En mai 2018, le milieu de terrain était le capitaine des Herbiers, finaliste de la Coupe de France contre le PSG. Six ans plus tard, sous les mêmes couleurs (rouge et noir), il a été l’un des acteurs majeurs de la remontée de Boulogne-sur-Mer, en National.
Par Jean-Michel Rouet / Photos Philippe Le Brech

Personne n’a oublié la scène et cette photo entrée dans la légende de la Coupe de France : nous sommes le 8 mai 2018, et, dans la corbeille du Stade de France, Sébastien Flochon, capitaine du Vendée Herbiers Football, brandit le trophée en même temps que Thiago Silva, capitaine du PSG, qui rend ainsi hommage à l’héroïque résistance du club de National (2-0 pour le PSG).
Dans L’Equipe, il hérite même de la meilleure note de sa formation (7/10) pour sa prestation au milieu du terrain face aux Adrien Rabiot ou Thiago Motta. Au terme d’un parcours incroyable (éliminations d’Auxerre, Lens, Chambly), Les Herbiers renvoient une image magnifique du troisième échelon du football français. Un troisième échelon que vient juste de retrouver l’US Boulogne-Côte d’Opale, un autre club en rouge et noir, champion du groupe C de N2, dont l’un des leaders s’appelle … Sébastien Flochon, 31 ans désormais et le plus expérimenté de la bande (37 matches de Ligue 2, 116 matches de National).
Pourtant, le milieu relayeur n’est ni vendéen, ni nordiste, mais un Lyonnais pur jus (d’ascendance sarde par sa mère) qui a toujours l’OL dans le sang. Récit d’un battant à la trajectoire parfois en dents de scie, mais avec heureusement beaucoup plus de joies que de peines.
Douze ans à l’Olympique Lyonnais

Sébastien Flochon a tapé ses premiers ballons à l’âge de 6 ans, au FC Ménival, club de quartier du 5e arrondissement de Lyon. Le club aussi de Karim Mokeddem, l’actuel entraîneur d’Orléans. « J’ai toujours des liens là-bas, j’y retourne dès que je rends visite à ma famille, explique Flochon. Le FC Ménival, c’est aussi un peu ma famille, avec un président formidable. C’est un club qui fait honneur au football ».
Au FC Ménival, Flochon joue en débutants avec son ami d’enfance, le futur champion du monde Samuel Umtiti. Ce sont les surdoués u club et, en poussins, tous les deux sont recrutés par l’Olympique Lyonnais. « C’était le grand OL, rappelle Flochon, celui multi champion de France, demi finaliste de la Ligue des Champions, l’OL de Juninho qui faisait rêver tous les gamins de Lyon. Mon père m’emmenait à tous les matches à Gerland. C’était magnifique. »
Sébastien Flochon restera 12 ans à l’Olympique Lyonnais, des poussins à l’équipe réserve en CFA (N2 aujourd’hui). Il est de la génération 1993, celle des Nabil Fekir, Alassane Plea et Samuel Umtiti, donc. Mais il jouera aussi avec ses jeunes aînés, Alexandre Lacazette ou Anthony Lopes. « J’ai fait toutes les catégories jusqu’aux seniors, souvent avec le brassard de capitaine, et on a notamment gagné en 2011 le championnat de France des réserves qui existait encore. »

Il dispose alors d’un contrat stagiaire. Mais il ne signera jamais pro à Lyon. Il raconte : « Ce fut un traumatisme, j’étais l’enfant du club, j’étais tout près, mais je suis resté à la porte. Je pense qu’on aurait pu me faire signer un an, pour voir… J’avais même eu des assurances, mais ça ne s’est pas fait, et il y avait énormément de très bons joueurs avec moi. Aujourd’hui, je ne retiens que le positif : pendant 12 ans, j’ai porté le maillot de l’Olympique Lyonnais et c’est un très grand privilège. »
« J’ai choisi Le Havre mais ce fut une erreur »
En 2013, Sébastien passe quand même professionnel : il signe un contrat de trois ans, mais au Havre AC (Ligue 2). « J’avais deux offres de Ligue 2, Le Havre et l’AJ Auxerre, dit-il. J’ai choisi Le Havre car le contrat était plus intéressant. Ce fut une erreur majeure. Auxerre me voulait plus. Sportivement j’aurais dû y aller. »
Au début, les choses ne se passent pas trop mal au Havre. Il joue cinq matches de Ligue 2, dont le tout premier avec pour coéquipier Riyad Mahrez. « Et puis je me suis retrouvé à la cave, sans explication, dit-il. Ça se passait mal avec le coach (Erick Mombaerts). J’avais 20 ans, c’était brutal. J’ai résilié ma troisième année de contrat pour avoir du temps de jeu en National. »
Au CA Bastia, il retrouve la joie de jouer
En 2015, libre, il se retrouve pourtant en National, au CA Bastia (devenu Borgo FC). « Quand tu sors de l’OL et du Havre, le CA Bastia, c’est un virage à 180 degrés, sourit-il. Pourtant, c’est là que j’ai retrouvé le plaisir du foot. Le club descendait de Ligue 2 et avait donc encore le statut pro. C’était un club bien organisé avec un président génial, Antoine Emmanuelli, qui a beaucoup compté pour moi. Une très belle personne comme on n’en rencontre pas beaucoup dans le milieu du foot. J’ai eu deux bons coaches, Christian Bracconi et Stéphane Rossi, on jouait bien… Mes coéquipiers corses m’avaient adopté, peut être à cause de mon sang sarde (par sa mère), car les corses et les sardes c’est presque pareil…. (Rire). »
L’ascenseur émotionnel aux Herbiers
Sébastien se plaît en Corse mais, à 23 ans, son ambition reste de retrouver la Ligue 2. Il pense y arriver au Tours FC, mais le club est dans la tourmente : il ne signe finalement pas et pour quelques semaines, le voila chômeur, jusqu’au coup de fil d’André Gaborit, le recruteur des Herbiers (National), fin 2016 : « ça s’est fait vite avec Frédéric Reculeau, le coach, et Stéphane Masala, son adjoint, avec qui le courant est tout de suite passé. Et j’y ai aussi retrouvé mon ami Matthieu Pichot, le gardien avec qui je jouais à Bastia. J’ai tout de suite trouvé ma place dans le football de possession prôné par le staff. Ça me rappelait l’OL »

Sa deuxième saison en Vendée (2017-18) restera inoubliable. Sur le banc, Stéphane Masala a succédé à Frédéric Reculeau en janvier. En Coupe de France, le VHF élimine Auxerre à l’Abbé Deschamps (3-0), puis Lens (tirs au but) et Chambly (2-0) en demi-finale à Nantes, dans une Beaujoire à guichets fermés. Contre Lens, Sébastien inscrit même le tir au but de la qualification.
Direction donc le Stade de France, une finale épique contre le PSG (0-2), 80 000 spectateurs, la Une des journaux… Et trois jours plus tard, la catastrophe, la relégation en N2. « Un ascenseur émotionnel extrêmement violent et en même temps un fort sentiment d’inéquité sportive, dit-il aujourd’hui. On a disputé la finale le mardi à 21h et le vendredi 18h on jouait le maintien à Béziers qui lui jouait la montée en Ligue 2… On aurait au moins pu nous accorder 24 heures supplémentaires, surtout qu’on ne voyageait pas comme une équipe de Ligue 1. On a passé une demi journée dans le train entre Paris et Béziers, et on était vidés, physiquement et mentalement… On a pris 4-1, mais il fallait quand même une conjonction improbable de résultats pour qu’on descende… et le pire scénario s’est produit. »

« Ce fut terrible ! Quand je vois qu’aujourd’hui on reporte les matches du PSG et de l’OM pour les aider… On a été la vitrine du foot amateur pendant plusieurs semaines, on nous encensait partout, mais personne ne nous a tendu la main pour qu’on puisse au moins jouer notre maintien dans des conditions équitables. Mais ce n’est pas à cause de la Coupe de France qu’on a été relégués, on a simplement payé notre mauvais début de saison… Après quoi, on est revenus fort au classement, en marge de la Coupe, mais il a manqué un point… Résultat, tout le monde est parti, ou presque, alors que nous avions un groupe de grande qualité qui aurait fait mal la saison suivante en National, j’en suis certain. »
Six ans plus tard, Les Herbiers est toujours en National 2.
« En famille dans une autre famille, à Chambly »

La page « Les Herbiers » se tourne donc dans la douleur. « Mais je préfère ne garder que les très bons souvenirs de ce très beau club à qui je dois l’essentiel de ma petite notoriété » dit le joueur, qui se retrouve ainsi à nouveau sur le marché : « Avec l’exposition de la Coupe et mes matches réussis contre des équipes pros, je pensais aller en Ligue 2. J’ai eu plusieurs approches qui n’ont pas abouti. Chambly (National) s’était tout de suite manifesté avec une proposition concrète. Quelqu’un a beaucoup compté dans mon choix, il se reconnaîtra (sourire). Et puis à Chambly, je retrouvais une âme italienne avec Fulvio et Bruno Luzi (président et entraîneur), ça me plaisait. Des hommes et des bâtisseurs incroyables ! Il y avait un très beau projet, sérieux et structuré, et en plus Chambly a recruté plusieurs de mes coéquipiers des Herbiers (Eickmayer, Dequaire, David, D. Fofana). Je suis resté en famille dans une autre famille ».
Dans l’Oise, Flochon va traverser trois saisons riches et intenses : une accession de National en Ligue 2 pour commencer, en 2019, un bon maintien en L2 la première saison (10e) et malheureusement une relégation actée à cinq minutes de la fin du dernier match avec une défaite au Paris FC (0-3), en jouant de surcroît ses matches « à domicile » à Beauvais où Charléty (faute de stade aux normes) et la plupart à huis clos en pleine période Covid.

Il soupire : « L’accession en Ligue 2 et ses festivités, je n’en avais pas vraiment profité hélas car à deux mois de la fin de saison, contre Cholet, j’ai subi une double fracture de la cheville à la suite d’un violent tacle par derrière. Vraiment une sale blessure. J’ai énormément souffert. Je me suis battu comme un fou pour revenir avec notamment deux mois de rééducation à Clairefontaine. En octobre, je rejouais avec Chambly en Ligue 2 contre Sochaux ! On avait un super groupe avec un staff au top, et l’atmosphère très familiale compensait les infrastructures modestes. Le championnat a été arrêté en mars par le Covid, à dix journées de la fin, alors qu’on venait de gagner à Lorient, chez le leader (2-1), pour être classé finalement dans la première partie du tableau (10e) devant Auxerre, Nancy, Caen, Sochaux, le Paris FC… Énorme pour Chambly. Malheureusement la deuxième saison a été plus compliquée. On n’avait toujours pas de stade à nous, c’était un gros handicap, Concarneau s’en est aperçu cette saison. Mais on a lutté jusqu’à la dernière seconde et Caen s’est sauvé à nos dépens d’extrême justesse. Le groupe s’est disloqué avec la relégation, comme aux Herbiers, c’était la fin d’un cycle. »
« J’ai toujours cru au projet de Boulogne »

De Chambly à Boulogne-sur-Mer, le chemin est direct via l’Autoroute A16. A l’été 2021, Sébastien Flochon va pourtant faire un petit et rapide détour par l’Île de France et Créteil (National). Ce ne sera pas le meilleur souvenir de sa vie, c’est un euphémisme : « Ce n’était pas un club pour moi », résume-t-il.
Direction le Pas-de-Calais. Flochon arrive en cours de saison et l’USBCO, toujours en National, a changé d’entraîneur (Stéphane Jobard à la place d’Eric Chelle) sans parvenir à échapper à la relégation en National 2. Un nouveau coach débarque, Christophe Raymond, et la spirale négative s’amplifie. À mi-saison, Boulogne a un pied et demi en National 3 …. avant d’opérer un rétablissement extraordinaire, pour se sauver au dernier match et poursuivre sur sa lancée avec le même groupe de joueurs pour finalement dominer de bout en bout son groupe de National 2 cette saison et retrouver le National !

L’explication ? « La réponse est facile : le coach, c’est une évidence, sourit Flochon. En pleine tempête, les dirigeants ont eu le bon sens de nommer un homme du cru, Fabien Dagneaux, qui connaissait parfaitement le club pour avoir dirigé les jeunes et la réserve. Et ils l’ont associé à Anthony Lecointe, une légende à Boulogne, unanimement connu sous le surnom de « Ti Mousse », présente dans l’équipe de Boulogne qui est montée en Ligue 1 à l’issue de la saison 2009-2010. Ils ont tout de suite été adoptés, par le vestiaire, par le public… Ils ont été pragmatiques et ont remis au goût du jour les valeurs de Boulogne. Le club a retrouvé soudainement son identité. A Boulogne, on respire le foot. C’est une vraie ville de foot, le club a une âme, des installations (stade de la Libération, centre d’entraînement de la Waroquerie) dignes d’un club pro. »
Alléchés par un parcours quasi sans faute, les supporters sont revenus en masse et l’USBCO affiche la plus forte affluence de National 2, tous groupes confondus, et de loin (2628 spectateurs de moyenne).
Sur la Côte d’Opale, le Lyonnais est chez lui. « J’adore Boulogne, la ville, les gens, le club… J’ai acheté une maison, ma femme et mes deux petits garçons y sont heureux, ça compte aussi beaucoup bien sur. C’est pour ça que je n’ai pas donné suite l’été dernier à quelques approches, dont un club de National. J’ai toujours cru au projet de Boulogne. »
Sébastien Flochon, du tac au tac
« Pourquoi pas retrouver la L2 avec Boulogne ? »

Ton meilleur souvenir ?
Le Stade de France, bien sûr ! Jouer une finale de Coupe de France devant 80 000 personnes, contre le PSG, devant ta famille, tes amis, avec le brassard de capitaine et le Président de la République sur la pelouse avant le match… Pfff… Incroyable !
Le plus mauvais ?
Le 28 mars 2019, à Chambly, contre Cholet. Un tacle par derrière, double fracture de la cheville… Ma carrière aurait pu s’arrêter là.
Le meilleur joueur avec qui tu as joué ?
J’en citerais deux : Samuel Umtiti et Nabil Fekir a l’OL. Mais j’ai aussi joué mon premier match pro au Havre avec Riyad Mahrez.
L’entraîneur qui t’a le plus marqué ?
Stéphane Masala, aux Herbiers. Son leadership et son managérat.

Un président plus qu’un autre ?
Antoine Emmanuelli au CA Bastia.
Le club où tu n’aurais pas dû signer ?
Aucun. Même les mauvaises expériences m’ont servi à avancer.
Tes meilleurs amis dans le foot ?
Samuel Umtiti et Matthieu Pichot, mon ancien coéquipier (gardien de but) à Bastia et aux Herbiers, qui est aujourd’hui dans la Gendarmerie.
Ta vie hors du foot ?
Ma famille. Je fais en sorte de consacrer beaucoup de temps à ma femme et mes enfants. Et puis le sport en général… Je lis L’Equipe tous les jours.
Un sport plus qu’un autre ?
La boxe ! J’ai toujours été un passionné. Avec Chambly, en Ligue 2, Bruno Luzi et son staff nous avaient emmené faire une séance de boxe au club de Pont-Sainte-Maxence, dans l’Oise. J’ai adoré. Je me suis lié d’amitié avec l’entraîneur du club, Giovanni Boggia (encore un italien !) et Yvan Mendy, le champion d’Europe.

J’y suis ensuite retourné seul pour m’entraîner, mettre les gants. Et en décembre 2022, ils m’ont emmené avec eux au Tottenham Hotspur Stadium, à Londres, ou Yvan Mendy a défendu son titre européen devant 80 000 spectateurs en encadrement d’un championnat du monde de Tyson Fury. J’étais dans le coin de Mendy, incroyable ! J’ai même pu échanger quelques mots avec le poids lourd ukrainien Olexsandr Usyk, qui va faire le championnat du monde contre Tyson Fury, ce samedi 18 mai. J’étais comme un gosse ! Quel souvenir !
Des projets de reconversion ?
J’aimerais rester dans le foot. Grâce à mon club de Boulogne et via l’UNFP, je prépare le DUGOS (Diplôme Universitaire de Gestion des Organisations Sportives), un diplôme qui peut m’ouvrir des perspectives intéressantes; j’y consacre pas mal de temps en ce moment. Mais j’espère encore jouer un bon moment. Et pourquoi pas retrouver la Ligue 2 avec Boulogne ?
National 2 / Samedi 18 mai 2024 – 26e et dernière journée : US Boulogne Côte d’Opale – FC Lorient B, à 18h, au stade de la Libération.






Texte : Jean-Michel Rouet
Photos Philippe Le Brech















Linkedin et Whatsapp parce qu’on a forcément plusieurs groupes de discussions…














































Actuel deuxième buteur de National (14 réalisations) derrière Alan Kérouédan (Avranches, 15 buts) et élu meilleur joueur du championnat en mars, Diawoye Diarra est en train de réaliser la meilleure saison de sa carrière. Mais à 29 ans, l’attaquant malien de Marignane Gignac Côte Bleue n’est plus une révélation. Son premier match de National, il l’avait en effet disputé… en septembre 2012 avec le Paris FC, alors qu’il n’était âgé que de 17 ans. « Après, j’ai un peu traîné en route », avoue Diarra, qui a essentiellement évolué en National 2 (Entente Sannois Saint-Gratien, Montceau-les-Mines, Martigues, Louhans-Cuiseaux) avant donc d’éclater cette saison. « Je n’ai pas eu un parcours très facile », poursuit-il, toujours très réservé et pudique. « Quand vous m’avez connu au Paris FC, j’étais vraiment timide. Je ne parlais pas beaucoup. Je me méfiais. Mais à l’époque, je ne comprenais pas et je ne parlais pas encore bien le français. Au Mali, je n’étais pas allé à l’école. Mais maintenant, je suis plus à l’aise. »












L’histoire de Josué Albert (32 ans), crème dans la vie de tous les jours, pâte pour n’importe quel entraîneur et guerrier sur la pelouse, c’est celle d’un footballeur qui a d’abord beaucoup galéré et avalé de couleuvres avant de signer pro, à l’inter-saison 2017-2018, à Quevilly-Rouen, en Ligue 2, où, d’un cinquième voire d’un sixième choix en début de saison, il est devenu le premier choix de son coach de l’époque, Manu Da Costa, dès le mois de janvier.
S’il n’a pas signé à Valenciennes, en Ligue 2, dans la foulée de ses quatre saisons à Clermont, à l’été 2022, et s’il n’a pas rejoint Romain Revelli, l’un de ses formateurs au centre à Saint-Etienne, l’an passé, à Villefranche, en National, l’explication est simple. Double même : le temps de jeu et la prise de poids.
Dans le bureau avec Jason Berthomier, ce n’est donc pas Josué qui paraphe le contrat, mais un autre joueur. La fin du mercato approche. Les petites issues de secours se referment petit à petit. « Après cet épisode, je suis passé d’un premier choix à un second, puis à un troisième ou quatrième, et puis les clubs ne me parlaient pas d’expérience, mais de temps de jeu… Un de mes problèmes, c’est que j’avais le CV, mais pas le temps de jeu ! J’ai eu une touche avec le Paris FC, mais ils cherchaient un jeune, pour le revendre derrière en cas d’accession en Ligue 1. Moi, j’allais avoir 31 ans, je savais que ça allait devenir compliqué. L’étranger ? familialement, ce n’était pas simple. Je n’étais pas prêt à me lancer dans des plans bizarres… Je me suis entraîné de mon côté. J’ai écouté ma femme, qui est à mes côtés depuis que j’ai 17 ans… Elle a son travail fixe, c’était à moi de l’écouter cette fois, quitte à mettre de côté ma carrière. A la trêve, il y a eu des contacts, mais rien de concret. Je n’ai pas été surpris. Parce que je sortais d’une saison en Ligue 1 où je n’avais joué que 2 matchs. Après Clermont, les clubs me disaient « tu n’as pas beaucoup joué », alors on n’allait pas, six mois plus tard, me dire que « j’avais joué ». OK, je n’ai pas beaucoup joué, mais donnez-moi du temps de jeu, sinon, je ne vais jamais jouer ! »
La saison 2022-2023 passe. Sans Josué, qui s’entraîne avec la réserve du Clermont Foot. « Je remercie le club pour ça. » Finalement, ce sera une saison blanche. Et puis, arrive la saison 2023-2024. Sur les réseaux sociaux, il est annoncé du côté de Villefranche-Beaujolais, en National. Mais, une fois encore, l’affaire n’aboutit pas : « Ce qui s’est passé, à Villefranche, c’est que, tout simplement, je n’étais pas dans le meilleur de ma forme, raconte Josué, plein d’honnêteté; pourtant, je m’étais entraîné avec un « prépa ». J’effectue la reprise avec le club et, dès le premier jour d’entraînement, alors qu’on faisait un truc tout simple, deux fois 15 minutes de footing, du travail technique, sur un appui, « bam », je sens une pointe au mollet. Le premier jour ! Je fais une échographie : j’ai deux élongations. Je demande à Romain Revelli, que j’avais eu quand j’étais jeune à Saint-Etienne : « coach, franchement, ne me faites pas espérer, dites moi tout de suite si c’est mort ou pas », et il me répond, franchement « On va chercher un défenseur. Si on trouve, on le fera signer, on ne peut attendre que tu reviennes de blessure, on a une saison à préparer ». Et puis Nathan Dekoké est arrivé. Du coup, je n’ai pensé qu’à une chose, bien me soigner, parce que c’était ma dernière chance ».
Cela fait plus d’un an maintenant que Josué est sans contrat. A 31 ans, forcément, le doute s’installe. Depuis qu’il a 8 ans, il ne sait faire que ça : jouer au foot ! Il a commencé au CSM Gennevilliers, où il était d’ailleurs attaquant – « Je te jure, j’empilais les buts ! », – puis il est passé par le centre de formation à Saint-Etienne, la réserve de Guingamp avant de découvrir le National à Uzès, à 21 ans.
C’est donc à Wasquehal, dans le Nord, entre Lille et Roubaix, en N2, un niveau qu’il n’avait plus connu depuis sa superbe saison à Quevilly Rouen en 2015-16 (accession en National), que Josué va rebondir. C’est aussi là qu’il va prendre conscience de l’importance de son corps : « Au bout de trois matchs, je me suis blessé, c’était le 12 octobre; à ce moment-là, je faisais 97 kilos. Je n’étais pas du tout en forme. » Et Josué de nous montrer la première photo de lui à son arrivée : « ça c’est moi, regarde… »
Au Clermont foot 63, le poids de forme de Josué était de 87/88 kilos. Mais le suivi était tel, là-bas, qu’aucun joueur ne pouvait se permettre le moindre écart, sinon, il était mis à l’amende. « Le problème, c’est qu’après mon départ, j’ai continué de manger comme si j’avais toujours la même dépense d’énergie chaque jour. Donc forcément, au bout d’un moment, je l’ai ressenti. Mais c’était inconscient. Je rentrais dans une routine, je jouais à la play station tard, je dormais moins, je ne jouais plus au foot, ce fut une période compliquée. »
Josué l’avoue, tout n’a pas été simple. Et il a eu des moments de découragement, de doute. Au point de raccrocher ? « Ma femme et mes enfants, Mila et Tiana, ont joué un rôle primordial. Je ne pouvais pas dire stop. Je sentais que je pouvais encore apporter au foot, peu importe le niveau, que je pouvais encore prendre du plaisir. Redonner à mon corps cette souffrance, ça a été un challenge incroyable. Quand tu fais la diète, tu dois être concentré du matin au soir, tu ne dois pas oublier ceci ou cela, il faut tout peser, 200 grammes, c’est pas 201, c’est pas 199, c’est une discipline, une rigueur… »
Ma première grosse blessure, c’était lors de mon premier match en sélection avec la Guyane, aux Bermudes (mars 2016), je suis mal retombé, et cela a été le début de pas mal de moments compliqués. J’ai eu la chance à ce moment-là d’avoir un très bon entourage, ce qui m’a aidé à ne pas lâcher.
Non ! J’ai été recruté au centre de formation à « Sainté » parce que j’avais joué à ce poste dans un match en sélection Île de France et depuis, je suis resté à ce poste, même si cela m’est arrivé de jouer arrière gauche pour dépanner. Ce jour-là, il y avait un problème de défenseur, je me suis proposé, et voilà… A Gennevilliers, à mes débuts, je jouais attaquant. Et je te jure que j’étais un goaleador !!! En benjamins, j’avais fini meilleur buteur ! Je me souviens d’un match à cette époque, à Clichy, on n’a pas de gardien, je me propose pour jouer dans les cages, mais mon coach me dit « tu joues dans l’axe, je ne veux pas te voir dans les buts », et derrière, on en prend 13 !!! J’en rigolais il n’y a pas longtemps avec un collègue.


41 ans. C’est l’âge de Lamine Djaballah, le capitaine du Aubagne FC, buteur samedi dernier au Puy dans un match qui s’apparentait à une petite finale du groupe A de National 2, et remporté 2-1 par les Provençaux.
Les plus optimistes prétendent que, pour l’accession, cela pourrait être réglé dès ce week-end si Le Puy Foot 43 ne gagne pas à Cannes, et surtout si, dans le même temps, les coéquipiers des expérimentés Thibault Vialla (6 buts, ex-Ajaccio et Dunkerque en Ligue 2, Le Mans et Red Star en National) et de Cédric Odzoumo (meilleur buteur de l’équipe avec 8 buts, ex-Boulogne, Bastia-Borgo et Chambly en National) s’imposent chez eux, au stade de Lattre-de-Tassigny, face à Hyères.


Promis à un printemps 2024 d’enfer, talonné par une équipe du Puy impressionnante de régularité et louée pour sa qualité de jeu (1/4 de finaliste de la coupe de France fin février face à Rennes et invaincue en National depuis début octobre et une défaite à domicile contre Fréjus/Saint-Raphaël), confronté à un calendrier démentiel avec, justement, un voyage sinueux en Haute-Loire, le club aubagnais a finalement réussi à s’extirper de tous les pièges. Il a su profiter d’une petite ouverture pour récupérer la première place quand, au bénéfice d’un difficile succès à domicile face à Cannes (2-1) lors de la 21e journée, les Auvergnats, leaders le temps d’une petite semaine, ont laissé filer deux points chez eux la veille face à Bourgoin-Jallieu (1-1). Un premier tournant avant le grand virage, une semaine plus tard, au stade Massot, là où Dunkerque et Laval, deux équipes de Ligue 2, s’étaient cassés les dents en coupe de France cet hiver !




Comment définiriez-vous le club, à quelqu’un qui ne le connaît pas ?
Cela fait deux ans qu’on réfléchit au projet. Il y a eu pas mal d’oppositions au départ (une pétition contre le projet circule actuellement) et aussi des gens enthousiastes. Aux gens qui sont « contre », il a fallu expliquer les choses, parce qu’on ne voulait pas arriver et « foutre » en l’air tout ce qui a été fait. Bien entendu, dans une fusion, des gens s’y retrouvent et d’autres pas : peut-être que ces derniers, ceux qui vont partir, reviendront vers nous dans un an ou deux. On s’y attendait. Air Bel, c’est le premier quartier, quand on arrive à Marseille, pratiquement limitrophe avec La Penne-sur-Huveaune, qui elle est juste à côté d’Aubagne, donc il y a une vraie raison et une vraie logique géographique à ce rapprochement. Et une raison sportive bien entendu.
Oui. mais on ne peut pas dire que la différence sera énorme entre les deux. Si on monte, on ne fera pas de folie. On va garder les pieds sur terre et la tête bien fraîche, sans s’enflammer. La différence de budget serait minime. On fonctionnerait avec un budget en légère augmentation. Pour le stade, il est aux normes du National, sauf au niveau de l’éclairage, qui est insuffisant et qu’il faudrait changer. La mairie est prête, elle a budgétisé ces travaux, le cas échéant. Mais ce que l’on veut, c’est essayer de former des jeunes. Actuellement, dans notre effectif, on a des joueurs de la région marseillaise, c’est bien, et, depuis l’an passé, on en a quelques-uns qui sont devenus des titulaires comme Ryan Silva ou Yassine « Zino » Benattab, les deux qui jouent régulièrement : ça donne une connotation locale à notre équipe. C’est notre ambition et c’est ce que l’on souhaite développer encore plus.
On ne s’y attendait pas, c’est vrai. Et le National n’était pas prévu cette saison. Bon, on n’y est pas encore. Il reste trois matchs. Quand on a lancé le projet de fusion, on s’était dit qu’on jouerait la montée dans une saison ou deux. Surtout que, l’an passé, on était lanterne rouge à mi-saison; heureusement, on avait fait une belle remontée et on s’était sauvé à la dernière journée à Louhans-Cuiseaux. Donc bon… impossible d’imaginer qu’on allait jouer la montée cette année, et en plus, on a perdu à Andrézieux à la première journée, on a perdu à Alès à la 3e journée, on n’a pas bien démarré. Mais de fil en aiguille, le groupe est resté solide et il y a vraiment une bonne entente entre les joueurs cette saison.
Oui. Cela fait 10 ans que je suis président, et cette saison, c’est le groupe le plus uni et le plus soudé que j’ai vu. La différence, pour moi, elle se fait là. Parce que, très franchement, j’ai vu d’autres équipes dans notre poule, même Toulouse et Alès, qui ne sont pas loin de nous et contre lesquelles ça s’est joué sur des détails. C’est vraiment un championnat très serré. Regardez les budgets de certains clubs… après, nous, on est comme le chien qui a l’os dans la bouche : on va essayer d’aller au bout !




































