Le manager général du RAF (Ligue 2) passe en revue les grandes lignes d’une saison 2022-23 marquée par les travaux du stade, le changement de coach et la course au maintien, bien engagée. Il évoque aussi l’avenir de son club, très ancré dans son territoire, et l’esprit qui y règne.

L’on ne sait pas si c’est l’effet de la « pub » (« Un Mars et ça repart ! ») ou l’arrivée des beaux jours, mais si la Ligue 2 avait ouvert le 1er mars 2023, et bien c’est l’équipe de Rodez qui serait, aujourd’hui, en tête du championnat !
C’est très sérieux : depuis la 26e journée, le RAF est sur un rythme de champion, devant Metz, Bordeaux et Le Havre (19 points engrangés en 8 matchs, contre respectivement 18, 17 et 16).
Voilà qui donne une idée du niveau actuel des Ruthénois, eux qui n’en menaient pourtant pas large après deux mois de janvier et février où la maigre récolte (4 points en 8 matchs) a fait dégringoler le club du président Pierre-Olivier Murat jusqu’à la dernière place, occupée de la journée 23 à la journée 25. Paradoxalement, durant cette période, le RAF a trouvé le moyen de se hisser en 1/4 de finale de la coupe de France, après des qualifications notamment à Saint-Etienne (L2), à Monaco (L1) et à Auxerre (L1). C’est donc bien qu’il y avait de la qualité.
Depuis cette journée 25, quelle remontada ! En huit journées de championnat, le RAF a, accrochez-vous, repris 16 points sur Laval, 15 sur Niort, 14 sur Annecy, 13 sur Valenciennes et aussi 10 sur Nîmes, bref, sur tous ses concurrents directs ! C’est énorme ! Au point qu’à cinq matchs de la fin de saison, les joueurs de Didier Santini, appelé sur le banc le 8 novembre dernier en remplacement de Laurent Peyrelade, juste avant un déplacement à Saint-Etienne (J15) – qui s’est d’ailleurs soldé par un succès 2 à 0 -, sont (presque) assurés de se maintenir.
Vers une 5e saison de suite en L2

Avec 41 points et 7 longueurs d’avance sur le premier relégable, Laval, ainsi qu’un goal-average intéressant (-4), on voit mal en effet comment les Aveyronnais pourraient laisser échapper leur billet pour une 5e saison de suite en Ligue 2, record du club !
Record car dans son histoire, Rodez a certes évolué pendant 4 ans en Division 2 dans les années 80 et 90, mais dans une période entrecoupée d’une descente en D3 (saison 1988-89 puis de 1990 à 1993).
Ces années « vintage », Grégory Ursule les a connues. Il avait 14 ans lorsque, durant la saison 1990-91, le Stade Ruthénois (le club est devenu le RAF en 1993) a affronté l’Olympique de Marseille en demi-finale de la coupe de France, au Vélodrome (élimination 4-1) après des qualifications contre Metz (D1) et Sochaux (D1). Il était d’ailleurs dans les tribunes !
Il avait 14 ans, donc, et était sur le point de signer sa licence au club de la « grande ville » voisine, après des débuts à Onet-le-Château, la commune limitrophe. C’est dire si celui que l’on appelle « Greg » a les couleurs « sang et or » dans les veines.
« J’ai effectué mes débuts à l’Eveil Sportif des quatre saisons, du nom du quartier d’Onet, où j’ai grandi. Je suis parti à 15 ans à Rodez, où j’ai un peu tout vécu, tout connu. Ce club a marqué mon adolescence : j’ai vu la Division 2, j’étais au match en demi-finale de coupe de France en 1991 contre l’OM, puis j’ai vécu la descente aux enfer alors que j’étais encore licencié, le centre de formation a été déclassé. J’ai grandi dans ce club en crise, mais cela ne m’a pas empêché de prendre du plaisir, et cela m’a permis de « sortir » aussi, comme d’autres, Sylvain N’Diaye notamment. »
Avec Rodez, en 15 ans Nationaux, ses coéquipiers s’appellent Sylvain N’diaye et Olivier Monterrubio. Le début d’un joli parcours qui le conduira ensuite aux centre de formation des Girondins de Bordeaux à l’âge de 18 ans, puis au Stade Rennais (une saison), à l’AC Ajaccio (Ligue 2), Gueugnon (Ligue 2) avant de boucler la boucle, comme il dit, en 2005, à Rodez, en CFA (National 2).
Football et études en parallèle
Il n’a que 28 ans à son retour chez lui, en Aveyron (il est né à Rodez), mais ses blessures à répétition l’ont freiné et, surtout, il sait que son cursus universitaire peut l’aider dans sa reconversion, lui qui a toujours poursuivi des études en parallèle. « Poursuivre les études parallèlement avec le foot, c’était une volonté de mes parents, de ne jamais lâcher les deux. Il y a toujours eu ce double projet, foot et études, c’est pour ça que j’avais choisi Bordeaux au départ, parce que le club était organisé pour mener les deux projets à la fois. J’ai d’abord fait un cursus STAPS à Bordeaux puis à Rennes. Ensuite, j’ai fait un Master – ça s’appelait « maîtrise » à l’époque – et quand je suis rentré à Rodez, à 2005, j’ai fait un Master 2 à l’IAE de Toulouse (l’IAE est devenu le « Toulouse school of management ») en « Ingénierie et management des organisations sportives ». Enfin, j’ai passé un DU (diplôme universitaire) de manager général à l’université de Limoges. »

Limoges, où, il fait connaissance d’un certain Zinedine Zidane, étudiant comme lui ! On ne va pas refaire l’histoire ! Tout le monde la connaît déjà ! Véronique, l’épouse de Zizou, est originaire … d’Onet-le-Château, comme Gregory ! Puis le ballon d’Or 1998 devient actionnaire du RAF en 2012, quand le club était en CFA, et le fils, Enzo, portera plus tard le maillot du club en Ligue 2, saison 2021-2022.
Dans un emploi du temps hyper-chargé – « Le football est très chronophage » -, où il essaie de garder des moments en famille, « Mais ce n’est jamais assez, dit-il, heureusement, ils sont compréhensifs », Grégory (46 ans aujourd’hui) a tout de même trouvé le temps de nous consacrer un entretien. Presque un double exploit quand on sait que l’intéressé, discret mais aussi réfléchi, posé et un brin réservé, n’aime pas se mettre en avant : « Donner des interviews, ce n’est pas mon rôle, explique-t-il; le président est là pour ça, le coach est là pour parler de la partie technique. » Et ce matin, à l’heure du café plutôt qu’à l’heure du « 13 heures », Grégory est là pour parler de la partie « structuration » du RAF !
Interview : « A Rodez, on n’est jamais tranquille ! »
Avec 7 points d’avance sur le premier relégable le club est enfin plus tranquille aujourd’hui ?
On n’est jamais tranquille à Rodez, et c’est ce qui fait la beauté de ce projet. On a vécu des années tellement compliquées vers 2010, suite à notre descente en CFA (National 2). On a remonté un projet. Les gens se sont investis à fond. On a gardé notre identité. On est très attentifs aux gens qui sont venus partager cette aventure avec nous. On sait que cela deviendra de plus en plus compliqué, mais ce qu’il faudra, c’est laisser un héritage, quoi qu’il arrive, pour que ce passage en Ligue 2 puisse bénéficier au club dans les années futures.
En évoluant en Ligue 2, Rodez a-t-il atteint son plafond de verre ?
On est conscient de notre position de club. C’est pour ça que l’on arrive à s’en sortir justement. Car à Rodez, on a l’humilité de savoir qui on est, et c’est ce qui nous fait progresser. Maintenant, si on se maintient cette saison, et pour cela je pense qu’il nous faut encore 3 points, on sera dans un championnat de L2 encore plus difficile l’an prochain (avec les quatre descentes de Ligue 1 notamment). Ce sera comme une Ligue 1 bis. Sans être trop péjoratif, pour l’instant, je nous considère comme un club de National qui évolue en Ligue 2, et on joue contre des clubs de Ligue 1 : c’est pour cela qu’il faut relativiser certaines choses et rappeler aux gens de notre territoire, rappeler à nos supporters, à nos joueurs aussi, quelle est notre place. Il faut continuer à bosser.
Quid des travaux du stade Paul-Lignon ?
Il y aura quatre tribunes fin 2024 ! On est en train de faire un véritable petit stade à l’anglaise, qui ressemblera beaucoup à ce que sont les Aveyronnais, avec de la proximité, de l’humilité et un confort supérieur à notre ancien stade des années 80 ! La première phase, avec les trois tribunes, s’achève en juin 2024 et pour la quatrième tribune, celle derrière les buts, la terminaison est prévue fin 2024 : ça arrive vite ! On est actuellement à une jauge de 3263 places, en capacité : contre Saint-Etienne, samedi dernier, on était à guichets fermés ! C’est juste dommage que l’on n’ait pas pu placer les caméras dans l’autre sens, face à la tribune, mais ça, c’est à cause du chantier, et ce n’était pas possible. C’est quand même une fierté de pouvoir amener des équipes comme celles-ci, comme Saint-Etienne dans notre région, et des publics comme le leur aussi : on a pu voir la ferveur des supporters des Verts, tout le peuple vert et sa dimension.
Avec 7 points d’avance, le maintien en L2 est quasiment acquis, non ?
On s’est fixé une barre de 43 points à aller chercher, on en a 41. On a donc encore quelques points, sans doute 3, à prendre. Maintenant, c’est certain qu’on est mieux là qu’il y a quelques journées, mais on reste « très très » vigilant sur notre situation. Surtout que l’on doit encore se déplacer chez les deux premiers, au Havre (samedi) et aussi à Bordeaux.
Qu’est ce qui fait que Rodez a su remonter la pente en mars et en avril et inverser la tendance ?
Deux choses : tout d’abord, on a pris conscience de la difficulté dans laquelle on était. Ensuite, on a, malheureusement, une certaine expérience de jouer dans ce type de situation, de jouer le maintien, de lutter : ça nous a un peu aidé. Et Didier (Santini) le coach, malgré son inexpérience de la Ligue 2, a amené toute sa fraîcheur. Les joueurs ont adhéré et ont été récompensés finalement, même si la saison n’est pas terminée. Depuis qu’on est en Ligue 2, on fait de tout, on fait des départs canons et des arrivées faméliques, on fait des départs compliqués et des finaux « de fou » comme l’an passé … Cette saison, on aurait aimé vivre une saison plus tranquille, pour notre stratégie de club, mais cela n’a pas été possible.

A propos de Didier Santini, le choix de l’enrôler pour remplacer Laurent Peyrelade a pu surprendre, mais finalement, c’est une réussite…
Le pari sera réussi en cas de maintien. Ce choix a étonné le monde du football, peut-être, mais on cherchait un entraîneur avec de la fraîcheur et de l’envie, et Didier en avait, malgré son inexpérience du niveau Ligue 2. On sortait d’une très belle aventure avec Laurent (Peyrelade) qui reste un très grand technicien et un très grand entraîneur, et à qui on doit beaucoup, mais il arrivait à la fin d’un cycle et n’avait pas forcément l’énergie nécessaire pour cette saison. On s’est d’ailleurs longuement posé la question à la mi-saison… En fait, s’il n’y avait pas eu cette trêve internationale en novembre, on n’aurait pas fait ce changement, mais ce calendrier nous a permis de changer quelque chose. Peut-être qu’on aurait réussi avec Laurent, mais il fallait prendre une décision, et on l’a prise juste avant la trêve, d’ailleurs. J’espère qu’on réussira avec Didier.
Se séparer de Laurent Peyrelade a dû être un crève-coeur…
Oui, quand tu as vécu 7 ans avec quelqu’un, et passé autant de bons moments, humainement, on s’attache. Je lui souhaite de retrouver un beau projet, il a en tout cas toutes les qualités pour entraîneur au haut niveau, il le mérite. Mais au bout d’un moment, une certaine lassitude s’est installée au niveau du groupe, le discours passait plus ou moins bien, et quand tu es dans la difficulté, tu n’as pas forcément l’énergie nécessaire pour le faire passer. On a choisi de changer et cela a été extrêmement douloureux comme décision, contrairement à l’impression que cela a donné de l’extérieur, et après ça, il a fallu vite se remobiliser, et on y est parvenu.
Comment décrirais-tu le RAF de l’extérieur ?
C’est un club atypique, avec des valeurs humaines au centre du projet. Tous les gens qui sont passés par notre club, qui l’ont côtoyé, ont senti cette humanité chez nous, à l’image de notre territoire. A Rodez, on est des laborieux, on a une grande passion pour le travail, et c’est grâce à ce travail que, du coup, on est récompensés.
Et sur un plan personnel, qu’est-ce qui te plaît au RAF ?
A Rodez, on n’a jamais trop su où se situer, on est enclavé, on se bat toujours pour savoir si on est au nord de l’Occitanie ou au sud du massif central. Ces deux dernières saisons ont permis de situer Rodez et l’Aveyron sur la carte de France ! On est un club territorial et on a une grande fierté à défendre ce territoire, c’est notre force au quotidien.
L’avenir du club, c’est de l’installer en Ligue 2 ou, pourquoi, de rêver un jour à la Ligue 1 ?
La Ligue 1, c’est mon président qui en rêve tous les jours, et j’ai beau être un doux rêveur, je suis aussi un cartésien. S’il y a la Ligue 1 un jour, cela passera forcément par le travail. Là, pour l’instant, on va avoir un bel outil, qui va nous aider dans notre développement. Et on a aussi d’autres chantiers, comme le centre d’entraînement et de formation : pour l’heure, on est dans la phase du foncier. Ce projet est en genèse. On voit bien que l’on n’est pas encore au bout du projet. Notre passage en Ligue 2 nous donne quelques années d’avance sur notre plan de marche, et j’espère que l’on en tirera un plein usage. Après, pour la Ligue 1, rien n’est impossible dans le football. Le modèle de Guingamp et d’Auxerre l’ont prouvé. C’est pour ça que dans un coin de notre tête, on peut toujours y penser.
Tu es manager du club depuis 2011 : qu’est-ce qui te plaît dans cette fonction ?
C’est le management de projet, en l’occurrence celui d’un projet territorial, où on touche à tout, pas seulement au domaine sportif. Souvent, on m’appelle « directeur sportif » plutôt que « manager », surtout depuis que l’on joue en pro, mais ma construction de carrière est quand même celle d’un manager général. Il y a beaucoup de travail administratif et de développement de club, des projets, de la gestion des ressources humaines, c’est passionnant. Cela demande beaucoup d’énergie, et j’en ai encore beaucoup à revendre, mais parfois, c’est compliqué comme job !
Sur ton CV, on constate que tu as aussi été entraîneur de Rodez…
Oui ! J’ai mon DES, je peux entraîner jusqu’en N2. J’ai fait deux fois le pompier de service à Rodez, en CFA, pour le bien du club ! D’ailleurs, j’ai un bilan plutôt flatteur (11 matchs, 6 victoires, 2 nuls et 3 défaites) (rires) ! C’était après Franck (Plenecassagne, aujourd’hui directeur du football du RAF) je crois et après Rui Pataca.
Entraîner est donc une corde de plus à ton arc : cela ne te convient pas , ce job ?
J’ai toujours aimé l’entraînement, la compétition, le management de la compétition, c’est super intéressant. Je regarde beaucoup les entraîneurs de haut niveau, leur comportement, leur attitudes, ça me plaît énormément. J’aime les entraîneurs précis et distants. J’aime quand, dans leur discours, y’a jamais d’euphorie ou de panique. J’aime ces entraîneurs qui restent « stables », j’aime aussi ceux qui sont chauds sur le bord du terrain, qui sont passionnés. J’écoute aussi leurs conférences de presse et j’aime cette vision qu’ils ont de rester très cartésiens quant à la possibilité de gagner ou de perdre un match. J’aime quand ils ont du recul, en fait. Quant à moi, après ma carrière de joueur, je ne voulais pas reprendre mon baluchon, et l’aspect terrain au quotidien ne m’a pas attiré.
Gregory Ursule, du tac au tac

Ton meilleur souvenir sportif de joueur ?
J’en ai deux : la montée en Ligue 1 avec l’AC Ajaccio et le 8e de finale de coupe de France, remporté face au PSG, en 2009.
Meilleur souvenir de dirigeant ?
Le match de la montée en Ligue 2 avec Rodez contre Boulogne-sur-Mer, c’était l’aboutissement d’un projet. C’était incroyable. Surtout qu’au début de saison, on ne pensait pas en arriver là !
Pire souvenir de joueur ?
Joueur, c’est l’année où j’arrête ma carrière, en 2011, on descend de National en CFA. C’était une saison compliquée, avec un championnat à 21 équipes, on a sombré.
Pire souvenir de dirigeant ?
Notre descente sportive en CFA en 2015, on perd à Marignane à l’avant-dernière journée, et derrière, il y avait une autre journée, mais on était exempt… Mais on s’est maintenu administrativement car on a été repêché.
As-tu déjà marqué des buts ?
Très peu ! Mais j’en ai mis un notamment avec Rodez contre Fréjus, on me le ressort à chaque fois que c’est mon anniversaire (rires) ! Je pense que c’est mon plus beau but !
Ci-dessous, le but de Grégory Ursule contre Fréjus.
Pourquoi as-tu choisi d’être footballeur ?
Petit, à l’école, j’avais répondu « footballeur » à la question « quel métier voulez-vous exercer ? » et l’institutrice m’a dit que ce n’était pas un métier, qu’il fallait que je mette autre chose, alors j’ai copié sur mon voisin qui a mis « polytechnicien », je ne savais pas ce que ça voulait dire, alors bon… J’ai toujours voulu être footballeur, c’était ma passion, et j’ai rencontré à Font-Romeu Jean Tigana, en 1986 je crois, lors d’un stage de préparation au Mondial de l’équipe de France. Tigana m’avait touché les cheveux, je ne me les suis pas lavés pendant 15 jours ! J’ai porté le numéro 14 ensuite, dès que j’ai pu, pendant ma carrière.
Ton geste technique préféré ?
Une transversale à une touche. J’aimais bien casser les lignes, jouer à une touche. Comme je n’avais pas de qualité athlétique ou d’explosivité, il fallait que je vois plus vite que les autres.
Qualités et défauts selon toi sur un terrain ?
Mes qualités, c’était mon volume de jeu, je récupérais beaucoup de ballons, j’étais un leader, dans l’engagement notamment. Mes défauts, techniquement, je n’ai jamais été un as, je n’étais pas très rapide non plus, je manquais d’explosivité.
La saison sportive durant laquelle tu as pris le plus de plaisir ?
C’était pendant ma formation aux Girondins de Bordeaux, c’était des années d’insouciance, on avait gagné la coupe d’Aquitaine et on avait eu le privilège de partir à La Réunion et à l’Île Maurice. Il y avait des joueurs comme Bruno Da Rocha, Kaba Diawara, Kodjo Afanou, Cédric Ancelin, Sylvain Ndiaye, avec moi.
Sur ton CV, figurent deux saisons comme joueur à Gueugnon en Ligue 2…
Oui, j’ai été prêté deux fois à Gueugnon, par Ajaccio, je revenais de blessure à chaque fois. A Gueugnon, j’ai vécu des aventures humaines incroyables. Je ne savais pas si je pourrais rejouer au foot à l’époque. J’ai eu Albert Cartier la première année, il y avait aussi avec Xavier Becas et Fabrice Levrat avec moi, nous venions d’Ajaccio. La 2e année, c’était Thierry Froger le coach. On a rempli deux fois le défi de se sauver ! Quand je regarde mon parcours, je ne suis pas étonné d’être passé dans ce club, familial, qui ressemble à ce qu’est Rodez aujourd’hui, enclavé dans la campagne, dans un milieu rural, avec des gens qui tiennent le club à bout de bras. Gueugnon, c’était exceptionnel. J’y ai retrouvé le football dans lequel j’avais grandi. Je me retrouvais énormément dans ce club.
Une erreur de casting dans ta carrière ?

Bien malgré moi, quand je suis parti au Stade Rennais en 1998-99 : ce club m’aurait correspondu s’il était resté ce qu’il était à mon arrivée, à une époque où il faisait souvent l’ascenseur entre la D1 et la D2, sauf que j’ai été recruté avant que François Pinault ne rachète le club qui a pris tout de site une autre dimension avec un gros recrutement international, dont Shabani Nonda, y’avait des super-joueurs. Je suis arrivé dans un club où je n’étais pas forcément désiré, mais je ne leur en veux absolument pas. Du coup, je n’ai pas joué. Seulement en réserve. J’ai quand même passé une super année, et j’ai mêlée cette saison avec mes études, que j’ai pu poursuivre.
Le club où tu aurais rêvé de jouer dans tes rêves les plus fous ?
Le Bayern de Munich, de par ma formation, car j’étais germanophone dans mes études. J’adorais partir en Allemagne. J’adore la culture de ce pays, et celle du Bayern.
Du coup, cette culture allemande, tu t’en sers au quotidien au RAF ?
Je m’en sers, oui, car je suis un besogneux, un laborieux, et j’ai la culture du travail. Quand tu n’as pas de talent, tu es obligé de compenser par le travail, et c’est justement ce qui correspond à l’ADN du club.

Une idole de jeunesse ?
Jeannot Tigana. Même type de poste, même type de profil physiologique… J’adorais son jeu et puis il y a le afit aussi qu’il soit métissé : son époque était celle de l’arrivée de joueurs de couleur dans le football. Je me suis beaucoup identifié à lui.
Un coéquipier marquant ?
A l’AC Ajaccio, Samba Ndiaye. Il faisait des gestes en compétition que je n’aurais jamais imaginé que l’on puisse faire ! Il avait des qualités au-dessus des autres. Sinon, j’ai eu la chance pendant mon passage à Bordeaux de côtoyer des grands joueurs, Dugarry, Zizou, Lizarazu, avec parcimonie.
Le coéquipier avec qui tu avais le meilleur feeling sur le terrain ?
Cyril Granon à Ajaccio. Je m’entendais bien également avec « Toto » Squillaci, mais là c’était plus sur les coups de pied arrêtés. Dans ma 2e vie de footballeur, puisque c’est comme ça que j’appelle ma carrière à mon retour Rodez, je m’entendais bien avec Freddy Castanier.
Un coéquipier perdu de vue que vous aimeriez revoir ?
David Jaureguiberry, à Ajaccio.
Un coach perdu de vue que tu aimerais bien revoir ?
Gernot Rohr (Bordeaux).
Un président qui t’a marqué ?
Michel Moretti à l’AC Ajaccio.
Un coach que tu n’as pas forcément envie de revoir ?
Aucun en particulier. Ils m’ont tous appris quelque chose. Même dans l’échec. Par exemple, je pourrais avoir de l’amertume envers Paul Le Guen et Yves Colleu, à Rennes, car je n’ai pas joué, mais avec le recul, je me dis que si je n’ai pas joué, justement, c’est parce que je n’avais pas le niveau. Je n’ai joué qu’en réserve cette saison-là.
Le stade qui t’a procuré le plus d’émotion ?
Geoffroy-Guichard à Saint-Etienne.
Des rituels, des tocs ?
Oui, j aimais bien faire un échauffement particulier avant les matchs. Je m’échauffais seul. Je faisais mes longueurs, j’aimais bien prendre le pouls du stade, le volume, l’environnement, et je mettais aussi des « sous-shorts » fétiches.
Une devise ?
Carpe diem.
Ce qui t’a manqué pour jouer en Ligue 1 ?
Un peu de talent, et moins de blessures. J’ai été beaucoup freiné par les blessures, j’ai eu deux fois les croisés, une double fracture tibia-péroné, une rupture du talon d’Achille… J’aurais pu faire une carrière en Ligue 1 dans des clubs de milieux de tableau si j’avais été épargné, j’avais quand même ce côté leadership sur le terrain.
Un match de légende selon toi ?
Bayen-Manchester, en finale de la Ligue des Champions en 1999 (2-1), avec les deux buts dans le temps additionnel de Manchester, dont celui de Solskjaer à la dernière minute !
Tu étais un joueur plutôt…
Rugueux.
Tu es un dirigeant plutôt…
Cartésien.
Le milieu du foot en deux mots ?
Passionnant et chronophage.
Texte : Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr et contact@13heuresfoot.fr / Twitter : @BOYERANTHONY06 et @13heuresfoot
Photos : Rodez Aveyron Football – Cédric Méravilles
Fabien Lemoine n’est pas prêt d’oublier son dernier été. « J’ai vécu plusieurs semaines compliquées. C’était tempête dans ma tête », se souvient-il. A 35 ans et après une saison tronquée par une blessure à un mollet avec Lorient (21 matches de L1, 13 titularisations), le milieu de terrain à la chevelure grisonnante espérait prolonger le plaisir en L1 dans un rôle différent de « complément ».
Pour s’engager le 12 septembre 2022 avec l’ambitieux promu yvelinois, il a néanmoins dû effectuer des concessions sur le plan familial. Il s’est installé seul à Versailles, laissant sa famille en Bretagne. « J’ai fui les problèmes quotidiens pour finir ma petite aventure ici, à Versailles. Il y a le téléphone, mais avec trois enfants de 7 à 13 ans, la gestion du quotidien n’est pas toujours facile. Ce n’est jamais simple de vivre comme ça, surtout qu’on n’y était pas habitué. J’ai la chance que ma femme me laisse la possibilité d’essayer ce mode de vie pour me permettre d’être comme je pense être le mieux possible mentalement. C’est un sacrifice. Je rentre tous les week-ends, c’est pour ça que quand nos matchs sont programmés le lundi, comme souvent ces derniers temps, ça me fait vraiment ch… »
« C’est forcément différent de ce que j’ai connu, sourit-il. Mais ça fait presque huit mois que je suis là, et aussi bien sportivement que humainement, je n’ai jamais regretté mon choix de venir à Versailles. Je suis en National pour l’amour du foot, l’adrénaline et les émotions qu’il provoque. »
Depuis ses débuts à Rennes, puis à Saint-Etienne et Lorient, Fabien Lemoine a toujours véhiculé l’image d’un joueur d’abord axé sur le collectif. Sur le terrain, il n’a jamais rien lâché. « C’est ça qui me rend le plus fier. J’ai réussi à durer en optimisant mes qualités intrinsèques de base qui n’étaient pas fantastiques. Ce n’est pas que je me dénigre. Mais j’ai compris rapidement qu’il fallait que je donne toujours plus pour pouvoir jouer. Je n’ai jamais été le joueur à avoir des notes de 8 ou des 9 dans les journaux. Mais des 2 ou 3, non plus. J’étais fiable, régulier et j’ai toujours réussi à m’intégrer dans un collectif. Des joueurs comme moi, il en faut deux ou trois dans une équipe. »
Sa carrière aurait pu néanmoins pu brutalement s’arrêter en août 2010. Lors d’un match Nancy – Rennes, il est victime d’un gros choc qui lui a causé l’ablation du rein droit. Cet accident revient inévitablement lorsqu’on évoque son nom.
« Mon naturel est vite revenu. Je suis passé à côté d’un gros malheur. Au début, j’étais cramé en faisant 10 minutes de vélo. Quand je reviens en Ligue 1, je fais une passe décisive contre Valenciennes. Là, je me suis dit, c’est bon, c’est reparti. Et le match suivant, l’entraîneur Frédéric Antonetti me laisse sur le banc à Caen. Je me mets en colère. Antonetti me dit, « Comment tu peux te mettre dans un état pareil ? Tu as vu d’où tu reviens et tu fais la gueule parce que je te mets sur le banc « ? Le coach pensait que je n’étais pas revenu à 100 % alors que moi je pensais le contraire. Sur mon lit d’hôpital, j’étais capable de relativiser mais en retrouvant les terrains, je n’étais plus lucide, je croyais retrouver ma place comme ça… Il m’a fallu quelques semaines pour comprendre que ça n’allait pas se passer comme ça ! »
A Versailles, qui conserve encore une infime chance de monter en L2, Fabien Lemoine s’était engagé pour un an. Il n’a pas encore décidé pour la suite. « Je pense déjà à finir le mieux possible individuellement et collectivement cette saison. Je prends beaucoup de plaisir et je suis très épanoui dans ce que je fais. Mais je devrai tenir compte des attentes du club, de la direction à mon égard, de ma situation personnelle. J’ai fait un an séparé, loin de ma famille. Est-ce qu’on est prêt à repartir dans ces conditions ? »
Votre meilleur souvenir ?
L’entraîneur qui vous a le plus marqué ?
Dans tous les clubs que j’ai fait, il n’y en pas un où je ne me suis pas senti bien, que ce soit sur le plan professionnel que personnel. Rennes, c’était mes débuts, c’était mon club, celui de ma ville car je viens de Fougères. Tout était simple. A Saint-Etienne, j’ai adoré le club, le stade, les gens… J’ai adoré la mentalité du Forez. Et Lorient, c’est le must au niveau du cadre de vie. J’ai adoré le cadre. J’ai posé mes valises là-bas. C’est là que je vais vivre.
Deux mots, c’est court… Je vais développer un peu (sourire). Ok, le foot c’est un business, une industrie où il y a de l’argent. Mais c’est aussi beaucoup de passion et d’adrénaline. Chaque semaine, ton club, tes joueurs changent de gap. On peut aussi changer de stratégie en cours de saison. Dans le foot, tu es toujours sur le qui-vive. L’adrénaline est toujours liée au résultat. Dans le foot, les hommes changent d’une semaine à l’autre en fonction de ta locomotive qui est l’équipe pro. Tu prends 4-0 le samedi, tu arrives le lundi, tout le monde est dépressif… Nous, en tant que joueur, on a le meilleur rôle. On est acteur, on est toujours proche du sportif. Quand tu es joueur, tu te remets en question, tu te demandes juste « Est-ce que le week-end prochain, je serai titulaire ou non ? » C’est tout. Pour un entraîneur ou un salarié du club, c’est plus compliqué. Un salarié va dépendre de nos résultats. Lui, il n’est pas acteur, il peut juste espérer que les joueurs feront leur travail sur le terrain. Emotionnellement et humainement parlant, je trouve que c’est énorme.


Président, quel sentiment prédomine après ce 0-0 face à Nancy ?
Quels sont vos motifs d’espoir pour cette fin de saison ?
C’est vrai que Concarneau vous a battu trois fois cette saison, avec la coupe…
Président, directeurs sportif, entraîneur de la réserve, chef d’entreprise : vous faites comment pour travailler autant ?
Oui, et il faut le gagner celui-là ! Il faut tous les gagner, parce qu’avec l’équipe II, on est aussi en mode commando. La réserve, c’est aussi mon dada et c’est mon équipe. Je sais que les gens sont focus sur l’équipe de National, et c’est normal, alors ils oublient un peu l’équipe de N3, où dans notre championnat, cette saison, on a 14 équipes et 5 descentes ! Soit plus d’un tiers qui descend ! C’est pire qu’en National !
Bien sûr ! On échange beaucoup. Le fait d’avoir un effectif de National avec des blessés et des suspendus fait qu’il vient régulièrement piocher dans le mien pour ses séances d’entraînement. Ce qui lui permet d’avoir une vision globale sur les joueurs du club aussi. D’ailleurs, il y a des joueurs de mon groupe qui ont basculé dans le groupe National. Karim voit tous les matchs de N3, « physiquement » ou en vidéo, puisqu’on les filme tous. C’est ce qui m’intéresse dans cette relation président-coach ou pour le coup, là, coach-coach, c’est qu’on puisse échanger et savoir qui on peut faire évoluer, dans l’intérêt du club. On a deux challenges à gérer, donc on échange sur les meilleures possibilités, les redescentes du banc, pour essayer de maintenir les deux équipes.
Ce club, Saint-Brieuc, vous l’avez dans les tripes, n’est-ce pas ?
Oui, parce que c’était il y a plus de 25 ans et que le foot a bien changé depuis. Même si on était pro, on avait un fonctionnement « amateur », mais c’est ce qui faisait notre force, et c’est ce que j’essaie de cultiver aussi aujourd’hui. Alors bien sûr, il faut se professionnaliser, il faut tendre vers l’excellence, mais aussi garder cet état d’esprit et ne jamais perdre de vue que ça ne reste que du football. Le partage de valeurs, la solidarité, l’état d’esprit de ne jamais se laisser abattre, tout ça est hyper important et c’est ce qui fait que l’on a performé ces dernières années. On a réussi à cultiver ça, malgré nos contraintes financières, nos infrastructures et tout le retard accumulé ces dernières années. On a grimpé les échelons très vite, donc forcément, tout ce qui relève du domaine structurel n’est pas allé aussi vite.
Aujourd’hui, reste-t-il d’anciens pros de cette époque au club ? D’anciens dirigeants ou bénévoles ?
Elles nous soutiennent, même si, forcément, on en veut toujours plus, mais on part de très loin car peu de choses ont été faites depuis 20 ou 30 ans. J’ai bien conscience de leur contrainte. Avec elles, l’idée est d’être constructif. Le problème, c’est que ce sont souvent les résultats sportifs qui entraînent une évolution ou un investissement sur les infrastructures. Cela va souvent de paire. Anticiper, c’est mieux, mais cela n’arrive pas souvent.
Joueur, Julien Outrebon préférait tuer le temps pendant les déplacements en bus ou en avion avec un bon bouquin plutôt que de regarder une série, comme le font la plupart des joueurs d’aujourd’hui. Pas n’importe quel type de bouquin : en général, le sujet concernait le management sportif ou la préparation mentale chez le sportif de haut niveau. Des thèmes à la mode, qui l’ont toujours intéressé. « Oui, je lis beaucoup de biographie de coachs, qui parlent de leur expérience, raconte le natif d’Epernay (Marne). C’est vrai que la préparation mentale est quelque chose de très important dans le foot. Je m’y intéresse beaucoup. C’est même primordial. Je pense que c’est une des facettes du métier d’entraîneur aujourd’hui, et que c’est indispensable d’avoir quelques « billes », de se former sur ce sujet. J’ai encore des progrès à faire dans ce domaine, comme sur le domaine du management. C’est important d’avoir le ressenti des joueurs, de les comprendre. »
Le bientôt quadra – il fêtera ses 40 ans en juin – a stoppé sa carrière pro voilà 6 ans maintenant. Elle avait commencé à l’ASPTT d’Amiens en débutants et surtout à l’Amiens SC, des poussins jusqu’en Ligue 2, pour s’achever à Luzenac.
Après Paris FC, direction Lorient, où il retrouve celui qui l’avait coaché à Luzenac puis à Amiens en National, la saison suivante, Christophe Pélissier : « Avec Christophe, on n’a jamais coupé le lien. On est toujours resté en contact. Même encore aujourd’hui. Je suis allé en stage d’observation récemment à Auxerre, où il est entraîneur depuis quelques mois, en Ligue 1. Et aussi à Guingamp. »
S »il apprécie ce nouveau travail en sélection, différent, Julien, qui a aussi joué à Cherbourg, Sannois-Saint-Gratien, Fréjus et Créteil en National, aspire cependant à retrouver une vie de club au quotidien et, pourquoi pas, se lancer comme numéro 1 : « C’est vrai que j’envisage de prendre une équipe, cela va faire 6 ans maintenant que je suis dans un staff, d’ailleurs, j’envisage de passer mon BEPF même si je sais qu’il y a beaucoup de postulants et peu d’élus. Après, pourquoi ne pas aussi réintégrer un staff technique dans un club professionnel, en Ligue 1 ou en Ligue 2 ? En fait, c’est ça l’idée, être adjoint ou prendre une équipe, un club de National 2 par exemple, ce serait idéal, histoire de mettre les deux pieds dedans ! »

L’erreur de casting ?
Le coéquipier avec lequel tu avais ou tu as le meilleur feeling sur le terrain ?
« Je me suis rendu sur un match de Régional 3 il y quelques semaines, et ça m’a bluffé de voir les gens dans les tribunes connectés sur le site. Il y avait des jeunes, mais aussi des personnes de 70-80 ans, rembobine-t-il. A la mi-temps, le speaker a annoncé les résultats du groupe de R3 en direct, comme il le ferait à la pause d’un match de Ligue 1 ou Ligue 2 ! »
« Les clubs ont la main sur leur match et mettent à jour instantanément. Les scores de certains matchs ne sont pas renseignés sur le site alors soit les membres du club m’envoient un SMS avec les infos pour que j’actualise, soit je rentre moi-même les résultats manquants. Le dimanche soir, je peux finir à minuit voire une heure du matin. Un joueur que j’ai croisé récemment pensait qu’on était une dizaine à s’occuper du site » se marrerait presque la pieuvre.
« Le dimanche, ce n’est plus mon site, c’est celui des clubs, ils se l’approprient. Et c’est ça le succès. Je n’en retire pas de fierté, soutient-il. Mon plaisir, c’est d’avoir les retours des clubs, comprendre que j’ai créé un outil important pour eux qui valorise leurs joueurs et leurs structures. En quelque sorte, c’est un site d’utilité publique. ».
Mais s’il a toujours véhiculé cette caractéristique depuis le lancement de son site il y a maintenant 13 ans, cela ne fait que depuis 2018 qu’il a pu en tirer le bénéfice financier. Car si Newsouest a désormais la côte en Bretagne, ce n’était pas forcément le but recherché à la base par le Sud Finistérien de 43 ans qui réside à Plomelin.
Et c’est donc en suivant son envie, qu’il a monté le projet, sans particulièrement fixer de cap. « Je partais d’abord avec l’idée de faire quelque chose qui me plaisait sur la période sans emploi. Au début c’était plus une passion qu’une activité, surtout que je partais de zéro. Chaque jour je repartais d’une feuille blanche. Et puis ça m’a plu le premier jour, puis le lendemain, puis la semaine, 2 ans … Et ça va faire 15 ans. »
Dans le même temps, il a aussi vécu un événement qu’aucun club n’est parvenu à réaliser : enchaîner une série de 13 victoires de rang, sans encaisser le moindre but. C’était entre la J1 et la J13 de la saison 2019-2020, en N2, celle-là même qui allait s’arrêter net un soir de mars, le jeudi 12 pour être précis, sur décision de la FFF. Insuffisant cependant pour remonter puisque c’est le Sporting-club de Bastia qui était, à ce moment-là, en tête, à 9 journées de la fin.
A 39 ans, Julien Fernandez entame sa 7e saison au club, sa 6e vraiment pleine : « Je suis arrivé le 22 octobre 2016, en cours de saison » raconte le natif de Fréjus, la ville où il a rencontré un certain Marc Dubois, président-actionnaire du CSSA depuis son rachat à l’été 2013, et qui réside dans le Var, à Saint-Raphaël.


Très vite, il se projette. Au point que l’histoire dure depuis six ans et demi aujourd’hui. » Je me suis imprégné du club et de ses valeurs, raconte celui qui a appris à aimer le CSSA, qu’il qualifie « d’atypique » : « Oui, Sedan est un club atypique car pour moi, en France, hormis Lens, Marseille, Saint-Etienne et Bastia, aucun autre club n’est aussi identitaire et populaire. Et j’insiste sur ces deux mots. Etre salarié du CSSA, c’est se voir confier une mission. Personnellement, j’ai appris chaque jour un peu plus sur l’histoire du club, de la ville, du département, de la région. D’ailleurs, dès 2018, j’ai mis quelque chose en place qui perdure : à chaque début de saison, pendant la préparation, j’organise une réunion avec les joueurs et le staff et on leur montre, au travers d’un reportage vidéo, notamment celui des “Ardents Sedanais”, toute l’histoire du club, de la ville et du département, la guerre, les épopées, afin qu’ils comprennent le contexte, qu’ils connaissent l’histoire, parce que, contrairement à d’autres clubs, et sans leur manquer de respect, ici il y a quelque chose de lourd et d’important. Et si tu n’a pas conscience de cela, c’est dur de porter le maillot après… A partir du moment où tu as vraiment travaillé pour ce club et tout donné avec le coeur et humilité, tu restes marqué à vie. »





S’il est, aujourd’hui, un des attaquants de National 2 les plus côtés, rien n’a pourtant été facile pour lui. Une fin difficile au SC Bastia, un échec à Tours, une longue blessure qui l’avait fait se diriger vers la vie active en parallèle des matchs de N3 avec le Gallia Lucciana, avant le rebond inespéré à Granville, puis encore une aventure inachevée avec Versailles… Avec sincérité et sans concession sur ses erreurs, le Corse a raconté son parcours loin d’être rectiligne pour 13heuresFoot.











De Libreville à Granville en passant par la région parisienne, l’itinéraire de Brimau-Kevan Nziengui Nziengui a été souvent parsemé d’embûches. Mais il s’est accroché. « Comme beaucoup, j’ai commencé à jouer à 6 ans dans la rue. Mon père travaillait dans une société de ciment et ma mère dans la cuisine. Ça allait, on se débrouillait. »
A l’issue de cette saison au Bourget, Brimau rejoint Versailles à l’été 2018, un peu par hasard. « C’était au mois de juin, pendant la période des détections. J’avais un ami qui allait passer un essai avec la réserve de Versailles. Il m’a dit, « tu n’as qu’à venir avec moi »… Lors de la détection, j’ai tapé dans l’oeil de Vincent Mayuma, l’entraineur de la réserve de Versailles. Il a demandé à Youssef Chibhi, l’entraineur de l’équipe première, de venir me voir. Il m’a intégré à l’effectif de la N3 pour la reprise. » Il a alors 17 ans et effectue plusieurs apparitions en équipe première. « J’ai réussi à gratter du temps de jeu, je progressais, j’étais content. »
Après ce faux-départ au Paris FC, il revient donc à Versailles. Sur le terrain, tout se passe bien. Il s’impose petit à petit comme titulaire et Versailles est promu en National 2 après l’arrêt des championnats lors du premier confinement, au printemps 2020.
Avec le recul, Nziengui fait son mea-culpa sur cette période : « J’ai été indiscipliné, j’ai été trop pressé, pas assez patient. Mais je revenais de blessure et je ne jouais pas. Le club avait fait un recrutement un peu XXL mais le coach m’avait dit qu’il comptait quand même sur moi. Mais dans la réalité, ce n’est pas ça qui s’est passé. Donc ça m’a énervé. J’ai fait des trucs cons, je boudais, j’arrivais en retard aux entrainements…» En septembre 2021, il finit par résilier son contrat.
Le nouveau binôme à la tête de l’US Granville lui redonne du temps de jeu en février. Et preuve que les choses ont bien changé, il peut rejoindre, cette fois sans psychodrame, sa sélection du Gabon U23 pour les deux matchs éliminatoires à la CAN de la catégorie qui se déroulera à partir du 24 juin au Maroc.
Première fois dans un stade comme spectateur ?
Une manie, une superstition ?
Le joueur le plus fort avec qui vous avez joué ?
Le président qui vous a marqué ?
En revanche, avec Christophe Celdran, on est d’accord sur une chose évidente : la saison est folle ! Folle parce que les quatre équipes de tête étaient encore ex aequo avant la 23e journée, et qu’elles se tiennent aujourd’hui en 3 points avant la 24e !
Et sportivement, êtes-vous dans les clous ?
L’équipe fanion est leader avec 2 points d’avance sur Grasse avant le choc de ce week-end (samedi 15 avril à 18h) : vous attendiez-vous à cela ?
Vous disiez que ce championnat de N2 était fou…
Le club a passé une saison en National en 2018-2019 mais après une bonne première partie de championnat, il s’était écroulé après la trêve : qu’avait-il manqué à l’époque pour se maintenir ?
La Ligue 2 pourrait-elle, à termes, être envisagée ?
Comment fonctionnez-vous avec les trois autres présidents ?

Vous avez quand même un certain parcours et pedigree en France. Après Cannes, il y a eu le Paris FC en National et Laval en Ligue 2.
C’est drôle, car quand on regarde votre parcours, il y a une forme de linéarité. Mais le National à l’époque, ce n’était donc pas un temps de passage ? Vous êtes dans l’équipe type du championnat une année, quand même !
Merci pour la passe décisive ! Vous faites en effet le choix de partir en Allemagne, au Dynamo de Dresde, en D2. Pourquoi, alors que vous aviez des touches en L1 ?
La dernière journée de L2 avec Laval, on va à Clermont, et là un joueur de Dresde, Romain Brégerie, qui est devenu un très bon ami, m’appelle à l’hôtel la veille. Il me dit : « Voilà, ils m’ont dit de t’appeler, je voulais juste te dire ce qui t’attend si tu signes ici, même si c’est toi qui choisiras à la fin ». Mais je ne me voyais pas encore passer ce cap de l’étranger, car je voulais jouer en Ligue 1.
Comment se sont passés ces premiers mois en Allemagne ?
A Dresde, vous appréhendez ce football allemand, et y restez deux saisons. Avant de passer un nouveau cap à Bochum.
Désormais, vous êtes une légende du club (il rit). Neuf ans au VFL, une montée en Bundesliga comme capitaine. Une aventure sportive et humaine qui vous marquera à vie on imagine.
Le maintien est en vue en plus, cette année encore. Ca doit être un rêve éveillé de jouer en Bundesliga.
Votre parcours est finalement bluffant, du National en France à la Bundesliga en Allemagne, à jouer contre le Bayern, Dortmund ou Leverkusen : qu’est-ce que ça vous inspire ?
C’est vrai qu’on n’en a absolument pas parlé, mais vous avez 37 ans ! Quelle longévité…
Meilleur souvenir ?