, se sent en confiance, et surtout dans son élément.

Pendant 45 minutes, le plus jeune coach de l’histoire du Nîmes Olympique, mais pas le plus jeune en National 2 cette saison (Zakaria Tahri, l’entraîneur de Montlouis, aura 33 ans en juillet), a répondu à nos questions et lâché parfois quelques confidences, quelques messages aussi, sans jamais se mettre au-dessus de la mêlée, toujours avec ce respect de l’institution.

Pas besoin de passer une semaine de vacances avec lui à Sournia, ce village des Pyrénées-Orientales dans l’arrière pays de Perpignan, un endroit qu’il affectionne et qu’il fréquente depuis l’enfance, ni même l’Italie, un pays qu’il adore, pour comprendre que celui qui fut propulsé l’été dernier à la tête de l’équipe fanion de cette institution ne joue aucun rôle. Que sa détermination est grande. Que sa confiance en lui et est inébranlable. Que sa force de caractère et que sa psychologie sont des atouts. Que ses idées son bien claires. Que son éducation, basée sur la fidélité et l’honnêteté, feront le reste.

Et si certains pouvaient penser que le costume de coach du Nîmes Olympique était trop grand pour le « gamin » des Hauts de Nîmes, on a très vite compris lors de cet entretien que c’était tout l’inverse. S’il enfile chaque matin le survêtement de technicien, avec le logo floqué du crocodile rouge, c’est le plus naturellement et le plus logiquement du monde.

Finalement, voir Mickaël Gas à la tête de l’équipe première du Nîmes Olympique, ce qui n’est pas n’importe quoi dans une carrière, s’inscrit dans l’ordre des choses tant le Gardois, qui a conservé la tête sur les épaules, connaît la maison. Tant il est imprégné, habité, animé d’une vraie réflexion. Tant il est le garant d’une certaine idée de ce qu’est le football à Nîmes et de ce qu’attendent les supporters, revenus en masse cette saison après plusieurs années de défiance à l’endroit de l’ancien propriétaire Rani Assaf.

L’identité très forte du club, les supporters, le retour du public aux Antonins, la crise de janvier, le déficit de points à l’extérieur, la fin de saison, les ambitions, sa méthode, ses idées de jeu, sa vision du football et du jeu nîmois, sa nouvelle vie, son nouveau statut, sa personnalité, « Micka », comme le surnomment ses amis, mais pas ses joueurs qui, non contents de l’appeler « coach », doivent aussi le « vouvoyer », a évoqué tous ces sujets. Sans calcul. Sans filtre. Toujours avec ce naturel déconcertant, cette spontanéité, cette sympathie aussi, qui ont rendu l’entretien d’une grande convivialité.

Interview

« On a redonné des sourires ! »

Mickaël, revenons sur la genèse de ta prise de poste en juin dernier…
En fait, je repartais en train de Clairefontaine, où j’étais allé faire mes tests d’entrée pour le DES, et Yannick Liron, le président de l’association Nîmes Olympique, m’appelle. Il me tient au courant de l’évolution de la situation du club. Il me dit aussi que, normalement, si le club parvient à passer devant la DNCG, je serai le coach. Du moins, il me dit « j’aimerais que ce soit toi, est-ce que tu te sens prêt ? » Je lui réponds sans hésitation « Bien sûr ».

Photo Nîmes Olympique

Tu n’as vraiment pas hésité ?
Non, je n’ai eu ni crainte ni peur, ça s’est fait comme ça. Au niveau des émotions, je suis quelqu’un qui arrive quand même à gérer ce genre de situation. J’étais forcément très content mais je me suis dit aussi qu’il allait y avoir beaucoup de travail.

Ensuite, fin juin, je suis retourné à Clairefontaine pour le « positionnement » et là, on apprend qu’on est relégué en Régional 1. Tout est allé très vite. On a eu très peu de temps de réflexion. Comme je l’ai déjà dit, c’était Koh-Lanta ! Pendant ma première semaine de « positionnement », j’étais déjà en négociation avec des joueurs dont Clément Depres, notre capitaine (Depres fut la première recrue officielle du club, Ndlr). Je me souviens qu’il m’a appelé et m’a dit « C’est quoi ces conneries ? On est en R1 ? ». Franchement, là, on a pris un gros coup de massue sur la tête, alors qu’on s’était projeté. Waouh ! Au pire, je me dis que je serai entraîneur de l’équipe mais en Régional 1, que si Yannick (Liron) m’a proposé le poste en National 2, il me le proposera aussi dans ce cas-là parce que, en entrant à la formation du DES, cela me permettait aussi de pouvoir entraîner en N2 (avec une dérogation).

« On a senti toute une ville derrière nous »

C’est donc Yannick Liron qui, le premier, a soufflé ton nom ?
Oui, je pense que c’est Yannick, puis le nouveau président a été nommé, Thierry Cenatiempo, et avec le directeur sportif, Anthony Dupré, on a commencé à discuter, et voilà, ils ont validé mon profil.

Photo Nîmes Olympique

Cela ne t’a pas fait peur compte tenu de l’énorme chantier ?
C’est vrai qu’il y avait tout à reconstruire. On n’avait plus qu’un seul joueur de l’effectif de l’an passé en National, le gardien remplaçant, Lucas Dias. Tous les joueurs qui étaient sous contrat sont devenus libres du fait du basculement du club de pro en statut amateur. On est repassé devant la DNCG le 15 juillet et là, on a été autorisé à évoluer en N2 ! On a repris les entraînements le 18 juillet, avec zéro joueur ! Inutile de te dire que je ne suis pas parti en vacances. J’ai passé mes nuits au téléphone avec le directeur sportif, à essayer de construire une équipe, par le bouche à oreille, ou alors, en entrant en contact avec des joueurs qui étaient encore sur le marché mais qui n’avaient pas trouvé de point de chute, soit parce que les négociations avaient échoué, soit parce qu’ils n’avaient pas beaucoup joué.

Un mec comme Clément (Depres), il était en Thaïlande (au Ratchaburi FC, en D1), il arrivait de nulle part pour nous aider, en plus, c’était assez compliqué entre l’ancienne direction et la Ville de Nîmes, parce qu’il faut bien être conscient d’une chose : sans l’appui de la Ville, des collectivités, sans le président non plus, sans la nouvelle équipe dirigeante, sans d’autres personnes restées dans l’ombre qui ont sauvé le club, sans quelques anciens joueurs, sans les supporters, sans tous ceux qui ont mis de l’argent, on ne sait pas où on en serait aujourd’hui. Il y a eu un gros élan de solidarité. Vraiment, on a senti toute une ville derrière nous.

Tu as suivi la saison en National l’an passé ? Tu avais quel rapport avec Adil Hermach, le coach ?
Bien sûr ! Moi j’étais avec la réserve, une réserve pro, j’avais de très bons rapports avec Adil. Tu sais, je suis au club depuis longtemps. Adil aussi, il a été formé au Nîmes Olympique, il connaît le club et la ville. On s’écrit de temps en temps. Là, il est au Maroc, il est conseiller du président au Wydad Casablanca.

Ta vie a changé depuis ta prise de fonction ?
Disons que je suis plus exposé. Mais je suis plutôt quelqu’un de discret, je ne suis pas un grand bavard. Après, Nîmes, c’est une ville de foot. Je dis souvent que c’est un petit Marseille. On fait quand même 5500 spectateurs en National 2, alors que l’an passé, le club faisait 1000 personnes en National, parce qu’il y avait des conflits.

« J’avais besoin de fonceurs autour de moi »

Avoir la 2e meilleure affluence du championnat derrière Bordeaux, ça doit faire plaisir ?
Je sais qu’à Nîmes, on est une vraie ville de football. On a des supporters fidèles, qui aiment leur club. Après avoir passé l’épisode de Koh-Lanta, on n’avait pas de bureau, pas de vestiaire, on préparait les séances d’entraînement avec mon staff en visio, on a dû aller à gauche et à droite sur différents terrains pour s’entraîner. On a su créer un élan de solidarité par rapport à ça. J’ai volontairement choisi un staff jeune : mon adjoint Morgan (Puel) a 33 ans, Antonin (Deniaud), le préparateur physique qui était déjà avec moi en réserve, a 37 ans, Jérémy (Struffaldi), l’entraîneur des gardiens, en a 38. J’avais besoin d’avoir des gars autour de moi qui avaient faim, qui ne réfléchissaient pas. J’avais besoin de fonceurs.

C’est plus dur d’entrainer en National 2 ou en R1 ?
Je fonctionne de la même manière, il n’y a rien qui change. J’ai eu pendant un an les 16 ans, puis les 18 ans pendant un an, puis la réserve en R1, j’ai aussi été adjoint au début en réserve, avec Yannick Dumas comme coach principal. C’était quand je passais mon BEF à l’époque. Je ne change pas mes méthodes. C’est juste que le week-end, il y a plus de monde au stade et je suis plus exposé. Mais sinon, ma vie n’a pas changé. Simplement, j’ai beaucoup plus d’appels de journalistes. Et je reçois beaucoup de soutien de la part des supporters.

C’est quoi, justement, ta façon de travailler, ta méthode ?
On est sur de la planif’ hebdomadaire. Par exemple, le mardi on fait un travail de « remédiation », on parle surtout de ce qui n’a pas été très bien fait le week-end précédent. Le mercredi et le jeudi, on est sur nos idées de jeu, et le vendredi, on regarde ce qui se fait chez nos adversaires, mais assez brièvement, parce que je ne suis pas très fan de ça, je laisse mon adjoint s’en occuper même si je garde évidemment un oeil sur l’adversaire parce que c’est très important aussi. En fait, j’ai tellement dû me consacrer à mon équipe en début de saison, à mes joueurs, à faire en sorte que la mayonnaise prenne entre les 23 nouveaux qui ne se connaissaient pas, qui n’avaient jamais joué ensemble, que je me suis d’abord dit : « Voilà comment NOUS on va jouer ».

« On ne peut pas faire ce que l’on veut dans n’importe quel club »

Photo Nîmes Olympique

Et le style de jeu que tu affectionnes ?
Il y a eu deux systèmes pendant les matchs de préparation. Les premiers matchs, on était plus sur le fait de s’adapter par rapport aux adversaires, mais à partir de notre 3e match de championnat contre Fréjus/Saint-Raphaël (3-0), on a véritablement commencé à mettre en place nos idées de jeu. Il y a eu un petit déclic sur ce match-là. En fait, je suis beaucoup plus attaché à nos idées à nous. Je pense que l’on ne peut pas faire ce que l’on veut dans n’importe quel club. Je veux dire par là que, aujourd’hui, à Nîmes, si on voulait jouer comme le Barça, toutes proportions gardées bien sûr, mais avec un style bien défini, comme prendre énormément de risques en partie basse, essayer de faire beaucoup de maîtrise, eh bien le public sifflerait direct ! C’est pour ça qu’on essaie de coller avec ce que veulent les gens ici. On veut offrir un jeu avec le plus de verticalité possible, beaucoup de courses, beaucoup de répétition. Je ne demande pas qu’il y ait constamment des ballons aériens, ce ne sont pas mes idées de jeu, mais s’il faut le faire, on le fait, mais avant tout, je veux du jeu au sol, dans un 3-5-2, en allant chercher constamment l’adversaire. Je ne vais pas non plus dévoiler toutes les billes Mais tu as l’idée de base, qui est de constamment harceler l’adversaire, d’être haut sur le terrain, ce qui ne n’empêche pas d’être costaud défensivement : sur 18 matchs de championnat, on a fait 10 clean sheet et on a la 2e défense de la poule. Je considère que si on joue en partie basse et qu’on subit le jeu de l’adversaire, on ne sera pas plus en difficulté que si on va chercher haut l’adversaire.

J’ai deux manières de voir les choses : quand on n’a pas le ballon, on est aussi dangereux que si tu l’as, pour moi. Et quand on a de la maîtrise, l’idée c’est de vite emmener le ballon dans la partie haute du terrain, médian-haut. Je ne suis pas fan d’attirer l’adversaire partie basse. J’aime installer notre jeu sur du médian-haut. Si j’installe mes animations préférentielles, je veux être très haut sur le terrain. J’aime aussi mettre des transitions à la récupération, faire mal, mettre des courses. J’essaie d’associer des paires ou des triplettes complètement à l’opposé : par exemple, si j’ai un Clément Depres très bon de la tête, j’essaie de l’associer avec quelqu’un de très rapide à côté. Si j’ai un piston qui va très vite sur un côté et qui aime aller de l’avant, j’essaie d’avoir de un piston plutôt axé sur l’aspect défensif de l’autre côté.

Qu’est-ce que ça te fait d’entraîner Nîmes Olympique ?
C’est une grande fierté. J’ai grandi dans cette ville que je connais par coeur. Je suis chez moi. Là, au moment où on se parle, je suis au centre, à La Grande Bastide, j’y suis arrivé quand j’avais 6 ans, j’en 32 ans aujourd’hui, ça veut dire que je fais le même chemin depuis (il calcule)… 23 ou 24 ans, le temps que j’ai passé au club, parce que je suis parti deux ans au FC Sète pour jouer en N2 (de 2016 à 2018), quand je n’ai pas pu signer pro à Nîmes après mon contrat de stagiaire. Juste avant d’aller à Sète, j’avais signé à Arles-Avignon qui descendait de L2 en National. Je voulais rester à côté de la maison, j’étais content d’avoir trouvé Arles-Avignon, à côté de chez moi, mais le club a déposé le bilan (en juillet 2015) et j’ai fini la saison à Agde en N3, pour me relancer.

« Je ne peux pas empêcher les gens de rêver »

Photo Nîmes Olympique

Entraîner l’équipe Une du Nîmes Olympique, tu en avais rêvé ?
Bien sûr que je m’étais dit qu’un jour je voudrais entraîner au plus haut niveau ici. C’est une étape, parce que je suis quelqu’un d’ambitieux, de compétiteur. C’est arrivé peut-être plus vite que prévu mais quand on me l’a proposé, je me suis dit « fonce ! ». Je ne me suis pas mis de pression. Plein de gens m’ont dit « tu as quoi à perdre ? », mais moi, je n’ai pas raisonné comme ça. Ce n’est pas une question d’avoir un truc à perdre ou à gagner, je voulais y aller pour montrer que j’avais les épaules. J’étais confiant, parce que je suis sûr de ce que je mets en place, sinon je n’y serais pas allé. J’étais sûr que cela marcherait, maintenant… Aujourd’hui, tout est tout beau, tout rose, parce qu’on a 5500 personnes au stade, parce qu’on a fait déjà 9 victoires en 18 matchs, parce qu’on est la meilleure équipe du championnat à domicile. Après, je ne peux pas empêcher les gens de rêver, parce qu’on est Nîmes Olympique, parce qu’impossible n’est pas nîmois. C’est pour ça, s’il y a un truc à faire, dans le sprint final, on ne s’en privera pas.

C’est là tout le paradoxe : n’y a-t-il pas un décalage entre l’attente des supporters qui rêvent d’accession alors qu’il y a sept mois, le club était exsangue ?
Aujourd’hui, je préfère me poser ce genre de questions, parce que tu peux tourner le truc dans le sens que tu veux, la normalité voudrait que, compte tenu de tout ce qui s’est passé cet été, l’on soit moins bien classé et que l’on galère un peu. Mais tout le monde a tiré dans le même sens et je préfère être dans cette situation-là, tout en essayant de faire mieux, parce qu’on se prend au jeu. Mais il faut aussi garder les pieds sur terre. Mon équipe adore prendre match par match. J’avais deux objectifs en début de saison : stabiliser le club, parce qu’au départ, on m’a juste parlé de maintien, et aussi recréer le lien avec le public. Pour l’instant, c’est réussi. Prend l’exemple de Clément Depres, qui a connu la L1 : il m’a dit qu’il n’y avait rien de changé à Nîmes : OK, aux Costières, on avait 15 ou 16 000 supporters, mais la ferveur aux Antonins est la même. Elle est là aussi la fierté : c’est d’avoir redonné des sourires parce qu’on a galéré pendant des années.

« Jouer au foot, ça ne me manque pas du tout ! »

Photo FC Sète

Finalement, tu préfères être entraîneur plutôt que joueur ?
J’ai toujours su que je voulais devenir entraîneur, et ça s’est matérialisé vers l’âge de 21 ou 22 ans, quand j’ai pris la décision de passer mes diplômes. J’avais cette âme, ce truc que tu ressens au fond de toi. Quand je vais préparer ma causerie, quand je vais à mes entraînements, quand je prépare mes séances, parce que j’adore ça, quand je vais au stade les jours de match, l’adrénaline que j’ai dans ce rôle-là, elle n’a strictement rien à voir avec celle que j’avais quand j’étais joueur. Je suis cent fois plus heureux et passionné par ce métier que par celui de joueur, même si j’aimais ça aussi. Quand j’étais jeune, déjà, j’adorais parler tactique avec mes coachs. J’aimais accompagner les entraîneurs le mercredi.

À Sète, dans mon contrat, il était stipulé que je devais aller entraîner les petits le mercredi. Mais moi, je n’attendais que ça toute la semaine (il arbore un large sourire) ! Venir entraîner les U12, accompagner les parents, j’aimais ça ! Ensuite, je suis venu encadrer comme adjoint la N3 à Nîmes, avec Yannick (Dumas), qui m’a formaté. C’est là que je me suis dit « ça y est ». Yannick, je me suis pas mal inspiré de lui. je lui dois beaucoup aussi. Franchement, jouer au foot, ça ne me manque pas du tout ! Je ne joue jamais. Même au futsal, quand mes potes m’appellent, je dis non ! Moi, ce qui m’intéresse, c’est le métier d’entraîneur. Pourtant, quand j’ai arrêté à Nîmes, en réserve, après Sète, j’étais bien, je jouais défenseur central, ça m’allait bien, j’étais au top de ma forme, j’avais 28 ou 29 ans.

Tu évoques souvent un épisode dans tes interviews : celui du discours de Franck Haise…
Un jour, on a servi de cobayes à Nîmes, c’était incroyable, cela a vraiment été un élément déclencheur quand Franck Haise est venu pour animer la séance dans le cadre de son BEPF. Je me suis dit « Lui, il est trop fort ! », il entraînait la réserve de Lens. Et derrière ça, je me inscris au BEF à la Ligue d’Occitanie et j’ai été pris. Il fallait que j’encadre une équipe et c’est là que j’ai demandé à Christophe Chaintreuil, le directeur du centre de formation du Nîmes Olympique à l’époque, si je pouvais être adjoint en réserve, ce qui m’a permis de passer mon diplôme du BEF.

« Aucun sentiment de revanche »

Photo Nîmes Olympique

Tu n’as disputé qu’un seul match en Ligue 2 : qu’est-ce qui t’a manqué pour franchir le cap et passer pro ?
Je n’avais peut-être pas le niveau. Je voulais vivre du football, mais je ne m’étais pas fixé d’objectifs très élevés. Pourtant, à Nîmes Olympique, je faisais partie d’une belle génération, avec les Ripart, Briançon et tous ceux qui ont fait monter le club en Ligue 1 (en 2018). Mais à un moment donné, même si cela me faisait mal au coeur, je me suis dit qu’il fallait peut-être aller voir ailleurs. Le dépôt de bilan d’Arles-Avignon m’a fait mal, parce que c’était à côté de chez moi; quelque part, c’était une solution de compensation. Finalement, j’ai fait mon truc en National 2, à Sète, et ça m’allait bien.

Est-ce que devenir entraîneur du Nîmes Olympique n’est pas une revanche sur la carrière de joueur professionnel que tu n’as pas eue au club ?
(Catégorique). Il n’y a aucun sentiment de revanche. Zéro revanche ! Mais alors pas du tout ! Je suis impliqué, confiant, serein, déterminé, il y a un truc qui ne s’explique pas. On verra bien ce que l’avenir me réserve dans ce rôle mais je suis confiant.

Le président Thierry Cenatiempo et le directeur sportif Anthony Dupré. Photo Nîmes Olympique

Parlons du championnat : ton équipe est la meilleure de la poule à domicile, OK. En revanche, à l’extérieur, elle est 13e sur 16, et encore, elle vient de gagner à Saint-Raphaël, sinon, elle serait… 15e sur 16 : c’est très insuffisant, non (entretien réalisé avant la victoire à Bobigny 2-0, Ndlr) ?
On a fait une première partie de saison à l’extérieur pas du tout convaincante. Je ne sais pas ce qui se passait, cela n’a pas été évident, peut-être que l’on s’était trop habitué à cette ambiance chaude aux Antonins, à cette super pelouse chez nous. Peut-être que mes joueurs, qui pour la plupart arrivent de nulle part, n’attendaient qu’une chose : de vite jouer à domicile le samedi. Et à l’extérieur, on a eu du mal. On a commencé à réajuster les choses à Cannes avant Noël, avec des méthodes un peu différentes de ce que l’on avait l’habitude de faire, comme aller chercher haut l’adversaire. On a fait match nul (0-0), ce qui est un bon résultat. On s’était imposé à Toulon aussi (1-0), mais à part ça, on avait laissé beaucoup de points en déplacement. Mais une chose est sûre : si on fait un tout petit peu mieux lors de la phase retour, et cela a déjà commencé avec la victoire à Fréjus/Saint-Raphaël (2-0), où on n’avait pas du tout l’impression d’être à l’extérieur en matière de jeu, cela voudra dire que l’on ne sera pas loin d’aller chercher quelque chose en fin de saison. Là, sur la phase retour, on a fait presque aussi bien en un match (1 victoire) que sur la phase aller (1 victoire, 2 nuls et 4 défaites) !

« Être conquérant, avoir du caractère »

C’est quoi, concrètement, ce qu’il faut améliorer pour les 7 derniers matchs à l’extérieur et prendre des points ?
Déjà, je pense qu’on a eu un petit déclic à Fréjus, en plus, on sortait de deux défaites consécutives. J’ai l’impression que, dans l’implication, dans nos idées de jeu, on a été plus conquérant. Voilà, conquérant, c’est ça, c’est le mot que j’emploie souvent.

Et tu emploies souvent aussi le mot « caractère »…
J’aime beaucoup ce mot-là aussi. Il ne faut rien lâcher, comme moi je ne lâche rien. Même quand ce n’est pas évident. Cela fait partie des valeurs de Nîmes. On sait qu’on a une identité très forte. À nous d’avoir ça avant de penser au beau jeu, d’avoir des mecs impliqués à 200 %, d’avoir faim. Aujourd’hui, on voit bien que dans ce championnat de N2, pour terminer premier, avec les gros budgets qu’il y a, ce n’est pas évident. Franchement, il y a des équipes qui n’ont rien à envier à des équipes de National, un championnat que je regarde beaucoup.

Tu regardes qui en National ?
J’aime bien ce que fait Sochaux.

« J’interdis le tutoiement »

Photo 13HF

En janvier, Nîmes a pris 1 point sur 9, et une crise a été relayée : comment avez-vous géré ça ?
Ce n’était pas la crise, après, voilà, on se doutait qu’on aurait un passage délicat, un passage à vide, après ce début de saison où ça se passait plutôt bien. Mais pour moi, il est passé. On a su rebondir correctement. Parce qu’on a une équipe de caractère, de battants. Je n’oublie pas non plus que Clément Depres s’est blessé à la reprise en janvier, que Oualid Orinel a eu des soucis de cheville mais là ça va mieux, il nous fait du bien quand il est à 100 %. Et un joueur comme Clément (Depres), il pèse, il cale les ballons. J’avais besoin aussi d’un joueur comme lui, de ce Nîmois, pour faire passer des messages. Je ne savais pas trop ce que ça allait donner mais c’est un des acteurs majeurs de notre début de saison, et la connexion a été bonne avec Oualid. Et puis je rappelle que l’on a eu deux semaines de prépa… Finalement, je trouve que l’on a été plutôt bons dans la gestion de crise, on a calmé tout le monde, on est resté serein, parce que, mine de rien, on est tous un peu inexpérimentés au final…

Je ne t’ai pas encore parlé de ton âge : 32 ans. Comment se passe ta relation avec les joueurs, dont certains ont le même âge (Salamone) ou sont plus âgés que toi (Martinez, Orinel…) ?
Franchement, ça se passe très bien. Il y a beaucoup de respect. Mais j’interdis le tutoiement. Voilà, c’est « vous ». Même avec Clément (Depres), avec qui j’ai été formé, c’est « vous ». La barrière s’est faite naturellement. Ce vouvoiement, c’était non négociable, parce que si tu donnes un tout petit peu… Après, j’ai des joueurs intelligents.

Photo Nîmes Olympique

Dans la rue aussi ? Si tu croises Clément Depres ?
C’est « ouf » ce que je vais te dire mais… Je t’ai dit, jouer au football, ça ne me manque pas, mais il y a un truc qui me manque, c’est le vestiaire. Et le vestiaire de Nîmes Olympique cette saison, j’ai pris le parti de le laisser aux joueurs : tout ce qui s’y passe, c’est pour eux. Parfois, ça me fait mal au coeur, comme par exemple quand ils font un repas pizzas, au centre, qu’ils regardent la Ligue des Champions, parce que j’ai envie de rester avec eux, de partager, mais non… Tu sais très bien, quand le coach est là, bah, c’est le coach…

Alors, même à l’extérieur, même si je croise Clément ou Oualid, c’est le coach… Je n’ai pas mis de barrière, j’ai juste dit, « pas de tutoiement ». Je sais bien qu’il y a des coachs qui l’autorisent. Cela ne m’empêche pas d’être très proche de mes joueurs. Quand je les prends dans mes bras, quand je les serre fort, c’est sincère, mais je ne suis pas un grand bavard. Même avec mes meilleurs amis. J’essaie de les guider au maximum. Après, un coach qui parle tout le temps aux joueurs, cela ne veut pas forcément dire qu’il aime ses joueurs, et moi je pars du principe que si je dois parler, cela va impacter le joueur, mais ce n’est pas souvent. Mes joueurs, je les aime, c’est ma famille. Je passe plus de temps avec eux que… de toute façon je ne suis pas marié et je n’ai pas d’enfant, je suis seul, à bloc foot, en plus cette année avec le diplôme, c’est lourd. Tout reconstruire, le diplôme, la N2… Et puis j’entraîne quand même Nîmes tu vois…

Quand tu passes devant le stade des Costières, tu penses à quoi ?
C’est vrai que je passe parfois devant et pour nous, Nîmois, c’est un stade historique. On y a vécu des moments incroyables. On verra ce que l’avenir nous réserve mais aujourd’hui on est en National 2, aux Antonins. Bien sûr que l’idée, c’est de retrouver le monde pro, d’y retourner, et pour ça, je crois à la stabilité, à la régularité, à la constance, à la mise en place de choses : une montée, ça se prépare. Après, bien sûr, pour en revenir à cette saison, faire l’ascenseur et remonter en National, si on peut le faire, on ne s’en privera pas. Déjà, en tant que Nîmois, je suis très fier d’avoir recrée ce lien avec la ville et ses supporters, c’est magnifique !

Mickaël Gas, du tac au tac

Photo 13HF

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Allez, je vais faire plaisir à mon pote : c’est Renaud Ripart (rires) !

Le coach le plus connu de ton répertoire ?
Bernard Blaquart.

Un match marquant du Nîmes Olympique ?
Celui où je me suis le plus régalé, c’est le 4-3, en 1/4 de finale de la Coupe de France contre Sochaux (saison 2004-2005).

Le joueur de légende du NO ?
Bernard Boissier.

Un endroit où tu aimes bien aller à Nîmes ?
Aux jardins de la Fontaine.

Un animal ?
Le chat.

Pas le crocodile ?
Si, si ! Mais comme j’ai un petit chat à la maison…

Un plat, une boisson ?
Poulet – pommes dauphines et diabolo-citron (limonade).

Un lieu de vacances ?
J’aime bien aller à Sournia, au dessus de Perpignan, un village où je vais en vacances depuis que je suis tout petit.

Groupe, chanteur ?
J’aime Christophe Maé, mais sinon, j’écoute de tout.

Une ville, un pays ?
L’Italie, Turin, et la Juventus de Turin !

Tu es un coach plutôt …
Confiant, dynamique et impliqué.

Nîmes Olympique est un club plutôt…
Passionné.

Tu étais un joueur plutôt…
Rugueux.

Un poster dans ta chambre quand tu étais gamin ?
Zidane.

Des amis dans le foot ?
J’en ai beaucoup. Tu veux un chiffre ? J’en ai une dizaine.

Le milieu du foot ?
Le foot fait perdre la tête à beaucoup de gens et je pense que pour réussir dans ce milieu, il faut de la fidélité. Moi, je suis quelqu’un de fidèle, et j’accorde beaucoup d’importance à ça.

Un stade (autre que les Costières et les Antonins) ?
Le Vélodrome, et aussi Furiani !

Une autre passion que le foot ?
J’adore la pétanque. J’aime bien le golf aussi et faire un peu de musculation.

Chronologie de l’année 2025

24 juin 2025. La Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) décide d’exclure Nîmes Olympique, relégué de National en N2, des championnats nationaux et de le rétrograder administrativement en Régional 1. Le projet de reprise sportive porté par Yannick Liron, président de l’association Nîmes Olympique et Franck Proust, premier adjoint de la ville de Nîmes, est retoqué.

Juillet 2025. L’entrepreneur Thierry Cenatiempo rejoint le projet et lance une mobilisation générale, attire de nombreux chefs d’entreprise et même d’anciens joueurs comme Renaud Ripart.

15 juillet 2025. Une délégation de cinq personnes montent à Paris pour défendre le dossier en appel devant la DNCG. Thierry Cenatiempo, porteur du projet de reprise, Yannick Liron et Maître Olivier Martin, président et avocat de l’Association NO, Franck Proust, premier adjoint au maire et président de Nîmes Métropole, et Laurent Desoli, expert-comptable du club. Un nouveau budget est présenté. Le verdict tombe : le gendarme financier revient sur sa décision et accepte de maintenir Nîmes Olympique en N2 avec encadrement de la masse salariale. Thierry Cenatiempo devient le nouveau président de la SAS « Nîmes Olympique Ensemble ».

18 juillet 2025. Reprise officielle de l’entraînement du groupe N2.

26 juillet 2025. Premier match amical à Agde, club de N3, et ancien club de l’entraîneur Mickaël Gas (succès 1 à 0, but de Oualid Orinel à la première minute !).

16 août 2025. Premier match de championnat et victoire 2 à 0 contre le FC Limonest Dardilly Saint-Didier aux stade des Antonins.

18 octobre 2025. En s’imposant 2 à 0 face à l’US Créteil aux Antonins, Nîmes Olympique devient leader de son groupe C en National 2 après 7 journées de championnat. Une place que le club conforte deux semaines plus tard en battant Saint-Priest aux Antonins (3-0, 8e journée).

21 février 2026. Nîmes Olympique s’impose pour la deuxième fois de suite en déplacement à Bobigny (2-0) pour le compte de la J19 de National 2, et signe un 3e succès de rang après Fréjus/St-Raphaël et Toulon. Le club compte 34 points (10 victoires, 4 nuls et 5 défaites) et revient à 4 points du leader, Lusitanos Saint-Maur, battu à Rumilly.

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Interview Renaud Riparthttps://13heuresfoot.fr/actualites/ligue-2-renaud-ripart-troyes-rendre-des-gens-heureuxcest-exceptionnel/

Interview Thierry Cenatiempohttps://13heuresfoot.fr/actualites/n2-thierry-cenatiempo-nimes-olympique/

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Nîmes Olympique et 13HF
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