À la tête des Crocos depuis début avril, l’ancien joueur pro, qui coachait la réserve et les jeunes auparavant, reste ambitieux, à la fois pour son équipe et pour lui. Le successeur de Frédéric Bompard raconte aussi la vie pas toujours simple d’un Nîmois à Nîmes Olympique et rappelle que nul n’est prophète en son pays.
Par Anthony BOYER / Photos : Philippe LE BRECH

Bientôt neuf mois qu’Adil Hermach (38 ans) est à la tête de Nîmes Olympique. Après avoir évité une descente en National 2 la saison passée, alors qu’il ne restait que 6 matchs de championnat quand il a été appelé sur le banc et que la position des Crocos n’était pas flatteuse (14e sur 18 et à 2 points du premier non-relégable), l’ancien joueur pro de Lens (2004-2011) et Toulouse notamment, passé aussi par les Emirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite, a finalement été reconduit dans ses fonctions cet été, quand bien même il ne possède pas le diplôme requis. Il en coûte donc 7 500 euros d’amende par match, un choix assumé par le club.
La semaine dernière, c’est un Adil Hermach encore sonné par le revers concédé à domicile face à Quevilly Rouen le 8 novembre (0-2, 12e journée) qui a, 45 minutes durant, répondu à nos questions. Cet entretien, il l’avait accepté de longue date. Malgré la période sportive compliquée pour son équipe (13e sur 17), qui reste sur trois défaites de rang, deux en championnat (à Bourg et contre QRM) et une en coupe de France (élimination au 6e tour à Beaucaire, club de N3, sur le score de 3 à 2 après avoir mené 2 à 0), le successeur de Frédéric Bompard sur le banc n’a pas rechigné à répondre à nos questions, nombreuses, sur l’actualité de NO et sur sa personnalité.
Et ce qui est frappant chez lui, c’est son attachement, viscéral, à sa ville et à son club. Adil Hermach est un entraîneur posé, réfléchi, respecté, ambitieux, curieux, cash, et qui a le sens de la (bonne) formule. Un entraîneur qui a juste besoin de gagner des matchs à l’heure actuelle. Un entraîneur qui peut parler de football pendant des heures mais qui zappe dès lors que la politique s’en mêle. Le mélange des genres, ce n’est pas pour lui.
Interview
« Je pense bien représenter ma ville »

Adil, à la fin de ta carrière de joueur, tu es revenu à Nîmes Olympique : comment cela s’est-il fait ?
Cela s’est fait naturellement, parce j’habite à Nîmes, je suis Nîmois, j’ai aussi mon petit frère qui joue en équipe réserve en Régional 1. J’ai eu l’opportunité d’intégrer le centre de formation, d’abord avec les U16 puis avec les U18. En fait, ça s’est fait de manière naturelle. Là, c’est ma 4e saison au club.
Quand tu étais encore joueur, tu avais envisagé de devenir entraîneur ?
Oui, oui. Lors de mes dernières années comme joueur, j’étais orienté « coaching », « management », et sur la fin, j’étais plus proche des staffs techniques que des joueurs avec lesquels je jouais. Je suis quelqu’un d’ambitieux. Mon objectif était d’intégrer le club, de gravir les échelons, maintenant, c’est vrai que cela a été vite, avec cette mission maintien à accomplir la saison passée avec l’équipe de National. Je ne pouvais pas imaginer que cela se passerait comme ça. Maintenant, je suis content que cela se soit passé comme ça.
C’est une formation accélérée, en quelque sorte ?
Exactement.
« Je ne suis pas quelqu’un qui se projette trop »

As-tu hésité avant de prendre en main l’équipe de National quand on a fait appel à toi en avril dernier ?
Oui ! Une fraction de seconde ! Cette fraction de seconde a paru éternelle, c’est ça qui est paradoxal. Ce petit blanc que je marque quand je dois répondre à Sébastien Larcier (le directeur sportif), il était long et court à la fois. Il m’a posé des questions et je lui ai posé une ou deux questions aussi. Et une fois que j’ai dit « oui », j’ai dû me remettre au boulot direct.
Est-ce que cela t’a surpris que l’on fasse appel à toi ?
Aussi, oui. Après, je m’occupais de la réserve, j’étais proche de l’équipe première, entre guillemets, et souvent, pour des intérims, dans ces situations-là, on fait appel au coach de l’équipe en-dessous. Là, c’était plus qu’un intérim, il fallait essayer de sauver le club qui était en difficulté en National.
Tu le voyais juste comme un intérim à ce moment-là ? Et cet été, quand des noms ont circulé, comment as-tu vécu la situation ?
C’est clair que la situation était floue. Mais j’ai eu la chance … disons, le président (Rani Assaf) m’a très vite rassuré. Quand j’ai pris l’équipe, je ne regardais pas trop loin non plus quand même. C’était volontaire de ma part aussi de ne pas regarder trop loin. De toute façon, je ne suis pas quelqu’un qui aime trop se projeter trop, déjà que c’est un métier dur, alors si en plus je dois réfléchir à des choses que je ne maîtrise pas, ça devient compliqué…
« J’aimerais dire que je vais faire 20 ans à Nîmes Olympique »

Si tu continues dans ce métier, tu seras forcément amener à bouger un jour : ça ne te fait pas peur ? Surtout que tu as une famille, trois garçons aussi…
C’est ça, j’ai trois garçons. J’ai bougé déjà très jeune. J’ai quitté Nîmes pour aller à Lens quand j’avais 18 ans, puis je suis allé en Arabie Saoudite. C’est vrai que dans une carrière de joueur, il n’y a pas de stabilité. Maintenant, une carrière d’entraîneur est plus difficile : elle est peut-être plus longue mais il y a encore moins de stabilité que lorsque tu es joueur, parce que tu bouges. Tu vis par rapport aux contrats que tu as. J’aimerais te dire que je vais faire 20 ans au Nîmes Olympique. J’aimerais hein… Maintenant si on me fait signer un contrat de 20 ans, je serais capable d’accepter, parce que je suis d’ici, parce que c’est chez moi et que j’aimerais tout faire ici. Après, il y a la réalité du métier quand même.
Entraîner Nîmes Olympique, c’est une fierté ?
Oui. Déjà, je suis fier de représenter la ville. Tu sais, Nîmes, c’est particulier comme ville. On est très attaché à elle et aussi très exigeant avec ses habitants. C’est une fierté mais ce n’est pas facile. Il y a la réalité du foot qui te rattrape. Et puis nul n’est prophète en son pays, alors quand tu perds deux matchs… Après, ça reste un dicton. Tout dépend de la spirale dans laquelle tu es : quand elle est bonne, tu peux te prendre pour le prince de la ville; là, ce qu’il y a de bien, c’est que c’est du foot et qu’il y a un match à préparer chaque vendredi, et le vendredi, tu peux vite redevenir la personne la plus détestée des fans du Nîmes Olympique. Honnêtement, être le prophète, pour reprendre cette image-là, ce n’est pas ce que je recherche. Je préfère dire que je me sens au service de ma ville, parce que je m’y sens bien, que c’est chez moi. Je me reconnais plus ou moins dans une grosse partie de sa population et j’essaie de faire au mieux pour la représenter. Dans le contexte actuel, sans faire de politique et sans généraliser, je pense que je représente bien ma ville, qui est un peu décriée, qui a la réputation d’être difficile, avec des choses qui se passent… Mais il y a beaucoup de gens, beaucoup plus que ce que l’on croit d’ailleurs, qui essaient de s’en sortir.
« Les supporters se reconnaissent en moi »

C’est quoi, justement, les inconvénients d’être de Nîmes ?
Certaines familiarités. Les gens ont du mal à faire la différence entre le Adil dehors, une personne très lambda, qui fait preuve d’humilité, et cinq minutes après, le Adil qui prend la posture d’entraîneur. Cette barrière entre ces deux statuts-là, certaines personnes, parce que je connais beaucoup de monde ici, ont du mal à la différencier. Et puis on est peut-être un peu plus « méchant », exigeant, avec le gars du coin, et un peu plus indulgent ou gentil avec un coach « étranger ». Alors bien sûr, au début, quand tu as des résultats, tu es un peu l’étendard de la ville, mais quand ça ne va pas, on est encore un peu plus méchant. Mais c’est le jeu et je l’accepte. Donc être de Nîmes, être un mec du coin, connaître beaucoup de monde ici et entraîner Nîmes Olympique, cela a ses avantages et ses inconvénients, mais je les prends et je ne les changerais pour rien au monde.
Les gens te parlent de foot dans la rue ?
Oui. Pour beaucoup, je suis un exemple, pour les mecs qui arrivent du milieu urbain, même si je viens des villages voisins mais j’ai fait aussi les quartiers populaires à Nîmes. Je suis un exemple aussi pour les petits du clubs, parce que j’ai fait les catégories jeunes, et parce que j’ai joué au club et que, maintenant, j’entraîne au club. Je pense que les supporters savent se reconnaître en moi. On me parle beaucoup de foot, mais tu es tributaire des résultats. Quand ça ne va pas, on tape, et quand ça va bien, tout va bien. C’est comme pour tout. J’ai un cocon d’amis, qui n’est pas branché foot du tout. Ils ne savent même pas que le foot, ça se joue à 11 ! C’est avec eux que je me ressource le plus souvent, et là, je suis très tranquille.
« Si tu n’as pas ton vestiaire avec toi… »

Tu te reconnais en qui comme coach ?
Parmi les coachs que je ne connais pas, dans les plus grands, j’aime beaucoup Carlo Ancelotti et sa façon de manager. Je suis un garçon qui lit beaucoup, je suis très curieux, cela en devient un vilain défaut ! J’ai lu ses deux livres, dont l’un en anglais. Ancelotti, c’est par rapport à ce qu’il dégage sur son groupe. Après, tu peux être le meilleur tacticien du monde, si tu n’as pas ton vestiaire avec toi, tu n’as pas d’équipe. Aujourd’hui, même au PMU, les gens se prennent pour des coachs… Tous les coachs ont une certaine culture tactique, une connaissance du jeu, mais ce qui les différencie, c’est peut-être le management. Parler à la nouvelle génération, leur faire passer des messages, leur véhiculer des valeurs, ce n’est pas simple et ce n’est pas donné à tout le monde. Après, dans les coachs que j’ai eus, j’ai apprécié le calme de Francis Gillot, qui m’a connu très jeune à Lens, et le charisme d’Eric Gerets (son sélectionneur avec l’équipe nationale du Maroc).
Est-ce que tes joueurs te vouvoient ?
Oui.
Tous ?
Oui. Avec les joueurs, c’est « vous coach ». Par contre, une fois qu’on est sorti du Domaine de la Bastide, ils peuvent m’appeler Adil, il n’y a aucun problème. Au lieu de parler de moi dans la presse, s’ils me croisent dans 10 ans dans la rue, ça me rendrait heureux qu’ils traversent la rue et viennent me dire bonjour. C’est ce qui se passe d’ailleurs aujourd’hui avec certains que j’ai entraînés en U16 ou U18, qui viennent me dire bonjour ou m’envoient encore des messages. Après, le vouvoiement, c’est complètement franco-français ça… Je n’y vois pas une forme de respect, d’ailleurs, il y a des pays où le vouvoiement n’existe pas, et ce n’est pas pour autant que les gens sont moins respectueux. Par contre, dans le cadre du boulot, c’est « Vous coach ». Ce n’est pas ce que je préfère, mais cela permet de poser un cadre.
« Je n’aimerais pas que Rani Assaf m’appelle chaque jour »

C’est dur d’entraîner Nîmes Olympique ?
Oui, parce que je suis très exigeant avec moi-même, très exigeant avec mon équipe, et quand je dis que c’est dur, c’est aussi parce qu’on n’est pas non plus 35 à bosser. C’est ce qui fait que le métier est difficile. Il y a le président, le directeur sportif, les quatre administratifs, mon staff et moi. Il n’y a pas beaucoup d’intermédiaire, c’est ce qui fait le bon côté des choses mais c’est ce qui fait que l’on a beaucoup plus de travail aussi. Je me sens bien en tout cas.
Est-ce que c’est du d’avoir Rani Assaf comme président ?
Non.
Tu as des contacts avec lui ?
Pour ça, il y a Sébastien Larcier qui fait le relais. J’apprends le métier d’entraîneur. Sébastien me l’apprend aussi, le président aussi, les entraînements et les résultats aussi, mais je n’aimerais pas avoir le président tous les jours au téléphone, c’est certain. J’ai déjà connu des présidents omniprésents… Moi, je sais où je veux aller, et quand j’ai besoin de lui demander quelque chose, je peux lui envoyer un SMS. Mais actuellement, j’ai surtout besoin de gagner des matchs.
« Il faut que tout le monde y mette du sien »

La situation bloquée entre les supporters et le président t’affecte-t-elle ? En plus, ta position, entre les deux n’est pas facile, elle est même plutôt « bâtarde »…
Tu as raison. La plus belle des choses serait qu’un terrain d’entente soit trouvée. Bien sûr que j’aimerais que l’on joue devant 12 000 personnes à chaque match. Par contre, il faut aussi que l’on écoute le président, qu’on écoute ce qu’il a à dire, que tout le monde y mette du sien, mais honnêtement, j’essaie surtout d’avoir des bons résultats pour l’instant, afin de ramener le public, les supporters, au stade des Antonins. Je suis tout autant supporter qu’eux. Ils ne peuvent pas me dire que je ne respecte pas le club ou que je ne fais pas tout pour le club. Mais c’est très délicat d’en parler : ma position n’est pas bâtarde, mais je préfère un stade qui vit. Par contre, tout le monde doit y mettre du sien. On a vu la saison passée que, quand on a eu besoin de lui pour le maintien, le public avait répondu présent aux Antonins et on a vu que c’était réellement le 12e homme. C’est ça que je veux voir. Pas juste des spectateurs, parce que ça, ça ne m’intéresse pas.
Tu sens un désamour avec ce stade des Antonins ?
Oui, bien sûr, parce que le stade des Costières est mythique, mais bon, il faut évoluer avec son temps. Le président avait un projet de nouveau stade, ce qui aurait pu être un coup de boost pour la Ville. Les Antonins, c’est à nous de nous l’approprier, de le rendre telle une forteresse, mais cela ne va pas être facile.
« S’il y a bien une chose qui ne m’intéresse pas, c’est la politique »
Comment as-tu vécu les récentes déclarations de l’adjoint aux sports de Nîmes, l’ex-arbitre Nicolas Rainville, au sujet du club, du président et surtout du stade des Costières ?
Je vais répondre sincèrement et avec beaucoup d’honnêteté. Je n’ai pas vu l’interview de Nicolas Rainville et de toute façon, je ne l’aurais pas lu parce que ça ne m’intéresse pas, parce que ça ne parle pas de foot. Pour l’instant, et s’il y a bien une chose qui ne m’intéresse pas, c’est la politique, parce que je n’y connais rien. Je ne vais pas commencer à donner mon avis ou à m’inventer des trucs… De ne pas m’y intéresser, ça me permet d’avoir du recul par rapport aux choses. C’est un sujet que je ne maîtrise pas, donc je n’essaie pas d’entrer dans la conversation, même si je sais très bien que l’on parle beaucoup de Nîmes, de la situation, du stade, du président, etc., mais moi, je ne parle jamais de ça. Je n’ai pas envie de mettre le nez dedans.
En revanche, on peut te parler de tactique, de technique, de physique et de mental, tout ce qui a manqué à ton équipe contre Quevilly Rouen lors du dernier match de championnat…
C’est ça !
« Mon avis ne changera rien »

La tactique, la technique, le physique et le mental, c’est ton credo ?
Ce sont les seuls paramètres qui m’importent et sur lesquels j’ai envie d’être jugés. Et pas sur l’ambiance, l’état du terrain, les installations, la relation avec la mairie ou autre… Parce que mon avis ne changera rien et je ne peux rien y faire. Je n’ai aucun pouvoir sur ça. Par contre, les choses sur lesquelles je peux avoir un impact, c’est mon équipe, techniquement, physiquement, tactiquement et mentalement. On peut mettre les quatre critères dans l’ordre que l’on veut, tant que l’on n’a pas ces ingrédients, on perd.
Peut-on parler d’un manque de confiance de ton équipe aussi ?
Je n’oublie pas la confiance, elle est inclue dans l’aspect mental que, personnellement, je mets en numéro 1 : parce que tu peux être le joueur le plus technique du monde, si tu n’as pas la confiance, tu perd la technique. On a vu des joueurs bourrés de talent mais mentalement très faibles ne pas être performants, et ça arrive aux meilleurs joueurs.
« Le joueur doit avoir l’estime de soi »
La saison passée, quand tu as repris l’équipe, tu avais mis l’accent sur le plaisir, la confiance et l’estime de soi, des thèmes affichés dans les vestiaires. Cette saison, c’est quoi ton « slogan » ?
La saison passée, je voulais afficher ça parce que ça doit être quelque chose que l’on doit avoir en soi, notamment l’estime de soi : le joueur de foot a beaucoup d’ego, c’est ce qui fait qu’il y arrive de toute façon, et quand tout va mal dans un club, tout le monde peut le faire passer pour une « merde ». Je voulais redonner confiance à mes joueurs, avec des trucs bateaux, comme aller voir un match des U10 du club, qu’ils se fassent prendre en photo avec les joueurs, que des petits viennent en courant dire bonjour à notre attaquant ou notre capitaine… Je pense que ces gestes simples, ça te rebooste un petit peu, et c’est ce qu’il n’y avait plus au club, où l’on ne parlait que de la mairie, des Costières, des résultats, où l’on disait que le club n allait pas bien, donc tout ça fait que ton ego prend une claque. Moi, je voulais rebooster ça par des actions très basiques : j’ai voulu montrer aux joueurs qu’ils avaient de la qualité, qu’ils n’étaient pas devenus des nuls, qu’on les aimait encore et que c’était eux qui faisaient kiffer les enfants.
Empathique et bienveillant

Tu dirais que tu es un entraîneur plutôt comment ?
(Il réfléchit) Je suis un entraîneur qui essaie d’être le miroir du joueur que j’ai en face de moi. Je peux être très dur avec certains, mais je parle toujours calmement. Si j ai un garçon hyper-sensible, qui est dans l’émotion, j’essaie de m’adapter. Je suis quelqu’un qui fait preuve d’empathie et qui est bienveillant, ça on ne me l’enlèvera pas. J’essaie d’être à l’écoute. J’aime bien les joueurs autonomes mais dans un cadre duquel il ne faut pas sortir, sinon la sanction peut être très lourde. Il y a phrase qui revient souvent, que j’ai lue y’a pas longtemps, Jérémy Clément (le coach qui a assuré l’intérim récemment à Versailles) disait « J’aimerais être l’entraîneur que j’aurais aimé avoir », c’est exactement ça. Dans un football idéaliste, je préfère donner des émotions aux gens : si je ne prends plus de plaisir et si mes joueurs n’en donnent pas, je suis capable d’arrêter. Après, je suis très connecté avec les plus jeunes. J’essaie de combler le décalage entre ma génération et la leur, dans la communication, dans les gestes, dans leurs habitudes : quand je jouais, les réseaux sociaux, c’était même pas 5 % de ce qu’il y a aujourd’hui. Le décalage est important. J’essaie de m’adapter, même si ce n’est pas quelque chose que je cautionne ni que j’aime en tout cas.
Joueur, ta force, c’était le mental ?
Je ne pense pas, au contraire, j’étais trop scolaire, j’étais dans une matrice, dans un monde où on te fait croire que dans le football, il y a trop d’enjeux, ou qu’une passe ratée vers l’arrière peut coûter un but… Ce n’est pas un regret vingt ans après, mais j’aurais aimé être un peu plus accompagné sur le plan mental. La première fois qu’on m a parlé d’un psychologue du sport, j’ai dit non, parce qu à 18 ans, tu crois que t’es intouchable. Je pensais que, si je faisais ça, la psychologue irait consulter à son tour une fois qu’elle m’aurait rencontré. Le foot, c’est une machine à laver qui peut faire très mal, et aujourd’hui, avec mon équipe, on est en plein dedans.
« Il faut remettre le jeu à sa place »
Tu as songé à prendre un préparateur mental pour ton équipe ?
Non, non. Pour se sentir écouter, aimer, pour être aidé, je sais qu’il y a des professionnels pour ça mais parfois, tu peux juste parler avec quelqu’un et un climat de confiance peut s’installer, tu peux vider ton sac et après c’est reparti ! Dès fois, c’est tout bête. Chacun fait la démarche qu’il souhaite. Il faut juste remettre le jeu à sa place. Parce que le foot, ça reste un jeu et ça ne doit pas amener de l’anxiété, du stress. Si tu as fait un mauvais match, ça ne doit pas t’empêcher de dormir.
En lisant quelques-unes de tes interviews, j’ai vu que tu avais cité des clubs de National des années 2000 contre lesquels tu as joués, Cherbourg, Romorantin… Tu as donc connu le National avec Nîmes ?
Oui ! J’ai joué avec Nîmes en National il y a 20 ans (saison 2003-2004). C’était mes débuts en pro, c’était mon premier match à 17 ans, un Nîmes – Cherbourg !
« Le National, c’est une Ligue 2 bis »

Alors tu peux comparer le National d’il y a 20 ans avec celui d’aujourd’hui ?
Ce championnat a toujours eu la réputation d’être très rugueux, très âpre, mais aujourd’hui, on n’est plus dans cette configuration-là. C’est pour ça, c ‘est marrant quand on me dit « Ah le championnat National, ce n’est pas du foot » et ça me fait rire aussi qu’on dise « Pour s’en sortir en National, il faut laisser la balle à l’adversaire »… Ah bon ? Je réponds « Met FFF TV et regarde ce que le Red Star a fait la saison passée. Il faut aussi regarder Concarneau et ce qu’ils ont fait il y a deux saisons pour monter en Ligue 2″… Aujourd’hui, quand tu vois les effectifs des clubs en National, c’est une Ligue 2 bis. C’est pour ça, quand des journalistes me demandent si je vais passer à du jeu plus direct, je leur réponds clairement « Non ». Parce la différence qu’il y a entre le National d’aujourd’hui et celui d’il y a 20 ans, elle est énorme. L’aspect athlétique, il y est bien sûr, mais attention, il ne faut pas se tromper : en National , c’est largement moins athlétique qu’en Ligue 1. Les gens oublient ça et pensent que c’est le contraire. Donc oui, le National était plus difficile avant dans l’engagement physique, mais il y avait moins de joueurs de talents, moins de bons terrains aussi.
Toujours en écoutant tes interviews, on sent aussi de la détermination, de l’ambition et puis tu as un certain sens de la formule, tu as de la réparti…
Rien n’est préparé, je parle naturellement. Quand on me pose une question, si j ai les capacités ou si j’ai envie d’y répondre, j’y réponds, mais si je n’ai pas envie, tu vas le deviner, mais je me prête au jeu des interviews. Mes causeries, par exemple, sont très préparées : je commence à les préparer le lundi pour un match le vendredi et souvent quand on arrive le jour du match, elles ne ressemblent plus du tout à celles du lundi ! Mais c’est toujours le vrai Adil qui parle, le même que celui que tu croises dans la rue, que celui qui s’adresse à ses parents ou à ses amis. C’est pour ça que je réponds de cette manière-là. Je parle comme ça tous les jours. Parfois, ça peut paraître choquant, parfois non, en tout cas, j’essaie de rester moi-même.
« Est-ce que tu imagines un coach qui ne soit pas ambitieux ? »

C’est vrai que tu as une manière assez cash de parler, en même temps, tu peux dire des choses qui ne plaisent pas, mais de manière douce…
Oui, bien sûr, parce qu’il faut quand même expliquer les choses. J’entends parler de mon ambition… Je dis que j’ai de l’ambition, mais est-ce que tu imagines un coach qui n’est pas ambitieux ? Quel message j’envoie sinon ? Parfois, c’est ce que je dis aux journalistes : « Mais qu’est ce que vous voulez que je vous dise, que je vais finir 16e ? » Non, ce que je dis à mes joueurs, c’est que de leur attitude dépendra l’altitude à laquelle ils voudront aller. Si vous êtes performants, on jouera les premiers rôles, si vous jouez comme contre QRM, alors, on est à notre place et on jouera clairement le maintien en National.
Tu as une devise ?
J’en ai trop ! Je crois que Steve Jobs a dit un truc comme « Quand tu as un choix à faire, fais comme si c’était le dernier jour de ta vie ». J’aime cette phrase, parce que, parfois, il faut s’enlever plein de parasites, ne pas regretter.
Tu étais un joueur plutôt ?
Intelligent et technique. Et endurant.
Aujourd’hui, tu es un coach plutôt…
Endurant dans la détermination, bienveillant.
Le milieu du foot, tu le décris comment à quelqu’un qui ne le connaît pas ?
Je luis dis « Reste bien loin du foot parce que ça serait trop difficile pour toi ».
« A Nîmes, ce sont les supporters qui sont mythiques »
Le joueur mythique de Nîmes Olympique ?
A Nîmes, ce qu’il y a de bien, c’est que, quand tu pars en déplacement ou quand tu es à l’étranger, et que les gens te parlent du club, ils parlent des supporters, des joueurs mythiques aussi. J’ai beaucoup de respect pour Hassan Akesbi, recordman du nombre de buts marqués (114) avec le club, et qui vient de décéder (à l’âge de 89 ans), mais je n’ai jamais vu un des ses buts. Je sais juste que c’est le meilleur buteur de l’histoire du NO donc respect à lui, paix à son âme, mais honnêtement, quand tu es loin de Nîmes et qu’on te parle de Nîmes, on te parle des supporters d’abord. Donc ce sont peut-être eux les joueurs mythiques du club. Pour moi, les supporters du Nîmes Olympique sont mythiques.
Et le match mythique du NO ?
Ah, celui-là, je l’ai parce que j’étais dans les tribunes ! C’est Nîmes-Montpellier, 2 à 0, en demi-finale de la coupe de France, en 1996. J’étais au stade. J’étais fou ! Ce sont des souvenirs incroyables, je venais à pied, on prenait une glace à McDo et on allait au match !
Ton premier match dans les tribunes ?
Je pense que c’était durant cette saison-là.
Le joueur emblématique de Nîmes, ce n’est pas Renaud Ripart ?
C’est aussi un joueur mythique du club. S’il reviendra au club ? Je ne sais pas mais je lui passe un grand bonjour ! De toute façon, il est comme moi, il est Nîmois à vie.
Un Ripart, ce n’est pas ce qui manque à l’équipe ?
Bien sûr, il est Nîmois, et il y en a de moins en moins mais on essaie d’en trouver. Renaud Ripart est très important pour le club mais pour moi, le meilleur joueur que j’ai vu ces dernières années à Nîmes, c’est Téji Savanier.
(1) Dans un entretien donné à Objectif Gard, l’ancien arbitre et actuel adjoint aux sports de la Ville de Nîmes, Nicolas Rainville, a assuré que le club rejouerait dans un stade des Costières rénové, dès lors que le stade redeviendra propriété de la commune et que la date butoir du recours juridictionnel, qui court jusqu’au 31 décembre 2024, et lié au compromis de vente déposé par Rani Assaf pour son immense projet Nemausus, sera passée.
Vendredi 22 novembre 2024, à l’occasion de la 13e journée de National, Nîmes Olympique sera exempt. Prochain match de championnat vendredi 6 décembre, au stade des Antonins, face au Mans (à 19h30). Au total, l’équipe, éliminée de la coupe de France, dont le 8e tour sera disputé durant le week-end du 30 novembre et du 1er décembre, sera restée un mois sans compétition officielle.
Texte : Anthony BOYER / Twitter @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
Photos : Philippe LE BRECH
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Adulé par le public du stade Bonal entre 1996 et 2009, Michaël Isabey a depuis bien des années raccroché les crampons. Joueur emblématique des Lionceaux, il a remporté la Coupe de la Ligue 2004, participé au sacre de la Coupe de France 2007 et vécu de mémorables soirées européennes à Bonal (voir le Tac au tac).
C’est dans la capitale comtoise que tout avait débuté pour Michaël Isabey, en 1996. Le jeune milieu de terrain avait alors 21 ans et portait anonymement encore le maillot du Racing Besançon (Besançon Racing Club ou BRC à cette époque), tout en suivant des études « pour préparer l’avenir », en STAPS, à l’université de Franche-Comté.
Mais le calme et la pseudo-tranquillité sochalienne, qui n’avaient plus rien de tel depuis presque 10 ans et les multiples rebondissements sportifs et extra-sportifs, sont à nouveau largement tourmentés. Au mois de juin 2023, il manque 22 millions d’euros. La gestion de Samuel Laurent (alors directeur sportif) et sa politique de salaires très élevés sont en cause. Les actionnaires chinois (Nenking) et le président, Frankie Yau, ne peuvent combler le déficit. Le groupe rencontre lui aussi des difficultés de trésorerie. Le 28 juin 2023, la DNCG rétrograde le club doubiste en National. Un moindre mal. Malgré tout, la sanction passe mal. Si les finances ne sont pas rapidement assainies, cela peut finir en dépôt de bilan. C’est le début de l’intersaison la plus éprouvante que le club aux 96 printemps aujourd’hui ait connu. En disant adieu à la Ligue 2 après y avoir figuré en haut de tableau depuis plusieurs saisons, les supporters passent des espoirs d’un retour au Ligue 1 à un quasi-deuil. Le club vend à tour de bras et dans l’urgence, presque tous ses joueurs professionnels sans arriver à combler le trou dans son budget. Le centre de formation ferme ses portes. Le premier club professionnel de France est au centre du réacteur médiatique et la vie s’est presque arrêtée à Montbéliard. L’avenir des Lionceaux semble alors plus que flou.
« Aujourd’hui, on sent bien que le club est encore fragile, qu’il se structure et qu’il a des ambitions et c’est important. Les moyens sont aussi mis pour pérenniser le centre et que celui-ci reste une valeur importante pour l’équipe première et peut-être pour vendre des joueurs formés au club. On sent vraiment qu’il y a des fondations qui sont posées, qui sont rétablies et qui sont assez saines dans le développement d’un club. Il faut préserver le centre avant tout. Si on regarde dans l’effectif actuel il y a des joueurs, qui, comme Martin Lecolier ou Salomon Loubao sont sortis du centre et ont été propulsé en équipe première. Martin est un exemple. Au départ il était là et il bossait. En travaillant il a été récompensé. On voit qu’on forme encore des joueurs capables d’apporter à l’équipe première. On en a encore et on en aura toujours, génération après génération. »
Je dirais la Coupe de la Ligue 2004. 2004 c’était une super année. En 2003 on était allé en finale et on avait perdu contre Monaco (4-1) et d’avoir réussi à aller au bout un an après, ça reste un super souvenir (Sochaux bat Nantes : 1-1, 5 tab à 4). On avait une force collective.






































Avec le rachat au printemps dernier de l’US Orléans par Cyril Courtin, chef d’entreprise et président de HR Path, une société basée à Paris, spécialisée dans les ressources humaines et la « tech », et reconnue à l’échelle internationale, une page de l’histoire s’est tournée. Et si Philippe Boutron, qui a passé près de 15 ans à la tête de l’USO, n’a pas cédé aux sirènes de ces fonds d’investissement étrangers, c’est tout à son honneur, surtout que Cyril Courtin, 52 ans, est né à Orléans, a fréquenté les bancs du lycée voisin de La Source à Voltaire, y a encore des amis et des attaches familiales, et ça, finalement, c’est le signe d’une stabilité et d’un désir de ne pas perdre son identité et son ancrage local.
On n’a qu’une vie ! C’était un rêve de gosse de pouvoir m’impliquer, d’une façon ou d’une autre, dans le monde du sport, du football en particulier. Effectivement, j’avais eu cette expérience inachevée entre 2015 et 2018, parce qu’un ami m’avait présenté Philippe Boutron (l’ex-président). Cela avait été une expérience très positive et puis, un peu avant l’été 2023, ça m’a vraiment trotté dans la tête : j’ai 51 ans à l’époque, ce n’est pas dans 20 ans qu’il faudra le faire ! J’avais envie de voir autre chose. J’ai initié quelques contacts via Vincent Labrune (le président de la LFP est un de ses amis d’enfance), et pour être très transparent, je me suis aperçu que l’une des contraintes de l’US Orléans, c’était que cela ne soit pas tout près de chez moi, à Paris, du coup j’ai d’abord regardé un peu plus en région parisienne, sans que cela n’aboutisse à quoi que ce soit. Et puis il y a eu l’alignement des planètes : voilà un an, Philippe Boutron, avec qui j’avais gardé de très bons rapports, m’a appelé, et m’a signifié qu’il allait raccrocher. Il m’a demandé si c’était quelque chose qui pouvait m’intéresser. Cela tombait bien puisque c’était un vrai projet, donc je lui ai répondu oui. Une fois que je lui ai dit ça, il a fallu voir les conditions, le planning pour me laisser un peu de temps, les finances, et on a échangé entre octobre 2023 et mars 2024 pour arriver jusqu’à cette fameuse vente du 5 avril dernier. Cela a été un peu une course contre la montre. Le club était vraiment en grosses difficultés, il lui fallait absolument un repreneur. C’est là où je suis arrivé avec plein de bonnes ondes.








Il y a des similitudes, en effet. Mon activité me sert. Des conflits, des soucis, il y en a eus et il y en a régulièrement. On n’est pas là pour partir en vacances ensemble, on est là pour travailler, dans le respect, la confiance. À Orléans, tout se sait, mais tout ce qui se passe dans le club doit rester dans le club. Je prends un exemple : un salarié de l’USO me demande « Est-ce que mon poste est à risque ? »… Non ! Après, on est une organisation, on veut aller dans un sens, et si des personnes n’adhèrent pas, et bien c’est comme dans mon entreprise, la porte est ouverte. Je n’ai jamais attaché un employé à une chaise. La petite différence, c’est que dans ma boîte, il y a des gros salaires, du turnover, parce qu’ils sont beaucoup « chassés », il y a un certain niveau je dirais, sans dénigrer le foot où faire sortir les gens de leur routine, avoir de nouvelles idées, changer les habitudes, les faire grandir et travailler ensemble, sont des choses que l’on essaie de faire. Je voudrais que ça aille plus vite, que l’on fasse plus de choses. Après, je suis un peu frustré, parce que je voudrais aussi renforcer cette équipe de salariés, mais ce que je veux, c’est que les gens prennent beaucoup d’autonomie, qu’ils n’aient pas peur : avoir une idée, critiquer mais proposer une solution pour améliorer la situation, c’est ça le coté RH et pour ça, j’ai un super DG (Reynald Berghe), qui a plus de 30 ans de foot avec les années du LOSC. Il est hyper carré et veut mettre en place des process. Ce n’est pas le plus grand des communicants mais il est parti de loin et est arrivé jusqu’en Ligue des champions.





















































