Le club normand, blotti entre Deauville et Cabourg, est une anomalie dans l’antichambre du National. Mais il a gagné sa place sur le terrain, en grimpant de six échelons en huit ans. Et pour la conserver, il a misé sur Bruno Luzi, le coach faiseur de miracles avec Chambly.
Par Anthony BOYER

C’est peut-être parce que l’affiche annonçait un début de rencontre à 18h30 (au lieu de 17h30, heure officielle) que les Jaune et vert de Villers-Houlgate (prononcez « Vilère ») ont mis une heure pour lâcher les chevaux et face à Thionville Lusitanos, samedi dernier, dans cette affiche de promus en National 2 !
Ce n’est pas tout : le journal local, Le Pays d’Auge, avait pour sa part annoncé un coup d’envoi à… 18h. Même nous, d’ailleurs, n’étions pas informés du bon horaire : il aura fallu un message du jeune président Victor Granturco pour nous confirmer que le coup d’envoi était bien à 17h30. L’on comprend mieux pourquoi le champêtre stade André-Salusse a mis du temps à se remplir.
C’est un détail, bien sûr, mais qui a son importance, surtout quand on sait que le foot, a fortiori quand il se rapproche du semi-professionnalisme, est une somme de détails qui, additionnés les uns aux autres, font qu’un club va parvenir à ses objectifs ou non.
150 places en tribune
Le stade de Villers-sur-Mer, à quelques centaines de mètres à peine de la mer, à 10 kilomètres de Deauville et autant de Cabourg, dépareille un peu dans ce National 2 « 2.0 ». Les petites bourgades sont de plus en plus rares à ce niveau-là et, par la force des choses, seront de plus en plus rares. Une petite tribune d’à peine 150 places, trois mains courantes, une herbe certes verte mais un peu haute, un terrain difficile, bref, ça ressemble, sans vouloir être péjoratif, à une rencontre du dimanche après-midi en Régional.
D’ailleurs, on n’est pas loin de la vérité : voilà seulement, quinze mois, l’AS Villers-Houlgate évoluait encore en Régional 1. Et voilà seulement quatre ans, l’ASVH évoluait encore en … Départemental ! Quelle ascension !
Chambly, l’exemple

Il est 16h15. C’est l’ouverture des portes du stade, ou plutôt, du portique devant l’unique guichet. L’un des tous premiers spectateurs n’est autre que Thierry Granturco, l’ex-président du club (de 2016 à 2022, année où il a cédé son fauteuil à son fils aîné Victor), l’ex-maire de Villers, l’ex-président du FC Rouen, l’avocat aux barreaux de Bruxelles et de Paris, l’homme d’affaires, n’en jetez plus, bref, un homme influent au CV long comme le bras, qui paie sa place et fait marcher la buvette !
Le temps est estival sur la côte fleurie, mais apparemment, cela n’a pas été vraiment le cas ces dernières semaines : « T’as de la chance, c’est le premier jour de grand beau temps depuis un mois » lance Bruno Luzi, le nouveau coach, le Druide, dont on apprendra plus tard que sa venue récente était d’abord un rêve pour les dirigeants : quand ces derniers ne sont pas tombés d’accord avec Benjamin Morel, l’homme des accessions, ils se sont mis en quête d’un profil à la Bruno Luzi … sans savoir que, quelques semaines plus tard, ce n’est pas son clone qui débarquerait sur les bords de la Manche, mais le vrai Luzi en personne ! Celui dont les exploit avec Chambly ont résonné dans toute la France et et donné des idées aux « petits » clubs. Parce que Chambly est un exemple, Villers-Houlgate, qui se trouve des points communs avec le club de l’Oise, veut s’en inspirer pour continuer de se structurer, de grandir, de performer dans l’anti-chambre du National.
Chambly, la ressemblance

16h45. L’échauffement commence. Julien, l’un des bénévoles du club, est debout devant le « tunnel » des joueurs. C’est la deuxième fois qu’il vient. Il est de Saint-Lô, dans la Manche, à 1h30 de route. C’est le gardien de l’ASVH, Gaëtan Boisroux, qui l’a entraîné dans cette aventure. La passion également. C’est drôle, parce que ces deux garçons-là se complètent bien : si Julien fait office de « monsieur sécurité » le soir des matchs, Gaëtan, lui, est « monsieur assurance tout risque » pendant le match : le gardien multiplie les parades – il ne s’est incliné que sur un penalty imparable du Mosellan Amine Groune (0-1, 23e) – ce qui permit à ses coéquipiers de « rester en vie »… jusqu’à cette égalisation en fin de deuxième période, à la 80e, signée du « vétéran » Oumar Konté, entré en jeu dix minutes plus tôt !

Sur le banc, avant la rencontre, Bruno Luzi fume sa clope. Comme d’hab’. Il discute avec Patrice Garande, l’ex-coach de Caen, venu en voisin. Luzi parle d’abord de la pluie et du beau temps : « Ici, on n’a pas de problème d’arrosage ! ». Puis, forcément, de Chambly. L’on ne sait plus trop pour quelle raison les souvenirs de l’accession en National (2014) et du premier match remontent à la surface : « C’était contre Istres, à Fos-sur-Mer, au stade Parsemain, dans un stade de 12 000 places quasiment désert ! On avait pris un but très rapidement sur une grossière erreur et là, on s’était tous regardé sur le banc en se demandant combien on allait en prendre ! » Ce soir-là, Chambly en avait pris 2, mais en avait mis 3 ! Les débuts d’une belle histoire en National qui se poursuivit même jusqu’en Ligue 2 !
Mais Villers-Houlgate n’est pas Chambly, quand bien même la ressemblance existe : petite ville, petit budget, petit stade, petite tribune, petits moyens, gros coeur et esprit de famille. La ressemblance est frappante.
Le dinosaure, emblème de la ville

Au bord du terrain, les Granturco sont là. Il y a Thierry, le papa. Et Victor, le fils. Le premier nous raconte l’histoire du dinosaure, emblème de la ville qu’il a administrée : « Nous sommes à côté des Falaises des Vaches Noires, qui sont un gisement paléontologique, et sur ces terres argileuses ont été découverts des fossiles de dinosaures ».
Le second nous dit OK pour un entretien à la fin du match, « 20 minutes si on gagne, 10 minutes si on fait match nul, par téléphone si on perd », plaisante-t-il. L’entretien durera 23 minutes !
Il est 17h30. Le président de la Ligue de Normandie, Pierre Leresteux, est présent pour remettre le trophée de champion de N3. Le match commence. Julien François, le coach de Thionville, suspendu, est debout en tribune, juste derrière le banc de touche de son staff. Il donne énormément de la voix. Son équipe a vraiment le match en mains, mais ne concrétise pas au tableau d’affichage, sauf sur penalty. « Il aurait dû y avoir 2 à 0 pour Thionville à la pause », dira Luzi après la rencontre.
Les dirigeants de l’ASVH tablaient sur 500 personnes au stade : grosso modo, ce fut ça, avec beaucoup plus de monde autour de la main courante que dans la tribune, il est vrai vite remplie car petite.
En face, un groupe de supporters fait beaucoup de bruit et attire l’attention du délégué, qui leur fait rappeler qu’il est interdit de s’asseoir sur la main courante. Ce sont des supporters du Havre, venus encourager le numéro 9 de Thionville, Ibrahim Baradji, un ancien de Gonfreville ! Ils ont même prévu quelques fumigènes !
« Retourne faire des spaghettis ! »
La fin du match approche. Il y a bien longtemps que l’arbitre de la rencontre, Alexandra Collin, ne tient plus le match. Ses décisions sont de plus en plus contestées et contestables. « Retourne faire des spaghettis » entend-on depuis le terrain : on taira volontairement l’auteur de ces propos, l’intéressé se reconnaîtra !
Pour ne pas avoir su plier le match, Thionville Lusitanos concède finalement l’égalisation après que l’équipe de Bruno Luzi a enfin un peu lâché les chevaux et mis l’intensité dans la dernière demi-heure. Les Jaune et vert croyaient eux aussi que le match commençait à 18h30…
Interview 1
Victor Granturco : « Une énorme fierté d’être en N2 ! »

S’il est né à Bruxelles, en Belgique, Victor Granturco a de sérieuses attaches à Villers-sur-Mer, sur la côte fleurie, où a grandi sa mère. Et depuis la Covid, il est venu s’installer dans cette petite ville de 2500 âmes, où il a ouvert des restaurants, et où sa passion pour le foot l’a conduit au club, qu’il préside « officiellement depuis 2022, mais je suis présent depuis le lancement du projet 2016, j’étais d’abord secrétaire général ».
C’est quoi le « projet » du club ?
C’est un projet d’amour pour le foot et un projet familial. Quand on est arrivé, le club était en Départemental 2 (l’équivalent de la PHB). On est venu donner un coup de main dans une ville où l’on vit, où l’on connaît les gens, et que l’on aime bien. Et vous savez comment c’est : on commence par donner un peu, puis beaucoup puis énormément, et on se prend au jeu !
Cette fusion avec Houlgate (la fusion a été actée en 2017), elle est née comment ?
En fait, on s’est aperçu que l’on était une copie conforme du club voisin de Houlgate, avec une école de foot en souffrance, une baisse des licenciés seniors, etc. On s’est dit qu’il fallait fusionner, et pour l’équipe seniors, on a pris 4 ou 5 joueurs. Sur ce territoire dépourvue de gros clubs, ou tout au moins de clubs structurés, on a senti qu’il y avait un boulevard. On a lancé une école de foot qui a été labellisée, on a fait une école des devoirs, on a acheté des mini-bus, on a lancé une section féminine, tout ça est allé au-delà de l’équipe première. Un gros travail a été effectué. Le nombre de partenaires et licenciés a évolué. On est monté jusqu’en Régional 2 et il y a la Covid qui nous stoppe alors qu’on est 2e derrière une équipe que l’on avait battu 12 ou 14 à 0 (rires) ! On a rongé notre frein. On a continué à structurer, à développer le club, on a fait revenir Eric Ledeux, l’entraîneur qui a fait plusieurs accessions de suite, qui est aujourd’hui adjoint en N2, comme quoi nous n’avons pas la mémoire courte à Villers. On sait faire des clins d’oeil et remercier ceux qui ont donné. Et puis on est passé de Régional 2 à National 2 en trois ans…
On a quand même l’impression que c’est surtout le club de Villers plutôt que celui de Houlgate…
Houlgate, c’est 1800 habitants. Je vais vous faire une confidence : on a fait valider cet été en AG le retrait du nom de Houlgate dans l’appellation du club. Parce qu’en fait, la Ville d’Houlgate ne fait aucune effort et n’apporte pas un euro. Ils avaient l’avantage d’avoir le CREPS, qui est devenu le CSN (Centre sportif de Normandie), mais avec les Jeux Olympiques (le Centre a accueilli des délégations dans le cadre de leur préparation), il y a eu de gros travaux, on n’y a même pas accès, donc cela n’a plus aucun sens. Il ne reste presque plus rien d’Houlgate. Juste quelques bénévoles.

Et la municipalité de Villers, dont votre papa fut maire avant de démissionner, elle vous suit ?
La nouvelle municipalité nous suit, mais j’ai envie de dire, encore heureux ! Si elle n’avait pas suivi, il aurait fallu qu’elle soit sacrément costaude dans ses explications. Le stade est sous dérogation cette saison, un synthétique est sorti de terre juste à côté, des travaux ont commencé sur notre pelouse, on va mettre le terrain aux normes, il faut des locaux pour l’infirmerie, le contrôle anti-dopage. Et puis il faut aussi pouvoir assurer la sécurité des supporters adverses… C’est vrai qu’on va recevoir le supporter de Biesheim et le mettre en parcage derrière quatre grilles (ironique)… Encore une fois, il y a les textes de la FFF et l’application de ces textes. Donc la municipalité suit, à son niveau, c’est pour ça que la création d’un club de territoire multiplierait les ressources par deux ou trois… Avant, il y a 30 ans, on pouvait monter en CFA, le football ne coutait pas aussi cher. Aujourd’hui, tout coûte cher, mais c’est juste un kiffe. Sur le chemin du retour de Créteil, on était content, et pourtant, on avait perdu 3 à 0. On était en 2e division de District quand ils étaient en Ligue 2, on a été accueilli par Sammy Traoré, par le DG de Créteil Rui Pataca, moi j’avais les packs d’eau sous le bras, et c’est pour ça que le profil de Bruno est important, on ne voulait pas quelqu’un qui pense que la Côte Fleurie, c’est riche, que c’est un puis de pétrole, que le président allait allonger la planche à billets… Il ne fallait pas un coach qui se prenne pour une star.
Le N2, justement, c’est un autre monde pour vous, non ?
L’histoire est merveilleuse, mais, c’est vrai, d’un coup, on se rend compte qu’on est dans un autre monde. À Créteil, on avait des étoiles plein les yeux… On a fait des photos du stade, des vestiaires, des bancs de touche en se disant « peut-être qu’un jour on aura des bancs de touche comme ça », on a pris en photos les écrans géants… C’est difficile de regarder des clubs comme ça dans les yeux. Il y a une réelle différence de niveau, surtout avec la réforme de la FFF. D’ailleurs, Bruno Luzi, le nouveau coach, nous a dit à l’intersaison, « On ne monte pas d’une division, mais d’une division et demie » ! Il a bien résumé le truc.

Comment êtes-vous perçu en N2 ?
D’abord, derrière cette success story familial, parce que j’ai pris la suite de mon père, parce que mon petit frère est attaquant chez les jeunes, il y a un gros travail de fait. On n’a jamais voulu se prendre pour des pros mais on a toujours voulu imposer une rigueur et un fonctionnement pas commun dans les clubs amateurs. C’est sans doute pour ça qu’on a étonné voire agacé les clubs alentours. Villers, c’est 2500 habitants. On a les féminines en R1, une équipe B masculine en R2, une équipe C masculine en D1, les U18 en Région, le club est doublement labelisé (école foot + section féminines), un stade qui se met aux normes… Et comme l’appétit vient en mangeant, cette National 2, on a envie d’y rester, d’y performer. En tout cas, je peux vous dire que c’est une énorme fierté d’être là. D’autres clubs comme Dives-Cabourg ou Deauville sont en N3 depuis des décennies mais n’ont jamais joué en CFA ou en N2. Dans le Calvados, il y a eu Lisieux en CFA (N2) y’a 30 ans, Mondeville il y a 20 ans et Vire la saison passée, qui a fait l’ascenseur, et c’est tout.
Justement, quid du rapprochement avec Dives-Cabourg ?
Il faut rappeler que l’on est sur un territoire aisé, certes, mais composé de résidences secondaires, avec une population de personnes âgées. Le bassin ici est dépourvu de grandes industries; à Villers, on a surtout des artisans, des bars, des restos, des hôtels : c’est pour ça qu’on a discuté avec Dives-Cabourg. On est conscient qu’on est le trouble fête, entre Deauville-Trouville (R1) d’un côté, et Dives-Cabourg (N3)de l’autre. Mais clairement, on ne peut pencher que d’un côté. La réforme des championnats a fait que les clubs ont vu que c’était compliqué de rester en National 3, et nous, pendant ce temps, on leur est passé sous le nez, on s’est faufilé, du coup, est-ce que ce n’est pas le meilleur moment de faire ce club de territoire dont on parle depuis toujours ? D’avoir un club de la Côte fleurie ? On échange avec la direction de Dives-Cabourg, c’est déjà ça. Selon moi, ce passage-là est inévitable, parce que, si on lit entre les lignes, cette réforme de la FFF tend vers des grands clubs dans des grandes villes, et ce message, je peux vous dire qu’on se le prend en pleine face quand on va devant la DNCG, quand on discute avec les services compétitions et juridiques : on l’a bien vu, le nom de notre club était mal orthographié quand on est arrivé devant la DNCG l’été dernier.
Et au niveau du budget, à combien s’élève-t-il ?
On a 500 000 euros de budget. C’est, de loin, le plus petit budget de National 2. Il y a des clubs de N3 qui ont un plus gros budget que le nôtre. En fait, on cumule la plus petite ville et le plus petit budget ! On est ce village gaulois qui fait « chier » tout le monde (sic). On voit bien le sens dans lequel pousse la FFF, qui veut du Beauvais, du Créteil, du « nouveau » Chambly, du Fleury, du Epinal, et nous, derrière, on bataille. C’est pour ça que cette fusion est nécessaire. C’est un projet à court ou moyen terme mais certainement pas à long terme.

Racontez-nous comment l’idée d’enrôler Bruno Luzi est venue ?
Au départ, on voulait un entraîneur du profil de Bruno Luzi. On est un club jeune, à petit budget, avec un terrain compliqué, sans expérience. On voulait garder notre coach de l’an passé, Benjamin Morel, mais nous ne sommes pas tombés d’accord. Là, on s’est dit qu’il nous faudrait un coach à la Luzi, qu’il nous faudrait une « chambly », un club familial, avec des conditions difficiles, qui a besoin de roublardise. On a reçu des CV lunaires. On a reçu des coachs, certains nous ont dit, pensant faire un geste, « Non mais attendez, l’argent, ce n’est pas un problème, il me faut juste 6000 euros par mois » … Si, là, l’argent, ça devient clairement être un problème ! On est loin du compte. Du coup, on enchaîne plusieurs rendez-vous. Certains coachs auraient sûrement été très pertinents en N2, mais pas chez nous. Et on s’est dit « Il faut qu’on trouve le numéro de Bruno Luzi ». On pensait que c’était inatteignable, il a le BEPF, il a entraîné en Ligue 2, il va rebondir en National, et on l’appelle, on le reçoit au stade, on part manger en ville, il se lève à la fin du repas, il va fumer une cigarette, il revient et il nous dit « C’est bon ». Le côté familial, le côté petit poucet, l’aventure humaine, ça lui a plu. En termes d’environnement club, il a retrouvé quelque chose qui ressemble à ce qu’il avait connu avant, alors qu’on ne pouvait pas s’aligner sur certaines propositions financières qu’il avait reçues. Il a eu un coup de coeur et nous aussi. Maintenant, tout le monde le sait, la saison va être rock’n’roll, en plus, vous avez vu la poule cette année ? Donc au niveau de l’organisation des déplacements, de la logistique, là aussi, on est entré dans une autre dimension, et on cherchait quelqu’un justement qui garde son calme, qui nous aide avec son carnet d’adresses, son expérience, à pouvoir exister en N2. On a essayé de conserver le noyau dur de l’an passé. Certains joueurs ont traversé les divisions depuis la R2, on en a une moitié, quand même, on a essayé de recruter intelligent, on vient de donner des des contrats fédéraux pour la première fois, mais on est encadré.
Vous leur donnez combien, aux joueurs ?
On leur donne de l’amour ! Et pas plus de 2000 euros. Malheureusement, on a les Dieux du foot qui ne sont pas avec nous. Cet été, on a recruté Amadou Diallo de Toulon : premier match, il met un but et une passe dé et la semaine suivante, son titre de séjour arrive à expiration (il est Guinéen). Depuis, alors que l’on a fait la demande de renouvellement dans les temps, il n’a même pas encore le récépissé, qui est juste la preuve qu’il y a une demande en cours et qu’il peut être présent sur le territoire français de manière légale. Offensivement, vous avez vu, il manque. On avait aussi recruté un milieu de terrain de Granville (N2), Kevan-Brimau Nziengui, un international gabonais, mais il s’est fait les croisés contre le Maroc en éliminatoires de la CAN… On va voir si on peut faire un autre Fédéral pour le remplacer, ce n’est même pas sûr (le club a officialisé ce mercredi la venue du milieu de terrain Madou Touré, formé à Valenciennes et joueur l’an dernier à Paris 13 Atletico, Ndlr.).
Interview 2
Bruno Luzi : « J’avais envie de revivre une aventure »

Il a toujours le sens de la formule. Et souvent une clope au bec, avant ou après le match. Bruno Luzi (59 ans) est toujours ce coach truculent, un peu hors du temps, qui a construit sa renommée en même temps qu’il a construit son club, Chambly, l’accompagnant de la la première division de District jusqu’en Ligue 2 ! Comme beaucoup de ses collègues estampillés « coach de National », Luzi s’était quelque peu ému, à l’été 2023, qu’on ne pense pas ou plus à lui pour reprendre une équipe de ce niveau. Peut-être en raison de cette fameuse étiquette « coach de Chambly ».
Du coup, il s’en est allé faire une petite pige en National 3 à Compiègne avant, cet été, d’accepter la proposition de la famille Granturco, à Villers-Houlgate. « Il y a beaucoup de jeunes coachs qui arrivent aussi, explique-t-il; après, oui, il y a eu un trou après Chambly. Je ne dirais pas que cela a écorché l’image mais en tout cas cela ne l’a pas améliorée non plus. Mais cet été, j’étais plus préparé que l’été précédent. Parce que c’est surtout la première saison qui a suivi Chambly qui été dure, quand tu sors de National… Je me suis dit que j’allais avoir plein de clubs, tu parles, que dalle, et là, c’est dur, t’es vite oublié, je ne comprenais pas. Mais aujourd’hui, c’est différent. J’ai digéré. J’ai compris. Je sais « que ». C’est pour ça que revenir dans le circuit, c’est important, et puis le terrain, c’est mon truc. Les autres clubs voient aussi que je suis en action, qu’on fait du travail ici. Dans une nouvelle région. Une belle région ! »
« J’ai été surpris qu’ils me contactent »

Et cette arrivée à Villers, comment a-t-elle vu le jour ? « J’ai d’abord été surpris qu’ils m’appellent parce que je savais qu’ils étaient montés de N3 en N2, donc la première question que je me suis posée, c’est « pourquoi ils ont changé de coach ? », raconte Bruno Luzi. « Ils m’ont expliqué qu’ils ne s’étaient pas mis d’accord avec mon prédécesseur. Donc à partir de là, j’ai accepté de venir à Villers pour les rencontrer ! Je me suis retrouvé dans le discours du père et du fils Granturco. Ils devaient recevoir d’autres entraîneurs après moi, mais ils m’ont dit, « Si t’es d’accord, on y a va », et j’ai dit « allez, c’est parti » ! J’avais deux touches en attente mais on ne sait jamais (il prend une grande respiration)… Voilà, j’ai trouvé quelque chose qui me botte, ça m’a plu ! J’avais envie de revivre une aventure, et puis il y a le niveau, le N2, qui est plus beaucoup plus intéressant. Je ne veux pas cracher dans la soupe, mais la pige en N3, à Compiègne… J’y suis allé parce que je connaissais le président et que c’était à côté de chez moi, voilà. Là, à Villers, c’est une histoire sympa, un championnat relevé, encore plus qu’avant, avec Beauvais, Fleury, Créteil, Chambly, Epinal, ce sont des noms, et c’est très costaud. Et Thionville aussi, on a vu une belle équipe, ils vont se maintenir tranquille. Le championnat est plus costaud que celui que j’avais découvert avec Chambly il y a plus de 10 ans. C’est un « National 2 plus », sans les équipes de bas de tableau de l’an passé ; ça va être une saison passionnante ! »
Une chose est certaine, Bruno Luzi n’est pas venu pour l’argent ! « Non, ce n’est franchement pas l’objet ni le projet, pourtant, les loyers sont très chers ici (rires) ! J’ai quand même eu une proposition correcte à ce niveau-là. Tu sais, je suis dans l’affect : si ça me parle, si ça me prend, ce sont ces choses-là qui vont me faire avancer, bien plus que si tu me dis qu’il y a 1000 balles de plus. Moi, je ne suis pas là-dedans. »
« Ici, les loyers sont chers ! »

Du coup, le nouveau coach de Villers-Houlgate a emmené sa petite famille avec lui, et quitté l’Oise : « Oui, on habite ici, à Villers, près du restaurant Le Mermoz; on est à 50 mètres de la mer. J’ai toujours ma maison à Chambly. Dès que l’on pourra y aller deux jours, un week-end, on ira, mais les enfants sont entrés à l’école, en maternelle. Donc ça va être un peu difficile, mais bon, de temps en temps, on leur fera manquer un lundi ! »
Quant au FC Chambly Oise, il y retournera sur le banc adverse, en fin de saison : « On les reçoit en janvier et on ira pour l’avant-dernier match, peut-être que l’on devra jouer quelque chose là-bas ! Et peut-être que eux aussi joueront quelque chose, on ne sait pas ! » Ce match à Chambly, dans un stade qui porte le nom de son papa, Walter Luzi, est encore loin. Verser dans un excès d’émotion ? Beaucoup trop tôt. Ce sera forcément différent lorsqu’il s’agira de jouer là-bas.

Face à Thionville, samedi dernier, ses joueurs ont fait preuve de courage et d’abnégation pour prendre un point presque inespéré compte tenu de la domination mosellane pendant une heure : « Surtout, ce qui me fait plaisir, c’est que cela faisait trois fois que l’on était mené et là, c’est la première fois qu’on revient au score, c’est bien, parce qu’un nul, c’est un nul, et à ce niveau là, ça compte, surtout que Thionville est une équipe costaude, athlétique. Ensuite, on a stoppé la spirale de trois défaites. Et puis, tu as beau dire des choses à tes joueurs quand tu es entraîneur, mais tant qu’ils ne les vivent pas, tes paroles n’ont pas le même impact : là, au moins, ils ont vécu le truc, ils se sont souvenus qu’à un moment donné, ils ont mis l’intensité qu’il fallait. Maintenant, ils pourront se dire « on sait comment faire » pour retourner une situation. C’est vraiment un bon point parce qu’on était mal embarqué. A la mi-temps, j’ai positivé. On devait être mené plus que 1 à 0, mais Thionville n’a pas mis le deuxième but, ce qui nous a permis de rester en vie, et d’égaliser. »
Lire aussi l’article de 13HF sur Kevan-Brimau Nziengui :
https://13heuresfoot.fr/actualites/national-2-brimau-nziengui-linternational-gabonais-de-granville/
Texte : Anthony BOYER / Twitter : @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
Photo de couverture : 13HF / Photos : 13HF (sauf mentions spéciales)
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À Virton, je viens pour donner un coup de main au club, mais je n’ai pas de regret parce que c’était un truc impossible (le club était dernier à son arrivée et n’a pu éviter la relégation, Ndlr). J’en profite pour m’éloigner et voyager. Ce qui rend les choses moins douloureuses. Je suis allé voir des footballs différents. Sortir de cette lessiveuse pour apprécier le jeu et remarquer des détails que l’on ne voit pas quand on est en plein dedans. Par exemple, il y a quelques années, je suis allé voir l’Atlético Madrid sur une semaine d’entraînement : ça m’a confirmé l’idée selon laquelle l’intensité de l’entraînement détermine l’intensité en match le week-end.
Dans un coin de la tête, autant quand l’équipe va mal que bien, on pense à ce qu’ils nous appellent pour donner un coup de main. Mais à ce moment-là (été 2023), je faisais ma vie en Uruguay car j’étais au chevet de ma maman à qui l’on avait diagnostiquée une maladie grave. Je me déconnecte un peu et je sors avec elle. J’étais parti au pays sans l’idée de revenir car la priorité était de l’accompagner. Mi-novembre, je reçois un appel de Nicolas Holveck (le président, décédé le 8 avril dernier à l’âge de 52 ans, Ndlr) – que Dieu le garde quelque part – qui me dit “On a besoin de toi”. Ça ne me surprend pas parce que je connais Nicolas, il sait que je saurai mettre un énorme investissement pour le club. Je ne dis pas ça pour me vanter, mais je suis le seul coach en National avec une expérience en Ligue 1. Je n’aurais pas donné suite si une autre équipe de National m’avait appelé. Je lui ai dit : “Si tu as vraiment besoin de moi, je prends l’avion et je rentre, mais ne me faites pas rentrer pour rien.” J’ai prévenu ma maman qui m’a dit d’y aller, car elle connaît l’attachement que j’ai pour la ville et l’ASNL. C’est la dernière fois que je la vois, que je peux l’embrasser et je savais qu’elle était en paix avec elle-même. Et je rentre à Nancy sans me poser de questions.
Lors de mon premier entraînement, au bout de cinq minutes, je prends à part un joueur qui vient de faire une passe en arrière et j’arrête tout. Je lui dis : “Pourquoi tu joues derrière ? Si on veut faire mal à l’adversaire, c’est devant que ça se passe.” Je dois alors m’adapter au groupe que j’ai et je dois améliorer tout de l’intérieur. Je leur dis que j’accepte le déchet, à condition d’aller vers l’avant. Finalement, ce sont des mots assez simples qui font que les joueurs se prennent au jeu. Il faut aussi savoir tirer le positif de chaque situation négative et gérer les frustrations individuelles des joueurs. D’ailleurs, si vous regardez notre victoire contre Rouen (victoire 1 à 0 le 24 novembre 2023), lors de mon premier match, on voit tout ce qu’on ne voyait pas avant. Et là, j’ai dit aux joueurs : “Voilà, vous en êtes capables et je vais vous accompagner”.
On peut utiliser des phrases comme “La vie continue”, mais ce n’est pas vrai. Il y a toute une remise en question. Une partie de vous-même qui revient à la surface. Il y a un ce côté injuste, incompréhensible… On se demande pourquoi… Et il y a l’autre côté, où je suis coach même si pour moi on ne peut pas détacher l’homme de l’entraîneur. À Sochaux (après le décès de Nicolas Holveck), je n’avais pas de mots pour mes joueurs. On dit que le show doit continuer, mais je fais semblant. Le foot vient en deuxième partie, mais c’est à l’image de la société : quand on montre nos émotions, c’est mal. Si ça ne dépendait que de moi, je me serais arrêté, mais je dois respecter les propriétaires du club et le club.
Je déteste m’enfermer dans un système. L’adaptation à la compétition fait partie de ça. Je veux que mes joueurs soient capables d’assimiler plusieurs systèmes. Je suis anarchiste sur le terrain et dans le système de jeu. Quand vous êtes condamnés à jouer dans le même style, vous rendez service à l’adversaire. Je savais déjà, dès le début de la saison, que le groupe était déséquilibré. Très vite, j’ai aussi compris que c’était un groupe encore traumatisé par la descente (en mai 2023) de National en National 2 (avant que le club ne soit repêché).
C’est dur à dire si tôt dans la saison. Je suis très content de la manière dont vit le groupe. On sait qu’une bonne année est liée à des choses qui naissent dans le vestiaire. La crainte était que la mayonnaise ne prenne pas. On a fait beaucoup de travail sur la cohésion, sur le physique. Même avec la communication qu’on a avec les joueurs, on ne peut pas faire en sorte que tout le monde s’entende. Ça me fait plaisir de voir les joueurs rigoler ensemble. On a dit à toutes nos recrues : “On veut redevenir le Nancy que l’on a connu”. S’ils accrochaient au projet, on y allait et on savait que c’était le bon choix.
Il faut leur faire confiance d’abord. Dans ce championnat, il y a beaucoup de joueurs qui n’ont pas été au bon endroit au bon moment. Des joueurs victimes du conditionnement du football français. Je prends l’image de l’entonnoir : lorsqu’il déborde pour le haut-niveau, les joueurs tombent dans un autre entonnoir, celui des divisions inférieures. Si vous regardez bien, ce n’est pas le cas que de Nancy. L’élément déterminant de cette adaptation, c’est le joueur lui-même, en fait. Nous sommes des accompagnateurs et nous leur apportons des choses, selon moi. Car finalement, le jeu appartient au joueur, et j’espère que cela reste comme ça.
Carlos Aguilera, qui a joué à Cagliari, un attaquant de petite taille, technique. A Nancy, Tony Cascarino était un coéquipier modèle. C’était vraiment l’attaquant irlandais qui savait jouer avec ses défauts et qui se donnait à 100%, qui allait chercher le ballon haut sur le terrain. Par contre, il demandait toujours un congés le jour de la Saint-Patrick parce qu’on sait ce que ça représente pour eux.
Je suis sûr que vous pensez à la coupe de la Ligue (en 2006), mais pour moi c’est notre victoire contre Schalke 04 en tour préliminaire de l’Europa League (saison 2006/07). Au moment de notre victoire en Coupe, je savais qu’on allait tirer un plus grand club que le nôtre. On arrive à Schalke et on ne le savait pas encore, mais on vivait le plus beau moment de notre histoire. En plus, on vit cette période avec plus de la moitié de notre effectif qui vient du centre de formation. Ce match aller-retour en Coupe d’Europe est plus fort que la Coupe de la Ligue qui, elle, est plus le fruit d’un parcours. On perd 1-0 à l’aller en Allemagne et je me souviens avoir dit “On peut les taper chez nous”. Je l’avais dit comme ça pour marquer le coup. Et au match retour, on les surprend par notre tactique, notre intensité et notre mouvement. On leur est juste « rentré dedans » et on les a battus 3-1. Voir des joueurs que l’on a connus au centre de formation à 15-16 ans arriver en Coupe d’Europe sous le maillot de Nancy, ça a doublé ma joie.
Tout d’abord, il y a les graves blessures de vos joueurs. Vous vous sentez coupables de voir certains arrêter leur carrière à cause de ça et on se sent totalement impuissant. Au-delà de ça, on revient à la violence à l’extérieur du stade. Pour notre premier match de Coupe d’Europe à Nancy, Feyenoord se déplace chez nous. Avant le match, ils ont tout cassé gratuitement dans la ville et au stade en lançant des sièges sur la pelouse vers la fin du match. L’ordre du préfet est arrivé demandant de vider le stade pour pouvoir finir le match. Tout le monde pleurait à cause des gaz lacrymogènes, et là je me suis dit que c’était terriblement injuste. Parce que les 1000 ou 2000 abrutis (il se reprend), pardon, supporters, eux sont restés au stade pour des raisons de sécurité. On a mis 3-0 à Feyenoord. Au revoir et merci, sauf que non. On a fait payer à des gens qui sont innocents et on a volé ce moment aux supporters qui attendaient ça depuis les années 1970. C’est de la faute de ces personnes qui ont eu un comportement de sauvage, je suis désolé, mais on demande juste du respect. Ce qui est terrible, c’est que les dirigeants et représentants de Feyenoord étaient aussi impuissants face à tout ça. (Feyenoord a été exclu de la compétition et ses supporters interdits de déplacement durant plusieurs années).
Oui, à Evian-Thonon-Gaillard (2012), c’est une bonne erreur de casting. Je connais les deux propriétaires Richard Tumbach et Esfandiar Bakhtiar, même des gens qu’on appelle les petites mains, d’ailleurs on devrait les appeler les grandes mains. C’était trop bling-bling, on était trop concentré sur des choses pas importantes pour le football moderne. Et trop de gens interféraient et faisaient du mal au club. J’arrive et on me présente un seul terrain, qui n’est pas praticable : on a fini par faire des tennis-ballon sur un parking. Je prenais la suite de Bernard Casoni, donc ça nous appartient à tous les deux, et on finit 9e de Ligue 1, pour une première c’est pas mal. Mais j’avais alerté les propriétaires sur des éléments qui allaient les mener à la chute. Pour l’anecdote, je reviens (pour la deuxième fois, Ndlr) à Nancy en 2013/14 et quand on doit retrouver la Ligue 1 en 2016, pour notre dernier match à Picot, on bat Evian (1-0, le 6 mai 2016, Ndlr) et on les condamne en quelque sorte. J’étais heureux de retrouver la Ligue 1 avec Nancy, mais aussi peiné par ce sentiment d’avoir condamné ce club dans lequel il y avait de très belles personnes.
Ma communication hors vestiaire m’a énormément desservie. Mais quelque part, je m’en fous. La communication, moi je m’en fous. Je suis d’ailleurs un grand fan de cirque ! Pour moi, le football, ce n’est pas un spectacle, ça dépend de trop de choses, ce n’est pas un numéro que l’on répète. Ce que je voulais dire, c’est qu’on peut toujours essayer d’inculquer une idée de jeu, mais il y a un adversaire et il faut l’accepter. Et moi, je voyais que l’on vivait un moment faste et les supporters sifflaient les composantes d’un club qui ont fait les années les plus belles de l’histoire du club. Mais je savais que mes joueurs donnaient tout, mais par moment, le football c’est le football, et on ne peut pas réussir notre numéro. D’ailleurs, le football est un très très grand cirque ! Chaque équipe est un cirque dans lequel chacun veut jouer son numéro, sauf qu’il n’est pas confronté à la difficulté ou la dangerosité du numéro, mais à l’obligation de résultat. Je pense qu’il y a plusieurs voies pour arriver à un résultat, et j’ai laissé cette étiquette de la combativité au détriment de mes joueurs qui faisaient de belles choses. On avait les moyens d’une équipe promue et on faisait toujours milieu de tableau de Ligue 1 : on ne fait pas ça qu’en attendant devant son but.
Les chaussettes nous mangeaient presque le talon, sans protège-tibias. Un football beaucoup plus identifié en institutions. Un autre rythme, parce qu’aujourd’hui c’est beaucoup plus physique. Mais c’était quand même plus fort parce qu’il y avait cette notion d’amoindrir l’adversaire par le contact physique. Aujourd’hui, le football va beaucoup plus vite avec le 4e arbitre, la VAR… A mon époque, on pouvait aller boire une bière avec les supporters, mais ça n’était qu’une bière. Aujourd’hui, c’est impensable, c’est incomparable.



























Bastia-Borgo (2021 – Janv. 22, National). « Je suis content, parce que je retrouve le National, alors que je sortais d’une saison blanche à Rouen. Il est 19h, je suis aux toilettes, je vois le téléphone qui sonne, je ne décroche pas; j’écoute le message, « Bonjour c’est Antoine Emmanuelli, le président de Bastia-Borgo… » et là, je suis comme un fou. « Il me dit qu’Albert Cartier, le coach, va m’appeler… » Moi, Albert Cartier, je le voyais en 3D ! J’échange avec Cartier, ça s’est super bien passé, je me dis « Je vais faire mes valises » alors que j’avais encore deux ans de contrat à Rouen, mais c’était l’opportunité de me relancer en National, je n’avais rien à perdre. Mais bon… J’étais installé dans un logement de vacances, j’avais mes affaires personnelles dans un box, mes enfants ont mis trois mois avant de me rejoindre, c’était long. En fait, c’est compliqué d’être performant sur le terrain si tu n’as pas ton équilibre de vie, ton équilibre familial. J’ai bien commencé mais j’ai pris carton rouge, puis je me suis blessé, et le coach s’est fait virer en décembre. Quand Stéphane Rossi est arrivé, je ne faisais pas partie de ses plans. Et je pars au Puy. »

Oui, j’ai eu les U19 à Bourg (FBBP 01), on est monté en championnat de France. J’ai eu la chance aussi de détecter des joueurs à potentiel et de les accompagner à mon échelle vers le monde professionnel comme Amine El Ouazzani (actuellement à Braga) ou Malcom Bokélé (actuellement à Göztepe, en Turquie, et passé par les Girondins de Bordeaux). Puis j’ai eu les seniors II à Rumilly où j’étais également responsable technique du club en parallèle. Puis je suis allé à l’UF Mâconnais, où j’étais là aussi responsable technique, où on a développé un projet de club, et j’ai eu la charge des seniors Régional 1 et on est monté jusqu’en National 2, en deux ans. Et enfin, il y a eu ces 3 derniers mois de la saison passée avec Alain Pochat à Villefranche-Beaujolais, en National.
Je suis un entraîneur qui échange beaucoup avec les personnes de l’entourage, les joueurs, les dirigeants, le staff, afin d’ avoir un maximum d’éléments sur le contexte, l’environnement autour du groupe. J’ai des idées bien précises sur ce que je veux que l’équipe soit capable de produire : nous devons imposer ce que nous voulons faire sur le terrain, en étant acteur et entreprenant. J’aime faire évoluer mon équipe dans un projet de jeu ambitieux avec une certaine maîtrise pour poser des difficultés aux adversaires. J’aime donner beaucoup de liberté aux joueurs pour ne pas les inhiber dans la prise de décision, ce qui permet notamment aux plus créatifs de pouvoir s’épanouir et de déstabiliser les adversaires. Je suis convaincu qu’un groupe peut réussir de bonnes choses quand la notion de plaisir se retrouve au centre de la pratique, que ce soit plaisir de faire des efforts, d’évoluer ensemble, d’utiliser le ballon, de marquer des buts, mais aussi de défendre collectivement. Pour mettre en place tous ces éléments, il faut bien évidemment avoir le ballon le plus possible, et utiliser des espaces à des endroits précis du terrain pour gagner en efficacité offensivement.
Vous avez mis le doigt sur un trait de ma personnalité. Je suis convaincu que les choses arrivent pour une bonne raison. Quand je suis dans un projet, j’ai toujours pour ambition que le club dans son ensemble soit mieux quand je pars que lorsque j’arrive, au niveau sportif et au niveau structurel aussi. Bien sûr, il y a toujours mieux ailleurs, j’ai pour habitude de dire qu’il arrive de bonnes choses aux bonnes personnes, avec toute l’humilité que je me dois d’avoir. J’essaie d’être une bonne personne, j’essaie d’être le meilleur possible, avec mes proches, avec les personnes avec lesquelles je travaille, avec mes amis. Alors en effet, j’ai la chance que cela se passe toujours bien, mais en même temps, j’entretiens toujours cette volonté là : quand j’ai eu des périodes plus dures, comme j’en ai connues récemment à Mâcon, je sais que c’est pour une bonne raison, je sais qu’il va y avoir quelque chose de mieux ou de différent. Je sais que ma famille et moi, parce que j’associe toujours ma famille à mon parcours de vie, on y retrouvera toujours notre compte. J’accorde beaucoup d’importance aux relations avec les personnes, plus même qu’à l’aspect purement professionnel de notre travail, parce que je pense que c’est ce qui nous nourrit et nous enrichit le plus. Cela colle aussi avec ma façon de manager les joueurs : je pense qu’avant d’entraîner des joueurs, il faut connaître les hommes afin de gagner en efficacité et adapter son management. Je suis convaincu que cette manière d’être amène cet enchaînement de bonnes choses : regardez, je me suis fait « arrêter » à Mâcon et j’ai rebondi à Villefranche en National à 10 kilomètres de chez moi pour un challenge hyper-excitant, avec Alain Pochat, un coach que j’apprécie et que je continue d’apprécier, un passionné et quelqu’un d’entraînant. Et avec des gens que je connaissais depuis 15 ans parce que Villefranche, c’est à côté de chez moi. Et puis il y a eu ce match Furiani-Macon…







Cédric, peux-tu nous raconter ton parcours de footballeur, joueur puis entraîneur…
Quand j’étais à Décines, je faisais des études de nutritionniste à Chambéry, et j’ai obtenu un DUT de diététique, du coup, j’ai eu l’opportunité de travailler à l’hopital de Chambéry, ma ville. Mes parents sont de Aiguebelette-Le-Lac, c’est juste à côté, à 15 minutes. Je suis attaché à cette ville, je suis Savoyard ! Aujourd’hui, je suis toujours fonctionnaire, mais en « dispo ».
Je suis un bon mangeur mais en volume, je ne mange pas des masses, je privilégie la qualité et puis je sais ce qu’il faut manger, ce qui est bon pour le corps. La nutrition, c’est dans les moeurs ! Et puis j’ai été prépa physique aussi, donc les deux mélangés, forcément… On essaie de s’entretenir !
Le métier d’entraîneur, c’est des cycles. Comme dans une entreprise, tu arrives, tu montes, tu stabilises, tu redescends, et au bout d’un moment, il faut partir quand on ne s’y retrouve plus totalement, même si changer de club n’est pas évident; Chambéry est, comme Rumilly, aussi un club très familial. Avec beaucoup de bénévoles aussi, très bien organisé chez les jeunes. Mais en termes de ressources financières, ce ne sont pas les forces de Rumilly-Vallières. Les deux clubs se ressemblent vraiment, la différence se fait sur les moyens, en particulier sur les moyens mis en place pour l’équipe Une.
On ne connaît pas la puissance de ce club. J’ai longtemps été opposé à Rumilly quand j’entraînais Chambéry, j’ai vu la différence depuis l’association des deux communes, Rumilly et Vallières. Le club a pris une grande dimension. Parce que j’ai connu l’époque quand Vallières jouait en Régional 2, d’ailleurs on les avait doublés à la dernière minute du championnat avec Chambéry pour monter en Régional 1, et j’ai connu l’époque quand Rumilly jouait en Régional 3 !
Je pense que le club ne connaissait pas suffisamment le National 2. Les infrastructures étaient en cours de développement mais ce n’était pas encore ça; le staff était plus resserré et tout était concentré sur l’entraîneur (Fatsah Amghar), c’était les prémices du staff médical, bref, tout était « en cours de », et en National 2, si tu es « en cours de »… c’est dur. Ils avaient surtout joué en coupe de France la saison d’avant, et pas beaucoup en N2 à cause de la Covid. Et ici, cette épopée en coupe, ça a soudés les gens, on le ressent, cela a été une étape importante dans l’histoire du club.

C’est ça ! Mes étapes sont : créer une ambiance, une cohésion de groupe. Ensuite, créer un système dans lequel le joueur se sent bien, dans lequel je suis très organisé, parfois trop, parce que je suis un dingue de l’organisation. Enfin, c’est assembler les joueurs dans ce système. Après ça, on peut commencer à travailler sereinement sur différents secteurs comme les secteurs tactique, physique, athlétique, mental. On a un préparateur mental d’ailleurs : c’est 25 % de la performance. Bien souvent, dans les clubs amateurs, c’est une personne du staff qui le fait mais chez nous, c’est une tierce personne. J’en reviens à la cohésion et au système : quand tu as ces deux choses-là, après, tu peux travailler sereinement.




























Pierre-Emmanuel Allard : « Le passé pèse positivement et négativement. Il ne faut pas que cela soit un boulet. On ne doit pas l’oublier. Simplement, il faut trouver un équilibre, entre respect et humilité, et inversement, il faut innover et développer, ce n’est pas facile, surtout quand on reprend un club. Cela nécessite de faire des choix. Parfois douloureux. Parfois, on fait bouger les meubles pour le bien du club, parce que l’environnement bouge. »
Pierre-Emmanuel Allard : « On a retrouvé un club pillé quand on est arrivé, qui venait de traverser deux dépôts de bilan et il n’y avait pas beaucoup de monde présent pour aider à reconstruire… Après, plus ça devient solide, plus les étages sont grimpés, plus les gens adhèrent et nous aident, mais ce n’est pas évident. On a un noyau d’anciennes gloires dans le Grand Angoulême, ravis de répondre présents quand on organise des manifestations, ils sont les premiers à reconnaître le travail que réalise Patrick, mais aujourd’hui, le foot demande une énergie telle qu’il ne leur est plus possible de s’investir, de retourner dans le milieu. »



















