Le 8e joueur le plus capé de l’histoire du Stade Lavallois est devenu team manager de l’équipe professionnelle. Adoré des supporters à Le Basser, au point d’avoir son propre chant, il raconte sa reconversion et revient sur sa carrière, qu’il poursuit en parallèle à l’US Changé, en Régional 1, pour le plaisir.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Stade Lavallois MFC, 13HF et DR

Entretien réalisé vendredi 16 janvier 2026.

Kevin Perrot a deux familles. La petite, avec ses deux enfants (Yanis 10 ans, Noham 4 ans) et son épouse. Et la grande, celle du Stade Lavallois, où il a marqué l’histoire, à tel point que les supporters de ce club historique entonnent à chaque match à domicile une chanson à sa gloire, quand bien même l’ex-latéral droit ne figure plus dans l’effectif.

S’il n’est plus sur le pré, il n’est en fait jamais bien loin : à la fin de la saison 2023-2024, sa dernière sous les couleurs du « Stade » après douze saisons en pro (de 2010 à 2019 et de 2021 à 2024) et dix-neuf licences oranges, sa deuxième famille lui a proposé puis offert un poste, peut-être pas celui où on l’attendait forcément, mais qu’il a rapidement accepté histoire de ne pas gamberger à force de crêper le chignon à chercher une reconversion professionnelle. Ce poste, c’est celui de… team manager de l’équipe professionnelle de Ligue 2 !

« Le foot, c’est une bulle »

Photo Stade Lavallois MFC

« Le coach Olivier Frapolli en voulait un, raconte Kevin. Il y a eu des discussions et mon nom est ressorti. Je ne sais pas qui l’a soumis mais en tout cas, le coach a pensé à moi et a dit que ça serait bien, que ça faciliterait les choses, que je connaissais le vestiaire. Le président Laurent Lairy a aimé cette idée et il l’a validée. Quand tu connais déjà l’environnement, c’est plus facile, parce que le foot, c’est une bulle, où les choses qui se disent ne doivent pas sortir du vestiaire; partant de là, c’est sur que si tu fais venir quelqu’un de l’extérieur que tu ne connais pas… Je connais les codes, donc c’est plus facile pour moi que pour quelqu’un qui n’a pas connu un vestiaire ou ce milieu. C’est bien tombé, je pense. »

À 36 ans, Kevin Perrot, 253 matchs sous le maillot du « Stade », lancé en Ligue 2 par Philippe Hinschberger lors d’un Laval – Ajaccio en septembre 2010 (0-0), est sans doute le seul « ex-pro » à occuper de telles fonctions dans les trois premières divisions françaises. Cela pourrait même faire jurisprudence et donner des idées à d’autres clubs. Après tout, dans ce milieu fermé, où la confiance et la confidentialité sont les règles d’or, qui mieux qu’un ex-joueur pour occupe ce poste ? Et quand on connaît Kevin, l’on sait que le vestiaire, c’est son truc : « brancheur », amuseur, presque leader, souvent ambianceur, cette vie d’équipe lui a toujours plu ! Ouvert, serviable, facile à vivre malgré un caractère bien trempé, Kevin Perrot s’est toujours bien entendu avec les différents vestiaires qu’il a côtoyés, et ça, c’est une qualité rare.

Il voulait devenir kiné !

Photo Stade Lavallois MFC

« Quand s’est posée la question de recruter un team manager, on a pensé à Kevin, d’abord parce qu’il est méritant, mais aussi pour gagner du temps, explique Olivier Frapolli, le coach des Tangos en Ligue 2 (depuis 2019), qui l’a eu sous ses ordres pendant trois saisons; il connaît tous les rouages du foot, il connaît le contexte, il a cette sensibilité du footballeur, et cela permettait aussi de gagner du temps ».

C’est vrai que le foot, Kevin en connaît un rayon, lui qui baigne dans le milieu depuis plus de 30 ans (il a commencé à l’âge de 5 ans à l’US Laval, où il a signé sa première licence en 1994, avant de rejoindre le « grand » Stade Lavallois en 2003) ! Et il est un autre domaine dans lequel il touche également sa bille : la kinésithérapie. « C’était vraiment un truc qui me plaisait ! J’avais pensé faire une école de kiné. Avec toutes ces années en pro, je commençais à avoir pas mal de connaissances là-dedans, sur les blessures, sur le corps humain, etc. Mais c’était trop compliqué à mettre en place, surtout avec la vie de famille. »

Un rôle de facilitateur

Photo Stade Lavallois MFC

Alors, quand est venu le temps de dire au revoir au football de haut-niveau après quinze ans de professionnalisme, une période entrecoupée de deux saisons tronquées au Puy à cause de la Covid, en National et en National 2 (de 2019 à 2021), l’on imaginait plutôt ce pur lavallois de naissance sur les terrains, dans un rôle d’éducateur, prompt à transmettre son savoir et son expérience : « C’est vrai que plus la fin de ma carrière approchait, plus je pensais à l’après, raconte Kevin, intercepté avant la sieste – il a gardé ses habitudes de footballeur ! – à quelques heures d’un match capital pour le maintien du Stade face à Bastia, vendredi dernier; Ensuite, je me suis dit, pourquoi ne pas rejoindre la post-formation et entraîner une équipe de jeunes, en U11, U12 ou U13, même si là aussi, quand tu es à ce poste, tu passes beaucoup de temps sur les terrains et tu n’as pas trop de vie de famille. En fait, je ne savais pas trop ce que je voulais faire. Quand la proposition de team manager est arrivée, j’ai étudié le truc et je me suis vite rendu compte que cela pouvait correspondre à tout ce que j’aimais. »

C’est donc dans un rôle de facilitateur, à un poste plus « organisationnel », autour de l’équipe pro, que Kevin s’est reconverti. Encore joueur du « Stade » il y a moins de 2 ans, il l’est toujours parfois dans l’esprit. Surtout, il peut concilier ce métier avec sa vie de famille. Et, cerise sur le gâteau, il continue à se faire plaisir et joue au foot en Régional 1, à l’US Changé. « En fait, je garde un rythme de joueur, que j’avais déjà. C’est vrai que quand on joue le vendredi soir, ce qui arrive souvent, c’est un gros plus car je suis libre le samedi et le dimanche, ça me permet d’aller voir jouer mon grand fils, Noham, licencié au « Stade », j’adore ça. Avec l’US Changé, on s’est mis d’accord d’entrée : je m’entraîne avec eux le mardi soir et le mercredi soir, mais pas le vendredi soir quand Laval joue. Il m’est arrivé de rentrer en bus d’un déplacement à 5h30 du matin le samedi et ensuite de repartir à 11h avec l’US Changé pour aller jouer à La Roche-sur-Yon ou ailleurs ! Mais je suis engagé dans ce projet, donc je le fais à fond, même si ça devient plus difficile. »

« Organiser, planifier, j’aime bien ça. »

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Forcément, quand on est joueur pro, les autres composantes du club sont aux petits soins avec vous. Cette fois, les rôles sont inversés : c’est Kevin qui est aux petits soins avec eux. L’intéressé rectifie d’emblée : « Attention, je ne suis pas intendant de l’équipe ! C’est surtout l’intendante (Clara) qui est aux petits soins avec les joueurs, qui s’occupe des maillots, du linge, tout ça. Moi, je suis surtout dans l’organisationnel, je m’occupe de toute la logistique, notamment lors des déplacements de l’équipe. Je veille à ce que tout se passe bien, que le timing soit respecté, que rien ne soit oublié. J’essaie de mettre les joueurs dans les meilleures dispositions, de faire en sorte que tout soit fluide, que les budgets soient respectés. Après, il y a tout le travail au quotidien. Je fais aussi le lien entre la direction et le sportif, le staff technique. Ce qui est bien, c’est que je reste dans mon milieu, le foot. Et team manager, c’est un métier de contact humain, ça me plaît. C’est passionnant. Mais il a fallu que je m’adapte aussi : parce qu’au début, quand j’ai commencé, on m’a filé un ordinateur et là, il a fallu écrire des mails, mettre les bonnes formulations, faire des devis… J’ai un peu galéré ! Après, c’est normal, je rentrais dans la vie active aussi. Mais j’ai appris un tas de choses. Et puis, organiser, planifier, j’aime bien ça. »

Finalement, Kevin s’est rapidement adapté à son nouveau rôle, d’autant plus qu’il est resté dans un milieu qu’il a toujours connu, « un milieu fermé, certes, mais où j’avais mes repères. Le foot, c’est mon environnement. Et puis quand j’ai pris mes fonctions, je connaissais la plupart des joueurs, ça aide forcément. »

Être team manager, c’est aussi quelque part être l’ambassadeur, le représentant du club, d’une marque. Kevin occupe la fonction avec fierté, responsabilité, professionnalisme. Et toujours avec cet esprit qui caractérise à la fois son club et lui : celui de la famille.

Interview

« J’aime l’ambiance du vestiaire »

Photo Stade Lavallois MFC

Combien de buts as-tu marqué dans ta carrière ?
Ah ah ah ah (Rires) ! Oh la question de merde, direct ! J’en ai mis trois ! Dont un de la tête et deux du pied droit.

C’est bizarre ce but de la tête, non ?
Bah, j’avais un bon jeu de tête quand même, c’est juste que c’était rare, compte tenu de mon poste (latéral droit), que je me retrouve en position de marquer de cette façon.

Un but plus beau que les deux autres ?
Celui que j’ai marqué de la tête, justement, il était beau, je la prends à moitié au sol et j’arrive à la mettre tête opposée.

Tes qualités et tes défauts sur un terrain, c’était quoi ?
Ma technique de base et je ne lâchais rien. J’étais déterminé. Défaut, un manque de puissance.

Et dans la vie de tous les jours ?
Mes qualités, je suis gentil, marrant, serviable. Défaut, je peux avoir un sale caractère. Je peux être cool et vriller rapidement si un truc m’agace.

Tu étais un joueur plutôt…
Qui avait le sens du devoir. Je ne trouve pas dégradant de dire que j’étais un joueur de devoir. Bien sûr, je n’étais pas le plus beau à voir jouer, mais il faut un peu de tout dans ton équipe, et j’étais un joueur de club, fidèle, ça a aidé aussi.

« J’étais lucide sur mes qualités »

Que t’a-t-il manqué pour jouer en Ligue 1 ?
Ce que je disais, la puissance, la vitesse. Je n’avais pas de grosses qualités fortes, j’étais bon partout mais sans une grosse qualité forte.

Tu as eu des contacts dans ta carrière pour aller plus haut qu’en Ligue 2 ?
Non, jamais. En tout cas, mon agent ne m’a jamais parlé d’un quelconque contact avec un club de L1.

Et pour jouer ailleurs qu’à Laval, dans un autre club de Ligue 2, tu as déjà eu des touches ?
En fait, je n’ai jamais pensé à partir, et puis à chaque fois, avec Laval, je ne suis jamais resté en fin de contrat. Quand il me restait un an par exemple, on reprenait la saison suivante et je prolongeais directement de 2 ou 3 ans. Comme j’étais bien ici, je n’ai jamais pensé à quitter le club. Je suis juste parti une fois, au Puy, pendant 2 ans. D’ailleurs, mon deuxième fils, Noham, est né au Puy.

Mais tu n’as jamais rêvé de jouer un jour en Ligue 1 ?
Si, si, forcément, j’aurais bien aimé connaître le parfum de la Ligue 1, malheureusement… J’étais quand même assez lucide sur mes qualités et mes performances.

« Je maîtrise mieux les aspects du métier »

Photo 13HF

Tu es un team manager plutôt comment ?
Je suis un bon team manager (rires) ! Je suis plutôt cool et qui a du style (rires) ! La particularité, c’est que j’ai arrêté de jouer il y a moins de 2 ans, donc il y a encore ce côté vestiaire que j’adore. C’est pour ça que j’aime ce métier aussi, parce que je suis encore présent dans le vestiaire, j’aime respirer ça, parler encore avec des mecs, comme si j’étais encore joueur.

Oui mais le vestiaire a changé depuis ton arrêt : combien y-a-t-il de joueurs aujourd’hui qui étaient encore là en 2024 ?
Julien Maggiotti est revenu, Sam Sanna, Yohan Tavares, Jimmy Roye qui est devenu entraîneur-adjoint, Peter Ouaneh, Malik Tchokounté, Thibaut Vargas et d’autres, il en reste encore pas mal ! J’aime ce côté-là de mon métier.

Mais du coup, tu n’as pas peur de ne pas t’y retrouver dans quelques années, quand l’effectif aura été complètement renouvelé ?
C’est sûr, mais c’est comme tout, chaque année, il y a des nouveaux qui arrivent, et les gars, on apprend à les connaître, le lien se crée aussi, mais justement, c’est ça qui est bien. Cette transition-là, le fait de commencer ce nouveau métier avec des joueurs que je connaissais pour la plupart, ça m’a facilité la tâche. Là, c’est ma deuxième année, j’ai pris confiance aussi, je maîtrise mieux les aspects de mon métier. Avec les nouveaux, au fil des ans, le lien se créera, il y aura la même sensation du vestiaire.

« Mais vous ne deviez pas arriver demain ?? »

Photo Stade Lavallois MFC

Tu as eu des ratés depuis que tu es team manager du Stade Lavallois ?
Oui, j’en ai eu deux, mais finalement, ça ne s’est pas vu. Cette année, pour le premier déplacement de la saison, à Grenoble (J2, 1-1), la délégation arrive à l’hôtel, et là, déjà, un joueur vient me voir et me dit « Put… L’hôtel, ils ne nous attendaient pas ce soir…. ». Du coup, je vais à la réception, et on me dit « Mais vous ne deviez pas arriver demain ?? » Et là… En fait, le commercial de l’hôtel s’était trompé d’un jour. La réceptionniste a regardé s’il y avait des chambres de libres, et heureusement, il y en avait pour tout le monde ! Ouf ! Mais je n’étais pas bien, j’étais pâle. Le cuisinier aussi a été top, il n’avait pas toutes les commandes, mais il est vite allé faire des courses. Au final, on a respecté les horaires, on n’a manqué de rien. Mais ça a été une grosse frayeur.

Et puis, la saison passée, on va jouer à Toulouse (16e finale de la coupe de France, élimination 2-1), on prend un avion de ligne au départ de Nantes, sauf que dans ma communication, je n’avais pas été bon. J’avais juste dit aux joueurs, en début de semaine, de bien penser à prendre les cartes d’identité, même s’ils les avaient sur leur téléphone. Sauf qu’après, en me renseignant, j’ai compris qu’il fallait vraiment avoir la carte « physique ». Du coup, j’ai renvoyé un message à tout le monde la veille. Mais le jour J, deux joueurs n’avaient pas leurs cartes d’identité… À l’aéroport, ils n’ont rien voulu savoir. Alors on a loué une bagnole, et les deux joueurs sont allés à Toulouse en voiture, accompagnés par un ami, Arthur ! Ce n’était pas un gros raté, mais bon… Pour la petite histoire, cela a engendré des frais supplémentaires, et les deux joueurs ont dû payer. Comme j’avais une part de responsabilité, j’ai payé une part aussi, même si le président ne voulait pas. Mais vis à vis du vestiaire, j’ai tenu à le faire, ça montrait que j’avais fait une erreur.

Un chiffre fétiche ?
Le 13. Je suis né le 13. En général, les gens n’aiment pas ce chiffre, moi je l’aime bien ! Et puis j’aime bien aller à contre-sens de tout le monde ! Le 13 porte malchance, dit-on, mais c’est mon chiffre porte-bonheur !

« La couleur orange, c’est beau à porter au foot, mais tous les jours…. »

Photo 13HF

Tu as disputé 253 matchs avec les Tangos : mais dans la hiérarchie des joueurs les plus capés du Stade Lavallois, tu te situes où ?
Je crois que je suis 7e ou 8e joueur le plus capé de l’histoire du club (1), je ne sais plus, mais dans le top 10, c’est sûr.

1. Les joueurs les plus capés sont, dans l’odre : Anthony Gonçalves (364), Mickaël Buzaré (356), Christophe Ferron (348), Jean-Marc Miton (336), Guilherme Mauricio (310), Stéphane Osmond (264), Arnaud Balijon (262). Kevin arrive en 8e position.

Une couleur ?
Le bleu.

Pas le tango ?
Hum ! La couleur orange, c’est pas facile de la porter tous les joueurs ! C’est beau à porter au foot, mais tous les jours…

Passions, loisirs ?
Avant, avec le foot, je n’en avais pas tellement, parce que j’étais tellement concentré sur mes performances que dès que j’avais un peu de temps libre, je le consacrais à la récupération. Sans compter que je suis devenu père de famille, donc les loisirs, c’était plutôt avec mes enfants. Aujourd’hui, mon plaisir, c’est par exemple d’aller voir jouer mon grand fils, Yanis, au foot, il est licencié au Stade Lavallois, et de jouer au padel quand j’ai le temps. C’est un sport que j’aime bien.

« Le Stade Lavallois ? Familial ! »

Le Stade Lavallois en quelques mots ?
Familial. C’est vraiment, pour le coup, ce qui le caractérise. C’est un club qui ne s’est jamais perdu. Salariés, joueurs, on le ressent au quotidien. C’est le mot qui lui convient.

Le milieu du foot ?
Un sport magnifique. Tu prends du plaisir, surtout quand tu peux vivre de ta passion. Depuis tout petit, j’aime le foot, et d’avoir pu vivre de ma passion, c’est quelque chose pour moi d’extraordinaire.

Tu n’as jamais eu de problèmes avec ce milieu ?
C’est sûr, c’est un milieu pas simple. Un vestiaire, par exemple, ce n’est pas simple. On est tous différents, on a des caractères différents, on vient d’environnements différents, c’est ça qui est difficile à gérer. Je dis toujours que le foot est un sport individuel dans un sport collectif. Il y a des saisons où ce n’est pas simple, où c’est plus dur de se trouver sa place, de se faire sa place surtout. Personnellement, je n’ai jamais eu trop de soucis, ni avec le milieu, ni avec les contrats. J’ai toujours eu le même agent.

Avec ton caractère, tu n’as pas dû avoir de mal à te faire une place dans un vestiaire ?
C’est vrai, j’ai toujours été bien dans un vestiaire, je suis quelqu’un de naturel, d’entier, je vais vers tout le monde, j’accepte tout le monde. Après, forcément, et c’est normal, on a plus d’affinités avec certains que d’autres. J’ai toujours été respectueux.

« Je voulais vraiment vivre une montée »

Sous le maillot du Puy Foot, lors de son retour à Le Basser, en 2019. Photo 13HF

Ton meilleur souvenir au Stade Lavallois, c’est vraiment la remontée en Ligue 2 en 2022 ?
Oui et je vais te dire pourquoi : en fait, pendant des années et des années, avec Laval, on a joué le maintien, avec parfois des maintiens acquis à la fin, puis il y a eu cette période, de 2019 à 2021, où j’ai quitté le club (il a signé au Puy Foot en National), sans avoir vraiment vécu quelque chose de très fort avec mon club. Même si un maintien était déjà quelque chose de fort, parce que c’était l’ambition du « Stade ». Je regarde beaucoup de foot à la télé, je vois les équipes qui remportent des championnats en fin de saison… Je me disais que j’aimerais bien être à leur place, vivre un truc comme ça. Alors quand on a fini champion de National en 2022, au terme d’une saison longue et stressante, où cela ne s’est pas joué à grand-chose, il y a eu un truc en moi qui s’est déclenché. C’était comme si j’avais fait mon travail. Enfin je vivais quelque chose d’énorme ! C’est pour ça que je dis toujours que c’est mon meilleur souvenir.

Inversement, le pire souvenir ?
C’est la descente en National, en 2017. Cela a été une saison compliquée. Mais bizarrement, individuellement non, parce que cela a été une de mes meilleures saisons. J’ai beaucoup joué. Tout le monde avait été unanime là-dessus, sauf que le vestiaire était compliqué, rien n’allait, même au club, ça partait un peu dans tous les sens.

Tu as un match référence ?
Oui, en Ligue 2, à Nantes, à La Beaujoire. Tu ne sais pas pourquoi, tout ce que tu fais, tu le réussis. Tu te sens pousser des ailes, tu as l’impression d’aller plus vite, d’être plus fort.

Ton pire match avec Laval ?
En National, à Marignane ! Oh la la, j’ai été Ca-Ta-Stro-Phique ! Je ne sais pas pourquoi, je l’ai senti des les premières minutes du match. Laisse tomber, tu portes ta misère tout le match ! T’as l’impression que tu ne sais plus jouer au foot.

Le « contrôle Perrot », ma marque de fabrique !

Sous le maillot du Puy Foot, en National. Photo Sébastien Ricou / LPF43

Un geste technique ?
C’est le contrôle demi-volée, le ballon arrive en l’air et tu le contrôles direct au sol. C’est ma marque de fabrique. Ce n’est pas le contrôle porte-manteau en taclant que tu as vu en vidéo, quand je fais une passe-dé, non. Là, c’est vraiment un contrôle où tu mets directement la balle qui arrive en l’air, au sol. Même à Laval, quand quelqu’un fait ce geste, on dit qu’il fait un « contrôle Perrot », on a appelé ça « La Perrosse ! » Comme il y a encore pas mal de joueurs aujourd’hui avec qui j’ai joués, ça revient encore ! C’est marrant, parfois on me demande même d’expliquer comment je faisais (rires) !

Combien de cartons rouges ?
Deux je crois. Un au Mans l’année de la montée en Ligue 2 et il me semble que j’en ai pris un quand j’étais sur le banc, de Stéphanie Frappart, je ne sais plus.

Si tu n’avais pas fait du foot ?
Bonne question. Je ne me la suis jamais posée. Pour moi, cela a tout de suite été une évidence, c’était le foot. Je ne vois pas ce que j’aurais pu faire d’autre.

« Le stade Le Basser a du charme, il est chaleureux »

Photo 13HF

Le Stade Francis Le Basser ?
Il est vieux déjà (rires) ! Il a du charme, une histoire, il y a eu de belles épopées ici ! Il est même mythique, parce que c’est un stade connu dans le milieu du foot français. En tout cas, quand on est gamin et qu’on joue au foot à Laval, notre rêve, c’est de jouer à Le Basser ! Ne me demande pas pourquoi, parce que ce n’est pas le stade le plus high-tech du football français, mais pour nous, les Lavallois, c’est important, il a une âme. Il est chaleureux.

La saison où tu as pris le plus de plaisir sur le terrain ?
Avec Denis Zanko, en 2014-15, on fait une belle saison, plaisante, on finit 8e (2). J’avais dû jouer la moitié des matchs, on n’avait pas la pression du résultat. On s’était maintenu facilement.

(2) Depuis, le Stade Lavallois a fini deux fois 7e en 2023 et en 2014 avec Olivier Frapolli.

La saison où tu en as pris le moins ?
La première en National quand on est descendu (en 2017-18), à ce moment-là, l’équipe et le club sont en reconstruction, même si on ne fait pas une si mauvaise saison que cela (8e), mais c’était… pff… Il fallait digérer la descente, ce n’était pas simple. Je n’avais pas pris beaucoup de plaisir.

La ville de Laval ?
(catégorique) J’adore ma ville. Pourtant il n’y a rien d’extraordinaire ici. Je dis ça peut-être parce que j’y suis depuis toujours, que j’y suis né, que j’y ai fait toute ma vie, mais pour moi, il fait bon vivre à Laval, une ville à taille humaine, qui me convient. J’aime les Lavallois aussi en général. Beaucoup critiquent Laval, ou plutôt, ils arrivent avec un a priori, ils disent qu’il n’y a rien à faire, mais c’est quand même pas si mal ! C’est une belle ville et je m’y sens bien. J’habite à Laval même.

« Johann Chapuis me faisait trop peur ! »

Un coéquipier marquant ?
Beaucoup de joueurs m’ont marqué, notamment lorsque je suis arrivé dans le groupe, la première année, en 2010, il y avait encore Johann Chapuis, le capitaine, franchement, ce mec-là… Il me faisait trop peur, et j’ai rarement vu un capitaine aussi dévoué : il avait du charisme, le vestiaire le respectait, et à lui tout seul il arrivait à gérer les hommes. C’est lui qui m’a fait découvrir ce qu’était le métier de footballeur professionnel. Il y a aussi Anthony Gonçalves, le joueur le plus capé du club, qui a aussi été mon capitaine et qui est mon ami. Il m’a pris sous son aile quand je suis arrivé. Sinon, sur le terrain, il y a un joueur que j’ai trouvé extraordinaire, c’est Wesley Saïd, il était prêté chez nous par le Stade Rennais (en 2014-15). C’était vraiment un joueur différent, du calibre au-dessus. C’était facile de jouer avec lui. Je le cite souvent dans les interviews. Il m’a marqué.

Kévin, supporter du PSG. Photo 13HF

Tu supporters le PSG, mais cite-moi un autre club que Laval et PSG ?
J’aime bien le Stade Rennais. J’aime aller y voir des matchs, le stade est chaleureux aussi, beau, l’ambiance y est différente. Et quand on est jeune, c’est un club qui fascine un peu, de par son histoire, son centre de formation. C’est un club qui dégage quelque chose de différent.

Une causerie marquante ?
Ce n’est pas vraiment une causerie. C’est l’année où on se maintient en Ligue 2 en gagnant à l’avant-dernière journée au Havre (2-1, le 17 mai 2013), quand les cadres du vestiaire ont projeté la causerie du film « L’enfer du dimanche », sur le football américain, et le club avait demandé à nos familles de faire une petit vidéo aussi. J’ai trouvé ça marquant.

Des rituels, des tocs, des manies ?
Non. Je n’étais pas trop superstitieux. Le seul truc, c’est qu’il fallait que je sois bien dans mes chaussures de foot, c’est tout (rires). Là-dessus, j’étais vraiment « relou ». J’étais capable d’acheter une paire et si je faisais un mauvais entraînement avec, je ne les remettais plus. Ne me demande pas pourquoi, franchement, c’est abusé !

Tu devais avoir un gros budgets « chaussures de foot » alors ?
Oui, mais une fois que tu as trouvé le modèle qui te convient, c’est bon ! C’est sûr que j’ai jeté plein de paires parce que je ne voulais plus les remettre !

« Laval-PSG en coupe, un match historique »

Lors de ses adieux après sa carrière de joueur à Laval en 2024. Photo Stade Lavallois MFC

Une devise ?
On n’a rien sans rien. Je me suis toujours servi de cette phrase, même au centre de formation du Stade Lavallois. Je me suis toujours dit que le travail amènerait la récompense, même si ça n’a pas toujours été le cas.

Un modèle de défenseur ?
J’aimais R9 (Ronaldo). Pourtant, j’ai fini défenseur (il a commencé attaquant chez les jeunes).

Une idole de jeunesse ?
Je ne sais pas si on peut le dire avec les casseroles qu’il a… C’est Daniel Alves. Je trouve qu’il a révolutionné le poste d’arrière-droit. Il était défenseur-offensif.

Le joueur de légende du Stade Lavallois ?
Je ne l’ai pas connu les épopées, les années d’avant, mais si je m’en tiens à ma période, je dirais Anthony Gonçalves. Après, on commémoré une statue en l’honneur de Michel Le Milinaire, qui a marqué l’histoire du club, mais je n’ai pas connu cette période, même si j’ai grandi avec cette histoire.

Le match de légende du Stade Lavallois ?
Pour moi, c’est ce fameux match de coupe de France en 8e de finale contre le PSG (0-1, le 16 février 2003), but de Fabrice Fiorèse. Il y a eu le PSG de Ronaldinho qui est venu à Le Basser quand même ! Après, c’est toujours pareil, ça dépend des époques, les anciens diront que c’est le fameux match contre l’Austria Vienne en coupe d’Europe (16e de finale de la coupe de l’UEFA, en 1983/84), c’est normal.

Tu collectionnes les maillots ?
Non, mais quand j’en vois des jolis, j’aime bien les demander. Et sinon j’ai tous les miens de toutes mes saisons avec Laval. J’en ai gardé un à chaque fois. Mais je ne suis pas un collectionneur de fou !

Le joueur le plus connu de ton répertoire téléphonique ?
(Rires) Le plus connu, c’est Mounir Obbadi, il a eu une belle carrière. Il était bon. Quand il est venu à Laval, j’étais content. Attend, je regarde mon répertoire. Il y a Gaël Danic aussi.

« Spip », l’écureuil roux…

Combien d’amis dans le foot ?
Pas beaucoup. Après, le truc, c’est que je ne suis pas téléphone. Je suis super-content de revoir les gens mais comme j’ai du mal à garder les liens, parce que je n’envoie pas de message, que je n’appelle pas… Je ne suis pas le genre de mecs à tout le temps demander des news, et il y en a qui font ça très bien, tout le temps, comme Alexy (Bosetti) par exemple, mais je ne suis pas dans ce truc-là.

Un surnom ?
Spip ! On m’appelait comme ça. C’est un écureuil roux dans la bande dessinée « Spirou et fantasio ». On m’a toujours appelé comme ça dans un vestiaire et ce qui est marrant, c’est que quand une nouvelle saison démarrait, les nouveaux, même s’ils ne me connaissaient pas, m’appelaient comme ça ! Du centre de formation jusqu’à la fin, ça m’a suivi ! Peut-être à cause de mes cheveux, de la couleur, je ne sais pas trop.

Tu étais délégué syndical à l’UNFP quand tu étais joueur…
Il fallait un représentant et l’UNFP aimait bien que ce soit un « ancien », pour faciliter la communication. Ils avaient confiance en moi aussi. Je faisais le lien, mais je n’ai jamais poussé le truc à fond.

Tu sais qu’il y a un autre Kevin Perrot qui joue au foot ?
Oui, à Alençon (N3). On n’a pas eu la même carrière (rires). Sans lui manquer de respect !

Les supporters continuent de chanter « ta » chanson au stade Le Basser (3) ?
Oui, toujours. Quand les nouveaux arrivent, ils sont surpris. Cette chanson, c’est un beau clin d’oeil à chaque fois, et ça fait plaisir. En plus, les paroles sont marrantes.

3. La chanson : « Nous, ce qu’on veut, c’est boire l’apéro, fumer des bédos, chez Kevin Perrot ».

Toi qui a eu l’habitude du monde pro, cela ne te fait pas bizarre de jouer en R1 ?
La chance que j’ai, c’est qu’à l’US Changé, pour un club de Régional 1, les infrastructures sont cohérentes, il y a quand même des choses mises en place pour faire du foot dans de bonnes conditions et être bien. Après, c’est sur, ça reste du foot amateur. J’avais bien réfléchi avant de m’engager dans ce projet, mais je me suis dit qu’il y avait des choses sur lesquelles je devais faire des concessions. L’exigence, je me la mets tout seul, parce que pour beaucoup de joueurs, le foot à Changé, ce n’est pas leur métier, tu ne peux pas tenir le même discours. Mais j’ai été bien accueilli, par le coach, Valentin Garnier, au club depuis des années, où il a tout connu, et par tout le monde. Mais je suis engagé dans ce projet, donc je le fais à fond, même si ça devient difficile.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Stade Lavallois MFC, 13HF et DR
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Présent depuis la création de son club en 1989, Fulvio Luzi évoque la situation sportive compliquée de son équipe, dernière du championnat. Lucide, il reconnaît des erreurs, évoque les dettes, les querelles et le retour de son frère Bruno. Surtout, il demeure résolument positif, optimiste et combatif.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports.

Entretien réalisé mardi 13 janvier 2026, avant le succès du FC Chambly à Colmar 1-0 (journée 14, samedi 17 janvier 2026)

Mais qu’est-ce qui fait encore courir Fulvio Luzi au FC Chambly Oise ? Qu’est-ce qui motive encore celui qui a cofondé le club en 1989 avec son papa Walter et son frère Bruno, juste pour se retrouver le soir entre copains ?

Cette question, nous l’avons posée d’emblée à celui qui a pris la succession de Walter en 2001 à la tête du club, après 12 ans à entraîner et manager l’équipe fanion (et à jouer aussi au début !).

Positif, combatif, émotif

Lorsque nous l’avons sollicité pour cet entretien, Fulvio (62 ans) fut d’emblée d’accord. C’était peut-être le moment de faire un point sur son équipe fanion, en très grande difficulté dans son championnat de National 2 (le FCCO est dernier, avec 6 points). Un point aussi sur son club, sans doute à un tournant de son histoire.

Gérant d’une société de vente d’équipements de sports et de vêtements publicitaires, Fulvio Luzi, qui est aussi conseiller régional des Hauts de France et adjoint au maire d’une petite commune, Verneuil-en-Halatte, avait peut-être des choses à dire, même s’il a parfois manié le fameux « off ». Bavard, jovial, drôle, le président est, malgré la situation sportive, apparu très positif et combatif, jamais nostalgique et parfois très ému, au point de pleurer, submergé par l’émotion quand il a évoqué son épouse Caroline, disparue en 2024. N’oublions pas que le FC Chambly Thelle, devenu le FC Chambly Oise en 2016, fut avant tout un projet familial, et que cette famille, justement, y a laissé des plumes, que cela soit sur le plan de la santé, de l’entente entre membres et de l’argent.

Douze montées !

Avec cet article, l’idée n’est pas de refaire l’histoire du club, tout le monde la connaît : une équipe qui part de Division 6 de district et qui, 30 ans plus tard, en 2019, après 12 accessions, débarque en Ligue 2, un an après une demi-finale de coupe de France ! Franchement, quand on y repense… « En 1989, un copain d’enfance du collège me dit qu’il a peut-être la possibilité de faire un club municipal à Chambly, où il y avait un club de cheminots, et tout est parti de là, rembobine Fulvio. J’habitais à Neuilly-sur-Seine à époque. Chambly, c’est un hasard total, même si on était allé au collège à Chambly, où le premier adjoint au maire était de la famille de l’épouse de mon père. L’objectif, au départ, c’était de jouer entre potes, mais avec des ambitions quand même, parce que beaucoup d’entre nous avaient joué en DH. Donc au départ c’était plus facile, après, quand on est arrivé en Première division de district, on commençait à vieillir, il a fallu trouver d’autres joueurs, et ainsi de suite. Au total, on a fait 12 montées ».

Une situation sportive critique

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Avec cet article, l’idée était de comprendre comment le FCCO, dont l’actualité a été très agitée cet hiver (5 arrivées et 4 départs au mercato, retrait de points par la DNCG, retour de l’entraîneur emblématique Bruno Luzi presque 4 ans après son départ au poste de manager sportif, rumeurs de vente du club, démission du directeur général, querelles internes), en est arrivé là.

Depuis la double-descente en 2021-2022 (de Ligue 2 en N2), la situation est devenue très compliquée. Et même critique : dernier de sa poule en N2 malgré un budget de 1,8 million d’euros et malgré un public toujours fidèle (1200 spectateurs de moyenne cette saison, meilleure affluence de la poule), l’équipe est aux portes du N3, un niveau qu’elle n’a plus connu depuis la saison 2011/2012 !

Depuis leur victoire lors de la première journée de championnat face à l’US Thionville Lusitanos (1-0), les joueurs de Stéphane Masala n’ont plus gagné. C’était le 16 août. C’était il y a 5 mois. C’était il y a des lustres. Pour mettre fin à cette spirale de 6 défaites et de 6 matchs nuls, dont un dernier encourageant avant Noël à Dieppe, chez le 2e du championnat (1-1), Chambly a chamboulé son effectif, notamment sur le front de l’attaque. Sera-ce suffisant ? Toujours est-il qu’il y a urgence, tout le monde en est conscient.

Interview / « J’ai commis des erreurs »

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Qu’est-ce qui fait encore courir Fulvio Luzi après 36 ans et demi de club ?
C’est la famille. C’est tout. Et l’amour du club.

Oui, mais la famille, la tienne en l’occurrence, y a laissé des plumes dans le club… Il y a eu le décès de ton épouse, de ton papa, de ton beau-père…
Oui, la famille a laissé des plumes, que ce soit en termes de santé, d’entente, de relations entre les uns et les autres, et puis, bien sûr, financièrement.

Quand tu parles de relations familiales, cela veut dire qu’il y a eu des dissensions entre membres de la famille Luzi ?
Oui, parce que, quand on gagne, tout est beau, et quand on perd, alors là, ce n’est plus la même chose, mais comme partout, même si c’est sans doute moindre quand cela ne touche pas la famille. Mais bon, on avait une fête de famille dimanche dernier, pour les 80 ans de ma maman, et on était tous là.

Aujourd’hui, comment va la grande famille Luzi, celle que l’on connaît, avec ses ramifications ?
Tout va bien. On est moins nombreux. Même s’il y a des nouveaux qui arrivent, mais ce sont des tout-petits. Et ce sont surtout des filles (rires).

Ce sera peut-être l’occasion de monter plus tard une section féminine professionnelle…
Je ne sais pas ! Pour l’instant, on a toutes les catégories féminines représentées, sauf les seniors. On avait une équipe, mais toutes les filles sont parties. Et puis c’est compliqué parce que la religion s’en est mêlée.

« On traîne encore des dettes »

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Comment va le club du FC Chambly Oise aujourd’hui ?
Mal et bien. Il se relève de deux descentes consécutives. Bien souvent, les clubs qui subissent ça sont liquidés. Cela n’a pas été notre cas même si on traîne encore quelques dettes, qui sont chaque année moins grosses, et on travaille beaucoup pour revenir à l’équilibre, ce qui devrait être le cas dans deux ans.

Sont-ce ces dettes qui font que, chaque saison, le club est épinglé par la DNCG (-3 points cette saison, -3 points et -5 points les saisons précédentes en N2) ?
Il y a eu des erreurs commises chez nous, notamment une erreur de retard dans la présentation des comptes. La première fois, quand on a pris 5 points, notre ex-directeur général, Thierry Bertrand, avait fait un AVC le 1er novembre, c’était le seul à avoir signature sur les comptes, donc avec le vice-président, on s’est présenté devant la DNCG les mains dans les poches. Ils ont été compréhensifs au départ, et un mois après, on leur a présenté quelque chose mais c’était insuffisant. Et on a pris 5 points. Ces 5 points-là, disons que c’était accidentel. Les deux dernières fois, avec moins 3 points à chaque fois, on a présenté des documents en retard et pas assez travaillés. Sur l’estimé de fin de saison, il y avait deux erreurs, dont une grossière. Il y avait un nouveau DG (René-Louis Geay), qui vient de démissionner… Ce n’est pas facile. Mais je ne tire pas sur la DNCG.

Du coup, l’on ne peut pas parler d’acharnement, puisque tu as l’air de dire que c’est logique…
Non, pas d’acharnement, mais ce n’est pas non plus logique quand on regarde ce qui se passe dans certains clubs, où… Mais je ne veux pas en parler. Par contre, c’est logique que l’on soit sanctionné. La DNCG fait son boulot. Je ne serai jamais comptable. Voilà. On a deux experts comptables au club, mais il y a eu le changement de DG… Je ne veux pas parler de ça.

« On a de l’espoir »

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

La situation comptable de l’équipe, avec ces 3 points en moins cette saison, est encore plus critique du coup…
Sportivement, oui. On est en train de modifier l’équipe. On a un effectif plus petit que d’habitude, avec beaucoup de contrats fédéraux (15 en début de saison). On a aussi eu notre nouvel avant-centre, Anthony Petrilli, qui a joué le premier match contre Thionville Lusitanos, mais qui s’est blessé et on l’a perdu depuis. Et ensuite, on marquait très peu de buts, on a commencé à en encaisser… En fait, même si elle a beaucoup changé l’été dernier, notre équipe était façonnée pour jouer la montée après les bonnes saisons précédentes et elle s’est retrouvée à jouer le maintien. Tu te rends compte que le mois dernier, à Dieppe, le but de Zanga Koné, notre nouvelle recrue prêtée par Boulogne, eh bien c’était le premier de la saison à l’extérieur ! Contre Beauvais chez nous, on perd alors qu’on tape deux fois le poteau et la barre. Malheureusement on encaisse trois buts sur quatre tirs cadrés, c’est trop. Aujourd’hui, ça va mieux. À Dieppe, je n’y étais pas, mais on m’a dit beaucoup de bien de notre match, chez le 2e du championnat tout de même. On a de l’espoir. On va se battre avec nos armes pour remonter au classement. On n’a pas le choix.

En début de saison, l’équipe était programmée pour jouer le haut de tableau et elle se retrouve tout en bas : est-elle en capacité mentalement d’assumer ça ?
Je l’espère. En tout cas, les récents changements opérés à la trêve ont été effectués dans ce sens-là. Ceux qui nous ont rejoints sont habitués à jouer des maintiens. C’est notre quatrième saison en National 2 : les trois années précédentes, on a fait deux fois 3e et une fois 4e. L’an passé, on a fait une deuxième partie de saison d’enfer, alors on pensait jouer le haut de tableau cette saison, même si on a eu beaucoup de départs, parce que c’est toujours pareil, les bons joueurs de N2 partent en National.

« Je tombe de très haut »

Tu tombes de haut cette saison ?
Franchement, je tombe de très haut. Je pensais qu’on jouerait la montée, encore plus après notre premier match contre Thionville Lusitanos, une équipe très costaude, elle l’a confirmé chez nous, mais elle a fini à 9 à la fin. Je ne pensais pas qu’ensuite, cela aurait été aussi dur que cela. Mais si on prend les statistiques de tous nos matchs, on a à chaque fois plus de tirs cadrés que nos adversaires, sauf à Bourges (défaite 2-0) et à Wasquehal (0-0). Cela veut bien dire qu’il manque de la réussite.

Cela ne peut pas être qu’un manque de réussite…
Il manque aussi un mental. Or la force du FC Chambly, c’était le mental, et là, sur ce plan-là, on est surpris.

« Je n’ai pas de regrets »

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Tu n’en as pas marre de jouer en National 2 ?
Bien sûr, mais je pose la question : est-ce que la place de Chambly, une ville de 10 000 habitants, n’est pas en National 2 ? Alors on a des grosses installations, c’est vrai (le nouveau stade Walter-Luzi, inauguré en 2023, a une capacité de 4500 places assises), mais on est dans une ville et une région dortoirs. Avec des gens qui travaillent sur Paris. On n’a pas de grosses industries non plus. Malgré ça, on a pas mal de sponsors : on arrive à dégager un chiffre de sponsors/mécènes entre 700 000 et 1 million d’euros, sur un budget d’1,7 ou 1,8 million, c’est énorme, mais on fait un travail de fourmis.

Mais je ne suis pas lassé du N2. Si on met 5 ans pour remonter, ça sera formidable, parce que Chambly en National, il faut le voir, c’est formidable ! Il y a très peu de villes de cette taille-là à ce niveau-là (il réfléchit). Il n’y en a pas d’ailleurs, même en National 2. On est quand même resté 8 ans entre le National et la Ligue 2. En Ligue 2, la deuxième saison, on est descendu à la 89e minute du dernier match, on a pris le Covid anglais qui était beaucoup plus « méchant », on ne jouait pas chez nous (l’équipe jouait à Beauvais), bref, il y a beaucoup de choses qui font nous demander « et s’il n’y avait pas eu tout ça ? ». Mais je n’ai pas de regrets. Ce que j’ai vécu dans le football, c’est extraordinaire. Je suis plutôt dans le positif que dans le négatif. Je suis conscient que je ne tire plus la charrue comme avant. J’ai pris des coups de la vie. J’ai pris de l’âge aussi. Il faudrait quelqu’un qui prenne le relais, une locomotive qui tire tout le monde derrière lui, et comme ça je pourrais continuer à amener les sponsors.

Justement, en novembre 2024, tu disais dans les colonnes du Courrier Picard que tu voulais passer la main et tu évoquais ton départ…
J’évoquais mon départ mais sans partir. Je compte rester dans la région et j’irai toujours voir le FC Chambly jouer. Je donnerai un coup de main si on a besoin de moi. J’ai créé le club. On était en D6 de district. Je serai toujours là, même vis à vis de ma famille, parce que j’ai des gens de ma famille qui sont au club, qui aiment le club. Simplement, à un moment donné, il faut se rendre compte que l’on est moins performant. Et moi, je suis beaucoup moins performant. Regarde Avranches avec Gilbert (Guérin, décédé en octobre 2023), regarde Concarneau avec Jacques (Piriou), même Quevilly Rouen avec Michel (Mallet) ou Gérard Roquet à Béziers, ces gens-là, quand ils sont fatigués, quand ils s’essoufflent, ce n’est plus le même club après. Et il y a eu Jean-Pierre aussi (Scouarnec), à Dunkerque, même si lui, il a bénéficié de beaucoup plus de de subventions municipales et de l’agglo, du fait de la taille beaucoup plus importante de son territoire. Il ne faut pas se leurrer. Edwin Pindi (l’ex-secrétaire général de Dunkerque) m’avait dit, à l’époque où on jouait contre eux en Ligue 2 (en 2020-21), qu’ils avait 340 000 euros de sponsors. Nous, on avait 1,7 million ! Le boulot n’était pas le même. Les visions de clubs étaient différentes.

« J’ai trois offres de rachat en ce moment »

Le FC Chambly, à sa création. On reconnaît Fulvio (en bas à gauche) et Bruno (en haut, 4e en partant de la gauche). Photo FC Chambly

Quid de la vente du club ? On suppose, compte tenu du budget du club, de ses installations, de son histoire, que le FC Chambly vaut entre 1 et 2 millions…
Tu supposes bien, mais l’objectif, ce n’est pas de vendre cher. L’objectif, c’est de vendre avec une pérennité. J’ai trois offres en ce moment. On a refusé une offre à 2 millions l’an passé, parce qu’on a pensé que, sur le plan de la pérennité justement, ce n’était pas ça. On voit bien aujourd’hui comment ça se passe : des clubs sont rachetés, puis 2 ans après ils sont à vendre. Le gens viennent s’amuser dans le football, ils ont de l’argent, mais ils ne connaissent pas le milieu et toutes ses galères. Pour être transparent avec toi, j’ai rendez-vous avec une personne cet après midi (entretien réalisé mardi 13 janvier). Depuis la montée en Ligue 2, on a eu à peu près d’une trentaine d’offres. Après, on est à 30 minutes de l’aéroport de Roissy, à 35 du Bourget, on est attractif. Dans les offres que l’on a, il y a aussi des gens qui veulent investir au club, mais sans le racheter.

Le stade Walter-Luzi. Photo 13HF

Aujourd’hui, le club est très connu et a bâti sa réputation…
Tous les gens du foot en France connaissent Chambly aujourd’hui. Notre image est bonne. Il n’y a jamais eu de problèmes graves au club. Les gens de l’extérieur ont toujours été bien reçus. On est dans les plus petites villes de N2 et c’est nous qui, dans la poule, avons le plus de supporters au match, 1 200 en moyenne. On était 1 600 l’an passé mais on jouait le vendredi soir. Là, le samedi, c’est plus difficile. On ne joue pas assez le vendredi. On est derniers du championnat, mais l’attachement au club est là, les gens se reconnaissent en lui. Et on a 120 partenaires, qui amènent leur pierre à l’édifice, ce qui fait que l’on touche des gens d’un peu partout. Parce que le club, ce n’est pas que les Luzi. C’est beaucoup de personnes qui travaillent, qui donnent un coup de de mains.

Le FC Chambly est souvent cité en exemple aussi : beaucoup de clubs amateurs aimeraient lui ressembler, créer une belle histoire comme la sienne…
C’est ce qu’on a voulu aussi. Tout ça, ça reste dans la tête. Ce sont des souvenirs extraordinaires. Quand on était en Ligue 2, on a gagné à Lorient, à Troyes, au Paris FC… Aujourd’hui, on est en difficulté, mais il ne faut pas lâcher le navire quand il coule.

« Avec Bruno (Luzi), on a été un peu brouillés »

Bruno et Fulvio Luzi entourent le maire de Chambly, David Lazarus. Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Parlons de ton frère Bruno, qui a fait son retour fin novembre dans le rôle de manager : on vous croyait un peu brouillé…
On s’est quand même toujours un peu parlé. Lors de notre dernière saison de National, en 2021/22, on joue à Châteauroux, on mène 1 à 0 à la fin et finalement on perd 2-1. On est 9e. Et Bruno me dit « Il faut que tu changes d’entraîneur, on va descendre ». On est début octobre.

Puis, à six matchs de la fin, on perd chez nous contre Châteauroux 2 à 0 et j’entends dire « Il faut que l’on change de coachs, pour créer un électrochoc ». J’appelle Bruno le lendemain et je lui dis « Voilà… » Il me dit « Oui, oui, il faut tenter quelque chose ». On a tenté, il restait six matchs, on est descendu. C’est vrai qu’après, on a été un peu brouillé. Là, son retour, il nous fait du bien.

Même si Bruno a déclaré qu’il n’était pas venu pour prendre la place de qui que ce soit, c’est humain de penser qu’il puisse, si les résultats ne s’améliorent pas, remplacer le coach Stéphane Masala ?
Je peux comprendre que les gens pensent ça, mais ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, ce n’est pas l’idée. C’est Stéphane Masala qui nous a demandé l’an passé de faire rentrer Bruno. Je suis un démocrate. J’ai un bureau, il y a neuf personnes. Il y avait des gens pour, des gens contre. Et il y avait aussi un problème financier. Cela a traîné. Mais à un moment donné, il fallait prendre une décision, parce qu’on allait dans le mur. Et puis l’arrivée de Bruno, cela permettait à Stéphane d’être déchargé d’une pression incroyable qu’il avait sur les épaules.

Mais si ça se passe mal dans les prochains matchs, la question va forcément se reposer…
Pour moi, on finit la saison comme ça. Mais je ne suis pas tout seul à décider.

Si le club descend en N3, ce serait une catastrophe pour le club ?
Non, le club existera toujours. Mais ce serait un gros coup d’arrêt. Le football a changé : quand on est monté de CFA (N2) en National en 2014, à l’époque, tous nos joueurs travaillaient. Il n’y avait que les réserves de Lens, Lille, et aussi Beauvais, qui descendait de National, où les joueurs ne bossaient pas, et peut-être aussi Quevilly. Tous les autres travaillaient. Maintenant, en National 2 (ex-CFA), plus personne ne travaille à côté, les joueurs ne font plus que du foot. Les mentalités ont changé aussi. Donc c’est plus dur de monter.

Aujourd’hui, il faut redresser le club, déjà financièrement. Et sportivement. Nos jeunes sont en R1, sauf nos U18 qui sont en R2 mais qui sont premiers, la réserve de Régional 1, qui est composée de joueurs de 21 ans, espère se sauver comme tous les ans (elle est avant-dernière), notre équipe C en R3 est composée de joueurs de 19 ans de moyenne d’âge, elle est en milieu de tableau, et tous les ans il y a des joueurs de la C qui vont en B, et des joueurs de la B qui vont en équipe Une.

« On tire la langue, mais on va y arriver »

Stéphane Masala à l’entraînement, avec l’une des dernières recrues, Koné, prêté par Boulogne. Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Parlons des finances : tu parles de dettes, mais il y a eu un déficit aussi…
L’année dernière, on a eu un déficit de 120 000 euros, mais ce sont surtout nos dettes qui nous plombent. En fin de saison, on aura encore 200 000 euros à rembourser. On a 607 000 euros de capital. La plus grosse dette, 170 000 euros, c’est une dette de la mutuelle Klesia, qui date de l’époque Ligue 2, quand il y a eu la Covid. L’État avait demandé à l’organisme de retraite d’attendre avant de ponctionner, et de faire un moratoire pour aider les clubs. Depuis, on a refait un autre moratoire, et on paie 6 000 euros par mois, ça va, pour un club comme le nôtre. On va l’épurer.

Après, il faut savoir aussi qu’on a de gros écarts de trésorerie en N2 selon les clubs, parce que, par exemple, chez nous, on ne touche aucune subvention les six premiers mois de l’année, or les subventions représentent quand même 40 % environ du budget. On tire la langue, mais on va y a arriver. C’est pour ça qu’on a pris moins de joueurs cette saison. Avant on avait un groupe de 23 et là, on a des jeunes pour compléter les contrats fédéraux.

Ce qu’on peut dire, c’est qu’aujourd’hui, le club va mal sportivement, il éponge ses dettes, mais d’ici 2 à 3 ans, cela peut devenir un autre club. Peut-être même la saison prochaine. Et là, ce ne sera plus la même chanson. Chez les Luzi, on s’est toujours dit « Si on ne monte pas, on ne monte pas ! ». On est resté 4 ans en première division de district, trois ans en 3e division de district ! En promotion de première division de district, la D2 district d’aujourd’hui, on est resté 3 ans, pareil en R3 et en R2… On est resté 5 ans en National, alors…

« Je n’avais plus la tête au foot »

Tu as commis des erreurs ?
Oui, les dernières années, j’ai commis des erreurs en relâchant un peu ma mainmise sur le club. J’y ai été obligé en raison des événements que j’ai subis dans ma vie personnelle. Je ne venais plus au club, parfois pendant un ou deux mois. L’année où on descend de National, je ne suis pas présent. Je dois aller quasiment tous les jours à Villejuif, où est soignée mon épouse, c’est à 78 km de chez moi, ce n’est pas loin, mais c’est en moyenne 2h30 de route pour y aller, et autant pour revenir. Je n’avais plus la tête au foot. En N2, la première saison, mon épouse retrouve de la vigueur, je reviens un peu plus souvent aux matchs. Par contre, j’ai ouvert la direction du club… Voilà. J’ai fait des erreurs. Mais je les referais s’il le fallait.

Le National ou la future Ligue 3, tu as tiré un trait ?
J’ai toujours l’ambition d’y retourner, mais les trois premières années de N2, on est tombé sur le FC Rouen, sur Boulogne et sur Fleury la saison passée qui a fait un championnat d’enfer. Là, cette année, il faut se sauver, et comme dit Bruno (Luzi, son frère), souvent, quand on a été en difficulté, on est monté la saison d’après ! On verra si l’histoire se répète.

Fulvio Luzi du tac au tac

Avec Jean-Michel Rouet, dirigeant du club. Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Ton meilleur souvenir ?
Concarneau-Chambly, 0-3, le 19 avril 2019, on monte en Ligue 2. Ma mère est Bretonne, elle habite dans l’Oise, mais elle est au match, il y a mon épouse, mes deux enfants, Stefano et Aurélia, mon oncle, mes cousins, mes cousines. C’est un moment de famille extraordinaire.

Le pire souvenir ?
Chambly-Strasbourg en 1/4 de finale de coupe de France (en 2018). On gagne mais on apprend juste après le match que mon père, Walter, est mort.

Plus grande déception ?
De ne pas avoir eu le nouveau stade en Ligue 2.

C’est vrai que ce stade, en National 2… Il est magnifique, bien conçu…
C’est un stade à l’Anglaise, très bien pensé. Franchement, la mairie a fait quelque chose d’extraordinaire.

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Un modèle de président ?
J’en ai plusieurs. Il y a Jacques Cantrelle, président en district du club de Bornel, situé dans un village à côté de Chambly, et Gérard Level, le président de Verneuil-en-Halatte, près de Creil, où j’habitais. C’était des présidents humains, comme mon père Walter l’était. Quand on voyait mon père, on avait envie de discuter avec lui, de boire un coup avec lui. Ces gens-là avaient la faculté de bien t’accueillir dans leur club et ça m’a marqué.

J’ai été très marqué aussi par un truc : la première année quand on monte en Régional, je vais à l’assemblée des clubs, dans un amphithéâtre. Devant moi, il y a des présidents de clubs qui lancent « Tiens, il y a l’autre con de Roye » ! Tu te souviens du club de Roye, qui est monté jusqu’en National ? Son président s’appelait Philippe Lespine. Je ne le connaissais pas. Mais le mec, il emmène village de 7 000 habitants en National. Et les autres lui « dégueulent » dessus… La première fois que je joue à Roye, ça se passe bien, on gagne 2 à 0. Puis on doit y retourner en coupe de France, mais on oublie nos licences ! Ma soeur roule comme une dingue pour nous les ramener juste avant le début du match. Philippe Lespine me dit « de toute façon, on va jouer, il est hors de question que vous soyez forfait ». J’ai trouvé ça extrêmement sportif. C’est quelqu’un qui m’a appris que l’on pouvait être détesté par sa réussite. C’était mon cas ensuite. Je ne suis pas quelqu’un de vantard mais il ne faut pas me chatouiller. Je suis assez souple, sympa avec tout le monde.

Voilà, ce sont les trois présidents qui m’ont le plus appris, même si je garde un souvenir particulier de Gilbert Guérin, le président d’Avranches, qui était un personnage hors norme : ce qu’il a fait dans son club, dans une ville plus petite que celle de Chambly, c’est fabuleux. J’ai beaucoup de respect pour lui. J’oublie aussi Pascal Cocuelle, l’ancien président de l’US Chantilly : on s’est rencontré en DH. On s’est fait des coups tordus tous les deux. On ne s’aimait pas trop mais on était courtois. J’ai habité Chantilly, j’ai joué 4 ans au club, on avait des bons rapports, mais on ne se faisait pas de cadeaux. On s’est joué en coupe, on va chez eux, au 8e tour, en 2013/2014, et il avait des soucis pour organiser le match et il était discuté en interne. Je lui ait dit « On va t’aider » : on a fait une belle fête, on lui a laissé la recette et on est devenu amis ! Il est décédé depuis, mais c’est lui qui devait devenir le président de l’association du FC Chambly en 2019, à la création de la SAS FC Chambly. Il me complétait bien, il était courtois, il savait recevoir les gens, en plus, moi, j’allais sur le banc pendant les matchs.

Bruno et Fulvio Luzi avec Leonardo, l’ancien directeur sportif du PSG, lors d’un match amical. Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Aujourd’hui, suivre les matchs sur le banc, c’est terminé ?
J’ai arrêté d’aller sur le banc de touche quand on est descendu de Ligue 2 en National. Je suis en tribune maintenant. Je ne bouge plus. Je ne vois quasiment pas les joueurs avant ou après le match la plupart du temps. J’ai changé. Je joue mon rôle avec les partenaires et les politiques.

Le 16e de finale Chantilly – Rennes, tu l’as suivi, tu l’as regardé, tu y es allé ?
Non, j’avais la fête de famille. De toute façon, je ne regarde pratiquement pas de match, même à la télé. Le dernier match que j’ai regardé, c’est PSG / Inter Milan en finale de Ligue des Champions. Je ne suis pas un fan de foot. Je suis un fan de la compétition. Je suis un fan de tennis et de ski descente. J’ai été supporter du PSG de l’âge de 11 ans, à l’époque de Mustapha Dahleb, François M’Pelé, « Loulou » Floch, il y avait 10 000 spectateurs au Parc à tout casser ! Quand j’étais étudiant, j’allais avec le kop de Boulogne et après j’y allais moins, puis plus du tout.

Soir de match à Lorient, en Ligue 2. Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Il paraît que tu as été journaliste…
Oui, j’ai fait l’Institut Français de presse (Paris-Panthéon-Assas), j’ai travaillé au Parisien, comme pigiste, pendant 9 ans, j’ai été titularisé aussi ! J’ai eu un accident de voiture en revenant d’un reportage, il a fallu que je trouve du travail. Un copain a monté une boîte dans le commerce, il vendait des télécopieurs, il m’a dit « viens travailler avec moi ». Je gagnais mieux ma vie qu’au Parisien et je suis redevenu pigiste dans le même temps. Sans regrets, parce que financièrement, pigiste, c’était dur. C’est au Parisien que j’ai connu Jean-Michel Rouet aussi (dirigeant du club), il y a travaillé quelques mois avant de partir faire sa carrière de reporter à LEquipe !

Un sportif ?
Je suis un fan du tennisman Jimmy Connors et de son tempérament de gagneur, de compétiteur ! Je me souviens de sa finale perdue contre Borg à Wimbledon en 77, il perdait 4/0 au 5e set et il était revenu à 4/4 !

Un président avec qui tu ne partirais pas en vacances ?
Celui de l’OM.

Le joueur emblématique du FC Chambly ?
Thibault Jaques.

Le match de légende du FC Chambly ?
Chambly – Monaco en coupe de France (4-5, en 2017).

Tes qualités et tes défauts ?
Je ne lâche rien. Et en défaut ? Je suis un connard (sic).

Tu es un président plutôt…
J’ai été un président fonceur mais je ne suis plus le même président qu’avant.

Un stade ?
Le Parc des Princes.

Des amis dans le football ?
Au moins une cinquantaine. Toutes les trois semaines, chez moi, on fait une pasta-party, et on est nombreux (rires) ! Parmi eux, il y a même encore des gens qui sont là depuis le début de l’histoire, et qui sont toujours au club !

Ta décision de président la plus difficile à prendre ?
Mettre Bruno (Luzi) sur le côté.

Ta négociation la plus difficile ?
Avoir le stade de Beauvais pour jouer nos matchs en Ligue 2.

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Une anecdote ?
En coupe de France, on est en 3e division de district, on va jouer à Château-Thierry, une très grosse équipe, qui joue en CFA, ils viennent de battre la réserve du PSG 5 à 1. Je suis entraîneur-joueur et dans le vestiaire, je dis à mes joueurs, « Attention, on n’en prend pas plus que 5 », et là, les mecs me regardent comme si j’étais abruti, ils me disent « T’es malade, on va gagner ». Voilà. C’est une fierté. Parce que mes joueurs y croyaient vraiment. Leur devise, c’était de se dire « Ensemble, on est plus forts qu’eux ». C’est vrai qu’à l’époque, chez nous, les entraînements étaient plus durs que les matchs. « Flo » Routier (ex-adjoint de Bruno Luzi), qui est à l’OGC Nice aujourd’hui, pourrait t’en parler ! Finalement, on perd 3 à 0 mais à 1-0, on a eu la balle de 1-1. C’était en 1994.

Une devise ?
Je ne salis pas, je ne renie pas ce que j’ai aimé. Par exemple, un joueur qui n’est plus aussi bon qu’avant, on va le remplacer, mais mes rapports avec lui ne vont pas changer. J’ai eu la chance dans mon couple de tomber sur une fille avec laquelle ça collait. J’ai eu cette chance d’avoir crée un club de foot. J’ai eu de la chance dans ma vie.

Avec Bruno Luzi et Florent Routier (ex-adjoint). Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Une anecdote ?
Lors de la première année en National (2014/2015), on est 3e à la trêve, mais physiquement, on a du mal à finir le championnat. En fin de championnat, on va au Red Star, qui en cas de succès contre nous monte en Ligue 2. Je suis stressé comme pas possible. Et on sait qu’on reçoit Istres pour le dernier match, qui a des soucis et qui vient avec sa réserve. Donc au Red Star, on se dit qu’on va perdre, et prévient nos joueurs : « Surtout ne prenez pas de cartons, pas de risques, faites attention, il faut gagner la semaine prochaine contre Istres », et on prend 8-0 devant les caméras de MaChaîneSport… Notre défaite la plus lourde. En fait, on a dit à nos joueurs « de ne pas y aller », « de ne pas envoyer », comme un contre-ordre, alors qu’on leur disait auparavant « les gars, premier ballon, tampon… Deuxième ballon, Tampon. Troisième ballon, tampon ». Et là, au Red Star, tu leur dis « surtout ne prenez pas de risques »… Et on a quand même eu un expulsé !

Le club du FC Chambly, en trois adjectifs ?
Ambitieux, familial et identitaire.

Le milieu du foot en trois mots ?
Travail, argent et installations.

Un chiffre ?
Le 14. Quand j’entraînais, on pouvait mettre le numéro que l’on souhaitait, et je prenais le 14, comme ça les mecs ne se sentaient pas remplaçants, d’ailleurs je faisais pareil avec les maillots 12 et 13, que je donnais à des titulaires ! Sinon, j’ai longtemps joué avec le numéro 4 aussi.

Une date ?
(Il réfléchit longuement). 30-09-1981. (sa voix tremble).

A quoi correspond-elle ?
Le 30 septembre 1981, c’est la première fois que je sors avec ma femme (sa voix tremble, il pleure).

Un plat ?
J’en ai deux. Les spaghettis ! N’importe comment, peu importe, mais spaghettis ! Il ne faut pas me servir des macaronis ou des trucs comme ça (rires) ! Et le Gulasch, le plat de ma femme, qui était autrichienne, ça ressemble à du pot-au-feu, c’est très-très bon.

Un loisir ?
Je n’ai pas de loisir, sinon le ski, même si je n’en ai fait plus. J’y étais avec mes enfants Stefano, avec un « f » Stefano (33 ans), et Aurélia (29 ans). C’est une joie pour moi.

Ta ville en Italie ?
Rome ! J’aime Frosinone et Alatri aussi, près de Rome. C’est là-bas, dans les montagnes, au sud de Rome, que j’ai appris à parler la langue, à l’âge de 31 ans. Mon père était originaire de la République de San Marin.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports
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Élevé à l’école havraise, l’ex-défenseur avait rangé les crampons à 20 ans pour reprendre la boîte familiale, avant de replonger 6 ans plus tard, mais dans le rôle de coach. Aujourd’hui, il est celui qui a conduit l’US Chantilly du Régional 1 au National 2 et en 16e de finale de la coupe de France, où son équipe sera opposée à Rennes et à Habib Beye, qu’il avait rencontré lors d’un entraînement du Red Star. Un épisode qui l’a profondément marqué.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : 13HF, Philippe LE BRECH et US Chantilly.

Entretien réalisé avant le 16e de finale de coupe de France contre Rennes

Le Château de Chantilly. Photo 13HF

Chantilly. Son château, joyau du patrimoine français, son parc, ses Grandes Écuries. Son hippodrome, ses courses de chevaux et surtout son Prix de Diane. Sa forêt et ses près de 6 500 hectares. Sa crème fouettée délicate et onctueuse, tantôt sucrée, tantôt aromatisée. Et aussi son club de football installé dans le top 100 français depuis un an et demi, en N2, après deux accessions en quatre ans (de R1 en N3 en 2020 et de N3 en N2 en 2024).

Rarement une équipe de ce niveau n’avait aussi peu collé avec sa ville, haut-lieu de la bourgeoise et de la noblesse, très éloignée de l’image beaucoup plus « populaire » véhiculée par le ballon rond. Et dire que, au milieu de toute cette aristocratie coule l’US Chantilly, qualifiée pour la première fois de son histoire en 16e de finale de la coupe de France, et toujours en course pour un second maintien consécutif en National 2. Pas un mince exploit quand on voit les infrastructures loin d’être luxueuses et les locaux exigus du complexe sportif des Bourgognes.

Si le club de cette ville de 12 000 âmes en est là aujourd’hui et a tant évolué, il le doit au travail de ses dirigeants évidemment, l’on pense à son président Anthony Brice et à son comité directeur, mais c’est surtout le fait d’un homme : Yacoub Yassine. Cet ancien défenseur central passé par le centre de formation du Havre entre l’âge de 14 et 18 ans, sans parvenir à signer pro, avait complètement mis le foot de côté après deux saisons, ses deux premières en seniors, avec la réserve de Beauvais, en Division d’honneur. Il avait alors 20 ans.

Après une parenthèse de 6 ans qu’il raconte dans cet entretien donné dans son minuscule bureau au stade des Bourgognes, où le « onze » du FC Freyming, club de Régional 2 et futur adversaire en 32e de finale de coupe de France 5 jours plus tard, est dessiné au tableau (l’US Chantilly s’est qualifiée 3 à 0 sur le terrain du petit Poucet), et où les images de la récente défaite contre l’incontestable leader Thionville Lusitanos (1-2) tournent en boucle sur le grand écran, le natif de Beyrouth, au Liban (36 ans, 37 le 22 janvier), qui a grandi à 7 kilomètres de Chantilly, à Creil, dans l’Oise, nous a reçus.

Retrouvailles avec Habib Beye

Yacoub Yassine va retrouver Habib Beye, qu’il avait rencontré à La Courneuve en février 2024, lors d’un entraînement du Red Star. Photo US Chantilly

Sous l’oreille attentive de son analyste vidéo Julien Piotrowski, il a évoqué son parcours, son ascension, son ambition pour son équipe et pour lui, sa vision du foot et… ses retrouvailles avec l’entraîneur du Stade Rennais, Habib Beye, qu’il va affronter dimanche à Beauvais en coupe de France ! Yacoub l’avait sollicité lors d’un entraînement du Red Star, en février 2024, auquel il assistait, à La Courneuve : « Il avait fait un exercice de reprises avec beaucoup d’intensité que je n’avais pas compris et je voulais qu’il me l’explique, on a discuté, ça a duré un long moment, et franchement, ce fut une conversation extraordinaire ! »

Dans ce long entretien, Yacoub Yassine évoque aussi l’évolution de son club, dont la particularité depuis la fin de l’été est de « délocaliser » pendant 6 mois ses matchs de National 2 à Senlis, à 10 km de là, le temps de laisser à la lumière du jour le soin de rejouer son rôle d’éclairage naturel, puisque le stade ne dispose pas de projecteurs.

10 000 spectateurs attendus à Beauvais

Photo 13HF

Mais l’US Chantilly n’est plus à un écueil près : en janvier 2025, la veille d’un déplacement à Créteil, la municipalité cantilienne avait publié un décret interdisant l’utilisation du terrain d’honneur alors que l’équipe de Yacoub Yassine était justement en train de s’entraîner dessus ! Ce qui avait valu l’intervention des forces de l’ordre afin de s’assurer que le message de la municipalité – « tout le monde dehors » – soit bien passé.

Cette même municipalité, qui ne fait pas du football sa priorité, va pourtant bénéficier bien malgré elle des projecteurs – pas celles du stade, hein ! – lors de son 16e de finale historique de coupe de France face au Stade Rennais (Ligue 1). L’événement le plus important dans l’histoire du club aura lieu dimanche 11 janvier (18h) au stade Pierre-Brisson à Beauvais, qui abritait autrefois des rencontres professionnelles (la dernière saison de l’ASBO en Division 2 remonte à 2001/2002) et aussi celles du FC Chambly. L’affiche va attirer 10 000 spectateurs, quand les rencontres de championnat de l’US Chantilly se déroulent devant plusieurs centaines de fidèles…

Cette mise en lumière doit servir le club afin de grandir et fidéliser un plus large public et aussi, peut-être, attirer de nouveaux partenaires. La coupe peut être ce formidable accélérateur, à condition que l’héritage soit bien « utilisé » et de continuer de raconter une histoire déjà bien entamée sous l’ère Yassine. Pour ce qui est de l’exploit, on rappellera juste que Chantilly n’a pas gagné un seul match à domicile cette saison en championnat, mais comme l’affiche se déroule à Beauvais…

Entretien : « Manager un groupe, ça ne s’apprend pas »

Photo 13HF

Yacoub, c’est ton prénom, n’est-ce pas ?
Oui ! Je sais, tout le monde croit que c’est Yassine ! Mais Yassine (avec deux « s »), c’est mon nom de famille !

Tes débuts au football ?
J’ai commencé à Creil (Oise) jusqu’à mes 14 ans, puis je suis parti pendant 4 ans au Havre, dont 3 années comme aspirant. Je jouais défenseur central ou latéral droit. Après Le Havre, j’ai eu la possibilité de signer à Sedan mais cela ne s’est pas fait, du coup je suis allé à Beauvais : la première saison, je jouais avec les U19 Nationaux et je commençais aussi à jouer en réserve en DH et la seconde année, en réserve, on est monté en CFA2. Ensuite, je suis encore resté quelques mois avant d’arrêter le football.

Pourquoi cet arrêt soudain ?
Mon papa a perdu son permis de conduire. Il avait une boîte de transport de messagerie, dont il était l’unique salarié. Il livrait des colis d’un point A à un point B (1), dans toute la France et aussi en Europe. Il travaillait à son compte et il fallait faire les livraisons. Il m’a dit « Tu es le plus grand de la famille, il faut que tu y ailles »… En fait, il m’a donné les clés et m’a dit « Demain, tu ne vas pas à l’entraînement, tu vas livrer ». Et à partir de cet instant, j’ai fait ça pendant six ans. J’ai repris l’entreprise, que j’ai développée et fait grossir, et qui est ensuite passée à 21 salariés. On a commencé à gagner des appels d’offre, et voilà. Notre siège était à Creil. On travaillait pour des donneurs d’ordre comme Chronopost, TNT, GLS.

(1). « La logique vous fera aller d’un point A à un point B. L’imagination et l’audace vous feront aller où vous désirez » (Einstein). Cette phrase est inscrite sur le mur, dans son bureau.

Dans son bureau d’entraîneur, au stade des Bourgognes. Photo 13HF

Mais tu n’avais aucune compétence au départ pour ce travail…
J’ai appris sur le tas alors que je n’y connaissais rien. Au tout début, je faisais une tournée, puis deux, puis trois, puis on engage un mec, puis deux puis trois… Parfois, j’allais livrer à Senlis puis à Hambourg en Allemagne ! Je rentrais à Creil, je dormais, puis j’allais charger à Nogent-sur-Marne et je repartais à Madrid ! Mais ça, je l’ai fait ça pendant un an. Parce que je me suis dit « ce n’est pas possible, je vais exploser » !

J’ai vu que l’on pouvait démarcher des sociétés de messagerie, comme un livreur qui vient chez toi quand tu as commandé une box ou un téléphone. Pour postuler chez ces donneurs d’ordre, il a fallu vendre mon savoir-faire. J’ai réussi à décrocher un rendez-vous chez Chronopost. Là, je tombe sur quelqu’un qui s’appelle Michaël Kaba et qui me reçoit. Moi, je venais pour travailler. Je lui ai dit que je sortais d’un centre de formation de football, que j’étais rigoureux et qu’avec moi, l’heure c’était l’heure ! Je lui ai dit aussi que j’étais déterminé, que personne ne l’était autant que moi, et que s’il m’expliquait le boulot, je serai le meilleur !

Mon discours lui a plu et en plus, il était fan de l’Olympique de Marseille, où jouait Steve Mandanda, que j’avais connu au Havre. Il a regardé sur internet pour voir si je ne racontais pas des conneries (sic), et pendant deux heures, on a parlé de football ! Finalement, il me donne rendez-vous le lendemain à 8h pour commencer à travailler. Petit à petit, il me forme, il m’apprend mon métier, parce que livrer 50 clients à Creil et livrer un colis d’un point A à un point B, ce n’est pas du tout la même chose. C’est ça qu’on appelle la messagerie. Là, j’ai des horaires, je gagne un appel d’offres, il y avait plusieurs tournées, j’ai commencé à embaucher et c’est parti.

« Mes formateurs au Havre m’ont donné envie de devenir entraîneur »

Photo Philippe Le Brech

Du coup, tu as complètement mis le foot de côté …
Complètement. Je n’avais pas en vie d’aller faire des essais en Roumanie ou au Luxembourg. Au Havre, je gagnais déjà un peu d’argent, alors cela a été dur d’arriver à Beauvais, et sans manquer de respect à l’ASBO, j’avais l’impression de redescendre d’un cran. Je me suis dit que j’allais économiser de l’argent, que j’allais construire quelque chose, arrêter de regarder sans cesse les calories… Par contre, je continuais à regarder le foot, notamment les matchs du PSG et du Havre, mon club de coeur. Le HAC, c’est vraiment une école de la vie, c’est là où j’ai tout appris (2).

(2) Dans un entretien accordé au Parisien en 2020, voilà ce que disait Yacoub Yassine au sujet du Havre AC : « Là-bas, il formait des joueurs et des hommes, avec des valeurs. On nous apprenait à respecter l’adversaire, tout en cherchant à être meilleur que lui et à performer grâce à son travail. Je me suis nourri de ça et je m’en inspire aujourd’hui avec mon groupe, car je crois en ce discours. C’est l’état d’esprit qui guidera ce qu’on met en place. »

Qui sont les entraîneurs marquants que tu as eus au Havre ?
Mes quatre entraîneurs là-bas m’ont marqué. Johann Louvel, un meneur d’hommes, aujourd’hui directeur du centre de formation de l’Olympique Lyonnais, avec qui je suis toujours en contact. Mickaël Lebaillif, qui est aujourd’hui cadre à la DTN au Maroc. François Rodrigues, entraîneur-adjoint de la sélection nationale d’Arabie Saoudite, et qui m’a fait signer mon premier contrat aspirant. François, c’est un entraîneur très proche des joueurs. Et Jean-Marc Nobilo, qui a une grosse personnalité. Louvel et Nobilo, ce sont deux tacticiens. Tous les quatre m’ont donné envie de devenir entraîneur.

« Je prends les choses comme elles viennent »

Photo 13HF

Comment as-tu rebasculé dans le milieu du foot ?
Vers l’âge de 25/26 ans, après 5 ou 6 ans à bosser sans cesse, j’ai eu l’impression de ne pas vivre ma jeunesse, même si je gagnais bien ma vie. J’ai alors voulu revendre mes parts et faire une pause dans ma vie. Parce que le foot me manquait aussi, tout comme le bruit des crampons qui claque au sol dans les vestiaires et les couloirs, tu sais, ce bruit bien spécial… Je me suis dit, « Je vais coacher ». J’ai appelé le club de l’AFC Creil pour entraîner une équipe et c’est là que je prends les U14, au poste d’adjoint. Je n’avais aucune expérience. J’avais des idées mais je ne savais pas les mettre en place.

Finalement, ça l’a fait. Le manager général du club, qui était aussi le coach des U14, Johann Barbot, m’a poussé, m’a encouragé. J’ai fait un an et demi comme ça puis quand il s’est fait licencier de Creil, tout le monde est parti, moi aussi, et j’ai signé à Beauvais comme entraîneur des U16 DH, on finit 2e derrière Amiens SC. Et puis Johann (Barbot) signe à l’US Chantilly, il m’appelle et là, pendant deux ans, je suis responsable des jeunes. Puis le coach des seniors DH arrête en 2017 et on me donne l’équipe. En parallèle je passe le BEF, et quand on remonte en National 3 en 2020 (l’équipe était monté en 2018 puis redescendu en 2019), je m’inscris au DES et je suis pris.

Photo Philippe Le Brech

Le diplôme, c’est quelque chose d’important pour toi ? Tu as envie d’aller encore plus haut ?
Oui, c’est l’objectif. Les prérequis pour le BEPF (diplôme professionnel), c’est d’avoir travaillé au moins 5 ans dans un club de niveau national. Les 5 ans, je les ai. L’idée, effectivement, c’est de postuler. Mais je n’ai jamais eu de plan de carrière. Je prends le choses comme elles viennent. Mais je m’aperçois d’un truc, c’est que mon staff (3), mon équipe, moi, on est au niveau.

Quand je vais entraîner à Creil en U14, naïvement, je pense que tous les entraîneurs sont comme Jean-Marc Nobilo, François Rodrigues, Johann Louvel ou Mickaël Lebaillif, parce que je n’ai connu qu’eux. Et en fait, je me dis que j’ai un vrai savoir-faire. C’est comme quelqu’un qui apprend un métier. Je me suis aperçu que c’était très amateur alors que j’avais une vision très professionnelle, en raison de mon passage dans un club très structuré, très pro, comme Le Havre.

Le staff technique de l’équipe de N2. Photo US Chantilly

Donc, forcément, j’avais une approche déjà très rigoureuse de l’aspect tactique, de l’aspect managérial. Et quand j’entraîne les seniors de l’US Chantilly en DH, puis en N3, j’entends qu’on dit que, pour le club, c’est le plafond de verre, que Chantilly est toujours redescendu… Ok, mais moi, je dis « Non, on ne va pas descendre ». On se maintient en N3 deux saisons, puis trois, puis au bout de la quatrième, en 2024, on monte en National 2 ! On se maintient, et voilà… Et l’entraîneur adverse, que tu voyais avant comme un ogre, parce que tu regardais ses interviews sur internet, et bien tu te rends compte que, avec ta façon de faire, toi aussi tu es « capable », que ça peut fonctionner, avec ton propre style de management.

(3) Son staff : Nicolas Capelli (adjoint); Julien Hernandez (adjoint); Vincent Seconds (entraîneur des gardiens), Julien Piotrowski (adjoint / analyste vidéo), Julien Lugier (préparateur physique).

L’exemple de Christophe Pélissier

Photo 13HF

Tu as donc l’ambition d’aller plus haut, de devenir un entraîneur pro ?
Ambitieux, je ne l’étais pas avant, parce que ça me paraissait tellement loin… Je prends l’exemple de Christophe Pélissier, qui a entraîné en DH, en N3, en N2, en National, en L2, en L1 aujourd’hui, il connaît tous les niveaux, tous les domaines, la préparation athlétique, l’analyse vidéo, l’aspect tactique, et je suis convaincu qu’aujourd’hui, en Ligue 2, en toute humilité, je ne ferais pas moins bien que les autres. Moi, je n’ai pas de doute sur ça, mais attention, demain, je peux très bien faire autre chose aussi. Le foot, ça reste un rectangle vert, avec un ballon, un adversaire que tu analyses, les forces vives et les défauts de ton équipe, et il faut optimiser tout ça et monter le meilleur onze possible pour gagner le match. Manager un groupe, ça ne s’apprend pas. J’aime ça. Je pense que ma façon de faire est innée, tu l’as ou tu ne l’as pas. J’aime créer une âme dans le vestiaire. J’arrive à développer ça. Après, quand tu as tout ça, ça donne ce qu’on appelle la performance.

Si un projet se concrétisait à l’avenir, mais loin de Chantilly, familialement, ça serait possible ?
Partir pour un projet foot ? Mon épouse détestait le football (rires) mais aujourd’hui, elle vient un peu au stade, elle regarde les matchs… Si la question se pose un jour, il n’y aura pas de frein de ce côté-là, parce que c’est ma passion, j’aime le foot, je baigne dedans depuis tout petit, et quand je dis ça, je ne le vois pas comme un métier… Je suis un compétiteur, ce qui m’intéresse, c’est performer. L’essence d’un compétiteur, c’est « tu rentres sur un terrain, tu veux battre l’adversaire ». Imposer ma façon de jouer à l’adversaire, c’est ce qui n’anime, c’est ça que j’aime dans la vie. Ma femme ne s’opposera pas à ça.

« Former des joueurs de football et des citoyens responsables »

Avec Romain Paturel, le coach de Furiani. Photo Philippe Le Brech

Il est comment, ce club de l’US Chantilly ?
C’est un club très familial. Sa force, c’est la cohésion entre les différents membres, que cela soit à la direction, au bureau, dans le staff, chez les éducateurs des jeunes, on travaille tous dans un seul intérêt : le club. Ce que j’ai voulu mettre en avant ici, et que j’avais appris au Havre grâce à Jean-Marc Nobilo, François Rodrigues, Johann Louvel et Mickaël Lebaillif, c’est d’être des bons citoyens et de gagner des matchs. Leur credo, c’était « former des joueurs de football et des citoyens responsables ». Je pense que, par rapport à ça, ils doivent être fiers de voir ce que je suis devenu.

C’est quoi un bon citoyen ?
Un bon citoyen, c’est quelqu’un qui défend les valeurs de son entreprise, de son pays, de sa famille, de son club. Je voulais que tout le monde défende les valeurs de l’US Chantilly. On a réussi, d’autres ont pris la relève chez les jeunes, et ça, c’est la première force du club.

Mais en raison de ses infrastructures, le club est limité…
Oui, c’est le problème. En fait, on est un club de Régional 1 qui évolue en National 2. On n’a pas d’éclairage, pas de synthétique, le club house c’est une cabane, et là tu es dans notre bureau… On est monté sportivement mais ce n’était pas forcément voulu. Ce que je veux dire, c’est qu’on est un sport populaire à Chantilly qui ne colle pas trop avec l’image de la Ville, mais on discute beaucoup avec elle et les relations se sont améliorées. On veut donner une belle image aussi. Tu sais, j’aime Chantilly, je suis au club depuis longtemps. C’est notre deuxième saison d’affilée en National 2, un niveau très relevé mais un peu « bâtard » car on a beaucoup de contraintes. Pour moi, le N2, c’est un championnat qui devrait être pro, comme dans d’autres pays. En plus, l’exigence technique et tactique y est très relevée.

« Thionville, c’est très fort partout ! »

Photo Philippe Le Brech

Quel type d’entraîneur es-tu ?
J’aime que l’on joue avec de la personnalité, qu’on ne s’adapte pas à l’adversaire, que l’on soit capable d’imposer notre manière de jouer, d’être haut sur le terrain, de récupérer le ballon haut et de le maîtriser pour avancer. Bien sûr, il y a des matchs où on doit être un peu plus bas, il faut l’accepter, mais je n’aime pas les possessions stériles. Il faut être tranchant, faire reculer l’adversaire.

As-tu un système préférentiel ?
Non, je n’ai aucun système arrêté. J’ai connu la DH (R1), le N3, maintenant le N2, chaque championnat est différent. Il faut aussi s’adapter à la division et au profil des joueurs. C’est pour ça, quand je te disais que l’on ne s’adaptait jamais à l’adversaire, mais à nous… Par exemple, si j’ai plus de défenseurs que de milieux, peut-être que je vais jouer avec trois défenseurs axiaux au lieu de deux. Si je sens qu’on a de la qualité au milieu, je vais jouer à trois au milieu, etc. En fait, je vais vraiment chercher à m’adapter aux forces vives de mon effectif, où certains joueurs évoluaient encore en Régional 2 l’an passé (avec la réserve du Red Star, qui est montée en R1). Comme mon piston gauche Mahamadou Sissoko par exemple, ce qui fait que, parfois, on manque de maturité, on l’a vu contre Thionville Lusitanos en championnat (1-2, le 13 décembre dernier). Un joueur comme Xavier Decroix a dû faire 15 matchs de N3 dans sa carrière, Alan (Issifou) n’avait pas de club l’an passé, et ces trois joueurs que je cite en exemple, ce sont trois titulaires en National 2. On doit donc grandir, apprendre, passer des caps individuellement.

Thionville Lusitanos qui caracole en tête de ta poule en N2, c’est comment ?
Individuellement, c’est très fort partout. C’est une équipe qui joue très « vertical », qui « va chercher » très-très haut, capable de se désorganiser. On les a bien contenus, on les avait bien analysés, mais voilà…

« L’homme est plus important que le joueur »

As-tu des modèles de coach ?
Mes modèles, ce sont mes éducateurs au Havre, je m’imprègne d’eux même si je m’ouvre aujourd’hui bien sûr… La façon de presser de Klopp m’intrigue, le jeu de possession de Guardiola me plaît, le pragmatisme et le management de Zizou me pousse à regarder… Je pioche un peu partout et j’ajoute ma touche personnelle.

Photo US Chantily

Et ta personnalité ? Tu as l’air d’être quelqu’un de très direct, très franc, très cash, qui dit les choses…
Avec mes joueurs, j’ai toujours dit que le jour où je dois jouer un rôle, j’arrêterai d’entraîner. Comme je suis dans la vie de tous les jours, je veux être cet entraîneur-là. Je dis les choses, je peux être très dur mais parfois la situation le demande. Je peux aimer énormément mon joueur, le défendre, parce que je sens qu’en contrepartie il donne ce qu’il faut pour le club, et là, ça donne quelque chose dans la relation, que l’on garde encore après. J’ai des joueurs avec qui je suis resté en contact, certains même avec qui je bosse parce qu’ils ont les valeurs qui me correspondent. Je peux être dur aussi quand je sens que l’on se moque du monde, que l’on ne respecte pas les fondamentaux.

En fait, c’est exactement comme dans la vie de tous les jours, comme avec mes enfants (il est papa de quatre enfants, Ndlr), même si je ne les compare pas avec les joueurs, c’est un exemple. Quand je rentre dans le vestiaire, je ne veux pas mettre de masque, et quand je parle avec mon groupe, les joueurs parlent avec Yacoub. Le jour où je ne pourrai plus être comme ça, j’arrêterai, parce que je pense que c’est ma force aussi, d’être l’homme que je suis dans la vie de tous les jours, sincère, juste et droit avec les joueurs. Ils le ressentent et je pense qu’ils apprécient ça. Avant que tu n’arrives, j’étais avec un joueur et je lui montrais en vidéo une situation, ce n’était pas agréable pour lui, mais il a fait une grosse erreur. Je voulais lui montrer. Il ne m’en veut pas. Il sait que ce que je lui ai dit est cohérent. Si l’homme, qui est plus important pour moi que le joueur, a les bonnes valeurs et qu’il est sain, il apprécie qu’on lui dise les choses.

« Je regrette que cela n’ait pas fonctionné avec Mohamed Coulibaly »

A l’issue de la qualification en 16e de finale de la coupe de France, à Freyming. Photo US Chantilly

Le club aussi passe des caps : le National 2, un 16e de finale de coupe de France qui arrive contre Rennes…
L’US Chantilly avait jusqu’alors atteint à quatre reprises les 32es de finale. Et là, on est en 16e, on a eu le mérite de ne jamais aller jusqu’à la séance des tirs au but. La coupe de France, c’est vraiment la satisfaction de cette première partie de saison. Il y a eu pas mal de changement l’été dernier, j’avais laissé l’équipe puis je l’ai reprise en cours de route, l’effectif a évolué…

L’été dernier, justement, tu t’es mis en retrait pour devenir directeur sportif, et le club a engagé Mohamed Coulibaly pour te remplacer : une erreur de casting ? Regrettes-tu cette ta décision ?
Ce que je regrette, c’est que cela n’a pas fonctionné avec Mohamed Coulibaly, parce que c’est un super mec, il faut l’écrire. J’aurais voulu que ça fonctionne. La deuxième chose, c’est que l’on n’a pas pour le moment les moyens au club de mettre en place l’organisation dont je rêve, pourtant je suis persuadé que c’est ce qu’il manque – un directeur sportif / manager – pour performer à ce niveau et pérenniser l’US Chantilly en N2. On est limité. On a un budget club de 600 000 euros environ, qui est un des plus petits de la division, avec la moitié environ pour le N2, on le sait. C’est un frein, mais ce frein-là, on l’avait aussi en N3.

« Je voulais avoir ce rôle de directeur sportif »

L’équipe de N2 de l’US Chantilly, en août 2025. Photo Philippe Le Brech.

Finalement, alors que ce n’était pas prévu, tu as retrouvé le terrain après le départ de Mohamed Coulibaly…
Les résultats n’étaient pas là : 5 défaites lors des 7 premiers matches (pour 2 victoires), ça faisait beaucoup. C’est une décision de la direction. Mais au départ, ce changement, c’était de ma volonté. Je voulais avoir ce rôle de directeur sportif, ce que personne ne fait aujourd’hui, quelqu’un qui fasse le relais entre la direction et le sportif. Mais les résultats ont décidé de l’urgence. Le président Anthony Brice m’a demandé de revenir.

Directeur sportif, le rôle que tu souhaitais occuper cette saison, c’est vraiment ce qui fait défaut au club ?
Pour moi, si tu es connecté avec ce qui se fait en région parisienne, si tu connais tous les championnats de R1/R2, si tu connais le National 3 de Paris et alentours, si tu es connecté, si tu as du réseau, tu peux t’en sortir, mais encore faut-il mettre cette structure en place et avoir quelqu’un qui bosse là-dessus. C’est difficile de faire comprendre ça aux dirigeants alors que, selon moi, c’est indispensable. Il faut que j’arrive à leur faire prendre conscience de cela, surtout que le N2 d’aujourd’hui est devenu le National d’il y a quelques années.

Tu n’as pas le temps d’aller voir des matchs ?
Non et je le regrette, parce que pour le développement de l’US Chantilly c’est important. Je regarde des matchs sur la plateforme BePro, mais je regarde surtout le N2, nos adversaires… Si tu me demandes de te citer les onze joueurs de Liverpool, je ne suis pas certain d’y arriver, alors que si tu me demandes les onze joueurs de Thionville, là, je les connais par coeur !

« J’avais l’impression que je ne pouvais pas faire plus »

Photo US Chantilly

Pas trop difficile ce retour sur le banc ?
En fait, je pensais que le club avait atteint son le plafond de verre. Même si mon truc, c’est le terrain, j’avais l’impression que je ne pouvais pas faire plus. J’avais déjà eu cette impression en National 3. C’est pour ça que je dis qu’il faut que l’on travaille en parallèle au club pour développer des choses, pour exister dans ce monde-là, que cela soit au niveau du recrutement, de notre capacité à « scanner » des joueurs, à connaître les joueurs, les équipes, à aller voir des matchs de N3, de R1, de R2… On est en région parisienne, où le vivier est énorme. Il faut que l’on soit connecté à ce monde-là mais actuellement on ne l’est pas, parce que c’est une question de moyen.

Quand je fais 4 ou 5 saisons avec le même groupe, je me demande si j’ai la capacité de me renouveler, si j’ai la matière pour cela, si mon discours va encore passer. C’est comme un château de cartes : il faut être dans l’anticipation des choses. C’est que j’ai voulu instaurer à l’intersaison. On s’est maintenu deux fois à la dernière journée en National 3, un truc de fou (4) ! C’est tout un processus, et c’est pour ça que j’ai voulu prendre un entraîneur, afin que je puisse travailler sur le reste, pour que l’on parvienne à se maintenir en N2.

Photo Philippe Le Brech

Malheureusement, comme je l’ai dit, l’urgence des résultats a fait que l’on a du prendre cette décision. En fait, aujourd’hui, notre structuration en National 2 est la même qu’en DH (R1). Quand on est coach, on fait tout, on fait aussi DS, manager, assistant social, kiné, préparateur athlétique, médecin, analyste vidéo… Parfois même secrétaire ! En R1, on peut le faire, mais en N2, avec quatre séances par semaine, ce n’est plus possible, on n’a plus le temps, on est dans le monde pro, les adversaires te connaissent, ils t’ont analysé, et toi, tu dois passer encore plus de temps sur l’entraînement, sur la gestion de ton équipe, tu n’as plus le temps pour ton club. Il faut développer ce truc à côté. C’est ça le message que j’ai voulu faire passer à mon club l’été dernier.

(4) En 2022-23, l’US Chantilly a décroché son maintien à la dernière journée face à Croix (3-3), en égalisant dans le temps additionnel par Dramane Koné, auteur ce soir-là d’un doublé. Le club avait finalement terminé 9e de N3, à un point devant le premier relégable.

Avant un match, tu es comment ?
Je n’arrive pas à m’éparpiller. La veille et le jour de match, je suis focus. J’aimerais bien que ça change. Si ça change, ce sera synonyme de réussite (rire) ! si j’arrive à sortir le samedi matin pour aller voir mon fils jouer, sans perturber ma préparation de match, alors là (rires) !

« La coupe peut lancer une dynamique »

En coupe de France, la joie à Freyming avec les supporters du club. Photo US Chantilly

Chantilly en N2, c’est une sacrée satisfaction tout de même …
Je suis un enfant de l’Oise. J’ai grandi à Creil. Je n’étais pas prédisposé à être là aujourd’hui. l’US Chantilly, c’était le petit club du sud de l’Oise, derrière les deux ogres, Beauvais et Chambly. Beauvais, j’allais les voir en Ligue 2, en National. Et quand je reprends l’équipe de Chantilly en DH, Chambly, ils sont en National et montent en Ligue 2 ! T’imagines, aujourd’hui, on est dans la même poule ! Pour eux, déjà, c’est dur de se retrouver en N2 mais pour nous ? Et on arrive à se mettre à ce niveau-là !

Le stade Pierre-Brisson à Beauvais sera bien rempli pour recevoir Rennes en coupe de France : ça va vous changer de l’affluence en championnat…
C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de monde qui vient voir nos matchs à Chantilly, en plus on joue à Senlis. C’est aussi un aspect sur lequel j’aurais aimé que l’on bosse, afin de développer ça. On a quand même 500 licenciés au club. On a réussi à mobiliser plusieurs bus pour le déplacement à Freyming en 32e de finale de la Coupe de France, je suis content, il y avait 200 ou 300 personnes qui étaient là. En fait, on arrive à mobiliser du monde, mais uniquement sur des gros événements, comme en coupe, ou aussi en championnat quand on jouait la montée en N2 à Lille : s’ils nous battaient, ils montaient, et on a réussi à faire venir du monde (5).

Photo US Chantilly

Maintenant, il y a ce 16e de finale historique pour le club, qui peut lancer une dynamique. Le stade à Beauvais sera à guichets fermés (environ 10 000 spectateurs). La coupe peut être un élément déclencheur. Mais je n’en ai pas vraiment conscience parce qu’on n’a jamais fait de parcours et à titre personnel, je n’avais jamais dépassé le 7e tour. En fait, on a surtout fait beaucoup en championnat, avec des montées.

L’affluence, c’est un sujet qu’il faut prendre à bras-le-corps. Il faut fidéliser, entretenir tout ça, aller les chercher, créer une sorte de comité pour s’en occuper, sinon l’effet va s’estomper. Tu vois, tous ces sujets structurels sont importants. Parce qu’en National 2, ce n’est plus uniquement sur le terrain que ça se passe, c’est aussi en dehors, avec tous ces aspects dont j’ai parlé avant.

(5) Samedi 18 mai 2024, l’US Chantilly, au prix d’un match nul 2-2 contre la réserve de Lille, combiné à une défaite de Lens B, accédait pour la première fois en 122 ans d’existence en N2.

Rencontre avec Habib Beye, en février 2024. Photo US Chantilly

Parle-nous de cet échange avec Habib Beye en février 2024, que tu vas retrouver dans le camp d’en face, en coupe ?
C’était merveilleux. Une superbe rencontre. Habib Beye, c’est un grand connaisseur, ça m’a vraiment surpris. Dans la préparation, dans la conception technique de ses séances, il a de vraies idées. Je me suis inspiré de choses dont il m’avait parlé durant cette discussion, et quatre mois après, on montait en N2 ! J’ai énormément de respect pour lui. J’étais ensuite allé voir un match à Bauer contre Le Mans, quelques jours plus tard (4-1), et on avait encore échangé. Il m’avait même proposé de revenir sur des séances mais je n’avais pas osé lui dire que je bossais le matin et comme on s’entraînait le soir à l’époque… J’avais vraiment envie de passer le voir s’entraîner, de voir comment il fonctionnait de l’intérieur, et je ne l’ai pas fait. Bon maintenant…

Voilà, c’est l’anecdote ! Quand j’ai vu qu’il était sur la sellette il y a quelques mois à Rennes, depuis ma fenêtre chez moi je me disais « Non, c’est pas possible, le club n’a pas le droit de faire ça, il doit le laisser en place ». J’ai discuté avec Habib Beye, je sais quel entraîneur il est, il a sa place là-haut, il faut le laisser. Et aujourd’hui, je ne suis pas surpris du redressement du Stade Rennais et je suis même content. Parce qu’il est à la hauteur, il l’a prouvé.

Coupe de France Crédit Agricole (16e de finale) / Dimanche 11 janvier à 18h, au stade Pierre-Brisson, à Beauvais : US Chantilly (N2) – Stade Rennais (L1), en direct sur BeIN Sports (Multiplex)

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13heuresfoot, Philippe LE BRECH, US Chantilly
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Jamais l’entraîneur Franco-portugais, passé par Rouen, QRM, Lyon Duchère, Créteil, Saint-Etienne et Clermont, n’était resté aussi longtemps – une demi-saison – sans club ! Dans cet entretien, le Normand de 48 ans, requinqué physiquement et moralement après une période difficile où il fut proche de la dépression, évoque son caractère, ses joies, ses douleurs, son métier. Il en profite aussi pour délivrer quelques messages personnels.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : 13HF et Philippe LE BRECH (sauf mentions)

Emmanuel Da Costa, à Rouen, le 12 décembre dernier. Photo 13HF

Le hasard fait bien les choses. C’est à quelques heures d’un derby en National entre le FC Rouen et Quevilly Rouen Métropole, à Diochon, deux clubs voisins et un stade partagé qu’il a fréquentés pendant près de 20 ans, que nous avons rencontré « Manu » Da Costa, dans un café, à Sotteville-lès-Rouen, tout près de la mythique enceinte qui pue toujours autant le football : « C’est rare que je donne des interviews, lance-t-il. Mais avec toi, j’ai accepté tout de suite, parce que je te connais ! »

Levons immédiatement le voile : j’ai été salarié, deux ans durant, de 2016 à 2018, de l’entreprise US Quevilly Rouen Métropole, et donc partagé un bout de chemin avec le Rouennais âgé aujourd’hui de 48 ans. Une période parfois faste (accession de National en Ligue 2 en mai 2017 puis découverte du monde pro pour la nouvelle entité QRM) mais pas toujours simple.

Un malaise sur le banc

Le temps faisant son oeuvre, les textos sont revenus bien des années après. Grâce à 13heuresfoot ! Et puis, un texto de « Manu », début décembre, a fait tilt : « Il ne faut pas être un écorché vif comme je pouvais l’être… » Une phrase qui a suscité ma curiosité et mon envie d’interviewer le Franco-Portugais, ancien pensionnaire du centre de formation de l’AS Cannes dans les années 90, milieu offensif à Viry-Châtillon, Dieppe et au FC Rouen, où une vilaine blessure a prématurément mis un terme à sa carrière de joueur en 2001, à l’âge de 24 ans.

C’est vrai. Manu Da Costa, qui a immédiatement accepté ma requête, est cet écorché vif. « Était » si l’on se fie à son texto. Il était surtout l’entraîneur-entraînant de l’US Quevilly (2013-15) puis au début d’un projet QRM (2015-20) qu’il s’est tellement approprié et qu’il a tellement incarné, qu’il a manqué d’y laisser sa santé. Personne n’a oublié cette scène sur le banc à Diochon, le 13 avril 2019, lorsqu’en début de match – QRM affrontait Concarneau – il fut victime d’un malaise puis transporté à la clinique, avant de passer le nuit en observation.

Entre le Portugal et Rouen

Sur le banc de Lyon-Duchère, en National, en 2020. Photo Philippe Le Brech

Et puis, comme toutes les histoires d’amour finissent mal – en général – la séparation avec QRM est arrivée, en 2020, logiquement. Inéluctablement. La fin d’un cycle.
Brisé dans son élan de joueur, « Manu » Da Costa, qui partage aujourd’hui sa vie entre le Portugal et Rouen, s’est rapidement tourné vers la carrière d’entraîneur, avec une progression linéaire : entraîneur chez les jeunes au FC Rouen et à Oissel, entraîneur de la réserve au FC Rouen avec une accession en CFA2 en 2010 au terme d’une saison à … zéro défaite (19 victoires et 7 nuls, 90 points !), entraîneur adjoint en National au FC Rouen aux côtés Eric Garcin puis entraîneur principal pendant trois mois au printemps 2012, avant une expérience à Compiègne en CFA (N2).

En 2013, « MDC » signe à l’US Quevilly, en CFA, tout juste relégué de National, où il passe 7 saisons, dont 5 sous la bannière Quevilly Rouen Métropole. Après Lyon-Duchère, en National (2020), il entraîne l’US Créteil pendant un an et demi, toujours en National. Une expérience d’un an et demi à Saint-Etienne (Ligue 2, 2022 à décembre 2023), dans le rôle d’adjoint de Laurent Batlles, qu’il a côtoyé à la formation du BEPF en 2017-2018, et qu’il retrouvera un an plus tard pour une « pige » de quatre mois à Clermont Foot (Ligue 2), garnissent un CV où l’on trouve également une expérience en D1 au Luxembourg, à Hespérange.

Après toutes ses années sur un banc, Emmanuel Da Costa n’était jamais resté aussi longtemps – sept mois – sans travailler. Ce temps, parfois long, mais pas inutile, il l’a utilisé. Pour se recentrer sur lui-même et sur l’essentiel. Pour se ressourcer. Pour continuer à se former. Pour régler des choses sur le plan familial. Pour assouvir aussi sa soif de connaissance, comme il l’explique dans cet entretien de 45 minutes, où l’homme, qui a accepté de parler de sa réputation, de son image et de son caractère, est apparu affûté, apaisé, requinqué, ultra-combatif, mais pas marqué, même s’il a tenu, sans nous prévenir, à envoyer quelques messages personnels. Sacré Manu !

Entretien : « Je sais d’où je viens »

Sur le banc de Créteil, en National. Photo Philippe LE BRECH

Manu, aujourd’hui, c’est jour de derby à Diochon où le FC Rouen accueille QRM : tu vas au match ?
Oui j’y vais !

Tu seras pour qui ?
J’y vais avec un oeil neutre. J’ai eu de grandes histoires dans les deux clubs. J’ai même perdu mon corps dans l’un des deux… J’ai perdu de l’argent au FC Rouen, où je me souviens qu’en National, pour un déplacement à Niort, j’avais mis de l’essence dans les Opel Vivaro parce que le club n’avait plus d’argent. Une fois, on avait fait une collation sur une aire de repos pour aller au Beauvais, que j’avais payée aussi. Mais le FC Rouen a une attache particulière pour moi parce que j’y ai commencé ma formation d’entraîneur. J’étais un vrai cul rouge, entre guillemets, puis Quevilly m’a tendu la main et permis de sauter la barrière comme coach. Aujourd’hui, je n’ai plus ou très peu de rapport avec les deux clubs. Je serai au match avec Richard Déziré et certainement mon oncle.

« Diochon, c’est ma vie de footballeur ! »

Ce sera ton retour à Diochon ou bien est-ce que tu y étais déjà retourné ?
Non, j’y suis déjà allé cette saison. Mais j’y vais rarement. Quand je suis allé voir QRM-Caen en début de saison (1-1), c’était la première fois que j’y retournais. Je n’y avais plus mis les pieds depuis que j’étais parti en 2020. Et je suis aussi allé voir FC Rouen contre Concarneau le mois dernier (0-0). À chaque fois, je me mets dans mon coin, je me fais discret, même si ça me fait quelque chose, parce que Diochon, c’est ma vie de footballeur, d’entraîneur, et j’y ai perdu ma jambe aussi, avec cette double fracture tibia-péroné, côté tribune Bruyères, dans la surface de réparation. J’ai fait une montée en Ligue 2 dans ce stade avec QRM, j’ai fait des campagnes de coupe de France, j’ai entraîné les jeunes du FCR, les 15 ans, les 18 ans et avec la réserve du FC Rouen, on est monté en N3 en étant invaincu toute la saison, on a fini en haut de tableau en CFA2 (N3)… Il y a eu beaucoup de belles histoires sportives et aussi de belles histoires humaines. Bien sûr, il y a des gens que je connais encore, notamment Romain Djoubri, que le FC Rouen a pris comme coordinateur sportif, Pascal Braud aussi, un mec extra avec qui j’ai bossé à La Duchère, qui est l’adjoint de Régis (Brouard, actuel entraîneur du FC Rouen), que je connais moins, et à QRM aussi, de temps en temps on s’envoie quelques petits SMS par ci-par là.

« Il ne faut pas cracher dans la soupe »

Mais il y a bien un des deux clubs qui tient une place à part, non ?
C’est dur, parce que il ne faut pas cracher dans la soupe. J’ai une certaine éducation qui fait que je suis trop respectueux… (il coupe). Mon parcours atypique fait qu’à un moment donné, je n’ai pas pensé à moi, mais au club. C’est une question difficile parce que le FC Rouen, c’est le début de ma vie. Mon papa Joachim grimpait sur les arbres pour voir les matchs à l’époque. J’ai connu les Giguel, Orts, Haise, toute cette équipe des années 80/90, avec le coach Daniel Zorzetto, il y avait aussi Richard (Déziré) bien évidemment. Ils m’ont pris sous leur aile. Et Quevilly m’a fait confiance. Ce n’était pas simple pour eux de faire confiance à un mec comme moi qui sortait de nulle part. Ils m’ont tendu la main, je leur ai rendu. C’est pour ça, il ne faut pas cracher dans la soupe. Le FCR et QRM sont deux identités qui me sont chères, tout simplement.

On sent une certaine rancoeur, tout de même, vis à vis de QRM…
Non. Pas de la rancoeur. Je l’ai dit, je ne veux pas cracher dans la soupe. Mais quand je lis ton article sur Michel Mallet (le président de QRM, Ndlr) cet été et qu’il ne dit pas un mot sur cette génération qui a fait National 2 – National – Ligue 2 … On n’est pas loin d’avoir le record d’invincibilité en National avec QRM (18 matchs), on a eu je ne sais combien de joueurs dans l’équipe type de National en fin de saison, on a un entraîneur nommé par ses pairs, on arrive à monter en Ligue 2 avec des bouts de ficelles et des bouts de bois, avec des joueurs à temps partiels, on fait deux fois un 8e de finale de coupe de France (à Boulogne en 2015 et contre Guingamp en 2017), ce qui n’est plus arrivé depuis… Alors ok, qu’il ne se reconnaisse pas en moi parce que je ne suis pas un communicant, parce que je n’aime pas la médiatisation, parce que je suis tout le contraire d’autres personnes, c’est une chose, malgré tout, on ne doit pas dénigrer cette génération qui a amené son club vers le monde professionnel, et beaucoup plus vite qu’il ne l’aurait pensé.

Le staff de Quevilly Rouen en 2016, avec, autour de Manu Da Costa, William Louiron, Julien Savigny et Benjamin Le Borgne. Photo QRM/JMT

C’est vrai qu’à bien y réfléchir, on peut dire après coup que c’était un bel exploit…
Tu as vu aujourd’hui les gros projets en National 2 ? Il ne faut pas un an pour en sortir de ce championnat ! En N2, à la mi-maison, l’année du début du projet QRM (en 2015-2016), après une défaite à Mantes, la deuxième de la saison (et la dernière de la saison, Ndlr), Michel Mallet me dit « Manu il faut préparer la saison prochaine ». Dans ma tête, je me dis « Mais qu’est-ce qu’il me raconte ? On va y aller, on va finir champion ! », et on est champion, avec je ne sais combien de points d’avance. L’année d’après, en National, personne ne mise sur nous, et on monte en L2, alors quand je l’entends quelques années après parler de braquage de National… Si cette saison-là (2016-2017) ce n’est pas un braquage, c’est quoi alors ? Et en Ligue 2, on joue pendant trois mois à l’extérieur tous nos matchs (le stade Diochon était en travaux pour mise en conformité, Ndlr), sur une année où je passais le BEPF à Clairefontaine, et on loupe le barrage du maintien pour une victoire. C’est pour ça que je ne veux pas que l’on minimise tout ce que l’on a fait pendant ces trois ans exceptionnels, avec un staff amoindri mais exceptionnel. Regarde la carrière que mon staff de l’époque est en train de faire, Julien Savigny est à Caen, Benjamin Leborgne est à Rennes, Alex Pasquini est à Rennes aussi. Il ne faut pas dénigrer tout ce qu’il y a eu, toute cette épopée, que l’on aime ou pas les gens.

« Les gens oublient facilement »

Avec l’AS Saint-Etienne. Photo asse.fr

Si Michel Mallet n’a pas parlé de toi dans cet entretien, c’est aussi parce que l’on n’a pas évoqué le passé, mais plutôt le présent et l’avenir…
Oui, mais respectons cette génération-là. Aujourd’hui, le manque de considération et de gratitude vis-à-bis des gens qui étaient là au début, qui ont trimé… Parce que souviens-toi, au début, la « guerre » qu’il y avait avec le FC Rouen, il a fallu tenir bon, il a fallu vivre avec tout ça, combattre tout ça. À Croix, en N2, dans un match capital, le bus n’arrive pas. Finalement on y va avec les Opel Vivaro, à la va-vite. Et la fameuse causerie de Pascal Dupraz (Angers-Toulouse), je l’ai faite avant lui, à Croix. Quand tu penses au manque de considération et de gratitude par rapport à tout ce qui a été fait, ça ne me blesse pas, mais ça m’embête. Les gens oublient facilement. Cette génération ne mérite pas ça. Il n’y a jamais eu un article, une ligne, un seul mot. Nulle part. Quand il y a des derbys FCR-QRM, pas un mot sur ça.

Je sais bien que j’étais puant avec les journalistes, notamment ceux du quotidien Paris Normandie, c’est la réalité, et je sais bien qu’ils n’ont pas envie de m’interroger par rapport à ce qui s’est passé (Manu Da Costa s’en était pris à un journaliste local), qu’ils ne peuvent pas me « blairer », et je le regrette, parce que j’ai pris les balles. J’ai protégé des gens qui aujourd’hui n’ont même pas une petite pensée ou un mot pour tout ce qui a été fait. On a été dans la régularité avec QRM. Michel Mallet voulait avoir une équipe qui joue au foot. C’était un critère. Et quand je vois l’équipe de QRM depuis quelque temps… Ce ne sont plus les mêmes critères. Et la masse salariale, on en parle ? Et la structuration du club, on en parle ? C’est important que les gens, mon ancien staff et mes anciens joueurs, aient un peu de reconnaissance, pour ce qu’ils ont fait, même en Ligue 2, même si on est descendu pour 3 points.

Tu en veux à Michel Mallet ?
Pas du tout. Je l’aime beaucoup. Malgré son fonctionnement, il te laisse travailler, et bien sûr, tu dois lui rendre des comptes. C’est normal. C’est sans doute le président avec lequel j’ai aimé le plus travailler. Mais voilà, que l’on n’ait pas eu cette reconnaissance… Peut-être qu’il aime les gens plus médiatique, je ne sais pas. Je détestais ça, je fermais tout. Je n’étais pas à l’aise là-dedans. Et si je cadenasse autant mon vestiaire, c’est parce que je sais que si je laisse ça aux joueurs, ils prennent ça (il mime en même temps). À QRM, j’ai reçu des joueurs le dimanche soir à 23h chez moi pour les remettre en selle. Je l’ai fait. Pour les mecs. Pour le club. Quand il n’y a pas de reconnaissance, ça fait mal.

« J’aurais pu tomber en dépression »

Lors de la MasterClass Employabilité, avec l’UNECATF, les 8 et 9 décembre dernier. Photo UNECATEF

Pour la première fois depuis 2013, le FCR Rouen a repris sportivement le leadership : selon toi, est-ce que tu penses que cela signifiera la fin du projet QRM si Rouen monte en Ligue 2 ?
Je pense qu’à partir du moment où ils ont loupé la fusion, et cela plusieurs fois (en 2017 et en 2024), mais je pense surtout à la première fois, parce que j’étais en plein dedans, c’est devenu complexe et difficile. Aujourd’hui, à partir du moment où le FC Rouen reprend sa place, il sera difficile pour QRM d’exister à côté. Mais je ne suis pas dans les discussions politiques. Néanmoins, je ne vois pas comment QRM peut continuer à vivre à côté du FC Rouen si ce dernier va au bout cette saison.

Parlons de ta carrière de coach : où en es-tu ? t’es-tu remis sur le marché ?
Je n’étais pas en recherche très active jusqu’à aujourd’hui, parce que j’avais des choses à régler aussi de mon côté, dans ma vie privée, et le fait de ne pas être en club m ‘a permis de gérer cela, et aussi de faire des choses que l’on n’a pas forcément le temps de faire quand on est coach, comme se former à l’anglais. Je consacre plusieurs heures par jour à faire ça.

So let’s follow the conversation in English…
(Rires !) Je ne le fais pas pour rien. C’est parce que j’ai des objectifs en vue, je ne fais pas ça au hasard, même si ça me plaît de parler plusieurs langues. Et puis je suis aussi en plein dans la périodisation tactique : c’est une méthodologie différente de tout ce que l’on t’apprend dans ton cursus français. Je ne dis pas qu’elle est meilleure mais je suis toujours dans l’analyse et le perfectionnement de ce que je mets en place, de mes entraînements. J’aime avoir les tenants et les aboutissants.

Cette formation m’interpellait depuis plusieurs années et là, j’ai pu sauter le pas et la commencer, en présentielle, avec des semaines à Porto. C’est un cursus portugais avec l’université, ils sont précurseurs de cette méthodologie-là, que José Mourinho puis plein d’autres coachs portugais ont suivi. Je vais prendre ce qu’il y a à prendre, tout en gardant mon identité. Et puis, j’ai profité de cette période sans club pour prendre un peu soin de moi. Cela faisait plusieurs années que, physiquement, je sentais que cela devenait compliqué. J’ai fait un malaise à QRM, j’étais dans une machine à laver, ce n’est pas anodin.

Mais cette période actuelle, elle n’est pas voulue, parce que j’aurais préféré être en club, mais le fait de ne pas exercer, cela m’a laissé du temps pour tout ça, pour aller voir des gens aussi, discuter, parce que j’en avais besoin pour me recentrer sur moi-même, pour reprendre de l’énergie. Et puis, quand on n’est pas bien, on n’a pas envie de faire du sport, on a juste envie de rester sur son canapé. C’est pour cela que je me suis forcé à rester dynamique, parce que j’aurais pu vite tomber en dépression.

« J’ai repris de l’énergie »

Cette dépression n’est pas arrivée, mais tu l’as frôlée…
(Il marque un silence) C’est pour ça que j’avais besoin de voir des gens. Entre ce que je vivais dans ma vie privée et ce que je vivais dans ma vie professionnelle, j’avais besoin d’évacuer tout ça, j’aurais dû le faire avant, mais aujourd’hui, je suis bien, j’avance. Je marche, j’essaie de courir de temps en temps même si j’ai beaucoup de mal parce que je suis « cassé » physiquement, à cause de mes plaques, ça me tire, ça me fait mal, surtout quand il y a des changements de météo, même si j’essaie de me faire violence. J’arrive à un âge où il faut faire attention. Je suis vigilant.

Du coup, tu es à nouveau sur le marché ?
Aujourd’hui, oui, ça y est, je suis prêt. Il y a le mercato ou la saison prochaine, on verra. J’ai repris de l’énergie.

Avec Laurent Batlles à Saint-Etienne. Photo asse.fr

Number 1 ou number 2 ?
Le number 2, j’ai envie de répondre que cela ne serait possible qu’avec Laurent (Batlles). Parce qu’au delà de l’amitié que l’on a l’un pour l’autre, c’est une personne géniale. Il peut m’appeler à 3 heures du matin s’il a besoin de moi, j’y vais. On se connaissait bien avant de travailler ensemble et le temps que l’on a travaillé ensemble m’a permis de voir qu’il avait de vraies valeurs. C’est quelqu’un d’exceptionnel, qui dénote un peu dans le milieu, entre sa philosophie du foot qui m’allait bien et ses valeurs humaines, je me suis éclaté, donc évidemment, s’il refait appel à moi, dans l’éventualité où il retrouve un projet, j’irai. Cela fait un petit moment que l’on ne s’est pas parlé, j’espère juste qu’il n’y a pas des gens qui essaient de casser cette amitié-là… Pour moi, il est et il restera un vrai ami.

La piste étrangère t’intéresse ? Et le N2 ?
Pour l’étranger, oui. Pour le N2, il ne faut jamais dire jamais, regarde Mathieu Chabert, qui est à Cannes : c’est sûr qu’un club comme ça, ça fait réfléchir. Le métier est compliqué, il y a beaucoup de coachs sur le marché. J’ai envie de te dire : j’essaierai surtout de trouver un environnement dans lequel m’épanouir. Quand une personne est épanouie, elle fait du bon travail en général.

« Adjoint, ce n’est pas juste mettre des coupelles »

Avec Laurent Batlles à Clermont. Photo clermonfoot.com

Cela n’a pas été le cas dans les derniers clubs où tu es passé ?
J’ai le don de choisir des projets compliqués (rires) ! Mais je suis plus fort aujourd’hui, et mieux armé que je ne l’étais à l’époque. Le Luxembourg, c’est dommage. Avec Hesperange, on partait de très loin, on avait fait de belles choses, on aurait pu, si on avait continuer ensemble, concurrencer Differdange qui sur-dominait le championnat, on est la meilleure attaque, on a des bons contenus, comme j’ai toujours aimé, des choses se mettaient en place, mais le club n’était pas dans la sérénité. On a tous été amené à partir. À Clermont, sincèrement, je n’ai rien fait, bien sûr, j’exagère, mais je suis arrivé tard : quand Laurent (Batlles) est nommé, il m’appelle mais il fallait que je me libère du Luxembourg, cela a duré jusqu’en février.

En attendant, Laurent a fonctionné avec un staff en place, et quand j’arrive en février, et c’est d’ailleurs sa qualité, il a gardé le même fonctionnement. Moi, je me suis juste greffé au staff, dans un rôle d’observateur, de médiateur, j’essayais de mettre en place une nouvelle dynamique, de mettre de la bonne humeur, de chambrer, pour revoir des sourires, tu me connais… C’est Yann Cavezza, qui est parti avec Habib Beye à Rennes, qui mettait en place les séances, et Laurent ne voulait pas court-circuiter tout ça, c’est normal. J’avais tout de même un regard, un avis, j’étais entendu.

Sur le banc de Lyon-Duchère, en 2020, en National. Photo Philippe Le Brech

Ce rôle de numéro 2, ça te convenait ?
Numéro 2 à Clermont comme je l’ai vécu, non, mais numéro 2 comme à « Sainté », oui. À Saint-Etienne, Laurent me faisait confiance. Il me laissait exister, notamment dans les séances que je proposais, on était en phase là-dessus, tout en restant à ma place. Je pouvais ne pas être d’accord avec lui, c’est normal, mais nous avions des discussions en tête à tête. J’étais vraiment dans mon rôle d’adjoint. J’avais connu ça au début de ma carrière avec Eric Garcin au FC Rouen, en National. Mon rôle était d’un un facilitateur au quotidien. Quand il y a eu des moments de turbulences à « Sainté », et comme j’ai du caractère, un peu beaucoup même, certains voulaient que j’intervienne un peu plus. Mais je m’interdisais cela. Je ne voulais pas mettre d’interférence entre Laurent et ce qu’il véhiculait, et moi.

Lors d’un de nos premiers matchs amicaux, contre Thonon Evian GG, sur un de nos terrains d’entraînements, il y a un duel, et je crie « gagne, gagne » et là, Laurent me recadre, « Manu »… Voilà, il fallait que je m’adapte aussi à lui et à la situation. C’est normal. Le rôle d’adjoint, ce n’est pas juste mettre les coupelles. C’est faire réfléchir ton numéro 1. Avoir des débats avec lui s’il le faut, avec intelligence et discrétion. En fait, tu as tous les avantages du numéro 1, sans les inconvénients. Je ne discutais ni avec les médias, de toute façon j’étais réticent à l’idée d’aller devant la presse, ni avec les dirigeants. Moins on parle d’un adjoint, mieux c’est. Je n’avais pas besoin de ça. La seule chose qui pouvait me manquer, ce sont les causeries, et tu sais que j’aime ça ! Mais je prenais du plaisir à travailler.

« Entraîner Saint-Etienne, c’est exceptionnel ! »

Entraîner Saint-Etienne, c’est comment ?
C’est exceptionnel. Mais ça te pompe une énergie incroyable. Quand tu vas faire tes courses, les gens te disent : « Il faut gagner ce week-end, hein ! » ou alors « vous êtes nuls ! ». Ils parlent comme ça, ils sont cashs, sans filtre. Je vivais à Saint-Galmier, dans un village très calme, mais tout le monde me reconnaissait quand même, beaucoup plus qu’à Rouen, t’imagines ! À « Sainté », on n’avait pas le droit à l’erreur. Cela pouvait être magique quand tout allait bien, comme la 2e partie de notre première saison, quand on marchait sur l’eau, et la deuxième année, c’était les montagnes russes. Quand on perd 4 ou 5 matchs d’affilée, c’est l’enfer, mais il faut accepter ça, parce que c’est un gros club, populaire. Je comprends aujourd’hui les entraîneurs qui passent dans ce type de club et qui disent qu’ils ne peuvent pas y rester 10 ans, cela pompe tellement d’énergie !

Tu estimes que tu es dans le dur en ce moment dans ta carrière ?
Si tu me parles en termes de proposition de poste, oui, mais si tu me parles de la façon dont je vois les choses, la façon dont je peux entraîner, la façon de manager, non.

Avec Quevilly Rouen, en Ligue 2, en 2017. Photo 13HF

Pourquoi ça n’a pas marché à Créteil ?
Il n y avait plus l’identité portugaise. Il y a avait deux présidents, deux directeurs sportifs. Le président Lopez était en train de vendre. Il y avait un environnement qui n’était pas simple, et malgré tout, je fais la saison complète. Un jour, on fait un match le vendredi, je reviens le lundi, j’avais donné le week-end après un succès contre Boulogne, et il y avait quatre nouveaux joueurs dans le vestiaire, je n’étais pas au courant. Qui peut accepter ça ? Mais je suis resté… Est-ce que j’aurais dû partir ? Tout le monde dit oui, mon agent, mes amis, en tous les cas, je peux me regarder dans un miroir. Si je n’avais pensé qu’à moi et ma carrière, à mon CV, à ma cote, à mon image, je serais parti. J’avais démissionné, mais cela a été refusé, comme à La Duchère d’ailleurs à l’époque. Mais quand tu as des Alexis Araujo ou des Riffi Mandanda qui te demandent de rester, eh bien tu affrontes les difficultés.

Et puis cette saison-là, il y avait six descentes… Kevin Farade n’a jamais mis autant de buts qu’avec moi à Créteil, et cela lui a permis d’aller à Annecy en Ligue 2, pourtant au début, cela a été difficile, il y a donc eu des bonnes choses. Cela n’a pas fonctionné parce qu’il y avait trop d’éléments extérieurs qui ne permettaient pas de tendre vers l’excellence. Il y a eu d’autres entraîneurs, dont Stéphane Le Mignan qui est en Ligue 1 avec Metz aujourd’hui, Karim (Mokeddem), donc si c’était juste un problème de staff, cela se saurait, il y a eu Thierry Froger aussi, Richard (Déziré), Philippe Hinscherberger aussi, qui a mieux réussi, mais il n’y avait que la famille Lopez. D’ailleurs, cette famille est extraordinaire. Je suis resté aussi pour elle, parce que j’ai un profond respect pour les Lopez.

« Je me suis fait tout seul »

Avec son ami Richard Déziré, lors d’un match amical au Mans entre Le Mans et QRM, en 2017. Photo 13HF

Est-ce que le Manu Da Costa d’aujourd’hui est le même qu’il y a 10 ans ?
Je vais te raconter une anecdote. Lundi et mardi, j’étais avec Karim Mokeddem, avec l’UNECATEF (le syndicat des entraîneurs professionnels de football), qui organisait la MasterClass. Il y avait aussi Oswald Tanchot, Michaël Ciani, Philippe Hinschberger, Richard (Déziré) et d’autres… On devait se mettre en situation, un entraîneur avec un président, et Karim jouait le rôle du président. Il me pose les questions, et Karim me dit « Je te connais comme coach, t’es sanguin, t’es ceci, t’es cela, et là t’es tout le contraire, t’es serein, apaisant, une force tranquille. » J’ai souri. Parce que, évidemment, les gens me perçoivent comme quelqu’un d’impulsif, et ça me touche. Michaël Ciani, qui ne me connaît pas comme coach, dit à propos de moi « Il est calme, posé ». Voilà. Donc j’évolue. Cette image m’a fait beaucoup de mal. Elle n’est pas bonne, par rapport à tout cela, je le sais, mais je ne me suis jamais fait aider, jamais fait accompagner. J’aurais peut-être dû prendre quelqu’un, un conseiller, je ne sais pas, mais je me suis fait tout seul.

Et il y a un élément important que tu oublies, c’est que nul n’est prophète en son pays. Ce que je veux dire par là, c’est que j’étais ici, à Rouen, avec mes qualités et mes défauts, avec mon éducation, le respect de mes employeurs. Je suis toujours allé au front pour eux. J’ai toujours pris les balles pour eux, ce ne sont pas mes employeurs qui les prenaient. Je défendais ma maison, mon morceau de pain. Parfois, je défendais l’indéfendable. C’était cause perdue. Tu ne peux pas argumenter sur tout ce que les gens peuvent penser, dire ou écrire, et parfois c’étaient des choses fausses, qui me faisaient sortir de mes gongs, mais au lieu d’apporter une explication, une réponse, de manière calme et posée, je partais au quart de tour. Et ça, ça m’a fait beaucoup de mal. Je l’ai mal géré. C’est sans doute le seul regret que j’ai. Mais je suis entier, c’est comme ça, c’est mon éducation, c’est mon caractère, je ne sais pas faire semblant. Je n’étais pas un bon communicant, et c’est ce qui me porte préjudice aujourd’hui, parce que si j’avais été meilleur dans ce domaine, peut-être que mon image serait meilleure aussi.

Parfois, sur le banc, tu étais chaud…
Un jour, quand j’étais à QRM, alors que je mangeais une crêpe avec mon gamin, qui devait avoir 5 ou 6 ans, à Rouen, quartier Saint-Sever, des supporters du FC Rouen m’ont traité de tous les noms, de traitre, de… Et tout ça devant mon gamin. Donc là je suis zen, puis à un moment donné, je me lève, et c’est le patron de l’établissement qui m’a dit de laisser tomber, sinon… J’étais prêt à me battre. Devant mon fils. Tu imagines. Ce jour-là, je suis rentré chez moi en me disant que c’était fini à QRM… Joueur, j’étais comme ça déjà. Quand on m’asticotait, je trouvais l’énergie pour être dans le duel, j’avais un jeu de provocation, et plus on m’instaurait un contexte de duel, plus l’adrénaline montait chez moi. Quand j’étais jeune, j’avais cette grinta que je peux avoir en tant que coach. J’ai la haine de perdre. Je l’avais déjà quand j’étais joueur.

« Plus tu te caches, plus on t’oublie »

Beaucoup de coachs sont sur les réseaux sociaux : ce n’est pas ton cas…
C’est ma façon de me protéger. C’est capital, primordial. Dans ma famille, on m’a toujours répété le dicton suivant : « Pour vivre heureux, vivons caché ». Sauf que dans le métier que je fais, plus tu te caches, plus on t’oublie. C’est pour ça que je me demande si je ne vais pas m’y mettre plus. J’ai un compte LinkedIn, je ne publie pas, mais il va falloir que je le fasse.

Avec Laurent Batlles, à Saint-Etienne. Photo asse.fr

Au milieu et à la fin des années 2010, tu étais un coach à la mode, en vogue, qui avait la cote : n’as-tu pas cru, à ce moment, que ça y est, tu « étais arrivé », n’as-tu pas eu la tête qui a tourné ?
Pas du tout. A la fin de la saison de Ligue 2 avec QRM, je suis encore sous contrat, et Pierre Dreossi, le directeur sportif du Paris FC, appelle mon agent. Je dois aller au Paris FC. Mais je n’ai pas fait ce que d’autres ont fait par exemple avec QRM, c’est-à-dire aller au bras de fer avec mes dirigeants pour pouvoir partir, parce que c’est mon éducation, et j’ai du respect. Dieu sait que je me suis disputé avec mon agent par rapport à ça, parce qu’il voulait que je force mon départ, mais je n’ai jamais appelé Michel Mallet, mon président, pour dire « Je veux absolument aller au Paris FC ». Si je devais partir, il fallait que les parties se mettent d’accord, et là, je partais. Mais si je m’étais « vu arriver », alors je serais parti, j’aurais forcé la chose. Je suis un homme de projet, un homme dans un club, qui peut s’installer, comme à QRM, où j’avais la confiance de mes dirigeants. Si j’avais pensé à moi, j’aurais fait des choix différents, j’aurais pensé à ma carrière. Peut-être que je serais allé au Paris FC et que j’aurais eu un destin à la Fabien Mercadal à un moment donné, on ne sait pas ce qui se serait passé. Peut-être aussi que cela n’aurait pas fonctionné. Je sais d’où je viens. Je sais que mon chemin a été compliqué. Je sais tout ce que j’ai dû endurer pour atteindre le monde pro en tant qu’entraîneur. Rigueur, travail et humilité, c’est la base de mon quotidien, c’est ce qui m’anime, dès que je me lève le matin.

On sent chez toi malgré tout cette envie d’y arriver, de prouver…
Mais si tu n’as pas cette envie de prouver des choses, dans ce métier-là, alors tu n’avances pas. Oui j’ai envie de prouver, mais pas pour les yeux des gens, pour moi-même. Je n’ai pas besoin que l’on me dise que je suis le plus beau et le plus fort. D’abord, on ne me le dit pas (rires) et on ne me l’a jamais dit, même si j’ai connu des belles choses. Ce qui m’intéresse, c’est de continuer à avancer. C’est pour ça que je fais de la périodisation tactique, que j’apprends l’anglais, que je m’ouvre à beaucoup de choses, que je reste curieux. J’ai envie de continuer à être ce que je suis, avec mes qualités, sans me dénigrer, en diminuant mes défauts.

C’est quoi qui te plaît par-dessus tout dans ce métier ?
Le jeu. Le terrain. Animer les séances. C’est mon truc. C’est une branche de mon métier qui m’éclate (large sourire), préparer les séances, faire progresser individuellement, collectivement, aller chercher des joueurs méconnus qui font carrière après, j’aime ça. Être un accélérateur de carrière, ça me plaît. Au Luxembourg, quand j’arrive, c’est la débandade. Dans les matchs de préparation, on ne prend que des volées, et premier match de championnat, on gagne 4 à 0, et c’est parti ! C’est ça qui me fait vibrer.

Tu es un entraîneur plutôt comment ?
Humain, travailleur et exigeant, casse-couilles (rires) et honnête.

Et dans la vie de tous les jours, tu es comment ?
Je souhaite aujourd’hui que l’on dise que je suis une belle personne, avec des valeurs de respect et d’honnêteté, et que j’ai de l’humour, que je suis fun. Je travaille au quotidien pour ça, encore plus depuis quelques mois.

Tu es proche de Richard Déziré, tu le vois au match ce soir : je lui cours après depuis deux ans pour un entretien, il refuse pour le moment …
Je vais lui en reparler, je vais t’aider pour ça !

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13heuresfoot et Philippe LE BRECH (sauf mentions spéciales)
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Après 14 ans dans la Creuse, à Guéret, l’entraîneur du Stade Poitevin a posé ses valises en 2023 dans la Vienne, et permis à sa nouvelle équipe de monter, enfin, en National 2. Sa soif d’apprendre et de progresser ne le quittte pas, celle d’aller au plus profond de l’humain, quitte à se transformer en psychologue, non plus.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions)

Photo Philippe Le Brech

Luc Davaillon (46 ans) n’est pas le coach le plus connu du National 2, un championnat qui a vu son niveau s’élever avec la refonte de l’an passé et la suppression d’une poule, en plus des douze descentes de National en deux saisons (2022/23 et 2023/24). Un championnat qui a aussi vu son attractivité décupler, tant auprès des joueurs que des techniciens, on le voit avec la présence de plus en plus marquante de coachs habitués aux joutes du niveau supérieur, comme Mathieu Chabert (Cannes), Bruno Irlès (Bordeaux), Alain Pochat (Bayonne), Frédéric Reculeau (La Roche-sur-Yon), Romain Revelli (Bourges), Stéphane Masala (Chambly) ou Roland Vieira (Andrézieux).

Forcément, avec des techniciens d’expérience comme eux et un marché rendu plus compliqué, notamment avec l’émergence de « jeunes » coachs, difficile de se faire une place. A moins de terminer champion de son groupe à l’étage en dessous, comme c’est le cas la plupart du temps. C’est ce qui s’est produit pour Luc Davaillon, champion de National 3 pour sa première saison au Stade Poitevin FC en 2023/2024, sa deuxième à ce niveau après sa saison à Guéret, un club où il a passé 14 ans et qu’il a fait grimper à ce même échelon.

Une progression sans précipitation

Photo Philippe Le Brech

Luc Davaillon n’est pas le plus connu des coachs, mais aspire à le devenir. Pas pour flatter son ego. Mais pour se prouver à lui-même qu’il peut aussi être celui qui vient d’en bas et qui peut réussir, comme d’autres avant lui. Jusqu’où ? Nul ne le sait. Pour l’heure, son diplôme, le DEF, ne lui permet pas de viser mieux que le N2, à moins d’accéder en Ligue 3 avec son club.

La Ligue 3, le Stade Poitevin n’en parle pas du tout. Du moins pas en ce moment. Le club de la Préfecture de la Vienne veut d’abord s’installer et avancer pas à pas, sans précipitation. Le fossé est devenu tellement structurel avec les clubs du dessus, dont la plupart vient de Ligue 2 ou de Ligue 1, qu’il est inutile de brûler les étapes. Luc Davaillon ne sait d’ailleurs pas trop ce que brûler les étapes signifie, même si sa carrière a pris un coup d’accélérateur depuis six ans et les accessions de Guéret de Régional 2 à National 3 en (2020 et 2022). Puis celle de Poitiers, donc, de N3 en N2 en 2024.

Au lendemain d’une douloureuse élimination aux tirs au but à Chauvigny au 8e tour de la coupe de France, et juste avant de recevoir (et de s’imposer 1-0 à la 90e !) face à Granville, le natif de Châtillon-sur-Indre, une petite commune située dans un triangle entre Châtellerault, Tours et Châteauroux, a raconté son parcours, évoqué son arrivée à Poitiers, dévoilé quelques-uns de ses axes de travail, son approche et sa vision.

Interview :

« J’ai toujours voulu être entraîneur-compétiteur »

Photo Philippe Le Brech

Luc, avez-vous digéré l’élimination en coupe de France, qui aurait permis de faire parler de Poitiers en 32e de finale ?
C’est une grosse déception. Une qualification aurait permis de faire rentrer un peu d’argent dans les caisses, il faut être lucide par rapport à ça. L’élimination a aussi coupé la dynamique de l’équipe, sans compter qu’un 32e aurait été très intéressant pour nous. Mais on a mal commencé ce match. On a trop laissé Chauvigny s’exprimer. On est malgré tout revenu deux fois au score et on a même pris l’avantage. Cela a été compliqué, on s’est accroché, et puis il y a eu la séance de tirs au but, et ça a tourné de leur côté : notre gardien (Théo Louis) a eu l’opportunité de nous qualifier après avoir stoppé le tir du gardien adverse, mais il a frappé sur la barre.

Aucune rancoeur vis à vis d’Alexandre Durimel, qui a manqué son tir à la fin ?
Aucune, non ! Il avait d’abord marqué dans la première séance des tirs, et puis il a raté sa tentative dans la deuxième. Bon, voilà, c’est comme ça. Quand on est monté de N3 en N2 il y a un an et demi, c’est lui qui avait marqué le penalty de la victoire à la 94e à Montlouis, chez le leader, à l’avant-dernière journée, ce qui nous avait permis de passer en tête. D’ailleurs, après l’élimination à Chauvigny, un de ses partenaires n’a pas manqué de rappeler ça, parce que ce soir-là, à Montlouis, tout le monde ne se bousculait pas pour aller tirer ce penalty à la dernière minute (rires) ! Non, vraiment, il n’y a aucune rancoeur à avoir. On est juste déçu parce qu’on n’a pas abordé le match de la meilleure des façons.

Photo Philippe Le Brech

Il paraît que vous avez fracassé une glacière à la mi-temps du match ? Il vous arrive souvent de vous mettre en colère ?
Je vois que vous êtes bien informé ! Ce n’était pas une glacière, mais une malle pour transporter les équipements ! D’ailleurs, il faut que j’aille en acheter une. J’ai demandé à Nadège, la secrétaire, où elle l’avait achetée. Elle ma dit que c’était la première fois que je me mettais dans un tel état ! On en a rigolé. Ce genre de colère, pour que cela soit utile, il faut que cela soit rare. Quelqu’un qui crie tout le temps, on ne l’entend plus. En général, je suis assez calme.

J’essaie de ne pas réagir à chaud, je parle rarement après les matchs, c’est pareil dans la victoire, où on peut vite s’emballer alors que l’on a juste gagné un match. Je préfère laisser les choses retomber et parler avec la raison plutôt qu’avec l’émotion. La vérité, c’est que j’étais très-très déçu, très-très en colère ce soir-là. Mais après le match, mon rôle était de féliciter Chauvigny et de ne pas « détruire » mes joueurs, cela n’aurait pas été intelligent.

« Je voyais l’importance de me former »

Avec l’ES Guéret. Photo Philippe LE BRECH

Parlons de vos débuts dans le foot : quand et où avez-vous commencé ?
J’ai toujours baigné dans le football. Dans ma famille, on est très impliqué dans le monde associatif. J’ai commencé à 5 ans. La commune de Châtillon-sur-Indre, où je suis né, touche presque l’Indre-et-Loire, ce qui fait que l’on était très orienté vers ce département. J’ai joué à Loches (Indre-et-Loir), où j’ai effectué mes débuts en seniors à l’âge de 16 ans et demi en Promotion d’Honneur. Je jouais avant-centre, puis 9 et demi, 10. J’ai passé deux années au lycée à Châteauroux, durant lesquelles je m’entraînais avec La Berrichonne, et le week-end, je jouais en championnat avec Loches. Je suis parti à 22 ans à Joué-lès-Tours, en CFA2, pendant deux ans et demi puis j’ai signé à Amboise, en DH, où j’ai joué pendant deux ans et demi.

En parallèle, vous avez-suivi un cursus universitaire ?
Après mon BAC ES (économie et social), j’ai fait une fac de sociologie mais ce n’était pas pour moi. En fait, je savais déjà que je voulais faire de ma passion, le football, mon métier. J’ai passé mon Brevet d’État à 21 ans et mes diplômes d’initiateur 1 et 2. Après la fac, je suis devenu responsable d’une école de foot à Chambon-sur-Indre, à côté de Loches; ça m’a confirmé que je voulais faire ça. J’ai fait un retour à la fac de sport à Orléans un peu plus tard, où j’ai passé un DEUG, et après, vers 27 ou 28 ans, je suis retourné dans la vie active. J’avais déjà bénéficié des emplois jeunes, et il fallait que je trouve un club qui puisse me financer ma formation pour le DEF à Clairefontaine. J’ai trouvé un poste dans un petit club de Première division de district, dans la Creuse, à Dun-le-Panestel, à l’Entente Sportive Dun-Naillat. J’ai privilégié cette voie-là. J’ai pu développer le club, me lancer, tout en continuant de jouer. Avoir les rênes d’un club sur le plan technique, quel que soit le niveau, c’était une bonne expérience. Je voyais l’importance de me former. Donc c’est dans ce village de 1000 habitants que j’ai pu passer mon DEF, on est même monté en Régional !

Photo Philippe Le Brech

Ensuite, vous partez à Guéret…
Au bout de 3 ans à Dun-Naillat, sincèrement, je pense que j’avais fait le tour. Le club ne pouvait pas aller plus haut. Je voulais retrouver des joutes au moins de niveau régional. J’ai rencontré quelqu’un à Guéret, du coup, j’ai privilégié la vie privée et c’est comme ça que je me suis retrouvé au club de l’US Guéret où j ai pris l’équipe des U19. Cela m’a permis de finir la partie théorique du DEF (il avait la partie technique, Ndlr). Guéret, c’était une opportunité; à l’époque, les seniors évoluaient en DHR mais le club avait déjà joué en DH. Les deux premières années, pour compléter mon cursus de formation, je m’occupais d’une classe foot en 6e et en 5e. La classe sportive existait déjà pour les 4e et les 3e, alors j’en ai créé et développé une au lycée, et c’est là que j’ai obtenu un emploi. Avec les 19 ans PH, on est monté en DH, on a même gagné le championnat de jeunes en DH. Cela m a conforté dans mon travail.

Pendant 4 ans, j’étais au quotidien avec les jeunes du collège et du lycée. Ensuite, il y a eu un changement de présidence. C’est là que je suis passé entraîneur des seniors, en DH, alors que je jouais encore et qu’on venait de monter quelques années plus tôt. En fait, j’ai arrêté de jouer à 34 ans. Lors de mes premières saisons, on est descendu, on est monté, on est redescendu puis on est remonté, mais ce qui était intéressant, c’est que les jeunes que j’avais formés en scolaire commençaient à arriver en seniors, donc ça a valorisé mon travail.

Et c’est avec quelques-uns de ces jeunes que l’on est monté en National 3 en 2022 (le club n’avait plus évolué à ce niveau depuis la saison 1996-1997). Mais on n’avait pas trop de moyen pour rivaliser avec les autres équipes de N3, et on n’a pas existé. Lors de cette saison, paradoxalement, alors que j’entraînais pour la première fois à ce niveau, il a fallu que je trouve un travail à côté parce que les emplois associatifs avaient cessé. J’ai travaillé à l’association « Remise en jeu » de Robert Salaun : c’est une structure qui remet en selle scolairement des jeunes par le biais du sport. Au total, je suis resté 14 ans à l’ES Guéret, dont 10 à la tête de l’équipe 1 seniors. Dans ma vie privée, il y a eu une séparation, donc j’étais libre de partir.

Comment expliquer qu’une ville chef-lieu comme Guéret, même si le rugby y est roi, ne puisse pas s’installer en N3 au foot ?
Certes c’est une préfecture, mais il n’y a que 100 000 habitants dans le département, qui est le moins peuplé de France. On n’a jamais eu quelqu’un qui puisse mettre des moyens suffisants pour développer encore plus le club. Je vous le disais, on est monté en N3 avec des jeunes, et d’autres formés à Tours ou Limoges ou dans les environs, et dans l’équipe, il n’y avait que deux jeunes qui n’avaient jamais signé de licence jeunes à Guéret, ça donne une idée de la formation au club. Avoir des jeunes de la 6e à la terminale nous permettait d’avoir une structure efficace; c’est ça nous a permis de monter en N3. Quant au rugby, on a réussi à les concurrencer : on est allé jusqu’à 2000 personnes au stade pour l’accession !

« J’ai gagné sept championnats »

Le Stade Poitevin FC, version 2025-26. Photo Philippe Le Brech

La récompense de vos années à Guéret, c’est votre arrivée à Poitiers…
En 2024, Philippe Nabé, le président du Stade Poitevin, m’a appelé. Et j’ai signé 2 ans. Le projet « Poitiers » me rapprochait aussi de ma famille. C’est valorisant d’être contacté grâce à ses résultats d’entraîneur. Depuis que j’ai le DEF, j’ai gagné sept championnats. J’ai toujours eu une grande confiance en moi quand au fait de gagner des championnats. Et puis Poitiers, ça ma toujours un peu suivi. Quand on est monté en « National » avec les U19 de Guéret, il fallait gagner à Poitiers et on a gagné ! Quand j’étais à Joué-lès-Tours, on bataillait pour monter en CFA avec Poitiers déjà : on avait fini derrière eux mais on avait gagné à la Pépinière (l’ancien nom du stade Michel-Amand) ! Je n’avais que des bons ressentis.

Pourtant, dans les médias, il s’écrivait des choses sur le Stade Poitevin : on disait que le club n’allait pas bien financièrement, qu’il y avait un trou : ça ne vous a pas freiné ?
Il y avait des rumeurs, oui, mais c’était le moment pour moi de partir de la Creuse et de me lancer un nouveau challenge professionnel, quand bien même la presse évoquait des soucis financier au club. Il s’est raconté et écrit beaucoup de choses sur le club, mais je voulais montrer que j’étais capable de monter, quelle que soit la division, parce que je pensais que j’en étais capable. Mais je ne me suis pas trop attardé là-dessus. Le président m’avait assuré que j’aurais un effectif pour faire un bon championnat de N3, même si on sentait bien que le club était sur un projet plus modeste que les saisons précédentes, avec trois joueurs recrutés au CA Neuville, un club qui descendait de N3 en R1, un autre de Portes Entre Deux Mers, qui descendait aussi de N3 en R1, et moi, qui descendais aussi de N3 en R1 avec Guéret. Parce que juste avant mon arrivée en 2023, le club jouait la montée et s’est retrouvé à jouer la maintien. C’est pour ça que le président ne m’a pas mis de pression. Mais dans l’équipe, il restait quand même de l’expérience avec Alexandre Durimel, Cédric Jean-Etienne, Makan Makalou, des joueurs qui avaient connu le National et le N2, ça faisait une base solide. Mon objectif, c’était qu’en février et mars, on soit à portée de fusil de la première place.

Travail psychologique et force collective

Le stade Michel-Amand de Poitiers situé à Buxerolles. Photo Philippe Le Brech

Il y a eu un travail psychologique à faire également…
Quand j’avais affronté Poitiers avec Guéret en N3, j’avais identifié des choses importantes sur le plan psychologique : on était venu jouer chez eux en début de saison, on avait fait match nul 0-0 et j’avais senti une tension chez eux quant au fait de déjà perdre des points. En arrivant à Poitiers, j’ai voulu retirer tout de suite cette tension, que j’ai également ressentie quand on perdu 1-0 à Bourges-Moulon, parce que pour jouer une montée, il faut être capable d’encaisser les coups, d’être patient. On a travaillé sur cet aspect-là, en dédramatisant les choses, en restant focus sur l’objectif de faire la meilleure saison possible en se disant que si on avait une opportunité de monter en fin de saison, il faudrait la saisir. Et comme on avait les joueurs et les capacités pour le faire, on y est parvenu. On n’avait pas ciblé Montlouis mais plutôt Tours et Vierzon qui à mon sens avaient les meilleurs effectifs de la poule, notamment Tours.

Et puis il y a eu cette avant-dernière journée à Montlouis, entre le leader et son dauphin…
Cet avant-dernier match chez eux est devenu le match de la montée. Il fallait arriver là-bas à 3 points si on voulait avoir une chance, et finalement, on y est allé avec 2 points de retard. Notre travail psychologique et notre force collective et mentale devaient nous servir pour ce match-là, et c’est ce qui s’est passé. On était sur 9 victoires d’affilée avant Montlouis, où c’était un vrai match de coupe, et puis Alexandre Durimel marque le penalty à la 94e…

« Réussir à dédramatiser le résultat »

Photo Philippe Le Brech

Concrètement, ce travail psychologique, comment l’avez-vous opéré ?
C’est un travail au quotidien avant l’entrainement, après, pendant… Il faut réussir à dédramatiser le résultat. Ce qui est important, c’est la performance. Et pour moi, le résultat ne sera que la conséquence de la performance.

Parfois, on peut faire 1-1 après avoir mené et livré un bon match comme c’est arrivé l’an passé à Châteauneuf-sur-Loire, en encaissant un but à la 87e. Il faut l’accepter, alors que nous, dans le vestiaire, on a commencé à s’engueuler. Mon travail a été dédramatiser parce que, jusqu’à la 87e, la performance était bonne. Ce n’était pas rendre service de s’en prendre à untel ou untel ou à un joueur fautif que l’on risquait de « perdre » mentalement pour les matchs d’après, tout ça parce qu’on avait pris un but. On avait même discuté de tout ça avec les joueurs sur le parking, tard le soir, au retour du match, le dimanche. En fait, il n’y a pas eu d’intervention spécifique. C’est juste un travail au quotidien sur l’environnement de l’équipe et le climat que l’on peut y mettre autour, quand on prépare et joue un championnat.

« Je n’ai jamais eu de plan de carrière »

Passer un jour le BEPF, c’est quelque chose qui vous intéresse ?
Je n’ai pas été pro, même si j’estime être un professionnel du foot, et je n’ai pas non plus entraîné plus de 5 ans au niveau national, donc pour l’heure je ne peux pas le passer mais c’est quelque chose qui m’intéresse, qui m’attire. On verra si la vie professionnelle et privée me le permettent. Je n’ai jamais cherché à me vendre et je n’ai jamais eu de plan de carrière.

Avec l’ES Guéret. Photo Philippe Le Brech

Du coup, vous continuez votre formation en quelque sorte : comment faites-vous pour toujours vous améliorer ?
J’estime que je suis en formation continue. Et puis je curieux, je m’intéresse à ce qui se passe dans les autres sports, la façon dont les athlètes sont préparés, la manière dont les coachs interagissent avec eux. Cela me permet d’enrichir mes compétences. Mon ex-compagne jouait au basket, du coup je me suis intéressé à ce sport. J’aime aussi le fonctionnement de Claude Onesta au hand.

En fait, j’aime pas mal de sports, le volley, le basket aussi, je suis souvent allé voir des matchs à Limoges, mais avec nos compétitions et nos entraînements, ce n’est pas évident d’y aller. J’aime le rugby aussi tant pour l’aspect stratégique que psychologique. Je pense que l’on a besoin de toutes les cultures sportives pour s’enrichir et s’améliorer. J’ai eu la chance d’être formé en Ligue du Centre avec des personnes très compétentes. Quand j’ai passé mon Initiateur 1er et 2e degré, mon CTD (conseiller technique départemental) en Indre-et-Loire était Patrick Pion, qui est aujourd’hui DTN adjoint (directeur technique national). J’ai toujours été intéressé par l’approche psychologique du sportif : il y a des lectures pour ça et j’ai fait mon mémoire là-dessus, lors de la remise à niveau de mon DES. C’est quelque chose dont on parle peu alors qu’elle est à mon sens une part très importante de la performance du joueur, or on parle plus de l’approche athlétique, des GPS, des datas…

« Le système que je préfère ? Le 4-3-3 »

Photo Stade Poitevin FC.

Vous sentez-vous plus une âme de formateur ou d’entraîneur ?
Je suis les deux ! Mais je suis surtout compétiteur. Le match le week-end, c’est ce qui m’intéresse. J’ai entraîné les jeunes de toutes les catégories, de 10 ans jusqu’en seniors, certains sont arrivés à l’âge de 25 ans à accéder en National 3, on a participé à des championnats de France avec le sports-études que j’ai créé à Guéret, et qui a permis de constituer notre équipe de N3 : ça, c’est mon âme de formateur. A un moment donné, j’étais formateur la semaine et compétiteur le week-end parce que je jouais avec Guéret en championnat pour gagner des matches. Dès que j’ai obtenu mon DEF, j’ai voulu prendre des seniors, quel que soit le niveau, parce que je voulais être confronté à des hommes et les gérer. En fait, j’ai toujours voulu être entraîneur-compétiteur.

Avez-vous un style de jeu préférentiel ?
J’ai utilisé plusieurs systèmes depuis le début de ma carrière mais celui que je préfère, c’est le 4-3-3 avec une pointe basse, sauf que parfois on n’a pas les joueurs pour le faire, ou alors on en a d’autres et ça nous pousse à explorer autre chose. Le 4-3-3 est une porte d’entrée vers les 30 derniers mètres et la largeur, cela permet de mettre le ballon dans la zone de finition et d’avoir des joueurs qui arrivent de derrière. C’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup.

« Il fallait valider le travail effectué à Guéret »

Photo Stade Poitevin FC

Est-ce que le fait de ne pas avoir été un joueur pro vous oblige à en faire encore plus, à prouver encore plus ?
La montée avec Poitiers en N2 l’an passé m’a facilité les choses. Pour avoir du crédit, c’était important d’avoir des résultats sportifs tout de suite, même si, encore une fois, le président ne m’avait pas mis de pression. Mais après Guéret, il fallait que je valide tout le travail effectué là-bas dans une autre structure, dans un club différent, beaucoup plus pro, avec des joueurs au quotidien sous son aile, avec un staff conséquent.

C’est quoi, l’objectif du Stade Poitevin, à long terme ?
C’est de faire monter Poitiers un jour au niveau professionnel. Je travaille au quotidien pour ça. On est en train de structurer les choses pour retrouver le monde pro (le Stade Poitevin a évolué en D2 une saison en 1995/1996 et aussi quatre saisons entre 1970 et 1974, Ndlr). L’an passé, pour le retour en N2, il fallait se maintenir sportivement. Cette année, intégrer la première partie de tableau peut être la seconde étape après le maintien (à la trêve, malgré un revers le week-end dernier à La Roche-sur-Yon 4-0, l’équipe de N2 est classée 7e sur 16 après 13 journées de championnat).

Avec 10 buts marqués en 13 matchs, l’attaque de Poitiers peine : seul Granville fait moins bien (9 buts). Comment l’expliquez-vous ?
Tout d’abord, fin septembre et début octobre, on a subi deux défaites marquantes qui ont fait mal, à Avranches 4-0 et contre Bordeaux chez nous (0-3). Prendre 4-0, ça arrive, Avranches a été très bon ce jour-là, et nous plus que moyens. Donc encaisser 7 buts en 2 matchs, c’est difficile à digérer à la fois pour les joueurs et pour moi. J’ai voulu enrayer cette dynamique négative en me focalisant sur l’animation défensive et en instaurant un bloc plus compact, ce qu’on a réussi à faire, car après ces deux défaites, on n’a encaissé que 2 buts (à Saint-Malo), lors des 5 matchs qui ont suivi (entretien réalisé avant la dernière défaite 4-0 à La Roche-sur-Yon le 12 décembre). Ensuite, devant, on a eu des pépins : après la blessure de Makan Makalou, qui a eu une rupture du tendon rotulien l’an passé puis, à son retour, une rupture du tendon d’Achille, on fondait beaucoup d’espoirs sur l’arrivée d’Olivier Boissy en provenance de Bourges, mais il a un problème de santé qui va l’éloigner des terrains pendant un moment. Ansley Panelle répondait aussi à nos attentes mais il vient de se faire une déchirure en coupe après avoir eu des problèmes articulaires. Donc voilà… Tout ça fait que cela a été difficile de marquer des buts.

« Ce qui m’intéresse, c’est l’homme avant le joueur »

Photo Stade Poitevin FC

Quel type d’entraîneur êtes-vous ?
Je pense être proche des joueurs. J’aime beaucoup aller dans le vestiaire avant l’entraînement, après, pour échanger, pas que sur le foot, parce que j’aime bien connaître leur personnalité. Le parcours de joueur, c’est une chose, mais c’est réducteur : ce qui m’intéresse, c’est de connaître l’homme, son histoire de vie.

C’est comment, Poitiers, comme ville ?
C’est une ville agréable à vivre, assez « foot ». Le stade est au milieu d’un quartier. On est une porte de sortie vers le milieu rural, et on en a une autre vers Paris. C’est dynamique. Poitiers coche plein de points positifs. C’est une ville universitaire aussi. Je connais bien Tours, où j’ai passé ma jeunesse : on peut faire un parallèle : Poitiers ressemble au Tours d’il y a 25 ans, avant que cela ne se développe, et prend la même direction.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions spéciales)
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Arrivé sur le banc provençal au printemps dernier, le Lusitanien vit sa première expérience d’entraîneur principal après avoir occupé des postes d’analyste vidéo à ses débuts, à Braga et au Sporting Portugal, puis d’adjoint. Sa connaissance du football français, qu’il arpente depuis 10 ans (Red Star, Bastia, Troyes, Caen, Niort), son professionnalisme, sa rigueur et son exigence sont des atouts qui doivent permettre, à son club et à lui, de franchir un palier.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions)

Article réalisé avant le match nul entre Aubagne et le FC Rouen (1-1)

Photo Philippe Le Brech

C’est l’un des nouveaux « jeunes » visages de ce championnat souvent fréquenté, d’une saison à l’autre, par les mêmes techniciens expérimentés, au point que certains ont été étiquetés « entraîneur de National ».
Mais depuis quelque temps, une nouvelle génération a éclos, pour qui le National est devenu un laboratoire, un tremplin pour aller plus haut, en Ligue 2 ou en Ligue 1.

En faisant appel à Gabriel Santos en mars dernier pour remplacer Maxence Flachez, Aubagne FC, devenu depuis le SC Aubagne Air Bel, a pris un risque. Mais pas un gros risque. Le natif d’Albufeira, tout au sud du Portugal – « C’est une magnifique station balnéaire, touristique, blindée de monde, qui passe de 20 000 habitants l’hiver à 600 000 en été ! » -, côtoie des staffs techniques depuis près 15 ans et entraîne depuis 10 ans, du moins, co-entraîne, puisqu’il a déjà suivi Rui Almeida un peu partout sur le banc dans le rôle d’adjoint. Au Red Star (2015-2017, L2), à Bastia (2017, L1), à Troyes (2018-19, L2), à Caen (2019, L2) et à Niort (2022-23, L2). Une décennie de football dans l’Hexagone, entrecoupée d’une période à Gil Vicente (Barcelos), en Division 1 portugaise, d’août à décembre 2020, à 25km de Braga. C’est dire si le Lusitanien, fan de Luis Figo, connaît le football français, même s’il n’avait jamais été numéro 1 avant le printemps dernier. Et même s’il n’avait jamais « fréquenté » le National.

Des pépites à polir

Photo Philippe Le Brech

Neuf mois après son arrivée dans la commune de Marcel Pagnol, voisine d’une vingtaine de kilomètres de Marseille, le pari est en passe d’être une belle réussite. Parce que, pour un club de ce standing, sans référence en National, aux moyens financiers très limités – le SC Aubagne Air Bel annonce un budget de 1,5 million d’euros, le plus petit derrière le Stade Briochin (1,8) alors que la moyenne du championnat est de 5 millions -, terminer la saison 2024/2025, la première de son histoire à cet échelon, à la 6e place, à 2 points du 4e, et pointer début décembre du nouvel exercice à la 5e, relève de l’exploit ! Surtout quand on se souvient que, lors de la journée inaugurale à Caen, les Provençaux avaient encaissé un 3-0, dans la foulée d’une préparation estivale durant laquelle ils n’avaient pas non plus gagné un seul match.

Le National a aussi ceci de passionnant qu’il révèle non seulement des techniciens, on l’a vu ces dernières saisons (Poirier, Videira, Le Mignan, Beye, Usai, Ridira, etc.), mais aussi des joueurs. Et là, avec Aubagne, on est en servi. L’an passé, c’était Benhattab (Nantes) ou Nsimba (D1 Roumanie). Cette saison, c’est Hamek, Chaban, Chibani, Bentoumi, Mayilla et d’autres qui crèvent l’écran sur la chaîne Youtube du championnat, le vendredi soir, ou au stade de Lattre de Tassigny d’Aubagne, pour ceux qui ont la chance d’y aller. Et pour façonner et polir ces pépites, Gabriel Santos est là.

Une étape avant d’aller plus haut ?

Photo SC Aubagne Air Bel

Alors, pari gagnant pour le club provençal ? Il est un poil tôt pour l’affirmer même si le sentiment de bonne pioche se confirme au gré des semaines, des prestations et des résultats. Pourtant, qui dit que, dans l’histoire, ce n’est pas Gabriel Santos lui-même qui n’a pas fait le plus gros pari ? Un pari loin de sa famille, encore une fois. Un pari en solitaire, lui qui est papa d’un petit Artur (3 ans) qu’il a laissé à Lisbonne avec sa maman. Une famille qu’il voit, en moyenne, une fois tous les quinze jours. Pas simple. Mais c’est le choix d’une vie. Le choix d’une carrière dont Aubagne, même s’il ne le dit pas, doit être une étape pour aller plus haut. Et ça, cela passe par des résultats, il le sait, par un style de jeu, par de l’intensité pendant les matchs et à l’entraînement, le credo dont il ne démord jamais, et beaucoup de travail, une valeur forte chez lui.

Lundi dernier, dans une semaine un peu plus calme, sans coupe de France, mais avec un match amical remporté à Cannes, l’entraîneur provençal a pris sur son temps pour parler un peu de lui, de son parcours, de son club, de ses joueurs, de son style, de sa vie. Il arborait souvent un large sourire, parfois naturel – son équipe venait de s’imposer 4 à 2 à Orléans, et il a laissé un jour de repos supplémentaire à son équipe ! – parfois crispé, notamment quand il s’est agi de parler de l’éloignement de sa famille, laissant poindre chez lui sensibilité et pudeur.

Face au FC Rouen, ce vendredi, au stade de Lattre de Tassigny, le SC Aubagne Air Bel va tenter de confirmer sa bonne première partie de saison, même si c’est plus compliqué à domicile (Aubagne reste sur 4 nuls et 1 défaite chez lui), et même si ce sera face au leader : « Pour moi, le FC Rouen est la meilleure équipe du championnat sur ce que j’ai vu » prévient Gabriel Santos, avant d’ajouter : « mais la différence entre Rouen et le Stade Briochin est infime. »

Interview : « Je veux de l’intensité et de la technique »

« J’étais un joueur moyen »

Photo Philippe Le Brech

« J’ai fait toute ma formation comme joueur jusqu’à mes 21 ou 22 ans. Je jouais latéral gauche. Mais la vérité, c’est je ne pensais pas devenir joueur professionnel, parce que je savais que c’était insuffisant pour y arriver. J’étais un joueur moyen. J’ai joué jusqu’en D3. Très tôt, j’ai pris un chemin universitaire, parce que je savais qu’il fallait que je passe par là pour devenir entraîneur de football, pour passer mes diplômes. J’ai fait 4 ans d’université à Lisbonne et j’ai fini avec l’équivalent en France d’un Master (il est diplômé d’un Master en sciences sportives). En fait, j’ai pris conscience très tôt que, joueur, ce serait difficile d’aller au plus haut niveau, c’est pour ça que, rapidement, j’ai pris un autre chemin, mais toujours dans le foot, ma passion. Aujourd’hui, je vois beaucoup de joueurs qui n’ont pas pris conscience de ça, qui ont 27 ou 28 ans, qui ne sont donc plus si jeunes que ça, mais qui nourrissent toujours le rêve de devenir pro. Or ils n’y arrivent pas, et ils n’ont pas de diplôme… C’est une erreur selon moi. C’est ma façon de voir les choses. J’essaie de les alerter là-dessus. »

« J’ai su très tôt que je voulais être entraîneur »

Photo Kevin Mesa

« J’ai su à 21 ans que je voulais être entraîneur. Quand je suis entré à l’université, la première chose que j’ai fait, c’est chercher une équipe à entraîner, une équipe de jeunes bien sûr. J’ai commencé comme ça. J’ai entraîné les jeunes, près de Lisbonne, la « Estrela Amadora », à Amadora, c’était l’équipe C, et en même temps que je faisais mes études, j’ai passé les diplômes de la Fédération portugaise, c’est obligatoire pour devenir coach, parce que le diplôme universitaire n’est pas suffisant. A la fin de mon université, j’avais déjà deux des quatre diplômes requis : le C et le B, sachant qu’il y a aussi le A et le Pro. En fait, en France, c’est un peu la même chose, c’est juste le nom du diplôme qui change, UEFA Pro, UEFA A, UEFA B, UEFA C, c’est comme ça en Europe. Aujourd’hui, je suis titulaire du diplôme UEFA Pro, qui me permet d’entraîneur au plus haut niveau. »

Ses débuts dans le foot pro

Photo Philippe Le Brech

« Après l’université, à 27 ans, j’ai eu l’opportunité d’intégrer un staff pro à Braga en 2011 avec Leonado Jardim, qui effectuait ses débuts d’entraîneur en première division au Portugal. J’étais analyste vidéo. C’était intéressant, cela m’a beaucoup apporté. Je regardais beaucoup de matchs, j’ai appris beaucoup de choses, j’ai analysé beaucoup de situations de jeu. En fait, on apprend beaucoup en visionnant les matchs, comme la compréhension du jeu. Cela a été le moyen pour moi d’intégrer le monde professionnel. J’ai passé 3 saisons à Braga comme ça, j’ai côtoyé trois coachs portugais, assez connus, Jardim donc, puis José Peseiro (2012/13) et Jesualdo Ferreira (2013/14), un ancien coach du FC Porto qui avait été champion du Portugal trois fois (en 2007, 2008 et 2009). Avec Braga, c’était vraiment intéressant, on a fait la Ligue des Champions, on a gagné la coupe de la Ligue (en 2013), cela faisait 20 ans que le club n’avait rien gagné ! »

Du poste d’analyste vidéo à celui d’adjoint

« Après Braga, j’ai continué mon chemin au Sporting Portugal (en 2014/15, à Lisbonne), dans le même rôle, avec Marco Silva, le coach actuel de Fulham. Mais au fond de moi, je savais que je ne voulais pas continuer trop longtemps à faire analyste vidéo. Mon but, c’était vraiment d’être entraîneur. Mais ces deux expériences à Braga et au Sporting m’ont ouvert les porte du foot pro. Un peu comme Will Still, l’entraîneur qui était à Reims et à Lens et qui est maintenant en Angleterre (à Southampton). Je ne me compare pas à lui mais j’ai commencé un peu de la même façon que lui. J’ai lu des articles et il disait la même chose que moi : être analyste vidéo (Still a été analyste vidéo à Saint-Tronc et au Standard de Liège) lui a permis d’avoir beaucoup de connaissances sur le jeu. »

Son arrivée en France, en 2015

« Même si, en tant qu’analyste vidéo, j’étais sur le terrain et je participais aux exercices, au fond de moi, ce n’est plus ça que je voulais. En 2015, j’ai eu l’opportunité de devenir adjoint de Rui Almeida au Red Star, en Ligue 2. J’ai connu Rui à Braga, il était l’adjoint de Jesualdo Ferreira, et il voulait commencer lui aussi sa carrière de coach principal. On s’était toujours bien entendu et il m’a demandé si le poste m’intéressait. J’ai dit oui, et voilà ! Je me souviens que l’on a joué à Beauvais la première saison nos matchs à domicile et au stade Jean-Bouin à Paris la deuxième année ! »

« J’ai mis deux mois pour parler le Français »

Photo SC Aubagne Air Bel

« Quand je suis arrivé au Red Star, je ne parlais pas du tout le Français ! Zéro ! Aujourd’hui, je pense que je me débrouille bien (Ndlr : disons-le, il parle très bien !). Mais à l’époque, il m’a fallu deux mois pour commencer à parler… Et pendant ces deux premiers mois au Red Star, cela a vraiment été dur car je n’arrivais pas à communiquer avec les joueurs comme je le voulais, et en plus, ils ne parlaient pas anglais. Mais le fait de ne pas parler le Français, cela m’a permis d’être encore plus exigeant avec moi-même : tous les jours, j’arrivais chez moi le soir et je regardais des vidéos, je lisais des livres que j’avais achetés, tout ça pour progresser encore plus dans la langue et surtout encore plus vite ! Et quand est arrivé le début du championnat, en août, je commençais déjà à parler et au bout de la 4e ou 5e journée, je parlais vraiment bien ! J’ai fait de gros efforts pour y arriver. »

L’adaptation en France

Photo SC Aubagne Air Bel

« La seule chose qui a été difficile, hormis la langue bien sûr, ce sont les différences de culture de vie par rapport à mon pays… Mais je dois dire que, en vérité, je suis quelqu’un de super-adaptable ! Franchement, j’ai les capacités de m’adapter partout. Je pense que c’est un point fort chez moi. Je suis arrivé en France, je ne parlais pas la langue, OK, mais finalement, je n’ai pas eu trop de difficultés, dans aucun domaine. Le climat est différent, c’est sûr : à Paris, il faisait froid-froid-froid comme jamais je n’avais eu froid ! Même là, lors du dernier déplacement que l’on a fait avec Aubagne, à Orléans, il faisait moins 5 degrés, un froid intense ! Ici, je suis à côté de Marseille, j’habite à La Ciotat, cela n’a rien à voir, ça va. Après, au niveau du foot, c’est pareil, il faut s’adapter. Prend par exemple le contexte à Aubagne : cela n’a rien à voir avec ce que j’ai connu jusque là dans les clubs pros, quand on voyageait en avion privé, ce n’était même pas les avions de ligne ! On était vraiment dans les meilleures conditions possibles. Et là, avec Aubagne, on est dans un club amateur qui se professionnalise, qui vise la Ligue 3, mais on prend le bus, on découvre le monde pro, du coup, forcément, je ne peux pas avoir la même exigence avec mes joueurs. »

Son arrivée à Aubagne en mars 2025

Photo Kevin Mesa

« Je n’ai pas eu peur en signant à Aubagne. Franchement ? Non ! J’avais conscience que ça serait difficile, mais je le savais et j’étais prêt. Je n’ai peur de rien, franchement, peut-être que c’est de l’inconscience, mais je suis comme ça. Juste avant de signer à Aubagne, en mars dernier, j’étais adjoint en Ligue 2 au Portugal, à l’Académico de Viseu, un club satellite de Hoffenheim en Allemagne, vraiment très bien structuré. Je venais juste de finir de passer mon dernier diplôme UEFA pro, et à partir de là, je savais que je pouvais commencer comme entraîneur principal. Comme l’agent avec lequel je travaille est Français (Laurent Lasgleyses), forcément, la France est devenue une possibilité plus grande, même s’il y a eu des contacts avec d’autres pays. La France, je connaissais déjà pour y avoir entraîné avec Rui (Almeida). Mon agent m’a proposé à Aubagne qui cherchait alors un entraîneur. Je suis allé les rencontrer et j’ai accepté. Je pensais sincèrement que j’allais terminer la saison à l’Académico de Viseu mais là, c’était une belle opportunité, en National. Et puis je voulais démarrer et voir ensuite. La France, c’est une super porte d’entrée pour moi. La Ligue 1, on le sait, est l’un des cinq meilleurs championnats du monde; ça peut me permettre d’avoir des opportunités après. »

La famille

Photo SC Aubagne Air Bel

« Ma famille est restée à Lisbonne. C’est mon point de chute. J’y rentre une fois par mois, et ma famille vient ici une fois par mois, donc ça fait que l’on se voit tous les quinze jours. Mon fils, Artur, a 3 ans. Et ma femme est professeure à l’Université, elle adore son travail. Être ici, loin d’eux, c’est beaucoup de sacrifices. Bien sûr que ça me coûte d’être loin, d’être seul, mais c’est comme ça. Cela fait quelques années déjà que c’est comme ça, depuis 2011 et que j’ai démarré dans le foot professionnel… J’ai souvent été loin de ma famille et de mes amis, mais aujourd’hui ce serait un gros risque de faire sortir mon épouse de sa zone de confort, pour ne vivre que du football, parce que c’est un milieu tellement instable : avec mon ancien coach, Rui Almeida, on n’a fait que trois mois après notre arrivée à Caen, où on s’est fait virer. On avait 2 ans de contrat et on nous vire au bout de 7 matchs ! Cela a été difficile. Je suis solitaire dans le sens où je suis loin de mes amis et de ma famille, mais je passe tellement de temps à travailler… Quand je rentre le soir, je pars courir, puis je prépare le dîner, je me remets au travail, je n’ai pas le temps de faire grand chose d’autre. J’ai peu de temps libre. Le week-end, quand je ne suis pas avec ma famille, je bosse encore. Ici, je n’ai pas eu le temps de me faire des amis, sauf dans le club bien sûr. Travailler beaucoup, en fait, ça me permet de ne pas trop penser au reste. »

Son style de jeu

Photo SC Aubagne Air Bel

« J’ai ma propre philosophie de jeu. Après, pour le système, c’est en fonction des joueurs que j’ai à ma disposition. Là, à Aubagne, c’est 3-4-3 ou 4-3-3. Mais je sais quel type de joueurs je veux, et c’est ce que je suis en train de mettre en place à Aubagne. Je veux des joueurs qui mettent beaucoup d’intensité et qui sont techniques aussi. Parce que la technique sans l’intensité, ça ne sert à rien. Être bon avec le ballon, c’est insuffisant : regarde Dembelé, il est très bon avec le ballon et sans le ballon, il va presser comme un fou ! Avec moi, la première chose obligatoire, c’est l’intensité. Défensivement, il faut être conscient aussi que c’est le travail de 11 joueurs. Et je veux que l’on soit très réactif à la perte du ballon : ça vient par l’intensité, je le répète. Plus on est réactif, plus on aura le ballon. Voilà, ma philosophie générale, c’est ça : on perd le ballon dans le camp adverse, et on le regagne encore, on refait deux ou trois passes constructives, ça fait mal à l’adversaire, on continue de jouer. »

La philosophie d’Aubagne

Photo SC Aubagne Air Bel

« Comme le club n’a pas beaucoup de moyens, il a choisi une certaine direction : relancer certains joueurs qui n’avaient pas de club l’an passé ou qui sortaient d’une saison difficile, en sachant que ces joueurs-là avaient des qualités, je pense à Karim Chaban (25 ans) : cela faisait 5 ou 6 saisons qu’ils ne jouaient pas beaucoup et là, il en est à 4 passes « dé » et 3 buts en 13 matchs, alors qu’ils jouaient 5 ou 6 matchs par saison avant, et c’est comma ça pour d’autres joueurs, regarde Mohamed Hamek (ex-Alès, Racing CFF, Sedan), 5 buts et 3 passes « dé », c’est déjà la meilleure saison de sa vie à 27 ans ! Mohamed Abdallah (27 ans), le latéral droit, était à Istres l’an passé, où il a fait un match ! « Christo » (Rocchia) n’avait pas de club après Villefranche et Alassane Diaby, qui a été pro à QRM et Nancy, a fait 2 matchs la saison passée en Lorraine. Il était au chômage, on l’a pris à l’UNFP ! Nohim Chibani (ex-Grasse) a très peu joué à QRM l’an passé en National aussi… Enzo (Mayilla, prêté par Saint-Etienne), il a 19 ans, il n’avait jamais joué en National, il court, il presse, il accélère ! C’est ça que je veux voir.

Photo Kevin Mesa

En fait, ils ont tous plus ou moins le même parcours. Notre directeur général, William Fekraoui, connaît bien les joueurs et travaillent beaucoup pour découvrir tous ces profils revanchards, dont personne ne veut. Pour nous, c’est une aubaine ! Les joueurs qui sont venus chez nous, s’ils avaient fait une bonne saison l’an passé, ils seraient allés ailleurs, à Valenciennes, Dijon ou Sochaux, dans des clubs qui paient beaucoup plus que nous. Il y a des joueurs à 14 000 euros en National quand même ! Nous, on ne peut pas se comparer à ce type de clubs. On fait des paris, même si ça donne plus de travail au début, c’est sûr. Mais ce que j’ai demandé dans le recrutement, c’est la qualité technique et l’intensité. Vraiment, ce sont les deux choses obligatoires pour moi. Si tu n’as pas ces deux choses là, non. En fait, le club s’adapte. On a le plus petit budget de National, on est conscient de ça… On a des clubs en face qui pour certains ont plus de 10 millions d’euros de budget, donc il faut trouver une autre manière d’être compétitifs. On a choisi de prendre des joueurs avec le profil dont j’ai parlé, parce qu’on nous a proposés beaucoup de joueurs à l’intersaison, certains étaient très chers. J’étais le premier à dire « Je ne veux pas de joueurs chers », parce que sinon, il va y avoir trop d’écarts, et on peut se tromper sur des joueurs comme ça, qui vont venir pour l’argent, et nous, on ne veut pas ça. On préfère lancer ou relancer des joueurs, qui ont faim, qui ont envie de courir comme des fous, parce qu’il savent que leur « vie » dépend de ça. »

Le début de saison d’Aubagne

Photo SC Aubagne Air Bel

« On a perdu notre premier match 3 à 0 à Caen mais je n’ai pas douté, jamais, jamais, jamais (il répète trois fois). On avait raté un penalty aussi. Je savais que ça serait difficile au début parce qu’on a pris beaucoup de retard, on a fait 7 ou 8 matchs amicaux, on a tout perdu, même si on a joué contre des grosses équipes, comme Montpellier ou Nice. Les joueurs sont arrivés petit à petit et je n’avais pas tout le monde à la première journée, et puis d’autres étaient encore hors de forme, c’est normal. On savait qu’il faudrait du temps. On a gagné à la 2e journée contre Villefranche (3-1) mais pour moi, on a vraiment commencé à être compétitifs à partir de la 3e journée, à Concarneau (1-1). »

En déficit de points à domicile

« C’est notre regret sur cette première partie de saison : à domicile, on doit prendre plus de points (Aubagne est 12e sur 17 à domicile avec 7 points sur 18, contre 13 points sur 21 à l’extérieur). On est en déficit. On doit être plus performant chez nous. Contre Valenciennes, on mène jusqu’à la fin et on se fait égaliser (1-1). Contre Dijon (0-0) et Versailles (1-1), qui étaient imbattables quand on les a joués, on fait match nul quand même, et contre Le Puy (1-4), on n’a aucune excuse, on concède deux penalties dont un d’entrée, on n’a pas été à la hauteur, et puis voilà. On ne se cache derrière aucune excuse. On pouvait passer 5es en battant Le Puy… Bon, finalement, en gagnant la semaine suivante à Orléans (4-2), où on a été capables de refaire ce que l’on produisait généralement dans les autres matchs, on est passé 5es ! »

Ses clubs préférés

« Je n’ai pas de clubs préférés (rires) ! Mon club préféré, c’est le club dans lequel je travaille (rires) ! Sinon, franchement, il y a beaucoup de clubs que j’aime : Lens pour son ambiance, l’OM… Je suis allé au Vélodrome, comme entraîneur avec Bastia, en Ligue 1, et au Paris-Saint-Germain aussi, là c’est du haut niveau. Je regarde Lyon, Lille, Nantes aussi, en plus c’est un club entraîné par un Portugais (Luís Castro) mais je ne le connais pas personnellement. »

Sa personnalité

Photo SC Aubagne Air Bel

« Avant un match, je suis un peu tendu, je vais sur la pelouse, je regarde l’échauffement, je rentre aux vestiaires un peu avant la fin de l’échauffement, je suis concentré, dans mon match. Je suis différent en match et à l’entraînement. Je suis un entraîneur passionné, j’ai besoin de parler, de motiver, de corriger, d’être derrière les joueurs. J’essaie moi aussi d’être actif, debout, proche, d’aider les joueurs. Humilité et travail, beaucoup de travail : je crois à ça. Contre Le Puy, on n’a pas été humble et pas assez travailleur et on a encaissé 4 buts. Pour moi, dans ce championnat, on ne peut pas se relâcher, parce qu’il n’y a pas énormément de différence entre le FC Rouen et Saint-Brieuc. Si on se trompe dans ces valeurs, on est sanctionné, ça va vite. Après, je parle souvent avec les joueurs, beaucoup ont un fort caractère. Mon éducation, c’est ma façon d’être, ma force aussi, je suis vraiment exigeant. Je ne rigole pas sur le terrain, les joueurs le savent. De temps en temps, je suis borderline, mais je suis juste et honnête. Après Orléans, j’étais le premier à faire la fête, mais après, c’est fini la fête, on se remet au travail ! »

« Chaque jour je réfléchis au chemin que je dois suivre »

« J’ai dit ça ? Oui, je me souviens de cette interview, dans La Provence. Mon objectif, c’est d’entraîner au plus haut niveau et le plus vite possible. Il ne faut pas que je perde de temps. Le risque que je prends sur le plan familial m’oblige à réussir, à aller au plus haut niveau. Les sacrifices que je fais au niveau de ma vie familiale m’oblige à réussir. Sinon, ce n’est pas la peine. Et la seule façon d’y arriver, c’est par le haut niveau. OK, d’un côté, je suis jeune, mais de l’autre non : il y a déjà des plus jeunes coachs que moi au plus haut niveau. Je me compare toujours à eux, comme à Luís Castro (45 ans), qui entraîne Nantes, ça me motive aussi, je connais son parcours, similaire au mien. Avec de l’humilité et du travail, ça doit payer. »

  • Son bilan depuis son arrivée à Aubagne en mars 2025

9 victoires, 7 nuls et 6 défaites (33 buts marqués / 29 buts encaissés)
– Saison 2024 / 2025 (9 matchs) : 4 victoires, 2 nuls et 3 défaites (14 buts marqués, 12 buts encaissés)
– Saison 2025 / 2026 (13 matchs, série en cours) : 5 victoires, 5 nuls et 3 défaites (19 buts marqués, 17 encaissés)

  • Son parcours d’entraîneur

– Depuis mars 2025 : entraîneur principal / SC Aubagne Air Bel (National)
– Janvier à mars 2025 : entraîneur adjoint / Academico de Viseu Futebol Clube
– Juillet 2024 – septembre 2024 : entraîneur adjoint / Portimonense Sporting Clube
– Juillet 2023 – Juillet 2024 : entraîneur adjoint / CF Estrela Amadora
– Septembre 2022 – juin 2023 : entraîneur adjoint / Chamois Niortais
– Août 2020 – décembre 2020 : entraîneur adjoint / Gil Vicente FC
– Juin 2019 – novembre 2019 : entraîneur adjoint / Stade Malherbe Caen.
– Juin 2018 – juin 2019 : entraîneur adjoint / ESTAC Troyes
– Février 2017 – juin 2017 : entraîneur adjoint / SC Bastia
– Juillet 2015 – décembre 2016 : entraîneur adjoint / Red Star
– Juin 2014 – juin 2015 : analyste vidéo / Sporting Clube de Portugal Lisbonne
– Juin 2011 – juin 2014 : analyste vidéo / SC Braga

Championnat National (J15) – vendredi 5 décembre 2025 : Aubagne Air Bel (5e, 20pts) – FC Rouen (1er, 28pts), à 19h30, au stade de Lattre de Tassigny.

Lien pour regarder le matchhttps://www.youtube.com/watch?v=ns5qAh6MUAc

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH, Kévin MESA et SCAAB
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Depuis son départ en retraite l’an passé, l’ex-entraîneur de Clermont Foot, qui a aussi marqué les Chamois Niortais de son empreinte, profite de sa famille et va souvent voir les matchs de Chauray, en N2.  Dans ce long entretien, il revient notamment sur son parcours, ses relations avec son fils Johan, qu’il a entraîné, et sur sa dernière saison en Auvergne, en Ligue 1, la plus difficile de ses 45 ans de carrière.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : 13HF et Clermont Foot

Capture d’écran Youtube

Making of. Ce samedi 13 septembre, le FC Chauray accueille le FC Montlouis en National 2. « Cholet-Montlouis ? Mais c’est quel niveau ça ? » Chauray ! Pas Cholet ! Et oui, c’est en National 2 mon bon monsieur ! Un match entre clubs promus. Il y a des curieux. Il y a des habitués. Il y a des journalistes. Et il y a Pascal Gastien. L’ancien entraîneur de Clermont Foot est, comme souvent, venu en voisin. Après que le natif de Rochefort, en Charente-Maritime, a pris sa retraite, en juin 2024, après 7 saisons en Auvergne (quatre en Ligue 2, trois en Ligue 1), il est « rentré » chez lui, dans les Deux-Sèvres, à Saint-Maxire, à 15 minutes en voiture de Niort et de Chauray.

Au stade municipal (et champêtre) de Chauray, Pascal Gastien, qui fêtera ses 62 ans mardi 2 décembre, est connu comme le loup blanc. Il est proche du club et notamment de l’entraîneur, Fabrice Fontaine : les deux hommes se sont connus aux Chamois Niortais. Dans un récent reportage consacré au FC Chauray, Fontaine louait les qualités de l’ancien joueur de l’OM, de Nice, de Châteauroux et de Niort bien entendu, avec qui il a vécu une sacrée épopée dans les années 80, passant de la Division 4 à la Division 1 !

Ce jour-là, à Chauray, il pleut ! Ce qui n’empêche pas Pascal Gastien d’être debout, le long de la main courante. Il serre beaucoup de pinces. Il discute avec tout le monde. Il est, comme à son habitude, simple et ultra-abordable. Le coup d’envoi est à 18 heures mais il a prévu de partir avant la fin pour être devant sa télé à 20 h sur BeIn : car Johann, son fils, joue avec Clermont contre Saint-Etienne ! Et il ne veut pas manquer ça. D’ailleurs, il ne manque aucun match de Clermont ! En milieu d’après-midi, Pascal Gastien est allé voir jouer son petit-fils qui évolue avec les U17 de l’Avenir 79, un club qui regroupe quatre communes (Villiers-en-Plaine, Saint-Maxire, Saint-Rémy et Sciecq). Un samedi au bord des pelouses, en somme !

Il est 20 h. Le match se termine à Chauray. C’est le dernier corner pour Montlouis, qui tente d’égaliser (2-1). Pascal Gastien est encore au stade, devant le petit portail d’entrée. Il passe sa tête au-dessus des spectateurs amassés devant la buvette pour voir la dernière action. Il va rater le début du match de Ligue 2, mais qu’importe, il a le coeur léger : Chauray a gagné !

Pascal Gastien : « J’ai une âme de formateur »

Visuel ClermontFoot

Votre meilleur souvenir de joueur ?
C’est la montée en Division 1 avec Niort (en 1987). Un moment assez incroyable, avec plein de monde dans les rues, à la mairie. Il y a aussi le titre de champion avec l’OM et la coupe de France (1988).

C’est vrai que Niort, c’est marquant : c’est un peu votre club formateur…
Plus ou moins. C’est quand même à Angoulême que j’ai été formé et où j’ai effectué mes premiers matchs en pro, en Division 2 à l’époque, avec l’attaquant Hervé Florès notamment. J’avais 17 ans et demi, donc ça date un petit peu ! Ensuite, les Chamois Niortais m’ont accueilli très jeune, à 18 ans, quand j’ai eu une très grave blessure à Angoulême. C’est pour ça que Niort, c’est une émotion particulière pour moi.

« À 18 ans, je pensais que le haut niveau, c’était fini ! »

Pire souvenir de joueur ?
La fracture de la jambe que j’ai eue avec Niort contre Marseille, à Marseille, l’année de la D1. Derrière, ça a été compliqué à tous les niveaux. La douleur… Mon pied était derrière ma jambe, c’était vraiment tout arraché. J’ai toujours gardé une raideur à la cheville, ce qui a fait changé ma statique. C’est ce qui explique qu’après, j’ai souvent été blessé, alors qu’avant ça, jamais, hormis mon souci à Angoulême. En fait, j’ai non seulement perdu une jambe ce jour-là mais j’ai aussi perdu un futur en quelque sorte… J’ai pu rebondir mais tout de suite senti que j’avais perdu pas mal de choses.

Vous parliez d’une autre blessure à Angoulême ?
Je me suis retrouvé paralysé, mais vraiment paralysé, à ne plus pouvoir bouger dans un lit, pendant 6 mois. Je me suis réveillé un matin comme ça. J’avais un staphylocoque. Quand vous avez 18 ans, vous vous posez mille questions. Mes parents aussi. C’était un moment très compliqué. Je ne savais pas si j’allais pouvoir rejouer au football. C’est pour ça que je suis parti à Niort, en Division 4, parce que je pensais que le foot de haut niveau, c’était fini. A Niort, on m’a trouvé un boulot. Et puis j’ai eu cette chance d’être dans le bon club au bon moment, on est monté en D3, en D2 et en D1 !

Gilles Gaudin, Guy Latapie, des personnages marquants

Lors de ses adieux à Clermont, à la fin de la saison 2023/2024. Photo Clermont Foot 63

Avant d’aller à Angoulême, où avez-vous joué ?
J’ai commencé à Port-des-Barques, à côté de Rochefort. Le club existe toujours. D’ailleurs, j’y suis allé récemment. J’ai eu la chance d’avoir des éducateurs assez extraordinaires, et c’est pour ça que je suis devenu coach. A Port-des-Barques, il y avait monsieur Gilles Gaudin. Il a réussi à faire entrer à l’INF Vichy trois joueurs la même année ! C’est quelque chose quand même. A l’époque, l’INF, c’était le top au niveau français. C’est dire… Ensuite, j’ai rencontré monsieur Guy Latapie à Angoulême en sports-études au lycée Marguerite de Valois. Monsieur Latapie m’a enseigné les principes de jeu, les mêmes que j’ai aimé faire pratiquer à mes joueurs après. Il a marqué tous les joueurs qu’il a pu rencontrer (1). Malheureusement, il est décédé (en février 2021) et j’ai été très affecté. On était resté en contact, bien sûr. Depuis, on fait un match chaque année en sa mémoire et là, on va fêter les 50 ans de la section sports-études à Angoulême en mai prochain.
1. Guy Latapie était un découvreur de talents. Il dirigea la section sport-études de 1977 à 2001 avec un titre de champion de France en 1983. Il a vu passer de futurs pros comme Fabrice Poulain (Monaco), Eric Guérit (Nice, Bordeaux), Gaëtan Charbonnier (Auxerre), Eric Deletang (Lorient, Monaco), Nicolas Bastère (Toulouse, Cannes) et Pascal Gastien.

Avez-vous conservé des liens avec le club d’Angoulême ?
Non. Mais j’y suis retourné l’an dernier, en coupe de France, quand ils ont accueilli Clermont, où joue mon fils, Johan. J’ai donné le coup d’envoi avec Corinne Diacre. Dans le temps, la D2 jouait à côté, à Chanzy, qui est devenu le stade de rugby, et nous, les jeunes, on jouait au stade Lebon.

Premier match en pro en D2 à 17 ans et demi

Votre premier match en pro ?
C’était à Angoulême, en Division 2, mais je ne me souviens pas contre qui. Attendez, je crois que c’était Angoulême-Dunkerque (octobre 1981). Non, ça c’était ma première titularisation. Mon premier match, c’était Angoulême/Stade Français, en juillet 1981, j’étais entré à la fin. C’était il y a un siècle !

Vos qualités et vos défauts sur un terrain, c’était quoi ?
J’étais quelqu’un de très endurant, et techniquement, c’était tout à fait correct. J’avais aussi la vision du jeu. Je courais beaucoup. Sinon, je manquais de vitesse et de puissance.

À Niort, avec Patrick Parizon, Abedi Pelé…

Avec Clermont Foot. Photo Clermont Foot 63

La saison où vous étiez dans la plénitude de vos moyens ?
Certainement avant ma fracture de la jambe, quand on est monté de Division 2 en Division 1 avec Niort. On avait tous fait une énorme saison, comme on n’en vit qu’une seule fois. On rentrait sur le terrain en étant quasiment sûr de ne jamais perdre. Au niveau du jeu, c’était extraordinaire. Collectivement, c’était très bon, et c’est ce que j’ai toujours essayé de reproduire, de copier, d’améliorer, après. C’est Patrick Parizon, qui habite toujours près de Niort, qui a mis ce jeu en place. Avec lui, on a eu un ressenti extraordinaire, une sérénité, avant, pendant et après les matchs. On savait ce qu’on avait à faire et ce que l’on allait faire. Et puis on avait aussi Abedi Pelé avec nous, ce qui nous a bien aidés aussi ! J’ai rencontré ensuite dans mes stages de formation d’entraîneur des personnes comme monsieur Filho (Ndlr : Joaquim Francesco Filho, ancien formateur à l’INF Vichy et à l’INF Clairefontaine), qui s’occupait de la préformation à Clairefontaine, et il me disait qu’ils étudiaient le jeu que l’on pratiquait à Niort !

Un joueur perdu de vue que vous aimeriez bien revoir ?
J’aimerais bien revoir Philippe Gladines, avec qui on s’entendait bien. On ne s’est quasiment plus jamais revu depuis Niort. Je ne sais pas ce qu’il est devenu.

Un coéquipier marquant ?
C’est quand même Abedi Pelé. Il arrivait d’Afrique. On l’a accueilli. Je me souviens d’un épisode : on est allé en stage à Font-Romeu et il n’avait jamais vu la neige. Il avait les yeux écarquillés. Et puis il faut le dire, c’était un très-très bon coéquipier.

Un club où vous avez failli signer ?
Il y a eu Auxerre et Metz, et je crois PSG : lorsque l’on est monté en Division 1 avec Niort, le club parisien a fait une offre pour Abedi (Pelé) et moi. Mon club n’a pas accepté.

« À Nice, on ne parlait pas de football »

Arrivée au stade à Clermont, pour son dernier match. Capture d’écran Clermont Foot 63

Une erreur de casting dans votre carrière, un choix que vous regrettez ?
Je n’ai pas de regret. Après Niort, je suis allé à l’OM quand même ! Puis à Nice, où cela a été beaucoup plus difficile, notamment financièrement, avec le départ du maire de l’époque, Jacques Médecin, qui aidait beaucoup le club. On est descendu administrativement en Division 2 avec Nice et cela a été un moment compliqué pour moi mais surtout pour le club. En plus, il y avait tout un tas de gens qui tournaient autour du club, qui voulaient le racheter… Un an avant d’arriver à Nice, je suis champion de France, je gagne la coupe de France, et là, je me retrouve dans un club où l’on ne parlait plus du tout de football…

Du coup, votre passage à Nice, qui dure 4 ans tout de même, reste mitigé ?
Oui. Même si on a crée des liens, comme avec Jean-Philippe Mattio, que j’ai souvent recroisé quand il recrutait pour l’OGC Nice, avec Jules Bocandé, malheureusement décédé, Jean-Philippe Rohr… Il y avait des « caractères » dans cette équipe. Et il y a quand même eu ce match historique avec Nice, en barrage D1/D2 contre Strasbourg, pour ne pas descendre… C’est un moment marquant, c’est sûr. On avait Carlos Bianchi comme entraîneur, avec qui j’ai toujours gardé le contact. D’ailleurs, pour mon BEPF, je suis allé en Argentine à Boca Juniors dans le cadre de mon stage, et Carlos m’a accueilli comme son fils : un souvenir magnifique. Mais son année d’entraîneur à Nice avait été extrêmement difficile pour lui : je pense que je n’avais jamais vu un entraîneur aussi fatigué, parce qu’on avait un groupe de joueurs extrêmement fatigants… Mais ce dernier match contre Strasbourg au stade du Ray était fabuleux, avec notamment un Milos Djelmas qui n’avait quasiment pas joué de la saison parce qu’il était souvent blessé : le coach lui avait demandé de jouer pour le club, et même si c’est Roby (Langers) qui a marqué les buts, pour moi, c’est Milos lui qui a fait la différence le temps qu’il a pu jouer, c’est à dire une heure, car je pense qu’il ne pouvait pas faire plus. Mais quel joueur extraordinaire ! On avait quand même de très-très bons joueurs, comme Marco Elsner, avec qui j’étais très ami : j’ai côtoyé son fils sur le banc (Elsner a entraîné Amiens en Ligue 2), ce fut un moment particulier là aussi. Voir le fils de Marco, 30 ans après, dans des conditions comme ça, c’est particulier.

Dans le journal L’Equipe l’an dernier, vous aviez dit que vous souhaitiez retourner en Argentine : du coup, vous y êtes allé ?
Toujours pas. Mais j’ai le projet d’y aller, de découvrir ce pays d’une manière générale.

Un président marquant quand vous étiez joueur ?
Bernard Tapie.

Un entraîneur perdu de vue que vous aimeriez revoir ?
Ça s’est toujours bien passé avec mes entraîneurs, je les ai revus, Victor Zvunka, Patrick Parizon… En fait, je suis surtout peiné par le décès de Guy Latapie. C’était une personne importante pour moi.

Vos souvenirs de coach maintenant : on commence par le meilleur…
Il y en a deux ou trois. La montée avec Niort de National en Ligue 2, à la dernière journée, au Gazelec Ajaccio, sachant qu’eux étaient certains de monter (en 2012). On a gagné 1 à 0 avec un but de Jimmy Roye sur penalty. C’est un grand moment, important sur le club, qui retrouvait le statut pro après être descendu jusqu’en CFA quelques années plus tôt (en 2009). Et bien sûr la montée de Clermont de Ligue 2 en Ligue 1 (en 2021), un moment particulier, parce qu’on l’a vécu ensemble en regardant un match qui nous permettait, en cas de résultat favorable pour nous, de monter sans jouer, mais je ne me souviens plus du match… C’était Toulouse – Pau je crois. Toute l’équipe, tout le staff, étaient là. C’était fantastique. Un moment rare dans une vie de coach.

« J’avais hésité à prendre la suite de Corinne (Diacre) »

A Chauray, en National 2, lors d’un match de championnat contre le FC Montlouis. Photo 13HF

Votre pire souvenir d’entraîneur ?
La descente avec Niort de Ligue 2 en National, quand le président Jacques Prevost m’a demandé de finir la saison et d’essayer de se maintenir, j’étais entraîneur au centre de formation à l’époque. Mais cela n’avait pas marché (Ndlr : en janvier 2005, alors que les Chamois Niortais sont lanternes rouges, il avait remplacé Vincent Dufour pour les 17 derniers matchs de la saison avec un bilan de 4 victoires, 6 nuls et 7 défaites). Cela avait été dur parce que Niort est un club particulier pour moi, avec des gens à l’intérieur particuliers aussi pour moi, avec qui je vivais au quotidien. Descendre en National représentait beaucoup de problèmes pour le club. Ensuite, j’ai repris l’équipe quand le club est descendu en CFA (en 2009). Et là, on a fait un parcours extraordinaire, avec deux montées et une 5e place je crois en L2.

La saison où vous avez pris le plus de plaisir sur le banc ?
L’année de la montée avec Clermont en Ligue 1. Footballistiquement, ça m’a incontestablement rappelé la saison quand j’étais joueur avec Niort, quand on est monté en D1. Tout était clair, tout était limpide. On avait une certaine plénitude dans notre jeu. C’était la saison du Covid, et malheureusement, nos supporters n’ont quasiment pas vu ça, mais au niveau du jeu, on a fait quelque chose de bien.

« J’ai senti que quelque chose m’échappait »

La saison où vous avez pris le moins de plaisir ?
Ma dernière saison sur le banc avec Clermont (2023-2024, descente en Ligue 2). J’avais décidé d’arrêter un an avant, j’avais prévenu mes dirigeants. Donc tout était clair. Mais je n’ai pas du tout aimé ce qui s’est passé à l’intérieur du groupe. Cela a été une saison très difficile, comme je n’en avais jamais vécu. Mes collègues m’avaient souvent dit que c’était difficile de gérer des joueurs, des hommes, mais moi, je n’avais jamais ressenti cette difficulté jusqu’à cette dernière année, où là, je l’ai vécu, et cela a été compliqué à vivre, parce que j’ai senti que quelque chose m’échappait dans la gestion du groupe.

Après coup, n’était-ce pas une erreur d’avoir annoncé avant le début de la saison que c’était votre dernière ? Et ne pensez-vous pas avoir fait l’année de trop ?
La saison de trop, je ne sais pas, mais c’était peut-être une erreur de l’annoncer. Je voulais être honnête avec mes dirigeants, afin qu’ils puissent anticiper la suite. Pour moi, ce n’était pas la saison de trop, on venait de finir 8e de Ligue 1, ce qui est extraordinaire pour nous, quelque chose d’incroyable, on était dans une très bonne dynamique, mais bon, des choses se sont passées…

Aviez-vous un modèle d’entraîneur ?
Patrick Parizon m’a marqué au niveau du jeu, incontestablement, et Carlos Bianchi au niveau de la gestion d’un groupe, du management, et après, j’ai toujours aimé ce que pratiquait Nantes, le jeu de mouvement; quand j’étais petit, je regardais le jeu de Barcelone, de l’Ajax Amsterdam, c’est ce jeu-là qui me plaît et que je voulais transmettre.

« Mon limogeage de Châteauroux m’a blessé »

Pendant votre carrière de coach, aviez-vous d’autres aspirations, comme celles d’entraîner dans un club plus huppé par exemple ?
Pas spécialement. Ce sont les opportunités qui ont fait que. Au départ, à Clermont, j’étais parti pour faire une carrière comme directeur de centre, tout simplement, et ça me plaisait beaucoup. D’ailleurs, j’ai beaucoup hésité à prendre l’équipe première quand Corinne (Diacre) est partie en équipe de France (fin août 2017). D’autant que cela ne s’était pas très bien passé pour moi à Châteauroux peu de temps avant, quand j’avais pris l’équipe en Ligue 2, mais je me suis fait virer (Pascal Gastien avait été nommé entraîneur de La Berrichonne en Ligue 2 en juillet 2014 avant d’être évincé en février 2015). Je fais partie du comité directeur de l’UNECATEF (le syndicat des entraîneurs), on a un MasterClass « Rebondir », on est en plein dedans là ! À Clermont, on a remis en place un centre de formation né d’un projet formidable avec les rugbymen, et je me retrouve du jour au lendemain avec les pros, et ça se passe pas mal : donc le terme « rebondir » est vraiment bien approprié pour les entraîneurs.

Vous avez plus une âme d’entraîneur ou de formateur ?
Une âme de formateur certainement.

Quand on regarde votre CV, on voit que vous avez toujours travaillé…
Oui, mais je suis resté au chômage pendant un an après mon limogeage de Châteauroux. Je suis parti à Clermont en février de l’année suivante (en 2016).

Ce limogeage à Châteauroux, vous l’avez vécu comment ?
Ça m’a blessé. Le club venait d’être repêché en Ligue 2 peu de temps avant le début du championnat. J’ai commencé les entraînements avec 12 joueurs. C’était très-très compliqué. J’estimais, même si on était derniers ou avant-derniers, que l’on était en train de remonter la pente, que notre jeu ressemblait enfin à quelque chose. Et à ce moment-là, pour des raisons qui les regardent, les dirigeants me virent en février. Un moment difficile. En plus, j’avais joué dans ce club, on était monté en D1 (en 1997). Je connaissais beaucoup de monde.

Une rancoeur ?
Envers certains un petit peu.

Êtes vous rancunier en général ?
Non, je ne pense pas, sauf envers quelques personnes. La pire des choses que l’on puisse dire à un entraîneur, c’est qu’on vous vire parce qu’il faut faire plaisir aux supporters, parce que, par rapport à eux, il faut que l’on fasse quelque chose, sans avoir de véritables raisons, si ce n’est les résultats bien sûr, je ne suis pas fou, hein ! Mais c’est la pire chose que j’ai pu entendre, parce qu’on a bossé comme des malades, et c’est ce qu’on m’a dit à Châteauroux : « Je te vire parce qu’il faut faire quelque chose. On a rien à te reprocher. Mais c’est comme ça ». Pour un entraîneur, c’est difficile à vivre.

« Joueur, j’étais râleur, entraîneur, ça n’a pas changé ! »

Pacal Gastien, en visio, pour cet entretien avec nous !

Un joueur que vous avez entraîné qui vous a marqué ?
J’ai beaucoup aimé entraîner Jimmy Roye (aujourd’hui entraîneur adjoint au Stade Lavallois en Ligue 2). Il réfléchissait sur le jeu, sur le football. Il faisait partie des joueurs qui représentent le jeu que l’on voulait mettre en place, avec Jason Berthomier aussi, qui a fait une saison extraordinaire l’année où on est monté en Ligue 1. Ce ne sont pas des joueurs hypers connus mais ils pensent foot, ils ont un cerveau foot. Après, j’ai entraîné des bons joueurs : lors de la dernière saison, il y avait « Max » Gonalons, il dégage quelque chose de fort.

Entraîneur, le président marquant ?
Cela dépend dans quel sens (rires) ! On va garder le positif : Claude Michy à Clermont. Je souhaite à tous les entraîneurs d’avoir un président comme lui. Même s’il dit qu’il ne connaît pas le foot, il connaît très bien le sport, c’est un ancien sportif, il sait ce que l’on peut ressentir. J’ai passé des années magnifiques avec lui.

Avez-vous eu le temps de nouer des amitiés avec un entraîneur adverse ?
C’est difficile, mais je pense avoir toujours eu des bons rapports avec mes collègues même si parfois j’étais chiant sur le banc de touche, mais de là à nouer une amitié solide, pas spécialement.

Vous étiez « chiant » sur un banc, mais vous l’étiez déjà sur un terrain quand vous étiez joueur…
J’étais râleur, oui, ça n’a pas changé. Compétiteur, mais râleur après les arbitres, mais très rarement après l’entraîneur adverse ou le staff. Parfois, avec les arbitres, je dépassais clairement les bornes, et quand je rentrais chez moi après les matchs, je me disais « Je me prenais pour un fou, ce n’est pas possible ! ». Parce que j’avais toujours ce sentiment d’injustice sur le banc. Quand vous êtes à Niort, Châteauroux ou Clermont, ce n’est pas quand même pas la même chose que quand vous êtes à Marseille, si vous voyez ce que je veux dire. J’ai joué à Niort puis à Marseille, j’ai vu la différence. À Niort, je prenais beaucoup de cartons, à Marseille jamais. Il y a tout un tas de choses quand même… Après, je sais faire mon autocritique : je n’étais pas très fier de ma manière d’être.

« Après Clermont, des clubs pros m’ont appelé »

Depuis votre arrêt à Clermont, avez-vous reçu des propositions pour « replonger » ?
Oui, des clubs pros m’ont appelé après. À Niort, il y a eu ce dépôt de bilan des Chamois (en avril dernier), et des clubs environnants, sachant que j’étais rentré dans la région, m’ont sollicité. J’étais fatigué par ma dernière année à Clermont déjà. Et je pense que je n’étais pas prêt à me lancer dans un projet sans connaître les personnes, en plus, je suis parti de Niort il y a une dizaine d’années, je redécouvre un peu l’environnement.

Qu’est-ce qui vous manque le plus dans le foot ?
La compétition ne me manque pas, les entraînements ne m’ont pas manqué du tout pendant un an, le foot ne m’a pas manqué pendant un, je me contente d’aller voir jouer mon petit-fils et aussi d’aller aux matchs de N2 à Chauray, c’est parfait. Mais là, l’entraînement me manque un petit peu, d’être avec les joueurs, créer des séances, faire des séances… En fait, c’est le jeu qui me manque, pas la compétition.

Qu’est-ce qui ne vous manque pas ?
Je vous l’ai dit, j’ai passé quasiment 40 ou 45 ans dans le foot pro, avec l’impression de n’avoir passé que des bonnes saisons, j’ai fait des rencontres magnifiques, à tous les niveaux, que cela soit des joueurs, des administratifs, des dirigeants, et je n’ai eu que cette dernière année, à Clermont, qui a été difficile. Mais une seule année sur 40 ou 45, c’est pas mal quand même.

« J’ai beaucoup aimé travailler avec mon fils »

Avec son fils Johan lors de sa signature en 2018 au Clermont Foot. Photo ClermontFoot63

En replongeant dans les fiches techniques, on a trouvé trace de quatre matchs avec vous sur le banc et votre fils Johan titulaire dans l’équipe en face… Qu’est-ce qui est le plus difficile : affronter son fils ou l’entraîner ?
J’ai eu très très peu de problème avec lui à l’entraîner. Je ne pense pas lui avoir fait de cadeau, j’ai essayé d’être juste. Les dirigeants de Clermont souhaitaient le faire venir, pas moi. Parce que j’avais peur que cela pose problème. J’ai mis les choses au point avec les autres joueurs, que j’ai rencontrés, en leur disant « Voilà comment on fonctionne (…) à la maison, on ne parle jamais de vous, vous pouvez faire ce que vous voulez, on ne parle jamais du club », je ne voulais pas le mettre en porte-à-faux vis à vis d’eux, et on a toujours fonctionné comme ça, de manière honnête, et si on n’a pas eu de problème, c’est en grande partie grâce à Johann, parce qu’il paraissait être un titulaire indiscutable, et c’est toujours beaucoup plus facile quand c’est comme ça. Mais j’avais des garde-fous dans mon staff, qui étaient capables de me dire « On pense qu’il vaut mieux faire jouer un autre joueur » même si en général, c’était plutôt l’inverse. On est parti sur ce fonctionnement et il a tenu parole par rapport à ses coéquipiers. Tout était clair. Il était hors de question que je lui pose des questions sur « Comment ils vivent ? Comment ça se passe ? Est-ce qu’ils sont sortis ? Est-ce que ceci ? Est-ce que cela ? » Non. Rien. On a toujours avancé ensemble comme ça. J’ai beaucoup aimé travailler avec Johan, il nous a beaucoup apportés et finalement cela n’a pas été une mauvaise idée de le faire venir à Clermont ! C’était l’idée de Philippe Vaugeois, qui recrutait pour nous et qui a été très bon pendant toutes ces années, il ne faut pas l’oublier, il a été l’un de des facteurs très importants de notre réussite. Mais quand j’ai joué contre lui, honnêtement, je n’en tenais pas particulièrement compte. J’étais focus sur mon équipe. On a, tous les deux, bien géré la situation. C’est peut-être un regret d’ailleurs sur ma dernière saison, parce que s’il m’avait dit certaines choses, cela aurait évité bien des problèmes à mon avis, mais c’est tout à son honneur. On en a parlé, mais après, et j’ai su un petit peu tard ce qui se passait à l’intérieur du groupe la dernière année. Mais trop tard.

Vous allez voir des matchs dans votre région ?
Nantes et Angers, c’est un peu loin. Je vais voir quasiment tous les matchs de Chauray à domicile en N2, et les matchs de mon petit-fils. Je ne suis pas encore allé voir le nouveau club, Chamois Niortais Saint-Flô, en R2, mais j’y vais samedi, parce qu’il y a la présentation d’un livre sur les chamois Niortais. En plus, ils jouent contre le club dans lequel j’ai débuté comme éducateur, Saint-Liguaire. J’y ai entraîné les U18 dans le cadre du passage des mes diplômes, et j’y avais fini ma carrière de joueur en DH. C’était ma première expérience comme entraîneur. Récemment, je suis allé voir le match délocalisé à René-Gaillard entre Chauray et les Girondins de Bordeaux, en National 2. C’était un moment particulier. Il y avait entre 5 et 6000 personnes. J’ai vu des anciens joueurs que j’avais eus au centre de formation de Niort. Il y avait un peu de nostalgie, forcément, mais ça montre aussi qu’il y a un potentiel à Niort, où les gens aiment le foot.

« René-Gaillard, Gabriel Montpied… Les deux stades les plus… »

Vous êtes sur la couverture du livre consacré aux Chamois !
Il y a même deux livres qui sont sortis ! Ce vendredi, à la mairie de Niort, un autre livre est présenté, il y aura Patrick Parizon, Philippe Hinschberger (Ndlr : une séance de dédicaces aura lieu en présence des auteurs du livre paru en octobre dernier « Chamois Niortais – un siècle d’histoire », en présence des auteurs Bruno Ahime et Christian Bonnin; un autre ouvrage a été consacré au Chamois Niortais, paru également en octobre dernier, écrit par le journaliste Emmanuel Roux et le supporter Fabrice Liaigre), et samedi, au match, il y aura d’anciens joueurs, comme Jean-Paul Ribreau, Jacky Belabde et d’autres peut-être, on va se revoir, ça va être sympa !

Comment occupez-vous votre temps ?
J’ai arrêté pour ma famille. Mon père est décédé. Ma mère est à l’Ehpad et ce sont mes deux soeurs qui se sont occupées d’elle, donc je pense que c’est à moi de prendre ma part, et ça me fait plaisir d’être avec ma mère. Mes beaux-parents vieillissent aussi. Ce sont des facteurs qui ont fait que j’ai pris la décision d’arrêter.

Pour finir : le stade René-Gaillard ou le stade Gabriel-Montpied ?
Récemment, j’étais à Clermont, on parlait des stades de foot, et je disais aux gens que ces deux stades, René-Gaillard et Gabriel-Montpied, étaient les deux plus pourris de Ligue 2 ! Donc voilà ma réponse ! Bon, à Clermont, avec les travaux, ça va ressembler à quelque chose, mais avant d’avoir cette nouvelle tribune, c’était quand même triste. Quant au stade René-Gaillard, je pense que, dans mes cartons, j’ai des projets de plans de nouveau stade à Niort qui datent d’il y a 15 ou 20 ans ! Je me demande même si ce n’est pas moi qui ai encore la maquette !

Le stade Gabriel-Montpied. Photo CF63
Le stade René-Gaillard à Niort. Photo 13HF
  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13HF, Clermont Foot et DR
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Co-meilleur buteur du championnat avec 6 buts, à égalité avec le spécialiste Fahd El Khoumisti, l’attaquant polyvalent est revenu aux origines, du côté du FC Fleury 91, en juillet 2024, où il a vécu les joies d’une montée de National 2 en National après un passage en Ligue 2 au FC Annecy. À 30 ans, le Parisien semble avoir atteint la maturité et la plénitude de ses moyens.

Par Joël PENET / mail : contact@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH

Avec le FC Fleury 91, en National. Photo Philippe Le Brech

C’est en région parisienne que ce grand attaquant polyvalent foule les terrains de Villiers-le-Bel, sa ville natale, non loin de Sarcelles, à ses débuts. Un environnement qu’il va finir par connaître sur le bout des orteils puisque l’Île-de-France va devenir son terrain de jeu ! Après une escale au centre de formation de Guingamp, en Bretagne, le natif du Val-d’Oise va ensuite reprendre le même chemin pour intégrer la prestigieuse école du PSG.

Mais comme pour beaucoup, ce n’est pas au Parc des Princes que le rêve de fouler le rectangle vert dans la peau d’un professionnel prend forme. Grâce à sa polyvalence mais aussi sa détermination, c’est à Bobigny, à Sannois Saint Gratien ou encore à Créteil qu’il va faire trembler les filets. Et se faire un nom qui va finir par attirer le regard du FC Annecy, en Ligue 2. Sa régularité lui permet de vivre la consécration en 2023 : la signature de son contrat professionnel en Haute-Savoie. Mais il apprend à ses dépens que le football peut être magique comme très cruel. Alors qu’il découvre l’antichambre de l’élite française, l’attaquant longiligne subit une fracture de la cheville avec arrachement ligamentaire qui l’éloigne des terrains pendant plusieurs mois. Un coup dur qu’il réussit à surmonter, à Nancy tout d’abord, en prêt, avant de retrouver la région parisienne et un projet ambitieux au FC Fleury 91, dans le club du président Pascal Bovis.

Entretien : « Je ne suis plus le même Kevin ! »

Avec le FC Fleury 91, en National. Photo Philippe Le Brech

Kevin, que retiens-tu de tes premiers années de formation à Guingamp ?
Guingamp, c’est là où j’ai appris le vrai football dans un environnement complètement différent de ce que j’ai pu connaître chez moi à Villiers-le-Bel. J’ai côtoyé des joueurs pendant plusieurs années qui sont devenus des amis, encore aujourd’hui.

Quel regard tu poses sur un club comme Guingamp actuellement ?
C’est sûr que ce n’est pas forcément ce Guingamp-là que j’ai connu. C’est un club qui a beaucoup évolué. C’est très bien ce qu’ils font. Ils ont connu la Ligue 1, c’est une grosse écurie en deuxième division et quand j’étais au centre, nous évoluions encore en National. Il y a aussi de très bons joueurs qui sont passés là-bas : Yoann Le Méhauté, James Léa Siliki, Ludovic Blas, Marcus Coco, Hugo Picart…

Tu as fait une partie de ta formation au PSG. Est-ce un passage formateur ou as-tu des regrets de ne pas être allé plus loin ?
Non, je n’ai pas de regrets, c’est un très bon club formateur et j’y ai passé de belles années mais j’ai forcément un ressenti mitigé car ce passage a été moins formateur « footballistiquement » qu’à Guingamp. Je me suis forgé mentalement mais je pense que le PSG est un tremplin pour pas mal de joueurs. Les choses doivent aller vite et on te fait comprendre que la concurrence est féroce : seuls les meilleurs joueront.

Avec le FC Fleury 91, en National. Photo Philippe Le Brech

Après cette expérience, tu pars à la découverte de la région parisienne ! Dans quel état d’esprit es-tu à ce moment-là ?
J’ai passé six mois sans jouer après cette expérience malgré deux ou trois essais… Mais je n’étais plus trop motivé. J’ai pris un coup au mental et je n’avais plus trop goût au foot. Comme je l’ai dit, je me suis forgé mentalement et j’avais peut être aussi besoin de quelques mois de repos pour me rendre compte que le football me manquait.

Quel genre de joueur es-tu en partant à Saint-Maur Lusitanos, en National 3 ?
Un attaquant rapide, qui peut jouer sur le côté mais aussi en pointe, donc j’essaie d’amener au mieux cette polyvalence. Saint-Maur, c’est un club portugais, familial et c’était parfait pour retrouver goût au foot.

Tu vas développer des qualités de buteur ensuite à Bobigny, à l’Entente Sannois SG ou encore à Créteil. Quelles différences y-a t’il entre ces clubs ?
J’ai essayé d’être dans la continuité au niveau de mes choix de carrière mais aussi dans ce que je pouvais faire sur le terrain. Je pense que c’est à Bobigny où je me suis retrouvé en tant que buteur (13 buts en 20 matchs en National 2). De base, je préfère jouer en pointe ; à l’Entente Sannois SG, je n’ai pas forcément joué, j’étais assez jeune et je découvrais encore le championnat de National. Je ne marquais pas assez, je n’étais pas assez costaud. J’ai dû travailler sur ces aspects-là.

Avec le FC Fleury 91, en National. Photo Philippe Le Brech

Justement, comment on peaufine un profil comme le tien ?
J’avais des qualités plutôt naturelles et au centre à Guingamp, je me souviens que je jouais sur le côté. Il me fallait cette mobilité, cette vitesse. Quand j’ai commencé à jouer en seniors, j’ai aussi bossé avec un préparateur physique entre Bobigny et Créteil et il m’a bien formaté. Par exemple, j’ai beaucoup gagné en mobilité.

Est-ce que tu te fixes en général des objectifs comptables ?
Non. Je pense que ça vient comme ça vient, je prends tout ! Je me dis qu’il faut atteindre un seuil minimum de 12 buts…

Avant de choisir Annecy, et la possibilité de jouer en Ligue 2, as-tu eu des sollicitations de l’étranger ? Si oui, pourquoi cela ne s’est-il pas fait ?
Le coach Laurent Guyot me voulait à Annecy et je voulais découvrir la Ligue 2. J’ai eu des contacts en Belgique, beaucoup en Bulgarie mais ça ne m’intéressait pas. Je venais d’avoir mon enfant, ma femme n’avait pas trop envie de bouger donc j’ai fait le choix de rester en France.

Avec le FC Fleury 91, en National. Photo Philippe Le Brech

Tu effectues tes débuts en 2022 sous les couleurs d’Annecy. Quel est ton sentiment à ce moment ?
Je me dis que c’est parti. Je suis un joueur professionnel et c’est là que tu te rends compte qu’il faut que tu performes… sans forcément te mettre de pression. Le coach me faisait confiance mais j’ai ensuite cette blessure qui arrive et qui sonne comme un coup d’arrêt. Je l’ai assez mal vécu mais j’étais bien entouré pour affronter cette épreuve. Les premières semaines, c’était très dur… c’est là que je repense à mon passage au PSG, que je me dis que la concurrence, et si t’es pas bon, il y aura quelqu’un d’autre.

Quelle différence fais-tu entre la Ligue 2 et le championnat de National ?
Je pense que ça se joue dans les 30 derniers mètres, défensivement ou offensivement; ça va plus vite en Ligue 2. Le National est néanmoins assez relevé aujourd’hui, on croise de gros joueurs et de grosses équipes. C’est aussi pour ça que je pense que la Ligue 3 doit arriver vite car il faut professionnaliser ce championnat. Quand on voit les déplacements et les contraintes qu’il peut avoir, il n’y a pas le choix !

Avec le FC Fleury 91, en National. Photo Philippe Le Brech

Tu as été prêté par le FC Annecy à Nancy. Est-ce que tu aurais aimé t’imposer d’avantage ?
Ça se passe bien au début même si les résultats sont négatifs. A ce moment, Benoit Pedretti était en intérim sur le banc et avec l’enchainement des événements, je perds confiance petit à petit, j’ai du mal à marquer (2 buts en 14 matchs). Je viens d’arriver de Ligue 2 et je sais qu’il y a beaucoup d’attente sur moi. Je sais que dans le jeu j’étais là, le coach me faisait confiance mais Pablo Correa arrive ensuite. Il me fait jouer deux matchs, je marque au premier mais j’ai compris qu’il avait des choix en tête et que je ne faisais pas forcément partie de ses plans.

Avec Nancy, en National, où il a évolué en prêt du FC Annecy. Photo Philippe Le Brech

Tu as enfin l’opportunité de Fleury qui se présente en 2024. Qu’elle a été ta réflexion à ce moment-là ?
Tout s’est fait très rapidement. Je voulais rentrer sur Paris et quand ils m’ont appelé, je n’ai pas mis longtemps à donner ma décision. Je ne me suis pas posé de questions. Je connaissais déjà le club et ses ambitions. Il y avait aussi le challenge de monter de N2 en National et ça, c’est quelque chose que je voulais réussir, surtout qu’on avait manqué de le faire quand j’étais à Bobigny. Fallait assumer avec les gros noms, si on n’avait pas de résultats. Le club a réussi à attirer de « gros » noms quand je suis arrivé à l’été 2024 et il fallait qu’on ait des résultats.

Avec Nancy, en National. Photo Philippe Le Brech

À 30 ans, tu es une des figures offensives du FC Fleury… en National ! As-tu des objectifs comptables ?
Je peux apporter mon expérience du haut niveau. Je me connais aujourd’hui et je sais que je peux marquer des buts. Je ne suis plus le même Kevin et si je fais les choses bien, ça va marcher sur le terrain !

Tu marques mais on a l’impression que c’est un collectif qui avance sous les ordres de David Vignes. Est-ce aussi ton ressenti ?
On a un groupe au top ! D’ailleurs, c’est un des meilleurs que j’ai eu depuis le début de ma carrière ! On se fait tous confiance, on peut jouer ensemble les yeux fermés.

La préparation de l’an dernier n’a pas été facile mais c’est elle aussi qui a posé les bases de notre équipe. Sur le terrain, on se serre les coudes et ça paye. On a réussi à aller chercher cette montée en National qui échappait au club depuis longtemps. Je pense qu’il y a quelque chose à faire mais on ne va pas s’enflammer, on vient de monter… c’est que du kiffe ! On essaye de ne pas se fixer de limites et le club est armé pour évoluer au-dessus, j’en suis sûr !

Kevin Farade, du tac au tac

Avec Nancy, en National. Photo Philippe Le Brech

Meilleur souvenir sportif ?
La montée en National avec Fleury en juin dernier.

Pire souvenir sportif ?
La descente en N2 avec Créteil.

Plus beau but marqué ?
Un but contre Bourg-en-Bresse avec Créteil.

Pourquoi as-tu choisi d’être footballeur ?

Ton but le plus important ?
Avec Saint-Maur Lusitanos, en National 3, quand on est monté en N2 (en 2016).

Avec Nancy, en National. Photo Philippe Le Brech

Combien de cartons rouges dans ta carrière ?
Je ne sais pas !

Tes Qualités et défauts sur un terrain, selon toi ?
Défauts, je râle trop ! Qualités… Je lâche rien.

Le club ou l’équipe (ou la saison) où tu as pris le plus de plaisir sur le terrain ?
Avec Créteil, la première année, en National (2020/2021).

Le club où tu as failli signer (tu peux le dire maintenant, il y a prescription) ?
Laval.

Avec Nancy, en National. Photo Philippe Le Brech

Le club où tu aurais rêvé de jouer, dans tes rêves les plus fous ?
Manchester United.

Un stade et un club mythique pour toi ?
Old Trafford et Manchester United.

Un public qui t’a marqué ?
Celui de l’OM.

Le coéquipier avec lequel tu avais ou tu as le meilleur feeling, avec lequel tu t’entendais le mieux sur le terrain ?
Yoann Le Méhauté à Guingamp et Pythocles Bazolo à Bobigny.

Un coach perdu de vue que tu aimerais revoir ?
Carlos Secretario, mon coach à Créteil.

Un président ou un dirigeant marquant ?
Franck, l’intendant de Créteil.

Avec Nancy, en National. Photo Philippe Le Brech

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Grejhon Kyei (ex-Clermont Foot, Standard de Liège, Lens, Reims notamment).

Le stade qui t’a procuré le plus d’émotion ?
Le Vélodrome.

Tes passions dans la vie ?
La Play-station, la NBA.

Un modèle de joueur ?
Thierry Henry.

Une idole de jeunesse ?
Thierry Henry.

Le match de légende, c’est lequel pour toi ?
Barça vs Manchester United en finale de la Ligue des Champions (en 2011, 3-1 pour Barcelone, et en 2009, 2-0 pour Barcelone).

Ta plus grande fierté ?
Mes enfants.

Avec l’Entente Sannois Saint-Gratien. Photo Philippe Le Brech
Avec l’US Créteil, en National. Photo Philippe Le Brech

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  • Texte : Joël PENET / mail : contact@13heuresfoot.fr / X : @13heuresfoot
  • Photos : Philippe LE BRECH 
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Le finaliste de la Coupe de France Crédit Agricole 2 000 avec le CRUFC Calais raconte les prolongements de cette épopée sur sa carrière sportive et sa vie. La participation au 7e tour du Auch Football (R2), qu’il co-entraîne depuis cet été, ravive les souvenirs.

Article paru sur le site de la FFF avant l’élimination au 7e tour de Auch Football face à Canet-Roussillon FC (N3) : https://www.fff.fr/article/15736-la-nouvelle-histoire-de-cedric-jandau.html

Texte : Anthony BOYER / mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Sur son CV, l’exploit ne fait qu’une ligne. Mais à l’échelle de la Coupe de France Crédit Agricole, c’est une Histoire avec un grand H que Cédric Jandau et ses copains du Calais RUFC (CFA, désormais National 2) ont écrit lors de la saison 1999-2000, qui les a vus atteindre la finale au Stade de France, seulement battus par le FC Nantes (2-1) de Mickaël Landreau.

Quand le natif de Calais s’est récemment mis en quête d’un nouveau travail, c’est surtout son expérience du management, de la gestion de groupe, et sa casquette d’entraîneur, qui ont séduit sa nouvelle entreprise, basée à Cugnaux, spécialisée dans le captage, le traitement et la distribution de l’eau, dans laquelle il travaille comme chef d’équipe depuis juin dernier. Pas son parcours de footballeur, qui se résume à un long bail au CRUFC (1994-2002) où il a commencé en seniors à l’âge de 18 ans, en CFA, puis en National, avant de partir à Gravelines, huit ans plus tard, en Division d’Honneur (2002-2006).

Héros de la demi-finale Calais-Bordeaux
À l’époque, le grand blond travaille à Calais chez Eurotunnel, qu’il décide de quitter lors d’un plan économique : « Après Gravelines, j’ai signé à l’US Boulogne Côte d’Opale, en National, la saison de la montée en Ligue 2 (2006-2007) avec Philippe Montanier comme entraîneur. Le club devait me trouver un travail, mais ça ne s’est pas fait. Comme je voulais passer à autre chose, je suis parti à Toulouse, où un CDI m’attendait dans un réseau de transports en commun. C’est ainsi que j’ai atterri à l’US Castanet-Tolosan (DH), où j’ai superbement été accueilli par le président, Bernard Maquoy, qui est devenu un ami. Il m’a beaucoup aidé à m’intégrer ».

Lire la suite de l’article sur le site de la FFF : 

https://www.fff.fr/article/15736-la-nouvelle-histoire-de-cedric-jandau.html

L’ancien milieu défensif, passé par Nîmes, sa ville natale et son club formateur, puis Beauvais, Orléans, Luzenac et Sedan, est revenu à Sète, où il a également évolué en National il y a 16 ans, cette fois dans le costume de coach. Dans ce club historique à la recherche de stabilité et de sérénité après sa liquidation judiciaire en 2023, il entend mettre sa passion et son expérience au service du collectif.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH et Alan REALE / SC Sète / @_bykitsu

Photo Alan Reale / SC Sète / @_bykitsu

C’est sans doute parce que, plus jeune, il était ce garçon timide et réservé, que Romain Canales lâchait tout sur le terrain, extériorisait, se montrait hargneux. Son terrain d’expression, c’était le football, la compétition. Et c’est aussi grâce à sa double-reconversion que l’ancien numéro 6 de Nîmes, Sète, Beauvais, Orléans et Luzenac, en National, a appris à apprivoiser ce trait de caractère. « Devenir agent immobilier et entraîneur de foot, ça m’a aidé à être moins timide, moins réservé. Sur le terrain, je lâchais tout, je m’exprimais par la hargne ! » raconte le natif de Nîmes, aujourd’hui âgé de 42 ans, arrivé sur le banc de Sète cet été, en Régional 2.

Romain Canales, c’est aussi ce garçon discret, qui n’a pas forcément envie de se mettre en avant, un petit peu hors système, mais terriblement ambitieux. Pendant sa carrière de joueur, c’était un peu la même chose : au service des autres, du collectif, à un poste exigeant, avec des responsabilités. Un joueur entier qui ne trichait pas, dont l’activité débordante sautait aux yeux. Parfois, on ne voyait que lui. A tel point que des clubs plus huppés, certains en Ligue 2 voire en Ligue 1 se sont, à un moment donné, renseignés sur ce petit gabarit d’1m71 freiné par une blessure à un moment charnière de sa carrière : « J’étais à Beauvais, en National, j’avais 26 ans, je faisais ma meilleure saison, j’ai eu des sollicitations, mais j’ai eu une blessure à la cheville et il y a eu beaucoup de complications, ça a duré un an et demi… Clairement, ça a brisé mon élan. »

« A Sète, l’identité est palpable ! »

Lors de son départ de Castelnau-le-Crès l’été dernier. Photo Castelnau FC

Cette tranche de vie footballistique, marquée par un long passage de 14 ans dans « son » club, celui où il a été formé et où il a évolué jusqu’à l’âge à 25 ans, Nîmes Olympique, il la raconte dans cet entretien d’une heure, donné en visio depuis chez lui, le matin d’un match avancé de championnat – un jeudi ! – avec le FC Sète, pardon, le SC Sète, son nouveau club. « J’ai la chance d’avoir trouvé une location et d’habiter au mont Saint-Clair. Tu vois, quand quand je tourne la tête, je vois la plage et la mer ! Cela a toujours été comme ça dans ma carrière, j’ai toujours voulu habiter à l’endroit où je jouais, pour m’imprégner de l’environnement dans lequel j’étais. Là, en signant à Sète, j’aurais pu rester chez moi à une heure de route du club, mais j’ai préféré m’installer ici. Et je peux te dire que l’identité de la ville, elle est bien palpable. Il y a des quartiers de pêcheurs, des quartiers populaires. Il y a les joutes aussi, qui sont plus importantes que le foot. »

Finalement, le derby de Régional 2 contre le voisin, le Stade Balarucois, distant de seulement 8 kilomètres, n’a pas eu lieu. Match reporté ! La faute aux conditions météorologiques ce jour-là.

Du FC Sète au SC Sète

Si le club de la Venise du Languedoc a changé d’appellation pour devenir le Sporting-club, ce n’est pas uniquement pour tirer un trait sur un passé récent tout à digéré. C’est aussi par obligation. Le 6 juillet 2023, trois ans ans seulement après un retour assez probant en National (11e en 2021 et 14e en 2022), lequel fut suivi d’une relégation administrative en N2 et d’une saison cauchemar (18e et dernier de N2 en 2023 avec seulement 3 victoires en 30 matchs et 12 points), la société « Football-club de Sète » a été liquidée, laissant place à une nouvelle entité, l’association « Sporting-club de Sète ».

Cette dernière fut contrainte, non pas de repartir en Régional 1 comme prévu initialement mais en… Régional 3 ! Un coup dur pour cette institution du football français – le FC Sète est l’un des 18 clubs à avoir été au moins une fois champion de France (il l’a même été deux fois, en 1934 et 1939, et a remporté deux Coupes de France !) -, qui n’avait jamais évolué plus bas qu’en Division d’Honneur (R1).

« Le plus beau maillot ? Celui de Sète ! »

Photo Alan Reale / SC Sète / @_bykitsu

Parce que le nouveau « Sporting », qui est remonté en Régional 2 dès l’année de son lancement avec à sa tête le joueur le plus emblématique de la ville, Christophe Rouve, est un club historique. Mythique. Dirigé aujourd’hui par un nouvel homme fort, un homme du cru, Bastien Imbert-Crouzet.

Depuis l’été 2024 et le départ de Rouve, joueur le plus capé (et le plus buteur) de l’histoire sétoise, pas mal de choses ont encore changé dans ce club qui ne demande qu’à retrouver stabilité (trois entraîneurs et deux présidents en un an) et sérénité. Ce qui n’a pas changé, en revanche, et c’est tant mieux, ce sont les fameuses tuniques aux bandes horizontales vertes et blanches, qui font que l’on peut confondre le maillot avec celui de l’autre Sporting, le Sporting Portugal de Lisbonne ! « J’aime les maillots et le plus beau que j’ai dans mon placard, c’est celui de Sète, coupe Romain; ça ne s’explique pas. C’est un maillot historique ! »

Pour Romain Canales, intronisé cet été à la tête de l’équipe fanion, pas facile de reconnaître le club où il a évolué une saison comme joueur, en National, en 2008/2009. C’était juste après une accession en Ligue 2 avec Nîmes, à laquelle il n’a malheureusement pas participé puisque cantonné en réserve, ni Laurent Fournier, ni son successeur avant Noël Jean-Luc Vannuchi ne lui faisant confiance en équipe Une.

Un poète dans la cité de Georges Brassens

Sous la tunique de l’US Orléans. Photo Philippe Le Brech

Mais il n’a jamais oublié son passage au stade Louis-Michel aux côtés des Yattara, Rambier, Vellas, Scaffa, Goazou, Fori, Dufrennes, Chavériat, Valero, pour ne citer qu’eux, ainsi que des regrettés Aulanier et Kharrazi. Cette saison-là, il avait quasiment disputé l’intégralité des matchs d’une saison achevée à une belle 7e place… juste avant une liquidation judiciaire (en réalité, sans une pénalité de 3 points infligée par la FFF, le club aurait fini 5e). On ne se refait pas !

Plus de quinze ans après, voilà Romain de retour, dans le costume d’entraîneur des seniors, en Régional 2, avec déjà une expérience de quelques saisons sur un banc, dont la dernière, probante, à Castelnau-le-Crès, en Régional 1, où, en une-demi saison (il est arrivée à la trêve), il a redressé une situation mal embarquée, son club passant avec lui de la 11e à la … 2e place en seulement 18 matchs (12 victoires) ! Une performance qui a tapé dans l’oeil du SC Sète.

Finalement, pour cet amateur de poésie, revenir dans la Cité de Georges Brassens est un joli clin d’oeil : « Oui, c’est une guitare que tu vois derrière moi ! Je ne suis pas un grand guitariste mais j’aime les musiques à texte. Je suis fan de Damien Saez, que j’ai vu sept ou huit fois en concert, de Francis Cabrel, de Ben Mazué, de Renaud, et de Georges Brassens bien sûr ! »

Interview : « Je suis quelqu’un d’entier »

Photo Alan Reale / SC Sète / @_bykitsu

Romain, revenons sur tes débuts : tu es né à Nîmes mais tu as commencé le foot à Vergèze…
Oui, de l’âge de 6 à 11 ans, parce que c’est là que j’habitais. Nîmes Olympique m’avait approché auparavant mais moi je voulais rester à Vergèze, avec mes copains. Finalement, à 11 ans, j’ai signé à Nîmes, et j’y suis resté jusqu’à mes 25 ans. Ensuite, j’ai joué à Sète 1 an, à Beauvais 2 ans, à Orléans 1 an et à Luzenac 1 an, tout ça en National. Ensuite il y a eu Sedan en CFA2, on est monté en CFA. Puis je suis rentré dans ma région pour finir ma carrière : j’ai fait quatre saisons à Aigues-Mortes en amateur (DH) et une saison à Uzès (R1) mais là, je me suis blessé à l’automne, j’ai dû stopper. Enfin… j’avais quand même repris une licence en Régional 2 à la JS Chemin bas d’Avignon, un club de Nîmes, on était monté en R1.

Et le travail dans tout ça ?
A la fin de ma carrière, je suis devenu agent immobilier, chez Orpi pendant 8 ans puis pendant 2 ans comme indépendant. Là, je me suis reconverti dans la gestion de patrimoine chez CapFinances. La vie, ce sont des cycles : on ne fait plus le même métier de 20 à 65 ans… En 2022, l’immobilier marchait moins bien, j’ai réfléchi, je me suis dit qu’il fallait peut-être faire autre chose. Aujourd’hui, dans mon nouveau métier, il y a toujours ce côté « commercial » que j’avais dans mon autre métier, je démarche de la clientèle, je suis affilié à un cabinet, et puis ça se marrie bien avec la vie de foot, je gère ma journée comme je le souhaite. Parce qu’entraîner, cela implique de prendre des risques dans sa vie professionnelle, ce n’est pas évident. Il faut que les horaires correspondent, il faut être disponible le soir, avoir le temps de préparer ses séances de la meilleure des manières possibles, parce que si tu fais un métier où tu finis à 18h et que tu arrives cinq minutes avant l’entraînement, forcément, il va te manquer de la préparation.

« Je ne pense pas à ma carte perso »

Sous la tunique du FC Sète en National en 2008/2009. Photo Philippe Le Brech

Où en es-tu au niveau des diplômes et aspires-tu à entraîner plus haut ?
Je suis titulaire du BEF, je peux entraîner jusqu’en Régional 1. J’attends le bon moment pour postuler au DES, qui permet d’entraîner jusqu’en N2. Je veux faire les choses bien. Je ne veux pas courir après le sésame supplémentaire si je ne suis pas capable d’assumer mon rôle de coach l’année en cours. Si je veux aller plus haut, il ne faut pas que je traîne en route. Je suis quelqu’un d’entier, qui va aller vers ce que je ressens, c’est peut-être une faiblesse, mais je ne pense pas à ma carte perso. Aujourd’hui, l’idée, c’est d’aller plus haut possible avec le FC Sète; à moi d’être bon pour faire en sorte que le club veuille me conserver.

Quand as-tu commencé à entraîner et quel a été ton parcours ?
J’ai commencé à Aigues-Mortes chez les jeunes, j’étais encore joueur en R1, et je m’occupais des U15, ensuite des U19. J’ai rapidement eu des petites sollicitations pour entraîner en Régional 2 mais j’ai voulu aider les villages où j’ai grandi en Régional 3, je n’étais pas à une division près pour faire mes gammes, alors je suis allé à l’US du Trèfle, à Sommières, la ville dont mes parents sont originaires, puis à Vergèze, où j’ai grandi. Ces deux villages, ces deux clubs, je les aime. Ensuite, je suis devenu l’adjoint de Nicolas Guibal, l’ex-entraîneur de Sète, au Grau-du-Roi (R2, accession en R1), avant de partir à Mende en R1, mais je n’y suis pas resté longtemps, cela ne s’est pas très bien passé, alors que j’avais mis l’immobilier de côté. Ensuite, j’ai atterri à Noël à Castelnau-le-Crès, en R1, l’équipe était 11e à la trêve et on a fini seconds, ce qui m’a permis de rebondir à Sète, où le club se structure. Le projet est fait pour voir à moyens termes.

« On dit encore le FC Sète 34 ! »

Avec le président du SC Sète. Photo Alan Reale / SC Sète / @_bykitsu

Entraîner, tu y pensais quand tu étais plus jeune ?
Pas trop. J’étais très timide, introverti. Je me souviens qu’à Nîmes, Olivier Dall’Oglio, que j’ai eu en jeunes et en réserve, me sondait parfois sur la manière de jouer et à Orléans, où j’ai fait 20 matchs sur 38 et donc où je n’étais pas un cadre, l’entraîneur Yann Lachuer venait parfois me sonder, parce que j’avais une réflexion sur le jeu. Je m’intéressais au « foot ». C’est devenu viscéral à partir du moment où j’ai entraîné les jeunes à Aigues-Mortes.

Quelle est l’ambition du club de Sète, qui a vécu une liquidation judiciaire en 2023 ?
J’avais déjà connu une liquidation à la fin de la saison quand j’avais joué à Sète. Aujourd’hui, c’est le Sporting, parce que le club a changé de nom dans les documents mais on a encore du mal à l’appeler comme ça, on dit encore le FC Sète 34 tellement c’est ancré ici ! C’est le même club. Maintenant, je vais essayer de leur rendre la confiance. Il y a un projet ici qui est très-très clair, mais avant de parler de foot, d’objectifs, il faut remettre le club sur de bons rails, ça veut dire avec des bons éducateurs, avec une image des jeunes qui change, avec les bonnes personnes à la tête du club, avec de la stabilité humaine. Je vois des gens qui oeuvrent pour leur club, et uniquement pour leur club. Ceux qui sont en place sont fondamentalement amoureux de leur club. Le président (Bastien Imbert-Crouzet) est un Sétois, on a beaucoup de gens du cru. Ils vont oeuvrer pour que le club redore son blason, et pas que sportivement. Les jeunes sont descendus de division, il y a une catégorie manquante, mais là, on n’est que sur les premiers mois du nouveau projet, c’est trop tôt…

« On se doit de jouer le haut de tableau »

Avec Luzenac contre l’US Orléans du regretté Emiliano Sala. Photo Philippe Le Brech

Sportivement, après un bon départ (3 victoires et 1 nul), l’équipe de R2 vient de perdre son premier match à Saint-André-de-Sangonis (2-1) : la montée est-elle l’objectif fixé ?
On ne m’a pas demandé de monter cette année. On a reconstruit un effectif après beaucoup de départs, on a mis en place des nouvelles idées de jeu, mais cela ne se fait pas en quelques semaines. Maintenant, on se doit de jouer de jouer le haut de tableau, d’essayer de se mêler à la lutte. Tu sais, ici, c’est un peu comme à Nîmes : quand tout va bien, c’est le rêve de vivre dans ces villes-là, avec cette ambiance sudiste, et puis tu as les aléas, ces liquidations judiciaires, qui sont propres au sud.

Quel type de jeu prônes-tu ?
Pour moi, le meilleur moyen de gagner, c’est de maîtriser son sujet, de prendre les choses en mains, de dominer territorialement dans la tenue du ballon. J’aime que mon équipe soit joueuse, cohérente. Ce n’est pas une question de division. La seule chose qui n’est pas négociable, c’est la grinta, et ça, je trouve que ça se perd dans le foot, alors qu’il la faut. Il faut avoir la passion et le feu en soi si on veut exister. J’essaie d’inculquer ça, c’est dur. J’essaie que mon équipe soit à mon image. J’avais la grinta, ça m’a aidé. J’aime jouer à 3 derrière, mais si j’ai basculé vers ce système il y a quelques années, c’est parce que j’avais les joueurs pour. Et tant que c’est possible, je m’y tiens. Mais système de jeu ne veut pas dire principe de jeu. Tu peux avoir des mêmes idées de jeu, que tu sois en 3-5-2 ou en 4-3-3. A contrario, tu peux être sur un même système dans deux clubs différents et avoir deux manières de jouer différentes. Les principes de jeu sont pour moi plus importants.

En termes de spectateurs, ça se passe comment cette année ?
On a fait 500 ou 600 personnes en coupe de France contre une R1 (Fabrègues, qualification 2-1 au 3e tour avant une élimination au 4e tour à … Saint-André-de-Sangonis, 2-1). Sinon, en championnat, on a un petit peu de monde au stade, mais il n’y a jamais eu non plus énormément de monde au Louis-Michel. Quand je jouais en National, on avait fait une belle année, il y avait 1000, parfois 1500, mais 1500 au Louis-Michel, c’est comme quand il y a 5000 ou 6000 aux Costières alors qu’il y a près de 20 000 places. Mais l’engouement est possible ici.

Romain Canales, du tac au tac

Sous le maillot de Beauvais. Photo Philippe Le Brech

Meilleur souvenir sportif ?
Il y en a plusieurs ! Ce sont mes premiers matchs en pro aux Costières avec Nîmes. Quand tu es jeune, que tu rêves de ce moment et que tu y arrives… C’est une belle émotion. Réussir dans son club formateur, dans un club avec une histoire comme celle-là, c’est un rêve éveillé, surtout au début. Plus tard, on en prend la mesure.

Ton premier match en Une à Nîmes ?
J’avais 19 ans, j’étais rentré deux minutes, c’était à l’extérieur, en fin de saison, à Dijon. L’entraîneur, c’était Patrick Champ, qui avait pris l’équipe pendant quelques semaines. C’est important mais pas aussi important que quand je me suis imposé comme titulaire, là ça comptait vraiment, je débute les matchs, je sens que j’ai une carte à jouer pour ma future carrière. Mais le coach qui m’a réellement lancé, c’est Régis Brouard. Maintenant que je suis entraîneur, je m’en rends compte, mais à l’époque, il était jeune entraîneur, en National, il avait la pression, il avait aussi sa carte perso à jouer, et malgré ça, il me fait jouer 16 ou 17 matchs sur la phase aller, avant que je ne me fasse opérer à Noël, alors que je suis encore sous contrat amateur. C’était une grosse marque de confiance, d’autant que Nîmes à l’époque avait de grosses ambitions et recrutait en conséquence, mais il a lancé un jeune du club. C’est grâce à lui que j’ai pu signer un contrat de 3 ans. Il m’a lancé et a cru plus que d’autres en ma capacité à jouer en pro.

Ton poste de prédilection, milieu défensif ?
Jusqu’à 17 ans, je n’avais jamais joué milieu défensif, c’est quand même fou ! Je jouais ailier droit, mais je ne débordais pas forcément et je manquais de puissance, j’étais plutôt un faux ailier, qui repiquait dans l’axe, qui était plus dans la conservation. Olivier Dall’Oglio m’a fait passer 6 quand j’étais en 19 ans Nationaux. Dall’Oglio… Encore un super-entraîneur que j’ai adoré et qui m’a permis de progresser énormément. J’ai adoré ce poste parce que j’aimais combiner, avoir le ballon plutôt que de faire des grandes chevauchées sur l’aile, je faisais partie des joueurs polyvalents. J’ai oscillé entre 6 et 8 sans aucune préférence : d’ailleurs, même encore aujourd’hui, je ne saurais pas dire si je préférais tel ou tel poste.

Sous la tunique de l’AS Beauvais Oise. Photo Philippe Le Brech

Pire souvenir sportif ?
En fait, on s’en rend compte quand cela arrive. Ce n’est pas quand on est remplaçant ou quand ça ne passe pas avec un coach, mais ce sont les blessures. A 26 ans, à Beauvais, je fais une excellente saison, j’ai beaucoup de contacts pour jouer plus haut, et je me blesse pendant un an et demi… A tel point que j’ai même hésité à mettre un terme à ma carrière. J’ai gardé le cap, je me suis soigné, mais c’était très long. Mais le wagon, lui, est passé. Heureusement, les contacts que j’avais noués lors de mes précédentes saisons m’ont permis de signer avec Yann Lachuer à Orléans, toujours en National. Lachuer, c’est encore un coach marquant, mais la blessure d’un an et demi m’a freiné dans mes ambitions personnelles. J’ai continué à jouer après mais je n’ai plus jamais… Tu sais, les clubs, ils savaient que j’étais resté blessé pendant longtemps, donc voilà. Et puis la remise en route est plus dure à 27 ou 28 ans qu’à 22 ou 23 ans. Cette blessure m’a fait mal aussi parce que tous les jours, en me levant le matin, je n’avais pas la possibilité de faire ma passion, de faire ce que j’aimais.

Quelle était la nature de cette blessure ?
J’avais mal à la cheville de manière récurrente. On arrivait en fin de saison avec Beauvais. J’avais des débris d’os à l’intérieur. On me l’a nettoyée, on m’a dit que cette intervention était l’histoire de trois semaines, mais j’ai eu des complications post-opératoires qui n’avaient rien à voir avec la blessure. C’était des douleurs sur toute la jambe. Cela a été dur à accepter. J’ai eu des centaines de rendez-vous, j’ai consulté des spécialistes… C’est la vie d’un footballeur. Mais quand on se soigne et que l’on rejoue, ça rajoute de la fierté.

Donc Paul Pogba ne retrouvera pas l’intégralité de ses moyens à Monaco ?
Je ne pense pas, il est encore plus âgé, et l’intensité est beaucoup plus importante. Il va rejouer, je n’en doute pas, mais est-ce qu’il va faire un match toutes les trois semaines, est-ce qu’il va faire 15 matchs dans la saison ? Il va avoir du mal, même si je lui souhaite pas.

Combien de buts marqués dans ta carrière en seniors ?
(Il compte) J’ai dû en marquer une quinzaine entre le championnat et la coupe de France. Mais à Nîmes, je n’ai pas marqué, j’étais encore trop timoré (rires), je me concentrais sur l’essentiel.

Ton plus beau but ?

Le but de Romain à Libourne :

Pourquoi as-tu choisi d’être footballeur ?
Je ne sais pas l’expliquer. Comme beaucoup d’enfants, on a dû me mettre un ballon entre les pieds, l’école, le papa, les matchs à la télé, voilà, ça ne s’explique pas. Mon père jouait en amateur, il m’a poussé, sans plus.

Sous le maillot de Luzenac. Photo Philippe Le Brech

Tes qualités et tes défauts sur un terrain ?
Je n’avais pas d’immenses qualités, mais j’étais plutôt complet. J’étais capable aussi bien d’attaquer que de défendre. J’avais beaucoup d’activité, j’étais endurant, je pouvais être au départ des actions ou un peu plus haut, je jumpais, je frappais, mais je n’avais pas une qualité meilleure qu’une autre. Pour passer un cap, il me manquait la puissance. Après, entre le joueur que j’étais à 20 ans et celui que je suis devenu à 30 ans, c’était différent : au début, j’étais beaucoup dans l’effort, ensuite j’étais plus « intelligent », c’est la beauté du foot, d’apprendre. Dans la lecture de l’espace et des choix de situation, l’intelligence est très importante. Je l’ai compris un peu plus tard.

Que t’a-t-il manqué pour jouer en Ligue 2 ?
D’abord, il y a eu un souci de temporalité. Je suis à Nîmes en National et on monte en Ligue 2 (en 2008), je suis sous contrat, mais je sais que je ne vais pas être utilisé, le club me le dit, donc je romps ma dernière année et je pars à Sète, toujours en National. Il y a bien eu Arles-Avignon, qui montait en Ligue 2 aussi, qui m’a contacté mais là, c’est moi qui n’ai pas accepté, et j’ai senti que le club de Beauvais voulait faire de moi un joueur qui compte. Et puis cette blessure est arrivée au moment où j’ai des contacts pour aller plus haut. J’avais la Ligue 2 qui me tendait les bras. Je ne vais pas citer les noms des clubs… Il m’a aussi manqué la puissance, comme je l’ai dit, la régularité dans les performances aussi, que j’ai trouvée plus tard, la consistance. Toutes ces qualités, aujourd’hui, il faut les avoir à 22 ou 23 ans, pas à 25 ou 26. Je suis quand même fier d’avoir pu exister dans ce championnat National qui était très-très athlétique.

La saison où tu as pris le plus de plaisir ?
Il y en a deux, mais j’étais dans la plénitude de mes qualités et de ma confiance lors de ma première saison à Beauvais, c’est inexplicable, je ne perdais pas un ballon, je tirais de loin et ça faisait but, j’étais en pleine confiance. C’était la suite logique de ma saison à Sète où, déjà, j’avais pris confiance, où j’étais un joueur cadre. À Beauvais, j’avais tous les regards sur moi.

Avec Luzenac. Photo Philippe Le Brech

Un regret quant à un choix de carrière ?
Est-ce que quelqu’un d’ambitieux a le droit de refuser un club comme Arles-Avignon qui montait en Ligue 2 à ce moment-là, où l’entraîneur était aussi un Sudiste (Michel Estevan). Arles avait fini 3e de National mais je voulais être un joueur et pas un remplaçant, parce que j’aimais tellement ça, j’aimais tellement transpirer. J’ai hésité… et Arles-Avignon est monté en Ligue 1 à la fin de la saison suivante. C’est un regret qui n’en est pas un puisqu’à Beauvais j’ai fait ma meilleure année. C’est juste un regret par rapport à l’ambition. Cela devait se passer comme ça.

Quand tu étais petit, tu rêvais de jouer dans quel club ?
Nîmes. Et ça a été fait. Je vais avouer quelque chose : je ne suis jamais allé aux Antonins. Et entre mon départ de Nîmes en 2008 et le déménagement aux Antonins (fin décembre 2022), j’ai dû aller trois ou quatre fois au stade des Costières. Je suis trop nostalgique… Mais j’entends beaucoup de choses positives sur l’ambiance des Antonins, un peu à l’anglaise. Je connais de loin Mickaël Gas, l’entraîneur de l’équipe de N2. Je vais y aller, je ne sais pas quand, mais je vais y aller.

Un coéquipier marquant ?
J’aimais beaucoup les « anciens » quand j’ai démarré à Nîmes, il n’y en a plus trop des « vieux » comme ça dans les vestiaires, des joueurs qui te guident, et moi, j’ai eu la chance d’en avoir, je pense aux Stéphane Beyrac, Jean-Marie Pasqualetti, Nicolas Rabuel, Allann Petitjean, Cédric Horjak… J’aimais beaucoup jouer aux cartes avec eux, j’avais les yeux émerveillés. C’est une époque qui était cool, ça envoyait du bois à l’entraînement mais ça ne se plaignait pas, ça ne pleurait pas. Avoir été accepté par ces joueurs-là, cela a été un plaisir pour moi. Après, il y a des capitaines qui m’ont marqué, je pense à Romain Rambier à Sète, qui diffusait une grinta naturelle. Mais il y en a plein d’autres… Comme Matthieu Ligoule à Orléans, un taiseux, qui ne se plaignait jamais, qui travaillait dans l’ombre, qui avait ce souci du collectif. On habitait à côté, on faisait la route ensemble. Il était exemplaire. Je ne le vois pas souvent. J’ai toujours aimé les joueurs exemplaires et c’est ce que j’essaie d’inculquer à mes joueurs, cette exemplarité.

Avec l’US Orléans. Photo Philippe Le Brech

Le joueur avec lequel tu avais le plus d’affinités dans le jeu ?
Julien Valero. On s’est rencontré à Nîmes lors de ma dernière saison, on a signé ensemble à Sète puis à Beauvais, donc on a partagé pratiquement quatre années ensemble, avec tout ce que cela comporte. Sur le terrain, on jouait à 5 mètres l’un de l’autre et effectivement, sans savoir pourquoi, il y a des joueurs avec qui tu penses la même chose techniquement au même moment, ce sont des sensations cool à vivre.

Le joueur que tu aimerais revoir ?
Je dirais Romain Faure, avec qui j’ai joué à Orléans. C’était une perle dans les vestiaires, très gentil, très marrant. Il était devenu mon ami, malheureusement, avec le temps, les coups de fils sont plus espacés… Tu me donnes l’idée de le recontacter. Il y a aussi des Christophe Meirsman, des Ritchie Makuma à Beauvais…

Le coach le plus marquant ?
Régis Brouard, c’est une évidence. Quand tu as des joueurs qui, à l’époque, touchent des 7 ou 8000 balles en National et qui signent dans un club comme Nîmes où l’ambition est de monter, et que, à côté, tu as un jeune comme moi, avec un contrat amateur, sur le terrain… Je ne sais pas si tu mesures le degré de confiance… Régis Brouard, il regardait qui était le meilleur pendant la semaine d’entraînement. Il était persuadé que j’en faisais partie et il m’a fait jouer. Il m’a envoyé au feu. Il y a aussi Frédéric Remola à Sète, quelqu’un de très différent, un nounours, avec lui, c’est l’humain avant tout. Très pragmatique, très simple dans son coaching. Ce monsieur-là m’a fait jouer tous les matchs, alors que je ne jouais plus à Nîmes. C’est Omar Belbey et Grégory Meilhac (deux anciens joueurs de Nîmes), qui l’ont connu à La Pointe Courte, à Sète, qui lui ont parlé de moi. Remola, il a un peu sauvé la deuxième partie de ma carrière. J’ai prévu de le revoir. Je n’oublie pas non plus Olivier Dall’Oglio, que j’ai eu en jeunes à Nîmes puis un peu plus tard en réserve. Quand tu vois sa carrière ensuite… J’aimerais bien parler de foot avec lui. Je ne l’ai jamais recroisé.

Avec l’équipe de Luzenac en National. Photo Philippe Le Brech

Le coach que tu n’as pas forcément envie de revoir ?
Non, je n’aime pas ça… Je vais te dire, ma plus belle année de joueur, à Beauvais, je l’ai disputée avec le coach avec lequel j’ai eu le moins d’atomes crochus, mais je n’ai rien contre lui, c’est juste que tactiquement, on n’avait pas la même vision du foot. Tu verras qui c’est en recherchant (Alexandre Clément, Ndlr). Et pourtant c’est ma meilleure saison et de loin, tout ce qu’il me demandait de faire, je le faisais, je respectais les consignes.

Combien d’amis dans le foot ?
Il y a Benjamin Oliveras, Yann Jouffre que j’ai perdu de vue, et bien sûr Florian Fedèle, qui était mon adjoint à Mende.

Un coéquipier qui t’a impressionné ?
Yann Jouffre. Je m’entraînais avec lui quand j’avais 15 ou 16 ans. Quand je l’ai vu toucher la balle la première fois, je me suis dit « Lui c’est fort », il avait quelque chose en plus. Il a fait une carrière ensuite. Sinon, en seniors, j’ai joué en National avec des Joffrey Cuffaut et des Brice Jovial, qui sont allés au-dessus ensuite. J’ai joué contre Sadio Mané qui était à Metz en National mais ce jour-là, ce serait te mentir que de dire que… J’ai affronté Valbuena quand il jouait à Libourne Saint-Seurin et aussi Ngolo-Kanté quand il était à Boulogne. Franchement, je n’avais pas deviné qu’il deviendrait un tel joueur mais déjà, à l’époque, en terme d’intensité, ouf… Il était dur à suivre.

Avec l’AS Beauvais Oise en National. Photo Philippe Le Brech

Un président marquant ?
A Sedan, il y avait Gilles Dubois, un monsieur charmant, il y avait une proximité avec lui. Il aimait Sedan et ça se voyait.

Une causerie marquante ?
Je n’en ai pas une précise. Il y avait celles de Frédéric Remola à Sète. C’était le sud, il savait détendre l’atmosphère. Il y avait celles de Régis Brouard, j’avais les yeux écarquillés quand je l’écoutais parler. J’ai compris l’importance de bien préparer son match et l’importance de rentrer sur le terrain gonflé à bloc.

Une consigne de coach que tu n’as pas compris ?
Quand je suis à Beauvais, on est en 8e de finale de la coupe de France contre le Sochaux de Martin, Perquis, Dalmat, Boudebouz, Richert, j’estime que l’on n’a pas préparé ce match comme l’événement le demandait. Cela n’arrive pas à tout le monde de battre une Ligue 1. Cette année-là, on avait une super-équipe, on avait de la puissance, de l’intelligence, de la technique. Pour faire l’exploit, bien sûr qu’il faut être agressif, hargneux, mais il faut aussi savoir ce que tu vas faire sur le terrain et à quel moment le faire.

Avec l’US Orléans. Photo Philippe Le Brech

Des manies, des rituels, des tocs ?
Je parlais de la préparation des matchs avec un de mes joueurs dernièrement. A 20 ans, il me fallait tel slip pour tel match, j’embrassais ma bague avant le match, plein de choses comme ça, qui comptent au final. J’étais très-très pro, très concentré. Et puis, après, quand tu as 25 ou 30 ans, je pouvais rigoler 30 secondes avant le match dans les couloirs sans que cela ne m’empêche de bien jouer. Il n’y a aucune bonne solution. Il faut faire un mix, sans sortir du cadré établi par le coach, je pense aux portables notamment. Mais après, tu as le droit d’être relâché plutôt que fermé.

Un maillot échangé ?
Un jour, Nicolas Raynier, qui jouait à Amiens, m’a demandé mon maillot après un match, cela m’avait fait plaisir. Entre sudistes ! Mais on n’avait pas tant de maillots que ça à donner, parce qu’on les payait. J’ai échangé le maillot du match à la fin au Parc des Princes avec Mario Yepes, en coupe de France, quand on a joué avec Nîmes (3-0, 32e de finale, le 7 janvier 2007). Je me souviens de ce match parce que c’était le premier de Marcelo Gallardo. J’ai fait un autre 8e de finale, avec Orléans.

Une phrase que tu aimes prononcer ?
Je me souviens que quand j’étais jeune joueur, je voyais des phrases au tableau, je comprenais le sens mais pas la profondeur… J’en ai des dizaines, parce que j’aime beaucoup les citations, la littérature, la poésie. « On n’a que ce que l’on mérite ! »

Le SC Sète évolue cette saison en Régional 2. Photo Alan Reale / SC Sète / @_bykitsu

Tu étais un joueur plutôt…
Hargneux, joueur et, sans prétention, intelligent.

Tu es un entraîneur plutôt…
Passionné, exigeant et humain.

Une idole de jeunesse ?
Marcel Dib. Va savoir pourquoi ! La chevelure, la grinta… Et j’aimais Monaco quand j’étais jeune. Vers l’adolescence, j’aimais un joueur comme Eric Cantona. Des joueurs de caractère mais humain. Plus tard, Iniesta, Messi…

Loisirs ?
Dernièrement, je me suis mis au padel à Sète et je me suis inscrit dans une salle de sport pour retrouver un peu la ligne. J’avais besoin de refaire de l’exercice. L’an passé j’ai eu quelques ennuis de santé, j’ai fait un malaise vagal au volant, au printemps. J’ai eu les cristaux à l’oreille interne, quand ça t’arrive, ça fait flipper. Le boulot, le foot, le boulot… j’ai exposé en plein vol. J’ai fait un burn out. Heureusement, j’étais à 500 mètres de la maison. Cela m’a fait un peu peur. Je me suis rendu compte qu’il fallait reprendre les bonnes bases.

Le club de Sète ?
Sète, c’est un peu comme Nîmes, Marseille, c’est volcanique, il y a beaucoup de hauts et de bas. C’est un club passionné, inspirant, qui n’est pas à sa place, avec une identité forte, une histoire, mais trop de montagnes russes.

Ligue Occitanie / Régional 2 (poule A) – samedi 15 novembre, à 18h : ES Pays d’Uzès – SC Sète, au stade Louis-Pautex.

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  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH et SC Sète / Alan Reale / @_bykitsu
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