Entraîneur des U17 Nationaux de l’ACA l’an passé, l’ex-latéral professionnel a pris les commandes des seniors après le dépôt de bilan à l’été 2025, en repartant d’une feuille blanche. Avec son groupe, leader de sa poule en Régional 2, il parle d’humilité, de travail, d’ambition, et rappelle sans cesse que l’histoire actuelle est tout sauf « normale », mais bien « incroyable » !

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Paule Santoni – AC Ajaccio 

Entretien réalisé lundi 2 mars 2026, avant le succès de l’ACA face à l’EC Bastia (2-1)

Il y a dans le regard d’Anthony Lippini quelque chose d’animal qui vous transperce et vous laisse sans voix. Certains ont dû baisser les yeux en le croisant dans les couloirs ou sur les pelouses, son terrain de chasse préféré, tout au long d’une carrière qui l’a vu disputer environ 200 matchs en professionnel, entre ses débuts en Ligue 2 à Montpellier en 2007/08, à l’âge de 19 ans, et la fin de l’aventure au Gazelec Ajaccio en National en 2020, après des passages à l’ESTAC Troyes (National), à Clermont (Ligue 2) mais surtout à l’AC Ajaccio (Ligue 2, Ligue 1), où il a entamé sa seconde vie, celle d’entraîneur.

Cet arrière au sang chaud, qui en impose, capable d’être « méchant » – c’est lui qui le dit -, a misé sur d’autres valeurs que la technique – « Je n’avais pas celle de Maradona, dommage (rires) ! » – pour se faire une place dans ce football ultra-concurrentiel, où l’on demande aujourd’hui au défenseur latéral d’être le premier attaquant.

Anthony Lippini, lui, sortait rarement de son registre, défensif, mais franchissait parfois la ligne rouge. Rouge, comme le sang, dont l’odeur pouvait lui rappeler cette phrase prononcée avant chaque match par « Pierrot » Molinelli, son entraîneur en « moins de 13 ans » au Sporting-club de Bastia : « Il vaut mieux être le boucher que le veau ». La métaphore est évidente. Et a fini de bâtir sa réputation.

Humilité, travail et ambition

Mais le natif de Bastia, âgé de 37 ans, l’assure : depuis qu’il est passé de l’autre côté de la barrière, il n’est plus le même homme sur le banc de touche. Une chose n’a cependant pas changé chez lui. Ou plutôt trois : l’humilité, le travail et l’ambition. Ses règles. Et celles-là, il les respecte. Ses joueurs et son staff aussi. Elles sont aussi valables en Régional 2, la division dans laquelle a plongé l’AC Ajaccio l’été dernier, après avoir été rétrogradé administrativement de Ligue 2 en National par la DNCG pro le 24 juin, décision confirmée en appel par la DNCG fédérale le 15 juillet, avant une exclusion pure et simple des championnats nationaux prononcée par la FFF, le 13 août.

Voilà comment, au gré d’un été meurtrier, le club floqué de la tête de Maure et de l’ours, son emblème, plombé par un déficit estimé à plus de 13 millions d’euros, a chuté de cinq divisions.

Voilà comment, après une saison achevée à la première place de son groupe avec les U17 Nationaux de l’ACA, Anthony Lippini, dont l’autorité naturelle et le charisme sont frappants, s’est retrouvé à la tête d’une équipe seniors qui a bien failli disparaître, construite à la va-vite, et dont les deux uniques objectifs sont de redonner de la vie et du plaisir, puis de gravir les échelons.

Pour ce qui est du premier objectif, le contrat est déjà rempli. Pour ce qui est du second, la saison sportive est bien engagée. L’ACA est en tête de sa poule (13 victoires, 2 nuls, 1 défaite / bilan au moment de notre entretien réalisé six jours avant le succès 2-1 face à l’EC Bastia), trois points devant la réserve du FC Borgo, et surtout onze devant le 3e, Bonifacio, et donc bien placée pour décrocher l’un des deux billets directs pour le Régional 1 en fin de saison.

Lundi dernier, après un week-end « off », et à six jours d’un match contre l’Espoir Club Bastiais, sur le synthétique du stade Dumé Luciani, juste derrière l’imposant stade Michel Moretti (ex-François-Coty), Anthony Lippini s’est posé pendant près d’une heure. Détendu, sérieux, souriant, il a répondu à nos questions sans jamais se départir de sa franchise habituelle.

Interview : « Je suis en formation accélérée ! »

Anthony, tu es né à Bastia, mais tu n’as jamais été pro au Sporting-club de Bastia…
J’ai joué au Sporting de mes débuts à 4 ans jusqu’à l’âge de 14 ans, avant que je ne parte au centre à Montpellier. Mon papa (Bruno) a joué au Sporting (de 1986 à 1991). Quand j’ai commencé le foot, il était au Sporting. C’est un club qui est important pour moi, je n’ai pas de problème avec ça. Je n’oublie pas d’où je viens. Le Sporting restera le Sporting, mais je suis fier de porter les couleurs de l’AC Ajaccio et de mon parcours avec l’ACA, et aujourd’hui, même si je suis installé à Ajaccio, je n’y ai personne à part mon épouse, mes enfants et ma belle famille. Du côté de ma famille, tout le monde est à Bastia. Avec le Sporting, cela a pourtant failli se faire trois fois en professionnel mais cela ne s’est jamais concrétisé. Voilà, c’est comme ça, ce n’était pas le moment (rires).

C’est un regret ?
Non, pas un regret, parce que cela m’a permis de faire autre chose, mais à la fin de ma carrière, j’aurais beaucoup aimé boucler la boucle comme ça, là où j’avais commencé.

Ton style de jeu, ton tempérament, tout ça aurait peut-être bien collé avec le Sporting…
Oui, ça aurait collé je pense, malheureusement, parfois, certaines personnes oublient certaines valeurs de chez nous et préfère autre chose, c’est comme ça, c’est la vie, ce sont des choix.

« L’importance d’être Corse »

Donc on peut être né à Bastia, aimer le Sporting, et aimer l’AC Ajaccio ?
J’en suis persuadé depuis toujours. Je n’ai pas de problème avec ça. Pour moi, le Sporting, l’ACA, le Gazelec Ajaccio, Corte, Balagne, etc., avant tout, c’est l’importance d’être Corse. Cela a toujours ma façon de voir les choses. Et puis on peut faire l’inverse : on peut être Ajaccien et réussir au Sporting, la preuve avec Yannick Cahuzac, un ami très proche (aujourd’hui entraîneur adjoint d’Olivier Pantaloni au FC Lorient, Ndlr).

Te souviens-tu de la première fois que tu as assisté à un match de foot pro ?
C’était au Sporting. J’allais voir tous les matchs avec mon père. Je me souviens que, lorsque j’étais débutant, je m’entraînais sur le stade Armand-Cesari, c’était souvent les lendemains de matchs, et après la séance, on allait dans les tribunes, y’avait des drapeaux, j’allais dans les vestiaires aussi, il y a avait des joueurs que mon père connaissait, eux aussi m’ont inspiré, ont servi d’exemple pour la suite de ma carrière.

Comment es-tu passé des équipes de jeunes au Sporting à Montpellier ?
Mon papa a signé là-bas comme entraîneur. Moi j’étais avec la sélection corse, en coupe nationale, et Montpellier s’est intéressé à ce que je faisais. Ils n’étaient pas contre ma venue. Ils m’ont fait passer une sorte d’essai d’un an (rires). Le directeur du centre, c’était monsieur (Serge) Delmas. Tout le monde avait un contrat sous convention, mais moi non. Après un an, j’ai réussi à convaincre le club et ensuite j’ai enchaîné.

Du coup, tu es resté combien de temps à Montpellier ?
Huit ans, entre la formation et les pros. Je dois beaucoup au MHSC. Je suis très reconnaissant de tout ce que le club m’a apporté. Si je n’avais pas eu cette formation montpelliéraine, je n’aurais sans doute pas été professionnel. Je suis aussi très reconnaissant des éducateurs que j’ai eus, des dirigeants… J’ai eu la chance de connaitre Louis Nicollin et aussi son fils Laurent qui était déjà là. J’ai gardé beaucoup de contacts. Montpellier, c’est un club qui restera important toute ma vie. J’ai tout appris là-bas. Et j’ai aimé la ville.

Te souviens-tu de ton premier match en pro ?
C’était un Montpellier-Grenoble, il me semble, à La Mosson, en Ligue 2, lors de la saison 2007/08, avec Rolland Courbis, qui m’a fait signer pro. Montpellier avait une belle équipe, avec des « vrais » joueurs comme Bruno Carotti, Philippe Delaye, Lilian Compan, Lamine Sakho, etc.

« Franc, passionné, méchant »

Tu étais un joueur plutôt…
Franc, passionné et méchant.

Tu es comment dans la vie de tous les jours ?
Franc. Très franc. Très droit. C’est très important. Sinon je suis quelqu’un de plutôt discret, tranquille.

Joueur et entraîneur, tu es resté le même ?
Non, je suis différent. Je garde la passion, c’est important. J’essaie d’être le plus droit possible avec les joueurs parce que j’aurais aimé que l’on soit comme ça avec moi, or on ne l’a pas toujours été… Je suis un peu plus réfléchi, un peu moins dans les émotions aussi mais ça c’est normal, j’ai grandi, j’ai appris, et les leçons m’ont servi ! Mais je suis vraiment passionné et j’aime ce que je fais. J’aime le jeu aussi.

Combien de buts marqués en pro ?
Deux contre mon camp (rires) ! Sinon, j’en ai mis un en coupe de la Ligue contre Vannes, contre un gardien avec lequel j’avais joué à Montpellier, Gérard Gnanhouan. C’est le seul que j’ai marqué ! J’ai souvent failli pourtant (rires) !

Meilleur souvenir sportif ?
La montée en Ligue 1 en 2011 avec l’AC Ajaccio. C’est difficile à expliquer, il faut l’avoir connu pour le comprendre. J’ai connu trois montées mais celle-là était exceptionnelle, déjà parce que j’ai joué tous les matchs. Parce que quand je signe, on me dit que si on se maintient en Ligue 2 à deux journées de la fin, ça sera une belle saison. Parce qu’on part en stage à 14… Humainement, c’était des gens incroyables… On a su créer quelque chose, un engouement. J’ai couru après ces sensations-là tout le reste de ma carrière, et je ne les ai jamais retrouvées.

Fan de Maradona

Ton poste de prédilection, cela a toujours été latéral ?
Oui, même si parfois, j’ai joué dans l’axe aussi, à un poste qui plaisait aussi énormément, mais sinon je n’ai joué que latéral.

Un joueur que tu n’aimais pas trop affronter ?
Il n’y en a pas eu un en particulier. Après, par rapport à mon poste, j’avais souvent affaire à des joueurs de même profil, rapide, percutant, puissant, mais ceux que je préférais rencontrer, c’était ceux qui étaient plus dans le jeu à l’intérieur, qui débordait un peu moins. J’ai eu la chance de jouer contre des joueurs comme Eden Hazard, qui était difficile à marquer, ou même Pierre-Emeric Aubameyang, qui allait très vite, c’était compliqué de les tenir.

Un coéquipier marquant ?
J’ai eu la chance de jouer avec Adrian Mutu (ex-Chelsea, Inter, Juventus, Fiorentina, Parme, etc.), il m’a marqué par son aura, par ce qu’il dégageait, par ce qu’il était capable de réaliser aussi. C’était une star mondiale, nominé au Ballon d’or. Il était en fin de carrière à Ajaccio donc j’imaginais quand il était au sommet de sa forme ce que ça devait être. Il avait une facilité dans les protections de balle, et puis, ses qualités techniques… Il sentait le jeu.

Le coéquipier avec lequel tu avais le meilleur feeling dans le jeu ?
Yannis Salibur, à Clermont. Il était vraiment au-dessus. Même s’il a eu une très belle carrière, pour moi, il n’a pas eu celle qu’il méritait. Il était vraiment incroyable. Il était adroit, puissant, et en plus, c’était un bon gars. On avait un très bon feeling sur le terrain, on jouait sur le même côté, j’aimais défendre pour lui. J’ai apprécié les deux années passées avec lui. J’ai apprécié aussi le feeling avec Yoann Poulard, il m’a beaucoup appris à mes débuts à l’ACA, il m’a beaucoup aidé, en plus, c’était la première saison où je jouais latéral gauche.

Une idole de jeunesse ?
J’ai toujours été fan et admiratif de Diego Maradona, il avait tout compris au football, c’était un jeu pour lui, et pour moi aussi ça l’est, mais c’était aussi un spectacle. Et ça, c’était fantastique. J’ai regardé énormément de vidéos et de films sur lui. Je les ai montrés à mes enfants. Il m’a toujours impressionné. Il m’impressionne encore aujourd’hui. C’était beau à voir.

Un sport, autre que le football ?
J’aime beaucoup la moto-cross, j’en ai fait quand j’étais jeune, mon grand fils en a fait aussi. Je m’y suis remis il y a deux ans. J’aime les sports mécaniques en général, comme les rallyes automobiles, ça m’a toujours passionné. Mon but, c’est d’en faire un, ça ne devrait pas tarder. Je ne pouvais pas en faire quand j’étais joueur. J’aime bien faire du trail pour le plaisir aussi.

« Les causeries, à la fin, ça me fatiguait ! »

Des entraîneurs marquants ?
J’ai appris de tous, même de ceux que je n’ai pas appréciés. Quand j’étais au centre de formation à Montpellier, un coach comme Ghislain Printant m’a marqué, il était proche de nous, je l’ai eu longtemps, en 16 ans Nationaux, en réserve, il était dur mais il nous a éduqués. Et mon papa aussi, parce que c’était un très-très bon entraîneur, et je ne dis pas ça parce que c’est mon papa, mais il a su être juste et ce n’était pas facile pour lui, d’avoir son fils dans le groupe. Il était fin tactiquement, il n’avait pas besoin de crier pour faire comprendre les choses, et il avait ce truc en plus pour tirer le meilleur de chacun. Il a été dur avec moi aussi, ça fait partie du truc. Après, en pro, un entraîneur comme Olivier Pantaloni m’a marqué, il était calme, très humain, et ça, aujourd’hui, dans le foot, ça se perd… C’est Olivier Pantaloni aussi qui m’a fait le plus confiance en pro et m’a permis de jouer en Ligue 1.

Comment expliques-tu qu’Olivier Pantaloni, qui jouit d’une bonne réputation, n’entraînes pas un club plus huppé ?
Lorient, c’est quand même un bon club de Ligue 1. Ce que Lorient faisait à l’époque de Christian Gourcuff par exemple, ça m’a inspiré, parce que c’est le football que j’aime proposer. Olivier (Pantaloni) est resté très longtemps fidèle à l’AC Ajaccio, et ça c’est rare. C’est son choix. Comme il est resté longtemps au club, les gens ont pu lui mettre une étiquette. En tout cas, c’est un très bon coach, les gens à l’AC Ajaccio ont dû le regretter, du moins je l’espère. Parce qu’on se rend compte de tout ce qu’il a fait une fois qu’il est parti. Il mérite d’être reconnu. Ce qu’il a fait en Corse et pour l’ACA est incroyable et respectueux. Peut-être qu’il est sous-estimé, mais je pense qu’il prouve avec Lorient qu’il mérite ce qu’il a.

Une causerie marquante ?
J’en ai tellement eues… Je t’avoue que les causeries, à la fin, ça me fatiguait ! Mais celle qui me vient à l’esprit, c’est justement celle d’Olivier Pantaloni avant un match à Nîmes, l’année où on monte en Ligue 1, parce que c’était différent de d’habitude. Il avait projeté un film, il avait cherché à toucher le côté émotionnel et ça m’avait touché. C’était nouveau aussi. Je suis toujours en contact avec lui.

« Je pars du principe qu’un joueur de foot est intelligent »

Et toi, tes causeries d’avant-match, tu les prépares comment ?
Je ne les prépare pas de manière informatique, parce que tout est carré, je ne laisse rien au hasard. Après, les discours non plus, je ne les prépare pas. Je n’ai jamais eu de problème à parler devant les gens. J’ai eu la chance d’être capitaine dans beaucoup de clubs où je suis passé, et dès le centre de formation.

La seule chose que je prends en compte, c’est que je parle aux gens comme si je parlais à mes enfants ou à mes parents, de manière naturelle. J’ai des sujets à aborder parce qu’ils sont importants par rapport au match qui va arriver, par rapport au plan tactique, au plan de jeu, mais je n’écris rien. Mes causeries sont toujours très courtes. Et je prends en compte ce que moi j’aimais en tant que joueur. Il m’est arrivé d’avoir des causeries de 30 minutes et ma tête explosait, je ne retenais rien. Quand je voyais que le coach avait tout préparé dans sa causerie, je n’écoutais même plus. La causerie la plus longue que j’ai dû faire, c’est 12 ou 13 minutes, et c’est déjà beaucoup.

J’essaie de ne pas mettre que de l’émotion, parce que je pense que ce n’est pas ça qui va te faire gagner un match. J’essaie d’apporter avec des vidéos, de montrer des choses dont j’aimerais que l’on s’inspire. Je pars du principe qu’un joueur de foot est intelligent. Je me suis toujours battu contre ça, contre cette vision caricaturale, contre les clichés et l’image que les gens avaient du joueur de foot. C’est quelque chose qui m’a toujours fatigué. Ce sont des conneries. J’ai eu la chance de travailler avec des entraîneurs comme Didier Zanetti (avec la réserve de l’ACA), qui m’a énormément appris, sur le plan tactique, sur les causeries. C’est un entraîneur que j’apprécie, et j’aimais son travail.

Dans un autre style, il y a aussi Julien Banghala, avec qui j’ai commencé adjoint en seniors. Il est directeur du Centre de formation du FAR à Rabat au Maroc aujourd’hui. Ce sont des entraîneurs très performants dans leur domaine et j’ai eu la chance de commencer avec eux, ce sont des belles pointures ! Je me suis inspiré d’eux, et après j’ai fait un mélange à ma sauce. Pour en revenir à mes causeries, elles ne sont pas préparées. L’improvisation est importante. Si je n’ai rien à dire, je ne dis rien. Et quand je dis quelque chose, c’est que j’ai envie de le dire et c’est ce que je pense. Je ne sais pas comment l’expliquer. Je ne joue pas un rôle, de toute façon, je ne supporte pas ça, parce que je n’aimerais pas qu’on le fasse avec moi.

« L’aventure que l’on vit, elle est incroyable ! »

En termes d’émotion, ce que tu as vécu joueur est-il plus fort que ce que tu vis actuellement dans la peau de l’entraîneur ?
C’est différent. Mais c’est aussi fort. L’aventure que l’on vit, elle est vraiment incroyable. Je ne regrette pas une seconde mon choix. Aujourd’hui, et quoi qu’on en dise, on est l’équipe première de l’AC Ajaccio. Bon, ok, on est en Régional 2, mais quand même. Pour les dirigeants, pour les supporters, cela ne change pas grand-chose. C’est ce que je dis aux joueurs : les émotions que l’on vit, elles sont intenses, fortes et surtout inoubliables. Ce n’est pas comparable avec ce que j’ai vécu en tant que joueur, mais c’est tout aussi beau.

Entraîneur-joueur, ça ne t’a pas tenté ?
On me l’a demandé encore cette année, mais j’ai refusé. J’ai rejoué il y a 2 ans, avec l’équipe de N3 de l’ACA, quand j’étais adjoint de Didier Zanetti, parce que j’avais demandé au club de finir ma carrière à l’ACA. J’avais prévu de jouer le dernier match de la saison. Bon, il s’est avéré que j’ai joué dès le mois de novembre à cause de problèmes d’effectif, et Didier, lui, voulait me faire jouer tous les matchs (rires), j’ai dit « Non, non… » J’en ai joué deux ou trois et je me suis régalé. Physiquement, j’étais en forme, et même cette année, je pense que je pourrais encore jouer, mais c’est un choix. J’ai tourné la page. Aujourd’hui, je ne suis plus joueur. Je suis entraîneur.

Du coup, c’est ton adjoint, Riad Nouri (40 ans), qui joue !
C’est incroyable ! Quand on en a parlé, il m’a dit « Oui, je jouerai tous les matchs à domicile », et quand je lui disais « Tu vas rester au repos » il me disait « Non, non, je joue ! » (rires). Il veut tout jouer ! Il a du mal à décrocher et je le comprends, il prend du plaisir. Mais pour lui, c’est dur. Avec « Riri » (Riad Nouri), j’en discutais souvent, il avait toujours ses réflexes de pro, je lui disais : « Mais Riad, tu ne peux pas demander à certains joueurs des choses, que nous on n’a connu, alors qu’on est en R2 », il avait du mal au début avec ça, à cause des automatismes, des visions de jeu, qu’on a pu avoir parce qu’on a été pro, et que d’autres ne peuvent pas avoir parce qu’ils n’ont jamais connu ça.

C’est bien d’avoir son adjoint sur le terrain ? C’est important ?
C’est bien, oui et non, parce que parfois j’ai besoin de lui pour échanger sur le banc, du coup, ça me manque. Mais ça me permet aussi d’avoir un ressenti à l’intérieur du terrain. Riad se sent toujours joueur, il a du mal à décrocher de ça, et je le comprends, parce qu’il prend toujours du plaisir.

« Je ne suis pas le même homme, entraîneur, que quand j’étais joueur »

Tu as le temps d’aller voir des matchs de foot ?
Je suis sur les terrains tous les week-ends parce que j’ai deux garçons qui jouent (rires) ! L’un a 14 ans, l’autre a 5 ans, ils portent le maillot de l’ACA. Avant le football, c’est ma famille qui compte. Le football, c’est secondaire et cela restera toujours secondaire pour moi. J’accorde beaucoup d’importance dans le fait d’être présent pour mes enfants. Du coup, je vois des matchs, mais dans des catégories différentes ! Ce ne sont pas des matchs de seniors !

Un proverbe, un dicton ?
J’en ai deux différents, mais je fais la part des choses car je ne suis pas le même homme, entraîneur, que quand j’étais joueur. Et je suis content de ne pas être le même, parce que ça veut dire que j’évolue, que je mûris, que j’apprends aussi, parce que quand j’étais joueur, je n’ai pas tout fait bien. Mais j’ai une phrase que je me suis répétée toute ma carrière quand j’étais joueur, elle venait d’un coach que j’avais en benjamins « moins de 13 ans » au Sporting à Bastia, « Pierrot » Molinelli, que j’aimerais revoir, parce qu’il a beaucoup compté aussi. A chaque fois que je rentrais sur le terrain, il me disait une chose : « Il vaut mieux être le boucher que le veau ». Toute ma carrière, je me suis dit ça. C’est aussi ça qui a fait que j’ai réussi à être pro, parce que je n’avais pas des qualités incroyables. Mais je ne le répète plus aujourd’hui, parce que c’est différent. Je parle plutôt d’humilité avec mes joueurs. Je crois à ça. L’humilité est importante, encore plus dans notre situation. C’est ce que je leur répète chaque jour.

« Je n’avais jamais vu un match de Régional »

L’humilité dont tu parles a plusieurs significations : il y a celle que l’on doit avoir en tant qu’être humain mais aussi celle que doit avoir le professionnel qui a toujours tout eu sous la main et qui débarque en Régional 2, où c’est système D, où les terrains ne sont pas de qualité, etc.
Bien sûr. Et je ne sais pas si j’aurais été capable de le faire. J’ai beaucoup de respect pour ce qu’ils font. J’ai refusé à la fin de ma carrière de jouer au niveau régional quand des occasions se sont présentées. Peut-être que pour l’ACA, j’aurais rechaussé les crampons, mais avant de reprendre les rênes de l’équipe cette année, je n’avais jamais vu un match de niveau Régional. Encore moins joué. Donc ce que j’ai fait, quand le championnat a repris, je suis allé voir un match de Régional 2, à Corte : c’était la réserve de Corte contre Cargese. Je ne connaissais pas le championnat. M’entraîner à 18 heures, je ne savais pas non plus ce que c’était. Bon, c’est tout nouveau, mais c’est intéressant aussi.

Tu as pensé quoi de ce match Corte-Cargese ? Tu t’es dit « Waouh » !?
C’était différent. Je n’ai pas de problème avec le niveau où on est, ça reste du football, même si c’est différent de ce que j’ai pu connaître, mais il y a des choses à apprendre, et je suis agréablement surpris du niveau en R2.

« Je profite de l’instant présent »

Riad Nouri, entraîneur-adjoint et toujours joueur !

Tu as des manies de coach avant un match ?
J’essaie de rentrer dans ma bulle, de me concentrer, d’être au calme. Je prends toujours dix ou quinze minutes tout seul, tranquille. J’ai besoin de cette bulle de concentration pour me plonger dans le match. C’est ma deuxième année de coach comme n°1, puisque j’entraînais les U17 Nationaux l’an passé, et j’avais commencé à faire ça, parce que je travaille avec un préparateur mental. C’est une des choses que j’ai mise en place et qui m’apporte.

Un plat, une boisson ?
J’aime l’Orezza et en plat, j’aime les pâtes et le tiramisu. Les pâtes « alla salsiccia », j’adore.

Si tu n’avais pas été footballeur, tu aurais fait quoi ?
Pompier.

Un endroit que tu apprécies à Ajaccio ?
C’est Capo di Feno, après les Sanguinaires, en bord de plage, c’est un endroit où je me sens bien. La belle famille a un pied à terre là-bas, c’est une chance, et j’y passe beaucoup de temps.

Le match de légende de l’ACA ?
Les derbys contre Bastia, ils étaient passionnants. Le match aussi contre le PSG, l’année où on monte, en 2011, c’était le début de l’ère qatari. C’était incroyable. On est allé faire match nul au Parc des Princes aussi (en janvier 2013, 0 à 0).

Le joueur de légende de l’AC Ajaccio ?
Etienne Sansonetti. Un pionnier. Un buteur. Il ne faut pas oublier les anciens, c’est aussi grâce à eux qu’on est là. Des joueurs comme Dado Prso aussi ont compté, ils ont été incroyables. Dado, je l’ai recroisé quand je jouais à Tours et quand j’étais allé jouer à Pau, où il était adjoint (il est aujourd’hui adjoint de Bruno Irlès en N2, aux Girondins de Bordeaux, Ndlr).

Tu te vois entraîner pendant longtemps ?
J’ai déjà du mal à me voir demain, alors… J’ai arrêté de faire des projets dans le football. Je profite de l’instant présent. Je suis chanceux et heureux de faire ce que je fais. Je prends ce qu’il y a à prendre. Je me donne les moyens de réussir, d’évoluer, d’être performant et meilleur chaque jour. Après, arrivera ce qui arrivera.

« Ce qui est arrivé au club, ce n’est pas rien »

En septembre, l’ACA a fait le buzz avec le retour d’Andy Delort, c’est normal, mais d’autres anciens moins connus sont là, comme Cédric Avinel…
Cédric, c’est un ami, j ai joué avec lui à Clermont, on est resté très proche après, on se voit en dehors, et quand on a essayé de restructurer le club l’été dernier, on n’avait pas d’entraîneur pour les U14, j’ai demandé aux dirigeants si cela pouvait les intéresser de prendre Cédric, parce que je suis persuadé qu’il peut faire un super coach, et aujourd’hui, le club est très content de lui, et Cédric se régale avec les petits. Je lui ai demandé de me donner un coup de main avec l’équipe de R2, il m’a dit « Anto, pas de souci, je te donnerai un coup de main », et il me donne plus qu’un coup de main aujourd’hui (rires) ! Cédric, c’est une patte.

Récemment, un autre « ancien », Mohamed Youssouf, qui s’est entraîné avec vous, a signé en N2 à Chantilly : pas trop déçu ?
C’est une grande déception de ne pas l’avoir avec nous, parce qu’au delà de ce qu’il pouvait nous apporter sur le terrain, avec ses qualités de joueur de foot, c’est humainement quelqu’un d’incroyable, du même calibre que Cédric, quelqu’un de très discret, très humble, et j’aurais aimé l’avoir dans mon effectif, pour ce qu’il dégage, et ce qu’il aurait appris au groupe.

On a lu que l’objectif sportif était de remettre l’ACA à sa place, dans le monde pro : mais dans combien de temps ?
Il n’y a pas de temps de fixé. Comme je l’ai déjà dit quand on est reparti cet été, il y a deux « steps » importants. Il faut y aller petit à petit. Ce qui est arrivé au club, ce n’est pas rien. Quand on a vécu de l’intérieur ce que l’on a vécu, et j’y étais, surtout à fin, dans la période de transition, quand on était trois, avec Fabio da Cunha, le coach des U16, aussi, et Riad, qui était en réserve, et alors que les joueurs s’en allaient, je peux te dire que ce n’est pas rien. La première étape, c’est déjà de retrouver le niveau national. C’est une étape important avant la suivante, qui sera de retrouver le monde pro. Quand ? Alors ça… On ne le sait pas.

Le Gazelec Ajaccio, ça peut être un exemple, avec sa remontée de R2 en N3 en deux saisons seulement ?
Ah bien sûr ! Il faut s’inspirer des clubs qui ont réussi et le Gazelec, c’est un exemple de restructuration, de renaissance, et si on peut les imiter, je signe de suite. On a des contacts, je connais très bien le président, Louis Poggi, avec qui j’ai joué, c’est important d’avoir des relations entre clubs, je n’ai pas de problème avec ça.

« On écrit de nouvelles pages pour l’avenir »

En dix ans, les trois principaux clubs corses ont été « servis » : y a-t-il une malédiction ?
C’est la vie, c’est le football. Je suis quelqu’un de très pragmatique. C’est comme ça. Vivre avec le passé, ce n’est pas mon truc. Les faits sont là. Qu’est-ce qu’on doit faire ? Se plaindre ? Se morfondre ? C’est tout ce que je déteste, c’est tout ce que je ne suis pas. Moi je préfère avancer.

Aujourd’hui, l’ACA est en Régional 2. Peut-être que c’est un mal pour un bien. Peut-être qu’il fallait ça pour repartir sur de nouvelles bases. Quand on voit ce que le Sporting a fait aussi, ils sont repartis sur de nouvelles bases, ils ont refait des choses incroyables, on doit s’en inspirer aussi, c’est pareil pour Strasbourg, qui était reparti en CFA2 (en 2011), et d’autres. On est sur un nouveau cycle. Et pour moi, le football, ce sont des cycles. On écrit de nouvelles pages pour l’avenir et peut-être que ce sont nos enfants qui en récolteront tous les fruits. En tout cas, je ne le vis ni bien ni mal. Je ne le subis pas en tout cas.

Ta vision du foot ?
Je suis obligé de m’adapter aux joueurs que j’ai, par contre, mes principes, eux, ne changent pas. Parce que je pense que tous les joueurs peuvent progresser, à n’importe quel âge, à n’importe quel niveau, et ça je leur ai dit. J’en suis convaincu. Mon propre style et mes idées de jeu m’appartiennent, mais je pars toujours du principe que le football est un jeu, et qu’il faut prendre du plaisir. Quand on commence le football, il n’y a aucun gamin qui va te dire « je vais jouer derrière, je vais tacler ou défendre », parce qu’il veut marquer des buts ou faire des dribbles, il veut se régaler. C’est un paramètre très important. Je suis convaincu que c’est grâce au jeu que l’on marquera des buts, en gardant un équilibre bien sûr, et qu’il faut récupérer le ballon, le plus vite possible, pour pouvoir jouer, mettre en place nos principes. Je ne joue pas avec les mêmes systèmes, mais je joue avec les mêmes principes qui se déforment. Pour défendre, oui, c’est le même système, mais pour attaquer, j’utilise plusieurs systèmes en fonction de ce que je peux donner aux joueurs comme billes pour être performants, et après je laisse la liberté aux joueurs, je ne suis pas un dictateur. Ils doivent être capables de mettre en place certaines choses pour mettre l’adversaire en difficulté.

Depuis le début de saison, en championnat, l’ACA n’a encaissé que 4 buts en 16 matchs : c’est très peu…
Ça me fait chier, on en donne deux contre Cargese… Même les 4 buts que l’on prend, on les donne. J’aurais aimé qu’on n’en prenne zéro, c’était faisable. Mais bon, 4 buts encaissés, ça reste correct. c’est important d’être solide défensivement si on veut mettre en place ensuite des choses offensivement.

« On est tous dans le même bateau »

Quand on voit tous ces gens qui suivent l’ACA en Régional 2, tous ces supporters… On dirait que le club s’est réveillé, qu’il y a un nouvel engouement…
J’ai déjà eu cette discussion, mais ces gens-là, ils ont toujours été là. Ils n’ont jamais disparu. C’est juste qu’à un moment donné, on s’est éloigné de nos valeurs, des valeurs du club. Ce que l’on fait nous, ce n’est rien d’extraordinaire. On essaie de rester nous-mêmes et de donner du plaisir aux gens. En étant très humbles. Parce qu’on est tous dans le même bateau, et c’est ça qui est beau. Et j’inclue tout le monde, tout ceux qui se reconnaissent dans ce nouveau projet. On fait tout pour que ces gens-là soient fiers de leur équipe.

On a commencé l’entraînement le 11 septembre… Déjà, pour faire l’équipe, cela a été compliqué. Les gens ne se rendent pas compte de toutes les difficultés que l’on a rencontrées pour mettre en place tout ça. Je n’arrête pas de le dire à ceux qui pensent que ce que l’on fait, ça paraît normal, alors que ce n’est pas normal. C’est même loin d’être normal. Le week-end, nous, on ne joue pas un match de Régional 2. On joue un match de coupe de France. Les réserves, contre nous, se renforcent, toutes, alors que quand elles affrontent une autre équipe, elles ne le font pas, mais ce n’est pas grave, cela fait partie du jeu. Tant mieux, même, cela permet de confronter mon équipe à une autre d’un niveau supérieur.

Je le répète : ce que l’on fait, ce n’est pas normal. C’est même incroyable. La fierté est encore plus grande. On n’a pas eu de préparation, on a été obligé de déclarer forfait en coupe de France parce qu’on n’avait pas encore d’équipe, on a dû reporter les deux premiers matchs de championnat, on n’a droit qu’à deux mutés par match hors-période alors que normalement on aurait dû avoir sept mutés… Personne ne nous a aidés. C’est comme ça. On prend match après match. On fera les comptes à la fin. On s’entraîne quatre fois par semaine : le mardi à 17h, le mercredi à 18h, le jeudi matin pour ceux qui ne travaillent pas et le vendredi à 17h. Pour moi qui n’avait jamais connu ça, c’est une expérience à la vitesse grand V ! J’ai appris énormément, je suis en train de faire mon inscription pour le DES (diplôme d’état supérieur). L’administratif, les mutés, les règlements, les papiers, c’est incroyable tout ce que j’ai appris cette année. En fait, je suis en formation accélérée.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Paule SANTONI – AC Ajaccio
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Depuis deux saisons, l’attaquant du Racing-club de France empile les buts en National 3 : 23 l’an passé et déjà 17 cette saison. À bientôt 30 ans, celui qui fut l’un des joueurs majeurs de la première Kings League en France en mai et juin dernier aspire toujours à jouer plus haut.

Par Laurent Pruneta

Avec 23 buts inscrits la saison dernière et déjà 17 cette saison en National 3 avec l’actuel leader de sa poule, le Racing CFF, Marvin Emmanuel est devenu un sérial-buteur sur le tard à bientôt 30 ans. Sa participation à la Kings League (1) où il a aussi été très performant, lui a permis d’acquérir une nouvelle notoriété au-delà des suiveurs habituels des championnats de National 2 et National 3 qu’il fréquente depuis dix ans (Quevilly-Rouen, Oissel, Boulogne-sur-Mer, Évreux et le Racing où il est arrivé 2023). Son parcours a aussi été marqué par deux longues périodes d’arrêt. Pour 13 heures Foot, il a longuement revisité sa carrière de joueur amateur, a évoqué la Kings League et ses ambitions de jouer plus haut.

1. La  Kings League est un mélange détonnant entre le football traditionnel, le jeu vidéo et la téléréalité. Lancée en Espagne fin 2022 par l’ancien footballeur Gerard Piqué, cette compétition de football à 7 a pour but de rendre le sport plus dynamique et imprévisible pour capter une audience plus jeune (celle de Twitch et TikTok).

Interview
« Je n’ai rien accompli encore »

Photo Tiago Moreira

Vous avez affolé les compteurs en N3 avec le Racing et vous avez gagné une notoriété nouvelle grâce à votre participation à la Kings League avec l’équipe Unit3d. Comment avez-vous vécu cette année 2025 très riche ?
J’ai toujours aimé jouer au foot. Déjà, dans un premier temps, c’est une passion. C’est aussi une échappatoire, puisque dans la vie, il y a plein de soucis. Ça permet de se vider la tête. Mais honnêtement, le fait d’avoir explosé sur le tard, je ne pensais pas que ça allait m’arriver. Mais c’est maintenant et je suis fier. Je me suis relevé de plusieurs épreuves. Après, je n’ai rien accompli encore, je ne joue qu’en N3.

Êtes-vous obligé de travailler à côté du foot ?
Avant d’arriver au Racing en 2023, j’ai été commercial dans une société de déménagement puis principalement chauffeur-livreur pendant plusieurs années. La première année au Racing en N2, on s’entraînait le matin. Je ne bossais pas, mais je m’ennuyais car j’ai toujours eu l’habitude de travailler à côté du foot. Quand on est descendu en N3, on est passé à des entraînements le soir et je ne me voyais pas ne rien faire pendant la journée en attendant l’entraînement. Là, je travaille dans une école de formation (IFCV, un partenaire du club) à Levallois (92). Je gère le recrutement dans la partie sécurité. Je recrute les jeunes qui veulent soit s’inscrire au bac pro, soit au BTS, et je démarche la mission locale pour ceux qui sont intéressés par la sécurité.

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

À 29 ans, vivre du foot, reste-t-il un objectif ou un rêve encore lointain ?
Comme tout joueur, j’aspire à jouer plus haut, en National ou à l’étranger. J’ai eu des contacts lors de la dernière intersaison mais j’étais encore sous contrat avec le Racing. Parfois, ces questions me passent par la tête. Mais j’essaye de ne pas trop penser à tout ça et de me concentrer sur le présent. Le plus important est déjà de remettre le Racing en N2. Après, on verra ce qui se passera au mois de juin. Le plaisir que j’ai perdu en U17 ou à Boulogne-sur-Mer, quand je me suis fait les croisés, je suis en train de le retrouver maintenant. Il me reste peut-être encore 5-6 ans à jouer et je vais me donner à fond pour prendre le plus de plaisir possible.

Plus jeune, à quoi aspiriez-vous ?
Déjà, à jouer au foot. Quand j’étais au FC Rouen, j’ai eu des contacts pour aller en centre de formation, à Bordeaux notamment. Mais mes parents n’ont pas voulu. J’ai participé aux premiers tours de sélection pour intégrer Clairefontaine aussi. Mais en U17, j’ai eu la maladie d’Osgood-Schlatter, une maladie de croissance (inflammation douloureuse de l’os et du cartilage de la tubérosité tibiale, Ndlr). J’ai eu une inflammation au niveau des deux genoux. Mes tendons étaient enflammés. Je ne prenais plus de plaisir. Quand je jouais, j’avais mal. Je rentrais chez moi, j’avais les genoux qui étaient chauds tout le temps. J’avais mal quand je montais les escaliers. Franchement, ce n’est pas marrant quand on est jeune. J’ai arrêté le foot pendant plus d’un an. En U17, j’étais avec Thomas Leyssales, qui entraîne maintenant les U19 du PSG. C’est un super entraîneur, mais malheureusement, je n’ai pas pu en profiter.

« Je ne voulais plus entendre parler de foot »

Photo Tiago Moreira

Vous avez en plus vécu un drame personnel…
Oui, j’ai perdu mon papa. L’enchaînement entre ma blessure et le décès de mon papa, c’était très dur à vivre. C’est pour cela que je ne voulais plus entendre parler de foot. J’ai connu des années compliquées. Je tiens à souligner que ma femme Elle m’a beaucoup aidé. Je l’ai connue très tôt. J’avais 17 ans, elle avait 16 ans. Je ne jouais quasiment plus au foot. Et franchement, elle m’a épaulé, elle était là. C’est grâce à elle que je suis là aujourd’hui. Ça fait 13 ans, on est toujours ensemble. C’est vrai que c’est beau.

C’est votre papa qui vous a donné la passion du foot ?
Oui, il y avait joué et il était éducateur au FC Rouen. Il me suivait tout le temps quand j’étais jeune. Il fallait qu’il soit là pour faire le cri de guerre avec mon équipe… Son décès a fait mal à beaucoup de monde. Chez nous, dans ma famille, c’était le pilier. On est quand même dix frères et sœurs. Quand tu perds ton pilier, tu as toutes les fondations qui s’écroulent surtout quand on est jeune. Il a fallu surmonter cette épreuve. Mais petit à petit, j’ai repris goût au foot. J’ai repris à Oissel en U19 (R1) puis QRM est venu me chercher pour jouer en U19 Nationaux. J’ai ensuite joué avec la réserve en Régional 1 puis CFA 2 (National 3) puis je suis parti à Boulogne-sur-Mer. Mais après cette saison à Boulogne, j’ai encore arrêté le foot pendant plus d’un an.

Que s’est-il passé ?
J’avais signé pour la réserve en N3 et je commençais à effectuer des séances avec l’équipe National entraînée par Olivier Frapolli. J’aurais pu gratter quelque chose cette année-là, mais j’ai eu ma rupture des ligaments croisés. Malheureusement, c’est le destin… Je suis rentré chez moi à Rouen. J’ai arrêté parce que je n’avais plus trop goût au foot. La blessure, ça m’avait un peu dégoûté. Après un an, un an et demi sans jouer, je suis retourné à Oissel. Je connaissais le coach, je lui ai demandé si je pouvais m’entraîner avec la N2 mais que si je devais jouer avec la R1, ça ne me posait pas de problème. Il m’avait pris et au fur et à mesure des matchs amicaux, j’avais fait des bonnes performances, donc il m’a gardé dans le groupe N2 pour m’entraîner et potentiellement, je jouais avec la N2 et si je ne pouvais pas, je jouais avec la R1. Ensuite, il y a eu la Covid, et après on est descendu en N3, parce que le championnat s’est arrêté. Là, je suis parti à Évreux en N3 avec un vrai projet.

Lors de la saison 2021-2022, vous aviez marqué 16 buts en 19 matchs de N3 avec Évreux…
Oui et en plus je jouais piston gauche à l’époque. Mais j’avais mis pas mal de buts quand même. Ensuite, on est monté en N2. On a réalisé un bon début de saison. Après, malheureusement, on a eu des problèmes de paiement au club. C’était une année super compliquée financièrement. Par contre, sportivement et humainement, elle a été magnifique. Je n’étais qu’avec des bonnes personnes. On a beaucoup rigolé. Après j’ai signé au Racing, une année en National 2 et depuis deux ans on est en N3.

À part votre saison tronquée à Boulogne-sur-Mer, c’était la première fois que vous quittiez vraiment la Normandie ?
Oui, c’était la première véritable année où je suis vraiment sorti de la Normandie en jouant à un bon niveau avec le Racing. On a réussi six bons mois, on était 2e, on a disputé un 16e de finale de Coupe de France face à Lille en janvier 2024. Mais après la Coupe, on a dégringolé au classement, on n’arrivait plus à gagner. On aurait juste gagné un match de plus, on se serait maintenu… Mais c’était la saison où il avait 5-6 descentes. C’était compliqué pour le club. Surtout que la saison précédente, le Racing aurait dû monter en National à la place de Rouen.

« Vivre une descente, honnêtement, ça fait chier »

Photo Tiago Moreira

Ça a été compliqué de repartir en N3 pour vous ?
Je ne vais pas vous mentir, c’est chiant. De vivre une descente, honnêtement, ça fait chier. Mais après, de repartir en N3, non, c’est juste le fait de descendre. Je pense qu’on aime tous le foot. Moi, même si je descends, je vais toujours continuer à jouer au foot jusqu’à ma retraite, parce que j’aime ça. Et c’est ça mon moteur. Et je pense que c’est ça aussi le moteur de toute l’équipe.

Après avoir été au coude à coude avec l’US Lusitanos Saint-Maur vous avez raté la remontée la saison dernière…
Ça a été très frustrant. Mais les Lusitanos avaient une grosse équipe. On le voit encore aujourd’hui en National 2, ils sont dans la continuité, ils sont premiers de leur groupe. Non, franchement, on ne peut pas leur enlever leur montée. Nous, on aurait pu mieux faire sur certains matchs. Et malheureusement, on a laissé trop de points en janvier-février.

« Je préfère rire que de bouder »

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

Après avoir marqué 23 buts, vous aviez des approches en National et en National 2. Comment avez-vous vécu le fait d’être obligé de rester au Racing en N3 ?
Je ne vais pas vous mentir, à un moment, j’étais un peu dégoûté parce que c’est vrai que moi, mon objectif a toujours été de jouer le plus haut possible. Mais j’étais encore sous contrat avec le Racing. Il y a des moments où malheureusement, on ne peut pas faire ce qu’on veut. Quand j’ai repris la saison en juillet, j’étais très revanchard mais dans le bon état d’esprit. J’étais revanchard pour montrer sur le terrain qu’en gros j’étais là mais que j’aurais peut-être mérité d’être plus haut. Mais de nature, je ne suis pas quelqu’un qui arrive à faire la tête longtemps. Je préfère rire que bouder. Donc non, ce n’était pas dans mon état d’esprit de bouder. Ce que j’avais au fond de moi, je ne l’ai pas montré.

Comprenez-vous pourquoi le Racing a fermé la porte pour un départ et demandé une somme d’argent ?
Je comprends qu’aucun club n’a voulu mettre de l’argent pour un joueur de N3. Le Racing a fermé la porte parce qu’il avait besoin de moi. Je ne dis pas que je suis déterminant car je suis comme tout joueur de l’équipe mais ils avaient besoin de moi pour aller chercher cette montée. Je l’entends et honnêtement, je le comprends. Après avoir beaucoup parlé avec le coach Guillaume Norbert, le président Patrick Norbert, j’ai compris leur discours. Je me mets à leur place aussi. C’est sûr que c’était important que je reste au club et il n’y a pas de souci avec ça. Et je me donnerai à fond pour, déjà, laisser le club là où je l’ai trouvé en arrivant parce que c’est ça le plus important.

Photo Tiago Moreira

La meilleure réponse que vous pouviez donner, c’est sur le terrain. Avec déjà 17 buts, vous êtes encore parti sur des bases aussi élevées que la saison dernière ?
C’est vrai que le plus dur dans le foot, c’est de confirmer. Là, il reste encore pas mal de matchs, je peux faire encore mieux que la saison dernière. Mais en toute honnêteté, je ne cours pas après mes stats. Si je dois finir, je vais finir. Si c’est un de mes coéquipiers qui doit finir, je serai content comme si c’était moi qui avais marqué. Il ne faut pas courir après les buts, ça vient tout seul.

Vous n’aviez jamais marqué autant dans votre carrière. Comment expliquez-vous cette plénitude depuis deux ans ?
Franchement, même moi je ne sais pas… Je joue mon foot, libéré et je kiffe. Le coach m’a replacé en numéro 9 quand on est descendu en N3. Depuis, je joue comme il veut que je joue. On est en 4-4-2, on va chercher, on récupère les ballons hauts, donc on se procure beaucoup d’occasions. Moi, j’en ai beaucoup et ça me permet de concrétiser. Je suis aussi plus mature dans mon jeu. Avant, j’étais un peu plus dribbleur. Au fur et à mesure des années, je me suis davantage concentré sur tout ce qui est finition, le dernier geste, ce qui me faisait beaucoup défaut avant. Et depuis, ça marche bien pour moi. En N2, devant le but, j’étais vraiment maladroit. Quand on enchaîne les matchs et qu’on marque pas mal de buts, après, on devient plus relâché devant le but, ça, j’appris à le faire, à jouer à l’instinct et ne plus me poser de questions. Mais au Racing, on a la chance de vraiment pouvoir jouer au foot, avoir des libertés grâce au coach. Entre nous, il y a une bonne alchimie. On arrive à se trouver facilement.

Avec l’équipe Unit3d en Kings League. Photo DR

En fin de saison dernière, il y a eu la Kings League où vous vous êtes fait remarquer. Mais au départ, votre club ne voulait pas que vous y participiez…
Quand je me suis inscrit pour les détections, je l’ai fait parce que c’était nouveau et je ne voyais pas forcément le problème. Je pense qu’on est plein de joueurs en N3 ou R1 à faire des Five le dimanche après avoir joué le samedi. La Kings League, c’était un contexte où j’avais quand même une petite rémunération. Et puis, tu joues au foot, c’est super bien. Donc, j’y suis allé. Je ne pensais pas que ça allait prendre autant d’ampleur, que ce soit positif ou négatif.

Comment votre coach a pris au départ le fait que vous lui avez en quelque sorte désobéi ?
Techniquement, j’ai respecté les termes de mon contrat. Si je n’avais pas respecté les termes de mon contrat, il n’y aurait pas eu de soucis, je lui aurais désobéi. Mais là, je n’ai rien fait de mal. Mais bon, après, je comprends ses arguments et son point de vue. Je me suis aussi mis aussi à sa place. J’ai entendu ce qu’il m’a dit. Mais je pense que tous ceux qui sont dans mon cas, ils savent que l’appel du foot, parfois, est trop fort, on a trop envie de jouer et c’est impulsif… Donc je ne vais pas dire que je lui ai désobéi, mais voilà, on n’était pas d’accord. En France, la Kings League n’est pas encore très développée comme en Italie, en Espagne ou en Allemagne. Il y a des périodes de mercato, les joueurs sont payés à jouer à la Kings League. Ils ont des meilleurs salaires que des joueurs de N3, N2. C’est une sorte d’alternative à une carrière à onze qui peut ne pas décoller pour certains jeunes et qui souhaitent tenter leur chance. C’est quand même un truc qui te permet d’avoir de la visibilité (l’équipe de Unit3d est entraînée par Grégory Campi), Ndlr).

Avec l’équipe Unit3d en Kings League. Photo DR

Avez-vous l’impression justement que les deux mois de Kings League vont ont permis d’avoir plus de notoriété que durant toute votre carrière de joueur de N2/N3 ?
Oui largement ! J’ai des petits qui viennent me voir et qui me demandent « C’est toi Malikos ? (son surnom) ». C’est vrai que sur les réseaux, j’ai beaucoup plus de demandes depuis la Kings League. J’ai un peu de notoriété. Mais ce n’est pas du tout ce que je cherche. À la base, ce que je voulais, c’était de pouvoir jouer au foot et de connaître quelque chose de différent en vivant une nouvelle expérience. Cette saison, on a joué des matchs de Coupe de France. J’entendais les gens dans les tribunes qui me chambraient en disant « Ce n’est pas la Kings League ici. Mais justement, ça me fait rire. En vrai, c’est marrant, c’est bon enfant.

« Malgré mon âge, je suis un enfant ! »

Allez-vous refaire la Kings League cette année ?
Oui, il y a de grandes chances. Mais j’irai quand le championnat sera fini ou si on a la chance de pouvoir être champion avant. Il y aura la Coupe du monde au Brésil au mois de juin pendant la trêve. Pour moi, la Kings League, c’est jouer au foot et connaître des nouvelles choses. Au lieu d’aller faire des Five, pourquoi je ne pourrais pas aller jouer au foot avec des gens que j’apprécie dans une équipe où je touche aussi un petit billet pour le faire ? C’est encadré. Malgré mon âge, je suis un enfant. Moi, je kiffe le foot. On va m’appeler ce soir, on va me dire qu’il y a un Five à 22 heures, je vais venir. Le foot, c’est d’abord une passion. Ce n’est pas que l’argent ou ce genre de choses qui me motivent.

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

Votre année 2025 était déjà belle. Peu de gens le savent mais elle aurait pu se terminer en apothéose à la Coupe d’Afrique des Nations au Maroc avec le Bénin, le pays d’origine de votre Père…
J’ai eu des contacts avec la Fédération Béninoise. Il y avait deux joueurs offensifs qui devaient aller à la CAN qui se sont malheureusement blessés. On a essayé de faire le nécessaire pour pouvoir me faire rentrer dans la sélection, mais ça s’est fait trop tard au niveau administratif. C’était trop juste pour la CAN. En fait, j’aurais dû faire mes papiers bien avant.

Si vous continuez à marquer autant, ce n’est peut-être que partie remise ?
La Fédération Béninoise m’a dit qu’il faudrait que je sois au minimum en N2 pour pouvoir être sollicité par la sélection. J’espère donc que ce sera pour l’an prochain.

En cas de montée avec le Racing, vous vous voyez rester ?
Je ne suis pas fermé au projet du Racing. C’est un projet que j’ai rejoint il y a déjà trois ans parce que je le trouvais super intéressant et il est toujours super intéressant. Je pense que quand il y aura le stade (le club évolue depuis 3 ans et demi hors de Colombes et à Poissy depuis deux ans), le Racing va prendre une autre dimension. Je pense que tout le monde le sait. Donc non, clairement, si je peux faire partie de tout ça, ce serait vraiment avec un grand plaisir.

Marvin Emmanuel, du tac au tac

Photo Tiago Moreira

Votre meilleur souvenir de footballeur ?
Le challenge Pierre-Vas, le plus gros tournoi de jeunes de la région que j’ai gagné quand j’étais au FC Rouen. C’est la première fois que je jouais sur le stade Robert-Diochon. Pour un petit du FCR, Robert Diochon, c’était notre Parc des Princes à nous. On avait une super équipe. Je m’en souviens encore.

Votre pire souvenir ?
Ma rupture des ligaments croisés début 2018 quand j’étais à Boulogne-sur-Mer. En plus, j’ai eu la varicelle en même temps… Honnêtement, on ne peut pas savoir si sans cette blessure, ma carrière aurait décollé. Mais c’est vrai que je faisais des bonnes choses à Boulogne et que des joueurs avec qui je jouais en réserve sont ensuite montés dans le groupe National. Je me dis : « ça aurait pu être moi, j’aurais pu faire des bancs, des rentrées ». C’est peut-être une opportunité de raté mais ça ne sert à rien de repenser à tout ça. Car en vrai, je ne peux pas savoir et personne ne peut savoir.

Votre plus beau but ?
À Sainte-Geneviève lors du match retour la saison dernière. Une demi-volée en dehors de la surface sous la barre. Je sais que Vivien (Cédille, gardien de Sainte-Geneviève lors de ce match) n’aime pas que j’en parle. Mais maintenant qu’il a signé au Racing, comme je ne peux plus lui en mettre en match, je lui en mets à l’entraînement (rires) !

Votre geste préféré ?
La feinte de frappe.

Votre célébration préférée ?
Pour Madame, avec un signe avec mes doigts en langage des signes.

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

Le club où vous vous êtes senti le mieux ?
Évreux restera toujours dans mon cœur. Mais forcément le Racing depuis trois ans. C’est ici que j’ai un peu explosé et que j’ai rencontré de très bonnes personnes, que ce soit le staff ou tous mes coéquipiers. Quand je joue, je ne fais pas attention au bruit qu’il y a autour. Mais on peut compter sur des supporters qui sont nombreux. On sent qu’il y a un vrai engouement autour du Racing et ça fait plaisir. Avec les anciens du club, on échange beaucoup sur le Racing d’antan et le match. Je parle aussi avec les supporters sur Instagram et quand on se voit. Je pense que ce club, il mériterait d’aller le plus haut possible, de revenir en Ligue 1.

Le joueur le plus fort que vous avez affronté ?
Kingsley Coman en U17 Nationaux lors d’un Rouen – PSG. Il était super fort.

Le joueur le plus fort avec qui vous avez joué ?
Jean Gomis à Évreux, un numéro 10 super fort, à l’aise techniquement. Franchement, c’était abusé. Et Abdelrafik Gérard au Racing. Il avait joué à Lens en Ligue 2, à l’étranger (Saint-Gilloise, Qabala). Malheureusement, il a été blessé mais il était vraiment trop fort.

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

Le joueur avec qui vous avez eu le meilleur feeling sur le terrain ?
Celui avec lequel on n’a même pas besoin de se regarder pour se faire la passe, c’est Ahmed (Ibrahimi). On est connecté, je ne sais pas comment l’expliquer. Il ne va pas me regarder, mais je sais qu’il va me la mettre. Du coup, moi, je prends la profondeur directement. Il y a aussi Youri (Tabet) et les autres offensifs. Mais en vrai, je pourrais citer tous les gars de l’équipe. J’ai un lien particulier avec chacun d’entre eux. Si j’arrive à conclure les actions, c’est grâce à eux.

Un entraîneur marquant ?
Guillaume Norbert au Racing. Il m’a bien marqué. On a eu des hauts et des bas tous les deux. Mais humainement, c’est une bonne personne. En tant que 9, il m’a fait énormément progresser. Ça, je ne peux pas lui enlever. J’ai envie aussi de citer Serge (Gnonsoro) qui est dans le staff du Racing et donner une mention spéciale à « Titif » à Évreux.

Vos modèles dans le foot ?
Didier Drogba et Thierry Henry. C’est pour ça qu’avant, je faisais beaucoup de brossés comme Henry mais ça ne marchait pas…

Votre équipe préférée ?
Monaco. J’avais 8 ans lors de leur parcours en Ligue des champions en 2004. Depuis, j’ai continué à les supporter.

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

Si vous n’aviez pas été joueur de foot semi-pro, vous auriez travaillé dans quel domaine ?
J’aurais travaillé dans la finance ou la comptabilité. C’est un domaine qui m’intéresse. Je trouve que l’éducation financière, c’est important de nos jours. Ça m’intrigue et j’aimerais bien travailler dans ce secteur. Parfois, on a de l’argent mais on l’utilise mal, on aurait pu faire de meilleures choses avec. Moi, je suis quelqu’un de pas trop dépensier. Je place plus mon argent que je ne le dépense. Mais je me vois bien me reconvertir dans la finance plus tard, pas forcément faire quelque chose dans le foot. Je ne me vois pas entraîneur, même chez les jeunes. Mais si j’ai un fils, j’aimerais vraiment le suivre dans le foot. Mais ça serait un projet fun, pas un projet Mbappé.

Comment occupez-vous votre temps libre après le foot et votre emploi ?
Je suis plutôt casanier. J’aime bien jouer à la console, je ne sors pas beaucoup. Je suis un vrai passionné de foot mais je n’aime pas trop en regarder à la télé. Je préfère le pratiquer. Par contre, je regarde beaucoup de basket américain. Si on me dit gros match de NBA ou gros match de Ligue 1, je ne vais pas vous mentir, je pense que je vais aller regarder le match de basket. J’ai aussi de la famille qui vient me voir régulièrement. Dans la famille, on n’est pas beaucoup à aimer le sport. Mais mes frères et mes cousins viennent régulièrement me voir aux matchs, c’est sympa.

Normandie ou région parisienne ?
Je reste très attaché à ma région mais je commence à devenir un Parisien. J’habite au Blanc-Mesnil (93), ça fait un peu loin du Racing à Colombes et de Levallois où je travaille. Mais je me déplace en transports en commun, car les bouchons c’est un peu compliqué.

  • Texte : Laurent PRUNETA / X @PrunetaLaurent/ mail : lpruneta@13heuresfoot.fr
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Propulsé à 32 ans à la tête du groupe N2, l’entraîneur des Gardois a imposé le vouvoiement à ses joueurs, ce qui n’empêche pas une certaine proximité, d’autant qu’il pourrait encore être leur coéquipier. Le garant de l’identité nîmoise, qui a signé près de 25 licences au club, est resté le même : fidèle, naturel, simple, discret, déterminé et confiant.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Nîmes Olympique et 13HF

Entretien réalisé lundi 16 février 2026.

Photo 13HF

Heureusement que Mickaël Gas n’est pas un grand démonstratif ni un grand bavard ! Enfin, ça, c’est lui qui l’affirme. Avec nous, lundi matin, trente-six heures après la victoire de son équipe – une victoire  » de caractère » – dans le temps additionnel face au Sporting-club de Toulon (3-2), le Nîmois de 32 ans (il soufflera 33 bougies le 29 mars prochain) s’est montré très disert.
Sans doute que, dès lors qu’il s’agit de football, l’ancien défenseur central formé au fer rouge des Crocos et stagiaire pro jusqu’en 2015, se sent en confiance, et surtout dans son élément.

Pendant 45 minutes, le plus jeune coach de l’histoire du Nîmes Olympique, mais pas le plus jeune en National 2 cette saison (Zakaria Tahri, l’entraîneur de Montlouis, aura 33 ans en juillet), a répondu à nos questions et lâché parfois quelques confidences, quelques messages aussi, sans jamais se mettre au-dessus de la mêlée, toujours avec ce respect de l’institution.

Pas besoin de passer une semaine de vacances avec lui à Sournia, ce village des Pyrénées-Orientales dans l’arrière pays de Perpignan, un endroit qu’il affectionne et qu’il fréquente depuis l’enfance, ni même l’Italie, un pays qu’il adore, pour comprendre que celui qui fut propulsé l’été dernier à la tête de l’équipe fanion de cette institution ne joue aucun rôle. Que sa détermination est grande. Que sa confiance en lui et est inébranlable. Que sa force de caractère et que sa psychologie sont des atouts. Que ses idées son bien claires. Que son éducation, basée sur la fidélité et l’honnêteté, feront le reste.

Et si certains pouvaient penser que le costume de coach du Nîmes Olympique était trop grand pour le « gamin » des Hauts de Nîmes, on a très vite compris lors de cet entretien que c’était tout l’inverse. S’il enfile chaque matin le survêtement de technicien, avec le logo floqué du crocodile rouge, c’est le plus naturellement et le plus logiquement du monde.

Finalement, voir Mickaël Gas à la tête de l’équipe première du Nîmes Olympique, ce qui n’est pas n’importe quoi dans une carrière, s’inscrit dans l’ordre des choses tant le Gardois, qui a conservé la tête sur les épaules, connaît la maison. Tant il est imprégné, habité, animé d’une vraie réflexion. Tant il est le garant d’une certaine idée de ce qu’est le football à Nîmes et de ce qu’attendent les supporters, revenus en masse cette saison après plusieurs années de défiance à l’endroit de l’ancien propriétaire Rani Assaf.

L’identité très forte du club, les supporters, le retour du public aux Antonins, la crise de janvier, le déficit de points à l’extérieur, la fin de saison, les ambitions, sa méthode, ses idées de jeu, sa vision du football et du jeu nîmois, sa nouvelle vie, son nouveau statut, sa personnalité, « Micka », comme le surnomment ses amis, mais pas ses joueurs qui, non contents de l’appeler « coach », doivent aussi le « vouvoyer », a évoqué tous ces sujets. Sans calcul. Sans filtre. Toujours avec ce naturel déconcertant, cette spontanéité, cette sympathie aussi, qui ont rendu l’entretien d’une grande convivialité.

Interview

« On a redonné des sourires ! »

Mickaël, revenons sur la genèse de ta prise de poste en juin dernier…
En fait, je repartais en train de Clairefontaine, où j’étais allé faire mes tests d’entrée pour le DES, et Yannick Liron, le président de l’association Nîmes Olympique, m’appelle. Il me tient au courant de l’évolution de la situation du club. Il me dit aussi que, normalement, si le club parvient à passer devant la DNCG, je serai le coach. Du moins, il me dit « j’aimerais que ce soit toi, est-ce que tu te sens prêt ? » Je lui réponds sans hésitation « Bien sûr ».

Photo Nîmes Olympique

Tu n’as vraiment pas hésité ?
Non, je n’ai eu ni crainte ni peur, ça s’est fait comme ça. Au niveau des émotions, je suis quelqu’un qui arrive quand même à gérer ce genre de situation. J’étais forcément très content mais je me suis dit aussi qu’il allait y avoir beaucoup de travail.

Ensuite, fin juin, je suis retourné à Clairefontaine pour le « positionnement » et là, on apprend qu’on est relégué en Régional 1. Tout est allé très vite. On a eu très peu de temps de réflexion. Comme je l’ai déjà dit, c’était Koh-Lanta ! Pendant ma première semaine de « positionnement », j’étais déjà en négociation avec des joueurs dont Clément Depres, notre capitaine (Depres fut la première recrue officielle du club, Ndlr). Je me souviens qu’il m’a appelé et m’a dit « C’est quoi ces conneries ? On est en R1 ? ». Franchement, là, on a pris un gros coup de massue sur la tête, alors qu’on s’était projeté. Waouh ! Au pire, je me dis que je serai entraîneur de l’équipe mais en Régional 1, que si Yannick (Liron) m’a proposé le poste en National 2, il me le proposera aussi dans ce cas-là parce que, en entrant à la formation du DES, cela me permettait aussi de pouvoir entraîner en N2 (avec une dérogation).

« On a senti toute une ville derrière nous »

C’est donc Yannick Liron qui, le premier, a soufflé ton nom ?
Oui, je pense que c’est Yannick, puis le nouveau président a été nommé, Thierry Cenatiempo, et avec le directeur sportif, Anthony Dupré, on a commencé à discuter, et voilà, ils ont validé mon profil.

Photo Nîmes Olympique

Cela ne t’a pas fait peur compte tenu de l’énorme chantier ?
C’est vrai qu’il y avait tout à reconstruire. On n’avait plus qu’un seul joueur de l’effectif de l’an passé en National, le gardien remplaçant, Lucas Dias. Tous les joueurs qui étaient sous contrat sont devenus libres du fait du basculement du club de pro en statut amateur. On est repassé devant la DNCG le 15 juillet et là, on a été autorisé à évoluer en N2 ! On a repris les entraînements le 18 juillet, avec zéro joueur ! Inutile de te dire que je ne suis pas parti en vacances. J’ai passé mes nuits au téléphone avec le directeur sportif, à essayer de construire une équipe, par le bouche à oreille, ou alors, en entrant en contact avec des joueurs qui étaient encore sur le marché mais qui n’avaient pas trouvé de point de chute, soit parce que les négociations avaient échoué, soit parce qu’ils n’avaient pas beaucoup joué.

Un mec comme Clément (Depres), il était en Thaïlande (au Ratchaburi FC, en D1), il arrivait de nulle part pour nous aider, en plus, c’était assez compliqué entre l’ancienne direction et la Ville de Nîmes, parce qu’il faut bien être conscient d’une chose : sans l’appui de la Ville, des collectivités, sans le président non plus, sans la nouvelle équipe dirigeante, sans d’autres personnes restées dans l’ombre qui ont sauvé le club, sans quelques anciens joueurs, sans les supporters, sans tous ceux qui ont mis de l’argent, on ne sait pas où on en serait aujourd’hui. Il y a eu un gros élan de solidarité. Vraiment, on a senti toute une ville derrière nous.

Tu as suivi la saison en National l’an passé ? Tu avais quel rapport avec Adil Hermach, le coach ?
Bien sûr ! Moi j’étais avec la réserve, une réserve pro, j’avais de très bons rapports avec Adil. Tu sais, je suis au club depuis longtemps. Adil aussi, il a été formé au Nîmes Olympique, il connaît le club et la ville. On s’écrit de temps en temps. Là, il est au Maroc, il est conseiller du président au Wydad Casablanca.

Ta vie a changé depuis ta prise de fonction ?
Disons que je suis plus exposé. Mais je suis plutôt quelqu’un de discret, je ne suis pas un grand bavard. Après, Nîmes, c’est une ville de foot. Je dis souvent que c’est un petit Marseille. On fait quand même 5500 spectateurs en National 2, alors que l’an passé, le club faisait 1000 personnes en National, parce qu’il y avait des conflits.

« J’avais besoin de fonceurs autour de moi »

Avoir la 2e meilleure affluence du championnat derrière Bordeaux, ça doit faire plaisir ?
Je sais qu’à Nîmes, on est une vraie ville de football. On a des supporters fidèles, qui aiment leur club. Après avoir passé l’épisode de Koh-Lanta, on n’avait pas de bureau, pas de vestiaire, on préparait les séances d’entraînement avec mon staff en visio, on a dû aller à gauche et à droite sur différents terrains pour s’entraîner. On a su créer un élan de solidarité par rapport à ça. J’ai volontairement choisi un staff jeune : mon adjoint Morgan (Puel) a 33 ans, Antonin (Deniaud), le préparateur physique qui était déjà avec moi en réserve, a 37 ans, Jérémy (Struffaldi), l’entraîneur des gardiens, en a 38. J’avais besoin d’avoir des gars autour de moi qui avaient faim, qui ne réfléchissaient pas. J’avais besoin de fonceurs.

C’est plus dur d’entrainer en National 2 ou en R1 ?
Je fonctionne de la même manière, il n’y a rien qui change. J’ai eu pendant un an les 16 ans, puis les 18 ans pendant un an, puis la réserve en R1, j’ai aussi été adjoint au début en réserve, avec Yannick Dumas comme coach principal. C’était quand je passais mon BEF à l’époque. Je ne change pas mes méthodes. C’est juste que le week-end, il y a plus de monde au stade et je suis plus exposé. Mais sinon, ma vie n’a pas changé. Simplement, j’ai beaucoup plus d’appels de journalistes. Et je reçois beaucoup de soutien de la part des supporters.

C’est quoi, justement, ta façon de travailler, ta méthode ?
On est sur de la planif’ hebdomadaire. Par exemple, le mardi on fait un travail de « remédiation », on parle surtout de ce qui n’a pas été très bien fait le week-end précédent. Le mercredi et le jeudi, on est sur nos idées de jeu, et le vendredi, on regarde ce qui se fait chez nos adversaires, mais assez brièvement, parce que je ne suis pas très fan de ça, je laisse mon adjoint s’en occuper même si je garde évidemment un oeil sur l’adversaire parce que c’est très important aussi. En fait, j’ai tellement dû me consacrer à mon équipe en début de saison, à mes joueurs, à faire en sorte que la mayonnaise prenne entre les 23 nouveaux qui ne se connaissaient pas, qui n’avaient jamais joué ensemble, que je me suis d’abord dit : « Voilà comment NOUS on va jouer ».

« On ne peut pas faire ce que l’on veut dans n’importe quel club »

Photo Nîmes Olympique

Et le style de jeu que tu affectionnes ?
Il y a eu deux systèmes pendant les matchs de préparation. Les premiers matchs, on était plus sur le fait de s’adapter par rapport aux adversaires, mais à partir de notre 3e match de championnat contre Fréjus/Saint-Raphaël (3-0), on a véritablement commencé à mettre en place nos idées de jeu. Il y a eu un petit déclic sur ce match-là. En fait, je suis beaucoup plus attaché à nos idées à nous. Je pense que l’on ne peut pas faire ce que l’on veut dans n’importe quel club. Je veux dire par là que, aujourd’hui, à Nîmes, si on voulait jouer comme le Barça, toutes proportions gardées bien sûr, mais avec un style bien défini, comme prendre énormément de risques en partie basse, essayer de faire beaucoup de maîtrise, eh bien le public sifflerait direct ! C’est pour ça qu’on essaie de coller avec ce que veulent les gens ici. On veut offrir un jeu avec le plus de verticalité possible, beaucoup de courses, beaucoup de répétition. Je ne demande pas qu’il y ait constamment des ballons aériens, ce ne sont pas mes idées de jeu, mais s’il faut le faire, on le fait, mais avant tout, je veux du jeu au sol, dans un 3-5-2, en allant chercher constamment l’adversaire. Je ne vais pas non plus dévoiler toutes les billes Mais tu as l’idée de base, qui est de constamment harceler l’adversaire, d’être haut sur le terrain, ce qui ne n’empêche pas d’être costaud défensivement : sur 18 matchs de championnat, on a fait 10 clean sheet et on a la 2e défense de la poule. Je considère que si on joue en partie basse et qu’on subit le jeu de l’adversaire, on ne sera pas plus en difficulté que si on va chercher haut l’adversaire.

J’ai deux manières de voir les choses : quand on n’a pas le ballon, on est aussi dangereux que si tu l’as, pour moi. Et quand on a de la maîtrise, l’idée c’est de vite emmener le ballon dans la partie haute du terrain, médian-haut. Je ne suis pas fan d’attirer l’adversaire partie basse. J’aime installer notre jeu sur du médian-haut. Si j’installe mes animations préférentielles, je veux être très haut sur le terrain. J’aime aussi mettre des transitions à la récupération, faire mal, mettre des courses. J’essaie d’associer des paires ou des triplettes complètement à l’opposé : par exemple, si j’ai un Clément Depres très bon de la tête, j’essaie de l’associer avec quelqu’un de très rapide à côté. Si j’ai un piston qui va très vite sur un côté et qui aime aller de l’avant, j’essaie d’avoir de un piston plutôt axé sur l’aspect défensif de l’autre côté.

Qu’est-ce que ça te fait d’entraîner Nîmes Olympique ?
C’est une grande fierté. J’ai grandi dans cette ville que je connais par coeur. Je suis chez moi. Là, au moment où on se parle, je suis au centre, à La Grande Bastide, j’y suis arrivé quand j’avais 6 ans, j’en 32 ans aujourd’hui, ça veut dire que je fais le même chemin depuis (il calcule)… 23 ou 24 ans, le temps que j’ai passé au club, parce que je suis parti deux ans au FC Sète pour jouer en N2 (de 2016 à 2018), quand je n’ai pas pu signer pro à Nîmes après mon contrat de stagiaire. Juste avant d’aller à Sète, j’avais signé à Arles-Avignon qui descendait de L2 en National. Je voulais rester à côté de la maison, j’étais content d’avoir trouvé Arles-Avignon, à côté de chez moi, mais le club a déposé le bilan (en juillet 2015) et j’ai fini la saison à Agde en N3, pour me relancer.

« Je ne peux pas empêcher les gens de rêver »

Photo Nîmes Olympique

Entraîner l’équipe Une du Nîmes Olympique, tu en avais rêvé ?
Bien sûr que je m’étais dit qu’un jour je voudrais entraîner au plus haut niveau ici. C’est une étape, parce que je suis quelqu’un d’ambitieux, de compétiteur. C’est arrivé peut-être plus vite que prévu mais quand on me l’a proposé, je me suis dit « fonce ! ». Je ne me suis pas mis de pression. Plein de gens m’ont dit « tu as quoi à perdre ? », mais moi, je n’ai pas raisonné comme ça. Ce n’est pas une question d’avoir un truc à perdre ou à gagner, je voulais y aller pour montrer que j’avais les épaules. J’étais confiant, parce que je suis sûr de ce que je mets en place, sinon je n’y serais pas allé. J’étais sûr que cela marcherait, maintenant… Aujourd’hui, tout est tout beau, tout rose, parce qu’on a 5500 personnes au stade, parce qu’on a fait déjà 9 victoires en 18 matchs, parce qu’on est la meilleure équipe du championnat à domicile. Après, je ne peux pas empêcher les gens de rêver, parce qu’on est Nîmes Olympique, parce qu’impossible n’est pas nîmois. C’est pour ça, s’il y a un truc à faire, dans le sprint final, on ne s’en privera pas.

C’est là tout le paradoxe : n’y a-t-il pas un décalage entre l’attente des supporters qui rêvent d’accession alors qu’il y a sept mois, le club était exsangue ?
Aujourd’hui, je préfère me poser ce genre de questions, parce que tu peux tourner le truc dans le sens que tu veux, la normalité voudrait que, compte tenu de tout ce qui s’est passé cet été, l’on soit moins bien classé et que l’on galère un peu. Mais tout le monde a tiré dans le même sens et je préfère être dans cette situation-là, tout en essayant de faire mieux, parce qu’on se prend au jeu. Mais il faut aussi garder les pieds sur terre. Mon équipe adore prendre match par match. J’avais deux objectifs en début de saison : stabiliser le club, parce qu’au départ, on m’a juste parlé de maintien, et aussi recréer le lien avec le public. Pour l’instant, c’est réussi. Prend l’exemple de Clément Depres, qui a connu la L1 : il m’a dit qu’il n’y avait rien de changé à Nîmes : OK, aux Costières, on avait 15 ou 16 000 supporters, mais la ferveur aux Antonins est la même. Elle est là aussi la fierté : c’est d’avoir redonné des sourires parce qu’on a galéré pendant des années.

« Jouer au foot, ça ne me manque pas du tout ! »

Photo FC Sète

Finalement, tu préfères être entraîneur plutôt que joueur ?
J’ai toujours su que je voulais devenir entraîneur, et ça s’est matérialisé vers l’âge de 21 ou 22 ans, quand j’ai pris la décision de passer mes diplômes. J’avais cette âme, ce truc que tu ressens au fond de toi. Quand je vais préparer ma causerie, quand je vais à mes entraînements, quand je prépare mes séances, parce que j’adore ça, quand je vais au stade les jours de match, l’adrénaline que j’ai dans ce rôle-là, elle n’a strictement rien à voir avec celle que j’avais quand j’étais joueur. Je suis cent fois plus heureux et passionné par ce métier que par celui de joueur, même si j’aimais ça aussi. Quand j’étais jeune, déjà, j’adorais parler tactique avec mes coachs. J’aimais accompagner les entraîneurs le mercredi.

À Sète, dans mon contrat, il était stipulé que je devais aller entraîner les petits le mercredi. Mais moi, je n’attendais que ça toute la semaine (il arbore un large sourire) ! Venir entraîner les U12, accompagner les parents, j’aimais ça ! Ensuite, je suis venu encadrer comme adjoint la N3 à Nîmes, avec Yannick (Dumas), qui m’a formaté. C’est là que je me suis dit « ça y est ». Yannick, je me suis pas mal inspiré de lui. je lui dois beaucoup aussi. Franchement, jouer au foot, ça ne me manque pas du tout ! Je ne joue jamais. Même au futsal, quand mes potes m’appellent, je dis non ! Moi, ce qui m’intéresse, c’est le métier d’entraîneur. Pourtant, quand j’ai arrêté à Nîmes, en réserve, après Sète, j’étais bien, je jouais défenseur central, ça m’allait bien, j’étais au top de ma forme, j’avais 28 ou 29 ans.

Tu évoques souvent un épisode dans tes interviews : celui du discours de Franck Haise…
Un jour, on a servi de cobayes à Nîmes, c’était incroyable, cela a vraiment été un élément déclencheur quand Franck Haise est venu pour animer la séance dans le cadre de son BEPF. Je me suis dit « Lui, il est trop fort ! », il entraînait la réserve de Lens. Et derrière ça, je me inscris au BEF à la Ligue d’Occitanie et j’ai été pris. Il fallait que j’encadre une équipe et c’est là que j’ai demandé à Christophe Chaintreuil, le directeur du centre de formation du Nîmes Olympique à l’époque, si je pouvais être adjoint en réserve, ce qui m’a permis de passer mon diplôme du BEF.

« Aucun sentiment de revanche »

Photo Nîmes Olympique

Tu n’as disputé qu’un seul match en Ligue 2 : qu’est-ce qui t’a manqué pour franchir le cap et passer pro ?
Je n’avais peut-être pas le niveau. Je voulais vivre du football, mais je ne m’étais pas fixé d’objectifs très élevés. Pourtant, à Nîmes Olympique, je faisais partie d’une belle génération, avec les Ripart, Briançon et tous ceux qui ont fait monter le club en Ligue 1 (en 2018). Mais à un moment donné, même si cela me faisait mal au coeur, je me suis dit qu’il fallait peut-être aller voir ailleurs. Le dépôt de bilan d’Arles-Avignon m’a fait mal, parce que c’était à côté de chez moi; quelque part, c’était une solution de compensation. Finalement, j’ai fait mon truc en National 2, à Sète, et ça m’allait bien.

Est-ce que devenir entraîneur du Nîmes Olympique n’est pas une revanche sur la carrière de joueur professionnel que tu n’as pas eue au club ?
(Catégorique). Il n’y a aucun sentiment de revanche. Zéro revanche ! Mais alors pas du tout ! Je suis impliqué, confiant, serein, déterminé, il y a un truc qui ne s’explique pas. On verra bien ce que l’avenir me réserve dans ce rôle mais je suis confiant.

Le président Thierry Cenatiempo et le directeur sportif Anthony Dupré. Photo Nîmes Olympique

Parlons du championnat : ton équipe est la meilleure de la poule à domicile, OK. En revanche, à l’extérieur, elle est 13e sur 16, et encore, elle vient de gagner à Saint-Raphaël, sinon, elle serait… 15e sur 16 : c’est très insuffisant, non (entretien réalisé avant la victoire à Bobigny 2-0, Ndlr) ?
On a fait une première partie de saison à l’extérieur pas du tout convaincante. Je ne sais pas ce qui se passait, cela n’a pas été évident, peut-être que l’on s’était trop habitué à cette ambiance chaude aux Antonins, à cette super pelouse chez nous. Peut-être que mes joueurs, qui pour la plupart arrivent de nulle part, n’attendaient qu’une chose : de vite jouer à domicile le samedi. Et à l’extérieur, on a eu du mal. On a commencé à réajuster les choses à Cannes avant Noël, avec des méthodes un peu différentes de ce que l’on avait l’habitude de faire, comme aller chercher haut l’adversaire. On a fait match nul (0-0), ce qui est un bon résultat. On s’était imposé à Toulon aussi (1-0), mais à part ça, on avait laissé beaucoup de points en déplacement. Mais une chose est sûre : si on fait un tout petit peu mieux lors de la phase retour, et cela a déjà commencé avec la victoire à Fréjus/Saint-Raphaël (2-0), où on n’avait pas du tout l’impression d’être à l’extérieur en matière de jeu, cela voudra dire que l’on ne sera pas loin d’aller chercher quelque chose en fin de saison. Là, sur la phase retour, on a fait presque aussi bien en un match (1 victoire) que sur la phase aller (1 victoire, 2 nuls et 4 défaites) !

« Être conquérant, avoir du caractère »

C’est quoi, concrètement, ce qu’il faut améliorer pour les 7 derniers matchs à l’extérieur et prendre des points ?
Déjà, je pense qu’on a eu un petit déclic à Fréjus, en plus, on sortait de deux défaites consécutives. J’ai l’impression que, dans l’implication, dans nos idées de jeu, on a été plus conquérant. Voilà, conquérant, c’est ça, c’est le mot que j’emploie souvent.

Et tu emploies souvent aussi le mot « caractère »…
J’aime beaucoup ce mot-là aussi. Il ne faut rien lâcher, comme moi je ne lâche rien. Même quand ce n’est pas évident. Cela fait partie des valeurs de Nîmes. On sait qu’on a une identité très forte. À nous d’avoir ça avant de penser au beau jeu, d’avoir des mecs impliqués à 200 %, d’avoir faim. Aujourd’hui, on voit bien que dans ce championnat de N2, pour terminer premier, avec les gros budgets qu’il y a, ce n’est pas évident. Franchement, il y a des équipes qui n’ont rien à envier à des équipes de National, un championnat que je regarde beaucoup.

Tu regardes qui en National ?
J’aime bien ce que fait Sochaux.

« J’interdis le tutoiement »

Photo 13HF

En janvier, Nîmes a pris 1 point sur 9, et une crise a été relayée : comment avez-vous géré ça ?
Ce n’était pas la crise, après, voilà, on se doutait qu’on aurait un passage délicat, un passage à vide, après ce début de saison où ça se passait plutôt bien. Mais pour moi, il est passé. On a su rebondir correctement. Parce qu’on a une équipe de caractère, de battants. Je n’oublie pas non plus que Clément Depres s’est blessé à la reprise en janvier, que Oualid Orinel a eu des soucis de cheville mais là ça va mieux, il nous fait du bien quand il est à 100 %. Et un joueur comme Clément (Depres), il pèse, il cale les ballons. J’avais besoin aussi d’un joueur comme lui, de ce Nîmois, pour faire passer des messages. Je ne savais pas trop ce que ça allait donner mais c’est un des acteurs majeurs de notre début de saison, et la connexion a été bonne avec Oualid. Et puis je rappelle que l’on a eu deux semaines de prépa… Finalement, je trouve que l’on a été plutôt bons dans la gestion de crise, on a calmé tout le monde, on est resté serein, parce que, mine de rien, on est tous un peu inexpérimentés au final…

Je ne t’ai pas encore parlé de ton âge : 32 ans. Comment se passe ta relation avec les joueurs, dont certains ont le même âge (Salamone) ou sont plus âgés que toi (Martinez, Orinel…) ?
Franchement, ça se passe très bien. Il y a beaucoup de respect. Mais j’interdis le tutoiement. Voilà, c’est « vous ». Même avec Clément (Depres), avec qui j’ai été formé, c’est « vous ». La barrière s’est faite naturellement. Ce vouvoiement, c’était non négociable, parce que si tu donnes un tout petit peu… Après, j’ai des joueurs intelligents.

Photo Nîmes Olympique

Dans la rue aussi ? Si tu croises Clément Depres ?
C’est « ouf » ce que je vais te dire mais… Je t’ai dit, jouer au football, ça ne me manque pas, mais il y a un truc qui me manque, c’est le vestiaire. Et le vestiaire de Nîmes Olympique cette saison, j’ai pris le parti de le laisser aux joueurs : tout ce qui s’y passe, c’est pour eux. Parfois, ça me fait mal au coeur, comme par exemple quand ils font un repas pizzas, au centre, qu’ils regardent la Ligue des Champions, parce que j’ai envie de rester avec eux, de partager, mais non… Tu sais très bien, quand le coach est là, bah, c’est le coach…

Alors, même à l’extérieur, même si je croise Clément ou Oualid, c’est le coach… Je n’ai pas mis de barrière, j’ai juste dit, « pas de tutoiement ». Je sais bien qu’il y a des coachs qui l’autorisent. Cela ne m’empêche pas d’être très proche de mes joueurs. Quand je les prends dans mes bras, quand je les serre fort, c’est sincère, mais je ne suis pas un grand bavard. Même avec mes meilleurs amis. J’essaie de les guider au maximum. Après, un coach qui parle tout le temps aux joueurs, cela ne veut pas forcément dire qu’il aime ses joueurs, et moi je pars du principe que si je dois parler, cela va impacter le joueur, mais ce n’est pas souvent. Mes joueurs, je les aime, c’est ma famille. Je passe plus de temps avec eux que… de toute façon je ne suis pas marié et je n’ai pas d’enfant, je suis seul, à bloc foot, en plus cette année avec le diplôme, c’est lourd. Tout reconstruire, le diplôme, la N2… Et puis j’entraîne quand même Nîmes tu vois…

Quand tu passes devant le stade des Costières, tu penses à quoi ?
C’est vrai que je passe parfois devant et pour nous, Nîmois, c’est un stade historique. On y a vécu des moments incroyables. On verra ce que l’avenir nous réserve mais aujourd’hui on est en National 2, aux Antonins. Bien sûr que l’idée, c’est de retrouver le monde pro, d’y retourner, et pour ça, je crois à la stabilité, à la régularité, à la constance, à la mise en place de choses : une montée, ça se prépare. Après, bien sûr, pour en revenir à cette saison, faire l’ascenseur et remonter en National, si on peut le faire, on ne s’en privera pas. Déjà, en tant que Nîmois, je suis très fier d’avoir recrée ce lien avec la ville et ses supporters, c’est magnifique !

Mickaël Gas, du tac au tac

Photo 13HF

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Allez, je vais faire plaisir à mon pote : c’est Renaud Ripart (rires) !

Le coach le plus connu de ton répertoire ?
Bernard Blaquart.

Un match marquant du Nîmes Olympique ?
Celui où je me suis le plus régalé, c’est le 4-3, en 1/4 de finale de la Coupe de France contre Sochaux (saison 2004-2005).

Le joueur de légende du NO ?
Bernard Boissier.

Un endroit où tu aimes bien aller à Nîmes ?
Aux jardins de la Fontaine.

Un animal ?
Le chat.

Pas le crocodile ?
Si, si ! Mais comme j’ai un petit chat à la maison…

Un plat, une boisson ?
Poulet – pommes dauphines et diabolo-citron (limonade).

Un lieu de vacances ?
J’aime bien aller à Sournia, au dessus de Perpignan, un village où je vais en vacances depuis que je suis tout petit.

Groupe, chanteur ?
J’aime Christophe Maé, mais sinon, j’écoute de tout.

Une ville, un pays ?
L’Italie, Turin, et la Juventus de Turin !

Tu es un coach plutôt …
Confiant, dynamique et impliqué.

Nîmes Olympique est un club plutôt…
Passionné.

Tu étais un joueur plutôt…
Rugueux.

Un poster dans ta chambre quand tu étais gamin ?
Zidane.

Des amis dans le foot ?
J’en ai beaucoup. Tu veux un chiffre ? J’en ai une dizaine.

Le milieu du foot ?
Le foot fait perdre la tête à beaucoup de gens et je pense que pour réussir dans ce milieu, il faut de la fidélité. Moi, je suis quelqu’un de fidèle, et j’accorde beaucoup d’importance à ça.

Un stade (autre que les Costières et les Antonins) ?
Le Vélodrome, et aussi Furiani !

Une autre passion que le foot ?
J’adore la pétanque. J’aime bien le golf aussi et faire un peu de musculation.

Chronologie de l’année 2025

24 juin 2025. La Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) décide d’exclure Nîmes Olympique, relégué de National en N2, des championnats nationaux et de le rétrograder administrativement en Régional 1. Le projet de reprise sportive porté par Yannick Liron, président de l’association Nîmes Olympique et Franck Proust, premier adjoint de la ville de Nîmes, est retoqué.

Juillet 2025. L’entrepreneur Thierry Cenatiempo rejoint le projet et lance une mobilisation générale, attire de nombreux chefs d’entreprise et même d’anciens joueurs comme Renaud Ripart.

15 juillet 2025. Une délégation de cinq personnes montent à Paris pour défendre le dossier en appel devant la DNCG. Thierry Cenatiempo, porteur du projet de reprise, Yannick Liron et Maître Olivier Martin, président et avocat de l’Association NO, Franck Proust, premier adjoint au maire et président de Nîmes Métropole, et Laurent Desoli, expert-comptable du club. Un nouveau budget est présenté. Le verdict tombe : le gendarme financier revient sur sa décision et accepte de maintenir Nîmes Olympique en N2 avec encadrement de la masse salariale. Thierry Cenatiempo devient le nouveau président de la SAS « Nîmes Olympique Ensemble ».

18 juillet 2025. Reprise officielle de l’entraînement du groupe N2.

26 juillet 2025. Premier match amical à Agde, club de N3, et ancien club de l’entraîneur Mickaël Gas (succès 1 à 0, but de Oualid Orinel à la première minute !).

16 août 2025. Premier match de championnat et victoire 2 à 0 contre le FC Limonest Dardilly Saint-Didier aux stade des Antonins.

18 octobre 2025. En s’imposant 2 à 0 face à l’US Créteil aux Antonins, Nîmes Olympique devient leader de son groupe C en National 2 après 7 journées de championnat. Une place que le club conforte deux semaines plus tard en battant Saint-Priest aux Antonins (3-0, 8e journée).

21 février 2026. Nîmes Olympique s’impose pour la deuxième fois de suite en déplacement à Bobigny (2-0) pour le compte de la J19 de National 2, et signe un 3e succès de rang après Fréjus/St-Raphaël et Toulon. Le club compte 34 points (10 victoires, 4 nuls et 5 défaites) et revient à 4 points du leader, Lusitanos Saint-Maur, battu à Rumilly.

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  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Nîmes Olympique et 13HF
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Sur le banc du FC Borgo depuis juillet 2024, l’entraîneur concilie le football avec son métier de professeur d’éducation physique au collège à Bastia. Malgré les difficultés, ça fonctionne bien : l’équipe, qui s’appuie sur des notions bien établies – collectif, exigence, performance, intensité, proximité, progression, professionnalisme – est passée de N3 en N2 et joue encore le haut de tableau cette saison.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH

Entretien réalisé le 6 février 2026, avant les rencontres FC Borgo – FC Chambly (1-2) et Wasquehal – FC Borgo (1-0)

Adrien Rossini est né à Paris mais ne le criez pas sur tous les toits ! L’entraîneur nommé à la tête du FC Borgo en juin 2024 y a fait référence une fois, quand on lui a demandé son parcours, puis une deuxième fois quand on est revenu sur le sujet, mais à la troisième, il s’est légèrement froissé : « Il faut minimiser mon lien avec Paris, ça me ferait mal au coeur que vous ne reteniez que ça, s’est-il empressé de couper; mon lien avec Paris a été imposé. C’était aussi la volonté de mes parents de faire mes études là-haut. Pour être franc, cela a été un mal-être même si j’y ai rencontré des personnes exceptionnelles qui sont restés des amis. Et de devoir reprendre le bateau ou l’avion après chaque vacances pour rentrer là où on devait travailler, cela a été une souffrance. »

« On a le sang bleu ici ! »

Photo Philippe Le Brech

Si l’ex-coach de l’Étoile Filante Bastiaise chez les jeunes et en seniors, passé aussi sur le banc du FJ Étoile Biguglia en R1, est né dans la capitale, un 14 mai et non pas un 11 mai (de l’année 1979) comme indiqué sur Internet – « Il y a une erreur sur les sites de football, cela n’a jamais été rectifié, j’ai laissé courir, mais ça me vieillit de 3 jours ! » -, c’est uniquement parce que ses parents ont dû y aller par obligation, pour le travail. Mais les racines, elles, sont en Corse. « On rentrait fréquemment. À toutes les vacances. En fait, on était saisonniers en corse (rires !). On n’avait pas d’autre point de chute de toute façon. Parce que toute ma famille est là. Ma mère est de Vezzani, un petit village dans le Cortenais, où je montais souvent. C’est là que j’ai mes souvenirs d’enfance, de vacances, je me suis toujours défini comme Vezzanais. Ce ne sont que les obligations familiales qui m’ont emmené à Paris. Mes racines sont en Corse. Mon père, lui, est d’Isolaccio, dans le « Fiumobu », mais j’y montais moins, et mes grands-parents étaient sur Bastia. Je suis rentré définitivement en Corse pour finir les études après ma licence STAPS, pour la formation des enseignants à l’IUFM, parce que c’était ma vocation. Je suis devenu enseignant, d’abord à Ghisonaccia, pendant une dizaine d’années, puis à Cervione pendant 5 ans et maintenant je suis à Bastia, au collège Giraud. J’avais vraiment à coeur de rentrer sur l’île. C’est pour ça, moi, Paris, vous savez… Je suis allé au Parc des Princes, mais c’était pour supporter le Sporting-club de Bastia en finale de la coupe de la Ligue. Je n’ai aucune empathie pour le PSG, bien au contraire, c’est un club que je n’apprécie pas du tout. J’ai toujours supporté le Sporting. Mon passage à Paris a même renforcé mes liens avec mon île. On a souvent le sang bleu ici ! »

« La Corse, une île de passionnés »

Photo Philippe Le Brech

Défenseur du Sporting, mais aussi du football insulaire dans son ensemble : « Il y a plusieurs clubs qui se battent pour rester au niveau national et j’espère que tous s’en sortiront parce c’est une île de passionnés. Les dirigeants et les acteurs du football corse oeuvrent au quotidien avec des moyens limités et rencontrent des difficultés que n’ont pas les autres clubs, parce que sur l’île c’est difficile. On banalise l’exploit mais quand je vois Balagne, Gallia, Furiani, Corte avant, quand je vois le nombre de clubs et de licenciés, tout ça dans un petit périmètre, on doit être loin devant… »

La semaine dernière, quelques jours après une victoire sur le terrain de l’US Chantilly (1-0), qui a permis à son équipe de grimper à la 2e place de sa poule en National 2, et avant de recevoir le FC Chambly dans le superbe et très fonctionnel complexe du FC Borgo, « une ville en plein expansion, qui fait beaucoup pour le sport » -, Adrien Rossini s’est confié, même s’il a rappelé qu’il n’aimait pas trop parler de lui, du moins qu’il n’en avait pas trop l’habitude. C’est vrai que le professeur d’éducation physique dans la vie civile – c’est son métier – n’est pas du style à se mettre en avant mais il s’est livré facilement, flatté aussi que l’on parle en bien de son équipe, de ses joueurs, de l’impression qu’elle dégage, au point d’en faire un promu redouté, comme peut l’être également le leader Thionville, lui aussi pensionnaire de National 3 la saison passée.

Le National 3, Adrien Rossini (46 ans) n’y avait du reste jamais entraîné avant la saison passée. Tout juste goûté comme joueur avec l’Etoile Filante dans les années 2000. Concilier son métier avec sa casquette de coach en « national » fut quelque chose dont il s’est accommodé mais avec l’accession en National 2 en mai dernier, c’est devenu beaucoup plus compliqué. Les exigences sont beaucoup plus fortes, le curseur est plus haut, le niveau aussi. Bref, pour l’instant, ça tient, mais jusqu’à quand ?

Entretien
« Le maître-mot, c’est le collectif »

Adrien, vous n’êtes pas le plus connu des entraîneurs en N2, une division qui vous découvre aujourd’hui…
Cela fait un moment que j’entraîne, depuis le début des années 2010. J’ai entraîné dans les petites catégories au début, puis dans les moyennes et enfin avec les grands puis les seniors. J’ai joué aussi, au plus haut niveau régional, à l’Etoile Filante, et en CFA2 (N3) et j’ai aussi été entraîneur-joueur.

« C’est un casse-tête parfois »

Adrien ici aux côtés de Gary Coulibaly, son adjoint, Antoine Emmanuelli, co-président du club avec Joseph Orsini. Photo Philippe Le Brech

Travailler à côté du foot, n’est-ce pas compliqué ?
J’ai toujours eu l’habitude de le faire, maintenant, c’est sûr qu’en montant de niveau, ce n’est plus pareil. En Régional 1, avec l’Etoile, c’était réalisable, en National 3 la saison passée avec le FC Borgo, cela devenait difficile parce que le club avait des ambitions et cette volonté de travailler comme à l’époque sur un profil plus professionnel, et là, cette saison, en National 2, c’est très difficile. C’est un casse-tête parfois ! J’arrive à combiner les deux mais c’est une grosse charge de travail parce que c’est presque du non-stop, du lundi au dimanche. Tout est une question d’organisation et de logistique. Ce rythme effréné, j’arrive encore à le tenir, après, si j’avais l’opportunité d’avoir un contrat qui me permette de m’engager pleinement sur mon poste d’entraîneur, je tenterais l’aventure, mais pour l’instant, ce n’est pas possible.

C’est un peu à l’image de la division : quand vous êtes en National 2, vous êtes professionnel dans les attitudes, dans les exigences, mais pas dans les contrats. Le N2 réclame l’implication d’un professionnel mais ça ressemble à la vie d’un amateur sur l’aspect financier, donc ce n’est pas évident. Après, cela dépend aussi des clubs où vous vous trouvez, parce qu’en N2, je croise des clubs où tous les joueurs sont sous contrat, où il y a des staffs à plein temps, des coachs qui peuvent se consacrer à 100 % à leur métier d’entraîneur. Pour ma part, ce n’est pas encore le cas, mais je vais réfléchir à pouvoir le faire parce que c’est ma volonté.

« Je suis né avec un ballon dans les pieds »

Photo Philippe Le Brech

Se mettre en disponibilité pourrait être une solution ?
Oui, c’est l’objectif. C’est la solution en tout cas. Vous savez, enseigner, c’est ma vocation. Mes grands-parents étaient enseignants au village, à Ghisonaccia puis Bastia mes parents aussi, mon oncle aussi, mes cousins sont enseignants d’EPS aussi, je suis né là-dedans. C’est ma vocation de transmettre. Je suis bien auprès de mes élèves mais j’ai quand même cette envie, cette passion pour le foot, qui me poussent à vouloir évoluer différemment. Je suis né avec un ballon dans les pieds. Le foot c’est ma vie. Si j’avais la possibilité de me mettre en dispo afin de pouvoir me consacrer pleinement à mon rôle d’entraîneur, je le ferais sans hésiter.

Votre parcours de joueur ?
J’étais milieu offensif. J’ai joué au plus haut niveau régional, puis en CFA2 (N3) à l’Étoile Filante Bastiaise, où j’ai commencé à préparer mes diplômes d’entraîneur, ce que j’ai continué à faire quand j’ai rejoint un club d’amis, l’Espoir club bastiais (ECB), sur la région bastiaise : on a évolué en DH/PH, et là, j’ai passé mon diplôme (il est titulaire du DES), puis je me suis impliqué dans l’entraînement, à 36 ans, quand j’ai arrêté de jouer. J’ai entraîné les 19 ans R1 de l’Étoile Filante, où je suis revenu, puis j’ai été adjoint en seniors 1 et entraîneur principal à l’Étoile Biguglia en R1. Ce sont des clubs très familiaux, où les liens entre nous étaient forts, où le plaisir était décuplé au contact des gens qui faisaient la vie de ces clubs; à l’ECB par exemple, on a vécu une très belle aventure humaine.

« Avec Gary (Coulibaly), on a les mêmes valeurs »

Après le succès à Chantilly en janvier dernier. Photo Philippe Le Brech

Comment s’est fait votre arrivée au FC Borgo ?
Je pense qu’il y avait une volonté au club de revenir à des bases, il y avait aussi une spirale un peu négative, avec un enchaînement de résultats pas forcément positifs. Donc les dirigeants ont voulu repartir sur quelque chose de plus simple peut-être. Moi, je venais de faire trois bonnes saisons avec mon club à côté. Je ne suis pas dans la tête des dirigeants mais je pense que mon travail à l’Étoile Biguglia et le fait que je sois un peu connu dans le foot amateur à Bastia, ont joué. J’étais une opportunité, un pari pour eux, et je leur en suis reconnaissant, car ils m’ont donné la possibilité d’entraîner au niveau national, N3 tout d’abord, et N2 cette année. Ils ont misé sur la connaissance de la région et de la jeunesse avec des garçons comme Gary Coulibaly et Jean-Charles Giovachini, qui composent le staff. Ils sont connus et respectés dans le foot insulaire (Mathieu Di Marzo pour la partie médicale ainsi que Nicolas Le Guevel et le Dr Albertini complètent le staff). Le club est parti dans cette idée-là et nous, on est allé à fond dans cette aventure !

Photo Philippe Le Brech

Comment se passe l’attelage avec Gary Coulibaly qui, lui, a connu le haut niveau ?
Quand les dirigeants du FC Borgo m’ont contacté, ils m’ont immédiatement mis en relation avec Gary pour voir si ça pouvait matcher. Parce qu’entre un entraîneur et son adjoint, il faut qu’il y ait des connexions. Humainement, on a les même valeurs : il est fidèle, honnête et respectueux. Avec ses compétences et son vécu de haut niveau, l’équation ne pouvait que fonctionner. Il amène ses connaissance en termes d’exigence et de « cadre ». Avant, il entraînait les U18. Comme on est sur une volonté d’être plus professionnel, c’est parfait. C’est un plus. Et on a rajouté Jean-Charles (Giovachini), l’entraîneur des gardiens, qui était avec la réserve. Il connaît très bien le football insulaire et apporte ses compétences.

Je pense que le club avait la volonté de prendre des personnes nouvelles, d’aller de l’avant, de ne plus vivre dans le passé, avec un nouveau mode de fonctionnement : le nôtre est différent de ce qu’il y a eu avant, ça amène du changement. Le club est sur une phase de renouveau, avec peu de moyen. Il a cette volonté de travailler avec les jeunes de la région, de leur donner la possibilité de s’exprimer; ce sont aussi des paris, parce que la plupart n’avait pas connu le N3 ni le N2, hormis quelques uns. C’est peut-être notre insouciance et notre passion qui font que l’on est arrivé à enclencher une spirale positive.

On n’est plus ce club de Ligue 2 ou de National comme l’était avant le CA Bastia ou le FC Bastia-Borgo. On a la plus jeune équipe de N2, on est promu, on est le club qui a le moins de contrats fédéraux dans la poule, maintenant, avec nos résultats, on est peut-être vu différemment même si ce n’est pas comparable avec avant et que l’objectif est de se maintenir en N2.

« On ne réfléchit pas à notre classement »

Avec Gary Coulibaly. Photo Philippe Le Brech

Depuis votre arrivée, les résultats sont très positifs : est-ce que votre place en haut de tableau de N2 vous donne des ailes ? Concrètement, la montée, vous y pensez, même si Thionville est détaché ?
On est conscient que c’est exceptionnel. Quand on a repris l’équipe, le groupe avait été très remanié, il y a avait eu beaucoup de départs, on s’est appuyé sur cinq ou six cadres qui, humainement, collaient à l’image de ce que l’on souhaitait, et on a rajouté des garçons, jeunes, autour, qui pour certains n’avaient pas eu leur chance avant, avaient été mis de côté dans d’autres clubs. Et avec cette jeunesse, on voulait déjà exister dans ce championnat de National 3. Quand on s’est retrouvé en haut, on s’est dit « pourquoi pas ? », et on est allé au bout.

Photo Philippe Le Brech

Cette saison, encore une fois, sans aucune expérience, en gardant au départ trois garçons qui avaient connu le haut niveau, et encore, on en a perdu deux, Jean-Jacques Rocchi, qui a dû se mettre en retrait, et Inza Diarassouba, qui s’est blessé au dos et a dû se faire opérer, et en y ajoutant des jeunes autour, des garçons de la région, certains qui étaient en réserve et d’autres qu’on a recrutés ou qu’on est allé chercher en N3, on a réussi à se mettre au niveau de la division.

Dans les trois garçons dont je vous parlais, il y a aussi Cheick Doumbia, qui est encore avec nous, c’est l’emblématique, le capitaine aujourd’hui. Voilà, on a mis le collectif en premier et ça, les garçons l’ont bien compris : c’est pour l’équipe qu’il faut se battre et non pas pour soi. Ils savent que s’ils donnent tout, le football le leur rendra. Le maître mot, c’est le collectif. On parle de défendre les valeurs, c’est bien beau, mais il faut mettre en adéquation ce que l’on dit et notre fierté, elle est là : les garçons montrent sur le terrain que l’on ne s’est pas trompé. Ils sont entiers, respectueux sur le terrain comme dans la vie.

Photo Philippe Le Brech

Aujourd’hui on a le plaisir de se retrouver dans le haut du classement, maintenant, on ne réfléchit pas à notre classement, Dieppe a un match en retard, on ne pense pas à Thionville non plus, on ne regarde pas ce que font les autres. En fait, on fait comme l’an passé : on attend le samedi et ensuite on fait le maximum, on se dépatouille, on se démène, on donne tout pour que, à la fin du match, on n’ait aucun regret. Et après on regarde les autres résultats. On a ajouté l’exigence. On sait d’où on vient, à l’image du staff, travailleur. On ne se prend pas pour d’autres. On a cette volonté de progresser, que les joueurs grandissent et si certains peuvent aller voir plus haut, c’est une fierté, comme récemment avec le petit Gaël Santini, qui est parti à Concarneau. C’est une satisfaction pour nous. Le groupe est dévoué et se bat pour le copain, le club. Mais on n’est à l’abri de rien, on est en haut de tableau aujourd’hui (entretien réalisé avant la défaite 1-2 face au FC Chambly), on peut être 12e dans un mois. À Thionville (le 17 janvier), on aurait dû gagner (1-1), mais ils ont la chance du champion et ont fait en sorte que cela tourne en leur faveur. Cela ne nous a pas souri. Ils ont une très belle équipe et de belles individualités. Nous, on a la volonté de montrer qu’on est à notre place et que les jeunes à qui on a fait confiance sont au niveau et peuvent voir encore plus haut.

Exigence et concentration

Photo Philippe Le Brech

C’est quoi, la différence, entre le N3 que vous avez fréquenté l’an passé et le N2 que vous découvrez cette saison ?
En N3, les erreurs se payaient rapidement mais on pouvait les rattraper. Un manquement sur un aspect tactique ou une erreur individuelle pouvaient ne pas coûter si cher que ça, parce que les collectifs manquaient parfois de perfection même s’il y avait de bonnes individualités. En N2, on le voit, dès qu’on se loupe, des qu’on a une absence de positionnement, de concentration, dès qu’on manque de rigueur, on est puni tout de suite.

C’est pour ça qu’on doit avoir une concentration constante et une exigence aussi. En N2, il y a plus d’intensité aussi, dans les duels, les impacts, les courses, et cette intensité créée des espaces. Il a fallu aussi se mettre au niveau sur ces plans-là. On a changé notre manière de s’entraîner afin de retrouver pendant les séances la même intensité qu’en match.

« La star, c’est le joueur »

Photo Philippe Le Brech

C’est quoi, votre philosophie de jeu ?
J’apprends au quotidien, j’aime échanger, prendre chez l’autre, même si j’ai ma vision personnelle, que j’essaie de développer au travers de mes expériences et de mes rencontres. Cette philosophie de jeu qui est axée sur l’utilisation du ballon. Pas forcément sur la possession, mais sur la maîtrise et l’utilisation. Au FC Borgo, on a opté pour des garçons intelligents et à l’aise avec le ballon : vous avez vu, on a très peu de joueurs qui font 1m80, on a des gabarits à 70 ou 75kg… Vous avez vu les autres équipes ? Certaines sont très athlétiques et la meilleure manière de combattre ça, c’est grâce à la maîtrise technique la plus efficace possible, mais attention, on n’est pas sur de la possession stérile. On essaie, sans parler de transition, d’être capable de mettre un plan de jeu efficace, à partir d’une maîtrise vraiment individuelle et collective. Pour les systèmes, j’en affectionne un ou deux. Je suis plutôt sur un dispositif où je m’adapte aux joueurs, afin qu’ils puissent s’exprimer le mieux possible. Cette année, on est un sur 4-2-3-1, parce qu’on a des joueurs qui collent avec ce système. Après, parfois, on fait des modifications parce qu’on s’aperçoit que tel ou tel joueur est mieux dans tel ou tel système. On s’adapte. La star, c’est le joueur : il faut qu’il puisse s’exprimer. L’idée c ‘est ça.

Photo Philippe Le Brech

Quel est le rythme hebdomadaire des séances ?
Les entraînements ont lieu en majorité les après-midis, parfois à l’heure de la rencontre. On a une journée où on double les séances, parce qu’on a mis en place un système afin de « pousser », d’avoir des pics, que l’on va retrouver le jour du match. Le vendredi, on module en fonction de l’avion si on doit se déplacer : on s’entraîne le matin par exemple. Sinon, quand on joue à domicile, on s’entraîne à l’heure du match la veille.

On a aussi la chance de bénéficier à Borgo d’un excellent complexe sportif. C’est sans doute l’une des plus belles installations en corse, avec un terrain pelousé derrière notre terrain d’honneur en synthétique qui a été refait. Ce terrain pelousé, on l’utilise pour la préparation physique et en début de saison pour alléger les organismes. On a un autre synthétique que l’on utile quand on rentre dans les jours plus froids et pluvieux : lui aussi a été refait, ça nous permet de bien travailler. On a une salle de musculation, une salle pour l’analyse vidéo, on a une grosse plage horaire aussi pour les soins et le travail médical : les kinés font partie intégrante du staff. Les organismes souffrent compte tenu de l’intensité des matchs et du travail sur le synthétique : l’idée c’est d’être performant et en forme en fin de semaine. C’est aussi pour ça que les gabarits ne sont pas trop costauds chez nous, parce qu’on sait que le synthétique peut vite user et provoquer des blessures.

Après, pour le staff, on est multi-cartes ! On a le kiné, Mathieu Di Marzo, le préparateur athlétique, Nicolas Le Guevel, qui est en lien avec Mathieu. Pour la vidéo, c’est nous, c’est sûr que ça fait une charge de travail supplémentaire, mais pour l’instant ça fonctionne. On travaille à fond sur tous les domaines, ça permet de rester impliqué, que cela soit sur et en dehors du terrain, d’être en connexion constante et de maîtriser tous les domaines. Comme ça, on a la tête dans tous les secteurs du jeu.

« Je suis poussé par la passion »

Photo Philippe Le Brech

Le FC Borgo, jadis le CA Bastia et le FC Bastia-Borgo, ont connu la Ligue 2 et surtout le National : y-a-t-il au club une volonté de remonter ?
Le club a appris des expériences passées. Déjà, il a la volonté d’assainir les finances, qui sont saines aujourd’hui, de stabiliser le club. Maintenant, c’est vrai que, compte tenu de son vécu, de son histoire, de l’expansion de la ville de Borgo aussi qui fait beaucoup pour la pratique sportive, compte tenu des dirigeants du club aussi qui, historiquement, sont dans le football depuis longtemps, peut-être qu’il voudra recommencer à voir un peu plus haut. En tout cas, il en a les capacités, ça c’est sur, mais chaque chose en son temps. Quand on s’investit, quand on est professionnel dans son travail, on vise la performance, c’est normal, et donc la progression des échelons.

Vous diriez que vous êtes un entraîneur plutôt comment ?
Je n’ai pas trop l’habitude de parler de moi… Ce que je peux dire, c’est que, quand j’étais joueur, j’étais à fond dans le collectif. Aujourd’hui, en tant qu’entraîneur, je pense que la lumière doit être mise sur les garçons qui sont sur le terrain. J’ai grandi dans l’humilité, la modestie, et je veux mettre en avant ceux pour qui je travaille et ceux avec qui je travaille.

Photo Philippe Le Brech

Vous êtes un entraîneur humain…
Oui. Mais je n’entraîne pas aujourd’hui comme il y a dix ans. Je suis poussé par la passion. J’ai commencé par entraîner les U8 et depuis, j’ai pris de l’expérience, et c’est un réel plus. Je suis axé sur l’humain, l’exigence, la notion de toujours vouloir grandir, la gestion du groupe : je pense qu’il faut être proche de ses joueurs.

Au FC Borgo, je suis avec des joueurs que j’affectionne beaucoup, tous individuellement. J’espère que le groupe est l’image du staff, et si c’est le cas, ça me rend fier. Je suis fier quand on parle en bien de mon équipe. Des entraîneurs m’ont dit qu’elle avait une âme. C’est vrai, elle a une âme, elle a du coeur. Elle ne paie pas de mine, mais elle dégage une force collective. Vous savez, je défends à 1000 % les couleurs du FC Borgo, qui est, avec l’AS Furiani, la 2e équipe derrière le Sporting. On veut qu’on parle de notre football en bien, on veut montrer une belle image, on veut bien représenter le football corse.

« L’Éducation nationale va mal… »

Le 11 de départ à Chantilly. Photo Philippe Le Brech

Gérer une classe de collégiens et gérer une équipe de foot, c’est quoi la différence ?
Dans le management, c’est un peu pareil, on gère la pratique d’un groupe, mais pour le reste, c’est complètement différent. A l’école, on est sur la progression et l’épanouissement de l’enfant au travers de supports qui vont leur permettre de grandir, alors que dans le foot, dans la compétition, on cherche à pousser et utiliser le joueur au maximum, afin que l’équipe soit performante, mais on n’a pas le temps pour la bienveillance, parce que la performance dirige tout. Dans l’enseignement, on se doit d’être derrière les enfants pour les amener à grandir, on est sur de l’apprentissage. Au foot, on est sur la notion de progression du joueur, la notion de performance dans le sport, c’est complètement différent. La passerelle, c est la pédagogie, que cela soit avec l’enfant à l’école ou l’humain au foot.

Photo Philippe Le Brech

Quelle est votre opinion sur ce qui se passe aujourd’hui dans l’Éducation nationale, où les faits divers se multiplient… ?
L’information amplifie les phénomènes, mais cela a toujours existé. La réalité, c’est que si les piliers ne sont pas là, la maison ne peut pas tenir : dans notre métier, il y a trois ou quatre grands piliers que chaque citoyen connaît, et l’éducation est un de ceux-là. Si on l’abandonne, la maison n’est pas stable.

Au niveau des politiques, il y a un abandon de l’Éducation nationale. Les enseignants sont délaissés et aux yeux de la population, ils ne sont plus considérés et pas respectés. Aujourd’hui, la place de l’enseignant dans la société n’est pas celle qu’elle devrait être : il est perçu comme une personne peu utile, qui va garder des enfants. Prenons l’exemple des villages : il y a quelques décennies, ils avaient leur curé, leur maire, leur enseignant, leur médecin, c’étaient des personnes clés. Mais là, l’enseignant n’est plus perçu comme une personne clé alors que c’est lui qui fait le lien avec la famille et la vie. En termes de finances, les conditions sont délabrées. Il y a un manque de respect et de considération pour ces personnes dévouées, qui ont la fibre, et on leur enlève cette fibre-là. Les enfants n’ont plus l’éducation qu’ils avaient à l’époque : maintenant, dans une classe, on fait plus un rattrapage d’éducation que de l’enseignement. L’Éducation nationale va mal, c’est une certitude.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH
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Président depuis 2019, le chef d’entreprise franco-portugais passe en revue de nombreux sujets : son arrivée, le particularisme, l’identité, les racines et les forces du club, le « vieux » stade Chéron, le retour des « anciens » dont celui, gagnant, d’Helder Esteves, les erreurs, les ambitions et l’excellent début de saison de l’équipe, leader surprise de N2.

Par Anthony BOYER, à Saint-Maur-de-Fossés / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH

Entretien réalisé mardi 27 janvier 2026

Mapril Baptista, le président de l’US Lusitanos Saint-Maur. Photo Philippe Le Brech

À l’US Lusitanos Saint-Maur comme ailleurs, nul n’est prophète en son pays, sauf peut-être… quelques « anciens » ! Sauf peut-être Helder Esteves, l’entraîneur de l’équipe seniors, intronisé sur le banc en novembre 2023 en remplacement de Mohamed Tazamoucht, pour une mission maintien en National 3 dans un premier temps. C’était il y a un peu plus de 2 ans seulement. Depuis, que de chemin parcouru !

Il est encore un peu tôt pour dire si l’ancien goaleador des Lusitanos, dont le record de 40 buts inscrits sur une seule saison de CFA (N2) en 2000-2001 tient toujours, est ou sera l’homme providentiel des Rouge et vert, mais depuis son quatrième retour au stade Chéron (il a porté le maillot en 1998/99 avant de partir à Grenoble, puis il est revenu en cours de saison 1999/2000 jusqu’en 2001 et enfin de 2012 à 2014 !), les faits sont là. Implacables. Et les chiffres aussi. Impressionnants.

Seulement 7 défaites en 60 matchs sous l’ère Esteves

Helder Esteves, l’entraîneur de l’équipe de N2. Photo Philippe Le Brech

Depuis le premier match officiel (en championnat) du coach portugais sur le banc le 25 novembre 2023 à Montrouge (succès 2-1), l’US Lusitanos Saint-Maur affole les compteurs. Et affiche un bilan comptable incroyable, inégalé, de 35 victoires, 18 nuls et 7 défaites en 60 matchs (chiffres à jour au 30 janvier 2026) ! Qui dit mieux ?

Un maintien en 2024, une accession en 2025 et une première place en National 2 après une demi-saison et un match en 2026, devant Rumilly-Vallières , Istres, Cannes et Nîmes : le nouveau maillon fort du club, Helder Esteves, est pour beaucoup dans cette symphonie. Mais il n’est pas le seul.

Nul n’est prophète en son pays, certes, mais au club de Saint-Maur-des-Fossés, un peu moins qu’ailleurs sans doute. Et si l’embellie coïncide avec le retour de l’enfant du club, la nomination du directeur sportif Kevin Diaz, en juin 2023, lui aussi ancien joueur du club, y est également pour quelque chose. Ce n’est pas Mapril Baptista, ravi de ce retour au premier plan tant espéré, qui dira le contraire.

Une si longue attente

L’équipe de N2 2025-26. Photo Philippe Le Brech

Le président des Lusitanos, 69 ans, à la tête de ce club historique, fondé en 1966 par des immigrés portugais, est à l’origine du retour des deux hommes forts, en particulier de celui d’Esteves, qu’il avait déjà essayé d’attirer dans ses mailles en 2019, au moment de sa prise de fonction. Le PDG des « Dauphins », une entreprise prospère spécialisée dans les transformations de véhicules utilitaires en ambulances, et leader français dans le domaine, raconte d’ailleurs dans cet entretien donné au lendemain du difficile succès face à Andrézieux (2-1) ce dîner durant lequel il a tenté, il y a plus de 6 ans, d’enrôler l’ancien attaquant de Dijon, Troyes et Créteil. À ce moment-là, Helder Esteves venait à peine de quitter le banc du FC Annecy en National 2 après trois saisons (3e, 2e et 3e), et habitait encore en Haute-Savoie.

Le rêve de Mapril Baptista de le voir prendre en main les Rouge et vert s’est finalement concrétisé, quatre ans plus tard. Cela valait le coup d’attendre ! « Effectivement, nous nous étions rencontrés, nous avions eu un bel échange, raconte Helder Esteves, interrogé sur la question; mais à l’époque, je venais d’annoncer mon départ d’Annecy, où j’habitais encore, et le contexte familial était compliqué, avec notamment une fille en bas-âge. Et ensuite j’ai pris une année sabbatique. »

Une surprise en mai ?

Photo Philippe Le Brech

S’il ne tarit pas d’éloges sur son coach, Mapril Baptista, qui a pris la succession d’Arthur Machado en septembre 2019, reconnaît cependant avoir perdu du temps. Pas seulement à cause de cette longue attente, mais parce que la Covid-19 et la refonte des championnats sont aussi passés par là, et les Lusitanos ne sont pas parvenus à prendre le bon wagon en 2023, relégués en National 3.

Un coup d’arrêt finalement bien digéré quand on voit la trajectoire qui a suivi et la position de l’équipe aujourd’hui : car qui aurait pu prédire au début de cette saison que le promu Saint-Maurien ne quitterait pas les deux premières places de sa poule ? Et sur ce que les joueurs ont montré la semaine dernière dans l’engagement et dans l’intensité face à une très belle équipe d’Andrézieux, au football bien léché, on se dit qu’après tout, une surprise peut vite arriver !

Interview

Mapril Baptista : « Nous sommes tellement soudés ! »

Président, parlons d’Helder Esteves : on a l’impression qu’il a transformé les Lusitanos…
Helder fait un travail remarquable. Il ne lâche jamais rien. Je le vois, il travaille. Et on a aussi un directeur sportif qui ne lâche rien lui non plus, Kevin (Diaz), toujours présent avec le groupe, avec le staff, il est très sérieux, et on a aussi Tony (Sebastiao), l’adjoint, un autre historique. Je ne vais pas citer tout le monde mais nous sommes tous très soudés. On ne va rien lâcher. On va faire de notre mieux.

« Helder (Esteves) nous apporte beaucoup »

Photo US Lusitanos

Helder Esteves, c’est le monsieur plus, la plus-value, non ?
Il colle parfaitement au club. Il tire tout le monde vers le haut. C’est un très grand psychologue. Il est arrivé à faire un travail que d’autres ont eu du mal à faire, c’est à dire être proche de ses joueurs, ce qui fait qu’ils jouent pour lui. Vous savez, Saint-Maur est une équipe sans star. Je vais vous faire une confidence : quand j’ai pris la présidence en 2019, j’ai appelé Helder et je l’ai rencontré à Paris. On a dîné ensemble. Je voulais le faire venir chez nous. Je pense que l’on n’en serait pas là s’il nous avait rejoints à cette époque. J’avais ce pressentiment que c’était lui qu’il nous fallait absolument.

Alors, en 2023, dès que j’ai su qu’il partait de Créteil (où Helder Esteves était directeur sportif), je peux vous assurer qu’on s’est dit, avec mon directeur sportif Kevin (Diaz), qu’il nous le fallait. Qu’il fallait aller le chercher. Aujourd’hui, je suis ravi et fier qu’il soit avec nous. Je le connaissais un peu, il a été joueur et meilleur buteur de CFA avec 40 buts dans une seule saison, record de tous les temps. Et maintenant je le connais beaucoup mieux ! Il s’avère que c’était la personne qu’il fallait aux Lusitanos, et pas un autre. Dans quelques années, ce sera peut-être un autre, c’est comme ça, mais aujourd’hui, il est là, il apporte beaucoup à notre club.

Photo Philippe Le Brech

On peut dire qu’il vous a échappé une fois, mais pas deux !
Oui, c’est un peu ça (rires !)

Vous n’avez pas eu peur du fameux dicton « nul n’est prophète en son pays ? »
Là, ça prouve le contraire ! C’est différent. Cette fois, Helder est venu avec une autre étiquette que celle de joueur. J’ai l’impression qu’il se sent très bien avec nous, très bien dans ce club, c’est important. S’il avait la tête ailleurs, cela ne pourrait pas marcher comme cela.

Quand vous l’avez rencontré en 2019, qu’est-ce qui vous avait convaincu chez lui ?
Nous étions restés trois heures à parler. Il m’avait dit tout ce que je voulais entendre, c’est ça le problème. Je n’ai jamais retrouvé ça chez d’autres entraîneurs que j’ai pu rencontrer après, et je peux vous dire que j’ai rencontré d’autres entraîneurs de tous les niveaux. Helder m’a marqué. Il m’avait convaincu. Mais à cette époque, il y avait des questions de moyens aussi. Je n’ai pas perdu espoir, simplement du temps.

« J’ai peut-être perdu 3 ans »

Photo Philippe Le Brech

Vous estimez qu’entre 2019 et 2023, le club a perdu du temps ?
Disons que durant cette période, j’ai eu des entraîneurs qui étaient bien, ce n’est pas le souci, mais effectivement, j’ai peut-être perdu 3 ans. Attention, cela ne veut absolument pas dire que nous serions en National aujourd’hui, pas du tout, mais l’ambiance s’est beaucoup améliorée, cette ambiance familiale, propre au club, exactement comme dans mes entreprises, où le midi, on déjeune ensemble, où on fête les anniversaires des uns et des autres salariés. En fait, on est tous ensemble, et aux Lusitanos, c’est comme ça aussi.

Photo Philippe Le Brech

Faire revenir des anciens historiques du club, c’était important ?
Au départ, quand cela n’a pas fonctionné comme je l’ai voulu, il y a eu une réflexion de ma part. Je me suis dit que la seule solution pour que ce club puisse reprendre des couleurs et vivre, c’était d’aller chercher les anciens, ceux qui ont aimé ce maillot rouge et vert, et pas ceux qui aiment l’argent. On a la chance aux Lusitanos d’avoir beaucoup d’anciens joueurs qui sont très attachés à ce club et en discutant avec le comité directeur, j’ai eu l’idée d’aller chercher des anciens comme Kevin Diaz, qui a été joueur, et qui est notre directeur sportif (depuis juin 2023).

Il y a aussi Tony donc (Sebastiao), Miguel (Almeida), Teddy (Da Piedade), et j’en oublie ! Ce ne sont que des anciens du club, et à partir de là, a pris une direction complètement différente. On le sent au quotidien. L’US Lusitanos Saint-Maur est un club qui vit, une grande famille. Je suis fier de participer à son aventure et de l’aider à aller de l’avant. On remplit Chéron de plus en plus, on retrouve un peu le succès et cet ADN, cette volonté de bien faire.

« J’ai fait des mauvais choix »

Le « vieux » stade Chéron de Saint-Maur-des-Fossés et sa tribune en bois. Photo Philippe Le Brech

Vous évoquez le stade Adolphe-Chéron : en 2019, à votre arrivée, vous avez parlé de Ligue 2… Mais quand on voit les installations, certes charmantes et bucoliques mais vétustes, avec une tribune en bois, un éclairage insuffisant, un synthétique vieillissant, on est loin du professionnalisme…
Je ne vous cache pas que je discute beaucoup avec le nouveau maire de Saint-Maur-des-Fossés, Pierre-Michel Delecroix, parce que, même si on n’en est pas là, l’idée, c’est (il coupe)… Vous savez, je suis un chef d’entreprise : si on n’est pas positif dès le départ, si on prend un club de N2 juste pour rester en N2, il n’y a aucun intérêt. L’idée, effectivement, est d’aller un peu plus haut. Cela ne veut pas dire que l’on va aller en Ligue 2 ou en Ligue 1 bien entendu, mais je pense qu’on peut faire quelque chose, on est en train de le prouver. L’idée, c’est de monter en National. Les Lusitanos ont déjà évolué à ce niveau.

Malheureusement, avec les décisions qui ont été prises par la Fédération française de football, nous sommes descendus de N2 en N3 en 2003 et je me considère fautif, parce que j’ai fait des mauvais choix à l’époque. On a essayé de se relever rapidement et c’est à partir de là qu’on a pris la décision de faire revenir les anciens, comme je vous le disais, et d’aller chercher des gens proches du club; ça va dans le bon sens, puisque, en deux saisons, nous sommes remontés en N2. Et cette saison, on n’est pas trop mal, mais nous sommes loin de la fin de la saison. On profite de notre classement, c’est sympa, surtout que le groupe Sud est compliqué, avec des déplacements lointains.

Photo 13HF

En cas d’accession en Ligue 3, pourriez-vous jouer au stade Chéron ?
Avec Chéron, la mairie de Saint-Maur-des-Fossés a l’impression d’avoir le plus beau stade en France, ce qui n’est pas le cas. On voit la différence quand on va à Créteil par exemple. Chez nous, le synthétique commence à être fatigué, les vestiaires sont « limites », l’éclairage bien entendu pose quelques petits soucis, mais je ne perds pas espoir. Je continue d’échanger avec le maire, puisqu’au départ, quand je suis arrivé, c’était un autre maire (Sylvain Berrios, devenu député du Val-de-Marne en 2024) et je pense que l’on va trouver un compromis. Lusitanos Saint-Maur représente la Ville à travers la France, je pense que pour une commune, c’est important d’avoir un club de football qui fasse parler d’elle. En plus, Saint-Maur est une grande commune (76 000 habitants), les prix y sont aussi chers qu’à Paris qui est à 5 km, la communauté portugaise y est extrêmement importante : le maire doit tenir compte de tout cela et ce serait bien que l’on puisse continuer à jouer à Saint-Maur, à Chéron, et que l’on ne soit pas obligé d’aller jouer ailleurs. C’est mon rôle de trouver des solutions pour améliorer le stade Chéron.

« Nous n’avons pas de stars »

Tony Sebastiao, l’un des historiques du club. Photo Philippe Le Brech

Le stade Chéron, c’est la seule faiblesse du club ?
Oui. Parce que, pour être franc avec vous, nous n’avons pas de faiblesse en fait. Nous sommes tous tellement motivés pour aller de l’avant. Tellement soudés. Nous n’avons pas de stars dans notre équipe mais tous les joueurs sont déterminés. Ils sont là pour le football et pour jouer au football. Ils sont proches les uns des autres, ils sont tous camarades, ils vont de l’avant, ils font au mieux et on verra bien où ils nous amèneront.

En 32e de finale de coupe de France, vous avez dû vous replier à Créteil, au stade Duvauchelle, pour recevoir Lille (0-1) …
Oui, et contre notre volonté, parce qu’on aurait voulu jouer ce match à Chéron, c’est notre stade, il aurait mérité ça. Bon, on a joué à Créteil, il y a eu beaucoup de monde (7000 spectateurs), le match a été magnifique, mais c’est dommage. Je ne m’en rendais pas compte avant, mais même à l’étranger, ce match contre Lille a beaucoup été suivi. J’ai eu beaucoup de retours, et ça a attiré aussi des clubs comme Benfica Lisbonne, qui veulent me rencontrer. C’est magnifique !

Pas de contact avec le Sporting Portugal, votre club de coeur ?
Non, c’est vrai, mais je connais son président, on échange de temps en temps.

« On veut garder nos racines franco-portugaises »

L’équipe de CFA de la saison 1998-1999. On reconnaît Helder Esteves accroupis à gauche. Photo Philippe Le Brech

Dans l’éventualité où Saint-Maur accède dans la future Ligue 3, peut-on envisager le prêt, par exemple, de joueurs du Benfica, du Sporting ou d’ailleurs au Portugal ?
C’est très difficile à mettre en place. Un club comme Benfica ou le Sporting, par exemple, voudra que l’on prenne son identité or, justement, nous ne voulons pas perdre la nôtre. On veut garder nos racines franco-portugaises. Le club des Lusitanos de Saint-Maur fait partie de cette immigration portugaise de l’époque. Dans notre équipe, d’ailleurs, et c’est ça qui est beau, on trouve différentes nationalités. Il n’y a pas de problème de racisme. Et il y a une amitié qui s’installe.

Vous étiez déjà venu à des matchs en National à la fin des années 90 et au début des années 2000, quand le club évoluait à cet échelon (de 1996 à 1999 et en 2001/2002) ?
Bien évidemment puisque le club, je l’ai toujours suivi. J’ai même eu des collaborateurs qui ont travaillé pendant de nombreuses années avec moi, à Chelles, où j’ai mes installations, qui ont joué aux Lusitanos ! J’ai aussi des films de l’époque des années 80 ! Je suis ami avec Armand Lopez depuis le milieu des années 70 : il a fait un travail exceptionnel aux Lusitanos, dont il a été le président (de 1975 à 2002), pendant tant d’années, ce n’est pas rien. Il a été un grand monsieur pour notre club et c’est vrai qu’aujourd’hui, beaucoup de choses nous rappellent un peu la période « Armand Lopez ».

« On a déjà fait de belles choses »

Photo Philippe Le Brech

Racontez-nous votre arrivée au club ? Pourquoi avoir pris la présidence ?
Premièrement, je suis amateur de foot. Je jouais quand j’étais jeune. J’ai même eu une petite équipe dans les années 90, dans ma commune, que je gérais, à Pomponne (Val-de-Marne), avec mon beau-frère. Le football est toujours resté très proche de moi. Les Lusitanos, c’est une histoire un peu complexe dans le sens où mon prédécesseur, monsieur Arthur Machado, qui a été président pendant 9 ans, a essayé à un moment donné de me convaincre de prendre le club. Il a tourné autour de moi (sic) pendant deux ans mais je refusais à chaque fois, pour plusieurs raisons.

Mon emploi du temps ne me le permettait pas, en plus, j’étais adjoint à l’Urbanisme de ma commune, à Pomponne, donc j’étais archi-débordé (il est aujourd’hui conseiller municipal de la commune). C’était très exigeant. Je faisais cela en plus de mon travail, et entre les usines, mes installations ici à Chelles, la municipalité, ce n’était pas évident de dégager du temps.

Ceci dit, j’étais sensible à ce club. Monsieur Machado a été un peu malade à un moment donné, son épouse aussi, il voulait arrêter, et j’ai trouvé ça dommage. Ce club historique comme les Lusitanos, qui fut la première association portugaise créée par un Portugais en France à l’époque, mi-juin 1966, à un moment difficile en France, la pauvreté régnait, et tous ces immigrants portugais sont arrivés et ont fait partie de l’histoire, cela m’a tellement touché… Je suis franco-portugais à 1000 % et je me suis dit que je n’avais pas d’autre choix que d’y aller ! J’ai donc pris la présidence de ce club et j’en suis fier. Je suis fier de participer à son histoire, de l’aider. On a déjà fait de belles choses : on était 250 et on est à plus de 800 licenciés aujourd’hui, et plus de 100 éducateurs.

Photo Philippe Le Brech

Arthur Machado, vous le connaissiez avant ?
Dans la communauté portugaise, tout le monde se connaît, vous savez ! Moi-même étant portugais, c’était un ami déjà, il a juste fallu faire ce pas important. Il est resté vice-président du club, donc il est à mes côtés, participe toujours et nous aide, seulement, les responsabilités sont les miennes, c’est moi qui gère le club.

Si le club accède en Ligue 3, avez-vous le projet de « monter » une société pour gérer l’équipe fanion ?
On en parle, on en discute, mais ça sera une décision à prendre un peu plus tard. Pour l’instant, on n’en est qu’à la moitié du championnat de N2. Je vous rappelle que le but, au départ de la saison, c’était de se maintenir. Là, on sait qu’on va se maintenir, c’était le premier objectif, il est atteint. Après, on verra. Ce n’est pas facile de rester premier et ce n’est pas forcément ce que l’on cherche aussi. Mais si cela arrive en fin de saison, j’en serais fier.

« La FFF aurait pu mieux faire »

Photo Philippe Le Brech

L’été dernier, lors de la publication des groupes, le club a crié au scandale, mais finalement, elle vous va bien cette poule Sud…
Mais j’adore le Sud ! Qui n’aime pas le Sud (rires) ? Pour être franc avec vous, je suis quelqu’un de discret. Je n’ai rien dit lorsque les groupes de National 2 ont été publiés. Mais après des discussions avec les clubs de Créteil et Bobigny, on a fait un communiqué signé des trois clubs pour dénoncer cette situation. Faire partir nos joueurs tous les quinze jours dans le sud, ce n’est pas facile, cela coûte cher au club et c’est quand même fatiguant. La FFF aurait pu mieux faire. Et puis, on m’a dit aussi, c’est le « groupe de la mort », même si c’est un plaisir d’aller jouer à Cannes, à Nîmes, à Toulon, à Istres, dans ces clubs qui ont une histoire. On est fier de ça aussi.

Vous diriez que vous êtes un président comment ?
Cela me gêne de parler de moi. J’essaie de faire de mon mieux. J’aime mon club. Je suis entouré de gens très compétents.

« Le foot, on l’aime ou on ne l’aime pas ! »

Photo Philippe Le Brech

Voyez-vous un lien entre président des Lusitanos et chef d’entreprise ?
C’est presque pareil quelque part. Simplement, la différence, ce sont les recettes. Dans une entreprise, on travaille pour avoir des recettes or dans un club de football de National 2, gérée en association sportive, c’est extrêmement compliqué d’avoir des aides, des mécènes, des partenaires. Mais si on enlève cette partie financière, c’est pareil. Il faut un « chef » et des adjoints, et mon idée, c’est que dans un club de football comme dans une entreprise, il n’y ait que des responsables, du plus petit opérateur au plus grand, jusqu’aux ingénieurs. Je ne fais pas de différence entre moi, président du groupe, et qui que ce soit.

Au club c’est la même chose. Chacun est responsable d’un poste. Le seul souci, et c’est ce qui est dur à gérer, c’est qu’il faut de l’argent. On n’est pas trop aidé et je le regrette : la mairie de Saint-Maur n’octroie qu’une subvention de 90 000 euros. Le budget de l’association se situe entre 1,4 et 1,5 million d’euros.

Mais c’est pareil ailleurs, pour tous les présidents, pour tous les chefs d’entreprise : si on a une année difficile, que cela soit pour une équipe de football ou pour une société, ça fait mal, comme quand on a eu la Covid, cela a été dramatique, il a fallu se battre, pour faire face aux inconvénients et aux soucis qui nous tombés dessus et auxquels ne nous ne attendions pas. Et quelque part, on a fini par gagner.

Kevin Diaz le directeur sportif en compagnie de Joël Placido, fils de Jorge Placido, l’une des « legendes » des Lusitanos. Photo US Lusitanos

Là encore, je remercie Helder (Esteves), un très grand pro : grâce à son travail, on a pu retrouver le National 2. Réussir à faire un championnat de N3 comme on l’a fait la saison passée, avec des petits moyens, et faire une saison comme celle que l’on vit actuellement en N2, c’est exceptionnel. Surtout quand on voit les projets ou les budgets de certains de nos adversaires, parfois quatre fois supérieurs. On fait face, on a la volonté. Il n’y a pas que l’argent qui compte dans le football.

Pour terminer, le football, de l’intérieur, c’est comment ?
Le milieu est particulier. C’est difficile de le définir. C’est pour ça que l’esprit familial des Lusitanos me va très bien. Le foot, c’est quelque chose de hors-pair. Il n’y a rien qui ressemble plus au football que le football… C’est compliqué, mais pas que pour le président. C’est compliqué aussi pour les joueurs, les responsables, etc. En fait, le foot, on l’aime ou on ne l’aime pas !

La joie des Lusitanos après le succès 2-1 contre Andrézieux le 24 janvier dernier. Photo US Lusitanos
  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH
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Le 8e joueur le plus capé de l’histoire du Stade Lavallois est devenu team manager de l’équipe professionnelle. Adoré des supporters à Le Basser, au point d’avoir son propre chant, il raconte sa reconversion et revient sur sa carrière, qu’il poursuit en parallèle à l’US Changé, en Régional 1, pour le plaisir.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Stade Lavallois MFC, 13HF et DR

Entretien réalisé vendredi 16 janvier 2026.

Kevin Perrot a deux familles. La petite, avec ses deux enfants (Yanis 10 ans, Noham 4 ans) et son épouse. Et la grande, celle du Stade Lavallois, où il a marqué l’histoire, à tel point que les supporters de ce club historique entonnent à chaque match à domicile une chanson à sa gloire, quand bien même l’ex-latéral droit ne figure plus dans l’effectif.

S’il n’est plus sur le pré, il n’est en fait jamais bien loin : à la fin de la saison 2023-2024, sa dernière sous les couleurs du « Stade » après douze saisons en pro (de 2010 à 2019 et de 2021 à 2024) et dix-neuf licences oranges, sa deuxième famille lui a proposé puis offert un poste, peut-être pas celui où on l’attendait forcément, mais qu’il a rapidement accepté histoire de ne pas gamberger à force de crêper le chignon à chercher une reconversion professionnelle. Ce poste, c’est celui de… team manager de l’équipe professionnelle de Ligue 2 !

« Le foot, c’est une bulle »

Photo Stade Lavallois MFC

« Le coach Olivier Frapolli en voulait un, raconte Kevin. Il y a eu des discussions et mon nom est ressorti. Je ne sais pas qui l’a soumis mais en tout cas, le coach a pensé à moi et a dit que ça serait bien, que ça faciliterait les choses, que je connaissais le vestiaire. Le président Laurent Lairy a aimé cette idée et il l’a validée. Quand tu connais déjà l’environnement, c’est plus facile, parce que le foot, c’est une bulle, où les choses qui se disent ne doivent pas sortir du vestiaire; partant de là, c’est sur que si tu fais venir quelqu’un de l’extérieur que tu ne connais pas… Je connais les codes, donc c’est plus facile pour moi que pour quelqu’un qui n’a pas connu un vestiaire ou ce milieu. C’est bien tombé, je pense. »

À 36 ans, Kevin Perrot, 253 matchs sous le maillot du « Stade », lancé en Ligue 2 par Philippe Hinschberger lors d’un Laval – Ajaccio en septembre 2010 (0-0), est sans doute le seul « ex-pro » à occuper de telles fonctions dans les trois premières divisions françaises. Cela pourrait même faire jurisprudence et donner des idées à d’autres clubs. Après tout, dans ce milieu fermé, où la confiance et la confidentialité sont les règles d’or, qui mieux qu’un ex-joueur pour occupe ce poste ? Et quand on connaît Kevin, l’on sait que le vestiaire, c’est son truc : « brancheur », amuseur, presque leader, souvent ambianceur, cette vie d’équipe lui a toujours plu ! Ouvert, serviable, facile à vivre malgré un caractère bien trempé, Kevin Perrot s’est toujours bien entendu avec les différents vestiaires qu’il a côtoyés, et ça, c’est une qualité rare.

Il voulait devenir kiné !

Photo Stade Lavallois MFC

« Quand s’est posée la question de recruter un team manager, on a pensé à Kevin, d’abord parce qu’il est méritant, mais aussi pour gagner du temps, explique Olivier Frapolli, le coach des Tangos en Ligue 2 (depuis 2019), qui l’a eu sous ses ordres pendant trois saisons; il connaît tous les rouages du foot, il connaît le contexte, il a cette sensibilité du footballeur, et cela permettait aussi de gagner du temps ».

C’est vrai que le foot, Kevin en connaît un rayon, lui qui baigne dans le milieu depuis plus de 30 ans (il a commencé à l’âge de 5 ans à l’US Laval, où il a signé sa première licence en 1994, avant de rejoindre le « grand » Stade Lavallois en 2003) ! Et il est un autre domaine dans lequel il touche également sa bille : la kinésithérapie. « C’était vraiment un truc qui me plaisait ! J’avais pensé faire une école de kiné. Avec toutes ces années en pro, je commençais à avoir pas mal de connaissances là-dedans, sur les blessures, sur le corps humain, etc. Mais c’était trop compliqué à mettre en place, surtout avec la vie de famille. »

Un rôle de facilitateur

Photo Stade Lavallois MFC

Alors, quand est venu le temps de dire au revoir au football de haut-niveau après quinze ans de professionnalisme, une période entrecoupée de deux saisons tronquées au Puy à cause de la Covid, en National et en National 2 (de 2019 à 2021), l’on imaginait plutôt ce pur lavallois de naissance sur les terrains, dans un rôle d’éducateur, prompt à transmettre son savoir et son expérience : « C’est vrai que plus la fin de ma carrière approchait, plus je pensais à l’après, raconte Kevin, intercepté avant la sieste – il a gardé ses habitudes de footballeur ! – à quelques heures d’un match capital pour le maintien du Stade face à Bastia, vendredi dernier; Ensuite, je me suis dit, pourquoi ne pas rejoindre la post-formation et entraîner une équipe de jeunes, en U11, U12 ou U13, même si là aussi, quand tu es à ce poste, tu passes beaucoup de temps sur les terrains et tu n’as pas trop de vie de famille. En fait, je ne savais pas trop ce que je voulais faire. Quand la proposition de team manager est arrivée, j’ai étudié le truc et je me suis vite rendu compte que cela pouvait correspondre à tout ce que j’aimais. »

C’est donc dans un rôle de facilitateur, à un poste plus « organisationnel », autour de l’équipe pro, que Kevin s’est reconverti. Encore joueur du « Stade » il y a moins de 2 ans, il l’est toujours parfois dans l’esprit. Surtout, il peut concilier ce métier avec sa vie de famille. Et, cerise sur le gâteau, il continue à se faire plaisir et joue au foot en Régional 1, à l’US Changé. « En fait, je garde un rythme de joueur, que j’avais déjà. C’est vrai que quand on joue le vendredi soir, ce qui arrive souvent, c’est un gros plus car je suis libre le samedi et le dimanche, ça me permet d’aller voir jouer mon grand fils, Noham, licencié au « Stade », j’adore ça. Avec l’US Changé, on s’est mis d’accord d’entrée : je m’entraîne avec eux le mardi soir et le mercredi soir, mais pas le vendredi soir quand Laval joue. Il m’est arrivé de rentrer en bus d’un déplacement à 5h30 du matin le samedi et ensuite de repartir à 11h avec l’US Changé pour aller jouer à La Roche-sur-Yon ou ailleurs ! Mais je suis engagé dans ce projet, donc je le fais à fond, même si ça devient plus difficile. »

« Organiser, planifier, j’aime bien ça. »

Photo 13HF

Forcément, quand on est joueur pro, les autres composantes du club sont aux petits soins avec vous. Cette fois, les rôles sont inversés : c’est Kevin qui est aux petits soins avec eux. L’intéressé rectifie d’emblée : « Attention, je ne suis pas intendant de l’équipe ! C’est surtout l’intendante (Clara) qui est aux petits soins avec les joueurs, qui s’occupe des maillots, du linge, tout ça. Moi, je suis surtout dans l’organisationnel, je m’occupe de toute la logistique, notamment lors des déplacements de l’équipe. Je veille à ce que tout se passe bien, que le timing soit respecté, que rien ne soit oublié. J’essaie de mettre les joueurs dans les meilleures dispositions, de faire en sorte que tout soit fluide, que les budgets soient respectés. Après, il y a tout le travail au quotidien. Je fais aussi le lien entre la direction et le sportif, le staff technique. Ce qui est bien, c’est que je reste dans mon milieu, le foot. Et team manager, c’est un métier de contact humain, ça me plaît. C’est passionnant. Mais il a fallu que je m’adapte aussi : parce qu’au début, quand j’ai commencé, on m’a filé un ordinateur et là, il a fallu écrire des mails, mettre les bonnes formulations, faire des devis… J’ai un peu galéré ! Après, c’est normal, je rentrais dans la vie active aussi. Mais j’ai appris un tas de choses. Et puis, organiser, planifier, j’aime bien ça. »

Finalement, Kevin s’est rapidement adapté à son nouveau rôle, d’autant plus qu’il est resté dans un milieu qu’il a toujours connu, « un milieu fermé, certes, mais où j’avais mes repères. Le foot, c’est mon environnement. Et puis quand j’ai pris mes fonctions, je connaissais la plupart des joueurs, ça aide forcément. »

Être team manager, c’est aussi quelque part être l’ambassadeur, le représentant du club, d’une marque. Kevin occupe la fonction avec fierté, responsabilité, professionnalisme. Et toujours avec cet esprit qui caractérise à la fois son club et lui : celui de la famille.

Interview

« J’aime l’ambiance du vestiaire »

Photo Stade Lavallois MFC

Combien de buts as-tu marqué dans ta carrière ?
Ah ah ah ah (Rires) ! Oh la question de merde, direct ! J’en ai mis trois ! Dont un de la tête et deux du pied droit.

C’est bizarre ce but de la tête, non ?
Bah, j’avais un bon jeu de tête quand même, c’est juste que c’était rare, compte tenu de mon poste (latéral droit), que je me retrouve en position de marquer de cette façon.

Un but plus beau que les deux autres ?
Celui que j’ai marqué de la tête, justement, il était beau, je la prends à moitié au sol et j’arrive à la mettre tête opposée.

Tes qualités et tes défauts sur un terrain, c’était quoi ?
Ma technique de base et je ne lâchais rien. J’étais déterminé. Défaut, un manque de puissance.

Et dans la vie de tous les jours ?
Mes qualités, je suis gentil, marrant, serviable. Défaut, je peux avoir un sale caractère. Je peux être cool et vriller rapidement si un truc m’agace.

Tu étais un joueur plutôt…
Qui avait le sens du devoir. Je ne trouve pas dégradant de dire que j’étais un joueur de devoir. Bien sûr, je n’étais pas le plus beau à voir jouer, mais il faut un peu de tout dans ton équipe, et j’étais un joueur de club, fidèle, ça a aidé aussi.

« J’étais lucide sur mes qualités »

Que t’a-t-il manqué pour jouer en Ligue 1 ?
Ce que je disais, la puissance, la vitesse. Je n’avais pas de grosses qualités fortes, j’étais bon partout mais sans une grosse qualité forte.

Tu as eu des contacts dans ta carrière pour aller plus haut qu’en Ligue 2 ?
Non, jamais. En tout cas, mon agent ne m’a jamais parlé d’un quelconque contact avec un club de L1.

Et pour jouer ailleurs qu’à Laval, dans un autre club de Ligue 2, tu as déjà eu des touches ?
En fait, je n’ai jamais pensé à partir, et puis à chaque fois, avec Laval, je ne suis jamais resté en fin de contrat. Quand il me restait un an par exemple, on reprenait la saison suivante et je prolongeais directement de 2 ou 3 ans. Comme j’étais bien ici, je n’ai jamais pensé à quitter le club. Je suis juste parti une fois, au Puy, pendant 2 ans. D’ailleurs, mon deuxième fils, Noham, est né au Puy.

Mais tu n’as jamais rêvé de jouer un jour en Ligue 1 ?
Si, si, forcément, j’aurais bien aimé connaître le parfum de la Ligue 1, malheureusement… J’étais quand même assez lucide sur mes qualités et mes performances.

« Je maîtrise mieux les aspects du métier »

Photo 13HF

Tu es un team manager plutôt comment ?
Je suis un bon team manager (rires) ! Je suis plutôt cool et qui a du style (rires) ! La particularité, c’est que j’ai arrêté de jouer il y a moins de 2 ans, donc il y a encore ce côté vestiaire que j’adore. C’est pour ça que j’aime ce métier aussi, parce que je suis encore présent dans le vestiaire, j’aime respirer ça, parler encore avec des mecs, comme si j’étais encore joueur.

Oui mais le vestiaire a changé depuis ton arrêt : combien y-a-t-il de joueurs aujourd’hui qui étaient encore là en 2024 ?
Julien Maggiotti est revenu, Sam Sanna, Yohan Tavares, Jimmy Roye qui est devenu entraîneur-adjoint, Peter Ouaneh, Malik Tchokounté, Thibaut Vargas et d’autres, il en reste encore pas mal ! J’aime ce côté-là de mon métier.

Mais du coup, tu n’as pas peur de ne pas t’y retrouver dans quelques années, quand l’effectif aura été complètement renouvelé ?
C’est sûr, mais c’est comme tout, chaque année, il y a des nouveaux qui arrivent, et les gars, on apprend à les connaître, le lien se crée aussi, mais justement, c’est ça qui est bien. Cette transition-là, le fait de commencer ce nouveau métier avec des joueurs que je connaissais pour la plupart, ça m’a facilité la tâche. Là, c’est ma deuxième année, j’ai pris confiance aussi, je maîtrise mieux les aspects de mon métier. Avec les nouveaux, au fil des ans, le lien se créera, il y aura la même sensation du vestiaire.

« Mais vous ne deviez pas arriver demain ?? »

Photo Stade Lavallois MFC

Tu as eu des ratés depuis que tu es team manager du Stade Lavallois ?
Oui, j’en ai eu deux, mais finalement, ça ne s’est pas vu. Cette année, pour le premier déplacement de la saison, à Grenoble (J2, 1-1), la délégation arrive à l’hôtel, et là, déjà, un joueur vient me voir et me dit « Put… L’hôtel, ils ne nous attendaient pas ce soir…. ». Du coup, je vais à la réception, et on me dit « Mais vous ne deviez pas arriver demain ?? » Et là… En fait, le commercial de l’hôtel s’était trompé d’un jour. La réceptionniste a regardé s’il y avait des chambres de libres, et heureusement, il y en avait pour tout le monde ! Ouf ! Mais je n’étais pas bien, j’étais pâle. Le cuisinier aussi a été top, il n’avait pas toutes les commandes, mais il est vite allé faire des courses. Au final, on a respecté les horaires, on n’a manqué de rien. Mais ça a été une grosse frayeur.

Et puis, la saison passée, on va jouer à Toulouse (16e finale de la coupe de France, élimination 2-1), on prend un avion de ligne au départ de Nantes, sauf que dans ma communication, je n’avais pas été bon. J’avais juste dit aux joueurs, en début de semaine, de bien penser à prendre les cartes d’identité, même s’ils les avaient sur leur téléphone. Sauf qu’après, en me renseignant, j’ai compris qu’il fallait vraiment avoir la carte « physique ». Du coup, j’ai renvoyé un message à tout le monde la veille. Mais le jour J, deux joueurs n’avaient pas leurs cartes d’identité… À l’aéroport, ils n’ont rien voulu savoir. Alors on a loué une bagnole, et les deux joueurs sont allés à Toulouse en voiture, accompagnés par un ami, Arthur ! Ce n’était pas un gros raté, mais bon… Pour la petite histoire, cela a engendré des frais supplémentaires, et les deux joueurs ont dû payer. Comme j’avais une part de responsabilité, j’ai payé une part aussi, même si le président ne voulait pas. Mais vis à vis du vestiaire, j’ai tenu à le faire, ça montrait que j’avais fait une erreur.

Un chiffre fétiche ?
Le 13. Je suis né le 13. En général, les gens n’aiment pas ce chiffre, moi je l’aime bien ! Et puis j’aime bien aller à contre-sens de tout le monde ! Le 13 porte malchance, dit-on, mais c’est mon chiffre porte-bonheur !

« La couleur orange, c’est beau à porter au foot, mais tous les jours…. »

Photo 13HF

Tu as disputé 253 matchs avec les Tangos : mais dans la hiérarchie des joueurs les plus capés du Stade Lavallois, tu te situes où ?
Je crois que je suis 7e ou 8e joueur le plus capé de l’histoire du club (1), je ne sais plus, mais dans le top 10, c’est sûr.

1. Les joueurs les plus capés sont, dans l’odre : Anthony Gonçalves (364), Mickaël Buzaré (356), Christophe Ferron (348), Jean-Marc Miton (336), Guilherme Mauricio (310), Stéphane Osmond (264), Arnaud Balijon (262). Kevin arrive en 8e position.

Une couleur ?
Le bleu.

Pas le tango ?
Hum ! La couleur orange, c’est pas facile de la porter tous les joueurs ! C’est beau à porter au foot, mais tous les jours…

Passions, loisirs ?
Avant, avec le foot, je n’en avais pas tellement, parce que j’étais tellement concentré sur mes performances que dès que j’avais un peu de temps libre, je le consacrais à la récupération. Sans compter que je suis devenu père de famille, donc les loisirs, c’était plutôt avec mes enfants. Aujourd’hui, mon plaisir, c’est par exemple d’aller voir jouer mon grand fils, Yanis, au foot, il est licencié au Stade Lavallois, et de jouer au padel quand j’ai le temps. C’est un sport que j’aime bien.

« Le Stade Lavallois ? Familial ! »

Le Stade Lavallois en quelques mots ?
Familial. C’est vraiment, pour le coup, ce qui le caractérise. C’est un club qui ne s’est jamais perdu. Salariés, joueurs, on le ressent au quotidien. C’est le mot qui lui convient.

Le milieu du foot ?
Un sport magnifique. Tu prends du plaisir, surtout quand tu peux vivre de ta passion. Depuis tout petit, j’aime le foot, et d’avoir pu vivre de ma passion, c’est quelque chose pour moi d’extraordinaire.

Tu n’as jamais eu de problèmes avec ce milieu ?
C’est sûr, c’est un milieu pas simple. Un vestiaire, par exemple, ce n’est pas simple. On est tous différents, on a des caractères différents, on vient d’environnements différents, c’est ça qui est difficile à gérer. Je dis toujours que le foot est un sport individuel dans un sport collectif. Il y a des saisons où ce n’est pas simple, où c’est plus dur de se trouver sa place, de se faire sa place surtout. Personnellement, je n’ai jamais eu trop de soucis, ni avec le milieu, ni avec les contrats. J’ai toujours eu le même agent.

Avec ton caractère, tu n’as pas dû avoir de mal à te faire une place dans un vestiaire ?
C’est vrai, j’ai toujours été bien dans un vestiaire, je suis quelqu’un de naturel, d’entier, je vais vers tout le monde, j’accepte tout le monde. Après, forcément, et c’est normal, on a plus d’affinités avec certains que d’autres. J’ai toujours été respectueux.

« Je voulais vraiment vivre une montée »

Sous le maillot du Puy Foot, lors de son retour à Le Basser, en 2019. Photo 13HF

Ton meilleur souvenir au Stade Lavallois, c’est vraiment la remontée en Ligue 2 en 2022 ?
Oui et je vais te dire pourquoi : en fait, pendant des années et des années, avec Laval, on a joué le maintien, avec parfois des maintiens acquis à la fin, puis il y a eu cette période, de 2019 à 2021, où j’ai quitté le club (il a signé au Puy Foot en National), sans avoir vraiment vécu quelque chose de très fort avec mon club. Même si un maintien était déjà quelque chose de fort, parce que c’était l’ambition du « Stade ». Je regarde beaucoup de foot à la télé, je vois les équipes qui remportent des championnats en fin de saison… Je me disais que j’aimerais bien être à leur place, vivre un truc comme ça. Alors quand on a fini champion de National en 2022, au terme d’une saison longue et stressante, où cela ne s’est pas joué à grand-chose, il y a eu un truc en moi qui s’est déclenché. C’était comme si j’avais fait mon travail. Enfin je vivais quelque chose d’énorme ! C’est pour ça que je dis toujours que c’est mon meilleur souvenir.

Inversement, le pire souvenir ?
C’est la descente en National, en 2017. Cela a été une saison compliquée. Mais bizarrement, individuellement non, parce que cela a été une de mes meilleures saisons. J’ai beaucoup joué. Tout le monde avait été unanime là-dessus, sauf que le vestiaire était compliqué, rien n’allait, même au club, ça partait un peu dans tous les sens.

Tu as un match référence ?
Oui, en Ligue 2, à Nantes, à La Beaujoire. Tu ne sais pas pourquoi, tout ce que tu fais, tu le réussis. Tu te sens pousser des ailes, tu as l’impression d’aller plus vite, d’être plus fort.

Ton pire match avec Laval ?
En National, à Marignane ! Oh la la, j’ai été Ca-Ta-Stro-Phique ! Je ne sais pas pourquoi, je l’ai senti des les premières minutes du match. Laisse tomber, tu portes ta misère tout le match ! T’as l’impression que tu ne sais plus jouer au foot.

Le « contrôle Perrot », ma marque de fabrique !

Sous le maillot du Puy Foot, en National. Photo Sébastien Ricou / LPF43

Un geste technique ?
C’est le contrôle demi-volée, le ballon arrive en l’air et tu le contrôles direct au sol. C’est ma marque de fabrique. Ce n’est pas le contrôle porte-manteau en taclant que tu as vu en vidéo, quand je fais une passe-dé, non. Là, c’est vraiment un contrôle où tu mets directement la balle qui arrive en l’air, au sol. Même à Laval, quand quelqu’un fait ce geste, on dit qu’il fait un « contrôle Perrot », on a appelé ça « La Perrosse ! » Comme il y a encore pas mal de joueurs aujourd’hui avec qui j’ai joués, ça revient encore ! C’est marrant, parfois on me demande même d’expliquer comment je faisais (rires) !

Combien de cartons rouges ?
Deux je crois. Un au Mans l’année de la montée en Ligue 2 et il me semble que j’en ai pris un quand j’étais sur le banc, de Stéphanie Frappart, je ne sais plus.

Si tu n’avais pas fait du foot ?
Bonne question. Je ne me la suis jamais posée. Pour moi, cela a tout de suite été une évidence, c’était le foot. Je ne vois pas ce que j’aurais pu faire d’autre.

« Le stade Le Basser a du charme, il est chaleureux »

Photo 13HF

Le Stade Francis Le Basser ?
Il est vieux déjà (rires) ! Il a du charme, une histoire, il y a eu de belles épopées ici ! Il est même mythique, parce que c’est un stade connu dans le milieu du foot français. En tout cas, quand on est gamin et qu’on joue au foot à Laval, notre rêve, c’est de jouer à Le Basser ! Ne me demande pas pourquoi, parce que ce n’est pas le stade le plus high-tech du football français, mais pour nous, les Lavallois, c’est important, il a une âme. Il est chaleureux.

La saison où tu as pris le plus de plaisir sur le terrain ?
Avec Denis Zanko, en 2014-15, on fait une belle saison, plaisante, on finit 8e (2). J’avais dû jouer la moitié des matchs, on n’avait pas la pression du résultat. On s’était maintenu facilement.

(2) Depuis, le Stade Lavallois a fini deux fois 7e en 2023 et en 2014 avec Olivier Frapolli.

La saison où tu en as pris le moins ?
La première en National quand on est descendu (en 2017-18), à ce moment-là, l’équipe et le club sont en reconstruction, même si on ne fait pas une si mauvaise saison que cela (8e), mais c’était… pff… Il fallait digérer la descente, ce n’était pas simple. Je n’avais pas pris beaucoup de plaisir.

La ville de Laval ?
(catégorique) J’adore ma ville. Pourtant il n’y a rien d’extraordinaire ici. Je dis ça peut-être parce que j’y suis depuis toujours, que j’y suis né, que j’y ai fait toute ma vie, mais pour moi, il fait bon vivre à Laval, une ville à taille humaine, qui me convient. J’aime les Lavallois aussi en général. Beaucoup critiquent Laval, ou plutôt, ils arrivent avec un a priori, ils disent qu’il n’y a rien à faire, mais c’est quand même pas si mal ! C’est une belle ville et je m’y sens bien. J’habite à Laval même.

« Johann Chapuis me faisait trop peur ! »

Un coéquipier marquant ?
Beaucoup de joueurs m’ont marqué, notamment lorsque je suis arrivé dans le groupe, la première année, en 2010, il y avait encore Johann Chapuis, le capitaine, franchement, ce mec-là… Il me faisait trop peur, et j’ai rarement vu un capitaine aussi dévoué : il avait du charisme, le vestiaire le respectait, et à lui tout seul il arrivait à gérer les hommes. C’est lui qui m’a fait découvrir ce qu’était le métier de footballeur professionnel. Il y a aussi Anthony Gonçalves, le joueur le plus capé du club, qui a aussi été mon capitaine et qui est mon ami. Il m’a pris sous son aile quand je suis arrivé. Sinon, sur le terrain, il y a un joueur que j’ai trouvé extraordinaire, c’est Wesley Saïd, il était prêté chez nous par le Stade Rennais (en 2014-15). C’était vraiment un joueur différent, du calibre au-dessus. C’était facile de jouer avec lui. Je le cite souvent dans les interviews. Il m’a marqué.

Kévin, supporter du PSG. Photo 13HF

Tu supporters le PSG, mais cite-moi un autre club que Laval et PSG ?
J’aime bien le Stade Rennais. J’aime aller y voir des matchs, le stade est chaleureux aussi, beau, l’ambiance y est différente. Et quand on est jeune, c’est un club qui fascine un peu, de par son histoire, son centre de formation. C’est un club qui dégage quelque chose de différent.

Une causerie marquante ?
Ce n’est pas vraiment une causerie. C’est l’année où on se maintient en Ligue 2 en gagnant à l’avant-dernière journée au Havre (2-1, le 17 mai 2013), quand les cadres du vestiaire ont projeté la causerie du film « L’enfer du dimanche », sur le football américain, et le club avait demandé à nos familles de faire une petit vidéo aussi. J’ai trouvé ça marquant.

Des rituels, des tocs, des manies ?
Non. Je n’étais pas trop superstitieux. Le seul truc, c’est qu’il fallait que je sois bien dans mes chaussures de foot, c’est tout (rires). Là-dessus, j’étais vraiment « relou ». J’étais capable d’acheter une paire et si je faisais un mauvais entraînement avec, je ne les remettais plus. Ne me demande pas pourquoi, franchement, c’est abusé !

Tu devais avoir un gros budgets « chaussures de foot » alors ?
Oui, mais une fois que tu as trouvé le modèle qui te convient, c’est bon ! C’est sûr que j’ai jeté plein de paires parce que je ne voulais plus les remettre !

« Laval-PSG en coupe, un match historique »

Lors de ses adieux après sa carrière de joueur à Laval en 2024. Photo Stade Lavallois MFC

Une devise ?
On n’a rien sans rien. Je me suis toujours servi de cette phrase, même au centre de formation du Stade Lavallois. Je me suis toujours dit que le travail amènerait la récompense, même si ça n’a pas toujours été le cas.

Un modèle de défenseur ?
J’aimais R9 (Ronaldo). Pourtant, j’ai fini défenseur (il a commencé attaquant chez les jeunes).

Une idole de jeunesse ?
Je ne sais pas si on peut le dire avec les casseroles qu’il a… C’est Daniel Alves. Je trouve qu’il a révolutionné le poste d’arrière-droit. Il était défenseur-offensif.

Le joueur de légende du Stade Lavallois ?
Je ne l’ai pas connu les épopées, les années d’avant, mais si je m’en tiens à ma période, je dirais Anthony Gonçalves. Après, on commémoré une statue en l’honneur de Michel Le Milinaire, qui a marqué l’histoire du club, mais je n’ai pas connu cette période, même si j’ai grandi avec cette histoire.

Le match de légende du Stade Lavallois ?
Pour moi, c’est ce fameux match de coupe de France en 8e de finale contre le PSG (0-1, le 16 février 2003), but de Fabrice Fiorèse. Il y a eu le PSG de Ronaldinho qui est venu à Le Basser quand même ! Après, c’est toujours pareil, ça dépend des époques, les anciens diront que c’est le fameux match contre l’Austria Vienne en coupe d’Europe (16e de finale de la coupe de l’UEFA, en 1983/84), c’est normal.

Tu collectionnes les maillots ?
Non, mais quand j’en vois des jolis, j’aime bien les demander. Et sinon j’ai tous les miens de toutes mes saisons avec Laval. J’en ai gardé un à chaque fois. Mais je ne suis pas un collectionneur de fou !

Le joueur le plus connu de ton répertoire téléphonique ?
(Rires) Le plus connu, c’est Mounir Obbadi, il a eu une belle carrière. Il était bon. Quand il est venu à Laval, j’étais content. Attend, je regarde mon répertoire. Il y a Gaël Danic aussi.

« Spip », l’écureuil roux…

Combien d’amis dans le foot ?
Pas beaucoup. Après, le truc, c’est que je ne suis pas téléphone. Je suis super-content de revoir les gens mais comme j’ai du mal à garder les liens, parce que je n’envoie pas de message, que je n’appelle pas… Je ne suis pas le genre de mecs à tout le temps demander des news, et il y en a qui font ça très bien, tout le temps, comme Alexy (Bosetti) par exemple, mais je ne suis pas dans ce truc-là.

Un surnom ?
Spip ! On m’appelait comme ça. C’est un écureuil roux dans la bande dessinée « Spirou et fantasio ». On m’a toujours appelé comme ça dans un vestiaire et ce qui est marrant, c’est que quand une nouvelle saison démarrait, les nouveaux, même s’ils ne me connaissaient pas, m’appelaient comme ça ! Du centre de formation jusqu’à la fin, ça m’a suivi ! Peut-être à cause de mes cheveux, de la couleur, je ne sais pas trop.

Tu étais délégué syndical à l’UNFP quand tu étais joueur…
Il fallait un représentant et l’UNFP aimait bien que ce soit un « ancien », pour faciliter la communication. Ils avaient confiance en moi aussi. Je faisais le lien, mais je n’ai jamais poussé le truc à fond.

Tu sais qu’il y a un autre Kevin Perrot qui joue au foot ?
Oui, à Alençon (N3). On n’a pas eu la même carrière (rires). Sans lui manquer de respect !

Les supporters continuent de chanter « ta » chanson au stade Le Basser (3) ?
Oui, toujours. Quand les nouveaux arrivent, ils sont surpris. Cette chanson, c’est un beau clin d’oeil à chaque fois, et ça fait plaisir. En plus, les paroles sont marrantes.

3. La chanson : « Nous, ce qu’on veut, c’est boire l’apéro, fumer des bédos, chez Kevin Perrot ».

Toi qui a eu l’habitude du monde pro, cela ne te fait pas bizarre de jouer en R1 ?
La chance que j’ai, c’est qu’à l’US Changé, pour un club de Régional 1, les infrastructures sont cohérentes, il y a quand même des choses mises en place pour faire du foot dans de bonnes conditions et être bien. Après, c’est sur, ça reste du foot amateur. J’avais bien réfléchi avant de m’engager dans ce projet, mais je me suis dit qu’il y avait des choses sur lesquelles je devais faire des concessions. L’exigence, je me la mets tout seul, parce que pour beaucoup de joueurs, le foot à Changé, ce n’est pas leur métier, tu ne peux pas tenir le même discours. Mais j’ai été bien accueilli, par le coach, Valentin Garnier, au club depuis des années, où il a tout connu, et par tout le monde. Mais je suis engagé dans ce projet, donc je le fais à fond, même si ça devient difficile.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Stade Lavallois MFC, 13HF et DR
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Présent depuis la création de son club en 1989, Fulvio Luzi évoque la situation sportive compliquée de son équipe, dernière du championnat. Lucide, il reconnaît des erreurs, évoque les dettes, les querelles et le retour de son frère Bruno. Surtout, il demeure résolument positif, optimiste et combatif.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports.

Entretien réalisé mardi 13 janvier 2026, avant le succès du FC Chambly à Colmar 1-0 (journée 14, samedi 17 janvier 2026)

Mais qu’est-ce qui fait encore courir Fulvio Luzi au FC Chambly Oise ? Qu’est-ce qui motive encore celui qui a cofondé le club en 1989 avec son papa Walter et son frère Bruno, juste pour se retrouver le soir entre copains ?

Cette question, nous l’avons posée d’emblée à celui qui a pris la succession de Walter en 2001 à la tête du club, après 12 ans à entraîner et manager l’équipe fanion (et à jouer aussi au début !).

Positif, combatif, émotif

Lorsque nous l’avons sollicité pour cet entretien, Fulvio (62 ans) fut d’emblée d’accord. C’était peut-être le moment de faire un point sur son équipe fanion, en très grande difficulté dans son championnat de National 2 (le FCCO est dernier, avec 6 points). Un point aussi sur son club, sans doute à un tournant de son histoire.

Gérant d’une société de vente d’équipements de sports et de vêtements publicitaires, Fulvio Luzi, qui est aussi conseiller régional des Hauts de France et adjoint au maire d’une petite commune, Verneuil-en-Halatte, avait peut-être des choses à dire, même s’il a parfois manié le fameux « off ». Bavard, jovial, drôle, le président est, malgré la situation sportive, apparu très positif et combatif, jamais nostalgique et parfois très ému, au point de pleurer, submergé par l’émotion quand il a évoqué son épouse Caroline, disparue en 2024. N’oublions pas que le FC Chambly Thelle, devenu le FC Chambly Oise en 2016, fut avant tout un projet familial, et que cette famille, justement, y a laissé des plumes, que cela soit sur le plan de la santé, de l’entente entre membres et de l’argent.

Douze montées !

Avec cet article, l’idée n’est pas de refaire l’histoire du club, tout le monde la connaît : une équipe qui part de Division 6 de district et qui, 30 ans plus tard, en 2019, après 12 accessions, débarque en Ligue 2, un an après une demi-finale de coupe de France ! Franchement, quand on y repense… « En 1989, un copain d’enfance du collège me dit qu’il a peut-être la possibilité de faire un club municipal à Chambly, où il y avait un club de cheminots, et tout est parti de là, rembobine Fulvio. J’habitais à Neuilly-sur-Seine à époque. Chambly, c’est un hasard total, même si on était allé au collège à Chambly, où le premier adjoint au maire était de la famille de l’épouse de mon père. L’objectif, au départ, c’était de jouer entre potes, mais avec des ambitions quand même, parce que beaucoup d’entre nous avaient joué en DH. Donc au départ c’était plus facile, après, quand on est arrivé en Première division de district, on commençait à vieillir, il a fallu trouver d’autres joueurs, et ainsi de suite. Au total, on a fait 12 montées ».

Une situation sportive critique

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Avec cet article, l’idée était de comprendre comment le FCCO, dont l’actualité a été très agitée cet hiver (5 arrivées et 4 départs au mercato, retrait de points par la DNCG, retour de l’entraîneur emblématique Bruno Luzi presque 4 ans après son départ au poste de manager sportif, rumeurs de vente du club, démission du directeur général, querelles internes), en est arrivé là.

Depuis la double-descente en 2021-2022 (de Ligue 2 en N2), la situation est devenue très compliquée. Et même critique : dernier de sa poule en N2 malgré un budget de 1,8 million d’euros et malgré un public toujours fidèle (1200 spectateurs de moyenne cette saison, meilleure affluence de la poule), l’équipe est aux portes du N3, un niveau qu’elle n’a plus connu depuis la saison 2011/2012 !

Depuis leur victoire lors de la première journée de championnat face à l’US Thionville Lusitanos (1-0), les joueurs de Stéphane Masala n’ont plus gagné. C’était le 16 août. C’était il y a 5 mois. C’était il y a des lustres. Pour mettre fin à cette spirale de 6 défaites et de 6 matchs nuls, dont un dernier encourageant avant Noël à Dieppe, chez le 2e du championnat (1-1), Chambly a chamboulé son effectif, notamment sur le front de l’attaque. Sera-ce suffisant ? Toujours est-il qu’il y a urgence, tout le monde en est conscient.

Interview / « J’ai commis des erreurs »

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Qu’est-ce qui fait encore courir Fulvio Luzi après 36 ans et demi de club ?
C’est la famille. C’est tout. Et l’amour du club.

Oui, mais la famille, la tienne en l’occurrence, y a laissé des plumes dans le club… Il y a eu le décès de ton épouse, de ton papa, de ton beau-père…
Oui, la famille a laissé des plumes, que ce soit en termes de santé, d’entente, de relations entre les uns et les autres, et puis, bien sûr, financièrement.

Quand tu parles de relations familiales, cela veut dire qu’il y a eu des dissensions entre membres de la famille Luzi ?
Oui, parce que, quand on gagne, tout est beau, et quand on perd, alors là, ce n’est plus la même chose, mais comme partout, même si c’est sans doute moindre quand cela ne touche pas la famille. Mais bon, on avait une fête de famille dimanche dernier, pour les 80 ans de ma maman, et on était tous là.

Aujourd’hui, comment va la grande famille Luzi, celle que l’on connaît, avec ses ramifications ?
Tout va bien. On est moins nombreux. Même s’il y a des nouveaux qui arrivent, mais ce sont des tout-petits. Et ce sont surtout des filles (rires).

Ce sera peut-être l’occasion de monter plus tard une section féminine professionnelle…
Je ne sais pas ! Pour l’instant, on a toutes les catégories féminines représentées, sauf les seniors. On avait une équipe, mais toutes les filles sont parties. Et puis c’est compliqué parce que la religion s’en est mêlée.

« On traîne encore des dettes »

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Comment va le club du FC Chambly Oise aujourd’hui ?
Mal et bien. Il se relève de deux descentes consécutives. Bien souvent, les clubs qui subissent ça sont liquidés. Cela n’a pas été notre cas même si on traîne encore quelques dettes, qui sont chaque année moins grosses, et on travaille beaucoup pour revenir à l’équilibre, ce qui devrait être le cas dans deux ans.

Sont-ce ces dettes qui font que, chaque saison, le club est épinglé par la DNCG (-3 points cette saison, -3 points et -5 points les saisons précédentes en N2) ?
Il y a eu des erreurs commises chez nous, notamment une erreur de retard dans la présentation des comptes. La première fois, quand on a pris 5 points, notre ex-directeur général, Thierry Bertrand, avait fait un AVC le 1er novembre, c’était le seul à avoir signature sur les comptes, donc avec le vice-président, on s’est présenté devant la DNCG les mains dans les poches. Ils ont été compréhensifs au départ, et un mois après, on leur a présenté quelque chose mais c’était insuffisant. Et on a pris 5 points. Ces 5 points-là, disons que c’était accidentel. Les deux dernières fois, avec moins 3 points à chaque fois, on a présenté des documents en retard et pas assez travaillés. Sur l’estimé de fin de saison, il y avait deux erreurs, dont une grossière. Il y avait un nouveau DG (René-Louis Geay), qui vient de démissionner… Ce n’est pas facile. Mais je ne tire pas sur la DNCG.

Du coup, l’on ne peut pas parler d’acharnement, puisque tu as l’air de dire que c’est logique…
Non, pas d’acharnement, mais ce n’est pas non plus logique quand on regarde ce qui se passe dans certains clubs, où… Mais je ne veux pas en parler. Par contre, c’est logique que l’on soit sanctionné. La DNCG fait son boulot. Je ne serai jamais comptable. Voilà. On a deux experts comptables au club, mais il y a eu le changement de DG… Je ne veux pas parler de ça.

« On a de l’espoir »

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

La situation comptable de l’équipe, avec ces 3 points en moins cette saison, est encore plus critique du coup…
Sportivement, oui. On est en train de modifier l’équipe. On a un effectif plus petit que d’habitude, avec beaucoup de contrats fédéraux (15 en début de saison). On a aussi eu notre nouvel avant-centre, Anthony Petrilli, qui a joué le premier match contre Thionville Lusitanos, mais qui s’est blessé et on l’a perdu depuis. Et ensuite, on marquait très peu de buts, on a commencé à en encaisser… En fait, même si elle a beaucoup changé l’été dernier, notre équipe était façonnée pour jouer la montée après les bonnes saisons précédentes et elle s’est retrouvée à jouer le maintien. Tu te rends compte que le mois dernier, à Dieppe, le but de Zanga Koné, notre nouvelle recrue prêtée par Boulogne, eh bien c’était le premier de la saison à l’extérieur ! Contre Beauvais chez nous, on perd alors qu’on tape deux fois le poteau et la barre. Malheureusement on encaisse trois buts sur quatre tirs cadrés, c’est trop. Aujourd’hui, ça va mieux. À Dieppe, je n’y étais pas, mais on m’a dit beaucoup de bien de notre match, chez le 2e du championnat tout de même. On a de l’espoir. On va se battre avec nos armes pour remonter au classement. On n’a pas le choix.

En début de saison, l’équipe était programmée pour jouer le haut de tableau et elle se retrouve tout en bas : est-elle en capacité mentalement d’assumer ça ?
Je l’espère. En tout cas, les récents changements opérés à la trêve ont été effectués dans ce sens-là. Ceux qui nous ont rejoints sont habitués à jouer des maintiens. C’est notre quatrième saison en National 2 : les trois années précédentes, on a fait deux fois 3e et une fois 4e. L’an passé, on a fait une deuxième partie de saison d’enfer, alors on pensait jouer le haut de tableau cette saison, même si on a eu beaucoup de départs, parce que c’est toujours pareil, les bons joueurs de N2 partent en National.

« Je tombe de très haut »

Tu tombes de haut cette saison ?
Franchement, je tombe de très haut. Je pensais qu’on jouerait la montée, encore plus après notre premier match contre Thionville Lusitanos, une équipe très costaude, elle l’a confirmé chez nous, mais elle a fini à 9 à la fin. Je ne pensais pas qu’ensuite, cela aurait été aussi dur que cela. Mais si on prend les statistiques de tous nos matchs, on a à chaque fois plus de tirs cadrés que nos adversaires, sauf à Bourges (défaite 2-0) et à Wasquehal (0-0). Cela veut bien dire qu’il manque de la réussite.

Cela ne peut pas être qu’un manque de réussite…
Il manque aussi un mental. Or la force du FC Chambly, c’était le mental, et là, sur ce plan-là, on est surpris.

« Je n’ai pas de regrets »

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Tu n’en as pas marre de jouer en National 2 ?
Bien sûr, mais je pose la question : est-ce que la place de Chambly, une ville de 10 000 habitants, n’est pas en National 2 ? Alors on a des grosses installations, c’est vrai (le nouveau stade Walter-Luzi, inauguré en 2023, a une capacité de 4500 places assises), mais on est dans une ville et une région dortoirs. Avec des gens qui travaillent sur Paris. On n’a pas de grosses industries non plus. Malgré ça, on a pas mal de sponsors : on arrive à dégager un chiffre de sponsors/mécènes entre 700 000 et 1 million d’euros, sur un budget d’1,7 ou 1,8 million, c’est énorme, mais on fait un travail de fourmis.

Mais je ne suis pas lassé du N2. Si on met 5 ans pour remonter, ça sera formidable, parce que Chambly en National, il faut le voir, c’est formidable ! Il y a très peu de villes de cette taille-là à ce niveau-là (il réfléchit). Il n’y en a pas d’ailleurs, même en National 2. On est quand même resté 8 ans entre le National et la Ligue 2. En Ligue 2, la deuxième saison, on est descendu à la 89e minute du dernier match, on a pris le Covid anglais qui était beaucoup plus « méchant », on ne jouait pas chez nous (l’équipe jouait à Beauvais), bref, il y a beaucoup de choses qui font nous demander « et s’il n’y avait pas eu tout ça ? ». Mais je n’ai pas de regrets. Ce que j’ai vécu dans le football, c’est extraordinaire. Je suis plutôt dans le positif que dans le négatif. Je suis conscient que je ne tire plus la charrue comme avant. J’ai pris des coups de la vie. J’ai pris de l’âge aussi. Il faudrait quelqu’un qui prenne le relais, une locomotive qui tire tout le monde derrière lui, et comme ça je pourrais continuer à amener les sponsors.

Justement, en novembre 2024, tu disais dans les colonnes du Courrier Picard que tu voulais passer la main et tu évoquais ton départ…
J’évoquais mon départ mais sans partir. Je compte rester dans la région et j’irai toujours voir le FC Chambly jouer. Je donnerai un coup de main si on a besoin de moi. J’ai créé le club. On était en D6 de district. Je serai toujours là, même vis à vis de ma famille, parce que j’ai des gens de ma famille qui sont au club, qui aiment le club. Simplement, à un moment donné, il faut se rendre compte que l’on est moins performant. Et moi, je suis beaucoup moins performant. Regarde Avranches avec Gilbert (Guérin, décédé en octobre 2023), regarde Concarneau avec Jacques (Piriou), même Quevilly Rouen avec Michel (Mallet) ou Gérard Roquet à Béziers, ces gens-là, quand ils sont fatigués, quand ils s’essoufflent, ce n’est plus le même club après. Et il y a eu Jean-Pierre aussi (Scouarnec), à Dunkerque, même si lui, il a bénéficié de beaucoup plus de de subventions municipales et de l’agglo, du fait de la taille beaucoup plus importante de son territoire. Il ne faut pas se leurrer. Edwin Pindi (l’ex-secrétaire général de Dunkerque) m’avait dit, à l’époque où on jouait contre eux en Ligue 2 (en 2020-21), qu’ils avait 340 000 euros de sponsors. Nous, on avait 1,7 million ! Le boulot n’était pas le même. Les visions de clubs étaient différentes.

« J’ai trois offres de rachat en ce moment »

Le FC Chambly, à sa création. On reconnaît Fulvio (en bas à gauche) et Bruno (en haut, 4e en partant de la gauche). Photo FC Chambly

Quid de la vente du club ? On suppose, compte tenu du budget du club, de ses installations, de son histoire, que le FC Chambly vaut entre 1 et 2 millions…
Tu supposes bien, mais l’objectif, ce n’est pas de vendre cher. L’objectif, c’est de vendre avec une pérennité. J’ai trois offres en ce moment. On a refusé une offre à 2 millions l’an passé, parce qu’on a pensé que, sur le plan de la pérennité justement, ce n’était pas ça. On voit bien aujourd’hui comment ça se passe : des clubs sont rachetés, puis 2 ans après ils sont à vendre. Le gens viennent s’amuser dans le football, ils ont de l’argent, mais ils ne connaissent pas le milieu et toutes ses galères. Pour être transparent avec toi, j’ai rendez-vous avec une personne cet après midi (entretien réalisé mardi 13 janvier). Depuis la montée en Ligue 2, on a eu à peu près d’une trentaine d’offres. Après, on est à 30 minutes de l’aéroport de Roissy, à 35 du Bourget, on est attractif. Dans les offres que l’on a, il y a aussi des gens qui veulent investir au club, mais sans le racheter.

Le stade Walter-Luzi. Photo 13HF

Aujourd’hui, le club est très connu et a bâti sa réputation…
Tous les gens du foot en France connaissent Chambly aujourd’hui. Notre image est bonne. Il n’y a jamais eu de problèmes graves au club. Les gens de l’extérieur ont toujours été bien reçus. On est dans les plus petites villes de N2 et c’est nous qui, dans la poule, avons le plus de supporters au match, 1 200 en moyenne. On était 1 600 l’an passé mais on jouait le vendredi soir. Là, le samedi, c’est plus difficile. On ne joue pas assez le vendredi. On est derniers du championnat, mais l’attachement au club est là, les gens se reconnaissent en lui. Et on a 120 partenaires, qui amènent leur pierre à l’édifice, ce qui fait que l’on touche des gens d’un peu partout. Parce que le club, ce n’est pas que les Luzi. C’est beaucoup de personnes qui travaillent, qui donnent un coup de de mains.

Le FC Chambly est souvent cité en exemple aussi : beaucoup de clubs amateurs aimeraient lui ressembler, créer une belle histoire comme la sienne…
C’est ce qu’on a voulu aussi. Tout ça, ça reste dans la tête. Ce sont des souvenirs extraordinaires. Quand on était en Ligue 2, on a gagné à Lorient, à Troyes, au Paris FC… Aujourd’hui, on est en difficulté, mais il ne faut pas lâcher le navire quand il coule.

« Avec Bruno (Luzi), on a été un peu brouillés »

Bruno et Fulvio Luzi entourent le maire de Chambly, David Lazarus. Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Parlons de ton frère Bruno, qui a fait son retour fin novembre dans le rôle de manager : on vous croyait un peu brouillé…
On s’est quand même toujours un peu parlé. Lors de notre dernière saison de National, en 2021/22, on joue à Châteauroux, on mène 1 à 0 à la fin et finalement on perd 2-1. On est 9e. Et Bruno me dit « Il faut que tu changes d’entraîneur, on va descendre ». On est début octobre.

Puis, à six matchs de la fin, on perd chez nous contre Châteauroux 2 à 0 et j’entends dire « Il faut que l’on change de coachs, pour créer un électrochoc ». J’appelle Bruno le lendemain et je lui dis « Voilà… » Il me dit « Oui, oui, il faut tenter quelque chose ». On a tenté, il restait six matchs, on est descendu. C’est vrai qu’après, on a été un peu brouillé. Là, son retour, il nous fait du bien.

Même si Bruno a déclaré qu’il n’était pas venu pour prendre la place de qui que ce soit, c’est humain de penser qu’il puisse, si les résultats ne s’améliorent pas, remplacer le coach Stéphane Masala ?
Je peux comprendre que les gens pensent ça, mais ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, ce n’est pas l’idée. C’est Stéphane Masala qui nous a demandé l’an passé de faire rentrer Bruno. Je suis un démocrate. J’ai un bureau, il y a neuf personnes. Il y avait des gens pour, des gens contre. Et il y avait aussi un problème financier. Cela a traîné. Mais à un moment donné, il fallait prendre une décision, parce qu’on allait dans le mur. Et puis l’arrivée de Bruno, cela permettait à Stéphane d’être déchargé d’une pression incroyable qu’il avait sur les épaules.

Mais si ça se passe mal dans les prochains matchs, la question va forcément se reposer…
Pour moi, on finit la saison comme ça. Mais je ne suis pas tout seul à décider.

Si le club descend en N3, ce serait une catastrophe pour le club ?
Non, le club existera toujours. Mais ce serait un gros coup d’arrêt. Le football a changé : quand on est monté de CFA (N2) en National en 2014, à l’époque, tous nos joueurs travaillaient. Il n’y avait que les réserves de Lens, Lille, et aussi Beauvais, qui descendait de National, où les joueurs ne bossaient pas, et peut-être aussi Quevilly. Tous les autres travaillaient. Maintenant, en National 2 (ex-CFA), plus personne ne travaille à côté, les joueurs ne font plus que du foot. Les mentalités ont changé aussi. Donc c’est plus dur de monter.

Aujourd’hui, il faut redresser le club, déjà financièrement. Et sportivement. Nos jeunes sont en R1, sauf nos U18 qui sont en R2 mais qui sont premiers, la réserve de Régional 1, qui est composée de joueurs de 21 ans, espère se sauver comme tous les ans (elle est avant-dernière), notre équipe C en R3 est composée de joueurs de 19 ans de moyenne d’âge, elle est en milieu de tableau, et tous les ans il y a des joueurs de la C qui vont en B, et des joueurs de la B qui vont en équipe Une.

« On tire la langue, mais on va y arriver »

Stéphane Masala à l’entraînement, avec l’une des dernières recrues, Koné, prêté par Boulogne. Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Parlons des finances : tu parles de dettes, mais il y a eu un déficit aussi…
L’année dernière, on a eu un déficit de 120 000 euros, mais ce sont surtout nos dettes qui nous plombent. En fin de saison, on aura encore 200 000 euros à rembourser. On a 607 000 euros de capital. La plus grosse dette, 170 000 euros, c’est une dette de la mutuelle Klesia, qui date de l’époque Ligue 2, quand il y a eu la Covid. L’État avait demandé à l’organisme de retraite d’attendre avant de ponctionner, et de faire un moratoire pour aider les clubs. Depuis, on a refait un autre moratoire, et on paie 6 000 euros par mois, ça va, pour un club comme le nôtre. On va l’épurer.

Après, il faut savoir aussi qu’on a de gros écarts de trésorerie en N2 selon les clubs, parce que, par exemple, chez nous, on ne touche aucune subvention les six premiers mois de l’année, or les subventions représentent quand même 40 % environ du budget. On tire la langue, mais on va y a arriver. C’est pour ça qu’on a pris moins de joueurs cette saison. Avant on avait un groupe de 23 et là, on a des jeunes pour compléter les contrats fédéraux.

Ce qu’on peut dire, c’est qu’aujourd’hui, le club va mal sportivement, il éponge ses dettes, mais d’ici 2 à 3 ans, cela peut devenir un autre club. Peut-être même la saison prochaine. Et là, ce ne sera plus la même chanson. Chez les Luzi, on s’est toujours dit « Si on ne monte pas, on ne monte pas ! ». On est resté 4 ans en première division de district, trois ans en 3e division de district ! En promotion de première division de district, la D2 district d’aujourd’hui, on est resté 3 ans, pareil en R3 et en R2… On est resté 5 ans en National, alors…

« Je n’avais plus la tête au foot »

Tu as commis des erreurs ?
Oui, les dernières années, j’ai commis des erreurs en relâchant un peu ma mainmise sur le club. J’y ai été obligé en raison des événements que j’ai subis dans ma vie personnelle. Je ne venais plus au club, parfois pendant un ou deux mois. L’année où on descend de National, je ne suis pas présent. Je dois aller quasiment tous les jours à Villejuif, où est soignée mon épouse, c’est à 78 km de chez moi, ce n’est pas loin, mais c’est en moyenne 2h30 de route pour y aller, et autant pour revenir. Je n’avais plus la tête au foot. En N2, la première saison, mon épouse retrouve de la vigueur, je reviens un peu plus souvent aux matchs. Par contre, j’ai ouvert la direction du club… Voilà. J’ai fait des erreurs. Mais je les referais s’il le fallait.

Le National ou la future Ligue 3, tu as tiré un trait ?
J’ai toujours l’ambition d’y retourner, mais les trois premières années de N2, on est tombé sur le FC Rouen, sur Boulogne et sur Fleury la saison passée qui a fait un championnat d’enfer. Là, cette année, il faut se sauver, et comme dit Bruno (Luzi, son frère), souvent, quand on a été en difficulté, on est monté la saison d’après ! On verra si l’histoire se répète.

Fulvio Luzi du tac au tac

Avec Jean-Michel Rouet, dirigeant du club. Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Ton meilleur souvenir ?
Concarneau-Chambly, 0-3, le 19 avril 2019, on monte en Ligue 2. Ma mère est Bretonne, elle habite dans l’Oise, mais elle est au match, il y a mon épouse, mes deux enfants, Stefano et Aurélia, mon oncle, mes cousins, mes cousines. C’est un moment de famille extraordinaire.

Le pire souvenir ?
Chambly-Strasbourg en 1/4 de finale de coupe de France (en 2018). On gagne mais on apprend juste après le match que mon père, Walter, est mort.

Plus grande déception ?
De ne pas avoir eu le nouveau stade en Ligue 2.

C’est vrai que ce stade, en National 2… Il est magnifique, bien conçu…
C’est un stade à l’Anglaise, très bien pensé. Franchement, la mairie a fait quelque chose d’extraordinaire.

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Un modèle de président ?
J’en ai plusieurs. Il y a Jacques Cantrelle, président en district du club de Bornel, situé dans un village à côté de Chambly, et Gérard Level, le président de Verneuil-en-Halatte, près de Creil, où j’habitais. C’était des présidents humains, comme mon père Walter l’était. Quand on voyait mon père, on avait envie de discuter avec lui, de boire un coup avec lui. Ces gens-là avaient la faculté de bien t’accueillir dans leur club et ça m’a marqué.

J’ai été très marqué aussi par un truc : la première année quand on monte en Régional, je vais à l’assemblée des clubs, dans un amphithéâtre. Devant moi, il y a des présidents de clubs qui lancent « Tiens, il y a l’autre con de Roye » ! Tu te souviens du club de Roye, qui est monté jusqu’en National ? Son président s’appelait Philippe Lespine. Je ne le connaissais pas. Mais le mec, il emmène village de 7 000 habitants en National. Et les autres lui « dégueulent » dessus… La première fois que je joue à Roye, ça se passe bien, on gagne 2 à 0. Puis on doit y retourner en coupe de France, mais on oublie nos licences ! Ma soeur roule comme une dingue pour nous les ramener juste avant le début du match. Philippe Lespine me dit « de toute façon, on va jouer, il est hors de question que vous soyez forfait ». J’ai trouvé ça extrêmement sportif. C’est quelqu’un qui m’a appris que l’on pouvait être détesté par sa réussite. C’était mon cas ensuite. Je ne suis pas quelqu’un de vantard mais il ne faut pas me chatouiller. Je suis assez souple, sympa avec tout le monde.

Voilà, ce sont les trois présidents qui m’ont le plus appris, même si je garde un souvenir particulier de Gilbert Guérin, le président d’Avranches, qui était un personnage hors norme : ce qu’il a fait dans son club, dans une ville plus petite que celle de Chambly, c’est fabuleux. J’ai beaucoup de respect pour lui. J’oublie aussi Pascal Cocuelle, l’ancien président de l’US Chantilly : on s’est rencontré en DH. On s’est fait des coups tordus tous les deux. On ne s’aimait pas trop mais on était courtois. J’ai habité Chantilly, j’ai joué 4 ans au club, on avait des bons rapports, mais on ne se faisait pas de cadeaux. On s’est joué en coupe, on va chez eux, au 8e tour, en 2013/2014, et il avait des soucis pour organiser le match et il était discuté en interne. Je lui ait dit « On va t’aider » : on a fait une belle fête, on lui a laissé la recette et on est devenu amis ! Il est décédé depuis, mais c’est lui qui devait devenir le président de l’association du FC Chambly en 2019, à la création de la SAS FC Chambly. Il me complétait bien, il était courtois, il savait recevoir les gens, en plus, moi, j’allais sur le banc pendant les matchs.

Bruno et Fulvio Luzi avec Leonardo, l’ancien directeur sportif du PSG, lors d’un match amical. Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Aujourd’hui, suivre les matchs sur le banc, c’est terminé ?
J’ai arrêté d’aller sur le banc de touche quand on est descendu de Ligue 2 en National. Je suis en tribune maintenant. Je ne bouge plus. Je ne vois quasiment pas les joueurs avant ou après le match la plupart du temps. J’ai changé. Je joue mon rôle avec les partenaires et les politiques.

Le 16e de finale Chantilly – Rennes, tu l’as suivi, tu l’as regardé, tu y es allé ?
Non, j’avais la fête de famille. De toute façon, je ne regarde pratiquement pas de match, même à la télé. Le dernier match que j’ai regardé, c’est PSG / Inter Milan en finale de Ligue des Champions. Je ne suis pas un fan de foot. Je suis un fan de la compétition. Je suis un fan de tennis et de ski descente. J’ai été supporter du PSG de l’âge de 11 ans, à l’époque de Mustapha Dahleb, François M’Pelé, « Loulou » Floch, il y avait 10 000 spectateurs au Parc à tout casser ! Quand j’étais étudiant, j’allais avec le kop de Boulogne et après j’y allais moins, puis plus du tout.

Soir de match à Lorient, en Ligue 2. Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Il paraît que tu as été journaliste…
Oui, j’ai fait l’Institut Français de presse (Paris-Panthéon-Assas), j’ai travaillé au Parisien, comme pigiste, pendant 9 ans, j’ai été titularisé aussi ! J’ai eu un accident de voiture en revenant d’un reportage, il a fallu que je trouve du travail. Un copain a monté une boîte dans le commerce, il vendait des télécopieurs, il m’a dit « viens travailler avec moi ». Je gagnais mieux ma vie qu’au Parisien et je suis redevenu pigiste dans le même temps. Sans regrets, parce que financièrement, pigiste, c’était dur. C’est au Parisien que j’ai connu Jean-Michel Rouet aussi (dirigeant du club), il y a travaillé quelques mois avant de partir faire sa carrière de reporter à LEquipe !

Un sportif ?
Je suis un fan du tennisman Jimmy Connors et de son tempérament de gagneur, de compétiteur ! Je me souviens de sa finale perdue contre Borg à Wimbledon en 77, il perdait 4/0 au 5e set et il était revenu à 4/4 !

Un président avec qui tu ne partirais pas en vacances ?
Celui de l’OM.

Le joueur emblématique du FC Chambly ?
Thibault Jaques.

Le match de légende du FC Chambly ?
Chambly – Monaco en coupe de France (4-5, en 2017).

Tes qualités et tes défauts ?
Je ne lâche rien. Et en défaut ? Je suis un connard (sic).

Tu es un président plutôt…
J’ai été un président fonceur mais je ne suis plus le même président qu’avant.

Un stade ?
Le Parc des Princes.

Des amis dans le football ?
Au moins une cinquantaine. Toutes les trois semaines, chez moi, on fait une pasta-party, et on est nombreux (rires) ! Parmi eux, il y a même encore des gens qui sont là depuis le début de l’histoire, et qui sont toujours au club !

Ta décision de président la plus difficile à prendre ?
Mettre Bruno (Luzi) sur le côté.

Ta négociation la plus difficile ?
Avoir le stade de Beauvais pour jouer nos matchs en Ligue 2.

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Une anecdote ?
En coupe de France, on est en 3e division de district, on va jouer à Château-Thierry, une très grosse équipe, qui joue en CFA, ils viennent de battre la réserve du PSG 5 à 1. Je suis entraîneur-joueur et dans le vestiaire, je dis à mes joueurs, « Attention, on n’en prend pas plus que 5 », et là, les mecs me regardent comme si j’étais abruti, ils me disent « T’es malade, on va gagner ». Voilà. C’est une fierté. Parce que mes joueurs y croyaient vraiment. Leur devise, c’était de se dire « Ensemble, on est plus forts qu’eux ». C’est vrai qu’à l’époque, chez nous, les entraînements étaient plus durs que les matchs. « Flo » Routier (ex-adjoint de Bruno Luzi), qui est à l’OGC Nice aujourd’hui, pourrait t’en parler ! Finalement, on perd 3 à 0 mais à 1-0, on a eu la balle de 1-1. C’était en 1994.

Une devise ?
Je ne salis pas, je ne renie pas ce que j’ai aimé. Par exemple, un joueur qui n’est plus aussi bon qu’avant, on va le remplacer, mais mes rapports avec lui ne vont pas changer. J’ai eu la chance dans mon couple de tomber sur une fille avec laquelle ça collait. J’ai eu cette chance d’avoir crée un club de foot. J’ai eu de la chance dans ma vie.

Avec Bruno Luzi et Florent Routier (ex-adjoint). Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Une anecdote ?
Lors de la première année en National (2014/2015), on est 3e à la trêve, mais physiquement, on a du mal à finir le championnat. En fin de championnat, on va au Red Star, qui en cas de succès contre nous monte en Ligue 2. Je suis stressé comme pas possible. Et on sait qu’on reçoit Istres pour le dernier match, qui a des soucis et qui vient avec sa réserve. Donc au Red Star, on se dit qu’on va perdre, et prévient nos joueurs : « Surtout ne prenez pas de cartons, pas de risques, faites attention, il faut gagner la semaine prochaine contre Istres », et on prend 8-0 devant les caméras de MaChaîneSport… Notre défaite la plus lourde. En fait, on a dit à nos joueurs « de ne pas y aller », « de ne pas envoyer », comme un contre-ordre, alors qu’on leur disait auparavant « les gars, premier ballon, tampon… Deuxième ballon, Tampon. Troisième ballon, tampon ». Et là, au Red Star, tu leur dis « surtout ne prenez pas de risques »… Et on a quand même eu un expulsé !

Le club du FC Chambly, en trois adjectifs ?
Ambitieux, familial et identitaire.

Le milieu du foot en trois mots ?
Travail, argent et installations.

Un chiffre ?
Le 14. Quand j’entraînais, on pouvait mettre le numéro que l’on souhaitait, et je prenais le 14, comme ça les mecs ne se sentaient pas remplaçants, d’ailleurs je faisais pareil avec les maillots 12 et 13, que je donnais à des titulaires ! Sinon, j’ai longtemps joué avec le numéro 4 aussi.

Une date ?
(Il réfléchit longuement). 30-09-1981. (sa voix tremble).

A quoi correspond-elle ?
Le 30 septembre 1981, c’est la première fois que je sors avec ma femme (sa voix tremble, il pleure).

Un plat ?
J’en ai deux. Les spaghettis ! N’importe comment, peu importe, mais spaghettis ! Il ne faut pas me servir des macaronis ou des trucs comme ça (rires) ! Et le Gulasch, le plat de ma femme, qui était autrichienne, ça ressemble à du pot-au-feu, c’est très-très bon.

Un loisir ?
Je n’ai pas de loisir, sinon le ski, même si je n’en ai fait plus. J’y étais avec mes enfants Stefano, avec un « f » Stefano (33 ans), et Aurélia (29 ans). C’est une joie pour moi.

Ta ville en Italie ?
Rome ! J’aime Frosinone et Alatri aussi, près de Rome. C’est là-bas, dans les montagnes, au sud de Rome, que j’ai appris à parler la langue, à l’âge de 31 ans. Mon père était originaire de la République de San Marin.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
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Élevé à l’école havraise, l’ex-défenseur avait rangé les crampons à 20 ans pour reprendre la boîte familiale, avant de replonger 6 ans plus tard, mais dans le rôle de coach. Aujourd’hui, il est celui qui a conduit l’US Chantilly du Régional 1 au National 2 et en 16e de finale de la coupe de France, où son équipe sera opposée à Rennes et à Habib Beye, qu’il avait rencontré lors d’un entraînement du Red Star. Un épisode qui l’a profondément marqué.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : 13HF, Philippe LE BRECH et US Chantilly.

Entretien réalisé avant le 16e de finale de coupe de France contre Rennes

Le Château de Chantilly. Photo 13HF

Chantilly. Son château, joyau du patrimoine français, son parc, ses Grandes Écuries. Son hippodrome, ses courses de chevaux et surtout son Prix de Diane. Sa forêt et ses près de 6 500 hectares. Sa crème fouettée délicate et onctueuse, tantôt sucrée, tantôt aromatisée. Et aussi son club de football installé dans le top 100 français depuis un an et demi, en N2, après deux accessions en quatre ans (de R1 en N3 en 2020 et de N3 en N2 en 2024).

Rarement une équipe de ce niveau n’avait aussi peu collé avec sa ville, haut-lieu de la bourgeoise et de la noblesse, très éloignée de l’image beaucoup plus « populaire » véhiculée par le ballon rond. Et dire que, au milieu de toute cette aristocratie coule l’US Chantilly, qualifiée pour la première fois de son histoire en 16e de finale de la coupe de France, et toujours en course pour un second maintien consécutif en National 2. Pas un mince exploit quand on voit les infrastructures loin d’être luxueuses et les locaux exigus du complexe sportif des Bourgognes.

Si le club de cette ville de 12 000 âmes en est là aujourd’hui et a tant évolué, il le doit au travail de ses dirigeants évidemment, l’on pense à son président Anthony Brice et à son comité directeur, mais c’est surtout le fait d’un homme : Yacoub Yassine. Cet ancien défenseur central passé par le centre de formation du Havre entre l’âge de 14 et 18 ans, sans parvenir à signer pro, avait complètement mis le foot de côté après deux saisons, ses deux premières en seniors, avec la réserve de Beauvais, en Division d’honneur. Il avait alors 20 ans.

Après une parenthèse de 6 ans qu’il raconte dans cet entretien donné dans son minuscule bureau au stade des Bourgognes, où le « onze » du FC Freyming, club de Régional 2 et futur adversaire en 32e de finale de coupe de France 5 jours plus tard, est dessiné au tableau (l’US Chantilly s’est qualifiée 3 à 0 sur le terrain du petit Poucet), et où les images de la récente défaite contre l’incontestable leader Thionville Lusitanos (1-2) tournent en boucle sur le grand écran, le natif de Beyrouth, au Liban (36 ans, 37 le 22 janvier), qui a grandi à 7 kilomètres de Chantilly, à Creil, dans l’Oise, nous a reçus.

Retrouvailles avec Habib Beye

Yacoub Yassine va retrouver Habib Beye, qu’il avait rencontré à La Courneuve en février 2024, lors d’un entraînement du Red Star. Photo US Chantilly

Sous l’oreille attentive de son analyste vidéo Julien Piotrowski, il a évoqué son parcours, son ascension, son ambition pour son équipe et pour lui, sa vision du foot et… ses retrouvailles avec l’entraîneur du Stade Rennais, Habib Beye, qu’il va affronter dimanche à Beauvais en coupe de France ! Yacoub l’avait sollicité lors d’un entraînement du Red Star, en février 2024, auquel il assistait, à La Courneuve : « Il avait fait un exercice de reprises avec beaucoup d’intensité que je n’avais pas compris et je voulais qu’il me l’explique, on a discuté, ça a duré un long moment, et franchement, ce fut une conversation extraordinaire ! »

Dans ce long entretien, Yacoub Yassine évoque aussi l’évolution de son club, dont la particularité depuis la fin de l’été est de « délocaliser » pendant 6 mois ses matchs de National 2 à Senlis, à 10 km de là, le temps de laisser à la lumière du jour le soin de rejouer son rôle d’éclairage naturel, puisque le stade ne dispose pas de projecteurs.

10 000 spectateurs attendus à Beauvais

Photo 13HF

Mais l’US Chantilly n’est plus à un écueil près : en janvier 2025, la veille d’un déplacement à Créteil, la municipalité cantilienne avait publié un décret interdisant l’utilisation du terrain d’honneur alors que l’équipe de Yacoub Yassine était justement en train de s’entraîner dessus ! Ce qui avait valu l’intervention des forces de l’ordre afin de s’assurer que le message de la municipalité – « tout le monde dehors » – soit bien passé.

Cette même municipalité, qui ne fait pas du football sa priorité, va pourtant bénéficier bien malgré elle des projecteurs – pas celles du stade, hein ! – lors de son 16e de finale historique de coupe de France face au Stade Rennais (Ligue 1). L’événement le plus important dans l’histoire du club aura lieu dimanche 11 janvier (18h) au stade Pierre-Brisson à Beauvais, qui abritait autrefois des rencontres professionnelles (la dernière saison de l’ASBO en Division 2 remonte à 2001/2002) et aussi celles du FC Chambly. L’affiche va attirer 10 000 spectateurs, quand les rencontres de championnat de l’US Chantilly se déroulent devant plusieurs centaines de fidèles…

Cette mise en lumière doit servir le club afin de grandir et fidéliser un plus large public et aussi, peut-être, attirer de nouveaux partenaires. La coupe peut être ce formidable accélérateur, à condition que l’héritage soit bien « utilisé » et de continuer de raconter une histoire déjà bien entamée sous l’ère Yassine. Pour ce qui est de l’exploit, on rappellera juste que Chantilly n’a pas gagné un seul match à domicile cette saison en championnat, mais comme l’affiche se déroule à Beauvais…

Entretien : « Manager un groupe, ça ne s’apprend pas »

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Yacoub, c’est ton prénom, n’est-ce pas ?
Oui ! Je sais, tout le monde croit que c’est Yassine ! Mais Yassine (avec deux « s »), c’est mon nom de famille !

Tes débuts au football ?
J’ai commencé à Creil (Oise) jusqu’à mes 14 ans, puis je suis parti pendant 4 ans au Havre, dont 3 années comme aspirant. Je jouais défenseur central ou latéral droit. Après Le Havre, j’ai eu la possibilité de signer à Sedan mais cela ne s’est pas fait, du coup je suis allé à Beauvais : la première saison, je jouais avec les U19 Nationaux et je commençais aussi à jouer en réserve en DH et la seconde année, en réserve, on est monté en CFA2. Ensuite, je suis encore resté quelques mois avant d’arrêter le football.

Pourquoi cet arrêt soudain ?
Mon papa a perdu son permis de conduire. Il avait une boîte de transport de messagerie, dont il était l’unique salarié. Il livrait des colis d’un point A à un point B (1), dans toute la France et aussi en Europe. Il travaillait à son compte et il fallait faire les livraisons. Il m’a dit « Tu es le plus grand de la famille, il faut que tu y ailles »… En fait, il m’a donné les clés et m’a dit « Demain, tu ne vas pas à l’entraînement, tu vas livrer ». Et à partir de cet instant, j’ai fait ça pendant six ans. J’ai repris l’entreprise, que j’ai développée et fait grossir, et qui est ensuite passée à 21 salariés. On a commencé à gagner des appels d’offre, et voilà. Notre siège était à Creil. On travaillait pour des donneurs d’ordre comme Chronopost, TNT, GLS.

(1). « La logique vous fera aller d’un point A à un point B. L’imagination et l’audace vous feront aller où vous désirez » (Einstein). Cette phrase est inscrite sur le mur, dans son bureau.

Dans son bureau d’entraîneur, au stade des Bourgognes. Photo 13HF

Mais tu n’avais aucune compétence au départ pour ce travail…
J’ai appris sur le tas alors que je n’y connaissais rien. Au tout début, je faisais une tournée, puis deux, puis trois, puis on engage un mec, puis deux puis trois… Parfois, j’allais livrer à Senlis puis à Hambourg en Allemagne ! Je rentrais à Creil, je dormais, puis j’allais charger à Nogent-sur-Marne et je repartais à Madrid ! Mais ça, je l’ai fait ça pendant un an. Parce que je me suis dit « ce n’est pas possible, je vais exploser » !

J’ai vu que l’on pouvait démarcher des sociétés de messagerie, comme un livreur qui vient chez toi quand tu as commandé une box ou un téléphone. Pour postuler chez ces donneurs d’ordre, il a fallu vendre mon savoir-faire. J’ai réussi à décrocher un rendez-vous chez Chronopost. Là, je tombe sur quelqu’un qui s’appelle Michaël Kaba et qui me reçoit. Moi, je venais pour travailler. Je lui ai dit que je sortais d’un centre de formation de football, que j’étais rigoureux et qu’avec moi, l’heure c’était l’heure ! Je lui ai dit aussi que j’étais déterminé, que personne ne l’était autant que moi, et que s’il m’expliquait le boulot, je serai le meilleur !

Mon discours lui a plu et en plus, il était fan de l’Olympique de Marseille, où jouait Steve Mandanda, que j’avais connu au Havre. Il a regardé sur internet pour voir si je ne racontais pas des conneries (sic), et pendant deux heures, on a parlé de football ! Finalement, il me donne rendez-vous le lendemain à 8h pour commencer à travailler. Petit à petit, il me forme, il m’apprend mon métier, parce que livrer 50 clients à Creil et livrer un colis d’un point A à un point B, ce n’est pas du tout la même chose. C’est ça qu’on appelle la messagerie. Là, j’ai des horaires, je gagne un appel d’offres, il y avait plusieurs tournées, j’ai commencé à embaucher et c’est parti.

« Mes formateurs au Havre m’ont donné envie de devenir entraîneur »

Photo Philippe Le Brech

Du coup, tu as complètement mis le foot de côté …
Complètement. Je n’avais pas en vie d’aller faire des essais en Roumanie ou au Luxembourg. Au Havre, je gagnais déjà un peu d’argent, alors cela a été dur d’arriver à Beauvais, et sans manquer de respect à l’ASBO, j’avais l’impression de redescendre d’un cran. Je me suis dit que j’allais économiser de l’argent, que j’allais construire quelque chose, arrêter de regarder sans cesse les calories… Par contre, je continuais à regarder le foot, notamment les matchs du PSG et du Havre, mon club de coeur. Le HAC, c’est vraiment une école de la vie, c’est là où j’ai tout appris (2).

(2) Dans un entretien accordé au Parisien en 2020, voilà ce que disait Yacoub Yassine au sujet du Havre AC : « Là-bas, il formait des joueurs et des hommes, avec des valeurs. On nous apprenait à respecter l’adversaire, tout en cherchant à être meilleur que lui et à performer grâce à son travail. Je me suis nourri de ça et je m’en inspire aujourd’hui avec mon groupe, car je crois en ce discours. C’est l’état d’esprit qui guidera ce qu’on met en place. »

Qui sont les entraîneurs marquants que tu as eus au Havre ?
Mes quatre entraîneurs là-bas m’ont marqué. Johann Louvel, un meneur d’hommes, aujourd’hui directeur du centre de formation de l’Olympique Lyonnais, avec qui je suis toujours en contact. Mickaël Lebaillif, qui est aujourd’hui cadre à la DTN au Maroc. François Rodrigues, entraîneur-adjoint de la sélection nationale d’Arabie Saoudite, et qui m’a fait signer mon premier contrat aspirant. François, c’est un entraîneur très proche des joueurs. Et Jean-Marc Nobilo, qui a une grosse personnalité. Louvel et Nobilo, ce sont deux tacticiens. Tous les quatre m’ont donné envie de devenir entraîneur.

« Je prends les choses comme elles viennent »

Photo 13HF

Comment as-tu rebasculé dans le milieu du foot ?
Vers l’âge de 25/26 ans, après 5 ou 6 ans à bosser sans cesse, j’ai eu l’impression de ne pas vivre ma jeunesse, même si je gagnais bien ma vie. J’ai alors voulu revendre mes parts et faire une pause dans ma vie. Parce que le foot me manquait aussi, tout comme le bruit des crampons qui claque au sol dans les vestiaires et les couloirs, tu sais, ce bruit bien spécial… Je me suis dit, « Je vais coacher ». J’ai appelé le club de l’AFC Creil pour entraîner une équipe et c’est là que je prends les U14, au poste d’adjoint. Je n’avais aucune expérience. J’avais des idées mais je ne savais pas les mettre en place.

Finalement, ça l’a fait. Le manager général du club, qui était aussi le coach des U14, Johann Barbot, m’a poussé, m’a encouragé. J’ai fait un an et demi comme ça puis quand il s’est fait licencier de Creil, tout le monde est parti, moi aussi, et j’ai signé à Beauvais comme entraîneur des U16 DH, on finit 2e derrière Amiens SC. Et puis Johann (Barbot) signe à l’US Chantilly, il m’appelle et là, pendant deux ans, je suis responsable des jeunes. Puis le coach des seniors DH arrête en 2017 et on me donne l’équipe. En parallèle je passe le BEF, et quand on remonte en National 3 en 2020 (l’équipe était monté en 2018 puis redescendu en 2019), je m’inscris au DES et je suis pris.

Photo Philippe Le Brech

Le diplôme, c’est quelque chose d’important pour toi ? Tu as envie d’aller encore plus haut ?
Oui, c’est l’objectif. Les prérequis pour le BEPF (diplôme professionnel), c’est d’avoir travaillé au moins 5 ans dans un club de niveau national. Les 5 ans, je les ai. L’idée, effectivement, c’est de postuler. Mais je n’ai jamais eu de plan de carrière. Je prends le choses comme elles viennent. Mais je m’aperçois d’un truc, c’est que mon staff (3), mon équipe, moi, on est au niveau.

Quand je vais entraîner à Creil en U14, naïvement, je pense que tous les entraîneurs sont comme Jean-Marc Nobilo, François Rodrigues, Johann Louvel ou Mickaël Lebaillif, parce que je n’ai connu qu’eux. Et en fait, je me dis que j’ai un vrai savoir-faire. C’est comme quelqu’un qui apprend un métier. Je me suis aperçu que c’était très amateur alors que j’avais une vision très professionnelle, en raison de mon passage dans un club très structuré, très pro, comme Le Havre.

Le staff technique de l’équipe de N2. Photo US Chantilly

Donc, forcément, j’avais une approche déjà très rigoureuse de l’aspect tactique, de l’aspect managérial. Et quand j’entraîne les seniors de l’US Chantilly en DH, puis en N3, j’entends qu’on dit que, pour le club, c’est le plafond de verre, que Chantilly est toujours redescendu… Ok, mais moi, je dis « Non, on ne va pas descendre ». On se maintient en N3 deux saisons, puis trois, puis au bout de la quatrième, en 2024, on monte en National 2 ! On se maintient, et voilà… Et l’entraîneur adverse, que tu voyais avant comme un ogre, parce que tu regardais ses interviews sur internet, et bien tu te rends compte que, avec ta façon de faire, toi aussi tu es « capable », que ça peut fonctionner, avec ton propre style de management.

(3) Son staff : Nicolas Capelli (adjoint); Julien Hernandez (adjoint); Vincent Seconds (entraîneur des gardiens), Julien Piotrowski (adjoint / analyste vidéo), Julien Lugier (préparateur physique).

L’exemple de Christophe Pélissier

Photo 13HF

Tu as donc l’ambition d’aller plus haut, de devenir un entraîneur pro ?
Ambitieux, je ne l’étais pas avant, parce que ça me paraissait tellement loin… Je prends l’exemple de Christophe Pélissier, qui a entraîné en DH, en N3, en N2, en National, en L2, en L1 aujourd’hui, il connaît tous les niveaux, tous les domaines, la préparation athlétique, l’analyse vidéo, l’aspect tactique, et je suis convaincu qu’aujourd’hui, en Ligue 2, en toute humilité, je ne ferais pas moins bien que les autres. Moi, je n’ai pas de doute sur ça, mais attention, demain, je peux très bien faire autre chose aussi. Le foot, ça reste un rectangle vert, avec un ballon, un adversaire que tu analyses, les forces vives et les défauts de ton équipe, et il faut optimiser tout ça et monter le meilleur onze possible pour gagner le match. Manager un groupe, ça ne s’apprend pas. J’aime ça. Je pense que ma façon de faire est innée, tu l’as ou tu ne l’as pas. J’aime créer une âme dans le vestiaire. J’arrive à développer ça. Après, quand tu as tout ça, ça donne ce qu’on appelle la performance.

Si un projet se concrétisait à l’avenir, mais loin de Chantilly, familialement, ça serait possible ?
Partir pour un projet foot ? Mon épouse détestait le football (rires) mais aujourd’hui, elle vient un peu au stade, elle regarde les matchs… Si la question se pose un jour, il n’y aura pas de frein de ce côté-là, parce que c’est ma passion, j’aime le foot, je baigne dedans depuis tout petit, et quand je dis ça, je ne le vois pas comme un métier… Je suis un compétiteur, ce qui m’intéresse, c’est performer. L’essence d’un compétiteur, c’est « tu rentres sur un terrain, tu veux battre l’adversaire ». Imposer ma façon de jouer à l’adversaire, c’est ce qui n’anime, c’est ça que j’aime dans la vie. Ma femme ne s’opposera pas à ça.

« Former des joueurs de football et des citoyens responsables »

Avec Romain Paturel, le coach de Furiani. Photo Philippe Le Brech

Il est comment, ce club de l’US Chantilly ?
C’est un club très familial. Sa force, c’est la cohésion entre les différents membres, que cela soit à la direction, au bureau, dans le staff, chez les éducateurs des jeunes, on travaille tous dans un seul intérêt : le club. Ce que j’ai voulu mettre en avant ici, et que j’avais appris au Havre grâce à Jean-Marc Nobilo, François Rodrigues, Johann Louvel et Mickaël Lebaillif, c’est d’être des bons citoyens et de gagner des matchs. Leur credo, c’était « former des joueurs de football et des citoyens responsables ». Je pense que, par rapport à ça, ils doivent être fiers de voir ce que je suis devenu.

C’est quoi un bon citoyen ?
Un bon citoyen, c’est quelqu’un qui défend les valeurs de son entreprise, de son pays, de sa famille, de son club. Je voulais que tout le monde défende les valeurs de l’US Chantilly. On a réussi, d’autres ont pris la relève chez les jeunes, et ça, c’est la première force du club.

Mais en raison de ses infrastructures, le club est limité…
Oui, c’est le problème. En fait, on est un club de Régional 1 qui évolue en National 2. On n’a pas d’éclairage, pas de synthétique, le club house c’est une cabane, et là tu es dans notre bureau… On est monté sportivement mais ce n’était pas forcément voulu. Ce que je veux dire, c’est qu’on est un sport populaire à Chantilly qui ne colle pas trop avec l’image de la Ville, mais on discute beaucoup avec elle et les relations se sont améliorées. On veut donner une belle image aussi. Tu sais, j’aime Chantilly, je suis au club depuis longtemps. C’est notre deuxième saison d’affilée en National 2, un niveau très relevé mais un peu « bâtard » car on a beaucoup de contraintes. Pour moi, le N2, c’est un championnat qui devrait être pro, comme dans d’autres pays. En plus, l’exigence technique et tactique y est très relevée.

« Thionville, c’est très fort partout ! »

Photo Philippe Le Brech

Quel type d’entraîneur es-tu ?
J’aime que l’on joue avec de la personnalité, qu’on ne s’adapte pas à l’adversaire, que l’on soit capable d’imposer notre manière de jouer, d’être haut sur le terrain, de récupérer le ballon haut et de le maîtriser pour avancer. Bien sûr, il y a des matchs où on doit être un peu plus bas, il faut l’accepter, mais je n’aime pas les possessions stériles. Il faut être tranchant, faire reculer l’adversaire.

As-tu un système préférentiel ?
Non, je n’ai aucun système arrêté. J’ai connu la DH (R1), le N3, maintenant le N2, chaque championnat est différent. Il faut aussi s’adapter à la division et au profil des joueurs. C’est pour ça, quand je te disais que l’on ne s’adaptait jamais à l’adversaire, mais à nous… Par exemple, si j’ai plus de défenseurs que de milieux, peut-être que je vais jouer avec trois défenseurs axiaux au lieu de deux. Si je sens qu’on a de la qualité au milieu, je vais jouer à trois au milieu, etc. En fait, je vais vraiment chercher à m’adapter aux forces vives de mon effectif, où certains joueurs évoluaient encore en Régional 2 l’an passé (avec la réserve du Red Star, qui est montée en R1). Comme mon piston gauche Mahamadou Sissoko par exemple, ce qui fait que, parfois, on manque de maturité, on l’a vu contre Thionville Lusitanos en championnat (1-2, le 13 décembre dernier). Un joueur comme Xavier Decroix a dû faire 15 matchs de N3 dans sa carrière, Alan (Issifou) n’avait pas de club l’an passé, et ces trois joueurs que je cite en exemple, ce sont trois titulaires en National 2. On doit donc grandir, apprendre, passer des caps individuellement.

Thionville Lusitanos qui caracole en tête de ta poule en N2, c’est comment ?
Individuellement, c’est très fort partout. C’est une équipe qui joue très « vertical », qui « va chercher » très-très haut, capable de se désorganiser. On les a bien contenus, on les avait bien analysés, mais voilà…

« L’homme est plus important que le joueur »

As-tu des modèles de coach ?
Mes modèles, ce sont mes éducateurs au Havre, je m’imprègne d’eux même si je m’ouvre aujourd’hui bien sûr… La façon de presser de Klopp m’intrigue, le jeu de possession de Guardiola me plaît, le pragmatisme et le management de Zizou me pousse à regarder… Je pioche un peu partout et j’ajoute ma touche personnelle.

Photo US Chantily

Et ta personnalité ? Tu as l’air d’être quelqu’un de très direct, très franc, très cash, qui dit les choses…
Avec mes joueurs, j’ai toujours dit que le jour où je dois jouer un rôle, j’arrêterai d’entraîner. Comme je suis dans la vie de tous les jours, je veux être cet entraîneur-là. Je dis les choses, je peux être très dur mais parfois la situation le demande. Je peux aimer énormément mon joueur, le défendre, parce que je sens qu’en contrepartie il donne ce qu’il faut pour le club, et là, ça donne quelque chose dans la relation, que l’on garde encore après. J’ai des joueurs avec qui je suis resté en contact, certains même avec qui je bosse parce qu’ils ont les valeurs qui me correspondent. Je peux être dur aussi quand je sens que l’on se moque du monde, que l’on ne respecte pas les fondamentaux.

En fait, c’est exactement comme dans la vie de tous les jours, comme avec mes enfants (il est papa de quatre enfants, Ndlr), même si je ne les compare pas avec les joueurs, c’est un exemple. Quand je rentre dans le vestiaire, je ne veux pas mettre de masque, et quand je parle avec mon groupe, les joueurs parlent avec Yacoub. Le jour où je ne pourrai plus être comme ça, j’arrêterai, parce que je pense que c’est ma force aussi, d’être l’homme que je suis dans la vie de tous les jours, sincère, juste et droit avec les joueurs. Ils le ressentent et je pense qu’ils apprécient ça. Avant que tu n’arrives, j’étais avec un joueur et je lui montrais en vidéo une situation, ce n’était pas agréable pour lui, mais il a fait une grosse erreur. Je voulais lui montrer. Il ne m’en veut pas. Il sait que ce que je lui ai dit est cohérent. Si l’homme, qui est plus important pour moi que le joueur, a les bonnes valeurs et qu’il est sain, il apprécie qu’on lui dise les choses.

« Je regrette que cela n’ait pas fonctionné avec Mohamed Coulibaly »

A l’issue de la qualification en 16e de finale de la coupe de France, à Freyming. Photo US Chantilly

Le club aussi passe des caps : le National 2, un 16e de finale de coupe de France qui arrive contre Rennes…
L’US Chantilly avait jusqu’alors atteint à quatre reprises les 32es de finale. Et là, on est en 16e, on a eu le mérite de ne jamais aller jusqu’à la séance des tirs au but. La coupe de France, c’est vraiment la satisfaction de cette première partie de saison. Il y a eu pas mal de changement l’été dernier, j’avais laissé l’équipe puis je l’ai reprise en cours de route, l’effectif a évolué…

L’été dernier, justement, tu t’es mis en retrait pour devenir directeur sportif, et le club a engagé Mohamed Coulibaly pour te remplacer : une erreur de casting ? Regrettes-tu cette ta décision ?
Ce que je regrette, c’est que cela n’a pas fonctionné avec Mohamed Coulibaly, parce que c’est un super mec, il faut l’écrire. J’aurais voulu que ça fonctionne. La deuxième chose, c’est que l’on n’a pas pour le moment les moyens au club de mettre en place l’organisation dont je rêve, pourtant je suis persuadé que c’est ce qu’il manque – un directeur sportif / manager – pour performer à ce niveau et pérenniser l’US Chantilly en N2. On est limité. On a un budget club de 600 000 euros environ, qui est un des plus petits de la division, avec la moitié environ pour le N2, on le sait. C’est un frein, mais ce frein-là, on l’avait aussi en N3.

« Je voulais avoir ce rôle de directeur sportif »

L’équipe de N2 de l’US Chantilly, en août 2025. Photo Philippe Le Brech.

Finalement, alors que ce n’était pas prévu, tu as retrouvé le terrain après le départ de Mohamed Coulibaly…
Les résultats n’étaient pas là : 5 défaites lors des 7 premiers matches (pour 2 victoires), ça faisait beaucoup. C’est une décision de la direction. Mais au départ, ce changement, c’était de ma volonté. Je voulais avoir ce rôle de directeur sportif, ce que personne ne fait aujourd’hui, quelqu’un qui fasse le relais entre la direction et le sportif. Mais les résultats ont décidé de l’urgence. Le président Anthony Brice m’a demandé de revenir.

Directeur sportif, le rôle que tu souhaitais occuper cette saison, c’est vraiment ce qui fait défaut au club ?
Pour moi, si tu es connecté avec ce qui se fait en région parisienne, si tu connais tous les championnats de R1/R2, si tu connais le National 3 de Paris et alentours, si tu es connecté, si tu as du réseau, tu peux t’en sortir, mais encore faut-il mettre cette structure en place et avoir quelqu’un qui bosse là-dessus. C’est difficile de faire comprendre ça aux dirigeants alors que, selon moi, c’est indispensable. Il faut que j’arrive à leur faire prendre conscience de cela, surtout que le N2 d’aujourd’hui est devenu le National d’il y a quelques années.

Tu n’as pas le temps d’aller voir des matchs ?
Non et je le regrette, parce que pour le développement de l’US Chantilly c’est important. Je regarde des matchs sur la plateforme BePro, mais je regarde surtout le N2, nos adversaires… Si tu me demandes de te citer les onze joueurs de Liverpool, je ne suis pas certain d’y arriver, alors que si tu me demandes les onze joueurs de Thionville, là, je les connais par coeur !

« J’avais l’impression que je ne pouvais pas faire plus »

Photo US Chantilly

Pas trop difficile ce retour sur le banc ?
En fait, je pensais que le club avait atteint son le plafond de verre. Même si mon truc, c’est le terrain, j’avais l’impression que je ne pouvais pas faire plus. J’avais déjà eu cette impression en National 3. C’est pour ça que je dis qu’il faut que l’on travaille en parallèle au club pour développer des choses, pour exister dans ce monde-là, que cela soit au niveau du recrutement, de notre capacité à « scanner » des joueurs, à connaître les joueurs, les équipes, à aller voir des matchs de N3, de R1, de R2… On est en région parisienne, où le vivier est énorme. Il faut que l’on soit connecté à ce monde-là mais actuellement on ne l’est pas, parce que c’est une question de moyen.

Quand je fais 4 ou 5 saisons avec le même groupe, je me demande si j’ai la capacité de me renouveler, si j’ai la matière pour cela, si mon discours va encore passer. C’est comme un château de cartes : il faut être dans l’anticipation des choses. C’est que j’ai voulu instaurer à l’intersaison. On s’est maintenu deux fois à la dernière journée en National 3, un truc de fou (4) ! C’est tout un processus, et c’est pour ça que j’ai voulu prendre un entraîneur, afin que je puisse travailler sur le reste, pour que l’on parvienne à se maintenir en N2.

Photo Philippe Le Brech

Malheureusement, comme je l’ai dit, l’urgence des résultats a fait que l’on a du prendre cette décision. En fait, aujourd’hui, notre structuration en National 2 est la même qu’en DH (R1). Quand on est coach, on fait tout, on fait aussi DS, manager, assistant social, kiné, préparateur athlétique, médecin, analyste vidéo… Parfois même secrétaire ! En R1, on peut le faire, mais en N2, avec quatre séances par semaine, ce n’est plus possible, on n’a plus le temps, on est dans le monde pro, les adversaires te connaissent, ils t’ont analysé, et toi, tu dois passer encore plus de temps sur l’entraînement, sur la gestion de ton équipe, tu n’as plus le temps pour ton club. Il faut développer ce truc à côté. C’est ça le message que j’ai voulu faire passer à mon club l’été dernier.

(4) En 2022-23, l’US Chantilly a décroché son maintien à la dernière journée face à Croix (3-3), en égalisant dans le temps additionnel par Dramane Koné, auteur ce soir-là d’un doublé. Le club avait finalement terminé 9e de N3, à un point devant le premier relégable.

Avant un match, tu es comment ?
Je n’arrive pas à m’éparpiller. La veille et le jour de match, je suis focus. J’aimerais bien que ça change. Si ça change, ce sera synonyme de réussite (rire) ! si j’arrive à sortir le samedi matin pour aller voir mon fils jouer, sans perturber ma préparation de match, alors là (rires) !

« La coupe peut lancer une dynamique »

En coupe de France, la joie à Freyming avec les supporters du club. Photo US Chantilly

Chantilly en N2, c’est une sacrée satisfaction tout de même …
Je suis un enfant de l’Oise. J’ai grandi à Creil. Je n’étais pas prédisposé à être là aujourd’hui. l’US Chantilly, c’était le petit club du sud de l’Oise, derrière les deux ogres, Beauvais et Chambly. Beauvais, j’allais les voir en Ligue 2, en National. Et quand je reprends l’équipe de Chantilly en DH, Chambly, ils sont en National et montent en Ligue 2 ! T’imagines, aujourd’hui, on est dans la même poule ! Pour eux, déjà, c’est dur de se retrouver en N2 mais pour nous ? Et on arrive à se mettre à ce niveau-là !

Le stade Pierre-Brisson à Beauvais sera bien rempli pour recevoir Rennes en coupe de France : ça va vous changer de l’affluence en championnat…
C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de monde qui vient voir nos matchs à Chantilly, en plus on joue à Senlis. C’est aussi un aspect sur lequel j’aurais aimé que l’on bosse, afin de développer ça. On a quand même 500 licenciés au club. On a réussi à mobiliser plusieurs bus pour le déplacement à Freyming en 32e de finale de la Coupe de France, je suis content, il y avait 200 ou 300 personnes qui étaient là. En fait, on arrive à mobiliser du monde, mais uniquement sur des gros événements, comme en coupe, ou aussi en championnat quand on jouait la montée en N2 à Lille : s’ils nous battaient, ils montaient, et on a réussi à faire venir du monde (5).

Photo US Chantilly

Maintenant, il y a ce 16e de finale historique pour le club, qui peut lancer une dynamique. Le stade à Beauvais sera à guichets fermés (environ 10 000 spectateurs). La coupe peut être un élément déclencheur. Mais je n’en ai pas vraiment conscience parce qu’on n’a jamais fait de parcours et à titre personnel, je n’avais jamais dépassé le 7e tour. En fait, on a surtout fait beaucoup en championnat, avec des montées.

L’affluence, c’est un sujet qu’il faut prendre à bras-le-corps. Il faut fidéliser, entretenir tout ça, aller les chercher, créer une sorte de comité pour s’en occuper, sinon l’effet va s’estomper. Tu vois, tous ces sujets structurels sont importants. Parce qu’en National 2, ce n’est plus uniquement sur le terrain que ça se passe, c’est aussi en dehors, avec tous ces aspects dont j’ai parlé avant.

(5) Samedi 18 mai 2024, l’US Chantilly, au prix d’un match nul 2-2 contre la réserve de Lille, combiné à une défaite de Lens B, accédait pour la première fois en 122 ans d’existence en N2.

Rencontre avec Habib Beye, en février 2024. Photo US Chantilly

Parle-nous de cet échange avec Habib Beye en février 2024, que tu vas retrouver dans le camp d’en face, en coupe ?
C’était merveilleux. Une superbe rencontre. Habib Beye, c’est un grand connaisseur, ça m’a vraiment surpris. Dans la préparation, dans la conception technique de ses séances, il a de vraies idées. Je me suis inspiré de choses dont il m’avait parlé durant cette discussion, et quatre mois après, on montait en N2 ! J’ai énormément de respect pour lui. J’étais ensuite allé voir un match à Bauer contre Le Mans, quelques jours plus tard (4-1), et on avait encore échangé. Il m’avait même proposé de revenir sur des séances mais je n’avais pas osé lui dire que je bossais le matin et comme on s’entraînait le soir à l’époque… J’avais vraiment envie de passer le voir s’entraîner, de voir comment il fonctionnait de l’intérieur, et je ne l’ai pas fait. Bon maintenant…

Voilà, c’est l’anecdote ! Quand j’ai vu qu’il était sur la sellette il y a quelques mois à Rennes, depuis ma fenêtre chez moi je me disais « Non, c’est pas possible, le club n’a pas le droit de faire ça, il doit le laisser en place ». J’ai discuté avec Habib Beye, je sais quel entraîneur il est, il a sa place là-haut, il faut le laisser. Et aujourd’hui, je ne suis pas surpris du redressement du Stade Rennais et je suis même content. Parce qu’il est à la hauteur, il l’a prouvé.

Coupe de France Crédit Agricole (16e de finale) / Dimanche 11 janvier à 18h, au stade Pierre-Brisson, à Beauvais : US Chantilly (N2) – Stade Rennais (L1), en direct sur BeIN Sports (Multiplex)

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13heuresfoot, Philippe LE BRECH, US Chantilly
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Jamais l’entraîneur Franco-portugais, passé par Rouen, QRM, Lyon Duchère, Créteil, Saint-Etienne et Clermont, n’était resté aussi longtemps – une demi-saison – sans club ! Dans cet entretien, le Normand de 48 ans, requinqué physiquement et moralement après une période difficile où il fut proche de la dépression, évoque son caractère, ses joies, ses douleurs, son métier. Il en profite aussi pour délivrer quelques messages personnels.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : 13HF et Philippe LE BRECH (sauf mentions)

Emmanuel Da Costa, à Rouen, le 12 décembre dernier. Photo 13HF

Le hasard fait bien les choses. C’est à quelques heures d’un derby en National entre le FC Rouen et Quevilly Rouen Métropole, à Diochon, deux clubs voisins et un stade partagé qu’il a fréquentés pendant près de 20 ans, que nous avons rencontré « Manu » Da Costa, dans un café, à Sotteville-lès-Rouen, tout près de la mythique enceinte qui pue toujours autant le football : « C’est rare que je donne des interviews, lance-t-il. Mais avec toi, j’ai accepté tout de suite, parce que je te connais ! »

Levons immédiatement le voile : j’ai été salarié, deux ans durant, de 2016 à 2018, de l’entreprise US Quevilly Rouen Métropole, et donc partagé un bout de chemin avec le Rouennais âgé aujourd’hui de 48 ans. Une période parfois faste (accession de National en Ligue 2 en mai 2017 puis découverte du monde pro pour la nouvelle entité QRM) mais pas toujours simple.

Un malaise sur le banc

Le temps faisant son oeuvre, les textos sont revenus bien des années après. Grâce à 13heuresfoot ! Et puis, un texto de « Manu », début décembre, a fait tilt : « Il ne faut pas être un écorché vif comme je pouvais l’être… » Une phrase qui a suscité ma curiosité et mon envie d’interviewer le Franco-Portugais, ancien pensionnaire du centre de formation de l’AS Cannes dans les années 90, milieu offensif à Viry-Châtillon, Dieppe et au FC Rouen, où une vilaine blessure a prématurément mis un terme à sa carrière de joueur en 2001, à l’âge de 24 ans.

C’est vrai. Manu Da Costa, qui a immédiatement accepté ma requête, est cet écorché vif. « Était » si l’on se fie à son texto. Il était surtout l’entraîneur-entraînant de l’US Quevilly (2013-15) puis au début d’un projet QRM (2015-20) qu’il s’est tellement approprié et qu’il a tellement incarné, qu’il a manqué d’y laisser sa santé. Personne n’a oublié cette scène sur le banc à Diochon, le 13 avril 2019, lorsqu’en début de match – QRM affrontait Concarneau – il fut victime d’un malaise puis transporté à la clinique, avant de passer le nuit en observation.

Entre le Portugal et Rouen

Sur le banc de Lyon-Duchère, en National, en 2020. Photo Philippe Le Brech

Et puis, comme toutes les histoires d’amour finissent mal – en général – la séparation avec QRM est arrivée, en 2020, logiquement. Inéluctablement. La fin d’un cycle.
Brisé dans son élan de joueur, « Manu » Da Costa, qui partage aujourd’hui sa vie entre le Portugal et Rouen, s’est rapidement tourné vers la carrière d’entraîneur, avec une progression linéaire : entraîneur chez les jeunes au FC Rouen et à Oissel, entraîneur de la réserve au FC Rouen avec une accession en CFA2 en 2010 au terme d’une saison à … zéro défaite (19 victoires et 7 nuls, 90 points !), entraîneur adjoint en National au FC Rouen aux côtés Eric Garcin puis entraîneur principal pendant trois mois au printemps 2012, avant une expérience à Compiègne en CFA (N2).

En 2013, « MDC » signe à l’US Quevilly, en CFA, tout juste relégué de National, où il passe 7 saisons, dont 5 sous la bannière Quevilly Rouen Métropole. Après Lyon-Duchère, en National (2020), il entraîne l’US Créteil pendant un an et demi, toujours en National. Une expérience d’un an et demi à Saint-Etienne (Ligue 2, 2022 à décembre 2023), dans le rôle d’adjoint de Laurent Batlles, qu’il a côtoyé à la formation du BEPF en 2017-2018, et qu’il retrouvera un an plus tard pour une « pige » de quatre mois à Clermont Foot (Ligue 2), garnissent un CV où l’on trouve également une expérience en D1 au Luxembourg, à Hespérange.

Après toutes ses années sur un banc, Emmanuel Da Costa n’était jamais resté aussi longtemps – sept mois – sans travailler. Ce temps, parfois long, mais pas inutile, il l’a utilisé. Pour se recentrer sur lui-même et sur l’essentiel. Pour se ressourcer. Pour continuer à se former. Pour régler des choses sur le plan familial. Pour assouvir aussi sa soif de connaissance, comme il l’explique dans cet entretien de 45 minutes, où l’homme, qui a accepté de parler de sa réputation, de son image et de son caractère, est apparu affûté, apaisé, requinqué, ultra-combatif, mais pas marqué, même s’il a tenu, sans nous prévenir, à envoyer quelques messages personnels. Sacré Manu !

Entretien : « Je sais d’où je viens »

Sur le banc de Créteil, en National. Photo Philippe LE BRECH

Manu, aujourd’hui, c’est jour de derby à Diochon où le FC Rouen accueille QRM : tu vas au match ?
Oui j’y vais !

Tu seras pour qui ?
J’y vais avec un oeil neutre. J’ai eu de grandes histoires dans les deux clubs. J’ai même perdu mon corps dans l’un des deux… J’ai perdu de l’argent au FC Rouen, où je me souviens qu’en National, pour un déplacement à Niort, j’avais mis de l’essence dans les Opel Vivaro parce que le club n’avait plus d’argent. Une fois, on avait fait une collation sur une aire de repos pour aller au Beauvais, que j’avais payée aussi. Mais le FC Rouen a une attache particulière pour moi parce que j’y ai commencé ma formation d’entraîneur. J’étais un vrai cul rouge, entre guillemets, puis Quevilly m’a tendu la main et permis de sauter la barrière comme coach. Aujourd’hui, je n’ai plus ou très peu de rapport avec les deux clubs. Je serai au match avec Richard Déziré et certainement mon oncle.

« Diochon, c’est ma vie de footballeur ! »

Ce sera ton retour à Diochon ou bien est-ce que tu y étais déjà retourné ?
Non, j’y suis déjà allé cette saison. Mais j’y vais rarement. Quand je suis allé voir QRM-Caen en début de saison (1-1), c’était la première fois que j’y retournais. Je n’y avais plus mis les pieds depuis que j’étais parti en 2020. Et je suis aussi allé voir FC Rouen contre Concarneau le mois dernier (0-0). À chaque fois, je me mets dans mon coin, je me fais discret, même si ça me fait quelque chose, parce que Diochon, c’est ma vie de footballeur, d’entraîneur, et j’y ai perdu ma jambe aussi, avec cette double fracture tibia-péroné, côté tribune Bruyères, dans la surface de réparation. J’ai fait une montée en Ligue 2 dans ce stade avec QRM, j’ai fait des campagnes de coupe de France, j’ai entraîné les jeunes du FCR, les 15 ans, les 18 ans et avec la réserve du FC Rouen, on est monté en N3 en étant invaincu toute la saison, on a fini en haut de tableau en CFA2 (N3)… Il y a eu beaucoup de belles histoires sportives et aussi de belles histoires humaines. Bien sûr, il y a des gens que je connais encore, notamment Romain Djoubri, que le FC Rouen a pris comme coordinateur sportif, Pascal Braud aussi, un mec extra avec qui j’ai bossé à La Duchère, qui est l’adjoint de Régis (Brouard, actuel entraîneur du FC Rouen), que je connais moins, et à QRM aussi, de temps en temps on s’envoie quelques petits SMS par ci-par là.

« Il ne faut pas cracher dans la soupe »

Mais il y a bien un des deux clubs qui tient une place à part, non ?
C’est dur, parce que il ne faut pas cracher dans la soupe. J’ai une certaine éducation qui fait que je suis trop respectueux… (il coupe). Mon parcours atypique fait qu’à un moment donné, je n’ai pas pensé à moi, mais au club. C’est une question difficile parce que le FC Rouen, c’est le début de ma vie. Mon papa Joachim grimpait sur les arbres pour voir les matchs à l’époque. J’ai connu les Giguel, Orts, Haise, toute cette équipe des années 80/90, avec le coach Daniel Zorzetto, il y avait aussi Richard (Déziré) bien évidemment. Ils m’ont pris sous leur aile. Et Quevilly m’a fait confiance. Ce n’était pas simple pour eux de faire confiance à un mec comme moi qui sortait de nulle part. Ils m’ont tendu la main, je leur ai rendu. C’est pour ça, il ne faut pas cracher dans la soupe. Le FCR et QRM sont deux identités qui me sont chères, tout simplement.

On sent une certaine rancoeur, tout de même, vis à vis de QRM…
Non. Pas de la rancoeur. Je l’ai dit, je ne veux pas cracher dans la soupe. Mais quand je lis ton article sur Michel Mallet (le président de QRM, Ndlr) cet été et qu’il ne dit pas un mot sur cette génération qui a fait National 2 – National – Ligue 2 … On n’est pas loin d’avoir le record d’invincibilité en National avec QRM (18 matchs), on a eu je ne sais combien de joueurs dans l’équipe type de National en fin de saison, on a un entraîneur nommé par ses pairs, on arrive à monter en Ligue 2 avec des bouts de ficelles et des bouts de bois, avec des joueurs à temps partiels, on fait deux fois un 8e de finale de coupe de France (à Boulogne en 2015 et contre Guingamp en 2017), ce qui n’est plus arrivé depuis… Alors ok, qu’il ne se reconnaisse pas en moi parce que je ne suis pas un communicant, parce que je n’aime pas la médiatisation, parce que je suis tout le contraire d’autres personnes, c’est une chose, malgré tout, on ne doit pas dénigrer cette génération qui a amené son club vers le monde professionnel, et beaucoup plus vite qu’il ne l’aurait pensé.

Le staff de Quevilly Rouen en 2016, avec, autour de Manu Da Costa, William Louiron, Julien Savigny et Benjamin Le Borgne. Photo QRM/JMT

C’est vrai qu’à bien y réfléchir, on peut dire après coup que c’était un bel exploit…
Tu as vu aujourd’hui les gros projets en National 2 ? Il ne faut pas un an pour en sortir de ce championnat ! En N2, à la mi-maison, l’année du début du projet QRM (en 2015-2016), après une défaite à Mantes, la deuxième de la saison (et la dernière de la saison, Ndlr), Michel Mallet me dit « Manu il faut préparer la saison prochaine ». Dans ma tête, je me dis « Mais qu’est-ce qu’il me raconte ? On va y aller, on va finir champion ! », et on est champion, avec je ne sais combien de points d’avance. L’année d’après, en National, personne ne mise sur nous, et on monte en L2, alors quand je l’entends quelques années après parler de braquage de National… Si cette saison-là (2016-2017) ce n’est pas un braquage, c’est quoi alors ? Et en Ligue 2, on joue pendant trois mois à l’extérieur tous nos matchs (le stade Diochon était en travaux pour mise en conformité, Ndlr), sur une année où je passais le BEPF à Clairefontaine, et on loupe le barrage du maintien pour une victoire. C’est pour ça que je ne veux pas que l’on minimise tout ce que l’on a fait pendant ces trois ans exceptionnels, avec un staff amoindri mais exceptionnel. Regarde la carrière que mon staff de l’époque est en train de faire, Julien Savigny est à Caen, Benjamin Leborgne est à Rennes, Alex Pasquini est à Rennes aussi. Il ne faut pas dénigrer tout ce qu’il y a eu, toute cette épopée, que l’on aime ou pas les gens.

« Les gens oublient facilement »

Avec l’AS Saint-Etienne. Photo asse.fr

Si Michel Mallet n’a pas parlé de toi dans cet entretien, c’est aussi parce que l’on n’a pas évoqué le passé, mais plutôt le présent et l’avenir…
Oui, mais respectons cette génération-là. Aujourd’hui, le manque de considération et de gratitude vis-à-bis des gens qui étaient là au début, qui ont trimé… Parce que souviens-toi, au début, la « guerre » qu’il y avait avec le FC Rouen, il a fallu tenir bon, il a fallu vivre avec tout ça, combattre tout ça. À Croix, en N2, dans un match capital, le bus n’arrive pas. Finalement on y va avec les Opel Vivaro, à la va-vite. Et la fameuse causerie de Pascal Dupraz (Angers-Toulouse), je l’ai faite avant lui, à Croix. Quand tu penses au manque de considération et de gratitude par rapport à tout ce qui a été fait, ça ne me blesse pas, mais ça m’embête. Les gens oublient facilement. Cette génération ne mérite pas ça. Il n’y a jamais eu un article, une ligne, un seul mot. Nulle part. Quand il y a des derbys FCR-QRM, pas un mot sur ça.

Je sais bien que j’étais puant avec les journalistes, notamment ceux du quotidien Paris Normandie, c’est la réalité, et je sais bien qu’ils n’ont pas envie de m’interroger par rapport à ce qui s’est passé (Manu Da Costa s’en était pris à un journaliste local), qu’ils ne peuvent pas me « blairer », et je le regrette, parce que j’ai pris les balles. J’ai protégé des gens qui aujourd’hui n’ont même pas une petite pensée ou un mot pour tout ce qui a été fait. On a été dans la régularité avec QRM. Michel Mallet voulait avoir une équipe qui joue au foot. C’était un critère. Et quand je vois l’équipe de QRM depuis quelque temps… Ce ne sont plus les mêmes critères. Et la masse salariale, on en parle ? Et la structuration du club, on en parle ? C’est important que les gens, mon ancien staff et mes anciens joueurs, aient un peu de reconnaissance, pour ce qu’ils ont fait, même en Ligue 2, même si on est descendu pour 3 points.

Tu en veux à Michel Mallet ?
Pas du tout. Je l’aime beaucoup. Malgré son fonctionnement, il te laisse travailler, et bien sûr, tu dois lui rendre des comptes. C’est normal. C’est sans doute le président avec lequel j’ai aimé le plus travailler. Mais voilà, que l’on n’ait pas eu cette reconnaissance… Peut-être qu’il aime les gens plus médiatique, je ne sais pas. Je détestais ça, je fermais tout. Je n’étais pas à l’aise là-dedans. Et si je cadenasse autant mon vestiaire, c’est parce que je sais que si je laisse ça aux joueurs, ils prennent ça (il mime en même temps). À QRM, j’ai reçu des joueurs le dimanche soir à 23h chez moi pour les remettre en selle. Je l’ai fait. Pour les mecs. Pour le club. Quand il n’y a pas de reconnaissance, ça fait mal.

« J’aurais pu tomber en dépression »

Lors de la MasterClass Employabilité, avec l’UNECATF, les 8 et 9 décembre dernier. Photo UNECATEF

Pour la première fois depuis 2013, le FCR Rouen a repris sportivement le leadership : selon toi, est-ce que tu penses que cela signifiera la fin du projet QRM si Rouen monte en Ligue 2 ?
Je pense qu’à partir du moment où ils ont loupé la fusion, et cela plusieurs fois (en 2017 et en 2024), mais je pense surtout à la première fois, parce que j’étais en plein dedans, c’est devenu complexe et difficile. Aujourd’hui, à partir du moment où le FC Rouen reprend sa place, il sera difficile pour QRM d’exister à côté. Mais je ne suis pas dans les discussions politiques. Néanmoins, je ne vois pas comment QRM peut continuer à vivre à côté du FC Rouen si ce dernier va au bout cette saison.

Parlons de ta carrière de coach : où en es-tu ? t’es-tu remis sur le marché ?
Je n’étais pas en recherche très active jusqu’à aujourd’hui, parce que j’avais des choses à régler aussi de mon côté, dans ma vie privée, et le fait de ne pas être en club m ‘a permis de gérer cela, et aussi de faire des choses que l’on n’a pas forcément le temps de faire quand on est coach, comme se former à l’anglais. Je consacre plusieurs heures par jour à faire ça.

So let’s follow the conversation in English…
(Rires !) Je ne le fais pas pour rien. C’est parce que j’ai des objectifs en vue, je ne fais pas ça au hasard, même si ça me plaît de parler plusieurs langues. Et puis je suis aussi en plein dans la périodisation tactique : c’est une méthodologie différente de tout ce que l’on t’apprend dans ton cursus français. Je ne dis pas qu’elle est meilleure mais je suis toujours dans l’analyse et le perfectionnement de ce que je mets en place, de mes entraînements. J’aime avoir les tenants et les aboutissants.

Cette formation m’interpellait depuis plusieurs années et là, j’ai pu sauter le pas et la commencer, en présentielle, avec des semaines à Porto. C’est un cursus portugais avec l’université, ils sont précurseurs de cette méthodologie-là, que José Mourinho puis plein d’autres coachs portugais ont suivi. Je vais prendre ce qu’il y a à prendre, tout en gardant mon identité. Et puis, j’ai profité de cette période sans club pour prendre un peu soin de moi. Cela faisait plusieurs années que, physiquement, je sentais que cela devenait compliqué. J’ai fait un malaise à QRM, j’étais dans une machine à laver, ce n’est pas anodin.

Mais cette période actuelle, elle n’est pas voulue, parce que j’aurais préféré être en club, mais le fait de ne pas exercer, cela m’a laissé du temps pour tout ça, pour aller voir des gens aussi, discuter, parce que j’en avais besoin pour me recentrer sur moi-même, pour reprendre de l’énergie. Et puis, quand on n’est pas bien, on n’a pas envie de faire du sport, on a juste envie de rester sur son canapé. C’est pour cela que je me suis forcé à rester dynamique, parce que j’aurais pu vite tomber en dépression.

« J’ai repris de l’énergie »

Cette dépression n’est pas arrivée, mais tu l’as frôlée…
(Il marque un silence) C’est pour ça que j’avais besoin de voir des gens. Entre ce que je vivais dans ma vie privée et ce que je vivais dans ma vie professionnelle, j’avais besoin d’évacuer tout ça, j’aurais dû le faire avant, mais aujourd’hui, je suis bien, j’avance. Je marche, j’essaie de courir de temps en temps même si j’ai beaucoup de mal parce que je suis « cassé » physiquement, à cause de mes plaques, ça me tire, ça me fait mal, surtout quand il y a des changements de météo, même si j’essaie de me faire violence. J’arrive à un âge où il faut faire attention. Je suis vigilant.

Du coup, tu es à nouveau sur le marché ?
Aujourd’hui, oui, ça y est, je suis prêt. Il y a le mercato ou la saison prochaine, on verra. J’ai repris de l’énergie.

Avec Laurent Batlles à Saint-Etienne. Photo asse.fr

Number 1 ou number 2 ?
Le number 2, j’ai envie de répondre que cela ne serait possible qu’avec Laurent (Batlles). Parce qu’au delà de l’amitié que l’on a l’un pour l’autre, c’est une personne géniale. Il peut m’appeler à 3 heures du matin s’il a besoin de moi, j’y vais. On se connaissait bien avant de travailler ensemble et le temps que l’on a travaillé ensemble m’a permis de voir qu’il avait de vraies valeurs. C’est quelqu’un d’exceptionnel, qui dénote un peu dans le milieu, entre sa philosophie du foot qui m’allait bien et ses valeurs humaines, je me suis éclaté, donc évidemment, s’il refait appel à moi, dans l’éventualité où il retrouve un projet, j’irai. Cela fait un petit moment que l’on ne s’est pas parlé, j’espère juste qu’il n’y a pas des gens qui essaient de casser cette amitié-là… Pour moi, il est et il restera un vrai ami.

La piste étrangère t’intéresse ? Et le N2 ?
Pour l’étranger, oui. Pour le N2, il ne faut jamais dire jamais, regarde Mathieu Chabert, qui est à Cannes : c’est sûr qu’un club comme ça, ça fait réfléchir. Le métier est compliqué, il y a beaucoup de coachs sur le marché. J’ai envie de te dire : j’essaierai surtout de trouver un environnement dans lequel m’épanouir. Quand une personne est épanouie, elle fait du bon travail en général.

« Adjoint, ce n’est pas juste mettre des coupelles »

Avec Laurent Batlles à Clermont. Photo clermonfoot.com

Cela n’a pas été le cas dans les derniers clubs où tu es passé ?
J’ai le don de choisir des projets compliqués (rires) ! Mais je suis plus fort aujourd’hui, et mieux armé que je ne l’étais à l’époque. Le Luxembourg, c’est dommage. Avec Hesperange, on partait de très loin, on avait fait de belles choses, on aurait pu, si on avait continuer ensemble, concurrencer Differdange qui sur-dominait le championnat, on est la meilleure attaque, on a des bons contenus, comme j’ai toujours aimé, des choses se mettaient en place, mais le club n’était pas dans la sérénité. On a tous été amené à partir. À Clermont, sincèrement, je n’ai rien fait, bien sûr, j’exagère, mais je suis arrivé tard : quand Laurent (Batlles) est nommé, il m’appelle mais il fallait que je me libère du Luxembourg, cela a duré jusqu’en février.

En attendant, Laurent a fonctionné avec un staff en place, et quand j’arrive en février, et c’est d’ailleurs sa qualité, il a gardé le même fonctionnement. Moi, je me suis juste greffé au staff, dans un rôle d’observateur, de médiateur, j’essayais de mettre en place une nouvelle dynamique, de mettre de la bonne humeur, de chambrer, pour revoir des sourires, tu me connais… C’est Yann Cavezza, qui est parti avec Habib Beye à Rennes, qui mettait en place les séances, et Laurent ne voulait pas court-circuiter tout ça, c’est normal. J’avais tout de même un regard, un avis, j’étais entendu.

Sur le banc de Lyon-Duchère, en 2020, en National. Photo Philippe Le Brech

Ce rôle de numéro 2, ça te convenait ?
Numéro 2 à Clermont comme je l’ai vécu, non, mais numéro 2 comme à « Sainté », oui. À Saint-Etienne, Laurent me faisait confiance. Il me laissait exister, notamment dans les séances que je proposais, on était en phase là-dessus, tout en restant à ma place. Je pouvais ne pas être d’accord avec lui, c’est normal, mais nous avions des discussions en tête à tête. J’étais vraiment dans mon rôle d’adjoint. J’avais connu ça au début de ma carrière avec Eric Garcin au FC Rouen, en National. Mon rôle était d’un un facilitateur au quotidien. Quand il y a eu des moments de turbulences à « Sainté », et comme j’ai du caractère, un peu beaucoup même, certains voulaient que j’intervienne un peu plus. Mais je m’interdisais cela. Je ne voulais pas mettre d’interférence entre Laurent et ce qu’il véhiculait, et moi.

Lors d’un de nos premiers matchs amicaux, contre Thonon Evian GG, sur un de nos terrains d’entraînements, il y a un duel, et je crie « gagne, gagne » et là, Laurent me recadre, « Manu »… Voilà, il fallait que je m’adapte aussi à lui et à la situation. C’est normal. Le rôle d’adjoint, ce n’est pas juste mettre les coupelles. C’est faire réfléchir ton numéro 1. Avoir des débats avec lui s’il le faut, avec intelligence et discrétion. En fait, tu as tous les avantages du numéro 1, sans les inconvénients. Je ne discutais ni avec les médias, de toute façon j’étais réticent à l’idée d’aller devant la presse, ni avec les dirigeants. Moins on parle d’un adjoint, mieux c’est. Je n’avais pas besoin de ça. La seule chose qui pouvait me manquer, ce sont les causeries, et tu sais que j’aime ça ! Mais je prenais du plaisir à travailler.

« Entraîner Saint-Etienne, c’est exceptionnel ! »

Entraîner Saint-Etienne, c’est comment ?
C’est exceptionnel. Mais ça te pompe une énergie incroyable. Quand tu vas faire tes courses, les gens te disent : « Il faut gagner ce week-end, hein ! » ou alors « vous êtes nuls ! ». Ils parlent comme ça, ils sont cashs, sans filtre. Je vivais à Saint-Galmier, dans un village très calme, mais tout le monde me reconnaissait quand même, beaucoup plus qu’à Rouen, t’imagines ! À « Sainté », on n’avait pas le droit à l’erreur. Cela pouvait être magique quand tout allait bien, comme la 2e partie de notre première saison, quand on marchait sur l’eau, et la deuxième année, c’était les montagnes russes. Quand on perd 4 ou 5 matchs d’affilée, c’est l’enfer, mais il faut accepter ça, parce que c’est un gros club, populaire. Je comprends aujourd’hui les entraîneurs qui passent dans ce type de club et qui disent qu’ils ne peuvent pas y rester 10 ans, cela pompe tellement d’énergie !

Tu estimes que tu es dans le dur en ce moment dans ta carrière ?
Si tu me parles en termes de proposition de poste, oui, mais si tu me parles de la façon dont je vois les choses, la façon dont je peux entraîner, la façon de manager, non.

Avec Quevilly Rouen, en Ligue 2, en 2017. Photo 13HF

Pourquoi ça n’a pas marché à Créteil ?
Il n y avait plus l’identité portugaise. Il y a avait deux présidents, deux directeurs sportifs. Le président Lopez était en train de vendre. Il y avait un environnement qui n’était pas simple, et malgré tout, je fais la saison complète. Un jour, on fait un match le vendredi, je reviens le lundi, j’avais donné le week-end après un succès contre Boulogne, et il y avait quatre nouveaux joueurs dans le vestiaire, je n’étais pas au courant. Qui peut accepter ça ? Mais je suis resté… Est-ce que j’aurais dû partir ? Tout le monde dit oui, mon agent, mes amis, en tous les cas, je peux me regarder dans un miroir. Si je n’avais pensé qu’à moi et ma carrière, à mon CV, à ma cote, à mon image, je serais parti. J’avais démissionné, mais cela a été refusé, comme à La Duchère d’ailleurs à l’époque. Mais quand tu as des Alexis Araujo ou des Riffi Mandanda qui te demandent de rester, eh bien tu affrontes les difficultés.

Et puis cette saison-là, il y avait six descentes… Kevin Farade n’a jamais mis autant de buts qu’avec moi à Créteil, et cela lui a permis d’aller à Annecy en Ligue 2, pourtant au début, cela a été difficile, il y a donc eu des bonnes choses. Cela n’a pas fonctionné parce qu’il y avait trop d’éléments extérieurs qui ne permettaient pas de tendre vers l’excellence. Il y a eu d’autres entraîneurs, dont Stéphane Le Mignan qui est en Ligue 1 avec Metz aujourd’hui, Karim (Mokeddem), donc si c’était juste un problème de staff, cela se saurait, il y a eu Thierry Froger aussi, Richard (Déziré), Philippe Hinscherberger aussi, qui a mieux réussi, mais il n’y avait que la famille Lopez. D’ailleurs, cette famille est extraordinaire. Je suis resté aussi pour elle, parce que j’ai un profond respect pour les Lopez.

« Je me suis fait tout seul »

Avec son ami Richard Déziré, lors d’un match amical au Mans entre Le Mans et QRM, en 2017. Photo 13HF

Est-ce que le Manu Da Costa d’aujourd’hui est le même qu’il y a 10 ans ?
Je vais te raconter une anecdote. Lundi et mardi, j’étais avec Karim Mokeddem, avec l’UNECATEF (le syndicat des entraîneurs professionnels de football), qui organisait la MasterClass. Il y avait aussi Oswald Tanchot, Michaël Ciani, Philippe Hinschberger, Richard (Déziré) et d’autres… On devait se mettre en situation, un entraîneur avec un président, et Karim jouait le rôle du président. Il me pose les questions, et Karim me dit « Je te connais comme coach, t’es sanguin, t’es ceci, t’es cela, et là t’es tout le contraire, t’es serein, apaisant, une force tranquille. » J’ai souri. Parce que, évidemment, les gens me perçoivent comme quelqu’un d’impulsif, et ça me touche. Michaël Ciani, qui ne me connaît pas comme coach, dit à propos de moi « Il est calme, posé ». Voilà. Donc j’évolue. Cette image m’a fait beaucoup de mal. Elle n’est pas bonne, par rapport à tout cela, je le sais, mais je ne me suis jamais fait aider, jamais fait accompagner. J’aurais peut-être dû prendre quelqu’un, un conseiller, je ne sais pas, mais je me suis fait tout seul.

Et il y a un élément important que tu oublies, c’est que nul n’est prophète en son pays. Ce que je veux dire par là, c’est que j’étais ici, à Rouen, avec mes qualités et mes défauts, avec mon éducation, le respect de mes employeurs. Je suis toujours allé au front pour eux. J’ai toujours pris les balles pour eux, ce ne sont pas mes employeurs qui les prenaient. Je défendais ma maison, mon morceau de pain. Parfois, je défendais l’indéfendable. C’était cause perdue. Tu ne peux pas argumenter sur tout ce que les gens peuvent penser, dire ou écrire, et parfois c’étaient des choses fausses, qui me faisaient sortir de mes gongs, mais au lieu d’apporter une explication, une réponse, de manière calme et posée, je partais au quart de tour. Et ça, ça m’a fait beaucoup de mal. Je l’ai mal géré. C’est sans doute le seul regret que j’ai. Mais je suis entier, c’est comme ça, c’est mon éducation, c’est mon caractère, je ne sais pas faire semblant. Je n’étais pas un bon communicant, et c’est ce qui me porte préjudice aujourd’hui, parce que si j’avais été meilleur dans ce domaine, peut-être que mon image serait meilleure aussi.

Parfois, sur le banc, tu étais chaud…
Un jour, quand j’étais à QRM, alors que je mangeais une crêpe avec mon gamin, qui devait avoir 5 ou 6 ans, à Rouen, quartier Saint-Sever, des supporters du FC Rouen m’ont traité de tous les noms, de traitre, de… Et tout ça devant mon gamin. Donc là je suis zen, puis à un moment donné, je me lève, et c’est le patron de l’établissement qui m’a dit de laisser tomber, sinon… J’étais prêt à me battre. Devant mon fils. Tu imagines. Ce jour-là, je suis rentré chez moi en me disant que c’était fini à QRM… Joueur, j’étais comme ça déjà. Quand on m’asticotait, je trouvais l’énergie pour être dans le duel, j’avais un jeu de provocation, et plus on m’instaurait un contexte de duel, plus l’adrénaline montait chez moi. Quand j’étais jeune, j’avais cette grinta que je peux avoir en tant que coach. J’ai la haine de perdre. Je l’avais déjà quand j’étais joueur.

« Plus tu te caches, plus on t’oublie »

Beaucoup de coachs sont sur les réseaux sociaux : ce n’est pas ton cas…
C’est ma façon de me protéger. C’est capital, primordial. Dans ma famille, on m’a toujours répété le dicton suivant : « Pour vivre heureux, vivons caché ». Sauf que dans le métier que je fais, plus tu te caches, plus on t’oublie. C’est pour ça que je me demande si je ne vais pas m’y mettre plus. J’ai un compte LinkedIn, je ne publie pas, mais il va falloir que je le fasse.

Avec Laurent Batlles, à Saint-Etienne. Photo asse.fr

Au milieu et à la fin des années 2010, tu étais un coach à la mode, en vogue, qui avait la cote : n’as-tu pas cru, à ce moment, que ça y est, tu « étais arrivé », n’as-tu pas eu la tête qui a tourné ?
Pas du tout. A la fin de la saison de Ligue 2 avec QRM, je suis encore sous contrat, et Pierre Dreossi, le directeur sportif du Paris FC, appelle mon agent. Je dois aller au Paris FC. Mais je n’ai pas fait ce que d’autres ont fait par exemple avec QRM, c’est-à-dire aller au bras de fer avec mes dirigeants pour pouvoir partir, parce que c’est mon éducation, et j’ai du respect. Dieu sait que je me suis disputé avec mon agent par rapport à ça, parce qu’il voulait que je force mon départ, mais je n’ai jamais appelé Michel Mallet, mon président, pour dire « Je veux absolument aller au Paris FC ». Si je devais partir, il fallait que les parties se mettent d’accord, et là, je partais. Mais si je m’étais « vu arriver », alors je serais parti, j’aurais forcé la chose. Je suis un homme de projet, un homme dans un club, qui peut s’installer, comme à QRM, où j’avais la confiance de mes dirigeants. Si j’avais pensé à moi, j’aurais fait des choix différents, j’aurais pensé à ma carrière. Peut-être que je serais allé au Paris FC et que j’aurais eu un destin à la Fabien Mercadal à un moment donné, on ne sait pas ce qui se serait passé. Peut-être aussi que cela n’aurait pas fonctionné. Je sais d’où je viens. Je sais que mon chemin a été compliqué. Je sais tout ce que j’ai dû endurer pour atteindre le monde pro en tant qu’entraîneur. Rigueur, travail et humilité, c’est la base de mon quotidien, c’est ce qui m’anime, dès que je me lève le matin.

On sent chez toi malgré tout cette envie d’y arriver, de prouver…
Mais si tu n’as pas cette envie de prouver des choses, dans ce métier-là, alors tu n’avances pas. Oui j’ai envie de prouver, mais pas pour les yeux des gens, pour moi-même. Je n’ai pas besoin que l’on me dise que je suis le plus beau et le plus fort. D’abord, on ne me le dit pas (rires) et on ne me l’a jamais dit, même si j’ai connu des belles choses. Ce qui m’intéresse, c’est de continuer à avancer. C’est pour ça que je fais de la périodisation tactique, que j’apprends l’anglais, que je m’ouvre à beaucoup de choses, que je reste curieux. J’ai envie de continuer à être ce que je suis, avec mes qualités, sans me dénigrer, en diminuant mes défauts.

C’est quoi qui te plaît par-dessus tout dans ce métier ?
Le jeu. Le terrain. Animer les séances. C’est mon truc. C’est une branche de mon métier qui m’éclate (large sourire), préparer les séances, faire progresser individuellement, collectivement, aller chercher des joueurs méconnus qui font carrière après, j’aime ça. Être un accélérateur de carrière, ça me plaît. Au Luxembourg, quand j’arrive, c’est la débandade. Dans les matchs de préparation, on ne prend que des volées, et premier match de championnat, on gagne 4 à 0, et c’est parti ! C’est ça qui me fait vibrer.

Tu es un entraîneur plutôt comment ?
Humain, travailleur et exigeant, casse-couilles (rires) et honnête.

Et dans la vie de tous les jours, tu es comment ?
Je souhaite aujourd’hui que l’on dise que je suis une belle personne, avec des valeurs de respect et d’honnêteté, et que j’ai de l’humour, que je suis fun. Je travaille au quotidien pour ça, encore plus depuis quelques mois.

Tu es proche de Richard Déziré, tu le vois au match ce soir : je lui cours après depuis deux ans pour un entretien, il refuse pour le moment …
Je vais lui en reparler, je vais t’aider pour ça !

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13heuresfoot et Philippe LE BRECH (sauf mentions spéciales)
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Après 14 ans dans la Creuse, à Guéret, l’entraîneur du Stade Poitevin a posé ses valises en 2023 dans la Vienne, et permis à sa nouvelle équipe de monter, enfin, en National 2. Sa soif d’apprendre et de progresser ne le quittte pas, celle d’aller au plus profond de l’humain, quitte à se transformer en psychologue, non plus.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions)

Photo Philippe Le Brech

Luc Davaillon (46 ans) n’est pas le coach le plus connu du National 2, un championnat qui a vu son niveau s’élever avec la refonte de l’an passé et la suppression d’une poule, en plus des douze descentes de National en deux saisons (2022/23 et 2023/24). Un championnat qui a aussi vu son attractivité décupler, tant auprès des joueurs que des techniciens, on le voit avec la présence de plus en plus marquante de coachs habitués aux joutes du niveau supérieur, comme Mathieu Chabert (Cannes), Bruno Irlès (Bordeaux), Alain Pochat (Bayonne), Frédéric Reculeau (La Roche-sur-Yon), Romain Revelli (Bourges), Stéphane Masala (Chambly) ou Roland Vieira (Andrézieux).

Forcément, avec des techniciens d’expérience comme eux et un marché rendu plus compliqué, notamment avec l’émergence de « jeunes » coachs, difficile de se faire une place. A moins de terminer champion de son groupe à l’étage en dessous, comme c’est le cas la plupart du temps. C’est ce qui s’est produit pour Luc Davaillon, champion de National 3 pour sa première saison au Stade Poitevin FC en 2023/2024, sa deuxième à ce niveau après sa saison à Guéret, un club où il a passé 14 ans et qu’il a fait grimper à ce même échelon.

Une progression sans précipitation

Photo Philippe Le Brech

Luc Davaillon n’est pas le plus connu des coachs, mais aspire à le devenir. Pas pour flatter son ego. Mais pour se prouver à lui-même qu’il peut aussi être celui qui vient d’en bas et qui peut réussir, comme d’autres avant lui. Jusqu’où ? Nul ne le sait. Pour l’heure, son diplôme, le DEF, ne lui permet pas de viser mieux que le N2, à moins d’accéder en Ligue 3 avec son club.

La Ligue 3, le Stade Poitevin n’en parle pas du tout. Du moins pas en ce moment. Le club de la Préfecture de la Vienne veut d’abord s’installer et avancer pas à pas, sans précipitation. Le fossé est devenu tellement structurel avec les clubs du dessus, dont la plupart vient de Ligue 2 ou de Ligue 1, qu’il est inutile de brûler les étapes. Luc Davaillon ne sait d’ailleurs pas trop ce que brûler les étapes signifie, même si sa carrière a pris un coup d’accélérateur depuis six ans et les accessions de Guéret de Régional 2 à National 3 en (2020 et 2022). Puis celle de Poitiers, donc, de N3 en N2 en 2024.

Au lendemain d’une douloureuse élimination aux tirs au but à Chauvigny au 8e tour de la coupe de France, et juste avant de recevoir (et de s’imposer 1-0 à la 90e !) face à Granville, le natif de Châtillon-sur-Indre, une petite commune située dans un triangle entre Châtellerault, Tours et Châteauroux, a raconté son parcours, évoqué son arrivée à Poitiers, dévoilé quelques-uns de ses axes de travail, son approche et sa vision.

Interview :

« J’ai toujours voulu être entraîneur-compétiteur »

Photo Philippe Le Brech

Luc, avez-vous digéré l’élimination en coupe de France, qui aurait permis de faire parler de Poitiers en 32e de finale ?
C’est une grosse déception. Une qualification aurait permis de faire rentrer un peu d’argent dans les caisses, il faut être lucide par rapport à ça. L’élimination a aussi coupé la dynamique de l’équipe, sans compter qu’un 32e aurait été très intéressant pour nous. Mais on a mal commencé ce match. On a trop laissé Chauvigny s’exprimer. On est malgré tout revenu deux fois au score et on a même pris l’avantage. Cela a été compliqué, on s’est accroché, et puis il y a eu la séance de tirs au but, et ça a tourné de leur côté : notre gardien (Théo Louis) a eu l’opportunité de nous qualifier après avoir stoppé le tir du gardien adverse, mais il a frappé sur la barre.

Aucune rancoeur vis à vis d’Alexandre Durimel, qui a manqué son tir à la fin ?
Aucune, non ! Il avait d’abord marqué dans la première séance des tirs, et puis il a raté sa tentative dans la deuxième. Bon, voilà, c’est comme ça. Quand on est monté de N3 en N2 il y a un an et demi, c’est lui qui avait marqué le penalty de la victoire à la 94e à Montlouis, chez le leader, à l’avant-dernière journée, ce qui nous avait permis de passer en tête. D’ailleurs, après l’élimination à Chauvigny, un de ses partenaires n’a pas manqué de rappeler ça, parce que ce soir-là, à Montlouis, tout le monde ne se bousculait pas pour aller tirer ce penalty à la dernière minute (rires) ! Non, vraiment, il n’y a aucune rancoeur à avoir. On est juste déçu parce qu’on n’a pas abordé le match de la meilleure des façons.

Photo Philippe Le Brech

Il paraît que vous avez fracassé une glacière à la mi-temps du match ? Il vous arrive souvent de vous mettre en colère ?
Je vois que vous êtes bien informé ! Ce n’était pas une glacière, mais une malle pour transporter les équipements ! D’ailleurs, il faut que j’aille en acheter une. J’ai demandé à Nadège, la secrétaire, où elle l’avait achetée. Elle ma dit que c’était la première fois que je me mettais dans un tel état ! On en a rigolé. Ce genre de colère, pour que cela soit utile, il faut que cela soit rare. Quelqu’un qui crie tout le temps, on ne l’entend plus. En général, je suis assez calme.

J’essaie de ne pas réagir à chaud, je parle rarement après les matchs, c’est pareil dans la victoire, où on peut vite s’emballer alors que l’on a juste gagné un match. Je préfère laisser les choses retomber et parler avec la raison plutôt qu’avec l’émotion. La vérité, c’est que j’étais très-très déçu, très-très en colère ce soir-là. Mais après le match, mon rôle était de féliciter Chauvigny et de ne pas « détruire » mes joueurs, cela n’aurait pas été intelligent.

« Je voyais l’importance de me former »

Avec l’ES Guéret. Photo Philippe LE BRECH

Parlons de vos débuts dans le foot : quand et où avez-vous commencé ?
J’ai toujours baigné dans le football. Dans ma famille, on est très impliqué dans le monde associatif. J’ai commencé à 5 ans. La commune de Châtillon-sur-Indre, où je suis né, touche presque l’Indre-et-Loire, ce qui fait que l’on était très orienté vers ce département. J’ai joué à Loches (Indre-et-Loir), où j’ai effectué mes débuts en seniors à l’âge de 16 ans et demi en Promotion d’Honneur. Je jouais avant-centre, puis 9 et demi, 10. J’ai passé deux années au lycée à Châteauroux, durant lesquelles je m’entraînais avec La Berrichonne, et le week-end, je jouais en championnat avec Loches. Je suis parti à 22 ans à Joué-lès-Tours, en CFA2, pendant deux ans et demi puis j’ai signé à Amboise, en DH, où j’ai joué pendant deux ans et demi.

En parallèle, vous avez-suivi un cursus universitaire ?
Après mon BAC ES (économie et social), j’ai fait une fac de sociologie mais ce n’était pas pour moi. En fait, je savais déjà que je voulais faire de ma passion, le football, mon métier. J’ai passé mon Brevet d’État à 21 ans et mes diplômes d’initiateur 1 et 2. Après la fac, je suis devenu responsable d’une école de foot à Chambon-sur-Indre, à côté de Loches; ça m’a confirmé que je voulais faire ça. J’ai fait un retour à la fac de sport à Orléans un peu plus tard, où j’ai passé un DEUG, et après, vers 27 ou 28 ans, je suis retourné dans la vie active. J’avais déjà bénéficié des emplois jeunes, et il fallait que je trouve un club qui puisse me financer ma formation pour le DEF à Clairefontaine. J’ai trouvé un poste dans un petit club de Première division de district, dans la Creuse, à Dun-le-Panestel, à l’Entente Sportive Dun-Naillat. J’ai privilégié cette voie-là. J’ai pu développer le club, me lancer, tout en continuant de jouer. Avoir les rênes d’un club sur le plan technique, quel que soit le niveau, c’était une bonne expérience. Je voyais l’importance de me former. Donc c’est dans ce village de 1000 habitants que j’ai pu passer mon DEF, on est même monté en Régional !

Photo Philippe Le Brech

Ensuite, vous partez à Guéret…
Au bout de 3 ans à Dun-Naillat, sincèrement, je pense que j’avais fait le tour. Le club ne pouvait pas aller plus haut. Je voulais retrouver des joutes au moins de niveau régional. J’ai rencontré quelqu’un à Guéret, du coup, j’ai privilégié la vie privée et c’est comme ça que je me suis retrouvé au club de l’US Guéret où j ai pris l’équipe des U19. Cela m’a permis de finir la partie théorique du DEF (il avait la partie technique, Ndlr). Guéret, c’était une opportunité; à l’époque, les seniors évoluaient en DHR mais le club avait déjà joué en DH. Les deux premières années, pour compléter mon cursus de formation, je m’occupais d’une classe foot en 6e et en 5e. La classe sportive existait déjà pour les 4e et les 3e, alors j’en ai créé et développé une au lycée, et c’est là que j’ai obtenu un emploi. Avec les 19 ans PH, on est monté en DH, on a même gagné le championnat de jeunes en DH. Cela m a conforté dans mon travail.

Pendant 4 ans, j’étais au quotidien avec les jeunes du collège et du lycée. Ensuite, il y a eu un changement de présidence. C’est là que je suis passé entraîneur des seniors, en DH, alors que je jouais encore et qu’on venait de monter quelques années plus tôt. En fait, j’ai arrêté de jouer à 34 ans. Lors de mes premières saisons, on est descendu, on est monté, on est redescendu puis on est remonté, mais ce qui était intéressant, c’est que les jeunes que j’avais formés en scolaire commençaient à arriver en seniors, donc ça a valorisé mon travail.

Et c’est avec quelques-uns de ces jeunes que l’on est monté en National 3 en 2022 (le club n’avait plus évolué à ce niveau depuis la saison 1996-1997). Mais on n’avait pas trop de moyen pour rivaliser avec les autres équipes de N3, et on n’a pas existé. Lors de cette saison, paradoxalement, alors que j’entraînais pour la première fois à ce niveau, il a fallu que je trouve un travail à côté parce que les emplois associatifs avaient cessé. J’ai travaillé à l’association « Remise en jeu » de Robert Salaun : c’est une structure qui remet en selle scolairement des jeunes par le biais du sport. Au total, je suis resté 14 ans à l’ES Guéret, dont 10 à la tête de l’équipe 1 seniors. Dans ma vie privée, il y a eu une séparation, donc j’étais libre de partir.

Comment expliquer qu’une ville chef-lieu comme Guéret, même si le rugby y est roi, ne puisse pas s’installer en N3 au foot ?
Certes c’est une préfecture, mais il n’y a que 100 000 habitants dans le département, qui est le moins peuplé de France. On n’a jamais eu quelqu’un qui puisse mettre des moyens suffisants pour développer encore plus le club. Je vous le disais, on est monté en N3 avec des jeunes, et d’autres formés à Tours ou Limoges ou dans les environs, et dans l’équipe, il n’y avait que deux jeunes qui n’avaient jamais signé de licence jeunes à Guéret, ça donne une idée de la formation au club. Avoir des jeunes de la 6e à la terminale nous permettait d’avoir une structure efficace; c’est ça nous a permis de monter en N3. Quant au rugby, on a réussi à les concurrencer : on est allé jusqu’à 2000 personnes au stade pour l’accession !

« J’ai gagné sept championnats »

Le Stade Poitevin FC, version 2025-26. Photo Philippe Le Brech

La récompense de vos années à Guéret, c’est votre arrivée à Poitiers…
En 2024, Philippe Nabé, le président du Stade Poitevin, m’a appelé. Et j’ai signé 2 ans. Le projet « Poitiers » me rapprochait aussi de ma famille. C’est valorisant d’être contacté grâce à ses résultats d’entraîneur. Depuis que j’ai le DEF, j’ai gagné sept championnats. J’ai toujours eu une grande confiance en moi quand au fait de gagner des championnats. Et puis Poitiers, ça ma toujours un peu suivi. Quand on est monté en « National » avec les U19 de Guéret, il fallait gagner à Poitiers et on a gagné ! Quand j’étais à Joué-lès-Tours, on bataillait pour monter en CFA avec Poitiers déjà : on avait fini derrière eux mais on avait gagné à la Pépinière (l’ancien nom du stade Michel-Amand) ! Je n’avais que des bons ressentis.

Pourtant, dans les médias, il s’écrivait des choses sur le Stade Poitevin : on disait que le club n’allait pas bien financièrement, qu’il y avait un trou : ça ne vous a pas freiné ?
Il y avait des rumeurs, oui, mais c’était le moment pour moi de partir de la Creuse et de me lancer un nouveau challenge professionnel, quand bien même la presse évoquait des soucis financier au club. Il s’est raconté et écrit beaucoup de choses sur le club, mais je voulais montrer que j’étais capable de monter, quelle que soit la division, parce que je pensais que j’en étais capable. Mais je ne me suis pas trop attardé là-dessus. Le président m’avait assuré que j’aurais un effectif pour faire un bon championnat de N3, même si on sentait bien que le club était sur un projet plus modeste que les saisons précédentes, avec trois joueurs recrutés au CA Neuville, un club qui descendait de N3 en R1, un autre de Portes Entre Deux Mers, qui descendait aussi de N3 en R1, et moi, qui descendais aussi de N3 en R1 avec Guéret. Parce que juste avant mon arrivée en 2023, le club jouait la montée et s’est retrouvé à jouer la maintien. C’est pour ça que le président ne m’a pas mis de pression. Mais dans l’équipe, il restait quand même de l’expérience avec Alexandre Durimel, Cédric Jean-Etienne, Makan Makalou, des joueurs qui avaient connu le National et le N2, ça faisait une base solide. Mon objectif, c’était qu’en février et mars, on soit à portée de fusil de la première place.

Travail psychologique et force collective

Le stade Michel-Amand de Poitiers situé à Buxerolles. Photo Philippe Le Brech

Il y a eu un travail psychologique à faire également…
Quand j’avais affronté Poitiers avec Guéret en N3, j’avais identifié des choses importantes sur le plan psychologique : on était venu jouer chez eux en début de saison, on avait fait match nul 0-0 et j’avais senti une tension chez eux quant au fait de déjà perdre des points. En arrivant à Poitiers, j’ai voulu retirer tout de suite cette tension, que j’ai également ressentie quand on perdu 1-0 à Bourges-Moulon, parce que pour jouer une montée, il faut être capable d’encaisser les coups, d’être patient. On a travaillé sur cet aspect-là, en dédramatisant les choses, en restant focus sur l’objectif de faire la meilleure saison possible en se disant que si on avait une opportunité de monter en fin de saison, il faudrait la saisir. Et comme on avait les joueurs et les capacités pour le faire, on y est parvenu. On n’avait pas ciblé Montlouis mais plutôt Tours et Vierzon qui à mon sens avaient les meilleurs effectifs de la poule, notamment Tours.

Et puis il y a eu cette avant-dernière journée à Montlouis, entre le leader et son dauphin…
Cet avant-dernier match chez eux est devenu le match de la montée. Il fallait arriver là-bas à 3 points si on voulait avoir une chance, et finalement, on y est allé avec 2 points de retard. Notre travail psychologique et notre force collective et mentale devaient nous servir pour ce match-là, et c’est ce qui s’est passé. On était sur 9 victoires d’affilée avant Montlouis, où c’était un vrai match de coupe, et puis Alexandre Durimel marque le penalty à la 94e…

« Réussir à dédramatiser le résultat »

Photo Philippe Le Brech

Concrètement, ce travail psychologique, comment l’avez-vous opéré ?
C’est un travail au quotidien avant l’entrainement, après, pendant… Il faut réussir à dédramatiser le résultat. Ce qui est important, c’est la performance. Et pour moi, le résultat ne sera que la conséquence de la performance.

Parfois, on peut faire 1-1 après avoir mené et livré un bon match comme c’est arrivé l’an passé à Châteauneuf-sur-Loire, en encaissant un but à la 87e. Il faut l’accepter, alors que nous, dans le vestiaire, on a commencé à s’engueuler. Mon travail a été dédramatiser parce que, jusqu’à la 87e, la performance était bonne. Ce n’était pas rendre service de s’en prendre à untel ou untel ou à un joueur fautif que l’on risquait de « perdre » mentalement pour les matchs d’après, tout ça parce qu’on avait pris un but. On avait même discuté de tout ça avec les joueurs sur le parking, tard le soir, au retour du match, le dimanche. En fait, il n’y a pas eu d’intervention spécifique. C’est juste un travail au quotidien sur l’environnement de l’équipe et le climat que l’on peut y mettre autour, quand on prépare et joue un championnat.

« Je n’ai jamais eu de plan de carrière »

Passer un jour le BEPF, c’est quelque chose qui vous intéresse ?
Je n’ai pas été pro, même si j’estime être un professionnel du foot, et je n’ai pas non plus entraîné plus de 5 ans au niveau national, donc pour l’heure je ne peux pas le passer mais c’est quelque chose qui m’intéresse, qui m’attire. On verra si la vie professionnelle et privée me le permettent. Je n’ai jamais cherché à me vendre et je n’ai jamais eu de plan de carrière.

Avec l’ES Guéret. Photo Philippe Le Brech

Du coup, vous continuez votre formation en quelque sorte : comment faites-vous pour toujours vous améliorer ?
J’estime que je suis en formation continue. Et puis je curieux, je m’intéresse à ce qui se passe dans les autres sports, la façon dont les athlètes sont préparés, la manière dont les coachs interagissent avec eux. Cela me permet d’enrichir mes compétences. Mon ex-compagne jouait au basket, du coup je me suis intéressé à ce sport. J’aime aussi le fonctionnement de Claude Onesta au hand.

En fait, j’aime pas mal de sports, le volley, le basket aussi, je suis souvent allé voir des matchs à Limoges, mais avec nos compétitions et nos entraînements, ce n’est pas évident d’y aller. J’aime le rugby aussi tant pour l’aspect stratégique que psychologique. Je pense que l’on a besoin de toutes les cultures sportives pour s’enrichir et s’améliorer. J’ai eu la chance d’être formé en Ligue du Centre avec des personnes très compétentes. Quand j’ai passé mon Initiateur 1er et 2e degré, mon CTD (conseiller technique départemental) en Indre-et-Loire était Patrick Pion, qui est aujourd’hui DTN adjoint (directeur technique national). J’ai toujours été intéressé par l’approche psychologique du sportif : il y a des lectures pour ça et j’ai fait mon mémoire là-dessus, lors de la remise à niveau de mon DES. C’est quelque chose dont on parle peu alors qu’elle est à mon sens une part très importante de la performance du joueur, or on parle plus de l’approche athlétique, des GPS, des datas…

« Le système que je préfère ? Le 4-3-3 »

Photo Stade Poitevin FC.

Vous sentez-vous plus une âme de formateur ou d’entraîneur ?
Je suis les deux ! Mais je suis surtout compétiteur. Le match le week-end, c’est ce qui m’intéresse. J’ai entraîné les jeunes de toutes les catégories, de 10 ans jusqu’en seniors, certains sont arrivés à l’âge de 25 ans à accéder en National 3, on a participé à des championnats de France avec le sports-études que j’ai créé à Guéret, et qui a permis de constituer notre équipe de N3 : ça, c’est mon âme de formateur. A un moment donné, j’étais formateur la semaine et compétiteur le week-end parce que je jouais avec Guéret en championnat pour gagner des matches. Dès que j’ai obtenu mon DEF, j’ai voulu prendre des seniors, quel que soit le niveau, parce que je voulais être confronté à des hommes et les gérer. En fait, j’ai toujours voulu être entraîneur-compétiteur.

Avez-vous un style de jeu préférentiel ?
J’ai utilisé plusieurs systèmes depuis le début de ma carrière mais celui que je préfère, c’est le 4-3-3 avec une pointe basse, sauf que parfois on n’a pas les joueurs pour le faire, ou alors on en a d’autres et ça nous pousse à explorer autre chose. Le 4-3-3 est une porte d’entrée vers les 30 derniers mètres et la largeur, cela permet de mettre le ballon dans la zone de finition et d’avoir des joueurs qui arrivent de derrière. C’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup.

« Il fallait valider le travail effectué à Guéret »

Photo Stade Poitevin FC

Est-ce que le fait de ne pas avoir été un joueur pro vous oblige à en faire encore plus, à prouver encore plus ?
La montée avec Poitiers en N2 l’an passé m’a facilité les choses. Pour avoir du crédit, c’était important d’avoir des résultats sportifs tout de suite, même si, encore une fois, le président ne m’avait pas mis de pression. Mais après Guéret, il fallait que je valide tout le travail effectué là-bas dans une autre structure, dans un club différent, beaucoup plus pro, avec des joueurs au quotidien sous son aile, avec un staff conséquent.

C’est quoi, l’objectif du Stade Poitevin, à long terme ?
C’est de faire monter Poitiers un jour au niveau professionnel. Je travaille au quotidien pour ça. On est en train de structurer les choses pour retrouver le monde pro (le Stade Poitevin a évolué en D2 une saison en 1995/1996 et aussi quatre saisons entre 1970 et 1974, Ndlr). L’an passé, pour le retour en N2, il fallait se maintenir sportivement. Cette année, intégrer la première partie de tableau peut être la seconde étape après le maintien (à la trêve, malgré un revers le week-end dernier à La Roche-sur-Yon 4-0, l’équipe de N2 est classée 7e sur 16 après 13 journées de championnat).

Avec 10 buts marqués en 13 matchs, l’attaque de Poitiers peine : seul Granville fait moins bien (9 buts). Comment l’expliquez-vous ?
Tout d’abord, fin septembre et début octobre, on a subi deux défaites marquantes qui ont fait mal, à Avranches 4-0 et contre Bordeaux chez nous (0-3). Prendre 4-0, ça arrive, Avranches a été très bon ce jour-là, et nous plus que moyens. Donc encaisser 7 buts en 2 matchs, c’est difficile à digérer à la fois pour les joueurs et pour moi. J’ai voulu enrayer cette dynamique négative en me focalisant sur l’animation défensive et en instaurant un bloc plus compact, ce qu’on a réussi à faire, car après ces deux défaites, on n’a encaissé que 2 buts (à Saint-Malo), lors des 5 matchs qui ont suivi (entretien réalisé avant la dernière défaite 4-0 à La Roche-sur-Yon le 12 décembre). Ensuite, devant, on a eu des pépins : après la blessure de Makan Makalou, qui a eu une rupture du tendon rotulien l’an passé puis, à son retour, une rupture du tendon d’Achille, on fondait beaucoup d’espoirs sur l’arrivée d’Olivier Boissy en provenance de Bourges, mais il a un problème de santé qui va l’éloigner des terrains pendant un moment. Ansley Panelle répondait aussi à nos attentes mais il vient de se faire une déchirure en coupe après avoir eu des problèmes articulaires. Donc voilà… Tout ça fait que cela a été difficile de marquer des buts.

« Ce qui m’intéresse, c’est l’homme avant le joueur »

Photo Stade Poitevin FC

Quel type d’entraîneur êtes-vous ?
Je pense être proche des joueurs. J’aime beaucoup aller dans le vestiaire avant l’entraînement, après, pour échanger, pas que sur le foot, parce que j’aime bien connaître leur personnalité. Le parcours de joueur, c’est une chose, mais c’est réducteur : ce qui m’intéresse, c’est de connaître l’homme, son histoire de vie.

C’est comment, Poitiers, comme ville ?
C’est une ville agréable à vivre, assez « foot ». Le stade est au milieu d’un quartier. On est une porte de sortie vers le milieu rural, et on en a une autre vers Paris. C’est dynamique. Poitiers coche plein de points positifs. C’est une ville universitaire aussi. Je connais bien Tours, où j’ai passé ma jeunesse : on peut faire un parallèle : Poitiers ressemble au Tours d’il y a 25 ans, avant que cela ne se développe, et prend la même direction.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions spéciales)
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