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L’aventure en Coupe de France avec les Diables rouges lui a permis de se faire connaître par la France du football ! Formé au PSG avant de connaître un parcours chaotique, la doublure d’Axel Maraval dans les cages du FCR, en National, espère enfin avoir donné un nouvel élan à sa carrière.

Photo Philippe Le Brech

Ce jeudi 28 février, Léonard Aggoune est au bord des larmes. Valenciennes (L2) vient d’éliminer le FC Rouen (National) aux tirs au but et de décrocher son billet pour les demi-finale de la Coupe de France. Héros de la qualification en 8e de finale face à Monaco où il avait transformé la séance de tirs au but en véritable one man show à coups de grimaces, grands gestes, bras agités et « chambrages », le gardien de 26 ans a, cette fois, laissé la vedette à son homologue Jean Louchet qu’il avait côtoyé au centre de formation du PSG. « C’est une grosse déception », reconnaît-il.

La Coupe de France avait permis à la doublure d’Axel Maraval d’être propulsé en pleine lumière. Depuis, il a retrouvé l’ombre qui l’a souvent escorté dans sa carrière depuis son passage au centre de formation du PSG. Mais le gardien passé ensuite par Chypre, Créteil (à deux reprises), les Ulis et Moulins reste très ambitieux pour la suite. Pour 13HeuresFoot, il a déroulé avec franchise et franc-parler le fil d’une carrière parfois chaotique.

« Sur un terrain, je suis un chien ! »

Photo Philippe Le Brech

Grâce à la Coupe de France, vous avez été très médiatisé. Comment avez-vous vécu le fait de vous retrouver subitement dans la lumière. C’est grisant ?
Je l’ai vécu tout à fait normalement. Je ne suis pas du genre à m’enflammer. Mais j’ai une carrière un peu atypique où j’ai connu le très bas… La Coupe de France m’a permis de faire ma promo. J’ai pu enfin montrer ce dont je suis capable. Mais je m’en fiche d’être dans la lumière ou pas. Ce qui compte, c’est que je prenne du plaisir et que je fasse avancer ma carrière.

Vous avez montré une personnalité plutôt exubérante, notamment lors des séances de tir aux buts…
J’ai juste essayé de jouer avec les tireurs, pour les tester et les déconcentrer comme quand je dis au Monégasque Akliouche « Je suis désolé, t’es trop jeune, c’est trop pour toi, c’est terminé ». Et ça a marché ! Oui, je suis marrant dans la vie et j’aime bien rigoler. Mais je n’ai pas envie de passer pour un clown non plus. Dans la vie, je suis gentil mais sur un terrain, je me transforme en chien.

Photo Philippe Le Brech

« Je ne suis pas revanchard »

A quoi pense-t-on quand on a un Balogun en face de soi qui doit gagner au moins 100 fois plus que vous ?
A arrêter son penalty, comme les autres… Sur un terrain, on est là pour jouer au foot, on ne pense pas à l’argent. Le penalty, c’est un face à face entre le tireur et moi. Je ne regarde pas son CV même si forcément, ceux de Monaco, je les connaissais un peu plus. Mais c’est vrai que sortir un penalty d’un joueur comme Balogun, c’est juste incroyable comme sensation.

Après la qualification contre Monaco, vous aviez lancé « Je montre à tous ceux qui avaient douté de moi qu’il ne fallait jamais douter de moi… ». C’est donc une revanche pour vous ?
Non, je ne suis pas revanchard. Mais je n’ai pas oublié ceux qui n’ont pas cru en moi, les coups bas que j’ai reçus. Je me sers de tout ça pour me motiver moi-même. Pas pour prendre ma revanche sur untel ou untel.

Photo Bernard Morvan

Votre début de carrière était pourtant prometteur avec une signature au PSG en U13…
J’ai grandi à Paris puis mes parents ont déménagé dans les Yvelines. J’étais à Versailles quand j’ai signé au PSG. J’y suis resté 8 ans dont 3 au centre de formation. J’y ai passé des supers moments. En 2016, j’ai remporté le championnat de France U19 face à Lyon. Dans mon équipe, il y avait notamment Ballo-Touré, Alex Georgen, Christopher Nkunku, Jonathan Ikoné ou Odsonne Édouard. J’ai également joué des matchs de National 2 et un match de Youth League contre Malmö. J’étais remplaçant lors de la finale perdue contre Chelsea (1-2). C’est Rémy Descamps (aujourd’hui à Nantes) qui était titulaire. Tout ça, ça reste des grands moments. J’ai côtoyé beaucoup de gardiens qui sont aujourd’hui en Ligue 1 ou Ligue 2 comme Diaw, Descamps, Cibois, Mpasi ou Louchet sans parler de Maignan ou Areola. Ca montre le niveau qu’il y avait au PSG. J’ai aussi participé à des entraînements avec les pros. Se prendre des frappes de Di Maria, Cavani ou Ibrahimovic, c’est impressionnant et ça permet de situer son niveau. Mais à la fin de mon contrat stagiaire pro en 2017, le PSG ne m’a rien proposé.

En avez-vous voulu au PSG ?

Photo Bernard Morvan

Non car le PSG est le meilleur centre de formation de France. J’y ai tout appris grâce à mes coachs Éric Leroy, Alfred Dossou-Yovo et Jean-Luc Aubert. Mais j’étais dans un cocon, je ne connaissais pas la vie ni le monde du foot, qui est plein de vices et où il est difficile de trouver des gens de parole. Quand je n’ai pas eu de contrat, j’ai été lâché dans la nature, sans rien. J’ai passé plusieurs nuits sans dormir. Je pensais rebondir dans un club pro comme numéro 3 ou numéro 4 mais je n’ai rien eu. J’ai juste fait un essai avec mon ancien club, Versailles qui était alors en National 3. Je suis passé d’un quotidien où tout le monde est aux petits soins pour toi, où je m’entraînais parfois avec Zlatan, au chômage. Quand tu as 20 ans, tu prends ça en pleine tête. Mentalement, c’est dur.

Comment avez-vous atterri à Chypre ?
Le mercato état bien avancé. Un agent m’a proposé d’aller faire un essai à Paphos. Ca a marché et j’ai signé un contrat pro d’un an. J’étais doublure et le coach, c’était Luka Elsner. J’ai adoré la vie à Chypre, il faisait toujours beau, le pays est magnifique. Je me suis vite adapté. Partir comme ça, seul, à l’étranger, m’a fait grandir. Je suis devenu un homme. Franchement, c’était une expérience géniale. J’ai été titulaire lors des quatre derniers matchs de la saison. Le club m’avait fait la promesse de resigner.

« Je me suis demandé si le foot n’était pas fini pour moi »

Photo Philippe Le Brech

Pourtant, on vous retrouve quelques semaines plus tard comme doublure de Stéphane Véron à Créteil qui venait d’être relégué en N2. Que s’est-il passé ?
J’ai été naïf et je me suis fait avoir. J’ai fait l’erreur de ne rien signer et de partir en vacances. Et il n’y a plus eu de proposition de Paphos. Le pire dans l’histoire, c’est que j’avais refusé un autre club à Chypre car je croyais resigner à Paphos. Comme je n’avais rien, je suis allé à Créteil. Cette saison, on est remonté en National. Stéphane Véron est un très bon gardien. Moi, j’ai joué avec la réserve en National 3 et le dernier match de National 2. Mais à la fin de cette saison, je n’avais rien du tout. Mais vraiment rien. Juillet, août et septembre sont passés. Je me suis demandé si le foot, ce n’était pas fini pour moi. J’avais 21 ans et pour les clubs, pas d’expérience, à part la N3. C’est un coup de fil de l’entraineur des Ulis (N3) qui m’a permis de rester dans le circuit. Son gardien venait de se blesser au genou et il m’a proposé de venir. J’ai été reclassé amateur. On s’entraînait le soir. Mais je remercie vraiment le club des Ulis de m’avoir accueilli et permis de jouer, plutôt que de rester chez mes parents à ne rien faire. Mais en mars 2020, la saison s’est arrêtée à cause du covid.

Le FC Rouen. Photo Philippe Le Brech

Ensuite, vous resignez aux Ulis…
Je n’avais rien d’autre et comme je me sentais bien aux Ulis… J’étais parti dans l’idée de faire une saison pleine. Mais après cinq matchs, nouvel arrêt à cause du covid. Un nouveau coup d’arrêt pour moi aussi. J’ai passé un diplôme de chauffeur au cas où…

Mais je n’ai jamais voulu abandonner pour autant. J’y croyais toujours. Sans prétention, je pensais quand même avoir au moins le niveau N2. Mais c’est un cercle vicieux : on te stigmatise car tu n’as pas de temps de jeu à ce niveau et on ne te donne pas ta chance.

En juillet 2021, vous revenez à Créteil mais cette fois comme numéro 3 en National…

Photo Bernard Morvan

Après les deux arrêts à cause du Covid, je voulais rejoindre une structure un peu plus pro où je savais que je pourrais m’entraîner dans des bonnes conditions. Et en National, je me disais aussi qu’il y avait moins de chance que la saison soit stoppée. J’ai pris sur moi… J’étais payé au lance-pierre, je mettais 1 h 45 le matin pour venir m’entrainer. Je partais à 6 heures d’Houdan (Yvelines) pour rejoindre Créteil où on devait prendre le petit déjeuner ensemble. Cette saison, on est descendu en N2. J’étais numéro 3 derrière Riffi Mandanda et Romain Cagnon et je jouais avec la réserve en N3. Mais cette saison m’a quand même rassuré sur mon niveau.

Comment avez-vous rejoint Moulins-Yzeure ?
Grâce à mon cousin et préparateur mental, Rémy Laasri, qui connaissait du monde dans ce club. J’avais aussi de la famille en Auvergne. J’ai débuté sur le banc mais après cinq matchs, le coach, Stéphane Dief, m’a mis titulaire. Je le suis resté jusqu’au bout. J’ai tenté un pari en quittant la région parisienne et ça a marché. Au final, j’ai réalisé ma première saison complète en N2. Mais on est descendu en N3. On était en mai, il commençait à faire beau à Moulins, j’étais en terrasse dans une brasserie avec mon ordinateur et je faisais des recherches. J’ai vu que Rouen était en position de monter. Je me suis proposé au club en envoyant des vidéos. Jean-Luc Aubert, mon entraîneur des gardiens au PSG, qui est passé par Rouen, a appuyé mon dossier et ça a matché.

« J’espère que des portes vont s’ouvrir »

Vous veniez enfin d’effectuer votre première saison comme titulaire en N2 mais vous êtes redevenu doublure en National à Rouen. N’est-ce pas un peu frustrant ?

Photo Bernard Morvan

Le marché des gardiens est particulier, je savais que pour me rapprocher du haut niveau, je devais déjà passer par la case doublure en National. Je sais que j’ai perdu beaucoup de temps. Mais tout en restant humble, je suis toujours ambitieux. J’espère devenir titulaire en National et monter encore plus haut. J’ai la double nationalité franco-Algérienne. Être appelé un jour avec l’Algérie fait aussi partie de mes objectifs. Mais je ne me prends pas encore la tête avec mon avenir. On verra bien. J’espère quand même que, grâce à la Coupe de France, des portes vont s’ouvrir pour moi, sinon je ne vois pas ce que je pourrais faire de plus…

Que retenez-vous de votre parcours tumultueux ?
Qu’il faut croire en soi et qu’il ne faut pas toujours écouter les gens. Parfois, ça peut payer… Je me dis, « tu as cru en toi, tu as persévéré malgré les difficultés et tu as fini par être récompensé ».

Léonard Aggoune, du tac au tac

Photo Philippe Le Brech

Votre meilleur souvenir ?
Les qualifications en Coupe de France cette année avec le FC Rouen face à Toulouse et Monaco. En jeunes, le titre de champion de France U19 avec le PSG.

Votre pire souvenir ?
Quand je me suis retrouvé sans club en août et septembre 2019 en sortant de Créteil. Je n’avais rien du tout. Quand les Ulis (N3) m’ont appelé, j’y suis allé. J’ai été reclassé amateur.

Pourquoi êtes-vous devenu gardien ?
Je devais avoir 10-11 ans et je jouais ailier. Lors d’un match d’entraînement avec le FC Versailles, le gardien habituel n’était pas là ou n’avait pas voulu jouer dans les buts. J’y suis allé. J’ai dû faire un arrêt mais j’étais super content. Du coup, je suis resté dans les buts.

Votre plus bel arrêt ?

Photo Bernard Morvan

Cette année, en 32e de finale de la Coupe de France à Louhans-Cuiseaux (N3). J’ai détourné une volée à bout-portant sur le poteau. Le score était alors de 0-0 et on gagne ensuite 2-0.

Qualités et défauts ?
Pour mes qualités, je dirais, le jeu au pied, l’explosivité, le sens tactique et la détermination. Au niveau des défauts, je suis un peu trop impulsif. Mais je n’ai jamais pris de cartons rouges.

Le club ou la saison où vous avez pris le plus de plaisir ?
La saison du titre en U19 avec le PSG et cette saison avec le FC Rouen avec ce parcours en Coupe de France. On ressent un gros engouement autour de nous.

Le club où vous avez regretté de signer ?
Le FC Pôle-Emploi ! Mais ce n’était pas mon choix. Plus sérieusement, je ne regrette aucun de mes choix. Même quand ça s’est mal passé, ça m’a forgé.

La région parisienne où vous avez grandi, La Normandie, l’Auvergne ou Chypre où vous avez joué ?
Je suis très attaché à la région parisienne. C’est chez moi. Mais j’aime bien la découverte aussi. J’ai apprécié Chypre, Moulins et je me plais bien à Rouen. La ville est vraiment sympa et en plus, ce n’est qu’à une heure de chez mes parents à Houdan (Yvelines).

Les joueurs les plus forts avec qui vous avez joué ?

Photo Bernard Morvan

Au PSG, il y en a eu beaucoup, Kingsley Coman, Christopher Nkunku, Jean-Kevin Augustin, Moussa Dembélé…

Le joueur le plus fort contre qui vous avez joué ?

C’est récent. Golovin de Monaco en Coupe de France. Balle au pied, c’est un monstre.

Les entraîneurs qui vont ont marqué ?
Mes trois entraîneurs de gardiens au PSG : Éric Leroy, Alfred Dossou-Yovo et Jean-Luc Aubert. Pour le coach principal, François Rodrigues avec les U19 du PSG et Maxime d’Ornano cette saison à Rouen.

Vos amis dans le foot ?
Harold Voyer (Le Mans) avec qui j’ai joué au PSG. Je le considère comme mon frère.

Un stade mythique ?

Photo Bernard Morvan

Robert-Diochon à Rouen. Il respire vraiment le foot. C’est le plus beau de tous les stades où j’ai joué.

Un modèle ou une idole de jeunesse ?
Steve Mandanda. Je joue avec le numéro 30 comme lui. A Créteil, j’ai joué avec l’un de ses frères, Riffi Mandanda. Mais je n’ai pas forcé, je ne suis pas allé lui parler pour lui dire : tiens ton frère Steve a été un modèle pour moi… Je n’ai pas non plus fait ma groupie en allant lui demander le maillot de son frère.

Si vous n’aviez pas été footballeur pro ?
Franchement aucune idée… Quand j’étais sans club, certains m’ont dit qu’il vaudrait peut-être mieux pour moi que je trouve un boulot… Mais cela ne venait pas de ma famille. Elle, elle m’a toujours soutenu. A un moment, j’ai quand même passé un diplôme pour être chauffeur VTC. Après, j’ai toujours aimé le sport. Plus jeune, j’ai aussi pratiqué le judo. J’étais pas mal… J’ai terminé 3e d’un championnat Ile-de-France.

Le milieu du foot en quelques mots ?
Un milieu où il y a beaucoup de vices et de vicieux. C’est dur de trouver des vrais hommes de parole.

Championnat National – mardi 12 mars 2024 (match en retard de la 13e journée) : FC Rouen – FC Villefranche Beaujolais, au stade Diochon, à 19h30.

Photo Philippe Le Brech
Photo Bernard Morvan
Photo Philippe Le Brech
Photo Philippe Le Brech

Texte : Laurent Pruneta

Twitter : @PrunetaLaurent

Photo de couverture : Philippe Le Brech

Photos : Philippe Le Brech et Bernard Morvan

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L‘attaquant vendéen ne cesse d’empiler les buts ! À 29 ans, il a étoffé son jeu, atteint la maturité et la plénitude des ses moyens même si ce n’est « qu’en » N3, alors qu’il rêvait de haut niveau.  S’il admet ne pas toujours avoir fait le bon choix, il vit sa meilleure période et en profite pleinement. Après la pluie, le beau temps !

Jordan, sous le maillot de Pacy-sur-Eure, à 6 ans, pour sa première licence !

Avec près de 30 buts inscrits en une saison et demie, le buteur patenté du Poiré-sur-Vie (29 ans) n’a pas vécu un long fleuve tranquille au cours de sa carrière ! De ses débuts à Pacy-sur-Eure, Fréjus, Imphy-Decize, Beauvais ou encore Jura Sud, en passant par les centres de formation du Stade Rennais et du Havre, l’attaquant longiligne (1m93), né à Avranches (Manche), a comme beaucoup touché du doigt le rêve d’évoluer chez les pros, avant de tracer les contours d’un parcours seniors en amateur aux quatre coins de la France, en partant de Béziers et en passant par Chambly, Angoulême ou encore Poitiers.

« Il fallait toujours qu’il ait un ballon avec lui, dès ses 2 ou 3 ans », se souvient d’ailleurs son père, Sébastien Cuvier, grand buteur qui a fait carrière dans les années 90 et aujourd’hui entraîneur du FC Nueillaubiers, dans les Deux-Sèvres(son club est actuellement 1er en R1).  Jordan a suivi ses traces par moments, pendant sa formation d’abord, puis en seniors où il a inscrit une centaine de buts entre le National 2 et National 3. Une image « père-fils » qui lui a parfois collé à la peau, un profil atypique qui l’a aussi guidé au cours d’une carrière riche, faite de choix et de rebondissements, qu’il tend à poursuivre dans les Pays de la Loire où il semble avoir trouvé l’endroit idéal pour boucler sa mission.

  • Ses débuts à Jura Sud (2008-2011)
Jordan et son père Sébastien, à l’époque de Chambly, après un match à Epinal, en National (2016-2017).

« De très bons souvenirs ». C’est en ces termes que Jordan Cuvier définit son passage à Jura Sud, un club fondé en 1991, partenaire de l’Olympique Lyonnais, qu’il a rejoint après avoir fait ses premiers pas à Pacy-sur-Eure puis à Fréjus : « On avait une belle bande de potes en 14 ans Fédéraux. On disputait des tournois aussi, les parents étaient au bord des terrains… C’était l’ambiance d’un club amateur » se souvient l’attaquant qui avait déjà passé beaucoup de temps à suivre son papa au bord des terrains. C’est quand sa famille s’installe en Bourgogne-Franche-Comté à l’époque, à Molinges, où « Jura » est basé, et où Sébastien Cuvier devient coach de la N2 (2008-2012), qu’il va être repéré : « On a très vite décelé qu’il aimait ce sport, que marquer des buts était dans ses gênes. On dit souvent qu’il est né avec un ballon » confie son papa (53 ans), ancien attaquant professionnel (et prolifique) à Troyes, Valenciennes ou encore Istres dans les années 90. « J’ai passé beaucoup de temps à l’extérieur après mes entraînements avec Jordan, qui m’accompagnait tout le temps, même aux soirées avec les coéquipiers (sourires). Il fallait toujours qu’il ait un ballon ».

Sous le maillot du Stade Rennais. Photo Philippe Le Brech

Les qualités de Jordan vont logiquement le conduire vers la voie professionnelle : si l’OL semblait être une destination naturelle, de par sa proximité avec Jura Sud, c’est bien le Stade Rennais qui obtient les faveurs de la famille Cuvier.

« Il avait effectué plusieurs essais à Lyon à l’époque où Joël Bats entraînait encore les gardiens. Au même moment, il y avait des joueurs comme Ishak Belfodil qui voulaient s’imposer » poursuit Sébastien Cuvier. Des propos complétés par Jordan : « Quand Damien André quitte Jura Sud à l’époque pour Lyon, ça fait beaucoup parler au club et je sais que le choix, s’il se présentait, allait être compliqué. La structure scolaire proposée par les dirigeants bretons a fait la différence avec l’OL parce qu’en termes de football, ce sont deux des centres de formations les plus reconnus en France ».

  • La rencontre et les retrouvailles avec Franck Haise (2012-2013)
Les retrouvailles en coupe de France avec Franck Haise, lors d’un Poitiers-Lens en coupe de France.

Repéré par Philippe Barraud, ancien coéquipier à Poitiers de Sébastien Cuvier et « scout » pour les Rouge et Noir il y a une dizaine d’années, le natif d’Avranches va intégrer le groupe des U17 Nationaux dans un centre de formation qui a la particularité d’être intégré au stade : « J’ai eu la meilleure formation possible avec Franck Haise en U17, Julien Stéphan en U19 et Régis Le Bris en CFA (N2). Ce sont trois entraîneurs qui viennent du monde amateur et qui m’ont donné les rouages pour assurer la meilleure transition avec le monde pro ».

Si aujourd’hui les trois occupent une place sur un banc en Ligue 1, l’ancien Rouge et Noir garde un attachement particulier pour ses années de formation : « Franck Haise a eu le rôle de papa protecteur mais honnête car il a fallu entendre qu’il y avait de la concurrence à mon poste, même chez les jeunes. Je me souviens que, quand je m’entraînais, il y avait des mecs comme Adrien Hunou (Angers) ou encore Pierre-Yves Hamel (Paris FC). Il fallait vraiment avoir le niveau (sourires) ».

Lors de Poitiers-Lens.

Aujourd’hui à Lens, le coach Sang et Or a recroisé la route de son ancien poulain en Coupe de France, il y a deux ans, lors d’un déplacement en 32e de finale à Poitiers (N3) où le RC Lens s’était difficilement imposé (1-0) : « Je m’intéresse à ce club parce que c’est une belle équipe mais surtout parce que c’est lui le coach, sourit Jordan Cuvier; on a fait un super match ce jour-là ! C’est un de mes meilleurs souvenirs ». Pendant un quart d’heure, les deux hommes ont pu échanger après les débats et se rappeler le bon vieux temps : « Il m’a demandé des nouvelles de ma fille, il n’a pas oublié mon passage à Rennes et il m’a dit de continuer à faire ce que je faisais, même si c’est « là ». Il m’a toujours protégé et défendu… aujourd’hui, ses aventures comme celles de mes anciens coéquipiers, c’est le fil rouge de ma carrière ». Un petit clin d’œil adressé notamment à Wesley Said, avec qui il était en concurrence en U17 notamment, mais aussi à Florian Sotoca, qu’il a connu à l’AS Béziers par la suite. « On est souvent en contact avec Flo, Wesley aussi. C’était bien sympa de pouvoir se charrier avant le match ».

  • Le Havre puis un retour compliqué en amateur (2014)
Avec les U19 Nationaux de Rennes en 2010-2011. Photo Philippe Le Brech.

Non conservé à la Piverdière en 2013 alors qu’il finit meilleur buteur du réputé tournoi européen U21 de Ploufragan, Jordan a l’opportunité de poursuivre sa formation non loin, au Havre, où il va continuer de se forger pendant six mois jusqu’à faire deux bancs en Ligue 2 avant son départ : « Il arrivait d’un club amateur en Bretagne et il pensait pouvoir gravir les échelons rapidement. Il s’est entraîné quotidiennement avec Franck Haise, il a toujours marqué ses buts mais il lui manquait peut-être ce petit truc » analyse Sébastien Cuvier.

Avec Le Poiré-sur-Vie, cette saison, en National 3. Photo Philippe Le Brech

Et puis, il y a eu des changements qu’il a fallu encaisser, comme la prise en charge individuelle, le plus grand nombre de séances, la sortie de vie familiale. « Physiquement, il fallait qu’il s’épaississe rapidement et ça n’a pas été simple. Mon rôle a été de l’accompagner, d’abord dans la peau du coach mais dans celle du père (sourires) ».
Considéré comme un « profil atypique », de par sa taille notamment (1,93m), Jordan retient avec le temps les exigences du monde professionnel : « Mon père est passé par-là et je pense qu’il a su aussi avoir les mots quand ça allait moins bien pour comprendre aussi que la performance doit être immédiate dans un club professionnel. On va forcément privilégier quelqu’un qui va plus vite, qui fait plus de différence tout de suite ».

A l’entraînement, à Poitiers. Photo Philippe Le Brech

Il ne signera finalement jamais professionnel malgré la génération qu’il a pu côtoyer : « Je suis resté en contact avec Timoué Bakayoko, Zana Allée, Ferland Mendy… le mec joue au Real Madrid aujourd’hui mais n’oublie pas d’où il vient ! Avec du recul, je me dis que je n’ai pas signé de contrat pro mais je suis tombé avec des bons mecs… huit, neuf gars avec qui on ne s’est jamais lâché ! ».

Une fois la page havraise tournée, direction l’AS Béziers (CFA), à l’autre bout de la France, en juillet 2014 (13 matchs, 3 buts). Une destination qui marque le début d’un nouveau chapitre : « J’ai la chance de pouvoir vivre du foot après mon départ du centre au Havre. Ce n’est pas donné à tout le monde ». Un passage qui lui remet les pieds sur terre : « J’avais navigué dans le Nord et je découvre le Sud avec une mentalité différente. Je n’étais peut-être pas prêt à retrouver cette ambiance, un rythme de trois séances par semaine, des mecs qui bossent à côté ». Jordan n’a que 20 ans à ce moment-là. Pour lui, c’est important de trouver un cadre où il peut s’épanouir. « J’ai ensuite l’opportunité de signer à Lège-Cap-Ferret en CFA2 (N3) où il y a notamment Pierre Lees-Melou dans l’effectif. Mais c’est pareil, je ne joue pas (9 matchs, 2 buts) et il fallait que je bouge ».

  • Chambly, le tournant de sa carrière (2016-2017)
Sous le maillot de Chambly, Jordan inscrit un but en National en 9 matchs. Photo Philippe Le Brech

Prendre le temps de digérer, c’est aussi ça qu’il espère après sa formation faite de hauts et de bas. Des expériences qui le conduisent à vivre un dépôt de bilan à l’AS Moulins lors de la saison 2015/2016 alors qu’il effectuait un premier exercice abouti en CFA au stade Hector-Rolland sous les ordres d’Hervé Loubat (19 matchs, 8 buts). Reclassé en amateur par la suite, Jordan Cuvier encaisse ce coup dur sans penser qu’il allait vivre, quelques mois plus tard, un nouvel épisode tumultueux à Chambly : « J’avais la possibilité d’évoluer en National et de me rapprocher du niveau que j’espérais. On finit aux portes de la Ligue 2 en 2016-2017 et le groupe jouait la montée la saison d’après… sauf que je fais le choix de partir et je pense que c’est la seule erreur de ma carrière ».

Alors qu’il s’était engagé pour 2 ans avec Chambly, Jordan, qui avait pris part aux débats avec l’équipe première, avait inscrit 23 buts avec la réserve, en DH (R1), accession en National 3 au bout ! « J’étais performant en équipe II mais j’ai été très impatient, c’est ce qui m’a coûté mes derniers espoirs de pouvoir goûter au niveau professionnel » regrette-t-il.

Avec Chambly, en National, en 2016-2017. Photo Philippe Le Brech

L’été suivant, il « redescend » en National 2, où Romorantin l’accueille en 2017. Jordan concède brièvement s’y « être perdu » pendant un an. Il n’a pas digéré ni encaissé ses précédents choix : « J’avais tout fait pour remonter, toucher le haut niveau, mais sur une réflexion guidée par l’impatience, j’ai perdu la dernière chance que j’avais » ressasse-t-il.

Non conservé en Sologne, il retrouve, dans l’optique de se relancer, Hervé Loubat, son ancien entraîneur à Moulins, du côté d’Angoulême, en Charente. Une saison divine d’un point de vue collectif, marquée par une montée en National 2 avec 14 points d’avance, mais aussi d’un point de vue individuel, avec 15 buts inscrits. Et puis c’est l’incompréhension.

Sous le maillot du Stade Rennais en U19. Photo Philippe Le Brech

En fin d’exercice et une fois l’euphorie retombée, on lui explique qu’il faut trouver un autre projet car son profil « pourrait » ne pas correspondre à l’étage supérieur. Verdict ? Il ne prend part à aucune rencontre les mois qui suivent et n’a que la rupture de contrat comme porte de sortie… et une opportunité qui se présente à Poitiers, un des anciens clubs de son papa. Un nouveau défi entre le N2 et le N3 qui va rallumer la flamme : « Quand je signe ici, je me dis finalement que Franck Haise allait avoir raison (sourires). On est là où on doit être et j’en prends conscience. C’est depuis mes 27 ans que je joue mon football ».

Son père dresse le même constat : « Je pense que ça aurait été plus simple pour Jordan de jouer en Ligue 1 aujourd’hui qu’en Ligue 2 ou en National. Son profil me fait beaucoup penser à celui de Jérémy Le Douaron à Brest, mais c’est comme ça, il a eu la chance de pouvoir vivre du football après un passage dans des structures professionnelles ».

Sous le maillot du Stade Poitevin.

À Poitiers, il croise la route d’Erwan Lannuzel, un coach important dans sa progression, qui ne tarit pas d’éloges sur son ancien joueur : « Quand je pense à Jordan, trois choses me viennent à l’esprit, témoigne l’ex-coach de Bergerac (N2), aujourd’hui à la tête de la réserve des Girondins de Bordeaux en N3; tout d’abord, c’est l’homme, une bonne personne, qui pense collectif sur un terrain malgré son poste. Il n’est ni individualiste, ni égoïste. Ensuite, c’est sa capacité à marquer beaucoup de buts. J’ai rarement vu un garçon aussi adroit devant les cages. Il est chirurgical. Enfin, c’est un match qui me vient à l’esprit, en 32e de finale de coupe de France avec Poitiers, à Canet-en-Roussillon, où ce jour-là, sa prestation avait été aboutie sur tous les plans, même s’il n’avait pas marqué, parce qu’il avait été performant dans d’autres aspects du jeu que sa capacité à marquer. J’ai pris beaucoup de plaisir à entraîner Jordan pendant les 7 mois qu’on a passés ensemble avant la Covid. On échange encore régulièrement, on parle de sa vie privée et professionnelle. Je suis content de savoir qu’en ce moment, il vit une belle période de sa vie. »

  • Le Poiré, là où il se voit finir (depuis 2022)
Sous le maillot du Poiré-sur-Vie, cette saison. Photo Philippe Le Brech

Malheureusement, son aventure à Poitiers est une nouvelle fois écourtée malgré 26 « pions » inscrits en deux saisons et 41 matchs. Approché par « Le Poiré Vendée Football » depuis plusieurs années, Jordan a fondé une famille entre ses différents déplacements et une petite fille qui fait aujourd’hui son bonheur. S’il espérait déjà retrouver de la stabilité à Angoulême, c’est en Vendée qu’on va la lui offrir. « Le projet me correspondait avec des présidents bienveillants, un entraîneur (Rabie Zeroual) qui te fait confiance, des mecs qui se donnent à l’entraînement. J’ai un contrat sur plusieurs années et je pense que c’est dans les Pays de la Loire que je terminerai ma carrière. Chacun son parcours… Récemment, j’ai eu des nouvelles d’Alexandre Cappellari qui est un peu plus jeune que moi. Il vient de quitter Jura Sud où il a passé 20 ans avant d’en devenir le capitaine… ».

Avec Le Poiré-sur-Vie, cette saison, en National 3. Photo Philippe Le Brech

S’il est encore loin du coup de sifflet final de sa carrière, Jordan veut continuer à prendre du plaisir en National 3 pour le moment. C’est d’ailleurs ce qu’il met en application : il a déjà inscrit 13 buts en 17 matchs de championnat cette saison, après en avoir mis 15 en 25 matchs en 2022/2023, dans un club ambitieux, en course pour la montée en National 2 (Le Poiré est 2e de sa poule, à 2 points du leader, Nantes B). Des chiffres affolants et une régularité époustouflante : depuis sa période « Romorantin », en 2017-18, il tourne à une moyenne de 0,7 but par match (71 buts en 106 matchs de championnat !).

Mais l’important est ailleurs pour l’attaquant vendéen qui regarde devant : « Je passe des formations. Je continue de me construire humainement. Je fais mes choix avec raison plus que par ambition comme j’ai pu le faire dans le passé ». A 29 ans, Jordan anticipe et appréhende son après-carrière avec « beaucoup d’humilité et de respect ».

Jordan Cuvier du tac au tac

« Cavani, un attaquant inspirant »

Avec Chambly. Photo Philippe Le Brech

Meilleur souvenir sportif ?
Ma signature au centre de formation.

Pire souvenir sportif ?
J’essaie de ne pas regretter mais je dirais la non-signature d’un contrat professionnel.

Plus beau but marqué ?
Une demi volée de mon camp contre Bayonne avec Angoulême.

Plus beau raté (un but facile que tu as loupé ?)
Deux penaltys, dont un il y a quinze jours…

Pourquoi as-tu choisi d’être footballeur ?
La passion, le rêve. Puis c’est devenu une possibilité d’en vivre, de mettre tout en œuvre pour réaliser ce rêve.

Avec Poitiers, à l’entraînement. Photo Philippe Le Brech

Ton but le plus important ?
Certainement l’an dernier avec Le Poiré. Un ciseau a la 93e à domicile, qui nous lance pour le maintien à quatre journées de la fin.

Ton geste technique préféré ?
La volée intérieure. C’est élégant quand ça passe (rires) !

Combien de cartons rouges dans ta carrière ?
Un seul ! Une maladresse. Je veux contrer le gardien en taclant, il tacle aussi et je lui attrape la cuisse. Je ne suis pas un joueur méchant, mais j’ai compris dès l’impact que j’allais prendre rouge.

Si tu n’avais pas été footballeur, tu aurais fait quoi ?
Je travaille actuellement avec des enfants, je voulais aussi être dans une structure pour enfants / adultes atteints de handicap. La charge d’études en parallèle du foot n’était pas évidente. J’ai fait un choix que je ne regrette pas mais que je rattrape aujourd’hui.

Dans les vestiaires du Havre, lors de ses années de formation.

Qualités et défauts sur un terrain, selon toi ?
Défauts ? Je ne vais pas très vite et aujourd’hui, c’est un réel problème pour beaucoup d’entraîneurs.

Qualités ? je dirais buteur. Partout où je suis passé ça a fonctionné. Après, des histoires de profil dû à des systèmes sont entrés en jeu. Récemment, j’ai connu un entraîneur, Erwan Lannuzel (à Poitiers, aujourd’hui entraîneur de la réserve de Bordeaux et ex-coach de Bergerac en N2), avec qui j’ai beaucoup appris; on a cherché à développer mes qualités au service de l’équipe plutôt que de vouloir améliorer mes défauts. Ça m’a fait du bien. J’ai réalisé qu’on pouvait plaire pour ce qu’on était, finalement.

Au Havre, la ville natale de son papa, il s’est assis deux fois sur le banc chez les pros, en Ligue 2.

Le club, l’équipe ou la saison où tu as pris le plus de plaisir sur le terrain ?
La saison de la montée en N2 avec Angoulême. On survole le championnat, ça se passe bien pour le groupe et donc pour moi. Un très bon souvenir.

Le club où tu n’aurais pas dû signer ? L’erreur de casting de ta carrière ?
Romorantin, mais pas dans le sens « erreur de casting », c’est surtout dans le sens où j’aurais dû être patient à Chambly et persévérer.

Avec Le Poiré-sur-Vie, cette saison, en National 3.

Le club où tu as failli signer ?
L’OL au moment de rejoindre le Stade Rennais. J’ai fait un choix.

Le club où tu aurais rêvé de jouer, dans tes rêves les plus fous ?
Barcelone, à la grande époque. En tant qu’attaquant, c’était un football très offensif.

Un stade et un club mythique pour toi ?
Old Trafford et Manchester United.

Avec Le Poiré-sur-Vie, cette saison, en National 3.

Un public qui t’a marqué ?
En amateur, c’est toujours de bonne guerre mais le public actuel, du Poiré, est bienveillant, amoureux du club et toujours d’un grand soutien. C’est agréable.

Un coéquipier marquant (si tu devais n’en citer qu’un), mais tu as droit à deux ou trois ?
J’en ai connu pas mal… Adrien Hunou, Florian Sotoca, « Kev » Fortuné, Ferland Mendy, Tiémoué Bakayoko et j’en passe. Ce sont surtout des mecs avec qui je suis encore en contact.

Le coéquipier avec lequel tu avais ou tu as le meilleur feeling, avec lequel tu t’entendais le mieux sur le terrain ?
Adrien Hunou. Nous étions en chambre ensemble mais il été surclassé. Sinon Lucas Franco, qui joue à Alès actuellement : notre saison à Angoulême a été incroyable. On se trouvait les yeux fermés. En plus de ça, c’est un très bon mec.

Avec Le Poiré-sur-Vie, cette saison, en National 3.

Le joueur adverse qui t’a le plus impressionné ?
Morgan Sanson au Mans, en U19. Il était déjà au-dessus. Il jouait en pro la même année avant de signer à Montpellier.

L’équipe qui t’a le plus impressionné ?
L’équipe du PSG en U17 avec Maignan, Kimpembe, Rabiot. On en avait pris 6 à domicile !

Un coéquipier perdu de vue que tu aimerais revoir ?
Pas spécialement, j’ai des nouvelles des principaux. Le foot laisse peu de contact, au final.

Un coach perdu de vue que tu aimerais revoir ?
Régis Le Bris, c’est une bible du football. Il pouvait passer des heures à parler tactique, technique, football et analyse.

Avec Le Poiré-sur-Vie, cette saison, en National 3.

Un coach que tu n’as pas forcément envie de revoir ?
Avec l’âge, j’ai apaisé ma rancœur donc je n’en citerais aucun (rires).

Un président ou un dirigeant marquant ?
Les dirigeants sont souvent les personnes les plus importantes, ils sont bienveillants. J’en ai connu à Rennes, ceux actuellement au Poiré me rappellent cette époque. Sans eux, nous n’aurions pas un confort aussi important. Ils font en sorte que l’on ne pense qu’au match. En président, je reste en contact avec Monsieur Triaud, d’Angoulême. Malgré mon départ, nous échangeons quelques messages de temps en temps.

Une causerie de coach marquante ?
Les causeries du coach Bruno Luzi à Chambly, toujours très direct.

Sous le maillot de Poitiers.

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Adrien Hunou.

Le stade qui t’a procuré le plus d’émotion ?
Le Roazhon Park, à Rennes.

Une devise, un dicton ?
Après la pluie vient le beau temps.

Tes passions dans la vie ?
Profitez des bonnes et belles choses en famille.

Termine la phrase en un adjectif ou deux : tu es un joueur plutôt …
Instinctif et passionné.

Avec Poitiers, à l’entraînement, en National 3. Photo Philippe Le Brech

Un modèle de joueur ?
C’est un contre-pied mais j’affectionne son passage parisien, c’est Cavani. Le jeu en une touche, la finition, son travail défensif et ses appels de balle. Un attaquant inspirant.

Une idole de jeunesse ?
Olivier Giroud pour tout ce qu’il représente et ce qu il a parcouru.

Le match de légende, c’est lequel pour toi ?
La Remontada (Barcelone-PSG, 0-4 et 6-1).

Ta plus grande fierté ?
Vivre de ma passion. On ne s’en rend pas toujours compte mais nous sommes des privilégiés.

Le Vendée Poiré Football, c’est un club plutôt…
Sain, bienveillant et historique.

Le milieu du foot, en deux mots ?
Égoïste, Émotions.

Texte : Joël PENET / Twitter : @PenetJoel

Photo de couverture : Philippe Le Brech

Photos : Philippe Le Brech et DR

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À 28 ans, ce jeune créateur de contenus, qui anime une communauté de près de 250 000 followers, va quitter son métier de criminologue pour son autre passion, le foot. Son réseau social a pris une telle ampleur qu’il a décidé de pleinement s’y consacrer. Et d’en vivre !

« Sur tous les terrains, pour donner la parole à tous les acteurs ». Voilà ce que l’on peut lire sur la page d’accueil Facebook de « Foot Multiple », le réseau social qui prend une ampleur folle dans le milieu du foot amateur et pro. Ce slogan, 13heuresfoot pourrait le revendiquer tant il résume également sa philosophie.

Avec près de 210 000 followers sur Facebook, 15 000 sur X (ex-twitter) et 13 000 sur Instagram, Foot multiple jouit d’une communauté sans cesse grandissante qui suit les pérégrinations d’Arthur Léonard, un globe trotter qui partage sa vie entre son travail – et oui, il a un métier – et sa passion pour le football : « mon truc, c’est de faire vivre mon aventure, qui tourne autour du football de tous les niveaux, et de partager au maximum des émotions, des ressentis. L’idée c’est d’offrir autre chose, une approche différente, avec ma sensibilité ».

Plus qu’un nom, une marque

A 28 ans, Arthur est devenu, en l’espace de 4 ans, une référence des réseaux sociaux avec son concept, spécialisé dans la création de contenus, et exclusivement consacré au ballon rond, ou plutôt à tous les ballons ronds, aussi bien ceux du niveau départemental que national, aussi bien ceux de District que de Ligue 1 ! Un concept mûrement réfléchi, né d’une réflexion simple : « J’en avais marre que les médias ne parlent que de l’OM, du PSG et de Lyon, raconte le natif de Rouen, en Seine-Maritime, qui n’hésite pas à faire le lien avec 13heuresfoot, et pour qui, à l’instar de notre site, « la passion n’a pas (non plus) de division ! »; clairement, de ce point de vue là, on se rejoint avec 13heuresfoot ! Ma page, elle, parle plus de Sochaux que du PSG. J’avais en tête de lancer un projet sur le foot amateur parce que, hormis deux ou trois médias, personne n’en parle, ça manque de visibilité. Surtout, je voulais parler de tout, aborder les multiples facettes du foot, d’où le nom « Foot Multiple ».

Un nom devenu une marque puisque, récemment, Arthur a signé un partenariat avec l’équipementier « Esprit d’équipe 76 », une jeune entreprise lancée par Clément Bassin et Valentin Sanson, deux joueurs emblématiques du FC Rouen. Dorénavant, Arthur a également sa gamme de vêtement, avec son logo « FM » ! Encore une nouvelle étape dans le développement de son activité, qu’il mène toujours en parallèle avec son métier de criminologue, mais plus pour longtemps.

En prison la semaine, au foot le week-end !

En résumé, du lundi au vendredi, Arthur bosse, et le week-end, Arthur… bosse ! C’est juste le terrain de jeu qui diffère : il passe des prisons aux prés verts. Parce que son boulot, qu’il assure aimer, adorer, il va pourtant le quitter et se lancer à fond dans « Foot Multiple ». « Je bosse pour une boîte qui, elle même, bosse pour le Tribunal de Paris. Je mène des enquêtes de personnalité pour des affaires criminelles. Je dis souvent, « la semaine je fais le tour des prisons et le week-end je fais le tour des stades ! » Un métier qui allie une autre de ses passions : l’écriture. « Il y a beaucoup de rédaction, poursuit-il; on se rend en prison, on retrace le parcours de vie d’une personne en rétention ou accusée d’un meurtre ou d’un viol, par exemple, et cela participe à l’enquête criminelle. On retrace vraiment le parcours de vie, l’enfance, la scolarité, la vie familiale, sociale, sentimentale, professionnelle, amicale, etc. Ensuite, on vérifie ce qu’elle nous a dit. Et après, on passe aux assises. Le criminologue est là pour individualiser la peine mais il est neutre. J’adore mon métier. C’est très intéressant intellectuellement. On est dans l’humain, même si ça touche au juridique. On est là pour servir la personne, on parle de tout avec elle, sauf des raisons pour lesquelles elle est poursuivie. On est là pour individualiser la peine aussi, mais on est neutre. »

Concours d’avocat et Covid…

Arthur, qui a joué au foot « à pas mal de postes ! » au niveau départemental de l’âge de 5 à 17 ans (principalement à Bois-Guillaume et Mont-Saint-Aignan), avant de pratiquer le tennis de table pendant 8 ans à l’échelle régionale (Franqueville-Saint-Pierre, Bois-Guillaume, Saint-Maur-des-Fossés), rêvait d’être avocat.

Étudiant en Droit à Rouen, il s’est spécialisé dans le pénal en Master avant d’échouer, de peu, au concours d’avocat en septembre 2019, puis de renoncer à repasser le concours un an plus tard, « au grand dam de mes parents ! Parce que c’est à ce moment-là que j’ai lancé Foot Multiple ».

Mars 2020. C’est la période Covid. La France est confinée. Arthur a du temps. Il en profite pour mûrir puis lancer son projet : « J’ai toujours été attiré par le football et l’écriture, et là, avec le confinement, alors que je prépare pour la deuxième fois le concours d’avocat pour septembre, j’ai tout le loisir de lancer un truc, et je décide de prendre une année blanche pour lancer Foot multiple. Ma mère est tombée de 20 étages quand je lui ai annoncé ça ! Avec le recul, je comprends. Mes parents, qui me voyaient avocat, ont vraiment été complaisants. Quand je me suis lancé, je me suis dit, « s’il faut, dans deux mois, c’est fini mon truc » ! Mais j avais vraiment une idée en tête. »

Premier reportage en campagne

La première étape, c’est la création d’un site internet, mais, rapidement, Arthur le ferme, car il s’aperçoit que Foot Multiple fonctionne beaucoup mieux sur Twitter et Facebook où, un an et demi après le lancement, il compte rapidement des dizaines de milliers de followers. « Je ne fais pas beaucoup de montages or sur « Insta », il faudrait que les vidéos soient plus travaillées pour que cela prenne un peu plus, mais pour ce que je fais, je pense que Facebook est mieux adapté. »

Son premier reportage ? « J’étais allé à Saint-Martin-de-Boscherville, dans la campagne rouennaise, suivre un club de district, quand j’avais 100 abonnés. Ils m’avaient ouvert les portes de leur vestiaire pour un match de coupe de France. J’y suis retourné l’été dernier, trois ans après, pour faire le même reportage, mais cette fois avec ma grosse communauté ! Ils avaient été surpris de me revoir ! C’est typiquement le genre de reportage qui marche beaucoup mieux que si je vais au Parc des Princes. C’est cette idée de « multiple » que je défend, il n’y a pas de hiérarchie, on en revient toujours à ça. Il faut dire aussi que sur les rencontres pros, il y a plein de problématiques : en novembre dernier, à Nantes, ma page Facebook avait été suspendue parce j’avais filmé les joueurs avec le public et un prestataire de la LFP (Ligue de football professionnel) s’était plaint du contenu. L’histoire a pris une ampleur folle sur Twitter ! C’est là aussi que j’ai vu à quel point les gens aimaient ce que je faisais, avaient accroché, et aussi le pouvoir de Twitter, dont les nombreux messages ont permis que je récupère ma page Facebook. Bon, ça s’est arrangé, même si cela a pris 10 jours… »

Fan de l’AJ Auxerre

Présent sur les réseaux, Arthur l’est aussi sur les stades, dans les vestiaires pour des causeries de coachs ou des moments intimes, en tribunes avec les supporters, histoire de faire découvrir d’autres facettes du milieu. « Généralement, les clubs sont fermés et n’aiment pas divulguer ce genre d’images. Chez les pros, ce n’est même pas possible du tout en raison de la télé et des droits. C’est dommage. »

Forcément, pour se lancer à fond dans une telle aventure, il faut être mordu : et là, son rapport passionnel avec le foot ressort ! Il date même de ses 5 ans : « Tout est parti d’Auxerre, rembobine Arthur; mes grands-parents maternels sont installés là-bas. J’y allais aux vacances scolaires et, forcément, à Auxerre, bah, on t’emmène au foot, qui tient une place importante dans la ville et dans son économie. J’assiste à un entraînement avec eux puis je vais à mon premier match, c’était AJA-Sedan, à l’été 2001, quand Auxerre était dans le top 3 des clubs français. C’était facile de tomber amoureux du club. »

Arthur, amoureux de l’AJA et du … FC Rouen, sa ville natale ? « L’AJ Auxerre, c’est mon club de coeur, Rouen, c’est ma ville, et là, pareil, j’allais voir les matchs à Diochon avec mon père ! Et depuis que j’ai lancé Foot Multiple, je me suis rapproché du FCR, qui m’a ouvert plein de portes. Mais si demain il y a un match Auxerre-Rouen, je serai pour Auxerre, et ça, les supporters du FCR le savent ! »

« Je fais le choix du rêve ! »

Quatre ans pile après s’être lancé, Arthur va passer un cap. C’est décidé, il va consacrer tout son temps à Foot Multiple et abandonner son travail. « C’est une question de semaines. J’ai prévenu mon employeur et ma famille. Ce que j’ai créé, je souhaite que ça devienne un vrai truc, le faire sérieusement. Oui, j’aime mon job mais là, je vis mon rêve, alors à choisir, je fais le choix du rêve ! J’aurai enfin du temps pour faire tout ce que je n’ai pas le temps de faire, parce c’est la course tout le temps, et puis j’ai étoffé mes contacts. »

Forcément, à partir du moment où Foot Multiple sera bien plus qu’un simple réseau social mais une entreprise à part entière, la pression dépassera peut-être la passion : « En fait, là, avec mon boulot et ce que génère déjà Foot multiple d’un point de vue financier, je suis dans un confort qui me permet d’aller à gauche et à droite, mais quand je vais passer à temps plein, il faudra faire attention, poursuit celui qui, voilà quelques années encore, faisait des baby-sittings à Rouen pour payer le loyer lorsqu’il décida de repasser le concours d’avocat. Ce n’est pas kamikaze. C’est un peu stressant car je serai obligé d’avoir des résultats, mais en même temps, j’ai eu des ouvertures que je n’ai pas approfondies par manque de temps. Je me suis fixé fin mars / début avril pour poser ma démission. Ma mère ? Elle est en mode « vis ton truc » ! »

Un tour de France des stades de L1

Grâce à des partenariats d’influence marketing, il a pu, l’an passé, lancer son projet de « Tour de France des clubs de Ligue 1 », une étape importante dans le développement de FM. « Je fais de la publicité pour des partenaires et en échange, ils m’aident financièrement. J’ai pu me rendre sur tous les stades de L1 et la plupart de L2 même si je ne suis pas encore allé à Annecy, Grenoble ou Dunkerque. »

L’auto-entrepreneur, qui était au Stadium de Toulouse dimanche pour faire vivre à sa communauté la rencontre de L1 entre le Téfécé et l’OGC Nice, avant de repartir au boulot en TGV au Tribunal de Grande Instance de Bobigny lundi matin, a bien pensé s’associer : « Mais j’ai façonné Foot Multiple à mon image et aujourd’hui, ce serait compliqué de dire « On est deux » ou « on est trois », car les gens suivent mes aventures. En fait, sans m’en rendre compte au départ, j’ai créé une sorte de storytelling et les gens ont aimé ma manière d’amener les choses, de raconter mes histoires, de mettre en avant tout ça. C’est ce qui a participé au fait que ça marche bien. »

Tellement bien qu’il envisage de s’entourer d’une équipe, ne serait-ce que pour améliorer techniquement la forme et les contenus et explorer d’autres pistes. Et puis il y a la partie business : « Ce n’est pas mon domaine. Là aussi, il faut que je sois entouré pour ça, ne serait-ce que pour mieux négocier des contrats de partenariat. »

Le regard des médias

Mais le revers de la médaille existe. C’est la perception des médias. Plus ou moins positive. Arthur n’est pas toujours le bienvenu ni même bien vu par la corporation des journalistes. « Mais pour qui il se prend celui-là ? Il n’a pas de carte de presse », « Comment il a pu obtenir une accréditation ? », telles sont les remarques que l’on entend régulièrement. « Il y a même eu des débats qui se sont organisés sur Twitter autour de l’utilité qu’avait Foot Multiple ! J’ai mal vécu certains événements, avec des « haters », mais on va dire que c’est le jeu des réseaux. Un gars a écrit « Je suis journaliste, j’ai une carte de presse, je n’ai pas pu être accrédité… et je trouve ça « ouf » que Arthur de Foot multiple soit allé dans les vestiaires de Dieppe, alors que moi, on m’a refusé l’accès au stade ». Ce tweet a crée un immense débat. Les journalistes se sont immiscés dans la conversation et s’en sont pris à Stadito (Stadito Football est un youtubeur) et à moi. Mais Dieppe, je les suivais depuis plusieurs tours et j’étais là quand il n’y avait personne, au 5e tour de la coupe, sous la pluie. Et y’a 10 jours, je suis allé voir des féminines et des U18, donc bon… Et puis avant d’avoir les vestiaires ouverts, j’ai « douillé ». J’ai « bouffé » beaucoup de refus ! Je n’avais le droit d’aller nulle part. Alors bien sûr, je comprends le débat, mais les gens ne voient pas le travail en amont. »

« J’aime écrire »

Heureusement pour Arthur, de plus en plus de clubs « s’ouvrent » et permettent à des créateurs de contenus comme lui de partager leur activité sur les réseaux sociaux : « Globalement, je suis très bien accueilli. Les chargés de communication gardent un oeil sur ce que je fais. En fait, mon activité peut s’ajouter à leur travail, dans la mesure où cela donne une autre visibilité, où cela touche d’autres personnes et élargit leur champ de communication. C’est un peu par intérêt. »

Les médias, pour en revenir à eux, restent partagés, et sont plus ou moins réceptifs à ce qui se fait de plus en plus sur les réseaux : « Certains trouvent que ça apporte un vent de fraîcheur, d’autres sont plus « ancienne école » et pour eux, le journalisme, c’est comme ça, et ça ne doit pas être autrement. Du coup, ils sont en mode « qu’est-ce qu’il fout là lui ? » et j’ai déjà ressenti ça en tribune de presse, je le comprends. Je trouve que c’est dommage, parce que ce que font les journalistes, c’est très important. Leur travail et le mien peuvent continuer à avancer ensemble. »

Du coup, l’ambition d’Arthur serait-elle de devenir un média à part entière ? « J’aime écrire, parce que c’est 80 % de mon métier actuel. C’est ce qui fait la différence avec d’autres créateurs de contenus qui sont plus axés vidéos ou photos. Je suis un peu entre les deux, parce que sur Facebook, où je suis très présent, j’écris énormément, je fais des grands débriefs, du coup, certains font l’amalgame. Mais je ne suis pas journaliste, parce qu’il y a beaucoup de codes. Par exemple, quand il y a eu le problème du prix des places au stade Diochon pour Rouen – Toulouse en coupe de France, j’ai écrit fait un texte pour dénoncer les tarifs aberrants et ça a pris une ampleur considérable, qui m’a même dépassé. J’ai dit « Je n’irai pas au match » par respect pour les supporters. Je suis allé à l’entraînement du FCR, j’ai filmé le discours du capitaine Clément Bassin qui a été repris partout… Je ne suis pas journaliste, j’ai cette liberté là, même si je ne me suis pas fait que des amis au club de Rouen. »

A 18 ans, Arthur s’était fait tatouer sur son avant bras gauche la phrase suivante : « Rien n’est jamais hors de portée ». Dix ans plus tard, sa devise résonne comme une évidence. « J’ai toujours eu envie de faire un métier passion ».

Texte : Anthony BOYER

Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Twitter :  @BOYERANTHONY06

Photos : DR

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Formé à l’Amiens SC, l’attaquant Davy Ngoma a connu un début de carrière tellement tourmenté qu’il en a fait une dépression. Après avoir rebondi au Luxembourg, il s’épanouit aujourd’hui en SuperLiga Roumaine, au FC Hermannstadt.

Une formation à Amiens, un tour de France de plusieurs saisons des clubs de N2 et N3 sans s’y imposer, la République Tchèque puis le chômage et la dépression avant un rebond au Luxembourg. À 28 ans, l’attaquant francilien – il est né à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines – Davy Ngoma a connu une carrière parsemée d’embûches. Mais il n’a jamais renoncé. Il évolue désormais au FC Hermannstadt en 1ère division roumaine, où il est pleinement épanoui. Il est revenu en toute franchise sur son parcours pour 13 heuresFoot.

« Dans le foot, on te juge aussi sur les apparences »

Technique, rapide et explosif sont les premiers mots qui viennent lorsqu’on voit Davy Ngoma jouer. C’est lors d’un match de Gambardella en U19 avec le CS Brétigny que le Mantois de 28 ans se fait repérer par son adversaire du jour, l’Amiens SC. « Ils ont pris contact avec mon club pour que j’aille faire un essai chez eux. »

Issu de la même génération que Tanguy Ndombélé, le Francilien s’engage avec le club picard où il jouera trois saisons. « Je n’avais pas tous les codes. Pour moi, le foot, c’était le meilleur qui joue et ça s’arrête là, tu fais bien ton boulot, tu restes focus. Mais il y a plus que ça. Dans le foot, il y a beaucoup de paramètres que tu ne maîtrises pas forcément : bien s’entendre avec tout le monde, l’esprit de groupe, le savoir vivre, faire attention à ta manière de parler, comment tu t’habilles, le regard des autres. On regarde tout dans le foot, même ta coupe de cheveux peut te porter préjudice. On ne te juge pas que sur tes qualités de footballeur mais aussi sur ton apparence. »

En trois ans, il n’effectue qu’une seule apparition en équipe première, en National, lors de la dernière journée de la saison 2014-15 au Red Star (3-3), quand il rentre à la 87e minute. En fin de contrat et en manque de temps de jeu, il décide de partir à l’été 2016.

« J’ai fait ma première dépression. Je ne dormais plus, manger était compliqué »

Entre 2016 et 2021, le franco-congolais effectue un mini-tour de France : Epinal (National), Tarbes (N2), Bourges 18 (N3), Avoine-Chinon (N3), Canet-en-Roussillon (N3), il ne parvient pas à se stabiliser ni à vraiment s’imposer dans un club. « Je ne trouvais pas ce que je voulais. Ce n’était pas un plaisir pour moi de changer de club chaque année mais je pense qu’on ne se stabilise que quelque part quand on est à l’aise sur et en dehors du terrain. À Canet-en-Roussillon (15 matchs, 1 but) ça s’est bien passé. La première saison, le championnat a été arrêté par la Covid mais on a été champions de N3. La deuxième saison, il y a eu un changement de coach et c’est la que j’ai cassé mon contrat. »

Pendant plusieurs mois, il reste sans club. Mais en février 2021, Davy s’envole en République Tchèque pour signer son premier contrat professionnel au FK Blansko, club de 2e division : « J’ai rencontré de supers préparateurs physiques, Fabrice Numeric et David Saban, qui sont devenus des proches. Parmi eux, il y en a un qui avait joué dans les pays de l’Est et qui avait un contact en République Tchèque. C’est comme ça que j’ai pu effectuer un essai au FK Blansko. »

Après 12 matchs, 2 buts et seulement 5 mois passés au club, Davy décide de rompre son contrat en juillet 2021. « J’ai rencontré, par l’intermédiaire d’un ami à moi, une agente qui devait m’aider à me libérer de mon contrat. Elle parlait tchèque. Par la suite, elle m’a vendu monts et merveilles. Le temps de m’apercevoir de la supercherie, le mercato estival était déjà fermé. »

« La coupe d’Europe c’est exceptionnel, c’était une victoire pour moi »

Une mauvaise rencontre et le jeune attaquant se retrouve sans club à 25 ans. Cinq mois après l’euphorie de la signature de son premier contrat professionnel, il doit faire face à la dure sévérité du monde du football. « Psychologiquement, cette période était très dure. C’est la pire que j’ai vécue jusqu’à aujourd’hui. J’ai fait ma première dépression. Je ne dormais plus. Manger était compliqué. J’étais perdu dans mes pensées. Plus de football, plus d’argent, plus rien. C’était le retour à cette réalité que j’avais quittée. Malgré tout, tu t’entraînes, ça m’a fait du bien d’être accompagné psychologiquement par mes préparateurs physiques. J’essayais d’être la meilleure version de moi-même. Je ne le faisais pas pour quelqu’un d’autre, je le faisais pour moi. »

Après six mois de travail acharné sans club, le coup de fil salvateur lui vient du Luxembourg. « Un jour, un agent m’appelle et me propose d’aller faire un essai au RacingvFC Union Luxembourg. Avant ça, j’ai pu discuter avec le directeur sportif de l’époque, Ilies Haddadji, et le projet de jouer la coupe d’Europe m’a beaucoup excité. J’ai foncé. »

En janvier 2022, Davy Ngoma découvre le championnat luxembourgeois. « J’ai eu de la chance de trouver de la stabilité là-bas. Mentalement et dans mes finances, j’étais à l’aise, j’avais la paix. Donc j’ai pu prendre le temps de développer ma personnalité et travailler sur l’homme. Ensuite, j’ai laissé parler mon football. »

« La Roumanie, c’est l’opportunité que j’attendais »

Vainqueur de la Coupe du Luxembourg cette saison-là, (blessé, il n’a pas disputé la finale face à Dudelange), le Racing Luxembourg se qualifie pour les barrages de la Conférence League. Mais il est éliminé par le FK Cukaricki (Serbie). « La coupe d’Europe était une expérience exceptionnelle. C’était une grosse victoire pour moi. Quand j’arrive au Luxembourg, je n’ai pas joué depuis 6 mois, c’était compliqué. Du coup, je joue, mais je me blesse, je me fais une entorse du genou. Ce n’était pas facile. C’est arrivé juste avant la fin de saison et je sais qu’on va jouer la coupe d’Europe… Je suis en vacances à Punta Cana, je m’entraîne trois fois par jour à la salle, je voulais à tout prix revenir en forme et jouer donc je m’en suis donné les moyens. C’était une belle revanche pour moi. L’atmosphère de la coupe d’Europe est magique. »

Au Luxembourg, l’attaquant enchaine les matchs et réussit la meilleure saison de sa carrière sur le plan statistique (28 matchs, 7 buts en 2022-2023). Davy n’a alors qu’un seul objectif en tête : retrouver le monde professionnel qu’il avait quitté 2 ans plus tôt.

L’opportunité se présente à lui en Roumanie. « Quand un club de SuperLiga est venu, je n’ai pas hésité une seconde. C’était l’opportunité que j’attendais. Sportivement c’était la meilleure offre que j’avais sur la table. »

En août 2023, le Francilien s’engage dans l’élite roumaine au FC Botosani. Il enchaîne les matchs (9) et les bonnes performances pendant six mois avant de signer à la trêve hivernale au FC Hermannstadt. « Quand un club du haut de tableau comme ça vient te chercher, tu ne peux pas refuser. Le football roumain est un football physique, mais surtout très technique. J’ai été surpris du niveau technique des joueurs. » Avec déjà 13 matchs disputés en SuperLiga, l’attaquant ne compte pas s’arrêter là. « Le football est très complexe. Il y a beaucoup d’aspects à maîtriser. Je pense que j’ai éclos en mon temps. J’ai un seul objectif : devenir la meilleure version de moi-même et je verrai bien où ça me mènera. »

Davy Ngoma, Du tac au tac

« En Roumanie, c’est physique et surtout technique »

Ton meilleur souvenir sportif ?
Quand j’ai signé mon premier contrat professionnel au FK Blansko (République Tchèque).

Ton pire souvenir sportif ?
Mon passage à Tarbes : j’ai fait un mois et demi là-bas, ils ne voulaient plus me payer et le président m’a insulté.

T’as marqué combien de buts dans ta carrière ?
Aucune idée ! Je n’ai pas compté !

Ton plus beau but ?
Avec le Racing Luxembourg contre Le Progrès Niederkorn, je récupère la balle, passement de jambes et frappe pleine lucarne ! C’était le but de l’égalisation à 1-1. Mais c’est super dur de marquer des buts ! Je peux t’en citer d’autres (rires).

Ton poste préféré sur le terrain ?
Ailier droit.

Pourquoi avoir choisi d’être footballeur ?
C’est ce qui me procure le plus de plaisir.

Ton geste technique préféré ?
Le passement de jambes.

Tes qualités et défauts sur un terrain ?
Mes qualités : la technique, la vitesse, la vision du jeu. Mes défauts : mon jeu de tête (rires).

L’équipe où tu as pris le plus de plaisir ?
Au Racing Luxembourg.

Le club où tu rêverais de jouer dans tes rêves les plus fous ?
Au Milan AC.

Un match qui t’a marqué ?
Mon premier match en professionnel, en République Tchèque.

Un coéquipier qui t’a marqué ?
Il y en a plein (rires) ! Mais je dirais Alexandre Laurienté que j’ai côtoyé au Racing Luxembourg et Tanguy Ndombélé avec qui j’ai joué à Linas Montlhéry et Amiens.

Le joueur adverse qui t’a le plus impressionné ?
Artur Abreu… Incroyable ! Quand je jouais au Racing, il jouait à Petange; actuellement il est à Differdange.

Un coach que t’aimerais revoir ?
William Prunier, il m’a entraîné à Canet-en-Roussillon.

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Tanguy Ndombélé.

Une devise, un dicton ?
« A quoi bon gagner le monde si c’est pour perdre ton âme ? »

Tu es un joueur plutôt …
Calme et fou !

Un modèle de joueur ?
Thierry Henry.

Une idole de jeunesse ?
Je n’en avais pas.

Un plat ?
Alloco Pondu Crevette.

Tes loisirs ?
Passer du temps avec mes proches.

Film culte ?
La vie est belle.

Le milieu du football en deux mots ?
Rebondissement et compliqué.

Le championnat roumain en deux mots ?
Physique et technique.

 

Texte : Olesya Arsenieva / Twitter : @ArseneviaO

Photos : DR

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Opposé à Rennes en 1/4 de finale, le petit poucet de l’édition 2023/2024, 2e de sa poule en National 2 fait preuve d’une étonnante régularité depuis quelques années et confirme ses ambitions, quand bien même il est un peu échaudé par ses deux maintiens manqués en National en 2020 et l’an passé.

Le stade Charles-Massot, au Puy-en-Velay.

« Et oui, c’est Le Puy bébé ! » Loïc Dufau n’est plus là, mais c’est lui, l’ancien capitaine du Puy Foot 43 (de 2017 à 2022), aujourd’hui à GOAL FC, en National, qui a lancé le fameux gimmick, tiré des paroles – « C’est Marseille bébé ! » – de la chanson du groupe Bande Organisé.

Ce cri identitaire, repris en coeur par ses coéquipiers de l’époque, le natif de Marseille l’a lâché des centaines de fois, dans les vestiaires, en voiture, à l’entraînement, à table et, bien sûr, après une victoire. Et qu’est-ce qu’il fut bien choisi ! Pour tout dire, ça colle parfaitement à la peau et à l’actualité d’un club qui fait très fort cette saison : quart-de-finaliste de la coupe de France – contre Rennes, à Saint-Etienne, jeudi soir, à 20h45 – et 2e de sa poule en National 2, à une petite longueur d’Aubagne (les Provençaux se rendront dans la capitale de la lentille le 20 avril).

Ces deux performances en font d’ores et déjà le meilleur club amateur de la saison 2023-2024, sans compter que les féminines de D3, entraînés par Pierre-Yves Thomas, ont elles aussi atteint les quarts-de-finale de cette même coupe (après avoir « sorti » la D1 de Reims), seulement battues par l’ogre PSG (4-0). Un exploit, puisque, hormis les amateurs du Puy Foot 43, seuls l’Olympique Lyonnais et le PSG, deux clubs pros, ont emmené leurs deux équipes masculines et féminines à ce stade de la compétition !

Entre National et National 2

La joie dans les vestiaires après la qualification face à Laval.

Tout comme « Lolo » Dufau, Roland Vieira n’est plus là, lui non plus. Mais c’est lui, l’ancien coach emblématique du club (de 2013 à 2023 !), qui a fait grandir ce club pour en faire une référence aujourd’hui dans le foot amateur. Pour en faire un excellent club de National 2 et, ce n’est pas péjoratif, un « petit » club de National. Un niveau « semi-pro » que les joueurs du président Christophe Gauthier – qui ne manque jamais une occasion de saluer l’héritage de Roland Vieira – ont atteint en 2019 puis en 2022, au terme de leurs deux dernières saisons pleines en National 2, sans pouvoir s’y maintenir.

Et si le National était le plafond de verre des Ponots ? « En National, on lutte contre l’impossible, explique l’ancien président de l’AS Taulhac, un club voisin, à la tête du Puy Foot depuis 2010; c’est un championnat qui, maintenant, demande des budgets de 4 voire 5 millions d’euros, ce qui est bien au-delà du plafond de verre pour nous. C’est pour cette raison que je souhaite élargir le Comité directeur et accueillir de nouvelles forces vives. Tous ceux qui veulent faire grandir le club sont les bienvenus ». Entendez par là, la porte est ouverte à de nouveaux actionnaires, afin de grossir le budget et d’exister dans l’antichambre de la Ligue 2, si jamais Le Puy Foot s’offrait une 3e accession en National en 5 ans, en fin de saison !

Gauthier : « Je n’abandonnerai pas le club »

Le président Christophe Gauthier.

Quant à son envie de passer la main, dont Gauthier s’était fait l’écho dans les médias au printemps dernier, le chef de l’entreprise éponyme ne dit pas autre chose que ceci : « Je n’abandonnerai pas le club ! ». L’inverse serait dommage, car tout ce qu’a accompli celui que tout le monde compare à un « père de famille » relève du métier de bâtisseur.

Bien sûr, Christophe Gauthier n’est pas tout seul dans cette histoire : avec Roland Vieira, ils ont formé un duo indissociable, uni, qui a construit, brique après brique, un club solide, reconnu, sain, et qui a permis de placer cette petite ville enclavée de 19 000 âmes sur la carte de France. Parce que, très sincèrement, pour aller dans la Préfecture de Haute-Loire, il faut vraiment avoir de bonnes raisons : familiales, culturelles, patrimoniales avec la fête médiéval du Roi de l’Oiseau, en septembre, quand tous les habitants sont costumés, religieuses avec le départ du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, culinaires (les bienfaits des lentilles, qui apportent leur lot de fer, sont bien connus). Et depuis que son équipe de foot multiplie les exploits, on vient aussi au Puy-en-Velay pour des raisons sportives.

Lorient, le premier exploit

C’est à l’été 2018 que club franchit un tournant important, quand Vieira pense utile de recruter un directeur sportif. Finalement, Le Puy Foot, installé depuis 3 ans en CFA (N2), et déjà proche d’accrocher la montée en National en 2017 (2e derrière l’ogre grenoblois), s’attache les services d’Olivier Miannay, manager général.
Le Parisien a un gros CV et surtout un gros carnet d’adresses. Dans la foulée, le club accède en National (2019), seulement freiné la saison suivante par la Covid-19 dans la course au maintien, à neuf journées de la fin du championnat, puis de nouveau la saison suivante (2020-21), après un départ prometteur en National 2 (4 victoires, 4 nuls).

Fait incroyable, la FFF décide de tout stopper pour les amateurs au début de l’automne, mais les autorise à poursuivre la compétition… en coupe de France ! Le Puy Foot, qui n’est pas à une incrongruité près – le président Christophe Gauthier ne manque jamais une occasion d’égratigner la 3F – en profite pour signer son premier gros exploit en coupe de France, en éliminant en 16e de finale le Lorient de Christophe Pélissier (Ligue 1) au stade Massot, à huis-clos (1-0). Mais pour le premier 8e de finale de son histoire, il perd pied à Rumilly (N2, 4-0), futur demi-finaliste.

Nouvel exploit face à l’OGC Nice !

L’effectif de la saison 2023-2024.

L’histoire ne s’arrête pas là. Le Puy Foot, où le staff technique s’est lui aussi étoffé ces dernières années, où des postes administratifs ont été créés, où une restructuration a été opérée chez les jeunes, où la section féminines s’est développée (Division 2 de 2020 à 2023), repart au combat en N2 et décroche, à la dernière seconde du championnat 2021-22, une nouvelle accession en National, grâce à un penalty de « Mamad » N’Diaye, qui pourrait revendiquer une statue à côté de celle de la Vierge, sur le rocher de Notre-Dame-de-France !

La joie dans les vestiaires après la qualification face à Laval.

Mais le retour en National est douloureux. Parce que, en l’espace de trois ans, le niveau a évolué, et les budgets ont grimpé. Les clubs sont, à l’image de leurs stades, d’un autre standing : Le Mans, Nancy, Red Star, Dunkerque, Bourg-en-Bresse, Sedan, Orléans, Châteauroux, pour ne citer qu’eux. Le Puy souffre dans la cour des grands, et malgré quelques exploits retentissants, comme cette qualification en 16e de finale de la coupe de France face à l’OGC Nice s’il vous plaît (1 à 0), ou encore des succès de prestige en championnat sur le terrain du Red Star (3e du championnat), de Nancy ou d’Orléans, ou encore face à Concarneau (futur promu) ou Versailles (5e), ça sent la fin de cycle pour le club, qui termine 16e (sur 18), et pour Roland Vieira qui annonce, à trois journées de la fin, son départ.

2023, la reconstruction avec Stéphane Dief

Cette deuxième relégation en 3 ans met un coup de frein à la politique des jolis CV, finances obligent. Parce que, si pendant 5 ans, le club a permis à certains de rebondir (Bosetti, El Khoumisti, Obiang), à d’autres de se relancer (Oberhauser, Perrot, Ben Fredj, L’Hostis) ou à quelques-uns d’être repérés (Joseph, Jabol, Allevinah), finalement, il n’a pas gagné grand-chose dans l’histoire, si ce n’est un peu de notoriété dans une région sevrée de football de haut niveau (Le Puy a évolué en Division 2 de 1984 à 1989), où Saint-Etienne a toujours fait sa loi et où Clermont s’est découvert de nouvelles ambitions.

C’est l’été 2023, et il faut reconstruire. « On est reparti d’une feuille blanche, raconte Olivier Miannay, qui, malgré les rumeurs de départ, repart pour une sixième saison dans le Velay; cette période a permis de réfléchir à une nouvelle stratégie, et il a d’abord fallu choisir un coach. Il fallait gagner du temps. Avec cinq descentes encore cette saison, cela aurait été risqué de prendre quelqu’un qui ne connaissait pas le National 2. J’ai présenté Stéphane Dief au président. Stéphane, je le connaissais, il est de la région (il est né à Riom-ès-Montagne dans le Cantal), on avait souvent joué contre lui quand il entraînait Moulins-Yzeure, où il a fait un travail exceptionnel. Et le président a validé ce choix. »

« Comme on a su assez tôt que l’on allait descendre, Olivier a pu anticiper la nouvelle saison, poursuit Gauthier; mais c’est vrai que c’était le flou artistique. On a validé le choix de Stéphane Dief, qui était sur le banc de Moulins-Yzeure depuis de nombreuses saisons (7), et ça, c’est quelque chose que je regarde chez un coach. »

Cinq mois d’invincibilité en championnat

Les féminines (D3) 1/4 de finalistes de la coupe.

Alors, comment expliquer que cette fameuse page blanche de l’été dernier se soit si rapidement noircie d’exploits en coupe de France (deux clubs de Ligue 2 éliminés, Dunkerque et Laval et aussi un succès sur le terrain de Lyon Duchère, qui venait d’étriller Bastia 4-1) ? Et comment expliquer cette longue invincibilité en championnat, où les coéquipiers de Mehdi Beneddine n’ont plus perdu depuis 5 mois et une défaite 2-1 le 7 octobre à Massot contre Fréjus/Saint-Raphaël… prochain adversaire dans le Var, samedi 9 mars ?

Les féminines (D3) ont elles aussi atteint les 1/4 de finale de la coupe de France.

« On est parti sur une option différente, renchérit Miannay, qui, 10 ans après, vivra son 2e quart-de-finale après celui de l’AS Cannes, encore face à un club breton (Guingamp en 2014); on a mis de la jeunesse, quelques joueurs du cru, du département ou de la région (Meyer, Fournel, Civet, Maurin, Pays, Mohamed, Royet, Boulamoy). On a ciblé des jeunes de National 2 ou de National 3 mais à fort potentiel (Adinany, Ayessa, Xhemo, Akkal, Diakhabi, Karamoko, Carvalho, Maronne, Diarra, Alexandre, etc.). On y a ajouté un peu d’expérience avec deux joueurs qui avaient besoin de se relancer, Beneddine, qui n’a rien à faire en N2, et Piechocki. Après, nous, on est là pour les accompagner, pour les faire progresser. Au Puy, il y a un climat serein pour ça, le contexte est propice au travail et à l’épanouissement du joueur. »

Miannay : « Un super cru 2023-2024 »

Olivier Miannay.

Il faudrait être aveugle pour voir que, cette saison, ça marche, et même très bien. Au-delà des espérances ? Miannay : « Oui ! Je suis agréablement surpris. Certaines années, ça marche, d’autres années non. Là, il y a un super cru 2023-2024, mais moi, je ne fais que mon travail, et je suis là aussi pour rendre aux dirigeants la confiance qu’ils me témoignent. Quelle que soit l’issue de cette saison, elle est déjà exceptionnelle, avec aussi le parcours des seniors féminines en coupe de France, des 18 ans féminines, en tête de leur championnat, de la réserve des seniors garçons, 2e derrière Montluçon et qui jouent la montée en N3, des 18 ans R1 (2es derrière Andrézieux)… »

« C’est une évidence, je ne m’attendais pas à une aussi bonne saison, reconnaît aussi Christophe Gauthier, qui tient encore à rendre hommage à tout le travail effectué les années précédentes; il ne faut pas balayer le passé. » Sous-entendu, n’oublions pas tout ce que Roland Vieira, avec qui les liens sont très forts, a fait pour le club, et aussi Sylvain Jore, son prédécesseur. Parce que Stéphane Dief – lire l’entretien plus bas – est arrivé dans un club où les fondations sont solides. Un club dont la régularité en championnat et maintenant en coupe de France laisse songeur : lors des sept dernières éditions de Dame coupe, Le Puy Foot était au rendez-vous des 32es de finale à six reprises !

La patte Dief

La Une de L’Equipe après l’exploit face à Lorient (L1) en 2021.

Des résultats au-delà des espérances, donc, et aussi une qualité de jeu reconnue de tous ! Et pour ceux qui ne sont pas convaincus, il suffit de regarder le 8e de finale de coupe, le 7 février dernier, face au 4e de Ligue 2, Laval (2-1), pour s’en persuader. Ce football offensif de qualité, ce jeu au sol et ce goût pour l’attaque, marque de fabrique de Stéphane Dief, font la fierté des Ponots, qui se retrouvent vraiment dans cette équipe. Qui ont envie de la soutenir, de la porter, de l’encourager, même si c’est évidemment moins flagrant en championnat où la tribune du stade Massot n’est pas assez remplie, on l’a encore vu vendredi dernier contre Alès (2-0). Oui, le public choisit ses matchs, mais après tout, c’est humain. L’équipe, elle, ne les choisit pas : après ses exploits à Lyon-Duchère, contre Dunkerque et contre Laval, elle a été capable d’enchaîner en championnat.

« Avec Stéphane Dief, cela fait 25 ans que l’on se connaît, témoigne Patrice Degironde, professeur d’EPS dans un lycée à Yzeure, qui fut son adjoint à Moulins-Yzeure en N2 et qui lui a succédé sur le banc au printemps dernier; c’était un joueur fin techniquement, avec un gros tempérament. Il pouvait vite monter dans les tours ! C’est un passionné. Dans sa vie, tout tourne autour du football. C’est un puriste. Il part du principe que l’on a plus de chance de gagner en jouant. C’est pour ça que, chez lui, il y a cette volonté de bien jouer, de ressortir le ballon proprement. »

Milan, PSG et … Le Puy !

« En National 2, on a un projet de jeu ambitieux, abonde Christophe Gauthier; et puis on n’a pas la contrainte de la défaite, comme en National la saison passée, où on était sans cesse dans l’échafaud. Cette année, c’est évident, les gens s’identifient à cette équipe. Cette jeunesse, cette fougue, ça a apporté du dynamisme. Je suis vraiment ravi d’avoir pu donner de la pérennité au projet de Stéphane (Dief) ».

A Saint-Etienne, jeudi soir, pour ce premier quart-de-finale de l’histoire du club, sur un terrain « ami » – l’ASSE est partenaire du club -, et dans un stade Geoffroy-Guichard qui a vu Le Puy enregistrer son record d’affluence face aux Verts lors de la saison 1985-1986 en D2 (42 000 spectateurs), toute la France du football aura les yeux rivés sur le petit poucet de l’édition 2023-24. Mais le record ne sera pas battu : car si 30 000 personnes environ sont attendues, la jauge, elle, est fixée à 37 500 places.

Après avoir battu le Milan AC (3-2) jeudi en coupe d’Europe, et tenu le PSG en échec (1-1) dimanche au parc des Princes, le Stade Rennais (Ligue 1) tentera d’éliminer Le Puy Foot, 21e club de niveau 4 à atteindre ce stade de la compétition. Ne souriez pas, on est très sérieux en disant cela. Rennes est prévenu, parce que… « C’est Le Puy bébé ! »

Stéphane Dief : « Je tire mon chapeau aux joueurs ! »

Le nouvel entraîneur du Puy Foot (46 ans), chantre du beau jeu, a dit « oui » tout de suite lorsque l’on lui a demandé s’il était OK pour répondre à quelques questions, au coeur d’un emploi du temps extrêmement chargé. Mais il a formulé une requête : celle de ne pas être mis tout seul en avant et de parler du club dans son ensemble, des joueurs, des dirigeants, des partenaires, des éducateurs, des bénévoles. Bref, celle d’être associée à la famille ponote. Requête acceptée !

Stéphane, on vous sent… débordé en ce moment…
Oui ! On est très occupé, on a beaucoup de sollicitations. Là, on prépare le match d’Alès (entretien réalisé jeudi 22 février), les habitudes sont un peu bousculées. Pour moi, Alès, c’est plus important que la coupe (Le Puy Foot s’est imposé 2 à 0 face aux Gardois).

Vous attendiez-vous à vivre une aussi bonne saison ?
Evidemment, non, car il y avait beaucoup d’incertitudes. Ce qui m’a rassuré, c’est le travail accompli avec Olivier (Miannay). On a pu se mettre au travail assez tôt puisque j’étais sans club depuis avril (Stéphane Dief a été remercié de son poste d’entraîneur à Moulins-Yzeure en avril 2023, après 7 saisons sur le banc), donc libre. Le discours des dirigeants a été rassurant, accueillant, et, malgré la saison compliquée en National, j’ai senti un club attaché à certaines valeurs, comme la confiance. Initialement, cette saison a été présentée comme une saison de transition et c’était bien de l’attaquer comme ça compte tenu du nombre de relégations en N3 encore. Envisager autre chose aurait été présomptueux. On s’est donc attaché à se plonger dans le travail et dans la mise en place du projet de jeu. En fait, on s’est jeté à corps perdu dans le boulot, sans trop réfléchir.

Il est comment, ce club du Puy, que vous ne connaissiez que dans la peau de l’adversaire ?
Mon épouse est native du Puy et mes beaux-parents vivent à côté de Saugues, donc je connaissais un peu la ville, la région et aussi le club, mais de loin. J’avais déjà une certaine image tout de même, pour avoir échangé par le passé, lorsque j’étais dans la peau de l’adversaire, avec Roland (Vieira) et Olivier (Miannay), et aussi Bertrand Dupuis, qui était le préparateur physique de Moulins avant d’être celui du Puy Foot. Je savais que c’était un club structuré, qui avait des moyens supérieurs à Moulins-Yzeure. Et même si je sortais d’une saison très difficile, j’envisageais celle-ci avec beaucoup de confiance malgré tout. J’envisageais un bon maintien. J’étais sûr de ce que l’on pouvait faire.

Jouer dans cette poule Sud, cela ne vous a pas refroidi ?
C’est vrai que cette poule est différente. Il y a plus de qualités individuelles parce que les moyens sont supérieurs dans pas mal de clubs, mais je trouve que c’est moins structuré. J’avais déjà connu ce championnat avec des équipes du Sud, en 2019-2020, mais elle était plus faible. Il y avait Annecy, Grasse, GOAL FC, Hyères, Fréjus, et cette saison-là, Toulon et Le Puy étaient en National. Cette poule m’avait plutôt bien réussi mais je trouve que celle de cette année est plus relevée, il y a une profondeur d’effectif plus grande aussi. Je n’avais pas peur d’être dans cette poule, mais je savais aussi que c’était un foot plus engagé, différent. On avait quand même des incertitudes mais on les a levées au fur et à mesure, sans jamais sortir de nos habitudes de jeu, même quand ça marchait moins bien en septembre.

Si le club ne monte pas en National en fin de saison, est-ce que ce sera une déception ?
Ce n’était pas l’ambition de départ mais maintenant, on a envie de vivre pleinement cette saison jusqu’au bout, et si on peut aller chercher quelque chose, on ira. Jusqu’à présent, on ne parlait que de maintien, que l’on estime à 34 points (Le Puy en compte 32 après 17 journées), et c’était une très bonne chose : pour les points qu’il nous manque, on va bien arriver à tirer quelques matches nuls… Mais la première idée, c’était ça : le maintien, et après on voit. Aujourd’hui, je pense que c’est encore un peu tôt de parler d’accession, parce que la coupe de France est arrivée au milieu, et même si pour l’heure on est bien arrivé à « switcher » d’une compétition sur l’autre, qu’en sera-t-il demain ? Et puis il y a une mise en lumière aussi qu’il faut gérer. Je connais trop bien le foot et la difficulté de cette division pour savoir qu’à 9 journées de la fin, on ne peut pas dire qu’on serait déçu de ne pas monter. Maintenant, on verra la situation à 3 ou 4 journées de la fin : si on est dans le coup à ce moment-là et que l’on monte pas, alors dans ce cas là, oui, on sera déçu.

Comment expliquez-vous, justement, que vous parveniez à très bien gérer les deux compétitions ?
On est dans une dynamique favorable, donc les problèmes surgissent moins. On fait un super parcours depuis janvier mais on n’a pas eu non plus de grands noms du football français à affronter, et je dis ça sans manquer de respect à Dunkerque ou Laval. On n’a pas eu non plus à affronter d’équipes de Ligue 1, comme Rennes, qui sera le premier adversaire de renom. Tout ça aide à garder les pieds sur terre. Et puis la Coupe, c’est quelque chose d’éphémère, il faut en profiter et profiter de l’instant mais le quotidien reste le championnat, c’est ce qu’on se dit avec les joueurs. Il y a aussi une forme de sérénité au club, qui fait aussi que les joueurs sont capables de passer d’une compétition à une autre. Et je leur tire mon chapeau pour ça.

Le ville du Puy-en-Velay compte 19 000 habitants. Photo Luc Olivier.

Face à Laval, la qualité de jeu a vraiment surpris. Le jeu, c’est votre credo ?
C’est vrai, l’équipe fait plaisir à voir et donne envie aux gens de l’aimer. Elle ressemble à ce que l’on a envie de voir. Mon premier objectif, avant de parler de résultat, parce qu’on veut tous gagner, bien sûr, c’est cet aspect-là, c’est ce que l’on produit sur le terrain. Je veux que les spectateurs le ressentent. On doit emmener la tribune avec nous, transmette des valeurs de travail de générosité, de qualité dans le jeu, parce que le jeu reste le maître-mot. Les joueurs ont réussi à transmettre ça et c’était notre première ambition en début de saison. Même en septembre, quand on avait des résultats moyens, la qualité de jeu et l’engagement étaient là, du coup, personne ne s’est inquiété. On savait qu’on avait réussi à créer une base sur laquelle s’appuyer et après, en rectifiant les petits détails, comme la concentration, la rigueur dans les bonne zones, les résultats sont arrivés. Les joueurs ont réussi à transmettre ce que l’on souhaitait, de l’énergie, de l’enthousiasme. Ils ont envie d’attaquer en premier, d’ailleurs, on fait souvent de bonnes entames de match, parce que ils ont envie de jouer au foot.

Le jeu, c’est votre truc…
Je suis passionné par ce qu’il faut essayer de mettre en place pour déséquilibrer l’adversaire, ça me plaît, parce que, finalement, défendre, il y a juste quelques façons de le faire, alors qu’attaquer, il y a des centaines voire des milliers de façon de le faire. J’aime transmettre ça aux joueurs. Mais pour ça, il faut avoir l’effectif pour, donc il faut accepter le déséquilibre, il faut accepter de prendre des risques, parce qu’on a recruté des garçons qui ont de la vitesse, de la taille. Et il faut tirer un coup de chapeau à Olivier (Miannay), le grand artisan du recrutement; il a ressenti ce que je voulais et vers quelle direction je voulais aller. On a trouvé les bons profils par rapport à ce que je voulais mettre en place.

Jeudi 29 février 2024 – 1/4 de finale de la coupe de France : Le Puy Foot 43 Auvergne (N2) – Stade Rennais (L1), à 20h45 au stade Geoffroy-Guichard (Saint-Etienne)

Texte : Anthony BOYER

Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Twitter :  @BOYERANTHONY06

Photos : Le Puy Foot 43 / Sébastien Ricou (sauf mentions spéciales)

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  • Lire aussi / Olivier Miannay : « Au Puy, je me régale ! »

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Révélé aux Minguettes et à La Duchère, l’entraîneur de 50 ans jouit d’une très belle réputation en National, un championnat qu’il connaît sur le bout des doigts. Malgré tout, c’est encore insuffisant pour toucher la Ligue 2 ou la Ligue 1, son ambition majeure. Une question d’image, peut-être…

Karim Mokeddem, avant Orléans-Rouen, le 12 février dernier. Photo Bernard Morvan.

Karim Mokeddem et le National, c’est une histoire qui dure depuis longtemps ! À tel point que le Lyonnais de 50 ans semble faire partie du décor. Huit ans, déjà, que l’ancien coach de Ménival et des Minguettes s’est fait connaître dans l’antichambre du monde pro avec Lyon-La Duchère, une équipe qui, sous sa direction, avait déjà réussi l’exploit de terminer en tête de son groupe de CFA devant Grenoble (en 2016) et qui, ensuite, n’était pas passée loin d’accéder en Ligue 2 (7e en 2017, 6e en 2018 et 5e en 2019).

Mais c’est véritablement avec l’AS Vénissieux Minguettes (aujourd’hui FC Vénissieux), lors de la saison 2012-2013, que le titulaire du BEPF – major de sa promotion en 2019 ! – a commencé à faire parler de lui. Son équipe, pensionnaire de CFA2 à l’époque, élimina Le Poiré-sur-Vie (National) en 16e de finale de la coupe de France aux tirs au but avant de s’incliner contre un club de l’élite, Nancy, en 8e, 2-0 après prolongation. Typiquement le genre d’épopée qui suscite l’intérêt. Comme celui de « La Duch », donc, qu’il rejoignit en fin de saison.

Un nom qui revient souvent

Avec Lyon-Duchère. Photo Philippe Le Brech.

Karim Mokeddem et le National, c’est une telle évidence que l’on a parfois l’impression qu’il pourrait coacher dans les 18 clubs du championnat ! C’est évidemment impossible mais ce qui est sûr, c’est que son nom est souvent cité en période de mercato ou de … limogeage. Ce fut le cas ces deux dernières saisons, d’abord lorsqu’il fut appelé au chevet de Saint-Brieuc, début octobre 2022, pour succéder à Didier Santini. Ensuite début novembre 2023, pour prendre la suite de Bernard Casoni à l’US Orléans.
Dans les Côtes-d’Armor, il ne fut pas loin de réussir l’opération maintien : à son arrivée, les Griffons ne comptaient que 4 points en 8 journées. Sous l’ère Mokeddem, ils ont glané 34 points en 26 journées (1,30 point de moyenne par match), soit le parcours d’une équipe de milieu de tableau.

Et depuis son arrivée à Orléans, le coach rhodanien a déjà signé un exploit : une qualification en 16e de finale de la coupe de France après des succès sur le terrain de l’AC Ajaccio (Ligue 2) au 8e tour et face à Nîmes (National) en 32e. Un parcours récompensé par un match de gala au stade de La Source face au PSG (élimination 4-1). Et en championnat, l’équipe, 11e à son arrivée (15 points en 12 matchs), a redressé la barre (4 victoires, 2 nuls et 2 défaites). Un effet Mokeddem ? Possible… L’USO compte désormais 29 points (en 20 matchs) et a amélioré sa position de 3 places (8e). Et elle aura encore l’occasion de s’éloigner de la zone rouge ce vendredi, face à Avranches, dans un match qui vaudra cher pour le maintien.

Pierre Sage : « Son image a évolué »

Avec Châteauroux. Photo Philippe Le Brech.

Karim Mokeddem et le National, c’est donc une histoire d’amour mais l’intéressé a une ambition claire : il veut coacher plus haut. En prenant les rênes du FBBP01 (Bourg-en-Bresse/Péronnas) en 2019, un club au statut pro (mais relégué en National un an plus tôt), puis en rejoignant Châteauroux, il s’en est rapproché. Mais voilà : pour toucher la Ligue 2, il faut soit monter avec son club, soit attendre le coup de fil d’un président, et là…

Mais, à l’instar de plein d’autres coachs de National, voire de N2 et de N3, il peut désormais s’appuyer sur la jurisprudence Pierre Sage, l’ambassadeur du foot d’en-bas propulsé fin novembre tout en haut ! L’actuel entraîneur de l’OL en Ligue 1 est d’autant mieux placé pour parler de Mokeddem qu’il fut son adjoint à La Duchère en 2018-2019 : « Karim est déterminé à entraîner en professionnel, témoigne Pierre Sage. Il est persévérant. Par exemple, il a postulé plusieurs fois au BEPF avant d’être admis. Il veut vivre du foot et il sait où il veut aller, c’est-à-dire le plus haut possible; à La Duchère, il avait gardé son job de comptable dans une association. Parce qu’il savait que ce n’était pas pérenne. »

Avec le FBBP 01. Photo Philippe Le Brech.

Toujours au sujet de Karim Mokeddem, Pierre Sage ne tarit pas d’éloges : « Karim se définit toujours comme un entraîneur qui vient du find fond du foot amateur. Il a une super réputation. Pourquoi il n’entraîne pas plus haut ? Je ne sais pas s’il le dira, mais il est catalogué comme l’entraîneur de quartier, qui a entraîné aux Minguettes et à La Duchère… Il en a conscience et a cassé cette image en allant à Bourg, à Orléans, à Châteauroux ou en Bretagne. Son image a évolué. On n’a passé qu’une seule saison ensemble, mais on est vraiment amis. Quand il est parti à Bourg, il m’a proposé de le suivre, mais je ne voulais pas retourner dans mon ancien club. Karim, c’est quelqu’un de très proche des joueurs. Il fait tout pour les mettre dans de bonnes conditions. Il prend soin d’eux, de leurs familles, de leurs enfants. Il a un charisme basé sur le respect et la proximité. Il ne met pas de barrières « de fou ». C’est un coach courageux, qui a une ambition de jeu : dernièrement, j’ai regardé son match en coupe face au PSG, j’ai reconnu sa patte. Son équipe a poussé le PSG dans ses retranchements. Karim, comme il dit, c’est « Tu le jettes dans le désert, il rentre chez lui à pied ! », il a plein de punchlines comme ça. Et un jour, on retravaillera ensemble, d’une manière ou d’une autre. »

Aït-Ouarab : « Pour aller au-dessus, il lui manque juste la confiance d’un président »

Avec Lyon-Duchère. Photo Philippe Le Brech.

Ahmed Aït-Ouarab, ex-footballeur pro (et ex-coach adjoint de la sélection de Mauritanie, du Puy-en-Velay et coach principal à Vaulx-en-Velin jusqu’à Noël dernier) fut lui aussi son adjoint à La Duchère, en CFA puis en National : « Karim est dans l’affect avec ses joueurs, il est très proche d’eux, il a une gestion pro-active avec eux et sait tirer le meilleur de son groupe, confirme-t-il. Il sait sur qui il peut s’appuyer et sur qui il faut rester attentif. Il est humain et prend soin des joueurs : il connaît tout de leur vie. Il sait gérer son groupe, qu’il surveille comme du lait sur le feu, car il voit tout, il est très observateur. C’est une de ses plus grosses forces. Au niveau du management, il est dans l’orgueil, il aime piquer ses joueurs, il les pousse à aller chercher le meilleur d’eux-mêmes. Après, il peut être dur et exigeant, parce qu’il est avec lui-même. Du coup, il ne peut pas en attendre moins de la part des autres. C’est aussi un fin tacticien, qui analyse, qui observe, qui est dans sa bulle pendant le match. Il ne lui manque rien pour aller au-dessus, juste la confiance d’un président. »

Mercredi 14 février dernier, deux ans jour pour jour après son « limogeage » du FBBP 01, « le jour de la Saint-Valentin, ça ne s’oublie pas ! », Karim Mokeddem est revenu sur son parcours, ses expériences, ses ambitions, ses relations avec les joueurs, sa philosophie de coach et, bien sûr, sur cette question qui nous taraude : pourquoi n’entraîne-t-il pas plus haut ?

Karim Mokeddem :
« Il faut persévérer pour réussir »

Avec Saint-Brieuc. Photo Philippe Le Brech.

Le meilleur souvenir de ta carrière de coach à ce jour ?
La victoire au tirs au but avec les Minguettes face au Poiré-sur-Vie, en 16e de finale de la coupe de France, en 2013. Il n’y a pas de mots, et il y a même des larmes… Et après on se fait sortir par Nancy (L1) en prolongation (0-2). Pour la petite histoire, c’est Benjamin Moukandjo qui marque le premier but pour Nancy et c’est ce même Moukandjo qui a tiré au sort le PSG pour Orléans en coupe de France le mois dernier !

Et le pire souvenir ?
Avec Lyon – La Duchère, contre Martigues, en CFA (en 2014) : deux joueurs de mon équipe se télescopent, et on a vraiment cru que l’un des deux allaient y passer… C’était Jean-Martial Kipré qui se replace et Yacine Hima qui tacle : en fait, le genou de Martial heurte la tête de Yacine. On pleurait, on ne savait pas quoi faire, Yacine avait une plaie ouverte au genou, il titubait, il convulsait au sol. Mon pire souvenir.

« J’ai appris les codes du football d’en-haut »

La saison où tu as pris le plus de plaisir ?

Avec l’US Orléans. Photo Bernard Morvan.

Sportivement, ma dernière année à La Duchère (2018-2019), on jouait très bien au foot, certains joueurs étaient là depuis 3 ans, on se trouvait les yeux fermés. On pouvait aller très loin dans les aspects tactiques. On démarrait les matches avec un onze et trois systèmes, et avec le même onze, on était capable de « switcher » sur trois systèmes différents dans le même match. J’avais aussi un staff de qualité, avec Rémy Kalèche, Pierre Sage, Maxence Pieulhet et Dalin Anrifani. C’est aussi l’année où je passe mon diplôme (BEPF).

D’ailleurs, en parlant de diplôme, tu es sorti major de ta promotion : est-ce que ça a créé des liens entre vous tous ?
Alors pour moi, pour 90 % d’entre-eux, je suis encore en contact assez régulièrement. Après, c’est comme partout, on se rapproche plus de certains que d’autres, par exemple, j’ai plus souvent Laurent Peyrelade, Jerôme Arpinon, Stéphane Jobard ou Fabien Lefèvre, d’ailleurs, ce dernier doit venir passer quelques jours avec moi à Orléans.

Avec Mathieu Chabert, à Châteauroux. Photo Philippe Le Brech.

Les 10 % qui restent, c’est Mathieu Chabert ?
Non ! Avec Mathieu, après l’épisode de Châteauroux, on a eu une discussion d’hommes et tout est rentré dans l’ordre; je l’ai au téléphone, je l’ai vu il y a un mois Paris, on a regardé un match ensemble.

Une erreur de casting dans ton parcours ?
Je ne regrette rien. Tout ce qui s ‘est passé, et même les erreurs que j’ai pu faire à un moment donné, m’ont servi pour grandir. J’ai appris les codes du football d’en haut, pour quelqu’un comme moi qui vient du fin fond du football amateur comme je le dis souvent, car il y avait certaines choses que je n’avais pas appréhendé. J’avais une certaine ligne de conduite, basée sur une phrase simple : « la parole fait l’homme », or dans ce milieu, il faut apprendre que la parole, elle ne vaut pas grand-chose.

Le club que tu rêverais d’entraîner, dans tes rêves les plus fous ?
Ce serait plutôt une sélection : l’Algérie.

Avec le FBBP 01. Photo Philippe Le Brech.

Tes modèles de coach ?
Sur les principes du football total et global, ce sont souvent les mêmes noms que je cite, comme l’Argentin Ricardo La Volpe, pour les sorties recherchées, raffinées. Bielsa aussi, parce que j’aime bien jouer à 3 et il a fait des grandes choses comme ça. Au niveau français, Coco Suaudeau et Reynald Denoueix ont été de grandes sources d’inspiration. D’autres coachs sortent du lot aussi en France, où on a de la qualité, je pense à Franck Haise, qui est un chercheur, qui essaie d’améliorer constamment ses idées, son projets de jeu, sa relation avec ses joueurs.

Avec Saint-Brieuc. Photo Philippe Le Brech.

Après, c’est aussi en fonction des différents aspects : la gestion humaine avec Carlo Ancelotti, la communication et la tactique de José Mourinho, la recherche de la perfection de Pep Guardiola… Il y en a d’autres comme Roberto De Zerbi, qui n’a pas peur de s’exporter, Luis Erique, un bon technicien. J’essaie de puiser un peu partout mais je ne fais pas de copier-coller car c’est impossible, ce ne sont jamais les mêmes joueurs, jamais le même contexte, pas la même qualité, pas la même direction… Il y a plein de paramètres qui dffèrent. José Mourinho, même s’il a été critiqué, là où il a été très fort, c’est qu’il a su inculquer à des joueurs de ne pas jouer à leur poste pour le bien de l ‘équipe, c’est une force chez lui, c’est un grand coach, qui a su se réinventer pour s’offrir une deuxième jeunesse et puis il na pas été joueur pro, donc ce sont des petites choses comme ça qui me parlent. Il faut persévérer, s’accrocher, pour réussir.

« J’ai envie d’y arriver, d’aller en haut »

Avec Saint-Brieuc. Photo Philippe Le Brech.

Et s’il fallait ne retenir qu’un seul coach ?
Pep (Guardiola).

Pas Pierre Sage ?
Non, Pep, c’est référence.

C’était une boutade, hein… : ça te fait quoi de voir Pierre Sage sur le banc de l’OL, ton club de coeur en plus ?
Déjà, ça me fait plaisir ! Avec Pierre, on a bossé ensemble, on se connait depuis 20 ans, on a un peu le même parcours : lui aussi vient du fin fond du foot amateur ! Je suis content de sa réussite. Tu sais, moi, je suis entier : souvent, en France, l’entraîneur est content quand son collègue réussit, du moment qu’il ne réussit pas mieux que lui… Ce sont peut-être mes origines lointaines qui font que je suis content pour lui, tout simplement, et que je ne lui souhaite que du bien. Au delà du fait de connaître sa femme, son beau-fils, sa famille, etc., quand tu connais Pierre, tu ne peux pas lui souhaiter du mal, c’est impossible.

Avec Lyon-Duchère. Photo Philippe Le Brech.

Quand tu me demandais quelle était la plus belle saison que j’ai vécue, je t’ai dit la dernière à Lyon – La Duchère, parce qu’on était sur un certain niveau de jeu, et aussi parce mon staff, c’était de la bombe atomique, et Pierre était dedans, avec Rémy Kalèche et Max Pieulhet. Pour la première de Pierre en Ligue 1 à Lens, je n’imagine pas un seul instant ne pas être en tribune à Bollaert : je pars d’Orléans avec ma voiture, j’appelle « Alé » (Alaeddine Yahia) qui bosse à Lens et me trouve une place, et je l’en remercie, et là, sur la pelouse, y’a Julien Sokol (team manager de l’OL) qui me voit, il est surpris, et il dit à Pierre, « Y’a Karim », et là, Pierre me voit, il est un peu tendu, c’est normal, et il se déride, et juste ça, ça a a suffi à mon bonheur, juste le fait qu’il se retourne, qu’il me voit, et d’ailleurs, y’a une photo de Pierre qui a fait le tour quand un article sort sur lui, quand il me sourit.. Bien sûr, personne ne sait que c’est ce moment-là, mais moi, ça m’a suffi : « t’es mon pote, je suis là, je suis venu te soutenir ». Après, le quotidien reprend son cours, mais je suis content pour lui.

« En L1 et en L2, il y a très peu d’entraîneurs issus de la diversité »

Avec le FBBP 01. Photo Philippe Le Brech.

Est-ce que tu l’envies ?
Ce n’est pas que je l’envie, c’est juste que j’ai envie d’y arriver, d’aller en haut, ça oui. Sinon, je ne l’envie pas lui en particulier. Ce que je veux, c’est pouvoir accéder à ça à un moment donné mais dans nos carrières, il y a une réalité; ce sont des accidents de parcours. Pierre, il est au bon endroit au bon moment et il n’y a pas de hasard : c’est la récompense de tout le travail qu’il a fait avant. L’année dernière, il part du Red Star et décide de revenir à Lyon, il prend le poste de directeur du centre, c’était écrit, ça devait arriver. Donc à moi aussi de faire en sorte que l’histoire s’écrive de façon à ce que je puisse accéder à ce championnat professionnel à un moment donné.

Avec l’arbitre Jacques Salze. Photo Philippe Le Brech.

Tu jouis d’une excellente réputation dans le milieu : pourquoi quelqu’un comme toi n’entraîne-t-il pas au moins en Ligue 2 ?
Je sais où tu veux en venir (rires) et je suis obligé d’en parler ! Tu la connais la réponse ! Peut-être que Saïd Chabane, un jour, me donnera ma chance, s’il est encore président d’Angers (rires) ! Elle est là la réponse ! Je n’en ai jamais parlé avant mais si tu remarques bien, mes anciens présidents s’appellent Ddjoudi Boumaza à Menival, Ahmed Zouak aux Minguettes ou Mohamed Tria à Lyon – La Duchère, et tous les trois ont un dénominateur commun, Djoudi, Ahmed, Mohamed… Mais je dois remercier aussi les autres présidents qui m’ont fait confiance, Gilles Garnier et Patrick Martellucci à Bourg, Guillaume Allanou au Stade Briochin, et aujourd’hui Philippe Boutron à Orléans, et cette confiance qu’ils placent en moi, j’essaie de leur rendre au maximum. Mais aujourd’hui, tu as une triste réalité : il y a très peu d’entraîneurs issus de la diversité qui sont représentés en Ligue 1 et en Ligue 2. Il y a Pat Vieira et Omar Daf. Tu te rends compte ? ça ne fait vraiment pas lourd. C’est comme ça et comme dit Bob Marley, il faut que l’on soit acteur de notre destin. Donc c’est à moi de décider de mon choix et de me battre pour mes droits !

« Tous les jours, quand je me lève, je pars au combat »

Avec le FBBP 01. Photo Philippe Le Brech.

On a l’impression aussi que si tu ne montes pas avec ton club, cela va être compliqué d’y arriver …
C’est un peu l’objectif et c’est pour ça que je suis content d’être à Orléans, parce que je pense qu’on a un bon effectif et que si on l’améliore, que l’on s’inscrit dans une certaine forme de continuité, on pourra, la saison prochaine, se mêler à lutte, mais d’abord, il faut bien finir cette saison et surtout se maintenir, ce qui reste la priorité avec encore six descentes. Par contre, on sait que le club traverse actuellement une zone de turbulences, donc on attache nos ceintures et je fais confiance à mon président pour trouver la bonne porte de sortie, afin que l’on soit compétitif encore toute la fin de cette saison et l’année prochaine. Et puis si ce n’est pas le cas, il faudra encore repartir au combat ! De toute façon, tous les jours, quand je me lève, je pars au combat ! C’est pour ça, quand j’entends parler de pression dans le foot… Mais moi, depuis que je suis né, j’ai la pression. Déjà, ma maman m’a mis la pression pour réussir dans les études ! Aujourd’hui, dans mon métier, dans ce milieu très fermé, tu sais que tu dois te battre chaque jour.

Avec Philippe Boutron, le président de l’US Orléans. Photo USO.

Orléans traverse une zone de turbulences : est-ce que cela peut être un frein à tes ambitions et à celle de ton équipe ?
J’ai déjà vécu une vente en cours de saison, à Bourg, et ça a été catastrophique… D’ailleurs, je n’y ai pas survécu, parce que je n’avais pas encore tous les codes… Généralement, je fais toujours ce que je dis et je dis ce que je pense., mais dans notre métier, il ne faut pas toujours dire ce que l’on pense. J’ai grandi par rapport à ça. Là où je trouve que Philippe Boutron gère bien la situation à Orléans, c’est qu’il fait tout pour que cette vente soit différée à l’intersaison. C’est intelligent de sa part, parce que je peux vous dire qu’une vente en cours de saison, c’est catastrophique en termes de gestion : on se retrouve à faire des entretiens individuels en pleine saison, c’est compliqué, cela engendre de l’instabilité. Aujourd’hui, j’ai zéro garantie. La seule garantie que j’ai, c’est que mes joueurs et moi sommes là, et qu’on est payé en temps et en heure. Je dois juste rester concentré sur le terrain, sur le football. Je ne dois pas m’éparpiller.

Faire progresser tes joueurs, c’est aussi une de tes missions ?
Toujours ! C’est un objectif fort chez moi ! Je ne peux pas concevoir de prendre des joueurs en début de saison et que 7 ou 8 mois plus tard, ils aient le même niveau; je ne l’accepte pas. C’est comme quand je passe quelque part, il faut que je laisse deux ou trois petites choses, qui ont fait progresser le club ou les joueurs, c ‘est vraiment important.

« Chérie, je me suis fait virer ! »

Avec Vincent Magniez (FFF TV). Photo Philippe Le Brech.

Tu répètes souvent que tu as appris de tes erreurs, comme à Bourg, peux-tu préciser ?
J’ai beaucoup appris sur moi-même. Je suis passé par des clubs « populaires », où il faut avoir du tempérament, et moi j’ai un tempérament où j’essaie de forcer le respect par mon travail. Je le répétais souvent aux joueurs : on pouvait me reprocher plein de choses, mais pas mon investissement et mon travail. A Bourg, c’était la première fois que je quittais Lyon même si je restais en Rhône-Alpes, sauf que cette fois, j’intégrais un club professionnel, avec des joueurs qui avaient cotôyé le monde pro. J’avais déjà entrainé des joueurs du monde pro, mais qui étaient mentalement entrés dans l’état d’esprit « Duchère » ou « Minguettes » à l’époque, et là, à Bourg, c’est moi qui devait aussi, en gardant mon identité, prendre en considération les codes des coups bas, parce qu’il y en a beaucoup plus qu’en amateur, et même parfois de la part des joueurs, qui peuvent être un peu complotistes. Donc j’ai appris ça.

Avec Saint-Brieuc. Photo Philippe Le Brech.

Et puis il y a la question du rachat : je pense que quand un club est racheté, si on ne te prolonge pas d’un an ferme ou de deux ans ferme tout de suite, ça veut dire ce que ça veut dire, c est un signal. Donc soit on t’inscrit dans le projet, et c’est ce qu’on m’avait vendu à Bourg, où il me restait un an et demi de contrat quand le club a été racheté, soit… Ils auraient pu me dire « tiens on se donne deux ans » pour monter, sans compter la fin de saison en cours. On m’a dit « C’est avec toi qu’on va le faire », mais rien n’a jamais été écrit ou signé, donc on n’a jamais prolongé. Et puis, il y a l’aspect « ingérence », quand des gens veulent faire l’équipe : j’aurais dû dire, « On se met autour de la table et on trouve une porte de sortie », parce que, faire l’équipe à ma place, avec moi, ça ne marche pas. J’échange avec Bruno Genesio ou Stéphane Jobard, qui était l’adjoint de Rudy Garcia… Garcia, il est très fort là-dessus : tout en maintenant ses idées, il est capable de « donner à manger » à tout le monde, aux dirigeants, aux joueurs, c’est une qualité. J’ai appris un peu peu- là dessus aussi, sur les relations humaines, sur la gestion avec la direction, la gestion quand tu te fais virer.

Avec Saint-Brieuc. Photo Philippe Le Brech.

Tu vois, c’est la Saint-Valentin aujourd’hui, et bien je me suis fait virer le 14 février (rires), le jour de la Saint-Valentin (grand éclat de rires) !! Je suis arrivé avec mes fleurs à la maison, j’ai dit à ma femme, « Chérie, je me suis fait virer ! » mais elle était déjà au courant car le club avait communiqué sur les réseaux sociaux, ça aussi, ce sont des petits trucs moyens… Je ne suis pas rancunier, mais je n’oublie pas. Après, il n’y a pas de bons moyens de se faire virer : la finalité est la même. J’ai appris à faire ce travail sur moi-même, parce que dans les formations, on n’aborde jamais ça, la relation entraîneur-directeur sportif et la gestion du licenciement. Quand tu te retrouves tout seul chez toi, que tu prends tes baskets, que tu vas courir, t’es bien, y’a du soleil, et puis au bout de 20 minutes de footing, t’as envie d’étrangler tout le monde, tu rentres à la maison, et tu fais le yoyo toute la journée. Il ne se passe plus rien, alors que dans ma vie, ça bouge ! Ton téléphone, qui sonnait tous les jours de 8h du matin à 8h du soir, d’un coup, c’est le néant… Et là tu vois aussi tes vrais amis du football, ceux qui ne t’oublient pas, ceux qui te font le petit texto, qui passent un coup de fil, ça fait plaisir. Tous les entraîneurs qui se sont fait virer, quelle que soit la raison, ils ne le prennent jamais bien.

On sent que l’épisode Bourg t’a marqué…
C’est fou parce qu’à Bourg, j’ai eu une meilleure relation aujourd’hui avec ceux qui ont racheté le club, après m’être fait virer ! Je les ai de temps en temps au téléphone. Et quelque part, on a peut-être des regrets… J’ai beaucoup appris dans cette période sur les relations humaines, avec la direction notamment, mais c’est compliqué, parce qu’en National, les joueurs sont semi-pros. C’est un championnat semi-batard ! Il faut vraiment que ce championnat devienne pro, avec un cahier des charges à remplir, notamment pour les équipes de National 2 qui montent, où il faudrait un centre d’entraînement, un terrain de match d’aplomb, parce que des fois, quand je vois certaines équipes qui montent… Et j’ai du respect pour elles parce que je suis monté de N2 en National avec La Duchère, alors qu’on n’avait rien, mais on a essayé d’améliorer notre terrain de match, on a créé un petit centre de d’entraînement qui valait ce qu’il valait, et finalement, pour avoir fait pas mal de clubs depuis, je peux dire que l’on n’était pas à plaindre à La Duchère.

« Je vais retrouver Oswald (Tanchot), 11 ans après ! »

Avec Saint-Brieuc. Photo Philippe Le Brech.

Peu de gens savent que, quand tu coachais La Duchère en National, tu travaillais à côté…
Oui, je bossais le matin à La Duchère et à 14 heures, je filais au bureau jusqu’à 19 heures ! Je travaillais au centre social de Champvert à Lyon 9e. Champvert, c’est 3 millions de chiffres d’affaires et 70 salariés. Je m’occupais de la comptabilité, des projets ville-état-région avec les jeunes, c’était bien, et si j’ai de bonnes relations avec mes joueurs sur l’aspect social, je sais d’où ça vient, on ne se réinvente pas. J’ai arrêté de travailler à côté du foot il y a 5 ans, quand je suis parti à Bourg.

Pourquoi as tu chois d’être entraîneur ?
Cela fait pas loin de 20 ans que j’entraîne maintenant, j’ai commencé à 30 ans. Je jouais à Ménival, on est monté de 2e division de District jusqu’en Ligue (PHR) et il fallait un diplôme « animateur seniors » pour entraîner à ce niveau-là. J’ai rapidement passé les diplômes « initiateur 1 », « initiateur 2 » et « animateur seniors ». En passant les diplômes, j’ai côtoyé des entraîneurs, des formateurs, et j’ai vu que j’aimais l’analyse du foot, que je me sentais bien au milieu de tous ces gens, alors que je n’avais jamais joué en CFA ni même en DH, mais j’étais à l’aise. Je me suis ensuite dit « pourquoi ne pas aller au Brevet d’état ? », alors je fais les sélections, je suis pris, et là, je côtoie d’autres personnes, d’autres formateurs, comme Jean-Yves Ogier (OL), tous de très bons pédagogues. Et puis je divorce : là, je me dis que je vais arrêter pour m’occuper de mon fils de 5 ans et demi à l’époque. Patrice Ouazar part entraîner aux Minguettes en CFA2 et cherche un adjoint : ça tombe à un moment où je voulais faire une formation de préparateur physique, histoire de rester en contact avec le sport. « Pat » me propose d’être son adjoint, je dis oui. Quand j’ai découvert le CFA2, je me suis dit « Mais c’est là que j’ai envie d’être, c’est ce que je veux faire » !

Avec Lyon-Duchère. Photo Philippe Le Brech.

Patrice Ouazar, c’est une rencontre très importante : il a été dans le partage avec moi. J’étais plus que son adjoint, il m’a donné une liberté. A la fin de la saison, il a dû partir pour raisons personnelles et là, Alain Reale, le président d’honneur (le papa d’Enzo Reale), et Ahmed Zouak, le président, me disent « C’est toi qui va prendre l’équipe » ! Je n’avais pas le diplôme. Ils m’ont dit « ce n’est pas notre problème, c’est ton problème ! Tu trouves quelqu’un qui va te couvrir et après son se débrouille, tu iras au diplôme » ! Quand je te parlais des « paroles d’hommes »… C’est pour ça que tu ne peux pas me décevoir sur une parole. Je suis attaché à ça. Tout est parti de là ! On fait des belles saisons aux Minguettes et puis il y a ce parcours en coupe de France en 2012-2013, où je croise Oswald Tanchot avec Le Poiré-sur-Vie; ça va être rigolo, car on va jouer l’un contre l’autre mardi (Orléans-Sochaux, mardi 27 février, à 19h30), et la dernière fois qu’on s’est affronté, c’est sur ce match de coupe, en 2013 ! On va se retrouver 11 ans plus tard !

Avec Thomas Hernu (communication du Red Star et ancien de La Duchère). Photo Philippe Le Brech.

Cette relation avec Patrice Ouazar aux Minguettes, elle t’a servi ensuite avec tes adjoints ?
Oui, tu es obligé, après, la différence, c’est la vision footballistique : entre mes débuts avec « Pat » et aujourd’hui, elle a fortement évolué, parce que j’ai bossé, je fais des recherches, je me forme, je travaille mon projet de jeu qui faisait 10 pages au début et qui en fait 120 maintenant. J’essaie d’améliorer les choses. Alors bien sûr, aux joueurs, je ne leur présente pas un projet de 120 pages, mais une vidéo de 3 minutes offensivement et 3 minutes défensivement; 6 minutes, c’est largement suffisant. Mais ce sont 6 minutes avec beaucoup de réflexion en amont. Je ne supporte pas quand un joueur me pose une question et que j’arrive pas à lui trouver la réponse. Pendant ma formation au BEPF, j’ai évolué là-dessus, dans les relations avec les joueurs et le staff, grâce à la richesse des échanges que j’ai eus avec Stéphane Jobard, qui était adjoint de Rudy Garcia à Marseille, et Fabien Lefèvre, qui était adjoint de Thierry Laurey à Strasbourg; ils m’ont raconté comment ça se passait et je me suis enrichi de leurs expériences. On a beaucoup échangé, partagé… Dans mon carnet d’adresses, j’ai la chance d’avoir des directeurs sportifs, avec qui j’échange aussi sur la gestion de conflit : les lofs, pas les lofts, les joueurs mis de côté, etc. Après je fais les choses à ma sauce.

« Je suis un entraîneur qui entraîne »

Avec le FBBP 01. Photo Philippe Le Brech.

Tu es un coach plutôt…
Travailleur. Je suis un entraîneur qui entraîne. J’ai besoin de réfléchir aux séances, de les diriger, de poser les problèmes de jeu, de créer des nouveaux exercices régulièrement. Il ne faut pas que cela soit morose et monotone. Je suis plutôt un entraîneur exigeant avec le staff, parce que je suis exigeant avec moi-même déjà, mais j’accompagne, je fais confiance, parce qu’en en National, on trouve des staffs avec de la compétence, comme à Orléans, et j’ai envie d’aider les gens à réussir aussi, parce que je n oublie pas d’où je viens.

On dit que tu es proche des joueurs, bienveillant, protecteur…
Il faut s’inspirer des grands. Mon idée c’est « Gagne le coeur et l’esprit de tes joueurs avant de les emmener à la guerre avec toi », c’est un peu la marque de Carlo Ancelotti. Je pense que si tu as le coeur des hommes avec toi et que derrière tu rajoutes la tactique, tu auras plus de chance de gagner des matchs. Après, il faut qu’il y ait un peu de qualité bien sûr. C’est vrai, j’essaie de bien connaître mes joueurs : j’ai un questionnaire pour eux, qui fait 5 pages, que je leur distribue en début de saison et qu’ils doivent remplir. Il regroupe énormément d’informations générales, leur adresse, l’adresse des parents, si le joueur a des frères et soeurs, si les parents sont mariés ou divorcés, s’il y a eu des décès dans sa famille; ça permet d’éviter de faire des impairs si un jour tu veux activer certains leviers émotionnels. Avec ces questions, j’arrive à profiler le joueur.

Avec le FBBP 01. Photo Philippe Le Brech.

Mais le joueur peut mentir sur le questionnaire…
Bien sûr, il peut mettre ce qu’il veut ! Hier (lundi 13 février), j’ai repris un joueur de volée devant le staff… Cela fait 20 ans que j’entraîne, j’ai brassé des centaines de joueurs, donc tu penses bien que j’arrive à déceler certaines choses depuis le temps ! ça permet de leur remettre les pieds sur terre parfois. Parfois je garde les choses pour moi, pour ne pas froisser les joueurs, mais si on vient me poser la question, alors il faut être prêt à entendre les choses, parce que je vais répondre honnêtement. Si tu es droit et honnête avec eux, il ne faut pas faire de promesses. Je sais qu’il existe des coachs qui font des promesses : « je te fais jouer la semaine prochaine, là tu te reposes cette semaine » mais si tu gagnes 5-0, tu fais quoi la semaine d’après ? Ou bien le joueur que tu voulais faire souffler le week-end d’après et qui fait le match de sa vie, qui met triplé : tu fais quoi la semaine d’après ? Quand on est coach, il y a des choses que l’on peut dire et d’autres non. Pour en revenir aux fiches, des joueurs ont répondu à côté, bien sûr ! Quand je leur demande leurs qualités et leurs défauts d’homme, et leurs qualités et leurs défauts de joueur… Quand un garçon me met sur la feuille « très à l’aise techniquement pied droit et pied gauche » et qu’au bout d’une semaine ou d’un jour, je lui dis « Non mais tu ne peux pas marquer ça sur la feuille, tu n’as pas de pied gauche, et le pied droit, bah, c’est pas toujours lui qui décide où va le ballon ! »

« Quand je retourne à Ménival, ça met une piqûre de rappel »

Un président marquant ?
Je vais les vexer, donc tous et surtout le président de mon club de coeur, Djoudi Boumaza : il a donné sa vie à Menival, du lundi matin au dimanche soir. Il passe sa vie au club. Il sacrifie son temps pour le club et il est toujours là ! Il a construit des choses, il a bâti une section féminines, il a fait remonter les seniors en Ligue, un terrain en synthétique a été fait, des choses sont faites pour les jeunes, ce club, c’est un vecteur social fort de la ville. C’est là où j’ai mes amis, dont certains avec qui on a fait les 400 coups ! J’y suis retourné cet hiver voir jouer l’équipe 1 en Régional 3, je suis passé voir les copains, et puis ça met une piqûre de rappel.

Une devise ?
Une seule ? C’est dur ! Celle que je ressors souvent, ça vient de « L’art de la guerre » de Sun Tzu : il faut faire attention aux initiatives individuelles qui nuisent au collectif. C’est tellement vrai dans le foot : parfois, un joueur prend une initiative individuelle, un drible, une passe, et derrière, ça se transforme en but contre toi.

Tu as déjà pris un carton rouge ?
J’étais sur le banc de La Duchère, il y avait Cyril Garcia, mon entraîneur des gardiens, avec moi, et Cyril a « terminé » l’arbitre; ce dernier vient vers moi et me met le rouge ! Cyril se tourne de l’autre côté et baisse la tête comme un enfant ! J’avais pris deux matchs de suspension mais l’arbitre s’est rendu compte après que ce n’était pas moi le fautif ! Quand j’étais à Saint-Brieuc, j’ai rencontré l’ancien arbitre, Stephane Bré, on avait une relation amicale : il m’a dit : « L’arbitre, qu’il soit bon au mauvais, il va terminer le match, alors que toi, ce n’est pas sûr ». Donc maintenant, quand je m’énerve sur le banc, je repense à Stephane Bré !

Ton match référence sur le banc ?
Avec Lyon – La Duchère, à Chambly, en National (en 2019) : et pourtant, on ne gagne pas, on fait 1 à 1. J’avais convaincu mes joueurs qu’on allait jouer en 3-4-3 losange, sans latéraux, sans piston, et qu’on allait prendre Chambly à la gorge, qu’on allait les étouffer. A J-2 du match, Mamadou Camara, Youssoupha N’Diaye et Jérémy Romany, mes trois centraux, je ne les sens pas convaincus; je leur dis « on va aller les chercher haut, on va jouer un 7 contre 7 dans leur camp et un 3 contre 3 dans notre camp, et vous, les trois costauds de derrière, vous avez peur des trois attaquants de Chambly ? » En fait, je les ai fait « switcher » ! A la fin du match, tout le stade nous a applaudis.

Et ton pire match sur le banc ?
C’est la saison de mon retour à La Duchère avec Bourg, on en prend 5… Toi, tu reviens dans le club ou tu as passé 6 ans, et t’en prends 5, devant tes amis, ta famille… Après, il faut assumer, mais là… Rien ne marchait ce jour-là; ça fait mal, mais ça fait grandir !

Texte : Anthony BOYER – aboyer@13heuresfoot.fr – Twitter @BOYERANTHONY06

Photo de couverture : Philippe Le Brech

Photos : Philippe Le Brech (sauf mentions spéciales).

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Intronisé le 21 décembre dernier, l’entrepreneur se décrit comme un président-supporter. Ce passionné fourmille d’idées et déborde d’ambition pour Marignane-Gignac-Côte Bleue (National), où le vaste chantier ne lui fait pas peur, et où il se voit rester longtemps.

Aliaume Gonthier, aux côtés de Christophe Celdran, l’un des vice-présidents, et de Vincent Montagnac, directeur général. Photo Maritima.

C’est le plus jeune président du National. Mais pas le moins expérimenté en matière de business et de gestion d’entreprise. Et parce que le football se gère comme une société, et parce que le ballon a toujours été sa passion, Aliaume Gonthier a craqué. Juste avant Noël, il s’est offert un joli cadeau. Un club de football. Pas le plus glamour. Mais pas le moins inintéressant non plus : parce qu’au MGCB – Marignane Gignac Côte Bleue -, il y a (presque) tout à faire. Tout à construire. Et c’est bien connu, « il est beaucoup plus facile de détruire que de construire », comme il le répète.

A 34 ans, le natif de Beauvais, dans l’Oise, fils de commerçants, s’est découvert une passion pour ce club niché sur les bords de l’étang de Berre, en face de Martigues et d’Istres, à quelques centaines de mètres de l’aéroport éponyme : ça tombe bien, le supporter du FC Sochaux (où il est toujours actionnaire), et aussi du RC Lens et du Stade de Reims, entend faire décoller son club, d’abord en parvenant à le maintenir en National, puis en le faisant évoluer, tant sportivement que structurellement. Un pari osé, cher, dans un coin de France où le foot n’est une religion qu’à l’OM; où Martigues, distant d’à peine plus de 15 kilomètres, truste le haut de tableau du tableau en National depuis sa remontée au 3e niveau de la hiérarchie française en 2022; et où l’on ne se bouscule pas pour aller voir des matchs amateurs… Tout ça, Aliaume Gonthier le sait bien, mais il veut faire bouger les choses.

Actionnaire au FC Sochaux

Maxence Renoud, arrivé au mercato de janvier 2024, en prêt de Lausanne, aux côtés du coach Brahim Hemdani et d’Aliaume Gonthier.

Quand il a officiellement repris le club, le 21 décembre dernier, les finances étaient plus que dans le rouge. Avec un trou de 600 000 pour boucler la saison actuelle, le MGCB était au bord du dépôt de bilan. En coulisses, les dirigeants s’employaient pour trouver un repreneur, afin, dans un premier temps, de terminer l’exercice 2023-24.

Et ce repreneur, c’est lui, Aliaume Gonthier, actionnaire du FC Sochaux-Montbéliard (via les Sociosochaux), dont la volonté première, après avoir contribué au sauvetage du club l’été dernier (260 000 euros d’investissement), était d’entrer au Conseil d’administration du club du Doubs. Mais comme les dirigeants Sochaliens n’ont pas voulu de lui, il a donc jeté son dévolu sur Marignane !

Mais qui est Aliaume Gonthier, ce jeune président que l’on a vu crier et chanter en tribune au stade Saint-Exupéry avec les supporters du MGCB contre Avranches (4-1), le mois dernier, au point de le confondre avec un supporter lambda ? Un président qui a beaucoup pris la lumière – à son insu – depuis sa prise de fonction, au point parfois d’en oublier qu’il y avait une équipe de National derrière, coaché par un garçon au CV de joueur long comme le bras, Brahim Hemdani, en difficulté dans son championnat. En difficulté, mais loin d’être larguée.

À 13 journées du baisser de rideau, les Provençaux sont, avec 20 points en 21 matchs, toujours dans la zone rouge, à 5 points du premier non-relégable. Les deux récentes victoires contre Martigues, avant Noël (1-0) et surtout la démonstration face à Avranches, le mois dernier (4-1), ont démontré que cette équipe avait les moyens de se sauver, malgré deux derniers revers en déplacement, à Châteauroux et à Nancy, entrecoupés d’un nul à domicile.

Le nouveau président est catégorique : « On va se maintenir ». Mais avec une nuance tout de même : « Si on descend, on remontera la saison d’après ». Bien sûr, cela peut passer pour de la prétention. Il faut surtout y voir de l’ambition. Et Aliaume Gonthier en a beaucoup pour son club. Et il a aussi beaucoup d’idées de développement.

Un président multi-fonctions

Installé à Bordeaux, où il passe une demi-journée par semaine au Lil’Home, un restaurant gastronomique sur les bords de la Garonne et dont il a la gérance, celui qui se définit comme un entrepreneur assure travailler 80 heures par semaine – dont une cinquantaine est consacrée au MGCB – et ne pas beaucoup dormir.

Le jour de cet entretien (réalisé jeudi 1er février), il est d’ailleurs accaparé par l’organisation du déplacement de son équipe à Châteauroux, le lendemain. Un déplacement contrarié par le mouvement des agriculteurs, et qui l’oblige à revoir la feuille de route. Les mini-bus, l’hôtel, la logistique, c’est lui qui s’en charge, en cas d’urgence ! « Je le fais moi-même, oui, un peu dans l’urgence. On est une association sportive. Je ne peux pas exiger trop de choses de la part des bénévoles. Et puis ça ne me pose pas de problème de faire ça. »
Et Gonthier de préciser : « J’ai décalé ma semaine de vacances au Mexique pour aller au match à Châteauroux ! ». Le stade Gaston-Petit plutôt que les Cenotes et Cancun, il fallait oser !

Aliaume Gonthier : « J’ai un plan A et un plan B »

Aliaume, en quelques phrases, présentez-vous ?
Je suis né à Beauvais dans l’Oise mais je me sens Rémois car j’ai fait toute ma jeunesse à Reims. Mes parents sont commerçants, ils ont d’abord tenus une supérette de quartier, à Glageon, dans le Nord, avant de prendre des entreprises de plus en plus grosses. Après le lycée à Reims, j’ai hésité à entrer en classe préparatoire, où j’ai été admis, mais comme j’avais une copine à l’époque, et que je marche avec le coeur, je suis resté à Reims où j’ai fait Neoma, une école de commerce, pendant 4 ans, dont 2 à l’étranger, en Irlande. En fait, je ne voulais surtout pas faire commerçant car je voyais l’investissement de mes parents, et puis les grosses multinationales, ce n’est pas mon truc. J’ai besoin d’humain et de méritocratie absolue, même si le réseau est important; cependant, je ne cautionne pas le « pistonnage ». Je juge les gens sur les résultats et je veux qu’on me juge sur les miens. La politique au travail ? Très peu pour moi.

Elle ressemblait à quoi, votre vie d’étudiant ?
Quand mes parents ont repris une petite affaire, je me suis pris au jeu, en marge de l’école, et j’ai géré un magasin, sans véritable contrat officiel, aux Mesneux, juste à côté Reims. Je n’ai jamais été un fêtard, j’ai toujours voulu mettre de l’argent de côté pour réaliser mes rêves. J’ai même habité chez mes parents jusqu’à mes 26 ans ! Avec mon frère, mon cadet de 2 ans, on a joué au foot, lui en centre de formation, mais on s’est fait les croisés. À cette époque, j’étais 4 jours en Irlande et 12 jours en France pour gérer l’entreprise familiale dont j’avais en quelque sorte un peu hérité. Et je ne m’étais pas fait opérer, je n’avais pas les moyens, ça coutait 20 000 euros en Irlande !

C’était quoi, vos rêves ?
Être entrepreneur, ne pas être verrouillé dans mes décisions et investir dans le sport, particulièrement dans le football. Quand j’étais jeune, je jouais à FIFA et à Football Manager ! Je joue encore un peu et j’ai promis aux joueurs de Marignane de jouer avec eux; à Football Manager, je prenais Sochaux, jusqu’à ce que le club ne disparaisse de la circulation, mais aujourd’hui, c’est plutôt le RC Lens ! J’ai longtemps été abonné à Bollaert, ce stade… ça donne des poils…

Sochaux et Lens, vos deux clubs de coeur ?
Oui. Pourtant, quand j’étais petit, mon grand-père m’emmenait à Bonal voir Sochaux. Ado, j’allais aussi à Delaune, à Reims, avec mon frère.

« Je n’ai jamais cherché à m’imposer quelque part »

Pouvez-vous revenir sur la genèse de votre arrivée au MGCB ?
Quand je suis parti de Sochaux, j’ai regardé ce qui se passait, j’ai pris des renseignements sur chaque club. Je prends l’exemple d’Avranches : même si je ne connaissais pas son président, Gilbert Guérin, ce qu’il a fait pour son club, c’est ce que tout président devrait faire. Pour Marignane, je suis d’abord passé par les réseaux sociaux, parce que ça avait marché à Sochaux, avec les « Sociochaux », j’ai tenté de contacter Marc Vicendone, Baptiste Giabiconi (deux des quatre présidents du MGCB), bref, ça n’a rien donné. Julien Cordonnier, le directeur sportif de Sochaux, m’a donné les coordonnées de Michel Flos, l’adjoint de Brahim Hemdani, et tout est parti de là. Julien, je l’apprécie beaucoup et je le remercie encore de m’avoir fait découvrir son boulot et renseigné sur les aspects sportifs, D’ailleurs, si je pouvais renforcer ma structure avec lui, je le ferais avec plaisir, en plus, je suis né à Beauvais et il a joué à Beauvais ! C’est peut-être un signe ! Pour en revenir à ma venue, je n’ai jamais cherché à m’imposer quelque part. Moi, ce que je veux, c’est m’inscrire dans un club, aider, vivre mon rêve et faire vivre le rêve d’un club. C’est gagnant-gagnant. J’ai les pieds sur terre, ça ne m’apporte rien, je n’ai pas d’ego.

Cela ne vous a pas fait peur de reprendre Marignane, où cela ne respirait pas la sérénité ces derniers mois, avec des dissensions entre dirigeants ?
J’ai mis tout le monde d’accord. On est en train de resserrer les liens de la famille, car je vois le club comme une famille. Ceux qui ont l’amour du club sont toujours là. Christophe Celdran (l’un des quatre coprésidents l’an passé), qui avait été écarté par François Dussol (éphémère président fin 2023), est revenu. Comme dans une famille, il peut y avoir des dissensions. Là, ce sont des liens non pas du sang mais du club. Tu peux t’engueuler mais tu te rabibocheras toujours. Si l’intérêt reste l’institution, alors il n’y a pas de problème. Je crois en ça. L’avantage aujourd’hui au club, c’est qu’il n’y a plus qu’une seule tête, ce qui simplifie les choses. Je conserverai toujours 51 % du capital du club. Toujours. On m’avait alerté sur le microcosme marseillais : je ne serais peut-être pas venu à Marignane si cela avait été des personnes différentes. Ici, j’ai trouvé des personnes qui s’investissaient au quotidien et qui avaient envie de rester dans la structure.

« J’aime les gens »

Vous vouliez entrer au comité d’administration du FC Sochaux et vous voilà à Marignane… Le changement est brutal, non ?
Aujourd’hui, Marignane est un club organisé comme un club de Regional 1. Je connais quelques clubs de N2 et N3, j’ai rencontré récemment le président de Bischeim, et celui du Bassin d’Arcachon, je discute, j’échange. Avec tout le monde. C’est d’ailleurs ce qui n’a plus plus aux gros actionnaires à Sochaux, parce qu’ils ont vu cela d’un mauvais oeil, ils ne souhaitaient pas que je me mélange mais moi, je suis comme ça justement, j’aime les gens. De toute façon, c’est plus facile de détruire que de construire. Et je trouve que c’est plus sympa de construire : à Marignane, on démarre de zéro alors qu’à Sochaux, il faut tout déconstruire, et c’est plus compliqué, surtout humainement et matériellement, avec des charges fixes. À Sochaux, il y a 170 personnes en tout, et il manque 3 millions d’euros ! T’en enlèves 10 pour préparer le budget de la saison prochaine, mais est-ce que c’est suffisant ? Là-bas, il y a encore 3 comptables… À Marignane, la « compta », c’est moi et une personne bénévole ! Sincèrement, j’espère de tout coeur que Sochaux va monter, mais si ce n’est pas le cas, c’est retour à la case départ, et là, c’est dur de mettre 100 personnes sur le carreau.

Vous avez tourné la page « Sochaux » ?
Oui, et je suis très bien à Marignane. Je n’ai pas pu entrer au conseil d’administration du FCSM, ils ne veulent pas me rendre mes fonds, donc je regarde quand même ce qui se passe, mais je suis actionnaire donc je ne veux pas qu’il se passe n’importe quoi. Sochaux est organisé comme un club de L1. Le directeur général et le président sont actionnaires et ont un salaire, vous vous rendez-compte ? Je suis en désaccord avec ça, je l’ai dit à Pierre Wantiez (directeur général), je ne fais pas de politique. Pour moi, le foot, c’est une société : si tu es président mais non actionnaire, OK. Si tu es actionnaire et président, et si le club vit bien, alors OK, tu prends s’il y a quelque chose à prendre, mais à Sochaux, il n y a pas d’argent à prendre.

« On a déjà fait pas mal de belles choses »

Le classement de Marignane en National, relégable depuis le début de saison, ça ne vous a pas fait peur non plus ?
J’avais regardé les matchs, c’était très correct, et le premier jour où j’ai jeté un oeil sur les bilans du club, on a gagné face à Martigues 1 à 0 (le 15 décembre), donc j’ai pris ça comme un symbole fort ! Les joueurs ont envie, le coach est très sérieux, donc go ! Même si je suis conscient qu’il faut un grain de folie, je n’ai pas peur. J’ai dû tout analyser, la situation du club, en trois jours ! Trois jours sans dormir, à regarder les bilans, à éplucher les comptes. Il manque chaque année 400 000 euros, qu’un mécène fournit, donc je vais apporter ces fonds grâce à une économie.

Pas mal de choses ont déjà changé depuis votre arrivée…
On fait des événements autour du match, on a déjà doublé les recettes, et ce qui n’avait pas été fait pour les partenaires, comme des bâches par exemple, ou une visibilité sur le site, on l’a fait. En un mois et demi, on a déjà fait beaucoup, ça rassure les partenaires, les mécènes et les futurs actionnaires. Je remercie les personnes qui ont rejoint le projet. On a professionnalisé la communication, on a un un deuxième compte Instagram pour l’académie, afin de mettre en avant les jeunes, on a créée un compte Twitter (compte X), une page LinkedIn, une deuxième page Facebook, on a un nouveau site web, une billetterie en ligne et bientôt on aura une boutique en ligne ! On a mis en place un événement d’avant match, un événement de « challenge » à la mi-temps, ce qui n’existait pas, et on a aussi crée le club 1924 (club des partenaires). C’est fou, parce que jusqu’à présent, chaque partenaire qui mettait un euro dans le club le faisait juste avec le coeur, sans espérer de retombées. Là, il y aura un retour sur investissement : je promets au minimum 1,01 euros de retombées pour 1 euro d’investissement. Alors, on n’est pas arrivé au bout du truc, mais déjà, de belles choses ont été faites, et ça donne la ligne de conduite. Autre chose : les joueurs de National vont avoir obligation d’aller voir les matchs de jeunes, car pour recevoir, il faut donner; un planning sera établi.

« Je ne crois pas au hasard »

A Bordeaux, vous êtes chef d’entreprise associé avec votre cousin, au restaurant le Lill’Home ?
Aujourd’hui, je ne suis plus associé avec lui. Je suis futur seul associé ! Mon cousin (Lilian Douchet, vu dans Top Chef) n’est plus à la gérance. Ce sont ses employés qui l’ont mis dehors. Lil’Home est un restaurant gastronomique, où on a monté une équipe solide, où mon chef de cuisine, Louis Bécan, et mon chef de salle, Valentin Marchal, ont des objectifs précis; ça me prend une demi-journée par semaine, le mercredi, pour parler stratégie. Il y a aussi les petits problèmes du quotidien à gérer.

Par le passé, votre famille et vous avez eu maille à partir avec la justice : vous avez notamment été attaqué pour des faits de harcèlement moral en 2016 dans un de vos supermarchés, à Château-Thierry (Aisne). Où en est-on de votre procès ?
Le jugement est tombé : j’ai été relaxé des fins de la poursuite. Je peux fournir à qui le souhaite mon jugement de relaxe, il est très clair… et parfois il n’y a pas besoin qu’on me le demande, au moindre bruit de couloir, je le dégaine ! Mais cette histoire a « bouffé » 4 ans de ma vie et c’est aussi une explication à ma venue en toute transparence dans le foot, et à Marignane-Gignac-Côte Bleue : j’avais envie de côtoyer beaucoup de monde et de reprendre confiance en l’humain, parce que je me suis dit que la vie fournissait son lot de soucis. Donc il fallait se faire plaisir.

Gérer un club de foot, c’est différent d’une entreprise ?
Il y a beaucoup de points communs, comme la gestion des équipes. Les joueurs de foot, c’est comme un staff dans restaurant : ils font un bon service ou ils ratent un service, et dans ce cas-là, on discute, on essaie de comprendre ce qui s’est passé, pour s’améliorer; c’est vraiment similaire, avec ce petit coté frissonnant en plus au foot, même s’il y a des frissons aussi au resto, comme quand le client repart content. Récemment, une « mamie » est venue déjeuner au restaurant (le Lil’Home à Bordeaux) avec son petit fils : elle venait de perdre son mari la veille, et elle m’a remercié du fond du coeur car, le temps d’un repas, le temps d’un moment, elle a oublié ça. Et puis il y a le résultat du match aussi, qui conditionne le reste de la semaine; au resto aussi, si tu plantes ton service du samedi soir, le lundi c’est « réunion », « comment on fait pour rattraper le coup », etc. J’ai une boîte de spiritueux aussi : demain, le client qui doit passer une commande annule : comment on fait pour rattraper ? La seule chose qui diffère, c’est qu’au foot, on est plus dans le passionnel, on peut s’enflammer vite, dans le bon ou le mauvais sens.

Ce qui diffère aussi, c’est cette irrationalité au foot, avec un but encaissé par exemple à la 91e minute alors que vous avez archi-dominé pendant 90…
Tu sais bien que tu peux prendre un but à tout moment. Moi, le hasard, je n’y crois pas, et même au foot, il y a toujours une explication : si le ballon est rentré au fond des cages, c’est qu’il y a une raison.

« Je suis là pour 10 ans minimum »

Vous découvrez un peu le National, vous le trouvez comment ce championnat ?
Je ne regarde plus que le National ! Je trouve que le niveau est bon. J’avais effectué le déplacement à Martigues et Versailles avec Sochaux. Il y a des matchs qui peuvent être plats, par exemple, quand certains clubs décident de faire 0 à 0 à l’extérieur, notamment. Tout le monde peut battre tout le monde aussi, c’est ce qui la beauté de ce championnat. C’est pour ça qu’en Ligue 1, je trouve ça moins intéressant.

Avec les U16 du MGCB pour célébrer la victoire !

Votre engagement sera-t-il remis en cause si l’équipe redescend en N2 ?
Une descente ne remettrait pas en question mon engagement. Je suis un entrepreneur : j’ai un plan A et j’ai un plan B. Si on descendait, mais je n y crois pas, ça ne remettrait pas en cause le projet, il n’y a pas de sujet là-dessus. Je suis là pour 10 ans minimum. Et si on descend, on remontera l’année prochaine. On aura juste perdu un an. Et Marignane sera un jour en Ligue 2.

Peut-être, mais sans doute pas au stade St-Exupéry. Il y a aussi le souci des installations, non ?
Le stade, c’est un vrai sujet. J’ai envoyé quelqu’un à la Fédération Française de football à ce sujet, et à ce jour, je ne peux pas répondre à cette question, car je n’ai pas les compétences techniques… même si je ne pense pas que cela sera au stade Saint-Exupéry. Maintenant, le maire de Marignane (Eric Le Dissès) avait un projet au complexe du Bolmon; bon, ben voilà, c’est toujours d’actualité. On trouvera collectivement les solutions.

La Ligue 2… Vous êtes sérieux ?

Le coach Brahim Hemdani (à gauche) et son adjoint Michel Flos. Photo Bernard Morvan.

La Ligue 2, c’est la finalité. Cela permettrait de créer une synergie avec l’OM. Déjà là, en National, c’est intéressant de nouer un partenariat, mais en Ligue 2, la synergie serait formidable ! Vous imaginez, un club de L1 et un club de L2 voisins ! Les joueurs prêtés par exemple n’auraient pas besoin de déménager. L’OM peut nous apporter mais nous aussi, on peut leur apporter. On a une base de licenciés qui est la plus grosse de PACA et ça, c’est super important. Je vais voir nos matchs de jeunes aussi, ça me fait autant vibrer que de regarder des pros. Avec l’OM, j’ai eu un premier rendez-vous de rencontre. On aura un deuxième rendez-vous fin mars pour parler de la saison prochaine.

« Je suis un meneur d’hommes »

La proximité de Martigues peut-elle être un frein à vos ambitions ?
Non, ça ne peut pas être un frein à notre développement. On n’a pas la même histoire. On construira encore plus la notre. Chacun ses forces, chacun ses faiblesses. Mais je suis content d’avoir un voisin aussi solide : j’ai rencontré le directeur du FC Martigues, Arnaud, avec qui on maintient les liens.

Quel type de président voulez-vous être ?
Je veux vraiment laisser la chance à chacun de jouer son rôle, notamment dans la partie business/société. Je veux bien déléguer mais je veux être informé. C’est comme ça que je manage. Je veux construire une identité forte, que Marignane soit une marque. Je veux être proche des jeunes. Je suis proche de l’équipe Une, déjà, et j’ai mon petit discours d’avant match pour eux dans les vestiaires, c’est quelque chose qui me tient à coeur. Je suis un meneur d’hommes. Il ne faut pas confondre ma gentillesse avec ma faiblesse. Et je suis quelqu’un qui a un miroir réfléchissant, je n’arrive pas à être autrement, je suis un président-supporter. En fait, j’ai eu un coup de foudre avec ce club, donc avec tous les membres de sa famille !

Avez-vous des modèles de présidents, de clubs ?
Oui mais pour qu’ils m’inspirent, il faut que je connaisse la personne, et pas que je lise des choses sur eux dans la presse. Des clubs comme Concarneau, Pau, sont des modèles de clubs, et j’aurai plaisir a échanger avec leur président. D’ailleurs, avant un match, je passe un coup de fil à mes homologues, pour échanger, pour voir si on peut se rencontrer : récemment, j’ai été bien reçu par le président du FC Rouen, Charles Maarek, j’ai aussi échangé avec Benjamin Guffet, le nouveau président de Châteauroux. Quand on a joué contre Avranches, le nouveau président (Nicolas Leroux) n’a pas effectué le déplacement mais j’ai pu discuter avec Xavier Gravelaine, le directeur sportif.

Vous diriez que, du fait de la présence de votre maman et de votre frère dans l’actionnariat, c’est un projet familial ?
Oui. Mon frère Kevin a mis de l’argent, ma maman Fabienne également, et je les remercie ! Et je remercie ma compagne Manon qui, depuis 10 ans, supporte mes passions entrepreneuriales. Je suis beaucoup en télétravail, j’ai des relais. Le club de Marignane, ça me prend 50 heures par semaine environ, et mes autres sociétés une trentaine d’heures. Je suis habitué, c’est comme ça depuis gamin !

« Je veux ouvrir le capital aux supporters »

Le club de Marignane va-t-il passer en société ?
Oui. Ce sera une SAS (Société par actions simplifiée) avec certainement une SCIC (société coopérative) à l’intérieur, et il y aura plusieurs tours. La SAS sera ouverte d’ici la fin du mois de février. Je vais mettre une somme importante au capital et tout de suite, je vais revendre 15 % des parts au 1er tour, à des futurs actionnaires à qui je fais faire des présentations dans les semaines qui viennent, d’ailleurs je vous annonce déjà l’arrivée de Cyril Haulet, qui est actionnaire au FC Sochaux; et aussi aux socios, car je veux ouvrir le capital aux supporters : pour moi, c’est ça le foot, je ne le conçois pas autrement. La SCIC, elle, sera plus longue à mettre en oeuvre; il y aura donc un premier tour d’ouverture à 15 % pour les actionnaires et 10 % pour le reste, donc 25 % que je céderai, et je conserverai 75 % du capital. On fera comme sur les modèles de Bastia, Sochaux, Rouen. À Sochaux, par exemple, je suis « sociochaux » encore; il doit y avoir une partie du capital aux supporters, pour éviter les conflits, et par souci de transparence. Cela permet aux supporters d’avoir des infos et ça fonctionne comme une AG : ils posent leurs questions, ils ont leur réponse, et voilà. Idem dans les entreprises : si les gens n’ont pas toutes les infos, comment prendre les bonnes décisions ? On espère passer notre budget de 2,2 à 2,6 millions. Sachant qu’à Sochaux, par exemple, le budget est de 12 millions, c’est pour ça, je vous dis, qu’est-ce que ça coûte de laisser une partie aux actionnaires ? C’est mieux pour eux, comme ça ils ont le sentiment d’appartenance. Dans ma logique, tous les licenciés du club de Marignane-Gignac-Côte Bleue pourraient être propriétaires du club, et ce serait merveilleux, non ? Que rêver de mieux ? Les gens se diraient « Je joue dans MON club ». Ce serait beau.

Ce côté supporter, c’est votre truc : on vous a vu dans les tribunes du stade Saint-Exupéry avec eux, ce n’est pas un peu « bizarre » pour un président ?
J’aime cette proximité, cette convivialité. J’ai ce côté passionné, limite supporter, je l’assume. Contre Avranches, c’est vrai, je chantais avec le kop ! Je veux une base de supporters au stade et je veux montrer l’exemple, c’est naturel pour moi. J’aime le foot pour ça, pour les émotions. Je ne trouve ça nulle part ailleurs que dans le kop. Pour le prochain match (Villefranche, la semaine dernière), j’ai engagé une fanfare. Ce qui me plaît, c’est l’aspect inter-générationnel. Je parle de football avec mon grand-père de 90 ans ou mon neveu de 5 ans, c’est pareil. Le foot regroupe les générations et j’aime ce côté populaire, dans le bons sens du terme : au stade, on discute aussi bien avec des ouvriers, des chômeurs ou des cadres. Je prends autant de plaisir à aller en loges ou en kop. Par exemple, je ne suis jamais allé au Stade Vélodrome : j’ai dit OK, une fois en loges, une fois avec les Ultras.

  • Lire aussi – Christophe Celdran (Marignane-Gignac CB) : « On sait où on veut aller »

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Texte : Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr – Twitter @BOYERANTHONY06

Photos : MGCB, DR et Bernard Morvan

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Un premier contrat pro à 27 ans, un premier match en Ligue 1 à 35 ans, une première sélection internationale à 36 ans… Le défenseur central, sûr de sa force, a percé sur le tard. Au point de pousser sa carrière jusqu’à presque 40 ans, avec Thonon Evian (N2), où, après avoir raccroché la saison passée, il coache les U18 !

Avec le Racing en 2007-2008 ! Photo Philippe Le Brech

Un joueur charismatique, rigoureux, au leadership naturel, doté d’un jeu de tête redoutable… Le défenseur central Hervé Lybohy a marqué de son empreinte tous les clubs où il est passé. Sa carrière l’a emmené jusqu’à presque 40 ans avec un dernier match disputé le 3 juin dernier lors de la dernière journée de National 2 avec Thonon Evian Grand Genève face à Marignane (2-1).

De Sarcelles à la Haute-Savoie, en passant par Saint-Quentin, l’Entente Sannois-Saint-Gratien, le Racing Club de France, Compiègne, Amiens, Fréjus-Saint-Raphaël, re-Amiens, Paris FC, Nîmes, Nancy, Orléans, le Val-d’Oisien aura disputé près de 400 matchs du National 3 à la Ligue 1 (dont 204 en National, 118 en Ligue 2 avec Amiens, Paris FC et Nancy, et 17 en Ligue 1 avec le Nîmes Olympique).

Avec un premier contrat pro à 27 ans, un premier match de Ligue 1 à 35 ans et une sélection en équipe nationale du Niger à 36 ans, Hervé Lybohy a connu un parcours atypique et une éclosion tardive. Ouvert, tourné vers les autres, souvent capitaine dans ses clubs, c’est tout naturellement qu’il s’est tourné vers le coaching pour commencer sa reconversion. Depuis cette saison, il entraîne les U18 Régional 1 de Thonon Evian Grand Genève. Pour 13HeuresFoot, il est revenu sur sa riche carrière et ses idées de jeu dans son nouveau métier.

Supporter du PSG

Avec Saint-Quentin en 2006-2007. Photo Philippe Le Brech

Né à Bouaké en Côte d’Ivoire, c’est dans le département du Val d’Oise que Hervé Lybohy a grandi avec sa famille. Fervent supporter du Paris Saint-Germain, il baigne dans le monde du football depuis petit. Il intègre vite le club de Sarcelles pour pouvoir jouer avec ses amis. Ce qui différencie son parcours de celui des footballeurs de sa génération, c’est que le sien n’a jamais fait de halte dans un centre de formation.

« Dans ma jeunesse, j’ai toujours voulu devenir joueur de foot pro mais je n’ai pas eu énormément d’opportunités d’intégrer un centre. Bien que j’ai joué à Sarcelles, où il y a un gros vivier de joueurs, je n’ai pas cherché plus que ça à faire des essais. J’étais bien chez moi. C’était ma passion. Je jouais au foot avec mes potes et en même temps j’allais à l’école. Mon père était vraiment à fond derrière nous sur l’école. Chez moi, le foot, ça ne restait qu’une passion. Le plus important pour mes parents, c’était les études. »

La découverte du National à Fréjus

Avec Fréjus/St-Raphaël en 2009-2010. Photo Philippe Le Brech

Après son Baccalauréat, Hervé Lybohy obtient un DUT (BAC +2) en Ile de France. « Après ça, je devais faire une école de commerce mais j’ai arrêté parce que je commençais à avoir des contacts dans le milieu du foot. » A l’obtention de son diplôme, il décide de quitter la région parisienne et l’Entente Sannois-Saint-Gratien, où il évoluait avec la réserve, pour signer à l’Olympique Saint Quentin (N2) en 2007 pour une saison. « Je suis parti là-bas grâce à un grand de mon quartier qui est devenu agent aujourd’hui. C’est l’agent de Benjamin Pavard. Il nous a emmené là-bas. J’avais cette envie de sortir de la région parisienne et de voir autre chose. »

Mais après une année à Saint-Quentin, retour à Paris ! Il rejoint le Racing Club de France (N2) où il effectue une saison solide puis repart à Compiègne (N2). Après ces trois saisons en National 2, il monte d’un cran et découvre le National avec Fréjus-Saint-Raphaël en 2009-2010 où il s’impose en défense (30 matchs), dans une équipe de haut de tableau.

Premier contrat pro à Amiens à 27 ans

Avec Amiens, en 2010-2011. Photo Philippe Le Brech

Sa carrière peut enfin décoller ! Il signe un premier contrat pro à 27 ans avec l’Amiens SC. « Même si ce contrat pro, je le signe tard, dans ma manière d’être et mon approche du foot, je me comportais déjà comme un pro dans ma tête. Pour moi, quand le contrat est arrivé, ça ne m’a pas surpris. Je savais que ça allait arriver donc je ne me prenais pas la tête plus que ça. J’étais content mais je ne voulais pas m’arrêter là. Je savais qu’il y allait avoir encore mieux. »

Pendant quatre saisons à Amiens, il est titulaire indiscutable en défense centrale. « Dans ma tête j’étais déterminé. J’avais confiance en moi et j’attendais juste qu’on me donne ma chance pour pouvoir montrer ce que je savais faire. Il y a des coachs qui ont cru en moi, en mes qualités, et ensuite j’ai fait ma carrière tranquillement. »

Avec Amiens, Hervé connait une montée en Ligue 2 en 2011 et continue de grandir footballistiquement avec une première saison dans l’antichambre de la Ligue 1 (33 matchs). Mais Amiens redescend l’année suivante en National. « Il y a une différence entre le monde pro et le monde amateur. Autour de toi tu as des joueurs et des terrains de meilleure qualité, c’est plus médiatisé mais ça ne reste que du foot. Une fois que tu te prépares bien physiquement, tactiquement et mentalement, tu es un joueur comme un autre. »

Un mois en Thaïlande et puis s’en va !

Avec Amiens en 2012-2013. Photo Philippe Le Brech

Malgré ses rêves d’étranger, Hervé aura effectué toute sa carrière en France. A 31 ans, il revient en région parisienne en signant au Paris FC, en National. « Mon rêve, c’était d’aller jouer en Angleterre. Le championnat anglais, je ne ratais pas un match. Malheureusement, je n’ai pas eu d’opportunités à cause de mon âge. Il y a beaucoup de clubs anglais qui se sont renseignés mais mon âge était un frein pour eux. Ils pensaient à la revente, aux bénéfices. Avant de signer au Paris FC, j’avais effectué une escapade en Thaïlande. J’avais déjà signé un contrat à Bec Tero, club basé à Bangkok, depuis mars/avril (aujourd’hui, Bec Tero s’appelle Police Tero FC). J’avais un bon contrat là-bas, du net d’impôt, ça ne se refuse pas. Il y avait d’autres français et des bonnes conditions. Mais pour régler des problèmes administratifs, j’ai dû revenir en France pour faire des papiers. Il y a eu des soucis pour me qualifier. C’est là que Christophe Taine, l’entraineur du Paris FC, qui m’avait déjà contacté, m’a appelé pour que je signe chez eux. Au lieu de faire un an et demi en Thaïlande, je n’ai fait qu’un mois et je suis rentré à Paris ! S’il n’y avait pas eu les soucis administratifs je pense que je serais resté là-bas. »

Dès son arrivée au Paris FC, Hervé Lybohy prend, comme à Amiens, le brassard de capitaine. Pendant quatre saisons, il s’impose comme le taulier du club parisien et devient une valeur sûre des championnats de Ligue 2 et National. Il connait une montée en Ligue 2 dès sa première saison en 2015, une redescente immédiate, une remontée la saison suivante en 2016 grâce à un repêchage (le PFC profite du dépôt de bilan du SC Bastia, relégué sportivement en Ligue 2 et administrativement en National 3) et une belle dernière année en L2 (7e) sous la conduite de Fabien Mercadal avec une équipe au départ construite pour le National.

Premier match en Ligue 1 à 35 ans

Avec le Paris FC en 2016-2017. Photo Philippe Le Brech

En fin de saison, il ne parvient pas à se mettre d’accord en avec le Paris FC pour prolonger son contrat. Le Nîmes Olympique, promu en Ligue 1, vient le chercher. Il signe un an dans le Gard et découvre la Ligue 1 à 35 ans. Une trajectoire plutôt rare ! « Sur cette saison-là, mon objectif était de faire le maximum de matchs, de kiffer ! Je suis allé là-bas sans appréhension. La majorité des joueurs qui étaient dans cette équipe étaient comme moi, en Ligue 2 la saison d’avant. On s’est rencontrés quand je jouais au Paris FC, ils nous ont battu pour la montée dans un match serré. Cette saison là, à Nîmes, en Ligue 1, on avait une très bonne équipe, on termine dans la première partie du tableau, c’était magnifique. Mon vrai objectif, c’était de faire un maximum de matchs et d’apporter à l’équipe et au groupe. »

Cette saison là Hervé dispute 17 matchs et marque 2 buts en Ligue 1, mais il n’est pas prolongé. « Avec le retour de Pablo Martinez de Strasbourg, un défenseur central gaucher formé au club et plus jeune, ils ne pouvaient pas garder deux profils similaires ». Nîmes a misé sur la jeunesse et c’est donc un retour en Ligue 2 à Nancy pour le francilien.

« Coacher, c’est un vrai métier que j’ai découvert. »

Avec le Paris FC en 2016-2017. Photo Philippe Le Brech

A Nancy, il devient même international avec le Niger. Il a alors 36 ans. « Mon pays, c’est la Côte-d’Ivoire mais il y avait une génération dorée, celle des Yaya Touré… C’était donc bouché pour moi. J’ai eu l’opportunité de jouer pour le Niger et je l’ai saisie. »

Au total, il compilera 14 sélections. Après une saison à Nancy en L2 puis une autre à Orléans en National, Hervé Lybohy signe à Thonon Evian Grand Genève, alors en National 3, en 2021, pour y achever sa carrière.

Diplômé du BEF, il devient également coach principal de l’équipe U18 Régional 1 du club. « J’ai dit à certains de mes anciens coachs que je ne savais pas quoi faire après ma carrière. Nombreux d’entre eux m’ont dit « Hervé, je te vois bien comme coach ». C’est comme ça que l’idée m’est venue en tête. Quand je suis arrivé ici, Bryan Bergougnoux (coach du N2) et Sofyane Cherfa (coach des U19 et responsable du centre de formation) m’ont aidé, ils m’ont formé au métier tranquillement. Je remercie le club et Bryan pour ça. C’est un vrai métier que j’ai découvert. On ne s’en rend pas compte, nous les joueurs, quand on arrive sur le terrain tout est déjà installé, on vient avec nos crampons mais il y a un vrai travail en amont. J’ai commencé ma première année à donner des petits coups de mains. La saison dernière, j’ai eu l’opportunité de passer le BEF. Cette année avec cette équipe de U18 R1 je prends énormément de plaisir. Il me reste le DES à passer. Je veux bien me former pour pouvoir être compétent et apporter ce que je peux faire. »

Avec un public jeune, Hervé peut progresser dans la formation, son rôle de père dans la vie lui permet d’avoir une approche différente avec les jeunes. « Je n’ai pas encore eu d’équipes seniors. Avec les jeunes, on est un peu comme des éducateurs. Il y a le foot mais on est là pour leur transmettre des valeurs. Je les prends comme mes enfants et je leur donne beaucoup de conseils sur le métier de footballeur. Je fais passer le message que ce n’est pas facile de devenir pro et qu’il faut se donner les moyens. »

« Je veux aller jusqu’au plus haut en tant comme coach. »

Avec le Paris FC en 2017-2018. Photo Philippe Le Brech

Dans son système préférentiel en le 4-3-3, il préfère que son équipe joue avec un 6 et deux 8, et veut des joueurs offensifs rapides. « Mon idée globale, quand je n’ai pas le ballon, je veux que mon équipe soit difficile à manier, je veux avoir un bloc compact qui bouge en fonction du ballon. Quand j’ai le ballon, je demande à mes joueurs de bien occuper tout le terrain, j’aime que le jeu reparte propre de derrière, attirer l’adversaire pour jouer dans son dos. Je veux beaucoup de vitesse devant et derrière je veux des guerriers. »

Avec Philippe Le Brech !

Avec du recul il analyse l’évolution du football depuis 20 ans. « Le foot a énormément évolué depuis que j’ai commencé. Aujourd’hui, on te parle de jeu de position. Avant il n’y avait pas tout ça. Le foot est toujours en train d’évoluer, c’est pour ça qu’il faut se former et être à l’écoute. Quand j’ai commencé, il y avait un libero et un défenseur, le 4, qui suivait l’attaquant. Aujourd’hui t’as une défense à 4 parfois à 3, les schémas ont évolué, t’as des coachs qui arrivent avec leurs idées. Un coach comme Guardiola révolutionne le foot, De Zerbi vient avec ses idées, Xabi Alonso aussi. Ça contribue à l’évolution du football. »

Des rêves pleins la tête, Hervé Lybohy a désormais de nouvelles ambitions. « Je veux aller jusqu’au plus haut en tant que coach. Après avoir vécu ma carrière de joueur et pu comprendre que tout est possible dans le foot, je ne me ferme aucune porte. Je vais me donner les moyens d’aller le plus haut possible comme ça je n’aurai aucun regret. Une chose est sûre je vais y arriver. »

Hervé Lybohy, du tac au tac

Avec Nîmes en 2018-2019. Photo Philippe Le Brech

Ton meilleur souvenir sportif ?
Ma signature en Ligue 1 à Nîmes en 2018.

Ton pire souvenir sportif ?
Ma première saison en Ligue 2 avec le Paris FC (2015-2016) avec la descente en National.

Tu as marqué combien de buts dans ta carrière ?
Je n’ai pas compté ! J’ai réussi à marquer quelques buts (NDLR: plus de 20 en réalité, dont 2 en L1, 5 en L2 et 8 en National) . Plus jeune je jouais devant, peu de personnes le savent, mais c’est pourtant là que j’ai commencé ! J’ai dépanné un jour au poste de défenseur et je n’ai plus bougé.

Ton plus beau but ?
Il y a une talonnade que je mets contre Lorient avec Nancy sur un corner, à peu près le même geste que Zlatan mais moi c’est Hervé Lybohy donc il n’a pas fait le tour du monde (rires) ! Et un deuxième but que j’ai mis avec Nîmes contre Strasbourg aux Costières, sur un centre de Savanier. Je reprends le ballon de volée en lucarne.

Avec Orléans en 2020-2021. Photo Philippe Le Brech

Ton poste préféré ?
Je dirais mon poste préféré c’est l’attaquant de pointe mais je n’ai pas forcément les qualités pour, donc défenseur central gaucher. J’aurais aimé jouer attaquant pour mettre des buts et faire kiffer tout le mondeC’est une passion que mon père nous a donné depuis que je suis tout petit. J’ai baigné dans le monde du foot notamment avec les journaux sportifs, L’Equipe et France Football. Mon frère aimait Marseille mais moi c’est Paris. Chaque dimanche, c’était Téléfoot ! On regardait les matchs le week-end. Mes potes me trouvaient bon alors ils m’ont inscrit en club avec eux. J’avais envie de devenir joueur pro dans un coin de ma tête mais je n’y pensais pas plus que ça.

Ton geste technique préféré ?
La diagonale, quand je réussis à prendre toute l’équipe adverse de travers.

Tes qualités et défauts sur un terrain ?
Mes qualités c’est le leadership, j’aime sentir que mes coéquipiers sont derrière moi et les emmener avec moi. Techniquement ça va j’ai un bon pied gauche et l’anticipation. Mes défauts : le manque de vitesse mais ça reste dans la moyenne et je suis un mauvais perdant.

L’équipe où t’as pris le plus de plaisir ?
Ça serait difficile d’en sortir une. Dans tous les clubs où je suis passé j’ai pris énormément de plaisir. Après, le Paris FC, ça reste particulier, c’est ma région, il y a toute ma famille, tous mes amis. J’ai vécu beaucoup plus de beaux moments au PFC que dans d’autres clubs tous ont une place importante dans mon cœur.

Avec Orléans en 2020-2021. Photo Philippe Le Brech

Le club où tu aurais rêver de jouer dans tes rêves les plus fous ?
Paris Saint-Germain.

Un match qui t’a marqué ?
Mon premier match en Ligue 1 avec le Nîmes Olympique à Bordeaux (succès 2-1 de Nîmes !).

Un coéquipier qui t’a marqué ?
Teji Savanier m’a marqué par ses qualités de joueur, je l’avais rencontré plusieurs fois mais je ne pensais pas qu’il était aussi fort.

Le joueur adverse qui t’a le plus impressionné ?
Forcément, je te dirais Mbappé et Neymar. C’est des joueurs que je voyais à la TV et quand je les ai vu sur le terrain ils m’ont vraiment impressionnés.

Un coach que t’aimerais revoir ?
C’est une question difficile ! Je dirais Fabien Mercadal. Il était adjoint à Amiens et après je l’ai eu en coach principal au Paris FC. C’est un coach qui connaissait mes qualités et mes défauts. Il me mettait en valeur et j’ai disputé ma meilleure saison en Ligue 2 avec lui (2017-2018).

Avec Nîmes en 2018-2019. Photo Philippe Le Brech

Une causerie de coach marquante ?
J’ai eu un coach à Amiens, Francis de Taddeo, qui avait des causeries marquantes. Il nous donnait envie d’aller sur le terrain pour se battre. C’est un coach attachant qui peut être dur mais en même temps super-marrant, détendu.

Une anecdote de vestiaire ?
Il y a une saison à Amiens, on prépare le match contre Guingamp. J’ai un coéquipier qui arrive de Guingamp (Hervé Basile) et on est montés avec eux en Ligue 2 cette saison-là. Les matchs étaient disputés entre nous. On rencontre Guingamp, et Basile sait qu’il y a un joueur de chez eux que je n’aime pas. Il arrive en début de semaine et me dit « tu sais quoi, le joueur a mis un mannequin et tous les jours il essaye des nouveaux dribbles sur toi ». Quand il m’a dit ça j’étais énervé toute la semaine. Le soir du match je serre la main au joueur fort, je le regarde mal. On joue et au bout de 15-20 minutes, il y a un long ballon sur lui. On arrive en même temps, je prends le ballon la tête et tout. Il tombe par terre et sort sur civière. A la fin du match Basile vient me voir « je rigolais il n’a jamais fait ça ».

Avec Orléans en 2020-2021. Photo Philippe Le Brech

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Serge Aurier.

Une devise un dicton ?
Quand la vie vous refuse quelque chose, c’est parce qu’elle vous prépare quelque chose de mieux.

Tu étais un joueur plutôt…
Agressif.

Un modèle de joueur ?
Thiago Silva.

Une idole de jeunesse ?
Georges Weah.

Avec le Paris FC. Photo Philippe Le Brech

Un plat, une boisson ?
Aloco poisson, de l’eau avec de la grenadine.

Tes loisirs ?
J’aime voyager mais ma vie tourne autour du foot. J’aime regarder des matchs dans les grands stades, regarder d’autres sports, les activités sportives. Le sport en général.

Un film culte ?
Spartiates.

Le monde du football en deux mots ?
Passionnant et ingrat.

 

Texte : Olesya Arsenieva – Twitter : @ArseneviaO

Photos : Philippe Le Brech

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Professionnel au Luxembourg et buteur en finale de la Coupe la saison dernière, remportée avec Differdange 03, Laurent Pomponi (27 ans) a fait le choix de revenir chez lui, en Corse, pour participer à la reconstruction du GFCA, en Régional 2. Et il a déjà inscrit 19 buts en 12 matchs de championnat !

Le 25 mai dernier, devant 8 385 spectateurs, Laurent Pomponi remportait la Coupe du Luxembourg avec le FC Differdange 03 face à FC Marisca Mersch (4-2). L’attaquant de 27 ans avait inscrit le dernier but. Mais plutôt que de rester au Luxembourg et disputer le tour préliminaire de la Ligue Europa Conférence ou d’explorer les pistes qu’il avait dans d’autres pays, le Corse a choisi  » surprenant » de rentrer chez lui et de signer au Gazélec Ajaccio en Régional 2. « On m’a traité de fou d’aller en R2 », sourit-il. Mais Laurent Pomponi a d’abord écouté son cœur pour participer à la reconstruction du Gaz, « un club mythique ».

Sur les terrains parfois cabossés et bucoliques de la Régional 2 corse, il affole les compteurs cette saison avec 19 buts en 12 matchs de championnat et 3 en deux matchs de Coupe (Coupe de Corse et Challenge Stra).

« J’ai fait des sacrifices financiers mais ce n’est pas le plus important »

Leader de la R2 Corse, le Gazélec Ajaccio, toujours en redressement judiciaire après sa liquidation l’année dernière, est bien parti pour retrouver la Régional 1 la saison prochaine. Epanoui, Laurent Pomponi est revenu pour 13HeuresFoot sur son parcours, jalonné d’allers-retours entre la Corse et le Luxembourg.

L’été dernier, Laurent Pomponi avait plusieurs opportunités au Luxembourg, en Belgique et en Suisse. Mais le natif d’Ajaccio, originaire de Cuttoli a donc décider de rentrer chez lui. « A bientôt 28 ans, j’avais besoin de me stabiliser. Je suis venu au Gazélec pour m’inscrire sur le long terme. C’est le projet parfait, chez moi, dans ma ville et proche de ma famille. Je ne serais pas revenu pour signer dans un club de N2 ou de N3 corse. Le Gaz, c’est différent… C’est un challenge excitant de relever ce club emblématique en Corse. »

Le grand frère

Dans une équipe très jeune, il joue les grands frères avec le gardien Cyril Fogacci, qui était pro lorsque le GFCA évoluait en L2. « C’est mon ami d’enfance. La possibilité de le retrouver m’a aussi conforté dans mon choix. J’apprécie beaucoup aussi le coach Jean-Marie Ferri sur le plan humain. Je l’avais connu quand j’étais à Bastia-Borgo car il entrainait la réserve. Il connaît parfaitement les différents championnats corses. C’est une figure du football sur l’île. Avec lui et le président Louis Poggi, on a deux bastiais emblématiques à Ajaccio… Louis (Poggi) a fait un travail énorme pour sauver le club. Il a joué quelques matchs avec nous au début de saison. »

Par rapport au Luxembourg, l’attaquant a également changé de mode de vie avec un retour au monde amateur et ses entrainements en soirée. « Chez nous, tout le monde travaille ou est étudiant. Moi, je n’ai pas de contrat. Au Luxembourg, j’avais un statut de semi-pro. Je gagnais bien ma vie, j’avais des primes, une voiture de fonction. Pour venir au Gazélec, j’ai fait des sacrifices financiers mais ce n’est pas le plus important… J’ai perdu de l’argent car en plus je n’ai pas droit au chômage en venant de l’étranger. Mais je me débrouille, je vis avec ce que j’ai mis de côté auparavant. Comme on s’entraine le soir, je m’entretiens la journée, je vais à la salle de sport. J’ai gardé la même hygiène de vie que lorsque j’étais pro. »

« Les buts, il faut les mettre, même en R2…»

Avec 19 buts en 12 matchs, Laurent Pomponi est parti sur des bases très élevées qui pourraient lui permettre de se rapprocher de la barre des 40 en fin de saison s’il poursuit sur le même rythme. « Je ne sais pas si en France, beaucoup d’attaquants ont le même ratio que moi, sourit-il. Mais je ne me fixe pas de chiffre à atteindre. Le plus important, c’est le projet du club, de le faire remonter. Moi, j’apporte juste ma contribution. »

Certaines mauvaises langues pourraient pourtant faire la fine bouche en mettant en avant le fait qu’il marque en Régional 2… « Ça, je l’ai entendu. Certains minimisent ce que j’ai fait en parlant du niveau. Mais les buts, il faut les mettre, même en R2. Il faut aussi remettre les choses dans leur contexte. On est le Gazélec, on est attendu, on est l’équipe à battre. Chaque week-end, les équipes jouent le match de leur saison face à nous. Ils viennent à Mezzavia, un stade qui a connu la L1 et la L2… Pour un joueur amateur corse, ce sont des choses qui comptent. On n’a jamais eu de match facile et on n’a pas, non plus, une grosse marge sur nos adversaires. On doit se dépouiller à chaque match. Moi, forcément, je suis toujours marqué de très près par les défenseurs. Il faut savoir être intelligent dans les déplacements. Certes, j’ai mis des doublés ou des triplés. Mais je n’ai jamais eu 7 ou 8 occasions dans un match. Souvent, c’est juste 2 ou 3. »

« Je suis un vagabond du foot »

La carrière de Laurent Pomponi a donc été marquée par de fréquents allers-retours entre la Corse et le Luxembourg. Au Grand-Duché, il a évolué dans quatre clubs : US Hostert (janvier 2017-janvier 2018), F91 Dudelange (juillet 2019-janvier 2020), FC Progrès Niederkorn (janvier 2022-juin 2022) et FC Differdange 03 (juillet 2022-juin 2023).

Tout a débuté par un échange avec un agent sur les réseaux sociaux. « J’avais 20 ans et il m’a proposé de venir au Luxembourg. Pour moi qui n’avais jamais quitté la Corse, ça a été un dépaysement total. Je reste toujours attaché à ma terre de Corse mais je suis aussi quelqu’un qui aime bien l’aventure et découvrir des choses nouvelles. Je jouais en N3 à Ile-Rousse, c’était une chance pour moi de lancer ma carrière et essayer d’obtenir un contrat pro. Je suis devenu un vagabond du foot. »

Il atterrit à Hostert, un club de D2. « Je suis arrivé en janvier, j’ai mis 16 buts et on est monté en BGL Ligue (la 1ère division) aux barrages. C’était un club familial et un club tremplin très regardé par les autres clubs du pays. »

En BGL Ligue, il marque 5 buts lors de la première partie de saison. « Mais j’ai eu le mal du pays et j’ai préféré revenir à Ile-Rousse avec Fanfan Felix. » Un an et demi après, il revient au Luxembourg au F91 Dudelange. « J’ai retrouvé le coach que j’avais eu à Hostert. Mais il a été limogé. Je n’ai pas beaucoup joué et je suis encore revenu à Ile-Rousse en janvier 2020. »

« Le football luxembourgeois a beaucoup progressé »

Il repart au Luxembourg en janvier 2022 au Progrès Niederkorn qui le prête la saison suivante au FC Differdange. « J’étais avec la réserve de l’AC Ajaccio, j’avais un contrat fédéral et je jouais les grands frères avec les jeunes du club. Mais repartir au Luxembourg était une belle opportunité. Au Progrès, je suis arrivé dans une équipe qui tournait bien. Je n’ai marqué qu’un seul but en 11 matchs. D’un commun accord, on a décidé que je sois prêté. A Differdange, j’avais un staff de portugais, vraiment passionné. La saison a été correcte, je marque 6 buts, on termine 5e en championnat et on finit en beauté avec la victoire en Coupe du Luxembourg. Mon plus grand souvenir. »

Avec le recul, Laurent Pomponi ne regrette pas ses différentes expériences au Luxembourg. « Ce pays m’a permis de vivre un joli morceau de carrière. Je m’y suis enrichi sur le plan humain et j’ai progressé au niveau football. Jouer des tours préliminaires de Coupe d’Europe, c’est beau quand même…Bien sûr que quand on regarde le ciel et la température, ça fait un choc par rapport à la Corse. Mais c’est un pays ou le cadre de vie est quand même top. C’est un peu comme Monaco, un pays riche où les gens ne s’intéressent pas trop au foot. Mais pour les gros matchs, il y avait quand même du monde au stade. Moi, j’habitais en France, à Thionville (Moselle), près de la frontière. Le football luxembourgeois a beaucoup progressé. Il n’y a qu’à voir la sélection qui va disputer les barrages pour se qualifier pour l’Euro. Il y a aussi des très bons joueurs. Au Progrès Niederkorn, j’ai joué avec Florian Bohnert, qui est international et qui joue à Bastia (L2) maintenant. J’ai affronté aussi Kévin Van Den Kerkhof qui est passé par Bastia et qui joue en L1 à Metz maintenant. »

« Bayonne, mon grand regret »

Après l’arrêt des championnats en mars 2020, Laurent Pomponi avait signé à Bayonne (N3) l’été suivant en compagnie de son grand ami Cyril Fogacci. « Le cadre de vie me faisait penser à la Corse. Tout était top là-bas. Il y avait Cyril avec moi, on avait une belle équipe, on aurait pu monter en N2. Mais tout s’est encore arrêté à cause du covid. »

Après des bons débuts où il marque 2 buts en 3 matchs, il doit de nouveau rentrer en Corse après le nouvel arrêt des championnats. « J’ai passé le deuxième confinement en Corse. Puis on est revenu à Bayonne en janvier car la Fédération avait décidé de reprendre la Coupe de France. Il y avait deux tableaux, les amateurs et les pros. » Mais après avoir éliminé La Rochelle (5-2) puis Bilière (1-0), Bayonne s’incline face à Lège Cap-Ferret (1-0) le 14 février 2021. « Là, c’était fini. On a été éliminé et le club a stoppé ses entrainements. Il nous a demandé de rentrer. Bayonne, c’est mon plus grand regret. Il y avait vraiment des belles choses à faire mais le Covid nous a tués ! »

« J’ai eu un parcours atypique mais je suis fier de moi »

Bocagnano, le SC Bastia, l’AC Ajaccio où il a effectué sa formation entre 2010 et 2016, l’Ile-Rousse (devenu le FC Balagne) à trois reprises, le FC Bastia-Borgo en N2 (2018-2019) et la réserve de l’AC Ajaccio. Avant de signer cet été au Gazélec Ajaccio, Laurent Pomponi avait déjà effectué un mini tour de Corse. Sans réussir à s’installer dans la durée avec un club.

« A l’AC Ajaccio, j’ai joué en U17, U19 nationaux et en réserve. Mais je n’ai pas eu de contrat pro. Peut-être qu’il me manquait quelque chose à l’époque. Mais je n’ai pas de regrets. J’ai beaucoup appris avec mon coach David Faderne et j’ai gardé de beaux contacts avec tout le monde. Les années entre 15 et 18 ans resteront marquantes. »

En 2018-2019, il avait participé à la montée du FC Bastia-Borgo en National avec Jean-André Ottaviani sur le banc. Mais en attaque, le duo Cédric Odzoumo (16 buts) – Gwen Foulon (18 buts) a flambé. Laurent Pomponi a donc dû se contenter de jouer les jokers (22 matchs, 1 but). « Si j’étais resté à Bastia-Borgo, j’aurais peut-être pu découvrir le National. Mais encore une fois, je n’ai pas de regrets. J’ai eu une nouvelle opportunité de repartir au Luxembourg et je l’ai prise. Maintenant, je suis revenu en Corse et ça me tient à cœur de réussir avec la Gazélec Ajaccio. Quand on voit l’engouement autour de ce club, ce qu’il représente pour les anciens et sur notre île, on est presque en mission pour lui. J’ai encore des belles années devant moi. J’ai eu un parcours atypique mais je suis fier de moi. J’ai vécu de beaux moments. Je remercie ma famille et ma compagne qui m’ont toujours soutenu dans mes choix. »

Laurent pomponi, du tac au tac

« On a l’impression qu’à Mezzavia, les murs parlent »

Meilleur souvenir sportif ?
Le plus beau et le plus mémorable, c’est la victoire en Coupe du Luxembourg avec FC Differdange 03 contre FC Marisca Mersch en mai dernier. Je rentre à la 89e minute et je mets le but du 4-2 à la 90e +2.

Pire souvenir ?
La période covid qui a stoppé les championnats. On n’y pouvait rien mais le Covid nous a fait beaucoup de mal à nous les joueurs amateurs. On a été privés de notre passion qui est d’être sur le terrain. Sur un plan personnel, je vivais une super expérience à Bayonne (N3) mais tout a été gâché.

Combien de buts marqués ?
Je pense entre 60 et 70 en seniors. Je me fais des notes sur chaque saison mais je ne comptabilise pas forcément. Quand j’aurai fini ma carrière, je ferai un gros récapitulatif.

Votre plus beau but ?
J’en retiens un, pas sur l’aspect technique mais sur le plan sentimental. Celui marqué en finale de la Coupe du Luxembourg. Sur une passe dans l’axe, je marque du gauche dans le petit filet. Le plus beau moment de ma carrière devant 9 000 spectateurs.

Votre meilleur match ?
Je vais ressortir davantage une atmosphère qu’une performance individuelle. Mes meilleurs matchs, ce sont mes trois disputés au Tour Préliminaire de la Ligue des Champions (Valletta FC, Malte), de l’Europa Ligue (Shkendija Tetovo, Macédoine) et de la Ligue Europa Conférence (NK Olimpija Ljubljana, Slovénie). La Coupe d’Europe, ce sont des matchs différents à tous les niveaux.

Votre pire match ?
Une rouste en U17 nationaux avec l’AC Ajaccio à Saint-Etienne. On avait pris 7-1. Ça pique… A Saint-Etienne, il y avait Allan Saint-Maximin. Il nous avait fait très mal.

Qualités et défauts ?
Les appels de balle et la finition. En défaut, le timing dans le jeu aérien. Après, je suis assez mauvais perdant dans la vie. Ça peut devenir un défaut.

Des rituels, des superstitions, des manies ?
Sur mes deux protèges tibias, il y a des choses qui me tiennent à cœur et qui représentent qui je suis. Sur celui de gauche, il y a ma famille et ma compagne. Sur celui de droite, la tête de Maure, l’emblème de la Corse.

La saison ou le club ou vous avez pris le plus de plaisir ?
Ma première saison au Luxembourg à Hostert. J’avais 20 ans, je quittais la Corse pour la première fois et je découvrais un autre contexte. Sur le plan sportif, j’ai mis une quinzaine de buts en une demi-saison et on est monté en D1 aux barrages.

Le joueur le plus fort avec qui vous avez joué ?
Vincent Marchetti en jeunes à l’AC Ajaccio. Il a eu un beau parcours. Il vient de signer au Paris FC. Après, 2-3 joueurs au Luxembourg qui ont signé en D2 Allemande ou Belge. Ils ne sont pas connus ici donc leurs noms ne vous diront rien.

Le coéquipier avec lequel vous avez le meilleur feeling sur le terrain ?
Ça n’a pas duré longtemps car la saison s’est arrêtée à cause du covid mais je dirais Vincent Laban à Bayonne. C’était un Français qui est devenu international chypriote. Il avait une vraie vista et une vraie patte gauche. Dommage que je n’aie pas pu profiter de ses qualités de passe, car grâce à lui, j’aurais pu marquer beaucoup de buts…

Le joueur le plus fort que vous avez affronté ?
En U17 nationaux lors d’un AC Ajaccio – Monaco, j’ai joué contre Mbappé. Il était surclassé, il avait deux ans de moins que nous. On perd 4-2 et il nous met un doublé. On voyait déjà qu’il avait quelque chose. En jeunes, j’ai aussi affronté Ousmane Dembélé. C’était pareil.

L’entraîneur ou les entraîneurs qui vous ont marqué ?
Tous m’ont marqué et appris quelque chose que ce soit humainement, tactiquement ou sur le spécifique attaquant. C’est dur d’en ressortir, je ne veux vexer personne ! Je dirais néanmoins Alexandre Richard chez les jeunes, car c’est un âge où on se construit et pour les attaquants, David Faderne à l’ACA et Fanfan Félix à Ile-Rousse.

Un président ou un dirigeant marquant ?
Plutôt une anecdote. Je ne dirais pas qui c’est. Mais après un match important pour le maintien où j’avais marqué, un président est venu me voir sur le parking du stade. Il m’a tendu trois gros billets verts…

Vos amis dans le foot ?
Je pense être assez avenant donc j’ai beaucoup d’amis. J’ai gardé beaucoup de contacts au Luxembourg. Mais mon meilleur ami, c’est Cyril Fogacci, le gardien du Gazélec. On se connait depuis l’âge de 4 ans, on était ensemble à la maternelle. Il y aussi Alexandre Cropanese (FC Balagne).

Le joueur le plus connu de votre répertoire ?
Rémy Cabella qui est d’Ajaccio.

Le club où vous auriez rêvé de jouer, dans vos rêves les plus fous ?
J’ai grandi avec le Manchester United de 2007, avec Cristiano Ronaldo, Giggs, Rooney. C’est mon club préféré même si en ce moment, c’est un peu plus compliqué.

Une idole de jeunesse ?
Petit, j’ai adoré Cristiano Ronaldo ou Thierry Henry. Maintenant, c’est Haaland pour ses appels de balle et son adresse devant le but. Toute proportion gardée, j’essaye de m’en inspirer. Je regarde beaucoup de matchs à la télé, presque tout en fait…

Que vous a-t-il manqué pour jouer plus haut ?
J’ai toujours eu une mentalité irréprochable, je n’ai jamais triché. Après, dans une carrière de footballeur, il faut aussi une part de chance. Il faut être au bon endroit au bon moment. J’ai un parcours atypique, de vagabond mais je n’ai pas de regret.

Vos occupations en dehors du foot ?
Je vais à la salle de musculation, je joue au tennis. Je suis aussi très famille. J’aime passer du temps avec ma compagne et ma famille. On est de Cuttolli, un village à une vingtaine de kilomètres d’Ajaccio.

Si vous n’aviez pas été footballeur ?
Depuis que j’ai 6-7 ans, j’ai toujours voulu être footballeur. Depuis mes 17 ans, j’ai la chance d’avoir toujours vécu du foot et ne pas avoir à travailler à côté. Si ça n’avait pas marché dans le foot, j’aurais peut-être essayé un autre sport comme le tennis.

Le milieu du foot en deux mots ?
Magnifique et cruel à la fois avec de l’émotion mais aussi des injustices parfois incompréhensibles.

Le Gazélec en quelques mots ?
C’est un club familial, un club historique du football corse où les gens et les supporters sont passionnés, J’ai entendu dernièrement quelqu’un qui a dit « on a l’impression qu’à Mezzavia les murs parlent » C’est l’impression que donne ce stade tant il a vécu d’événements marquants.

Lire aussi : Louis Poggi : « C’est le passé qui fait que le Gazelec continue de vivre »

https://13heuresfoot.fr/actualites/louis-poggi-cest-le-passe-qui-fait-que-le-gazelec-continue-de-vivre/

Texte : Laurent Pruneta – Twitter : @PrunetaLaurent

Photos : DR

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Le petit poucet de la coupe de France, qui affronte Valenciennes en 8e, est entraîné par un garçon travailleur qui a fait de l’insertion, de l’éducation et de la formation sa ligne de conduite. Propulsé sur le banc des seniors en avril 2023, il ne cache pas ses ambitions mais sait que le chemin sera très long. Portrait.

Michaël Napoletano, avant le coup d’envoi face à Romorantin en 16e de finale de coupe. Photo 13HF

Michaël Napoletano cumule trois boulots. Le premier, à la Métropole de Lyon, au service propreté. Le second, à l’association « Sport dans la ville », où il s’occupe de jeunes en difficulté, les aide à s’insérer, les accompagne sur des programmes quand ils sont « décrochés ». Le troisième, à l’AS Saint-Priest, où il entraîne les seniors National 3. Cela fait beaucoup pour un seul homme. Et encore, si l’on y ajoute que, depuis le mois d’octobre 2022, le natif de Lyon est papa d’une petite Kiara, cela fait quatre casquettes !
Autant dire que ses journées – et ses nuits ! – sont bien remplies et, fataliste, il se dit que si un jour il est viré de son club, il lui restera toujours au moins deux jobs !

Bon, ce n’est pas du tout dans ses plans, d’autant moins depuis qu’il s’est pris au jeu de la compétition avec les seniors du club sang et or, dont il a la responsabilité depuis la fin de saison passée, en N2, quand il a fallu, à six journées de la fin du championnat, remplacer Lionel Bah, remercié, pour une opération maintien. « Mais même si on avait gagné nos six matchs, on serait quand même descendu, assure ce grand gaillard de bientôt 41 ans (le 16 février), au physique imposant : « L’idée, en fait, était de préparer la saison suivante, en National 3″‘.

Une double mission

Le président de l’ASSP, Patrick Gonzalez. Photo 13HF

Lorsque Patrick Gonzalez, l’emblématique président de l’ASSP, l’a promu à ce poste, en avril 2023, Michaël Napoletano caracolait en tête de son championnat avec les 18 ans R1 : « Pour moi, il n’était pas question de lâcher les jeunes. On était leaders de la poule et en course pour l’accession en U19 Nationaux, un niveau que l’ASSP avait quitté en 2011. En fait, c’était une double mission. Du coup, ça a été une année vraiment très-très-très chargée, surtout que je passais mon diplôme. Et puis, passer d’un discours de maintien en National 2 le samedi à un discours de montée le dimanche avec les U18… Bon, on a fini premiers, malheureusement on a perdu la montée aux barrages contre Montferrand. C’est dommage. »

Photo Julien Bouard / ASSP

Avant d’endosser sa casquette de coach, Michaël a pas mal bourlingué quand il était joueur amateur. Tellement même, qu’il est obligé de réfléchir et de s’y reprendre à deux fois pour lister les clubs où il est passé. Dans l’ordre … ou dans le désordre : « J’ai commencé le foot aux Minguettes à Vénissieux puis j’ai rejoint l’Olympique Lyonnais en U13 et après, je suis rentré au centre de formation de Montpellier, jusqu’à 16 ans, et puis j’ai joué en 17 ans Nationaux au FC Martigues, où j’ai touché à la réserve et même un peu au groupe pro, à l’époque en Ligue 2. Puis Martigues est tombé en National, et je suis reparti à Lyon à 19 ans, pour jouer en CFA2 aux Minguettes. C’est vrai que j’ai fait pas mal de clubs, et souvent je n’y suis resté qu’une saison. »

Photo Julien Bouard / ASSP

L’ancien milieu de terrain défensif / défenseur central déroule son CV : « J’ai aussi joué à Beaucaire, à Béziers en CFA2, à Fréjus en CFA, juste avant la fusion avec Saint-Raphaël, l’année de la montée en National, et aussi au Canet-en-Roussilon. A mon retour à Lyon, j’ai pris une licence à Vaulx-en-Velin afin de m’entraîner et j’ai terminé ma carrière amateur à Saint-Priest, en 2010. Depuis, je n’ai plus bougé ! »

Durant son parcours, notamment chez les jeunes, il a côtoyé quelques joueurs devenus pros, comme Valéry Mezague, Jean-Mathieu Descamps, Mansour Assoumani, Habib Bamogo, Geoffrey Doumeng ou encore Stéphane Biakolo, ainsi que Rod Fanni et Eric Chelle à Martigues.

Daniel Zorzetto, le déclic

Le stade Joly a fait le plein en coupe. Photo Julien Bouard / ASSP

Sa vocation d’entraîneur, elle, est venue sur le tard. Pourtant, très tôt, dans les clubs où il a joué, il s’est occupé d’équipes de jeunes : « Honnêtement, au départ, je ne savais pas que j’allais devenir entraîneur même si j’encadrais des petits, des U7, U8, U9; ça me plaisait, mais la vocation est venue plus tard, quand j’ai rencontré certains coachs, notamment aux Minguettes. Là, j’ai croisé la route de Daniel Zorzetto. Lui, il m’a donné la fibre. Je l’ai beaucoup apprécié et il m’a donné envie de faire ce métier. J’aimais son leadership, son management. C’était un peu « à l’ancienne » dans les séances mais sa proximité, son discours, ça m’a parlé. Il arrivait à motiver les joueurs avant les matchs. Malheureusement, je ne suis plus en contact avec lui, j’aimerais bien lui reparler. J’ai eu la chance de connaître beaucoup de coachs, comme Mahmed Guendouz et Christian Caminiti à Martigues, au Canet-en-Roussilon j’ai eu Hervé Alicarte, l’ancien joueur pro de Bordeaux et Montpellier. »

Photo Julien Bouard / ASSP

Saint-Priest était donc l’endroit idéal pour définitivement poser ses valises. « J’avais cherché à me rapprocher de la maison pour préparer aussi ma reconversion et retrouver ma famille et mes proches, parce que j’avais tout le temps été éloigné. J’ai eu l’opportunité de rentrer à la Métropole de Lyon tout en continuant de jouer au foot en amateur ici. Maintenant, cela fait 14 ans que je suis à l’AS Saint-Priest, où j’ai eu la responsabilité des U12, des U13, de l’équipe III seniors en Régional 3, de la réserve pendant 3 ans et donc des U18 l’an passé avec la N2 en même temps en fin de saison, après le départ de Lionel Bah ».

Un coeur qui s’emballe

Ce qui a également poussé Michaël Napoletano à enfiler le survêtement, c’est un problème de santé. Un jour, alors qu’il conduisait sur l’autoroute, son coeur s’est emballé. Il a fait un malaise. Il a perdu connaissance. Il a perdu l’équilibre. Il aurait pu y rester. « On m’a découvert un problème cardiaque. Une malformation. J’avais une hypertrophie. Je suis allé consulter un médecin. Il m’a dit que je ne pourrais plus faire de sport à haut niveau, à haute intensité. J’ai dû arrêter net. C’était un truc de dingue. Quand je rentrais chez moi, j’avais des malaises… Je faisais de la tachycardie. Je suis obligé de faire attention à ce que je fais. C’est pour ça aussi que je me suis lancé à fond dans le diplôme d’entraîneur, le BEF d’abord, puis le DES (diplôme d’état supérieur) deux ans après, pour coacher jusqu’en National 2. »

Formation et éducation, façon ASSP

La remise ! Photo 13HF

Du coup, la montée d’adrénaline sur le banc, le stress, la nervosité, la tension, tout cela est-il compatible avec ses ennuis au coeur ? « Ce n’est pas très dangereux, m’a certifié le médecin. Mais il ne faut pas trop s’énerver non plus, hein ! J’ai appris à vivre avec ça. Au début, j’ai gardé un appareil pendant trois ans sous la poitrine qui enregistrait les mouvements du coeur et envoyait des alertes si ça s’emballait trop. Et si je sentais quelque chose, j’avais un bouton aussi pour donner l’alerte. Mais je n’ai plus fait de malaise, sauf une fois, il y a longtemps, en faisant un foot avec les collègues, c’est tout. »

Photo 13HF

Le garçon, sensible et parfois dans l’émotion sur un banc, mais de plus en plus calme et serein, semble parfaitement coller à la peau de l’AS Saint-Priest. De coller avec les valeurs de ce club très respecté du bassin lyonnais, dont la réputation n’est plus à faire, que cela soit en matière de formation et d’éducation. « C’est vrai que le club est très respecté. Sain. Très bien structuré. Ici, il n’y a pas de problème financier. C’est bien géré, avec des dirigeants qui anticipent les choses. Et quand on discute avec les parents quand il s’agit de recruter, c’est quelque chose sur lequel on appuie. L’ASSP, c’est une entreprise bien huilée. Quand je vois que certains clubs pros n’ont même pas de minibus pour emmener leurs gamins, laissés pour compte, c’est aberrant. Chez nous, cela n’existe pas, ça. Les valeurs, le dévouement, le respect, font partie de notre ADN. C’est aussi le message que veut faire passer notre président, Patrick Gonzalez. Les petits, quand il arrivent au club, ils retirent leurs casquettes et leurs bonnets. Ils saluent tout le monde. Porter l’écusson, c’est important. Quand j’entraînais les U18, j’avais présenté aux joueurs toutes les personnes du club qu’ils allaient croiser et à qui il fallait dire bonjour. Il n’y a pas de souci de comportement, et s’il y en a, c’est la sanction directe. On veut les éduquer de cette manière, parce que vous le savez bien, on éduque d’abord des hommes avant d’éduquer des footballeurs. Moi, je pars du principe que si les jeunes veulent être respectés, il faut d abord qu’ils respectent les autres. »

Qualité de jeu

L’équipe de l’AS Saint-Priest. Photo Julien Bouard / ASSP

En seniors, c’est un peu pareil : depuis le début de la saison, les joueurs cultivent une certaine image, qui fait que les gens ont envie de venir les voir, de les connaître. Le coach essaie de faire passer les même messages. « C’est important de cultiver l’esprit du vivre ensemble, l’esprit familial. »

Bien sûr, c’était l’effet coupe de France, mais face à Romorantin, en 16e de finale de la coupe de France, le 21 janvier dernier, le stade était plein comme un oeuf. « Je n’avais jamais vu autant de monde ! » assure Napoletano. Ce succès populaire – 3000 personnes dans le petit stade Jacques-Joly, blotti au milieu des immeubles -, c’est une belle surprise.

Photo Julien Bouard / ASSP

L’autre surprise, pour qui n’avait pas encore vu jouer l’ASSP cette saison, c’est la qualité de jeu. Ces deux critères ont surpris les joueurs du Loir-et-Cher, dépassés à la fois par l’événement et par le football pratiqué par les Sang et or, vêtus de rouge ce soir-là. « J’étais convaincu que l’on était capable de réaliser ce genre de match, avec cette qualité de jeu-là, poursuit Michaël; après, contre une Ligue 2 (Valenciennes ce mercredi soir en 8e de finale, à 20h30), je ne sais pas si on pourra reproduire ça, parce que ça sera le niveau au-dessus. Mais on avait fait beaucoup de matchs amicaux pendant la préparation estivale pour bien ancrer les principes de jeu dans la tête des joueurs, pour bien travailler sur l’aspect collectif, sur la cohésion, sur les automatismes, sur les relations entre les joueurs. On a aussi beaucoup bossé la qualité de jeu. On est capable de faire de belles choses, avec des joueurs rapides, véloces et techniques sur les côtés, de jouer vite en transition et aussi capable d’avoir la maîtrise du ballon, avait cette mixité entre la possession et les contre-attaques. Il fallait aussi apprendre l’efficacité dans les deux surfaces : je voulais que mon équipe soit difficile à bouger. Joueur, j’étais rugueux… Quand j’ai trouvé ma base défensive, on a continué à bosser offensivement. Nos résultats sont le fruit du travail à l’entraînement et de l’entente dans le vestiaire et dans la vie de tous les joueurs entre les joueurs. Je leur ai appris à se régaler, à travailler et faire les efforts les uns pour les autres. A défendre ensemble. Quand je regarde mon équipe jouer, je prends du plaisir. Ce match de Romorantin en coupe, honnêtement, si on en met 5 ou 6, c’est pareil. C’est ça qui plaît aux gens. On est solide, dur à bouger. On a une attaque de folie. Cela veut dire que l’on est dans le vrai et que ce qu’on met en place fonctionne. »

Sera-ce suffisant pour franchir l’obstacle Valenciennes et s’offrir un ticket pour les 1/4 de finale ? Ce qui est sûr, c’est que le stade Pierre-Rajon, à Bourgoin-Jallieu, antre du rugby et de l’équipe du FCBJ en National 2, fera le plein : 6000 personnes sont attendues. « Les gens qui ont vu notre match contre Romorantin, que cela soit au stade ou devant leur télé, se sont dit « Waouh ! » Il y avait de l’envie, de la débauche d’énergie, et ils ont envie de nous voir jouer et, surtout, de nous soutenir ».

6000 personnes attendues face à Valenciennes

Photo Julien Bouard / ASSP

Face à lanterne rouge de la Ligue 2, le coach le sait : il ne pourra pas récompenser tout le monde. « On a quasiment l’effectif au complet, c’est un casse-tête, surtout quand je vois les joueurs répondre présent comme ils le font, les titulaires comme les remplaçants, qui envoient les bons signaux. Il faudra faire aussi des choix en fonction de l’adversaire, des profils, mais ça ne changera pas les idées de jeu. En fait, c’est la gestion des joueurs qu’il faut gérer. Notamment ceux qui ne jouent pas ou moins. Pour préparer ce match, j’ai aussi pu compter sur deux jeunes qui s’occupent de la vidéo. Au tour précédent, on avait réussi à récupérer 7 ou 8 matchs de Romorantin. Là, avec Valenciennes, c’est plus facile, les matchs sont télévisés ! »

Photo Julien Bouard / ASSP
Photo Julien Bouard / ASSP

Et en championnat, comme ça se passe ? A priori pas trop mal. Une semaine après sa qualification historique pour les 8es de finale – l’ASSP n’avait jamais fait mieux qu’un 16e de finale, perdu en 2002 face à Nancy (L2) -, les Sang et or se sont imposés 2 à 0 à Hauts-Lyonnais, avant de concéder un nul à domicile dans les tout derniers instants du match, contre Limonest, vendredi dernier (2-2). Au classement, les Rhodaniens sont plus que dans le coup pour une remontée en National 2, mais ils ne sont pas seuls : Lyon-Duchère, lui aussi relégué de N2, est en tête avec 3 points d’avance (mais un match de plus).

Dans le coup en championnat

Photo Julien Bouard / ASSP

« En championnat, on a déjà réalisé ce type de performances comme face à Romorantin même si, pour moi, ce 16e de finale est vraiment un match référence, abouti, en termes de contenu, de concentration, de rigueur défensive… En National 3, on arrive a rééditer ce genre de perfs mais on est peut-être moins rigoureux. A Hauts-Lyonnais, juste après le match de Romorantin, ça a été difficile, on aurait pu se faire cueillir à froid, on a manqué de concentration même si on a gagné (2-0). On ne peut pas reproduire tout le temps ce genre de performance. En coupe, il y a ce truc en plus, il y a du monde, ça décuple tout, la motivation, la concentration. »

Photo Julien Bouard / ASSP

Déjà dans les annales, cette saison s’achèverait en apothéose si le club allait encore plus haut. Ne pas remonter en N2 serait-il une déception ? « En début de saison, j’avais dit au président « On va y aller mollo », parce qu’avec 18 départs et 17 arrivées, il y avait un groupe à reconstruire en totalité. D’abord, il s’agissait de se situer et ensuite de voir où en était après 7 ou 8 journées, et on s’est rendu compte de la qualité de notre équipe, on a pris des points. Mon discours a été de tempérer les choses au début, de rester discret, humble dans le travail. Maintenant, c’est sûr, il faut continuer de jouer les premiers rôles. Là, on est à la lutte avec Lyon – La Duchère (seule équipe à avoir battu l’ASSP cette saison). On a peut-être une carte à jouer, mais il y a Chambéry aussi qui nous talonne, et d’autres encore. Pour moi, le championnat va se jouer ce mois-ci et le mois prochain. Déjà, on a un programme chargé qui arrive avec Valenciennes, un match en retard à Espaly, on va à l’OL puis on reçoit La Duchère. C’est très costaud. »

Le BEPF, son Graal

Photo Julien Bouard / ASSP

Michaël Napoletano ne cache rien de ses ambitions. Collectives tout d’abord, avec une saison extraordinaire à terminer. Individuelles ensuite. Viser plus haut est un objectif. Et il sait que la coupe de France révèle souvent de nouveaux coachs : « Cette saison est seulement ma première véritable expérience. Je gère tout, le recrutement, le management, les séances (il n’a pas d’adjoint). Aller chercher le monde pro est un objectif. Evidemment, n°1, c’est complètement utopique quand on voit tous les coachs expérimentés qui n’ont pas de clubs, mais ça peut être dans un staff. On voit depuis quelques années qu’il y a une évolution, avec de plus en plus d’entraîneurs jeunes qui arrivent et à qui on commence à faire confiance. Pouvoir accéder un jour au BEPF, ce serait le Graal, et ça me permettait d’avoir toutes les cartes en poche pour intégrer un staff pro ou entraîner en National. C’est mon ambition, je ne le cache pas, j’adore manager, même si je suis totalement capable d’être n°2, d’ailleurs, c’est un peu ce qui était prévu ici avec Lionel Bah, mais… Je ne sais pas, il n’a pas voulu, il a peut-être eu peur que je lui prenne sa place, que je lui savonne la planche, mais je ne suis pas du tout comme ça : je ne vais pas faire à quelqu’un ce que je n’aimerais pas que l’on me fasse. Quand j’avais la R2, on échangeait, mais c’était difficile, ça se passait bien au début, moins bien sur la fin, il jouait le maintien, il avait cette pression que moi je n’ai pas, car j’ai mon métier à côté. Lui, c’est son métier à temps plein. Il vient du milieu pro, je pense que je pouvais lui apporter quelques paramètres du monde amateur, c’est dommage, parce que c’est un super entraîneur. »

Le président du club entouré de l’ancien joueur emblématique du club, Laurent Scheiwe, aujourd’hui adjoint aux sports, et du maire Gilles Gascon. Photo 13HF

Quand GOAL FC, promu en National cette saison, a joué au stade Jacques-Joly en début de saison, Michaël est allé voir ce qui se faisait à cet échelon : « Cela m’a permis de prendre des idées. J’ai vu par exemple le match GOAL – Red Star (3-1). Le Red Star dominait mais GOAL a marqué trois fois sur coups de pied arrêtés, donc après j’ai insisté sur cet aspect-là. »

D’autres entraîneurs l’ont-ils marqué ? A-t-il des modèles ? La réponse n’a rien d’originale : « Mes deux modèles sont Ancelotti, pour le management, la proximité, et Klopp, pour les idées de jeu. Je m’inspire d’eux. Je sais que je suis le capitaine du bateau mais les joueurs peuvent s’autogérer : contre Romorantin, mes deux milieux m’ont dit « On est en danger là, on inverse », du coup, on est passé d’un 6 et deux 10 à deux 6 et un 10. Ils ont pris cette responsabilité là. Ils sont capables d’analyser, et c’est ça que j’adore, cette relation avec eux, tout en ayant la main ferme quand il faut. Une main de fer dans un gant de velours ! »

8e de finale de la coupe de France – mercredi 7 février 2024 : AS Saint-Priest (N3) – Valenciennes FC (L2), à 20h30, au stade Pierre-Rajon, à Bourgoin-Jallieu. En direct sur BeIN Sports 7 max

Texte : Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr – Twitter @BOYERANTHONY06

Photos : AS Saint-Priest / Julien Bouard

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