En seulement cinq saisons, l’US Thionville Lusitanos, née en 2021 de la fusion de deux clubs et de l’alchimie entre un maire passionné, un chef d’entreprise déterminé et un coach ambitieux, est passée du Régional 2 à la Ligue 3 ! Une ascension fulgurante qui ne doit rien au hasard et qui en fait aujourd’hui le 2e club professionnel de Moselle, derrière le grand FC Metz.

Par Anthony BOYER, à Thionville / mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos Philippe LE BRECH, 13HF  (sauf mentions)

François Ventrici, président de l’USTL depuis 2021. Photo Philippe Le Brech

À Thionville, le bonheur est simple comme deux coups de fil ! Le premier, celui passé fin 2019 par François Ventrici à Julien François pour lui confier une mission maintien au CSO Amnéville, le club de National 3 qu’il préside. Le second, celui du maire de Thionville, Pierre Cuny, qui, en 2021, a décroché son combiné pour appeler François Ventrici, démissionnaire d’Amnéville.

Dans la presse locale, Ventrici, PDG du groupe SynergiePlus, une entreprise qu’il a fondée avec son épouse et spécialisée dans l’installation et la maintenance de systèmes de chauffage et de génie climatique (15 millions d’euros de CA), à la tête d’Amnéville depuis 6 ans, demande un rendez-vous avec le premier édile de la Ville, Éric Munier, après que ce dernier a décidé de réduire la subvention municipale de 150 000 à 100 000 euros. Une pilule qui ne passe pas en pleine période de Covid : « J’attends encore son appel. Il a toujours refusé de me rencontrer. J’avais dit à ce moment-là que si je n’avais pas de nouvelles de sa part, je prendrais mes responsabilités en démissionnant. Mais c’était du bluff. Et finalement c’est Pierre Cuny, le maire de Thionville, qui m’a téléphoné. Voilà comment tout a commencé ! ».

Cinq ans après, le club, qui est devenu tout d’abord l’US Thionville Lusitanos après la fusion le 2 mai 2021 du Thionville FC et du Thionville AS Portugais Saint-François, tous deux pensionnaires de Régional 2, a grimpé de 4 divisions en seulement 5 saisons !

Le pays des trois frontières

Photo Philippe Le Brech

François Ventrici (52 ans), originaire de Moyeuvre-Grande, entre Metz et Thionville, a donc trouvé ce qu’il cherchait pour mener à bien son projet : une ville dynamique et un maire ambitieux, qui aime le sport. Et ça fait toute la différence. « J’avais une idée en tête depuis une quinzaine d’années, née d’un constat très simple. La Moselle est un très beau département, riche de plus d’un million d’habitants, avec un tissu économique important, de belles entreprises. C’est le pays des trois frontières : on est à 15 minutes de Luxembourg, 25 minutes de l’Allemagne et une demi-heure de la Belgique. Il n’était pas normal que le département n’ait qu’un seul grand club, le FC Metz. Je l’ai toujours revendiqué auprès des instances, qu’elles soient nationales, régionales ou départementales. Je me suis dit que ce serait quand même bien d’avoir un deuxième « grand club » en Moselle, bien sûr, pas en Ligue 1 ou en Ligue 2, mais plutôt en National. Je trouvais que ce championnat (devenu cet été la Ligue 3) était tout à fait dans les cordes d’une ville d’un tel potentiel. Avec Pierre Cuny, j’ai trouvé un maire qui avait le même projet que le mien, et qui a très vite compris l’intérêt du sport et en particulier du football pour sa ville, un vecteur extraordinaire en terme de communication. Aujourd’hui, Thionville est connue dans toute la France, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années en arrière. »

Au bon endroit au bon moment

Connue dans toute la France, notamment celle du football, grâce aussi à la belle médiatisation qui a accompagné le lancement de cette nouvelle Ligue 3 professionnelle, à la fois sur les réseaux sociaux, où l’on a senti un réel engouement et un phénomène de curiosité, et à la télévision, avec les retransmissions sur la chaîne Ligue1+. Quelque part, l’US Thionville Lusitanos est arrivée au bon en droit au bon moment.

Le succès de l’USTL ne repose pas seulement sur la rencontre de deux hommes ambitieux. Il faut y associer le troisième homme, l’entraîneur, Julien François, 47 ans depuis lundi. Entre l’ancien milieu de terrain professionnel du FC Metz (et aussi de Grenoble, Tours, Gazelec Ajaccio en L2) et François Ventrici, l’histoire a commencé… à Amnéville justement !

Julien François, un pari gagnant

Julien François, sur le banc de l’USTL pour la 6e saison consécutive. Photo Philippe Le Brech

Adjoint d’Albert Cartier au Gazelec Ajaccio, le Messin de naissance passe donc ce fameux entretien d’embauche par téléphone avec le chef d’entreprise, qui cherche à redonner un nouvel élan à l’équipe Amnéville, engluée en bas de tableau de National 3.

Le 5 décembre 2019, il est nommé à la tête du CSOA en remplacement de Pascal Janin, démissionnaire. Trois victoires, trois nuls et une défaite plus tard, le club grimpe à la 9e place (sur 14) et sauve sa tête au moment de l’arrêt brutal du championnat, Covid oblige.

La saison suivante est tronquée, stoppée dès le mois de septembre 2020 après seulement sept journées : Amnéville (1 victoire, 2 nuls et 4 défaites) est 14e et dernier, certes à seulement 3 points du 8e, mais qu’importe, le club est sauvé puisque la FFF a tout gelé.

Pour Julien François, la suite va s’écrire, elle aussi, à Thionville : « Avec Julien, ça a tout de suite matché, poursuit François Ventrici, qui a aussi présidé le club de Rosselange dans les années 2000, la commune limitrophe de Moyeuvre-Grande. Julien était encore en Corse quand on a fait cet entretien téléphonique et je lui ai donné le poste sans hésiter. Tout le monde nous voyait morts et on s’est sauvés. Après, c’est tout naturellement que je lui ai proposé de nous suivre à Thionville, où les ambitions étaient plus relevées, les moyens aussi. Il a fait le choix de me suivre et je crois qu’aujourd’hui, il ne le regrette pas. On est sur la même longueur d’onde. »

Il fallait avoir un certain cran et un certain courage aussi pour repartir en Régional 2, surtout après avoir entamé une carrière de coach en National 3, niveau convenable pour apprendre et s’aguerrir, de surcroît quand on a foulé des pelouses de Ligue 1 et Ligue 2 l’espace de 450 matchs !

Ce pari, ce tour de force même, a fonctionné : « Quand j’ai parlé de Thionville à Julien, je lui ai simplement dit « Fais-moi confiance et dans 3 ans on sera en National 2 » ! Et trois ans après, on était en National 2 ! J’avais un vrai plan. Après, bien sûr, soit le plan fonctionne, soit il ne fonctionne pas. Il s’avère que ça a marché. C’est vrai qu’à notre arrivée en 2021, on était en Régional 2, mais en fait, dans notre approche, on fonctionnait plutôt comme un club de N3 au quotidien. Jamais on ne s’est considéré comme un club de R2 même si c’était notre niveau. On a toujours eu un coup d’avance sur le plan sportif et c’est pour ça qu’on a réussi à chaque fois à franchir un palier. »

« Julien (François) finira en Ligue 1 »

Bryan Labissiere, milieu de terrain de l’USTL. Photo Philippe Le Brech

Forcément, avec de telles résultats, et avec la réputation qu’il est en train de se forger, Julien François, qui passe en parallèle son diplôme du BEPF cette saison, va susciter des convoitises. D’ailleurs, peut-être en a-t-il déjà suscité ? « J’en suis convaincu, il finira en Ligue 1, assure le président, grand fan de la Juventus de Turin. Julien est un gros bosseur. Avec lui, rien n’est dû au hasard ou à la chance, c’est dû au travail. C’est quelqu’un de déterminé, qui veut atteindre ses objectifs. Il a toutes les qualités pour aller au très-très haut-niveau. Si je m’attends à le perdre un jour ? Je sais bien que cela arrivera, mais on va essayer de le garder le plus longtemps possible même si je suis conscient qu’à un moment donné, il partira, parce que c’est le jeu, je n’ai aucun souci avec ça. »

Travail, détermination, des qualités que l’on retrouve aussi le président, qui aime rappeler qu’avec Amnéville, il avait attaqué la FFF quand son club, promu en N3, avait été interdit d’accession. Il avait finalement obtenu gain de cause et obligé les instances à réintégrer son équipe alors que la saison de N3 avait commencé depuis sept journées ! « Je n’ai pas la prétention de dire que j’ai beaucoup de qualités mais si j’en ai une, c’est bien celle -ci : quand je crois en quelque chose, j’y vais à fond, et en général ça marche. Il ne faut jamais lâcher. Tout le monde m’a pris pour un cinglé quand j’ai attaqué la Fédération mais on a gagné. Au départ, la DNCG a refusé la montée parce qu’on avait des capitaux propres négatifs, or il y avait un règlement qui disait qu’il devait être positifs. Mais ce règlement aurait dû apparaître au moins un an avant et cela n’a pas été le cas, et c’est cela que nous avons contesté. »

Seulement 17% de défaites en cinq ans !

Photo Philippe Le Brech

L’ascension fulgurante de l’USTL ne s’est pas arrêtée en National 2. Après un premier exercice 2024-25 très convaincant, ponctué à la 4e place, l’équipe mosellane a survolé la saison 2025-26, au point de se rapprocher du record historique du CS Sedan Ardennes à ce même niveau (13 victoires consécutives en 2019-2020 en N2), n’échouant qu’à la 12e marche après 11 succès de rang. Si bien que, très vite, Thionville a tué tout suspense pour la montée en Ligue 3. Plus surprenant encore, les coéquipiers du capitaine Cachito Wanduka ont très vite pris la mesure du monde professionnel, en s’installant en tête de cette nouvelle Ligue 3 à l’issue des trois premières journées (trois succès consécutifs en ouverture !).

Ce n’est pas fini : depuis son arrivée il y a presque 5 ans, Julien François a dirigé 141 matchs de championnat (chiffres arrêtées à la J7 de Ligue 3) pour un bilan impressionnant de 88 victoires (62,5 %), 29 nuls (20,5 %) et 24 défaites (17%). Qui dit mieux ?

Jusqu’où vont-ils aller et, surtout, jusqu’à quand cela va-t-il durer ? Un premier élément de réponse a déjà été apporté : l’USTL a ralenti son rythme (trois nuls et une lourde défaite 0-4 à domicile contre le FC Rouen lors de ses quatre derniers matchs) mais reste installé dans le premier tiers du classement (5e) avant la venue, ce samedi (20h45), dans ce bon vieux stade Guentrange (prononcez « Gainetrange ») d’une autre belle surprise, le promu vendéen de La Roche-sur-Yon, 2e et toujours invaincu (4 victoires et 3 nuls).

5206 spectateurs en 1979, le record, en D2 !

La sortie du tunnel au stade Guentrange, derrière le terrain, comme à Thonon ! Photo 13HF

Posé à environ 3 kilomètres du centre-ville de Thionville (comptez 35 à 40 minutes de marche), ce stade des années 70, qui a une âme et du charme, porte le nom d’un quartier prisé et résidentiel. Son long « tunnel » avec ces escaliers sous terre, la sortie des joueurs sur le côté, près du poteau de corner, rappellent un peu le côté pittoresque du stade Moynat, à Thonon-les-Bains.

L’histoire retient qu’il a déjà abrité une équipe de football professionnelle – la Sportive Thionvilloise, ancien nom du club – entre 1979 et 1981, en Division 2, juste avant un dépôt de bilan, un retour en Division 4 (l’équivalent du N2 aujourd’hui) et un changement de nom (Thionville FC).

Le 29 septembre 1979, il a même établi un record lors de la venue de l’AJ Auxerre, avec 5206 spectateurs. Mais durant ces deux saisons de D2, l’affluence moyenne étaient légèrement en dessous de 2500.

Quand on voit qu’aujourd’hui, l’USTL a disputé ses trois premiers matchs à domicile à chaque fois à guichets fermés (3000 spectateurs), on mesure mieux le nouvel engouement suscité par le récent parcours et les résultats de l’équipe. Et encore, le stade Guentrange aurait pu accueillir plus de monde contre Caen (4-2), Paris 13 Atletico (1-1) et Rouen (0-4) : « Actuellement, la jauge est de 3000, poursuit François Ventrici, mais sur nos trois premiers matchs, on avait le potentiel pour faire 5000, parce qu’on a refusé beaucoup de monde. La commission de sécurité est passée lundi (21 septembre), elle a donné un avis favorable pour augmenter la jauge à 4700, cela devrait être officialisé mi-octobre. Vous voyez, tout cela prend son sens ! C’est ce que je vous disais, il y vraiment la place pour un 2e grand club en Moselle, parce qu’il y a un vrai engouement. On est dans un bassin de population qui est quand même important, la preuve, au stade, il y a du monde. »

Un public « bourgeois » à Guentrange ?

Un public « bourgeois » au stade Guentrange ? Photo 13HF

Du monde, mais pas beaucoup de bruit. Et c’est vraiment surprenant. Voire déconcertant. A tel point que même le coach du FC Rouen, Régis Brouard, a été surpris de l’ambiance feutrée lorsque son équipe est venue jouer à Guentrange (le 12 septembre, journée 6, succès 4 à 0), lui qui s’attendait à un chaudron et avait mis ses joueurs en garde.

Mais à défaut de chaudron, et malgré les efforts de la quinzaine de supporters du nouveau kop « Brigade Thionvilloise 26 », ce fut une ambiance de cathédrale. Et la physionomie du match n’a rien à voir là-dedans. Alors, Guentrange, public de spectateurs ? Gérard, 66 ans, et Jean-Marie, 79 ans, tous deux abonnés et habitués des anciens bancs en bois de la grande tribune couverte – ils ont été remplacés par des sièges numérotés cet été -, ont leur explication : « Ici, à Thionville, ce n’est pas un public chaud, mais un public bourgeois ». Ventrici : « On a un public varié, familial, avec beaucoup de partenaires. c’est vrai qu’il n’est pas très pas démonstratif mais je vous assure que l’on a eu de belles ambiances, comme contre Valenciennes en Coupe de France il y a 2 ans, ou contre Caen récemment en championnat. »

Bourgeois. Le mot est lâché. Et peut surprendre dans une ville à l’image industrielle, qui a fait sa renommée autour de la sidérurgie, mais c’est oublier que beaucoup d’habitants de Thionville et son agglomération travaillent au Luxembourg où les salaires sont plus élevés. C’est oublié aussi que Thionville a opéré sa mue (mobilité, transition verte, etc.), où l’impact du travail frontalier au Luxembourg se fait fortement ressentir. « C’est dû aussi à l’emplacement géographique et à la proximité des frontières, plus précisément celle du Luxembourg, étaye Ventrici. Il y a un énorme pouvoir d’achat à Thionville parce que la plupart des gens travaillent au Luxembourg, où les salaires sont, sans exagérer, au moins le double, donc on peut dire que c’est un peu bourgeois ».

Une stratégie tarifaire payante

Gérard et Jean-Marie, fidèles habitués du stade Guentrange. Photo 13HF

Cette « bourgeoisie » n’est en tout cas pas la raison de l’augmentation des abonnements annuels en tribune, qu’ont bien noté Gérard et Jean-Marie, nos deux fidèles supporters, qui, contrairement au président – « J’étais trop jeune » – ont connu les grandes heures de la Division 2 et vu jouer ceux qui ont fait l’histoire, les Nicolas Braun, Bobby Brown, Eric Bedouet, Fernand Jeitz ou le gardien Patrick Barth, pour ne citer qu’eux. « L’an passé, on payait 100 euros en tribune pour la saison et cette année, c’est passé à 280 euros. Et la place au match, toujours en tribune, est passée de 10 à 20 euros » déplorent-ils.

François Ventrici assume cette augmentation et la justifie : « Pour être aux normes de la Ligue 3, la Ville a réalisé une première phase de travaux cet été (pour un coût d’environ 920 000 euros, Ndlr), notamment dans la tribune où le nombre de places assises, avec l’installation des sièges numérotés et les places réservées aux partenaires, aux VIP, aux collectivités territoriales, est passé de 1800 l’an passé à 1500 environ. Du coup, il restait moins de places assises à commercialiser et on a fait le choix d’augmenter le prix en tribune, que l’on a jugé correct, parce que d’une part, c’est quand même la tribune, et d’autre part, cela permettait d’avoir plus de monde en gradins, tout autour du terrain, où c’est beaucoup moins cher. La stratégie a plutôt bien marché. Je n’avais pas d’intérêt à faire des prix à moindres coûts en tribune. Bien sûr, on aurait pu faire 15 euros le match, mais voilà… Les gradins, c ‘est 7 euros, et l’abonnement annuel est à 50 euros, c’est très accessible. Et cela permet de contenter un public pour qui le tarif en tribune ne convient pas. »

Des travaux en trois phases à Guentrange

Face à la tribune, il est prévu de couvrir les gradins. Photo 13HF

Cette politique tarifaire fonctionne : Guentrange est plein ! Et un stade plein, même vétuste, ça fait plaisir à voir et donne de belles images. Tout ça, c’est bon pour les souvenirs même si François Ventrici pense à l’avenir et notamment au développement à la fois structurel et sportif de l’USTL.

Structurel, avec, à terme, la couverture des « pourtours » : « Dans le projet de travaux sur 3 ans du stade acté par la municipalité, l’étape numéro 2 sera de couvrir tous les gradins, ce qui fera un joli stade fermé. L’idée, c’est vraiment d’améliorer Guentrange qui me plaît et me convient. Je préfère avoir un stade de 5000 places rempli plutôt qu’un de 10 000 à moitié vide. C’est ma vision ».

Sportif, avec l’installation durable de l’équipe fanion dans cette nouvelle Ligue 3 professionnelle, la montée en U19 Nationaux chez les jeunes (l’USTL compte déjà une équipe en U17 Nationaux) et la création d’un centre de formation : « Chez nous, ça bosse très-très bien chez les jeunes ! On s’est laissé trois ans pour créer un centre de formation. Chaque année, on a une petite dizaine de jeunes qui partent dans de plus gros clubs et on voit bien qu’au centre de formation du FC Metz, le club voisin, c’est dur d’y entrer, les places sont comptées. Un garçon comme Rémi Himbert (Olympique Lyonnais) est passé chez nous. Il nous manque juste les infrastructures. On envisage de construire un bâtiment, c’est un projet porté par un bailleur social avec l’aide des collectivités territoriales. »

« Avec le FC Metz, on ne veut pas forcer les choses »

Photo Philippe Le Brech

« Beaucoup de gens sont déçus par le FC Metz, le club que l’on supporte dans la région, poursuivent Gérard et Jean-Marie, qui suivent attentivement l’échauffement de leur équipe. Nous allons voir les matchs à Saint-Symphorien aussi, et comme beaucoup, nous sommes déçus. Mais il n’y a pas de rivalité entre les deux clubs. Simplement, on trouve étonnant que le FC Metz ne prête pas de joueurs à Thionville. »

« On a un lien avec le FC Metz, appuie François Ventrici, et ce, depuis des années. Avec le président Bernard Serin, qui est un monsieur extraordinaire, on bosse ensemble, mais on ne veut pas forcer les choses. Bien sûr, j’entends les gens qui disent « Tiens, il n’y a pas de joueurs prêtés par le FC Metz à Thionville », mais il faut que les joueurs nous intéressent et il faut aussi qu’ils veuillent bien venir chez nous, ça ne se fait pas comme ça. Si demain il y a une opportunité, on la saisira ».

« Je trouve que cette Ligue 3 est extraordinaire ! »

Photo 13HF

Cinq ans et quatre mois après la naissance du projet US Thionville Lusitanos, voilà le club de la deuxième ville du département dans le monde pro, en Ligue 3. Et l’on voit bien, compte tenu du début de saison (3 victoires, 3 nuls et 1 défaite avant la journée 8 face à La Roche-sur-Yon), que les joueurs de Julien François ne sont pas là pour faire de la figuration.

L’objectif est clair : assurer le maintien et pérenniser le club à cet échelon, que François Ventrici juge idoine : « Je trouve cette Ligue 3 extraordinaire, vraiment ! Il faut être conscient de ce qu’était le National avant, un championnat amateur pas télévisé, qui avait beaucoup d’inconvénients, moins reconnu, et là, avec la L3, les choses sont carrées. J’estime que c’est vraiment le bon rapport qualité-prix, même si je n’aime pas trop cette expression. La L3 est pro, ok, mais ça reste à taille humaine, avec des budgets encore raisonnables, même si c’est beaucoup d’argent. Cette saison, le club est passé en société (SAS) et nous allons avoir 3 millions d’euros de budget, contre 1,6 l’an passé en N2. Je pense que si on bosse bien, avec ça, on peut se maintenir. Chez nous, la moyenne des salaires est de 2500 balles pour les joueurs. On est loin de la L2 ou de la L1, où là, c’est un autre monde. Et puis, je ne sais pas si ça me plairait d’y aller, parce que ce que j’aime en Ligue 3, c’est que le volet sportif peut encore être prioritaire sur le volet financier, alors qu’en L2 et en L1, c’est le financier qui prime, on ne parle que de trading, on fait jouer le petit jeune prometteur pour mieux le vendre, et ça, ça me plaît moins. En L3, on peut encore se préserver de ça. Ce championnat, c’est un bon compromis ».

La fusion, une vraie réussite

quelques membres de la Brigade Thionvilloise 26, ici à Fleury. Photo Jules Schaub / USTL

Cinq ans et quatre mois après le lancement de l’USTL, François Ventrici est parvenu à ses fins : accéder en National/L3 ! Chose qu’il n’avait pu réaliser à Amnéville. Alors, Thionville, une revanche pour le chef d’entreprise ? « Pas du tout, assure-t-il, catégorique; c’est l’aboutissement d’un projet qui me tenait à cœur. Moi, ce que je voulais, c’était réaliser mon projet de National. Vous savez, Amnéville était un projet qui me tenait à coeur. Je donnais de mon temps, de mon argent, je m’investissais beaucoup, malheureusement, j’avais un maire qui n’était pas sport en général et encore moins foot et là, avec Thionville, j’en ai un autre qui est tout l’inverse et qui voulait un gros projet, ça a matché, et la preuve, les résultats ont suivi. Aujourd’hui, la page Amnéville est vraiment fermée : je n’ai aucune rancoeur, on y a fait de belles choses et ça reste un club que je suis, même si en ce moment ils ont de grosses difficultés. »

À Guentrange, on croise aussi du beau monde. Sylvain Kastendeuch, l’ancienne gloire du FC Metz, monsieur « zéro carton rouge », est là : aujourd’hui, il arbore une nouvelle casquette après celle de l’UNFP. Il est ambassadeur du territoire Thionville Fensch Agglomération. L’on croise aussi des Portugais. Beaucoup de Portugais. Rien que de très normal, c’est aussi leur club. Certains sont bénévoles, et savent accueillir. Ils sont discrets, courtois, dévoués et serviables. Leur influence se fait ressentir. Visiblement, la fusion s’est bien passée.

Photo 13HF

« Oui, ça se passe bien, confirme François Ventrici, c’est une très grosse fierté, une vraie satisfaction, d’avoir ramené leur club à ce niveau. Quand je les ai rencontrés avant la fusion, je leur ai dit « Soit on reste petit, chacun dans notre coin, ou soit on se met ensemble et on fait un gros club dans le but de rêver un peu ! Et tout le monde a adhéré à mon discours. On a ramé tous ensemble dans le même sens. Aujourd’hui, si l’USTL en est là, ce n’est pas le succès du président ou du coach, ou de quelques hommes, c’est un tout, c’est une alchimie, une victoire collective. On a voulu avoir ce deuxième grand club en Moselle, on l’a construit ensemble. C’est une fierté. L’USTL n’est pas un club qui marche à coups de porte-monnaie et moi je ne suis pas un président qui vient avec tout son fric et qui le met sur la table, non, ça, ça ne me plaît pas. Ici, c’est le travail. On a un petit peu de moyens, ok, mais chacun apporte sa pierre à l’édifice et le fric, on va aller le chercher, on va ramener des partenaires. C’est ce qui fait notre réussite. »

Samedi 26 septembre 2026 – Ligue 3 BetClic (journée 8), à 20h45 : US Thionville Lusitanos – Vendée FC La Roche-sur-Yon, à 20h45 (en direct sur Ligue1+)

Lire aussi / Julien François « Je ne suis pas l’entraîneur copain » : https://13heuresfoot.fr/actualites/julien-francois-thionville-lusitanos-je-ne-suis-pas-lentraineur-copain/

  • Texte : Anthony BOYER / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH , 13heuresfoot et USTL
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François Ventrici, le président. Photo Philippe Le Brech
Photo 13HF
Photo Jules Schaub / USTL
Karim Bouhmidi. Photo Philippe Le Brech
Wildrief Bedfian. Photo Philippe Le Brech
Enzo Montet. Photo Philippe Le Brech
Samir Bouzar. Photo Philippe Le Brech
Alexis Gouletquer. Photo Philippe Le Brech
Cachito Wanduka. Photo Philippe Le Brech
Bourama Diarra. Photo Philippe Le Brech
David Luvualu. Photo Philippe Le Brech
Simon Kalambayi. Photo Philippe Le Brech
Samed Kilic. Photo Philippe Le Brech
Muamer Aljic. Photo Philippe Le Brech
Kylian Tubio. Photo Phlippe Le Brech
Beaucoup de monde devant les stands. Photo 13HF
3000 spectateurs ont garni le stade Guentrange de Thionville lors des trois premiers matchs de Ligue 3. Photo 13HF

 

 

 

 

Près de 20 ans de présence au club, neuvième saison consécutive dans la peau de l’entraîneur principal… Le coach des « Genôts », qui avait repris l’équipe en Régional 2 en 2018 après une carrière de joueur et d’éducateur chez les jeunes, affiche une fidélité rare en même temps que des résultats sportifs probants, avec quatre accessions à son actif.

Par Anthony BOYER, au Poiré-sur-Vie / mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH et 13HF

Photo Philippe Le Brech

Making of. Avec Rabie Zeroual, on avait prévu de se rencontrer au stade Henri-Desgrange, à La Roche-sur-Yon, la commune où il réside, à l’occasion du match de Ligue 3 face à Cannes. Sauf que l’actuel coach du Poiré-sur-Vie, le club de National 1 situé à quinze minutes de la préfecture de Vendée, est resté à la porte, devant les guichets. Complet ! L’ancien joueur de La Roche (43 ans) faisait donc partie des quelque 500 personnes qui se sont vues refuser l’entrée, faute de place, une péripétie qui a d’ailleurs poussé le club phare du département à pondre un communiqué afin de s’excuser.

Pas grave, Rabie Zeroual est allé voir le match chez Lucas Pezant, son adjoint au Poiré. Et le lendemain matin, il est venu nous chercher à 8 heures pour une petite visite guidée des installations du stade de l’Idonnière, au Poiré-sur-Vie, avant de se prêter au jeu de l’interview, bien installé dans le bureau du staff technique. On le remercie chaleureusement pour ça, car nous étions « veille de match » (déplacement à Saint-Brieuc pour la journée 1 de N1). Le natif de Poitiers (Vienne) a consacré une heure et demie de son temps précieux pour nous, et quand on sait l’emploi du temps très chargé des techniciens… « L’article sortira après ton deuxième match de championnat » le prévient-on.

Photo 13HF

Le deuxième match, c’est Saint-Malo. Juste après celui de Saint-Brieuc. Saint-Malo, Saint-Brieuc, difficile de faire plus difficile pour commencer la saison, surtout pour un promu, même si le club a déjà affronté ces deux équipes il y a deux saisons, après la première accession. Seulement voilà, cet exercice 2024-2025 fut raté dans les grandes largeurs. Et si celui qui vient de commencer s’annonce également compliqué, ce ne sont pas les trois premiers revers, à Saint-Brieuc donc (1-0), face à Saint-Malo à l’Idonnière (0-4) et à Granville (2-1), qui vont saper le moral des troupes, armées pour se maintenir.

Les deux grosses cylindrées, annoncées comme les favoris du championnat avec Bayonne et Angoulême aussi, sont passées : place maintenant au « vrai » championnat, celui qui concerne un peu plus les Genôts. Celui de la deuxième partie de tableau. Finalement, il a fallu attendre la 4e journée pour assister à la première victoire du Poiré-sur-Vie, samedi dernier, face à Saumur Olympique (2-0, buts de Mathias Lopes et Emilien Chauvet). On espère simplement qu’ils n’attendront pas la 11e journée pour remporter leur deuxième succès comme cela avait été le cas durant la saison cauchemar évoquée plus haut, surtout qu’il n’y en avait pas eu d’autre par la suite. Quant à cet article, il est paru un peu plus tard que prévu finalement. Personne ne nous en tiendra rigueur !

Entretien / Rabie Zeroual :

« Il y a des valeurs fortes chez nous »

Photo Philippe Le Brech

Peux-tu retracer ton parcours en ballon ?
Je suis né le 8 juillet 83 à Poitiers mais à l’âge de 4 ans, on est parti à Ancenis, pour le travail de mon père, où j’ai commencé à jouer au foot, en débutant. J’ai gravi les catégories jusqu’en équipe première, qui, à l’époque, était en DH. Mais j’ai connu Ancenis en Division 2 ! J’avais 10 ans quand le club était pro (entre 1991 et 1993), j’étais à fond, j’allais voir les matchs au stade de la Davrays. Puis, quand j’avais 20 ans, La Roche-sur-Yon m’a contacté pour jouer : j’y ai passé 4 saisons, de 2003 à 2007, avant de signer au Poiré-sur-Vie, et 19 ans après, je suis encore là ! En fait, je n’ai connu que trois clubs.

Tu as donc connu Ancenis en Division 2 ?
Bien sûr ! J’avais 10 ans ! Je jouais en lever de rideau et j’étais ramasseur de balles. Je regardais comment les pros s’échauffaient, je me souviens de plein de joueurs de la D2 et du National, Mustapha Ousfane, Daouda « Papy » Leye, Bruno Périer, Bruno Clément, Roland Guela, Marc Eschbach, et aussi Bruno Vérien bien sûr, qui a ensuite entraîné l’équipe et qui m’a pris avec lui en seniors, en DH, en 2002. Je me souviens même du record historique du nombre de spectateurs au stade de la Davrays : c’était le derby contre Angers, en Division 2, il y avait 5526 spectateurs ! Je crois que c’est affiché au club (Ndlr, le chiffre exact est 5543, le 13 février 1993, désolé Rabie, mais tu n’étais pas loin !!).

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À quel poste évoluais-tu ?
J’étais attaquant chez les jeunes et je suis passé arrière gauche quand je suis arrivé en seniors à La Roche. J’ai joué jusqu’en CFA, la première année au Poiré et aussi lors de la dernière année en N2, en 2010/11, la saison de la montée en National. Mais j’ai très peu joué cette saison-là, même si je faisais partie du groupe. Parce qu’en parallèle, je passais mon brevet d’état et j’étais aussi éducateur à temps partiel au club, avec la responsabilité de l’école de foot. Ce fut vraiment une saison très coûteuse en énergie et en fin d’exercice, avec l’accession en National, le développement du club chez les jeunes, j’ai obtenu un poste de salarié à temps plein : je suis devenu responsable de l’école de foot.

Avant de passer à plein temps en 2011, tu travaillais à côté du foot ?
Oui, jusqu’en 2010, quand j’étais encore joueur, j’étais aussi surveillant dans un établissement scolaire, au collège Renoir, à La Roche-sur-Yon; j’ai fait ça pendant 5 ans. C’était le deal avec mon père, il fallait que j’ai un bac+2, du coup, j’ai obtenu un diplôme, j’ai passé un BTS Assistant de Gestion PME-PMI (aujourd’hui devenu le BTS GPME, pour Gestion de la PME). Au début, ça m’a servi, quand je suis devenu responsable de l’école de foot, parce qu’il a fallu beaucoup communiquer avec les parents, les institutions, le District, la Ligue, faire des présentations PowerPoint, ça m’a servi aussi pour avoir un peu de crédit auprès des enfants, etc., et ça m a aidé pour formaliser les dossiers du BEF et du DES.

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Aujourd’hui, tu peux entraîner jusqu’en N2. Envisages-tu un jour de te présenter au BEPF et rêves-tu du monde pro ?
J’aimerais me présenter au BEPF, oui, d’autant que j’ai les pré-requis, puisque ça fait déjà 7 saisons que j’entraîne entre N2 et N3. Mais je ne l’ai pas encore fait. Il faut que j’en discute avec mes dirigeants, parce que cela a un coût. Cela dépend également du projet du club. Je sais que les places sont chères : chaque année, ils sont une quarantaine à se présenter pour seulement dix places, mais déjà, il faut postuler. De toute façon, pour moi, c’est important de continuer à me former, à m’ouvrir, ce que je fais, je discute avec d’autres coachs, j’échange sans cesse, et dès que je le peux, je vais voir des séances d’entraînement. J’en parlais encore récemment avec mon staff, hier soir, il y avait le match La Roche-sur-Yon / Cannes, on évoquait ces coachs-là, les Fred Reculeau, les Mathieu Chabert, on est obligé de rester connectés, parce qu’il y a de plus en plus de jeunes coachs qui arrivent, avec de nouvelles idées. Fred Reculeau a fait quelque chose de fort : après avoir longtemps entraîné en National, quand il s’est retrouvé sans club, il est redescendu en National 3 pour entraîner La Roche-sur-Yon alors qu’il a le BEPF depuis des années, c’est fort !

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Tu la trouves comment cette jeune génération d’entraîneurs qui arrivent ?
Je trouve qu’elle a plus de culture foot que la nôtre. Elle a plus d’informations qui lui parviennent et il y a plus de médias aussi, de réseaux sociaux. Aujourd’hui, on ne peut plus entraîner comme moi je l’ai été il y a 20 ans : il faut que ça soit cohérent, qu’il y ait un projet de jeu clair, qu’il y ait du sens dans tout ce que l’on fait. Idem dans le management : avant, c’était très directif et aujourd’hui, il faut réussir à convaincre un groupe d’adhérer au même projet.

Au Poiré, un nom revient constamment, celui de la famille Cougnaud, à la tête du club depuis 25 ans : quelle relation as-tu avec elle ?
J’avais 24 ans quand je suis arrivé au club, j’en ai 43 aujourd’hui… Quand je suis arrivé, c’était Patrice Cougnaud le président, et aujourd’hui c’est son frère Jean-Yves, mais Patrice est encore présent. J’ai une relation saine avec Jean-Yves Cougnaud, une relation de confiance. Les Cougnaud, ce sont des gens simples, qui savent ce qu’ils veulent : chez eux, l’humilité et le travail sont des valeurs fortes. Je partage les mêmes valeurs. Ils veulent travailler avec des gens qui sont dans cet esprit-là. Tu sais, ils sont là depuis le début de l’année 2000 : d’abord, c’était leur papa qui était à la tête du club. Ils sont de la commune, tout le monde les connaît, ils sont ancrés ici. Ils ont vraiment un lien fort avec le club, ils y ont joué aussi ! Et surtout, ils laissent les gens travailler.

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C’est pour cette raison que, malgré la descente de N2 en N3 en 2025 après quatre montée, ils t’ont conforté à la tête de l’équipe ?
On se voit souvent avec mes dirigeants. Pas toujours pour parler du sportif. Et là, quand on est descendu en National 3 l’année dernière, j’ai eu mon rendez-vous de fin de saison, on a discuté, ils m’ont demandé des explications, mon ressenti, les raisons de la descente, etc., même si on avait déjà eu des discussions pendant la saison. J’ai apporté mes arguments. Je leur ai dit que si mon histoire avec Le Poiré-sur-Vie devait se terminer comme ça, eh bien ce serait une déception, surtout que je n’avais jusqu’à présent connu que des montées, de R2 en R1, de R1 en N3, de N3 en N2… Mais je l’aurais compris. Finalement, je pense que mes dirigeants voulaient avoir une stratégie à long terme et ils m’ont prolongé de deux ans.

Tu descends et tes dirigeants te prolongent : c’est rare !
Je ne m’y attendais pas. J’étais en fin de contrat. C’est une grande preuve de confiance mais c’est vrai que dans le foot, personne ne fait ça ! Attention, quand j’ai eu ce rendez-vous de fin de saison avec eux, je n’y suis pas allé avec la tête sous le couperet, pas du tout, c’était un échange. Ils cherchaient à comprendre, tout simplement.

Après coup, pourquoi êtes-vous descendus de N2 en N3 en 2025 ?
On s’est planté. Complètement. Quand La Roche-sur-Yon est monté de N3 en N2 il y a 3 ans, j’étais allé les voir, et je m’étais dit que la marche n’était pas si grande, du coup, on a quasiment conservé tout le monde, environ 90 % de l’effectif, et on a juste pris un joueur par ligne. On a commencé le championnat avec deux recrues et on « prend une tarte » dès notre premier match, on en prend 4 à Bourges (défaite 4-2) puis on perd à Saumur (3-1), et là, on s’est dit il fallait recruter. Et on recrute 9 joueurs ! Mais le problème, c’est que quand la saison a déjà commencé, tu n’as pas les premiers choix, et même pas les seconds, parce que tu es Le Poiré-sur-Vie. En plus, quand on recrute, on est déjà en difficulté sportivement… Toutes les semaines, voire toutes les deux semaines, un joueur arrivait, et ça a cassé la dynamique. Ceux qui étaient là lors de la montée et qui étaient installés se sont dits « Ah ouaip, deux ou trois mauvais résultats, et ça y est ? On disparaît ? » et c’est comme ça que l’on s’est retrouvé avec un groupe de 30 joueurs, dont une dizaine de recrues. Là, c’est impossible à manager, ça ne peut pas marcher, et le vestiaire est devenu très compliqué à gérer. Pourtant, on avait des bons joueurs, mais on n’avait pas d’équipe. Le discours était dilué. Je faisais tout sauf entraîner. Je m’occupais même de trouver des logements aux joueurs !

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Le club n’a pas de directeur sportif : un choix assumé ?
Oui. Mais depuis cette année, on a pris Arnaud Bosquet pour nous donner un coup de main dans le recrutement, il est basé à Amiens, mais sinon, au Poiré, on fonctionne en circuit très court : il y a le président et l’entraîneur pour le sportif, et le staff consulte. Amener une personne de l’extérieur ? Pour cela, il faut qu’elle connaisse bien connaître le contexte du Poiré, qui est une petite commune. Il y a des valeurs fortes chez nous : accessibilité, proximité, famille, humilité, simplicité… On est constamment au contact des gens. Alors si on ramène quelqu’un de Paris par exemple, il faut le briefer. Parce que chez nous, toutes ces valeurs sont très importantes. L’humilité, la simplicité, ce sont des valeurs qui me correspondent.

Le club a aussi une autre particularité : celle d’avoir volontairement quitté le National en 2015 pour repartir à un niveau plus bas. Aucun club ne fait ça !
C’est vrai ! On a quitté le National alors qu’on s’est maintenu sportivement il y a 11 ans, mais le club a décidé de ne pas se réengager parce que les contraintes administratives et économiques de l’époque étaient trop importantes. Ce n’était pas viable sur le long terme. A l’époque, la décision des dirigeants avait choqué et marqué. J’étais éducateur à ce moment-là. En plus, rien n’avait filtré. Les dirigeants ont été bons dans la communication : ils ont expliqué leur décision et, surtout, ils sont restés au club ! En fait, ils ont juste fermé une page et en ont ouvert une autre, et ça a redonné une nouvelle impulsion forte. C’était un choix courageux, parce qu’on voit tellement de clubs qui déposent le bilan, qui disparaissent. Chez nous, il n’y a rien eu de tout ça. Stratégiquement, ils ont super bien géré la situation, en anticipant les choses, c’était très fort de leur part. Ils ont gardé le club viable. On peut même dire que c’était un coup de maître car cela a remis de l’élan au club, avec de la jeunesse, des éducateurs, et on voit les résultats aujourd’hui. Le club ne fait pas n’importe quoi.

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Mais quitter le National de cette manière, ce fut un coup dur tout de même, non ?
Pas un coup dur, non, je ne vois pas les choses comme ça, même si de l’extérieur, on peut l’interpréter comme ça. Mais sincèrement, non. Il y a eu de la déception, bien sûr, mais on a eu les exemples de Carquefou et de Luçon à côté de chez nous, en National. Les Cougnaud ont expliqué la situation et évité le dépôt de bilan, parce qu’en tant que salarié du club (responsable technique des jeunes), j’aurais pu être impacté, mais finalement pas du tout. Ils comptaient sur les forces vives du club pour prendre le relais. C’est là qu’on voit la force des Cougnaud : ils ont beaucoup d’expérience. Ce sont des chefs d’entreprise, avec une vision à 5 ou 10 ans. Du coup, la saison suivante, on est reparti au niveau de la réserve en CFA2 avec Loïc Lambert aux commandes. Benjamin Guillou, qui a joué au club, a pris la réserve et je suis devenu son adjoint. Mais sportivement, cette saison-là n’a peut-être pas été bien préparée et on est descendu de CFA2 en DH. C’est là où les jeunes sont montés en U17 Nationaux, pendant 4 saisons. « Benji » (Benjamin Guillou), lui, a pris la tête de l’équipe Une, le club est remonté en CFA2 et puis, en 2018, est arrivée la rétrogradation administrative en Régional 2… Là, « Benji » est parti aux Herbiers avec Stéphane Masala, et on m’a confié l’équipe 1 seniors en Régional 2.

Avec succès, puisque le club est remonté 5 fois, donc 4 fois sans descente…
C’est dur de monter ! Même de R2 en R1 ! Mais toutes les accessions sont dures. On dit que les deux montées les plus dures sont de N3 en N2 et de N2 en National. L’avantage, au Poiré, c’est que l’environnement est très stable. Le président laisse travailler, le coach entraîne, les joueurs jouent, le comité directeur est force de proposition et à la fin, le président décide. Ici, chacun doit rester à sa place, et ça fonctionne très bien. En fait, à chacun son domaine.

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Encore une particularité propre au Poiré : l’affluence au stade de l’Idonnière. On sent qu’ici, comme en Vendée d’ailleurs, il y a un vrai public.
Il y a toujours une belle affluence au stade de l’Idonnière, et puis il faut dire qu’on a eu beaucoup de derbys en National 3, c’est la folie ! Cet été, en match de préparation, on a joué contre Saint-Philibert (N2) en amical, il y avait 700 personnes. En amical ! Personnellement, moi, j’aime beaucoup les derbys. On se connaît tous, il y a Charly Charrier aux Sables d’Olonne (directeur sportif), il a joué ici aussi, et Charles Devineau, qui était mon voisin à La Roche, entraîne La Châtaigneraie, on est tous assez proches. Et puis les derbys, ça stimule les joueurs, il y a une bonne intensité. Ce sont des matchs qui amènent du monde au stade, qui apportent de la ferveur. On en gagne, on en perd, c’est comme ça ! Je me souviens, en N2, il y a 2 ans, on s’est fait « taper » par Les Herbiers et La Roche, mais en National 3, j’en ai gagné beaucoup (rires) ! Je sais que Fred Reculeau, en N3, avec La Roche, n’aimait pas trop les derbys, moi c’est l’inverse. Une saison, on a eu jusqu’à sept derbys dans notre groupe en N3 !

Cette saison en N1 (ex-N2), tu vois qui en haut de tableau ?
Je vois bien Saint-Malo ou Saint-Brieuc, qui est entraîné par Julien Fradet (ex-coach des Sables d’Olonne en N3), qui a joué ici et à La Roche, où on était ensemble.

C’est quoi, ton style de jeu ?
J’aime le 4-3-3 sans ballon, pour défendre, et le 3-4-3 avec ballon, avec la sentinelle qui vient s’insérer un peu plus au milieu et qui fait jouer les autres. Je l’utilise depuis 6 ans. La fois où j’ai le moins pratiqué ce système, c’était en National 2 il y a 2 saisons, parce qu’on avait eu beaucoup de changements dans l’équipe comme je disais, et puis, ça ne se fait pas comme ça.

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Le Poiré est-il attractif ? Recrutes-tu les joueurs en fonction du système de jeu ?
Oui, je fais le recrutement par rapport à ça, c’est plus facile aussi de recruter en N3, comme la saison passée, quand on est descendu. Parce le club du Poiré-sur-Vie est un peu connu quand même dans la Ligue, et a une bonne image, celle d’un club stable. Par contre, c’est vrai que lorsque l’on monte en N2, on reste le petit, et là, c’est plus difficile, on n’est pas les premiers choix des joueurs, qui vont d’abord chercher à « taper » des autres clubs comme Saint-Brieuc, Saint-Malo, Angoulême, Avranches ou Les Herbiers, et parfois, on se retrouve avec les 5e ou 6e choix. C’est frustrant, surtout que c’est bien précis : par exemple, les joueurs que je veux recruter, qui rentrent dans le projet de jeu, comme des excentrés qui jouent intérieur, un milieu qui vient s’insérer et fait jouer les autres, etc., c’est difficile de les avoir, car on ne peut pas rivaliser avec les clubs que je t’ai cités. On est entre deux eaux encore aujourd’hui. Un joueur expérimenté, il ne connaît pas Le Poiré-sur-Vie, ça ne lui parle pas, il faut lui répéter deux fois le nom du club (rires !), alors que si tu lui dis Cannes, Nîmes, Toulon, qui sont au même niveau que le nôtre, c’est différent. En fait, la commune n’est pas connue à l’échelle nationale. On doit composer avec ça aussi.

Depuis cette saison, les joueurs du Poiré s’entraînent le matin…
Oui, cela n’était plus arrivé depuis 2015 et l’époque du National. Petit à petit, des choses se mettent en place. Cela faisait partie des points d’amélioration que l’on avait relevés après l’échec de 2025 avec les dirigeants. Il fallait qu’on passe un cap.

Tu parlais tout à l’heure d’un esprit « Poiré » : on voit que dans ton staff, l’ancrage local est présent…
Oui. Nicolas Pavageau, le préparateur physique, je le connais depuis 2009, il était professeur d’EPS au collège de la commune et quand on a commencé à structurer le club au niveau des jeunes, ensemble, on a monté une section sportive au collège ensemble. Avec Cyrille Minguet, l’entraîneur des gardiens, on se connaît depuis 2003, on était ensemble à La Roche. Pareil avec l’entraîneur adjoint, qui est un historique, Thomas Sanogo, on a joué ensemble à La Roche aussi, il est là depuis 2006, et cette année, il a la responsabilité du pôle post-formation. On est un staff proche.

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Parlons d’Oswald Tanchot, celui qui a permis au club de se développer et de se faire un nom : onze ans après, son empreinte et son héritage sont-ils encore là ?
Oui. Oswald a passé 4 saisons ici (2011 à 2015). Je me suis inspiré de lui. Le travail au quotidien, la méthodologie, la structure des séances, la vision du foot, le joueur très important dans l’équilibre de l’équipe, qui s’insère, qui régule le milieu, qui fait jouer les autres, ce truc-là, il le faisait déjà, mais un peu différemment, avec Kevin Das Neves à l’époque, un joueur qui ne payait pas de mine et pourtant très important dans l’équilibre de l’équipe, un peu à la Jonathan Beaulieu aujourd’hui à La Roche… Tout ça, c’est lui ! La salle de musculation, le matériel, le lieu de vie que tu vois ici, c’est lui aussi qui a impulsé tout ça avec les dirigeants bien sûr. Oswald fonctionnait déjà en circuit court; ça a toujours été bien comme ça.

Nostalgique de la période Tanchot ?
Pas nostalgique, non, mais ce qui est sûr, c’est que cette période m’a beaucoup aidé dans ma construction d’éducateur et de coach. J’essayais de passer un maximum de temps avec lui. Je voyais bien qu’il pouvait aller loin, c’est un passionné, il connaissait tout, il avait une grosse culture générale, c’est un grand curieux. Je suis un peu pareil : j’ai toujours envie d’apprendre, de me former, d’aller voir les autres, d’échanger, et Oswald est un peu comme ça. Il a aidé le club à s’installer au niveau national.

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Le Poiré, laboratoire avant le passage en professionnel ?
C’est vrai qu’il n’y a pas eu qu’Oswald. Grégory Gaillard, préparateur physique du Stade Rennais, est passé par Le Poiré, Steeven Manda aussi, il est aujourd’hui prépa à l’AS Monaco. Ghislain Chemin, entraineur des gardiens, est ensuite allé au Havre et à Reims, ainsi que Francis Liaigre, ancien joueur du club, où il a entraîné les U17 et qui entraîne aujourd’hui les U17 Nationaux de Nantes. On en a connu du monde ici (rires) ! L’entraîneur du FC Dieppe (N1), Djillali Bekkar et le directeur sportif de Nîmes Olympique, Anthony Dupré, sont passés au Poiré aussi. Pour moi, c’est très enrichissant, idem quand je vais passer des formations à Clairefontaine, on côtoie des Rio Mavuba (entraîneur de Bordeaux), des Cédric Hengbart (entraîneur d’Avranches), des Guillaume Allanou (président du Stade Briochin et ex-coach du club) des Yacoub Yassine (ex-coach de Chantilly), Olivier Blondel (entraîneur des gardiens à l’OM) et plein d’autres, c’est super-enrichissant, ça permet de m’ouvrir, d’élargir mon réseau. Des garçons comme William Stanger, qui entraîne les U19 Nationaux de Rennes, c’est la famille du Poiré ! On pourrait faire un groupe WhastApp avec tous ceux qui sont passés ici !

C’était qui, ton idole de jeunesse ?
Ici, on est très impacté par le FC Nantes, forcément. Mon père m’amenait à la Beaujoire quand j’étais jeune, et il y avait un joueur franco-marocain qui jouait, Noureddine Naybet, et comme je suis marocain d’origine… Et plus tard, de se retrouver éducateur au Poiré à affronter des équipes coachés par Stéphane Da Rocha, Stéphane Ziani, des joueurs nantais que j’admirais, et de pouvoir échanger avec eux, c’était incroyable pour moi et quelque chose de fort. Sinon, je suis un fan inconditionnel de Zidane. Il a fait avancer son sport, comme un Tiger Woods au golf ou un Mohamed Ali à la boxe.

Te souviens-tu de ton premier match en Division 1 comme spectateur ?
Un Nantes/Saint-Etienne, à la Beaujoire, au début des années 90, mais je n’ai plus l’année. Je me revois en train de monter les marches et de découvrir le stade… Quelle émotion ! C’était une époque où Nantes faisait jouer pas mal de jeunes issus de la formation du club. Au Poiré, ça nous a inspiré, car on a pas mal de jeunes formés au club qui jouent en équipe fanion, , comme Leny Vincent (19 ans), et certains sont là depuis longtemps, je pense par exemple à Théo Boucard (25 ans), Maxence Blé (24 ans) ou Yoan Pinson (28 ans), ils sont là aussi pour transmettre les valeurs, je trouve que pour l’âme du club, c’est important.

Samedi 19 septembre 2026 – Championnat National 1 (J5) : FC Lorient B – Vendée Le Poiré-sur-Vie, à 17h, au stade André Badoil à Ploemeur

  • Texte : Anthony BOYER / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH et 13heuresfoot
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Nommé en février dernier à la tête de Valenciennes pour un simple intérim, puis reconduit cet été, le Nordiste, grand fan d’Arsenal, n’est pas seulement ce coach de 32 ans, un âge qui en fait le plus jeune de la division, il est aussi celui qui bouscule les codes et n’hésite pas à imposer ses idées et sa personnalité, mélange de proximité et d’autorité. Le tout sur un ton parfois cash et directif.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH

Parce que la Ligue 3 est ce championnat fourre-tout, qui lance et révèle de jeunes joueurs et permet à d’anciens pros de « finir » leur carrière, l’on y trouve toutes sortes de profils. Même constat pour les coachs, et les dinosaures sont légion à cet échelon (Pochat, Brouard, Chabert, Reculeau, Moulin, Rossi, Della Maggiore, Peyrelade et même Pujo), certains traînant leurs guêtres depuis plus de 20 ans.

Et puis, il y a la très jeune garde, incarnée par Pierre Blois (32 ans), l’entraîneur de Valenciennes, véritable ovni de la division. Nommé le 17 février en remplacement de Stéphane Moulin pour un intérim avant d’être confirmé jusqu’en fin de saison, il a finalement été officialisé à son poste le 29 juillet dernier, à une semaine de la reprise de la nouvelle Ligue 3. C’est très tard, direz-vous, mais l’explication est simple. Officieusement, en interne, l’intéressé avait l’assurance de sa hiérarchie d’être à la tête de l’équipe cette saison, simplement, il fallait régler les problèmes administratifs liés à son admission au BEPF (en Écosse), ce qui a pris du temps.

Première licence à Valenciennes à 6 ans

Photo Philippe Le Brech

Pierre Blois est né le 24 mai 1994 à Condé-sur-l’Escaut – à 900 mètres de la frontière belge et à 15 kilomètres de Valenciennes. C’était un an et quatre jours après la triste affaire VA-OM, épisode le plus marquant de cette décennie pour le club de l’Escaut. Il n’a donc pas vécu ce traumatisme mais connaît l’histoire par cœur.

Quand il a signé sa première licence au VAFC, en 2000, à l’âge de 6 ans, le club, alors en pleine phase de reconstruction, pansait encore cette plaie très longue à se refermer. Il végétait entre le CFA (N1 aujourd’hui) et le National (Ligue 3) mais allait ensuite renaître de ses cendres, au point de retrouver la Ligue 1 en 2006, pour un bail de 8 saisons.

Pendant un peu plus de 45 minutes, dimanche après-midi, Pierre Blois, coupe de cheveux impeccable, vêtu du nouveau maillot collector commercialisé quatre jours plus tôt – il explique pourquoi il le porte à la fin de l’entretien -, s’est prêté au jeu de l’interview.

La déception du match nul obtenu sur le terrain du FC Rouen (1-1, 5e journée), moins de 48 heures auparavant, était ravalée, en même temps que son club publiait un communiqué lié à l’événement marquant de cette soirée : le dysfonctionnement du Football Video Support (FVS).

Appelé par le coach nordiste pour vérifier si le penalty sifflé en faveur des Normands était justifié, l’arbitre, Mr Dasque, n’a pu visionner les images en raison d’une incompréhensible panne technique (un câble débranché ?). Il s’en est donc tenu à son coup de sifflet initial, et voilà comment VAFC s’est retrouvé mené 1 à 0 juste avant la pause après le penalty de Malik Tchokounté.

« Une putain d’injustice »

Le discours mobilisateur de Pierre Blois dans les vestiaires, à la pause, que l’on peut visionner sur le compte Instagram du club, s’il a produit son effet, a également permis de découvrir quelques-unes des facettes de sa personnalité. Grand, imposant, Pierre Blois a de l’aura. Il est écouté, pas seulement parce qu’il parle fort et que son timbre de voix est grave, mais parce qu’il est autoritaire, direct et cash : « Y’a une putain d’injustice » (…) « Lâchez les chevaux » (…) « Vous êtes capables ». Et aussi très expressif et nerveux sur un terrain, tout l’inverse en dehors !

Son parcours, sa personnalité, ses expériences de joueur (latéral/défenseur central) et d’entraîneur, son âme de formateur, ses idées de jeu, son image, son tempérament – très démonstratif sur un banc -, le coach de VAFC a évoqué tout ça. Seuls deux sujets n’ont pas obtenu son aval : sa vie privée et les clubs voisins de Ligue 1 ! On vous laisse deviner lesquels !

Interview
« Il n’y a pas un chemin tout tracé, mais des chemins… »

Entretien réalisé dimanche 6 septembre 2026

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Pierre, revenons sur ton parcours…
J’ai commencé le foot à 6 ans, au VAFC. Je me souviens de mon premier éducateur, monsieur (Patrick) Maigret. Il était en binôme avec Cédric Rjillo, qui était aussi attaquant au club. J’ai passé 2 ans à Valenciennes puis je suis allé au LOSC de l’âge de 8 à 11 ans. J’aurais pu rester à Lille mais c’était quand même à 60 kilomètres de chez moi, mon père m’emmenait quatre fois par semaine, c’était compliqué. Du coup, je suis revenu à Valenciennes pendant 4 ans et à l’issue de ma saison en 14 ans Fédéraux, j’ai été remercié. De là, je suis parti à Lesquin une saison, à 15 ans, puis à l’USL Dunkerque où j’ai disputé ma meilleure saison avec les 17 ans Nationaux. Ce qui m’a permis d’avoir quelques sollicitations. Je suis allé à Mouscron pendant 3 ans, en Belgique. Le club évoluait en D2 mais ça me permettait d’intégrer l’équipe réserve et de faire mon cursus universitaire. Après ça, j’ai joué un an à Courtrai, toujours en Belgique : là, j’étais entre le groupe pro et la réserve. En fait, j’ai le parcours d’un jeune joueur qui ne parvient pas à s’imposer en équipe pro.

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Quand on habite, comme toi, aussi près de la Belgique, cela explique que tu sois tourné vers ce pays…
Pas tellement en fait. Aujourd’hui, j’y vais pour aller chercher des frites (rires !). J’y ai joué 4 ans, donc je connais un peu le foot là-bas.

Après ton expérience belge, tu reviens en France…
Oui, je joue à Neuville-en-Ferrain, près de Tourcoing, pendant 3 ans, en Régional 2 et en Régional 1. C’est d’ailleurs à ce moment-là que je commence à entraîner des équipes de jeunes. Ensuite, j’ai joué à l’Iris club de Croix en R2 et en N2, et quand j’ai intégré la formation au VAFC (en 2021, adjoint en U17 Nationaux), j’ai mis mon parcours de joueur de côté. J’avais quand même gardé une licence pendant deux ans, pour jouer avec des potes à Villeneuve-d’Ascq, en Régional 3. Le club n’existe plus aujourd’hui. Je ne m’entraînais quasiment pas de la semaine, et je jouais le dimanche. Il y avait notamment Jonas Vanschamelhout, qui est l’entraîneur des U19 ans Nationaux de l’USL Dunkerque, et Romain Decool, le directeur du recrutement du Havre.

À 100 % au football depuis cette année

Tu évoquais ton cursus universitaire : tu as un diplôme de masseur-kinésithérapeute, c’est ça ?
Oui, j’ai fait mes études jusqu’à l’âge de 21 ans, j’étais en école de kiné à Lille, à l’IKPO (Institut de Kinésithérapie Podologie Orthopédie), pendant 3 ans. J’ai redoublé une année de médecine aussi avant ça.

Si le foot tourne mal, tu peux toujours te reconvertir…
Mais je bossais ! Même encore l’an passé, j’étais dans un cabinet de kiné. Je ne me consacre au football à 100% que depuis cette saison. Avant, je faisais les deux.

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Tu as commencé à entraîner dès l’âge de 21 ans : c’était une vocation ? Comment cela s’est-il matérialisé ?
C’était en 2016, à Neuville-en-Ferrain, avec des U14, en binôme avec Stéphane Debailleul, on est monté en U15 R1. Cela a duré deux saisons. J’ai toujours été attiré par ça. Petit, je passais mes nuits sur Football manager et sur LFP manager. J’ai aussi eu deux coachs, Frédéric Basire à Dunkerque et Jérémy Dos Santos en réserve à Mouscron, qui m’ont donné cette envie de mettre ça en pratique, de matérialiser tout ça. Fred Basire, c’était l’aspect mental, et Jérémy Dos Santos (son coach à l’Iris Croix aussi, Ndlr), lui, a changé ma manière de voir le jeu et le système d’entraînement.

À Mouscron, il y a eu Philippe Saint-Jean aussi chez les pros, pour son aura et son management. Quand je rentrais des séances d’entraînement, je notais tout ce que l’on avait fait, je me disais qu’un jour, je m’en servirais pour mes premières séances. Après ma saison à Courtrai, j’ai su que je ne ferais pas carrière comme joueur, alors j’ai décidé de franchir le cap à Valenciennes (arrivée en 2021 au centre), ça m’a plu et derrière, j’ai enchaîné.

Ndlr : après avoir entraîné les U14, U15 et U18 de l’Iris Croix entre 2018 et 2021, Pierre Blois a entraîné les U17 nationaux de VAFC (adjoint + entraîneur principal), les U19 Nationaux et la réserve.

« Je ne suis pas du tout revanchard »

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Supporter de Valenciennes ?
Quand j’ai commencé à jouer au club, mon père m’amenait à tous les matchs ! Je me souviens que l’équipe était en National quand je suis allé au stade Nungesser la première fois. C’était contre Sète. Ils étaient montés en Ligue 2 à la fin de la saison (Ndr, en 2003, lire plus bas). On avait l’abonnement, on y allait avec ma soeur aussi, pendant une bonne dizaine d’années. Quand je n’ai pas été conservé, je n’y suis plus retourné.

Tu n’as pas été conservé au VAFC et aujourd’hui tu es à la tête de l’équipe Une : est-ce une revanche pour toi ?
Non, pas du tout. C’est mon parcours, ça m’a amené autre chose. J’étais timide avant, introverti, ça m’a fait grandir et ça m’a endurci. C’est ce moment post-Valenciennes, à Lesquin, à Dunkerque, qui a changé mon état d’esprit et qui m’a inculqué un mental de battant. Donc non pas du tout revanchard. Si je n’ai pas été conservé, c’est que ça devait se passer comme ça. Cela ne m’a pas empêché de faire un petit parcours après. En fait, mon parcours, il est à l’image de cette histoire de diplôme en Écosse, on voit qu’il n’y a pas un chemin tout tracé, mais DES chemins. Et celui-là, quelque part, c’était celui qu’on a choisi de me faire suivre. Chaque expérience apporte des choses, et sans cet épisode, peut-être que je n’aurais pas vécu toutes ces choses qui m’ont beaucoup apporté et que je n’aurais peut-être pas eues si j’avais été conservé.

« J’avais dit à mon père qu’un jour, je serais sur la pelouse de VAFC »

Du coup, cela doit être une fierté pour toi d’entraîner Valenciennes ?
Oui. Je me souviens, une fois, on marchait le long du Stade Nungesser avec mon père un soir de match, le Stade du Hainaut était au fond, en construction. Je devais avoir 12 ou 13 ans. Mon père m’a demandé : « Tu seras sur la pelouse avec un maillot de VA un jour ? » Je lui avait dit « Oui, un jour, j’y serai ». Même si ce n’est pas en tant que joueur, c’est en tant que coach. Comme quoi, c’est une belle histoire que je vis en ce moment.

À 32 ans, tu es le plus jeune coach des trois premières divisions françaises : ça te « saoule » que l’on dise toujours cela de toi ?
Non. Et honnêtement, je m’en fous (sic), je ne m’attache pas ça. Je dis toujours qu’il n’y a pas de chemin tracé. Et le mien, c’est celui-là.

Tu es plutôt un entraîneur jeune ou un jeune entraîneur ?
C’est des « conneries » tout ça (sic), ça fait 10 ans que j’entraîne !

Photo Philippe Le Brech

La saison passée, tu avais repris l’équipe en cours de saison, et cette année, tu as totalement préparé cette nouvelle saison : ce n’est pas le même métier, n’est-ce-pas ?
Non pas du tout, en plus, quand on arrive en février avec Rudy (Mater), c’est pour deux ou trois semaines. Dans la tête, on se dit ça. On a eu de la chance que ça se passe bien, on a eu de bons résultats, il y a eu une bonne dynamique qui s’est créée. Parce qu’il était prévu que l’on retourne en équipe réserve. En fait, ça s’est passé comme dans mes rêves et on a fini la saison comme ça.

Il faut reconnaître aussi que l’effectif avait beaucoup de qualité, il y avait des bons joueurs, d’ailleurs, on en avait parlé avec Stéphane (Moulin, son prédécesseur) : c’est juste que la mayonnaise n’a pas pris. Maintenant, préparer une saison, c’est très différent. Les attentes aussi sont différentes. Et puis il y a un recrutement à préparer, je ne suis pas tout seul, VAFC appartient à un groupe (Sport Republic). Bien sûr, j’ai des requêtes, il y a des joueurs que j’ai choisis, d’autres qui sont arrivés par ailleurs, c’est normal. Ce qui est différent aussi, c’est que je sens qu’il y a une attente plus grande. L’an passé, avec Rudy, on n’avait pas trop de pression même si on était là pour sauver le club. Une fois le maintien assuré, on a eu plus de liberté. On nous a demandés de faire jouer les jeunes pour les évaluer. Du coup, les résultats sont devenus secondaires. Là, cette fois, il faut faire la meilleure saison possible.

« On paie un peu l’histoire du club »

Photo Philippe Le Brech

Justement, au VAFC, qui entame sa 4e saison au 3e niveau, les attentes sont grandes, de par l’histoire du club et ses longs passages en 1re et 2e division : as-tu un objectif de montée cette année ?
Je suis d’accord. Pour moi, VAFC est un club de L1 ou L2, nos installations sportives le montrent aussi. Le constat que l’on a fait est le suivant : on a un environnement exigeant qui est dans l’attente, mais il y a les faits aussi. On a fini 10e la saison passée, et l’année d’avant, le club a fini 9e. Cela fait plusieurs années que le club est instable, qu’il a vu défiler beaucoup de coachs.

Alors oui, l’attente est gigantesque autour du club, mais la réalité c’est qu’aujourd’hui on joue avec un excentré droit et un excentré gauche qui évoluaient en 4e et en 5e division l’année dernière. Nous, le staff, on le sait, on en a conscience, on est là pour construire. Donc ça passera par de la patience. Mais l’environnement, il n’a pas conscience de cela. Il faut être patient. Je pense que l’on paie un peu l’histoire du club. Pour répondre à la question, on a dit qu’on partait sur un projet de 2 ans. Il n’y a pas vraiment d’objectif de montée, et le discours général, c’est juste de faire mieux que l’an passé. Après, en interne, on a un objectif avec les joueurs.

Lancer des jeunes, cela doit te convenir, pour toi qui a une âme de formateur ?
C’est vrai que depuis notre arrivée, on a lancé 7 ou 8 jeunes du centre de formation. J’aime bien développer des joueurs, les accompagner. En ce moment, comme on a beaucoup de blessures et que le recrutement s’est fini tard, on a intégré beaucoup de jeunes qui jouent. Par la suite, il faudra trouver le juste milieu et ouvrir la porte quand c’est vraiment le bon moment. Il ne faut pas non plus que cela devienne trop facile pour eux.

« Je n’aime pas trop me renier »

Photo Philippe Le Brech

Tu aimes que ton équipe joue comment ?
Quand je regarde les équipes que j’ai dirigées avant, mon football est plutôt offensif, positif, attractif, avec et sans ballon, même si j’avoue que je suis en train de m’adapter en ce moment… On en parlait récemment avec Jordan (Gonzalez, entraîneur du FC Versailles) : quand il est arrivé en National, il s’était un peu adapté lui aussi, parce qu’il voulait attaquer, dominer les matchs, avoir tout le temps le ballon, défendre haut, mais je me rends compte, et je le vois bien sur notre début de saison, que l’on est obligé de nous adapter.

À Paris 13 Atlético, on a 62 % de possession et on perd 2-1 sur deux transitions. Je n’aime pas trop me renier mais c’est pourtant ce que je suis obligé de faire en ce moment pour prendre des points. J’espère juste que je vais pouvoir remettre en place ce que je fais depuis mon début de parcours d’entraîneur, c’est à dire un football plus attractif que ce que l’on fait en ce moment.

Ton style de jeu préférentiel, c’est le 4-2-3-1 ?
Les styles de jeu, ça varie… Oui, une défense à 4, et en base défensive, en 4-2-3-1, et quand on a le ballon, ça bouge. Mais les systèmes, ça ne veut plus rien dire.

« Après la défaite à Paris 13, on s’est remis en question »

Photo Philippe Le Brech

En Ligue 3, on voit que, souvent, les équipes qui gagnent ne sont pas forcément celles qui ont le ballon, que beaucoup jouent en contre-attaque…
Après notre match perdu à Paris 13, on s’est beaucoup remis en question avec le staff, et même déjà après le match de Caen, quand on a pris 4-0 (J1)Il n’y avait pas tout à jeter à Caen, parce qu’on a essayé de les chasser tout terrain, mais à l’arrivée, on a pris 6 buts sur ces deux matchs.

On a regardé beaucoup de matchs, notamment des matchs des équipes de tête comme La Roche-sur-Yon, Rouen et même Versailles parce qu’à ce moment-là, Versailles venait de gagner deux matchs, et il y a une constante chez ces équipes, qui jouent avec deux attaquants, qui ne prennent pas beaucoup de buts, qui sont disposées en 3-5-2 ou 4-4-2 losange. Beaucoup de buts sont marqués en transition ou sur coups de pied arrêtés, c’est vraiment une particularité de ce championnat. On a axé nos deux dernier matchs là-dessus, sur l’aspect défensif, pour reconstruire. Mais j’ai hâte de remettre un peu plus d’allant et de vie dans notre style de jeu, ce qui me correspondrait un peu plus.

Tu as la réputation d’être un entraîneur cérébral, porté sur la tactique, avec une âme de formateur, doté d’une autorité naturelle : toi, tu te définirais plutôt comment ?
Je suis proche des joueurs. J’essaie de ne pas changer ma manière d’être même si, depuis que je suis numéro 1 en pro, il faudrait que je prenne un peu plus de distance mais je n’y arrive pas, c’est ma nature de beaucoup discuter avec eux, de déconner avec eux quand c’est le moment. C’est ma manière d’être. Je suis humble aussi.

Photo Philippe Le Brech

C’est vrai que tu n’as pas une énorme différence d’âge avec certains joueurs, dont certains sont plus âgés même, comme Gaëtan Courtet…
Oui mais quand il faut faire des choix, je les fais. J’ai mis sur le banc des joueurs qui ont une carrière de L1, je fais le cri de guerre avec eux quand on gagne, je fais le con avec eux. Je suis de la même génération que notre capitaine Samir Belloumou par exemple. Bryan Passi a 3 ans de moins que moi, Gaëtan Courtet a 5 ans de plus, bien sûr, il y a ce côté générationnel mais c’est ce qui nous a fait réussir la saison passée, quand on repris l’équipe, il y avait cette proximité et cette légèreté, ça nous a servi, parce qu’on n’a pas eu beaucoup de temps : deux jours après notre nomination, il y avait déjà un match de championnat sur le synthétique de Paris 13 et la semaine suivante, on recevait Caen.

Tu la trouves comment, cette nouvelle Ligue 3 ?
Elle est plus dure que les autres années. Beaucoup d’équipes peuvent monter, les équipes qui veulent jouer se font punir, ce n’est pas facile de trouver le bon dosage. En L2 et en L1, c’est plus ouvert, plus technique et il y a moins d’erreurs. C’est mon sentiment. La L3 est un championnat particulier : certains joueurs auraient plus de facilité à jouer en L1.

Le staff technique de VAFC 2026-27. Entraîneur : Pierre Blois. Adjoints : Rudy Mater, Samuel Goethals; entraîneur des gardiens : Damien Perquis; vidéo : Matthieu Coppin; préparateur physique : Valentin Romero; médical : docteur Marc Chasselat; kiné : Lucas Vinchon et Matthieu Saison; intendant : Eddy Duquesnoy.

Pierre Blois, du tac au tac

Photo Philippe Le Brech

Je vais te donner quelques dates et quelques années en lien avec VAFC, pour tester tes connaissances sur le club, mais ce n’est pas un piège hein ! 1913 ?
Facile, c’est l’année de création du club !

1935 ?
Euh… Un titre peut-être ?

Non, mais une place de vice-champion de D2 qui permet au club d’accéder en D1 pour la première fois. Question suivante : 26 juillet 2011 ?
L’ouverture du stade du Hainaut, j’avais 17 ans ! Rudy (Mater) jouait encore !

Samedi 12 avril 2003 ?
En 2003 ? Le titre de champion de Ligue 2 et on monte en Ligue 1, non ?

Non, ce n’est pas ça…
Je ne l’ai pas celui-là…

C’est le jour du match Valenciennes-Sète, en National, tu avais 8 ans…
Ah oui ok (rires) ! Mon premier match en spectateur à Nungesser ! Tribune présidentielle, victoire 2 à 0 de Valenciennes je crois de mémoire !

Exact, 2 à 0, buts de Silvestri et Bourgeois.
Je me souviens qu’Orlando (Silvestri) jouait, il a aussi été entraîneur adjoint au club en L2.

Rétro / 12 avril 2023 – Championnat National / Valenciennes – Sète 2-0 (1-0). Stade Nungesser. 3915 spectateurs. Arbitre : M. Cailleux. Buts : Silvestri (1′), Bourgeois (57′). L’équipe de Valenciennes : Lambay – Savigny, Piorun, Pochot, Vigier – Toraman, Assou, Mater (Cadiou 60′), Silesvtri (Lachaab 84′), Bottelin (Traoré 74′), Bourgeois. Entraîneur : Didier Ollé-Nicolle. 

29 juillet 2026 ?
L’officialisation de ma nomination cette saison.

Photo Philippe Le Brech

Exact. D’ailleurs, comment psychologiquement as-tu vécu cette période estivale, quand il a fallu préparer une saison de Ligue 3 alors même que le club ne t’avait pas officialisé au poste d’entraîneur, en raison du diplôme ?
Je savais que j’allais être l’entraîneur de l’équipe donc j’avais déjà switché. C’est plus en raison du diplôme. Là, je suis dans un processus de tests depuis le mois d’avril, et la dernière étape, c’était la réponse de l’Écosse pour savoir si j’étais admis, et on a eu la réponse positive début juillet, donc quand j’ai effectué la reprise des entraînements avec Valenciennes, on ne le savait pas encore, même si on m’avait laissé entendre que ce serait bon. Après, il a fallu attendre trois semaines avant de signer mon contrat parce qu’il y avait des démarches à effectuer en France. En fait, j’ai su que je serais pris la veille du match amical de Dunkerque. Je m’étais dit dans ma tête que ce serait bon, donc j’étais vraiment focus sur l’équipe.

Passer son BEPF en Écosse, c’est inédit comme solution, ça ?
En France, pour la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience), le timing était trop serré pour rendre les documents à temps. Là, je passe vraiment le BEPF, mais en Écosse, et c’est sur 2 ans. J’ai des cessions de deux jours où je dois y aller, d’ailleurs j’y vais mardi soir (entretien réalisé dimanche 6 septembre). Jusqu’à la trêve hivernale j’y vais deux fois, la deuxième fois en présentielle, ce sera en décembre. Entre-temps, j’ai des cours de deux jours en visio, mais je peux les suivre l’après-midi, après les entraînements. Il y aura des stages aussi. Je dois en trouver un et il y en a un autre que l’on va nous trouver. J’ai fait des demandes. J’attends les réponses.

Photo Philippe LE BRECH

Peux-tu citer trois ou quatre internationaux qui ont joué à Valenciennes ?
Steve Savidan déjà, même s’il n’a qu’une sélection et qu’il jouait à Caen quand il a été pris en équipe de France, Jean-Pierre Papin le ballon d’or, Serge Masnaghetti, Dayot Upamecano.

Le joueur le plus capé de l’histoire du VAFC ?
Bah oui, c’est mon adjoint, Rudy (Mater) !

Et le record historique de Valenciennes, tu le connais ? C’est une histoire de buts, inscrits dans un laps de temps très court ?
Non, ça ne me vient pas.

Il s’agit du triplé inscrit dans le laps de temps le plus rapide, 7 minutes ! Il est l’oeuvre de Serge Masnaghetti, contre Nice, en 1966. Le record a été battu depuis (Loïs Openda, 3 buts en 4 minutes et 30 secondes, en 2023 !).
Pour Masnaghetti, j’aurais dit 3 buts en 4 minutes mais je me serais enflammé (rires) !

20 mai 1993 ?
Ah… Mon père m’en a tellement parlé… C’est l’affaire VA-OM. Je n’étais pas né. J’ai vu des vidéos, c’est une cicatrice pour le club, les supporters. J’ai vécu des Valenciennes-Marseille plus tard, c’était chaud.

Le joueur emblématique de Valenciennes ?
Rudy (Mater).

Le coach le plus emblématique ?
Antoine Kombouaré.

Le match de légende de l’histoire du club ?
Contre Marseille, quand Steve Savidan marque d’un pointu sur coup franc… (le 15 août 2007, victoire de VAFC, 2-1, doublé de Savidan).

Le 2e but de Steve Savidan à la 87e minute du match VAFC-OM

VALENCIENNES – MARSEILLE : 2-1 (0-0). 15 août 2007, stade Nungesser. 16 018 spectateurs. Arbitre : M. Hamer. Buts : Savidan (62e, 87e) pour VA Ziani (57e) pour Marseille. Avertissements aux Valenciennois Mater (28e), Jeovânio (38e) aux Marseillais Cana (48e), Cheyrou (63e).

– VALENCIENNES : Penneteau Mater, Ouaddou (cap.), Chelle, Rippert (Ducourtioux, 71e) Doumeng (Belmadi, 68e), Sanchez, Jeovânio, Bezzaz (Roudet, 58e) Savidan, Pujol. Entraîneur : Antoine Kombouaré.

– MARSEILLE : Carasso Beye, Rodriguez, Givet, Bonnart Ziani, Cheyrou (Oruma, 76e), M’Bami (Ayew, 89e), Cana, Zenden (Valbuena, 56e) Cissé. Entraîneur : Albert Emon.

L’ancien stade Nungesser, en 2003. Photo A.B./13HF

Un souvenir du stade Nungesser ?
La tribune de Fer, pour l’ambiance.

Dernier match auquel tu as assisté comme spectateur ?
L’an passé, Valenciennes – Stade Briochin, en National, trois jours avant que l’on ne prenne l’intérim (1-2). Sinon je suis allé voir des matchs en Angleterre, je suis fan du foot anglais et d’Arsenal ! Je suis allé voir aussi Aston Villa et Southampton. Tous les ans, j’essaie d’aller voir un match ou deux d’Arsenal.

Dernier match regardé à la télé ?
Fleury contre Villefranche en Ligue 3 (rires !) On reçoit Fleury samedi.

Dernier film vu au cinéma ?
Avatar 3 je crois.

Des passions en dehors du foot ?
J’aime bien courir et partir en vacances, voyager.

Une destination de vacances ?
J’adore la Grèce.

Dernier livre lu ?
« Ma vie en Rouge et blanc » d’Arsène Wenger.

Une chanson que tu écoutes en ce moment ?
Café con ron (Bad Bunny).

Chanteurs, groupes ?
J’aime bien Drake, et après, je suis plutôt musique « old school », Céline Dion, Jean-Jacques Goldman.

« Au foot, je suis sanguin »

Photo Philippe Le Brech

Tes qualités selon toi dans la vie de tous les jours ?
Gentil, sociable, passionné, entier. Je suis un Gémeaux, je suis calme dans le vie de tous les jours mais au foot, c’est une catastrophe, je suis sanguin, je démarre au quart de tour. Je sais ce que je veux et je veux arriver à ce que je veux quand ça ne tourne pas dans mon sens. Je suis un peu cash.

Défaut ?
Je suis impatient, et perfectionniste, trop peut-être, même si ce n’est pas forcément un défaut mais moi je le prends comme tel, parce que ça me frustre beaucoup quand on ne gagne pas ou quand on ne fait pas les choses comme que je le souhaite.

Qu’apprécies-tu chez les gens ?
L’honnêteté.

Que détestes-tu ?
L’injustice ? J’ai été servi jeudi à Rouen avec la vidéo. On a eu une main évidente aussi contre Bourg qui n’est pas sifflée, l’arbitre vient s’excuser dans le vestiaire à la fin, pareil à Rouen avec cette histoire de vidéo, ça deux fois déjà.

« La vidéo, c’est une catastrophe »

Avec son homologue du FC Rouen, Régis Brouard. Photo Philippe Le Brech

Tu vois la différence entre la Ligue 3 et le National ?
J’aime bien ce qui est fait en terme de communication, les multiplex, c’est stylé, mais il y a juste la vidéo (la FVS, Ndlr) qui est une catastrophe.

Une ville, un pays ?
Londres et l’Angleterre.

Une couleur ?
Rouge. Mes clubs préférés jouent en rouge.

Un chiffre ?
Le 24 ! Non, je rigole, le 5 ! Je suis né un 24 mai mais je préfère le 5, le chiffre du chef de la défense (rires).

Le 11 de VAFC à Rouen, le 3 septembre dernier (1-1)

Tu as des tatouages ?
Non, je déteste ça !

Une manie, un rituel ?
Oui, le jour de match, il faut toujours que je fasse la même chose. Lever à la même heure, écouter les mêmes chansons, mettre le même caleçon (rires)…

Plat, boisson ?
Moules-frites ! Et je suis addict du coca-cola même si j’essaie de me calmer !

Sur une île déserte, tu emmènerais quoi ?
Un ballon ! Non, à manger ! Je suis un gros mangeur.

Animal ?
Un chien, un labrador.

Ton idole de jeunesse ?
Thierry Henry, Zinédine Zidane.

« Le soleil se lèvera quand même demain ! »

Photo Philippe LE BRECH

Un personnage historique ?
J’aime bien le mythe de la Reine d’Angleterre. Sinon, rien à voir, mais je paierais cher pour faire un resto avec Arsène Wenger et Arteta !

Un héros ?
Rocky Balboa.

Un dicton, un proverbe ?
« Life goes on » et « Le soleil se lèvera quand même demain ».

Peux-tu répéter le premier avec l’accent s’il te plaît ?
« Life goes on » !

La joie des Valenciennois après le but de Rayane Ekra à Rouen (1-1). Photo Philippe LE BRECH

Ah ouaip, pas mal l’accent !
Il vaut mieux, parce que l’accent écossais, c’est chaud (rires) ! J’ai déjà pu m’en rendre compte en visio (rires).

Le don de la nature que tu aimerais avoir ?
C’est personnel ça : j’aimerais pouvoir faire revivre mes grands-parents.

Merci Pierre, l’entretien est terminé !
C’est passé vite ! C’est cool ce format !

Juste une dernière chose : c’est quoi ce maillot que tu portes ?
C’est le 3e jeu de maillot, je l’ai mis pour le montrer à ma famille, là, je leur ai promis (le maillot, qui se distingue par des motifs de dentelle ton sur ton, est un hommage au savoir-faire textile de la ville de Caudry, Ndlr).

Samedi 12 septembre 2026 – Championnat Ligue 3 (6e journée) : VAFC – FC Fleury 91, à 14h45, au stade du Hainaut

  • Texte : Anthony BOYER / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH
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Le Ligérien de 36 ans incarne cette nouvelle génération de jeunes techniciens guidés par le jeu, la transmission, l’accompagnement, le travail et une ambition professionnelle assumée. Itinéraire d’un passionné obsessionnel, à la tête du club des Monts d’Or depuis fin janvier 2025, et auteur d’un sauvetage spectaculaire dès son arrivée.

Par Joël PENET – Mail : contact@13heuresfoot.fr / Photos Philippe LE BRECH

Formé à l’US Feurs, club emblématique de la Loire, près de Saint-Etienne, Pierre Thimonier (36 ans) a construit son parcours autour de deux passions indissociables : le jeu et la transmission. Il découvre très tôt les exigences du football amateur, entre investissement quotidien, dépassement de soi et nécessité de concilier terrain, études et vie professionnelle.

Son parcours de joueur (jusqu’au niveau N3) est pourtant loin d’être un long fleuve tranquille. Une pubalgie, trois ruptures des ligaments croisés et plusieurs opérations viennent freiner sa progression. Mais ces épreuves contribuent aussi à façonner sa personnalité : « J’avais souvent l’impression d’être freiné par les blessures, d’être sans arrêt en réathlétisation et en reconstruction » confie-t-il.

Á 16 ans, il encadre des jeunes

Photo Philippe Le Brech

Une période difficile qui renforce sa passion pour l’entraînement. Car, au-delà du terrain, c’est bien dans le rôle d’éducateur qu’il trouve rapidement sa véritable vocation. Dès l’âge de 16 ans, le natif de Saint-Priest-en-Jarez, dans la Loire (ne pas confondre avec Saint-Priest dans le Rhône !), il commence à encadrer des équipes de jeunes. Une évidence pour celui qui se définit avant tout comme un passionné de l’apprentissage : « Ce n’est pas parce que l’on comprend que l’on sait faire et ce n’est pas parce que l’on maîtrise que c’est acquis. Le football évolue très vite et il y a un vrai travail à faire sur la transmission. »
Au fil des années, il multiplie les expériences, affine sa méthode et gravit progressivement les échelons du football amateur. Une évolution qui le conduit au GOAL FC en 2022, un club dont il apprécie immédiatement la dimension humaine et les ambitions sportives. Au sein du club rhodanien, Pierre Thimonier occupe successivement plusieurs fonctions : entraîneur de l’équipe réserve, adjoint de l’équipe première en National puis entraîneur principal. Des responsabilités qui lui permettent d’aborder toutes les facettes du métier, de la formation des jeunes joueurs à la gestion d’un groupe seniors.

Son parcours témoigne d’une progression patiemment construite, guidée par une remise en question permanente : « Plus les années passent, plus on comprend qu’on ne sait finalement pas grand-chose » reconnaît-il avec humilité. Entre expérience du terrain, passion pour la formation et ambition assumée, il incarne une nouvelle génération d’entraîneurs issus du football amateur. Un technicien qui ne cache pas ses objectifs : « Je ne me fixe aucune limite. Je veux aller dans le monde professionnel. » Une ambition forte, portée par une conviction simple : dans le football, le travail reste le meilleur moyen de transformer les rêves en réalité.

Entretien
« L’intensité ne se résume pas à courir : c’est décider vite, analyser vite et agir vite »

Les débuts du joueur

Photo Philippe Le Brech

Pierre, avant d’être entraîneur, tu as été joueur. Comment le football est-il entré dans ta vie ?
Comme beaucoup d’enfants, j’ai toujours eu un ballon dans les pieds. Mon parcours n’a rien d’exceptionnel (sourire). J’ai commencé dans mon petit club de Villechenève (Rhône) et j’ai suivi un parcours assez classique, en prenant une licence chaque saison jusqu’à l’âge de 32 ans.

Tu as effectué toute ta formation à l’US Feurs. Quels souvenirs gardes-tu de tes premières années dans ce club ?
L’US Feurs occupe une place très importante dans ma vie. C’est un club familial qui m’a vu grandir, progresser et me construire, aussi bien en tant que joueur qu’en tant qu’entraîneur. Il y a évidemment le côté sportif, mais il y a surtout le côté humain. Mes témoins de mariage et certains de mes amis les plus proches sont issus de cette période. Cet été, lors des 80 ans du club, j’ai eu l’occasion de revoir beaucoup de personnes qui ont marqué mon parcours. Cela m’a rappelé à quel point ce club a compté dans ma vie. J’y ai effectué la plus grande partie de ma carrière de joueur jusqu’en CFA 2 (N3). Ensuite, mes études et ma vie professionnelle m’ont conduit vers Paris. J’ai suivi un cursus en STAPS, obtenu une licence en entraînement sportif, puis le CAPEPS avant de devenir professeur d’EPS. Mon parcours de joueur est resté relativement modeste, notamment à cause des blessures. J’ai connu une pubalgie, trois ruptures des ligaments croisés et plusieurs opérations. Mais, paradoxalement, ces épreuves ont renforcé mon envie d’entraîner. Je prenais autant de plaisir à transmettre qu’à jouer.

Tu as évolué en National 3. Qu’est-ce que cette expérience t’a appris sur les exigences du football amateur ?
Cette période m’a appris à faire preuve de résilience. Entre mes études en faculté de sport, les blessures à répétition et les longues phases de rééducation, j’ai souvent eu l’impression d’être freiné dans ma progression. En même temps, j’ai eu la chance d’évoluer aux côtés de joueurs expérimentés qui m’ont beaucoup apporté. Aujourd’hui encore, je m’inspire de certains d’entre eux. J’ai compris que le football était avant tout une aventure collective, fondée sur la complémentarité et la capacité à créer une véritable synergie au sein d’un groupe. En 2019, j’ai décidé de me consacrer exclusivement à ma carrière d’entraîneur.

La naissance d’une vocation d’entraîneur

Photo Philippe Le Brech

Tu as commencé à entraîner à seulement 16 ans. Pourquoi avoir choisi de t’investir aussi tôt dans l’encadrement ?
Le côté apprentissage m’a toujours passionné. Je suis convaincu que comprendre quelque chose ne signifie pas forcément savoir le transmettre. Et ce n’est pas parce qu’on maîtrise un sujet qu’il est définitivement acquis. Le football évolue en permanence. Il faut sans cesse apprendre, s’adapter et réfléchir à la manière dont on transmet les connaissances aux joueurs.

Tu as entraîné pratiquement toutes les catégories de jeunes. En quoi cette expérience a-t-elle façonné ta vision du football ?
On apprend très vite à faire preuve d’humilité. Quand on débute, on pense parfois avoir trouvé certaines réponses parce que les résultats sont bons. Mais plus les années passent, plus on comprend qu’on ne sait finalement pas grand-chose. Ce qui fonctionne dans un contexte ne fonctionne pas forcément dans un autre. Chaque génération, chaque groupe et chaque environnement sont différents. Cette remise en question permanente fait partie intégrante du métier.

Quelles sont les principales différences entre l’entraînement des jeunes et celui des seniors ?
Lorsque j’entraînais les jeunes, j’accordais énormément d’importance au contenu et au développement des joueurs, parfois davantage qu’au résultat. Avec le recul, je me demande parfois si c’était la bonne approche. Aujourd’hui, je pense qu’il faut réussir à concilier les deux. Chez les seniors, le résultat est omniprésent. Il influence les choix, l’environnement et la manière de travailler. La principale différence réside dans la culture de la compétition. Chez les seniors, la volonté de gagner est permanente. La peur de la défaite est beaucoup plus présente et c’est un aspect qu’il faut apprendre à gérer quotidiennement.

Quelles ont été les plus grandes difficultés rencontrées lors de tes débuts comme entraîneur ?
La plus grande difficulté a été d’apprendre à prendre de la distance sur le plan affectif. Lorsqu’on entraîne, il faut être capable d’accompagner tout le monde tout en gardant suffisamment de recul pour prendre les bonnes décisions.

L’arrivée à GOAL FC

Photo Philippe Le Brech

En 2022, tu rejoins GOAL FC. Qu’est-ce qui t’a convaincu d’intégrer ce projet ?
J’avais envie d’apprendre et de continuer à progresser en tant que jeune entraîneur. Le projet correspondait parfaitement à mes attentes. J’allais prendre en charge l’équipe réserve tout en évoluant dans un environnement encadré par des entraîneurs expérimentés au niveau de l’équipe première. Le club est ambitieux tout en conservant une dimension humaine. C’est ce qui m’a séduit.

Comment décrirais-tu l’identité du club ?
GOAL FC est un club assez paradoxal. Vu de l’extérieur, on a l’impression d’une structure immense avec un nombre impressionnant de licenciés. Mais, au quotidien, le fonctionnement du club repose sur une équipe relativement restreinte, composée de personnes passionnées et investies. Cette proximité constitue une véritable force, notamment grâce à l’énergie transmise par le président.

Quelles ont été tes premières missions en arrivant au club ?
J’ai remplacé Mickaël Mendez, qui devenait directeur sportif et quittait son poste d’entraîneur de la réserve. C’était un championnat que je connaissais bien, ce qui a facilité mon adaptation.

« Le plaisir doit être omniprésent »

Le travail sur la formation

Photo Philippe Le Brech

Pourquoi la tranche d’âge 14-15 ans est-elle si importante dans la construction d’un joueur ?
C’est une période charnière. À cet âge-là, beaucoup de jeunes vivent football du matin au soir. Ils mangent football, respirent football et leur principale préoccupation reste le terrain. Leur capacité d’écoute est exceptionnelle. Ils sont particulièrement réceptifs aux apprentissages, qu’ils soient techniques, tactiques ou moteurs. Ce sont de véritables éponges et c’est probablement la période la plus importante pour transmettre une culture du jeu.

Tu parles souvent d’un équilibre entre le plaisir et l’exigence. Comment appliques-tu ce principe au quotidien ?
J’essaie toujours de me poser la même question : est-ce que j’aurais aimé vivre cette séance lorsque j’étais joueur ? Le plaisir doit rester omniprésent, mais il ne doit jamais être opposé à l’exigence. Être exigeant ne signifie pas uniquement demander plus d’efforts. Cela peut aussi passer par le dépassement de soi, la capacité à souffrir ensemble ou encore l’envie de progresser collectivement.

Peut-on être à la fois un club formateur et un club ambitieux ?
Oui, totalement. Former des joueurs demande du temps. C’est un processus qui ne produit pas des résultats immédiats. Mais la formation et l’ambition sont parfaitement compatibles, à condition d’accepter que la progression s’inscrive dans la durée.

« Patience, écoute, caractère »

Quelles sont les qualités indispensables pour qu’un jeune puisse intégrer un groupe seniors ?
Je retiendrais trois qualités : la patience, l’écoute et le caractère. Les jeunes joueurs talentueux sont souvent impatients. Ils veulent jouer immédiatement. Pourtant, l’intégration dans un groupe seniors demande du temps. Il faut continuer à travailler avec rigueur et sérieux, même lorsqu’on ne joue pas. L’écoute est également essentielle. Les jeunes qui progressent le plus sont souvent ceux qui savent s’appuyer sur l’expérience des anciens. Enfin, il faut avoir du caractère. Il ne faut jamais s’excuser d’être là.

L’expérience avec l’équipe première

Photo Philippe Le Brech

À GOAL FC, tu as été l’adjoint de Fabien Pujo en National (en 2023-24). Qu’as-tu appris à ses côtés ?
Fabien est un passionné du jeu. Il est constamment dans la recherche. Le métier d’entraîneur ne s’arrête jamais. On réfléchit sept jours sur sept, 24 heures sur 24. Il faut analyser, observer et anticiper en permanence. Il regarde énormément de matchs, quel que soit le championnat en France, en Angleterre… Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est l’importance qu’il accorde à l’aspect humain. J’étais un jeune entraîneur très centré sur le jeu et la possession du ballon. Il m’a permis de comprendre qu’il existait beaucoup d’autres paramètres, surtout lorsque chaque point devient déterminant.

Comment passe-t-on du rôle d’adjoint à celui d’entraîneur principal ?
J’ai eu la chance d’effectuer cette transition dans un environnement que je connaissais parfaitement. Lorsque j’ai pris mes fonctions (en janvier 2025), nous étions derniers du groupe en N2 (N1 aujourd’hui). Beaucoup nous considéraient déjà comme condamnés. Je n’avais rien à perdre. Les résultats sont rapidement arrivés. Nous avons réalisé le 4e meilleur parcours sur la 2e partie de saison, ce qui nous a finalement permis d’être repêchés.

Justement, comment le club a vécu à travers toi cet épisode ?
Je dirais que cet épisode n’a finalement pas été particulièrement traumatisant au niveau du club. La stabilité du staff a été rapidement actée, avec un travail mené avec Enzo Reale (conseiller sportif du club) pour anticiper les deux scénarios possibles. Il y avait donc une certaine sérénité en interne, même si les joueurs, eux, étaient dans l’attente d’une réponse concernant le repêchage en N2 (N1 aujourd’hui), dont l’officialisation est intervenue assez tardivement. Le club s’y était préparé, mais cette incertitude a rendu la construction de l’effectif plus compliquée.

Le management d’un vestiaire change-t-il lorsqu’on entraîne une équipe première ?
Oui, parce qu’on entraîne avant tout des hommes et non pas uniquement des footballeurs. Chaque vestiaire est différent. Chaque groupe développe une relation particulière avec son entraîneur : les entretiens individuels, les stages de cohésion et tous les moments informels sont essentiels. Il faut apprendre à connaître les joueurs en profondeur pour comprendre leur fonctionnement.

La formation du coach

Photo Philippe Le Brech

Pourquoi était-il important pour toi d’obtenir le DES ?
Le DES est indispensable pour entraîner au niveau auquel j’évolue aujourd’hui. C’est une sorte de passeport. Mais, au-delà du diplôme, la richesse de la formation réside surtout dans les échanges. On apprend évidemment grâce aux contenus proposés par la Fédération, mais on apprend surtout grâce aux autres entraîneurs. Clairefontaine permet de créer un réseau et d’échanger sur des méthodes de travail très différentes.

Le diplôme change-t-il la manière d’entraîner ?
J’ai des principes et une méthodologie assez affirmés. Mais considérer que tout est acquis serait une erreur. Retourner en formation permet justement de se remettre en question. Même les plus grands entraîneurs continuent d’apprendre. C’est cette capacité à évoluer qui permet de continuer à progresser.

Philosophie et management

Comment définirais-tu ta philosophie de jeu en trois mots ?
Je dirais : acteur, courageux et ambitieux. J’aime les équipes qui prennent des initiatives, avec ou sans ballon. J’aime les équipes capables d’imposer leur rythme, de récupérer le ballon haut et de perturber l’adversaire.

Quel entraîneur t’inspire le plus aujourd’hui ?
Je ne pourrais pas en citer un seul. J’admire la capacité de Pep Guardiola à se réinventer en permanence. J’apprécie aussi le courage et la radicalité de Marcelo Bielsa. J’aime l’énergie de Jürgen Klopp, l’intelligence situationnelle de Pierre Sage et la qualité des relations humaines développées par Carlo Ancelotti. J’essaie surtout de me nourrir de différentes influences.

« L’intensité, c’est décider vite, analyser vite et agir vite »

Comment crée-t-on une culture de travail dans un club amateur ?
J’ai récemment lu une interview de Habib Beye dans laquelle il expliquait avoir placé l’intensité au centre de son projet. Cette idée me parle beaucoup. Mais l’intensité ne se résume pas à courir davantage. L’intensité, c’est décider vite, analyser vite et agir vite. Dans le football moderne, le temps est devenu une ressource précieuse. Chaque détail compte. C’est pour ça qu’on essaie d’optimiser chaque séance afin d’éviter toute perte de temps.

Les ambitions et l’avenir

Photo Philippe Le Brech

Où t’imagines-tu dans cinq ou dix ans ?
Je suis quelqu’un d’ambitieux et je ne me fixe aucune limite. Je pense qu’il faut rêver grand tout en restant humble. Mon objectif est clair : je veux découvrir le football professionnel. Certains trouveront peut-être cette ambition présomptueuse, mais je l’assume totalement.

Quels sont les défis du football amateur aujourd’hui ?
Le football évolue vers une professionnalisation de plus en plus importante. L’arrivée de la Ligue 3 est venue confirmer une tendance déjà existante. Aujourd’hui, les clubs de National fonctionnent déjà selon des modèles très proches du monde professionnel.

« Être capable de reconnaître mon équipe sans même regarder le banc de touche »

Comment GOAL FC peut-il continuer à se développer ?
GOAL FC est un club atypique. On a parfois l’impression d’un « village gaulois » perdu au milieu des terrains, mais cette singularité peut devenir une véritable force. Le club dispose d’ambitions importantes, notamment en matière d’infrastructures. À nous, sur le plan sportif, d’être à la hauteur de ces ambitions.

Si tu devais résumer ton parcours en une phrase ?
Je dirais que c’est le parcours d’un entraîneur passionné qui essaie de compenser l’absence d’une carrière de joueur professionnel par le travail. Mon ambition est simple : être capable de reconnaître mon équipe sans même regarder le banc de touche.

Pierre Thimonier du TAC au TAC

Sur le terrain de Bobigny, la saison passée. Photo Philippe Le Brech

Le dernier film que tu as regardé ?
Le Comte de Monte-Cristo. Un grand film populaire, une vraie histoire de revanche, de patience et de détermination. Le genre de film dans lequel tu rentres facilement et qui te tient jusqu’au bout.

La dernière série que tu as dévorée ?
GIGN. J’aime tout ce qui touche à ces unités : la préparation, la maîtrise de soi, la solidarité et la capacité à rester lucide sous une pression extrême. Il y a forcément des choses qui me parlent en tant qu’entraîneur.

Le dernier livre que tu as lu ?
Carlo Ancelotti – Mes secrets d’entraîneur. J’aime lire des entraîneurs qui ont connu le très haut niveau. Chez Ancelotti, ce qui m’intéresse particulièrement, c’est sa manière de manager les hommes et les ego, avec beaucoup de calme et d’intelligence.

Le dernier match auquel tu as assisté en tant que spectateur ?
Un match de jeunes. J’aime regarder le football là où il est encore spontané, avec moins de calcul et parfois beaucoup de fraîcheur.

Le dernier match qui t’a fait vibrer devant ta télévision ?
PSG-Bayern en Ligue des champions, sur la double confrontation aller-retour. Du très haut niveau, énormément d’intensité et cette sensation permanente que chaque détail peut faire basculer la qualification. C’est ce football-là qui me fait vibrer.

Le dernier stade que tu as découvert ?
Le Groupama Stadium à Lyon. C’est incontestablement un très bel outil, moderne et impressionnant.

Photo Philippe Le Brech

L’application que tu consultes le plus dans une journée ?
WhatsApp. Entre le staff, les joueurs, le travail et l’organisation du quotidien, difficile d’y échapper.

La première chose que tu fais en te levant ?
J’embrasse ma femme et mes filles et je pars au boulot ! Je déjeune même souvent sur la route : chaque minute de sommeil gagnée est bonne à prendre.

La dernière chanson que tu as écoutée ?
Ma fille, de Kofs. C’est aussi l’une de mes chansons préférées.

Le joueur que tu prends le plus de plaisir à regarder actuellement ?
Vitinha. J’aime son intelligence de jeu, sa capacité à jouer sous pression et à donner le tempo. Il voit souvent les choses une seconde avant les autres.

L’entraîneur qui t’inspire aujourd’hui ?
Luis Enrique. Pour ses convictions, son exigence et sa capacité à donner une identité très forte à son équipe. Il veut gagner, évidemment, mais avec une vraie idée de la manière dont il veut le faire.

Le meilleur conseil que l’on t’a donné ?
« N’écoute pas les critiques de personnes dont tu n’écouterais pas les conseils. » Avec le temps, je trouve cette phrase de plus en plus juste.

Le mot que tes joueurs utilisent le plus pour te décrire ?
Passionné. Et selon les jours, je pense que certains diraient même obsessionnel ! (rires) Quand j’aime quelque chose, j’ai du mal à le faire à moitié. Ça peut être une qualité comme un défaut.

Le mot qui te définit le mieux ?
Bienveillant. L’exigence est importante pour moi, mais elle doit toujours avoir pour objectif de faire progresser les gens.

Le plat que tu pourrais manger toute la semaine ?
Un burger. Malheureusement, je ne suis clairement pas dans la team healthy, à mon grand désespoir !

Photo Philippe Le Brech

Le café du matin ou la sieste de l’après-midi ?
Le café du matin. Sans hésitation.

Ville ou campagne ?
Campagne. Pour le calme et pour couper un peu.

Mer ou montagne ?
Mer. Pour l’horizon et la sensation de déconnexion.

Un endroit où tu aimerais partir en vacances demain ?
La Corse. La mer, la montagne, le soleil… tout ce qu’il faut pour vraiment couper.

Une qualité indispensable chez un joueur ?
L’intelligence. Pas uniquement l’intelligence tactique : savoir comprendre une situation, ses partenaires, un moment du match et ce dont le collectif a besoin.

Une qualité indispensable chez un entraîneur ?
La capacité d’adaptation. Il faut avoir des convictions fortes sans devenir prisonnier de ses certitudes. On entraîne des hommes avant d’entraîner un système.

Le plus grand défaut du football amateur ?
Tout ce qui peut parasiter l’environnement du joueur. Dans le semi-professionnel notamment, certains jeunes sont très mal accompagnés et parfois conseillés par des personnes qui défendent davantage leurs propres intérêts que ceux du joueur. À un âge où ils auraient justement besoin d’un entourage solide et bienveillant, ça peut faire beaucoup de dégâts.

Le plus beau souvenir de ta carrière de joueur ?
Les vestiaires. Avec le temps, tu oublies certains résultats ou certaines actions, mais beaucoup moins les personnes avec lesquelles tu les as vécus.

Le plus beau souvenir de ta carrière d’entraîneur ?
Les tournois à l’étranger avec les jeunes de Pontcharra. Certains quittaient leur famille ou partaient à l’étranger pour la première fois, parfois avec des moyens modestes. Pouvoir leur faire vivre une expérience dont certains me parlent encore aujourd’hui, ça a énormément de valeur à mes yeux. Bien au-delà du résultat sportif.

Le match que tu aimerais rejouer ?
Créteil, à l’extérieur, la saison dernière. Un match complètement fou, près d’une dizaine de buts (5-4 pour Créteil !) et énormément de rebondissements, qui nous échappe dans les toutes dernières secondes. Typiquement le genre de match que tu refais cent fois dans ta tête après coup.

« L’accompagnement, l’éducation et la transmission »

Avec Florian Raspentino. Photo Philippe Le Brech

Le joueur avec lequel tu aurais aimé partager le terrain ?
Zinédine Zidane, sans hésiter. C’était mon idole de jeunesse. Au-delà du joueur exceptionnel, j’aurais aimé ressentir de l’intérieur cette capacité qu’il avait à rendre le football simple et à donner l’impression que le temps ralentissait autour de lui.

Si tu n’avais pas travaillé dans le football, quel métier aurais-tu exercé ?
C’est assez facile pour moi de me projeter puisque je suis également enseignant d’EPS et que j’ai longtemps travaillé comme éducateur, en foyer et en centre. Finalement, il y a un fil conducteur dans tout ça : l’accompagnement, l’éducation et la transmission.

Un rituel avant un match ?
Le crâne rasé à la perfection (rires) ! Je ne sais pas si ça me fait gagner des matchs, mais au moins, quoi qu’il arrive, je suis impeccable sur le banc. Plus sérieusement, j’aime aussi avoir quelques minutes seul avant le match. Je repasse les choses importantes dans ma tête. Ensuite, quand je retrouve les joueurs, toute mon attention est tournée vers eux.

Trois mots pour définir GOAL FC ?
Ambition. Identité. Travail.

Un rêve qu’il te reste à accomplir ?
Connaître une montée avec un groupe que j’ai construit. Aller chercher quelque chose que peu de gens pensaient possible au départ et vivre cette aventure avec les joueurs et le staff. C’est pour ce genre d’émotions qu’on fait ce métier.

Championnat National 1 (Journée 3) – samedi 5 août 2026 – Bourges FC / GOAL FC, à 18h, au stade Jacques-Rimbault, à Bourges. 

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  • Texte : Joël PENET / mail : contact@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH
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