Un an après avoir retrouvé la Ligue 2 et le monde professionnel, le club de la Venise provençale, épinglé par la DNCG, doit repartir en Départemental 1, sept étages en dessous ! Une chute vertigineuse, résultat d’une saison dantesque, marquée par des mauvais choix, des luttes d’ego et de pouvoir, des erreurs de casting, l’appât du gain, une gestion désastreuse et un certain amateurisme. Récit d’une saga et d’un fiasco monumental.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : @facebook / FC Martigues (sauf mentions spéciales)

Le stade Francis-Turcan, à Martigues.

Sur le réseau social X, il s’appelle « Le Marchito ». Dans la vie de tous les jours, c’est Jean-Marc, 32 ans, Martégal, et son truc à lui, c’est autant les fruits et légumes, dont il a fait son métier (il est distributeur) que le ballon rond, surtout dans sa ville (il est supporter depuis toujours du FC Martigues).

Sur son profil, une grande photo de la tribune Paradis – la bien mal nommée pour le coup ! – du stade Turcan, bien garnie, et un selfie aux côtés de l’une des (anciennes) icônes du club, Foued Kadir, artisan de la double-accession de National 2 en Ligue 2 entre 2021 et 2024.

Aujourd’hui, Foued Kadir évolue chez le tout proche voisin istréen (N2), et, à bientôt 41 ans, il est encore fringant, comme l’attestent les deux passes décisives délivrées samedi dernier à Parsemain contre Rousset (succès 4-1). Fringant et en bien meilleure forme que le FCM, son club de coeur, où il a été formé et qu’il avait quitté à l’âge de 17 ans, pour rejoindre Gignac (le club, pas le joueur !).

Parce que le Football-club de Martigues est malade. Très malade. Et presque mort. En l’espace de quelques semaines, il est passé, accrochez-vous bien, de la Ligue 2 au niveau Départemental 1. Soit une chute de 7 divisions ! Et ce n’est même pas sûr à l’heure où nous écrivons ces lignes. Cela pourrait même être en Départemental 2 ou en Départemental 3… Le résultat d’une gestion calamiteuse : on parle d’un trou d’environ 3 millions d’euros laissé par la SAS FC Martigues (Société par actions simplifiées), qui n’avait toujours pas été dissoute.

Il y a huit mois encore, la Ville de Martigues avait une équipe professionnelle en Ligue 2 mais pas de stade (le club, faute de stade aux normes de la L2, a délocalisé ses matchs, d’abord au Vélodrome à Marseille, puis au stade Jean-Laville à Gueugnon). Aujourd’hui, elle a un joli stade homologué pour accueillir les matchs de Ligue 2 (elle n’y a au final disputé que 7 matchs sur 17 possibles) après des travaux d’un coût de 3,6 millions d’euros (au lieu des 1,3 million d’euros annoncés au départ), supporté par la Ville, mais elle n’a plus d’équipe, ou à tout le moins une équipe, au mieux, de 9e division…

Une première dans les annales

18 mai 2024, au stade Turcan, soir de montée en Ligue 2… Photo 13HF

Qu’il semble loin le temps où les joueurs de « Greg » Poirier battaient Nîmes 1 à 0 et s’offraient le droit de jouer en Ligue 2 ! Qu’il semble loin ce 18 mai 2024 quand Turcan et ses 7000 supporters célébraient le coup de tête rageur de Milan Robin et envahissaient la pelouse pour célébrer les héros martégaux ! Qu’il semble loin le temps où tout le monde était hilare et s’embrassait, où tout le monde était heureux, libéré, radieux, excité à l’idée de changer de dimension et de renouer avec le passé professionnel (la dernière apparition du FCM en Ligue 2 remontait à 2002) ! Quel contraste…

De mémoire de « suiveur » de l’actualité du football hexagonal, c’est du jamais vu dans les annales. Jamais un club n’avait vécu une telle dégringolade. En 2023, le CS Sedan Ardennes était bien tombé de National en Régional 3, mais la chute déjà vertigineuse n’avait été « que » de 5 divisions (les « Sangliers » viennent de remonter en Régional 1 en deux saisons).

Dans un passé récent, d’autres clubs ont également connu de telles mésaventures, on pense au RC Strasbourg (de National en CFA2 en 2011), au Mans FC (de Ligue 2 à Division d’Honneur, l’ex-R1, en 2015) ou encore au Sporting-club de Bastia (de Ligue 1 à National 3 en 2017). Mais tous se sont relevés. Il y a eu Istres aussi, tombé de National en DHR, qui a mis 9 ans avant de monter en N2.

Le FC Martigues, lui, n’est pas prêt de se redresser, ou alors, il mettra beaucoup de temps (10 ans ?) avant de retrouver, au moins le N2 ou le National. Il aurait pu « limiter » la casse en repartant en Régional 1, au niveau de sa réserve, après que la DNCG l’a exclu des championnats nationaux (dans un premier temps, l’organe de contrôle et de gestion lui avait juste retiré le statut pro). Mais dans un second temps, la semaine dernière, la commission régionale de contrôle des clubs de la Ligue Méditerranée n’a pas autorisé le club de la Venise provençale à évoluer en Régional 1, et l’a même rétrogradé de trois nouvelles divisions pour l’inscrire en … Départemental 1, l’équivalent de la Promotion d’Honneur A jadis ! Une décision confirmée en appel hier.

Une saga digne de Dallas !

Tout au long de l’été, ce fut un véritable feuilleton. Une saga. Digne de la série Dallas pour ceux qui ont la ref’. Ou du film « Règlement de comptes à OK Corral », tant les acteurs n’ont pas manqué de « s’allumer » une fois le sort du club scellé, par presse interposée.

C’est simple, tout ce qui s’est passé au FC Martigues lors des quinze derniers mois relève du surnaturel et s’apparente à une pièce de théâtre où chaque acteur a joué sa partition, de manière plus ou moins juste.

Pour décrypter ce gâchis monumental et expliquer comment le FC Martigues en est arrivé là, nous avons opté pour la neutralité en interrogeant Le Marchito, un garçon qui partage ses infos – largement reprises – sur son compte X, à mi-chemin entre supporter et investigateur. Un garçon qui ne cherche absolument pas la lumière. Un garçon dégoûté par la situation. Un garçon qui aime son club, tout simplement.

Les propos qui suivent ne sont donc que de la responsabilité de son auteur !

Jean-Marc, alias « Le Marchito » :

« Un immense gâchis »

Jean-Marc, alias « Le Marchito », arbore une veste « vintage » du FC Martigues ! Photo 13HF

Ton sentiment général sur la situation ?
Un immense gâchis. Parce que tout le travail réalisé auparavant par Grégory Poirier (l’ex-entraîneur parti au Red Star en Ligue 2 en juin 2024) et Alain Nersessian (l’ex-président, démis de ses fonctions en avril 2024) pour remettre le club à flots après l’épisode Baptiste Giabiconi, qui fut un scandale aussi, a été réduit à néant.

Avec Poirier et Nersessian, l’équipe avait retrouvé une stabilité sportive avec une équipe compétitive sur le terrain, ce qui n’était pas évident car juste avant les belles saisons, il y a eu les deux années de Covid-19. Ils avaient aussi réussi à accéder au monde professionnel et à faire revenir le monde au stade Turcan, et ça ce n’était pas une mince affaire parce qu’on sait aussi que cela a toujours été difficile d’avoir du public ici. Je me souviens de matchs de N2 devant 300 ou 400 spectateurs à peine. Et tout ça s’est envolé.

Comment en est-on arrivé là ?
Tout simplement parce que les rênes du club ont été confiées à une personne qui est totalement amatrice, la propriétaire Lepa Galeb-Roskopp. On s’en est rendu compte tout au long de la saison. Déjà, elle ne maîtrisait pas les règles du travail en France : en décembre dernier, elles voulaient virer des employés du club qui étaient en arrêt maladie ! Alors aux États-Unis, c’est possible, mais pas chez nous. Elle avait été choqué par ça. Elle ne comprenait pas non plus les règles de la DNCG (Direction nationale de contrôle et gestion des clubs) : pour elle, ce n’était pas concevable de bloquer de l’argent sur un compte.

Petit à petit, on a vu que tous ses choix, en fait, étaient des choix d’amateur. On s’est posé la question de savoir si c’était vraiment elle qui dirigeait. La propriétaire mettait l’argent, mais elle n’est pas venue souvent. Elle habitait sur la Côte Bleue, vers Carry-le-Rouet ou Sausset, mais tout le début de saison, elle l’a passé au Montenegro…

Si ce n’était pas la propriétaire qui prenait les décisions, c’était qui alors ?
Pour moi, c’était Jean-Pierre Bernès, le conseiller de Lepa.

Jean-Pierre Bernès avec Lepa Galeb-Roskopp. Photo @Instagram

Comment Jean-Pierre Bernès est-il arrivé au club ?
Ce qu’il faut savoir c’est que, à la base, en début de saison, Lepa était juste actionnaire. Elle n’était pas encore présidente. C’est Colombus Morfaw qui est président quand le club monte en L2, mais il s’est fait virer rapidement (fin juin 2024, seulement deux mois après qu’il a remplacé Alain Nersessian). Le couple Roskopp possède une académie de football en Californie, les « Breakers », où Niša Saveljića, l’ancien joueur des Girondins (champion de France en 1999, passé aussi par Sochaux, Bastia, Guingamp et Istres), a un gros poste là-bas, Directeur du football ou quelque chose comme ça (il est actionnaire d’EU Futbol LLC, propriétaire des « Breakers » et donc du FC Martigues).

Niša, quand il jouait aux Girondins de Bordeaux, son agent, c’était Jean-Pierre Bernès. C’est comme ça que Bernès est venu à Martigues, dans un rôle de conseiller. Et comme Lepa n’a aucune connaissance du football français, comme elle ne connaît pas Jean-Pierre Bernès, elle s’est fiée au CV. D’ailleurs, c’est pareil pour le coach Thierry Laurey, il a été engagé sur CV, et Pierre Wantiez aussi. Donc quand elle a vu Bernès, elle a dû voir « Olympique de Marseille » sur le CV, mais elle n’a pas dû voir la manière dont l’histoire avec l’OM s’est terminée. Elle a fait une confiance aveugle à Niša Saveljić et n’a sans doute même pas pris la peine d’aller se renseigner sur Internet.

Quand les Américains ont racheté le club (en juin 2023), leur idée, c’était de faire du trading de joueurs. Le meilleur exemple que l’on a eu cette saison, c’est Luan Gautier, le jeune défenseur : ils se sont entêtés à le faire jouer en début de saison parce qu’ils voulaient faire une plus-value avec lui. Mais ils ont totalement cramé le minot, qu’ils ont propulsé titulaire en Ligue 2 à 19 ans, alors qu’il n’avait aucune expérience. C’est pour ça que, lorsque Hakim Malek est arrivé à la place de Laurey (en janvier 2025), on n’a plus entendu parler de lui, il est retourné en équipe réserve.

Qui dit « trading » dit forcément « argent » : encore une fois, tout ne serait donc qu’une histoire d’argent ?
En fait, Niša Saveljić et sans doute Jean-Pierre Bernès ont dit à Lepa « Tu vas te faire des sous avec le FC Martigues parce que c’est un club tremplin », « parce qu’il y a un projet à mettre en place », « parce que des joueurs vont venir », ce qui était possible, parce qu’on en a vu des joueurs déjà qui étaient partis comme Hemia, Fdaouch, et qui ont explosé. L’idée, c’était ça. Il y avait aussi l’idée de faire une plus-value sur la vente du club. Parce que le FC Martigues, réellement, Lepa l’a acheté 800 000 euros en National. Et on lui a fait miroiter des sommes à la vente autour de 10 millions d’euros… Elle n’a pensé qu’à ça, qu’à faire un « fois 10 », c’est pour ça qu’elle a refusé toutes les offres de rachat à 3 ou 4 millions à mi-saison. Parce que Niša Saveljić lui a mis dans la tête que le club valait beaucoup plus.

Lepa Galeb-Roskopp, ici aux côtés du conseiller Niša Saveljić. Photo Hugo Bisson.

Quid de Robb Roskopp, le mari de Lepa ?
Au départ, c’est le couple Roskopp qui achète le club (en juin 2023), et après elle reste pour d’autres raisons que tout le monde connaît à Martigues, parce que les gens parlent… Pendant ce temps, son mari, lui, retourne aux États-Unis. Elle a été aveuglée. Dans la saison, Robb a compris certaines choses, c’est pour ça qu’il n’a pas mis sa part et qu’il a manqué 3 millions ou un truc comme ça lors du passage devant la DNCG en décembre. Il n’a pas voulu remettre de l’argent. Il est revenu des États-Unis à Martigues en fin de saison pour remettre de l’ordre. Mais c’était trop tard.

Les gens en surface ne voient que les résultats sportifs qui ont été très médiocres en première partie de saison mais maintenant ils découvrent qu’il y a eu des problèmes d’argent, mais tout ce qui s’est passé derrière en coulisses, c’est une blague ! Elle s’est fait plumer à l’américaine, et puis il y a eu des histoires qui dépassent le cadre du foot… A l’arrivée, tout le monde a pris son pognon et elle, elle a perdu 8 millions dans l’affaire, à force de renflouer. C’est pour ça qu’elle n’a pas remis d’argent à l’inter-saison. Elle a compris qu’elle s’était fait prendre pour une c… Elle est retournée aux États-Unis.

Alain Nersessian, président démis de ses fonctions par les propriétaires (qu’il avait choisis) en avril 2024.

Au tout départ de l’histoire, c’est qui le fautif, c’est Alain Nersessian, qui a trouvé Colombus Morfaw, et qui avait déjà fait venir Giabiconi ?
Non. Il a fait appel à une société française d’apporteurs d’affaires qui met en relation des personnes désireuses d’acheter des clubs avec des clubs qui sont à vendre. Il a juste été séduit par leur projet. C’est trop facile de taper sur Alain Nersessian après. Si les repreneurs avaient respecté leur parole, si tout avait été carré, on aurait pu faire quelque chose.

Mais c’est aussi Nersessian qui avait fait venir le mannequin Giabiconi en 2016, avec le résultat que l’on sait (un trou de 600 000 euros à son départ en 2018) …

Giabiconi, c’est Alain Nersessian qui le fait venir parce que, à la base, le projet est sympa. Il a des garanties. Giabiconi est connu, derrière c’est Karl Lagarfeld, tu te dis « C’est solide », mais tu ne peux pas savoir au moment où tu signes avec lui ce qui va se passer après… Et pareil avec le couple Roskopp. Donc oui, c’est Alain Nersessian qui les a choisis, mais c’est trop facile de juger après, de lui jeter la pierre.

Des rumeurs lui prêtaient l’intention de vouloir revenir au club…
Non, il ne reviendra pas. Il s’est écarté de tout ça. Là, on l’a revu sur les réseaux sociaux, il a fait des vidéos, mais c’était parce qu’il se faisait attaquer, notamment par Romain Molina, et parce que Lepa disait qu’elle avait trouvé des cadavres dans les placards, qu’il y avait du passif, donc il l’a pris pour lui et s’est défendu. Je pense très sincèrement que lorsque tu achètes un club, tu fais ton audit avant et tu sais où tu mets les pieds : en milieu de saison, ils ont découvert qu’il y avait des dettes, ça aussi c’est de l’amateurisme. Ils auraient donc acheté le club à l’aveugle ? C’est quand même Lepa qui a commandé l’audit, ils avaient même fait venir quelqu’un de l’AC Ajaccio, Alain Caldarella, exprès pour vérifier les comptes.

Arnaud Berberian, le directeur général du club. Photo David Robbe

Quand tu as parlé des arrêts maladies que Lepa voulait virer, il devait être question d’Arnaud Berberian, le directeur du club ?
Absolument. Arnaud, c’est quelqu’un de bien. Juriste, ex-coordinateur sportif à l’OM, mais il a fait un burn out. C’est Pierre Wantiez (président à partir de juillet 2024) qui lui aurait fait la misère.

Pierre Wantiez, justement : on a vu les passes d’armes interposées avec Bernès cet été …
C’est Jean-Pierre Bernès qui a recruté Pierre Wantiez (sourire)… Wantiez a signé une saison pour mettre le club sur les rails du professionnalisme. Le problème, c’est qu’en début de saison, début septembre, il était au Canada. Difficile déjà de démarrer un projet si tu n’es pas là. Il était venu pour sa présentation puis ensuite il est parti. Il déléguait à Arnaud (Berberian) et il l’a fait crouler sous le travail. Après, il est revenu mi-septembre.

Le règlement de comptes Bernès-Wantiez, tu en penses quoi ?
Bernès a dit dans les médias que sa pire erreur était d’avoir fait venir Wantiez. Donc il le critique, mais c’est lui qui l’a fait venir… Pfff… Franchement, c’est une saga.

Pierre Wantiez

Et Pierre Wantiez, tu en penses quoi ?
Je ne le connais pas. Je ne doute pas qu’il soit sympa et compétent. J’ai apprécié sa dernière sortie médiatique, quand il a dit ce qu’il pensait. Il a un CV, c’est pour ça qu’on l’a fait venir à Martigues. Il a dû voir très tôt qu’il était tombé dans un bourbier. En décembre, cela s’est senti avec l’histoire de la DNCG (le club a été interdit de recrutement jusqu’en fin de saison, décision confirmée en appel). Il ne faut pas oublier que c’est lui qui a fait venir Thierry Laurey, il s’est peut-être senti coupable. Mais en début de saison, ça n’allait pas. Il y avait des tensions. Et puis il n’a pas toujours été présent comme je l’ai dit.

Mais en fin de saison, après le passage devant la DNCG, il a quand même dit qu’il laissait le club en bonne santé financière parce que les dettes avaient été réglées. Or aujourd’hui, la SAS n’a toujours pas été dissoute, et comme l’association est toujours liée à elle, de par son numéro d’affiliation, cela pose un énorme problème pour la DNCG fédérale qui a constaté une dette de 3 millions d’euros. D’où l’interdiction de jouer en Régional 1. Aujourd’hui, le FCM n’est même pas certain de pouvoir jouer en Départemental 1.

Colombus Morfaw, l’éphémère président d’avril à juin 2024. Photo @LinkdIn. / C. Izzo

Bernès dit que Wantiez ne voulait pas de Hakim Malek comme coach pour remplacer Laurey…
Parce que c’est tout sur CV ! Laurey, il a un CV. Hakim Malek, il avait quoi comme CV en France ? Il entraînait en National 3 à Alès et avant ça en National 2. Sur le papier, ce n’était pas sexy. Mais nous, à Martigues, on s’en fout que cela ne soit pas sexy. On n’a pas besoin de ça. À Martigues, il faut de la stabilité, des gens qui connaissent la région, le club, et Malek connaît la région, Alain Nersessian connaissait la région, le club, et je pense que Colombus Morfaw aurait pu apporter cette petite dimension internationale, avec cette vision américaine. On n’avait pas besoin de plus.

On a quand même l’impression d’un sacré bordel …
La réalité, c’est que tout le monde s’est servi au FC Martigues. Bernès ne voulait pas apparaître dans l’organigramme et se faisait payer sur facture. On parle de 150 000 euros par an, c’est énorme pour un petit club comme Martigues. Et quasiment pareil pour Thierry Lauray, le coach (15 000 euros par mois). Et Bernès disait qu’il était là bénévolement.

Et Thierry Laurey ?
Catastrophique. (Il répète) Catastrophique. Il a gagné la coupe de la Ligue avec Strasbourg, il a entraîné des gros clubs… C’est fou ! Je vais te dire ce que m’a confié un joueur martégal : il m’a dit que les joueurs de l’équipe espéraient ne pas être convoqués dans le groupe et aller en réserve plutôt que de monter à Gueugnon avec lui… Tu te rends compte ? C’est pour dire à quel point ils ne voulaient plus se battre pour lui. T’es joueur pro en Ligue 2 et tu préfères aller jouer le dimanche en réserve en Régional 1, c’est chaud quand même ! Il était imbuvable. Même avec les salariés du club. Je ne sais pas pourquoi. Je pense, mais c’est mon avis, qu’il a des méthodes de management qui sont dépassées, et ça ne passait pas du tout humainement avec les joueurs. Jérémy Aymes, le gardien, est parti (à Cannes) à cause de ça. Les joueurs ont même fait une grève de l’entraînement et dans la foulée, Aymes, Tlili aussi je crois, et d’autres cadres aussi, ont été sanctionnés.

Thierry Laurey, le coach, ne sera resté que six mois.

C’est quand même très compliqué le foot à Martigues…
Le FC Martigues, c’est particulier. Depuis toujours c’est compliqué ici. Tu as vu son historique ? C’est un club qui vit dans l’ombre de l’OM, où c’est dur d’avoir des supporters parce que l’OM est un aspirateur. Francis-Turcan, c’est un stade difficile à remplir. Quand tu dis dans la rue « Je suis supporter de Martigues », bah presque on va te rire au nez, alors qu’en vrai, il faut supporter son club local, celui de sa ville. T’es de Martigues et tu ne vas pas au stade ? Même quand les places étaient gratuites ? Tout ça, il faut le savoir. Alors faire venir des gens de l’extérieur, qui ne connaissent pas le contexte, ça ne marche pas.

Quand Laurey met sur le banc des joueurs comme Samir Belloumou ou Oualid Orinel, qui étaient la base du projet de jeu de Grégory Poirier, qui ont fait la double montée, qui en plus sont des gars d’ici, même si c’est le choix du coach, c’est une erreur : l’esprit d’équipe, les valeurs du club, tu perds tout ça, et les gens ne se reconnaissent pas dans l’équipe. Laurey n’a fait jouer que ses recrues. On avait l’impression que c’était des recrues d’agent, qui jouaient parce qu’il fallait les placer. Quand Hakim Malek est arrivé en janvier, il a remis plus ou moins l’équipe type de la saison passée, avec deux ou trois recrues, et ça a marché. C’est comme si, en début de saison dernière, on avait tout de suite voulu faire un grand club, avec des noms, des « stars », des gens qui étaient reconnus. Mais on a tout foiré parce que ce n’est pas comme ça que ça marche.

Le stade de Gueugnon, théâtre de plusieurs matchs du FC Martigues, à 500 kilomètres de Turcan !

On n’a pas parlé du Vélodrome : une ineptie d’avoir joué là-bas…
L’erreur, c’est ça, c’est aussi d’avoir joué à Marseille : comment a-t-on pu imaginer que c’était une bonne idée ? Là encore, il y aurait des choses à dire. Le coût déjà, près de 175 000 euros de location par match ! Même si c’est négocié, avec jauge basse, genre 10 000 spectateurs, à quel moment Lepa a pu croire qu’elle avait faire 10 000 personnes au stade et que cela allait couvrir les frais ? À quel moment elle a cru que cela allait faire parler du club, qu’il y aurait des retombées ?

La solution du stade de Gueugnon avait été trouvée avant que n’apparaisse l’idée de jouer au Vélodrome, et à un coût bien moindre. Il y avait aussi Nîmes, qui a refusé, puis l’idée de Béziers. Mais tu comprends, Gueugnon, ce n’est pas sexy… Alors que le Vélodrome, si. Ce n’est que du « show off » (frime) en fait ! Lepa a cru qu’elle allait vendre des maillots, faire des recettes, qu’on entendrait parler du FC Martigues partout dans les médias, c’est pour dire à quel point elle n’avait aucune connaissance du tissu local.

À l’arrivée, il y a eu combien de spectateurs au Vélodrome ?
Je crois que c’est lors du premier match contre Lorient qu’il y a eu le plus de monde. Il devait y avoir 3 ou 4 000 (2655 spectateurs en réalité). On aurait dit la période Covid. Elle s’est bouffée les c…. De toute façon, elle l’a dit, « à chaque fois que l’on jouait au Vélodrome, je pouvais m’acheter une Ferrari ! ». Ils ont fait 4 ou 5 matchs, et bouffé un demi-million sur un budget de 6 millions… C’est énorme. Et tout ça pour finalement aller jouer à Gueugnon après !

Retrouver le stade Turcan en janvier a changé beaucoup de choses…
Oui, pour les joueurs, revenir à Turcan, ça a été quelque chose de très bénéfique. La saison a vraiment démarré à ce moment-là. Mais c’était beaucoup trop tard. Je pense que quelques matchs de début de saison qu’on a perdus, si tu les joues à Turcan, tu prends des points, et on se maintient. A un moment donné, on a même quitté les deux dernières places synonymes de descente directe et on s’est retrouvé barragiste. On avait un vrai potentiel.

On n’a pas encore parlé de Hakim Malek, dont l’arrivée sur le banc en janvier a tout changé…
Je pense qu’il a été écoeuré de voir la manière dont la saison s’est terminée. Il aurait refusé des clubs de Ligue 2 pour pouvoir continuer l’aventure avec le FC Martigues en National, une fois la sanction sportive tombée en fin de saison avec malheureusement cette avant-dernière place. Ensuite, il y a eu le passage devant la DNCG le 4 juillet, et l’exclusion des championnats nationaux, c’était tard pour lui, il a perdu du temps, il a perdu des opportunités, peut-être qu’il l’a mauvaise par rapport à la direction du club. Il a voulu s’éloigner de ça.

Hakim Malek, le coach qui a tout changé sportivement à son arrivée en janvier.

Quid de l’affaire Vartan Sirmakes ?
En gros, après l’épisode Giabiconi, le club avait beaucoup de dettes, notamment des créances de l’URSSAF, et Vartan Sirmakes, propriétaire de la marque Franck Muller, est venu sauver le club. Il a mis des sous en tant que mécène. Il met de l’argent sur un compte, 700 000 euros, bloqué, pour passer la DNCG et rassurer tout le monde. Et en fait, le club a dû piocher dedans. Au moment de rendre le pognon, il n’y a plus l’argent, et Sirmakes demande le pognon, et de là, ça part en bataille juridique, que Sirmakes a logiquement gagné. Mais cet argent était sur le compte de l’association. C’est pour ça que quand Lepa dit « Il y avait des cadavres »…

Il y avait des vases communicants entre la SAS et l’association, il y a eu des transactions, et sur l’extrait de l’audit, il est dit que, globalement, il faut « améliorer l’organisation administrative, comptable et financière » du club. Il est juste question alors de réorganisation. Lepa veut mettre la faute sur le passé, mais elle, elle a écouté n’importe qui. Et en fin de saison dernière, Lepa est allée voir Vartan Sirmakes en Suisse pour lui demander de l’aide !! Tu te rends compte ? Elle n’a pas d’honneur. Le pire, c’est que Sirmakes a accepté de la voir mais il a dit non pour l’argent (rires). Il n’allait quand même pas remettre un euro !

Mais si c’était vraiment de la faute de Sirmakes, qu’elle a tout le temps critiqué, et contre lequel tu as perdu un procès, jamais de la vie tu vas le voir pour lui demander de l’argent, non ? On n’avait pas de sponsor maillot toute la saison, elle avait sa marque, mais alors pourquoi n’a-t-elle pas mis sa marque sur les maillots ? Au moins, elle aurait eu de la visibilité… Et bien non. Que des mauvaises décisions, je te dis.

Djamal Mohamed (à gauche), le soir de la montée en L2 (ici avec Souleymane Diawara). Photo 13HF

Quid de Djamal Mohamed, le directeur sportif ?
Il n’est plus au club. Il était là depuis un moment. Il fait venir Steve Solvet et Yannick Etilé, deux supers joueurs, parce qu’il a toujours su trouver des joueurs comme ça, il a du flair, il est bon, et derrière, c’est Bernès qui a pris les rênes, il n’avait plus la main. C’est pour ça, des gens sont arrivés, mais pourquoi, puisqu’on avait Djamal. Il n’a plus rien géré et il a repris la main sur la fin. De toute façon, on a été interdit de recrutement en décembre, donc son rôle est devenu limité. Les saisons précédentes, en N2 et en National, il avait trouvé des supers joueurs, c’était top.

L’annonce du départ en juin 2024 de Grégory Poirier, l’artisan des deux montées de N2 en L2, est-ce que, finalement, cela n’a pas été ça le début de la fin, comme un très mauvais signal ?
Je ne sais pas… Avec tout ce que Greg a mis en place, de voir le résultat… Je ne sais pas ce qu’il pense, si ça lui fait de la peine ou pas. Mais je pense qu’il est parti parce qu’il a senti venir la douille. Le FC Martigues lui a permis d’obtenir son diplôme d’entraîneur professionnel. Et, lui, par rapport à ça, se sentait redevable d’un an. Mais il a dû sentir voir le truc arriver…

Grégory Poirier, l’artisan de la double montée (en 3 ans) de N2 à Ligue 2. Il entraîne le Red Star, en Ligue 2. Photo 13HF

Que sont devenus les joueurs ?
Il n’y a plus aucun joueur de la saison passée. Oualid Orinel est à Nîmes (N2), Romain Montiel à Créteil avec le gardien Yann Marillat (N2), Yannick Etilé, qui était approché par une D1 portugaise, est parti à Paris 13, et quand j’ai vu ça, j’ai mis ce post sur X, « il aurait mérité mieux ».

Karim Tlili avait des touches avec Cannes mais il a signé à Versailles (National), Samir Belloumou à Valenciennes (National), c’est beau, avec Alain Ipiélé, Steve Shamal est à Bordeaux (N2), Bevic Moussiti-Oko s’entraîne avec l’UNFP, Luan Gautier a fait des tests à Brest, Steve Solvet est en Azerbaïdjan au Sabah FC, Leandro Morante à Caen (National), Saintini est retourné à Sion et Mahamé Iby à Malmö, en Suède, c’était des prêts, Simon Falette est libre, Yanis Hadjem est en Belgique (en D2, aux Francs Borains), Milan Robin est en Ligue 2 au Mans, Ayoub Amraoui, prêté par l’OGC Nice, est retourné là-bas avant d’être transféré à Al-Ahli Sports. Voilà en gros.

Le stade Turcan va sonner creux…
L’OM s’est positionné pour accueillir quelques matchs de la Division 1 féminine (5 matchs), et quelques matchs aussi de son équipe de Youth League (3), et l’équipe fanion veut jouer à Turcan. Mais il y a eu une grosse erreur : une ville comme Martigues doit avoir ses équipements sportifs aux normes, et nous, il a fallu des mois de travaux pour que Turcan soit homologué pour la Ligue 2, alors que cela aurait dû être anticipé. Le FC Martigues avait déjà failli monter en Ligue 2 un an plus tôt, cela aurait dû déboucher sur une première phase de travaux. Rien n’avait été fait depuis des dizaines d’années. C’est une grosse erreur, parce que du tout, il a fallu tout faire d’un seul coup.

Du coup, les supporters ont été privés de match pendant une demi-saison, les joueurs ont effectué des allers-retours constamment, sans compter que cela a coûté un pognon dingue. Je trouve ça honteux. A l’arrivée, cela a coûté plus de 3 millions d’euros aux contribuables pour avoir un stade aux normes et là on a une équipe qui va jouer en « Départemental » ? Je te le dis, ça va gueuler au prochain conseil municipal.

Premier match à Turcan en Ligue 2 fin janvier 2025 et première victoire 3 à 0 ! Le début d’une jolie remontada…

Par le passé, des clubs comme Strasbourg, Bastia, Reims aussi, Le Mans, ou récemment Sedan, sont descendus bas…
Oui mais nous, on n’a pas une grosse fans base comme à Sedan, Strasbourg, ou Bastia et Le Mans, des clubs qui, dans un passé récent, se sont retrouvés en N3 ou même en Régional 1 voire R3 pour Sedan. On a des spectateurs à Martigues, pas des supporters. Je connais des supporters qui m’ont dit, quand Martigues a été rétrogradé en Régional 1 en juillet, qu’ils n’allaient plus suivre le club… Mais c’est quoi ça ? C’est ça supporter le club de sa ville ?

Bien sûr que cela va me faire mal au coeur quand je vais aller voir un match de Départemental. On verra bien… Il y a tout à reconstruire, l’équipe est très jeune, avec une moyenne d’âge située entre 18 et 20 ans, et un nouveau coach qui a joué au club, et donc connaît la région, le contexte, Salim MRamboini.

Les vidéos de Romain Molina sur le FC Martigues ?
Sa vidéo sur le FCM, ce qu’il dit, c’est réel. Il expose des faits que la plupart des supporters ignore. Et quand ceux-ci découvrent les dessous, ils se disent « Waouh, c’est pas possible ! ». Personnellement, je ne suis pas surpris. Ils vérifient ses sources. Il a été contacté par une association anti-corruption des Bouches-du-Rhône, qui a dénoncé tout ce qui se passait à Martigues, mais c’était déjà avant l’arrivée de Lepa. Mais c’est sûr que dans le club, il y a une taupe. Je pense que c’est quelqu’un qui était dans le board avant, mais qui est parti. Mais je ne suis pas la taupe !

Le mot de conclusion ?
Quel dommage !

  • Texte : Anthony Boyer / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : @Facebook FC Martigues (sauf mentions spéciales)
  • Suivez-nous sur nos réseaux sociaux (Facebook, X et Instagram) : @13heuresfoot
  • Visitez le site web 13heuresfoot
  • Un commentaire, une suggestion, contactez-nous (mail) : contact@13heuresfoot.fr

 

 

Le coach des Thoniers est une personnalité à part, qui jouit d’une belle image. Naturel, pudique et pas carriériste, il ne réseaute pas, fonctionne sans agent et a quasiment conservé les mêmes recettes qu’il utilisait sur les terrains des championnats régionaux en Corse. Entretien avec un homme hors système, qui a brisé un mythe en s’exilant loin de son île natale.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions spéciales)

Photo Philippe Le Brech

Stéphane Rossi l’apprendra en lisant l’article : pour préparer notre entretien en visio, nous avons pris quelques informations auprès d’une personne qui le connaît bien ! Pour en savoir plus sur le Bastiais d’une grande discrétion, à la fois dans la vie de tous les jours et dans les médias, nous aurions pu interroger Antoine Emmanuelli, son ancien président au CA Bastia, avec qui il a tout connu.

Finalement, nous avons opté pour Nicolas Gennarielli, qui fut son adjoint chez les Cabistes et aussi au Sporting-club de Bastia, qu’il avait dû quitter prématurément pour raisons familiales ! Et tout ce que nous a dit l’actuel directeur technique du Cavigal Nice, passé sur les bancs de l’Ile-Rousse (CFA2, devenu le FC Balagne) et de Porto-Vecchio (DH) au début des années 2010, s’est vérifié.

L’image d’un Rossi sympa, agréable, simple, et aussi pudique, a très vite été confirmée : « Sté, il est toujours resté le même. Il est lui-même, témoigne Gennarielli. Humainement, c’est un top mec ! Il est très cool. C’est aussi un épicurien. Il kiffe la vie, qu’il prend du bon côté. Dans le foot, il est très passionné. Il peut passer des heures à parler ballon, mais il sait aussi switcher. C’est un entraîneur qui y est arrivé par sa compétence. Il est très ouvert et fonctionne à la confiance. Il n’a pas peur de déléguer. Dans ce milieu, il dénote un peu, parce qu’il n’a jamais eu d’agent, qu’il fonctionne tout seul et qu’il n’a pas de réseau. Il est en dehors du système. Il n’est pas carriériste. Il ne se vend pas et puis il a longtemps été catalogué comme l’entraîneur corse qui ne peut pas exercer ailleurs qu’en Corse… »

Il vient de soigner un cancer de la thyroïde…

Lors d’un match amical cet été contre le SM Caen de Maxime d’Ornano. Photo Philippe Le Brech

Tous ces sujets, nous les avons évoqués avec celui qui s’est assis sur le banc de l’US Concarneau le 1er juillet 2024, dans un club professionnel fraîchement relégué de Ligue 2 en National, à… 1600 kilomètres de Bastia, sa terre !

Mais il est un autre sujet que nous n’avons pas abordé, celui de la maladie et de son cancer de la thyroïde, détecté en décembre 2024, qu’il a combattu pendant sept mois, et qu’il a vaincu.

Lundi, dans les colonnes du quotidien Ouest-France, il s’est longuement confié au journaliste Dylan Le Mée. Morceaux choisis : « En décembre, on m’a décelé une anomalie au niveau de la thyroïde (…) dès janvier, j’ai su que j’allais me faire opérer en juin. L’opération s’est mal passée. Je suis resté quelques jours en réanimation. Je n’arrivais pas à parler. Au club, seuls le médecin, le président, le directeur général et les joueurs étaient au courant (…) Après la saison, cela a été très compliqué, j’ai eu le soutien de ma famille et des gens du club. Quand je me suis réveillé, que je ne pouvais plus parler, ça m’a mis un coup car j’ai cru que je ne pourrais plus travailler (…) Dans notre métier, sans voix, l’entraîneur ne sert pas à grand-chose. Moralement, j’étais atteint (…) La chose qui m’a manqué, c’est de pouvoir parler aux joueurs qu’on avait ciblés et qu’on avait réussi à convaincre pour leur dire ce que je fais d’habitude, ma manière de voir les choses (…), maintenant, sur le terrain, je vis les moments plus intensément. Je me dis que ce n’est que du football et du jeu. Il faut que je vive différemment. J’ai toujours fonctionné pour moi. Je le dis ouvertement, j’étais égoïste. Le foot sera toujours mon métier, mais ce n’est pas ce qui fait l’essence de ma vie. »

Vendredi dernier, avant un match amical disputé (et remporté) face à Pontivy (N3), histoire de garder le rythme – l’US Concarneau était exempte lors de la 2e journée de championnat en raison de la rétrogradation de l’AC Ajaccio, qui a déposé le bilan, et du nombre impair (17) de participants en National -, Stéphane Rossi a pris 45 minutes de son précieux temps pour répondre, avec sa courtoisie habituelle, à nos questions, axées sur sa personnalité, son histoire, son parcours. Parfois surpris, comme lorsque nous l’avons interrogé sur son papa, parfois rieur, le coach le plus âgé de National (61 ans) et aussi le plus expérimenté à cet échelon (237 matchs avant celui de ce vendredi à Bourg-en-Bresse) devant le coach d’Orléans Hervé Della Maggiore (221) et le coach du FC Rouen Régis Brouard (174 matchs en National) – ces deux derniers ont cependant plus d’expérience à l’étage supérieur, en Ligue 2 – est resté fidèle à sa réputation. Celle d’un homme tranquille, sincère, cool, pudique mais pas trop non plus.

Interview

« Je n’ai jamais eu besoin d’un agent pour trouver un club »

Photo Philippe Le Brech

On commence par une date. Si je te dis 23 octobre 2019 ?
Le jour où je me suis fait virer du Sporting !

23 mars 1964 ?
(Rires) c’est ma date de naissance !

À quoi cela te fait penser ?
À Mon âge (rires) ! Mon âge avancé ! 61 ans ! Ça passe très vite, trop vite !

Et sur ses 61 ans, combien de temps passés sur les terrains de foot ?
Depuis minot, plus de 45 ans, j’ai commencé le foot en compétition à 15 ans, en cadets !

Et ta date de naissance, ça ne te fait penser à rien d’autre ?
(Surpris, il ne sait pas quoi répondre)

Tes parents… Ton père.. Tu as une relation forte avec ton père…
Oui, oui… (gêné)

Photo US Concarneau

Tu es pudique, tu n’aimes pas trop en parler…
Mon père c’est… Il a 86 ans aujourd’hui, il a toujours compté pour moi, mais c’est normal, il m’a élevé, quand ma mère est parti très jeune. C’est quelqu’un qui a été très dur avec moi au départ, mais aujourd’hui, je retire tous les bénéfices de cette éducation, des valeurs qu’il a pu me transmettre. C’est quelqu’un qui a pris aussi la relève et a élevé aussi mes enfants, puisque moi, j’étais divorcé, j’étais pas trop disponible… Mon père c’est le patriarche. Mes deux filles sont grandes aujourd’hui, elles ont 35 et 32 ans, je suis grand-père, j’ai deux petit-fils.

« Je n’aime pas me mettre en avant »

En recherchant des articles sur toi, on en trouve bien sûr axés sur le foot, les matchs, la compet’, mais en réalité très peu sur toi, l’homme, ton caractère, ta personnalité… Tu es discret…
Oui, c’est plus de la pudeur, je n’aime pas trop me mettre en avant. Moi, je fais mon boulot, et c’est largement suffisant. Et mon boulot, les gens qui sont avec moi le voient. Je ne cherche pas la lumière, ce n’est pas la peine.

Depuis maintenant 12 ans, tu ne vis que du football…
Oui. Pendant des années, j’ai cumulé deux fonctions : celle d’entraîneur de foot et celle de chef du service des sports du département de Haute-Corse. Quand on est monté en Ligue 2 avec le CA Bastia en 2013, j’ai dû faire un choix parce que je ne pouvais plus cumuler les deux. C’est là que je me suis mis en disponibilité afin de me consacrer au foot. La dispo de 10 ans s’est terminée en 2023, et j’ai fait le choix à nouveau à ce moment-là de ne pas retourner dans l’administration.

Tu es un peu à part, dans le milieu, la com, les médias, les réseaux, ce n’est pas trop ton « truc ». On sent aussi que le Stéphane Rossi que j’ai en face de moi, il ne joue pas un rôle. Tu es toi-même…
En fait, pour le foot professionnel, j’ai gardé le même fonctionnement que j’avais dans le foot amateur, quand j’entraînais en DH (Régional 1) ou même en Division 4 à l’époque. J’ai toujours eu un certain mode de fonctionnement que j’ai conservé, parce que j’ai été élevé comme ça. Pourquoi changer ? Il faut continuer à vivre comme on a l’habitude de vivre, sinon, tu peux perdre des amis, tu ne consolides pas les liens forts que tu as pu créer avec des amis au collège par exemple et que j’ai toujours aujourd’hui, ou avec des joueurs dans mes jeunes années au Sporting-club de Bastia, quand j’ai commencé à faire de la compétition.

« Il faut donner de l’importance à la personne que tu as en face de toi »

Photo Philippe Le Brech

Tu dis que tu as conservé le même fonctionnement que quand tu entraînais en DH mais pourtant, ce n’est pas possible, il y a forcément de l’adaptation…
Je me suis adapté, bien sûr, mais ce que je veux dire, c’est que je fonctionne quand même d’une certaine manière. Je t’explique : quand j’arrive dans un club avec la responsabilité d’une équipe, ma priorité c’est de fédérer autour de moi. Et pour ça, il y a des leviers à activer, il faut aller vers les gens, il faut donner de l’importance à la personne que tu as en face de toi, faire sentir à des joueurs, par exemple, qu’ils sont importants, mais il faut une confiance mutuelle. Cette confiance-là, elle est majeure, parce que si on l’obtient, derrière, on arrive à faire passer tous les messages que l’on veut, peu importe que le joueur ait fait un bon ou un mauvais match. Et à partir de là, on peut avancer. Les footballeurs professionnels, ce sont d’abord des humains, avec tout ce que cela comporte. Ils ont leurs failles, leurs qualités, et je prends ça en compte. Après, c’est sûr que dans le travail, je suis exigeant, rigoureux, parfois je m’énerve aussi, mais toujours avec le respect de la personne que j’ai en face de moi.

Sur le banc, tu as l’air aussi de bien maîtriser tes émotions, de ne pas te laisser envahir…
Parfois il m’arrive de m’énerver mais j’ai appris une chose avec le temps, c’est que quand tu es serein, plutôt calme sur un banc de touche, tu as plus de facilités pour analyser les choses. Et quand tu t’emportes, quand tu t’énerves, tu transmets ce stress à tes joueurs, à ton banc, et ce n’est jamais bon. Parce que tu indisposes beaucoup de gens, et cela peut se retourner contre toi. Je ne dis pas que je ne le fais jamais, mais il faut vraiment que cela soit quelque chose de grossier pour que je puisse sortir de mes gongs. Je ne tolère pas, non pas l’injustice, c’est un mot trop fort, mais les mauvais comportements. Il y a des personnes dans le football qui m’ont déçu par leur comportement. C’est vrai que tout le monde veut gagner, que notre métier est soumis à l’obligation de résultats, on le sait, c’est comme ça. Gagner, OK, mais pas par n’importe quel moyen. Il faut respecter le travail des autres, se respecter les uns les autres. Il faut de l’humilité, et sur ce plan-là, quelques personnes, coachs, présidents, directeurs sportifs, m’ont déçu. Moi aussi j’ai la pression du résultat. Ce n’est pas que cela peut me rendre différent, mais cela peut engendrer chez moi un comportement différent sur le moment. Là, je peux sortir de mes gongs. C’est un peu un regret que j’ai par rapport au milieu du foot.

Un souvenir d’un match où tu as pété un plomb ?
Je n’ai pas forcément pété les plombs mais juste dit les choses comme je le ressentais, et pas forcément de manière courtoise, c’était la saison dernière, contre Sochaux, à l’aller et au retour. Il y a eu une altercation parce que, en face de nous, je pense que les personnes n’ont pas pris le bon chemin pour gagner ce match, voilà, donc à un moment donné, il faut respecter les personnes que l’on a en face, quelque soit le statut, quelques soient les obligations de résultats que l’on peut avoir.

‘J’ai signé à Concarneau sans agent »

Photo Philippe Le Brech

Tu fonctionnes toujours sans agent ?
Oui, c’est vrai. J’ai signé à Concarneau sans agent. Je n’ai jamais eu besoin d’un agent pour trouver un club. Je n’ai toujours pas le réseau. Il y a des gens qui me connaissent et puis, ce qu’il faut dire aussi, c’est que j’ai quand même passé une trentaine d’années en Corse en tant qu’entraîneur. Forcément, là-bas, je n’avais pas besoin de grand-monde, mais après, quand je suis parti, oui, peut-être que j’aurais eu besoin d’un agent, mais cela s’est fait comme ça, par le bouche à oreille quand j’ai signé à Cholet par l’intermédiaire d’Anthony Martin, qui est de là-bas, qui était le gardien que j’avais au Sporting-club de Bastia à l’époque : il m’a appelé et m’a dit, « Ecoute, Cholet cherche un entraîneur, je vous mets en relation ». Pour Bourges, en National 2, pareil, je reçois un appel de quelqu’un que j’avais croisé sur les terrains, qui me dit que le club change d’entraîneur, il me demande si je veux aller là-bas, je me dis « pourquoi pas ? », le niveau m’importe peu, N2, National, ça ne me dérange pas. Et voilà. À Concarneau aussi, Philippe Leclerc (responsable du recrutement, ex-Caen, Angers), m’a appelé, il avait pris des informations sur moi par la bande, sur mon travail, ma manière de fonctionner, et ça s’est fait comme ça.

« J’aurais dû partir de Corse plus tôt »

Qu’est-ce qu’il t’a manqué pour entraîner plus souvent en Ligue 2 par exemple (une seule saison, en 2013-2014, avec le CA Bastia) ?
J’aurais dû partir de Corse plus tôt. C’est un des freins parce qu’on m’a catalogué comme un entraîneur ne pouvant entraîner qu’en Corse, n’ayant des résultats qu’en Corse, et ça, c’est un facteur limitant. Je pense que c’est juste ça. Après, sa notoriété, sa crédibilité, on la fait, non pas en changeant de clubs tous les jours, mais au travers des résultats que tu peux avoir dans tes clubs respectifs. À chaque fois que l’on m’a demandé d’atteindre un objectif, je l’ai atteint, même au Sporting quand je me suis fait virer.

« Il a toujours fallu que j’aille chercher les choses »

Photo Philippe Le Brech

Tu as aussi souvent pris en mains des équipes où il fallait reconstruire…
Oui. Au Sporting, quand le club est tombé de Ligue 1 en National 3, on m’a demandé de reconstruire parce qu’il n’y avait plus rien, j’ai construit, avec mon petit réseau, j’ai fait venir des joueurs, on a monté une équipe, la première année, on a fini 2e en National 3 (derrière Endoume), on est parti trois ou quatre matchs après les autres, c’était trop difficile, mais la deuxième année, on est monté en N2, et quand je me fais virer la troisième année, on avait disputé 9 matchs de championnat, on en avait gagné 7. Mais je pense que ce n’est pas sur les résultats sportifs que je me suis fait virer, il y a d’autres choses, d’autres raisons, mais je ne les connais pas.

À Cholet, quand je suis arrivé la première fois en décembre, il fallait maintenir le club, il y a eu la Covid, mais on était dans les clous. La deuxième année, on a tout reconstruit, en changeant 80 % de l’effectif, à la trêve, on n’était pas mal, dans les trois premiers, après, il y a eu des paramètres, comment dire, non maîtrisables… mais on a toujours été dans la première partie de championnat. À Bourges, quand je suis arrivé, la situation était délicate, on m’a demandé de maintenir le club en N2, on s’en est sorti. Et à Concarneau, dans un club qui descendait de Ligue 2, on m’a demandé de rebâtir, de reconstruire, avec des moyens limités pour le niveau National, et on a fini 8es. Et cette année, c’est pareil, il faut continuer à bâtir et surtout se maintenir pour aller dans la nouvelle Ligue 3 professionnelle. J’espère qu’un jour, de dépasserai les objectifs que l’on m’a demandés. En fait, j’ai été catalogué comme ça aussi. On ne m’a jamais donné une équipe déjà bâtie, déjà construite, en me disant « Voilà, avec cette équipe-là, tu vas entraîner en Ligue 2 ou en National ». Non. Moi, il a toujours fallu que j’aille chercher les choses tout le temps.

Photo US Concarneau

As-tu souffert de cette étiquette ?
Je n’en ai pas trop souffert parce que pendant longtemps je n’ai pas ressenti le besoin de partir (de Corse), j’étais bien chez moi, j’entraînais chez moi, à un bon niveau, voire à un très bon niveau. Ce que l’on a réalisé avec Antoine (Emmanuelli) et d’autres au CA Bastia, ce n’était pas banal, c’est quand même un exploit mémorable, un miracle même, d’arriver à monter en Ligue 2 avec un club de Bastia intra-muros, à côté du Sporting qui accapare toute l’attention des médias, des supporters, et de manière légitime, c’est bien normal. Les gens n’ont pas pris conscience de ce qui s’est passé à cette époque là.

Des regrets par rapport à l’époque CAB en Ligue 2 ?
Le CA Bastia en Ligue 2, ou même en National, c’était une opportunité monumentale pour les jeunes corses et pour le football sur l’île de développer le centre de formation du Sporting et de mettre en place des passerelles entre les deux clubs, en travaillant en bonne intelligence, main dans la main, et pas les uns contre les autres. Pour le CA Bastia, ce n’était pas seulement le fait de rester en Ligue 2, parce que même en National, avec un Sporting qui était en Ligue 1 à ce moment-là, cela aurait été viable. Cela aurait permis aux deux clubs de bénéficier de pas mal de compétences. C’est ça le regret. On n’a pas su convaincre les gens que c’était comme ça qu’il fallait avancer pour le bien du football corse.

Tu avais déjà eu des propositions pour entraîner sur le continent avant d’aller à Cholet en 2019 ?
Quelques-unes, mais comme je n’ai pas d’agent, tout était informel. Il n’y a pas eu de discussion. Je me souviens avoir vu mon nom dans la presse parisienne pour Créteil à l’époque, qui était en National.

« Il fallait que je parte, j’en avais besoin… »

Photo Philippe Le Brech

Cholet, c’était quand même le grand saut ! Qu’est-ce qui t’a pris d’aller aussi loin ? On t’aurait plutôt imaginé dans la partie « sud » de la France …
C’était un moment où j’en avais besoin. J’étais content de partir de chez moi, parce que j’ai souffert pendant quelque temps après mon éviction du Sporting-club de Bastia, en octobre 2019. Cette éviction, je pensais que c’était injuste. J’avais ce sentiment-là. Je voulais oublier tout ça, passer à autre chose. Je voulais partir pour montrer aussi que j’étais capable d’entraîner à un niveau supérieur, parce que quand je suis viré de Bastia, le club est en National 2. Là, à Cholet, je pars en National. J’avais eu d’autres contacts, tout de suite, après Bastia : j’avais discuté avec Béziers aussi, qui était en National, et Cannes, en National 3, m’avait sollicité, mais à ce moment-là, je voulais prendre un peu de recul. J’en ai profité pour partir avec mon épouse, voir des matchs en Italie, pendant un mois, et après j’ai rebondi en décembre.

L’US Concarneau 2025/26. Photo Philippe Le Brech

J’ai vu que dans ta carrière de coach, tu avais entraîné (au CAB Gallia Lucciana) un certain… Benoît Tavenot. C’est drôle non ? Il est aujourd’hui à la tête du Sporting-club de Bastia, en Ligue 2…
C’est vrai. C’était au CABGL (Bastia Gallia Lucciania) Et je vais te raconter une anecdote, Benoît s’en souvient. On va jouer en CFA2 à Cagnes-sur-Mer, à côté de Nice. Benoît, qui est originaire de Solaro, en Corse, arrivait de Strasbourg, je crois qu’il était encore étudiant. À Cagnes, il y avait du lourd, je me souviens qu’il y avait Di Costanzo (ex-Rennes, Nice, Reggiana), ils avaient une équipe largement plus forte que la nôtre. Je mets en place un système de jeu un peu particulier avec Benoît au marquage individuel de Di Constanzo. C’était l’une des premières fois où j’étais arrivé à avoir des images de l’adversaire ! On m’avait donné une cassette et j’avais regardé au magnétoscope le match précédent de Cagnes. Et très vite, je vois que Benoît n’est pas dans le coup, il perd un ballon, le mec marque… Bref, il est à côté de ses pompes. Je le sors au bout de 20 minutes. Et finalement on a gagné 2 à 1. J’ai ce souvenir-là (rires).

Tu es toujours en contact avec lui ?
Je l’ai de temps en temps, mais là ça fait un moment que je ne l’ai pas eu. Après, si j’ai besoin de quelque chose, je peux l’appeler, et l’inverse aussi bien entendu, il sait très bien qu’il peut m’appeler. J’ai passé le recyclage du BEPF il y a deux ans quand il était dans sa session BEPF.

Ça ne te fait pas « bizarre » de le voir à la tête du Sporting ?
Non, parce qu’il s’est engagé dans cette voie-là (de coach) très tôt aussi, il a eu des équipes de jeunes au club, il a eu la réserve, il est parti avec Frédéric Antonetti comme adjoint (à Metz et Strasbourg), il était déjà adjoint au Sporting avant (de Frédéric Hantz et de François Ciccolini), mais c’est vrai que c’est particulier de l’avoir eu comme joueur.

Penses-tu être un meilleur entraîneur aujourd’hui qu’il y a 25 ans ?
Je pense que oui, j’ai beaucoup plus de recul, d’analyse, et je dirais même de compétences. On progresse tout le temps, on apprend. Il faut toujours s’ouvrir, ne pas s’enfermer, re pas rester sur ses acquis, afin d’évoluer.

« Je ne suis pas un entraîneur défensif »

Photo Philippe Le Brech

Joueur, tu étais un plutôt créatif, un numéro 10, technique, mais coach, tu aimes bien que tes équipes soient plutôt bonnes défensivement…
Eeeeeeh…. Je dirais … oui et non ! Oui, parce que le socle, la base d’une équipe, c’est la solidité, afin qu’elle puisse exprimer ensuite ses qualités et ses forces offensives. Mais j’aime bien qu’elles soient organisées, qu’on puisse aussi avoir parfois la maîtrise : quand je bâtis un projet de jeu, j’appelle ça un projet de jeu réaliste. Je m’inscris dans cette philosophie-là, et non pas dans une philosophie de possession, de transition ou d’équipe ultra-défensive. Un projet de jeu réaliste, cela veut dire être capable de travailler sur des blocs médians ou bas quand il faut et être capable d’avoir la maîtrise du jeu et la possession par un jeu de position quand l’adversaire vous laisse la possibilité d’avoir le ballon.
Après, en fonction des individualités que l’on peut avoir, ça peut changer : la saison passée, par exemple, même si on a terminé 8e et que l’on a souffert à une certaine période, on a fini avec la 2e meilleure attaque du championnat (48 buts marqués, comme Le Mans, derrière Nancy et ses 54 buts) et quasiment l’une des plus mauvaises défenses. Il faut être équilibré, et ça, c’est difficile à trouver. Quand on est équilibré, souvent, c’est au détriment de l’aspect offensif. Quand on marque des buts aussi, c’est au détriment de l’aspect offensif, etc. etc. Si tu trouves cet équilibre, tu peux faire en sorte de terminer dans le haut du tableau. Mais je ne suis pas un entraîneur défensif !

« Le respect, l’humilité, et j’ai l’impression que ça se perd un peu »

Photo Philippe Le Brech

Est-ce que tu as l’impression d’être un coach à part, différent, dans ce milieu du foot ?
(Rires) Je vais te dire ce que je t’ai déjà dit : en fonction des personnes que j’ai en face de moi, peut-être. Il y a des entraîneurs aujourd’hui avec qui j’aime bien échanger, discuter, voilà. Mais c’est vrai qu’il y en a de moins en moins. Dernièrement, j’ai joué contre Villefranche en championnat (0-0, journée 1), j’avais déjà eu l’occasion de croiser leur coach, Fabien Pujo, en 2014, quand, justement, il y a eu cette accession avec le CA Bastia, j’étais parti au recyclage à Clairefontaine, et Fabien était là-bas à ce moment-là, on avait sympathisé à cette époque, mais c’est très vieux comme souvenir. Là, on a pu échanger avant le match. Après, il y a des coachs qui ne parlent pas, d’autres qui n’ont pas envie de parler, ou qui ont peut-être la pression avant le match, après, je respecte tout le monde. Mais par rapport à cette nouvelle génération d’entraîneurs qui arrivent, il y a un autre état d’esprit qui s’installe. Il y a des jeunes entraîneurs qui… je vais faire attention à ce que je vais dire parce que je ne veux froisser personne… qui ont les dents longues, et c’est ça la différence avec les entraîneurs de ma génération. C’est un constat. Nous, on était là, on était content d’être là, on était ouvert. Voilà. On était en National par miracle, parce que qui aurait dit que le CA Bastia monterait en National, puis en Ligue 2 ? Aujourd’hui, ce sont de jeunes entraîneurs à qui on donne les clés d’une équipe professionnelle parce que la majorité des clubs sont pros en National, et ils sont propulsés sur le devant de la scène comme ça, et ils veulent aller encore plus loin. Ils sont très ambitieux. C’est bien. Mais l’ambition, c’est une chose, mais après, il y a d’autres choses, comme la relation que l’on peut avoir avec les confrères, le respect, l’humilité, et j’ai l’impression que ça se perd un peu.

La Ligue 3, les coachs sont concertés ou pas du tout ?
(Il hoche la tête en signe de non) J’en parle avec mon président (Jacques Piriou), d’ailleurs il m’a donné comme objectif d’être en Ligue 3, mais à part ça, non, parce que c’est toujours un peu flou. On n’a pas trop d’informations. Moi, je sais juste deux choses sur la Ligue 3 : c’est qu’il y aura des play-off, et le statut professionnel.

« Le National s’est bonifié et professionnalisé »

Stéphane Rossi, au début des années 2000, à la tête du CA Bastia Gallia Lucciana. Photo DR

Tu le trouves comment le National aujourd’hui par rapport à celui que tu as connu avec le CA Bastia en 2012/2013 par exemple ?
Les clubs sont beaucoup plus structurés et les installations, hormis deux ou trois clubs, sont celles de clubs qui ont connu la Ligue 1 ou la Ligue 2, dignes du niveau supérieur. Les joueurs ont aussi pour certains joué à des niveaux au-dessus. Je trouve qu’au fil des saisons, le championnat se bonifie. Avec des entraîneurs, comme je l’ai dit, qui ont envie d’aller encore plus haut, et donc forcément, qui amènent autre chose, notamment dans leur vision du football. Forcément, parfois ça marche, parfois non, mais c’est totalement différent de ce que j’ai connu en 2012. En fait, ça s’est professionnalisé.

Un mot sur la situation du foot de haut niveau en Corse aujourd’hui ?
Déjà, de voir l’AC Ajaccio disparaître des compétitions nationales, ça me fait mal. Parce que c’est le football corse dans sa globalité qui est touché. L’ACA, ce n’est pas simplement l’équipe première, c’est un centre de formation reconnu, qui travaille bien, c’est la possibilité pour des jeunes joueurs de continuer leur cursus de formation, et susciter chez eux des vocations et pas seulement celles de devenir un joueur professionnel, cela peut être aussi de devenir éducateur, entraîneur, et tout ça, cela va manquer à un moment donné. Aujourd’hui, on résonne dans l’instant présent : oui c’est une catastrophe économique, c’est l’ACA qui disparaît, mais il faut regarder sur le long terme. Peut-être qu’il y a des garçons qui auraient dû être professionnels et qui vont travailler dans un autre secteur, d’autres qui auraient pu être éducateur ou entraîneur et qui feront eux aussi autre chose.

En fait, ça dérègle tout, pas seulement l’économie autour de l’ACA. C’est ça qui me fait mal. Des gens se retrouvent au chômage (180 salariés, ndlr). Il y a des familles touchées. Pour rebondir, c’est compliqué. J’ai connu ça au Sporting en 2017, quand je suis arrivé, le club était dans la même situation que l’ACA aujourd’hui, il y avait des garçons qui avaient signé des contrats pros de 3 ans, qui se sont retrouvés sans rien, certains ne jouent plus au football aujourd’hui. Tout ça, ce sont des choses qui ne sont pas palpables, mais qui vont arriver. L’impact sera négatif, ça c’est sûr. Cela a été le cas au Gazelec Ajaccio aussi. C’est sûr que cela fait mal au football ajaccien aussi, il y avait à un moment donné deux clubs en Ligue 1 et en Ligue 2, des derbys, aujourd’hui, il ne reste que le Gazelec en National 3. C’est dommage.

Photo Philippe Le Brech

Tu as regardé la vidéo de Romain Molina sur Johan Cavalli (directeur sportif de l’AC Ajaccio) ?
Oui.

Si un truc comme ça t’arrivait, si on dévoilait tes contrats au grand jour, tu réagirais comment ?
Franchement, à la place de Johan, je n’aurais même pas répondu. De toute façon, tous ces renseignements, son contrat, parce qu’il (Molina) a sorti son contrat, avec ses clauses, tout ça, ça vient de l’intérieur. Peut-être que moi, j’aurais cherché à régler mes comptes à l’intérieur.

Je ne suis pas là pour défendre Johan, mais qu’est-ce qu’il a fait de mal ? Il a un contrat, il ne l’a pas volé. Quand il a été signé, tout le monde était d’accord. Après, ce n’est pas ça qui a tué l’ACA.

« On a investi la Bretagne ! »

La vie à Concarneau, c’est comment ?
C’est top ! Il y a la mer, déjà, même si elle est un peu froide, mais quel plaisir de la voir tous les jours, surtout quand on est habitué comme moi à la voir depuis toujours. Après, les paysages ressemblent beaucoup à la Corse, avec une végétation ici, en bord de mer, que l’on retrouve en Corse mais à 300 ou 400 mètres. La ville est tranquille, aux alentours il y a Quimper, Lorient, et pour le foot, on peut aller voir des matchs pas loin, à Brest où il y a Greg Lorenzi, à Lorient où il y a Olivier Pantaloni et Yannick Cahuzac, en fait, il y a beaucoup de Corses, on a investi la Bretagne (rires) ! Je suis allé à Lorient dernièrement contre Osasuna en amical, Greg Lorenzi m’a invité contre Paris en 8e de finale de Ligue des Champions l’an passé. Quand je peux, j’essaie d’aller voir des matchs, le haut niveau, c’est toujours intéressant, mais on a tous nos obligations.

Tu fumes toujours un petit cigare le soir ?
Oui (rires) Oui, ça c’est mon plaisir. J’ai ma cave à cigares que j’ai transportée ici !

Avec un petit verre de whisky ?
Oui, mais pas tous les soirs le whisky (rires) !

Championnat National 2025/26 (journée 3) – vendredi 22 août : FBBP 01 – US Concarneau, à 19h30. Match télévisé et commenter sur la chaîne Youtube du #NationalFFF :  https://www.youtube.com/Championnat_National_Officiel

  • Texte : Anthony Boyer / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe Le Brech
  • Suivez-nous sur nos réseaux sociaux (Facebook, X et Instagram) : @13heuresfoot
  • Visitez le site web 13heuresfoot
  • Un commentaire, une suggestion, contactez-nous (mail) : contact@13heuresfoot.fr

 

Le National 2 reprend avec, pour la deuxième année consécutive, sa nouvelle formule de 3 groupes et 48 équipes. Un resserrement par le haut qui  fait dire aux spécialistes que jamais cette compétition, qui se rapproche de plus en plus de son grand frère, le National, n’avait été aussi relevée. C’est certain, la saison 2025-2026 s’annonce… passionnante !

Par la rédaction / contact@13heuresfoot.fr – Photos de couverture US Créteil

La saison de National 2 s’ouvre dès ce vendredi par trois matches : Chantilly – Epinal dans le groupe B, Saint Priest – Hyères et Créteil – Rumilly Vallières dans le groupe C. Depuis la saison dernière, le quatrième niveau a été ramené à 48 clubs (trois groupes de 16) par la grande réforme des compétitions nationales.

Le resserrement de l’élite a pour effet d’élever manifestement la compétitivité, au point que de nombreux témoins ou techniciens estiment que le National 2 d’aujourd’hui n’a plus grand chose à envier au National d’il y a dix ans…
Aujourd’hui, 80% des joueurs de N2 font du football leur métier et 95% des clubs s’entraînent désormais le matin et non plus le soir.

Une preuve que le niveau du championnat a grimpé ? Au terme du National 2024-2025, trois des quatre promus de N2 ont terminé 3e (Boulogne), 5e (Bourg en Bresse) et 6e (Aubagne). Et Boulogne, barragiste malheureux pour la montée en L2 face à Clermont, a finalement enchaîné une deuxième montée de suite (le club nordiste a été repêché après la rétrogradation administrative de l’AC Ajaccio) et joue aujourd’hui en deuxième division !

Le N2 est tellement exigeant qu’il n’accueille plus qu’une seule réserve professionnelle, celle du FC Lorient, là où il y en avait une bonne demi douzaine il y a peu : le FC Lorient est donc la seule exception, et encore parce qu’il a retrouvé sa place après avoir été relégué en N3 il y a un an.

Groupe par groupe, voici les forces en présence, les favoris et les outsiders, et quelques clubs au passé prestigieux, dont les Girondins de Bordeaux et Cannes…

  • La formule

Trois groupes de 16 équipes. Le premier de chaque groupe est promu en Ligue 3 (le FC Lorient ne peut pas monter). Les 15e et 16e sont rétrogradés en N3 ainsi que les deux moins bons 14e.

  • La participation

– Un relégué de National : Nîmes (le deuxième relégué, Châteauroux, a été repêché).
– Quatre repêchés parmi les neuf relégués sportivement en N3 : Wasquehal, Granville, Goal FC et Saumur. En revanche, Balagne, Marignane-Gignac et Bergerac, maintenus sur le terrain, ont été sanctionnés et envoyés en N3 (Balagne) ou en championnats de Ligue (Marignane-Gignac, Bergerac) par la DNCG.
– Dix promus de N3 : Aviron Bayonnais, FC Chauray, FC Lorient B, FC Montlouis (groupe A), FC Borgo, FC Dieppe, Colmar SR (groupe B), Lusitanos Saint Maur, FC Limonest DSD et FC Rousset (groupe C).
– Les trois champions de N2 à l’issue de la saison 2024-2025 ont accédé en National : le Stade Briochin, Le Puy Foot 43 et le FC Fleury 91. Cinq clubs ont été relégués en N3 : Villers-Houlgate, Aubervilliers, Vendée Le Poiré, Jura Sud et Anglet.

Groupe A

Les Girondins de Bordeaux sous forte pression

La saison passée, les Malouins avaient dominé la première partie de saison. Photo Facebook USSM

Aux Girondins de Bordeaux, personne ne se voile la face : une troisième saison en N2 serait inconcevable pour un club six fois champion de France mais passé tout près de l’extinction l’été dernier pour ses dettes abyssales.
Les Girondins sont encore en vie, mais ils attaquent la saison avec une énorme pression, sans joker, sans droit à l’échec. Une non montée en mai prochain pourrait même être cette fois vraiment fatale. Un club comme Bordeaux ne peut pas vivre éternellement à ce niveau.

La découverte du N2 a été semée d’embûches. Les buts de la star anglaise Andy Carroll ont un moment masqué les lacunes d’un groupe construit dans l’urgence, et seulement 4e à l’heure du verdict. Cette fois, le recrutement n’a pas été improvisé mais le turnover est massif : 14 départs (dont Andy Carroll) pour 15 arrivées dont quelques jolies pointures pour le N2 : Steve Shamal (Martigues), Nadjib Cissé (QRM), Matthieu Villette (16 buts avec La Roche sur Yon la saison dernière), Éric Vandenabeele (Rodez) où l’ex-concarnois Faissal Manai.

Laurent David, le coach des Herbiers. Photo Facebook Vendee Les Herbiers Football

Suffisant pour être tranquille ? Évidemment pas. Bruno Irles a appris à connaître les pièges du N2 et la qualité de plusieurs équipes. Qui peut challenger Bordeaux ? Les Herbiers d’abord, 2es du groupe la saison passée derrière le Stade Briochin, et qui cherchent à retrouver enfin le National 7 ans après sa finale de Coupe de France (0-2 contre le PSG) … et sa relégation concomitante en N2 !

Mais le coach vendéen est obligé de reconstruire après la perte de plusieurs cadres recrutés en National : Nathan Yavorski et Shelton Guillaume par Versailles, Sambaly Keita par Villefranche, Anderson Goncalves et Brahima Magassa par Châteauroux…

Saint Malo a aussi vu partir des éléments majeurs au dessus : Bilal Cissé à Versailles, et le buteur Raphaël Gerbaud au FC Rouen. Guillaume Heinry, le boss du milieu, figure également au niveau départs..

Mais le recrutement malouin a de l’allure avec Lucas Capoue (Blois), Tom Lebeau (Le Puy), Nathanael Bai (Bordeaux), Augustin Pascaud (Chateaubriant), Bissouma Touré (Marignane Gignac). L’attaquant Junior Burban (Progrès Niederkorn, Luxembourg) fera-t-il oublier Raphaël Gerbaud ?

Dominateurs jusqu’à Noël, les Corsaires ont longtemps cru que 2024-2025 serait enfin leur saison. Encore raté… 5e en 2023, 2e en 2024, 3e en 2025, l’US Saint Malo y arrivera forcément un jour.

Quelques sérieux outsiders peuvent troubler le jeu : Avranches qui veut renouer avec son passé en National avec Cédric Hengbart sur le banc; le Vendée Foot Club de Frédéric Reculeau (nouvelle appellation de l’ex-Vendée La Roche sur Yon) qui a fini très fort l’exercice précédent; et pourquoi pas Angoulême, 6e du groupe sud la saison passée et ravi de retrouver « sa » poule ?

Enfin, les promus pourraient troubler les cartes, notamment l’Aviron Bayonnais d’Alain Pochat, voire le FC Chauray, désormais seul représentant de l’agglomération niortaise au niveau national, très performant dans ses matches de préparation.

Groupe A – journée 1

Samedi 16 août, 18h :

  • Girondins de Bordeaux – US Avranches MSM
  • Voltigeurs Châteaubriant – Les Herbiers VF
  • Saumur OFC – Bayonne Aviron
  • US Saint Malo – FC Montlouis
  • Angoulême CFC – Dinan Lehon FC
  • Stade Poitevin – FC Lorient 2
  • VFC La Roche-sur-Yon – SC Locminé
  • US Granvillaise – FC Chauray

Groupe B

Pas de favoris mais un trio de costauds

Nicolas Rabuel, le coach du SAS Epinal. Photo Facebook SAS Epinal.

Les trois clubs d’Ile de France étrangement versés dans le groupe sud (Creteil, FC 93-Bobigny, Saint Maur Lusitanos), ce groupe Est-Nord-Corse semble extrêmement indécis. Puisque le champion (Fleury) et son dauphin (FC 93) ne sont plus là, il faut regarder vers la suite du classement de la saison passée, donc vers le FC Chambly-Oise (3e) et l’US Thionville Lusitanos (4e).

Dans l’Oise, où Stéphane Masala entame une troisième année, on est souvent placé depuis le retour en N2 : deux fois 3e (2023, 2025), une fois 4e (2024). Avec son stade Walter-Luzi, l’un des plus beaux de N2 (4200 places assises), le FCCO espère retrouver au plus vite le niveau qui fut le sien pendant une décennie (7 saisons en National, 2 en Ligue 2).
Trois de ses cadres sont partis en National (Paul Bellon à Dijon, Bilal Mehadji à Paris 13 Atletico, Djibril Diarra à Châteauroux) mais le club a engagé une dizaine de joueurs références en N2 comme le buteur Anthony Petrilli (Paris 13 Atletico), Andrea Marques, le capitaine du voisin Beauvais, Kemo Kenneh (Creteil), Johan Rotsen (FC 93), William Vouama (Marignane Gignac), mais aussi avec une belle expérience en Ligue 2 comme Antoine Valerio, passé par Nîmes et Rodez… Sans parler bien sûr du retour de Thibault Jaques, le capitaine des grandes années National/Ligue 2.

Le manager de Beauvais, Sébastien Piocelle, avec au premier plan Romain Elie, l’un des deux coachs de N2 (avec Jérôme Brocard). Photo Facebook ASBO

Les arguments de Thionville sont du même ordre : certes les Lorrains ont dû lâcher leur meneur de jeu Amine Groune (Sarrebruck, D3 allemande), révélation du dernier exercice, mais ils se sont renforcés notoirement en attaque avec Bryan Labissière (Bourg en Bresse, National), Alexis Gouletquer (12 buts avec Haguenau la saison passée) et Chafik Gourichy, de retour dans le club où il avait marqué 23 buts en N3 lors de la saison 2023-2024.

Encore en Régional 2 en 2021, l’US Thionville Lusitanos surfe en outre sur une impressionnante dynamique.
Le troisième candidat arrive du groupe Ouest : boosté par le soutien de la star Sadio Mané, le Bourges FC ne cache pas ses ambitions malgré une décevante 8e place lors du dernier exercice. Certes, le buteur Gwen Foulon et le milieu Samba Dembele sont partis chez le voisin Châteauroux, mais le coach Romain Revelli peut se satisfaire d’un recrutement ambitieux, avec notamment le gardien Leopold Maître (Blois), Allan Ramos (La Roche Vendée), Enzo Couto (Monaco U23), Adélaïde Hitouss (Mâcon), Paul Mbelek (Creteil) ou Rosario Latouchent (FC 93).

Dans ce groupe, on rentrera tout de suite dans le vif du sujet avec un Chambly-Thionville pour commencer dès samedi puis un Bourges-Chambly une semaine plus tard…

Saint Pryvé Saint Hilaire aura aussi un rôle à jouer s’il renouvelle son très bon début de saison passée, comme Biesheim et Furiani Agliani, valeurs sûres du groupe, à la condition de se montrer plus réguliers.

Ancien pensionnaire de National, le SAS Epinal sort d’une saison ratée (12e) au contraire de l’AS Beauvais-Oise, 6e, mais ensuite reléguée en N3 par la DNCG puis réinstallée en appel, et qui aura sans doute l’équipe la plus jeune du championnat. Le maintien suffira cette saison au club de Sebastien Piocelle, et ce sera aussi le cas pour Haguenau et les trois promus (Borgo, Colmar, Dieppe) même si deux d’entre eux jouaient en National il n’y a pas si longtemps (Borgo, Colmar).

Enfin, Blois continuera de faire avec des moyens limités (et sans Cédric Hengbart, parti sur le banc d’Avranches), tandis que Chantilly, Feignies Aulnoye et Wasquehal semblent mieux armés que la saison dernière. Mais l’exercice du pronostic est aléatoire dans ce groupe vraiment ouvert…

Groupe B : journée 1

Vendredi 15 août, 17h :

  • US Chantilly – SA Épinal

Samedi 16 août, 17h :

  • FCSR Haguenau – Feignies Aulnoye EFC

Samedi 16 août, 18h :

  • FC Borgo – Bourges FC
  • FC Chambly Oise – Thionville Lusitanos
  • Wasquehal Football – Colmar SR
  • Blois Foot 41 – FC Dieppe
  • Biesheim ASC – AS Beauvais Oise
  • Saint Pryvé Saint Hilaire – AS Furiani Agliani

Poule C

Créteil favori, vraiment ?

Le Sporting-club de Toulon, 3e la saison passée, fera-t-il mieux cette saison ? Photo Facebook SC Toulon

D’aucuns diront que c’est la poule la plus relevée de National 2. La plus relevée, même, de l’histoire du championnat. Mais ça, ce sont des idées reçues. Sur le papier, en effet, il y a du beau monde. Des beaux clubs. Mais ce sont toujours un peu les mêmes dans cette poule amputée de son plus fidèle participant en N2, Jura Sud, qui, après 22 ans d’affilée en CFA/N2, a chuté en National 3.

Non, la différence, vraiment, on la trouve dans les compositions des effectifs, avec, il est vrai, beaucoup de noms, beaucoup d’individualités. Et c’est sans doute là où se situe toute la différence avec les deux autres poules : plus de meilleurs joueurs, capables de faire des différences, moins de jeu collectif peut-être. On caricature, bien sûr, mais c’est souvent ce que les techniciens disent. La qualité de jeu (et aussi celle des pelouses) n’est peut-être pas aussi léchée que dans l’ouest, pour ne parler que de cette région, mais les particularités sont nombreuses, comme ce fameux « contexte du sud », mais la légende a dépassé la réputation : plus de duels, plus d’engagement, plus de paroles, plus d’hostilité, plus de rivalité, moins d’accueil, moins de chaleur, c’est vrai, mais ce n’est tout de même plus ce que c’était avant.

L’autre particularité, et pas des moindres, c’est qu’il y a beaucoup de derbys régionaux. Et les derbys, dans le sud, sont « disputés » et engagés, rivalité oblige, et accouchent souvent de matchs nuls. Et à force de faire des matchs nuls, c’est mathématique, vous n’avancez pas.

C’est pour cela que nous avons fait de l’US Créteil le favori du championnat, quand bien même le club phare du Val-de-Marne, qui a pesté contre son déménagement dans la poule sud (un courrier signé avec les deux autres clubs franciliens, Saint-Maur et Bobigny, a été envoyé à la FFF), n’a pas forcément convaincu lors de ses matchs de préparation et devra se coltiner des longs déplacements dignes d’un club de Ligue 2 qu’il était encore il y a 9 ans (Créteil a quitté l’antichambre de la L1 à l’issue de la saison 2015-16).

Il y a 9 ans, Karim Mokeddem, lui, n’était pas encore un coach professionnel (il a depuis passé et obtenu son BEPF en 2019) mais figurait dans cette poule sud de N2 (CFA à l’époque), qui a quand même un peu changé depuis.
Il y a 9 ans, il fut aussi celui qui propulsa Lyon-Duchère en National, au nez et à la barbe du géant grenoblois, avant de jouer, trois années durant, la montée en Ligue 2 (7e, 6e et 5e) sans toucher au Graal. Mokeddem, qui jouit d’une belle réputation en National, mais qui n’a pas encore goûté à la Ligue 2, n’a pas hésité à prendre un nouveau virage et redescendre d’un niveau cet été pour embrasser le projet cristolien, tout comme le manager général Olivier Miannay après 7 ans au Puy, et déjà passé par Créteil. Un projet qui rappelle, à un degré moindre, celui du Paris FC, avec l’arrivée d’un nouvel actionnaire majoritaire, l’une des plus grosses fortunes de France, Xavier Niel (groupe Free).

Voilà pourquoi nous faisons de Créteil le favori… sur le papier. C’est solide défensivement, et sur le plan offensif, avec des noms comme Ben Fredj, Montiel et Benkaïd, il y a du potentiel. Mais pour l’heure, ce ne sont que des noms… qui devront vite se mettre au rythme et au diapason du National 2. Un seul but marqué en match amical, c’est peu. Et la bagarre le week-end dernier en amical contre la N3 d’Aubervilliers (0-2), témoigne peut-être d’une certaine tension, à moins que cela ne soit la pression. Elément de réponse dès vendredi, contre un bon poil à gratter de N2, Rumilly.

Les Haut-Savoyards, emmenés par un jeune coach prometteur, Cédric Rullier, sont dans la continuité de leurs deux dernières saisons en N3 et N2 et présenteront un nouveau tandem en attaque, où Raga et Doumbouya ont été remplacés par Hattab (ex-Besançon, N3) et Mendy (ex-Vire en N3), auteurs de 17 buts chacun en 25 matchs la saison passée. Le stade Duvauchelle de Créteil sera en « free access » (entrée libre), pour reprendre la campagne de communication du club, clin d’oeil évidemment à son propriétaire !

Le GFA Rumilly, poil à gratter de la poule ? Photo Facebook GFA Rumilly74

Et derrière Créteil ? Pfffiou… Pas facile ! Les « spécialistes » avancent le nom de Toulon, voire celui d’Istres. Et disent que Saint-Priest a vraiment bien recruté, et que Fréjus/Saint-Raphaël pourrait faire très mal avec son duo d’attaque Le Bihan (Sedan, Le Havre, Nîmes, Nice, Auxerre, Dijon, Caen, L2 et L1) – Abdeljelil (16 buts en 30 matchs l’an passé en National à Nîmes) et le retour du « taulier » en défense, Dumas, leader sur et en dehors du terrain, revenu de Saint-Priest après huit saisons déjà sous le maillot étoiliste (2015 à 2023). A eux trois, on approche le siècle d’existence mais on gagne surtout en expérience !

Bizarrement, l’AS Cannes, ogre de la poule la saison passée eu égard à son budget XXL (certains ont avancé les chiffres de 5 ou 6 millions d’euros, c’est à dire un budget de première partie de tableau de National), demi-finaliste de la coupe de France en mai, a moins fait parler de lui, même s’il a disputé un match amical bling-bling à Rome, contre… l’AS Roma, club partenaire du fait de son propriétaire commun, Dan Friedkin (défaite 3-0).

L’AS Cannes a pris son temps, inquiété ses supporters (ils étaient près de 8000 à Coubertin contre Reims) et, compte tenu des nombreuses incertitudes administratives des clubs à l’inter-saison, sans doute secrètement un peu espéré être promue en National au titre de 2e meilleur de N2 (derrière Bobigny). Du coup, le club part un peu plus loin sur la ligne de départ cette saison. Ce n’est peut-être pas plus mal. Mais la coupe de France, sil elle a mis en lumière ce club lui aussi historique, a aussi dévoilé quelques talents, on pense évidemment au goaleador Dominguez parti à Dijon (et déjà buteur vendredi dernier), au latéral Fischer parti à Versailles (et déjà passeur vendredi dernier), ou encore à Trinker (titulaire à Châteauroux vendredi dernier en National) et Vinci (Toulon). Mais dans l’ensemble, l’équipe de Damien Ott, l’entraîneur le plus expérimenté de la poule, qui accueille Grégory Coupet dans un staff renforcé au poste d’entraîneur des gardiens en remplacement de l’historique François Lemasson, et aussi Morgan Amalfitano, a conservé son ossature. Doumbouya (Rumilly), le revenant Boussaïd (Le Mans, Avranches) et Corchia, que l’on ne présente pas, sont les principales recrues des Dragons dont l’ambition reste la même : monter dans la future Ligue 3.

A Toulon, « Momo » Sadani disposera d’un arsenal – un pléonasme dans cette ville militaire ! – impressionnant. Des recrues sont arrivées, Soilihi (QRM, Martigues), Vinci (Cannes), Nouri (ex-Châteauroux, Béziers, Saint-Brieuc en National et Ligue 2), Fall (Sparta Prague B), Bouameur (Istres), et récemment Bennedine, un latéral gauche qui pourrait composer n’importe quel effectif de National. En attaque, où Bennekrouf arrive pour épauler Diallo, le meilleur buteur 2024-25, seulement revenu cette semaine du Sénégal (23 buts l’an passé, 50 buts en 108 matchs sous le maillot azur et or), on attendra mieux de Vialla et de Diarra, d’autant que Khaled et le jeune Marius Reymond frappe à la porte. Si la mayonnaise prend… Le problème, c’est que le Sporting, qui rêve de retrouver son lustre d’antant, risque de ne pas disputer son premier match à Bobigny, le club du 93 ayant demandé à la FFF de reporter le match après l’imbroglio Ajaccio.

l’US Saint-Maur Lusitanos, promue en N2. Photo Facebook US St-Maur

Bobigny justement. Le « dindon » de la farce, à l’instar de GOAL FC la saison passée, a menacé de ne pas disputer la saison de N2 s’il n’était pas repêché en National à la place des Corses, exclus mercredi des championnats nationaux. Bobigny, qui clame son droit à un repêchage en National au titre de meilleur 2e de N2, a déposé un référé-suspension devant le Tribunal administratif. Mais il y a des règlements, qui sont ce qu’ils sont : et à la FFF, on ne touche plus au calendrier et à sa compo une fois la date du 17 juillet passée… Mais on imagine que si les Franciliens ont enrôlé un goaleador comme Durbant (Sochaux, Châteauroux, Laval, Sedan), dont le CV siérait à n’importe quel club de l’étage supérieur, ce n’est pas pour déclarer forfait…

La surprise pourrait venir des bords de l’étang de Berre, d’autant qu’avec les « disparitions » de Martigues (de Ligue 2 à R1) et de Marignane-Gignac (de National à R1 en deux saisons après un passage en N2 l’an passé), la place est bonne à prendre : c’est sans doute ce que se dit Istres, longtemps place forte du football professionnel en Provence, dans l’ombre de l’OM. Le club a beaucoup recruté et s’est tourné vers les deux autres poules de National 2, sans oublier la touche « sud » bien entendu : Abergel (Le Puy), Dihad (Jura), Marre (Furiani), Amir (Le Mans, National), Quemard (Locminé), Relange (Blois), Niakaté (Bergerac N2, Orléans National), Gueye (buteur d’Argeles avec 20 pions en 35 matchs de N3), Ben Boina (ex-Consolat, Epinal), Khechmar (Toulon). Il sera donc intéressant de voir comment se comportera ce Istres « new look », qui a fait très bonne impression pendant les matchs amicaux.

Souvent bien placé, jamais gagnant (2e en 2020 et 2022, 3e en 2023 et 2024, 4e en 2025), le RC Grasse de Loïc Chabas, avec une nouvelle direction à sa tête depuis six mois, a changé beaucoup de choses. Quelques cadres sont toujours là (Corain, Medjian, Abt, Ako et le revenant Chatelain) mais il a fallu pallier la quinzaine de départs, et pas des moindres. Or, peu d’arrivées sont à signaler, si ce ne sont celles de Valette, l’ancien gardien de Nancy en Ligue 2 (et aussi Sochaux), mais qui s’est blessé, des attaquants Koné (venu de Belgique) et Bekhechi (Poitiers). Pas sûr que le club de la cité des parfums parviennent à faire aussi bien cette saison.

Faire mieux que la saison passée, c’est ce que visera Andrézieux qui espère garnir aussi un peu plus un magnifique « Envol stadium », sans doute l’un des plus beaux outils de la poule. L’équipe a été complètement remodelé autour du nouveau coach Roland Vieira, qui a joué au club il y a 13 ans quand il terminait sa carrière d’attaquant, juste avant de « construire » le club du Puy sur le banc (2013 à 2023). Avec les arrivées, un peu comme à Istres, de joueurs issus des autres poules ou autres régions – signatures de Ley (Granville), Latour (Granville), Da (Bobigny), Mangonzo (Paris 13), Abdelmoula (FC Rouen), Kashi (Créteil), Lehoux (FC Rouen), ou encore des attaquants Misiak (16 buts en 23 matchs avec Thonon Evian) et Doucet (8 buts en 21 matchs avec Istres) -, le club du président François Clerc a l’air bien armé pour faire une belle saison, du moins bien meilleure que la précédente.

Saint-Priest pourrait être l’une des bonnes surprises de la poule avec un effectif chamboulé et une douzaine d’arrivées, dont les expérimentés Flochon (Boulogne), Chapuis (Marignane), Ephestion (Créteil), Séance (La Roche-sur-Yon) ou encore Goteni (Angoulême), des joueurs qui ont tous déjà évolué plus haut, sans oublier Valtriani (Granville) et Raga, l’ex-buteur de Rumilly.

A Hyères, sans trop de moyens, mais avec de bonnes idées et un coach, Lilian Compan, Hyérois d’adoption, au club depuis 2018, qui effectue un super job, on sera dans la continuité de la saison passée, terminée à la 5e place après avoir dominé le championnat pendant près de six mois : Tressens (Angoulême), Hoguet (Saint-Priest), Hari (Dinan-Léhon) et Moutault (Andrezieux) sont tous arrivés de N2. Mais il faudra confirmer, et c’est parfois ce qu’il y a de plus dur.

Pour Nîmes, qui a repris avec quinze jours de retard sur tout le monde, l’heure est à la reconstruction. Les « crocos » repartent d’une feuille blanche, ont recruté beaucoup de jeunes joueurs et aussi quelques cadres ultra-expérimentés (le gardien Salomone de Créteil, le milieu Orinel de Martigues ou encore l’attaquant nîmois Depres de Rodez). Et pour le repêché GOAL FC, il sera intéressant de voir comment se comportera l’équipe de Pierre-Marie Thimonier, conforté à son poste après quatre mois très concluants la saison passée.

Enfin, pour les trois promus, les Lusitanos de Saint-Maur avec sa recrue phare Ibrahima Seck et un ancien goaleador à sa tête, Helder Esteves; Limonest et Rousset, qui a beaucoup recruté et n’a pas hésité à faire son marché dans les autres poules de National 2, un peu à l’instar d’Istres et Andrézieux (Badji de Beauvais, Leonil d’Andrézieux, Chapelle de Blois, Zerfaoui, GOAL FC, etc.), l’heure est plutôt à la découverte. « On entre dans un nouveau monde » disait même Nordine Assami, le coach de Rousset Sainte-Victoire, après l’accession de N3 en N2 au printemps dernier ! Une nouvelle dimension même pour ces trois clubs.

Groupe C – journée 1

Vendredi 15 août, 19h :

  • AS Saint-Priest – Hyères FC
  • US Créteil – GFA Rumilly Vallières

Samedi 16 août, 17h30 :

  • FC 93 BBG – SC Toulon (?)

Samedi 16 août, 18h :

  • RC Grasse – EFC Fréjus Saint Raphaël
  • Nîmes Olympique – FC Limonest / Saint-Didier
  • GOAL FC – Istres FC
  • FC Rousset Sainte-Victoire – Andrézieux- Bouthéon FC
  • Saint Maur Lusitanos – AS Cannes

 

  • Suivez-nous sur nos réseaux sociaux (Facebook, X et Instagram) : @13heuresfoot
  • Visitez le site web 13heuresfoot
  • Un commentaire, une suggestion, contactez-nous (mail) : contact@13heuresfoot.fr

Revenu en Bourgogne l’an passé, le défenseur de 36 ans retrace sa carrière, dont il a programmé la fin, en juin 2026. Le vice-capitaine dijonnais, qui a connu la Ligue 1 (un peu) et la Ligue 2 (beaucoup), notamment à Brest, Auxerre et surtout Niort, dévoile les traits de sa personnalité. Entretien avec un garçon sensible, fédérateur, empathique, bavard et qui garde toujours le sourire !

  • Par Augustin THIEFAINE / Photos Vincent POYER (DFCO) et 13HF
  • Reportage à Dijon, durant la préparation estivale, avant la journée 1 de National (succès 2-1 du DFCO à Orléans).

« Je suis un enfant de Nouvelle-Aquitaine, et sans les Chamois Niortais, je n’aurais jamais été footballeur. C’est mon club, je lui dois tout. J’y ai passé ma vie de mes 15 à 25 ans, puis, à nouveau 18 mois avant que le club ne coule. C’est grâce aux Chamois que j’ai pu avoir la vie que j’ai aujourd’hui et continuer de pouvoir vivre de ma passion tous les matins. »
Cette passion, elle se ressent dans sa façon de prononcer ses mots. Du haut de ses 36 ans, Quentin Bernard s’est confié à l’aube de sa dernière saison dans le monde professionnel. De Niort à Dijon en passant Brest et Auxerre, le défenseur conserve un certain recul et se satisfait de chaque expérience vécue.

Latéral gauche puis défenseur central

Photo Augustin Thiefaine / 13HF

Latéral gauche de formation, c’est désormais en charnière centrale que s’épanouit le vice-capitaine dijonnais aux côtés du solide Elydjah Mendy, avant de raccrocher les crampons au printemps prochain. Au moment de se remémorer ses aventures et de se confier, l’émotion est toujours palpable dans la voix du Poitevin – il est né à Poitiers, dans la Vienne -, mais Charentais d’adoption. L’exemple le plus criant est sans doute la triste actualité niortaise, dont il ne s’est jamais éloigné ces derniers mois. Une actualité soldée par la pure et simple disparition de son club formateur, lors de la saison du centenaire (2024-2025).

Aujourd’hui, les Chamois ont fusionné avec l’UA Niort Saint-Florent et vont se débattre en Régional 2 après des décennies dans l’antichambre de l’élite du football français (et même une saison en Division 1 en 1987-88). Une disparition indigeste pour l’ancien capitaine, pour qui l’identité et l’honneur ont été bafoués ces derniers mois.

Derrière son histoire, son parcours et ses aventures, on découvre surtout en Quentin Bernard un amoureux du sport et du ballon rond. Une personnalité simple, accessible, extravertie, bavarde et émotive. Le numéro 5 du DFCO a accepté de revenir sur sa carrière sans langue de bois, avec humour, en insistant avant tout sur le rôle prépondérant de sa famille dans ses choix sportifs, dans ses choix de vie. Sa joie de vivre et sa sensibilité, qu’il ne cachent pas, rappellent que les footballeurs sont avant tout des gens normaux. Des humains soumis à une pression et une attention constante, emplis de réflexion et d’émotion. Retour dans le temps.

Interview : J’ai toujours mis le « nous » avant le « je » !

« Mes premiers doudous, c’était des ballons ! »

« La passion est familiale. Dès que j’ai su marcher, j’étais aux bords des pelouses. Mes premiers doudous étaient des ballons ! Mon père était gardien de but au niveau départemental et mes cousins jouaient en Régional. Le foot, c’est un socle familial qui fait que, depuis que je suis né, j’entends parler de l’OM ou de Saint-Étienne avec des proches qui sont de fervents supporters. Ma grand-mère était dirigeante dans un petit club près de Poitiers, l’Entente Sportive Beaumont Saint-Cyr, mon grand-père y était bénévole. Finalement, j’ai tapé dans mes premiers ballons à 5 ou 6 ans à l’ES Buxerolles. Il y avait du foot presque tous les jours. J’avais match le samedi, mes cousins aussi, mon père le dimanche, les entraînements. Quand je sortais de l’école, c’était tout le temps « foot ». C’est un ancrage fort. »

« Je savais que je voulais en faire mon métier »

Photo Vincent POYER (DFCO)

C’est dans cet environnement familial de mordus que Quentin grandit et met le ballon rond au milieu de son quotidien. Chez les Bernard, le football ne se suit pas, il se vit. Et c’est au fil du temps que ses talents vont se révéler.
« Ma grand-mère a une place très spéciale dans ma vie. Elle m’a transmis des valeurs à travers le sport et pour la vie en général aussi. C’est elle que j’ai suivi. Quand j’étais gamin, elle m’a offert mes premiers stages chez Jean-Michel Larqué l’été. C’est elle qui m’a incité et donné envie de faire ça. Peut-être qu’on va me prendre pour un fou, mais après ces stages, je savais que je voulais en faire mon métier. Je n’avais que 9 ou 10 ans. Je ne connaissais pas le milieu, mais j’ai pris goût au fait de faire que du foot chaque jour de la semaine. C’est ta passion. À ce moment-là, tu n’as pas d’arrière-pensée. Tu te lèves le matin, tu manges des Chocapic, tu vas jouer. C’était la Coupe du Monde, donc on la simulait aussi. C’était le kiffe. Puis tu te dis « Pourquoi cela ne pourrait pas être ton job plus tard en fait » ? »

Photo Vincent POYER (DFCO)

« Après Buxerolles, je suis allé à Châtellerault puis à 13 ans, je suis rentré au Pôle Espoirs à l’IFR de Châteauroux (un centre de préformation). Tu vas au collège tous les matins, mais tu t’entraînes aussi tous les jours comme les pros. Le week-end, je jouais à Châtellerault. À la fin de ce cette période, à 15 ans, on a tous signé dans des clubs professionnels (Monaco, Montpellier, PSG…). La génération 89 avec moi, ce sont des Karim Aït-Fana (MHSC et champion de France en 2011 avec Montpellier), des Dominique Malonga (Monaco)… Avec ma famille, on a fait un choix : il y avait Rennes, Lens et les Chamois sur les rangs. Des trois, Niort était le seul club qui prenait toute ma formation en charge et j’avais un contrat junior, je touchais 500 euros. C’était le choix du coeur et de la raison puisque c’est à une heure de chez mes parents. À 15 ans, tu ne te vois pas aller à l’autre bout de la France. Tu as envie de rester avec ton frère, ta soeur et tes parents. L’histoire a duré 10 ans. Ça a été très enrichissant. C’était un club très familial. À l’époque ils étaient en Ligue 2 et possédait l’un des meilleurs centres de formation de France (années 2010). Il n’y avait que des gars du coin. Durant mes années niortaises, on a été champions presque chaque année. À 16 ans on a fait les play-off contre Saint-Étienne, Rennes ou Monaco. On n’était que Niort quoi… À 18 ans (en 2007), on perd en demi-finale de Gambardella contre Sochaux (1-1, 4-5 tab), le futur vainqueur. On avait fière allure contre les meilleurs clubs de France. »

« Tours, Orléans, Niort, le triangle des Bermudes de la Ligue 2 ! »

Photo Augustin Thiéfaine / 13HF

« Encore aujourd’hui, Niort reste le club qui a le plus de présence en Ligue 2. Jouer au stade René-Gaillard, pour nous, c’était un kiffe parce que c’est un stade pourri (rires !). Pour les adversaires, c’est une galère monstre. Il n’y a pas d’ambiance, c’est champêtre. Nous, on avait un surplus de motivation parce qu’on jouait des grosses équipes et elles, elles venaient en se disant, « Oh la la, Niort c’est de la m****, on va se faire froisser ». Avec Tours et Orléans, à l’époque, c’était le Triangle des Bermudes de la Ligue 2. »

Après quatre années, le jeune produit du centre de formation niortais porte enfin le maillot de l’équipe première mais dans un contexte imprévu. En 2008, alors engagé en National, les Chamois tendent vers une remontée rapide en Ligue 2. Mais le club de la préfecture des Deux-Sèvres ne remporte aucun match de championnat lors des trois premiers mois de la saison. Pire, la mauvaise dynamique continue : en fin de saison, après un ultime match nul contre Pacy-sur-Eure (0-0), son sort est scellé. Pour la première fois depuis 1970, Niort doit en passer par la case CFA (N2). Une relégation qui signe la fin de l’ère professionnelle du club et l’oblige à reconstruire un effectif. Cet effectif, Quentin Bernard, qui a participé à 8 matchs de National cette saison-là, et les jeunes du centre de formation en feront partie.

« À 18 ans, c’est un peu l’âge charnière. Soit tu es pro, soit tu ne l’es pas. Alors que je dois signer mon premier contrat professionnel, je suis appelé en sélection nationale. Je me dois d’en parler car le papa et la mamie ont une fierté éternelle sur cette chance que j’ai eu de porter ce maillot. Mais en deux semaines, je passe de la sélection (il fut international U18 et U19) à la CFA. À cette époque, l’équipe première connaît un cataclysme avec la descente en CFA. C’était paradoxal. La mission c’était soit le club remontait dans les deux ans, soit c’était la mort. Le directeur du centre de formation, Pascal Gastien, était en même temps coach de la réserve. C’est sous son aile, avec les jeunes de la génération Gambardella et du cru niortais, qu’on a réussi à remonter en Ligue 2 en 3 ans et à s’y stabiliser. La mission est accomplie puis ma première histoire avec le DFCO débute. »

« On a une histoire avec Dijon ! »

Photo Vincent POYER (DFCO)

En fin de contrat en 2015, le défenseur a des envies d’ailleurs. Il souhaite franchir un palier dans sa carrière et se donner un nouveau souffle malgré une proposition de contrat de son club formateur. Il s’engage finalement pour 2 ans avec le DFCO après 7 saisons sous le maillot ciel et blanc. C’est son premier transfert, sa première traversée de l’Hexagone. Son premier vrai chamboulement. « J’avais 25 ans et c’est mon premier départ de chez moi, de ma région. On traverse la France. Je dis « on » parce que madame a toujours eu son mot à dire dans nos choix. Ça n’a pas été évident de la motiver, on vivait proche de l’océan et proche de nos familles, et là on doit tout quitter du jour au lendemain. C’était un choix payant car pour la première saison (2015-2016), on monte de Ligue 2 en Ligue 1. Le club avait déjà connu l’élite (2011-2012). C’est un souvenir gravé à vie pour de multiples raisons : l’ambiance au sein de l’équipe, dans le club et le fait qu’on soit solidaires entre le staff (Olivier Dall’Oglio était l’entraîneur dijonnais à cette époque) et les joueurs. On ne faisait qu’un. Pour une première expérience hors de chez toi, tout était à l’unisson et tu montes en Ligue 1. C’était incroyable ! Sur le plan personnel, tout n’a pas été rose sportivement. J’ai joué 25 matchs, mais je m’étais blessé aux ligaments croisés. D’un autre côté, c’était génial parce que ma famille était dans les tribunes. Pour le dernier match, j’avais dû acheter 50 ou 60 places ! On a fêté la montée au stade, on l’a aussi célébrée le lendemain dans une boîte, mes beaux-parents dansaient sur les tables, ma grand-mère était encore là à 5 heures du matin. C’était n’importe quoi (rires) ! C’est une anecdote dont on parle encore 10 ans après. On a une histoire avec Dijon. Chaque week-end, on avait du monde. Le samedi, il y avait le match et le lendemain on allait visiter les caves, ça fait un ancrage. C’est plus que du foot, c’est du partage. »

« Une aventure incroyable à Brest »

Photo Augustin Thiéfaine / 13HF

« Le premier coup de massue arrive lors de cette saison de Ligue 1 à Dijon. On monte avec tous les copains et on est un peu poussé vers la sortie dès le mois de juillet. Ce n’est pas par Olivier Dall’Oglio mais par le directeur sportif. Il m’a un peu dit « faut que tu te trouves un club, tu ne joueras jamais, on va recruter trois latéraux. » Sur le moment ça ne fait pas plaisir mais avec le recul, je le remercie. Grâce à ses mots pas très tendres, je vais vivre une aventure incroyable à Brest, dans le Finistère. Mais ça ne se fait pas tout de suite, parce que j’avais quand même envie de connaître la Ligue 1. Je me disais que cela serait peut-être la seule fois de ma vie que cela pourrait arriver. J’avais envie de m’accrocher à Dijon, de prouver au coach que j’avais le niveau. Je fais 6 mois un peu en intermittent du spectacle, puis je signe mi-décembre à Brest après plusieurs échanges avec Jean-Marc Furlan, entraîneur à l’époque et le directeur sportif Grégory Lorenzi. »

C’est donc après 7 matchs de Ligue 1 que Quentin Bernard quitte la cité des Ducs de Bourgogne pour rejoindre la ville la plus à l’ouest sur la carte de France, Brest, pendant l’hiver 2017. Sur les bords de l’océan Atlantique, il s’épanouit et retrouve une vraie place et du temps de jeu, à nouveau en Ligue 2. « Brest, ça a vraiment été la meilleure expérience de ma vie sur les plans humain et sportif mais aussi au niveau familial. C’est un endroit où je suis parti en vacances cet été. On a l’impression que c’est la maison alors qu’on n’y a passé que trois saisons. C’était des relations hors-foot avec des copains qu’on a encore aujourd’hui. Une façon de vivre qui nous correspond complètement. C’est une région magnifique par ses paysages, son atmosphère et sa qualité de vie et c’est l’endroit où mon premier garçon (Malo) est né. On a une petite part de Bretagne en nous. »

« Jean-Marc Furlan ? Un entraîneur extraordinaire ! »

Photo Augustin Thiéfaine / 13HF

« Sportivement parlant, j’ai fait une rencontre incroyable avec Jean-Marc Furlan… Je vais essayer de ne pas pleurer car il vit des heures difficiles. C’est un coach extraordinaire, une personnalité complètement en décalage avec le monde du foot actuel. Il a ses idées, ses principes. Il ne faut surtout pas le contredire ! On bossait comme des chiens, on voyait peu nos familles parce qu’il avait une idée en tête. Jean-Marc, c’est une histoire particulière dans ma vie de footballeur. Il a une place très importante dans la famille Bernard. Les Furlan et les Bernard, on est liés pour la vie. C’est ce gars-là qui m’a emmené à Auxerre. Il a fait en sorte que je n’ai pas d’autres choix que ça. L’AJA… C’est dur de parler de ça ici, dans cette salle-là, à Dijon (NDLR : en raison de la rivalité entre Dijon et Auxerre). Je me souviens aussi d’un match avec Brest où on prend un tarif, 5-1 ou 5-2, 4-0 à la pause et on sort sous les ovations du stade parce qu’on a peut-être fait la meilleure mi-temps de l’année. Tu te dis « Soit ils sont tous ronds comme des ballons en tribune, soit ils comprennent le foot, et c’était ça ». Francis-Le Blé, c’est un stade où il n’y a pas que des spectateurs. Il y a des connaisseurs. C’est aussi pour cela qu’il y a une ferveur. Les Bretons, c’est des fous. »

Auxerre : « Il y avait une pression à gérer »

« Après ça, on arrive à l’AJA. Historiquement, c’est certainement le plus grand club dans lequel j’ai joué. Il y a une histoire certes, mais il y a aussi Guy Roux. C’est une véritable institution ! L’Abbé Deschamps, j’en ai entendu parler dès que j’étais gamin parce qu’Auxerre, c’est un des plus grands clubs français. Sept ou huit ans avant qu’on arrive avec coach Furlan, ils étaient en Ligue des Champions. L’année avant notre arrivée, ils se battent pour ne pas descendre en National et terminent 17es (2018-2019). Ça a été très compliqué là-bas. Il y a eu le Covid. J’ai été très exposé aussi parce que j’arrivais avec une étiquette de « fils de l’entraîneur ». L’exposition, c’était par sa faute et la mienne. J’étais une cible pour les supporters, et pas que… même dans le club. Le coach s’appuyait beaucoup sur moi et ce n’était pas évident. Lors de ma troisième saison, on monte finalement en Ligue 1 et là, les souvenirs sont incroyables. Je me souviens de la 38e journée, on a dû mettre 45 minutes pour faire 200 mètres en bus. Les rues étaient bondées. On avait l’impression d’être en 1998. Je vais me faire taper sur les doigts, mais Auxerre, c’est une ville où il n’y a que le foot. Si t’enlèves l’AJA à Auxerre, à part Cadet Roussel (un huissier connu grâce à une chanson qui porte son nom, Ndlr) et le Chablis, qu’est-ce qu’il reste ? Et ça tu le comprends vite. Il fallait remonter en L1. Il y avait une pression à gérer. En 2021-2022, il y avait plein d’anciens brestois qui nous avaient rejoints, Mathias Autret, Gaëtan Charbonnier, Alexandre Coeff, Donovan Léon. Tout a roulé. C’était le football plaisir. Le stade était plein à tous les matchs et l’ambiance était incroyable. C’est un scénario hollywoodien. C’est l’année où il y a les barrages d’accession. On monte en Ligue 1 au match retour à Saint-Étienne, au stade Geoffroy-Guichard, à l’issue des penaltys. Il y avait déjà eu les penaltys contre Sochaux en play-off juste avant ! C’était notre année. Il y avait une osmose. Avec Mathias (Autret) et Gaëtan (Charbonnier), on est très proches. Nos enfants ont grandi ensemble à Brest et à Auxerre durant ces cinq années. On faisait le tour du stade avec eux. C’est aussi ce qui a marqué nos passages à l’AJA. C’est que, malgré la pression, c’est un club très familial. »

« Ma femme m’a fait revenir à Dijon »

Photo Vincent POYER (DFCO)

« C’est notre vision du partage avec ma femme. On a fait des choix au niveau de ma carrière. On a privilégié l’aventure humaine à l’argent. J’ai toujours joué au foot pour vivre des moments incroyables, humainement et sportivement parlant. On a vécu des choses qu’on n’aurait jamais pu vivre sans le foot. J’aime le partage et j’ai un côté fédérateur auquel je tiens. Je pense que le footeux sans l’homme n’est rien, et l’homme sans le footeux non plus. Il y en a qui arrive à dissocier cela, pas moi. Partout où je suis passé, j’ai essayé de véhiculer cette image-là. Si on veut être bons sur le terrain, il faut vivre tous ensemble. Être en harmonie. Je n’ai jamais été le meilleur à mon poste dans tous les clubs où je suis passé, mais je n’ai jamais rien lâché et j’ai toujours cru en moi, mis le « nous » avant le « je » et si on a vécu grâce au foot toutes ces aventures, c’est avant tout grâce à ces valeurs. Je remercie mon entourage de m’avoir donné ces valeurs, m’avoir inculqué le partage et fait garder les pieds sur terre. Mes parents m’ont donné un cadre et c’est grâce à ce celui-ci que je joue encore au foot à 36 ans et qu’on va tenter de vivre une dernière saison incroyable avec Dijon. »

2025-2026 : la Der, avec le DFCO

Photo Vincent POYER (DFCO)

« Sur le plan professionnel, c’est la fin. J’ai besoin de rentrer chez moi, de vivre avec mon frère, ma soeur, leurs enfants, d’avoir une vie au bord de l’océan avec les gens qui m’entourent. C’est une vie que nous n’avons plus depuis 10 ans et il faut rentrer dans le rang, trouver un vrai job. C’est un besoin. Quand on est revenu à Dijon il y a un an, on savait qu’on revenait pour 2 ans, peu importe la suite. On a laissé 1% d’incertitude, mais on a envie de rentrer chez nous. Ma femme m’a fait revenir à Dijon. Elle est un peu tombée amoureuse de tous les endroits où l’on est passé. C’est quelqu’un qui est très casanière et j’ai eu énormément de mal à la faire bouger. Si ça ne tenait qu’à moi, on serait parti de Niort bien avant mes 25 ans. Je pensais que si je voulais progresser et avoir la carrière que je voulais, il fallait partir plus tôt. Elle est kiné et elle faisait des études dans notre région natale, donc j’ai laissé faire. Moi je jouais en Ligue 2 avec mes copains dans mon club de coeur, j’étais content. Finalement, elle a pris goût aux voyages, aux déménagements. Revenir à Dijon l’année dernière a été le plus dur. On était chez nous, à Niort et je pensais finir ma carrière là-bas après les 18 mois que je venais à nouveau de passer aux Chamois. Quand tu as 35 ans, que tu dois encore traverser la France et que tu as deux enfants… Tu dois ramener tout le cirque à Dijon : la jument, le chien, le chat et les enfants. On ne partait pas comme on était parti à 25 ans la première fois. En août 2024, le DFCO m’appelle et je lui dis « On n’y va pas. Je ne veux pas être loin de vous. Je ne veux pas vivre six mois tout seul. » Et elle, elle me répond « Tu veux jouer au foot ? Ici, à Niort, le club, il est mort. Si tu veux continuer ta passion, on y va ! » Alors nous y voilà encore. Pendant six mois, j’ai vécu seul, sans elle, sans les enfants et les animaux, c’était compliqué. Tu t’entraînes, tu rentres chez toi, tu tournes vite en rond. C’était un choix assumé mais compliqué. Ils sont arrivés en janvier en me disant « On ne vient pas pour six mois ». Moi, j’avais des conditions à remplir pour rempiler pour cette année et je me suis démené pour qu’on puisse vivre encore 18 mois au haut-niveau. Aujourd’hui, je sais que c’est ma dernière saison et qu’il faut que j’en profite pleinement. »

« Il ne faut pas jurer que par la montée »

Photo Vincent POYER (DFCO)

En se concentrant sur l’aspect sportif de cette nouvelle saison de National, le DFCO fait figure de prétendant à la montée finale avec Valenciennes, Sochaux et Caen. Si en interne la mission est assumée par les dirigeants, Quentin Bernard refuse de s’enflammer. Grâce à plusieurs recrues pendant l’été dont les attaquants Julien Domingues (Cannes), Alexis Ntamack (Grasse) et le revenant Julio Tavares, entre autres, les Bourguignons espèrent enfin conjurer la malédiction de la 4e place, leur classement lors des deux dernières saisons.

« Forcément, quand tu termines deux fois 4e, l’objectif c’est de se battre pour la montée. On l’a vu l’an dernier, entre une 3e, une 2e et une 5e ou 6e place, il n’y a pas grand-chose. Ce championnat est peut-être le plus dur de tous. Il y a toutes les contraintes du monde professionnel et presque aucun avantage. On joue pendant les trêves internationales. On va à Aubagne par exemple, sans leur faire offense, ils ont fait une saison magnifique l’an dernier, mais on a des déplacements types Ligue 1 ou Ligue 2 et dans le même temps il n’y a aucune retombée économique, comme avec les droits TV. Aller à Paris 13 Atlético, ce n’est pas évident non plus. Il y a des clubs historiques comme Sochaux, Valenciennes, Caen qui veulent se reconstruire et remonter aussi. Il y a des promus qui ont la dalle comme Fleury ou Le Puy. C’est un championnat particulier où soit il y a des vieux comme moi, soit il y a des jeunes qui montent et il faut en faire un mélange. Les clubs sont financièrement borderline et toutes ces conditions rendent le National difficile. Je sais que cela tient au président (Pierre-Henri Deballon) d’être promu. Parler de montée c’est bien mais c’est aussi, je pense, prendre le risque de mettre une pression sur un effectif très jeune cette année. On a envie d’être en haut, on va se battre tous les vendredis. Les dix premiers matchs sont importants et les dix derniers le seront aussi. Le premier peut perdre contre le dernier. Je tiens aussi à dire un petit mot sur Baptiste Ridira, notre coach (l’ancien coach de Saint-Pryvé-Saint-Hilaire en N2 est arrivé sur le banc du DFCO en juillet 2024). Il découvre le monde professionnel et il a un système de jeu bien à lui avec un 4-3-3 en losange particulier et il n’en changera pas. Quand on l’apprivoise bien, c’est hyper prometteur. Il a des convictions et c’est intéressant de bosser avec lui. Puisqu’il vient du monde amateur, il a une vision assez fraîche et ça fait du bien. »

« En France, on va dans le mur »

Photo Vincent POYER (DFCO)

« Quand j’ai commencé dans le foot, il y a des anciens (Malik Couturier, Christophe Jallet, Vincent Durand ou Johann Chapuis), tout le cru des Chamois de l’époque, qui nous ont pris sous leurs ailes quand on était gamins. Ils ont eu la bonne attitude. Ils ont donné l’envie de progresser, de se battre pour eux, avec eux et j’essaie de faire passer ce message. Ce qu’on a fait de bien avec moi, j’essaie de le rendre aux jeunes. J’ai aussi fait des erreurs dans ma carrière, alors je les conseille sur les erreurs à ne pas faire dans ce monde de requins. Pour moi, en France, on va dans le mur. Je ne sais pas si c’est un suicide collectif, mais chaque année il y a plusieurs clubs qui coulent. Je vais prendre l’exemple de ma région. En Nouvelle Aquitaine, il ne reste qu’un seul club professionnel : c’est Pau. Il n’y a plus de Girondins, il n’y a plus de Chamois. Ce n’est pas pour des raisons sportives, c’est pour des raisons financières, pour une mauvaise gestion. Lopez, il a flingué Bordeaux, mais aussi Boavista au Portugal. Quand j’ai commencé le foot, je pensais qu’on bossait tous vers un intérêt commun et qu’il était important de montrer une bonne image de ce sport qui est incroyable, qui est vecteur de tellement de choses positives. Aujourd’hui, je suis un peu plus négatif. Il y a certaines valeurs dans lesquelles je ne me retrouve plus. Quand je dis que c’est ma dernière saison, c’est aussi pour ces raisons-là. J’ai l’impression de tellement être en décalage avec le monde dans lequel je vis, avec le foot actuel, je préfère passer mon tour et partir avec le sentiment du devoir accompli. Aujourd’hui, les valeurs sont bafouées dès qu’un billet de 500 se met sur la table, je ne m’y retrouve pas. Le foot business ne me correspond pas. Les joueurs du PSG, ils ont fait 70 matchs et étaient sur les terrains 52 semaines… et ça c’est le foot business. Ce monde me donne envie de tourner la page. Je pense que si quelque chose doit s’ouvrir pour moi ensuite, cela sera dans l’accompagnement des jeunes. Si ce n’est pas le foot mais l’ostréiculture à Oléron, ça peut être un kiffe aussi ! (rires) »

La disparition des Chamois Niortais, « un crève-coeur »

Photo Vincent POYER (DFCO)

« Si quand on parle du foot français, le nom des Chamois n’est pas le premier à revenir. Pourtant, c’est quand même un bout de notre univers qui disparaît. Ils ont marqué l’histoire de la Ligue 2. Plus que le club, c’est une entité forte dans les Deux-Sèvres et dans la région dans sa globalité. Ceux à qui je pense ce sont les salariés, les bénévoles, les personnalités marquantes qui ont œuvré… le club allait fêter ses 100 ans. Depuis 2005 jusqu’à aujourd’hui, il y a tellement de monde qui a travaillé à faire vivre ce club dans le foot business, dans un univers qui ne lui correspond pas mais qui permettait de continuer d’avoir un centre de formation de qualité et une équipe professionnelle. Ce sont des Pascal Gastien, Philippe Hinschberger, Laurent Cadu, Franck Azzopardi (qui était mon modèle lorsqu’il était joueur et lorsqu’il a coaché la génération 89). Quand je suis revenu au club ensuite, c’était le coach adjoint. Ce sont ces gars-là qui ont donné quasi toutes leurs vies aux Chamois. Le club, c’était un peu leur bébé, et c’est eux qu’il faut féliciter et consoler. »

Alors que la liquidation des Chamois Niortais est intervenue en avril dernier, peu avant le centenaire, tous les regards ont convergé vers un homme : Mikaël Hanouna, qui a débarqué en octobre 2017. Cible de toutes les critiques, l’homme était directeur général du club avant que celui-ci ne coule définitivement. « Quand Mikaël Hanouna est arrivé, l’achat n’a pas été homologué par la fédération et le club avait été banni pour l’édition suivante de la Coupe de France… Son histoire avec les Chamois ne commençait déjà pas très bien. Ensuite, si on prend tous ses choix et qu’on les inverse, je pense qu’on serait encore vivant. Il a cumulé les mauvais choix, les magouilles. L’année Covid, les partenaires et sponsors ont versé des enveloppes et lui il les a gardées pour lui alors qu’il n’y avait plus de matchs. C’est une accumulation de choses qui font qu’à lui seul, il a coulé Niort. Il a coulé l’objet d’un partage entre générations. C’est un crève-coeur. Même en National, il y avait jusqu’à 5 000 spectateurs et on voyait deux à trois générations venir aux matchs. Les grands-pères et les papas ont connu le club en L2 et ils passaient le flambeau aux enfants en les emmenant au stade. Ils vivaient un truc qui ne peut se vivre que dans un stade de foot. Le foot en général fait vivre des émotions. On l’a vu avec le PSG cette année. C’est irrationnel. Les Chamois, au niveau local et régional, avaient cette capacité à être un vecteur de solidarité et de partage. Mikaël Hanouna a tué tout ça. J’espère que le club repartira sur des choses plus positives, plus saines, mais les Chamois niortais à cause de ce mec-là n’existeront plus. »

« Il faut sauver Chamy, la mascotte ! »

Chamy, la mascotte des Chamois Niortais. Photo X / @iciPoitiers

Le 1er août 2024, la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) décide de l’exclusion du club de toutes les compétitions nationales en raison des importantes dettes qui pèsent sur le club, à savoir plus de 3 millions d’euros. Le 15, la société dépose le bilan. Enfin le 10 septembre, le tribunal de commerce annonce sa liquidation. Le CNOSF (comité olympique) recommande que le club soit reversé en Régional 3 (le 8e échelon du football français). Une relance qui n’efface pas les menaces de disparition. Cette dernière est même évoquée début 2025 mais un nouveau projet va venir changer la donne : celui d’une fusion avec le second club Niortais, l’Union Athlétique Niort Saint-Florent (qui évolue en Régional 2). Les Chamois déclarent forfait et ne termineront pas la saison. Les deux entités se rapprochent au mois de mai 2025. Le 6e de Régional 2 change de nom et devient l’Union Saint Florent Chamois Niortais. Couramment appelé Saint-Flo, le club décide d’utiliser l’appellation Chamois Niortais Saint-Flo sur ses supports. Suite à la liquidation des Chamois, le patrimoine du club a été mis aux enchères. Quentin Bernard a décidé de revêtir une cape de super-héros pour sauver ce qui peut l’être. Sa cible prioritaire : Chamy. La mascotte du club. « J’ai été contacté par des supporters et d’anciens joueurs pour construire une petite cagnotte et récupérer le plus d’objets et de souvenirs matériels possibles. La mascotte, Chamy, ça me tient à coeur, pour mes enfants. Si on arrive à l’avoir, je la redonnerai au club. »

Quelques jours après notre entretien, il a remporté l’enchère pour la somme de 1 004 euros. « C’est une jolie fin pour notre mascotte qui va pouvoir reprendre sa place lorsque le championnat reprendra en R2. Des amis et anciens salariés ont aussi pu sauver quelques objets. L’avoir, c’est une petite fierté personnelle. On a sauvé un bout d’histoire des Chamois. »

Quentin Bernard, du tac au tac

Photo Augustin Thiefaine / 13HF

Ton meilleur souvenir ?
C’est quand j’étais petit, parce que t’as pas ce sentiment de devoir te lever tous les matins pour devoir être meilleur que ton voisin de vestiaire, pour t’arracher, pour gagner ta vie. Quand c’est ton job, il y a des relations qui sont compliqués. Quand t’es gamin, je me souviens de tournois à l’Île de Ré avec mon petit club de Buxerolles. Tu pars deux jours, tu manges des frites entre les matchs, c’est le football plaisir. Cette idée du foot elle m’a suivi toute ma vie.

Le pire ?
La disparition des Chamois.

Un entraîneur marquant ?
Ils m’ont tous marqué positivement ou négativement. Positivement, je n’ai pas envie de n’en sortir qu’un, sinon il va avoir le melon (rires). Olivier Dall’Oglio ici, à Dijon, m’a beaucoup apporté. Jean-Marc (Furlan) m’a énormément apporté dans ma vie de footeux et dans ma façon d’aborder le métier avec ma vie d’homme. Christophe Pélissier à Auxerre m’a apporté parce-qu’il m’a piqué dans mon ego et ça m’a servi par la suite. A Niort, coach Hinschberger c’était génial aussi. Pascal Gastien, c’est pareil. Il me connaît depuis que j’ai 14 ans. Son fils, c’est mon meilleur ami. Les Gastien, ce sont ma deuxième famille. Pascal, il me pourrissait ! Il me dégommait parfois plus que mon propre père !

Un coéquipier qui t’as impressionné ?
C’est bizarre à dire et ça va l’étonner, mais je vais dire un gardien : Donovan Léon. C’est un nounours, on ne l’entend jamais mais il est trop fort. Il est incroyable en tous points de vue : humainement et sportivement.

Une personnalité que tu aimerais revoir et avec laquelle tu as perdu contact ?
Si j’ai perdu contact, c’est qu’il n’y a personne.

Un modèle ?
Mon père. Je vais essayer de ne pas pleurer. C’est mon exemple, mon idole. C’est un mec bien. Si mes enfants peuvent avoir la même image de moi que j’ai de lui, alors j’ai réussi ma vie.

Avec Kylian Mbappe. Photo Quentin B.

Un joueur que tu as affronté et qui t’as marqué ?
Mbappé. C’est une rockstar. Il est incroyable. Il serait né dans une autre décennie ou dans un autre siècle, on lui aurait fait une statue. Aujourd’hui, on lui demande tellement alors qu’il ne reste qu’un humain. Le foot que je n’aime pas, c’est le fait qu’on va passer plus de temps sur des choses pas bien que sur ce qu’il fait d’incroyable. On est dans une société où l’on ne voit que le négatif et le foot est un multiplicateur x 1000 de la réalité de la société.

Une causerie marquante ?
Furlan. C’était en octobre 2018 à Brest, contre Lorient. Ce n’était pas une causerie collective, c’était individuel. Cette semaine-là, mon grand-père meurt, mon fils naît et en fait je n’avais pas envie de jouer. Le coach me dit « Si tu veux sortir au bout de cinq minutes, tu sors. Si tu fais le match, je serai fier de toi ». On gagne 3-2. Il y avait ma grand-mère au stade. L’ambiance était folle. J’ai craqué complet en fin de matchs et les émotions étaient décuplées.

Une saison marquante ?
La saison où on monte de National en Ligue 2 avec les Chamois. C’est l’année du renouveau. Pascal Gastien était coach, et on domine le championnat de la tête et des épaules. On va gagner au Gazélec Ajaccio sur un penalty. On remonte avec tous les copains, c’était génial à tous points de vue.

Choisis un stade : René-Gaillard, Gaston-Gérard, Francis-Le Blé, L’Abbé-Deschamps ?
Ce serait Le Blé. Notamment pour ce fameux Brest-Lorient dont je viens de parler et aussi pour un second match : celui de la montée en Ligue 1 avec Brest lors de la dernière journée en battant les Chamois.

Un toc ou rituel d’avant match ?
J’ai besoin de savoir que ma femme et mes enfants vont bien.

Ton geste technique préféré ?
La passe.

Photo Augustin Thiéfaine / 13HF

Ton dernier match en tribunes ?
L’anecdote, c’est que je n’ai jamais pris de carton rouge dans ma carrière. Par contre mon dernier match et ça j’y tiens, c’était à La Beaujoire avec ma femme et mes enfants pour les JO : Espagne-Nigéria chez les filles.

Ton plus gros défaut ?
Je veux toujours avoir raison.

Ta plus grande qualité ?
Je suis gentil.

Ton contact le plus célèbre dans ton répertoire ?
Mathias Autret. C’est pour placer mon copain !

Ton tatouage préféré ?
Ils ont tous une histoire mais mon tatoueur est l’un de mes meilleurs amis aussi. Il m’a tatoué et il a tatoué beaucoup d’invités le jour de mon mariage : c’est une Saint-Jacques.

Ton match de légende ?
Zizou, le 12 juillet 1998 : France-Brésil. J’avais 9 ans. On était toute la famille dans la pizzeria que mon oncle retapait. C’était un partage en famille.

Ce que tu détestes le plus ?
Les menteurs.

Niort était un club plutôt…
Un club de rêve !

Ta passion en-dehors des terrains ?
Passer du temps avec ma famille, avec mes deux fils. Il y a eu un Quentin Bernard avant d’être papa et un autre après. Être sur la plage à Oléron avec eux me fait rêver.

  • Texte : Augustin THIEFAINE
  • Photos : Vincent POYER (DFCO) et A. T. (13HF)
  • Suivez-nous sur nos réseaux sociaux (Facebook, X et Instagram) : @13heuresfoot
  • Visitez le site web 13heuresfoot
  • Un commentaire, une suggestion, contactez-nous (mail) : contact@13heuresfoot.fr

⚽🕐 10 août 2022 – 10 août 2025 ! Trois ans ! Que le temps passe vite ! Trois ans déjà que j’ai lancé le site 13heuresfoot, considéré aujourd’hui – et c’est une fierté – comme un média ! Mais un média différent. Un média qui tente d’apporter quelque chose, qui met en lumière des acteurs du football dont on parle peu ou moins. Je pense que, humblement, de ce côté-là, le pari est plutôt réussi.

📰 Vendredi et samedi, je me faisais la réflexion suivante en lisant, comme chaque matin, le quotidien référence du sport, LEquipe : on va donc « bouffer » du Saint-Etienne et du Montpellier chaque week-end pour la présentation de la journée de Ligue 2 ? On va donc bouffer du Caen chaque week-end pour la présentation de la journée de National ? Et les Girondins de Bordeaux vont continuer de « phagocyter » le National 2, quand des sujets seront consacrés à ce championnat ?

Je n’ai rien contre Saint-Etienne, Montpellier, Caen ou Bordeaux, les têtes de gondoles de ces championnats de L2, National et N2, d’ailleurs, je n’ai rien contre personne, mais c’est toujours la même chose. Je suis toujours le plus heureux quand on parle de Pau, Rodez ou Laval, quand on parle de Paris 13 ou de Saint-Brieuc, quand on parle de Dinan-Léhon ou de Rumilly. Malheureusement, les médias ne s’y intéressent pas et parlent très souvent des mêmes.

Voilà pourquoi 13heuresfoot existe. J’aimerais proposer plus de contenus, plus d’articles, mais ce site, que j’ai voulu participatif, prend du temps et reste une activité purement bénévole, sans modèle économique. Je suis fier et heureux d’avoir interrogé des dirigeants de clubs et des entraîneurs, des joueurs aussi, connus, inconnus ou appelés à devenir connus. Je suis fier et heureux d’avoir pu les mettre en lumière.

Dans moins d’un an, la Ligue 3 va arriver. J’en entends parler depuis 30 ans. Avant d’être un journaliste, je suis surtout un amoureux et un « suiveur » de tous ces championnats, notamment les championnats de Ligue 2, National, N2, N3 et bien entendu de cette magnifique compétition qu’est la coupe de France. Mais de suiveur, je souhaite devenir « acteur » de la future Ligue 3. Ce nouveau championnat, je ne veux pas passer à côté. Le « National », c’est et cela a toujours été « mon » championnat. Il a quelque chose de différent. C’est pour cela que je réfléchis actuellement à un nouveau projet qui mettrait en lumière la future Ligue 3. J’y reviendrai… ou pas !

En attendant, j’espère que vous continuerez de lire les (longs) articles de 13heuresfoot ! Merci de votre fidélité ! Merci à tous mes contributeurs, ceux qui étaient là au début de l’aventure, ceux qui ont pris le train en marche ! Peut-être que d’autres me rejoindront sur www.13heuresfoot.fr !

📱📞💻 N’hésitez pas à suivre le site 13heuresfoot sur nos réseaux : X, Instagram et Facebook (@13heuresfoot)

📩 N’hésitez pas à me contacter pour échanger, proposer, débattre, ici, ou par mail (aboyer@13heuresfoot.fr) ou par téléphone 06 02 37 65 99

Anthony BOYER

La 33e édition du championnat le plus hybride qui soit sera aussi la dernière. Cette ultime répétition générale fera la transition avec la future Ligue 3, annoncée en juillet 2026. Mais à quelques heures de l’ouverture, l’on ne sait toujours pas à combien de clubs elle se disputera…

Par Jean-Michel ROUET (avec Philippe Le BRECH)

Photos : Philippe LE BRECH

Ce championnat 2025-2026 marque un tournant capital dans la pyramide du football français. Il est en effet le dernier championnat « open » du troisième niveau avant de devenir Ligue 3, une compétition professionnelle donc, en 2026-2027, selon la volonté d’une grande majorité de présidents de clubs qui travaillent depuis longtemps sur le dossier et ont été finalement exaucés par la FFF. Une pensée émue d’ailleurs à ce sujet pour Gilbert Guérin, l’ancien président de l’US Avranches Mont-Saint-Michel (décédé en octobre 2023), un des pionniers de la réforme mais parti hélas avant qu’elle ne voit le jour. Tout cela est très joli sur le papier : la Ligue 3 sera donc 100% professionnelle mais hélas tout le monde ne l’est pas encore vraiment.

À quoi reconnait-on le foot français ? C’est le seul en Europe qui est incapable année après année d’établir une participation définitive à ses compétitions à quelques jours du coup d’envoi, à cause d’une complexité de procédures kafkaïennes.

Le National débute vendredi mais on ne connaît pas définitivement tous ses protagonistes à quelques heures du coup d’envoi. Comme l’année dernière. Comme trop souvent. Tout ça est vraiment très … amateur !

  • 1. L’imbroglio Ajaccio

Normalement, l’AC Ajaccio est le 18e club en lice. Mais pas sûr. Relégué de Ligue 2 en National à titre conservatoire le 10 décembre 2024, sanction confirmée par la DNCG en fin de saison, et encore en appel, le club corse avait jusqu’à ce mercredi – huit mois après la décision initiale ! – pour solliciter le CNOSF (qui devait ensuite rendre un avis purement… consultatif). Ridicule. Mais aux dernières nouvelles, Ajaccio aurait jeté l’éponge et décidé de ne pas saisir l’instance. Ce qui signifierait que le club devrait présenter un budget devant la DNCG fédérale pour évoluer en … National, ce qui, là encore, était une solution à exclure. La réalité est tout autre : l’ACA pourrait être exclu des championnats nationaux (comme Martigues) et repartir au niveau « Régional ». Ce qui aurait pour conséquence d’avoir, comme l’an passé, comme en 2017-2018, un championnat National à 17 clubs !

Pendant ce temps là, l’US Boulogne Côte d’Opale – barragiste malheureux pour la Ligue 2 en mai contre Clermont – attendait de savoir s’il serait repêché à l’étage supérieur. L’USBCO est un modèle de club structuré et bien géré, qui ne dépense jamais deux euros quand il n’en n’a qu’un, dont la Mairie a fait 800 000 euros de travaux pour mettre son stade en T1, aux normes Ligue 2, et c’est pourtant lui le dindon de la farce. Boulogne a sagement recruté pour le National mais en cas d’accession – la LFP a validé ce mardi sa participation en Ligue 2 mais sous certaines conditions, dont l’encadrement de la masse salariale –  il sera obligé de commencer un autre mercato alors que le championnat aura démarré !

Tout ça est effectivement très professionnel… Sans parler du FC 93 Bobigny, qui réclame le droit de monter en National au titre de meilleur 2e de National 2, et menace de boycotter le National 2 !

  • 2. Les participants
Le Stade Malherbe de Caen. Photo Philippe Le Brech

Un relégué de Ligue 2 : le Stade Malherbe de Caen (le deuxième relégué, le FC Martigues, est tombé en Régional 1 sur décision de la DNCG).

Trois promus de National 2 : le Stade Briochin, Le Puy Foot 43 et le FC Fleury 91.

Treize rescapés de la saison 2024-2025 : FC Sochaux-Montbéliard, US Orléans, Valenciennes FC, Dijon FCO, SC Aubagne Air Bel, FC Villefranche Beaujolais, Paris 13 Atletico, FC Rouen 1899, Quevilly Rouen Métropole, FC Versailles 78, Bourg en Bresse Péronnas 01, la Berrichonne de Châteauroux, US Concarneau.

Et pour le 18e et dernier club en lice… voir notre premier paragraphe !

  • 3. Un championnat toujours hétéroclite
L’US Concarneau. Photo Philippe Le Brech

Six des dix sept clubs au départ ont un statut professionnel (ils étaient 10 la saison passée) : Sochaux, Caen, Valenciennes, Concarneau, QRM et Dijon (Orléans et Châteauroux ont abandonné ce statut cette année). Ajaccio devrait, en principe, être le 8e.

Il existe toujours des écarts considérables entre certains clubs, en terme d’infrastructures, d’effectifs, d’organisation, et évidemment de budget (rapport de un à six voire à sept), même si quasiment partout l’heure est à la rigueur. Les sans grade (Aubagne, Paris 13 Atletico) ont donc un énorme mérite à jouer au niveau de Caen ou Valenciennes car ils ne sont clairement pas du même monde. Avec un cahier des charges plus drastique, la Ligue 3 pourrait néanmoins changer la donne.

La meilleure affluence de la saison dernière a été réalisée par le FC Sochaux (10 597 spectateurs de moyenne). Six clubs ont dépassé les 6 000 spectateurs de moyenne (Nancy, Valenciennes, Le Mans, Dijon, Rouen et donc Sochaux) mais six autres n’ont pas atteint les 2 000 et deux étaient à moins de 500 : Paris 13 Atletico (405) et Aubagne (377).
Ainsi Sochaux a-t-il attiré plus de monde sur un match qu’Aubagne et Paris 13 Atletico en une saison !

  • 4. Les entraîneurs
Jordan Gonzalez, entraîneur du FC Versailles 78. Photo Philippe Le Brech

Beaucoup moins de bouleversements qu’il y a un an quand il y a eu un turnover massif et généralisé… Huit entraîneurs en poste en août 2024 sont encore là (contre un seul au départ la saison passé, en poste en 2023) : David Le Frapper à Bourg, Stéphane Rossi à Concarneau, Baptiste Ridira à Dijon, Hervé Della Maggiore à Orléans, David Carré à QRM, et chez les trois promus, David Vignes à Fleury, Stéphane Dief au Puy et le phénoménal Guillaume Allanou à Saint-Brieuc, à la fois entraîneur, directeur sportif, président et partenaire ! Un cumul des fonctions inédit à ce niveau, mais une recette qui a formidablement bien marché !

Cinq coaches nommés en cours de saison dernière conservent aussi leur poste : Jordan Gonzalez à Versailles, Maxence Flachez à Paris 13 Atletico (il avait commencé la saison sur le banc d’Aubagne), Vincent Hognon à Sochaux (sur le banc de Valenciennes l’an passé), Regis Brouard à Rouen et Gabriel Santos, arrivé en cours d’exercice, a Aubagne. Un sixième certainement avec Thierry Debes (Ajaccio).

Les nouveaux venus s’appellent Maxime d’Ornano (Caen), Stéphane Moulin (Valenciennes), Fabien Pujo (Villefranche) et le rookie Valentin Guichard (Châteauroux), 35 ans, qui débarque de Jura Sud (National 2).

  • 5. Des effectifs bouleversés

Comme tous les ans, le turnover est massif un peu partout : des dizaines de départ, autant d’arrivées, et donc des équipes à reconstruire à 70% … ou plus. L’heure est aux économies, donc au recrutement malin dans les divisions inférieures. Ainsi, de très nombreux joueurs de N2 sont appelés au niveau supérieur. Y compris chez un candidat à la montée comme Dijon qui a fait son marché à Grasse (Brandon Ndezi, Alexis Ntamack), à Cannes (Julien Domingues), à Chambly (Paul Bellon) et à Châteaubriant (Loris Dupont).

Idem à Versailles où la page des contrats XXXL est bel et bien tournée. La aussi on se tourne maintenant vers le N2 avec les signatures de Mathias Fisher (Cannes), Jawad Kalai (Epinal), Yohan Zemoura (Jura Sud), Bilal Cissé (Saint Malo), Nathan Yavorski et Shelton Guillaume (Les Herbiers).

  • 6. Les favoris
Les recrues à Valenciennes FC. Photo Philippe Le Brech

Évidemment, le Stade Malherbe de Caen émerge de la liste, pour son potentiel, pour son histoire, pour son public, pour son stade. Mais le club sort d’un immense traumatisme, une relégation la saison même alors qu’il a été racheté par Kylian Mbappé. Ses supporters ne le lâchent heureusement pas : plus de 6000 abonnés ont pris leur carte, probablement séduits par l’assurance que confère la nomination d’un entraîneur (Maxime d’Ornano) qui a rendu vie au voisin rouennais après avoir déjà redonné vie à Saint-Brieuc il y a quelques saisons… Mais le technicien part d’une page presque blanche, et on peut se demander qui va marquer des buts après le départ (à Montpellier) d’Alexandre Mendy…

Le Stade Briochin. Photo Philippe Le Brech

Le pain sec de la relégation, Valenciennes l’a mangé la saison dernière (9e) dans un parcours sans relief. Mais une nouvelle dynamique semble s’être enclenchée avec aux manettes un entraîneur expérimenté et en même temps enthousiaste (Stéphane Moulin) qui a choisi ses hommes (son fidèle défenseur Romain Thomas, dirigé a Angers et à Caen) et qui bénéficie d’un recrutement haut de gamme pour le niveau, notamment Loic Landre, Alain Ipiele, Mabrouk Rouai (la petite pépite d’Aubagne) et du duo offensif formé par Gaëtan Courtet et celui qui illuminait Versailles, Sami Baghdadi.
Après une année complètement ratée (12e), Sochaux espère retrouver son rang avec Vincent Hognon aux manettes et un recrutement prometteur, avec des joueurs rodés à la Ligue 2 (Boutoutaou, Masson, Tavares, Jeannin, Djoco, Youssouf) ou au National (Gomel, Mexique). Le FCSM n’a plus le droit à l’anonymat.

nfin, Dijon bénéficiera de l’expérience du dernier exercice où il a échoué au pied du podium (4e, quand même à 9 points de Boulogne) mais également du retour très attendu de Julio Tavares, icône du club (69 buts sous le maillot dijonnais en L2 et L1 de 2012 à 2020).

  • 7. Les outsiders
Maxime d’Ornano (coach de Caen) et Stéphane Rossi (coach de Concarneau). Photo Philippe Le Brech

Concarneau rêve de retrouver la Ligue 2, quittée en 2024, et cette fois dans son antre de Guy Piriou. Cela passera par un meilleur rendement à domicile que la saison dernière (8e) où les Thoniers ont gagné neuf fois en déplacement et seulement sept à la maison.

Orléans aura aussi besoin de plus de régularité pour faire mieux que sa septième place en mai. Hervé Della Maggiore a pu garder son pistolero, Fahd El Khoumisti (meilleur buteur de National en 2024-2025 et aussi en 2022-2023 avec Concarneau) mais a dû se résoudre au départ pour la Belgique (La Louvière, D1) du prometteur Lucas Bretelle.
Enfin, le FC Rouen génère toujours énormément de passion, parfois excessive (trop de matches à huis clos, dont celui de vendredi pour la journée inaugurale contre Fleury) et son effectif a été chamboulé. La tâche de l’attaquant Raphaël Gerbaud (arrivé de Saint Malo, N2) ne s’annonce pas simple : faire oublier Hicham Benkaïd (2e buteur de National la saison dernière (15 buts) qui a préféré redescendre d’une division pour épouser l’ambitieux projet de Creteil (N2).

  • 8. Le miraculé
Châteauroux. Photo Philippe Le Brech

La Berrichonne de Châteauroux a côtoyé le précipice, financier et sportif. Exsangue après des gestions hasardeuses qui ont lourdement creusé son passif, elle aurait dû être reléguée en N2 … ou pire ! Le club a finalement bénéficié des malheurs d’un autre sans le sou (Martigues) pour être repêché, grâce à l’argent injecté par son sauveur, Djamel Zemmar, et par la mobilisation des instances politiques et économiques de la ville venues au secours du patrimoine que représente la Berrichonne. Le jeune coach, Valentin Guichard, 35 ans, doit cependant tout reconstruire, du sol au plafond, mais au moins le club est en vie !

  • 9. Les interrogations

Après une saison anonyme, éloignée des aspirations d’un relégué de Ligue 2, Quevilly Rouen Métropole doit retrouver un élan avec un effectif limité et surtout délesté de l’excellent meneur Belkacem Dali Amar parti à Caen. Pas simple pour le rival de l’encombrant co-locataire rouennais du mythique stade Robert-Diochon.

Deux fois barragiste pour l’accession en Ligue 2 (2021, 2022), Villefranche a vu le couperet passer très près ces deux dernières saisons. Doyen de ce National (huitième participation de rang), le club caladois paraît en mesure de retrouver un rang plus confirme à ses aspirations, avec un nouveau coach, Fabien Pujo, et un recrutement intéressant où l’on suivra notamment le buteur Babacar Leye, prolifique en N2 (Chateaubriant) sous les ordres de son père.

  • 10. Le « SDF »

Alexandre Mulliez et Fabien Lazare, les jeunes et imaginatifs inspirateurs du projet, ont toujours l’ambition d’installer le FC Versailles 78 comme le grand club de l’Ouest parisien. Mais ils ont réduit la voilure en adoptant une politique salariale beaucoup plus raisonnable que par le passé.
Hélas, faute de pouvoir jouer chez eux, au stade Montbauron (privé d’éclairage en raison d’une interdiction liée à la proximité du château), ils poursuivent leur parcours de nomades : après le stade Jean-Bouin à Paris, après Chambly, les voilà au Camp des Loges, à Saint-Germain-en-Laye, l’ancien centre d’entraînement du PSG. Au moins, ils seront dans leur département !

  • 11. Les promus
Le FC Fleury 91. Photo Philippe Le Brech

Ils se battront pour le maintien, sauf peut-être le FC Fleury 91, boosté par l’apport financier important de son président Pascal Bovis, qui a construit un groupe très expérimenté, confié à David Vignes, qui retrouve le National 8 ans après avoir fait monter Pau ! A noter que le club délaissera Fleury Mérogis et son terrain synthétique pour s’installer au Stade Robert Bobin de Bondoufle, toujours dans l’Essonne, mais beaucoup plus spacieux.

Pour assumer une accession non programmée mais tellement méritée au terme d’une saison formidable, y compris en Coupe de France (quart de finale), Guillaume Allanou, le président-entraîneur de Saint Brieuc, n’a pas fait de folies. Il a perdu ses deux grognards (James Le Marer et Christophe Kerbrat) mais on peut lui faire confiance pour insuffler enthousiasme et énergie à son groupe capable d’épater une fois de plus…

Stéphane Dief, le coach du Puy Foot 43. Photo Le Puy Foot.

Enfin, c’est la troisième accession rapprochée du Puy Foot 43, après celles de 2019 et 2022, qui a toujours fait l’ascenseur jusqu’à présent (relégation en 2020 et en 2023). Facile de deviner l’objectif, cette fois… La saison passée, les Ponots ont dominé un groupe très relevé de N2, et même s’ils ont perdu leur homme orchestre, Olivier Miannay (devenu DG du très ambitieux Creteil), ils peuvent toujours compter sur le savoir faire du président Christophe Gauthier et de l’entraîneur Stéphane Dief. Le troisième essai en National pourrait enfin être tranformé !

  • 12. Les petits poucets

Il peut sembler curieux de classer le 5e et le 6e du dernier exercice dans ce chapitre : mais Bourg-en-Bresse / Péronnas (5e) et Aubagne (6e) ont fait des miracles avec leurs tous petits moyens et leurs salaires XXS pour le niveau, mais une qualité de jeu épatante. Il leur sera très difficile de rééditer la performance, surtout pour Aubagne, littéralement dépouillé, en particulier de l’artiste Yassine Benhattab, élu meilleur joueur du National 2024-2025 et parti en Ligue 1, au FC Nantes.
Enfin, dans son tout petit stade Pelé, collé au boulevard périphérique, le Paris 13 Atletico est le roi de la débrouillardise pour surpasser le handicap considérable d’installations et de conditions d’existence très éloignées du monde pro. Le club brasse toujours beaucoup de joueurs mais son énergie et sa dynamique collective peuvent encore aboutir au seul objectif possible : le maintien.

Télévision

Les neuf matches de chaque journée du championnat National seront diffusés en direct et gratuitement sur la plateforme Youtube. Certaines affiches seront également proposées en co-diffusion par des chaînes locales (quatre matchs retransmis par journée sur les antennes locales de BFM TV et sur les chaînes Youtube et Twitch de RMC Sport).

Le lien du National sur Youtubehttps://www.youtube.com/Championnat_National_Officiel

La journée 1

Vendredi 8 août 2025 à 19h30 : Le Puy – Sochaux; FC Rouen – Fleury; Orléans – Dijon; Paris 13 – Quevilly Rouen; Caen – Aubagne; Saint-Brieuc – Versailles; Villefranche – Concarneau; Châteauroux – Valenciennes; Bourg-en-Bresse/Péronnas – Ajaccio AC. Les matchs sont diffusés sur Youtube : https://www.youtube.com/Championnat_National_Officiel

Effectifs et mouvements de l’intersaison

Le FC Versailles 78. Photo Philippe Le Brech

US Boulogne Côte d’Opale (National ou Ligue 2 ?)
– Arrivées : Mil Nolan BINET (Istres) Att Amine EL FARISSI (Hyères) Att Noah FATAR (Sochaux) Gar Ibrahima KONÉ (Dunkerque) Att Zanga KONÉ (Paris Saint-Germain U23) Att Exauce MPEMBELE BOULA (Lorient B) Déf Aurélien PLATRET (Monaco U23) Mil Lilian RAILLOT (Metz B) Déf Louis SILIADIN (Rumilly/Vallières)
Restent : Julien BOYER Joffrey BULTEL Sonny DUFLOS Corentin FATOU Siad GOURVILLE Christian KITENGE ONA KASONGO Xavier LENOGUE Sohan PAILLARD Adrien PINOT Demba THIAM Hervé TOURÉ Azamat URIEV Nathan ZOHORÉ

– Intègrent l’effectif : Luka BOITEAU Souleymane KEITA Jonathan NDAYA KAPENGA
Intègrent l’effectif (pour la préparation) : Florian BOULET Tom DUPONT Thibault PRUVOST Emmanuel SAKI KOUASSI

– Départs : Teddy AVERLANT (Amiens) Abdelwahab BAALA Alexis BUSIN Corentin CAL El Hadj DABO Victor DELINS (Pays de Cassel) Théo EPAILLY (La Louvière, Belgique) Sébastien FLOCHON (Saint-Priest) Abdel HBOUCH (Annecy) Romain JANNEQUIN Yannick PANDOR (FB Boussu-Bois, Belgique) Thibault RAMBAUD (Annecy) Abel RODRIGUES (Chantilly) Jean VERCRUYSSE (Le Mans)

Ajaccio AC
– Restent : Axel BAMBA Michaël BARRETO Thibault CAMPANINI Ivane CHEGRA Abou KANTE Jesah MABEYA AYESSA ONDZE Bilal MEROUGA Everson Junior PEREIRA DA SILVA Julien PRENANT CAPOROSSI Mehdi PUCH-HERRANTZ Ghjuvanni QUILICHINI Benjamin SANTELLI François-Joseph SOLLACARO Tony STRATA Ben Hamed TOURÉ Clément VIDAL Mohamed YOUSSOUF

– Intègrent l’effectif : Zyed BELTAIEF Zakari EL KHALFIOUI Kelyan GRAZIANI NOGOTO Valentin PRENANT CAPOROSSI

– Autres joueurs (dans l’effectif ?) : Nasser BOUYAHMED (D) (ou BOUHIMED) Ryan CONTENA (A) Jérémy DEBESSA (D) Mathis ROMDER (D)

– Départs : Julien ANZIANI (Sariyer Istanbul, Turquie) Sacha CONTENA Matthieu HUARD (Red Star) Tim JABOL FOLCARELLI Valentin JACOB Arsène KOUASSI (Lorient) Thomas MANGANI (Arrêt) Owen MARTINEZ JULIEN Stephen QUEMPER (Créteil) Moussa SOUMANO (Breda, Pays-Bas) Alhassan TOURÉ Yoann TOUZGHAR (Arrêt)

SC Aubagne Air Bel
– Arrivées : Déf Moustakim ASSOUMANI (Sans Club) Déf Yassine BEN HAMED (Antwerp, Belgique) MIL Hadi BENTEBBAL (Virton, Belgique) Mil Kalil BOUALI (Strasbourg U19) Att Karim CHABAN (Istres) Mil Khalil CHAFAI (Six-Fours/Le Brusc) Déf Nohim CHIBANI (Quevilly/Rouen) Mil Mathieu DIABY (Quevilly/Rouen) Att Mohamed HAMEK (Alès) Déf Nasuir Dine HAMIDOU (Rousset) Déf Abdallah MOHAMED ABDALLAH (Istres) Mil Adam OUDJANI (Le Mans) Att Kylian SILA (Orléans)

– Restent : Sofiane BOUDRAA Maisser Ramy BOUTEBA Bilal EL KADDOURI El Omar FARDI Jordan GIL Kassim M’DAHOMA Mohamed NEHARI Matthias NOUICHI Adem TAFNI Bilel TAFNI

– Départs : Yamin AMIRI Yassine BENHATTAB (Nantes) Thomas CARBONERO (Créteil) Mohamed Lamine DJABALLAH Sétigui KARAMOKO (Pau) Fady KHATIR (Rouen) Cyril KHETIR (Beerschot Anvers, Belgique) Lucas LAVALLÉE (Châteauroux) Esteban MOUTON (Orléans) Ousseynou NDIAYE (Paris 13) Aimé Steven NSIMBA LABE (Universitatea Craïova, Roumanie) Mabrouk ROUAI (Valenciennes) Chris TOHOULI

Football Bourg-en-Bresse/Péronnas 01
– Arrivées : Att Destin BANZOUZI (Orléans) Mil Benjamin BESIC (Moulins/Yzeure) Déf Mathéo BODMER (Le Havre) Att Mohamed BOUMAAOUI (Bastia) Déf Mamadou CONTÉ (Laval B) Déf Arsène Jonathan DO MARCOLINO ROGOMBE (Rennes B) Att Moussa GUEL (Paris 13) Mil Kelvin Patrick JOIA RODRIGUES ARAUJO (Saint-Priest) Mil Francis KEMBOLO LUYÉYÉ (Martigues) Gar Jacques Bruno MBEUBAP MBIANDJEU (La Rochelle) Mil Jules MEYER (Dijon) Déf Mohamed SYLLA (Dijon)

– Restent : Quentin LACOUR Romain LASPALLES Mamadou MAGASSOUBA Arthur MAZUY Beimarse TANKIEV Nathan VITRE

– Intègrent l’effectif : Yassine ABRAOU (M) Naïm MOUADDEB (D) Romain MURO (D)

– Départs : Youness AOULADZIAN (Orléans) Darling BLADI (Betis Seville, Espagne) Mattéo COMMARET (Laval) Ottman DADOUNE (Ratchaburi, Thaillande) Bastien DONIO (Gornik Zabrze, Pologne) Brown IRABOR (Guingamp) Charly JAN (Orléans) Clément JOLIBOIS (Rodez) Vladimir KARAJCIC (Zeleznicar Pancevo, Serbie) Bryan LABISSIÈRE (Thionville) Pascal MICHELIZZI (Espaly-Saint-Marcel) Jordan MOREL (Orléans) Guédé NADJE (Angers, retour prêt) Dylan SIA Zakari SOULEYMANE Roger TAMBA M’PINDA (Châteauroux) Abdoul Karim TRAORÉ (Ould/Heuverlé/Louvain, Belgique)

Stade Malherbe de Caen
– Arrivées : Att Ivann BOTELLA (La Louvière, Belgique) Mil Belkacem DALI AMAR (Quevilly/Rouen) Att Adama DIAKITÉ (Villefranche-sur-Saône) Mil Maxime ETUIN (Concarneau) Déf Vinicius GOMES (Villefranche-sur-Saône) Déf Ronny LABONNE (Nîmes) Déf Léandro MORANTE (Martigues) Att Samuel NOIREAU-DAURIAT (Guingamp B)

– Restent : Diabé BOLUMBU Bilel BRAHIMI Yannis CLEMENTIA Dieudonné Gaucho DEBOHI Mohamed HAFID Valentin HENRY Noé LEBRETON Anthony MANDREA Yann M’VILA Lorenzo RAJOT Brahim TRAORÉ

– Intègrent l’effectif : Zoumana BAGBEMA (M) Léo MILLINER (M) Gabin TOMÉ (M)

– Départs : Mathias AUTRET (Milizac) Adrien BA LOUA (Qabala, Azerbaïdjan) Yassine BENRAHOU (Hajduk Split, Croatie) Kalifa COULIBALY Jules GAUDIN (Paris FC, retour prêt) Samuel GRANDSIR Godson KERYEMEH (Le Havre) Mickaël LE BIHAN Quentin LECOEUCHE Alexandre MENDY (Montpellier) Alex Moucketou-Moussounda (Aris Limassol, Chypre) Ilyes NAJIM (Beveren, Belgique) Emmanuel NTIM Lamine SY (Auxerre), Romain THOMAS (Valenciennes)

La Berrichonne de Châteauroux
– Arrivées : Mil Quentin BENA (Botev Vratsa Bulgarie), Mil Issam BOUAOUNE (Nîmes) Mil Samba DEMBÉLÉ (Bourges) Déf Djibril DIARRA (Chambly) Déf Akim DJAHA (Martigues) Déf Aniss EL HRITI (Versailles) Att Gwen FOULON (Bourges) Mil Ronaldo FREITAS (Locminé) Déf Anderson GONCALVES (Les Herbiers) Att Amadou KONATE (Créteil) Gar Lucas LAVALLÉE (Aubagne) Déf Brahima MAGASSA (Les Herbiers) Att Malhory NOC (Fréjus/Saint-Raphaël) Att Loîck PIQUIONNE (Vannes) Mil Roger TAMBA M’PINDA (Châteauroux) Mil Théo TRINKER (Cannes) Att Yanis VERDIER (Rodez) Att Housseine ZAKOUANI (Sans Club)

– Restent : Moussa BA (G) Doua DEMBÉLÉ (A) Schinéar MOPILA (D) Enzo TOSTIVINT (G)

– Intègrent l’effectif : Grégory KELO (D)

– Départs : Brandon AGOUNON Othmane CHRAIBI Mathis CLAIRICIA (Bochum, Allemagne) Brice COGNARD (Bobigny/Bagnolet/Gagny) Hugo COLELLA Séga COULIBALY (Portland Heart of Pine, USA) Mamadou DIALLO (CSKA Sofia, Bulgarie) Mouhamad Lamine DOUMBOUYA Rémy DUTERTE (Balagne) Ylan GOMES Sajed JEBNOUN (Balagne) Nouhoum KAMISSOKO (Marseille B) Hilel KONATÉ (Troyes) Aboubacar MAGNORA (Créteil) Adama MBENGUE François MENDY Téo James MICHEL Ferris N’GOMA Jacques-Antoine PELLETIER SIMOES Leverton PIERRE (Vizela, Portugal) Vincent PIRES (Nîmes) Dorian SAMBA NDOUDI (Jura Sud) Silly SANGHARÉ (Bobigny/Bagnolet/Gagny) Yacouba SYLLA Tyrone TORMIN Isaak UMBDENSTOCK Giovani VERSINI (Pau)

US Concarneau
– Arrivées : Gar Valentin CENATIEMPO (Bastia B) Att Omar DAF (Bulle, Suisse) Mil Garland GBELLE (Famagouste Nea Salamina, Chypre) Mil Loïc GOUJON (Orléans) Déf Jimmy HALBY-TOURÉ (Orléans) Déf Amédé KABONGO (Rouen) Att Mewan LE BONNIEC (Lannion) Mil Mathis PICOULEAU (Nîmes) Gar Vincent VIOT (Orléans)

– Restent : Rudy BOULAIS Baptiste ETCHEVERRIA Guillaume JANNEZ Pierre JOUAN Stanislas KIELT Amadou SAMOURA Djessine SEBA Joseph SERY Amadou SEYDI Thibault SINQUIN Youssouf SOUKOUNA Gabriel TUTU

– Intègrent l’effectif : Glenn HOCQUET Gauthier SYLVESTRE

– Départs : Rayana BAMBA (Rennes, retour prêt) Gino CAOKI (Nîmes) Maxime ETUIN (Caen) Josselin GROMAT (Le Puy-en-Velay) Frédéric INJAI Isaac MATONDO Baptiste MOUAZAN (Grenoble) Antoine PHILIPPON (Bayonne) Esteban SALLES (Pau) Amadou SAMOURA Joseph SERY (Penafiel, Portugal) Amilcar SILVA (Liepaja, Lettonie) Mansour SY (Lierse, Belgique) Arthur TCAPTCHET (Reims, retour prêt) Rayan TOUZGHAR (Guingamp, retour prêt) Abdelwahed WAHIB (Valenciennes)

Dijon FCO
– Arrivées : Mil Paul BELLON (Chambly) Déf Waly DIOUF (Nîmes) Att Julien DOMINGUES (Cannes) Mil Loris DUPONT (Châteaubriant) Déf Fady KHATIR (Aubagne) Mil Brandon NSIMBA NDEZI (Grasse) Déf Alexis NTAMACK (Grasse) Att Julio TAVARES (Al Diraiyah, Qatar)

– Restent : Ylan AKA Yanis BARKA Quentin BERNARD Paul DELECROIX Abdoul DIABY MALICK Boubacar DIALLO Ismaël DIALLO Abd Elmajid DJAE Mehdi FORNELLI Ben Chayeel HAMADA Adel LEMBEZAT Jordan MARIÉ Elydjah MENDY Zoran MOCO Lenny MONTFORT Hugo VARGAS-RIOS

– Intègrent l’effectif : César OBONGO Florian ROMBOGOUERA GOUZELE

– Départs : Izak AKAKPO (Lorient) Yanis CHAHID Souleymane CISSÉ Alexandre DUVILLE-PARSEMAIN (Lugano, Suisse) Rayane EL KHAMALI Jovany IKANGA A NGÉLÉ (Red Star, retour prêt) Mamadou KEBÉ Cédric MAKUTUNGU (Annecy) Joseph MENDES Jules MEYER (Bourg-en-Bresse/Péronnas) Mathéo MOUSSA (Bastia) Victor POISSON Saïd SABER Kevin SCHUR Rayane SOUICI Mohamed SYLLA (Bourg-en-Bresse/Péronnas) Nassim TITEBAH (Rouen)

FC Fleury 91
– Arrivées : Gar Gaël ALETTE (Lorient) Déf Hugo AUBOURG (Canet-en-Roussillon) Déf Clément COUTURIER (Villefranche-sur-Saône) Att Khalil GANNOUN (Balagne) Mil Nadir HOMSSA (Charleville-Mézières/Prix-les-Mézières) Déf Morgan JEAN-PIERRE (Orléans) Déf Hamadou KARAMOKO (Niederkorn, Luxembourg) Déf Stéphane LAMBESE (Sans Club)

– Restent : Clément BADIN Marvyn BELLIARD Théo BLOUDEAU Enzo BOVIS Freddy COLOMBO Kevin FARADE Loup HERVIEU Valentin LAVIGNE Baptiste LECLERC Grégoire LEFEBVRE Romain LELEVE Yoann LE MÉHAUTÉ Judicaël MAKENGO Antoine PETIT Thibaut PLISSON Jonathan RIVAS MAROUANI Sadibou SYLLA Jovanie TCHATCHOUA Trey VIMALIN Quentin VOGT

– Intègrent l’effectif : Paul America Jawa MARA (A)

– Départs : Diakari DIARRA (Granville) Abdennour HASSAINE

Le Puy Foot 43 Auvergne
– Arrivées : Mil Salim AKKAL (Nîmes) Déf Cheick Mohamed DOUMBIA (Rodez) Mil Antoine GAUTHIER (Saint-Etienne) Déf Emric GOUMOT (Grasse) Mil Josselin GROMAT (Villefranche-sur-Saône) Gar Jules GUETTE (Sans Club) Att Julien JACQUAT (Biesheim) Déf Idris MOHAMED (Rousset) Att Plamedi NSINGI MBALA (Nantes B)

– Restent : Marvin ADELAÏDE Ismaël BOULEGHCHA Matis CARVALHO Axel DARNAUD Yann DIEBOLD Hermann ESMEL Moussa FATY Thomas GHALEM Julian LASSABLIÈRE Yanis MARONNE Tyrone SAKHO Abdelnour SOUALHIA Loris TAILHANDIER Paul WADE Renald XHEMO Maël ZOGBA

– Intègrent l’effectif : Samuel LACOUR (D)

– Départs : Salomon ABERGEL (Istres) Mohamed BEN FREDJ (Créteil) Fabien BOULAMOY Bourama DIARRA (Furiani/Agliani) Tom LEBEAU (Saint-Malo) Mathys LOURDIN (Le Poiré-sur-Vie) Elie MAURIN (Alès) Davel MAYELA (Le Poiré-sur-Vie)

US Orléans Loiret
– Arrivées : Mil Youness AOULADZIAN (Bourg-en-Bresse/Péronnas) Att Celal BOZKURT (Bourgoin-Jallieu) Gar Fei-Hong FAHAM (Challans) Gar Charly JAN (Bourg-en-Bresse/Péronnas) Mil Jordan MOREL (Bourg-en-Bresse/Péronnas) Déf Esteban MOUTON (Aubagne) Déf Johann OBIANG (Pau) Déf Sidney OBISSA (Krumovgrad, Bulgarie) Att Clément RODRIGUES (Barnsley, Angleterre) Déf Mamadou SYLLA (Paris 13)

– Restent : Marvin BAUDRY Grégory BERTHIER Maxime D’ARPINO Florent DA SILVA Jimmy GIRAUDON Fahd EL KHOUMISTI Guillaume KHOUS

– Intègrent l’effectif : Destin BANZOUZI Arsène COUREL Mamadou DIAKO Arthur LALLIAS Marius LEMAÎTRE

– Départs : Walid BENBELLA (Montlouis-sur-Loire) Lucas BRETELLE (La Louvière, Belgique) Modibo CAMARA (Biel/Bienne, Suisse) Antonin CARTILLIER (Rouen) Alan DO MARCOLINO (Rennes, retour prêt) Mohamed GHORZI (Bijeljina, Bosnie-Herzégovine) Loïc GOUJON (Concarneau) Jimmy HALBY-TOURÉ (Concarneau) Tommy IVA (Créteil) Morgan JEAN-PIERRE (Fleury-Mérogis) Owen-Césaire MATIMBOU (Romorantin-Lanthenay) Rayan PONTI (Rodez) Kylian SILA (Aubagne) Kevin TESTUD (Villefranche-sur-Saône) Virgile THÉRÉSIN Vincent VIOT (Concarneau)

Paris 13 Atlético
– Arrivées : Mil Abelmalek AMARA (Nîmes) Déf Abdourahmane BARRY (Amiens) Déf Nicolas BERNARDINO (Racing CF) Mil Noa DONAT (Bastia) Gar Yannick ETILÉ (Martigues) Mil Ryan FAGE (Troyes) Mil Mario FORTUNATO (Saint-Pryvé/Saint-Hilaire) Att Mel LASME (Bobigny/Bagnolet/Gagny) Mil Loïs MARTINS (Laval) Mil Bilal MEHADJI (Chambly) Mil Ousseynou NDIAYE (Aubagne) Mil Tiago OLIVEIRA CASTRO (Saint-Maur-des-Fossés) Déf Arnold TEMANFO (Sans Club) Déf Cheick TRAORÉ (Al-Faisaly Amman, Jordanie) Att Aeron ZINGA (Epinal)

– Restent : Sasha BERNARD Cheikhou CISSÉ Moussa DIARRA Bruno ECUÉLÉ MANGA Steven LUYAMBULA BIWA Damien MESPLÉ Abroise OYONGO BITOLO Soumaila SANGARE Germain SANOU Lucas VALERI

– Départs : Sony BUTROT (Les Herbiers) Kalilou CAMARA Marvin DE LIMA (Bayonne) Karamoko DIABY Sada DIAKHABI (Saint-Brieuc) Lassana DIAKO Daou DIOMANDÉ (Valenciennes) Ulrick ENÉMÉ-ELLA (Dinan/Léhon) Léon GOMIS Moussa GUEL (Bourg-en-Bresse/Péronnas) Abdelsamad HACHEM (Red Star) Issiaka KARAMOKO (Bastia) Hamidou KEITA Jérémy MANGONZO (Andrézieux-Bouthéon) Fara MENDES (Torcy) Kenny ROCHA SANTOS (Rouen) Dramane SAGANOKO Mamadou SYLLA (Orléans) Enzo VALENTIM (Villefranche-sur-Saône)

Quevilly Rouen Métropole
– Arrivées : Déf Yasser BALDE (Raja Casablanca, Maroc) Déf Youssouf KANOUTÉ (Beauvais) Att Mehdi MOUJETZKY (Bourgoin-Jallieu) Déf Jérémy MOUNSESSE (Lyon B) Mil Ibrahima SAMOURA (Oissel)

– Restent : Noah ADEKALOM Kayne BONNEVIE Shurwin BOUEKOU MAHANA Yanis DEDE LHOMME Namakoro DIALLO Yankuba JARJU Jordan LEBORGNE Tony NJIKÉ Pierre PATRON Théo PIONNIER BERTRAND Lenny PIRRENGUEL Kapokyeng Panka SYLVA Jason TRÉ Noah VANDENBOSSCHE

– Intègrent l’effectif (pour la préparation) : Eliot BOUDET Warren CEDILLE Samuel COME RUIZ Kassy GHOY Ilyes PANCHOUT Ruben ROSA Anthony SIFFLET Joseph SONGWE Sékou TRAORÉ Matis WESSNER

– Départs : Alane BEDFIAN (Ajaccio GFC) Benjamin CAPRON-LITIQUE Nohim CHIBANI (Aubagne) Nadjib CISSÉ (Bordeaux) Belkacem DALI AMAR (Caen) Yassin FORTUNÉ (FC Vizela, D2 Portugaise), Isaac TSHIPAMBA MULOWAYI (Maribor, Slovénie) Beres OWUSU (Saint-Etienne, retour prêt) Ahmed SOILIHI

FC Rouen 1899
– Arrivées : Att Amadou BA-SY (Coimbra, Portugal) Déf Melvin BORNE (Reims B) Déf Antonin CARTILLIER (Orléans) Mil El Hadji Guiry EGNY (Chasselay GOAL FC) Mil Valentin FUSS (Pétange, Luxembourg) Déf Enzo GENTON (Lorient) Att Raphaël GERBEAUD (Saint-Malo) Déf Formose MENDY (Nîmes) Mil Kenny ROCHA SANTOS (Paris 13) Gar Thomas SANGLIER (Grand-Quevilly) Déf Nassim TITEBAH (Dijon)

– Restent : Charles ABI Yazid AÏT MOUJANE Clément BASSIN Mustapha BENZIA Omar BEZZEKHAMI Sofiane BOUZAMOUCHA Sérigné FAYE Dany GOPROU Axel MARAVAL Jason MBOCK Noah NDÉKÉ Lucas ROYES Axel TEMPERTON Victor TILLIEZ Amara TOURÉ

– Départs : Malik ABDELMOULA (Andrézieux-Bouthéon) Ahmad ALLÉE (Duhok, Iraq) Hicham BENKAÏD (Créteil) Naël BENSOULA (Le Poiré-sur-Vie) Florian DESCHAMPS Ichem FERAH (Lille, retour prêt) Adon GOMIS Abdellah HAIMOUD Amédé KABONGO (Concarneau) Paul LEHOUX (Andrézieux-Bouthéon) Christ-Emmanuel LETONO MBONDI (Espanyol Barcelone, Espagne) Mathieu MION (Grenoble) Mohamed OUADAH Valentin SANSON (Virton, Belgique)

Stade Briochin
– Arrivées : Déf Sadia DIAKHABI (Paris 13) Att Mickaël FATY (Dinan/Léhon) Déf Matias LOPES (Cannes) Gar Dialy Kobaly NDIAYE (Besançon Racing) Déf Youssoupha NDIAYE (Chassieu/Décines-Charpieu) Déf Mattéo RABUEL (Avranches) Mil Charles-André RAUX-YAO (Versailles)

– Restent : Karim ACHAHBAR Benjamin Brou ANGOUA Guillaume BEGHIN Julien BENHAIM CASNOVA Florian BEUREL Hugo BOUDIN Esteban CRESPEL Boubacar DIAKHABY Madigoundo DIAKITE Aimeric GOMIS MAILLARD Stan JANNO Christian Anderson KONAN Franck L’HOSTIS Mathéo NTUMI Léo ROUILLÉ Léo YOBÉ Artur ZAKHARYAN

– Intègrent l’effectif : Quentin LOUEDEC (M)

– Départs Yacine AHJAOU Jhon BALZAN RIASCOS (TA Rennes) Hugo BOUTSINGKHAM (Nantes, retour prêt) Christophe KERBRAT James LE MARER (Dinan/Léhon) Gabin LE NORMAND Antoine NUGENT

FC Sochaux Montbéliard
– Arrivées : Att Aymen BOUTOUTAOU (Valenciennes) Att Kapitbafan DJOCO (Annecy) Att Boubacar FOFANA (Winterthur, Suisse) Att Benjamin GOMEL (Nancy) Gar Mehdi JEANNIN (Pau) Mil Julien MASSON (Valenciennes) Mil Jonathan MEXIQUE (Nîmes) Déf Dylan TAVARES (Bastia) Att Darell TOKPA (Locminé) Def Bendjaloud YOUSSOUF (Dunkerque)

– Restent : Samy BENCHAMMA Alex DAHO Victor JOSEPH Solomon LOUBAO Elson MENDES DA SILVA Boris MOLTENIS Mathieu PEYBERNES Alexandre PIERRE Abederrezek SAÏDI Aboubacar SIDIBÉ Mohamed Lamine TOURÉ Arthur VITELLI

– Intègrent l’effectif : Enzo-Noël DODÉ (D)

– Départs : Julien DACOSTA (Debrecen, Hongrie) Mouhamadou DRAMMEH (Universitatea Cluj, Roumanie) Geoffray DURBANT (Bobigny/Bagnolet/Gagny) Noah FATAR (Boulogne-sur-Mer) Thomas FONTAINE (Chasselay GOAL FC) Armand GNANDUILLET Alex GUETT GUETT (Niederkorn, Luxembourg) Kevin HOGGAS Corentin JEAN N’Dri KOFFI (Hamrun Spartans, Malte) Martin LECOLIER Dimitri LIÉNARD Victor MAYELA (Auxerre, retour de prêt) Diego MICHEL (Mannheim, Allemagne) Marie-Gaël MUKANYA (Colmar) Nassim OUAMMOU (Agadir Hassania, Maroc) Mathieu PATOUILLET (Lyon, retour de prêt) Roli PEREIRA DE SA Marc POPOW Malcolm RANGON (Jura Sud) Baptiste VALETTE (Grasse)

Valenciennes FC
– Arrivées : Déf Derrick ABU (Southampton) Att Sofiane BAGHDADI (Versailles) Mil Samir BELLOUMOU (Martigues) Att Gaëtan COURTET (Dunkerque) Mil Daou DIOMANDÉ (Paris 13) Att Mouya IPIÉLÉ (Martigues) Déf Alexi KOUM (Marseille B) Gar Justin LACOMBE (Toulouse) Déf Loïck LANDRE (Çorum, Turquie) Mil Mabrouk ROUAI (Aubagne) Déf Romain THOMAS (Caen) Déf Abdelqaahed WAHIB (Concarneau)

– Restent : Stredair APPUAH Lucas BUADES Alexandre COEFF Jules COLLET Ahmed DIOMANDÉ Kylian KOUAKOU Jean LOUCHET Jean-Eric MOURSOU Sakhalou NIAKATÉ Kehinde Mathias OYEWUSI Sambou SISSOKO

– Intègrent l’effectif : Mamadou KEBBEH

– Départs : Carnejy ANTOINE Aymen BOUTOUTAOU (Sochaux) Papa Demba Oumar CAMARA Axel CAMBLAN (Brest, retour prêt) Bakaye DIBASSY Kyllian GASNIER (Pau, retour prêt) Tanguy LIENARD (Feignies/Aulnoye-Aymeries) Julien MASSON (Sochaux) Mathieu MICHEL (Montpellier) Byani MPATA LAMA Ousmane TOURÉ (Lille, retour prêt) Nick VENEMA (Dordrecht, Pays-Bas) Lucas WOUDENBERG

FC Versailles 78
– Arrivées : Déf Deen ADEHOUMI (Nantes B) Gar Hugo BARBET (Nantes B) Déf Bilal CISSÉ (Saint-Malo) Att Ibrahima DOUCOURÉ (Sannois/Saint-Gratien) Mil Mathias FISCHER (Cannes) Att Shelton GUILLAUME (Les Herbiers) Mil Jawed KALAI (Epinal) Mil Odilon KOUASSI (Horsens, Danemark) Mil Ali OUCHEN (Le Mans) Att Karim Tlili (FC Martigues) Gar Nathan YAVORSKI (Les Herbiers) Att Yohan ZEMOURA (Jura Sud)

– Restent : Romain BASQUE Samir BEN BRAHIM Raphaël CALVET Kurtis CHADET Aimé GAVAL Patrick KOFFI Joseph Yannick MBONE Djamal MOUSSADEK MEDOU-OTYE Tom RENAUD Sébastien RENOT Jérémi SANTINI Ryan TCHATO MBIAYI Soumaïla TRAORÉ

– Départs : Melih ALTIKULAC Samir BAGHDADI (Valenciennes) Lassana DIAKHABY (Créteil) Modeste DUKU MBENGA Aniss EL HRITI (Châteauroux) Fodé GUIRASSY (Créteil) Bilal HEND (Niederkorn, Luxembourg) Jonathan KODJIA Faveur Wilfried KOUASSI Moise MAHOP Jordan MENDES COREIA (Rodez) Jules RAUX (La Roche-sur-Yon Vendée) Charles-André RAUX-YAO (Saint-Brieuc) Freddy SITUMONA MBEMBA (Charleroi, Belgique)

FC Villefranche Beaujolais
– Arrivées : Mil Anfane AHAMADA MZE (Lyon Duchère) Mil Ilian BOUDACHE (Rousset) Déf Rupert Nathan DEKOKÉ (Le Mans) Att Mohamed FERNANDEZ (Balagne) Déf Tristan GRIPPON (Châteaubriant) Déf Ethan KENA KABEYA (Clermont-Ferrand B) Att Babacar LEYE (Châteaubriant) Mil Sambaly KEITA (Les Herbiers) Mil Vincent MARCEL (Nîmes) Déf Kemryk NAGERA (Lille B) Déf Hamza SBAÏ (Nîmes) Mil Jordan SEBBAN (Sans Club) Att Kevin TESTUD (Orléans) Mil Timothé THEVENET (Gueugnon) Att Axel THOUMIN (Furiani/Agliani) Déf Enzo VALENTIM (Paris 13)

– Restent : Lucas CAMELO (D) Patrick KISSLING (A) Cédric LUNARDI (G) Talian MATIP NGOM (A) Kenny MIXTUR (A) Raouf MROIVILI (M) Sullivan PEAN (G) Yacine SOFIANE (D)

– Intègrent l’effectif : Seydou OUEDRAOGO (D) Titouan WILZIUS (G)

– Départs : Harouna ABOU DEMBA Marcellin Achille ANANI (Red Star, retour prêt) Abou Malal BA (Bordeaux) Moulaye Idrissa BA (Bourgoin-Jallieu) Nazim BABAI (Monaco, retour prêt) Steven BASEYA (Alverca, Portugal) Maxime BASTIAN (Boussu-Bois, Belgique) Mokrane BENTOUMI (Le Havre, retour prêt) Lucas CALODAT (Le Mans, retour prêt) Clément COUTURIER (Fleury-Mérogis) Adama DIAKITÉ (Caen) Mahamadou DOUCOURÉ (Biel-Bienne, Suisse) Vinicius GOMES (Caen) Metehan GUCLU Octave JOLY (Rodez) Maxime MERLE Nathan MONZANGO Brice NEGOUAI (Koper, Slovénie) Ismaël Youssef PETCHY (Chalon-sur-Saône) Christopher ROCCHIA Béni SERGIO-DOMINGOS (Limonest/Dardilly/Saint-Didier) Antoine VALERIO

Le FC Rouen 1899. Photo Philippe Le Brech

Les entraîneurs

David Vignes, entraîneur du FC Fleury 91. Photo Philippe Le Brech
  • Ajaccio AC : Thierry Debes (03/01/74)
    En poste depuis janvier 2025
  • SC Aubagne Air Bel : Gabriel Tavares Minhava Dos Santos (24/04/83)
    En poste depuis janvier 2025.
  • Football Bourg-en-Bresse/Péronnas 01 : David Le Frapper (25/03/71)
    En poste depuis juillet 2024.
  • Stade Malherbe Caen : Maxime d’Ornano (16/12/80)
    En poste depuis juillet 2025
  • La Berrichonne de Châteauroux : Valentin Guichard (02/07/90)
    En poste depuis juillet 2025
  • US Concarneau : Stéphane Rossi (23/03/64)
    En poste depuis juillet 2024.
  • Dijon FCO : Baptiste Ridira (13/06/83)
    En poste depuis juillet 2024.
  • FC Fleury 91 : David Vignes (21/06/1973)
    En poste depuis juillet 2023.
Guillaume Allanou, entraîneur (et aussi président, directeur sportif et partenaire !) du Stade Briochin. Photo Philippe Le Brech
  • Le Puy Foot 43 Auvergne : Stéphane Dief (21/06/73)
    En poste depuis juillet 2023
  • US Orléans Loiret : Hervé Della Maggiore (17/08/72)
    En poste depuis juillet 2024.
  • Paris 13 Atlético : Maxence Flachez (05/08/72)
    En poste depuis mars 2025.
  • Quevilly Rouen Métropole : David Carré (08/09/75)
    En poste depuis juillet 2024.
  • FC Rouen 1899 : Régis Brouard (17/01/67)
    En poste depuis novembre 2024.
  • Stade Briochin : Guillaume Allanou (12/02/77)
    En poste depuis juillet 2024.
  • FC Sochaux Montbéliard : Vincent Hognon (16/08/74)
    En poste depuis juillet 2025 :
  • Valenciennes FC : Stéphane Moulin (04/08/67)
    En poste depuis juillet 2025
  • FC Versailles 78 : Jordan Gonzalez (31/05/90)
    En poste depuis novembre 2024.
  • FC Villefranche Beaujolais : Fabien Pujo (23/08/73)
    En poste depuis juillet 2025
Régis Brouard, l’entraîneur du FC Rouen 1899. Photo Philippe Le Brech

Les arbitres

Visuel « Arbitrez-vous / Eric Wirotius »

Le nouveau ballon du championnat National pour cette saison. Photo Philippe Le Brech
  • Texte : Jean-Michel ROUET (avec Philippe LE BRECH)
  • Photos : Philippe LE BRECH
  • Suivez-nous sur nos réseaux sociaux (Facebook, X et Instagram) : @13heuresfoot
  • Visitez le site web 13heuresfoot
  • Un commentaire, une suggestion, contactez-nous (mail) : contact@13heuresfoot.fr

L’entraîneur normand, pur produit du Stade Malherbe de Caen, évoque son caractère timide et réservé. Au fil des ans et au gré de ses expériences, il assure s’être amélioré, notamment en matière de communication, mais reconnaît qu’il doit encore progresser. L’ancien finaliste de la coupe de France avec Quevilly, qui sort d’une saison mouvementée, rêve de stabilité et pourquoi pas, de Ligue 3 un jour avec son club !

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : Philippe LE BRECH et Bernard MORVAN

Photo Philippe Le Brech

Matthias Jouan n’est pas le plus grand des « communicants ». Timide, réservé, discret, sont les adjectifs qualificatifs qui reviennent le plus souvent à l’évocation de son nom lorsque l’on questionne des personnes qui l’ont côtoyé. L’entraîneur de l’US Granville en National 2 acquiesce mais, comme dans le célèbre film de la fin des années 70, il est timide, mais il se soigne ! Du moins, il fait des efforts. Il est bien obligé, maintenant qu’il est sur le devant de la scène : « Les causeries d’avant-match m’aident beaucoup » assure le Normand (41 ans) formé au Stade Malherbe de Caen, propulsé à la tête de l’équipe fanion de Granville après l’éviction de Sylvain Didot en février 2023.

L’ancien joueur de l’US Quevilly (finaliste de la coupe de France en 2012 tout de même !), du FC Rouen et de Carquefou notamment, en National, n’élude absolument pas ce trait de personnalité. Plus surprenant, il l’a évoqué assez facilement.
Face à nous, en visio, il a même semblé très à l’aise, n’a jamais cherché ses mots et s’est montré bavard durant l’entretien qui a duré une bonne heure ! Du coup, c’est nous qui avons été surpris !

Photo Philippe Le Brech

Mais Matthias, qui fut d’abord joueur à l’US Granville, qu’il a rejoint en 2014 en CFA2 (accession en CFA en 2016) sous les ordres de Johan Gallon, avant de devenir éducateur en 2017, lorsqu’il raccrocha les crampons, explique que quand il s’agit de parler ballon, il est plus à l’aise : « C’est un sujet que j’aime, donc c’est plus facile. Je ne fuis pas les médias, et je vais même vous dire, j’aime ça, j’ai été capitaine aussi, ça me convenait, c’est juste le fait d’être en public, de parler devant des gens, qui m’a toujours dérangé. Ça va beaucoup mieux. Je pense que je m’améliore. Mais il faut encore que je travaille. »

Matthias Jouan évoque sa personnalité mais parle aussi de son club, l’US Granville, repêché cet été en National 2, des infrastructures, des ambitions et du voisin Avranches. Il convoque aussi ses souvenirs de joueur dans le traditionnel « tac au tac », où il livre une autre confidence qui a son importance, et qui explique, en partie, pourquoi il n’a pas pu franchir le cap en pro, alors qu’il venait de signer un contrat au Stade Malherbe de Caen, « son » club, où il a passé 13 saisons ! Et pour une fois, nous n’avons volontairement pas posé la question « Ton meilleur souvenir sportif » tant la réponse allait de soi. On ne dispute pas une finale de coupe tous les ans !

Interview

« J’avais toujours peur de faire chier le monde ! »

Sous les couleurs du FC Rouen, à Pacy-sur-Eure, en National. Photo Bernard Morvan

Matthias, commençons par ta personnalité… Tu es timide, réservé, ça vient d’où ?
C’est vrai. Cela vient de ma jeunesse. À l’école, pour me faire parler, c’était très compliqué. Au foot, je n’étais pas bon public non plus pour les médias. Mais moi, ça m’allait très bien, parce que je me suis protégé un peu de tout ça. Le meilleur exemple, c’est l’année de la finale de la coupe de France avec Quevilly (en 2012), il y avait beaucoup de reportages sur nous. Tout le monde me disait « Mais on ne te voit pas », alors que pourtant, j’étais présent, je jouais. Mais vous savez, une fois que tout retombe… Pour certains de mes coéquipiers, cela s’est mal passé ensuite. J’avais prévenu les gars ici à Granville quand on est allé en 1/4 de finale de la coupe de France (en 2016). Je leur ai dit « Faites attention, parce que là, vous allez avoir du monde chez vous, on vous verra partout en vidéo, il y aura des agents qui voudront vous envoyer en Roumanie, etc. », je les avais prévenus, mis en garde.

Aujourd’hui, en étant coach, tu ne peux plus te cacher…
Le fait d’être éducateur au départ, ça m’a beaucoup aidé, socialement, parce que moi, je n’abordais personne, j’avais toujours peur de faire chier le monde. C’est quelque chose que j’ai dû travailler et que je travaille encore, parce qu’on me fait des reproches par rapport à ça, notamment mes joueurs. Un joueur qui ne joue pas, parce que c’est mon choix, j’ai envie de lui parler mais, quoi que je lui explique, je me dis « Il ne va jamais comprendre ». Il va penser « Mais qu’est-ce qu’il me fait chier le coach, il ne me fait pas jouer ! ». Donc j’ai du mal encore aujourd’hui à aller vers eux. Grâce à ce rôle d’éducateur, je me suis quand même un peu ouvert, parce qu’il faut parler devant du public, chose que je ne maîtrisais pas. Et puis j’ai appris à me connaître, parce c’était du stress, je devenais tout rouge, et du coup, les messages ne passaient pas comme je le souhaitais. Là, la communication devient plus naturelle. Comme avec vous, aujourd’hui, on parle de foot, un sujet que j’aime, donc c’est plus facile.

« Les causeries m’ont aidé »

On a cherché des interviews de vous, des reportages, des vidéos, on n’a pas trouvé grand-chose…
Mais je ne fuis pas les médias. Je vais même vous dire, j’aime ça, j’ai été capitaine aussi parfois, ça me convenait. C’est juste le fait d’être en public, de communiquer devant des gens, qui m’a toujours dérangé. Mais ça va beaucoup mieux. Je pense que je m’améliore. Il faut encore que je travaille.

Avec l’US Quevilly, finaliste de la coupe de France en 2012. Photo Bernard Morvan.

Comment travaillez-vous cela ?
Déjà, les causeries m’ont aidé. Et avec ce qu’on a vécu toute la saison dernière, ce fut un apprentissage, parce que j’ai l’impression d’avoir pris 10 ans d’expérience dans la tête d’un seul coup. Depuis que je suis éducateur, je n’ai jamais connu de moments difficiles pendant mes sept premières années. Et là, la saison passée, j’ai vécu des choses très compliquées. Pendant ma formation au DES (Diplôme d’état supérieur, dont il est titulaire depuis peu), un coach m’a dit que sa meilleure expérience, du moins celle qui lui a le plus appris, c’est quand il a joué le maintien. Quand vous êtes dans le dur comme on l’a été toute la saison dernière, il y a d’autres choses à mettre en place, et cela passe par une communication différente aussi. Je pense même que j’ai peut-être manqué d’ambition dans mes causeries certaines fois l’an passé, et d’autres fois j’ai fait passer des messages pour aller gagner des matchs, comme l’importance du beau jeu, parce que j’aime ça. Mais au final, le beau jeu, c’est bien gentil, on entend dire « Granville, ça joue correctement au football », oui, sauf qu’à un moment donné, on ne parlait plus du jeu de l’équipe, mais de ses résultats, qui étaient insuffisants. C’est pour ça que j’ai évolué dans mes causeries en deuxième partie de saison, afin de faire passer des messages pour gagner des maths. Mais je sais que je dois encore progresser, notamment dans la communication interpersonnelle : peut-être faut-il que je fasse plus d’entretien avec mes joueurs de manière individuelle, de façon à tirer le meilleur d’eux ?

« Chez les jeunes, on a changé un peu de politique »

Photo Philippe Le Brech

Tu prends des cours de communication ?
Non, mais j’ai lu beaucoup de livres sur le stress, le trac, et j’ai fait une formation sur la préparation mentale, ça m’a aidé sur certains aspects, comme la confiance en soi. On m’a dit de faire du théâtre, mais je ne suis pas le plus à l’aise pour ça. S’il faut être meilleur, s’il faut aller chercher encore d’autres choses, j’irai les chercher. C’est un travail au quotidien. Johan Gallon, mon coach quand je suis arrivé à Granville, était capable de se transcender en causerie. Philippe Clément, le coach de Dives-Cabourg, arrive à faire passer des messages. J’aurais aimé être capable d’avoir une communication beaucoup plus simple, d’aller vers les gens, sortir du cadre du terrain et du foot parce que moi, je ne voyais que ça. Si la communication n’avait pas été un frein quand j’étais jeune, peut-être que cela aurait été plus facile.

Parlons de l’US Granville : on connaît bien Avranches, moins ton club…
L’US Granville est un club de 500 licenciés, dont 350 jeunes, avec un projet de formation et une vraie identité de jeu, jusqu’à l’équipe de N2, en tenant compte des catégories bien sûr. On a des équipes qui jouent bien au ballon, du moins on a cette étiquette-là. Quand je suis arrivé, il y avait 17 joueurs qui encadraient. Maintenant, on a un vrai groupe d’éducateurs qui a été mis en place. Il y a eu une vraie évolution à ce niveau-là. L’équipe Une est en National 2 depuis 2017. La réserve, dont je m’occupais avant, vient de faire l’ascenseur et de remonter en Régional 1. Chez les jeunes, on est beaucoup en Régional 2. On espère atteindre le niveau R1, comme pour nos U16 qui y sont parvenus l’an passé, grâce à une très belle génération.

Avec Avranches, vraie rivalité ou vraie entente ?
Il y a une rivalité, forcément, parce que les gens l’ont créée, du fait de la proximité des deux villes (25 km). Après, c’est vrai que, parfois, quand vous formez des jeunes et qu’un jour vous voyez que c’est le voisin qui en profite, ça ne fait pas toujours plaisir. Avranches a des 17 ans et des 19 ans au niveau National, donc un très bon jeune chez nous ne reste pas très longtemps : il part chez le voisin mais on peut le récupérer ensuite en seniors. C’est pour ça que notre objectif, c’est d’avoir nos équipes de jeunes au plus haut niveau régional déjà. On change un peu de politique aussi parce qu’avant, on avait tendance à surclasser un peu nos jeunes. Je me souviens que, quand j’entraînais la réserve, on était monté en Régional 1 avec 4 ou 5 joueurs U18.
Maintenant, à titre personnel, je m’entends très bien avec les gens d’Avranches, on les a affrontés en National 2 cette saison. Ils ont des infrastructures que beaucoup de clubs envient, et qui donnent envie.

« Nos infrastructures sont limitantes »

Photo US Granville

Les infrastructures, justement, c’est là que le bas blesse à Granville ?
Elle sont limitantes. A Granville, avant, il y avait le terrain de rugby avec une belle piste autour, mais cela a été détruit. On pouvait utiliser ces installations mais la municipalité a construit une piscine à la place et donc, le rugby a voulu récupérer des terrains : ils ont pris un terrain de foot, puis un deuxième. Du coup on s’est retrouvé avec nos quatre terrains, mais éparpillés dans tous les sens. On est limité par rapport à ça. Je dispose d’un terrain d’entraînement qui était déjà catastrophique avant et là, il a été refait, mais mal refait : ça aussi c’est un problème. Il nous est arrivé d’aller nous entraîner sur un petit stade à 25 minutes de Granville, près d’Avranches, dans un club de Départemental 2… On va aussi régulièrement dans le club de Donville-les-Bains, vers chez nous. Ce n’est pas normal; ça bouffe de l’énergie. Finalement, on a pris la décision de rester sur notre terrain d’entraînement, mais c’était tout ou rien : soit c’était inondé, soit c’était du béton. On a fini la saison dernière comme ça, car on en avait marre de prendre les minibus pour aller s’entraîner. On s’est serré les dents.

C’est sûr qu’Avranches, eux, ont grandi, ont bien avancé et pris de l’avance, alors que chez nous, ça prend plus de temps. Ils ont construit pas mal de choses et puis la présence du lycée Littré pour la formation est quelque chose d’important, cela leur a permis d’attirer pas mal de jeunes, des garçons qui ont pu rejoindre l’équipe en National. A Granville, J’étais responsable de la section lycée chez nous, mais cela n’a pas fonctionné de la même manière. Franchement, je suis émerveillé quand je vois leurs terrains d’entraînement. Des clubs de National et de Ligue 2 n’ont pas ça. J’envie ces entraîneurs qui ont la chance de pouvoir être sur leur lieu de travail et en même temps de voir tous les jeunes sur place. J’en ai discuté avec Tony Théault, le coach de Vire (N3) : quand il arrive au club house, s’il veut voir les jeunes, il a juste quelques pas à faire, alors que nous, on doit prendre la voiture. Si un joueur est contacté par Granville et Avranches, il va voir les installations à Avranches et il va signer à Avranches. Je comprends. Même si on essaie de faire progresser les choses. Mais on aura toujours un petit temps de retard sur eux.

Revenons à la saison passée : quel fut ton sentiment, ton état d’esprit, au coup de sifflet finale de la dernière journée (relégation sportive en N3) ?
Je me suis dit que les gars avaient fait le travail, parce qu’on avait gagné ce dernier match (3-1 contre Saumur). Mais j’avais vu cinq minutes avant la fin que Poitiers, avec qui on était à la lutte pour le maintien, menait au score. J’étais déçu et triste de descendre. On a rendu des gens tristes et j’ai vu des bénévoles très touchés. Mais ce n’est pas l’équipe que j’avais devant moi ce soir-là qui est descendue. J’étais content de ce que j’avais vu. Les joueurs avaient tout donné. On savait très bien que, ce qu’on avait loupé, c’était l’été dernier et une période jusqu’au mois de novembre.

Sur la 2e partie de saison, Granville fait 6 victoires, 5 nuls et seulement 4 défaites, un bilan d’une équipe de top 8…
On a fini 7es sur la deuxième partie de saison.

« Cette fois, on a gagné du temps »

Photo Philippe Le Brech

À l’issue de votre première saison complète, achevée à la 3e place, meilleur classement de l’histoire du club, l’effectif a énormément changé. Pourtant, dans vos interviews, vous parliez beaucoup de stabilité…
C’est vrai, on finit 3e, puis quelques mois plus tard, on est dernier à 9 points du maintien et à 16 points de Poitiers… Bien sûr, j’aime avoir de la stabilité dans un groupe. C’est beaucoup plus facile de travailler ensuite, parce qu’après, on n’a plus cas rajouter des choses dans notre effectif, dans le jeu, pour avancer. La saison où on finit 3e (2024/25), j’avais déjà dit six mois avant, en décembre, « Attention, si on ne travaille pas sur l’avenir, ça peut devenir très compliqué », et on m’a répondu « Mais non, ça va le faire, avec ce que l’on pratique en termes de football, avec le projet de jeu… », etc. Mais un joueur, ce qu’il voit, c’est ce qu’il a à la fin du mois sur sa feuille de salaire. Résultat, on eu 14 départs dont 7 titulaires. C’est trop. (il répète) C’est trop. L’aspect financier y a fait, mais pas que. En plus, à la trêve, on récupère deux joueurs qui étaient partis six mois plus tôt : Félix Ley, de Fréjus/Saint-Raphaël, et Vincent Créhin, notre attaquant, de Saint-Malo. C’est ça qui est dérangeant. On aurait pu faire mieux pour garder un maximum de joueurs.

Photo US Granville

Du coup, interdiction de répéter deux fois la même erreur cette saison…
Là, clairement, alors que l’on n’était même pas certain d’être repêché en National 2, même si les signaux étaient bons, on avait déjà ciblé tous nos joueurs. Du coup, à la reprise, j’avais 19 joueurs et 3 gardiens, alors que l’été dernier, on était 14 ! On a gagné du temps. Et puis, le fait d’avoir pris cet été un conseiller sportif, Clevid Dikamona, c’est beaucoup plus facile. Parce que pour moi, c’est très prenant.

Du coup, c’est un nouveau départ, après les nombreux chamboulements de l’intersaison…
Oui. On repart avec 14 nouveaux joueurs. Il en manque encore. On a mieux recruté derrière, parce que selon moi, c’est ce qui nous faisait défaut. L’an passé, j’ai changé ma défense centrale beaucoup trop souvent, dès les premiers matchs. Or là, cette année, ça tient la route défensivement, avec des joueurs de qualité, comme Mathis Lemeray qui était à Avranches en National (2021-2024), Diakari Diarra mon capitaine qui était parti à Fleury la saison passée (ex-Avranches en National) et que j’ai récupéré. J’ai pris aussi Pierrick Mouniama (ex-Caen B en N3, Blois en N2) parce que Pierrick, à Blois, c’est 90 matchs en 3 saisons à 24 ans, une valeur sûre. On a gagné du temps mais il manque encore deux joueurs et il faudra tenir compte de la suspension pour 5 matchs de Sofiane Hamard, un élément important du groupe. C’est à prendre en compte. Il faut compenser son absence.

Forcément, l’objectif sera de stabiliser l’équipe cette saison et aussi les suivantes…
Le but, c’est que l’on puisse avancer et que la saison prochaine, on n’ait pas à tout reconstruire. Mais il faut aussi avancer sur nos infrastructures et stabiliser le club.

« La Ligue 3 un jour ? C’est possible mais… »

Photo Philippe Le Brech

Granville un jour en Ligue 3, une utopie ?
Je pense que c’est possible, maintenant, il manque pas mal de choses. Ce qui est positif, c’est que l’on a 230 partenaires, c’est du mécénat, et on a deux personnes, François Bégué Fléché et Guy Lefèvre, qui s’occupent de ça et s’investissent beaucoup. Ils font tout pour nous. Ils vont voir les commerçants, ils aiment le contact. Je leur tire mon chapeau. Cela permet à Jouan Matthias d’être payé pour entraîner en National 2. Est-ce que ça peut suffire si on monte un jour ? Même si on est amené à avancer, il nous faudra plus d’infrastructures, comme je l’ai déjà évoqué.

Il y a un an, j’ai demandé des Algeco pour être au plus proche du terrain d’entraînement avec une salle de muscu, afin de mettre des choses en place avant les séances et d’enchaîner sur le terrain ensuite. Je les ai obtenus, mais en mars cette année. Cela a tardé. Je trouve que les relations avec le service des sports de la commune ne sont pas au maximum de ce qu’elles pourraient être, elles ne sont pas suffisantes. Un autre exemple : le terrain d’entraînement est catastrophique, pas arrosé, pas tracé, on met encore des coupelles autour ! Lundi, on est autorisé à s’entraîner sur le terrain d’honneur, mais au lieu de tondre ce terrain en priorité, c’est celui d’à côté qui est tondu ! Et puis quand on a fini de poser nos coupelles, on nous dit « Bah maintenant, il faut que je tonde le terrain d’honneur… » ! Du coup, seule la moitié de terrain est tondue, pas l’autre moitié, et ça, pour moi, ce sont des conditions de travail dérangeantes, ça « bouffe » la tête.

On a l’impression de toujours se battre et à l’arrivée, on dit « Jouan il nous fait chier ». Bah ouep, mais mon outil de travail, c’est le terrain, et je demande qu’on le respecte, que l’on fasse au mieux. Je sais bien que ce sont les vacances, qu’il y a des personnes dévouées, mais bon, le traçage du terrain… Il faut presque le demander constamment. C’est énervant. Et après, ce sont les joueurs qui vous en mettent plein la gueule parce que le terrain n’est pas de qualité, ils veulent moins en faire, et donc ils sont moins performants. Ce secteur doit être amélioré. Après, pour en revenir à la Ligue 3, on sait que c’est très difficile de monter : Saint-Malo souhaitait y arriver cette année et puis voilà, ils sont malheureusement resté trop longtemps sans gagner ce qui a fait que Saint-Brieuc est passé, mais quand je vois les conditions dans lesquelles jouaient Saint-Brieuc l’an passé, pour en avoir discuté avec le président-coach (Guillaume Allanou), ils n’avaient pas de terrain et c’était aussi le bordel (sic), ils ont réussi quand même, c’est donc que c’est possible.

Photo Philippe Le Brech

Tu es un entraîneur plutôt…
J’aime le jeu. On veut maîtriser les choses. Ce qui ne veut pas dire « garder le ballon », « conserver » ou « faire tant ou tant de passes », que cela soit défensivement ou offensivement, on doit être les acteurs, ne pas attendre que l’adversaire nous donne le ballon pour faire de la transition, non, on a des systèmes de jeu de manière à ressortir le ballon, avec des supériorités, des choses comme ça, pour avoir le maximum de possession, de maîtrise. Et défensivement, on opte pour des choix tactiques pour mettre à mal nos adversaires, pour récupérer le ballon le plus vite possible : on essaie de mettre ça en place sur toutes nos catégories. On est catalogué aussi comme une équipe « gentille », cela se ressent sur le jeu, on essaie d’amener d’autres billes : je suis impressionné par les joueurs excentrés, qui sont très vifs, même en National 2, et on essaie d’apporter ça aussi, même dans nos catégories de jeunes, pour les préparer pourquoi pas au plus haut niveau. Après on veut que le maximum de jeunes puisque intégrer le niveau seniors, en N2 ou en R1.

« Plus on a de monde dans le staff, mieux c’est ! »

Tu dois être satisfait car ton staff (1) s’est élargi cet été…
Oui. Quand je suis arrivé à la tête de l’équipe en février 2023, on n’était pas nombreux. On avait un entraîneur des gardiens et un adjoint qui préparait son BPJEPS donc il n’était pas toujours présent. J’ai rajouté un préparateur physique puis un adjoint la saison passée, mais comme j’étais aussi en formation pour mon DES et que mon adjoint était en formation pour le BEF, on était parfois amené à partir en même temps et cela n’a pas rendu les choses faciles. Cet été, on a recruté quelqu’un pour le rôle d’analyste vidéo, un stagiaire, et quelqu’un va arriver, c’était mon binôme en Régional 1, pour être adjoint, cela entre aussi dans le cadre de la formation en interne : il va garder l’équipe de Régional 1 en parallèle et s’aguerrir en N2, parce qu’il souhaite aller plus tard jusqu’au DES. On ouvre nos séances aux autres éducateurs, je pense au jeune éducateur : l’an passé, il y en avait un qui venait sur son temps libre avec nous sur le terrain, alors qu’il passait le bac. Ce sont des éducateurs qui ont envie, qui ont faim, il va faire un service civique chez nous cette année. Plus on a de monde, mieux c’est. C’est bien pour les joueurs, on sera plus précis dans nos demandes, dans ce que l’on va mettre en place, parce que les joueurs sont aussi de plus en plus pointilleux. Plus on sera précis, mieux les joueurs travailleront.
(1) Le staff
Entraîneur adjoint et préparateur physique : Arthur Marie
Adjoint et analyste vidéo : Hugo Pêcher
Adjoint et entraîneur des gardiens : Simon Houivet
Adjoint : Arnaud Jérôme
Analyste vidéo : Brandon Beduneau

Photo 13HF

Le BEPF, qui permet d’entraîner en pro, est-il un objectif à long terme pour toi ?
On m’a dit de ne pas dire ça… Bien sûr, j’ai envie d’aller plus haut un jour, par le travail que l’on met en place ici, j’ai envie que mon équipe, que mes joueurs m’emmènent plus haut, mais je n’ai pas envie de passer le diplôme. Parce que je ne vois pas l’intérêt. De plus en plus d’entraîneurs le passent, malheureusement pour eux, ils n’ont pas cette chance d’aller dans le monde pro, où j’ai l’impression que c’est assez fermé. Ceux qui y parviennent sont souvent ceux qui montent avec leurs équipes. Comme Patrick Videira qui a fait monter Le Mans en L2 : il arrive à bien faire jouer ses équipes, et c’était déjà le cas quand il entraînait à Furiani.

Il y a Maxime d’Ornano aussi, quelqu’un que, déjà, j’apprécie; dans le jeu, quand j’ai joué contre lui, j’adorais ce qu’il mettait en place et tant mieux qu’il soit en poste à Caen, je suis bien content que ce soit une personne comme lui à la tête de ce club où j’ai passé 13 ans. J’ai connu Johan Gallon et Sylvain Didot à Granville, deux coachs qui ont le BEPF : aujourd’hui, Gallon n’entraîne plus, et Didot est à Vannes en N3… Mais ce n’est pas parce que je n’ai pas envie de passer le diplôme que je manque d’ambition, non. J’aimerais évoluer en National un jour avec mon club. Et puis je viens juste de terminer ma formation pour le DEF, alors… Je sais qu’un jour, on m’obligera à passer le BEPF, mais je ne sais même pas si j’ai les compétences…

Matthias Jouan, du tac au tac

Avec le FC Rouen, en 2009-2010, en National, à Cannes. Photo Bernard Morvan.

Qu’est-ce qui t’a manqué pour franchir le cap et jouer en Ligue 2 ?
J’avais des manques. Je n’allais pas vite. J’avais de la qualité de jeu, ok, mais j’avais besoin de mes coéquipiers pour pouvoir exister. Dans le travail, je n’étais pas le plus… J’avais du mal à me faire mal. Je n’étais pas assez méchant pour récupérer des ballons à des postes bien précis. Quand j’avais 15 ans, je m’entraînais avec les 17 ans, quand j’avais 16 ans, je jouais déjà en 17 ans Nationaux, quand j’avais 17 ans, j’étais surclassé, ça m’arrivait de jouer en CFA2, avec dix pros titulaires et moi au poste de latéral droit, parce que le coach me disait qu’il fallait à tout prix que je joue, peu importe le poste. Tout le monde me disait que c’était bien. Mais peut-être que ce qu’il fallait pour passer le cap, je ne l’ai pas fait. Je me souviens de Reynald Lemaître, avec qui j’étais à l’école : chez les jeunes, c’était très compliqué pour lui, il était souvent blessé, il avait du mal à grandir, mais en match, avec Malherbe, waouh, il défonçait tout le monde, il courait partout, il avait faim, alors que moi… Je ne suis pas allé chercher plus loin, je n’ai pas forcément voulu améliorer mes défauts.

C’est venu après mon passage à Caen. Je me suis endurci quand j’ai commencé à taper dans les murs, à essayer un métier, quand j’ai fait maçon pendant un mois, en décembre, avant d’aller à Jura Sud… Et puis je me suis peut-être trop reposé sur mes qualités. On ne m’a pas repoussé dans mes derniers retranchements pour travailler ce qui n’allait pas. Ily a le facteur chance aussi. Vous plaisez ou vous ne plaisez pas à un entraîneur. Peut-être que mes qualités auraient plu à un autre entraîneur, comme dans un système en 3-2-4-1, que l’on voit beaucoup aujourd’hui, mais à l’époque, c’était différent. Mais mon heure n’est jamais venue et j’ai commencé à penser à mon après-carrière.

Le stade Louis-Dior à Granville. Photo US Granville

Cette expérience te sert aujourd’hui avec tes joueurs ?
Oui. En fait, mon manque d’investissement chez les jeunes, je l’ai eu ensuite, sur le tard. À Quevilly, je n’étais plus le même qu’à Caen. Quand j’ai entraîné les jeunes, je leur ai dit « les gars, je trouve que vous loupez quelque chose, votre carrière, elle n’est pas faite… Ce n’est pas parce que tu as fait 8 rentrées en National 2 que ça y est ! » Dans l’investissement, je n’ai jamais triché, mais j’aurais peut-être pu faire encore plus dans le travail quand j’étais chez les jeunes. J’ai côtoyé pas mal de joueurs, dont certains qui avaient peut-être moins de qualité que moi au départ, seulement voilà, ils ont fait quinze ans de carrière pro.

Pire souvenir de ta carrière ?
Le plus dur, c’est la fin au Stade Malherbe de Caen, après 13 ans de formation. Je ne m’attendais pas à ce que cela finisse comme ça, je n’étais prêt, et ça a été compliqué derrière, même si cela m’a permis de découvrir autre chose. Je suis passé par le club de Mondeville, à côté de Caen, on était dernier en CFA, c’était assez compliqué, on s’entraînait le soir, on n’était pas dans un format de club que l’on peut trouver aujourd’hui en National 2. Je me suis posé la question d’arrêter le foot, ce que j’ai fait pendant 6 mois, pour faire un autre métier.

Photo Philippe Le Brech

Après Mondeville, tu rebondis à Jura Sud…
Quand on sort de Caen, on s’attend toujours à avoir quelques clubs, mais j’ai connu le chômage, et Jura Sud (CFA) me relance. Je m’en souviens bien, parce que je suis allé rejoindre le club le 1er janvier, et j’ai fait la route la veille, donc pas de réveillon du 31 décembre, alors que mes copains faisaient la fête ! Et puis là, j’ai eu un mois très dur sur le plan physique, parce que je n’avais rien fait pendant les six mois précédents.

Tes débuts au foot ?
J’ai commencé très jeune à Saint-Pierre-sur-Dives (Calvados), notre village familial, entre Lisieux et Caen. J’ai été vite surclassé. J’avais joué en pupilles contre Malherbe, et j’avais marqué 4 buts. Après, j’ai fait une détection et voilà ! J’ai été repéré et je suis allé à Caen, c’était du foot à 7. C’était l’époque où j’allais au foot à vélo, pas sûr que maintenant je laisserais ma fille y aller en vélo ! J’avais commencé par le basket, parce que mon père faisait du basket, mais tout de suite, mon pied cherchait à viser le panier avec le ballon !

Combien de buts marqués dans ta carrière ?
Je ne sais pas, mais quand j’étais jeune, je marquais beaucoup, parce que je jouais devant, et avec les années, j’ai reculé. A Jura Sud, en jouant 8, j’ai pris plaisir à marquer : après mes deux premiers mois difficiles, j’ai quand même terminé la demi-saison avec 7 passes décisives et 3 buts. Et après, je signe à Quevilly : je joue encore 8 et je termine meilleur buteur de l’équipe en CFA, avec 10 buts. Et même l’année en National avec Quevilly, Régis Brouard joue avec deux numéros 6, moi et Zanké Diarra, le frère d’Alou Diarra, et je mets 6 buts quand même. Le coach me laissait la liberté de monter. J’y ai pris goût. J’étais jeune. Je ne me posais moins de question. Je me souviens que je n’avais pas peur, par exemple, de tenter des gestes, un retourné acrobatique…

Pourquoi ne pas avoir joué à un poste plus offensif alors ?
J’étais gaucher, il n’y en avait pas beaucoup à Caen, donc on m’a mis côté gauche, je faisais beaucoup de centres, une de mes qualités, mais je manquais de vitesse, j’avais besoin de mes partenaires, et quand je vois le foot d’aujourd’hui, avec beaucoup de « un contre un », de vitesse… Petit à petit, j’ai reculé, je jouais à l’intérieur, et j’ai même joué défenseur central. J’ai connu Bernard Mendy au centre à Caen, il a commencé attaquant et il a fait sa carrière latéral droit. Tout le monde se souvient du grand pont qu’il a fait à Roberto Carlos !

Avec l’US Quevilly, en 2012, année de la finale de coupe de France. Photo Bernard Morvan.

Ton plus beau but ?
J’en ai mis des beaux mais je me souviens surtout de celui que j’ai raté et qui aurait pu être mon plus beau ! C’était avec Quevilly, contre Plabennec, en National : je pars de ma partie de terrain, je veux jouer en profondeur et là, je vois la défense adverse qui monte à fond, je ne sais pas ce qui me passe par la tête, je pousse le ballon pour moi et je pars au but, je dribble deux joueurs, je me retrouve face au gardien, je vois « Flo » Coquio à côté de moi, et comme je suis quelqu’un d’altruiste et pas d’égoïste, je fixe le gardien et je fais la passe, au lieu de tirer, mais le défenseur a sorti le ballon en corner !
Sinon, je me souviens de mon premier but de la tête, parce que ce n’était pas mon point fort. Avec le FC Rouen, contre Fréjus, en National, je reçois un centre et je mets le but de la victoire (2-1) : même mon père, en tribune, a demandé qui avait marqué, il n’en revenait pas que ce soit moi ! Toutes les veilles de match, avec Eric Garcin, on travaillait le jeu de tête sous forme de jeu, c’est aussi pour ça que je m’en souviens bien. Je n’ai mis que 2 buts de la tête !

Avec l’US Quevilly, en 2012. Photo Bernard Morvan.

La saison où tu as pris le plus de plaisir ?
J’en ai quelques unes ! J’ai kiffé ma première saison à Quevilly, c’est là que je me suis construit et découvert, avec des buts et des passes décisives. On a vécu une montée aussi, il y a eu la coupe de France bien sûr ! J’ai aimé aussi ma saison à Carquefou en National, même si je n’ai pas fait un championnat de qualité. Je sortais de la saison de coupe de France avec Quevilly qui a bouffé beaucoup de jus et d’énergie. Mon rendement n’était pas celui auquel j’aspirais. Le club voulait me prolonger mais j’estimais que je n’avais pas rendu ce qu’il fallait. J’étais cuit. Je l’ai regretté ensuite. Par contre, j’ai vécu avec un groupe extraordinaire, avec des joueurs extraordinaires comme Florian Martin (Niort, Sochaux, Paris FC, Valenciennes), qui a affolé tous les clubs, Romain Thomas (Angers, Caen), des joueurs qui sont passés pros après, une super ambiance. Je retiens souvent un groupe : à Quevilly on avait un groupe de copains, on était des frères, on a encore un groupe WhatsApp, et à Carquefou pareil. On se retrouvait au PMU à côté. On créait des choses. Il y avait une ambiance. On sortait ensemble après les matchs. On se voyait le samedi. Et quand je suis arrivé à Granville en CFA2, pareil ! On était une vingtaine à sortir ensemble, c’est ça qui m’a le plus marqué. À Rouen, par exemple, j’ai vécu une saison très compliquée. J’ai été pris en grippe par les supporters très exigeants et durs. J’en ai pris plein la gueule. Je jouais à un poste qui n’étais pas le mien. Qui nécessitait des qualités que je n’avais pas. j’avais d’autre qualités à apporter mais qui étaient moins voyantes, comme sur le plan tactique. Mais excentré gauche… bah non, je ne vais pas vite, et le supporter, ça, il le voit, même si j’étais capable de centrer.

Photo US Granville

Pourquoi tu n’es pas resté à Quevilly après la finale de la coupe de France ?
Je voulais rester. J’ai demandé au président de me faire signer deux ans, c’était une façon de montrer que je voulais m’installer. Et parce qu’on fonctionnait toujours sur des contrats d’un an. Le club a refusé. Du coup j’ai demandé un an et une petite augmentation, on était en National, je venais de faire 37 matchs sur 38, tous titulaire, jamais remplacé, et j’ai disputé tous les matchs de coupe, et on m’a dit non. Là, j’ai pris la décision après une entrevue de 10 minutes de partir, de changer de club, sans avoir aucun contact. Jean-Marie David, ancien coéquipier au FC Rouen, signait à Carquefou et il a parlé de moi là-bas. Et quand je vais là-bas, quinze jours après mon entrevue avec les dirigeants de Quevilly, sur le trajet, pendant les trois heures de route, je vois mon téléphone qui sonne plusieurs fois : c’était Quevilly, ils voulaient que je revienne au club… Je n’ai répondu à personne. J’avais fait mon choix. Je trouvais ça dommage que l’on ne m’appelle que maintenant alors que, pendant quinze jours, personne ne l’avait fait. J’ai bien eu ensuite quelques contacts, Vannes, Amiens, Orléans, mais à chaque fois, il fallait que j’attende qu’un joueur s’en aille pour que j’arrive… Je me vendais tout seul. Et comme j’avais déjà connu cette galère, le chômage, je ne voulais pas revivre ça, et à Carquefou, j’ai adoré le club, on était bien à Nantes, je vivais dans un endroit franchement… c’était super ! J’étais presque comme dans une famille.

Le coéquipier avec lequel tu as pris le plus de plaisir sur le terrain ?
A Quevilly, je m’entendais très bien avec Bigide Ouahbi, qui jouait excentré gauche, et moi j’étais dans l’axe. On avait toujours tendance, avec le coach Régis Brouard, de jouer en appui, de remiser, pour que le joueur soit face au jeu, et par rapport à ça, on s’entendait bien. Mais j’ai connu beaucoup de joueurs… A Granville par exemple, j’ai joué avec Tommy Untereiner, passé chez les pros à Istres, un garçon qui, balle aux pieds, c’était du haut niveau, malheureusement, il avait des genoux trop fragiles.

Avec le FC Rouen, en National (saison 2009-2010). Photo Bernard Morvan.

Le coéquipier qui t’a le plus marqué ?
A Jura Sud, Bertrand Ferro, le papa de Nolan, qui joue à Strasbourg. Bertrand avait été formé à Auxerre, il était maçon, il avait du mal à marcher, il avait les cheveux en vrac, mais par contre, sur un terrain, c’était royal, il avait des qualités hors-normes. Il passait ses journées à travailler, il venait s’entraîner le soir avec nous et le week-end, c’était incroyable. A Quevilly, je citerais « Nico » Pallois : tout le monde disait « c’est un boeuf, ceci, cela », alors ouep, c’est un boeuf, il y avait toujours du monde devant lui dans l’effectif, mais à la fin de la saison, c’est lui qui avait fait le plus de matchs ! Il déboulait sur son couloir gauche et enrhumait tout le monde. Mais avant d’être un boucher, comme on le cataloguait, il avait vraiment de la qualité technique. Il était loin d’être maladroit avec ses pieds ! C’est un joueur qui m’a marqué. Pareil pour Florian Martin à Carquefou. Le coach voulait que je tire les coups de pied arrêtés et là je tombe sur ce joueur, qui avait une main à la place du pied, une force de la nature incroyable, qui frappe fort, qui est précis. Il faisait ce qu’il voulait avec son pied gauche. Ce n’était peut-être pas Rothen, mais pas loin. Il fait 17 passes décisives cette année-là. Suite à une blessure, et des complications, il n’a pas eu la carrière qu’il aurait dû avoir, c’est dommage, c’est un super-mec. Et aussi Jérémy Aymes, passé pro sur le tard avec Le Mans, lui, c’est un mec, dans le travail… Je comprends pourquoi il en est arrivé là. J’ai joué avec lui à Granville. Pierre Lemonnier aussi, il est au Red Star (ex-Le Mans, Guingamp), il était avec moi en CFA2 et en CFA à l’époque à Granville.

Tu es resté proche de Jérémy Aymes, l’actuel gardien de Cannes ?
Oui, on échange régulièrement, quand je cherche à recruter, je regarde d’abord dans ma poule, malheureusement, à Granville, on n’est pas le premier choix, il y a d’autres clubs comme Saint-Malo ou d’autres qui passent toujours avant nous, du coup, cela nous oblige à « taper » dans d’autres poules, et c’est vrai que Jérémy me donne des infos sur des joueurs « en bas », ou des contacts.

Un coéquipier perdu de vue que tu aimerais bien revoir ?
Bertrand Ferro. Quand je suis arrivé à Jura Sud, tout seul, sans ma famille, et qu’il s’est mis à neiger, ce qui nous a obligés à nous entraîner en salle pendant 15 jours ou trois semaines, c’était difficile… Je suis même écarté du groupe en février après un match contre Montpellier et là je me dis « Putain, mais je ne suis plus fait pour ça », je me retrouve en B, et Bertrand, lui, il m’a accueilli les bras ouverts, on partait ensemble en déplacement dans les Renault Espace, on roulait vite, tellement vite qu’on s’arrêtait sur l’autoroute 20 minutes pour boire du vin jaune et manger des petites pâtes de poulet, et quand on voyait les autres véhicules du groupe passer, on repartait ! Voilà, ce dont des petites choses comme ça qui m’ont marqué. Il m’a accueilli chez lui. J’ai perdu sa trace mais je regarde ce que fait Nolan, son fils, alors que je ne le connais même pas. J’avais accroché avec lui.

Avec le FC Rouen, en National (saison 2009-10), sur le terrain de Pacy-sur-Eure. Photo Bernard Morvan

Il va peut-être lire l’article et vous allez peut-être renouer le contact !
Avec les autres joueurs, c’est différent, parce qu’il y a les réseaux sociaux, mais Bertrand, je ne suis pas certain qu’il soit sur les réseaux. J’avais 22 ou 23 ans, il avait déjà la trentaine. J’aimerais bien le revoir.

Un coach qui t’a marqué ?
Régis Brouard m’a fait évoluer, par rapport à ce qu’il mettait en place. Cela me correspondait. Sur la recherche dans le jeu. Mes qualités ressortaient. J’ai pris énormément de plaisir avec lui. Je n’ai pas forcément été très performant au départ, et puis, petit à petit, jusqu’à la montée en National et la finale de la coupe de France, c’était de mieux en mieux. J’étais à une heure de ma famille, tout était réuni. Il y a eu aussi Johan Gallon, mon entraîneur à Granville : là, c’était tout autre chose. C’est quelqu’un de très exigeant dans sa recherche, il est très pointilleux, très tactique, très précis, très exigeant à l’entraînement, il savait comment il fallait défendre face à tel adversaire, comment il fallait se déplacer.

Inversement, un entraîneur qui ne t’a pas marqué…
Forcément, Patrick Remy, à Caen. Je faisais des bonne choses en réserve. C’est le seul qui n’a pas voulu que je passe pro. Et je suis quand même passé pro. J’ai été trop con pour accepter, parce que je pensais que j’allais inverser la tendance. Alors que l’on n’inverse jamais la tendance. J’étais jeune. Malheureusement, avec lui, ça ne s’est pas bien passé, ça ne basculait jamais dans mon sens. Heureusement, il y avait l’adjoint, Stéphane Roche, qui lui était axé sur la formation du joueur, et me disait que, parfois, j’aurais mérité d’être appelé, qu’il fallait que je travaille pour moi, par exemple, que je travaille mon pied droit, il m’emmenait vers des choses comme ça, pour que je trouve encore un intérêt à venir m’entraîner.

A la Une de LEquipe, en 2012, avec Quevilly !
  • Texte : Anthony Boyer / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe Le Brech / Bernard Morvan
  • Suivez-nous sur nos réseaux sociaux (Facebook, X et Instagram) : @13heuresfoot
  • Visitez le site web 13heuresfoot
  • Un commentaire, une suggestion, contactez-nous (mail) : contact@13heuresfoot.fr

Le président du club des monts d’Or, au-dessus de Lyon, revient sur les deux dernières saisons très agitées, marquées par de multiples événements sportifs, administratifs et juridiques. Il assure avoir tout remis à plat, évoque le projet de stade à Chasselay et ouvre toujours la porte à son voisin Limonest, futur adversaire en championnat !

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : Justine LORCHEL / GOAL FC et 13HF

Jocelyn Fontanel, le président de GOAL FC (GOAL pour Grand Ouest Association Lyonnaise), avait tout prévu. Pour notre rendez-vous en visio, il s’est garé sur un parking à 8h30 du matin, a éteint la clim’ dans sa voiture, transformée pour l’occasion en bureau et en … sauna !

Pour un chef d’entreprise comme lui – il est Directeur général du Groupe Fontanel, une boîte de BTP et de promotion immobilière fondée par ses parents il y a 63 ans, et que Norbert, son frère, préside -, le temps doit être optimisé !

31 ans de présence au club !

Jocelyn Fontanel, le soir de la montée en National.

Celui qui a pris la succession de ses parents en 1998 dans l’entreprise éponyme et qui a succédé à Gérard Leroy (suite à son décès) en 2012 à la tête de l’un des plus « gros » clubs français en termes de licenciés avait demandé et prévenu par SMS : « Nous en aurons pour combien de temps ? Parce qu’il y a tellement de choses à dire que ça peut durer trois jours ! Avec ce qu’on a vécu en deux ans, on peut faire une série Netflix ! »

L’ancien pensionnaire des centres de formation de l’OL et de l’AS Nancy-Lorraine (lire à la fin de l’entretien) ne nous a pas menti : il a été très loquace. Le natif de Trévoux, dans l’Ain, « à 7 kilomètres de Chasselay, parce qu’à l’époque, les enfants du canton naissaient là-bas, d’ailleurs, l’un des deux vice-présidents, Rachid Belarbi, est né lui aussi à l’hôpital de Trévoux », avait aussi quelques comptes à régler.

Il faut reconnaître que depuis l’accession en National en mai 2023 jusqu’à ce repêchage de N3 en N2 ce mois-ci, il s’est passé énormément de choses. Travaux de mise en conformité du stade pour le National, crédits contractés, relégation en N2 et non-repêchage à l’été 2024 après la double rétrogradation de L2 en N2 des Girondins de Bordeaux, forfait en N2 pour la première journée de championnat en août dernier contre Marignane, procédures diverses, affaire des faux certificats médicaux, points de pénalité infligés (10 au départ, 8 à l’arrivée), valse des coachs la saison passée, nouvelle rétrogradation sportive (en N3) avant un repêchage, cette fois, en N2… La coupe est pleine, n’en jetez plus !

Avec une liberté de ton assez rare chez un dirigeant de club de « haut niveau », un fort débit de paroles et en toute transparence, Jocelyn Fontanel, 56 ans, licencié au club depuis 1994 (31 ans de présence!) est revenu sur ces événements contraires qui ont marqué le club, et qui l’ont marqué lui aussi, au point d’avoir songé à jeter l’éponge l’an passé. Si l’idée lui a bien traversé l’esprit, il a rapidement revu sa position, et il explique pourquoi.

Aujourd’hui, même si rien n’est oublié, le foot a repris ses droits dans les monts d’Or, au-dessus de Lyon. Parce que « le foot, c’est la vie » ! Et que, parfois, pour continuer de grandir, il faut passer par des épreuves très difficiles.

Interview :  « On remet les compteurs à zéro ! »

Président, il s’est passé tellement de choses en deux ans, que l’on ne sait pas par quoi commencer ! Allez, on se lance ! La poule et le calendrier de N2 viennent d’être publiés : votre sentiment ?
Quelle poule ! On voit les effets de la réforme des championnats et le vrai travail de la DNCG cette année, qui n’a pas fait de concession, sans doute suite aux élections « officielles » de la FFF (le 14 décembre 2024, Philippe Diallo a été élu président). La poule ressemble au National de l’époque, qui va devenir la Ligue 3 et va s’approcher encore plus du professionnalisme mais nous aussi, en National 2, on tend vers ça, surtout quand on voit un club comme Créteil avec le projet de Xavier Niel, sans oublier les Cannes, Toulon, Bobigny, Nîmes qui renaît de ses cendres, Grasse, Hyères… On connaît la poule du sud. Les places vont être chères. Cette poule va nous faire progresser, beaucoup de joueurs ont fait des carrières en Ligue 2 ou en National et sont là parce qu’ils se sont retrouvés sur le carreau. Ils vont tirer le championnat vers le haut. Et puis on aura des derbys, dont celui contre notre voisin Limonest !

Limonest, un club que vous connaissez-bien… Nous en reparlerons après…
Oui ! J’ai habité pendant 9 ans à Limonest et en plus, je suis mécène du club ! On aura aussi d’autres derbys contre Saint-Priest, Andrézieux, Rumilly, ça va être super intéressant et super-relevé.

« Il y a quand même 1000 km entre le sud et Paris ! »

La présence des trois clubs parisiens (Créteil, Saint-Maur-Lusitanos et Bobigny) : un avis ?
Je me suis demandé pourquoi ils étaient là. Bon, pour nous, qui sommes entre le sud et Paris, ce n’est pas très dérangeant, mais pour eux, il y a quand même 1000 km entre Paris et le Sud. Je ne sais pas comment ils réfléchissent au BELFA (Bureau exécutif de la Ligue du Football Amateur). Je n’ai pas forcément de commentaires à faire là-dessus. Certains diront que les Girondins de Bordeaux ont été protégés, parce qu’au départ, ils devaient être avec nous, mais bon, on n’est pas dans ce calcul-là.

L’épisode de l’an passé et le non-repêchage en National, c’est digéré ?
Ça ne sera jamais digéré, c’est impossible. Cela fait 30 ans que je suis au club (31 exactement), la famille Fontanel a investi beaucoup d’argent, les partenaires aussi. On fait ça par passion à ce niveau-là, mais pas que, c’est un vrai travail. J’ai déjà mon travail de tous les jours, j’ai la famille et j’ai aussi le foot, donc voilà… La saison passée, Bordeaux aurait été repêché, il n’y aurait rien eu à redire. J’avais un peu grogné quand j’ai vu comment Rouen et Châteauroux avait été repêchés, mais j’ai bien compris, je ne suis pas idiot : la FFF préfère avoir des grands stades de 7 ou 8000 places, et encore, ça, je l’accepte. Mais mettez-vous à notre place. On termine une saison de National avec Niort et Cholet qui déposent le bilan, Rouen, qui ne payait plus ses joueurs et Châteauroux, qui était au plus mal. Et tout le monde savait que Bordeaux allait aller au tapis…

« La DNCG n’a pas fait son boulot »

Vous en voulez à qui ?
La DNCG n’a pas fait son boulot en temps et en heure, et ce qui n’est pas normal, c’est que le BELFA ne nous a pas inscrit dans les listes. Il suffisait juste de mettre la mention « ou » entre Bordeaux et GOAL FC, en National et en National 2, et l’histoire aurait été terminée. Cela n’a pas été fait. Pourquoi ? Je ne sais pas. Il y a peut-être des subtilités qui appartiennent à l’ancien directeur juridique de la FFF dont je tairais le nom (Jean Lapeyre, Ndlr) et qui est parti à la retraite le 31 janvier. Il y a eu beaucoup de politique autour de tout ça. Tout ce que je vois, c’est que la FFF a fait plus de 400 000 euros d’économie, frais d’arbitrage compris, avec 17 clubs au lieu de 18 en National. Pendant ce temps, GOAL FC a perdu 600 000 euros en capacité de financement pour ne pas avoir été repêché, ça fait beaucoup. Ce qui est difficile aussi, c’est de disputer un championnat contre des équipes qui ne paient plus leurs joueurs pendant l’année.

Pour vous, il s’agit juste d’un simple oubli ?
Oui. Bordeaux, on connaissait la situation, c’était comme ça depuis des années, ce n’est pas arrivé d’un seul coup. Le BELFA et la FFF nous ont simplement oubliés, c’est ça que je regrette, parce qu’on s’est arraché pour finir 14es (sur 18) en sachant que l’on pourrait être repêché (le 13 juillet 2024, Nancy, 13e et premier relégable, a été repêché). Le BELFA nous répond « Vous n’êtes pas inscrit sur les listes au 17 juillet (date butoir pour l’inscription dans les compétitions), donc c’est comme ça », et « faites une requête en référé » ! J’ai passé mon été à téléphoner à tout le monde, c’est allé jusqu’au ministre des sports, mais j’ai bien compris qu’on n’intéressait personne. Ce qui les intéressait juste, c’était qu’on ne fasse pas grève lors de la première journée de N2.

« Elle est où l’équité ? »

Justement, pourquoi avoir fait grève lors de la journée 1 de N2 ?
Il le fallait afin de pouvoir attaquer la Fédération, qui m’a appelé toute la semaine avant le match contre Marignane pour nous dire qu’il fallait jouer, que l’on s’exposait à des amendes. Bordeaux, en National 2, a eu droit à deux matchs de préparation alors que le championnat commençait, et nous, on nous demande de jouer alors que l’on ne sait pas si on est en National ou en N2. On prend 10 000 euros d’amendes, dont 5 000 avec sursis, on perd 3-0 par forfait avec le point de pénalité en plus… Elle est où l’équité ? Et la Fédé nous répond « Vous le saviez, vous étiez en N2 »… Enfin bon, un peu de respect, au bout d’un moment, ça suffit ! Ça ne sera jamais digéré. Comme l’avait dit ancien sélectionneur des Bleus, Aimé Jacquet, « je ne pardonnerai jamais » (2).

« Ne dégouttez-pas des gens comme nous ! »

Le président de GOAL FC, Jocelyn Fontanel.

Quelles ont été les conséquences de ce non-repêchage ?
Au-delà du sportif, c’est financier. On a dû compenser. Avec la DNCG fédérale, si nos fonds propres sont négatifs, on peut passer à la trappe ou avoir des points de pénalité, tandis qu’avec la DNCG pro, ce sont juste des promesses pour financer l’année à venir, c’est ça aussi le problème.

Et puis il y a cette histoire du 30 juin (date à laquelle les comptes doivent être abondés) alors que l’on peut avoir un partenaire qui arrive au 15 juillet, ça décale tout. Bien sûr, je comprends, il y a des règles, on les respecte, mais à ce titre-là, j’ai dû compenser plusieurs fois financièrement, mais ça, c’est mon problème.

On n’a pas touché nos aides en National 2 de 45 000 euros, c’est le règlement, on a eu 10 000 euros d’amendes et aussi 7 500 euros d’amendes de la DNCG parce que l’on n’a pas pu tenir nos comptes comme il le fallait, et 3 000 euros d’amendes pour les certificats médicaux. Pour la petite histoire, on a donné 70 000 euros à la Ligue et au district, donc à la Fédé, pour nos différentes inscriptions, nos amendes, nos dotations, donc vous voyez un peu le grand écart ! Je l’ai dit à monsieur Diallo : « On est un des plus grands clubs de France en termes de licenciés; le foot, c’est nous que le faisons, alors ne dégouttez pas des gens comme nous, à peu près câblés ! » Je dis ça en toute humilité. On a un rôle social et éducatif. Notre histoire à GOAL FC, elle est belle. Au bureau, il n’y a que des amis, des gens de la région, alors à un moment donné, il ne faut pas nous « castrer » non plus.

« On veut être pris en considération »

Pierre-Marie Thimonier, le coach du N2 depuis janvier dernier.

Juridiquement, où en êtes-vous avec la Fédération ?
Nous avons déposé une première requête en référé devant le Tribunal administratif de Paris, qui est une requête en urgence (rejetée le 23 août 2024), en revanche, celle sur le fond court toujours. Le but est de récupérer des dommages et intérêts. Je pense qu’il faudra 3 ans pour repartir : 600 000 par an, ça fait 1,8 million et j’ai demandé 3 millions de dommages et intérêts. J’ai envoyé tous les chiffres. On veut être pris en considération. Un peu de justice quoi ! J’espère que l’on parviendra à une conciliation avec la FFF, avec laquelle on garde de bonnes relations, et que le tribunal nous donnera raison. Parce qu’on est là pour le foot. Ce n’est pas notre cheval de bataille, simplement, on a besoin d’argent pour rembourser nos dettes.

Et l’affaire des faux certificats médicaux ?
C’est une erreur administrative de notre part. Tout ça parce que notre secrétaire administrative voulait partir en vacances plus tôt. Donc voilà, c’est comme ça. On l’a payé très cher. On est juste aller récupérer 2 points en mars dernier devant le CNOSF que l’on nous avait enlevés en plus des 7 points de pénalité et du point supplémentaire dû au forfait contre Marignane. Il y a des règlements, il faut les appliquer.

« Je suis un homme d’engagement »

Le stade Ludovic Giuly.

À L’arrivée, la saison en National (2023-2024) a beaucoup « coûté » au club…
Quand on est monté, on a dû s’endetter pour faire les travaux du stade, on a emprunté et en plus on a « tapé » dans nos fond propres. On a pris quelques risques parce qu’on voulait bien figurer. On serait resté un an de plus en National, on aurait réussi à équilibrer le budget. C’est pour cela que, au-delà du sportif, cela a été très difficile de ne pas être repêché l’an passé, surtout que la FFF accorde des grosses aides en National. L’atterrissage a été très compliqué. On s’est endetté donc forcément on n’avait moins de capacité de financement. On est quand même un des plus gros clubs de France : quand on établit notre budget, on fait les choses dans l’ordre : d’abord le budget alloué aux jeunes, ensuite les frais généraux du club et ce qui reste va à l’équipe première mais vous savez comment c’est : ce n’est pas parce qu’on a la plus gros budget que ça marche.

Vous avez laissé entendre que vous étiez proche d’arrêter l’an dernier…
Oui, je voulais arrêter pour marquer le coup. Mais j’aime trop le club. J’aime trop le foot. Si je ne l’ai pas fait, c’est pour tous les salariés du club. Et pour tous les jeunes : je me suis mis à leur place. Vous savez, ma vie, elle est faite, je suis heureux. J’ai la chance d’être bien né. Pour certains, le foot, c’est leur métier. Quand je dis que je voulais arrêter, on serait allé en Régional 1, mais par rapport aussi à tous les joueurs que l’on avait recruté, je ne voulais pas qu’ils se retrouvent sur la paille, parce que je suis un homme d’engagement. Je ne jette pas la pierre aux dirigeants qui partent du jour au lendemain, parce que le foot, c’est très compliqué, mais moi, j’ai cette responsabilité-là. Tout ce qui s’est passé, c’est injuste, c’est plus que démoralisant, mais en fin de compte, on voit des choses plus graves, comme la maladie…

« On se doutait bien qu’on allait repartir en N2 cette saison »

L’ex-joueur de l’OL, Nicolas Puydebois, entraîneur des gardiens en N2.

Finalement, cette saison, le club a été repêché de N3 en N2…
On est content d’être en N2, bien sûr, et d’avoir fait le taf pour y rester, dans un championnat qui progresse, qui n’est plus le même qu’il y a 3 ans. On fait de la compétition, donc c’est pour faire du mieux possible. Cette fois, on démarre enfin avec un effectif : cela a été plus facile de travailler sur un scénario N3 ou N2 cette année, puisque ce sont les mêmes contrats, que l’an passé sur du National ou National 2. On a pu anticiper. Des joueurs voulaient venir chez nous même en N3 auquel cas on aurait jouer la montée, ça c’est certain. Et le budget aurait été à peu près le même. On a pu bien travailler sachant que, cette fois, la DNCG a rapidement annoncé la couleur, avec 6 clubs de N2 rétrogradés. Comme on était 2e « repêchable », on se doutait bien que l’on pourrait être en N2. On attaque la saison sereinement, on remet les compteurs à zéro, même si on a encore des dettes et qu’il va falloir remonter nos fonds propres.

Comment allez-vous faire pour remonter vos fonds propres ?
C’est simple, on ne va pas faire comme l’État ! Il faut que l’on dépense moins que ce que l’on rentre. Donc ça ne se fera pas en un jour. On a plus de 400 partenaires, un secteur qui fonctionne bien, parce que le milieu du BTP et de l’immobilier, ça draine du monde (70 à 80 % du partenariat). Entre Villefranche et Lyon, on est quand même sur un territoire important, donc l’idée c’est de se dire, on est sur un budget de 2,2 millions cette saison, mais si on peut rentrer 50 000 euros de plus par-ci, par-là… Voilà, c’est comme ça que cela doit se faire, en 2 ou 3 ans.

« On a un projet de stade à Chasselay sur 4 ou 5 ans »

Le complexe de Parcieux, où GOAL FC s’entraîne le plus souvent. Photo 13HF

2,2 millions d’euros, ce sera votre budget en 2025-26 ?
Oui. On aura le même budget qu’en 2023 quand on est monté en National, sauf que les exigences ont augmenté. Mais ça, c’est le budget général du club, avec 1100 licenciés en foot libre. Il faut savoir qu’on loue nos installations à la Ville de Chasselay : chaque début de mois, on a déjà 10 000 euros qui partent. Si on enlevait aussi le tournoi de fin de saison, qui coûte très cher, on serait à 1,8 ou 1,9 million. Notre particularité, c’est d’être sur plusieurs communes : Anse, Tassin, Chasselay et Champagne-au-Mont d’Or. Et on s’entraîne à Parcieux (Ain), ce qui nous coûte 30 000 euros de location par an, mais c’est important d’avoir un terrain en herbe et de bénéficier d’un lieu de vie, parce qu’à ce niveau-là, on ne peut plus bricoler.

Pour en revenir à Chasselay, la commune nous donne 50 000 euros de subvention or l’entretien du stade nous coûte 90 000 euros… donc ça fait 40 000 euros à sortir. On a très peu d’aide des collectivités, mais bon, c’est notre quotidien. Notre club-house nous appartient mais il reste 4 ans à payer et on a mis plus de 200 000 euros pour les travaux du stade: là encore, c’est un autre crédit à rembourser. Alors quand on a additionne tout ça, ça fait beaucoup rien que pour jouer au foot. Mais c’est ça qui rend notre club atypique.

C’est quoi, concrètement, le projet du club ?
C’est de « bosser » sur le projet du stade à Chasselay d’ici 4 ou 5 ans. On va déjà voir le cahier des charges pour la Ligue 3, parce qu’en 2023, on a déjà répondu aux obligations pour jouer au « stade Ludovic Giuly » en National. Le degré d’exigence sera sans doute plus élevé en Ligue 3 parce que l’idée c’est d’y aller un jour. Il n’y a pas d’urgence. S’il faut, on n’y retournera jamais, je ne sais pas. Mais on doit tendre vers ça, se préparer et parfaire nos installations sur le site de Chasselay. Cela reviendrait à 3 à 4 millions d’euros en travaux, financés sous forme d’un partenariat public/privé en faisant participer le club, le Département, la Région, la ville, etc., avec un bail emphytéotique afin de récupérer les droits à construire. Je suis dans le domaine de la construction, donc ce sera plus simple pour moi d’organiser tout ça.

« En N2, on sera loin d’être l’ogre comme en 2022 ! »

Pierre-Marie Thimonier, le coach du N2 depuis janvier dernier.

Quel rôle peut jouer GOAL FC cette saison en N2 ?
On sera loin d’être l’ogre comme il y a 3 ans ! On jouera essentiellement le maintien ! On essaiera d’être dans la première moitié de tableau. Là, c’est trop tôt pour le dire et puis il faut regarder les budgets. Il y a 3 ans, on affrontait des équipes qui avait soit le même budget que le nôtre (2,5 à l’époque), soit en dessous, donc forcément, c’était plus « simple ». On aura une équipe cohérente, et on essaie de faire une bonne coupe de France.

L’année dernière, on avait 3 points à la trêve, il y a eu l’histoire des faux certificats, moins de monde au stade… Heureusement, la coupe de France nous a permis de rester debout et, petit à petit, les gens sont revenus quand on a recommencé à gagner des matchs, mais ça, c’est pareil en district ou en Ligue 1. Avec la poule de cette année, on va essayer de faire revenir les gens au stade, d’avoir un espace VIP plus sympa, et la machine repartira.

« La Ligue 3, ça serait notre Ligue des champions ! »

lors de la dernière AG.

Et sur l’échiquier français : quel rôle peut jouer le club ? Quelle est sa place véritable ?
On va dire que le N3, c’est notre Ligue 2; que le N2, c’est notre Ligue 1 et que la Ligue 3, ça serait notre Ligue des Champions ! Pour être un jour en Ligue 3, il faut le préparer sur 4 ou 5 ans, ne serait-ce déjà au niveau des installations. Attendons le cahier des charges, et après, il faudra augmenter le budget et les financements. On va travailler le sujet, en espérant que l’immobilier reparte. L’idée, si on arrive à aller au bout de ce projet de stade, c’est de passer en société. Et d’attirer des investisseurs. J’ai 56 ans, j’ai encore du gaz, j’ai un peu de temps devant moi. L’idée c’est de monter un projet avec des amis en me servant de mon carnet d’adresses. Il y a moyen de faire quelque chose, toute proportions gardées évidemment, à l’image de ce qu’a fait Jean-Michel Aulas à Lyon avec son projet immobilier autour du stade. À Chasselay, il y a moyen de faire quelque chose.

Vous pensez qu’il y aura toujours de la place pour les « petits clubs » dans la future Ligue 3 ?
Même si la L3 tend vers l’hyper-professionnalisation, je pense qu’il y aura toujours 3 ou 4 clubs « différents » de ces grandes villes, de ces grands clubs pros. Et puis il y a la méritocratie aussi ! Il faut respecter les règles du jeu, parce que ça reste du sport. Des clubs ont montré la voie, Concarneau, Villefranche… On l’a vu avec la DNCG : il ne sert à rien d’envoyer un triple budget une année pour exploser derrière. Nous, on est plutôt sur la durée. C’est un long chemin. Je suis un constructeur, un bâtisseur. Pas un démolisseur ! Le groupe Fontanel ne s’est pas fait en un jour. Mes parents sont partis de rien avec la pelle et la pioche. On a toujours fonctionné « marche par marche ». On a aussi subi beaucoup de crises. Là, c’est GOAL FC qui en a subi une, et qui est encore un peu dedans.

« On a remis le fonctionnement du club à plat »

L’entrée du stade Ludovic Giuly à Chasselay.

Traverser des crises comme le fait GOAL FC, est-ce que cela peut permettre d’apprendre, de grandir ?
Oui. On a fait une croissance rapide en créant GOAL FC (en 2020). En National, on a vu comment fonctionnaient les clubs pros. On n’était pas forcément sur le même pied d’égalité ni sur la même longueur d’ondes avec mes collègues présidents, je le voyais bien sur le groupe WhatsApp, mais on a appris à collaborer avec la FFF. Il y a beaucoup de travail administratif et juridique. On s’est structuré, petit à petit. J’ai un tempérament de sportif, de compétiteur. On a remis à plat le fonctionnement du club, avec un bureau à six personnes et quelques autres, quatre ou cinq, sur des supports administratifs et sportifs. Ce qui fait que l’on est onze à bien travailler ensemble. Il fallait grandir, maîtriser sa croissance et maintenant on est dans la phase de stabilité. On arrive à un fonctionnement cohérent.

Noël Tosi a effectué, lui aussi, un retour au club l’été dernier.

Le parallèle entre l’immobilier, le BTP, et le foot ?
J’ai retrouvé dans l’immo et le BTP les valeurs que j’avais connus dans le sport, beaucoup de solidarité, on gagne, on perd, parce qu’on peut perdre de l’argent sur des chantiers, mais à la fin, il y a quand même une fête. Et quelque chose qui reste, comme un immeuble. On rémunère plus de 100 personnes au club, vous vous rendez-compte, juste avec de l’argent privé, des mécènes ! Il y a une dynamique, de la formation, on a eu des noms aussi qui sont passés chez nous, « Ludo » Giuly bien sûr, Jamal Alioui qui est adjoint de Pierre Sage à Lens, l’ex-défenseur de l’OL, Cris, qui a passé son diplôme chez nous, Fabien Pujo aussi. On fait tout ça parce qu’on a des convictions, on le fait pour nos jeunes. Il y a une vraie image de club « réglo » à GOAL FC. On veut juste faire du sport. Les valeurs du sport, c’est la justice, en principe, et à la fin, c’est le plus fort qui a gagné, on se serre la main, et on passe à autre chose. Le reste…

Fabio Pujo, le soir de la montée en National, en 2023.

Vous parliez de Jean-Michel Aulas : c’est votre modèle ?
C’est le plus grand président français de tous les temps. Quand il est arrivé à l’Olympique Lyonnais en 1987, j’étais au club. J’ai vu ses débuts puis son cheminement. Je suis moi-même un acteur économique lyonnais… J’ai suivi l’OL, j’ai des amis joueurs qui sont passés par l’OL, donc forcément, c’est le modèle. Avec Jean-Michel Aulas, on a des amis communs. Je le croise de temps en temps. Chapeau bas pour tout ce qu’il a fait. Et puis il nous a fait beaucoup travailler aussi (rires) ! Je citerais aussi Louis Nicollin, qui est de Saint-Fons, à côté de Lyon. On a une petite histoire avec lui, l’ancien président était ami avec lui; à l’époque, il y avait un petit partenariat avec le club de Montpellier, où c’est plus le modèle humain, La Paillade, tout ça… On ressemble plus à ce qu’a fait La Paillade.

Parlons de la succession des coachs l’an passé : Noël Tosi puis Fabien Pujo, deux erreurs de casting ?
Non, non…

Quelques-uns des bénévoles du club.

Vous avez lu ce qu’a dit Noël Tosi ici ? Qu’il n’avait pas retrouvé le club familial qu’il avait connu avant et qu’il n’y avait pas « l’équipe dans l’équipe »…
Mon ami Noël, ce n’est plus le même non plus, et heureusement qu’en 10 ans, on change ! Lui et moi, on s’appelle régulièrement, ça le fera marrer ! Oui, avec Noël, je me suis trompé, c’est une erreur de casting, mais pas par rapport à l’homme et à sa vision du foot. C’est juste qu’il y avait un décalage de génération, et dans le vestiaire, on avait quelques cadres trop « forts ». Noël, il faut qu’il arrive dans un projet neuf, et nous ce n’était pas ça. On s’est trompé aussi dans le staff, parce qu’à la base, je prends Noël parce que Pierre-Marie Thimonier devait être son adjoint, mais ce dernier passait le DEF, et pour ça, il lui fallait être numéro 1 dans une équipe, du coup on a dû se réorganiser et il a pris la réserve. Après, attention, Noël, ses résultats étaient cohérents, mais à l’entraînement c’était compliqué avec certains. Et puis l’affaire des certificats médicaux et la grève, ça a créé un environnement qui n’était pas positif.

Enzo Reale, de joueur à coordinateur sportif.

Et pour Fabien Pujo ?
Quand Fabien est parti de Cannes (en octobre 2024), des joueurs et des membres du staff ont réclamé son retour. Je l’avais laissé libre en fin de saison dernière. Il était gêné vis à vis de Noël, avec qui on s’est séparé bons amis. Il est revenu, mais c’était compliqué… Après, il s’est passé ce qui s’est passé en janvier. Il a posé sa démission, vous lui poserez la question « pourquoi ? comment ? ». Ce sont les méandres du foot. J’ai des bons rapports avec lui et je lui souhaite le meilleur à Villefranche. Avec Fabien, on a construit une histoire ensemble, maintenant, il faut passer à autre chose. Ensuite, c’était logique de mettre Pierre-Marie Thimonier, sachant qu’on pouvait avoir une dérogation en N2. Et puis à ce moment-là, on avait zéro pression. Il a remis du gaz, de la vie avec les joueurs, il a remis les têtes à l’endroit, et je crois qu’à l’arrivée, on fait 4e sur la phase retour derrière Le Puy qui était largement au-dessus, Cannes, qui aurait pu se mêler à la lutte s’ils avaient mieux démarré, et Toulon, les trois meilleures équipes selon moi. Sans notre retard à l’allumage, on se serait situé entre la 4e et la 7e place.

« Raspentino et Dufau, ce sons nos Modric et Kroos à nous ! »

Loïc Dufau, l’un des tauliers du groupe N2.

On a vu qu’Enzo Reale avait intégré la direction…
Enzo a stoppé sa carrière, on l’a nommé coordinateur sportif. Il fallait quelqu’un de la direction du club qui soit au coeur du système, pour faire passer des messages. Son rôle va au-delà du sportif. Il aura une vision globale du club. Il a un gros réseau.

On voulait « remonter » une équipe aussi avec des joueurs du coin, pour avoir des familles au stades, des amis. On veut assumer une vraie identité. « Nico » Puydebois (entraîneur des gardiens) est reparti avec nous aussi, cela fait 6 ans qu’il est là, c’est un membre du staff important. Enzo et Nico connaissent les valeurs du club, que l’on veut mettre au centre du projet, afin de créer un vrai collectif. Enfin, Florian Raspentino redevient joueur : la saison passée, il était blessé et avait donné un coup de main pour faire des entraînements spécifiques « attaquants », c’est un gars de vestiaire très important, tout comme Loïc Dufau, qui est encore là lui aussi comme joueur. Raspentino et Dufau, toutes proportions gardées, ce sont nos Modric et nos Kroos à nous ! Ce sont les tauliers.

« Avec Limonest, dans l’absolu, ça serait bien que l’on se rapproche… »

Flo Raspentino a retrouvé les terrains cette saison.

Revenons à Limonest : il y a 2 ans, après la montée en National, vous aviez l’air de regretter que le voisin ne fasse pas partie du projet GOAL FC…
Ce n’est pas qu’ils n’ont pas voulu faire partie du projet… Le maire de Limonest, Max Vincent, en est à son 8e mandat, et s’il passe en 2026, ça fera 9. C’est un personnage, c’était mon maire, il adore le foot. Ils ont réussi à amener le club en N2. En 2006, avec notre ancien président Gérard Leroy, on commençait déjà à en parler mais ça ne s’est pas fait et je ne sais pas si ça se fera un jour. Mais dans l’absolu, il me semble que ce serait bien qu’un jour on arrive à se rapprocher. Le problème, ce seront les installations. Maintenant, si on arrive à faire notre projet de stade avec le bail emphytéotique, alors on pourra rester « seul », sinon, peut-être qu’il faudra agglomérer un autre club.

La différence, c’est qu’à Limonest, il n’y a pas de place au stade pour construire, contrairement à Chasselay…
Exactement. Chez nous, on peut faire un vrai centre d’entraînement, construire une salle de muscu, un centre médical, un petit centre d’hébergement, mettre deux tribunes avec rapidement 2000 places couvertes… Je lance l’idée comme ça, mais vous savez, je suis très copain avec les dirigeants de Limonest, on se connaît tous, il y a Sidney Govou (conseiller sportif), il y a Nicolas Barbosa, qui est dans l’immobilier ! On part du stade de Chasselay, on passe par les petits chemins, et on arrive à Limonest ! Peut-être qu’un jour ça se fera.

Ce qui est sûr, c’est que si on fusionne avec Limonest, ce ne sera pas une absorption, mais une création. Jusqu’à présent, GOAL FC, c’était une fusion/absorption parce que c’était des petits clubs, mais à partir du moment où on discute avec des clubs de N3, N2 ou National, ce n’est pas la même chose.

Jocelyn Fontanel.

Avez-vous déjà été approché par des investisseurs pour la reprise du club ?
Pas pour le moment, et puis on n’est pas « bankable ». Vous avez vu nos installations ? Quand on arrive chez nous… Bon ben voilà ! Le projet du club passe par le projet du stade dans les 5 ans, sinon, on ne pourra pas aller plus haut que le niveau actuel. Il nous faut des installations pour les enfants pour les 30 années à venir.

Vous diriez que vous êtes un président plutôt comment ?
Passionné par le sport en général, le foot en particulier. Un président fier de sa terre, de son pays, de sa région, très ancré territorialement.

Après toutes les péripéties vécues en 2 ans, quelle est la moralité de tout ça ?
C’est le propre du sportif, savoir rebondir ! Quand vous gagnez un match, il faut penser au suivant. Là, pour nous, c’est de continuer le projet. Et de rester positif. Parce que le foot, c’est la vie !

(1) Jocelyn Fontanel a été formé à l’OL de 1981 à 1989 (centre de formation, D3 et quelques préparations et matchs amicaux avec les pros de Raymond Domenech avant de signer à l’AS Nancy-Lorraine (1989 à 1992) où il a disputé quelques matchs avec l’équipe championne de France de D2, sous la direction d’un certain Aimé Jacquet. Deux coachs côtoyés… deux ex-sélectionneurs des Bleus ! Et même un troisième avec Roger Lemerre, entraîneur de l’équipe de France militaire (et plus tard des Bleus !) lorsqu’il était pensionnaire au bataillon de Joinville, avec notamment Zidane, Gravelaine, Ouedec, Ngotty, Cyprien, Warmuz, Dutruel, Viaud, Dangbeto, etc. ! « Et j’ai même eu la chance de rencontrer Henri Michel au trophée Kodak en 1985, il y avait aussi Michel Hidalgo ! »

(2) Le 12 juillet 1998, dans la foulée de la finale du mondial sacrant les Bleus face au Brésil (3-0), Aimé Jacquet, que Jocelyn Fontanel a côtoyé à Nancy, déclare, vengeur, à la télévision, « Je ne pardonnerai jamais », lance-t-il à l’attention de la presse, et surtout du journal l’Equipe, qu’il accuse de procès d’intention, en référence à ses choix de sélectionneur durant les deux années de préparation à la compétition.

  • Texte : Anthony Boyer / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Justine Lorchel / GOAL FC et 13HF
  • Suivez-nous sur nos réseaux sociaux (Facebook, X et Instagram) : @13heuresfoot
  • Visitez le site web 13heuresfoot
  • Un commentaire, une suggestion, contactez-nous (mail) : contact@13heuresfoot.fr

 

L’entraîneur du FC Rouen parle de son métier et des dégâts qu’ils peuvent causer, jusqu’à sombrer dans la dépression. Il évoque aussi son bilan, son image, son caractère et son hypersensibilité, qui le hante depuis son enfance. Entretien avec un homme charismatique qui vit les émotions de manière décuplée, le plus souvent à l’intérieur.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : Bernard MORVAN / FC Rouen 1899 

Avec Régis Brouard, pendant 45 minutes, on a réussi la performance de parler de tout ou presque, sauf du FC Rouen, le club qu’il a rejoint il y a un peu plus de 8 mois maintenant en remplacement de Maxime d’Ornano.
Si l’ex-entraîneur du Sporting-club de Bastia et du Red Star (entre autres) n’a pas évoqué l’actualité, ce n’est pas de sa faute, mais de la nôtre. Parce que nous souhaitions l’emmener sur un terrain différent, l’entendre sur sa personnalité, si bien sûr il était enclin à se livrer. On n’a pas été déçu !

Pudeur et trouble de la personnalité

Pour préparer cet entretien, nous avons visionné des reportages et lu des articles de presse sur lui. Histoire de se faire une meilleure idée de la personne. Et le moins que l’on puisse écrire est que nous ne nous sommes pas trompés sur le Parisien – il est né à Antony dans le Val-de-Marne – de 57 ans, dont l’image qu’il dégage est tout l’inverse de celle qu’il cache, pudeur oblige, et qu’il garde à l’intérieur.

Régis Brouard n’a pas de double personnalité. Plutôt un trouble de la personnalité. Qui peut passer d’un visage fermé à double tour, mâchoires serrées, parce que c’est cette image qu’il dégage en premier, à un sourire ravageur et charmeur à faire fondre n’importe quel coeur d’artichaut. Sauf que le coeur d’artichaut, c’est lui !

Élégance et charisme

Avec Régis Brouard, il faut gratter. Passer ce premier filtre, cette première impression. L’homme en impose. Impressionne. Il dégage une élégance et un charisme tels qu’il est très facile de lui coller une étiquette, une réputation. Tout ça sans le connaître. Après tout, c’est tellement humain.

Sauf que l’on a vite compris que si l’ancien milieu de terrain professionnel dégage cette image, c’est pour se protéger. De quoi ? De qui ? Et que s’il prend les choses très à coeur, trop à coeur, s’il est très émotif, très observateur, c’est qu’il y a une raison : « Je souffre d’hypersensibilité aigüe ». Souffrance. Sensibilité. Tout est dit. Ou presque. Il y a tant de choses à développer…

La télé, une autre thérapie

Après la victoire dans le derby face à QRM au match aller l’an passé.

Depuis quelques années, il est sur le plateau de L’Équipe du soir le dimanche. Il pourrait y faire l’acteur ou jouer un rôle, une partition. Rien de tout ça. Il est naturel. Il est lui-même. L’émission agit comme une thérapie. Comme un médicament. Il s’y sent à l’aise et y est presque comme chez lui : normal, il est dans son élément – le football -, seulement animé par le ballon, et a l’impression de mieux maîtriser les événements. Un peu comme s’il venait se soigner à la télé. Ou sur un banc de touche, puisque c’est là qu’il est le meilleur et le plus à l’aise.

Alors voilà. Le but n’était pas de tendre un piège à Régis Brouard, mais plutôt une perche. Il aurait pu ne pas la saisir. Mais il a choisi de s’y accrocher un peu. Et cela donne cet entretien où, forcément, on parle ballon rond au début, histoire de ne pas « l’agresser », avant de l’emmener en deuxième partie d’entretien sur des sables plus mouvants. Pour terminer, on précise que la consultation avec Régis Brouard, qui est sérieusement passé chez le coiffeur avant la reprise des entraînements, était gratuite : ça tombe bien, la lecture l’est aussi !

Interview : « J’aime profondément le foot ! »

Votre meilleur souvenir d’entraîneur à ce jour ?

Avec Tarkan Ser, le président du FC Rouen.

La finale de la coupe de France avec Quevilly mais… (il réfléchit), j’en ai tellement d’autres. Elle reste quand même un moment particulier parce qu’on était un club amateur, même si on s’entraînait comme des professionnels, ou des semi-professionnels. En fait, ce sont les scénarios des matchs qui ont fait que le parcours a été exceptionnel.

Pire souvenir d’entraîneur à ce jour ?
Les défaites. (il répète) Ce sont les défaites. Elles me font du mal.

Plus les défaites qu’un limogeage ?
J’ai hésité à répondre un limogeage. La défaite fait partie de notre boulot, mais vous me direz, les limogeages aussi… Le limogeage est quelque chose que l’on ne maîtrise pas, on n’en connaît pas toujours les raisons, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Une défaite, ça reste un match. Le limogeage, c’est douloureux. Pour moi, ça l’a été, surtout à certains endroits. Bien sûr, la plupart du temps, ce sont les résultats qui entraînent ça, ou d’autres raisons que je ne souhaite pas développer ici. De toute façon, aujourd’hui, même si un entraîneur a des résultats, il peut se faire virer. C’est pour ça que je ne veux pas donner plus d’importance à un limogeage que cela.

En général, un limogeage, l’entraîneur le voit venir, non ?
On peut sentir les choses, oui, soit parce qu’il y n’a pas de résultats, soit parce que les relations sont difficiles, et c’est là qu’il y a une non-écoute de nos raisons, de nos explications. La discussion se ferme. C’est pour ça que la défaite est toujours plus douloureuse. Parce qu’on met quelque chose en place, on a la sensation de tout bien faire, de maîtriser un match, et puis il y a un poteau sortant pour vous, et puis vous perdez ce match…

« Je n’ai pas assez profité des bons moments »

Le club où la saison vous avez pris le plus de plaisir sur un banc à ce jour ?

À Bastia, quand on finit 4e (saison 2022-23), quand on joue la montée. Cela a été un plaisir douloureux. Le Sporting est un club particulier, ce n’est pas facile là-bas, et ce plaisir a été décuplé à chaque victoire, à chaque satisfaction. Sportivement, humainement, cela a été incroyable. Il y a eu des scénarios de matchs incroyables aussi, qui ont procuré un kiffe énorme. Après, j’ai dirigé plus de 500 matchs, alors des souvenirs, j’en ai beaucoup. Là, ce sont les plus récents. J’ai aussi les souvenirs de matchs maîtrisés, où c’est un pied pas possible, comme avec Quevilly par exemple, lors du match contre l’OM de Didier Deschamps, ou contre Rennes en demi-finale, quand on marque à la dernière minute… Ce sont des scénarios fous. On se demande pourquoi on est là et ce qui va se passer. On est dans l’irrationnel. Mais ces moments de joie, d’extase, sont rares, et inexplicables. En fait, il faut les vivre. Malgré mon âge, mon vécu, mon expérience, j’aurais dû en profiter encore plus. Je me rends compte que je n’ai pas assez profité de ces moments-là. Je n’ai pas assez pris conscience de leur valeur.

Vous avez été très marquée par la fin de l’aventure avec Bastia : est-ce que la page est tournée ?

En fait, quand vous rentrez dans ce club, vous savez que vous allez l’aimer, mais vous savez aussi qu’à un moment, vous allez vous séparer. OK, comme dans tous les clubs… Bastia, cela a été très-très douloureux. J’ai traîné ça longtemps. On ne reste pas indifférent au Sporting, c’est impossible. En fait, il fait partie intégrante de ma vie et de mes souvenirs. Quand on est passé par Bastia, on est marqué à vie. Aujourd’hui, c’est terminé, mais il y a une trace indélébile dans mon coeur, dans mon esprit. J’étais prévenu, mais je ne pensais pas à ce point… Attention, encore une fois, je n’oublie pas Quevilly, c’était particulier, c’était un club amateur, j’y suis resté 4 ans, j’ai gardé de bonnes relations… J’ai adoré le Red Star aussi, j’y avais été joueur, on est monté en Ligue 2. J’ai adoré ces clubs populaires, ce côté passionnel, souvent très excessif, cela m’amenait à me dépasser.

Le club où la saison où vous avez pris le moins de plaisir sur le banc ?
À Niort…. À Clermont, c’est pas que cela a été difficile, mais… Les analyses et les critiques étaient, je pense, exagérées, parce que les objectifs que l’on m’avait fixés en Auvergne, c’était de commencer à faire des ventes au sein du club, et quand on regarde bien, pendant mes années à Clermont, il y a eu beaucoup de ventes, parce que beaucoup de joueurs sont sortis. Et à Niort aussi, mais on n’en a jamais parlé. On m’a beaucoup jugé, et à juste titre, sur ce que l’on avait produit sur le terrain et qui n’était pas très reluisant, pas très beau. Il ne s’est rien dégagé de particulier. C’était platonique. Et puis il n’y a rien qui vous pousse à vous sublimer à Niort, il n’y a pas ce côté passionnel, même si le club a une histoire, car il a connu la Division 1. Il y a plus de spectateurs que de supporters. Il manquait quelque chose, et c’est peut-être une des raisons pour lesquelles les Chamois Niortais en sont là aujourd’hui. Malheureusement, et je dis bien malheureusement, cela ne me réjouis pas du tout de les voir dans cette position.

« Mon rêve, c’est de monter de Ligue 2 en Ligue 1 avec un club »

On a déjà parlé plusieurs fois de Quevilly depuis le début de l’entretien : vous n’en avez pas marre d’être constamment associé à ce parcours en coupe avec le club normand ? Ça vous gêne, ça vous blesse, ça vous flatte ?

Ça me blesse. Quand j’ai commencé à Rodez (en 2003), un club très particulier pour moi également, parce que c’est là que j’ai débuté ma carrière d’entraîneur, en CFA2 (National 3), le club était au bord du dépôt de bilan, on est monté en CFA (National 2) et la saison suivante, on a failli monter en National. Ensuite, je suis parti à Nîmes en National, pendant deux saisons et demi (2005-2007) : à l’époque, aucun entraîneur n’avait cette longévité là-bas. On avait joué le haut de tableau mais loupé de peu l’accession en Ligue 2 (6e et 5e). Les saisons étaient loin d’être catastrophiques.

Après il y a eu mon départ à Quevilly (2008) et, ce que l’on oublie aussi, c’est que, en dehors de la finale de la coupe de France (2012), il y a eu aussi une demi-finale (2010), une montée en National (2011) et un maintien en National (2012). À Clermont (2012-14) et à Niort (2014-16), j’ai découvert le niveau professionnel (L2), et là on peut me raconter ce que l’on veut, il y a des joueurs qui ont été vendus, donc il y a eu du travail de fait, mais ça, jamais on ne l’a dit. Je suis allé au Red Star (2017-19), on est monté de National en Ligue 2. Donc à l’arrivée, j’ai connu toutes les montées, dans toutes les divisions, avec des clubs différents. Le seul truc qui me manque, c’est de monter de Ligue 2 en Ligue 1 avec un club. C’est mon rêve. Seulement voilà, on s’arrête toujours à la finale de la coupe de France. Mais mon travail a été fait, et dans des clubs différents, dans des contextes et des environnements différents. Je trouve ça facile, réducteur. Bien sûr, la coupe, c’est parlant. Mais j’ai le droit aussi de parler de tout ce qui s’est fait avant et après Quevilly, même si je n’ai pas fait que j’ai des choses bien non plus, je pense à la façon de jouer à Niort, où ça n’a pas plu, où ça n’a pas fonctionné; je pense à Clermont également, où ce n’était pas toujours fameux non plus. Mais à Clermont, entre ce que l’on pouvait produire sur le terrain et les objectifs que me fixait la direction… Claude Michy, le président, un homme merveilleux, avec qui je me suis bien entendu, me disait : « Régis, il faut que le club reste professionnel et que l’on vende des joueurs chaque saison ». Mana Dembélé, Yannis Salibur, Romain Saïss, et d’autres, il y a eu des ventes, comme avec Yoann Barbet aussi à Niort. Effectivement les performances n’étaient pas bonnes à Clermont non plus. Mais on m’avait demandé de faire un certain travail, certes critiquable parfois, mais je considère que l’ai accompli. Alors ne s’arrêter qu’à la coupe de France, c’est moyen.

Ça vous agace que l’on vous parle encore de la coupe aujourd’hui…
Non… Cela fait pratiquement 13 ans et en plus, je suis là, à Rouen, à côté de Quevilly, et les gens m’en parlent forcément, c’est normal. Comme tous ces clubs qui ont fait des exploits en coupe, Les Herbiers, Calais… C’est bien de continuer à en parler, ce n’est pas du hasard, les gens ont énormément travaillé dans ces clubs là, c’est sympa, je le fais toujours avec beaucoup de plaisir.

« Je ne remercierai jamais assez le club de Rodez »

Quand avez-vous su que vous vouliez devenir entraîneur ?

Avec le journaliste Philippe Doucet.

Quand j’étais joueur. J’ai souvent été capitaine. J’avais cette curiosité de vouloir savoir « pourquoi », « comment »… J’ai connu une vingtaine de coachs, je leur posais des questions, parfois j’avais des réponses, parfois non, mais il y avait toujours un intérêt de ma part. J’avais toujours une part de réflexion, d’interrogation, « pourquoi on fait ceci, pourquoi on fait cela ? », j’aspirais à ça, mais quand vous êtes joueur, vous savez qu’il y a un monde avant d’aspirer à devenir entraîneur et quelque part, j’ai eu la chance de connaître une personne, Thierry Nesson, qui m’a donné l’opportunité de lancer ma carrière à Rodez, un club que je connaissais, quand je terminais ma carrière de joueur à Cannes. Cela a été une opportunité incroyable pour moi. Tout est parti de là. Je ne remercierai jamais assez le club de Rodez et tous ces gens-là à l’époque. J’ai toujours la curiosité et l’intérêt de ce métier mais vous ne vous imaginez pas toutes les difficultés qu’il comporte… (rires). On les découvre au fil du temps !

Vous étiez un bon joueur de Division 2 : que vous a-t-il manqué pour vous installer en Division 1 ?

Sûrement un peu de talent et de niveau. Je pense aussi que je n’ai pas toujours fait les bons choix. Quand je retrace ma carrière, j’ai fait un mauvais choix en quittant Montpellier (D1). Il me restait une année de contrat et ils allaient lancer une jeune génération. Gérard Gili, le coach, m’avait dit de ne pas partir, qu’il allait me donner l’opportunité à un moment donné de jouer, et malheureusement, je ne l’ai pas écouté. En fait, je n’écoutais que mes conseils. Il y a eu un manque de lucidité de ma part. Est-ce que j’étais trop impatient ? J’aimais fondamentalement le foot, et je voulais jouer. J’étais frustré de ne pas trop jouer lors de ma première année, mais en même temps, il faut reconnaître que j’avais des manques. Maintenant, parfois, on fait des mauvais choix. C’en est un. Montpellier a toujours été très correct avec moi. Mais j’étais têtu, orgueilleux, j’avais ces défauts de la jeunesse, et aujourd’hui, je m’en sers, je le conseille, après voilà, c’est comme ça, je ne regrette rien.

« Le premier responsable de ma carrière, c’est moi »

Y avait-il de l’impatience ?
Oui, et j’étais râleur. Je me souviens très bien que Gili me disait d’être patient, que ça allait venir, mais je n’ai rien écouté. Alicarte, Rouvière, Carotti ont joué. Je ne dis pas que j’aurais joué, mais peut-être que j’aurais au moins eu l’opportunité de jouer. Et puis, parfois, dans une carrière, il y a des moments qu’il ne faut pas louper, des occasions qu’il faut saisir : Montpellier m’a offert l’occasion de jouer un quart-de-finale retour de Coupe d’Europe des coupes, à La Mosson contre Manchester United, titulaire au milieu à la place de Vincent Guérin suspendu… Mais cette occasion, je ne l’ai pas saisie. J’avais joué dix minutes ou un quart-d’heure au match aller à Old Trafford, et là, au match retour, je dois avouer que j’ai fait une prestation quelconque. Encore une fois, je ne me cherche pas d’excuse, le premier responsable, c’est moi. Je n’ai pas fait le nécessaire ni ce qu’il aurait fallu faire.

Vous servez-vous de cette expérience aujourd’hui avec vos joueurs ?

Alors, avec les joueurs, parfois ils entendent mais ils n’écoutent pas, ou bien ils écoutent mais ils n’entendent pas (rires). Ce n’est pas la même chose… Il y a une nuance. Bien sûr que je me sers de ça, que je les préviens, que je leur explique, que je leur raconte des anecdotes même si je n’aime pas trop parler de moi, mais il y a des moments clés dans une carrière de joueur. Je donne des mauvais ou des bons exemples de joueurs moyens au départ qui ont fait une carrière excellente, et vice versa, des joueurs au talent incroyable qui n’ont pas eu la carrière qu’ils auraient pu avoir. Les joueurs ont besoin d’exemples, je pense que c’est parlant pour eux, même si parfois, ils ne connaissent pas les joueurs dont on parle. Ils écoutent l’histoire. Quand vous parlez à un joueur, il ne prendra pas 100 % de ce que vous lui avez dit, mais même s’il ne prend que 10 %, cela aura toujours sa petite importance, il aura trouvé quelque chose, après, cela fait partie de mon métier, savoir trouver les bons moments pour lui parler.

Un entraîneur marquant ?

Mon premier entraîneur, qui m’a fait débuter à l’âge de 17 ans en Division 3 à Rodez, c’est Michel Poisson. Je lui serai reconnaissant à vie. Il est venu me chercher à Auxerre. J’étais dans ma construction de personne, j’étais un jeune homme. Il m’a permis de faire ma carrière. Son relationnel avec les joueurs… Il a eu une réel importance pour moi. Après, j’ai appris des uns et des autres, j’ai adoré, Jean-Louis Gasset, il y a eu aussi des entraîneurs plus distants comme Alain Michel, je vous dis, j’en ai connu une vingtaine… Il y a des choses que je ne comprenais pas mais maintenant que je suis entraîneur, je comprends la position qu’ils pouvaient avoir, vis à vis de moi. Avec le recul, et même si parfois j’étais en colère, j’ai juste envie de leur dire merci, même si cela a été plus difficile avec certains.

« Ma tête fonctionne tout le temps »

Après Nîmes, au début de votre carrière d’entraîneur, j’ai lu que vous aviez fait une dépression…
Mmm…

C’est arrivé après Nîmes, c’est bien ça ?

J’en ai fait plusieurs (rires) ! Il faut faire attention avec le mot « dépression ». Je souffre d’hypersensibilité aigüe », ce n’est pas une maladie. La perception des choses peut être très violente pour moi, encore plus en en fonction de la manière dont elles se présentent. Il y a deux licenciements qui m’ont fait beaucoup de mal et je pense que, oui, j’étais dans une dépression, il a fallu que je me fasse aider. Malheureusement, parfois, j’ai refusé, parce qu’on a l’impression que l’on peut s’en sortir seul, qu’on a les outils pour, et comme j’étais persuadé que j’allais m’en sortir seul, j’ai refusé l’aide. Je considérais que si j’étais dans cette position, dans cet état, c’est parce que c’était moi qui m’y étais mis. Les gens ne se rendent pas toujours compte de ce que l’on peut traverser après. Je n’aime pas trop en parler…

Cela a été des moments très compliqués. Il y a eu une grosse remise en questions, à la fois sur soi et sur mon métier. Vous vous en posez, des questions… Sur vous, sur ce que vous savez, sur ce que vous ne savez pas, sur ce que vous savez déjà… Dans ces moments-là, on se demande si on sait déjà tout sur nous-mêmes. Comme je souffre d’hypersensibilité, ma tête fonctionne tout le temps, et ça devient infernal… Quand vous vous faites virer, il peut y avoir des raisons légitimes, ok, mais si c’est pour des raisons qui n’en sont pas, pour des raisons de personnes, pour des raisons politiques, pour des raisons de comportement, je me pose la question : pourquoi ? Franchement, on morfle. J’ai vécu des moments très difficiles. J’ai eu cette discussion récemment avec un ami qui est dans le monde du foot pro, quelqu’un que j’aime beaucoup, or je ne le savais pas, il m’a avoué qu’il était tombé en dépression pendant 6 mois alors que c’est quelqu’un de costaud, avec une grande expérience de joueur et d’entraîneur. On s’est mis à parler de ça. Il m’a dit qu’il s’était fait aider, sinon il n’aurait pas pu s’en sortir.

C’est un sujet délicat, qu’il faut prendre avec beaucoup de sérieux, parce que ça fait des dégâts humains et aussi des dégâts professionnels : combien d’entraîneurs ont complètement disparu parce qu’ils sont tombés en dépression ? Alors que la raison, ce n’était pas parce qu’ils étaient des mauvais entraîneurs, non. On n’y prête pas toujours attention. Après, j’entends les gens qui disent « Oui, mais c’est leur métier, ils l’ont bien voulu », ok, d’accord, mais … voilà.

« Parfois, il aurait peut-être fallu que je réfléchisse un peu plus ! »

En préparant cet entretien, on s’est aperçu que vous avez toujours trouvé des clubs … pas trop de temps mort, pas trop le temps de réfléchir justement…

C’est vrai… Mais parfois il aurait peut-être fallu que je réfléchisse un petit peu plus. J’ai toujours eu la chance d’avoir des opportunités. J’ai toujours travaillé, je n’ai pas eu peur non plus d’aller m’enterrer au Luxembourg, parce que je voulais quitter un peu la France pour des raisons personnelles. J’y suis allé par passion du foot. Je me suis retrouvé parfois dans des matchs devant 25 spectateurs ! Je me disais « mais qu’est-ce que tu fous là ? ». C’était la période du Covid, j’ai passé deux ans tout seul, la visibilité du championnat n’était pas très intéressante, le football là-bas était en train de se développer…

On peut aussi parler de ce club, le RC Luxembourg, où quand je suis arrivé, il fallait se maintenir, et au bout de 2 ans, on s’est qualifié pour les barrages de l’Europa League. J’ai le droit aussi d’en parler, alors que c’était un club quelconque, mais c’est l’amour du foot qui m’a fait aller là-bas. J’ai aussi passé 7 mois en Belgique à Tubize, en D2, il fallait sauver le club, on l’a fait, on m’a proposé de rester, j’ai refusé. C’est souvent l’appel du foot qui a été le plus fort. De toute façon ma fille le dit : « Avec mon père, y’a toujours un match de foot à la télé, même s’il n’y a pas de son, il y a l’image ! » Parce que j’aime profondément le foot.

« Avec moi, les gens s’arrêtent à la première image »

Parlons de votre image : vous en imposez, visage fermé, à fleur de peau : c’est une carapace ? Et cette hypersensibilité, d’où ça vient ? Tout cela est lié, non ?

C’est la vérité. Avec moi, les gens s’arrêtent à la première image. Ce qui m’a toujours intéressé, c’est l’avis des gens qui me connaissent au quotidien, comme ceux avec lesquels je travaille. L’hypersensibilité, c’est arrivé en enfance : petit, j’avais souvent de longues discussions avec ma maman, pendant des heures, elle me demandait souvent « Comment tu sens les choses ? » ou « Pourquoi tu vois les choses comme ça ? », et je lui expliquais… J’avais aussi une perception des endroits, des gens, d’une situation où je pouvais me trouver. Je pouvais analyser ces situations. Ce sont les symptômes de l’hypersensibilité et j’ai grandi avec ça, malheureusement ou heureusement, ça je ne sais pas, je n’ai pas la réponse, mais cela m’a poursuivi. Parfois ça m’a servi, mais ça m’a souvent desservi, parce que, justement, voilà… Visage fermé, tête de con, méprisant… Mais je suis loin de tout ça. Est-ce que c’est inconscient de ma part de me mettre dans cette position pour me protéger ? Sûrement. Je suis parfois blessé de ce que je peux entendre, de ce que l’on peut me dire, mais c’est de ma faute, j’en suis le premier responsable, par rapport à l’image que je renvoie, mais j’ai grandi avec ça, j’ai évolué avec ça, j’ai reculé avec ça, j’ai progressé avec ça, et ça m’a amené à de grandes souffrances.

On parlait de limogeage : cela a été une grande souffrance, parce que l’amour et l’affection que j’avais donnés aux gens qui travaillaient avec moi, je ne sais pas s’ils l’ont senti ou compris, a été plus que développé pour moi, alors imaginez le retour de bâton… C’est comme la dépression, beaucoup de gens souffrent d’hypersensibilité, et l’on ne s’y intéresse pas spécialement. Tout le monde pense qu’on va s’en sortir, ok, effectivement, on s’en sort, mais on passe par des moments de solitude très-très longs, parce qu’on est obligé de s’isoler pour recharger la batterie. Parce qu’après être descendu bas, il faut remonter. Parce qu’on passe par des phases qu’on ne comprend pas. Je pense pouvoir m’améliorer avec l’âge et l’expérience même si, alors que j’ai presque 60 balais, il m’arrive de pleurer devant un film à la télé ou en écoutant une chanson, devant une émotion ou une situation particulière, devant un enfant. Je peux me laisser envahir par l’émotion, ça me fait craquer. Même mon épouse est parfois surprise de me voir touché comme ça, alors que chez d’autres, peut-être que cela peur sembler banal, classique. Tous ces concepts de l’hypersensibilité ne sont pas simples à gérer, mais on vit avec.

Vous prenez les choses plus à coeur qu’une autre personne, c’est ça ?
Souvent ça m’arrive de dire aux joueurs que les mots ont leur importance. « L’importance des mots »… Pour moi, c’est comme une chanson, c’est comme une musique, ils résonnent dans la tête, dans l’esprit.

« La pudeur fait partie de mon éducation »

La dernière fois que vous avez pleuré ?

C’est devant une vidéo d’une jeune fille qui chantait une chanson incroyable d’Edith Piaf, ça m’a transporté. Je suis resté immobile. I-mmo-bile ! J’ai senti une larme venir sur moi. Je me suis demandé ce qui m’arrivait, ce que je faisais, j’étais seul… Ça m’arrive souvent.

Vous êtes pudique ?
Très pudique.

Vous auriez pu pleurer en public plein de fois, vous ne l’avez pas fait…
On me le reproche souvent… C’est comme après les matchs, je rentre tout de suite aux vestiaires, je ne reste pas sur le terrain, parce que si je peux me faire le plus discret possible, m’effacer, je le fais. Je sais bien que certains vont dire « Mais si tu es pudique, alors pourquoi tu fais des émissions de télé ? », ok, mais pour moi, mais ça n’a absolument rien à voir. La pudeur fait partie de mon éducation. En fait, tout se regroupe quelque part avec l’hypersensibilité.

Vous vous regardez à la télé, pour faire votre autocritique ?
(Il hoche de la tête en faisant non). Parfois ça m’est arrivé, bien sûr, quand je suis tombé sur l’émission qui repassait, j’ai regardé cinq minutes, puis j’ai éteint. Mon épouse me dit les choses, voilà, c’est suffisant (rires) !

« D’écouter les autres, ça m’a fait beaucoup de bien »

Vous ne prenez pas de cours pour la télé ?
Non, aucun (rires) ! Mais ça aussi, c’est un exercice pas facile, parce que j’ai toujours pris ça comme un exercice. J’ai appris beaucoup de choses aussi, sur ce milieu de la télé, sur le monde des journalistes, des chroniqueurs, et ça me sert dans ma vie de tous les jours. Sur le plateau, je fais des analyses, je donne un avis, ok, mais il y a aussi l’avis des autres, et au lieu de m’arrêter au mien, parce que j’ai eu ce défaut de n’écouter que moi, eh bien d’écouter les autres, d’avoir aussi leur avis différents, ça m’a fait beaucoup de bien. Je m’en sers comme thérapie, antibiotique, comme médicament. C’est une des raisons aussi pour lesquelles je le fais, et puis ce n’est pas désagréable, on fait de belles rencontres.

Régis Brouard a joué à : Auxerre (centre de formation), Rodez (D3, D2), Montpellier (D1), Bourges (D2), Niort (D2), Red Star (D2), Caen (D2), Nîmes (D2) et Cannes (National).

Régis Brouard a entraîné à : Rodez (CFA2 puis CFA),  Nîmes (National), Quevilly (CFA puis National), Clermont (Ligue 2), Niort (L2), Tubize (D2, Belgique), Red Star (National puis Ligue 2), RC Luxembourg (D1), Sporting club de Bastia (Ligue 2). Au FC Rouen (National) depuis novembre 2024.

  • Texte : Anthony Boyer / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Bernard Morvan
  • Suivez-nous sur nos réseaux sociaux (Facebook, X et Instagram) : @13heuresfoot
  • Visitez le site web 13heuresfoot
  • Un commentaire, une suggestion, contactez-nous (mail) : contact@13heuresfoot.fr

Buteur courtisé en National dans les années 90 avant de s’asseoir sur les bancs des championnats nationaux avec la casquette de coach, le Havrais a souvent dû subir les choix, les décisions et les aléas du foot. Revenu de Saint-Pierre-et-Miquelon en 2022, il a posé ses valises dans les Deux-Sèvres, à Nueil-les-Aubiers, où il a découvert une autre approche, plus zen, sans pression. Pour un tas de raisons, il en avait bien besoin…

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : Philippe LE BRECH, 13HF, FCNA, Footamicale 79, CVfoot et DR 

« Ce que fait Sébastien Cuvier à Nueillaubiers depuis son arrivée (en 2022), c’est franchement exceptionnel ! » On taira volontairement le nom de celui qui a lancé ce compliment lorsque nous lui avons confié que l’ancien joueur des années 90, buteur patenté et courtisé à l’époque de l’ancienne D3 puis de la création du National, serait le prochain « interviewé » de 13heuresfoot !

On taira d’autant plus son identité que son club de coeur et de sa ville natale, Bressuire, dont il est toujours très proche, est l’un des concurrents du FC Nueillaubiers (département des Deux-Sèvres) en Régional 1 (Ligue de Nouvelle-Aquitaine), distant d’une dizaine de kilomètres. Oui mais voilà : le FC Bressuire, qui rêvait de retrouver le National 3 quitté en 2022, et manqué l’an passé aux barrages, n’a terminé que 7e de sa poule (24 buts marqués en 24 matchs, idem la saison passée, mais en 22 matchs !), deux places derrière … le FC Nueillaubiers de Sébastien Cuvier (5e), dont l’attaque a fait parler la poudre dans sa poule (44 buts marqués, meilleur score du championnat). Une déception donc pour notre interlocuteur mystère, ancien grand reporter à LEquipe et dirigeant d’un club de National 2 dans l’Oise… Ah ça y est ? Vous avez trouvé ?

Terminer avec la première attaque, Sébastien Cuvier y était déjà parvenu avec le FC Dieppe en CFA2, l’année de la montée en CFA en 2013 (67 buts en 26 matchs). Un record qui tient toujours et auquel il tient, bien évidemment, même si les Harengs s’en sont rapprochés cette saison.

« Je n’étais pas un mercenaire »

Avec l’ASSP, à Saint-Pierre-et-Miquelon. Photo Philippe Le Brech.

Il est 8 heures, et comme prévu, « La Cuve », comme l’avait surnommé son ancien coéquipier au centre de formation du HAC à la fin des années 80, David Clapson, est sur notre écran, en visio ! Le natif du Havre, âgé de 54 ans, se souvient de tout. Les scores, les noms, les saisons … quelle mémoire ! L’homme a du caractère, qui masque une grande sensibilité. Cuvier dit ce qu’il pense et pense ce qu’il dit. Il ne joue pas un rôle. De toute façon, la comédie, ce n’est pas son truc. « Je suis entier ». On avait remarqué. Et bavard aussi, alors qu’il prétend être le contraire !

Et c’est peut-être aussi pour ça que l’ancien joueur d’Avranches, Bourges, Troyes, Istres, Valenciennes, Poitiers ou encore Pacy-sur-Eure, rien que des clubs fréquentés en National, n’a pas toujours arrondi les angles quand il aurait fallu, privilégiant son côté « cash » à la diplomatie. Le milieu du foot « semi-pro », l’ex-numéro 9, un chiffre prédestiné (il est né un 9/09 !), en a eu ras-le-bol. Marre de subir des décisions injustes voire injustifiées, d’écouter des discours sans queue ni tête, loin de l’idée qu’il s’est toujours fait du football et de ses valeurs.

Tout au long d’une carrière tout de même très riche, mais qui aurait pu l’être encore plus, rien n’a été simple pour l’avant-centre reconverti entraîneur.

Joueur, déjà, il était affublé de l’étiquette « attaquant de National », sans jamais pouvoir regrimper en Division 2, qu’il a tout juste côtoyée à ses débuts, quand il était stagiaire-pro 3 ans au Havre, prêté alors à Beauvais. Là, le joueur, qui changeait de clubs comme de chemise, ce qui lui a conféré une autre étiquette, qu’il réfute, celle d’un mercenaire plutôt bien payé à l’époque, plaide coupable : « J’étais trop juste pour jouer en D2. Et comme je voulais jouer… Donc je me suis fait ma carrière à l’étage en dessous. Quant à l’étiquette de mercenaire, je ne suis pas d’accord du tout. C’est juste qu’à chaque fois, ce sont les circonstances qui ont fait que je suis parti, avec des dépôts de bilan, des choix persos pas toujours très bons… »

Jura Sud, le décollage

Et l’entraîneur Cuvier ? Là encore, la vie ne fut pas toujours un long fleuve tranquille pour celui qui commence à embrasser cette seconde vie avec la réserve de Jura Sud, de 2002 à 2004 (DH), lorsqu’il était encore joueur. La suite le conduit en Bourgogne, à Imphy Decize en CFA2, où, en janvier 2005, il remplace le coach Christian Felci, évincé à Noël. Le tout en continuant de jouer et, bien sûr, de marquer ses 12 buts avec Imphy !

À Beauvais, de 2005 à 2007 (CFA puis National), il s’assoit sur le banc aux côtés de Bruno Roux, le coach, dans un rôle d’entraîneur des gardiens. Dans le staff, il y a aussi l’adjoint, un certain Patrick Vallée, son ancien coach à Pacy-sur-Eure, au sujet duquel il n’hésite pas à dire qu’il fut l’entraîneur « le plus complet » qu’il a connu !
Finalement, le décollage a lieu à Jura Sud, en CFA, où il retourne en 2008, pendant 4 saisons, cette fois dans le rôle de numéro 1. Et c’est après que ça se complique. On rembobine le film…

Interview
« Je ne suis pas un grand bavard »

Meilleur souvenir de joueur ?
J’hésite entre la victoire en coupe Gambardella avec Le Havre (en 1989) et la montée en Ligue 2 avec Troyes, la même saison que mon titre de meilleur buteur de National… Ah… Je dirais Troyes quand même !

Pire souvenir ?
Une élimination avec Poitiers, alors en National, en coupe de France au premier tour, contre Rilhac-Rancon. Pouahhh ! Ils étaient en DH ! Et sinon, toujours en coupe, je rate un penalty avec Fréjus, contre Canet-en-Roussillon.

Tu as marqué beaucoup de buts en National, mais sais-tu combien exactement ?
Je dirais 80 environ…

Non, 70 exactement ! Ton plus beau but, selon toi ?
C’était pour mon premier match à domicile avec Avranches contre Cherbourg, en National, l’année de sa création (en 1993). Un but pas du tout dans mon style, je pars du milieu de terrain, je drible tout le monde, dont Bruno Scipion (ex-Le Havre, Caen), et j’arrive devant Arnaud Lucas, le gardien, qui entraîne à Angers aujourd’hui, et je marque ! Dans le journal local, il parlait d’un but de Division 1 ! Il y en a un autre aussi, avec Poitiers, contre Noisy-le-Sec, en National, une volée sur un ballon en l’air. Avec Imphy-Decize, pour mon dernier match, j’ai lobé de 43 mètres le gardien Sy Mohamed, qui jouait en réserve à Gueugnon, entraîné par Jean Acedo !

« À Troyes où j’ai pris le plus de plaisir »

Ta saison la plus aboutie ?
Avec Troyes (saison 1995-1996).

La saison où tu as pris le plus de plaisir ?
Troyes également.

Celle où tu as pris le moins de plaisir ?
À Bourges, en National (1994/95). Le club descendait de D2. C’était compliqué. Je ne jouais pas forcément mais il y avait du lourd devant, Claude Rioust, Olivier Chavanon, Sébastien Imbert, Nicolas Le Bellec, et il y a eu le dépôt de bilan. Il y avait aussi Brahim Thiam et Lassina Diabaté dans l’effectif !

Un choix de carrière que tu regrettes ?
Oh oui ! D’avoir quitté Troyes après ma saison en National, je revois la scène avec l’agent. On est reçu par Alain Perrin et le président de Troyes, et mon agent se lève et dit en partant « Demain, Seb il est en D2 et avec un salaire décent, et pas ici ! ».

L’entraîneur qui t’a le plus marqué ?
Alain Perrin, forcément.

Celui que tu n’as pas envie de recroiser ?
Didier Ollé-Nicolle. Pourtant, c’est lui qui m’avait appelé quand j’étais au Havre avec les jeunes du centre de formation, pour le rejoindre à Colmar, pour être son adjoint et entraîneur de l’équipe B. Ce ne sont pas ses compétences que je remets en cause, mais l’humain.

Tes qualités et défauts de joueur ?
Finisseur, adroit, bon techniquement, intelligent dans les petits espaces et les déplacements, sinon, je manquais de vitesse, même si je n’étais pas lent, mais pour passer au-dessus, en D2, c’est ce qui m’a manqué je pense, avec la puissance, être costaud, quant au jeu de tête, les déviations, tout ça, c’était un peu plus compliqué.

« Je n’étais pas Pagis, même si j’avais un peu son profil »

Sous le maillot de Pacy en National.

Justement, c’était la question suivante, pourquoi n’as-tu pas passé le cap ?
Au tout début de ma carrière, j’ai joué en Division 2, à Beauvais, où j’étais prêté par Le Havre. J’ai même eu aussi la possibilité, après ma saison à Troyes, d’aller à Guingamp aussi en D1, mais c’était pour être le 4e attaquant, et moi, je voulais jouer. Je n’étais pas un Mickaël Pagis, que j’ai connu quand il jouait à Châtellerault, et qui était plus « tanké », plus « costaud » que moi : lui, c’est mon mentor au niveau du jeu. J’avais un peu son profil, toutes proportions gardées, mais il n’a pas eu la carrière qu’il aurait dû avoir.

David Clapson, ton ancien coéquipier au Havre, disait à ton sujet que tu préférais jouer en National où tu avais la cote et aussi… un bon salaire !
(Rires) C’est pas faux ! C’est vrai qu’avec Troyes, Poitiers, Istres, j’ai gagné pas mal, j’avais un statut, et c’était aussi lié au fait que je ne pouvais pas être titulaire en D2. Il fallait que je joue, et pour ça, il fallait que je descende d’un niveau. Quant à David Clapson, il a été mon premier artificier au Havre et m’a fait marquer plein de buts en minimes, en cadets, en juniors, en réserve en D3 : lui aussi, quel pied !

Un coéquipier marquant ?
Pas facile ! J’ai joué avec Stéphane Beyrac, Jean-Marc Droesch, Laurent Di Bernardo, Christophe Cottet… Ces mecs-là… Allez, Jean-Marc Droesh peut-être… Ou Stéphane Beyrac.. C’est trop dur ! Mais je ne vais pas répondre à ta question. Il n’a pas été mon coéquipier, on a joué l’un contre l’autre, joueur et entraîneur, c’est Franck Priou. On a créé des liens. Quelle gentillesse. Et quel joueur ! Voilà, ça c’est quelqu’un de marquant.

Le joueur avec lequel tu avais le meilleur feeling sur le terrain ?
Jean-Marc Droesch.

Le joueur le plus fort avec lequel tu as joué ?
Vikash Dhorasoo, même s’il était plus jeune, mais quand il est arrivé en D3, en réserve, même s’il avait 3 ans de moins que moi… Waouh ! On sentait déjà qu’il y avait du talent. Christophe Revault aussi. Et j’ai joué en sélection cadets de Normandie avec Emmanuel Petit, il était à Arcques-la-Bataille.

Un coéquipier que tu as perdu de vue et que tu aimerais bien revoir ?
Vincent Labarre, qui était gardien de but avec moi à Bourges et que j’ai retrouvé quelques années plus tard à Poitiers. Il était parti à Châtellerault, moi à Valenciennes, et je n’ai plus jamais eu de nouvelles. On en parle souvent avec « Lolo Diber » (Laurent Di Bernardo), un de mes anciens coéquipiers à Bourges et Poitiers, et avec qui je suis en contact, mais il ne sait pas non plus. On l’a perdu des radars. Je le cherche sur internet, mais aucune trace de lui.

Un défenseur que tu n’aimais pas trop affronter ?
Oui, Farid Bououden, il jouait à Aubervilliers et au Paris FC en National. Méchant sur le terrain. Il m’a cassé la clavicule. Mais il est très gentil dans la vie, on s’était revu après. Et aussi Karim Benhamou, à Fécamp et Créteil.

Un adversaire marquant ?
A mon époque, il y avait des gros joueurs quand même en National, Rouxel, Guivarc’h, Le Saux, le défenseur Eduardo Oliveira qui commençait, Rouve, c’était peut-être un peu plus « rentre dedans »… Un joueur qui m’a marqué, c’est Costa : à Sète. Je me suis dit « Celui-là, ouh la la, quel joueur ! ». Et aussi le petit attaquant qui était à Vannes, Sammaritano.

« J’étais très superstitieux »

Un modèle d’attaquant ?
Marco Van Basten. Jean-Pierre Papin, pour ses gestes d’instinct. Et Mickaël Pagis, un très bon et très beau joueur. Toutes proportions gardées, j’étais un peu un Pagis en National. Et le jour ou Jordan, mon fils, passé au centre de formation de Rennes, m’a dit « Papa, j’ai Mickaël Pagis en spécifique attaquant », je lui ai dit « Waouh ! profite » !

Des manies, des tocs, des rituels ?
Avant un match, j’étais très superstitieux. J’avais des habitudes, je mettais le même slip, le même sous-pull… Après, j’en ai souvent parlé, je suis né un 9/09, en 1970, alors j’avais le numéro 9. À Troyes, j’habitais au numéro 23, et j’ai marqué 23 buts cette saison, même si 22 seulement ont été comptabilisés parce que Roubaix avait déposé le bilan et mon but contre eux n’a pas été comptabilisé. À Istres, j’ai mis 13 buts, dans le département des Bouches-du-Rhône, le 13, et j’habitais au numéro 13, allée des Ferrières, à Martigues ! À Bourges, j’habitais au 13 chemin de la Rotée… À Pacy, je ne trouvais pas de baraque, j’ai habité au 2 rue des Folies à Jouy-sur-Eure, et j’ai mis 2 buts… J’ai déménagé, j’ai habité au 8 rue du vin bas à Ménilles, et quand je suis parti, j’étais à 8 buts… C’est un truc de fou ! J’en ai plein des histoires comme ça. À Troyes, j’avais l’orteil droit un peu usé, et une fois, Alain Perrin me l’a massé avant un match, au Dolpic, et j’ai marqué ! Alors après ça, il avait pris l’habitude de me masser l’orteil avant les matchs ! J’étais tellement superstitieux que j’en étais devenu débile parfois. Je me souviens que, par exemple, je garais ma voiture toujours à la même place. Aujourd’hui, je le suis beaucoup moins. Mais sinon, j’ai toujours mon petit rituel le matin. J’arrive toujours à la même heure, je prépare mes trucs, etc.

Avec l’AS Beauvais Oise, en D2, en 1991-92 (au milieu, en bas, accroupi).

Une devise ?
Bien mal acquis ne profite jamais.

C’est quoi le vrai derby normand ?
Le Havre- Rouen ! J’en ai fait quelques-uns, en minimes, cadets, juniors, Gambardella, tournoi des centres de formation, j’en ai gagné !

Ton meilleur souvenir de coach à ce jour ?
Dieppe, mais sportivement hein (rires).

Ton moins bon souvenir de coach ?
Forcément Colmar, ça s’est mal fini, il y a eu un dépôt de bilan. Quel gâchis.

« Quand je vois des potes entraîneurs galérer… »

Avec l’ASSP, à Saint-Pierre-et-Miquelon. Photo Philippe Le Brech.

Un entraîneur qui t’a inspiré ?
Alain Perrin par rapport à ce qu’il m’a apporté quand j’étais joueur mais j’ai pris de tout le monde, René Le Lamer à Istres, Denis Devaux, malheureusement décédé il y a peu, à Poitiers, Laurent Hatton et Patrick Vallée à Pacy-sur-Eure, Bruno Roux à Beauvais, mais pour moi, un des plus complets, c’est Patrick Vallée, qui n’a pourtant pas une carrière de L2 ou L1. C’est lui qui m’a marqué, sur les contenus de séances, sur les analyses. Il était parti à Singapour. Mais il n’est pas trop « sorti » en France, où il n’est pas trop réputé. Idem avec Jean-Michel Prieur à Fréjus, qui avait une grosse connaissance du foot, une vraie réflexion, une vraie analyse; avec lui, on avait des échanges qui duraient des heures.

Et sur la scène internationale, qui sont tes coachs références ?
Guardiola (rires) ! J’étais beaucoup axé sur la possession, et après, j’ai beaucoup aimé Klopp, pour les transitions rapides. Et ce que fait Franck Haise depuis quelques années, chapeau ! J’aime beaucoup. Je n’ai pas la prétention d’entraîner à son niveau bien sûr mais quand je vois tous les leviers qu’il a actionnés pour en arriver là, waouh ! Attention, entraîneur, c’est un vrai métier, et ce n’est pas un métier pour tout le monde. Il y a des classes : tu as le niveau amateur, le niveau semi-pro et le niveau pro. Bien sûr, Haise, il a un staff avec lui, mais les idées, ce sont les siennes.

Tu n’as pas la prétention d’entraîner au haut-niveau, mais tu as déjà entraîné en N2 et N3, et tu avais la cote : tu as tiré un trait sur ces échelons ?
Un trait, non, mais j’ai bientôt 55 ans, il faudrait … Mais le métier d’entraîneur est précaire. Je suis en CDI ici, à Nueillaubiers, dans un club de Régional 1, j’ai le confort, je fais beaucoup de choses au club, et quand je vois des potes qui galèrent aux étages au-dessus, je pense par exemple à Xavier Collin, qui a eu le BEPF pour entraîner en pro, et qui n’a pas de club ni en National ni en N2… Je sais bien que les places sont chères, mais par rapport à son diplôme, il aspirait à aller plus haut quand même. Je l’ai fait avant, j’étais à Colmar, adjoint en National, entraîneur de la réserve, mais il y a eu un dépôt de bilan. J’étais à Dieppe, en National 2, où j’ai subi une décision injuste de la part d’un président, puis à Saint-Louis/Neuweg en N2, où il y a eu un licenciement économique : tout ça, au bout d’un moment, ça pèse.

Pourquoi ne pas essayer d’aller dans un staff pro ?
Oui, pourquoi pas… Pour être dans un staff, il faut aussi que j’ai des affinités avec le coach. J’avais des contacts avec Philippe Hinschberger quand il était en haut de tableau il y a deux ans avec Niort, en National, mais il me disait que, même s’il montait en Ligue 2, financièrement, c’était compliqué. Une fois, Philippe (Hinschberger) m’avait appelé pour être son adjoint en D2 à Laval, mais je venais de donner ma parole à un petit club de l’Oise, l’US Mouy, pour jouer en Promotion d’Honneur, c’était juste après l’éviction avec le staff à Beauvais. Sur le coup, il n’a pas compris ma décision !

À un moment donné, tu étais consultant en National pour FFF TV …
Oui, quand j’étais à Colmar, et j’avais bien aimé l’expérience ! Je commentais les matchs de Belfort avec Maxime Chevrier. Aujourd’hui, Maxime le fait toujours avec Maurice Goldman, l’ex-coach de Belfort. Je me souviens, Maurice, avant les matchs, il se plaignait tout le temps (rires). Avec lui, c’est un peu comme avec Noël Tosi, qu’est-ce que tu rigoles !

« Le foot a cassé des choses… »

A Poitiers, avec Jean-Marc Droesch (à gauche), qu’il cite dans les coéquipiers marquants.

Un choix de carrière que tu regrettes ?
Non, aucun, parce que ça n’a pas toujours été dépendant de moi, comme je t’ai dit, à Colmar, le club fait dépôt de bilan, à Saint-Louis/Neuweg, il y a eu ce licenciement économique, à Dieppe, c’est le président qui a estimé que je devais porter le chapeau parce qu’on avait mis le gardien remplaçant en coupe de France sur la feuille de match alors qu’il était suspendu… Dieppe, c’est une cicatrice, parce que, humainement, ce qu’on m’a fait, c’est dégueulasse; ça a pris une dimension politique. Je me suis fait avoir… Honnêtement, j’ai morflé. Aux prud’hommes, on a dit des choses sur moi… que ceci, que cela. Là, je suis tombé bas. J’ai fait une dépression. C’est là que je suis retourné au Havre. Heureusement, les jeunes du centre de formation du HAC, de la réserve et des U19 Nationaux, dont je m’occupais lors de séances spécifiques attaquants, c’était ma bouffée d’oxygène. Les équipes avaient un déficit dans ce secteur, on a discuté sur le projet de les accompagner sur le spécifique attaquants, ce que j’ai fait après Dieppe jusqu’en mai 2014. Mais cela n’a pas été pérennisé. Et puis le club de Colmar m’a appelé, et j’y suis allé seul. Et après, Colmar, Saint-Louis, là, ça n’allait plus, je suis parti à Saint-Pierre-et-Miquelon, ça m’a fait vraiment beaucoup de bien, j’ai rencontré des gens bienveillants, il n’y avait pas de covid, pas de stress, c’était zen… Et quand Jordan (son premier fils) a eu sa petite fille et que ma maman est partie, sans que je ne puisse aller aux obsèques… Il y a aussi Fabio, le frère de Jordan, que je n’ai pas vu depuis cinq ans… Fabio est artisan cirier, il fabrique ses bougies, il habite près de Mulhouse. Le foot a cassé des choses. Là je me suis dit qu’il fallait rentrer, que la priorité, c’était la famille. J’en ai eu des embûches. Mais je suis content de voir que le club de Dieppe est remonté en N2, j’ai d’ailleurs félicité le coach, Djilalli Bekkar.

Question utopique : si tu devais être l’adjoint de quelqu’un en pro, tu aimerais que ce soit qui ?
Franck Haise. Je veux bien être 2e ou 3e adjoint de Luis Enrique aussi ou même lui porter les bouteilles d’eau (rires) ! Je ne suis pas supporter du PSG, mais ce que fait Luis Enrique, ce que dégage cette équipe, t’es obligé de dire que c’est extraordinaire.

« J’aime mes joueurs »

Tu es un coach plutôt comment ?
Je ne suis pas un grand bavard, mais si j’ai quelque chose à dire, je le dis. Je peux être excessif dans les mots, jamais sur les hommes. J’aime mes joueurs, je pense être cohérent. Je ne justifie pas mes choix forcément, je ne rentre pas comme ça dans le vestiaire des joueurs, c’est leur lieu de vie, je respecte ça. Par contre, je ne suis pas le dernier à déconner, à chambrer, je suis assez ouvert contrairement à ce que l’on peut penser de prime abord. Je suis perché ; parfois, on dirait que je fais la gueule, mais non, c’est juste que je suis dans mon monde, et je sais que dans le milieu amateur, cela peut être mal perçu. Les gens disent « Oh la la, le coach, il dit à peine bonjour »… Non, c’est parce que je pense à quelque chose, je suis concentré sur autre chose.

Tu peux péter un plomb ?
Oui, ça m’est arrivé. Il y a quelques mois, avec Nueillaubiers, j’ai pété une table à la mi-temps : on était à 0-0 contre une équipe… Pfff…. Bon, bah, je me faisais chier sur le terrain. Je leur ai dit, « Les gars, non mais vous rigolez… » Je suis resté compétiteur, et je sais bien que ce sont des amateurs, que ce n’est pas leur boulot, qu’ils ne trichent pas. Il faut avoir une relation saine entraîneur-joueur. J’ai eu du mal au début, mais là, maintenant, ça va, j’accepte que l’on puisse rater un entraînement, je fais des compromis. On est obligé.

« Signer à Bressuire aurait été mal perçu »

Le meilleur joueur que tu as entraîné ?
Marcel Essombé. Je l’ai récupéré à Jura Sud, il sortait du centre de formation de Sochaux. Il a fait un essai catastrophique avec nous, mais j’ai dit « Je le prends »… Et il nous a fait une saison, waouh ! Mathieu Decamps aussi, Rolamellah Nouar. J’ai sorti quelques joueurs aussi comme Kalen Damessi, qui a joué en pro à Lille.

Un style de jeu ?
Jusqu’à mon passage à Dieppe, je prônais beaucoup le 4-2-3-1, mais aujourd’hui, je m’adapte, je suis plus dans un 4-3-3 avec une sentinelle basse, deux milieux relayeurs voire box-to-box, et je suis un peu plus axé sur les transitions rapides. C’est aussi le niveau Régional 1 qui veut ça, il n’y a pas non plus beaucoup de grands techniciens, et à notre niveau, la transition rapide, ça fait mal, parce que les lignes s’élargissent sur la durée du match. Les équipes ont du mal à rester structurées sur 90 minutes.

Tu as été en contact avec Bressuire récemment…
Oui, j’ai été reçu par le président. Mais… Ils ont pris Damien Charron, qui était à Niort et qui est un très-très bon coach. Et puis cela aurait été mal perçu que je parte de Nueil pour aller à Bressuire. C’est à 10 minutes, hein…

« J’ai une dent contre Le Havre »

Ton club de coeur, c’est lequel ?
Marseille !

Pas Le Havre ?
Moins…

Tu as une dent contre Le Havre, ton club formateur ?
Ouep.

Avec Fréjus, aux côtés de Jean-Charles Desnoyers, lui aussi passé par Le Havre, et Vikash Dhorasoo, lors d’un Fréjus-Bordeaux en coupe.

C’est vrai que les anciens Havrais, on n’en voit pas beaucoup dans l’organigramme…
Le Havre a été un club très fermé pendant des années. Et même de ne pas voir joué en pro là-bas, c’est un grand regret. J’habitais à 50 mètres du stade Deschaseaux, j’y ai joué en réserve en Division 3, j’ai gagné la Gambardella en 1989 avec Le Havre. Certains de mes coéquipiers ont joué en pro, je pense à David Clapson, Hubert Castets le défenseur, plus tard, Raphaël Clapson, le frère de David, a aussi joué en pro au Havre. Une fois, avec le coach Pierre Mankowski, j’ai été dans le groupe D1, dans les 15, mais il n’y avait que 14 places, et finalement, il ne m’a pas pris et je suis allé en réserve. J’ai été prêté à Beauvais en D2 l’année où Le Havre fait une année exceptionnelle pour sa remontée en Division 1 (7e) avec Mankowski, et je n’ai pas signer pro au bout de ma troisième saison de stagiaire-pro, en réserve. Au Havre, j’y ai encore mon papa et mon frère du côté de Caen, pas loin.

Le Havre, c’est tout de même 21 ans de ta vie…
Oui, c’est ça, j’en suis parti quand j’avais 21 ans. Je suis assez nostalgique des années 80 et 90. Et pas que pour le foot.

Tu n’as plus aucune attache avec le club ?
Non. Je suis allé au stade Océane pour l’inauguration, le 12 juillet 2012 il me semble, j’étais encore à Dieppe, on avait joué avec les anciens de la Gambardella. Et Le Havre avait joué contre le Real Madrid de Zidane (2-4) ! J’ai dû y retourner une ou deux fois, en spectateur. Même quand je faisais les entraînements spécifiques pour les attaquants du centre, bénévolement, et bien rien, même si j’étais très bien avec Bruno Rohart, qui était entraîneur des U19 Nationaux.

« J’ai fait un projet spécifique-attaquants »

Après la victoire en coupe Gambardella en 1989 avec Le Havre.

Serais-tu capable, comme ça, de citer le 11 de la victoire en Gambardella en 1989 ?
Les 13 même ! Revault, Castets, Amelot, Poirier, Piffre, Bretot, Lelong, Savoye, Guénni, Faye, Clapson, Chagnaud et moi, qui était remplaçant. Le 14e, c’était Malonga. Le coach, bien sûr, Abdel Djaadaoui. En face, au PSG, il y avait Kokkinis, Nouma, Llacer, De Vasconcelos, Rinçon, De Percin, pour les plus connus. On a joué à Geoffroy-Guichard, en lever de rideau de Saint-Etienne / Nice, un match de la dernière journée de D1, le 31 mai 1989 (0-0). À Geoffroy-Guichard, tu te rends compte ! Mais aujourd’hui, ça n’a rien à voir, ne serait-ce qu’au niveau de la médiatisation, tu fais une Gambardella, tu sors pro, et encore, y’en a déjà qui sont pros ! Tiens tu me demandais quels joueurs j’aimerais bien revoir, Benoît Chagnaud et Dimitri Piffre, je ne sais pas non plus ce qu’ils sont devenus. J’aimerais bien savoir.

Pourquoi n’as-tu pas persévéré à ce poste d’entraîneur des attaquants, dans un centre de formation par exemple ?
En 2013, j’ai écrit un projet sur les entraînements spécifiques attaquants, que j’ai envoyé dans quelques clubs et partagé sur les réseaux, parce que c’est vrai que dans un staff, on a un entraîneur des gardiens, mais il y a très peu d’entraîneur des attaquants. Je n’ai pas trouvé de poste, sauf au Havre donc, mais l’expérience n’a pas été pérennisée, parce qu’il fallait créer un poste, mais mon projet allait des tout-petits aux seniors. C’est un regret, oui, de ne pas avoir intégré un staff, peut-être pas de Ligue 2, mais de National par exemple. C’est vrai qu’en France, on n’en voit pas beaucoup. Et puis financièrement, c’est un poste en plus. Tu te rends compte que la réserve du Havre est tombée en Régional 1. Un club formateur comme ça… J’aurais bien aimé coacher au Havre oui, à défaut d’y avoir joué en pro.

« Les gamins ne jouent plus au foot dans la rue… »

A Pacy, en spectateur, à son retour de Saint-Pierre-et-Miquelon. Photo Philippe Le Brech.

Stade Océane ou stade Jules-Deschaseaux ?
Deschaseaux ! Comme pour beaucoup d’anciens de ma génération ! C’est un stade qui a une histoire, à l’anglaise, qui a connu beaucoup de montées et a vu tellement de grands joueurs. Mais le stade Océane est beau, surtout quand il est plein !

Combien d’amis dans foot ?
Des vrais amis, que j’appelle demain si jamais j’ai besoin d’eux, j’en ai 4 ou 5.

Une ville, un pays ?
J’aimerais bien aller au Canada, ce pays m’attire, me fascine, l’Australie aussi. Le Canada était fermé quand j’étais à Saint-Pierre-et-Miquelon, je n’ai pas pu y aller.

Meilleur souvenir de vacances ?
Je n’en ai pas pris tant que ça… Après Dieppe, il y a plus de 10 ans, j’étais parti à Canet-en-Roussillon. J’ai bien aimé. Biscarosse aussi, dans les Landes. Quand on a gagné la Gambardella, en 1989, on est parti aux îles Baléares avec toute l’équipe, un voyage payé par le président Jean-Pierre Hureau, une semaine, mais malheureusement, moi, mes vacances, elles n’ont duré que deux jours, les deux derniers…

« J’ai un casier aux Baléares ! »

Ah bon ? Raconte l’anecdote…
En fait, on était quatre joueurs à être sorti et puis on était rentré assez tôt le matin, on était parti loin, et on avait volé une mobylette et une moto-bécane plus puissante, pour rentrer, on s’est fait « gauler », on a fait 4 jours de prison… Je peux te dire que ça fait drôle quand le juge vient te chercher ou quand le coach Abdel Djaadaoui vient te voir derrière les barreaux et te dit « Mais la Cuve, pas toi, c’est pas possible… » En plus je n’avais rien fait, j’étais juste assis à l’arrière sur le porte-bagages ! On avait fait les cons. Et là-bas, ça ne rigolait pas. Donc, quand on est sorti de taule, on est vite allé à la plage pour profiter un peu. Après, quand tu rentres chez toi et que ton père te dit « Bah tu n’as pas beaucoup bronzé toi… ! » Alors que tous les autres coéquipiers étaient bien bronzés ! Je n’étais pas fier. Tu te rends compte, j’ai un casier aux Baléares !

Comment as-tu atterri à Nueil-les-Aubiers ?
Quand j’ai décidé de partir de Saint-Pierre, j’ai mis une annonce sur le site CVsports, j’ai été contacté, dès le mois d’avril, et ça s’est fait facilement. Je me suis rapproché de Jordan (son fils, qui évolue au Poiré-sur-Vie), qui était à une heure de route, et qui venait d’être papa. Quand je suis arrivé au club, je ne connaissais pas du tout la région, la poule, les équipes, les coachs… Je ne connaissais personne.

Le FC Nueillaubiers en quelques mots ?
Convivial, amateur, sain. Ici, je n’ai pas de pression. Compte tenu de nos moyens, ça fonctionne bien sportivement. C’est un petit club. Cela va faire 8 ans qu’ils évoluent en Régional 1, et je termine ma 3e saison. On arrive à se structurer petit à petit. On a des infrastructures, on peut s’entraîner très correctement, on a eu un terrain en synthétique tout neuf, et aussi un terrain tout neuf en herbe avec éclairage, c’est top ! En N3, il y a des clubs qui n’ont pas nos ça.

Le niveau du Régional 1 dans l’Ouest ?
C’est homogène je trouve, avec des belles équipes, Perigny, qui n’est pas monté alors qu’ils ont fini derrière Angoulême B qui eux, ne pouvaient de toute façon pas monter, Bressuire aussi, c’est une bonne poule de Régional 1 : quand je suis arrivé il y a 3 ans, il y avait 5 descentes, waouh, on a fini 7es ! La deuxième année aussi, encore 5 descentes, on a fini 4es, et là, on a fini 5es. Le niveau est quand même assez relevé. Et nous, franchement, par rapport à nos moyens, on a vraiment des bons résultats, ce n’est pas pour nous jeter des fleurs, mais bon… Il faut continuer, ce n’est pas évident, on a Bressuire à côté… On n’a pas les moyens de rivaliser, on a maximum 200 000 euros de budget pour le club, un salarié, deux apprentis, et en face, ils ont 500 000 euros. Et ils ont fini 7es derrière nous, comme Thouars aussi (6e)…

As-tu le temps d’aller voir des matchs dans ta région ?
De temps en temps je vais voir Bressuire ou Thouars si on ne joue pas en même temps, ou bien alors je vais voir Jordan (son fils, qui évoluait au Poiré-sur-Vie) quand je peux. Mais ce n’est pas facile, parce que depuis cette saison, on joue le samedi après-midi. Avant on jouait le dimanche, pendant mes deux premières saisons, mais on a changé, pour faire un petit peu plus de recette, par rapport aux descentes en réserve aussi le lendemain. Et puis on fait un tout petit peu plus de monde le samedi.

Le milieu du foot ?
Le pouvoir de l’argent, toujours plus… Ce n’est pas que ce soit malsain, mais je ne suis pas sûr que certains soient là par passion. On parlait de nostalgie tout à l’heure : 30 ans après, quelle différence, notamment chez les gamins. On ne joue plus au foot dans la rue, quel dommage ! L’argent a pris le pouvoir, le résultat aussi, et tu es obligé de faire avec, même au niveau amateur. On n’a plus le droit à l’échec. C’est pour ça, quand je vois mes collègues, qui durent un an ou même pas un an et demi dans un club, je me dis que je ne sais pas si j’y retournerais, ça use.

Lire aussi : https://13heuresfoot.fr/actualites/national-3-jordan-cuvier-le-poire-dans-la-force-de-lage/

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe Le Brech, 13HF, FCNA, Footmaicale 79, CVfoot et DR
  • Suivez-nous sur nos réseaux sociaux (Facebook, X et Instagram) : @13heuresfoot
  • Visitez le site web 13heuresfoot
  • Un commentaire, une suggestion, contactez-nous (mail) : contact@13heuresfoot.fr