À l’exception d’un prêt de 6 mois, le Gardois n’a connu qu’un seul club professionnel dans sa carrière, Montpellier, avec lequel il a été sacré champion de France en 2012 ! Aujourd’hui, l’ex-gardien met son expérience au service du syndicat des joueurs et joueuses pros, et plus particulièrement du football féminin, qu’il accompagne dans son développement.
Par Olesya ARSENIEVA / Photos DR
C’est l’homme d’un seul club. Avec 198 matchs sous le maillot de Montpellier, le gardien de but Laurent Pionnier (42 ans aujourd’hui) fait partie des rares footballeurs à avoir effectué toute leur carrière dans le même club. Sa mentalité irréprochable et son amour du maillot, dans les bons comme les mauvais moments, font qu’il reste à jamais gravé dans le cœur des supporters Montpelliérains et dans l’histoire du club. Après avoir rangé les gants en 2018, il est devenu chargé de missions juridiques et du football féminin au sein de l’UNFP.
« J’ai commencé à 13 ans dans les buts et à 15 ans j’étais international »

Natif de Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, département voisin de l’Hérault, Laurent débute le football à l’Olympique d’Alès en Cévennes. Il enfile les gants à 13 ans seulement pour pallier un manque de gardiens dans son équipe. Tout s’est enchaîné par la suite : sélections en équipe de France jeunes, signature au Montpellier Hérault SC, le sudiste s’est révélé à ce poste de gardien et n’en a plus bougé. « J’ai commencé dans les cages à 13 ans et j’étais international à 15 ! Mais à ce moment-là, Alès a coulé. J’avais été repéré par plusieurs clubs. Avec la facilité d’être à côté, j’ai choisi Montpellier. » C’est en 1997, que Laurent enfile pour la première fois le maillot montpelliérain.
Depuis, à l’exception d’un prêt de 6 mois à Libourne/Saint-Seurin lors de la saison club 2007-2008, en Ligue 2 (17 matchs), il n’a plus bougé de La Paillade jusqu’à la fin de sa carrière en 2018. « C’était mon choix de rester, je n’étais pas en fin de contrat. Les discussions avec Loulou (Louis Nicollin, ex-président MHSC) ça se terminait par « tu restes » et on s’est toujours bien entendu comme ça. J’ai eu envie à certains moments de bouger mais pour moi les planètes n’ont jamais été alignées pour un départ, parce que j’étais bien où j’étais. Tu pèses le pour et le contre et à la fin il en ressort ta décision personnelle. La mienne c’était de rester ici. »
Ses premiers matchs en professionnels, il les dispute lors de la saison 2002-2003 en Ligue 1. A seulement 20 ans, il est lancé dans le grand bain et titularisé à 9 reprises. « A 20 ans jouer en Ligue 1, c’est la fougue, tu vas au charbon, j’étais un soldat. On m’envoyait au front et j’y allais. Tu ne te poses pas de questions. T’as la chance d’être là, tu t’es donné à fond pour y être et c’est le début de quelque chose et si tu veux que ça dure il vaut mieux bien le faire, donc je me suis toujours mis de la pression. Mais j’ai toujours su la gérer d’une manière positive. » Il doit attendre la saison 2005-2006, quand le MHSC évolue en Ligue 2, pour vivre une saison complète comme titulaire (34 matchs joués).
« Je me suis toujours senti utile dans cette équipe »
Dans sa carrière, Laurent a connu le rôle de doublure comme le rôle de titulaire mais cette situation n’a jamais entamé son moral. « J’ai fait la moitié doublure, la moitié « titu », donc j’ai joué la moitié des matchs ! La relation avec les Présidents, Loulou Nicollin et son fils Laurent, me poussait à rester au club quand j’étais doublure. Ce sont des personnes qui te montrent que tu es utile pour le club ou pour l’équipe, que tu joues ou que tu ne joues pas. Donc je me suis toujours senti utile dans cette équipe même quand je ne jouais pas, encore plus quand je jouais. Si à un moment donné je m’étais senti inutile, je serais parti. Il y avait des moments difficiles comme dans toute carrière mais dans ces cas-là, je savais à quelle porte il fallait toquer pour régler des problèmes ou dire ce que je pensais. C’est ça aussi qui a fait que l’histoire a duré longtemps. »
Une fidélité récompensée

Après avoir connu des descentes en Ligue 2 et des remontées, Laurent remporte le titre de Champion de France devant le Paris-Saint Germain des Qataris récemment arrivés dans la capitale. « La saison du titre (2011-2012), on l’a eu en plusieurs étapes. On a rapidement été sur de bons rails : les trois premiers matchs, on fait trois victoires. On ressort d’une année où on fait la finale de la coupe de la Ligue mais s’il y a deux matchs de plus dans la saison, on descend. Donc on était conscients qu’on avait fait un beau parcours en coupe de la Ligue mais que c’était l’arbre qui cachait la forêt. La saison suivante, on avait quasiment les mêmes joueurs et c’est ce qui a fait notre force. On a commencé à y croire rapidement ! Quand tu es en haut, tu veux y rester. On avait de la chance d’avoir un groupe assez homogène avec des anciens qui arrivaient à ne pas trop mettre la pression sur les jeunes. Quand tu connais la pression de pas descendre, quand tu vis celle d’être champion, elle est quand même plus facile à gérer. La saison d’après, tu joues quand même en Ligue 1. On n’avait pas d’obligation comparé au PSG. La prise de conscience a fait la différence, la prise de conscience que tu peux passer à côté d’une saison et tout foirer pour rien. Les jeunes apprennent vite aussi et tu progresses, c’est plein de facteurs, tu ne passes pas du tout au tout comme ça. Les joueurs qui étaient peut-être en dessous la saison d’avant ont été à leur meilleur niveau et tous en même temps. C’est plein de facteurs qui s’additionnent. »
« Quand tu joues à Montpellier, tu te dis pas que tu vas jouer la Ligue des Champions »

Le rêve continue. La saison suivante, le MHSC dispute la Ligue des Champions et Laurent dispute un match titulaire à 30 ans (contre l’Olympiakos, défaite 2-1 en 2012) « Tu rêves un jour de jouer la Ligue des Champions, mais quand tu joues à Montpellier, tu ne te dis pas que tu vas la jouer un jour, il ne faut pas se leurrer. Tu réalises tout ça quand tu atteins les points à l’avant-dernière journée. Mais si à l’inter-saison le club se dit « On va mettre les moyens pour exister et recruter des gardiens », toi, tu ne la joueras pas. Parmi les joueurs champions de France en 2012, tous n’ont pas participé à la LDC la saison d’après. Mais les émotions que tu ressens quand tu joues en LDC, c’est la folie. Tu as entendu la musique à la télé et là c’est un rêve de gosse qui se réalise. Tu n’y penses pas tout de suite, je suis quelqu’un qui vit le moment et après je me dis c’est ce qui reste. J’ai gagné un titre, j’ai joué la Ligue des Champions, la Ligue Europa, j’ai joué en Ligue 1, en Ligue 2. Je n’ai pas gagné la coupe de France mais j’ai joué au Stade de France pour la finale de la Coupe de la Ligue. »
« J’ai toujours eu cette sensibilité envers le foot féminin »
Symboliquement, pour ses 20 ans au club (2017), Laurent s’impose dans le rôle de titulaire en Ligue 1 grâce à ses bonnes performances, suite à la blessure de Geoffrey Jourdren (25 titularisations). « Doublure ou titulaire, il n’y a jamais eu aucune différence dans mon travail. Je bossais comme si j’allais jouer. C’est ça qui a fait aussi que, parfois, je ne jouais pas pendant des mois mais sur le terrain je répondais présent. J’ai toujours bossé de « ouf ». »
Lors de sa dernière saison en 2018, il repasse sur le banc et s’occupe parallèlement d’entraîner Dimitry Bertaud (MHSC) qui évolue dans les catégories jeunes. « J’ai bouclé la boucle. En 2015, j’ai passé les diplômes pour être entraineur des gardiens, 3 ans avant la fin de ma carrière. Après, pour être entraîneur des gardiens, il faut avoir l’opportunité et je ne l’ai pas eue. »
Ses missions à l’UNFP
C’est désormais au poste de « chargé de missions juridiques et du football féminin » au sein de l’UNFP, le syndicat des joueurs professionnels, que Laurent, également secrétaire général et membre du département juridique, s’épanouit dans sa vie professionnelle. « Quand j’ai arrêté, j’ai eu cette opportunité et je l’ai saisie. Il y avait un besoin chez les féminines. J’ai toujours eu cette sensibilité envers le foot féminin parce qu’à Montpellier, Louis Nicollin avait été précurseur, et ça m’a plu de pouvoir aider à développer et régler certaines anomalies, dont certaines ne sont d’ailleurs pas réglées aujourd’hui, mais on est sur la bonne voie. »
« Encore aujourd’hui un lien fort avec Montpellier »
Chouchou des supporters à La Mosson, Laurent conserve toujours des liens avec ceux qui l’ont soutenu au fil des années. « Quand tu passes autant de temps dans un club, quand je pense que je suis le seul joueur à avoir fait toute sa carrière à Montpellier, c’est sûr que j’ai un lien spécial avec les supporters. J’ai toujours fait attention à eux. Par exemple, à Guingamp, on avait perdu mais ces mecs-là, ils ont parcouru la France et je ne pouvais pas rentrer au vestiaire sans les saluer. C’était du respect entre eux et moi. On a eu des discussions houleuses, j’ai toujours dit ce que je pensais mais aussi que j’étais à l’écoute de ce qui se disait, c’est cette sincérité qui fait que, encore aujourd’hui, on a un lien fort. »
Laurent Pionnier du tac au tac

Ton meilleur souvenir sportif ?
Mon titre de champion de France 2012 avec Montpellier.
Ton pire souvenir sportif ?
Les descentes avec Montpellier, ça nous touche nous sportivement et ça touche les gens qui travaillent au club. Moi qui suis un peu attaché à ça, c’est un malheur qui touche beaucoup de monde donc ça accentue le tien. Celle qui m’a le plus marqué est la toute dernière (2003-2004).
Combien de clean sheets dans ta carrière ?
Je n’ai pas compté. Quand tu commences, tu comptes les matchs que tu joues mais quand ça commence à faire un peu, après tu ne comptes plus rien. Ça va tellement vite, tu joues tous les 3 jours, t’essayes de faire les comptes à la fin.
Ton plus bel arrêt ?
L’année du titre on a fait un match à Lille, j’ai fait des beaux arrêts sur ce match-là. Je ne sais pas si j’en ai fait des plus beaux à ce match qu’à d’autres mais là, j’en avais fait à la pelle ! T’es invincible sur ce genre de match, t’anticipes toujours du bon côté parce que t’as déjà tout arrêté avant. J’ai pensé à ça parce qu’Eden Hazard a fait son arrêt de carrière à Lille récemment et ce match-là, c’était contre lui. Ils étaient champions de France en titre et je pense qu’il a dû tirer une dizaine de fois au but mais je l’ai dégouté. Même moi, à la fin, j’étais dégouté pour lui (rires). Il y a des matchs comme ça, tu fais même des erreurs de placement mais, bizarrement, ça tombe là où il y a le ballon !
Ton poste préféré sur le terrain (autre que gardien) ?
Avant-centre. Maintenant je suis avant-centre, pas au beach soccer mais au football normal ! Je joue devant, je me suis reconverti.
Pourquoi avoir choisi d’être footballeur ?
J’ai un rapport à ce sport tu ne l’expliques pas. C’est passionnel, depuis tout petit.

Pourquoi avoir choisi d’être gardien ?
J’y suis arrivé un peu tard. J’ai dû faire gardien à 12 ans. Je suis arrivé là par hasard parce que le gardien de l’équipe était blessé. L’entraîneur, membre de ma famille, m’a dit « Vas-y toi » parce que personne ne veut y aller et je n’en suis plus sorti. Je n’étais pas pré-destiné à ça, je l’ai fait par défi et finalement j’ai kiffé. Toutes mes années avant où j’ai joué dans le champ m’ont servies dans mon jeu au pied.
Ton geste technique préféré ?
La claquette main opposée. Ça n’arrive pas souvent mais quand ça arrive, tu fais lever le stade.
Tes qualités et défauts sur un terrain ?
Qualités : jeu au pied, je pense aussi que j’étais bon sur ma ligne. Je n’avais pas un défaut criant mais j’avais peut-être du mal à sortir loin de mon but, il y en a très peu qui vont loin.
La saison où t’as pris le plus de plaisir ?
La saison du titre (2012). On était beaucoup de joueurs formés au club à hériter de la génération que tout le monde connaît à Montpellier : la génération 90. C’est les mômes qui avaient gagné la Gambardella. Ils sont arrivés quasiment tous à maturité la même année, en 2012. Ils étaient couplés avec des joueurs pas connus à l’époque comme Olivier Giroud, des joueurs plus anciens (Romain Pitau). Moi j’étais un peu entre deux : j’avais 30 ans mais ça commençait un peu à faire. On faisait les conneries tous ensemble. C’était génial à vivre en plus avec mon club à moi.
Le club où tu rêvais de jouer dans tes rêves les plus fous ?
Le Real Madrid, avec tout ce que ça comporte, les Socios, l’environnement, l’équipe évidemment… Qui dit Real dit joueurs de rêve, le stade, l’ambiance, la vie de tous les jours là-bas… Quand t’amènes tes enfants, ça doit être la folie.

Un coéquipier qui t’a marqué ?
Sur le plan du football, forcément Giroud, c’est celui qui a fait la plus grande carrière parmi nous, qui est le plus titré. Humainement je ne peux pas t’en citer un en particulier, mais j’ai veillé à ce que les joueurs aient l’identité du club et il y en a beaucoup qui s’y sont fondus et avec qui je garde d’énormes relations humaines encore aujourd’hui. Il y en a qui sont encore dans le foot, d’autres plus du tout mais j’ai gardé beaucoup de relations avec des joueurs qui sont passés par Montpellier et qui bien souvent habitent Montpellier encore.
Le joueur adverse qui t’a le plus impressionné ?
J’ai joué contre Ronaldinho, il me donnait la fièvre lui (rires) ! J’ai joué contre lui quand il était au PSG et je l’ai battu d’ailleurs (2003, PSG – MHSC 1-3). La première fois que j’ai joué contre le PSG de l’époque Ronaldinho, j’avais 19/20 ans mais il se fait expulser le match d’avant. J’ai fêté son expulsion parce que je savais qu’il n’allait pas jouer. Je l’ai rejoué plus tard, c’était le 5 ou 6e match que de ma carrière. Il y avait aussi Jay Jay Okocha, c’était le même que Ronaldinho.
Un coach que t’aimerais revoir ?
J’en revois plein parce qu’il y en a qui sont dans des hautes fonctions dans le football et avec l’UNFP je suis amené à les revoir, Jean-François Domergue qui est à l’UEFA, Jean-Louis Gasset qui habite sur Montpellier, et avec qui j’ai des relations particulières. J’ai des missions à l’UNFP avec des garçons donc je vais voir des matchs et j’en recroise.
Une causerie de coach marquante ?
Quand j’étais en prêt à Libourne, c’était Didier Tholot, un coach extraordinaire tant humainement que sportivement. Je venais d’arriver dans une équipe qui essaye de se sauver. J’arrive dans une causerie, le dernier contre l’avant dernier. Le coach dit « Moi, je ne vais pas vous parler ! Il y a des joueurs expérimentés qui vont arriver donc Laurent va se lever et va faire la causerie. » J’ai dû faire la causerie, c’était en 2008, je n’avais même pas encore 30 ans. J’arrive dans un club, un match avec une énorme pression et le coach me dit que c’est moi qui vais faire la causerie sans m’avoir averti avant. Sur le moment c’est stressant mais c’est un super souvenir !
Une consigne de coach que tu n’as jamais comprise ?
Dans l’exécution non mais dans l’utilité oui. Par exemple, quand tu vois les gardiens qui font la sortie en croix je ne comprends toujours pas le ratio efficacité ni l’utilité.
Une anecdote de vestiaire ?
Ce qui se passe dans le vestiaire reste dans le vestiaire. J’ai vécu des choses magnifiques comme des choses délicates, le vestiaire c’est la vie. De la manière dont tu vis dans le vestiaire en dépendront des résultats.
Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Olivier Giroud.
Tu étais un joueur plutôt…
…axé sur la mentalité.

Un modèle de joueur ?
Paolo Maldini, Francesco Totti, mais aussi Loic Perrin à plus petite échelle. Les joueurs fidèles à un club. C’est des vrais soldats.
Une idole de jeunesse ?
Pascal Olmeta, je lui ai dit d’ailleurs (rires) !
Un plat, une boisson ?
Des pâtes et l’eau pétillante, avec l’âge ce n’est pas loin d’être détrôné par la bière (rires).
Tes loisirs en dehors du foot ?
Je joue de la guitare, c’est des moments persos qui me permettent de déconnecter. Sinon la pratique d’un sport quel qu’il soit, c’est un loisir et une nécessité.
Un film culte ?
A star is born.
Le monde du football en deux mots ?
Passionnant mais difficile.
Texte : Olesya Arsenieva / Twitter : @ArseneviaO
Photos : DR
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(Rires) « Lolo » Batlles va en rire : un jour, les gars lui avait accroché ses affaires en haut du vestiaire pour ne pas qu’il puisse les atteindre et, surtout, ses affaires avaient été découpées au ciseau… Ses T.shirts, ses chemises, ses shorts un peu bizarres… Impossible pour lui de remettre ses fringues après ça ! Bon, moi, j’étais jeune, je regardais, je rigolais, mais je n’étais pas dans le coup. Aujourd’hui, oui, je serais capable de lui faire !
« Depuis que j’ai 16 ans, je vis de ma passion. Je suis dans mon élément. Je ne peux qu’être heureux surtout depuis que je suis en Corse. Je suis bien dans ma peau.
Sa première vie a débuté chez lui, à Dunkerque. Il n’a que 16 ans et demi lorsqu’il est lancé en D2 en 1984. Après Dunkerque, il a évolué en Division 1 à Metz (1990-1993), Caen (1993-1995), Le Havre (1995-1999) puis enfin Créteil en L2 (1999-2001). « J’ai joué 540 matchs en pros, marqué 70 buts, c’est une carrière magnifique. J’en suis très fier même si je n’ai pas joué dans les meilleurs clubs du monde. Mais c’était des clubs qui me correspondaient, à taille humaine. Je ne suis pas du tout nostalgique. Tout ça, c’est derrière moi maintenant, et ça m’a permis de me construire dans ma vie tout court et ça m’a apporté dans ma façon de manager. J’ai passé mes diplômes d’entraîneur assez tôt. Manager était une évidence chez moi. »
Mais revenons en arrière et à son départ forcé à l’été 2016. « Le jour où je partais de Dunkerque, je savais que je ne pourrais aller qu’à l’étranger. » C’est aux Royal Francs-Borains en 3e division amateur belge (le 5e niveau donc) que Nicolas Huysman va se reconstruire et refermer la cicatrice de l’USLD. Le club est situé près de la frontière, entre Valenciennes et Mons. « Ça ressemble un peu à Lens, il y a les mines, les corons. Les gens ont souffert, ce n’est pas très riche. Il y a beaucoup d’Italiens comme David Lasaracina, un dirigeant vraiment passionné et compétent. Tu as envie de tout leur donner. J’ai vécu une magnifique aventure humaine là-bas. Ce qui m’anime, c’est construire. J’étais dans mon élément. On a créé une vraie osmose avec mon staff, les dirigeants, les supporters. C’est une fierté collective. »
Son bilan à la tête du RFB, c’est 91 matchs, 57 victoires, 19 nuls et seulement 15 défaites. « La première année, on rate de peu la montée. On termine 2e derrière le RWD Molenbeek qui est un très beau club. La deuxième année, on monte en 2e division amateur. Et là troisième, on joue les play-offs pour monter en première division amateur. Aujourd’hui, le club a retrouvé la 2e division professionnelle. J’en suis très heureux. Je me suis vraiment régalé en Belgique. C’est une terre de foot où il fait bon vivre, où les gens se mélangent et sont ouverts. J’ai passé trois magnifiques années.»
En juin 2019, il découvre un autre pays, le Luxembourg. En concurrence avec plusieurs autres coachs (Noël Tosi, Damien Ott, Lionel Zanini), c’est lui qui est choisi par la Jeunesse Esch qui dispute le premier tour préliminaire de la Ligue Europa face aux Kazakh de Tobol Kostanay. « Jouer la Coupe d’Europe, c’est quand même intéressant. On s’est qualifié (0-0, 1-1), ça reste un bon souvenir. Au tour suivant, on est tombé sur Guimaraes qui était plus fort (0-1, 0-4). »
De retour sur le marché français cinq ans après son départ de Dunkerque, il a peu de possibilités. « Quand tu pars à l’étranger et que tu reviens, en France, tu n’es plus personne. Il a fallu presque que je me reconstruise un nom. »
En novembre 2022, l’appel des dirigeants du FC Balagne (club issu du rapprochement entre le FC Squadra Calvi et le FB Île Rousse en 2018) va changer le cours de sa vie. « C’est une belle rencontre qui est arrivée au bon moment pour moi, résume-t-il. Aujourd’hui, je revis une histoire humaine forte avec des gens vrais. J’aime les gens honnêtes qui avancent et qui ont des valeurs. J’ai trouvé tout ça ici en Balagne, une région magnifique, avec des personnes qui ont une identité et du caractère. Je cherchais ce projet basé sur l’humain pour construire. Construire, ça a toujours été ce qui m’a animé dans le foot. »
Le 31 mai dernier, les Balanins ont conservé leur trophée en battant en finale Corte (N3) grâce à un but de Khalil Gannoun (1-0, 89e), qui a inscrit 30 buts en deux saisons. « Quand il est arrivé chez nous, ce n’était pas le même joueur. On l’a aidé à progresser. Je préviens les autres clubs : il a déjà resigné chez nous ! On a quelques Parisiens comme lui, Chevalier ou Siby. Ça fait un bon équilibre. »

Alex Dupont qui m’a formé et m’a fait jouer mon premier match en pro. C’est quelqu’un qui était proche de ma famille. Il m’a toujours accompagné et a toujours été là pour moi. Comme Francis Smerecki qui a toujours été bienveillant avec moi, notamment dans la carrière d’entraîneur en me permettant d’accéder à certains diplômes. Il y a aussi Guy David qui m’a entrainé au Havre. Il était magnifique humainement. Il passait presque plus de temps à discuter avant et après les matchs qu’à l’entraînement. Ces trois personnes qui ne sont malheureusement plus là aujourd’hui m’ont marqué et ont beaucoup compté pour moi dans l’évolution de ma carrière joueur-entraineur. Ils ont participé à ma formation. Je suis également toujours en contact avec Joël Muller.
Quand j’étais joueur, forcément Carlo Molinari à Metz. Ça a été un président magnifique. 
Je suis proche de beaucoup de gens. J’ai beaucoup de potes mais je vais citer en premier Ludovic Pollet, un ami de 30 ans. On a joué ensemble au Havre et on a partagé beaucoup de choses. Il a toujours été là pour moi et j’ai été toujours là pour lui. Des vrais amis, tu n’en a pas 100 000… Après, j’ai 4-5 amis très forts hors foot, dont un policier et un chef d’entreprise sur Pau. Je suis quelqu’un qui va plutôt vers les gens dont j’ai jamais eu trop de mal à faire des rencontres.













Julien François, c’est plus de 300 matchs de Ligue 2 comme joueur, des montées en Ligue 1 avec le FC Metz, son club formateur (il y a évolué dans toutes les catégories jeunes) et aussi le Gazélec Ajaccio, son club de coeur. Une riche et passionnante histoire d’amour entre lui et le ballon rond, des années au plus haut niveau et surtout une personnalité humble mais pas moins ambitieuse qui ne voue un culte qu’à la victoire.
Fort de son expérience, de sa connaissance et de la rigueur du plus haut niveau, le coach, passé aussi par Tours, Grenoble et Le Havre durant sa carrière de joueur, auparavant adjoint de Jean-Luc Vanucchi ou d’Albert Cartier notamment au Gazélec d’Ajaccio, voulait voir plus grand en arborant la casquette d’entraîneur principal.
« Au départ, sur les deux premières années, on était un peu surdimensionné : la première année, en R2, on termine avec 18 points d’avance, on marque 100 buts, on n’en concède même pas 15. L’année suivante en R1, on monte encore avec 15 points d’avance. Cette année, en N3, c’était peut-être moins évident, mais au final on a été leader de la première à la dernière journée et on a fait un parcours en Coupe de France assez énergivore qui a été autant un tremplin que des difficultés supplémentaires à gérer. »
« Compte tenu de l’effectif à ma disposition pendant les deux premières saisons – une équipe dotée d’une supériorité technique et physique, joueuse, qui aime avoir le ballon, qui a toujours beaucoup marqué -, c’était forcément plus simple. Cette année en National 3 on termine 2e meilleure attaque (53 réalisations derrière le Stade de Reims II et ses 64 buts) et meilleure défense (28 buts encaissés). J’ai toujours plaidé pour un jeu de possession efficace en étant bon dans les transitions. Aujourd’hui, le football moderne se joue beaucoup sur ces axes, avec du pressing et du contre-pressing notamment mais à la fin les qualités individuelles des joueurs font la différence. Quand on a des bons joueurs sans avoir trop de principes de jeu, vous arrivez quand même à vous en sortir. En l’occurrence, à Thionville Lusitanos, on a les deux. On ne concède pas qu’un seul but à l’Olympique de Marseille sans ça ! Contre Annecy c’est pareil, on était mené 1 à 0 et on est revenu avant de passer devant. Aujourd’hui je n’ai aucune prétention à dire qu’on joue comme ci ou comme ça. On joue pour la gagne. »
C’est aussi pour cela que la réussite est totale : à l’USTL, et même si tout va très vite, il y a de véritables ambitions de succès à court terme. « On joue dans un projet dans lequel on est attendu où en terme de résultats on doit répondre de manière rapide. Tout s’est passé très vite mais pour autant nous n’avons rien volé. Forcément, cette montée va s’accompagner avec des niveaux d’exigences et de performances encore plus élevés. J’ai un staff restreint mais j’ai la chance d’avoir avec moi mon adjoint, Stéphane Borbiconi qui est aussi un ancien professionnel (FC Metz) et qui connaît aussi très bien les rouages du foot. On est un peu en décalage avec le monde amateur et avec le niveau de discipline que l’on voudrait insuffler à tout le groupe. Enfin, c’est surtout valable pour moi ! Mais je crois que c’était l’un des souhaits du président (François Ventrici) lorsqu’il nous a incorporés au projet : de vouloir faire les choses de façon très carré, avec une certaine rigueur. Il ne faut quand même pas oublier qu’on entraîne des joueurs amateurs : c’est difficile de demander à des mecs qui arrivent à 19h30 à l’entraînement, qui ont eu une journée de travail avant, d’être aussi performants que ce que l’on aimerait. Finalement, on ne s’en est pas si mal sorti et chacun a donné le meilleur de soi pour réussir. Je me souviens, à mon arrivée à Amnéville, on jouait en 4-3-3 avec un bloc bas pour pouvoir contrer parce qu’on n’était pas dominants et que devant, on avait des joueurs plutôt rapides. Le changement de stratégie s’est très vite opéré dans ce nouveau projet à Thionville où à l’inverse, il fallait prendre notre destin en mains et rentrer dans un rapport de force où on devait être dominateurs. Donc même si on était promu et qu’on arrivait avec plein d’humilité, on avait une belle pancarte dans le dos vu les moyens utilisés. Après le parcours en Coupe de France, on ne pouvait plus se cacher. On a assumé. On perd contre Marseille puis à Reims et Troyes. On a redressé la tête et on a renoué avec une nouvelle série de victoires et plus de régularité. On mérite ce qu’il nous arrive. »
Évidemment, pour s’extirper de sa poule de National 3, Julien François n’a pas pu compter que sur 11 joueurs toute l’année. Il a du trouver les bons équilibres, les bons ajustements pour réussir ce qui peut presque s’apparenter à un exploit tant le cinquième échelon hexagonal est piégeux. Parce que terminer en tête dès la première saison dans un groupe comptant cinq réserves professionnelles (Troyes, Reims, Strasbourg, Nancy et Metz) et des gros morceaux comme Reims Sainte-Anne et Belfort, est un sacré tour de force ! « C’est plus du management mais ça fait partie du métier. Il faut construire en fonction des uns et des autres, s’adapter sans cesse mais la façon dont on cadre notre groupe est forcément la même pour chaque joueur. Ils acceptent de rentrer dans ce moule et doivent faire avec, malgré les impondérables de leurs vies personnelles. C’est pas mal d’organisation. Par contre, pour la semaine en Nouvelle-Calédonie, tout le monde était assez motivé pour se libérer de son travail ! »
Une partie de son groupe a aussi une vie en-dehors du cuir et de l’USTL. « Dans l’effectif, on a un kiné, un professeur de sport, un chauffagiste ou des garçons qui travaillent dans les bureaux, il faut composer avec. C’est le lot quotidien de pas mal d’équipes et quand on est entraîneur, ça demande des capacités d’adaptation et de compréhension afin de faire les bons choix en fonction de ce que l’on voit et de ce que l’on ressent. Il a fallu constituer et forger ce groupe, étudier les complémentarités. On a 24 joueurs avec 3 gardiens et des postes doublés. Avec certains, on travaille ensemble depuis 4 ans et demie (pour ceux qui étaient déjà à Amnéville avec lui), ils connaissent mon fonctionnement. Un tiers de l’effectif de cette année est là depuis la R2, deux tiers depuis la R1, donc ça permet une certaine forme de continuité. Ce sont des joueurs qui se connaissent depuis longtemps, qui sont de la région et qui ont beaucoup d’affinités; ça a aidé à la qualité de ce qu’on a mis en place, c’est un accélérateur de réussite. On surfait sur une dynamique de victoires avant de perdre contre Marseille. On était invaincu depuis la pré-saison. On s’est mis en tête cette exigence et ce principe de gagne. Tous nos attaquants marquent des buts et on n’est dépendant de personne, c’est le collectif qui est mis en avant.»
Si tout le rattache à la Moselle, Julien François s’est trouvé une patrie d’adoption : la Corse. Où il fut joueur au Gazélec Ajaccio entre 2000 et 2002 (il était prêté par Metz) puis de 2013 à 2015. Il y a, dans les faits, commencé et terminé sa carrière de joueur. C’est aussi chez les Gaziers qu’il a débuté en tant qu’adjoint. « J’ai eu une grande chance, celle d’avoir commencé mes carrières de joueur et d’entraîneur dans un club comme ça. Le Gazélec d’Ajaccio, c’est une leçon de vie, une leçon d’humilité et une leçon du tout est possible, dans le bon comme dans le moins bon. C’est un club qui a forgé mes valeurs, qui m’a appris sur moi et sur les autres, qui m’a montré ce que j’aurais pu ou dû faire à certains moments. La descente à l’issue des barrages de Ligue 2 contre Le Mans en 2019 est et restera une cicatrice qui ne se refermera jamais (ndlr : les Corses s’étaient inclinés 2-0 à domicile alors qu’ils avaient remporté le match aller 2-1, avant d’être finalement relégués en National). Quand je rentre tous les étés en Corse, chez moi, j’avoue que 5 ans après, j’ai du mal à relever la tête quand je me balade en ville. Pour moi, ce club est une référence dans le sens où avec peu de moyens, on peut faire des choses extraordinaires. Je me souviens quand j’y suis retournée comme joueur en National là-bas (2013-2014), on était le plus petit budget et on est monté en Ligue 2 ! On n’avait pas de terrain d’entraînement. Une fois que vous êtes passé là-bas, vous ne vous plaignez de pas grand chose. Si vous avez bien compris l’état d’esprit de ce club, vous êtes armés pour tout ce qui « valeurs dans la combativité ». J’avais déjà ce tempérament là et il s’est encore plus affirmé. C’est une expérience qui me sert parce-que je suis très exigeant avec mes joueurs, comme je le suis d’ailleurs avec moi. Je crois que notre réussite actuelle à Thionville, au-delà des qualités du groupe, est aussi dû à ces valeurs là qui sont la base de nos succès. »
« Je suis un entraîneur qui laisse toujours assez de distance avec les joueurs. Je ne suis pas l’entraîneur copain. Je suis rigoureux et exigeant mais j’ai besoin de cette complémentarité avec mon adjoint. Lui est justement plus dans l’humain. L’autre clé, c’est de pouvoir repérer des joueurs qui nous correspondent. Je vais prendre l’exemple d’un Chafik Gourichy que j’ai connu il y a quatre ans à Amnéville qui est un joueur sur lequel j’avais insisté auprès du club pour qu’on le recrute car je connaissais son énorme potentiel. Quand on fait le tour de la région, le tour des matchs, le tour des adversaires, on peut vite cerner les capacités des uns et des autres. Finalement, on a réussi à créer un lien avec les joueurs et les nouveaux se mettent vite au diapason. Ils sont encouragés dans le vestiaire grâce à des relais comme mon adjoint ou mon capitaine. »
« J’entraîne à temps-plein et je voulais un groupe de qualité en capacité de répondre à ces exigences même si on ne s’entraînait que jusqu’à trois fois par semaine jusqu’à l’année dernière. Les niveaux d’entraînement et d’exigence ont progressé année après année. On abordera le N2 de la même manière que les précédentes promotions. Globalement, il y aura un petit tiers de départs et un petit tiers d’arrivées. A ceci près que, comme dit, on va basculer dans un fonctionnement plus « professionnel » avec des entraînements tous les jours, tous les matins. Je sais que cela va condamner certains joueurs qui travaillent mais pour eux, il y aura une ouverture avec l’équipe réserve, même si ce n’est vraiment pas de gaieté de coeur que je vais me séparer d’eux. Ils ont porté le club et mériteraient de continuer. C’est par exemple le cas de mon capitaine, Adrien Ferino, mais c’est quelque chose que j’assume. J’estime qu’on rentre dans un niveau assez supérieur à ce qu’on a pu connaître. La pyramide s’affine et c’est de plus en plus compétitif. On n’a pas de garanties qu’en faisant cela ça va forcément bien se passer, mais on tend vers une forme de professionnalisation. Comme les joueurs, je me suis battu pour qu’on arrive à ce niveau. Désormais, on y est ! Il faut tout mettre en oeuvre à tous les niveaux du club pour être plus compétitif. Cette fois, on sera plutôt sur une moitié de changement plutôt qu’un tiers. »
Pour le coup j’en vois deux ! Il y a le déplacement en Coupe de France cette année en Nouvelle-Calédonie. C’était des conditions de fou, avec un hôtel de malade. On était parti une semaine avant le match. C’était une semaine hors du temps. En plus on a fait un super match (victoire 4-0) contre une équipe qui peut paraître plus petite, mais je n’avais surtout pas envie qu’on aille se faire « rétamer ». J’ai déjà vu des clubs de N2 ou de N3 partir en Martinique ou à La Réunion et revenir avec des souvenirs dans les valises mais sans la qualification. Je retiens la liesse des joueurs à la fin du match. On avait l’impression d’avoir gagné une grande compétition ! Le second, c’est le tour suivant contre Annecy (L2) où cette fois on est chez nous et ce jour-là on fait un match énorme. A la fin on avait l’impression de ne pas avoir fait un exploit tellement les joueurs ont été bons. Beaucoup parleraient du match de Marseille avec le folklore autour, mais en terme de performance sportive, c’était dix fois mieux contre Annecy.
On va rester dans la lignée de tout ce qui a été dit précédemment et de ce match contre le Red Star, donc Ange-Casanova à Ajaccio ! C’est très identitaire comme club donc c’est un stade très particulier avec forcément une atmosphère très particulière. C’est pas un grand stade, c’est pas un stade moderne, mais j’adorais les échauffements avec la musique corse ; c’était quelque chose de très porteur pour moi. Les Corses sont un peuple qui défendent leurs idées, leurs valeurs, comme les Bretons ou les Basques. C’est un environnement particulier, c’est sûr que parfois ça déborde un peu et il n’y a pas que des bons exemples. On ne peut pas le cacher. Quand on va là-bas, on s’invente un peu une vie. J’ai vu des joueurs très gentils sur le continent devenir un peu plus agressifs à Ajaccio. J’ai toujours été un peu comme ça aussi (rires). Pour être honnête, j’ai même le regret de ne pas avoir essayé de jouer en deuxième ou troisième division anglaise pour être dans ce tempérament, dans ce type de football là, à l’étranger.




























Un jour, quelqu’un a dit, « Si Chambly était en Corse, j’y aurais fait toute ma carrière de footballeur ! » Mais Chambly n’est pas en Corse, cette île que Benjamin Santelli, l’attaquant du Sporting-club de Bastia, chérit plus que tout. Cette île qu’il ne quitte que pour effectuer les déplacements sur le continent avec son club, le Sporting-club de Bastia, avec lequel il entretient une relation fusionnelle.
Et comme dans « routard », il y a « tard », c’est sur le tard, à 27 ans, après dix ans passés entre la Division d’Honneur (Régional 1 aujourd’hui) et le National, que le natif de Bastia a découvert la Ligue 2. Non pas qu’au CA Bastia, ce ne fut pas « pro », mais à l’époque, le club voisin sortait à peine d’une saison en Ligue 2 (2013-2014), ce qui lui avait permis de conserver le statut en National.
Il y en a deux. Ce sont deux épopées en coupe de France avec L’Île Rousse et avec le Sporting-club de Bastia. Les deux clubs étaient en National 3 à ce moment-là. Avec Bastia, on avait été éliminés en 8e de finale contre Caen qui était en Ligue 1, j’avais égalisé (élimination aux tirs au but), ça reste un très bon souvenir. Et avec l’Île Rousse, on avait également atteint les 8es de finale après avoir éliminé Bordeaux, en 2014. On avait perdu contre Guingamp (0-2) sur le terrain d’Ajaccio (François-Coty).
Si, si, je les compte, mais en pros, depuis quelques années, depuis que je suis à Bastia, mais dans le monde amateur, je ne sais pas, ce n’était pas forcément comptabilisé au début.
J’avais déjà joué piston gauche avant les années à Chambly, c’était au CA Bastia, avec Stéphane Rossi, parce que j’avais déjà cette polyvalence; le coach me faisait jouer un peu piston, un peu attaquant. Piston, c’est un poste que j’aime bien aussi même si ce n’est pas du tout le même registre que numéro 9, mais je m’adapte, ça ne m’a jamais dérangé.
Non, ça ne me dérange pas, même si mon poste de prédilection, c’est numéro 9. Mais je peux jouer côté, je peux dépanner, même si ne n’ai plus 20 ans et que je ne peux plus enchaîner les matchs pour jouer sur le côté, comme en étant ailier par exemple, encore que, cette année, j’ai beaucoup joué sur le côté. Piston ou ailier, c’est différent, même si beaucoup pensent que c’est pareil. Piston, offensivement, tu apportes, mais tu défends beaucoup plus. Ma polyvalence, c’est un avantage, mais cela peut aussi être un inconvénient dans une carrière.
Avant, c’était le grand pont (rires), quand j’étais devant, je faisais quasiment tout le temps ça, mais aujourd’hui, je n’ai pas un geste technique particulier, je ne suis pas un joueur technique, ce n’est pas mon point fort.
Je suis un mec cool, ouvert, bon vivant, j’ai toujours le sourire, mais je ronchonne un peu pour rien. Mais sans prétention, je rigole tout le temps, je fais souvent des blagues.
Sincèrement, je n’ai pas de regret. Je n’ai pas non plus fait beaucoup de clubs non plus. Je suis parti deux fois à Chambly où je me suis fait deux grosses blessures mais de quitter la Corse et le cocon familial, ça m’a fait découvrir beaucoup de choses. J’ai appris et ça m’a fait grandir sur certains aspects. Et puis, à Chambly, j’ai connu de bonnes personnes. Et aujourd’hui, ce sont des personnes avec lesquelles je suis encore en contact. Donc aucun regret.
Oui, c’est vrai, c’est vrai ! J’avais dit ça dans un article ! Nous, on est très famille, après, je ne sais pas trop comment ça se passe ailleurs, car hormis Chambly, je n’ai pas beaucoup bougé de l’île, et là-bas, quand je suis arrivé, je m’y suis tout de suite retrouvé, car c’est familial. Le club était en construction. J’ai kiffé la mentalité là-bas, même si au niveau du cadre de vie, on est à l’opposé de la Corse. J’ai aimé la mentalité des gens là-haut, et je suis encore en contact avec beaucoup de personnes.
Oui, on reste toujours un club famille car on connaît beaucoup de monde ici, on côtoie beaucoup de gens, tous les jours, mais c’est sur que c’est plus professionnel, c’est logique, sinon, on n’y arrive pas, on n’avance pas. Bien sûr, ce n’est pas la même chose que lorsque je jouais en amateur ou même à Chambly, qui venait de gravir les échelons, et qui découvrait le monde pro. C’est ça la grande différence avec le Sporting : je ne vais pas vous le dire, mais Bastia, c’est un club historique. Il faut que ça soit professionnel et avec un esprit un peu famille.
Oui, j’ai un parcours très atypique, je sais. J’ai commencé dans mon club de village, puis j’ai fait 3 ans en jeunes à Bastia, en 14 ans et 16 ans Nationaux, mais ça ne passait pas : quand j’avais 15 ans, le club ne m’a pas gardé. J’ai rebondi pendant un an en 16 ans Nationaux, au Gazelec Ajaccio, parce que je voulais encore jouer à ce niveau. Puis je suis retourné chez moi, à Ghisonaccia. Et là, à 18 ans, j’ai commencé à jouer en amateur, à l’Ile Rousse, en DH puis en CFA2, puis au CA Bastia en National… Tous les ans, j’ai un peu évolué, je suis parti à Chambly en National, et puis je suis revenu en Corse quand je me suis blessé la première fois là-bas (pubalgie). Avec le Sporting, on fait une super saison en N3 et je repars à Chambly, qui me rappelle, en Ligue 2 ! Le tremplin était important : j’avais 28 ans et je passais du National 3 à la Ligue 2, et là, je me fais les croisés… Je ne vous cache pas que j’ai eu des moments difficiles… Partir, revenir, partir, ça a été dur, mais je ne regrette rien. Je n’avais jamais joué en pro en Ligue 2, j’avais juste été pro au CA Bastia mais en National. Je ne pouvais pas refuser ! Ma carrière, c’est les montagnes russes.
Après les croisés, mentalement, c’était dur, j’avais 28 ans. Aujourd’hui, je suis bien physiquement et, je vais vous dire, sincèrement, je pense que je suis mieux aujourd’hui physiquement qu’à 28 ans. Par contre, à 28 ans, je me demandais comment j’allais revenir de cette grosse blessure, je n’avais jamais connu ça. Mentalement, c’était dur. Et c’est vrai que le fait de revenir en Corse, en N3, la première fois, après ma pubalgie, et d’être dans ce projet de faire remonter le club, ça m’a aidé.
Il y en a quelques-uns ! Dernièrement, je dirais Sébastien Salles-Lamonge (parti au Mexique l’été dernier) : pendant 2 ans, j’ai joué avec lui, et pour un attaquant, avoir un numéro 10 comme ça… C’est le joueur qui m’a fait le plus de passes décisives je pense. Quand je faisais un appel, je savais que j’allais recevoir le ballon dans de bonnes conditions, dans les pieds. Chaouki Ben Saada aussi, même s’il a moins joué.
Je n’ai pas eu beaucoup de coachs, mais je sais où ils sont, comme Stéphane Rossi, qui est à Bourges, Bruno Luzi, avec qui j’ai eu une très bonne relation à Chambly, et qui a démissionné de Compiègne, j’ai eu Benoît Tavenot aussi pendant 6 mois à Bastia-Borgo. Récemment, j’ai revu Christian Graziani, l’ex-coach de l’Ile Rousse, ça reste un ami, je l’ai connu grâce au foot.
La causerie de Stéphane Rossi avant Caen, en coupe de France.
Être un peu plus sérieux, plus professionnel, même quand je jouais en amateur. Plus jeune, je jouais au foot pour m’amuser, même si je voulais réussir et être pro, mais je ne mettais pas de pression. Je me disais que si je ne réussissais pas, j’irais travailler. Je me disais que ce n’était pas grave. En fait, j’aurais dû me donner plus les moyens à cette époque, et peut-être que j’aurais signé pro plus tôt. J’aurais peut-être dû partir sur le continent plus tôt. Mais j’aimais trop la Corse, je n’avais pas envie de partir. Si j’étais parti plus tôt, ma carrière aurait peut-être été différente.
J’aime la chasse, la pêche… ma famille, mes familles, au village, pratiquent ces activités. Je suis né là-dedans. J’aime bien la montagne. Je suis proche de la nature. Les balades, les randonnées… On a l’impression d’être libre, d’être seul au monde. On a la montagne et la mer dix minutes après ici, donc c’est cool, mais je préfère la montagne.