Après plus de 500 matchs en pros, l’ancien milieu de terrain de Rennes, Saint-Etienne et Lorient ne se sentait pas prêt à stopper sa carrière. Il n’a pas hésité à passer de la L1 au National avec le FC Versailles qui affronte le Red Star mardi 2 mai lors de la 31e journée.
Alexandra, l’attachée de presse du FC Versailles, nous avait accordé une vingtaine de minutes pour l’interview. Mais Fabien Lemoine a, de lui-même, largement bouleversé ce timing. Ses réponses sont souvent riches et toujours argumentées.
A 35 ans, après plus de 500 matchs en pros avec Rennes, Saint-Etienne et Lorient, le milieu de terrain s’est offert une dernière danse en National avec Versailles, ambitieux promu qui vise la montée en Ligue 2. En toute simplicité et en toute humilité malgré un quotidien très loin des standards du monde professionnel qu’il a connus lors de sa longue carrière.
Ce dernier mois de championnat pourrait être aussi son dernier comme joueur.
En attendant, Versailles, qui n’a plus le droit à l’erreur s’il veut rester jusqu’au bout dans la course à la montée, va disputer un derby décisif contre le Red Star, ce mardi 2 mai (18 h 30 en direct sur Canal + Foot) au stade Michel Hidalgo de Saint-Gratien, le stade de l’Entente Sannois SG.
« Dans ma tête, je n’étais pas prêt à arrêter »
Fabien Lemoine n’est pas prêt d’oublier son dernier été. « J’ai vécu plusieurs semaines compliquées. C’était tempête dans ma tête », se souvient-il. A 35 ans et après une saison tronquée par une blessure à un mollet avec Lorient (21 matches de L1, 13 titularisations), le milieu de terrain à la chevelure grisonnante espérait prolonger le plaisir en L1 dans un rôle différent de « complément ».
Mais quand il revient de vacances, le nouvel entraineur lorientais, Régis Le Bris, lui annonce, quand il le reçoit le 6 juillet 2022, qu’il ne compterait pas sur lui. « Comme ma priorité était de rester à Lorient, je n’ai pas voulu jouer sur plusieurs tableaux. Au lieu du mois de juin, mon mercato a commencé le 14 juillet. On était proche de la reprise de Ligue 2. Beaucoup d’effectifs étaient déjà complets. »
S’il a discuté avec Guingamp (L2), c’est Warren Tchimbembé, prêté par Metz, qui a été recruté plutôt que lui. « On était en ballottage et au final c’est lui qui a été choisi. On était déjà en juillet. Je me suis donc demandé : on arrête sur Lorient ou pas ? Mais mentalement, je n’ai pas réussi à switcher. Je n’étais pas heureux. J’avais le sentiment de ne pas avoir encore fini ce que j’avais démarré il y a une petite vingtaine d’années. Il y a eu discussions collégiales avec ma femme et mes enfants. Mais égoïstement, j’ai tranché. Dans ma tête, je n’étais pas prêt à arrêter. J’ai aussi été en contact avec Nancy mais j’ai choisi Versailles. Les dirigeants m’ont tenu un discours très dynamique. La proximité avec la Bretagne était aussi un paramètre personnel très important. »
« J’ai fui les problèmes quotidiens pour finir ma petite aventure à Versailles »
Pour s’engager le 12 septembre 2022 avec l’ambitieux promu yvelinois, il a néanmoins dû effectuer des concessions sur le plan familial. Il s’est installé seul à Versailles, laissant sa famille en Bretagne. « J’ai fui les problèmes quotidiens pour finir ma petite aventure ici, à Versailles. Il y a le téléphone, mais avec trois enfants de 7 à 13 ans, la gestion du quotidien n’est pas toujours facile. Ce n’est jamais simple de vivre comme ça, surtout qu’on n’y était pas habitué. J’ai la chance que ma femme me laisse la possibilité d’essayer ce mode de vie pour me permettre d’être comme je pense être le mieux possible mentalement. C’est un sacrifice. Je rentre tous les week-ends, c’est pour ça que quand nos matchs sont programmés le lundi, comme souvent ces derniers temps, ça me fait vraiment ch… »
En signant en National, le milieu aux plus de 500 matchs pros a changé de monde. Mais même s’entrainer sur un terrain qui n’est pas vraiment un billard et où l’on entend les scolaires joyeusement chahuter à peine à quelques mètres de la séance dirigée par le coach brésilien Cris, ne le dérange pas.
« C’est forcément différent de ce que j’ai connu, sourit-il. Mais ça fait presque huit mois que je suis là, et aussi bien sportivement que humainement, je n’ai jamais regretté mon choix de venir à Versailles. Je suis en National pour l’amour du foot, l’adrénaline et les émotions qu’il provoque. »
La 3e division, ce sont aussi des terrains pas toujours au top, des petits stades et des affluences souvent réduites. A Jean-Bouin, l’enceinte des rugbymen du Stade Français, Versailles joue ainsi devant à peine quelques centaines de spectateurs. Lemoine a dû s’accommoder à ce contexte. « Je n’ai jamais fait du foot pour la médiatisation et ses à-côtés. Bien sûr que quand tu es un joueur de L1, tu profites du système contractuellement et au niveau relationnel. On ne va pas se cacher que la vie est belle et simple. Mais moi, ce que je kiffe, c’est avant tout le terrain et la vie de groupe. Le National est un Championnat intéressant avec des bonnes équipes et des bons joueurs. Mais dans ma zone, j’étais plus tranquille en Ligue 1 qu’en National. En L1, on prend le temps d’élaborer le jeu, il y a davantage d’espaces. En National, il n’y a pas de phase calme. Il y a beaucoup de transitions, de volume de courses, un pressing quasiment tout terrain. Il a fallu d’adapter. Mais le foot, c’est de l’adaptation. »
« Quand tu n’es pas un joueur « bankable », il faut se battre en permanence »
Depuis ses débuts à Rennes, puis à Saint-Etienne et Lorient, Fabien Lemoine a toujours véhiculé l’image d’un joueur d’abord axé sur le collectif. Sur le terrain, il n’a jamais rien lâché. « C’est ça qui me rend le plus fier. J’ai réussi à durer en optimisant mes qualités intrinsèques de base qui n’étaient pas fantastiques. Ce n’est pas que je me dénigre. Mais j’ai compris rapidement qu’il fallait que je donne toujours plus pour pouvoir jouer. Je n’ai jamais été le joueur à avoir des notes de 8 ou des 9 dans les journaux. Mais des 2 ou 3, non plus. J’étais fiable, régulier et j’ai toujours réussi à m’intégrer dans un collectif. Des joueurs comme moi, il en faut deux ou trois dans une équipe. »
Sa force de caractère lui a aussi permis d’enchainer les saisons souvent pleines en Ligue 1. En novembre, il a dépassé la barre symbolique des 500 matchs pros. « Versailles m’a fait un joli cadeau avec un maillot portant ce chiffre 500. Je me suis toujours remis en question. Même si je sortais d’une saison à 40-45 matchs, je savais que je devais être au top dès la préparation. Quand tu n’es pas un joueur phare de l’équipe, pas « bankable », il faut se battre en permanence car une recrue pour qui le club a réalisé un gros investissement aura forcément toujours plus de crédit. J’ai donc toujours dû aller chercher des choses en plus pour que personne ne me passe devant. Sur mes plus de 500 matchs en pros maintenant, j’ai un gros pourcentage de titularisations, avec des saisons à 45 ou 50 matchs. J’ai tout vécu pleinement car j’ai toujours été un acteur majeur. »
« J’ai montré qu’on pouvait vivre avec et jouer à haut-niveau avec un seul rein »
Sa carrière aurait pu néanmoins pu brutalement s’arrêter en août 2010. Lors d’un match Nancy – Rennes, il est victime d’un gros choc qui lui a causé l’ablation du rein droit. Cet accident revient inévitablement lorsqu’on évoque son nom.
« Sur 90 % de mes interview, ce sujet est évoqué. Mais ça ne me dérange pas car j’en parle facilement. J’ai 16 ans de carrière et seulement 10 buts marqués. On ne va pas se souvenir d’une de mes frappes (rires)… Donc même si ce n’est pas du football, c’est déjà bien qu’il y ait un truc pour lequel les gens retiennent mon nom. J’ai un seul rein mais je montre qu’on peut vivre avec et poursuivre une carrière de sportif de haut-niveau. »
Quatre mois et demi après cette grave blessure qui aurait pu avoir des conséquences vitales encore plus dramatiques pour lui, il était de retour en L1. Encore grâce à son fort caractère et une grosse détermination.
« Mon naturel est vite revenu. Je suis passé à côté d’un gros malheur. Au début, j’étais cramé en faisant 10 minutes de vélo. Quand je reviens en Ligue 1, je fais une passe décisive contre Valenciennes. Là, je me suis dit, c’est bon, c’est reparti. Et le match suivant, l’entraîneur Frédéric Antonetti me laisse sur le banc à Caen. Je me mets en colère. Antonetti me dit, « Comment tu peux te mettre dans un état pareil ? Tu as vu d’où tu reviens et tu fais la gueule parce que je te mets sur le banc « ? Le coach pensait que je n’étais pas revenu à 100 % alors que moi je pensais le contraire. Sur mon lit d’hôpital, j’étais capable de relativiser mais en retrouvant les terrains, je n’étais plus lucide, je croyais retrouver ma place comme ça… Il m’a fallu quelques semaines pour comprendre que ça n’allait pas se passer comme ça ! »
« Je ne me considère pas comme un vieux con »
A Versailles, qui conserve encore une infime chance de monter en L2, Fabien Lemoine s’était engagé pour un an. Il n’a pas encore décidé pour la suite. « Je pense déjà à finir le mieux possible individuellement et collectivement cette saison. Je prends beaucoup de plaisir et je suis très épanoui dans ce que je fais. Mais je devrai tenir compte des attentes du club, de la direction à mon égard, de ma situation personnelle. J’ai fait un an séparé, loin de ma famille. Est-ce qu’on est prêt à repartir dans ces conditions ? »
Qu’il continue ou pas un an supplémentaire sa carrière, il devrait retourner au FC Lorient lorsqu’il prendra sa retraite. Mais ça sera plutôt dans les bureaux que dans un staff d’entraineur. « Le sportif pur sur le terrain ne m’intéresse pas forcément. Je me vois plus dans un rôle autour de l’équipe, comme coordinateur sportif. Mais les places sont chères… Moi, je ne me considère pas comme un vieux con. Mais quand j’avais 18 ou 20 ans, il y avait une barrière avec les anciens. Un ancien, tu ne pouvais pas le « checker » comme ça… Certes, je ne suis pas dans leurs délires à l’extérieur. Mais j’aime bien venir discuter avec les plus jeunes. Comme ça, je reste moderne et quand je dois discuter avec eux, c’est plus naturel et plus fluide dans le cadre qui est le nôtre. Ce n’est pas moi qui vais leur apprendre à jouer au foot mais si je peux trouver le levier qui les fera progresser… Je suis fier quand 5 ou 10 ans après, je recroise un joueur avec qui j’ai évolué et qu’il me dise « Merci Fab »…»
Fabien Lemoine, du tac au tac
Votre meilleur souvenir ?
La victoire en Coupe de la Ligue avec Saint-Etienne en 2013 face à Rennes en finale. 1-0 but de Brandão.
Votre pire souvenir ?
La défaite (2-1) en Coupe de France avec Rennes en 2009 face à Guingamp qui était en Ligue 2.
Le joueur le plus fort avec qui vous avez joué ?
Mickaël Pagis à Rennes.
Le joueur le plus fort que vous avez affronté ?
Neymar. Je ressortirais aussi le milieu du PSG Thiago Motta-Verratti-Matuidi. Très très fort.
L’entraîneur qui vous a le plus marqué ?
Je me suis bien entendu avec tous. Quand tu es dans le haut de la pile, c’est magnifique, tout roule. Mais quand tu es dans le bas de la pile et même parfois sous le bureau, c’est un peu plus compliqué… Si je devais en ressortir un, je dirais Christophe Galtier à Saint-Etienne. C’est lui qui m’a fait le plus progresser, changer de niveau.
Le président qui vous a le plus marqué ?
J’ai toujours eu des bonnes relations avec mes présidents. Celui, que j’ai le plus connu, c’est Roland Romeyer à Saint-Etienne. Celui avec qui j’ai le plus échangé, y compris contractuellement, c’est Loïc Féry à Lorient.
Le club où vous auriez pu signer et que vous regrettez ?
J’aurais déjà pu signer à Lorient en 2016. Mais Saint-Etienne m’avait dit non. Et y’a cette dernière année qui s’est moyennement passée pour moi à Saint-Etienne. J’ai eu des regrets mais j’étais sous contrat, donc pas décideur.
Le club où vous vous êtes senti le mieux ?
Dans tous les clubs que j’ai fait, il n’y en pas un où je ne me suis pas senti bien, que ce soit sur le plan professionnel que personnel. Rennes, c’était mes débuts, c’était mon club, celui de ma ville car je viens de Fougères. Tout était simple. A Saint-Etienne, j’ai adoré le club, le stade, les gens… J’ai adoré la mentalité du Forez. Et Lorient, c’est le must au niveau du cadre de vie. J’ai adoré le cadre. J’ai posé mes valises là-bas. C’est là que je vais vivre.
Vos amis dans le foot ?
Romain Hamouma que j’ai connu à Saint-Etienne, qui est un très bon ami. Paul Baysse, aussi. A Lorient, je suis en contact régulier avec Vincent Le Goff. On avait une super bande avec Julien Laporte, Umut Bozok, Jérôme Hergault, Paul Nardi, Pierre-Yves Hamel, Laurent Abergel… C’était notre team Lorient. On a passé beaucoup de temps ensemble. A Saint-Etienne, j’ai côtoyé beaucoup de bons mecs comme Loïc Perrin, Renaud Cohade, François Clerc, Jérémie Clement, Benjamin Corgnet, Jessy Moulin… La chance que j’ai eu, c’est d’avoir été dans des groupes où il avait beaucoup d’affects. Quand tu restes 5-6 ans dans un club, c’est facile à créer. On est toujours ensemble en matchs, en déplacement et durant la semaine, quand tu organises un truc, les femmes et les enfants viennent. Ça devient limite ta petite famille.
Le milieu du foot en deux mots ?
Deux mots, c’est court… Je vais développer un peu (sourire). Ok, le foot c’est un business, une industrie où il y a de l’argent. Mais c’est aussi beaucoup de passion et d’adrénaline. Chaque semaine, ton club, tes joueurs changent de gap. On peut aussi changer de stratégie en cours de saison. Dans le foot, tu es toujours sur le qui-vive. L’adrénaline est toujours liée au résultat. Dans le foot, les hommes changent d’une semaine à l’autre en fonction de ta locomotive qui est l’équipe pro. Tu prends 4-0 le samedi, tu arrives le lundi, tout le monde est dépressif… Nous, en tant que joueur, on a le meilleur rôle. On est acteur, on est toujours proche du sportif. Quand tu es joueur, tu te remets en question, tu te demandes juste « Est-ce que le week-end prochain, je serai titulaire ou non ? » C’est tout. Pour un entraîneur ou un salarié du club, c’est plus compliqué. Un salarié va dépendre de nos résultats. Lui, il n’est pas acteur, il peut juste espérer que les joueurs feront leur travail sur le terrain. Emotionnellement et humainement parlant, je trouve que c’est énorme.
Championnat National – mardi 2 mai 2023 : 31e journée / FC Versailles (5e, 51 points) – Red Star (4e, 51 points), à 18h30, au stade Michel Hidalgo, à Saint-Gratien. En direct sur Canal + Foot.

Textes : Laurent Pruneta / Mail : lpruneta@13heuresfoot.fr et contact@13heuresfoot.fr / Twitter : @PrunetaLaurent
Photos : Philippe Le Brech et FC Versailles

Président, quel sentiment prédomine après ce 0-0 face à Nancy ?
Quels sont vos motifs d’espoir pour cette fin de saison ?
C’est vrai que Concarneau vous a battu trois fois cette saison, avec la coupe…
Président, directeurs sportif, entraîneur de la réserve, chef d’entreprise : vous faites comment pour travailler autant ?
Oui, et il faut le gagner celui-là ! Il faut tous les gagner, parce qu’avec l’équipe II, on est aussi en mode commando. La réserve, c’est aussi mon dada et c’est mon équipe. Je sais que les gens sont focus sur l’équipe de National, et c’est normal, alors ils oublient un peu l’équipe de N3, où dans notre championnat, cette saison, on a 14 équipes et 5 descentes ! Soit plus d’un tiers qui descend ! C’est pire qu’en National !
Bien sûr ! On échange beaucoup. Le fait d’avoir un effectif de National avec des blessés et des suspendus fait qu’il vient régulièrement piocher dans le mien pour ses séances d’entraînement. Ce qui lui permet d’avoir une vision globale sur les joueurs du club aussi. D’ailleurs, il y a des joueurs de mon groupe qui ont basculé dans le groupe National. Karim voit tous les matchs de N3, « physiquement » ou en vidéo, puisqu’on les filme tous. C’est ce qui m’intéresse dans cette relation président-coach ou pour le coup, là, coach-coach, c’est qu’on puisse échanger et savoir qui on peut faire évoluer, dans l’intérêt du club. On a deux challenges à gérer, donc on échange sur les meilleures possibilités, les redescentes du banc, pour essayer de maintenir les deux équipes.
Ce club, Saint-Brieuc, vous l’avez dans les tripes, n’est-ce pas ?
Oui, parce que c’était il y a plus de 25 ans et que le foot a bien changé depuis. Même si on était pro, on avait un fonctionnement « amateur », mais c’est ce qui faisait notre force, et c’est ce que j’essaie de cultiver aussi aujourd’hui. Alors bien sûr, il faut se professionnaliser, il faut tendre vers l’excellence, mais aussi garder cet état d’esprit et ne jamais perdre de vue que ça ne reste que du football. Le partage de valeurs, la solidarité, l’état d’esprit de ne jamais se laisser abattre, tout ça est hyper important et c’est ce qui fait que l’on a performé ces dernières années. On a réussi à cultiver ça, malgré nos contraintes financières, nos infrastructures et tout le retard accumulé ces dernières années. On a grimpé les échelons très vite, donc forcément, tout ce qui relève du domaine structurel n’est pas allé aussi vite.
Aujourd’hui, reste-t-il d’anciens pros de cette époque au club ? D’anciens dirigeants ou bénévoles ?
Elles nous soutiennent, même si, forcément, on en veut toujours plus, mais on part de très loin car peu de choses ont été faites depuis 20 ou 30 ans. J’ai bien conscience de leur contrainte. Avec elles, l’idée est d’être constructif. Le problème, c’est que ce sont souvent les résultats sportifs qui entraînent une évolution ou un investissement sur les infrastructures. Cela va souvent de paire. Anticiper, c’est mieux, mais cela n’arrive pas souvent.
Joueur, Julien Outrebon préférait tuer le temps pendant les déplacements en bus ou en avion avec un bon bouquin plutôt que de regarder une série, comme le font la plupart des joueurs d’aujourd’hui. Pas n’importe quel type de bouquin : en général, le sujet concernait le management sportif ou la préparation mentale chez le sportif de haut niveau. Des thèmes à la mode, qui l’ont toujours intéressé. « Oui, je lis beaucoup de biographie de coachs, qui parlent de leur expérience, raconte le natif d’Epernay (Marne). C’est vrai que la préparation mentale est quelque chose de très important dans le foot. Je m’y intéresse beaucoup. C’est même primordial. Je pense que c’est une des facettes du métier d’entraîneur aujourd’hui, et que c’est indispensable d’avoir quelques « billes », de se former sur ce sujet. J’ai encore des progrès à faire dans ce domaine, comme sur le domaine du management. C’est important d’avoir le ressenti des joueurs, de les comprendre. »
Le bientôt quadra – il fêtera ses 40 ans en juin – a stoppé sa carrière pro voilà 6 ans maintenant. Elle avait commencé à l’ASPTT d’Amiens en débutants et surtout à l’Amiens SC, des poussins jusqu’en Ligue 2, pour s’achever à Luzenac.
Après Paris FC, direction Lorient, où il retrouve celui qui l’avait coaché à Luzenac puis à Amiens en National, la saison suivante, Christophe Pélissier : « Avec Christophe, on n’a jamais coupé le lien. On est toujours resté en contact. Même encore aujourd’hui. Je suis allé en stage d’observation récemment à Auxerre, où il est entraîneur depuis quelques mois, en Ligue 1. Et aussi à Guingamp. »
S »il apprécie ce nouveau travail en sélection, différent, Julien, qui a aussi joué à Cherbourg, Sannois-Saint-Gratien, Fréjus et Créteil en National, aspire cependant à retrouver une vie de club au quotidien et, pourquoi pas, se lancer comme numéro 1 : « C’est vrai que j’envisage de prendre une équipe, cela va faire 6 ans maintenant que je suis dans un staff, d’ailleurs, j’envisage de passer mon BEPF même si je sais qu’il y a beaucoup de postulants et peu d’élus. Après, pourquoi ne pas aussi réintégrer un staff technique dans un club professionnel, en Ligue 1 ou en Ligue 2 ? En fait, c’est ça l’idée, être adjoint ou prendre une équipe, un club de National 2 par exemple, ce serait idéal, histoire de mettre les deux pieds dedans ! »

L’erreur de casting ?
Le coéquipier avec lequel tu avais ou tu as le meilleur feeling sur le terrain ?
« Je me suis rendu sur un match de Régional 3 il y quelques semaines, et ça m’a bluffé de voir les gens dans les tribunes connectés sur le site. Il y avait des jeunes, mais aussi des personnes de 70-80 ans, rembobine-t-il. A la mi-temps, le speaker a annoncé les résultats du groupe de R3 en direct, comme il le ferait à la pause d’un match de Ligue 1 ou Ligue 2 ! »
« Les clubs ont la main sur leur match et mettent à jour instantanément. Les scores de certains matchs ne sont pas renseignés sur le site alors soit les membres du club m’envoient un SMS avec les infos pour que j’actualise, soit je rentre moi-même les résultats manquants. Le dimanche soir, je peux finir à minuit voire une heure du matin. Un joueur que j’ai croisé récemment pensait qu’on était une dizaine à s’occuper du site » se marrerait presque la pieuvre.
« Le dimanche, ce n’est plus mon site, c’est celui des clubs, ils se l’approprient. Et c’est ça le succès. Je n’en retire pas de fierté, soutient-il. Mon plaisir, c’est d’avoir les retours des clubs, comprendre que j’ai créé un outil important pour eux qui valorise leurs joueurs et leurs structures. En quelque sorte, c’est un site d’utilité publique. ».
Mais s’il a toujours véhiculé cette caractéristique depuis le lancement de son site il y a maintenant 13 ans, cela ne fait que depuis 2018 qu’il a pu en tirer le bénéfice financier. Car si Newsouest a désormais la côte en Bretagne, ce n’était pas forcément le but recherché à la base par le Sud Finistérien de 43 ans qui réside à Plomelin.
Et c’est donc en suivant son envie, qu’il a monté le projet, sans particulièrement fixer de cap. « Je partais d’abord avec l’idée de faire quelque chose qui me plaisait sur la période sans emploi. Au début c’était plus une passion qu’une activité, surtout que je partais de zéro. Chaque jour je repartais d’une feuille blanche. Et puis ça m’a plu le premier jour, puis le lendemain, puis la semaine, 2 ans … Et ça va faire 15 ans. »
Dans le même temps, il a aussi vécu un événement qu’aucun club n’est parvenu à réaliser : enchaîner une série de 13 victoires de rang, sans encaisser le moindre but. C’était entre la J1 et la J13 de la saison 2019-2020, en N2, celle-là même qui allait s’arrêter net un soir de mars, le jeudi 12 pour être précis, sur décision de la FFF. Insuffisant cependant pour remonter puisque c’est le Sporting-club de Bastia qui était, à ce moment-là, en tête, à 9 journées de la fin.
A 39 ans, Julien Fernandez entame sa 7e saison au club, sa 6e vraiment pleine : « Je suis arrivé le 22 octobre 2016, en cours de saison » raconte le natif de Fréjus, la ville où il a rencontré un certain Marc Dubois, président-actionnaire du CSSA depuis son rachat à l’été 2013, et qui réside dans le Var, à Saint-Raphaël.


Très vite, il se projette. Au point que l’histoire dure depuis six ans et demi aujourd’hui. » Je me suis imprégné du club et de ses valeurs, raconte celui qui a appris à aimer le CSSA, qu’il qualifie « d’atypique » : « Oui, Sedan est un club atypique car pour moi, en France, hormis Lens, Marseille, Saint-Etienne et Bastia, aucun autre club n’est aussi identitaire et populaire. Et j’insiste sur ces deux mots. Etre salarié du CSSA, c’est se voir confier une mission. Personnellement, j’ai appris chaque jour un peu plus sur l’histoire du club, de la ville, du département, de la région. D’ailleurs, dès 2018, j’ai mis quelque chose en place qui perdure : à chaque début de saison, pendant la préparation, j’organise une réunion avec les joueurs et le staff et on leur montre, au travers d’un reportage vidéo, notamment celui des “Ardents Sedanais”, toute l’histoire du club, de la ville et du département, la guerre, les épopées, afin qu’ils comprennent le contexte, qu’ils connaissent l’histoire, parce que, contrairement à d’autres clubs, et sans leur manquer de respect, ici il y a quelque chose de lourd et d’important. Et si tu n’a pas conscience de cela, c’est dur de porter le maillot après… A partir du moment où tu as vraiment travaillé pour ce club et tout donné avec le coeur et humilité, tu restes marqué à vie. »





S’il est, aujourd’hui, un des attaquants de National 2 les plus côtés, rien n’a pourtant été facile pour lui. Une fin difficile au SC Bastia, un échec à Tours, une longue blessure qui l’avait fait se diriger vers la vie active en parallèle des matchs de N3 avec le Gallia Lucciana, avant le rebond inespéré à Granville, puis encore une aventure inachevée avec Versailles… Avec sincérité et sans concession sur ses erreurs, le Corse a raconté son parcours loin d’être rectiligne pour 13heuresFoot.











De Libreville à Granville en passant par la région parisienne, l’itinéraire de Brimau-Kevan Nziengui Nziengui a été souvent parsemé d’embûches. Mais il s’est accroché. « Comme beaucoup, j’ai commencé à jouer à 6 ans dans la rue. Mon père travaillait dans une société de ciment et ma mère dans la cuisine. Ça allait, on se débrouillait. »
A l’issue de cette saison au Bourget, Brimau rejoint Versailles à l’été 2018, un peu par hasard. « C’était au mois de juin, pendant la période des détections. J’avais un ami qui allait passer un essai avec la réserve de Versailles. Il m’a dit, « tu n’as qu’à venir avec moi »… Lors de la détection, j’ai tapé dans l’oeil de Vincent Mayuma, l’entraineur de la réserve de Versailles. Il a demandé à Youssef Chibhi, l’entraineur de l’équipe première, de venir me voir. Il m’a intégré à l’effectif de la N3 pour la reprise. » Il a alors 17 ans et effectue plusieurs apparitions en équipe première. « J’ai réussi à gratter du temps de jeu, je progressais, j’étais content. »
Après ce faux-départ au Paris FC, il revient donc à Versailles. Sur le terrain, tout se passe bien. Il s’impose petit à petit comme titulaire et Versailles est promu en National 2 après l’arrêt des championnats lors du premier confinement, au printemps 2020.
Avec le recul, Nziengui fait son mea-culpa sur cette période : « J’ai été indiscipliné, j’ai été trop pressé, pas assez patient. Mais je revenais de blessure et je ne jouais pas. Le club avait fait un recrutement un peu XXL mais le coach m’avait dit qu’il comptait quand même sur moi. Mais dans la réalité, ce n’est pas ça qui s’est passé. Donc ça m’a énervé. J’ai fait des trucs cons, je boudais, j’arrivais en retard aux entrainements…» En septembre 2021, il finit par résilier son contrat.
Le nouveau binôme à la tête de l’US Granville lui redonne du temps de jeu en février. Et preuve que les choses ont bien changé, il peut rejoindre, cette fois sans psychodrame, sa sélection du Gabon U23 pour les deux matchs éliminatoires à la CAN de la catégorie qui se déroulera à partir du 24 juin au Maroc.
Première fois dans un stade comme spectateur ?
Une manie, une superstition ?
Le joueur le plus fort avec qui vous avez joué ?
Le président qui vous a marqué ?
En revanche, avec Christophe Celdran, on est d’accord sur une chose évidente : la saison est folle ! Folle parce que les quatre équipes de tête étaient encore ex aequo avant la 23e journée, et qu’elles se tiennent aujourd’hui en 3 points avant la 24e !
Et sportivement, êtes-vous dans les clous ?
L’équipe fanion est leader avec 2 points d’avance sur Grasse avant le choc de ce week-end (samedi 15 avril à 18h) : vous attendiez-vous à cela ?
Vous disiez que ce championnat de N2 était fou…
Le club a passé une saison en National en 2018-2019 mais après une bonne première partie de championnat, il s’était écroulé après la trêve : qu’avait-il manqué à l’époque pour se maintenir ?
La Ligue 2 pourrait-elle, à termes, être envisagée ?
Comment fonctionnez-vous avec les trois autres présidents ?

Vous avez quand même un certain parcours et pedigree en France. Après Cannes, il y a eu le Paris FC en National et Laval en Ligue 2.
C’est drôle, car quand on regarde votre parcours, il y a une forme de linéarité. Mais le National à l’époque, ce n’était donc pas un temps de passage ? Vous êtes dans l’équipe type du championnat une année, quand même !
Merci pour la passe décisive ! Vous faites en effet le choix de partir en Allemagne, au Dynamo de Dresde, en D2. Pourquoi, alors que vous aviez des touches en L1 ?
La dernière journée de L2 avec Laval, on va à Clermont, et là un joueur de Dresde, Romain Brégerie, qui est devenu un très bon ami, m’appelle à l’hôtel la veille. Il me dit : « Voilà, ils m’ont dit de t’appeler, je voulais juste te dire ce qui t’attend si tu signes ici, même si c’est toi qui choisiras à la fin ». Mais je ne me voyais pas encore passer ce cap de l’étranger, car je voulais jouer en Ligue 1.
Comment se sont passés ces premiers mois en Allemagne ?
A Dresde, vous appréhendez ce football allemand, et y restez deux saisons. Avant de passer un nouveau cap à Bochum.
Désormais, vous êtes une légende du club (il rit). Neuf ans au VFL, une montée en Bundesliga comme capitaine. Une aventure sportive et humaine qui vous marquera à vie on imagine.
Le maintien est en vue en plus, cette année encore. Ca doit être un rêve éveillé de jouer en Bundesliga.
Votre parcours est finalement bluffant, du National en France à la Bundesliga en Allemagne, à jouer contre le Bayern, Dortmund ou Leverkusen : qu’est-ce que ça vous inspire ?
C’est vrai qu’on n’en a absolument pas parlé, mais vous avez 37 ans ! Quelle longévité…
Meilleur souvenir ?








