La voix incontournable du championnat, qui devient la Ligue 3 cet été, ouvre sa boîte à souvenirs et partage son regard aiguisé sur un football à part. Il retrace treize ans d’une tranche de vie passionnelle passée à raconter et médiatiser une compétition si unique.

Par Anthony BOYER / aboyer@13heuresfoot.fr – Photos Philippe LE BRECH (sauf mentions)

Hasard du calendrier, c’est dans les locaux de VisioProd, « là où tout s’est arrêté après le dernier multiplex, le 15 mai dernier, là où on enregistrait Le tour des stades », qu’Emmanuel Moine, « Manu » pour les nombreux intimes, est installé pour évoquer le National. SON National. Qu’il connaît sur le bout des ongles.

La Bible du National

Photo Bernard Morvan

Ne cherchez plus, la Bible du National, c’est lui ! « Manu » est une encyclopédie et connaît tout sur tout, et, surtout, se souvient de tout. Un vrai livre ouvert ! Avant le lancement du nouveau championnat de Ligue 3, dont le coup d’envoi sera donné le samedi 8 août pour la journée inaugurale, qui mieux que le natif de Blois – « Je n’ai rien à voir avec cette ville, que j’ai découverte une fois pour aller commenter un match de foot (rires) ! » – pour parler du désormais feu National, dont le clap de fin a vu les accessions du Dijon FCO et du FC Sochaux Montbéliard en Ligue 2, et la chute au 4e niveau du Stade Briochin et de La Berrichonne de Châteauroux.

Il y a bien son complice Vincent Magniez, avec qui il partage le micro le soir des matchs, qui pourrait en parler des heures, mais il a déjà eu les honneurs de 13heuresfoot ! Ayant pris connaissance de cet entretien avec Manu, Vincent Magniez a pris soin de nous glisser un petit message pour son ami : « N’oublie pas de lui demander combien de pots de gel par jour il met sur ses cheveux et quand est-ce qu’il compte passer son permis de conduire ?! »

Il y a bien Philippe Le Brech, personnage incontournable du football amateur et qui, derrière son objectif, a mitraillé quasiment toutes les équipes et tous les joueurs depuis la création du National, en 1993 ! Lui aussi est déjà passé sur 13heuresfoot !

Alors, s’il n’en reste qu’un, c’est lui ! C’est « Manu » Moine. La « voix » du championnat avec son célèbre « Woh po po po po ! « Manu » le passionné. « Manu » le passionnant. « Manu » l’entraînant, qui pourrait conter dans un livre toutes les petites histoires qui ont fait le sel et le charme fou du National, livrer toutes les anecdotes inavouables et parler de tous ces personnages attachants rencontrés au fil des centaines de matchs commentés.

Amour et passion

Photo Philippe LE BRECH

« Manu » et le National, c’est une histoire d’amour qui a commencé en 2010/11, lorsque le SC Bastia, « son » club, caracolait en tête du championnat. Ce sont ses origines corse qui ont parlé (du côté de sa maman). Alors, forcément, au moment de retracer 13 ans de commentaires, soit près d’un tiers de sa vie (il a 37 ans), le Sporting revient souvent dans les conversations, mais pas que : il y a aussi l’escadron noir du CA Bastia, dont l’épopée jusqu’en Ligue 2 (en 2013) l’a particulièrement marquée. « En fait, je m’intéressais déjà au National avant de le commenter, parce que le SC Bastia jouait à ce niveau en 2010, raconte Manu; et en 2011, alors que j’étais en école de journalisme à Paris, dans le XIIIe arrondissement, pas loin du stade Charléty, on avait monté une web-radio avec le Paris FC. C’est comme ça que j’ai eu le coup de coeur ! Je voyais le National comme un championnat amateur, comme le championnat des boulangers, je le regardais de loin… Mais je comprends très vite que c’est un autre football, que tu peux le vivre d’une autre manière, que c’est un championnat ouvert et que l’on peut y faire plein de trucs. »

« Manu » et le National, c’est une histoire passionnelle qui a commencé en août 2013, lui au micro, Vincent Magniez en bord terrain. Tous les deux sont non seulement devenus les voix du championnat, mais aussi les références, les visages et, quelque part, les stars, les têtes de gondole du commentaires. Des incontournables !

Rendez-vous sur Ligue 1+ ?

S’il faut deux équipes pour faire un bon match de foot, alors il faut deux personnages opposés pour raconter les belles histoires de ce championnat sous-exposé, qu’ils ont, à leur manière, avec leur ton sans filtre, décontracté mais pas trop, sérieux mais pas trop, contribué à médiatiser.

La saison prochaine, la Ligue 3 sera diffusée sur Ligue 1+. Fin de l’histoire pour le duo magique ? Rien n’est à ce jour arrêté. L’on sait juste que c’en est terminé de la gratuité de la diffusion du championnat sur la chaîne Youtube de la Fédération Française de football (FFF TV), puisqu’il faudra être abonné à Ligue 1+, une chaîne payante, pour suivre et regarder la compétition qui promet sans doute une meilleure exposition.

Interview
« J’admire les joueurs de National ! »

Photo Philippe LE BRECH

Premier match commenté ?
Amiens-Colmar, le 3 aout 2012. Je crois que ça avait fait 1-1. Jonathan Kodjia marque pour Amiens… non, c’est Oumar Pouye et Frédéric Marques pour Colmar. J’avais adoré cette équipe de Colmar avec le duo d’attaquants Marques / Louisy-Daniel, il y avait aussi Haaby en défense centrale, avec la coupe au carré, et Cédric Liabeuf en chef d’orchestre. Quand tu commences le National avec ce genre de mecs, t’es obligé de tomber amoureux de ce championnat !

Combien de matchs commentés ?
Je n’ai jamais compté. Grosso modo… (Il compte) Après, il y a eu la coupure pendant deux ans, Quand MaChaineSport a eu les droits et que c’était le duo « Nico » Villas et Raymond Domenech qui commentait, donc sur une douzaine de saisons, ça doit faire entre 250 et 300 matchs.

Dernier match commenté ?
Alors, la dernière fois que j’ai parlé de National, c’était lors du Multiplex pour la 34e et dernière journée. Sinon, au stade, le dernier match commenté, c’était Versailles – Orléans (J33). Pour la petite histoire, j’avais vu que Fahd El Khoumisti, l’attaquant d’Orléans, était à quelques buts d’égaler le record de Kevin Lefaix (87), même si je sais que tu as parlé d’un autre joueur (Cyril Arbaud), qui serait 2e meilleur buteur de l’histoire, mais dont on n’a pas le nombre exact de buts marqués. J’aurais adoré que, pour ma dernière en National au stade, Fahd El Khoumisti marque l’histoire.

« Avec Vincent (Magniez), on aimait bien les après-matchs »

Avec son compère de toujours, Vincent Magniez ! Photo Philippe LE BRECH

Meilleur souvenir de National ?
Oh la la, n’en garder qu’un seul, c’est dur. Je vais en citer plusieurs. J’ai un souvenir de fou du CA Bastia, parce que je suis d’origine corse et que c’est la première année que je commente (en 2012-13). Et le club monte en Ligue 2 ! Je tombe amoureux de ce projet autour de Stéphane Rossi, l’entraîneur, et d’Antoine Emmanuelli, le président, parce que, cette année, on les croise plusieurs fois en déplacement, dans les hôtels, au même moment. Du coup, un lien de dingue s’est crée. Je me souviens qu’après un match à Cherbourg, on s’est retrouvé à l’hôtel à boire de l’armagnac et à fumer un cigare, à raconter des histoires de foot, à rigoler. C’est vrai aussi qu’avec Vincent (Magniez), on aimait bien les après-matchs et les joueurs le savaient (rires).

Première grosse émotion ?
Quand le CA Bastia est monté en Ligue 2 ! L’autre belle émotion, ce fut d’avoir pu commenter le titre du Sporting-club de Bastia en 2020, au stade Diochon, contre QRM, et en plus, à la fin, Yohan Bocognano le capitaine m’offre son maillot et me remercie. En fait, ce sont des souvenirs qui sont liés à la Corse, une région qui m’est chère : ma maman est originaire de Brando, au-dessus de Bastia, et le quartier, c’est Friscolaccio, à 5km au nord de Bastia.

J’ai aussi beaucoup de souvenirs liés au Red Star. Je me souviens d’un Red Star / Saint-Brieuc (2022/23), quand ils sont mathématiquement en Ligue 2 pendant 20 minutes alors que Dunkerque est mené face au Mans, et un truc se passe dans le stade, à la fin, tout le monde est en larmes parce que Dunkerque a gagné et monte. Là encore, ce fut un grand moment d’émotion. J’ai pris un malin plaisir à suivre les trois années d’Habib Beye au Red Star, « journalistiquement » parlant.

Le drame Hugo Aine

Photo 13HF

Pire souvenir de National ?
Sans aucun doute, c’est la crise cardiaque d’Hugo Aine en plein match, lors de Red Star – Chambly (le 29 septembre 2017). Cela me fait encore quelque chose là, rien que d’en parler. Ce soir-là, j’ai pensé à arrêter. La scène fut violente. Et, en tant que journaliste, je n’ai pas su gérer ce moment. Les parents d’Hugo sont restaurateurs en Corse, ils regardaient le match, et j’ai pensé immédiatement à eux. On a compris que c’était très grave. On n’a pas parlé de crise cardiaque à l’antenne avec Vincent, on a parlé de blessure… On n’a pas voulu catastropher la situation, d’autant que l’on n’avait pas d’information. Tous les mots que l’on pouvait dire allaient avoir une conséquence sur les familles, les amis, etc. Du coup, on a préféré ne pas trop en dire parce qu’on avait peur de ce que l’on pouvait avancer.

On en a discuté par la suite avec Hugo, on ne voulait pas faire du sensationnel, il a compris, ses parents aussi. Je me dis que, heureusement que l’on a agi comme ça. Heureusement aussi qu’il y avait le médecin du Red Star, car Hugo a été pris en charge en urgence, je pense que ça lui a sauvé la vie même si cela sonnait en même temps la fin de la carrière d’un super espoir. Hugo avait de la classe dans ses relances, une intelligence de jeu, c’était un dur au mal dans le combat alors qu’il était longiligne et pas le plus impressionnant physiquement. Quelques années plus tard, on a invité Hugo aux Trophées du National à Clairefontaine, l’émotion était folle, à la fois pour lui et aussi pour Vincent et moi. En fait, quand il arrive un truc comme ça, on se remet en question, on se demande pourquoi on fait ce métier-là…

Le plus beau match que tu as commenté ?

Photo Bernard Morvan

Il y en a un paquet mais celui qui me revient immédiatement en tête c’est le Red StarFC Rouen, en début de saison en 2023 (J5, le 11 septembre), il y a 2 à 0, puis Rouen revient à 2-2 et Achille Anani marque dans le temps additionnel pour le Red Star, il retire son maillot, et prend un 2e jaune ! Il y avait une intensité de ouf et, techniquement, deux supers équipes. Après ce match, je me suis dit « On va avoir une saison de dingue » ! J’ai aussi un autre match en tête, un US Quevilly – FC Metz (J5, le 31 août 2012), avec un score de tennis, 6 à 2 je crois (6-3 en réalité), c’était le Metz d’Albert Cartier avec Yeni Ngbakoto, Bouna Sarr, Diafra Sakho, Gaëtan Bussmann, etc., le club était monté en L2 puis en L1 dans la foulée. J’aurais pu citer un match à Nancy, où on a souvent passé de belles soirées, mais là, ce sont plus des souvenirs de stade où parfois, j’enlevais mon casque et je me disais « mais où est-ce qu’on est là ? » tellement il y avait d’ambiance et de bruit.

Rossi, Pochat, Ott, Beye, Le Mignan, Frapolli, Gonzalez, Ridira…

Photo Philippe LE BRECH

Plus beau but de National ?
Je me souviens d’un ciseau de Gabriel Etinof (Laval), un joueur pétri de talent. C’était une « Papinade » sur le terrain de Cholet, qui est élu plus beau but de la saison 2018/2019. J’avais une affection particulière pour Alexis Bosetti, je trouvais qu’il était hors-cadre, il m’avait offert un joli lob à Le Basser quand il jouait à Laval ! Avec lui, il se passait un truc quand il marquait. Mais des beaux buts, il y en a un paquet, il y a aussi celui de Rémy Boissier quand il arrive au Mans, face à Orléans, il prend le ballon, il perce, il y va tout seul, petit piqué devant le gardien, et il va célébrer avec les « worshippers ». Je pense à Billal Brahimi, qu m ‘a offert des buts extraordinaires au Mans, quel joueur !

La plus belle équipe ?
J’ai une grande tendresse pour le Red Star de 2014/15, mais je me demande si la meilleure équipe que j’ai vue, ce n’est pas le Concarneau de Stéphane Le Mignan en 2022/23 ou alors le Rodez de Laurent Peyrelade en 2018/19. Avec le Bastia de 2010/11, ce sont les plus grosses équipes de l’histoire du National. Ce Bastia-là, c’était un rouleau compresseur. Ils ont battu un tas de records. Je crois même qu’aux élections présidentielles, des gens ont voté pour le coach Frédéric Hantz à Bastia, il a dû y avoir une cinquantaine de bulletins (rires) !

Photo Philippe LE BRECH

Un coach qui t a marqué ?
Y’en a plein. Forcément, celui qui m’a marqué, parce qu’on l’a accompagné à ses débuts, c’est Habib Beye. On a vu sa construction. Il est passionnant. Je sais qu’il est clivant mais il est passionné par le jeu. C’était intéressant de suivre son évolution. J’ai beaucoup aimé aussi Stéphane Le Mignan, on l’a vu dans des moments très bas avec Créteil et dans des moments très hauts avec Concarneau, il est passé par Boulogne aussi. On a vu l’éclosion d’Olivier Frapolli, l’entraîneur qui a tous les records aussi avec Mathieu Chabert. En fait, je suis obligé d’en citer plein ! Olivier Frapolli, on l’a vu devenir entraîneur, à l’époque d’Orléans, avec Nicolas Belvito et Emiliano Sala en attaque, ce fut le premier à mettre en place la défense à 3 ! Il est monté assez rapidement avec l’USO.

Il y a aussi Alain Pochat ! Moi, je suis dans le « Pochisme » le plus total ! Alain, c’est quelqu’un qui nous a ouvert les portes, jusqu’à aller boire le café avec lui dans les vestiaires, un truc que personne ne fait aujourd’hui ! Il nous faisait du tableau noir avant les matchs pour expliquer ce qu’il avait mis en place et comment l’adversaire jouait. Franchement, c’était extraordinaire ! Avec Alain, tu discutais d’égal à égal, il n’y avait pas de barrière, il rendait le football simple dans ses réponses.

Dans la même veine, il y a Damien Ott, c’est exactement comme Alain Pochat, ce sont des mecs qui ont plein d’idées. On a souvent caricaturé les entraîneurs de National, en les comparant à des profs d’EPS, mais avec Damien Ott, tu t’assois, et 48 heures après, il parle encore football ! C’est un puits de science et de savoir, un puits de passion aussi, avec des réflexions sur le management, un fou de jeu, un fou de football total. Un jour, je commente à Colmar, j’avais de la fièvre, j’étais crevé : Damien Ott me propose un remontant, il fouille dans une armoire à pharmacie et me file un verre de « Schnàps » qui devait dater de 1978, là, j’ai pris un de ces coups de chaud !!! Je sentais mes sinus couler, mes yeux pleurer. Il m’a dit « Reprend un coup », et ça m’a tout débouché, même s’il faisait 47 degrés dans ma tête (rires). J’ai pu commenter, je suis resté professionnel jusqu’au bout (rires) ! Evidemment, il y a Stéphane Rossi. C’est un monsieur, pour qui j’ai beaucoup de respect. Cette année, j’ai adoré Jordan Gonzalez à Versailles, il a des idées, idem pour Baptiste Ridira (Dijon). Ces entraîneurs ont un supplément d’âme. Et Vincent Hognon, pour ce qu’il a réalisé avec Sochaux cette saison. J’en oublie plein !

« On a défendu la ligne éditoriale du National »

Photo Philippe LE BRECH

Inversement, un coach qui ne t’a pas marqué ?
Certains sont passés comme des comètes, des étoiles filantes. Quand j’ai commencé, en 2012-2013, des clubs arrivaient avec de grosses ambitions, de gros projets, mais en fait, ils n’étaient pas si structurés que ça en back-office. Je me souviens d’un « génie » au Paris FC, je ne vais pas le citer… bref, ce n’était pas ça. Mais parce que ce boulot, il est dur. C’est pour ça, la plupart des coachs que j’ai cités dans la question précédente, ils sont dans le top 10 des plus capés du National ! Ce qui me choque, c’est qu’un coach comme Jordan Gonzalez est plus jeune que moi, et il arrive à tenir une structure, ça m’impressionne. En fait, on n’a jamais eu de rapport définitivement conflictuel avec un entraîneur.

Mais on a eu des accrochages, et c’est normal en 13 ans de National. Parce que parfois, on fait des conneries, et puis un coach peut être susceptible ou paranoïaque. On a eu un accrochage avec Richard Déziré, un mec que j’adore. Il nous a plantés à l’antenne, parce qu’il avait mal digéré un truc que l’on avait dit sur lui, parce que l’on avait été mal rencardé, c’était quand il était à Créteil; il nous l’a fait payer, mais je comprends. La pire erreur que l’on a commise, c’est avec Claude Robin, quand il entraîne Dunkerque. C’est quand la Covid-19 stoppe le championnat. Jean-Pierre Scouarnec, le président, cherchait une storytelling pour s’en séparer. Et nous, malheureusement, on a répété des choses sur lui. On a eu une discussion poignante et émouvante avec Claude Robin quand il est devenu ensuite entraîneur d’Orléans : il était venu nous « attraper » avec Vincent. C’est mon plus gros regret en National. On a pourtant toujours fait attention avec Vincent de mettre des barrières, sauf à ce moment-là. C’était une connerie.

Photo Philippe LE BRECH

Un joueur marquant ?
J’ai une liste de 50 joueurs ! Déjà, Kevin Lefaix, le tueur à gages : il aurait dû faire une plus grosse carrière en Ligue 2, mais il avait choisi une autre vie. Fahd El Khoumisti, on oublie son travail à Concarneau, c’était lui le premier à activer le pressing, à faire le repli défensif aussi pour apporter de l’équilibre, il avait une grande importance dans le jeu; Fahd, c’est l’assurance tous risques et il a une telle assurance, un truc que j’ai rarement vu chez les attaquants, il est archi-superstitieux. Je l’avais croisé en début de saison dernière et je lui avait dit qu’il était à 20 buts du record de Kevin (Lefaix, 87 buts), et il m’avait répondu « Tu me connais, je vais la claquer ma saison à 20 buts ! » Et il en a quand même mis 18 !

Avec Kevin Lesportes (Red Star). Photo Philippe Le Brech

J’ai adoré la personnalité d’Umuk Bozok, Julien Maggiotti le tube de Laval, mais mon joueur préféré, all time, c’est Michel Moretti, un tel charognard au CA Bastia et au SC Bastia ! J’ai aimé aussi Cédric Liabeuf, Merwan Ifnaoui et aussi Ngolo Kanté qui a changé la face d’un match un jour à Boulogne contre Cherbourg ! Je veux en citer d’autres, Emiliano Sala, Wilson Isidor, un Thierry Henry du National, Billal Brahimi, un coup de coeur, pour le volume de jeu, l’inspiration, la technicité, Andrew Jung, la classe internationale, et même des Jonathan Rivas, un mec à l’ancienne, 2e meilleur buteur du National en activité : récemment, après Versailles-Fleury, Jonathan a retiré son maillot et nous l’a jeté. Je fais ce boulot-là parce que je suis fan des joueurs. Je n’aurais jamais pu jouer au foot. Je les respecte pour ça. Je les admire. On a défendu la ligne éditoriale du National pour ça, pour eux, du coup, on a souvent été bienveillants avec les joueurs du National, parce qu’on partait du principe que si nous, Vincent et moi, ne parlions pas d’eux, n’expliquions pas qui ils étaient, personne ne l’auraient fait, ou en tout cas pas tant de médias que ça.

Un président marquant ?
Antoine (Emmanuelli, CA Bastia, Bastia-Borgo, Borgo), forcément, mais je ne peux pas citer que lui, il y a aussi Thierry Gomez (Le Mans FC), que j’ai découvert vraiment sur le tard, quel bonhomme ! J’ai une affection aussi pour le président du Red Star, Patrice Haddad, pour des raisons personnelles, et avec lequel j’ai un lien. J’ai adoré Claude Ferrandi (SC Bastia), et cela dépasse le simple fait d’être Corse, c’est le pari du quadra qui est un entrepreneur épanoui, et qui arrive dans un bourbier, dans un monument, et avec Jérome Negroni, ils sont venus sauver le monument Bastia. J’ai eu de gros accrochages avec Gilbert Guérin, le président d’Avranches (décédé en octobre 2023), et aussi des moments incroyables avec lui : Gilbert ne pouvait pas laisser indifférent, rien n’était neutre avec lui. Il m’amenait au resto après les matchs et m’expliquait le « WM », et me disait « tu m’emmerdes avec ton 4-4-2 ». Gilbert, c’était la folie, c’était le National comme on l’aimait, un National un peu folklo, tu vivais vraiment le foot. Le président Mohamed Tria aussi à Lyon-Duchère, à l’époque de Karim Mokeddem, était une personnalité.

Bauer, le mythe

Photo Philippe LE BRECH

Le plus beau stade ?
J’ai une affection particulière pour le sta

de Bauer, au Red Star, c’est un sacré mythe. J’ai grandi dans le nord-est de Paris, et avec mon père, on passait à côté du stade, et le fait de pouvoir commenter là-dedans, tu sens le poids de l’histoire. Bon, maintenant, ça a changé avec les travaux mais quand tu y rentres, il y a toujours ce truc, mais l’ancien Bauer, quand même…. J’ai eu la chance de commenter à Nancy, à Sochaux, j’avais l’impression d’être en Ligue 1. C’était des soirées particulières.

Je n’oublie pas non plus ce match que nous avions commenté, mais c’était en National 2, le fameux Sedan-Bastia à Dugauguez qui, pour des problèmes techniques, n’avaient pu être diffusé. Le stade était à guichets fermés ! Mais il y a aussi des petits stades qui ont un charme fou, comme le stade de L’Idonnière, au Poiré-sur-Vie : franchement, on ne va pas se mentir, c’était sans peut-être le plus moche et le plus petit du championnat, avec la main courante, mais c’était blindé, le taux de remplissage m’avait impressionné. Et l’ancien stade de Chambly, le fameux stade des Marais, aussi. Dans la même veine, il y a aussi le stade Massabielle aux Herbiers. J’avais adoré le stade Pourcin à Fréjus aussi, j’y étais allé quand ils avaient affronté Colmar en 2013, un match important pour la montée. Après, quand le FC Rouen joue à Diochon, c’est vraiment fou, pareil à Le Basser, à Laval, ce sont des stades typiques du National.

Le pire stade ?

Photo Philippe LE BRECH

J’en ai parlé pendant les Trophées du National, je crois que le stade Bauer pendant les travaux, c’était l’enfer : on a commenté avec Vincent sur une nacelle à 8 mètres de haut, un soir de brouillard, Vincent avait le vertige, ça tremblait, c’était l’angoisse ! Quand il pleuvait, mes fiches prenaient l’eau, et ça foutait en l’air 6 heures de travail de préparation. Dernièrement, même si j’apprécie Alexandre Mulliez et Fabien Lazare, les dirigeants du FC Versailles, et je sais que ce n’est pas de leur faute, le Camp des Loges …. Je ne veux pas faire le mec qui s’embourgeoise, mais parfois, on est mis dans des conditions qui ne nous aident pas dans notre travail. Le stade d’Orléans m’a un peu déçu, et pourtant j’y ai vécu des belles émotions dans mes premières années de National, même si y’a les « Drouguis » qui mettent l’ambiance. Mais le public est très dur au Stade de la Source, il est même capable de « plomber », de planter son équipe. Le stade Charléty, où jouait le Paris FC, et où va jouer le Paris XIII Atletico, est quant à lui beaucoup trop froid pour y vivre des émotions.

« Un multiplex, c’est très compliqué à commenter »

Philippe LE BRECH

Plus gros fou rire à l’antenne ?
(Rire) Oui, mais je ne peux pas le raconter. Évidemment, il y a Vincent (Magniez) dans le coup. Sa spécialité, c’est de dire des conneries, et un jour, il fait une dinguerie à quelques secondes de prendre l’antenne, le jingle se passe, et là je suis explosé de rire, je ne peux pas reprendre mon souffle, c’était à Tours. Cela a duré 2 minutes, ce n’était pas professionnel du tout de notre part, mais je n’ose même pas t’expliquer ce qui s’est passé. Vincent, il est capable de faire des trucs de dingue ! Il a réussi à faire rire le président du Poiré-sur-Vie, Yves Cougnaud, un sacré monsieur, chef d’entreprise, qui n’aimait pas trop l’exercice de l’interview : je crois que Vincent lui avait dit « Alors, président, le Poiré survole le National ou le Poiré survit en National », un calembour comme ça. Et aussi Olivier Frapolli, quelqu’un de très flegmatique, mais qui a de l’humour, qui est très fin, mais avant de le faire rire, il faut s’accrocher, et là, le fou rire à l’antenne ! Même avec Philippe Diallo, le président de la FFF, aux Trophées du National, Vincent lui fait une blague, et ça a détendu l’atmosphère. C’est la force de Vincent, ça !

Plus grand moment de solitude ?
C’est pendant le match Red Star – FC Sète (saison 2022-2023), quand le Red Star est vendu à 777 Partners, parce que je sais que les supporters vont faire quelque chose, et le match est arrêté d’abord 5 minutes, puis définitivement (à la 38e, alors que Sète menait 1 à 0). Et ce soir-là, Vincent n’était pas avec moi. Mais avant d’arrêter le match, l’arbitre respecte le protocole de 45 minutes, et là, je me retrouve à l’antenne, à broder, tout seul, c’était un peu relou. Cela m’était déjà arrivé lors d’un Colmar-Luzenac (en avril 2013, 1-1), quand un rétroprojecteur s’était arrêté, mais Vincent était avec moi, en bord terrain, et on était resté plus de 40 minutes à animer le truc à l’antenne !

Photo Philippe LE BRECH

Un rituel avant le match ?
Oui, ma journée de match est chronométrée à partir d’un certain moment. Au début, on avait le même rituel avec Vincent, on allait au stade ensemble, il avait sa compilation de musique avec ses vieux classiques, et on chantait. Sinon, je mange à une certaine heure (rires), je sais, c’est complètement con, j’écoute une certaine musique, je prends toujours 10 minutes pour moi au stade, seul. En fait, tout est réglé comme du papier à musique. Je me garde aussi toujours une demi-heure sur le terrain avant le match pour aller chercher les dernières infos, prendre le ressenti des joueurs, etc.

Le match le plus compliqué à commenter ?
Ce n’est pas un match, c’est l’exercice du multiplex en National. C’est très compliqué (rires). Surtout le soir des matchs de la montée, ce championnat est tellement homogène, tellement serré, que tu es obligé d’avoir ta feuille de calculs avec toi, avec tous les scénarios possibles, avec les différents goal-average et leurs déclinaisons, on peut dire des bêtises en fonction de tout ça, on est obligé de garder un oeil sur tous les mêmes matchs en même temps, parfois même il arrive qu’on se mette à en commenter trois ou quatre en même temps. Honnêtement, c’est vraiment un exercice réjouissant mais difficile.

« Le National, c’est un microcosme, une famille »

Le match le plus émouvant ?

Photo Philippe LE BRECH

Le titre de champion de Bastia, en 2021, sur le terrain de Quevilly Rouen, à l’avant-dernière journée ! Je ne pensais pas qu’un jour je commenterais ça. J’ai toujours vu le Sporting comme un monument. Il y a eu beaucoup de matchs émouvants, je pense au Red Star – Saint-Brieuc (4 avril 2021, 0-1), quand j’ai vu des gens en larmes après le match, ça m’a pris aux tripes. Quand je réfléchis bien, j’ai eu aussi des grandes émotions quand DAZN m’a donné la possibilité d’aller commenter en Ligue 1 et que j’ai pu aller sur site. Par exemple, j’ai croisé Christophe Pelissier avec Auxerre, cela m’a fait une vraie émotion, et idem quand j’ai commenté un but d’Esteban Lepaul ou que j’avais Gaëtan Perrin en interview.

J’ai revu Habib Beye à Montpellier à l’hôtel, quand il entraînait Rennes. En fait, de retrouver tous ces acteurs qui sont passés par le National, là, en Ligue 1, c’était vraiment ouf. Je me disais qu’ensemble, on avait raconté une belle histoire. Quand tu vois Randal Kolo Muani rater son occasion contre l’Argentine en finale de la Coupe du Monde ou N’Golo Kanté être sacré champion du monde, ça fait bizarre ! Ce sont des moments qui n’appartiennent qu’à toi. Je me souviens avoir interviewé Franck Ribéry lors de ma première année de National, et il m’avait parlé de ses années passées dans ce championnat (à Boulogne, Alès et Brest), le feeling était bien passé. J’ai commenté FC Rouen – SM Caen cette saison, on parlait de Lamine Sy à l’antenne, qui joue à Auxerre cette année (il a joué à Rouen et à Caen), on ne savait pas qu’il était au stade, et à la mi-temps, on le voit arriver et il nous file un maillot d’Auxerre !

A Nice, je fais un plateau pour DAZN, et y’a Billal Brahimi, que j’avais connu au Mans, qui passe à côté de moi, me met une petite tape amicale en me disant « Oh qu’est-ce tu fous là ? » ! En fait, il y a un truc qui se passe avec ces gars-là. Pour le comprendre, il faut passer par le National, c’est un microcosme, c’est une famille, joueurs-dirigeants-entraîneurs-suiveurs, on y croise des gens dont personne ne parle, comme Philippe Le Brech, le photographe, c’est une personnalité du championnat, ça fait des années qu’il est sur les terrains, même toi aussi Anthony, avec tout ce que tu as connu dans ce championnat. En fait, en National, tous les gens se mélangent, se font confiance.

Avec Olivier Frapolli. Photo FFF TV

Le National, en trois mots ?
Hybride, charmant et véritable.

On t ‘a déjà confondu avec qui ?
Avec Grégory Sertic ! Je te jure que c’est vrai. Je ne l’ai pas mal pris (rires).

Selon toi, tes qualités et tes défauts de commentateurs ?
Défaut, je suis trop bavard, qualité, je pense que je travaille un peu plus que les autres.

Tu te regardes après les matchs ?
Systématiquement, oui, au moins une mi-temps. Ce n’est pas que pour moi, c’est pour la production, et aussi pour le travail que l’on fait avec Vincent.

Le club que tu n’as jamais commenté ?

Avec Régis Brouard (FC Rouen). Photo Bernard Morvan

Le RC Strasbourg. Je collaborais un peu avec MaChaîneSport à ce moment-là, notamment pour le magazine « Objectif Ligue 2 », malheureusement, ou plutôt heureusement, c’est l’excellent « Nico » Vilas qui commentait pour MCS avec Raymond Domenech.

Le match où il y a eu la plus grosse bagarre ?
Il me semble que c’est lors d’un Red Star – Paris FC ou un Paris FC – Créteil, qui s’était terminé à 9 contre 10.

Un club qui te manque en National ?
Ah, ouep… J’avoue que les passages de Rodez, du Mans, ça me manque, et commenter à Bauer aussi, ça me manque !

La superstition des joueurs et des dirigeants

De quel club étais-tu le chat noir ?
(Rires) Je n’étais le chat noir d’aucun club mais y’a plein de dirigeants qui pensent que Vincent et moi étions des chats noirs ! Une fois, Michel Mallet, le président de Quevilly Rouen, à la fin d’un match, nous avait dit, de manière pince-sans-rire, « Il va falloir que j’appelle la Fédération, que je fasse quelque chose, parce que vous nous portez l’oeil messieurs. Quand vous venez, on ne gagne jamais. Je vais voir s’il n’y a pas d’autres commentateurs » (rires). Je sais bien que c’était une blague, mais avec Vincent, dans la voiture du retour, on s’est quand même demandé s’il n’y avait pas un fond de vérité dans ses propos ! Antoine Emmanuelli aussi, c’était un spécialiste, peut-être même le plus superstitieux de tous. Quand il nous voyait, il nous disait « Ah, c’est vous, c’est bon, on sait qu’on va gagner ! » et s’il ne gagnait pas, il nous disait « maintenant je ne veux plus vous voir, vous êtes des chats noirs ! »

Il y a même des joueurs superstitieux, qui nous évitaient pendant la reconnaissance du terrain, parce qu’ils savaient qu’on allait discuter avec eux, qu’on allait leur sortir des « stats ». Il y en a même un, Kader Kraichi, qui ne voulait plus parler à Vincent par superstition à la reconnaissance terrain : il disait, « si je discute avec lui dix minutes, je sais que je vais rater mon premier quart-d’heure (rires) ! »

Avec Marc Mohamed (FC Versailles). Photo Philippe LE BRECH

Tu es le porte-bonheur de quel club ?
Le CA Bastia, l’année où le club monte en Ligue 2, disait qu’on était leur porte-bonheur. Habib Beye l’a dit aussi. Bon, c’est surtout qu’ils avaient de supers stats à domicile ! Mais c’est vrai qu’on a toujours ces petites réflexions, « Ah y’a Moine-Magniez qui viennent commenter, c’est bon » ou « C’est pas bon » !

Manu Moine en Ligue 3 ?
Déjà, il n’y aura plus de diffusion par la FFF qui donne le traitement de la Ligue 3 à la chaîne Ligue 1+, qui récupère l’entièreté des matchs du championnat, qui finance la retransmission, qui va choisir ses formats, son équipe éditoriale. Avec Ligue 1+, on a la garantie d’avoir un diffuseur qui fait déjà de très belles choses sur la Ligue 1, on l’a vu cette saison, d’ailleurs, même Maxime Saada (le DG du groupe Canal+) a reconnu que Ligue 1+ avait fait du très bon boulot. La chaîne choisira ses équipes de commentateurs, c’est normal. Les matchs seront commentés sur place ou en cabine, mais le traitement du National tel qu’on l’a connu sur FFF TV, c’est fini.

FFF TV

Après, dire si je serai dans la Ligue 3 ou pas, je ne sais pas, mais quoi qu’il arrive, je la regarderai assidument. La Ligue 3, c’est une première pierre posée sur le National, le premier virage, mais il n’y a pas énormément de choses qui vont changer. Cela a été l’Arlésienne et finalement, le président Philippe Diallo l’a fait. On verra à l’avenir ce que cela représentera, quelle forme elle prendra. Ce n’est peut-être pas la révolution espérée, je vois bien les commentaires sur les réseaux sociaux, mais elle est en marche, et puis Rome ne s’est pas fait en un jour. Il faut laisser du temps. On en reparle dans 2 ou 3 ans. Ce qui est sûr, c’est que le championnat de L3 va être exposé, sa visibilité sera bonne. Le produit devient payant, gagne en qualité, et 11 millions sont injectés par la FFF pour structurer, mieux « brander ». En fait, on va crédibiliser cette division.

La Formule 1 ou le foot ?
J’ai 37 ans et je suis toujours incapable de choisir entre les deux sports ! La F1, c’est ma grande passion. Parfois, c’est un problème, parce que les calendriers se chevauchent. Mes premiers stages, je les ai réalisés dans les sports mécaniques, et plus tard, en 2018, j’ai lancé mon émission de F1 sur Youtube, PolePosition, ça a cartonné, ça m’a ouvert plein de portes, aujourd’hui j’ai la chance de bosser sur RMC avec la F1, j’ai commenté les 24 heures du Nürburgring, le Grand Prix de Monaco historique sur site, c’est une chance de dingue, parce qu’à la base, c’était un milieu très fermé, qui s’est ouvert avec la conquête de nouveau public. Je viens aussi de terminer ma deuxième saison pleine chez DAZN, avec la série A. Cette année, j’ai fait aussi le championnat des Pays-Bas et la Copa del Rey (coupe d’Espagne).

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions) 
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L’heure de vérité a sonné pour le club azuréen qui, en cas de succès face à Lusitanos/Saint-Maur, retrouvera le 3e niveau, échelon quitté avec pertes et fracas en 2011. Présentation et entretien avec Thomas De Pariente, adjoint au maire de Cannes délégué aux sports, économiste, historien, footballeur, chef d’entreprise et amoureux des Rouge et blanc depuis… toujours !

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : AS Cannes

Vingt-quatre ans après le match qui a traumatisé une ville et sonné le début d’une longue traversée du désert, l’AS Cannes va disputer, samedi 16 mai, à 18h, à Coubertin, le match le plus excitant, le plus passionnant et le plus important de son histoire, face à Lusitanos / Saint-Maur.

On rembobine. Ce 17 mai 2002, un an après être tombé de Ligue 2 en National, et 4 ans après avoir quitté l’élite (dernière saison en Division 1 en 1997-1998), Valence se présente au stade du quartier de La Bocca lors de la dernière journée de championnat. Seule la victoire donnera aux Azuréens le droit de remonter mais, devant 12 000 spectateurs, ils s’inclinent 2-1. Le club ne s’en remettra pour ainsi dire jamais.

La chute en DHR en 2014

Suivront neuf autres saisons d’affilée en National avant la rétrogradation administrative prononcée par la DNCG en juin 2011 pour une histoire de compte bancaire non abondé au 30 juin (ce sera pourtant le cas le 27 juillet, soit avec près d’un mois de retard). Les différents appels et recours juridiques, et même le forfait en guise de protestation à la première journée de l’exercice suivant en CFA (N2) face à Rodez, n’y changeront rien : Cannes repartira bien au 4e échelon. Puis au 7e échelon en 2014 (en DHR) après le dépôt de bilan, la même année qu’un 1/4 de finale de coupe de France (élimination par l’EA Guingamp, futur lauréat) et après trois échecs consécutifs dans la quête de remontée en National.

Samedi, contre Lusitanos, il sera temps d’effacer le souvenir sombre de Valence. D’enfin bien négocier un match couperet. Afin d’écrire la suite d’un nouveau chapitre ouvert depuis l’automne. Mais un match nul risque de ne pas suffire. Les Crocodiles nîmois, 2es à un point du leader azuréen, sont en embuscade et on les voit mal retomber dans le panneau sur le terrain du promu Limonest, quinze jours après avoir sombré 4-1 à Andrézieux (après avoir été menés 4-0). D’autant que les Rhodaniens, longtemps dans la charrette en première partie de saison, ont assuré leur maintien et, comme le dit la formule consacrée, « ne jouent plus rien » !

Nîmes trop beau trop tôt ?

Maxime Blanc. Photo AS Cannes

C’était aussi le cas d’Andrézieux, direz-vous, sauf que huit jours avant de chercher à prendre leur envol à l’Envol Stadium, 8000 supporters avaient célébré les joueurs nîmois comme des héros, comme des promus dans la future Ligue 3. C’était après l’éclatante victoire face au leader cannois (3-0) au stade des Antonins à l’issue d’un match remarquablement maîtrisé sur le pré vert mais qualifié à tort de « finale du championnat ». Quelle erreur !

Ce n’est pas un manque d’humilité, l’entraîneur du Nîmes Olympique, Mickaël Gas, cultive justement tout l’inverse et cela ni ne lui incombe, ni ne lui ressemble. Sa conférence de presse d’après match tout en sobriété l’a d’ailleurs montré : il était acquis que rien n’était fait. C’est simplement une  méconnaissance du National 2 dans sa globalité et sans doute un grand moment de légitime « enflammade » dans une ville chaude comme la braise, qui vit pour le football, où la ferveur est difficile à canaliser, où la victoire peut faire perdre la lucidité autant que la défaite rendre dingue.

Clamer à quatre journées de la fin que ce Nîmes-Cannes était la finale du championnat comme on a pu l’entendre ou le lire fut un incroyable manque de respect pour Lusitanos/Saint-Maur, l’équipe qui a le plus longtemps occupée la place de leader cette saison (10 journées, mieux que Rumilly et ses 7 journées), tellement concernée par l’accession. C’est pour ces raisons que l’on imagine mal les Nîmois ne pas ramener les 3 points de Limonest. Ils ont un travail à finir, ils le savent, et ils feront tout pour gagner avant d’espérer.

Ne pas courir deux lièvres à la fois

À Cannes, le contexte est très différent. Cette « vraie » finale cette fois puisque le championnat s’arrêtera à l’issue des 90 ou 95 minutes face à Lusitanos, était secrètement espérée depuis l’arrivée sur le banc le 27 octobre dernier de Mathieu Chabert, 23 jours après une triste défaite à domicile face à Rumilly-Vallières (J7, 0-3) et le limogeage de Damien Ott, que les supporters des Dragons adoraient et qui venait d’emmener son équipe à une marche d’une finale de coupe de France, seulement éliminée par Reims en demi-finale (2-1, le 2 avril 2025).

Mais en championnat de N2, Ott, qui lui aussi était arrivé sensiblement à la même période un an plus tôt – le 14 octobre 2024 – en remplacement de Fabien Pujo (aujourd’hui à Villefranche-Beaujolais en National), n’était pas parvenu à décrocher cette accession, quand bien même il avait réussi à redresser la barre et même à revenir à un point du futur promu, Le Puy, à l’issue de la J18. Mais il est difficile de jouer sur deux tableaux. L’AS Cannes a logiquement subi la situation à ses dépens, laissant l’équipe de Haute-Loire, qui a aligné 8 victoires de rang entre la J19 et la J26, prendre le large et le bon wagon.

Les secousses de l’automne

Antoine Gobin et Djamal Mohamed. Photo AS Cannes

Si Mathieu Chabert est arrivé plus de trois semaines après le départ de son prédécesseur, aujourd’hui installé sur le banc de La Berrichonne de Châteauroux (National), c’est parce qu’à l’automne, au plus fort de la tempête, il a passé deux entretiens avec deux directeurs généraux différents, l’ancien et le nouveau, et que cela a retardé le processus. C’est aussi parce que, dans le même laps de temps, le nom du directeur sportif a lui aussi changé.

Exit dont le directeur général Félicien Laborde, que les supporters du stade Coubertin ne pouvaient plus voir en peinture et qu’ils ont d’ailleurs conspué lorsqu’ils l’ont aperçu debout dans la « corbeille » (tribune présidentielle) le 21 mars dernier contre Fréjus/Saint-Raphaël (4-0). Les supporters furent si agressifs que, devant tant d’hostilité, Laborde, remplacé depuis par Antoine Gobin, dut être exfiltré en plein match. Exit aussi le directeur sportif Sébastien Perez, remplacé par un Djamal Mohamed au réseau bien plus élargi et adapté pour le niveau.

« Parce que c’est Cannes »

Mathieu Chabert. Photo AS Cannes

Dès la prise de fonction de Djamal Mohamed, encore tout auréolé d’un travail reconnu au FC Martigues (accession de N2 en National en 2022 puis de National en Ligue 2 en 2024), la rumeur d’une probable arrivée de l’entraîneur Hakim Malek s’est répandue dans les travées de Coubertin. Malek, choisi mi-janvier 2025 par Mohamed pour remplacer Thierry Laurey à la tête du FC Martigues, a redressé de façon admirable son équipe, avant d’échouer aux portes du maintien, et en a profité pour voir sa cote grimper.

Mais c’est finalement Mathieu Chabert qui a été nommé. Le Biterrois de 47 ans, comme pas mal de ses collègues qui ont déjà goûté au National et à la Ligue 2, n’avait pas prévu de s’installer sur un banc de National 2. Sauf à Bordeaux. Sauf à Cannes. Son nom a été cité du côté des Girondins au mois de septembre, quand le coach en place, Bruno Irlès, a vu sa position fragilisée après un début de saison décevant. Un mois plus tard, il s’est engagé à Cannes. « Parce que c’est Cannes » avait-il dit pour justifier sa venue à cet échelon.

Une série de quinze matchs sans défaite

Neuf mois après voir été limogé de l’AC Ajaccio en Ligue 2 (le 4 janvier 2025), voilà que Mathieu Chabert renfilait un autre maillot rouge et blanc, toujours dans le sud, toujours près de la mer, avec une mission simple : redresser une situation sportive mal embarquée (à son intronisation, l’AS Cannes était 9e de sa poule et comptait 7 points de retard sur le leader, Nîmes), remonter au classement et jouer la montée, pourquoi pas à la dernière journée, contre une équipe de Lusitanos/Saint-Maur qui a passé tout le championnat entre la 1re et le 3e place ! Voilà, cette fois, on y est ! La feuille de route du « spécialiste des montées » – ce n’est pas nous qui avons inventé ce surnom ! -, a été – jusqu’à présent – remplie. L’AS Cannes arrive au bout du process et il lui reste un match pour valider sept mois de travail.

Si le coach occitan, qui a propulsé Béziers en Ligue 2 (en 2018), Bastia de N2 en Ligue 2 (entre 2019 et 2021) et Dunkerque de National en Ligue 2 (en 2023), n’était pas encore sur le banc lors du succès à Fréjus/Saint-Raphaël le 18 octobre (1-0, J8), le premier d’une série de quinze matchs sans défaite (10 victoires et 5 nuls), quand le club était 12e du classement, il était déjà dans les tribunes pour voir sa future équipe à l’oeuvre, avant d’aligner 14 matchs sans défaite avec elle. Un parcours qui a permis de s’emparer, pour la première fois de la saison, de la première place à l’issue d’une éclatante victoire face – encore – à Fréjus/Saint-Raphaël, le 21 mars, lors de la J22 (4-0).

Maudite place de leader !

Raphaël Gerbeaud. Photo AS Cannes

Rapidement « débarrassée » de la coupe de France cette saison (élimination avec les honneurs contre le FC Annecy, club de Ligue 2, au 7e tour, 1-2, dès le mois de novembre), histoire de ne pas avoir à courir deux lièvres à la fois, histoire de ne pas laisser des plumes en route comme cela était arrivé au Puy-en-Velay, quart-de-finaliste en 2024, et devancé de justesse par Aubagne dans la course à la montée, l’AS Cannes a retenu la leçon. Ce qui ne l’a pas empêché de commettre quelques erreurs de parcours, on pense à cette lourde défaite à Toulon (4-2, J23), alors qu’elle étrennait pour la première fois son maillot de leader, ou à ce non-match à Nîmes (3-0, J27), dans le même type de configuration, deux semaines après avoir récupéré la première place. Faut-il en déduire qu’il existe une malédiction pour les équipes en tête ? La débâcle nîmoise à Andrézieux est là pour étayer cette supposition. Mais à un moment donné, et si possible au bon moment, il va bien falloir que le ballon cesse de brûler les pieds du premier !

Une prédiction

Sory Doumbouya. Photo AS Cannes

Pour terminer la saison en apothéose, les supporters cannois, qui seront 8000 samedi à Coubertin, et qui attendent ce retour en National, ou plutôt en Ligue 3 (le nouveau nom du championnat) depuis 14 ans, comptent sur l’expérience de Mathieu Chabert qui, juste avant le revers 3-0 à Nîmes, avait eu la bonne idée de rappeler qu’avec Dunkerque, en National, il avait perdu un match très important dans la course à la montée à Martigues, ce qui n’avait pas empêché les Nordistes d’accéder en Ligue 2, profitant d’un inexplicable et surprenant revers du leader provençal à l’avant-dernière journée chez la lanterne rouge, Borgo. Le revers de Nîmes Olympique, qui a lui aussi toujours eu du mal à « gérer » sa place de leader, sonne comme une prédiction.

Les supporters cannois comptent aussi sur les qualités offensives de leur équipe : avec 51 buts marqués (dont 28 à domicile en 14 matchs, soit une moyenne de 2 buts par match à Coubertin), les Azuréens se présentent avec la meilleure attaque du groupe, la 3e des trois groupes de N2 (derrière La Roche-sur-Yon 59 et Thionville 53). Surtout, ils ont trouvé en Raphaël Gerbeaud ce numéro 9 qui manquait. S’il n’a pas fait oublier l’inoubliable Julien Dominguez, l’ex-buteur de Saint-Malo a apporté sa fraîcheur et son sens du but (10 réalisations depuis son arrivée en janvier !) à un groupe qui misait trop souvent sur les exploits individuels du joueur le plus régulier de la saison, Chafik Abbas. Sans compter les apports de Malhory Noc et du jeune espoir prêté par Everton, George Morgan, venu mettre de la concurrence et du poids devant, d’autant que Sory Doumbouya, s’il a toujours répondu présent lorsque l’on a fait appel à lui, fut perturbé par des blessures.

Helder Esteves, le coach de Lusitanos/St-Maur. Photo Eric Mendes

Bref, le secteur offensif est pourvu, mais il devra se confronter à la défense de Saint-Maur, la meilleure des trois groupes de National 2 (22 buts encaissés en 29 matchs, seulement 9 buts encaissés en déplacement en 14 matchs !). Il devra tout simplement se confronter à la meilleure équipe à l’extérieur (29 points, 9 victoires, 2 nuls, 3 défaites, 21 buts marqués, 9 encaissés en 14 matchs). Impressionnant.

Ce deuxième Cannes/Lusitanos de l’histoire à Coubertin (les deux clubs se sont affrontés lors de la saison 2001-2002 en National, Cannes l’avait emporté 3-1 à La Bocca) sera aussi une belle opposition de style avec des visiteurs qui impressionnent par l’intensité qu’ils mettent à chacune de leurs rencontres, et où le milieu de terrain Alexis Dos Santos, convoité par des clubs de Ligue 2 et National, rayonnent. Où Helder Esteves, l’entraîneur, réalise des choses formidables depuis son arrivée ou plutôt son retour, en remplacement de Mohamed Tazamoucht, en cours de saison, en novembre 2023.

L’ex-goaleador portugais des Lusitanos, joueur emblématique des années 90 et 2000 (avec une saison à 40 buts en CFA en 2000/01 !), gros travailleur, a apporté son professionnalisme, sa proximité avec ses joueurs, son sens de la psychologie. Il a apporté des résultats aussi : 41 victoires, 23 nuls et 9 défaites en deux saisons et demi et 73 matchs. Pas mal. On a hâte de voir ce que cela va donner à Cannes !

Interview
Thomas De Pariente : « C’est un match couperet »

Thomas De Pariente. Photo DR

Il est né à Paris voilà 55 ans mais a grandi à Cannes dans son enfance et aime à rappeler que c’est bien mentionné « Cannes » sur son livret de famille ! Il y est installé depuis maintenant 35 ans.

Adjoint aux sports, aux sports-santé et aux relations internationales et présent aux côtés du maire David Lisnard depuis la première mandature, en 2014, Thomas De Pariente est un acteur privilégié de la vie cannoise et surtout un témoin de plus de 40 ans d’histoire de l’AS Cannes, dont il a vu le premier match au début des années 80. Et depuis, c’est l’amour fou avec le club floqué du dragon.

L’économiste-chef d’entreprise, qui a porté le maillot rouge et blanc (parfois jaune ou bleu) de 1992 à 1997, essentiellement en DH, connaît le sujet sur le bout des doigts. Il copréside aussi l’association des Anciens dragons cannois avec David Bettoni, une confrérie fondée par Antoine Freddolini en 2007, toujours existante mais quelque peu en sommeil, avec un autre « ex » à sa tête, Stéphane Roda, vainqueur de la coupe de la Ligue en 2000 avec les Forgerons de Gueugnon (face au PSG s’il vous plaît !), « et aussi vainqueur de la coupe de France avec Strasbourg, il va m’engueuler si on oublie de le dire (rires) ! »

Thomas De Pariente parle de l’AS Cannes avec une telle éloquence, une telle facilité, une telle passion, que l’on se demande s’il écrira et publiera un jour un livre sur « son » club, ou plutôt des livres tant il s’est passé des choses, tant les anecdotes sont riches et nombreuses, tant cela mérite plusieurs tomes.

Le tome qui nous intéresse aujourd’hui, c’est celui du 16 mai 2026 et la venue de Lusitanos/Saint-Maur à Coubertin. Thomas De Pariente fait évidemment le lien avec le match du 17 mai 2002 contre Valence, qu’il a vécu de l’intérieur. Il raconte d’ailleurs cet épisode et livre même quelques clés et certaines choses à ne pas reproduire, le tout dit avec le recul nécessaire et surtout sans ambiguïté, sans jamais jouer un rôle qui n’est pas le sien. Mais sa légitimité et sa connaissance du microcosme cannois nécessitent que l’on écoute son avis. Toujours précieux et intéressant.

Tu seras là samedi, contre Lusitanos / Saint-Maur ?
Noooon (rires) ! Evidemment, oui, je serai là (rires) !

Photo AS Cannes

Ce match résonne un peu comme le traumatisant Cannes-Valence de 2002…
Oui c’est un match couperet, un match de la montée. Les matchs couperets, on a eu du mal à les jouer. Cela rajoute à la dramaturgie. Le match de Valence, en 2002, je l’ai vécu de l’intérieur pendant une semaine. On avait tourné une sorte de « Les yeux dans les Bleus » du pauvre, tout était organisé avec la directrice du marketing, Corinne Gensollen, avec Luc Dayan, avec le JRI Christophe Barbin. Il avait été décidé d’une mise au vert à Sainte-Maxime quasiment toute la semaine avant le match. On a vécu la semaine avec eux. Rétrospectivement, c’est facile de le dire, mais cela a tendu les joueurs. C’était une erreur. On avait filmé plein de séquences, notamment une séquence tournée secrètement avec les épouses pour avoir une vidéo d’encouragement. Le deal, c’était de faire un documentaire si on montait, et de ne rien faire si on ne montait pas. Il y a eu une séquence totalement dingue, quand le regretté René Marsiglia, trois quart d’heure avant le match, rassemble les joueurs dans son petit bureau et leur montre la vidéo des épouses. Marcel Salerno, le président, voulait être présent bien que René ne le souhaitait pas. Rétrospectivement, là encore, cela a mis trop d’émotion. Il faut que le parallèle Cannes-Valence s’arrête là. Il ne faut surtout pas se mettre dans cette émotion-là.

Fabio Vanni. Photo AS Cannes

Il faut l’aborder comme un match de championnat, en se disant que l’on a tous les moyens de battre cette équipe que tu reçois. À domicile, c’est souvent un peu long mais en mettant un peu plus d’intensité et avec un soutien populaire qui sera massif, sans surjouer, cela passera. Si tu joues sur tes fondamentaux, et je ne parle même pas d’agressivité, non, parce que le but, ce n’est pas de dénaturer son jeu, mais juste de mettre ce supplément d’intensité, alors il y aura réellement ce que les joueurs adorent, c’est-à-dire jouer devant ce public qui aiment ses joueurs. À Coubertin, les joueurs se sentent bien, ils se sentent aimés. C’est vraiment palpable cette saison, surtout depuis qu’il y a eu ces changements après le match de Rumilly début octobre. Il y a une joie légère. Avec tout ça, il n’y a pas de raison que cela ne passe pas. Je pense à la semaine que les joueurs de l’OM ont vécu avant la finale de la coupe d’Europe contre Milan (en 1993), c’est la plus drôle qu’ils ont vécue. Il ne faut rien changer aux habitudes. Et deux heures avant le match, on se met dedans.

Après, s’il faut élever la rapidité d’exécution, c’est peut-être dans ce match-là qu’il faut le faire, notamment en première mi-temps, parce que, sans faire le tacticien de café de comptoir, dans nos premières périodes, on a l’habitude de poser notre jeu de manière trop lente dans les débuts de match selon moi, de poser le jeu sans intensité, or cette façon de jouer est facile à contrer. Sur la durée, les équipes commencent à faiblir parce qu’on fait bien circuler le ballon, que les schémas sont plutôt bons, etc. D’ailleurs, c’est rare que l’on mène en première mi-temps, on a du mal à marquer. Cette grinta que l’on avait en coupe de France, sans jamais déjouer, c’était formidable. Il y avait exactement le bon « combo ».

Grégory Coupet. Photo AS Cannes

Depuis Rumilly, tu l’as évoqué, on sent beaucoup plus de joie, de sérénité, d’amour, de croyance, de soutien… Les résultats sont arrivés aussi. Mais les changements de l’automne ne sont-ils pas arrivés un peu tard ?
L’analyse rétrospective n’apporte rien. Ce que je sais, c’est que ces changements sont arrivés et que cela a apporté du bon. Mais ils ne sont pas forcément arrivés dans le bon sens car logiquement, on est passé par fusibles successifs : un entraîneur, Damien Ott, respect à lui pour le boulot qui a été fait et je ne suis pas sûr qu’il soit responsable de cette séquence du moment; un directeur sportif, qui avait une responsabilité par rapport au recrutement; et en dernier lieu un dirigeant, que l’actionnaire a licencié. Donc on s’est retrouvé avec un nouveau directeur sportif, un nouveau directeur général et un nouveau coach. On a fait quasiment l’inverse du bon processus mais il se trouve que l’on a plutôt pris le bon coach, le bon directeur sportif et le bon directeur général.

Antoine Gobin, le DG. Photo AS Cannes

Il faut dire qu’il y a dans cette nouvelle organisation des personnes qui ont beaucoup apporté dans l’ombre, je pense à Morgan Amalfitano, qui a grandi à Cannes, et à Grégory Coupet. Ils ont été capables de dire beaucoup de choses et d’amener une espèce de sérénité qui n’existait plus. Quand ils ont assuré l’intérim, en coupe de France à Cap-d’Ail puis en championnat à Fréjus, cela correspond au moment où l’équipe s’est consolidée et stabilisée. Ils ont fait un très bon boulot et cela a facilité l’arrivée sans dramaturgie des trois nouveaux venus, dont Antoine Gobin, le nouveau directeur général, quelqu’un d’une grande intelligence. Il est à mon sens une personne de très haut niveau, intellectuel et artistique, il a un très beau background, notamment auprès de la MLS (Major League Soccer), il est franco-américain, il a grandi aux États-Unis, il apporte une élévation et il a ce côté américain, cette immédiate proximité avec les gens, sans en faire des « caisses ». Il est comme ça. Je ne sais pas ce que dira la suite, mais il a cette bonté humaine qui a été parfaitement captée et comprise par notre environnement et d’abord par nos supporters qui se sont dit « tiens ? Et si on faisait confiance ? », même si on sait que la confiance est circonstanciée aux résultats. D’ailleurs, je veux saluer l’attitude des supporters, qui ont fait preuve de beaucoup d’intelligence et de maturité, d’accompagnement et de passion aussi. Je suis admiratif de leur évolution et de leur comportement. Très objectivement, on peut dire qu’il y a eu un bon assemblage de ces trois nouvelles personnes. Et c’est presque un hasard !

Morgan Amalfitano. Photo AS Cannes

Selon toi, la place de l’AS Cannes aujourd’hui, c’est laquelle ?
Historiquement, on est un des cinq clubs français à avoir le plus de longévité en Division 2, donc je réponds, tendanciellement, notre place, c’est la Ligue 2, et tant mieux s’il y a des possibilités comme on l’a vécu souvent de connaître le plus haut niveau. Cannes est une ville de 74 000 habitants, de taille moyenne. On est typiquement un club professionnel, ça c’est sûr. Et ce depuis l’origine. Le National (la Ligue 3, Ndlr), on l’attend tous, mais ce n’est pas du tout une finalité. La finalité, c’est de retrouver la place stable qui est la nôtre, même si le football a énormément évolué. On voit bien qu’il y a véritablement une carte évidente qui se dessine entre la taille des villes ou métropoles et moyens associés, et les situations sportives. Et le reste est une anomalie. Saint-Etienne en Ligue 2, c’est une anomalie. Bordeaux et Nîmes en National 2, c’est une anomalie.

Aujourd’hui, la taille des villes correspond au niveau. C’est ça le football. La chute tendancielle de l’AS Cannes du milieu des années 90 à aujourd’hui correspond aussi aux déploiements de force de toutes les équipes environnantes : Le Cannet-Rocheville, Grasse, Mandelieu, c’est la désignation même de ce que la suprématie locale est contestée. Cela veut dire que notre niveau de ville-centre a trop baissé. C’est toujours intéressant de le mesurer. Quand je dis cela, en aucun cas je ne dénigre le travail des clubs environnants, simplement, je dis que les conditions sont réunies pour qu’ils puissent se développer, prospérer et progresser. C’est systématiquement le miroir de notre faiblesse.

Le stade Coubertin attend 8000 spectateurs pour la venue de Lusitanos / St-Maur. Photo AS Cannes

Les liens entre la Ville de Cannes et le club semblent toujours aussi forts…
Bien sûr ! Monsieur le maire (David Lisnard) et Nicolas Gorgux le premier adjoint et aussi Jean-Marc Chiappini (ancien adjoint)… (il coupe) Mais il faut savoir une chose : quand David Lisnard était adjoint de Bernard Brochand et que le club allait mal, il a eu la loyauté et l’humilité de laisser ce sujet à Bernard. Pourtant, s’il y a une personne qui était fondée historiquement à s’en occuper, c’était bien David Lisnard. Je rappelle que son père Denis est, avec Charly Loubet, le plus jeune joueur à avoir eu un contrat professionnel. Henri Lisnard, l’oncle de David, était dirigeant et président de l’association amateur. Ses deux oncles étaient des joueurs emblématiques du club dans les années 50/60. Il y a une culture du football chez les Lisnard qui est absolument dingue et un « savoir gérer » aujourd’hui de la part du maire.

Mais quand David Lisnard est arrivé aux affaires, en 2014, et même si le club n’est pas géré par la Ville, qui ne subventionne que l’association, il a accepté le fait de retomber pour mieux reconstruire. Cette trajectoire, Dieu sait qu’elle est lente et longue, mais elle est intelligemment faite : ce sont des briques qui s’additionnent, avec les bons curseurs et les bons équilibres. C’est aussi le fruit du travail d’une femme phénoménale, un travail nécessaire au redressement du club, c’est évidemment Anny Courtade. Sans elle, il n’y aurait pas pu avoir ce redémarrage-là. Mais on a besoin de tout le monde, de cette fabuleuse complémentarité entre l’association et la société sportive professionnelle. Le groupe actionnaire (le groupe Friedkin, arrivé en juin 2023) et Anny ont une telle culture de la gagne que chacun fait avancer le club dans deux dimensions, en professionnel et en amateur comme on a pu le voir avec la montée de la réserve en Régional 1.

Thomas De Pariente, son AS Cannes du tac au tac

Ta première à Coubertin ?
Je crois que c’était en 1982, lors du traditionnel tournoi de février qui avait lieu chaque année à Cannes, et qui opposait plusieurs équipes, il y avait le Nantes de Maxime Bossis, Dortmund, l’Eintracht Francfort et Cannes. Jean Fernandez était encore joueur et le stade dans son ancienne configuration. A partir de ce moment-là, je suis tout le temps allé au stade, c’est mon grand-père qui m’emmenait !

Ton plus beau match à Coubertin ?
Cannes-Fenerbahçe, sans hésiter, ce n’est même pas un sujet ! 4 à 0, en coupe d’Europe (en 1994/1995).

Ton joueur cannois préféré ?
Ah il y en a plein ! Le gardien Michel Dussuyer et l’arrière latéral Bruno Chaverot, mon héros, je m’identifiais à lui. Gamin, je voulais lui ressembler.

Ton coach préféré ?
Luis Fernandez.

Un dirigeant qui t’a marqué ?
(Il réfléchit longtemps). Là encore, il y en a eu beaucoup. La facilité serait de répondre Francis Borelli… Il y en a eu beaucoup de mauvais… Allez, par affection, Francis Borelli !

Un bénévole marquant ?
Guy Sporn et Guy Thibault. Guy Sporn, c’est un monsieur qui est à tous les matchs, il donnera toujours un coup de main, c’est un dirigeant exceptionnel. Guy Thibault, le papa de Gérôme, qui a joué avec la réserve à l’AS Cannes, est un peu le même genre de personne. Ce sont des dirigeants emblématiques, ils sont éducateurs aussi. L’âme cannoise, je la retrouve en eux. Ce sont deux personnalités exceptionnelles de longévité, de fidélité, de loyauté et d’intransigeance. Je rajouterais Jacques Gastaldi et Brahim Harris,  deux personnes exemplaires.

Un but mémorable ?
J’adore celui du 1-1 de Mickaël Madar contre Valenciennes lors du match retour du barrage D1/D2 en 1993, pour ce qu’il dit et pour cette ambiance, j’ai d’ailleurs la vidéo sur mon téléphone, mais il y en a un que je publie tout le temps sur les réseaux, tant il dit que l’on peut être un club exceptionnel dès que l’on repart de l’avant, c’est le tête de Cheikh Ndoye contre Reims (en demi-finale de la coupe de France l’an passé). Quelle clameur ! J’aime ce but pour trois raisons : ce qu’il a permis de vivre en coupe de France, ce « redécollage » de l’AS Cannes et pour ce qu’il révèle de Cannes et des Cannois.

Un formateur ?
Jean-Jacques Asso. Je pourrais citer aussi ce trio quatuor Troin-Bettoni-Lacombe. Mais pour moi, le meilleur formateur de tous, c’est David Bettoni quand il était au centre. Les joueurs l’adoraient, l’écoutaient et pouvaient « mourir » pour lui sur le terrain. Il assume d’une façon très rigoureuse, très professionnelle et très discrète, son amitié avec « Yaz » (Zinédine Zidane), il est d’une humilité et d’une résilience… Chapeau.

Un adversaire marquant ?
Nancy, en 1992. On est éliminé en demi-finale de la coupe de France après un super match contre Monaco (aux tirs au but) et juste après, on reçoit Nancy en D1, il faut absolument gagner pour se maintenir alors qu’on avait le 5e budget du championnat, c’était l’époque Zidane, Asanovic, Omam Biyik et compagnie, on ne fait que match nul (1-1)… Cela a été un traumatisme aussi. Heureusement, on remonte la saison suivante grâce à Luis (Fernandez). Ce match-là, face à Nancy, est resté en travers de la gorge. Évidemment, Valence aussi, en 2002.

Un maillot fétiche ?
Y’en a plein ! Je suis même obligé de dissocier selon que l’on parle de l’équipementier ou de la publicité. Le Mas d’Auge, rouge et blanc, à l’époque de Jean Fernandez, j’adorais ce maillot. Je crois qu’on l’a porté quand on est monté en D1, on reçoit Auxerre en août 87, on fait 0 à 0. Je me souviens bien de ce match car il y avait un joueur à l’échauffement qui ne faisait pas comme les autres, un peu façon Maradona, qui s’amusait, c’était Eric Cantona, que l’on connaissait à peine, mais quel talent ! Celui d’Alain Giresse (1989-90), Chronos aussi (1990-91) et sinon, définitivement, le Duarig (1988-89) avec un de mes joueurs fétiches, tout petit, Antoine Martinez, qui arrivait de Bordeaux, un talent fou au poste de numéro 10.

Je pensais que tu évoquerais le maillot « Maisons Phénix  » ?
Pas du tout ! Je suis un fan des années 80 mais je ne suis pas nostalgique. On a été très bons, très mauvais, c’est comme ça. J’ai adoré le passé, je ne le regrette jamais.

Une anecdote ?
Quand on a fait une épopée de coupe de France en 1983-1984, en D2, en éliminant Sochaux, Bastia, à chaque fois on jouait sous des trombes d’eau, et je regardais les matchs avec Youssouf Fofana, le « diamant noir », que Jean-Marc Guillou était allé chercher à Abidjan avec Richard Conte. Le directeur du centre de formation, qui n’était pas encore un vrai centre, et l’entraîneur de la DH, Arsène Wenger, a dû se retrouver pour un de ces matchs, contre Sochaux, sur le banc parce que Guillou n’était pas là, et Cannes gagne 3 à 0. Cela n’a jamais été raconté je crois, mais le premier match en pro sur le banc d’Arsène Wenger, ce n’est pas avec Nancy, mais avec l’AS Cannes en D2, et j’y étais !

Chafik Abbas. Photo AS Cannes
Photo AS Cannes

National 2 (30e et dernière journée) – Samedi 16 mai 2026, à 18h au stade Coubertin : AS Cannes (1er, 57 pts) – Lusitanos Saint-Maur (3e, 55 pts).

– L’AS Cannes en Ligue 3 si : victoire contre Lusitanos OU nul contre Lusitanos et Nîmes Olympique (2e, 56 pts) ne gagne pas à Limonest.

– Nîmes en Ligue 3 si : victoire à Limonest et Cannes ne gagne pas.

– Lusitanos / Saint-Maur en Ligue 3 si : victoire à Cannes et Nîmes ne gagne pas à Limonest.

 

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : AS Cannes
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Le coach des U19 Nationaux du club héraultais, qui vient de qualifier l’équipe de la Gambardella en finale au Stade de France, est un pur produit de la Paillade, où il a grandi et suivi sa formation. Aujourd’hui, après une carrière pro de 15 ans, c’est lui qui transmet les valeurs et l’esprit aux joueurs de demain.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Montpellier HSC, Bernard Morvan et DR

Entretien réalisé mardi 28 avril 2026

Photo MHSC

Plus Pailladin que lui, tu meurs ! Michel Rodriguez (47 ans) est né à Montpellier, a grandi à Montpellier et a été formé au Montpellier Hérault SC, avant un exil de près d’une vingtaine d’années, d’abord pour poursuivre sa carrière de défenseur central professionnelle, ensuite pour apprendre le métier d’entraîneur une fois l’heure de la reconversion sonnée. Forcément, 20 ans, c’est long.

L’actuel entraîneur des U19 Nationaux du club pailladin a 23 ans quand il est prêté en Ligue 2, à Amiens, en 2001. A ce moment-là, Montpellier Hérault, qui vient de passer une saison dans l’antichambre de l’élite, ne peut plus lui offrir le temps de jeu nécessaire à son épanouissement et à sa progression. Suivront deux ou trois saisons en Ligue 2 (accessions avec Tours et Laval) et surtout du National – dix saisons au total -, avec Cannes, Créteil et le FC Rouen. C’est en Normandie, après le dépôt de bilan des Diables rouges, qu’il élargit sa palette : il passe d’abord du temps dans les bureaux avant de tâter, ensuite, un peu du terrain. Pendant 4 ans, le grand gaillard d’1,86m multiplie les casquettes à la direction générale du club rouennais et touche à tout. Sa reconversion est en marche. Sauf qu’il ne sait pas encore vraiment dans quel rôle… Dans les bureaux ? Sur le terrain ?

Photo MHSC

« Je me suis inscrit à un Master spécialisé en marketing et management des structures sportives professionnelles à Rouen, raconte celui qui a touché ses premiers ballons au Racing-club Lemasson. C’était un Master réputé et j’avais l’opportunité d’arriver directement en 2e année parce que j’avais déjà un diplôme universitaire en gestion obtenu à la fac de Lyon. Là, au club, j’étais plutôt étiqueté comme quelqu’un qui pouvait travailler dans les bureaux. C’est vrai qu’à ce moment-là, je ne savais pas trop si je voulais rester dans l’administratif. Puis je me suis aperçu que j’avais besoin d’être proche du terrain, au contact des joueurs, de comprendre le jeu, parce que c’est là que je me sentais le mieux. Quand j’ai passé mon DES (Diplôme d’Etat Supérieur), j’intervenais comme entraîneur-adjoint sur les U17 nationaux, je me sentais bien. »

Le pré vert lui manque tellement qu’il saute définitivement le pas : « En 2017, le FC Rouen est monté de DH en National 3 et là, avec le départ de l’entraîneur Romain Djoubri, je devais reprendre l’équipe et c’est à ce moment-là que Francis de Taddeo et le Stade Malherbe de Caen m’ont contacté. C’était difficile de refuser une proposition comme ça, dans un club pro. Je pense que j’étais attiré par le terrain. »

Multi-casquettes

Capitaine au FC Rouen (on reconnaît Damien Da Silva et Antoine Goulard derrière). Photo Bernard Morvan

Pour autant, son expérience au FC Rouen lui a énormément apporté : « Le fait de piloter un projet, ça m’a plu. J’ai découvert ce qu’était, entre guillemets, la politique. J’ai côtoyé les partenaires institutionnels, ça m’a aidé, surtout dans le contexte de l’époque, avec l’émergence du projet QRM. Je me suis occupé de la partie commerciale, du merchandising, de la communication, de la gestion financière, en fait, j’ai touché un peu à tout ! J’ai appris sur les hommes aussi, et ça me sert beaucoup aujourd’hui dans mon rôle de formateur car on est beaucoup dans l’humain. On est sur des projets à moyens ou longs termes, que ce soit individuellement pour des joueurs ou collectivement pour un groupe. »

À Malherbe, l’expérience dure trois ans avec les U19 Nationaux, qu’il qualifie dès son arrivée en phase finale, une première dans l’histoire du club du Calvados. Le hasard, ou le destin, appelez-ça comme vous le voulez, place le MHSC sur sa route, en finale tout d’abord (en 2018), en demi-finale l’année suivante (2019). Dans les tribunes, sans doute que de nombreux Pailladins se rappellent au bon souvenir de Michel Rodriguez.

AU FC Rouen. Photo Bernard Morvan

L’histoire ne dit pas exactement quel est l’élément déclencheur dans sa venue, dans son retour « chez lui », au Centre d’entraînement, à Grammont, mais il est certain que la nomination en 2018 à la tête du centre de formation héraultais de Francis de Taddeo, celui qui l’a fait venir à Caen un an plus tôt, a également dû jouer. « En 2020, mon retour à Montpellier, je l’effectue avec un minimum d’expérience à Rouen et à Caen pendant 3 ans comme formateur, poursuit celui qui fut champion d’Europe avec l’équipe de France U19 en 1997, brassard de capitaine au bras. Mais quand j’arrive, j’ai les diplômes. Je pense que les dirigeants ont vraiment pensé à moi quand le hasard a voulu que j’affronte Montpellier avec Caen. Ils se sont dit « Ah, il y a un vrai Pailladin qui fait du boulot ailleurs, alors pourquoi ne le ferait-il pas chez nous ? ». Une personne a beaucoup cru en moi aussi, c’est Francis de Taddeo, qui est venu me chercher à Rouen pour prendre en charge les U19 Nationaux de Caen, alors que je n’avais jamais entraîné. Quand il a rejoint le centre de formation de Montpellier, il a dû penser à moi quand un poste est devenu vacant. Mes saisons à Caen, avec une demi-finale et une finale, deux années de suite, c’était vraiment bien. Autant Montpellier, eux, étaient habitués à aller loin, autant Caen non. »

La Gambardella, un objectif assumé cette saison

Six ans plus tard, le MHSC ne regrette pas son choix. Régulièrement, les U19 Nationaux sont en haut de tableau dans leur poule (1ers en 2023, 2es en 2024 et 2025) et qualifiés en phase finale. Et cette année, cerise sur le gâteau, ils iront au Stade de France, vendredi 22 mai, disputer la finale de la coupe Gambardella Crédit Agricole face au PSG, en lever de rideau des « grands » (OGC Nice – RC Lens).

La joie de l’équipe de Gambardella à Rennes après la qualification pour la finale en avril dernier. Photo MHSC

C’est plus facile à dire aujourd’hui, maintenant que les jeunes Pailladins sont en finale, mais cette compétition, c’était l’objectif assumé de la saison 2025/26 : « On a fait ce choix et cela nous donne raison. On restait sur trois saisons consécutives à disputer les play-off, c’est vrai, mais les play-off, cela n’a jamais été un objectif, c’est juste que ça l’est devenu au fil de la saison, notamment quand arrivent les cinq derniers matchs de championnat. Cette saison, j’ai senti qu’il fallait faire un autre choix, partagé par mon directeur de Centre, Bertrand Reuzeau. Et si cela n’avait pas fonctionné, on aurait quand même disputé un bon championnat. Parce que finir dans les 5 premiers, surtout dans notre poule, ça reste une bonne saison (le MHSC est actuellement 3e). On privilégie d’abord la formation de nos garçons. L’an passé, on a accédé en play-off avec 50 % de joueurs première année et 35 % de U17, elle est là aussi la satisfaction en championnat. Quand j’étais avec les U19 de Caen, on jouait avec la moitié de « première année ». Je me souviens que lors de ma 2e saison à Caen, on fait les play-off avec régulièrement trois ou quatre U17 qui sont titulaires, dont Johann Lepenant… mais bon, c’était Johann Lepenant quoi ! Il a joué tous les matchs. J’avais joué aussi avec Brahim Traoré, qui est devenu pro, et qui était U16. Si on fait jouer des plus jeunes, ce n’est pas par choix, c’est parce que parfois, certaines générations prennent le dessus sur d’autres. Cette saison, dans mon groupe à Montpellier, j’ai deux ou trois U17, un U16 mais c’est une exception, c’est Laciné (Megnan-Pavé, plus jeune joueur de l’histoire du club à avoir signé pro, en octobre dernier, à l’âge de 15 ans et 10 mois !), et sur le banc, j’ai un autre U16, qui n’a pas encore 16 ans, Soyan Ameur, donc on est relativement jeune, aussi jeune que Rennes en tout cas ! Laciné et Soyan nous font certes baisser la moyenne, mais c’est une exception, ce sont deux internationaux ».

« La Paillade, c’est viscéral »

La joie de l’équipe de Gambardella à Rennes après la qualification pour la finale en avril dernier. Photo MHSC

Et comme chaque parcours raconte une histoire, celle de Michel Rodriguez est assez folle. Elle est comme un clin d’oeil au passé. Comme un souvenir enfoui et qui refait surface. Comme un secret longtemps gardé. Aujourd’hui, avec la médiatisation, les réseaux sociaux, les coupures de presse aussi, tous les joueurs de son équipe sont au courant : le coach des U19 Nationaux a remporté la Gambardella comme joueur ! C’était en 1996. Contre le FC Nantes (1-0, but d’Ibrahima Bayakoko).

« Oui, ils le savent ! Longtemps, je n’ai rien dit, mais cela a fini par se savoir. Je suis content de vivre cette aventure humaine avec mes joueurs et avec mon club, parce que pour moi, La Paillade, c’est viscéral quand même… Voir des gens heureux à travers cette compétition, qui vaut ce qu’elle vaut, et, surtout, de le refaire avec mon club, c’est très particulier pour moi; ça l’est déjà d’être ici, au quotidien, à Montpellier, je dirais d’ailleurs que c’est ma force mais c’est aussi ma fragilité. Cela va au delà de ma simple fonction de formateur. J’aime par-dessus tout entraîner et former, et là, je le fais dans ma ville et dans mon club, auxquels je suis attaché. Je ne peux pas me détacher du fait que cela reste Montpellier. Cela ne me donne aucune légitimité, en tout cas, je ne la prends pas, car j’estime que ce sont des attitudes et des compétences, et tout ce que tu fais, qui doivent primer. Je ne me donne aucun droit. Au contraire, je me dis que j’ai encore plus de devoirs, du fait d’être formé ici. Cela fait partie de ma vie. »

« Je ne suis pas un utilisateur de joueurs »

Laciné Megnan-Pavé est le plus jeune joueur de l’histoire du MHSC à avoir signé pro, en février dernier, à l’âge de 15 ans et 10 mois. Photo MHSC

Après neuf ans passés à entraîner les jeunes, n’y a-t-il pas un phénomène de lassitude qui s’installe ? N’a-t-il pas envie d’aller voir ce qui se passe chez les seniors ? Sur ce point, Michel Rodriguez est catégorique : « Pour le moment, ce n’est ni mon ambition ni mon objectif. Je me sens très bien avec les ados, avec la tranche d’âge que j’entraîne. Toucher les pros, cela n’a jamais été mon ambition première, je n’en fait absolument pas un objectif. Maintenant, dans ce milieu, il ne faut jamais fermer les portes parce qu’il y a des contextes aussi qui font que, à un moment donné, on peut être amené à travailler pour une personne ou un club en particulier. Je n’ai que 47 ans, alors on verra bien. Certains passent par la formation pour s’aguerrir dans le but de passer chez les pros, mais ce n’est pas mon projet. Le mien, c’est la formation. Je m’y sens bien. Et si un jour je dois tendre vers les seniors, je garderai toujours cette idée de faire progresser individuellement chacun des mes joueurs, ceux qui jouent et aussi ceux qui ne jouent pas, pour le bien du collectif. J’ai besoin de sentir que je suis une aide pour eux, je ne suis pas un utilisateur de joueurs. Ce n’est pas ma nature. »

« J’ai l’esprit club »

Son côté multi-casquettes peut aussi l’emmener, un jour, à la tête d’un Centre de formation : « Je garde une vision globale des choses, je ne suis pas cloisonné. Par exemple, au MHSC, je connais les joueurs de la préformation, parce que ça m’intéresse, je suis comme ça, je discute avec les coachs, j’aime échanger. Joueur, j’étais déjà comme ça : tu pouvais me demander le nom de l’entraîneur des U15, je le connaissais. En fait, je pense que j’ai l’esprit club. »

L’esprit club, OK. Et surtout, l’esprit… pailladin. D’ailleurs, c’est quoi l’esprit pailladin au juste ? « C’est être combatif. J’aime bien parler de capacité à être courageux et entreprenant dans certains moments, de capacité à donner plus, à avoir un supplément d’âme. L’esprit pailladin, c’est être humble et ambitieux : je tiens ça aussi de mon passage au Stade Malherbe de Caen et ça nous caractérise bien à Montpellier Hérault, où il faut garder beaucoup d’humilité mais sans se limiter dans l’ambition. »

La Gambardella, un rayon de soleil

Photo MHSC

Ce parcours en Gambardella, c’est la fierté du MHSC, qui disputera sa 7e finale (trois titres en 1996, 2009 et 2017, trois finales perdues en 1984, 1985 et 1997). C’est aussi la mise en valeur du travail de formation – qui a toujours été l’un des meilleurs de l’Hexagone – de l’institution héraultaise (1).

(1) En Juin 2025, pour la 5e année consécutive, la FFF a délivré une note de 3 étoiles au centre de formation du MHSC, qui partage la 8ᵉ place du classement des meilleurs centres avec l’OGC Nice, le LOSC, l’AJ Auxerre, l’AS Saint-Étienne et le Stade de Reims.

Ce parcours en Gambardella, c’est surtout le rayon de soleil d’un club historique du championnat de France, qui vit actuellement une période plus délicate, après une relégation en Ligue 2 il y a un an et une saison 2025/26 au terme de laquelle il n’est pas parvenu à se hisser dans le top 5. Et puis, c’est l’occasion de parler d’autre chose que de l’avenir du club, à un moment où le président Laurent Nicollin a officiellement ouvert la porte à une vente, admettant que la survie et la compétitivité du MHSC passaient par l’arrivée de nouveaux capitaux.

Apprentissage accéléré et indicateurs

Photo MHSC

« Médiatiquement, c’est vrai que la coupe Gambardella a beaucoup de retentissement, poursuit Michel Rodriguez; c’est une compétition qui est très suivie, scrutée, médiatisée. Je vois la différence avec les phases finales : on a fait une demi-finale de play-off contre Auxerre (en 2024) mais c’est incomparable avec ce que l’on vit cette saison. Un parcours comme celui-là, c’est beaucoup d’efforts, beaucoup de matchs à enjeu, beaucoup de bons matchs, beaucoup de travail… Il se passe un truc avec cette coupe Gambardella, tant mieux, car ce sont des matchs accélérateurs d’apprentissage dans des contextes bien particuliers, avec des matchs à élimination directe. On a joué à Marmande, à Vichy, à Pontarlier, et à chaque fois, il y avait 2000 ou 2500 personnes au stade ! Et puis, avec la coupe, tu commences à gérer des trucs : le buzz, l’attente, les médias, la pression… C’est intéressant pour la formation du joueur, ce sont des bons indicateurs. »

Michel Rodriguez, du tac au tac

« Après la finale, je vais pleurer, mais je ne sais pas encore pour quelle raison »

Ton premier match dans les tribunes à La Mosson ?
Je crois que c’est avec mon papa, qui me tenait dans les bras sur un platane, l’année de la montée en D1 contre Lyon, en 1981, j’étais tout petit, j’avais 3 ou 4 ans.

Tes premiers souvenirs de joueurs ?
Je me souviens très bien de Julio Cesar puis ensuite de Laurent Blanc, que Michel Mezy a fait reculer d’un cran.

Ton premier match en pro ?
En coupe de France à Metz début 1997, avec Montpellier, on s’est qualifié (en 32e de finale, 3-3, Montpellier qualifié 3-1 aux tirs au but. Cette saison-là, le MHSC atteindra les demi-finales, éliminé par Guingamp 2-0 ap.).

Tu as regardé l’autre demi-finale de la Gambardella, entre PSG et Nantes ?
Oui, j’ai regardé le match le dimanche, le lendemain de notre demi-finale à Rennes, avec le wifi, dans le train du retour ! La SNCF a fait des progrès là-dessus (rires) !

Y-a-t-il un style de jeu préférentiel au centre de formation à Montpellier ?
Sur la formation oui, on a un système de jeu préférentiel et des principes demandés, comme dans beaucoup de Centres de formation. Pas avec les pros, parce que c’est plus difficile, Mais les systèmes, tu sais, bientôt, on n’en parlera plus, parce que c’est très hybride, et d’un match à l’autre, ça change. Il n’y a plus tant d’équipes que cela qui impose vraiment leur animation et leur système de jeu de façon très régulière sur une saison complète. Les équipes s’adaptent, changent d’animation pour contrarier ou contrer l’adversaire, et même des joueurs changent de poste pendant le match; ça reste organisé, mais de manière hybride. Chez nous, la base, c’est quatre défenseurs et deux milieux de terrain et autour, l’idée c’est de presser, d’aller chercher l’adversaire, de ne pas subir.

« Je suis beaucoup dans l’analyse, trop peut-être »

Avec le FC Rouen, face au Romain Armand de l’AS Cannes. Photo Bernard Morvan

Parlons de ta personnalité : tu as l’air très sensible sous ta grande carapace et aussi très observateur…
Je suis beaucoup dans l’analyse, trop peut-être ! Il faudrait que je lâche un peu plus prise. En fait, je suis là quoi, ici et maintenant, et pas ailleurs. Mais je suis aussi quelqu’un qui déconne beaucoup, avec ceux qui me connaissent bien. Je suis sensible, c’est vrai, émotif. J’ai besoin de faire confiance. En fait, je suis entier : avec moi, c’est blanc ou noir, pas souvent gris, même si, avec l’expérience, c’est un peu plus souvent gris quand même (rires). Je ne suis pas forcément méfiant, je donne très vite ma confiance mais une fois que je l’ai retirée… En vrai, je ne la retire pas facilement. Ma confiance se gagne en gouttes mais se perd en litres : c’est ce que je répète souvent aux gars que j’entraîne. Simplement, il ne faut pas me trahir, même si je sais être conciliant et pas trop rancunier. Comme je donne beaucoup au départ, j’ai du mal à comprendre ou accepter que l’on ne puisse pas être respectueux de cette confiance-là.

Tu as pleuré après la demi-finale de Gambardella remportée à Rennes, chez le tenant du titre ?
Non. Parce que je suis vite passé à la suite. J’étais bien sûr heureux ! Heureux aussi de savoir que mon club, mes joueurs, ma famille, mon staff, mes amis, étaient contents. Je pense que je vais pleurer après la finale, mais je ne sais pas encore pour quelle raison !

« On va créer un groupe WhatsApp avec les anciens de 1996 »

Parlons de ta carrière de joueur : meilleur souvenir sportif ?
Cela reste la coupe Gambardella remportée avec Montpellier Hérault, en 1996, un an avant le titre de champion d’Europe U19 à l’époque.

Es-tu toujours en contact avec les joueurs de cette génération-là ?
Quelques-uns mais pas beaucoup. Mais on va « monter » un groupe WhatsApp pour essayer de tous se retrouver. L’idée est venue avec notre parcours actuel, jusqu’en finale. Du coup, les souvenirs reviennent chez certains. Je vais prendre le temps en fin de saison, pendant mes vacances, de m’occuper de ça. Si chacun de nous contacte trois ou quatre joueurs, on va réussir à réunir tout le monde, ça peut être très sympa. Il faut savoir que, de cette génération, quasiment personne n’a joué en pro, c’est aussi pour ça que les contacts ont été plus difficiles à maintenir. On ne se voit pas. Il y avait quand même Ibrahima Bakayoko, qui a une académie en Côte d’Ivoire, j’ai son contact sur Facebook, mais pas plus. Il y avait Stéphane Dief aussi, l’actuel coach du Puy en National.

Pire souvenir sportif ?
(Il réfléchit longuement). C’est une saison, celle qui me laisse le plus de regrets, la descente de Ligue 2 en National avec Tours, parce que je me sentais très bien dans ce club, j’aimais beaucoup la ville, mon épouse s’y sentait bien, on avait fait beaucoup d’efforts pour remonter, avec Albert Falette comme coach. Malheureusement, cette saison a été mauvaise en termes de résultats.

Combien de buts marqués ?
Une dizaine, douze ou treize. Dont celui que j’ai inscrit à Nice, qui est beau (2). D’ailleurs, si tu es bon, tu vas me le récupérer (rires) ! Je pense que c’est le plus beau, et on m’en parle encore : sur un corner, un ballon revient en dehors de la surface, j’étais à la retombée, je le prends un peu de l’extérieur, il tape la barre, et ça rentre ! C’était Jean-Daniel Padovani le gardien.

(2) Le 11 mai 2001 (37e et avant-dernière journée de Ligue 2) : OGC Nice – Montpellier HSC 2-1, au stade du Ray. Cette saison là, le Montpellier HSC, relégué de Ligue 1, était remonté à l’issue du championnat.

Le groupe U19 Nationaux du Montpellier HSC. Photo MHSC

Pourquoi as-tu choisi d’être footballeur ?
Je suis issu d’une famille d’origine espagnole, fan du Real Madrid. Ma mère est de Tolède, mon père du côté de Valladolid. On parle le Castillan chez moi. Mes oncles, mes cousins, tout le monde aime le foot. Le mercredi après-midi, mes grands parents me gardaient, et là où ils habitaient, il y avait un club à côté, le Racing Club Lemasson. Moi, j’habitais à 400 mètres de La Mosson, avenue de Louisville. Au Racing-club Lemasson, j’accompagnais mon cousin, je « traînais » là-bas, et un jour, un samedi, il manquait un joueur, on m’a dit de jouer, et j’ai joué sous fausse licence (rires) ! Je m’en souviens parce qu’on me disait « Aujourd’hui, tu t’appelles comme ça ! » (rires). Le foot, ma famille aimait ça, ça m’a plu aussi, et voilà. Je devais avoir quelques qualités il me semble, et tout s’est enchaîné. On est venu me chercher pour intégrer la section sportive du collège Gérard-Philippe de Montpellier Hérault SC, puis j’ai suivi les cours au lycée Alphonse-Daudet, pendant que j’étais au centre de formation du club.

« Il me manquait un peu de vitesse »

Pourquoi défenseur central ?

Sous les couleurs du FC Rouen. Photo Bernard Morvan

J’ai commencé attaquant ! Je marquais beaucoup de buts quand j’étais gamin, puis j’ai reculé en milieu de terrain et c’est avec la sélection du Languedoc-Roussillon (aujourd’hui « Occitanie ») que j’ai reculé en défense centrale. Régulièrement, au centre de formation, je jouais en milieu de terrain et quand j’allais en sélection chez les jeunes de l’équipe de France, je passais plutôt derrière. J’ai reculé parce qu’il me manquait un peu de vitesse je pense pour jouer devant. C’est vrai qu’aujourd’hui, on demande beaucoup de vitesse également aux défenseurs, mais à mon époque, moins.

Ton geste technique préféré ?
J’aimais tacler ! J’aimais reprendre de volée aussi, sortir, éteindre le feu avec un bon geste de volée, et aussi la diagonale.

Combien de cartons rouges dans ta carrière ?
Zéro en pro ! Et en jeunes, un seul. C’est étonnant non ? Tu ne l’avais pas cette stat’, hein (rires) !?

Qualités et défauts sur un terrain, selon toi ?
Je manquais de vitesse comme je l’ai dit, j’étais plutôt propre dans la relance, avec un bon sens de l’anticipation, une bonne lecture du jeu. Tactiquement, j’étais fiable, j’ai eu la chance d’avoir une bonne formation au Montpellier Hérault, j’avais pas mal de bagages, je pouvais jouer dans différents systèmes, ce qui m’a amené à diriger mes défenses. J’avais ce côté communicant, je mettais en place, un peu comme un patron de la défense.

« J’ai raté le bon wagon et manqué d’ambition »

Tu as passé 10 saisons en National, mais tu as aussi connu la 1re et le 2e division : que t’a-t-il manqué pour jouer durablement en Ligue 1 ou en Ligue 2 selon toi ?

Sous le maillot de l’AS Cannes, au début des années 2000, en National. Photo DR

J’ai eu un parcours linéaire. L’année où on descend en Division 2 avec Montpellier, en 2000, je commence la saison en étant blessé. Le club enchaîne les victoires au début et puis voilà quoi, une grosse dynamique s’installe, c’est normal, et l’année suivante, je suis prêté à Amiens en Ligue 2 pour gagner du temps de jeu. J’étais capitaine de la sélection française dès l’âge de 15 ans, champion d’Europe en moins de 19 ans (capitaine également), professionnel à 18 ans, puis j’ai eu cette première grosse blessure longue durée que je n’ai pas su gérer. J’ai fait l’erreur de penser, par manque de maturité, que cela allait revenir naturellement, et ensuite, j’ai raté le bon wagon. J’ai été étiqueté bon joueur de National, un peu de Ligue 2, et j’ai peut-être aussi manqué un peu d’ambition. Je me suis marié à 21 ans, j’ai eu des enfants, donc j’ai préféré être grand chez un petit plutôt que petit chez un grand. Quand j’étais sollicité par un club, si je sentais de la confiance, je fonçais, je ne faisais pas de surenchère, alors qu’en étant un peu plus patient, j’aurais pu aller dans un club avec un projet plus intéressant, plus structuré, avec plus de moyens et à un niveau supérieur. Cela m’est d’ailleurs arrivé deux fois. Même si je n’avais pas signé de contrat avec un club, une fois que j’avais donné ma parole, je la respectais. Cela faisait partie de mes valeurs. J’ai beaucoup privilégié ma famille et je ne le regrette pas. Parce que j’ai quand même duré 15 ans à un bon niveau, et que je suis très heureux avec mon épouse et mes trois garçons (Maxim – sans le « e » – 24 ans, Mattéo 21 ans et Louca 15 ans), c’est ça ma fierté.

Justement, y-a-t-il eu un club où tu as failli signer ?
Toulouse, avec Erick Mombaerts comme entraîneur, c’était en Ligue 2.

Le club où tu n’aurais pas dû signer ?

Avec le FC Rouen en National, en 2011-12. Photo Bernard Morvan

Ce n’est pas une erreur de casting, c’est juste que je ne m’y suis pas plu comme je le voulais, mais le club de Créteil ne me correspondait pas. Je n’ai rien à reprocher aux personnes, le président Lopes est un super-mec, Rui Pataca m’a fait venir, j’ai passé aussi de bons moments avec Helder (Esteves), mais ce n’était pas assez « famille », c’était trop impersonnel comme club pour moi. J’ai besoin de sentir que je fais partie d’une aventure, comme à Laval ou à Rouen, où j’ai joué.

Le club où tu aurais rêvé de jouer, dans tes rêves les plus fous ?
Le Real Madrid (rires).

Un stade et un club mythique pour toi (en dehors de Montpellier) ?
Celui qui m’a le plus marqué, c’est le Parc des Princes, même s’il y a le Vélodrome aussi.

Un public qui t’a marqué ?
Le Vélodrome.

« Armand Raimbault m’a marqué à Tours »

Un coéquipier marquant ?
Le gardien du Tours FC, Armand Raimbault, m’a marqué. Il tirait les penaltys ! J’aimais sa personnalité.

Le coéquipier avec lequel tu avais le meilleur feeling sur le terrain ?
Fabien Valeri, qui entraîne QRM aujourd’hui. On a joué à Cannes. On a beaucoup échangé ensemble. Je m’entendais très bien aussi sur le terrain avec Antoine Goulard, au FC Rouen.

Le joueur adverse qui t’a le plus impressionné dans ta carrière ?
Sur le poste d’attaquant, Florian Maurice. Sa mobilité, sa manière de se faire oublier sur le terrain… Et aussi, quand j’étais très jeune, Rai, c’était impressionnant.

Le meilleur joueur avec lequel tu as joué ?
Franck Sauzée.

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Xavier Gravelaine. Tu peux aussi inverser la réponse avec la question précédente !

« Sérieux sans se prendre au sérieux »

Un coéquipier perdu de vue que tu aimerais bien revoir ?
Même si j’en ai perdu de vue certains, je peux vite reprendre contact avec eux. Alors comme ça, non, je n’en ai pas.

Un coach perdu de vue que tu aimerais bien revoir ?

Photo Bernard Morvan

J’ai apprécié travailler avec Philippe Hinschberger à Laval. Et aussi Laurent Fournier et René Marsiglia. Chacun pour différentes raisons. Je ne vais pas me faire des amis si je ne cite qu’eux, les autres vont penser que je ne les aime pas (rires) !

Un coach que tu n’as pas forcément envie de revoir ?
(Son visage change radicalement) J’en ai un en tête, mais je ne peux pas te le dire !

Un président ?
Loulou Nicollin bien sûr. Et aussi Fabrice Tardy, à qui je dois beaucoup, au FC Rouen : il m’a fait confiance lors de ma reconversion, parce qu’il n’était pas encore président quand je jouais au club. Il a beaucoup compté pour moi, il m’a beaucoup appris. Je citerais aussi Marcel Salerno à Cannes, que j’ai revu il n’y a pas très longtemps à Montpellier.

Une devise, un dicton ?
Sérieux sans se prendre au sérieux. C’est celle que l’on partage avec notre staff. Et parfois je rajoute « très » sérieux dans certains contextes. C’est ce qui nous caractérise. J’aime déconner mais jamais au détriment de la rigueur. Il y a un minimum que tu dois mettre dans ce que tu fais. J’ai besoin de me sentir bien avec les gens. Mais cela ne passera jamais avant le travail bien fait. Ou fait du mieux possible.

Un modèle de défenseur ?
J’aimais bien Ciro Ferrara (ex-défenseur de Naples et de la Juventus). Mais celui qui me plaît le plus, c’est Sergio Ramos. Il a tout pour moi, le charisme, la personnalité, la technique, le courage, la grinta, il est très complet. C’est déjà un monument mais avec 10 centimètres ce plus, il aurait été un extra-terrestre.

« J’aime m’isoler en montagne ! »

En 1996, Michel Rodriguez a remporté la Gambardella avec le MHSC. A gauche, on reconnaît Stéphane Dief, l’actuel entraîneur du Puy en National. Photo MHSC

Une passion ?
Me retrouver en famille. Être avec mes enfants, mon épouse, j’aime retrouver mes deux soeurs, qui sont à Montpellier. Mes parents sont à Juvignac. J’ai besoin d’aller m’isoler régulièrement en montagne, d’aller marcher. Je fais des randonnées. Mes vacances sont souvent dans les Pyrénées, dans la vallée de Cauteret ou dans la vallée d’Aspe. Je n’ai pas encore eu le temps de faire le reste et je pense que je n’aurai pas assez de ma vie pour faire toutes les Pyrénées ! J’ai beaucoup de respect par rapport au monde qui m’entoure. J’ai besoin de la nature, je m’y sens tout petit, cela resitue bien les choses.

Ta plus grande fierté ?
Ce qui me rend fier, c’est quand je vois dans les yeux des gens qui m’aiment, que eux aussi sont fiers de moi. C’est valable au foot aussi : j’ai besoin d’entraîner des joueurs heureux et de sentir que les gens sont heureux. Quand tu es coach aujourd’hui, ce n’est pas si souvent que cela arrive. Je ne suis pas quelqu’un de fier en général. Mais dans le regard des autres, ça me touche.

Le milieu du foot, en deux mots ?
Impitoyable, passionnant, énergivore. ça fait trois mots (rires) !

En 1996, Michel Rodriguez a remporté la Gambardella avec le MHSC. Photo MHSC
L’emblématique Louis Nicollin félicite Michel Rodriguez après le titre en Gambardella en 1996. Photo MHSC
Photo MHSC
Photo MHSC
Avec Cyril Arbaud, 2e meilleur buteur de l’histoire du National à ce jour, et Alexis Lafon. Photo Bernard Morvan.
Avec Jocelyn Gourvennec. Photo Bernard Morvan
Capitaine au FC Rouen. Photo Bernard Morvan
Sous les couleurs du FC Rouen. Photo Bernard Morvan
Sous les couleurs du FC Rouen. Photo Bernard Morvan

Coupe Gambardella Crédit Agricole / Finale : Paris Saint-Germain – Montpellier Hérault SC, vendredi 22 mai 2026, à 17h15, à Saint-Denis (93), au Stade de France, en lever de rideau de la finale de la Coupe de France CA (RC Lens – OGC Nice, à 21h).

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Montpellier HSC, Bernard Morvan et DR
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Le président du leader de la poule A, bien placé pour la montée en Ligue 3, n’en démord pas : selon lui, le retour du foot professionnel à La Roche passe par son projet vendéen selon lequel un maximum de clubs du département deviendraient actionnaires et donc copropriétaires. Une idée qui n’a pas fait l’unanimité. Mais le chef d’entreprise est déterminé : avec lui, c’est un peu « qui m’aime me suive ».

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe Le Brech

Entretien réalisé mardi 21 avril 2026

Christophe Chabot, président du Vendée FC La Roche. Photo Emma Chabot

Cinquante minutes. C’est à peu près le temps qu’a duré cet entretien en visio avec Christophe Chabot, à quatre jours de la réception au stade Henri-Desgrange d’Angoulême. A ce moment-là, le Vendée FC La Roche-sur-Yon, le club qu’il préside à nouveau depuis son retour en 2020 (président une première fois en 2010, il avait cédé sa place en 2015 tout en demeurant partenaire principal), caracolait en tête de la poule A de National 2, avec 7 longueurs d’avance sur les Girondins de Bordeaux. Presque un gouffre à cinq journées du terme. Jamais cette saison en tout cas les Yonnais n’avaient eu une telle marge sur leur principal concurrent. Mais le match nul concédé en fin de rencontre face aux Charentais (1-1) a vu l’écart se réduire à 5 points, Bordeaux s’imposant dans le même temps à Dinan-Léhon (3-1).

Il reste quatre matchs aux joueurs de Frédéric Reculeau, qui tenteront ce samedi à Poitiers de renouer avec la victoire (ils restent sur deux nuls et une défaite), pour terminer le travail. Ce ne sera évidemment pas simple face à une équipe qui lutte pour son maintien.

Premier, premier ex-aequo, deuxième…

Photo Philippe Le Brech

C’est évidemment au conditionnel que le sujet « Ligue 3 » a été évoqué avec le PDG des vérandas Akena, leader sur le marché français et même européen. Christophe Chabot, qui est un personnage dans le monde du football et dans la vie active, ceci dit sans péjoration aucune, a balayé l’actualité de son club, marquée par des résultats sportifs excellents depuis l’arrivée de Frédéric Reculeau en juillet 2022, en National 3 (accession en N2 dès la première saison) mais aussi avant, puisque le Vendée FC La Roche-sur-Yon sortait de trois exercices probants entre 2019 et 2022, achevés respectivement à la 1ere place (en 2020 et 2021) et à la 2e place (en 2022) en N3.

Enfin, deux fois 1er… pas vraiment si l’on se fie au classement officiel. Ce n’est pas remuer le couteau dans la plaie que de rappeler qu’à l’issue de la première des deux saisons avortées par la Covid-19, en 2019-2020, les instances avaient « pondu » en dernière minute un règlement fatal à La Roche pour départager des équipes ex aequo, souvenez-vous, c’était cette fameuse histoire de quotient, dont un autre club, Hauts-Lyonnais, avait également été victime. Quant à la saison suivante, elle s’arrêta prématurément en septembre après 8 matchs, à la première place bien sûr, sans qu’aucune montée ni descente ne soit attribuée.

Quatre défaites seulement seize mois !

Photo Philippe Le Brech

Le temps a passé, il a fallu se relever et pas qu’une fois : à l’issue de la saison 2023/2024, qui marquait son retour, 20 ans après, en National 2, c’est au goal-average direct cette fois que La Roche-sur-Yon n’est pas monté en National alors qu’il avait fini ex aequo avec Paris 13 Atletico ! Encore un coup dur à avaler. Encore de la malchance qu’il a fallu évacuer. C’est que l’on ne se remet pas facilement d’un tel coup du sort !

Ces événements contraires, Christophe Chabot (66 ans) et toute son équipe ont puisé dedans pour repartir au combat encore plus armés et plus forts. Certes quelques semaines, quelques mois même ont été nécessaires pour évacuer la déception de la non-montée en National il y a 2 ans, mais ensuite, une fois la machine lancée, personne ou presque n’est parvenue à l’arrêter. Car depuis le mois de février 2025 et le début de la phase retour du précédent exercice, seules trois équipes sont parvenues à « mater » les joueurs de Frédéric Reculeau : les Girondins de Bordeaux à deux reprises, cette saison (3-0) et la saison passée (1-0), à Chaban-Delmas, Les Herbiers (J6, 2-0) et tout récemment l’Aviron Bayonnais (1-0). Et à domicile, les Yonnais n’ont plus perdu depuis le 14 décembre 2024, à Bordeaux justement, la bête noire… du moins l’ancienne bête noire puisque la quatrième tentative, le 21 mars dernier, à Desgrange cette fois, fut la bonne : victoire 1 à 0 devant six mille spectateurs et une première place à la clé !

Six mille spectateurs, ou plutôt six mille Vendéens, comme l’a bien relayé Christophe Chabot après cette belle fête. Si le chef d’entreprise, qui parle un peu comme il respire, a pointé cette nuance, ce n’est évidemment pas par hasard : il y a deux ans, il s’est lancé dans un projet de club vendéen, dont le but est de rassembler à La Roche-sur-Yon un maximum de clubs du département, désireux de participer à l’aventure. Sous-entendu, de prendre quelques parts dans la SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif par actions simplifiés) créée à l’automne 2024, en même temps que fut adoptée la nouvelle appellation, le Vendée FC La Roche-sur-Yon, à la place de La Roche Vendée Football.

Une question d’histoire et d’identité

Photo Philippe Le Brech

L’intérêt, outre l’arrivée de quelques capitaux financiers, est avant tout de fédérer. Le Barça, Bastia, Sochaux ou Le Mans ont dans un passé récent opté pour ce modèle économique même si l’on ne parle pas là de « socios » mais plutôt de partenariat avec des clubs vendéens dont certains n’ont pas manqué de réagir.

Il faut dire que cette idée en a crispé quelques-uns dans le département, et pas des moindres : le district tout d’abord, ce qui a valu au Vendée FC de rajouter la mention « La Roche-sur-Yon » afin d’éviter toute confusion, et quelques gros clubs comme Le Poiré-sur-Vie, Challans et bien entendu Les Herbiers, chacun ayant son histoire et sa propre identité.
Malgré tout, Christophe Chabot, qui vient de perdre un match le 22 mars dernier à la mairie de Bretignolles-sur-Mer, où il s’est représenté après avoir administré la commune de 2001 à 2020, avance bille en tête. Avec lui, c’est un petit peu « qui m’aime me suive », à une autre nuance prêt. Il l’a laissé entendre dans l’entretien, si sa personnalité dérange, il est prêt à s’éclipser… pour le bien du football vendéen. Pour le bien de son club vendéen. Parce qu’en football, c’est toujours une histoire d’hommes.

Interview

Christophe Chabot : « Je veux faire un grand club vendéen »

Photo Philippe Le Brech

Président, revenons sur les dernières élections municipales que vous avez perdues à Brétignolles…
En 2001, quand j’ai été élu la première fois, j’avais pris l’engagement de ne pas aller au-delà de trois mandats, parce que je considérais que c’était déjà beaucoup. En 2020, j’ai donc laissé la place à un de mes proches, comme convenu avec tout le monde, mais il s’est avéré que cette personne (Frédéric Fouquet, Ndlr) ne s’est pas très bien comportée avec l’équipe, qui m’a donc demandé de revenir. Sous la pression amicale de nombreux amis, je suis revenu, mais un peu en marche arrière, et je l’ai payé. Je crois que je n’ai pas fait la campagne qu’il fallait pour être élu. C’est comme ça. Ceci dit, c’est une magnifique expérience que d’être maire de sa commune et Bretignolles reste un lieu de vie où je suis très-très intégré.

Vous n’avez pas l’air très déçu…
La déception était là, bien sûr, le soir des résultats. J’ai aussi été déçu d’être contraint de revenir parce qu’on a été très-très déçu par mon successeur. Je me permets de dire « on » parce que c’est un avis général. Quand un maire ne fait qu’un seul mandat, c’est qu’il n’a pas bien fait le boulot. Il a été prié de laisser sa place. Alors quand vous prévoyez de revenir, vous organisez votre vie pour ça, parce que je sais ce que c’est que la fonction pour l’avoir déjà occupée.

« On a perdu une élection imperdable »

Christophe Chabot, président du Vendée FC La Roche. Photo Emma Chabot

Avez-vous commis des erreurs pendant cette campagne ?
J’ai commis l’erreur de me croire sollicité par l’intégralité de la commune, or ce n’était pas le cas. On a un peu été négligent. On a vécu sur notre bilan qui était très bon, mais on n’a pas fait la campagne qu’il fallait. En fait, je pense qu’on a perdu une élection imperdable. Cela a été une surprise pour tout le monde, y compris pour nos opposants je crois, qui n’étaient pas prêts du tout, et d’ailleurs, un mois après, ils ne sont toujours pas en place (rires). On a péché, peut-être pas par orgueil, mais sans doute par assurance.

Il y a eu un phénomène aussi que l’on constate partout, notamment en Vendée : j’ai un profil qui plaît de moins en moins dans cette fonction. J’ai une certaine réussite professionnelle, je suis multi-casquettes avec le club de football, et je crois pouvoir dire que chez les moins de 40 ans, parce que c’est dans cette tranche d’âge que cela s’est passé, j’ai une gueule qui ne convient plus. Il faut dire les choses comme elle sont. J’incarne une forme de réussite, en toute modestie, et j’ai tout à fait le profil de l’autodidacte pour qui ça marche un peu trop partout, et ça ne plaît plus, en tout cas pour des fonctions comme celles-ci. On s’en est rendu compte et je l’accepte bien volontiers. Mais on ne l’avait pas vu venir. On voyait ça comme une formalité.

Vous parliez des moins de 40 ans… ceux-là même qui n’étaient pas là en 2001 quand vous avez été élu ou qui n’étaient pas nés…
Pour l’anecdote, et c’est assez dingue, on s’est fait « sortir » surtout dans un secteur qui a voté à 80 % contre moi, et ce secteur, c’est celui de la génération à laquelle j’ai permis d’acheter des terrains il y a 25 ans, à des prix défiant toute concurrence, à la place des privés. On a installé 150 jeunes ménages à cet endroit-là, ça montre bien le choc culturel. Il s’est vraiment passé quelque chose, sans doute des maladresses de ma part. On a quand même assisté à beaucoup de dégagisme en Vendée, avec des maires qui se sont fait « dégager » et qui ne s’y attendaient pas du tout. Il y a l’usure du pouvoir aussi, et puis, en 25 ans, vous dites non à beaucoup de gens, pour des permis, pour des terrains, et on se fait des ennemis aussi.

« Reculeau-Guillou, c’est un duo magique ! »

Frédéric Reculeau (à gauche) et Benjamin Guillou. Photo Philippe Le Brech

Parlons du Vendée FC La Roche-sur-Yon. Un constat s’impose : depuis l’arrivée de Frédéric Reculeau à la tête de l’équipe, les résultats sont exceptionnels (1)
Oui, et pour « Fred », ce fut un travail de longue haleine, parce qu’il y avait longtemps qu’on voulait qu’il revienne dans un projet vendéen. C’était quelque chose de construit. Après, oui, on a une certaine réussite sportive depuis 4 ans, mais les 4 années précédentes avant son arrivée aussi. On était déjà tout près du N2. J’ai considéré que l’on pouvait avoir une nouvelle ambition pour ce club depuis que Frédéric Reculeau ET, j’insiste sur le « ET », Benjamin Guillou, son adjoint, sont là, parce que je dois dire qu’ils sont deux, ils sont tellement complémentaires, dans leur façon de se comporter, dans leur façon de faire… C’est un duo magique ! Depuis 4 ans, ce duo constitue la fondation de notre projet. Mais la réussite sportive représente vraiment les fondations du projet actuel.
(1) Depuis son arrivée en 2022, Frédéric Reculeau a dirigé 110 matchs de championnat pour un bilan de 58 victoires, 29 nuls et 20 defaites.

Photo Philippe Le Brech

Ces dernières saisons avec la Covid-19 en N3, l’histoire du quotient, la première place ex aequo en N2 avec Paris 13 Atletico, le sort a semblé s’acharner. Comment avez-vous fait pour surmonter tout ça ?
Cette histoire de quotient… On en avait été d’autant plus victime que Châteaubriant, qui est monté en N2 à notre place, avait un match en moins, qu’ils auraient dû jouer sur un terrain de repli, mais bon, voilà. On a aussi joué de malchance dès notre première saison de N2, en terminant premier ex aequo, mais devancé au goal-average direct pour Paris 13 Atletico. Alors là… Cela a été dur de se relever de ça.

C’est aussi pour ça que l’on a raté notre première partie de saison suivante, en 2024/25, parce que, si vous regardez, pendant deux ans et demi, on a été en tête, sauf pendant les cinq premiers mois de l’an passé, ou on a été moralement et psychologiquement touché. On avait aussi perdu beaucoup de nos joueurs à cause de la non-montée. Il a fallu reconstruire, remotiver les troupes, nous remotiver nous-mêmes aussi. Et depuis que l’on a remis un nouvel effectif entre les mains de « Fred » et de Benjamin, on a un parcours exceptionnel, avec seulement 4 défaites en 16 mois, dont deux contre Bordeaux.

« Je prends du plaisir à voir jouer l’équipe »

Dans un long entretien chez nous, Frédéric Reculeau s’était épanché sur votre cas et aussi sur la fusion avortée avec son ancien club, Luçon, en 2016. Il semblait vraiment vous en vouloir. Le voir signer chez vous en 2022 était loin d’être une évidence : comment avez-vous fait ?
Je crois qu’on a trouvé les mots justes. Et il y a Michel (Reculeau, le papa de Frédéric) dans tout ça. Pour Luçon, « Fred » n’avait qu’une version des faits jusqu’à ce que l’on se rencontre. On a discuté. Il s’était passé des choses, on ne va plus en parler. « Fred » l’avait mal pris, je le comprends très bien, et c’est toujours un peu douloureux pour lui. Parce que c’est une histoire familiale.

Tellement familial que Michel Reculeau est lui aussi venu à La Roche-sur-Yon, un an avant son fils…
Michel est un personnage hors-norme, attachant, le plus « attachiant » même que j’ai jamais rencontré. Et comme il est très attachant, je lui ai redonné une chance. Sa présence a été un élément déterminant pour que son fils vienne. Michel est resté trois ans avec nous. Trois ans qui se sont bien passés. On a ensuite trouvé un accord pour se séparer en bons termes et il est d’ailleurs toujours au club comme actionnaire de la SCIC, dans laquelle il a des parts.

Le 11 au coup d’envoi contre Bordeaux. Photo Philippe Le Brech

Du coup, comment cela se passe avec Frédéric Reculeau ?
« Fred » est très respectueux et très renfermé aussi. Je le trouve parfait dans son rôle d’entraîneur. Il a une science du jeu, un projet de jeu. Il a un comportement et une relation avec les joueurs que je trouve excellents, et tout le monde y trouve son compte. Je prends du plaisir à voir jouer La Roche même si parfois on se fait très peur (rires), notamment quand je vois les joueurs faire certains gestes dont je sais qu’ils sont imposés par le coach (rires) ! Ce qui est paradoxal, c’est qu’on joue peu vers l’avant et on marque énormément de buts, c’est donc que ça fonctionne, et en plus on n’a pas de véritable buteur. On en avait un (Mathieu Villette, 16 buts la saison passée) mais il est parti (à Bordeaux) (*). S’il veut revenir, ils sera le bienvenu (rires).

(*) Ndlr : cette saison, après 26 journées, Ibrahima Keita et Alexis Araujo sont respectivement à 15 et 9 buts.

« On ne fédère pas encore assez de monde »

Hormis les deux « affiches » face aux Herbiers et Bordeaux, qui ont rassemblé 4500 et 6000 personnes, quelles est l’affluence au stade Henri-Desgrange ?
On est entre 1000 et 1200 de moyenne. On ne fédère pas encore suffisamment de supporters. C’est aussi dû à la présence de nombreux clubs qui évoluent dans les championnats nationaux en Vendée, on en a un tous les 10 kilomètres ou presque ! Il y a Fontenay-le-Comte, Les Herbiers, Le Poiré, La Châtaigneraie, nous, Challans, etc.

Le stade Henri-Desgrange a fait le plein (6000 spectateurs) face à Bordeaux, le mois dernier. Photo Philippe Le Brech

Après le match de Bordeaux, vous avez dit « On était 6000 Vendéens », comme pour bien appuyer l’idée de votre projet de club vendéen : mais chaque club a son identité non ? Même si La Roche-sur-Yon est la préfecture du département, cela ne doit pas être simple de vouloir réunir tout le monde ?
On est un peu tous victimes du succès du football en Vendée, de tous ces clubs. Il y a une raison identitaire : déjà, nous sommes le département en France qui compte le plus de clubs en National 2 et National 3. On doit être à 7 clubs. Il y a une explication simple : le modèle économique vendéen est tellement puissant que dans chaque clocher, il y a une « super-entreprise », propriété d’un enfant du pays. Et qui dit enfant du pays dit volonté de faire prospérer son clocher, et l’esprit clocher est tellement important que l’on se retrouve à disputer des rencontres de National 2 entre La Roche et Le Poiré, comme cela s’est produit la saison passée, alors que les deux villes ne sont seulement séparées que de 7 km, alors qu’on a chacun près de 2 millions d’euros de budget… Donc quand je vois ça, je me dis qu’on passe à côté d’un truc.

Photo Philippe Le Brech

Je représente une frange de gens qui sont représentatifs du football de haut niveau en Vendée ; on a d’ailleurs 10 000 Vendéens qui alimentent les tribunes de la Beaujoire à Nantes pour les matches de Ligue 1. Depuis 7 ou 8 ans, notre projet, auquel on a donné corps ensuite avec l’arrivée de « Fred » Reculeau, c’est de fédérer le football vendéen, les clubs vendéens, autour du club de La Roche-sur-Yon, qui a quand même une histoire même si l’histoire est beaucoup plus belle aux Herbiers.

Mais on a chez nous une histoire permanente sur laquelle on a toujours le leadership, c’est la formation des jeunes. Depuis 40 ans, tous les meilleurs footballeurs de Vendée sont passés dans nos équipes de jeunes : l’exemple concret, c’est le tournoi mondial minimes de Montaigu, où sur 15 jeunes de l’équipe de Vendée, 12 viennent de La Roche, et c’est comme ça depuis toujours. Ce ne sont pas forcément des Yonnais, mais on fédère tous les jeunes vendéens autour de la formation. Je ne revendique rien, je dis juste que c’était le cas avant que je n’arrive, on a pérennisé ça, ce qui fait que l’on a les meilleurs équipes de jeunes du département. Donc on reste un club relativement formateur.

« Être en Ligue 2 un jour avec 50 clubs copropriétaires »

La joie après le succès face à Bordeaux en mars dernier. Photo Philippe Le Brech

Revenons sur votre projet de club vendéen : aujourd’hui, concrètement, où en est-il ?
Ce projet est né au moment de la création de la SCIC en 2024. On va fédérer un certain nombre d’acteurs économiques qui viennent des quatre coins du département, et on va aussi fédérer des clubs de foot, et là, la particularité de notre SCIC, c’est la création d’un collège qui prévoit d’avoir comme associés les clubs de de football vendéens. Notre projet à terme, notre ambition mesurée mais déterminée, c’est d’être un jour en Ligue 2 avec 50 clubs vendéens qui soient copropriétaires du Vendée Foot, et ça c’est unique. Quand on l’a annoncé il y a deux ans, ça a fait grincer des dents, même chez des copains présidents que j’avais avertis au préalable; j’ai fait le tour des « popotes » pour aller présenter le projet, au District, à la Ligue, à la Fédération, au Département, à la Région, et je savais qu’il y aurait une réaction épidermique de quelques clubs concurrents comme à Fontenay, aux Herbiers et au Poiré-sur-Vie.

Mais je savais aussi que l’idée infuserait si nous avions les résultats sportifs, et c’est ce qui est en train de se produire en ce moment. Donc on y va doucement mais surement. Aujourd’hui, on a sollicité 15 clubs pour nous rejoindre : 12 ont dit oui dont l’organisation du tournoi mondial de Montaigu, qui sera associé à nous. Si on a la chance d’accéder en Ligue 3, le projet va marcher, on est confiant là-dessus. Nous sommes en capacité de fédérer des acteurs économiques. Je le répète, la locomotive de tout ça, c’est la réussite sportive. On va rentrer dans cette phase : si nous montons, derrière, on va structurer dur (sic) et notre projet va fonctionner.

Photo Philippe Le Brech

Votre projet est à la fois original et unique, mais vous comprenez que cela puisse paraître intéressé ?
Le projet est unique ! La Fédération, la DNCG, y’en a plein qui trouvent que c’est une super idée ! On parle toujours de ce qui ne va pas, mais je peux vous dire que tous les petits clubs rêvent d’avoir un club professionnel en Vendée. Dans le département, on doit être 136 ou 137 clubs : l’idée, c’est qu’ils achètent des actions dans la SCIC, une, cinq ou six, et qu’ils deviennent nos associés.

Alors ça n’a pas fait plaisir aux Herbiers, à Fontenay ou au Poiré, mais je suis dans le football depuis toujours, j’ai été président du club de Bretignolles où on a fait 8 montées en 15 ans, je suis passé par tous les niveaux, forcément, ça aide dans la connaissance du milieu. Quand Denis Rousseau, qui fut président de Challans (N3) pendant 37 ans, me dit que ça couine lorsque les partenaires de son club est partenaire de La Roche, c’est pour qu’on fait ce projet vendéen, avec l’appellation « Vendée ».

« La Roche tout seul, ça ne m’intéresse pas »

La joie après le succès face à Bordeaux en mars dernier. Photo Philippe Le Brech

Mais vous comprenez que des clubs comme Les Herbiers ou Le Poiré, qui ont une identité propre, et qui de surcroît ont des chefs d’entreprise comme vous à leur tête, puissent avoir une réaction « épidermique » comme vous dites ?
Le premier club que je suis allé voir, c’est Le Poiré, on est à 7km les uns des autres, je leur ai même proposé qu’on s’associe et qu’on joue chez eux, parce que parfois, le stade Henri-Desgrange, en hiver, il est vide, c’est un cimetière. Vous savez, ce que j’aime dans le foot, c’est des stades avec la main courante, comme à Saint-Malo où on est allé jouer dimanche (le 12 avril, 1-1), c’est extraordinaire, j’adore ! Les Herbiers aussi, je suis jaloux, là-bas, tout est bien, ça pue le football dans ces clubs.

Photo Philippe Le Brech

Un de mes amis, c’est André Liébot, le patron de K-Line, une des plus grandes boîtes vendéennes, partenaire des Herbiers : je leur ai aussi proposé de faire quelque chose ensemble, de construire un stade aux Essarts, à mi-chemin entre les deux clubs, et comme ça, le problème était réglé. Ils ont dit « non », je les comprends. Le Poiré, eux, ont été poli sur le sujet. Ce que je veux, c’est faire un grand club vendéen. Je ne suis pas Yonnais, j’habite sur la côte; ça n’intéresse pas Les Herbiers et Le Poiré ? Bon, bah on le fait tout seul.

Je voulais être force de proposition, mais après, qu’on ne vienne pas me reprocher de ne pas leur avoir proposé; à La Roche-sur-Yon, il y a aussi l’ESOF, avec qui on a essayé de fusionner trois fois en quinze ans, et on n’y est pas parvenu, à chaque fois cela a coûté son poste au président et récemment à la présidente (Malika Bousseau et Nicolas Racaud, Ndlr). Deux clubs concurrents distants de 500 mètres dans la même ville : cette situation-là aussi est catastrophique. Ce club yonnais va avoir comme associé tous les clubs de Vendée avec lesquels on mettra en place des échanges, un partenariat, un groupement d’achats; on va mutualiser plein de choses. On est sur un super-projet, c’est passionnant !

Et La Roche-sur-Yon tout seul ne peut pas y arriver ?
Si, peut-être, mais ça ne m’intéresse pas. J’ai toujours fait comme ça dans ma vie professionnelle : fédérer, créer des des équipes autour d’un projet, c’est ce que j’aime. Je passe mon temps à racheter des concurrents, parfois des petits concurrents.

Vous tablez sur combien de clubs actionnaires du Vendée FC La Roche ?
L’idée, c’est avoir 50 clubs vendéens partenaires. Imaginez un jour qu’on soit en Ligue 2 et qu’on dise que ces 50 clubs sont copropriétaires, je trouve cette idée géniale ! Leur présence sera symbolique parce qu’on sait bien qu’il faudra des fonds privés. Franchement, c’est un super projet. Il y a eu des réactions négatives relayées par la presse il y a 2 ans mais maintenant ça y est, le projet a infusé, on est d’accord avec la Ligue, le District, le Département et si on monte en Ligue 3, ça va fonctionner.

« Le Stade Rochelais, c’est THE modèle »

La joie après le succès face à Bordeaux en mars dernier. Photo Philippe Le Brech

Il y a aussi un point que vous avez soulevé : beaucoup de clubs du département sont associés à un grand chef d’entreprise, on pense à la famille Cougnaud au Poiré, à vous à La Roche, aux Herbiers…
Oui et comme je vous l’ai dit, malheureusement, Le Poiré ne s’associera pas. J’ai une relation polie et courtoise avec les Cougnaud, et extrêmement amicale avec André Liébot (K-Line), on est même intime. Les Cougnaud, quand je suis allé les voir pour fusionner, j’étais prêt à leur laisser les clés. Il n’y a pas d’histoire d’ego là-dedans, mais bon, ils sont dans le foot depuis 40 ans, alors pour eux, La Roche, c’est non ! Mais ce n’est pas sur eux que je mise.

Il y a au bas mot entre 50 et 70 très grosses entreprises en Vendée, qui ne sont partenaires d’aucun club de foot aujourd’hui, et qui n’attendent qu’une chose, qu’on soit véritablement les leaders du football dans le département. Beaucoup sont au rugby à La Rochelle : vous n’imaginez pas le nombre d’entreprises vendéennes qui mettent entre 25 000 euros et 150 000 à 200 000 euros par an au Stade Rochelais, c’est hallucinant. La Rochelle, c’est THE modele.

Mon projet c’est de faire en sorte que l’on ne soit pas tributaire d’un homme, d’un groupe, d’une entreprise. C’est aussi pour ça que je voudrais qu’au fil du temps, le groupe Akena ou ma holding familial (PACHA) ne soyons plus les actionnaires majoritaires du club, et c’est ce qu’a très bien réussi à faire le Stade Rochelais. Le président, Vincent Merling, détient 7 ou 8 % du club, c’est un choix, ça lui donne une force extraordinaire. Il faut aller chercher toutes ces entreprises qui ne sont pas encore partenaires.

« Le stade Desgrange, il est bien… quand il est plein ! »

Le stade Henri-Desgrange. Photo Vendée FC La Roche-sur-Yon

Parlons du stade Henri-Desgrange : il est bien ce stade pour jouer en Ligue 3, non ?
Il est bien quand il est plein ! C’est vrai que l’autre jour, avec 6500 personnes contre Bordeaux, on a vécu quelque chose qui nous a fait un bien considérable, dans tous les domaines (rires), mais je vous garantis que certains soirs d’hiver, quand on est entre 500 ou 1000 et qu’il fait froid, c’est tristounet. Et puis on a un énorme problème, le rugby (Fédérale 2) joue avec nous, et là, c’est un « gros » sujet. Si on monte en Ligue 3, on ne sait pas comment ça va se passer. Déjà, pour le stade, on aurait une année dérogatoire.

On sait d’autant moins comment cela va se passer qu’il y a un paramètre nouveau : la mairie vient de changer. Cette saison, on a eu joué matchs sur le terrain annexe en synthétique, sur lequel on a marqué plein de buts, OK, et c’est super, mais dans des conditions d’accueil catastrophiques, sans tribune, pratiquement sans spectateur… C’est pour ça, on va avoir rendez-vous avec la mairie dans les prochains jours, parce que même s’il ne faut pas vendre la peau de l’ours, il faut quand même anticiper les choses. On a le devoir de travailler sur le dossier Ligue 3, même si on n’y est pas encore. Attention, je ne suis pas en train de vous dire que je m’y vois déjà, mais je dois faire mon boulot. L’objectif, c’est d’avoir un nouveau stade pour la Ligue 2, on a un projet qui est presque prêt.

Frédéric Reculeau entraîne l’équipe fanion depuis 2022. Photo Philippe Le Brech

Pour être transparent, l’ancien maire voulait le faire aux Oudairies à côté du basket, mais nous pensions que ce n’était pas là qu’il fallait faire ce stade, pour plein de raisons, juridiques tout d’abord, car cela aurait conduit à des procédures de 5 à 8 ans en raison de la proximité des habitations, et ensuite pour un problème énorme de parking. On essayait de convaincre le maire de le mettre ailleurs, maintenant on va voir avec la nouvelle municipalité. On préfère attendre deux ou trois années de plus.

Notre module de stade est prêt, le cahier des charges est prêt, il est en cours de dessin avec les architectes qui font ça bénévolement, c’est Denis Rousseau justement, l’ex-président de Challans, qui préside cette commission. Voilà, quand je vous parlais de projet vendéen… Il n’est pas le seul « président » autour de moi, il y e a 7 ou 8, et pas des moindres, comme Michel Reculeau ou Alain Duret, et d’autres qui sont toujours à la tête de petits clubs comme Saint-Cécile. On est vraiment en train de fédérer les Vendéens. Ce sont eux qui travaillent sur cette commission. On espère pouvoir rentrer dans ce nouveau stade d’ici 3 à 5 ans, mais on mise plutôt sur 5 ans.

Pourquoi ne pas rénover Desgrange ?
Rénover Desgrange ? Cela pourrait aussi être une solution, mais il y a deux conditions à ça : faire disparaître la piste autour, parce qu’à un moment donné, il faut faire des choix. Le cyclisme à La Roche-sur-Yon justifie-t-il de garder la piste ? La deuxième condition, c’est d’avoir le terrain pour nous à 100 %. Aujourd’hui, on est des nomades : quand on termine le match le vendredi soir ou le samedi soir, on vide les frigos du bar, on enlève les affiches, on remet tout en ordre pour que le rugby puisse s’installer le dimanche, c’est un truc de dingue.

« On a beaucoup de bon sens en Vendée »

Photo Philippe Le Brech

Quid de votre budget actuel et de votre budget en Ligue 3 si vous montez ?
Cette année, il est d’1,6 million d’euros. En Ligue 3, si on monte, on pense qu’on peut jouer le maintien avec un million de plus. On ne fera pas n’importe quoi n’importe comment. On a une vertu commune en Vendée, c’est qu’on a beaucoup de bon sens; je veux être un bon gestionnaire et un bon père de famille. Je ne supporte pas l’idée qu’une collectivité doive se substituer en fin d’année au club pour boucher les trous. Cela m’énerve considérablement. C’est une situation dans laquelle je ne veux pas me retrouver. C’est aussi un sujet de discussion avec les élus, parce que c’est le cas de certains clubs qui connaissent des difficultés financières et sportives à La Roche-sur-Yon. La prime à l’incompétence ou à l’irrespect des engagements pris, ça suffit quoi ! Je veux que l’on reste raisonnable.

Et si votre idée de club vendéen n’était pas aussi une manière de « réveiller » les Yonnais ? Parce qu’il faut l’avouer, il n’y a pas non plus un engouement de folie autour du club à La Roche, qui n’est pas une ville de foot…
On n’a pas une véritable identité yonnaise, d’ailleurs, moi-même, je ne suis pas Yonnais. Beaucoup de dirigeants du club viennent de villages voisins. La Roche est une ville extrêmement sportive, je crois qu’il y a 70 clubs dont 4 clubs de football, mais on n’est pas une ville de foot. Par contre, tous les Vendéens sont nostalgiques de l’époque des années 80 et 90 quand La Roche-sur-Yon jouait en Division 2. J’avais 20 ans quand on a battu Marseille, Lyon et Saint-Etienne ! Il y a d autres clubs qui font le plein à La Roche, mais c’est un plein tout relatif parce qu’il y a 1000 ou 1500 places, au basket, au hockey-sur-glace.

« Il nous manque une âme »

Photo Philippe Le Brech

Est-ce qu’il ne manque pas aussi au club une belle campagne de coupe de France pour construire son histoire, comme l’ont fait Calais, Quevilly à l’époque, Les Herbiers ou plus récemment Le Puy ?
Je crois pouvoir vous dire, et cela va vous surprendre, que ni Frédéric Reculeau, ni moi, ne sommes calibrés pour la coupe de France. On est allé en 32e de finale contre Brest l’an passé, OK, mais à part ça, on s’est toujours fait sortir contre des équipes plus petites. J’ai tellement donné la priorité au championnat que jamais on ne s’est battu pour être une équipe de coupe de France.

Maintenant, si on a l’opportunité de faire un parcours un jour, on le fera, mais je vois bien que « Fred », la coupe, ce n’est pas son truc, et même à Luçon déjà, c’était le cas. On partage cette vision championnat-championnat, donc pour le moment ce n’est pas grave. Même si je reste persuadé qu’avoir des carrières régulières contribue à créer l’histoire d’un club, on l’a bien vu avec Les Herbiers. Encore faut-il avoir un vrai club, et ce n’est pas forcément le cas de La Roche, il nous manque une âme; ça ne me vexe pas d’entendre ça. On a besoin de réussir plus que les autres pour ça.

Mais si le club accède en Ligue 3, il devra se structurer, et ce dans de nombreux domaines, pas que sportivement…
Alors ça, c’est un peu plus mon domaine. Structurer le club comme une entreprise, je sais le faire. C’est mon coeur de métier même. Il y aura l’arrivée d’une ou deux personnes clés, à commencer par un directeur général notamment : si je la personne ciblée nous rejoint, ce sera la meilleure recrue du club la saison prochaine ! En Ligue 3, si on monte, on va passer un autre cap.

National 2 (journée 27) / samedi 25 avril 2026 à 18h : Stade Poitevin – Vendée FC La Roche-sur-Yon, au stade Michel-Amand 1

Alexis Araujo. Photo Philippe Le Brech
Clarck Nsikulu. Photo Philippe Le Brech
Tom Renaudineau. Photo Philippe Le Brech
Evan Morel. Photo Philippe Le Brech
Enzo Valentim. Photo Philippe Le Brech
Thomas Allemand. Photo Philippe Le Brech
Matys Vrignon. Photo Philippe Le Brech
Momar Ndiaye. Photo Philippe Le Brech
Matthieu Mahop. Photo Philippe Le Brech
Matthieu Jacob. Photo Philippe Le Brech
Jonathan Beaulieu. Photo Philippe Le Brech
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De la Promotion d’Honneur à la Coupe du Monde, l’histoire d’un entraîneur/sélectionneur brillant qui, à 49 ans, vient de conquérir le Graal avec la République Démocratique du Congo, qualifiée pour la Coupe du Monde ! Son courage, son goût du défi, sa soif d’apprendre, son envie de découverte, son ambition et son art du management marquent un parcours du combattant jalonné d’une dizaine d’étapes en Afrique, où il a acquis énormément d’expérience en même temps qu’il s’est forgé une réputation et construit un palmarès.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : 13HF

Reportage réalisé dans le Var, samedi 11 avril 2026.

Sébastien Desabre n’était pas né quand le Zaïre a participé, en 1974, à sa seule Coupe du monde. C’était il y a 52 ans. C’était 33 ans avant que cette nation, la première d’Afrique subsaharienne à se qualifier pour une phase finale, ne devienne la République démocratique du Congo, en 1997.
C’était aussi deux ans avant la naissance, à Valence, dans la Drôme, en août 1976, de celui qui vient de conduire les Léopards à une deuxième Coupe du monde, à partir du 11 juillet prochain, aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique.

47e ticket, juste avant l’Irak

Sébastien Desabre, chez lui, dans le Var, le 11 avril 2026. Photo 13HF/AB

Le Mexique, la sélection de la RDC connaît : mardi 31 mars dernier, à Guadalaraja, elle a battu la Jamaïque (1-0 après prolongation) et décroché le 47e ticket pour la Coupe du monde, quelques heures avant que l’Irak ne s’octroie le 48e et dernier ticket d’une épreuve élargie. Un exploit grandeur nature pour une sélection emmenée, coachée, managée, entraînée, dirigée, guidée, on ne sait plus très bien quel verbe utiliser, par ce Français brillant, parti pour faire des études de médecine après son bac, avant de revoir ses plans.

Encore méconnu du grand public dans l’Hexagone, le « Sorcier blanc », comme on l’appelle dorénavant au Congo, est devenu un héros dans ce pays d’Afrique, où il a posé les pieds en octobre 2022 après sa seule et unique expérience française en pro, en Ligue 2, aux Chamois Niortais, 12 ans après sa première expérience de l’autre côté de la Méditerranée, à l’ASEC Mimosas d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, en 2010.

Au Cannet-Rocheville, avec Christian Lopez

A l’époque, Sébastien Desabre entraîne l’équipe seniors de Rocheville, un quartier du Cannet, tout près de Cannes, qu’il a fait grimper de deux divisions en deux ans, de DHR en CFA2. Il côtoie l’ancien international des Bleus et légende de l’AS Saint-Etienne, Christian Lopez, qui a commencé le foot à 11 ans dans le même club : c’est Lopez qui, désireux de se consacrer au poste d’entraîneur général, avait soufflé le nom de Desabre, entraîneur de la réserve, au président Jean-Marie Principiano pour prendre sa succession à la tête des … Verts du Cannet (et non pas de Saint-Etienne !). Le pari était risqué. Il sera gagnant.

Des paris, d’autres dirigeants d’autres clubs en feront avec Desabre, dont le parcours, riche, jalonné d’obstacles et d’aventures humaines, de titres également (1), force l’admiration. Parce qu’il faut avoir du cran, du courage, de la détermination et de l’ambition pour quitter la Côte d’Azur, sa famille, ses enfants, ses amis, à tout juste 34 ans, afin de tenter l’aventure. Tenter l’inconnu. Tenter l’impossible. Tenter le pari.

Quand Hervé Renard le propose à l’ASEC Mimosas

Photo capture d’écran 13HF

Mais « bouger » n’a jamais été un écueil pour ce fils de banquier, habitué très tôt à régulièrement déménager, changer de région, se construire, tout reconstruire. Et il faut aussi que des gens pensent à vous, fassent le lien, vous donnent leur chance. Hervé Renard fait partie de ceux-là.

Celui qui n’est pas encore double vainqueur de la coupe d’Afrique des nations (avec la Zambie en 2012 et avec la Côte d’Ivoire en 2015) et qui cherchent lui aussi à se frayer un chemin dans le milieu des entraîneurs pros, met Desabre en relation avec l’ASEC Mimosas d’Abidjan, à la recherche d’un coach. Renard habite Cannes, il connaît Desabre, qui lui a envoyé un CV, et quand il n’est pas avec Claude Leroy en sélection avec le Ghana ou, plus tard, seul avec la Zambie, il est un spectateur discret et très observateur dans les tribunes azuréennes lors des matchs amateurs. « J’habitais pas loin du stade Maurice-Jeanpierre au Cannet, et je venais voir des matchs de temps en temps quand j’étais en stand-by, raconte Hervé Renard; un jour, le président de l’ASEC Mimosas Abidjan, Roger Ouegnin, que je connais, et qui est d’ailleurs toujours président, me propose de venir entraîner son équipe, je lui réponds que non, que je me positionne plutôt sur des sélections. Il me demande alors si je connais quelqu’un, et c’est là que je pense à Sébastien. Je lui en parle, il est intéressé, et je fais le lien. Je ne suis pas allé plus loin dans les discussions (rires). Sébastien était jeune, l’âge c’était important, et puis bien sûr que j’avais décelé un truc chez lui. Un leadership, une intelligence… »

Intelligence. Le mot revient souvent dans la bouche des interlocuteurs qui l’ont connu. C’est le cas de Philippe Pineau, ancien gardien de but et ex-coéquipiers à Mougins et au Cannet-Rocheville, en réserve, qui l’a employé à Languazur, un organisme de formation destiné aux entreprises : « Seb’ était râleur et un peu rebelle sur le terrain, mais c’est quelqu’un de très intelligent. C’était très courageux de sa part de partir. Il était conseiller en formation, il proposait des formations aux entreprises. Il avait besoin de passer ses diplômes et on était parvenu à financer sa formation. »

« Je dois avouer que l’on ne se connaît pas plus que cela, poursuit Hervé Renard. On n’est pas des proches comme il peut l’être avec Sébastien Migné (sélectionneur d’Haïti). On s’envoie des messages, c’est tout, on se félicite après des matchs. Si je lui en ai envoyé un après la qualification de la RDC pour le Mondial ? Obligé, normal ! Bravo à lui, bravo pour son parcours en qualifications, où il y a eu beaucoup d’étapes. »

Desabre, Migné, Renard, Leroy…

A la tête de l’équipe du Cannet-Rocheville en 2007. Photo 13HF/AB

Renard, Desabre, Migné. Encore un Sébastien. Encore un sélectionneur – français – qualifié pour la Coupe du monde ! Migné, qui a côtoyé Renard à Vallauris, a entraîné le FC Mougins, à coté de Cannes, en Promotion d’honneur, où évoluait un certain… Desabre. A Mougins, Migné et Desabre apprennent à se connaître. Aujourd’hui, ils sont les meilleurs amis du monde. Ils seront encore meilleurs amis au Mondial, l’un avec Haïti, l’autre avec la RDC. Le mentor, Renard, devait être là lui aussi, avec l’Arabie Saoudite (il s’est fait limoger le 16 avril 2026). Et le précurseur, le chef, Claude Leroy, ne saura plus où donner de la tête.

Samedi dernier, Sébastien Desabre nous a reçus dans son pied-à-terre du haut-var (il habite Kinshasa), où il profite, au calme, de quelques jours de repos après la tempête congolaise. En plus de nous accorder un entretien de près d’une heure, deux cafés et un cadeau aussi magnifique qu’inattendu se sont rajoutés sur la table du salon, à côté du calepin, du stylo et du téléphone-enregistreur. Magnéto Seb !

Entretien

« La Coupe du Monde, c’était l’objectif principal de ma carrière »

Sébastien, commençons par ta personnalité. La première chose qui nous vient à l’esprit, c’est ta discrétion. Est-un choix ? Ou est-ce ta nature ?
C’est vrai, je ne mets pas beaucoup en avant. C’est ma nature. J’aime bien être discret, rester concentré sur ce que je fais au football. Et puis j’aime être tranquille quand je rentre de mission africaine aussi, parce qu’on est quand même pas pal sollicité en Afrique. Je l’ai beaucoup été dans les pays dans lesquels j’ai travaillé. Mon poste fait aussi que j’ai un devoir de représentation. J’ai toujours été comme ça et je me satisfait de ça.

Quand on ne te connaît pas, tu peux sembler froid, distant aussi… Est-ce une protection ?
On me l’a déjà dit ! Ce n’est pas une protection, parce que je suis quelqu’un de simple, avec qui on peut parler de tout, même si de prime abord, je peux paraître comme ça. C’est ma nature d’être tranquille, de prendre le temps, de se découvrir avec les gens que t’as envie de découvrir. Cela vient aussi de la pression que l’on peut avoir en Afrique, où je suis passé par des gros clubs, avec beaucoup de supporters, beaucoup de fans; à un moment donné, tu as envie de rentrer pour souffler, et être un peu tranquille, au calme.

« La pression, on s’y habitue »

Photo capture d’écran 13HF

Tu évoques la pression : on a l’impression que tu la gères bien, comme si elle glissait sur toi…
Les premières vraies pressions que j’ai eues, c’est au début, quand je suis parti sur le continent africain. j’ai senti qu’il y avait beaucoup d’attente. Mais après, tu t’y habitues. Et puis la pression quotidienne est inhérente à la fonction, et en plus, il y a de plus en plus de médiatisation, de réseaux sociaux aussi. Les gens, les fans, prennent position, forcément, c’est le football, c’est la folie, il y a beaucoup d’attente.

Et puis je suis passé par des gros-gros clubs en Afrique, comme le Wydad Casablanca, avec des matchs couperets, des derbys… Je ne veux pas dire que l’on s’y habitue mais à force, tu es fataliste, tu es là, tu ne dois pas te laisser perturber par tout ça, tu restes concentré sur l’enjeu, donc tu rentres dans une forme de recul, tu te recentres sur le jeu. C’est ce que j’essaie de faire, car on gère le match, on est à l’intérieur du match. Je prends l’exemple des changements : depuis qu’ils sont passés de 3 à 5, l’entraîneur a encore plus d’impact sur le jeu. On ne peut pas constamment se laisser indirectement influencer. C’est pour ça qu’il faut se protéger. J’ai un tableau avec tous les matchs que j’ai fait, dans tous les pays où je suis passé, avec tous les résultats, je crois que j’en suis à 380 matchs… A un moment donné, forcément, on s’habitue. Ce n’est pas comme au début, quand tu es jeune, que tu arrives, et que tu as un peu plus la boule au ventre.

La pression, les médias, c’est dur à gérer aussi en RDC ?
Sur la sélection, j’ai un staff de 22 personnes dont une personne dédiée aux médias. C’est un gros avantage. Cela permet de faire le tampon. Il sait ce que je souhaite et ce que je ne souhaite pas. Mais sur les réseaux sociaux, les Congolais sont un million, donc il y a de la folie, de la passion, des fausses informations aussi, auxquelles je ne réponds pas. Après, c’est comme partout, il y a des bons journalistes et des moins bons. Et il y a des personnes qui s’improvisent un peu journalistes. Il faut savoir maîtriser ce domaine, avoir les bonnes relations, être vrai. Il faut intégrer tout ça, parce que derrière, il y a toute une économie du football. Je préfère ne pas m’exprimer souvent, mais quand je parle, voilà, je dis les choses, je donne des informations.

Les clés du management

Sébastien Desabre, chez lui, dans le Var, le 11 avril 2026. Photo 13HF/AB

Au niveau de la médiatisation, tu as vu l’évolution depuis ton arrivée ?
Oui, il y a beaucoup plus de monde, de réseaux sociaux, de structuration aussi car aujourd’hui, il y a cinq ou six médias-sites qui prennent l’ascendant, et ça peut vite être la foire d’empoigne entre les uns et les autres. Mais ce qui est beau en Afrique, c’est que le football, c’est 24h sur 24, à la télé… Il y a des championnats comme le Maroc ou l’Algérie qui ont des chaînes dédiées au foot, donc il faut bien qu’ils trouvent de la matière, et parfois, la matière… Je ne regarde pas, mais j’ai Instagram, Twitter (X) et Facebook, parce que tu dois être présent sur la place pour pouvoir répondre aux informations si tu estimes que c’est nécessaire. Mais je ne suis pas très actif.

On a une mise en veille, on regarde, on surveille ce qui se dit, mais je ne suis pas influencé par ça. Et puis, compte tenu de notre fonction, on doit prendre de la hauteur par rapport à tout ça, on ne peut pas répondre à chaque fois qu’il y a une fausse information mais quand on a des messages à faire passer, on a l’officier-media qui peut s’en charger, c’est déjà arrivé. J’ai déjà provoqué des réactions, des articles ou des conférences de presse. Je n’ai pas eu de grosses crises à gérer. Les crises que l’on peut avoir, ce sont celles des résultats. De toute façon, personne ne fait l’unanimité à 100 %.

Photo capture d’écran 13HF

Ce qui frappe aussi chez toi, c’est ton éloquence, ton intelligence… Tu es quelqu’un de cultivé, d’ouvert, tu as des diplômes, ça vient d’où ?
De l’éducation. Au départ, je m’orientais vers la médecine. J’ai fait un bac scientifiques, un BTS d’analyse médicale, j’ai fait une année de médecine et je me suis orienté, par le biais du club du Cannet-Rocheville à l’époque, où j’ai pu intégrer une entreprise de formation, Languazur, grâce à Philippe Pineau, que je connaissais du FC Mougins. Avec Jean-Pierre Santoni, on a pu développer cette entreprise de formation professionnelle dédiée aux entreprises justement, et très tôt, très jeune, ça m’a permis d’avoir les premières clés en matière de management, parce qu’il fallait gérer des salariés, des adultes, j’avais 23 ou 24 ans.

Cela m’a permis aussi de prendre du recul par rapport aux problématiques humaines, et ça, ça me sert beaucoup aujourd’hui. Le poste de sélectionneur, avant, c’était 80 % de coaching et 20 % de gestion, puis c’est passé à du 50/50. Sur un poste de sélectionneur comme le mien, je dirais même que c’est 70 % de gestion, de management global. Si tu n’arrives pas à gérer le côté management humain, c’est compliqué. J’ai été en avance jeune là-dessus, ça m’a permis peut-être d’un peu plus mature professionnellement par rapport à ça. Et puis j’ai fait des erreurs de management très tôt aussi, dans le foot. Quand tu es jeune, tu crois tout savoir, comme tout le monde au final. Donc je me suis remis en question. Tu prends une ou deux claques et ça permet d’avancer.

J’ai dit à mon père : « Non, moi, je reste à Cannes ! »

Et cette ouverture d’esprit, ça vient d’où ?

Avec Christian Lopez, sur le banc du Cannet-Rocheville, en 2007. Photo 13HF/AB

C’est mon histoire de vie aussi, parce que mon père a beaucoup bougé dans différentes régions, on déménageait souvent. Il était banquier au Crédit Lyonnais, à la gestion privée. Il gérait des fortunes. En fait, je l’ai suivi. Je suis né à Valence mais je n’y suis resté qu’un an. Ensuite on a déménagé à Chalon-sur-Saône, puis à Epinal dans les Vosges, à Sens près d’Auxerre et enfin à Cannes, où je suis arrivé quand j’étais en classe de première. Et quand mon père a encore déménagé en Avignon, cette fois, j’ai dit « Non, moi je reste à Cannes, je suis bien là (rires) ! » J’avais 19 ans, j’étais intégré. Il m’a dit « OK, mais tu te débrouilles ».

C’est pour ça qu’il a fallu aussi que, en parallèle de mes études, je me « monnaie » un peu auprès des clubs de Mougins et de Rocheville (Cannet-Rocheville). J’avais fait un remplacement à l’hôpital des Broussailles à Cannes (devenu hôpital Simone-Veil) pendant quelques mois, en hématologie, après mon BTS biologie analyse médicale, et quand la personne que je remplaçais est revenue, je me suis dit « soit tu retournes travailler dans un laboratoire, soit tu travailles dans un club ». J’ai eu l’opportunité à Mougins d’avoir un emploi avec le club, toujours grâce à Philippe Pineau, et ensuite je suis parti à Rocheville, je jouais en équipe Une, et quand ils ont changé d’entraîneur, j’ai pris en charge la réserve, en Première division de District. J’étais entraîneur-joueur et on est monté en PHB ! Christian Lopez, qui entraînait la PHA, est monté en DHR mais il voulait prendre du recul : c’est lui qui m’a propulsé à la tête de la DHR avec l’aval de Jean-Marie Principiano, le président, une personne très importante pour moi, et tout est parti de là ! On est monté en DH puis en CFA2. J’ai démissionné de la société de Philippe Pineau et j’ai crée mon poste de salarié à plein temps au club de foot du Cannet, de 2007 à 2010, avant de partir en Afrique.

Joueur, tu avais un niveau régional…
Oui, j’étais un joueur amateur de niveau régional, gaucher, milieu de terrain. Bon, quand j’entraînais en CFA2, une fois, je me suis « fait rentrer tout seul » en cours de match et j’ai marqué aussi (rires) ! Toutes les connaissances que j’ai aujourd’hui, hormis les copains d’enfance, elles viennent du football, de Mougins et de Rocheville. Je suis toujours en contact avec les personnes que j’ai connus dans ces clubs à cette époque, mais j’y suis peu retourné. Je ne suis pas souvent ici, et quand je viens, je souffle.

« J’ai pris un risque »

Avec Le Cannet-Rocheville, en 2007. Photo 13HF/AB

Quand tu es parti du Cannet-Rocheville en octobre 2010 pour aller en Côte d’Ivoire, à l’ASEC Mimosas à Abidjan, c’était réfléchi ou c’était un coup de tête ? Et pourquoi l’Afrique ?
C’était le fait de se dire, voilà, avec Le Cannet-Rocheville, on était monté de DHR en DH puis de DH en CFA2, et à un moment donné, je m’apercevais que, pour quelqu’un avec mon profil, issu du milieu amateur, si je voulais encore « monter », j’étais bloqué. J’avais le DEF. Du coup, j’ai envoyé des CV à tout le monde, dont un à Hervé Renard, et un jour, Hervé m’a appelé : il était en stage avec le Ghana quand il était adjoint de Claude Leroy, à Abidjan, et à l’ASEC Mimosas, ils cherchaient un coach. C’est comme ça qu’il m’a mis en relation avec le club.

J’y suis allé, on était deux coachs à être reçus, il y avait aussi un entraîneur suisse, qui avait gagné la coupe du monde U20 je crois, je ne me souviens plus de son nom, et j’ai été recruté. Avec Hervé, on se connaissait, on avait joué une fois ensemble, il connaît bien mon beau-frère Thierry Pedrazzoli, qui est dans le giron, il a joué à Grasse et aussi à Mougins avec moi, il est président du club de foot du pays de Fayence (Var).

En partant dans l’inconnu, tu as pris un risque énorme, non ?
Oui, j’ai pris un risque. Je suis parti seul. J’avais signé deux ans, quasiment au même salaire qu’à Rocheville, mais pour que ma deuxième année soit validée, il fallait soit que je gagne le championnat, soit que je gagne la coupe, soit que j’aille en demi-finale de la Ligue des Champions. Finalement, on a gagné la coupe, 5-4 aux tirs au but (sourire), et mon contrat a été prolongé d’un an ! J’y suis resté deux ans et demi.

« En Afrique, tu passes un baccalauréat chaque week-end »

Avoir une sélection, c’était quelque chose que tu avais en tête depuis longtemps ?

Avec le président du Cannet-Rocheville, Jean-Marie Principiano, en 2007. Photo 13HF/AB

Oui, c’était une évolution sportivement. En France, les gens ne connaissent pas trop le marché des entraîneurs en Afrique. Là-bas, on regarde un CV, on dit « tu as fait un an ici, tu as fait un an là-bas, tu as beaucoup bougé », mais ce n’est pas le même marché. En Afrique, tu prépares ton équipe et ton match comme si tu passais un baccalauréat tous les week-ends. En club, ce n’est pas la même mise en place tactique qu’une sélection, et je recherchais ça, mettre un vrai projet global en place, voir si ça fonctionne. Ce n’est pas la même mise en place sportive non plus, qui est axée sur le long terme. En club, tu ne peux pas faire ça.

Par exemple, à l’Espérance de Tunis ou au Wydad (Casablanca), en cas de mauvais résultats, tu t’en vas. Ce n’est pas du tout la même chose. Là, en sélection, tout le monde te fait confiance, tu as le temps, tu peux vraiment avoir un impact sur la durée. En Ouganda, j’ai mis en place un projet sportif; on a récupéré des joueurs, on s’est qualifié pour la CAN, on a passé les poules, on s’est fait éliminer par le Sénégal en 2019. C’est ce qui me plaît aussi avec le Congo, une sélection qui a un passé, qui a eu et qui a de très-très bons joueurs. Mais la clé, c’était à Niort.

A Niort ?? Peux-tu expliquer ?
A Niort, c’était particulier, mais franchement, j’ai passé deux années magnifiques là-bas (de 2020 à 2022, en L2). Je me suis régalé avec une équipe jeune, mais bon, sur la troisième saison, on n’était plus sur la même longueur d’ondes avec le président Mikaël Hanouna, qui voulait faire du trading. Il vendait tout.

« Niort ? J’avais envie d’avoir un contrat d’entraîneur pro en France »

Comment as-tu atterri à Niort ?
C’est Karim (Fradin, l’ancien président) qui me fait venir, ça se passe bien, j’étais content d’avoir un président « foot », sauf que quand on revient de stage de préparation en Bretagne, il m’invite au restaurant et là il me dit qu’il a vendu le club. Bon… Après, je comprends, quand je suis arrivé, il ne pouvait pas tout me dire, c’est le business. Mikaël Hanouna prend la suite et le projet s’oriente totalement sur le trading. OK, je l’accepte, un an, deux ans, on a vendu pas mal de joueurs, mais à un moment donné, pour ta progression personnelle, tu as besoin de te fixer de réels objectifs sportifs. J’avais déjà refusé des projets en Afrique. Et puis la RDC est arrivée… Je savais qu’il y avait un potentiel au Congo, qu’il y avait une grosse marge de progression.

A l’époque, le timing a surpris (le championnat de Ligue 2 venait de commencer) et, surtout, ton départ a fuité dans les médias…

La fête après le match de la montée en CFA2 avec Le Cannet-Rocheville. Photo 13HF/AB

En fait, les gens ne le savent pas, mais voilà ce qui s’est passé. A Niort, j’avais un contrat de 2+1. Après la deuxième saison et un bon maintien en Ligue 2, assuré tôt, je fais part à Mikaël Hanouna de mon souhait de ne pas faire ma 3e année, c’était en avril ou mai, je ne sais plus. Je le fais par correction, ça laisse le temps au club de préparer la suite, sauf qu’il n’accepte pas. A ce moment-là, quand je lui dis « j’arrête’, je n’ai rien. Mais je cherchais à progresser.

Plus tard, on a un deuxième entretien. Là, je commençais à avoir des clubs qui me sollicitaient, Hanouna n’a pas lâché, il n’a pas accepté ma démission et c’est devenu tendu, parce que je ne voulais pas commencer la préparation. On n’a même pas parlé de salaire ! De toute façon, à Niort, je n’y suis pas allé pour l’argent : ce que je touchais était loin de ce que j’avais pu toucher en Afrique. Finalement, on se met d’accord pour que je fasse la préparation. Et arrive le Congo ! On allait à Annecy lors de la première journée, on recevait Bastia pour la 2e journée et ensuite, après ces deux matchs, on s’était mis d’accord pour que je parte. On gagne à Annecy et juste avant de jouer à Bastia, ça sort dans les médias.

Tu dis que tu n’es pas allé à Niort pour l’argent, mais pour quelles raisons alors ?
J’avais envie d’avoir un contrat professionnel d’entraîneur en France, parce que je viens du monde amateur.

Tu voulais prouver quelque chose, en somme…
Non, c’est juste l’opportunité qui a fait que. On avait envie de se poser avec mon épouse. J’ai découvert une région magnifique, on a adoré les Deux-Sèvres, on a acheté une maison là-bas, c’était vraiment bien. C’était un club familial, avec des jeunes, c’est dommage qu’il n’y ait plus rien aujourd’hui. Et après, tu dois avancer, tu continues ta carrière.

« Je n’ai pas de plan de carrière »

Revenir un jour en France, c’est dans un coin de ta tête ?
Je n’ai pas de plan de carrière. Mon plan, très tôt, c’était d’aller à la coupe du Monde. Jeune, c’était vraiment mon objectif, je me le suis fixé dès que j’ai entraîné, à 25 ans. Je me suis toujours dit, « tu es entraîneur de foot, tu veux devenir entraîneur professionnel et avoir la chance de vivre de ta passion »… J’ai appris sur le terrain. J’ai fait beaucoup de sacrifices professionnels et familiaux aussi. Et il y a une chose aussi : j’ai la particularité de n’avoir jamais été adjoint. J’ai toujours été numéro 1. Donc quand tu es toujours numéro 1, tu dois t’ouvrir, pour voir comment les choses se passent.

En fait, tu voulais avoir une sélection pour te donner la chance d’aller en coupe du Monde ?
L’objectif principal de ma carrière d’entraîneur, c’était d’arriver à entraîner en coupe du monde avec une équipe nationale. C’est un truc de fou ! En fait, j’y ai toujours cru. Quand je prends l’Ouganda, c’est aussi pour ça : je me dis, j’ai une sélection, je vais voir comment ça fonctionne, je vais apprendre, grandir encore, me faire un nom pour pouvoir être légitime et prendre des équipes qui peuvent aller à la Coupe du monde, parce que je garde toujours cette idée en tête. Et c’est ce qui s’est passé avec le Congo. J’ai rencontré à Paris le ministre des sports de l’époque, Serge Tshembo Nkonde, je connais bien le pays : tu ne peux pas, si tu n’as pas un certain nombre d’années d’expérience de l’Afrique en général, réussir au Congo, car il y a des clés, des codes, une expérience que tu dois connaître. Sinon c’est difficile.

Sébastien Desabre, chez lui, dans le Var, le 11 avril 2026. Photo 13HF/AB

Tu avais posé des conditions ?
Oui, mais j’en avais une seule : c’était celle d’être sélectionneur-manager. Sélectionneur simple, ce n’était pas possible. Là, je m’occupe de TOUTE la sélection : cela va du staff en passant par le recrutement. Je suis en relation directe avec la société qui s’occupe de la logistique, je regarde tout, les équipements, le design, les matchs amicaux, etc.

Bien sûr, je ne fais pas tout, il y a un staff, mais je délègue. C’est du management. Et à la fin, je valide pour être certain que le cadre est totalement professionnel. Comme ça, quand je vais chercher un joueur binational qui joue en Premier League par exemple, que je lui présente le projet, que je lui dis « Chez nous, ça se passe comme ça et comme ça », eh bien, c’est exactement ce qui se passe. Le joueur est dans les meilleures conditions. Lui, il s’engage à amener le maximum de son potentiel et nous on s’engage à lui mettre la structure qui va lui permettre de s’exprimer. C’est important. Le ministre a accepté ça. Tous les pays ne l’acceptent pas. C’est ça qui fait que tu as beaucoup plus d’impact que sur une sélection classique.

J’ai utilisé 55 joueurs, dont 30 à qui j’ai offert leur première sélection. Surtout des binationaux que je suis allé chercher, comme Aaron Wan-Bissaka de West Ham ou Axel Tuanzebe de Burnley, qui a marqué le but de la qualification face à la Jamaïque, et pour ça, c’est moi qui me déplace. Je vais voir les familles, les agents, je suis très autonome là-dessus. Je suis beaucoup en voyage pour aller voir les joueurs.

Du coup, j’ai la chance de voir beaucoup de gros matchs de très haut niveau, en Bundesliga, en Premier League, en Espagne, et ça aussi, en termes de construction de coach, c’est super enrichissant. Tu apprends à chaque match. Pour cette raison-là également, sélectionneur, c’est un poste qui est fantastique. Après, une autre chance, dans ce mandat-là, c’est d’avoir un comité de normalisation (Conor) à la Fédération avec simplement quatre personnes pour gérer les aspects administratifs et financiers. Et de fait, le sportif était de mon ressort.

« On est organisé comme l’équipe de France »

Un article de presse, en 2007. Photo 13HF/AB

Ta chance également, entre guillemets, c’est d’avoir eu des résultats rapidement…
Encore une fois, c’est une prise de risque et on a eu la chance de faire, oui, de faire des résultats au début, de disputer aussi une superbe Coupe d’Afrique des Nations, avec une demi-finale, donc ça te fortifie. Les joueurs cadres, les Chancel Mbemba ou Cédric Bakambu, se sont mis de suite dans le projet, parce qu’on a réussi à évoluer très vite dans le professionnalisme, l’encadrement et la structure.

Aujourd’hui, on est organisé comme l’équipe de France quand elle se déplace, on va dans les mêmes standards d’hôtel, et ainsi de suite. Dans un pays de 100 millions d’habitants, qui reste un pays avec des moyens, avec un président de la République (Félix Tshisekedi) qui est « foot », qui nous soutient, et ça c’est l’une des clés, le football reste toujours un vecteur social. Parce que les gens ne s’imaginent pas (il souffle), on joue dans des stades de 120 000 spectateurs ! Et quand le match est à 20h, c’est déjà rempli à 14h, c’est incroyable ! En RDC, la réussite de la sélection nationale, c’est leur fierté, je le vois quand je suis à l’aéroport, les gens te remercient, il ne faut pas oublier que ce sont des pays en guerre (conflit avec le Rwanda, Ndlr), ils ont besoin d’évacuer.

La guerre, c’est forcément quelque chose qui te parle, tu l’as vécue de près en Côte d’Ivoire…
Lors de mes première années à Abidjan, j’ai été exfiltré par l’Armée française après neuf jours d’isolement, c’était entre les deux tours de l’élection présidentielle qui opposait Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara. On s’est fait tirer dessus, ça a été chaud. Toutes ces expériences font que l’on devient meilleur ensuite dans le management.

« Mes joueurs sont fantastiques ! »

Au coup de sifflet final libérateur au Mexique, à 120e, quand la RDC a validé son ticket pour le Mondial en battant la Jamaïque (1-0 a.p.), tu as pensé à qui, à quoi ?

Au moment de son départ du Cannet-Rocheville, en 2010, avec les amis du club. Photo 13HF/AB

La première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est « ça y est » ! On avait mis ça en place depuis trois ans et demi. On avait UN SEUL objectif : se qualifier à la Coupe du Monde. Pour effacer les 52 ans d’absence. Pour toutes les générations. Et il faut être honnête aussi, on a pris une petite revanche parce que contre le Sénégal, dans le dernier match de la phase de poule, on menait 2 à 0 mais on n’est pas arrivé à tenir le score… Forcément tu as ta part de responsabilité là-dedans, tu perds 3-2, ça veut dire que tu es tout près de la Coupe du Monde pendant ce match et finalement, tu perds, et là, tu recules de cinq matchs en arrière.

On s’est retrouvé dans une situation où, pour aller à la Coupe du Monde, tu es obligé de gagner au Togo, tu es obligé de gagner contre le Soudan, contre le Cameroun, contre le Nigeria et contre la Jamaïque. Le groupe a eu cette résilience-là. Les joueurs sont fantastiques, très professionnels. Au final, ce parcours-là est incroyable, on a eu des gros-gros matchs. Il fallait ça pour atteindre l’objectif. Et puis il y a la satisfaction d’être arrivé à mettre quelque chose en place avec mon staff. On a partagé tous ensemble, parce que je ne suis pas seul.

Ndlr : Le 9 septembre 2025, le Sénégal, mené 2 à 0, s’était finalement imposé 3-2 à la 87e et avait terminé en tête de son groupe avec 24 points, devant la RDC, 22 points, en tête avant cet ultime match.

Ce match contre le Sénégal, tu l’avais en tête encore…
Non, parce que le Sénégal mérite sa qualification. Au tirage au sort des groupes de qualification, on est tombé avec la meilleure équipe d’Afrique selon moi, celle qui a les meilleurs joueurs. Donc là, quand tu sais que tu es avec eux, et que tu sais qu’il n’y a qu’une seule équipe qui y va (à la coupe du Monde), tu te dis « bon »… Mais, on avait fait match nul chez eux, on était premiers quand on les a reçus, donc on a fait des super-qualifs aussi par rapport au tirage au sort. L’histoire est comme ça. Il fallait que l’on en passe par là, c’est encore plus beau, on s’en souviendra encore plus, c’est génial !

« Sébastien Migné est comme un frère »

Sélectionneur ou entraîneur de club : que préfères-tu ?

En 2002, lorsqu’il était joueur, au FC Mougins. Photo G.M.

Sélectionneur, tu fais 10 à 12 matchs dans l’année, sauf quand il y a la CAN, il y a les 5 rassemblements, les 60 séances d’entraînement que tu dois faire alors qu’en club, tu en fais 250. Donc quand tu aimes entraîner, le terrain, les matchs, tout ça, ça te manque un peu. Quand tu es en club pendant 2 ou 3 ans, tu es dans le « tube », tu ne récupères jamais. Pour avoir eu la chance de faire les deux, je peux dire que je n’ai pas de préférence.

Pour moi, c’est le projet sportif qui est intéressant, même si le terrain, quand tu es sélectionneur, ça manque un peu au quotidien. Et puis, quand tu perds en club, tu as tout de suite un match qui arrive, tu enchaînes; là, en sélection, une fois que tu as tes dates FIFA, ça dure 8 jours, et après, il n’y a pas de cession de rattrapage, tu dois attendre les prochaines échéances pendant 2 mois. Après, c’est sûr que tu as un petit peu plus de temps libre quand tu es sélectionneur.

Renard, Migné, toi… On dirait que vous êtes une famille, avec Claude Leroy en chef, c’est un peu ça ?
On est en contact assez souvent. Je vois beaucoup Sébastien (Migné), qui est comme un frère, on est très proche familialement. Avec Hervé (Renard), on se téléphone parfois ou on s’envoie des messages, et Claude (Leroy), je le vois sur les matchs, il est toujours là. Je l’ai toujours dit, Claude a été le précurseur, avec Philippe Troussier et d’autres. Hervé a été l’adjoint de Claude au début (avec le Ghana, en 2007-2008), Seb’ a pris la place d’Hervé comme adjoint ensuite (avec Oman en 2008 avant de l’accompagner pendant de nombreuses années sur différentes sélections).

Moi, j’ai été un peu en dehors de ça parce que j’ai fait ma carrière comme numéro 1, sans passer par la case adjoint, avec des réussites, des échecs, en me construisant un peu tout seul même si tu as besoin d’aide extérieure. Il y a eu des rencontres dans ma vie qui m’ont permis de prendre des virages. Et puis il y a cette entraide entre nous : on est content les uns pour les autres, et pas du tout en concurrence.

Contre la Jamaïque, sur le banc, on a bien vu ta chemise blanc et la crinière blanche, qui était blonde avant (!), un look qui rappelait celui d’un certain Hervé Renard !
On ne choisit pas forcément nos couleurs sur le banc ! On est tributaire des réunions techniques avec les arbitres. L’histoire, sur ce match, c’est que l’arbitre central devait avoir un maillot rouge. Quand j’ai vu ça, je me suis dit « parfait », parce que moi, j’aime bien être en noir. La raison est simple : même par 31 degrés à l’ombre, les auréoles, on ne les voit pas (rires) ! Mais la veille, l’arbitre argentin a décidé de se mettre en noir, donc je n’ai pas eu trop le choix (rires) !

Si tu es assez réservé en dehors du terrain, tu es beaucoup plus démonstratif sur le banc…
Oui, je parle, je vis le match, je mets cette énergie dans cet espace temps, mais pas de manière démesurée, parce que tu dois discuter avec ton staff, prendre des décisions, avoir une réflexion tactique, penser aux changements. En fait, je discute beaucoup avec mon staff pendant le match, j’aime bien prendre les avis des uns et des autres, même si je ne les suis pas toujours.

« Ce fut un parcours du combattant »

Face à la Jamaïque, on a senti un match très tactique, on a senti le poids de l’enjeu aussi…
On avait beaucoup préparé tactiquement et stratégiquement cette rencontre. On a joué à 15h sous 31 degrés, avec beaucoup de pression. Dans un match comme ça, c’était l’un ou l’autre. Donc tu ne te livres pas. Ce n’était pas le match de l’année, mais j’ai de bons joueurs, qui jouent dans les meilleurs clubs européens, et même la Jamaïque, qui pouvait nous emmener aux penalties, a de très bons joueurs. Après, sur le nombre d’occasions, je pense que c’est logique; ça s’est débloqué sur un coup de pied arrêté. Ce sont des phases de jeu très importantes. On les travaille beaucoup. Contre le Cameroun, au match précédent, on avait débloqué la situation aussi sur coup de pied arrêté, à la dernière minute (Chancel Mbemba à la 90’+1). Là, pareil.

Tu réalises que tu vas aller à la coupe du Monde, ou pas encore ?
Là, on a des réunions le matin, on est en train de définir les matchs amicaux, les lieux des stages, etc. Il ne faut pas oublier qu’avec l’Irak, on est les derniers à s’être qualifiés. Pour la petite histoire, on est les avant-derniers, puisqu’on a joué à 15h et que l’Irak a joué à 21h ! C’est fou ! On a fait 13 matchs de qualifs’ pour y arriver ! On a commencé notre campagne en novembre 2023. Ce fut un parcours du combattant, on a eu des matchs comme au Soudan du Sud où il a fallu jouer sur un synthétique… On a eu une capacité d’adaptation très importante.

« Dans ma tête, je sais ce que j’aimerais faire »

En France, tu n’es pas encore très connu, sauf des spécialistes évidemment : n’as-tu pas envie d’y entraîner à nouveau un jour, afin d’être reconnu ?

Sébastien Desabre en 2007, au Cannet-Rocheville. Photo G. M.

Que je ne sois pas connu, ça ce n’est pas très grave. Aujourd’hui, la légitimité d’entraîner un club de Ligue 1 en France, on se l’est donné. Mon parcours fait que tu penses avoir les compétences pour le faire. Après, il y a déjà eu des contacts avec certains clubs, mais aujourd’hui, non. Et demain, ça peut être une possibilité.

Je suis sous contrat jusqu’en 2029 avec la RDC. Il y aura un avant et un après Coupe du Monde, où on va essayer de faire le maximum pour sortir de la poule; je pense que l’on est en capacité de passer la première phase au moins, et puis après on verra. En France, je n’aurai jamais la même aura que celle que j’ai en Afrique où, de par ma carrière, mes résultats, je sais que j’ai la capacité de continuer. Je ne fais pas de plan. Cela dépendra des opportunités. De toute façon, dans ma tête, je sais ce que j’aimerais faire. Là, pour l’instant, mon objectif, à moyen terme, c’est de faire une bonne Coupe du Monde avec la RDC. Pour l’objectif à long terme, on verra.

Sébastien Desabre, chez lui, dans le Var, le 11 avril 2026. Photo 13HF/AB

En France, on commence à voir de nouvelles têtes, de nouveaux jeunes entraîneurs, qui arrivent sur le marché, en Ligue 1, en Ligue 2…
Le marché est très difficile. Je sais qu’il y a de très bons coachs, très compétents, en National 2, en National, mais après, il faut avoir les opportunités. Et puis il y a les choix de carrière, les sacrifices, tout cela entre en ligne de compte. Quand je suis arrivé en Afrique à l’ASEC Mimosas, à Abidjan (en 2010), les Français étaient assez nombreux sur le continent, malheureusement, depuis, on est de moins en moins, parce que la France a fait le choix de limiter le nombre de diplôme du BEPF à 10 chaque saison, qui est aussi le diplôme de l’UEFA Pro, pendant que d’autres pays en délivrent dix fois plus par saison, comme le Portugal (90 par an), la Belgique ou l’Espagne, avec qui la France est en concurrence là-dessus.

Donc tous ces entraîneurs-là, compétents aussi, viennent sur le marché du travail en Afrique, ce qui fait que l’on a perdu des places, en raison du nombre et du manque de délivrance. C’est une stratégie différente. La FFF a voulu conserver un diplôme « high tech », difficile à obtenir, alors que d’autres pays ont ouvert ce diplôme. Et donc, certains coachs compétents sont barrés par ce fonctionnement. Quand je suis parti de France il y a 16 ans, ce n’était pas le cas. Et puis, on le voit bien aujourd’hui, le marché est difficile, le coach a perdu de sa superbe aussi : il est presque devenu un kleenex.

C’est quoi, l’objectif à long terme, ce que tu as dans un coin de ta tête ?
On verra…

(1) Sébastien Desabre a entraîné : ASEC Mimomas Abidjan (Côte d’Ivoire, 2010-12), Coton Club Garoua (Cameroun, 2012-13), Espérance Sportive Tunis (Tunisie, 2013-14), Clube Recreativo Desportivo Libolo (Angola, 2015), Dubaï Cultural SC (Emirats Arabes Unis, 2015-16), Jeunesse Sportive de Saoura (Algérie, 2016), Wydad Casablanca (Maroc, 2016-17), Ismaily SC (Egypte, 2017), équipe nationale d’Ouganda (2017-19), Pyramids FC (Egypte, 2019), Wydad Casablanca (Maroc, 2020), Chamois Niortais (2020-22), équipe nationale de la République Démocratique du Congo (depuis octobre 2022).
Palmarès : vainqueur de la coupe de Côte d’Ivoire, champion du Cameroun, champion d’Angola, champion du Maroc, champion de Tunisie, demi-finaliste de la CAN, finaliste de la coupe d’Egypte, qualification en coupe du monde, etc.

Avec la réserve de l’ES Cannet-Rocheville, en 2001 (debout, 6e en partant de la gauche. On reconnaît Philippe Pineau, debout, 2e en partant de la gauche). Photo G. M.
  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13HF
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Pour le discret directeur sportif du Puy Foot 43, arrivé en septembre dernier, la 4e place de l’équipe a ouvert l’appétit du staff et des joueurs, d’autant qu’un succès contre Aubagne permettrait de recoller au 3e, le FC Rouen. Une situation inimaginable il y a quelques mois tant le club, en plein développement mais limité dans ses infrastructures, a mis du temps à entrer dans la compétition.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Le Puy Foot 43

Reportage réalisé avant la rencontre face à Aubagne (défaite 1-2)

L’anecdote, racontée par Julien Converso et replacée dans le contexte actuel, permet de mieux comprendre comment l’ancien directeur sportif d’Orléans et de Quevilly Rouen, en Ligue 2, est arrivé au Puy, en septembre dernier.

Nous sommes en mai 2019. Le club de Haute-Loire, qui s’appelait toujours Le Puy Foot 43 Auvergne (avec la création d’une future SAS, il va changer d’appellation et devenir Le Puy-en-Velay FC, ce qui permettra de ne plus le confondre avec le site touristique du Puy du Fou en Vendée ou avec le département du Puy-de-Dôme !) dispute un match capital à Romorantin, à deux journées de la fin du championnat de N2. L’accession se joue entre Les Herbiers (1er), Andrézieux (3e) et l’équipe ponote (2e). Le MYF (Moulins-Yzeure Foot) d’un certain Stéphane Dief n’est pas loin derrière (4e), mais plus concerné par la montée.

Bienvenue en Sologne !

Photo LPF43

La veille de ce match dans le Loir-et-Cher, Julien Converso, alors directeur sportif à Orléans mais qui a conservé son domicile à Romorantin, reçoit chez lui Roland Vieira, le coach de l’époque (les deux hommes se sont connus à « Romo »), Christophe Gauthier, le président du Puy, et Olivier Miannay, le manager. C’est la découverte de la Sologne ! Le lien est noué.

Le lendemain, Les Ponots s’imposent au stade Jules-Ladoumègue 1-0 sur un but en fin de rencontre du capitaine Loïc Dufau, et profitent de la défaite du leader, Les Herbiers, à Andrézieux, pour s’emparer de la première place, à une journée de la fin ! Le Puy ne le sait pas encore, mais c’est le début d’une nouvelle ère…

Lors de l’ultime journée, la victoire contre Blois à Massot, 2 à 0, scelle l’accession en National, la première de l’histoire du club auvergnat. Quelques mois plus tard, à l’automne, Julien Converso est à l’origine du prêt de l’Orléanais Fahd El Khoumisti : son passage très apprécié à Massot va d’ailleurs relancer la carrière de l’attaquant, actuel meilleur buteur de National et troisième meilleur buteur de l’histoire du championnat derrière les retraités Kevin Lefaix (87 buts) et Cyril Arbaud (86).

Forcément, ce prêt réussi en 2019, quand bien même la saison n’ira pas à son terme, stoppée par la Covid, contribue à entretenir les bonnes relations et c’est presque logiquement que, 6 ans plus tard, Julien Converso est engagé au Puy pour prendre la suite d’Olivier Miannay, parti dans le projet Niel à Créteil. « J’avais déjà été en relation avec les dirigeants du Puy, notamment Philippe Thiebault, le directeur financier, et je connaissais très bien Olivier (Miannay) que j’avais rencontré la première fois quand il a commencé avec Jean-Marc Pilorget à Viry-Châtillon. Il a soufflé mon nom aux dirigeants, cela s’est fait. Olivier pensait que le club du Puy me correspondait. »

« Il fallait amener un peu d’expérience »

Avec le nouveau directeur général, Fabrice Breyton. Photo LPF43

L’officialisation de son arrivée au poste de directeur sportif est effective en septembre dernier, quelques jours après la nomination d’un nouveau directeur général, Fabrice Breyton. Forcément, à ce moment-là, la saison est déjà commencée. L’équipe constituée. Mais Julien Converso est depuis fin juillet au travail et en contact avec le coach Stéphane Dief, qui entame sa troisième saison gonflé à bloc, sa première en National, lui qui sort de deux saisons historiques avec le club, 1/4 de finaliste de la coupe de France et 2e de N2 derrière Aubagne en 2024, puis 1er de N2 en 2025 avec une accession à la clé dans l’antichambre de la Ligue 2, la troisième après 2019 et 2022 sous l’ère Roland Vieira.

« Mon arrivée correspond aussi à celle du nouveau directeur général, Fabrice Breyton. On a commencé en même temps, Lui s’occupe plus de l’administratif et du financier, moi du sportif. On est en relation permanente. Mais c’est vrai qu’avec Stéphane (Dief, le coach), on était en relation depuis fin juillet, on échangeait, on débriefait ensuite sur les matchs de championnat. Il y avait déjà un bon groupe à mon arrivée, il fallait simplement amener un peu d’expérience, ce que l’on a fait, recontextualise Julien Converso.« 

Un fauteuil pour cinq ?

Christophe Gauthier, président du Puy Foot 43. Photo 13HF

L’autre anecdote, plus récente, est plus… marrante ! C’était il y a seulement quelques jours. Un texto envoyé au président du Puy, Christophe Gauthier, dans lequel on écrit « Président, est-ce que vous y pensez le matin en vous rasant ? ». Le chef d’entreprise altiligérien, à la tête du club depuis 2010 après avoir été à la tête du club voisin de l’AS Taulhac, décroche le combiné et répond avec son accent auvergnat tellement caractéristique : « Mais de quoi parles-tu ? » lance-t-il. « De la 3e place », lui dit-on ! La réponse de Gauthier fuse : « Si on doit jouer la 3e place à la dernière journée, je m’arrangerai pour crever les pneus du bus de l’équipe pour qu’il n’arrive jamais au stade à Sochaux ! »

Bien sûr, c’est une boutade, mais c’est aussi une manière de prendre avec du recul et un peu de légèreté l’excellente situation sportive de l’équipe (4e) qui, à six journées de la fin du championnat, n’a jamais été aussi proche de cette fameuse 3e place, synonyme de barrage d’accession pour la Ligue 2. Une 3e place occupée par un FC Rouen qui n’a plus du tout le même rythme de champion que lors de la phase aller, et que lorgnent aussi logiquement le FC Fleury 91, le FC Versailles, deux équipes également à 3 points de Rouen, et l’US Orléans, à 4 points. Un fauteuil pour cinq, si l’on peut dire, puisque le FC Rouen, s’il n’est mathématiquement pas condamné à rester derrière les deux premiers, Sochaux et Dijon, n’a cependant plus les cartes en mains pour la montée directe, d’autant qu’il a un match en plus, jusqu’à aujourd’hui du moins.

« L’appétit vient en mangeant »

Évidemment, cette question autour de la place de barragiste, nous l’avons posée à Julien Converso : « La 3e place ? Je pense que ce sont surtout les joueurs et le staff qui y pensent, c’est normal, ce sont des compétiteurs. Mais c’est vrai que l’appétit vient en mangeant. Ce que je vois, c’est que les contenus de nos matchs sont globalement bons. Ce qui frappe aussi, c’est la qualité de jeu, elle est évidente et dans la continuité depuis deux ans, avec des redoublements de passes, des jeux à 3. Tout est fait pour aller gagner des matchs. On espère rester sur cette dynamique-là, mais quoi qu’il arrive, la saison sera bonne. Ce sera la première fois que Le Puy-en-Velay se maintiendra en National, qui deviendra la Ligue 3. Le staff fait un super travail et les gens prennent du plaisir à venir au stade Massot, où il faut que ce soit un spectacle. Et ce malgré la qualité du terrain ». Oui, parce que le hic, c’est la pelouse de Massot, dernière du classement des stades de National : « Un classement juste », selon Converso.

Des statistiques impressionnantes

Soir de match, au stade Massot. Photo LPF43

Ce que le nouveau directeur sportif voit aussi, c’est que Le Puy Foot se mesurera à quatre équipes du top 5 (contre Versailles, à Fleury, contre Dijon et à Sochaux) lors des quatre dernières journées : « Ça va être très compliqué. Lors des deux dernières journées, on reçoit Dijon, qui est leader, et après on va à Sochaux, qui est 2e. Pour l’instant, on n’a battu aucune des équipes du trio de tête. » Rien ne dit que cela ne changera pas…

Le natif de La Tronche, juste à côté de Grenoble, n’est pas aveugle : il voit bien que l’équipe ponote performe régulièrement cette saison. Trois statistiques le montrent bien.

  • 1. Promus en National en mai dernier, Le Puy a mis 7 journées avant de signer sa première victoire, à Saint-Brieuc, chez un autre promu (2-1), après un départ difficile sur le plan mathématique (3 points sur 18 possibles, 3 nuls et 3 défaites). Mais depuis cette fameuse J7, elle est tout simplement la 2e meilleure équipe du championnat derrière Dijon avec 41 points engrangés en 20 matchs, soit une allure de 2 points par match ! C’est remarquable.
  • 2. Depuis le début de la phase retour, l’équipe promue de N2 est 4e derrière Dijon, Sochaux et Fleury.
  • 3. L’équipe reste sur 4 victoires consécutives avant d’accueillir Aubagne et sur 7 matchs sans défaite (3 nuls et 4 victoires).

Des chiffres parlants, qui incitent au rêve ! « La 3e place est atteignable. Mais on ne va commencer à se projeter, même si c’est vrai que si l’on gagne contre Aubagne, on rejoint le FC Rouen au classement, qui est exempt. Après, bien sûr que c’est plaisant de jouer le haut de tableau. On se prend au jeu. »

17 ans passés à Romorantin

Stéphane Dief, le coach du Puy Foot 43. Photo LPF43

Pour Le Puy Foot 43, s’appuyer sur l’expérience de Julien Converso est important. À la fois pour poursuivre le développement du club dans le cadre de l’arrivée de la nouvelle Ligue 3 et de son cahier des charges assez lourd (la fameuse « licence club » qui, en fonction des différents critères à remplir, permet d’obtenir une dotation financière plus ou moins élevée, le minimum étant de 300 000 euros, le maximum de 400 000 euros).

Et aussi pour la connaissance de ce championnat si particulier, « même si le National d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui d’avant ! C’est un championnat rigoureux, dur, qui est mis en avant. C’est un vrai tremplin aussi pour les jeunes. Et beaucoup de clubs du dessus viennent piocher dans ce championnat. Aujourd’hui, le National est vraiment pro. Même si des clubs n’ont pas ce statut, ils sont structurés comme tels. On sait que chez nous, par exemple, il y a un gros travail à faire, notamment pour remplir le maximum de critères de la licence club en Ligue 3, en termes d’infrastructures, car c’est là où le bât blesse. L’arrivée des nouveaux actionnaires s’inscrit justement dans cette volonté de professionnaliser et d’améliorer tout ça. On est aussi en relation constante avec les services de la municipalité pour y remédier. »

Photo LPF43

Avant de poser ses valises dans le chef-lieu de Haute-Loire, Julien Converso (50 ans) a pas mal bourlingué, même s’il est resté 17 ans à Romorantin, dont 14 au poste de DS, en National et en N2. Une fidélité rare aujourd’hui. « Je suis arrivé comme joueur à « Romo » en 2001, mais j’ai dû stopper ma carrière prématurément. J’ai eu une thrombose des artères du membre inférieur à la jambe droite, je ne pouvais plus poser le pied par terre ni même marcher. Les médecins ont mis du temps à diagnostiquer exactement ce que j’avais. Mes artères grêles étaient en mauvais état depuis ma naissance, et un jour, en championnat, je crois que c’était en décembre 2003, contre Pau, en National, j’ai pris un coup dessus, au niveau de la cheville, ça m a écrasé l’artère iléale. Après ça, j’ai fait des séjours à l’hôpital, jusqu’en 2010, où je devais suivre des traitements assez lourds. Parfois, je restais branché parfois pendant plusieurs semaines, 8 heures par jour, pour « filtrer » tout ça. C’était une période assez compliquée. »

Formé à Grenoble

Voilà pourquoi Julien a dû stopper tôt, à 28 ans, une carrière de joueur entamée à Grenoble, dans « son » club formateur, dans « sa » ville : « J’ai été ramasseur de balles à Grenoble ! Puis j’ai été aspirant, j’ai même fait mon premier match en pro à 17 ans, en 1992, en D2, et quand le club a déposé le bilan, en 1993, je suis parti à Louhans-Cuiseaux, où j’ai passé 6 ans. » Son poste ? Milieu défensif : « J’avais du volume de jeu mais je n’allais pas vite. En fait, je jouais simple, c’est ce qui est plus dur dans le foot je pense. Je récupérais le ballon et je le donnais proprement. » Un Didier Deschamps, en quelque sorte !

Il s’éveille au foot à Louhans-Cuiseaux !

C’est à Louhans, un club qui a énormément compté pour lui, que Julien « s’éveille » au foot. « J’ai été stagiaire pro puis pro pendant 4 ans ». En Saône-et-Loire, il connaît deux accessions de National en D2, la première en 1995 avec Alain Michel, la seconde avec Philippe Hinschberger en 1999. « Lors de la saison 1995-96, il y avait l’OM avec nous dans la poule de Super D2. Contre eux, il y avait plus de monde au stade de Bram, à Louhans, que dans l’ensemble de la ville ! Quand on les a reçus, il y avait 8000 spectateurs, c’est à dire plus de monde que la totalité de la ville (6500 habitants) ! Louhans, c’est un peu comme Le Puy, ce sont deux petites villes mignonnes, qui se ressemblent, même si Le Puy est beaucoup plus grand (19 000 habitants), avec des gens simples et sympathiques. Aujourd’hui, forcément, je regarde les résultats de mes anciens clubs, et ça me fait un peu mal au coeur pour certains, surtout pour Louhans qui est tombé en R1, c’est un club historique, avec un président emblématique comme Jacky Duriez. Il y a eu aussi Jean-Claude Guemon à Romo, qui m’a lancé comme DS. Ce sont un peu les mêmes personnages avec Christophe Gauthier au Puy. »

Reims, Gap, Le Negresco et « Romo »

La carrière de Julien se poursuit à Reims, en National, avec le regretté Manu Abreu (1999-2000) puis c’est le tournant. « Après Reims, je suis retourné à Grenoble quelque temps, où j’ai pris une brasserie, Le Negresco, avec un ami, Slim, que j’ai d’ailleurs revu il y a quelques jours. Il tient toujours l’établissement, 26 ans après, chapeau ! C’était une manière de préparer mon après-carrière. Quand je retourne à Grenoble, parfois, je vois Olivier Saragaglia, qui est adjoint à l’OM depuis peu de temps. On s’est connu au club, à Grenoble. Et puis, un jour, Bruno Steck, qui entraînait Gap, en DH, m’a appelé, et finalement j’ai signé un an, avec un deal : si je retrouvais un club, je pouvais partir ! On est monté en N3 avec Gap et c’est là que je suis parti à Romorantin en National après. Et il y a eu ce fameux match contre Pau, quand je prends ce coup et que je ne peux plus marcher… J’avais 27 ans. C’est là que je suis passé DS. Plus tard, en accord avec Romorantin, je bossais aussi comme recruteur avec Orléans puis avec Châteauroux. Et avant d’arriver au Puy, j’étais scout en France pour le club suisse de Neuchâtel Xamax. Mais c’est vrai qu’au départ, je n’envisageais pas forcément de faire ça. Pour moi, j’allais revenir à Grenoble. Et finalement, j’ai eu cette opportunité. »

Le discret

Photo LPF43

Forcément, avec de telles attaches grenobloises, il est logique de lui poser la question : pas de regret de ne pas faire partie de l’organigramme du GF38 ? « C’est vrai que je suis un vrai grenoblois, mais je n’ai aucun regret. J’aime bien revenir voir la famille et les amis de temps en temps, comme là, à Meylan, chez ma soeur, à son restaurant, « La mandibule », mais revivre à Grenoble, je ne sais pas si ça me plairait, raconte le papa de Mattéo (21 ans), Honorine (16 ans) et Zoé (11 ans). J’ai été habitué à partir très jeune de chez moi. Je connais encore des gens au GF38, dans le staff, j’ai été pensionnaire au centre de formation avec certains. Je connais aussi Max Marty, le manager général, depuis très longtemps, et Didier Garcin, le secrétaire général, on a joué ensemble. »

De Julien Converso, on a parlé de son expérience et de sa connaissances des différents championnats. L’on n’a pas évoqué sa personnalité. Discrète. Un caractère qui colle parfaitement avec l’image du club ponot, qui travaille et avance sans faire trop de bruit. « Oui, c’est vrai, la discrétion, c’est ce qui me caractérise le plus, je suis réservé au premier abord » confie celui qui n’a aucun réseau social, seulement WhatsApp ; « Je sais que tout le monde est sur LinkedIn maintenant, alors il faut que je m’y mette (rires) ! Mais bon, je communique déjà beaucoup avec WhatsApp, ça me suffit ! »

Au Puy, on lui demandera aussi de faire un peu de trading, une nouveauté pour un club qui ne cesse d’être dépouillé de ses meilleurs éléments, saison après saison : « Les transactions financières sont toujours un peu difficiles à négocier et à réaliser, mais faire quelques ventes, c’est un objectif aussi pour le club. On sera obligé de se séparer d’un ou de deux éléments cet été, pour faire des transferts, car il n’y a pas de droits TV. On doit absolument tenir compte de ce critère. »

Leur calendrier

Pour la place de 3e, qui permet de se qualifier pour le barrage aller-retour d’accession en Ligue 2, beaucoup de confrontations directes sont à disputer entre les cinq prétendants d’ici le clap de fin du championnat, le 16 mai prochain (dans le cas où Dijon et Sochaux terminent dans les deux premiers). Rappelons qu’en cas d’égalité entre deux équipes, ce n’est pas la différence de buts qui fai foi pour être départagé au classement, mais le goal-average direct, c’est à dire les confrontations directes. Idem si trois équipes ou plus sont ex-aequo (dans ce cas, un mini-championnat à 3, 4 ou 5, etc. départagera les clubs).

  • FC Rouen (3e, 47 points)

vendredi 10 avril : exempt
vendredi 17 avril : va à Concarneau
vendredi 24 avril : reçoit Aubagne
samedi 2 mai : reçoit Quevilly Rouen
samedi 9 mai : reçoit Versailles
vendredi 15 mai : va à Fleury

  • Le Puy Foot (4e, 44 pts)

vendredi 10 avril : reçoit Aubagne (1-2)
vendredi 17 avril : va à Quevilly Rouen
vendredi 24 avril : reçoit Versailles
vendredi 1er mai : va à Fleury
samedi 9 mai : reçoit Dijon
vendredi 15 mai : va à Sochaux

  • FC Fleury 91 (5e, 44 pts)

vendredi 10 avril : va à Sochaux (2-2)
vendredi 17 avril : reçoit Valenciennes
vendredi 24 avril : va à Châteauroux
samedi 2 mai : reçoit Le Puy
samedi 9 mai : va à Orléans
vendredi 15 mai : reçoit FC Rouen

  • FC Versailles (6e, 44 pts)

vendredi 10 avril : va à Valenciennes (défaite 1-0)
vendredi 17 avril : reçoit Châteauroux
vendredi 24 avril : va au Puy
vendredi 1er mai : reçoit Orléans
samedi 9 mai : va à Rouen FC
vendredi 15 mai : reçoit Saint-Brieuc

  • US Orléans (7e, 43 pts)

vendredi 10 avril : reçoit Concarneau (1-1)
vendredi 17 avril : reçoit Orléans
vendredi 24 avril : reçoit Quevilly Rouen
vendredi 1er mai : va à Versailles
samedi 9 mai : reçoit Fleury
vendredi 15 mai : va à Dijon

Vendredi 10 avril 2026 – Championnat National : Le Puy Foot 43 – Aubagne Air Bel, à 19h30, au stade Massot.

Voir le match en direct :

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Le Puy Foot 43
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1. Jean-Claude Plessis (Sochaux) : « C’est plus qu’un défi, c’est une mission divine ! » (année 2023)

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2. La Ligue 3 tiendra-t-elle toutes ses promesses ? (année 2025)

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3. Adama Camara (Paris FC) : « Mon histoire peut servir d’exemple » (année 2023)

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4. Pascal Dupraz : « Je suis l’entraîneur du peuple » (année 2024)

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5. Le jour où Jean-Pierre Bosser, dit « Bobosse », a marqué de 60 mètres avec Brest ! (année 2022)

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6. Maxime d’Ornano : le travail, l’enthousiasme et la gagne (année 2023)

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7. Charles Maarek : « le FC Rouen coule dans mes veines » (année 2023)

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8. Karim Fradin : « L’Aviron Bayonnais, c’est un nom, une marque, un territoire ! » (année 2023)

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9. Robert Malm (BeIN Sports) : « On a rendu la Ligue 2 populaire ! » (année 2022)

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10. Newsouest, le site serviteur du foot amateur breton (année 2023)

https://bit.ly/3NIWn3C

 

➡ Et aussi :

11. Patrick Videira (AS Furiani) : « Le foot, c’est mon oxygène ! »

12. National 2 : Aubagne en fusion !

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20. Michaël Isabey (Sochaux) : « Je veux rendre au club ce qu’il m’a donné »

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🕐⚽ En National 2, le club de l’AS Saint-Priest s’est séparé de son entraîneur, Michaël Napoletano.
✅ Ce dernier s’était très longuement confié chez nous : un entretien à (re)lire ici :

https://13heuresfoot.fr/actualites/saint-priest-n3-michael-napoletano-le-coeur-des-hommes/

Pour le Gardois, installé sur le banc de l’US Créteil depuis octobre dernier, et dont le parcours de vie ne laisse pas indifférent, les apparences physiques sont trompeuses : affublé d’une certaine réputation, il assure être différent de celui que l’on croit. La polyvalence de ce touche à tout et ses compétences dans de nombreux domaines ont séduit ses dirigeants, satisfaits d’avoir déniché un couteau suisse.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH

Entretien réalisé avant le match nul de la J23 (1-1) face à Rousset

À 47 ans (il soufflera ses 48 bougies dimanche 5 avril), Jérôme Arpinon a déjà vécu mille vies ! Bien sûr, on exagère. Parler d’expériences de vie serait d’ailleurs plus approprié pour résumer le parcours de ce Nîmois né dans le football – son père et son oncle ont joué et entraîné, son cousin Frédéric a été pro -, qui a passé un tas de diplômes (vidéo, préparateur physique, préparateur mental, entraîneur…); a stoppé une carrière de défenseur central, là encore très jeune; a bossé dans le milieu carcéral; a vu sa maman, dépressive, se donner la mort; a fréquenté les salles de boxe; a passé le BEPF; a entraîné l’équipe de l’UNFP (syndicat des joueurs); a également entraîné Nîmes, son club de coeur, en Ligue 1; a dû lutter contre une certaine image, celle d’un garçon au sang chaud, bagarreur, qui s’emporte au point d’être mêlé à des échauffourées. Une étiquette qu’on lui a collée et dont il sait pertinemment qu’elle a sans doute freiné sa carrière de technicien. Et en plus de cela, il a aussi dû lutter contre… son physique : un délit de faciès, comme il dit lui-même, qui, là encore, l’a desservi. C’est vrai que Jérôme Arpinon « a une gueule », comme on, dit, un visage de boxeur, qui peut en rebuter certains. De tout cela, l’ancien joueur de Vergèze, Alès, Nîmes (centre de formation) et Arles, en parle facilement et ouvertement, avec son accent bien du midi qui respire le soleil.

Invaincu depuis 8 matchs

Jérôme Arpinon. Photo Philippe Le Brech

Jérôme Arpinon n’est pas du genre à se renier : avec lui, ça passe ou ça casse, mais nul besoin d’employer la méthode dure, simplement d’expliquer les choses, en douceur, juste avec les mots. Parfois, c’est cash, mais c’est sa façon de fonctionner : parce que, pour lui, dans le football, le plus important, c’est l’institution, avec le respect qui va avec.

Depuis son arrivée sur le banc de l’US Créteil, en octobre dernier, le papa de trois enfants a d’abord observé le comportement d’une équipe programmée pour jouer le haut de tableau mais engluée à la … dernière place de la poule ! Puis il a tranché. Pas dans son intérêt. Mais dans celui de l’US Créteil. Depuis, les résultats suivent. Ils étaient déjà en progrès en fin d’année 2025 avant de devenir excellents en 2026, à tel point qu’aujourd’hui, l’équipe du club racheté par l’homme d’affaires Xavier Niel l’an passé est celle qui a engrangé le plus de points dans sa poule en National 2 depuis la reprise de janvier, juste derrière l’AS Cannes : 20 en 9 matchs (6 victoires, 2 nuls et 1 défaite) contre 21 aux Azuréens (6 victoires et 3 nuls). Mais si l’on prend en compte les 8 dernières journées, alors les Béliers, qui n’ont plus perdu depuis 8 matchs, sont les meilleurs : 20 points engrangés contre 18 aux Cannois !

Tout ça pour dire que le redressement opéré par le club du Val-de-Marne, englué en N2 depuis maintenant quatre ans, après une trentaine d’années passées entre la Ligue 2 et le National, a drôlement remonté la pente, passant de la place de lanterne rouge à l’arrivée d’Arpinon (16e) à une 6e place aujourd’hui, bien plus en rapport avec les ambitions d’un club forcément montré du doigt l’été dernier avec l’arrivée du géant de la téléphonie et à qui l’on a également collé une étiquette : celle de mastodonte aux pouvoirs financiers illimités…

Miannay : « Jérôme, c’est un couteau suisse »

Photo Philippe Le Brech

Ce parcours de champion peut-il faire naître de nouvelles ambitions pour cette fin d’exercice 2025-2026, alors même qu’il ne reste que 8 matchs ? Créteil peut-il venir se mêler à la lutte pour l’accession en Ligue 3, lutte qui ne semble plus concerner que trois équipes (Cannes, Nîmes et Lusitanos / Saint-Maur, et peut-être à un degré moindre Rumilly-Vallières), et alors même qu’il faut doubler cinq équipes ? Sincèrement, cela semble utopique.

Là encore, nous avons posé la question au coach, recruté par Olivier Miannay au début de l’automne pour remplacer Karim Mokeddem : « Son côté couteau suisse a pesé dans la balance, explique le nouveau DG, déjà passé par Créteil de 2016 à 2018, arrivé l’été dernier du Puy-en-Velay après 7 saisons (2018 à 2025) à bâtir, construire et développer un club solide, aux côtés de Roland Vieira tout d’abord, de Stéphane Dief ensuite, au point que le club de Haute-Loire est devenu aujourd’hui une référence en National; Jérôme sait faire beaucoup de choses en dehors du simple fait d’entraîner, et c’est aussi ce qui nous a beaucoup plu. Pour moi, c’est quelqu’un qui devrait entraîner beaucoup plus haut. »

Lundi matin, trente-six heures après une victoire renversante 2-1 à Chasselay, face à GOAL FC, et au lendemain d’un dimanche en famille, à fêter l’anniversaire de son papa, Jérôme Arpinon s’est confié juste avant l’entraînement de l’après-midi. Un entretien de plus de 45 minutes qui a confirmé une chose : avec lui, pas de faux-semblant !

Interview

« Parfois, je me déshumanise pour le football »

Jérôme, sur ton CV, il y a tellement de choses que l’on ne sait pas par quoi commencer…
Y’en a des trucs hein !

L’équipe de N2, saison 2025-2026. Photo Philippe Le Brech

Oui, et j’ai découvert que tu avais travaillé dans le milieu carcéral : peux-tu expliquer ce que tu y faisais ?
En fait, quand je jouais à Arles, en CFA (N2), j’ai passé un Brevet d’Etat dans l’animation. Ils cherchaient un éducateur sportif stagiaire pour encadrer et dispenser des cours de sports collectifs aux détenus à la prison d’Arles. Au départ, c’était des missions courtes. Donc, dans le cadre de mes formations, j’allais encadrer le sport pour les détenus à la « centrale », en plus des moniteurs de sport qui étaient déjà là. J’étais un éducateur externe. J’organisais des matchs avec des équipes extérieures qui venaient jouer en prison contre les détenus. Un jour, il y a eu des inondations et il n’y a plus eu de travail mais j’ai été recommandé à la maison d’arrêt de Nîmes. Cette fois, ce n’était plus dans le cadre du diplôme que j’avais obtenu entretemps, mais c’était un travail, rémunéré par la Région. Je venais en plus des éducateurs de la prison, je les remplaçais quand ils étaient en repos ou en congés. J’ai fait ça pendant quelques années.

Mais je n’étais pas du tout surveillant de prison. J’organisais des événements. Leur carotte, aux détenus, c’était ces matchs contre les équipes que je faisais venir. Je me souviens des colis qui se faisaient parachuter et atterrissaient sur le terrain, mais moi je n’allais surtout pas les chercher, ce sont les surveillants qui faisaient ça. À la prison de Nîmes, je m’occupais aussi du quartier mineurs et du quartier femmes… c’était délicat. J’ai vu des choses qui marquent, qu’on ne voit pas dans la vie de tous les jours quand même : parce qu’encadrer une équipe de foot, c’est une chose, mais là, il fallait mettre des outils pédagogiques en place, faire attention à ce que tu dis, se méfier de certains détenus qui font de l’intox.

Qu’est-ce que cela t’a apporté dans la vie de tous les jours ?
D’abord, c’était une bonne expérience de vie. Ensuite, ça m’a permis d’apprendre à bien communiquer avec les gens, parce que quand tu parles à des détenus, il ne faut pas te manquer (sic). Il faut avoir du respect pour tout le monde. En prison, j’ai vu beaucoup de gens malheureux. Il y a de tout… Je me souviens d’une dame que j’avais au quartier femmes, elle avait été condamnée pour l’assassinat de son mari : mais bon, cela faisait 11 ans que sa fille et elle se faisaient rouer de coups par lui… Un soir, elle l’a tué à coups de barres de fer, après qu’il a tapé les enfants. Voilà, tu te retrouves en prison avec des personnes comme ça, je peux te dire que ça marque. Et quand tu fais du foot avec des gens qui ont fait quelque chose de plus ou moins grave, tu as affaire à des gens très polis. Il n’y a pas que des crapules et des criminels en prison.

« En réalité, je suis cool »

Photo Philippe Le Brech

Ton caractère, ta personnalité, t’ont-ils servi pour travailler dans le milieu carcéral ?
C’est sûr que cela forge encore plus le caractère mais contrairement aux apparences, je suis quelqu’un de tranquille dans la vie de tous les jours. Mais je sais que j’ai un faciès qui fait que… J’ai ce visage un peu dur, j’ai la tête un peu dure, mais en réalité, je suis cool. C’est juste qu’avec mes expériences de vie, ça t’endurcit. C’est vrai aussi que je ne me laisse pas faire. Je n’aime pas trop l’injustice. Quand j’étais jeune, j’avais tendance à dire tout haut tout et tout fort ce que je pensais : peut-être que j’aurais dû tourner ma langue sept fois dans ma bouche avant de parler, qu’il aurait mieux valu que je me taise et que j’avale des couleuvres, mais j’étais comme ça.

Tu es quelqu’un de plutôt discret, qui ne s’affiche pas, qui ne cherche pas la lumière, qui ne se livre pas comme ça, et pourtant, en 2020, tu as évoqué dans un article le décès de ta maman, qui s’est suicidée…
C’est une histoire tragique. Quand j’en ai parlé dans cette article, je pense que le journaliste voulait casser un peu cette image que j’avais, il voulait attendrir les gens par rapport à ça. Mais je n’aurais pas dû faire cet interview, ça ne servait à rien.

Justement, cette réputation, cette étiquette, Olivier Miannay, le DG de Créteil, estime qu’elle t’a freiné, et que sans ça, tu serais plus haut…
Les gens se font une fausse idée de moi. Une fois que je les rencontre, ils pensent différemment. Tu sais qu’il y a des personnes que je connais qui ont refusé de faire des entretiens avec moi quand je postulais… Parce qu’ils pensent que j’ai trop de caractère, que ça va peut-être les bloquer; ils vont se dire qu’ils ne vont pas pouvoir faire ce qu’ils veulent avec moi ! Bien sûr, je ne suis pas un béni oui-oui, mais quand même ! C’est pour ça que je regardais plutôt vers l’étranger. Cet été, je suis parti faire une mission d’un mois dans le club de Primeiro de Agosto, en Angola, et j’ai eu aussi des contacts en Afrique du sud.

« Je ne ferai pas subir à mes enfants ce que moi j’ai subi »

Le kop Banlieue 2004. Photo Philippe Le Brech

Il y a aussi le caractère : ça aussi, ça a dû jouer, non ?
Ce qui m’a desservi, au début, quand j’ai commencé sur le banc comme adjoint avec Jean-Michel Cavalli à Nîmes, c’est que j’étais jeune et, surtout, j’étais un gagneur, je n’aimais pas la défaite, et puis on était une équipe sudiste, hein, tu vois, on mettait un peu la pression, on faisait un peu d’intox, c’est ça qui a joué sur ma réputation. Quand il y avait des problèmes dans les couloirs, tu défends l’un, tu défends l’autre, et comme je ne suis pas manchot, bah voilà…

Quand j’ai passé mes diplômes de préparateur physique, je me suis occupé d’un pilote de moto-cross, Anthony Boissière, et aussi d’Olivier Cerdan, plusieurs fois champion du monde de full-contact, et je boxais, ça me permettait d’évacuer le stress, j’aimais bien ce sport. Mais je n’ai jamais vraiment frappé qui que ce soit au foot, je veux dire, je n’ai jamais « retourné la tête de quelqu’un » (sic), sinon je ne serais pas là en train de parler aujourd’hui avec toi, c’est juste qu’il m’est arrivé de prendre part à des échauffourées, au bord du terrain. Il y en a eu une notamment… voilà… C’était lors d’un Reims-Nîmes, en L2 (en 2009), j’ai pris une grosse suspension, parce que j’ai mis un tampon. J’ai pris 8 mois puis la commission a regardé les images, ils l’ont réduite à 4 mois, mais c’est tombé pendant l’été, j’ai pu faire mon travail presque normalement. Après ça, je ne suis retourné que deux fois en commission de discipline, c’était quand j’étais adjoint de Bernard Blaquart sur le banc de Nîmes en Ligue 1, pour une altercation avec Patrick Vieira contre l’OCC Nice (en 2018), là j’ai pris un match de suspension, et en Ligue 2 aussi, une fois, j’avais voulu séparer Anthony Briançon d’un autre joueur, l’arbitre avait cru que… J’avais pris un match de suspension.

Le décès de ta maman, dans les circonstances que l’on sait, a-t-il exacerbé ou développé chez toi un esprit de revanche sur la vie ?
Non. J’ai fait le deuil de son décès mais à cette époque, quand c’est arrivé, je venais de m’inscrire au Creps de Montpellier, je jouais encore à Arles, mon parcours était lancé. Tout était enclenché. Ma maman était dépressive. Elle avait déjà tenté de mettre fin à ses jours. J’en ai souffert quand j’étais petit, je la voyais, ce n’était pas évident. Mais aujourd’hui, je ne me lève pas le matin avec une croix dans le dos. Je suis bien dans ma tête, mes enfants aussi, mon père aussi même s’il en a souffert bien sûr, ma soeur aussi. Je suis né avec ça, les hôpitaux, les psychiatres, les dépressions, les tentatives de suicide… Une personne qui veut se suicider, c’est une personne qui lance des appels au secours, et après ça va crescendo, c’est une maladie. J’étais proche d’elle. Son décès est quelque chose qui nous a unis, mon père, ma soeur et moi. Ce qu’on a vécu, c’est très dur, mais je ne ferai pas subir à mes enfants ce que moi j’ai subi.

« J’ai un caractère dur »

Mohamed Ben Fredj, le meilleur buteur de Créteil. Photo Philippe Le Brech

Et toi, la dépression, c’est quelque chose que tu as déjà connu ?
Non. Mais après mon expérience en L1 sur le banc à Nîmes, quand j’ai été viré (en février 2021), j’avais besoin de souffler. Ce n’était pas comme une dépression, mais plutôt une décompression. Quand tu as vu ta maman faire des vraies dépressions, quand tu l’as vue dans les hôpitaux psychiatriques, enfermée à clé, là, je sais ce que c’est. À l’époque, j’étais un peu énervé contre les psychiatres qui ont suivi ma mère. je sais bien qu’ils sont tenus au secret professionnel mais ils n’ont pas voulu me recevoir quand elle est décédée, alors que moi, j’avais besoin de savoir des choses, ce qu’il y avait dans son dossier. Finalement, on m’a un peu expliqué. Mais après cette épisode difficile, j’ai avancé, je n’ai pas reculé. Mon père et ma soeur étaient effondrés, et j’ai fait un peu le soutien de famille pendant un an ou deux. J’avais peur que mon père fasse une connerie mais il a réussi à surmonter le truc. Dimanche, c’était son anniversaire, on a mangé tous ensemble, il parle encore d’elle de temps en temps à table, même s’il a refait sa vie depuis. C’est ça aussi qui m’a permis d’avoir de l’empathie pour les gens.

Je sais que j’ai un caractère dur, que je prends des décisions parfois où je me déshumanise pour le football, mais sinon, dans la vie, je suis quelqu’un de très sensible. J’ai vu des gens malheureux dans le milieu carcéral, j’ai vécu beaucoup de choses quand j’étais petit. Mes histoires de vie m’ont forgé un caractère. Tu sais, si je te disais tous les gens que j’ai aidés, à qui j’ai prêté de l’argent… Je suis quelqu’un de généreux. Un exemple : quand j’étais en Belgique, à Virton, j’adorais mes joueurs, je me régalais avec eux, je les aimais trop, surtout la 2e année. Le président a instauré le système de primes de match suivant : 300 euros en cas de victoire, mais seulement 50 % pour les remplaçants qui entrent en cours de match, et 20 % pour ceux qui n’entrent pas. Je ne trouvais pas ça normal. Donc le remplaçant qui entre, qui marque et donne la victoire à ton équipe, il ne va prendre que 50 % de la prime ? Je me suis battu pour eux. Un jour, j’ai dit : je vous donne 100 euros de ma poche en espèces chacun, 100 euros de plus pour le buteur et 50 euros de plus pour le passeur. J’avais pris 18 joueurs, on avait droit à 17, ça m’a coûté un petit billet…

« L’intérêt du club compte plus que ton intérêt personnel »

Ibtoihi Hadari. Photo Philippe Le Brech

Restons dans le thème de la « revanche ». Joueur, tu n’as pas pu embrasser une carrière pro : est-ce que entraîner est une revanche ?
Pas du tout. J’étais bien à Arles. C’était Jean-Louis Saez le coach, il entraîne aujourd’hui les féminines de Montpellier. Quand j’ai arrêté à Arles, je me suis dit, pour mes enfants, que je préférais faire une bonne carrière d’entraîneur plutôt qu’une petite carrière de joueur. J’ai été lucide très vite et quand on se fait deux fois les croisés (il jouait défenseur central), on comprend qu’on ne jouera jamais en Ligue 1. Ce n’est pas en jouant en CFA pendant 10 ans que j’allais nourrir la famille. C’est pour ça que j’ai passé plein de diplômes. À chaque fois que je pouvais en passer un, je le faisais, le BEESAPT, le BNSSA (Brevet National de Sécurité et de Sauvetage Aquatique, le BEESAN (diplôme du maître nageur sauveteur), j’avais quelques facilités pour ça.

Et l’idée de devenir entraîneur, elle est venue comment ?
Mon père (Emile) entraînait au niveau amateur, mon oncle, le papa de Frédéric, qui est à Metz, m’a entraîné quand j’avais 15 ans à Vergèze, j’étais surclassé, je jouais déjà en R1. J’ai baigné là-dedans, j’aimais bien ça. Quand j’avais 10 ans, mon papa entraînait chez nous, à côté d’Uzès, j’allais voir tous les entraînements, j’aimais ça, j’écoutais ses causeries. Avec Fred (Arpinon, directeur sportif du FC Metz), on est très famille et il y a aussi notre cousin Laurent Boissier, qui est à Angers, on est en contact aussi, bien sûr. On est très très famille.

« Il faut rester le plus discret possible »

Tout à l’heure, tu as dit que tu te « déshumanisais » pour le football : tu as un exemple ?
Dans le foot, l’intérêt du club compte plus que ton intérêt personnel. Donc à partir de là, je suis différent, il y a des contrats, des salaires, et on est obligé de prendre des décisions comme on a fait au mois de décembre à Créteil, de se déshumaniser pour le bien du projet, même si au fond de toi, ça te fait mal. Dans la vie de tous les jours, c’est complètement différent.

Aux côtés de Vincent Di Bartoloméo, le fidèle adjoint. Photo Philippe Le Brech

La transition avec Créteil est trouvée : à ton arrivée, l’équipe était dernière. Qu’est-ce que tu as modifié ?
Il a fallu regarder les forces, on marquait beaucoup, les faiblesses, on prenait beaucoup de buts sur coups de pied arrêté. Il fallait bien s’entourer aussi. On a regardé les performances de l’équipe, il y avait des défaillances. Il y avait des joueurs qui… Bon, moi j’aime les joueurs qui courent, et ça ne correspondait pas forcément à ce que j’attendais. On a fait jouer quelques joueurs pendant une petite période, on a fait un audit, ça a duré un mois et demi. Quand je suis arrivé, on a gagné deux matchs de championnat et un match de coupe de France, puis on a perdu des matchs, mais de peu, je pense au match à Hyères, 1-0 à la 94e, ou contre Saint-Maur chez nous. On a analysé tout ça, et à partir de décembre, on a réajusté l’effectif. On s’est séparé de certains joueurs et on a changé l’état d’esprit, qui était hyper-négatif. Les joueurs voyaient toujours le verre à moitié vide, jamais à moitié plein. Moi, je n’aime pas les gens négatifs. Je suis quelqu’un de toujours très positif. J’ai de la chance de travailler, en National 2, à Créteil, dans un bon projet, alors que certains collègues ne travaillent pas et sont chez eux, sans club. Je fais tout pour faire avancer le club.

Tu sais, avoir des résultats en National 2 ou en Ligue 2, c’est pareil. La différence, c’est en Ligue 1 : là, il y a un vrai fossé. Même le professionnalisme en Ligue 2 n’a rien à voir avec celui de la Ligue 1. Ce sont deux mondes à part. La Ligue 1, c’est un rouleau compresseur médiatique. En Ligue 2, tu n’es pas trop exposé. Ici, à Créteil, j’essaie de me faire discret médiatiquement. Tu vois, notre entretien, bon, si Olivier (Miannay) ne me dit pas « Vas-y, fais le », je ne la fais pas cet interview. C’est comme les conférences de presse d’après match en N2 : elles ne sont pas obligatoires ? Donc je n’en fais pas. L’entraîneur, il faut toujours qu’il explique avant le match et après le match pourquoi ça a marché, pour ça n’a pas marché, tout le temps. En Ligue 1 ou en Ligue 2, tu as des obligations, mais pas en N2. Je pense qu’à Créteil, ici, il faut rester le plus discret possible, déjà que c’est la famille Niel, qui est très connue sur le plan médiatique, il faut que nous, le collectif soit le plus important.

« Je suis un outil »

Photo Philippe Le Brech

Comment te situes-tu dans ce collectif ?

Moi, je suis un outil. Quand je suis arrivé, j’ai mis un cadre et j’ai dit « respectez-le, et vous verrez, on y arrivera ». Il fallait convaincre aussi les joueurs du projet : au début, j’ai joué dans le même système que Karim (Mokeddem), avec trois défenseurs derrière, on a gagné deux matchs, mais j’ai quand même trouvé que certains jouaient mal ce système. Il a fallu convaincre les joueurs de changer, puis il a fallu mettre des outils de travail à l’entraînement pour les convaincre que dans un système en 4-4-2 ou en 4-3-3, tu ne prends pas de but, et après, ils ont adhéré, ça s’est travaillé à l’entraînement. Idem dans la préparation athlétique, on a changé de méthode, ils se sont améliorés, et les joueurs se sont mis à plus courir. Des choses positives sont arrivées et là, maintenant, les joueurs, ils sont convaincus. Parfois, un joueur me dit « Coach, je ne comprends pas pourquoi je ne joue pas ». Je réponds souvent par une réplique de Jean-Michel Cavalli à Nîmes : « Est-ce que tu connais un entraîneur qui fait une équipe pour perdre ? Moi je n’en connais pas. Si tu ne joues pas, c’est qu’il y a une raison ». Voilà ce que je réponds. J’explique en m’appuyant aussi sur la vidéo. C’est comme ça, y’a pas de raison particulière, je ne vais pas mentir : un joueur que je ne garde pas, il n’a rien fait de mal, mais j’ai besoin d’avoir des gens de confiance autour de moi, des joueurs positifs.

« L’équipe est en pleine confiance »

Repro 13HF

Tu penses encore à la première place ou tu prépares déjà la saison prochaine ?
J’ai tellement vu de trucs dans le football que je ne fais aucun plan sur la comète. Je prends match après match, mais je veux tout gagner. Et on fera le bilan à la fin. Je veux monter l’équipe le plus haut possible au classement, il est là l’objectif aujourd’hui : je vois que Istres et Hyères sont un point devant moi, je veux les dépasser. Et Rumilly est à 4 points, je veux les rattraper aussi, et si on les rattrape, ensuite on verra.

Là, on reçoit deux fois lors des trois prochaines journées (Rousset et Hyères), je ne dis pas que cela va être facile, attention, mais on sera chez nous, à Duvauchelle et pas sur un synthétique. Et entre les deux, on va à Saint-Maur. Il faut qu’on prenne le maximum de points. En foot ça va très vite. Je me souviens, une année, Troyes avait 10 points d’avance en Ligue 2, ils ont perdu le championnat. Nîmes va rencontrer Saint-Maur et Cannes, et automatiquement des équipes vont perdre des points… Je pense que le tournant, il sera à Saint-Maur, lors du derby, si on arrive à faire un résultat là-bas. Je ne m’interdis rien. L’équipe est en pleine confiance.

Tu as commencé à entraîner très tôt : racontes-nous les débuts ?
Après Arles, quand j’ai arrêté de jouer, j’ai passé mes diplômes de préparateur physique au Creps de Montpellier. Là, Olivier Dall’Oglio m’a fait venir pendant un an en stage avec lui au centre de formation de Nîmes Olympique. Il avait même demandé au président de l’époque (Jean-Louis Gazeau) de m’embaucher. Puis Bernard Boissier m’a pris comme préparateur physique de tout le centre de formation. J’avais le diplôme de la FFF. Ensuite, Jean-Luc Vannuchi a pris la réserve de Nîmes, et m’a demandé de l’accompagner comme adjoint chargé de la prépa, en plus de mon rôle au centre de formation. Pour moi, c’était cool, j’avais 26 ans, ça a bien fonctionné, on a fini champion de CFA2 (N3).

La saison suivante, on commence la saison en CFA (N2) et puis Jean-Luc remplace Régis Brouard à la tête de l’équipe Une en National. J’avais déjà passé mon DEF, l’équivalent du DES d’aujourd’hui, et j’ai entraîné la réserve, avec Bernard Boissier qui est venu m’aider. En même temps, je continuais avec Jean-Luc en National, toujours comme préparateur physique, et le club est monté en L2. Il m’a pris avec lui mais en 2007, il s’est fait virer. C’est là que Jean-Michel Cavalli arrive. comme j’avais aussi le diplôme d’analyste vidéo, Jean-Michel m’a pris avec lui comme véritable adjoint cette fois, avec en plus le rôle de préparateur physique et d’analyste vidéo. J’avais trois casquettes ! Il y avait aussi Jean-Marc Sibille, entraîneur des gardiens. La saison a été galère mais on s’est sauvé en Ligue 2, je m’en souviens, c’était à Brest. Jean-Michel Cavalli, c’est lui qui m’a tendu la main ! Jean-Louis Gazeau voulait le faire signer Cavalli trois ans, mais Cavalli a dit « je ne signe pas tant que le petit (moi !) ne signe pas 3 ans aussi… » Ce sont des choses qu’on n’oublie pas. J’ai travaillé avec José Pasqualetti aussi.

« Jean-Michel Cavalli m’a donné à manger »

On sent que Cavalli, tu le portes dans ton coeur…
Il m’a donné à manger. Il était comme mon père. J’aurais bouffé n’importe qui pour lui. Si quelqu’un s’approchait trop de lui ou lui parlait mal, je le protégeais, parfois, on « s’engrenait » sur le banc avec des bancs adverses, c’est sûr, je répondais. C’est ça qui m’a « mis » une petite réputation, mais avec le temps, ça s’est atténué, même si je suis allé au Gazelec Ajaccio aussi…

En L1 ou L2, tu as des joueurs de forts caractères : par exemple, à Nîmes, Bernard Blaquart était quelqu’un de très gentil, qui avait beaucoup d’empathie pour les joueurs, et parfois, certains d’entre eux venaient dans son bureau pour lui demander des explications, « pourquoi tu ne me fais pas jouer… », et le menaçaient. Peut-être que si je n’avais pas été là parfois pour les calmer… Laurent Boissier faisait aussi le tampon, comme moi. J’ai toujours pensé que le joueur te respectait non pas par la peur, mais par la compétence. J’ai appris de beaucoup d’entraîneur : c’est ce que je disais à Olivier (Miannay, le DG de l’US Créteil) par exemple ici à Créteil, quand tu arrives dans une entreprise où ça se passe mal, il faut élaguer, c’est comme ça que font les grosses entreprises. Il virer les personnes qui n’ont pas un esprit sain, sans s’énerver : les mecs, je les reçois dans le bureau, et je leur explique : « Voilà, aujourd’hui, tu ne corresponds plus au projet, parce qu’on joue d’une certaine manière, ça n’enlève à rien à tes qualités ». Je pas besoin de hurler ou de me disputer.

Nîmes, ton club de coeur ?
J’y ai passé de vrais bons moments, avec Jean-Michel Cavalli bien sûr quand je suis passé adjoint, avec Noël Tosi aussi qui a remplacé Jean-Michel (en novembre 2010), avec Jean-Luc Vannuchi aussi, quand je n’étais, entre guillemets, « que » le prépa physique. Et au club, on m’a dit que ce serait bien de passer le BEPF pour entraîner en pro, j’ai été admis dans la cession 2018-2019, ça s’est bien passé.

Il y avait d’ailleurs du beau monde avec toi (Laurent Bonadei, Vincent Bordot, Mathieu Chabert, Richard Déziré, Stéphane Jobard, Nicolas Le Bellec, Fabien Lefèvre, Karim Mokeddem, Laurent Peyrelade) : tu es en contact avec tous ?
J’ai gardé des contacts, bien sûr, on avait une bonne promotion, on s’entendait bien. Stéphane Jobard, Vincent Bordot, on se parle de temps en temps, Nicolas Le Bellec habite près de chez moi, Laurent Peyrelade habite Montpellier, Laurent Bonadei, qui a joué à Toulon avec mon cousin, m’a invité en Arabie Saoudite pour la coupe du Monde, Richard Déziré un peu moins.

« Avec Nicolas Usaï, Nîmes serait encore en Ligue 2″

Zakaria Belkouche, un joueur « free » ! Photo Philippe Le Brech

Et Karim Mokeddem, à qui tu as succédé sur le banc de Créteil ?
Depuis que j’ai pris le poste à Créteil, non, mais bon, voilà, c’est rien. Quand on se verra, on se parlera, bien sûr. Il y a quand même un truc en France, avec lequel on a du mal : par exemple, les Portugais, eux, quand il y en a un qui s’en va, il est remplacé par un autre. Les Portugais, ils font venir leur collègues, et nous, en France, on se jalouse. Moi, je ne suis pas du tout comme ça.

Quand Nicolas Usai est arrivé à Nîmes à la place de Pascal Plancque, qui était mon adjoint, il m’a téléphoné, on s’est parlé, et je vais même aller plus loin : quand il s’est fait virer (en janvier 2023), j’ai dit aux journalistes que la plus grosse « connerie » de Nîmes, c’était d’avoir Nicolas Usai. Il venait de gagner contre Bordeaux à domicile… Avec lui, le club serait encore en Ligue 2 aujourd’hui. Parfois, dans ce métier, il faut le dire et savoir le dire, il faut savoir défendre les mecs quand ils font du bon travail. Or j’ai l’impression qu’en France, on a du mal avec ça, on a peur de le dire, de peur que notre travail soit dévalorisé. Mais pas du tout ! Il fait du bon travail, point barre ! Parce que beaucoup ont la critique facile.

Tu as aussi entraîné les chômeurs de l’équipe de l’UNFP en 2023 : raconte-nous cette expérience ?
Déjà, je ne parle jamais de « chômeurs », mais de joueurs en transit : 70 à 80% retrouvent un club pendant le stage. Quand l’UNFP m’a demandé de prendre en charge l’équipe, j’ai dit « oui » tout de suite. Tu vois, Pascal Bollini, le directeur de l’UNFP, aussi lui avait des apriori sur moi, mais je me suis entendu à merveille avec lui et avec tous les gens autour. Les joueurs se sont éclatés, on a rigolé tous ensemble. Voilà, c’est pour ça, quand on me connaît, on voit que je suis fidèle en amitié, que je suis « plus » famille, des choses comme ça. Mon passage à l’UNFP m’a beaucoup apporté, grâce à Pascal Bollini aussi qui a ensuite véhiculé une belle image de moi aussi après de tous, ça m’a aidé pour mon image. Je suis retourné les voir en stage l’année suivante, et quand j’étais à Virton, on a joué contre eux.

« Tout le monde veut battre Créteil »

Le gardien cristolien Hugo Cointard. Photo Philippe Le Brech

Ton équipe, du fait de l’arrivée de Xavier Niel à la tête du club, a-t-elle beaucoup de pression ?
Tout le monde veut battre Créteil, parce que nos adversaires se disent qu’il y a des gros salaires ici, tu sais comment c’est, et quand ils jouent contre nous, on voit qu’ils sont motivés. Je trouve que mon équipe est un peu à mon image, elle a du caractère, elle presse, elle est agressive, je lui demande de défendre debout, elle tacle très peu. Elle est devenue l’équipe qui court le plus dans le championnat, on a des statistiques là-dessus. C’est ce que je dis à mes joueurs pour les rassurer : quand on court plus que l’adversaire, on a 70 % de chance de ne pas perdre. Mais l’inverse nous est arrivé, contre Istres, on a plus couru qu’eux, mais on a perdu (0-1, fin janvier). Bon, ça arrive une fois.

Le National 2, tu le trouves comment ?
Je ne le connaissais pas. Je trouve qu’il y a un bon niveau, surtout dans cette poule, qui est intéressante. Il y a des bons joueurs. Mais ce n’est pas comme au haut niveau, où les équipes sont très homogènes. Là, chaque équipe a ses caractéristiques : celle-ci a un très bon tireur de coups de pied arrêtés ou un bon 10, ou un bon 9, celle-là a une très bonne charnière centrale, comme à Nîmes avec trois défenseurs centraux intéressants. Celle-là est plus complète, comme Cannes, que je trouve complet dans tous les compartiments, mais ils prennent beaucoup de buts, ils s’ouvrent un peu, ils encaissent souvent le premier but. D’ailleurs, on va aller à Cannes (le 18 avril à Coubertin) et ce match, je l’attends avec impatience, parce que j’ai envie de me mesurer à cette équipe. Au match aller, on avait pris un rouge rapidement (0-0).

National 2 (J23) : samedi 28 mars 2026, à 18h, au stade Duvauchelle : US Créteil – FC Rousset Sainte-Victoire

Stephen Quemper. Photo Philippe Le Brech
Aboubacar Magnora. Photo Philippe Le Brech
Adrien Louveau. Photo Philippe Le Brech
Tommy Iva. Photo Philippe Le Brech
  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH à Créteil
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La Berrichonne de Châteauroux a un nouvel entraîneur pour son équipe de National, actuellement classée 15e et première non-relégable (avec seulement un point d’avance sur la zone de relégation). Il s’agit de Damien Ott, qui remplace donc Valentin Guichard, arrivé en début de saison de Jura Sud. Juste avant de signer à l’AS Cannes, en National 2, club qu’il a conduit à la 2e place du championnat derrière Le Puy-en-Velay FC et en demi-finale de la coupe de France 2025, après avoir déjà les 1/4 de finale avec l’US Avranches en 2017, Damien Ott s’était longuement confié chez nous. Retrouver l’intégralité de son portrait :

Damien Ott : « Je ne lâche jamais le morceau »

https://13heuresfoot.fr/actualites/damien-ott-je-ne-lache-jamais-le-morceau/

Damien Ott, en avril 2025, avec Cannes, en conférence de presse avant la demi-finale contre Reims. Photo 13HF