Grand fan de Paolo Maldini, Michael Jordan et Novak Djokovic, l’ex latéral de l’OL et de l’AJ Auxerre (41 ans) confie aussi s’être déjà inspiré de Youtubers pour mener certaines de ses missions à bien. Curieux et ouvert d’esprit, sa soif d’apprendre lui permet de s’adapter, de se développer et de s’épanouir dans son quotidien d’entraîneur.

Par Karel WEIC – mail : contact@13heuresfoot.fr

Photos : FC Limonest/Dardilly/Saint-Didier

Quatre titres de champion de France, 144 matchs de Ligue 1 sous les couleurs de l’OL, Monaco et Auxerre, 14 apparitions en Ligue des champions, un passage en Norvège : Jérémy Berthod a vécu une riche carrière de footballeur. Des expériences que l’ex-latéral gauche met aujourd’hui au profit d’un rôle auquel il continue de se former chaque jour, celui d’entraîneur principal.

Actuellement aux commandes de l’équipe fanion du Football Club Limonest / Dardilly / Saint-Didier en National 2, le champion du monde U17 (en 2001) fait preuve d’assez de sagesse et d’humilité pour grimper les échelons avec patience. Sa nouvelle casquette de jeune coach vissée sur la tête, il est passé par bon nombre d’étapes et a relevé une belle variété de défis en l’espace d’une dizaine d’années.

De Sarpsborg en Norvège aux équipes de jeunes de Domtac (club né en 2022 de la fusion entre Dommartin et La Tour-de-Salvagny) ou de l’OL, en passant également par Ain Sud, le FCLDSD, Villefranche Beaujolais et Hauts-Lyonnais, il a sillonné les divisions françaises avec l’ambition de gravir pas à pas les marches de son « escalier ». Le tout guidé par un mot d’ordre essentiel et revenu à plusieurs reprises au cours de l’agréable entretien qu’il nous a accordé, « l’adaptabilité ».

Interview : « Il faut s’adapter tout le temps ! »

Jérémy, est-ce que devenir entraîneur a toujours été une option évidente ?
Non. Au départ de ma carrière de joueur, je ne pensais pas forcément à ma reconversion. Et puis plus les années passent, plus on commence à se dire que c’est bientôt la fin et qu’il va falloir faire autre chose. Au début, je n’étais pas parti pour être entraîneur parce que je ne me sentais pas avoir les compétences, ni l’envie. Je voulais rester dans le sport, mais d’une autre façon. Et en fait, vers la fin de ma carrière, j’ai commencé à me dire que transmettre ce qu’on m’avait transmis pouvait m’intéresser. C’est pour ça que je suis parti dans le métier d’entraîneur dès la fin de ma carrière de joueur.

« Permettre à des joueurs de réaliser leur rêve »

Vous avez croisé beaucoup d’entraîneurs notables, certains d’entre eux vous ont-ils particulièrement inspiré ?
Je me suis inspiré, et je m’inspire encore aujourd’hui, de tous les coachs que j’ai eus. Que ce soit des sources positives ou négatives, je me sers de toutes les expériences. J’ai été marqué par tous mes formateurs à l’OL, mes entraîneurs en professionnel, en sélection nationale ou même en amateur lorsque j’ai joué ma dernière saison à Domtac. Mais si je devais choisir, je dirais peut-être mes formateurs à l’OL. J’ai réussi à devenir professionnel grâce à mon travail, déjà, mais aussi grâce au travail de ceux qui m’ont formé à Lyon. Quelque part, j’avais envie de leur ressembler et de transmettre comme eux m’ont transmis, de permettre à des joueurs de réaliser leur rêve.

Vous avez eu un parcours de coach assez linéaire, était-ce important pour vous de franchir les paliers progressivement ?
Oui, c’était la stratégie que j’avais mise en place. Si j’avais eu l’occasion d’intégrer un staff professionnel dès la fin de ma carrière, je me serais peut-être posé la question parce que ce sont des opportunités que l’on ne peut pas refuser. Mais comme je ne l’ai pas eu, j’ai pris ce chemin-là sur les conseils, aussi, de mon frère qui a 4 ans de moins que moi et qui est entraîneur depuis une vingtaine d’années dans la région. Il avait donc un peu plus de recul sur la question, et il m’avait conseillé de commencer par les petits échelons, notamment au club de mon village, Domtac, qui est réputé en termes de formation de jeunes et d’éducateurs. C’était une vraie bonne première fois pour me lancer, j’ai pu y faire mes bases et aujourd’hui, j’en suis très content. Pour moi, quelque part, le vrai métier d’entraîneur et d’éducateur est là. Dans ce job-là, il faut s’adapter tout le temps, et c’est dans ces moments-là qu’on apprend le plus. Quand on est dans une structure pro comme c’était le cas avec les U17 à l’OL, on a un terrain complet, les joueurs sont disponibles partout, on a du matériel à foison. On est dans les meilleures conditions, et quelque part, c’est facile. Là on peut vraiment parler de contenu, de tactique, de technique. En amateur, pour tout ce qui touche à l’organisation et à la préparation de séance, on doit s’adapter. Et c’est là où on est le meilleur, je trouve.

« En Norvège, ils aiment se faire mal »

Vous êtes passé par la Norvège, à Sarpsborg. Qu’en retenez-vous ?
J’y suis resté trois ans, et ce qui m’a marqué chez les joueurs norvégiens et scandinaves, c’est leur culte de l’effort. Ils adorent ça, ils aiment faire du sport. Typiquement, j’arrivais de France et j’avais l’habitude que les lendemains de match soient réservés à du repos ou à un décrassage. Là-bas, les joueurs voulaient faire du travail athlétique. Dans la même veine, quand on avait un jour de repos dans la semaine, nous, joueurs français à mon époque, on allait se promener avec femme et enfants. Eux, ils faisaient un autre sport ou ils allaient à la salle. Avant les entraînements, ils se préparent, et après, ils font du renforcement. C’est ce qui m’a marqué, ils aiment se faire mal. Deuxième chose, j’avais trouvé qu’il y avait de très bons joueurs et de très bons jeunes, dans un championnat sous-côté et qui n’est pas très regardé. Je trouvais que les joueurs de National en France avaient peut-être intérêt à aller jouer en Norvège, plutôt que d’être dans des championnats un peu plus inférieurs. En Ligue 1 ou en Ligue 2 norvégienne, on peut se faire une petite carrière très sympa. Sachant que c’est un championnat qui est très regardé en Allemagne, maintenant en Angleterre, au Danemark… Il y a des passerelles, le championnat norvégien ouvre des portes.

Est-ce que cette expérience vous a inspiré dans votre méthode de travail en tant qu’entraîneur ?
Oui, parce que je suis quelqu’un d’ouvert et de curieux. J’ai cherché des bonnes idées partout, je ne suis pas fixé sur mes certitudes. J’en ai, mais je sais que j’ai aussi beaucoup de choses à apprendre. Donc oui, je me suis servi de cette envie de faire du sport, de se surpasser qu’ont les Scandinaves. On le voit aujourd’hui, les études montrent que sur les lendemains de match, on peut pousser le travail athlétique. Et c’est plus à J+2 qu’il faut être un peu plus relâché. Je suis ouvert à tout, je me sers de toutes mes expériences pour me former en tant que coach.

« Avant de gérer des joueurs, on gère des hommes »

Justement, pouvez-vous me parler de votre expérience en tant que coach de la réserve de Limonest ?
Entraîner une réserve, je le conseille et je le déconseille à tout le monde à la fois. Dans le sens où c’est ce peut-être ce qu’il y a de plus dur. Vous êtes toujours tributaire de ce qui se passe en équipe première, des joueurs déçus. Ceux qu’on a la semaine à l’entraînement ne sont pas toujours ceux que l’on a en match avec les redescentes. Mais c’est ultra formateur. Même en termes de management, gérer des joueurs qui descendent de l’équipe première, avoir un projet de jeu, des idées qui doivent être en adéquation avec l’équipe première… C’est compliqué, mais c’est une expérience qui m’a vraiment forgé.

Quelle importance accordez-vous à l’aspect managérial ?
C’est fondamental. Tout est lié, mais c’est pratiquement la première chose à mettre en avant. Aujourd’hui, avant de gérer des joueurs, on gère des hommes. Dans un niveau N2 où c’est quand même précaire, et où chacun a des ambitions sportives, humaines et professionnelles, il faut arriver à concerner individuellement tous les joueurs pour un projet collectif. Et ça, c’est qui est le plus dur, mais aussi le plus passionnant. Il faut être à la fois très bon dans les rapports humains, et que le projet sportif permette aux hommes et aux joueurs de s’épanouir. C’est un travail de fourmi au quotidien. C’est pour cela aussi que j’attache beaucoup d’importance à mon staff (1). S’ils sont performants sur le côté technique, cela va me décharger un peu et je vais pouvoir davantage me concentrer sur mon rapport avec les gars.

(1) Le staff est composé de Romain Durand (adjoint), Guillaume Camors (entraîneur des gardiens), Tristan Dupont (préparateur physique), Alexandre Jay (analyste vidéo), Serge Cros (dirigeant) et Mathieu Bouyer (médical).

À Ain Sud Foot, vous devenez entraîneur principal d’une équipe fanion, en National 3. Avez-vous l’impression de passer un cap à ce moment-là ?
Oui, parce que quand on passe sur l’équipe première, on change de dimension dans le regard des autres, dans l’importance que l’on prend au club, dans les tâches que l’on a à faire. Il y a la relation avec les présidents, le directeur sportif, la gestion d’un budget, le recrutement, la mise en place du projet sportif du club quand on nous le demande… On change complètement de dimension, et c’est super intéressant mais il faut être armé pour. Parce qu’il y a beaucoup plus de choses que lorsqu’on est juste entraîneur – et ce n’est pas péjoratif – des U19, des U20, ou de la réserve. J’étais impliqué à 100% sur le recrutement. Ça s’est très bien passé à Ain Sud, mais ça reste un club de N3 qui n’a pas de recruteur. Il y avait un directeur sportif, mais il avait d’autres tâches au club. On n’a pas de spécialiste, donc on est obligé de se créer un peu notre réseau. J’ai découvert les joueurs qui appellent, les agents qui appellent aussi pour vendre leurs joueurs, il faut arriver à faire confiance aux bonnes personnes… Ce passage à Ain Sud, c’est vraiment un nouveau step, oui.

Dans votre discours, on retrouve vraiment la capacité à être multitâche…
En effet. Je dois créer mon équipe, j’ai un budget plus ou moins annoncé par les présidents. Il faut réussir à se battre pour trouver les bons joueurs, et une fois que c’est le cas, il faut persuader les dirigeants de les faire venir. Généralement, sur les mois de mai, juin et juillet, c’est la pire période pour les coachs, on n’est pas du tout en vacances. On est toujours au téléphone, et on parle très peu de football, de terrain, ce qui est notre job premier. Et moi ce que j’aime, c’est le terrain, pas être derrière un bureau. Mais ça fait partie de notre job, encore plus dans un niveau N2 ou N3, où on doit gérer les transferts, le recrutement, les joueurs, la constitution du staff avant de parler technique. C’est top aussi, quand on est coach. On appelle des joueurs que l’on veut, eux veulent venir ou non, il faut réussir à les convaincre en vendant notre projet de jeu, notre façon de faire. Je ne survends pas les choses, je ne mens pas. Je me livre pour le faire venir, et après ça match ou non.

« J’ai énormément appris aux côtés de Romain Revelli »

Par la suite, vous prenez le rôle d’adjoint de Romain Revelli à Villefranche Beaujolais, en National. Pourquoi ce choix ?
Au départ, je devais rester à Ain Sud. On avait fait une très belle saison. Puis à cause de deux, trois petits soucis en interne, je finis par partir. Et on me propose de devenir adjoint de Romain. Ça a bien matché avec lui. Il y a eu l’argument de la division, je retrouvais le monde professionnel et je grimpais de deux étages. Et puis je suis du Beaujolais, donc j’ai toujours vu Villefranche comme la grande équipe. Le National m’attirait, c’était un championnat qu’on décrivait comme athlétique, très dur. Je ne l’ai pas connu en tant que joueur, et j’avais envie de le découvrir. C’était une opportunité exceptionnelle.

Qu’avez-vous appris aux côtés de Romain Revelli ?
Énormément. Sincèrement, avec humilité, je ne suis pas du tout le même entraîneur avant Villefranche, et après Villefranche. Parce que Romain Revelli m’a amené des choses, m’a transformé. J’étais adjoint, mais j’étais aussi en observation parce que j’étais encore un jeune coach en formation. Et on n’en a pas parlé, mais je pense que quelque part, lui me formait aussi. Adjoint en National à ses côtés, ça vaut trois ou quatre années de numéro 1 sur de la N3. On avait des caractères complètement différents. Lui c’est quelqu’un d’un peu sanguin, méditerranéen – il n’y a rien de péjoratif là-dessus. Moi je suis une personne assez calme, posée. Et le mariage des deux a très bien fonctionné. C’est pour cela que quand il a été mis à pied, je suis parti avec. Je ne me voyais pas du tout continuer sans lui, j’avais vraiment créé une relation d’entraîneur assistant dévoué, qui faisait tout pour qu’il y arrive. Le fait qu’on le fasse partir, c’était aussi un peu mon échec. Humainement et sportivement, dans la façon de manager les joueurs, d’être très précis sur son projet de jeu, je garde huit mois [de grande qualité]. Romain Revelli, c’est un coach que j’aurais aimé avoir quand j’étais joueur.

En mode commando à Hauts Lyonnais

Votre expérience suivante, à Hauts Lyonnais, est encore très différente finalement…
C’est une nouvelle corde à mon arc, avec une arrivée en cours de saison (Ndlr : en National 3), avec un effectif que je n’ai pas choisi et une situation déjà critique. Le club avait six points à la trêve, avait été éliminé de la Coupe de France en 32e de finale contre Toulouse… Je n’avais jamais connu ça, le fait d’être un peu le pompier de service. Il faut avoir un message totalement différent de celui envoyé lorsqu’on construit un effectif, être très porté sur l’humain, et montrer qu’on est engagé à 200 %. J’étais le capitaine du bateau, j’arrivais pour le sauver, et si je montrais le moindre signe de faiblesse, de doute, je n’étais pas la bonne personne. Ça a été cinq mois très intenses, d’ailleurs derrière, j’ai eu les paliers de décompression pendant les vacances. Mais j’étais très frais, je venais de passer six mois sans club, j’avais ce côté revanchard. Ça a été une opportunité exceptionnelle, dans un club qui m’attirait aussi par son côté familial. Je m’étais mis en mode commando, avec des certitudes sur la manière dont j’allais y arriver. J’étais tellement convaincu, et je suis arrivé avec un plan tellement défini et préparé, qu’il a fini par se dérouler.

Avez-vous senti une connexion rapide avec votre groupe ?
Oui, ça a pris rapidement. J’ai fait des choix de joueurs, on m’a permis d’en faire venir deux de l’extérieur. J’ai embarqué mon staff sous le contrôle du président Lacand qui a aussi eu un rôle très important dans le maintien. J’étais parti dans l’idée de donner de la liberté aux joueurs, de leur faire confiance, mais sous contrôle. Qu’ils se lâchent, qu’ils comprennent que ce qu’ils pensaient impossible était en fait possible avec le travail, l’exigence, le lâcher prise. On a écrit une histoire pendant cinq mois, c’est la nôtre avec les joueurs et le staff. Quand on se revoit, on en parle. Il y avait un fil conducteur, je m’étais inspiré d’un documentaire que mon fils m’avait montré sur le Youtuber qui a gravi l’Everest. C’était impossible pour lui, et il y est arrivé. On a fait le parallèle tous les jours pendant cinq mois, avec des flashbacks, en utilisant des vidéos à lui, dans mes causeries. C’était tellement fort et intense pendant cinq mois, qu’on est liés grâce à cette histoire.

« Mon projet de jeu, c’est l’efficacité »

Quels sont vos principes de jeu ?
Je suis un peu hybride. Tout le monde veut bien jouer au ballon, faire des passes. Mais dans le football, il y a un adversaire, le niveau des joueurs, le groupe de joueurs qu’on peut avoir en fonction de nos capacités économiques, le niveau de la poule… Plein de paramètres entrent en compte. On parle de projet de jeu, de ce qu’on veut mettre en place, mais il y a une réalité. Le mot pour décrire mon projet de jeu, c’est l’efficacité, à la fois défensive et offensive. Je veux une équipe, comme le disait Alain Pochat (actuel entraîneur de l’Aviron Bayonnais en N2), un peu caméléon. Qui est capable, sur un match où l’adversaire est supérieur, de défendre en bloc bas et de partir sur des transitions, mais aussi d’avoir la possession sur un match où l’on est mieux. Je n’ai pas un projet de jeu clairement défini. Ça vient peut-être de mon profil, je n’étais pas le plus rapide donc je compensais par l’aspect tactique, l’intelligence de jeu. Donc je veux des joueurs capables d’être intelligents, d’attaquer et de défendre dans n’importe quel système. C’est du travail à intégrer mais je sais que le club me laisse le temps, et j’en passe beaucoup sur les séances pour travailler ça.

Vous avez toujours entraîné dans la région rhodanienne, c’est un souhait ?
Je ne me suis jamais posé la question pour le moment. J’ai toujours eu des opportunités dans la région. Et sur la région Auvergne Rhône-Alpes, il y a énormément de bons clubs qui évoluent à un niveau intéressant. Je n’ai jamais eu l’occasion d’aller entraîner ailleurs en France, on ne m’a jamais demandé et je n’ai jamais postulé non plus, parce que je ne sais pas faire. J’ai des enfants qui ont 6 et 13 ans, bouger avec eux aujourd’hui, cela risque d’être un peu plus compliqué. Dans l’idée, si je me faisais un plan de carrière avec mon épouse, on resterait dans la région à court, moyen terme. Et une fois que les enfants seront plus grands, on pourra bouger sans eux, ça peut être un projet.

« Mon objectif va être de passer le BEPF »

Quels diplômes possédez-vous ? Souhaitez-vous en obtenir d’autres ?
J’ai passé le DES il y a quatre ans, on était une belle promotion de la région Rhône-Alpes avec Laurent Combarel, Romain Reynaud, Andréa Damiani, Florent Balmont… On était tous ensemble. L’objectif va être de passer le BEPF. Je ne sais pas quand, mais c’est quelque chose dont j’ai envie, je sais que j’ai encore des choses à apprendre. Il y a le côté immersion dans un club ou au contact de personnes, mais il y a aussi le côté formation avec la Fédération qui est important pour échanger avec des stagiaires et avoir ce diplôme qui nous permet de postuler plus haut.

Comment s’est déroulé votre retour au FC Limonest DSD ?
Franchement, ça a été un tiraillement. Ça a été très dur, mais une personne a été exceptionnelle, c’est le président Bruno Lacand de Hauts-Lyonnais. Il m’a fallu une semaine pour lui annoncer que le club de Limonest m’avait contacté pour prendre la suite et que j’avais envie d’y aller. Mais l’aventure que j’ai connue avec Hauts-Lyonnais me donnait vraiment envie de rester. Même si c’était une mission à court terme, j’avais commencé à poser des bases pour l’année suivante et je m’entendais très bien avec le staff, je sentais qu’on pouvait surfer là-dessus. En même temps, Limonest, j’y avais déjà été sur la réserve, je voulais être avec l’équipe première, il y avait la proximité avec la maison et puis le niveau de pratique. C’était la suite logique, pour moi, d’être numéro 1 sur de la N2. Dans mon escalier, c’était la marche suivante. Quand je l’ai annoncé au président Lacand, il m’a dit qu’il s’y attendait et qu’il comprenait tout à fait mon désir d’aller voir à l’échelon du dessus. Je me suis fait mal à l’estomac pendant une semaine alors qu’en face de moi, j’avais une personne compréhensive et qui pense au bien des personnes avant le sien.

« On n’est pas du tout largué en N2 »

Ce niveau National 2, est-il vraiment aussi élevé que ce à quoi vous vous attendiez ?
Oui et non. Si je faisais ma conférence de presse de début de saison aujourd’hui, je dirais que c’est encore plus dur que ce à quoi je m’attendais. Mais ce qui est paradoxal, c’est que je ne m’attendais pas à ce qu’on ait ce niveau-là et à ce qu’on rivalise autant avec tout le monde. Je m’attendais à ce qu’on soit peut-être en difficulté, mais on ne l’est pas du tout, hormis ce récent match contre Istres (ndlr : le 18 octobre, Limonest s’est incliné sur le score 4-1) où je n’ai peut-être pas été très bon avant la rencontre. Si on gagnait, on était 5e, donc j’ai commencé à parler un peu de classement aux joueurs. Mais on a perdu, et on est avant-dernier (ndlr : avec le point pris face à Saint-Priest, Limonest est actuellement 14e sur 16, à 3 points du 7e). On n’est pas largué du tout, le début de championnat est plutôt intéressant. Contre Cannes (1-1), on encaisse le but égalisateur à la 97e, mais je ne vois pas pourquoi il y a sept minutes de temps additionnel. On a perdu contre Saint-Maur chez nous (0-1) sur un « csc », mais ils n’ont pas vraiment eu d’occasion, on s’est incliné à Nîmes (2-0) qui est un club historique. Mais on a aussi fait un super nul à Hyères (1-1), on est allé gagner 1-0 à Andrézieux. Sur cette récente défaite face à Istres, on a été battu parce qu’on n’était pas à 100 %. Ce que je remarque, c’est qu’on est une équipe jeune, qui se découvre, dont beaucoup de joueurs découvrent le niveau. Et le jour où on n’est pas tous à 200 %, on perd et on n’a pas de marge. Le constat, c’est ça. On le sait, les joueurs sont déjà concernés et doivent être encore plus dans l’optique d’être toujours à fond. Dans le foot, depuis quelques années, en N3, R1, R2, R3, tout le monde peut battre tout le monde. C’était moins vrai avant.

En tant qu’entraîneur principal de l’équipe fanion, ressentez-vous plus de pression ?
Il y a forcément des attentes, mais c’est normal, c’est un club qui monte. J’aime à rappeler aux gens qu’on est un promu qui a fini premier l’an passé, et je félicite d’ailleurs le club et Romain Reynaud (coach la saison passée), je sais à quel point c’est dur de monter. Mais ce n’est plus du tout le même championnat. Des matchs, on en gagnera, mais on en perdra aussi et on en a déjà perdu. Il ne faut pas s’attendre, à chaque match à domicile, à voir l’équipe gagner, et si elle est dixième, penser que ce n’est pas normal parce qu’elle a été première la saison dernière. Aujourd’hui, c’est différent. Donc oui, il y a des attentes des supporters, des licenciés, du club qui veut rester en N2, mais sans cette pression. Je sens un environnement, notamment les présidents et le directeur sportif, qui sont venus me chercher. Quelque part, je devais prolonger à Hauts-Lyonnais normalement, j’étais parti là-dessus. Et s’ils sont venus me chercher, c’est qu’ils ont confiance en moi et dans le projet. L’objectif, c’est de pérenniser le club en N2 avec ma vision de l’équipe et du sportif. Si c’est moi qui met les choses en place, ça veut dire que je suis là pour un petit moment. Ça donne confiance quand on est coach, parce qu’on voit qu’il y a une confiance des présidents et que c’est sur la durée. Ce qui est dommageable dans ce milieu-là, c’est que lorsqu’on est entraîneur, on ne peut pas emmener son projet parce que ça demande du temps et qu’on ne nous en laisse pas. On n’est pas nous, parce qu’il faut des résultats tout de suite.

Jérémy Berthod, du tac au tac

Votre meilleur souvenir sportif ?
Mon premier titre de champion de France avec l’OL.

Votre pire souvenir sportif ?
La descente en Ligue 2 avec l’AJ Auxerre.

Combien avez-vous reçu de cartons rouges dans votre carrière ?
Un seul, contre Montpellier, de monsieur Piccirillo. C’étaient deux jaunes : le premier, je mets une semelle à Belhanda, et le deuxième, je gagne du temps sur une touche. Je ne voulais pas, mais c’est mon pote Benoît Pedretti qui est au milieu et qui m’envoie le ballon un peu mollement, je me retrouve à devoir jouer la touche doucement.

Si vous n’aviez pas été footballeur, qu’auriez-vous fait ?
Journaliste de sport ! J’adore le sport, je les adore tous. Avec mon frère, on regarde toutes les compétitions sportives, on a toujours fait ça avec mon père et encore aujourd’hui avec mon frère, on en parle tout le temps.

Vos qualités et vos défauts sur un terrain ?
En qualités, je dirais la technique et l’intelligence de jeu. Et en défauts, le côté athlétique, la vitesse et la confiance en soi.

Et dans la vie de tous les jours ?
Ma qualité, la générosité. Et en défaut, je peux être lunatique.

Le club où vous avez failli signer ?
J’avais eu Frédéric Antonetti à l’époque de l’OGC Nice. J’étais à l’OL en 2005 ou en 2006, il m’avait dit qu’il faisait signer Bakari Koné et que le futur stade arrivait. J’étais très intéressé, parce que c’était l’époque où je jouais moins à l’OL, mais je n’avais pas signé là-bas.

Le club dans lequel vous auriez rêvé de jouer ?
Le Milan AC. Avec Paolo Maldini, mon idole.

Le meilleur match de votre carrière, d’un point de vue performance ?
Le derby OL – ASSE qu’on gagne 3-2 à domicile (ndlr : le 26 février 2005).

Et le pire ?
Alors celui-ci, je peux répondre tout de suite. Metz – Lyon, en 2004 ou 2005 (ndlr : le 22 août 2004, score final 1-1). En face, ils avaient un joueur qui n’était pas très connu à l’époque, Franck Ribéry. Il m’avait fait très-très mal. D’ailleurs, à la mi-temps, Paul Le Guen m’avait dit “Jérémy, on arrête là” et j’avais répondu “Oui, merci”. J’étais sorti à la pause, c’est vraiment le match où j’ai été catastrophique. Mais en face, il y avait quand même un mec monstrueux et qui m’avait rendu catastrophique. Quelque part, même si j’avais été bon ce jour-là, ça aurait été compliqué de l’arrêter. Et quand on voit sa carrière après, franchement… Il partait de très loin, il arrivait lancé, moi je n’étais pas sur mes appuis, il passait à droite, à gauche, c’était très compliqué.

Un stade et un club mythique ?
Le club, le Milan AC. Et pour le stade, j’ai été très marqué par le Celtic Park quand on est allé y jouer avec l’OL en Ligue des champions. Quand on s’échauffe, il y a 10 000 personnes, quand on revient, il y en a 80 000 avec une ambiance de fou. Je n’ai jamais joué dans un stade anglais, comme celui de Liverpool (ndlr : Anfield), mais l’ambiance écossaise, c’était très costaud.

Si vous deviez citer un coéquipier marquant ?
J’ai toujours adoré être le coéquipier de Sylvain Wiltord. Quand il arrive à Lyon en provenance d’Arsenal, pour moi c’est le joueur que j’ai vu marquer à l’Euro 2000 contre l’Italie à la télévision. Et il est assis à côté de moi dans le vestiaire, c’était quelque chose d’extraordinaire pour moi. C’est quelqu’un qui est exceptionnel avec les jeunes, et un leader d’entraînement comme j’en ai rarement vu. Toujours avec le sourire pendant les séances, toujours à remercier le centreur lorsqu’il faisait des reprises à la fin, à remercier les gardiens d’être resté. En termes de leadership, de charisme, d’homme, il était exemplaire dans tout ce qu’il faisait.

Vous diriez que vous étiez un joueur plutôt comment ?
J’allais dire besogneux, comme je le dis à mes joueurs, ce n’est pas forcément péjoratif… Non, je dirais un joueur fiable, engagé et collectif.

Et un entraîneur plutôt comment ?
Juste, passionné et curieux, ouvert d’esprit.

Votre idole de jeunesse, c’est donc Paolo Maldini ?
Ça a été mon idole, j’ai joué contre lui et j’ai eu son maillot grâce à John Carew qui le connaissait après notre élimination avec l’OL face au Milan AC. Il y a aussi Michael Jordan, et aujourd’hui, je suis obligé d’en parler parce que si mes joueurs, mon staff, et ma famille voient que je ne l’ai pas évoqué dans l’interview (rires)… Je peux également citer Novak Djokovic. Ce n’était pas forcément dans ma jeunesse, parce qu’il a commencé sa carrière en même temps que moi. Mais s’il y a vraiment une personne que j’aimerais voir au point de payer pour, c’est bien Djokovic. Hors foot, c’est le numéro 1 incontesté pour moi.

Donc entre les trois monstres du tennis, votre choix est fait ?
Il n’y a pas débat. Il y a Nadal, il y a Federer, mais il y a Novak. Il faut savoir qu’avec un collègue, je prends des places pour Roland-Garros, pour le Paris Masters 1000 tous les ans pour le voir. Je suis un fan absolu.

Dernière question, le club de Limonest en quelques mots ?
C’est un club qui est en perpétuel progrès, en perpétuelle expansion. Avec des bénévoles au top, qui aident les éducateurs au quotidien et pendant les matchs. C’est un club à la fois familial et ambitieux, tout en gardant l’humilité d’un club de village dans un territoire lyonnais où il y a de la concurrence.

National 2 (J10) – samedi 8 novembre 2025 : GFA Rumilly (1er) – FCLDSD (14e), à 18h au stade des Grangettes 1.

  • Texte : Karel WEIC / X @KarelWeic / mail : contact@13heuresfoot.fr
  • Photos : FC Limonest DSD
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Le coach charentais le dit lui-même : il est « impulsif et volcanique ». Sur le banc, il renvoie parfois une image éloignée de celle qu’il affiche au quotidien, et qu’il combat. Son expérience et son admission au BEPF, où il s’enrichit et revisite les outils de formation, doivent l’aider à progresser. Après tout, à 54 ans, il n’est jamais trop tard !

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : ACFC

David Giguel est né un vendredi 13. Mais cela n’a rien à voir avec le football et cela n’a eu aucune incidence chez lui en termes de malchance ! « Je considère même que ça m’a porté bonheur, et ma belle-mère est né un vendredi 13 aussi ! » Quand on lui demande son âge (54 ans, 55 le 13 novembre prochain), il aime bien raconter cette anecdote. Parce que ça l’amuse. D’ailleurs, au cours de cet entretien matinal de près d’une heure en visio – rendez-vous à 7h15 devant l’ordi, café à distance ! -, le natif de Louviers (Eure), une petite ville de 20 000 habitants située entre Rouen et Évreux, a semblé bien s’amuser.

Détendu, convivial, ouvert, cool, David Giguel a souvent rigolé, à la fin d’une question, ou à la fin d’une réponse. Un petit moins quand même lorsque l’on a abordé son caractère « impulsif et volcanique » – c’est lui qui le dit – notamment sur le banc, et l’image qu’il pouvait renvoyer.

Au fil de l’entretien, débuté par le « tac au tac », histoire de raviver ses souvenirs de joueur et aussi d’entraîneur (1), les membres de son staff technique sont arrivés et se sont installés dans le bureau pour préparer la séance du matin (2). Cela aurait pu rendre la suite de notre entretien moins « intime » mais leur présence n’a en fin de compte eu aucune incidence sur son côté naturel. Le coach d’Angoulême, qui répète souvent « C’est top », est resté tel qu’il est : cash. Jamais il n’a manipulé la langue de bois.

Angoumoisin jusqu’en 2028

En février dernier, le Normand, arrivé sur le banc de l’ACFC (Angoulême Charente Football-club) en 2021, a signé un nouveau bail qui le conduira – en principe – jusqu’en 2028 ! Ce qui ferait une belle longévité de 7 saisons au stade Lebon. Un septennat ! Et c’est déjà beaucoup, surtout dans le contexte actuel. Mais avec l’obtention de son diplôme professionnel en 2026 – il suit actuellement la formation du BEPF à Clairefontaine (3) -, qui dit qu’il n’aura pas des envies d’ailleurs ? Des envies de plus haut ? La question lui a été posée. Vous lirez sa réponse, plutôt surprenante.

Pour l’heure, le coach est focus sur sa mission : obtenir un maintien rapide en National 2 avec Angoulême, avant de viser mieux et pourquoi pas jouer les trouble-fêtes en haut du tableau. Le départ canon de son équipe, leader après 4 journées (10 points sur 12), a laissé entrevoir de réels espoirs, mais par la suite, le rythme a quelque peu baissé (4 points sur 12), avec deux revers en quatre matchs, dont un à domicile contre Avranches. Franchement rien d’alarmant. Hier soir, l’CFC a renoué avec le succès face à Saint-Malo (1-0).

Interview : « Dès fois, ça sort tout seul ! »

David, dans un an, avec l’obtention du BEPF, vous serez éligible aux étages supérieurs au N2, et vous avez signé à Angoulême jusqu’en juin 2028… Y-a-t-il une ambition de votre part d’aller en pro avant la fin du contrat si l’occasion se présente ? Y-a-t-il un « gentleman agreement » avec Angoulême ?
En fait, quand j’ai signé ma prolongation de 3 ans à l’hiver dernier, le club voulait me donner 2 ans. C’est moi qui ai insisté pour avoir une 3e année. Si le club est satisfait de moi, si les résultats sont bons, si on a envie de continuer l’aventure ensemble, je ne vois pas pourquoi je quitterais Angoulême en cours de contrat. L’idée, c’est que l’on aille ensemble au bout, qu’on mette tout ce qu’il faut pour avoir les meilleurs résultats possibles.

Après, si je suis allé au BEPF, ce n’est pas uniquement pour entraîner une équipe professionnelle, c’est aussi pour chercher des contenus de formation, car cela faisait longtemps que je n’en avais pas suivis, même si au Qatar j’ai eu des possibilités de le faire, mais depuis mon retour en France (en 2014, à Dieppe, en CFA), je n’ai plus eu de formation. Et puis je pense que le BEPF sera un diplôme peut-être pas obligatoire mais nécessaire pour garder du boulot aussi en National 2, parce qu’on voit bien qu’il y a beaucoup d’entraîneurs qui sont allés au BEPF lors des dernières sessions et qui sont aujourd’hui en N2, en N3, voire sans club.

Voilà, quelque part, c’est comme d’aller au bout du process, j’ai passé tous les diplômes, à partir du « formateur ». Je sais aussi que quand on arrive à mon âge, même si je considère que je suis encore jeune, des opportunités pour aller en Ligue 1 ou en Ligue 2, si ce n’est pas adjoint, il va falloir que je me dépêche, que j’ai beaucoup de réussite, que les planètes s’alignent rapidement, parce que c’est compliqué d’aller dans ce monde-là. Je suis bien à Angoulême. Après, dans le foot, vous savez très bien que ce sont les résultats qui conditionnent tout. Donc demain, si on est amené à avoir de mauvais résultats, on verra ce que décide le club ou ce que l’on décide peut-être ensemble ou alors ce que je décide tout seul si je sens qu’il y a eu une usure. Mais aujourd’hui, ce n’est pas d’actualité. Je viens chaque matin au club avec autant d’envie et de passion.

Et de très bonne heure apparemment…
J’arrive toujours entre 7h et 7h30. On démarre à 7h30 / 7h45. On a des journées denses. Le soir, selon les gars, selon les emplois du temps, on part entre 17h30 et 19h30.

Comment ça se passe avec les collègues au BEPF ? En connaissiez-vous certains déjà ?
Je connaissais Stef’ Dief (Le Puy, National) et Stef’ Masala (Chambly, N2, ex-entraîneur des Herbiers et finaliste de la coupe de France en 2018), que j’avais croisés en National 2. Je connaissais de nom ceux qui étaient dans les clubs pros. Je suis souvent avec Gueïda (Fofana) qui est Normand comme moi, on s’est un peu plus rapproché, je ne le connaissais pas, on est souvent l’un à côté de l’autre. Mais tout le monde est très ouvert, désireux d’apprendre, que ce soient ceux qui viennent du monde amateur ou du monde pro comme Damien Perinelle, Jordan Galtier ou Gueïda. En fait, dans cette session, tout le monde a envie.

Débuts d’entraîneur à Marmande

Ce métier d’entraîneur, c’est venu comment ?
En fin de carrière, j’ai joué en CFA (N2) à Dieppe mais j’avais envie d’autre chose, et le club de Marmande cherchait un responsable technique des jeunes et aussi un entraîneur pour sa réserve, qui était en DSR (Régional 3) à l’époque. J’ai passé deux entretiens, j’ai été pris, et c’est là que j’ai pu me consacrer à l’encadrement, même si au départ j’avais la double casquette d’entraîneur-joueur en réserve. On est monté de R3 en R2 (DHR).

C’est donc là qu’est vraiment venue cette envie d’entraîner ?
J’ai passé le Brevet d’État à 23 ans quand j’étais joueur au FC Rouen, et puis Daniel Zorzetto, le coach, avait imposé que les joueurs du centre de formation encadrent des équipes de jeunes. Je me suis pris au jeu, ça m’a plu. Et dans les clubs où je suis passé ensuite, j’ai continué. C’était naturel pour moi ensuite de me diriger dans cette voie.

Vous avez connu pas mal de coachs, certains vous ont forcément marqué…
Il y a toujours des choses bien à prendre chez tous les entraîneurs et d’autres choses que je ne ferais pas non plus, mais celui qui m’a vraiment marqué, parce que je l’ai eu au centre de formation puis en pro, à Rouen, c’est Daniel Zorzetto. D’autres aussi m’ont marqué, comme René Le Lamer, Nasser Larguet, un formateur exceptionnel et un mec top aussi. Même quand j’étais à Doha, j’ai rencontré des top coachs, des Hollandais, des Portugais. J’ai pris des choses chez chacun d’eux et j’essaie de les remettre à ma sauce. Je ne me suis pas quelqu’un qui se dit, « Le foot c’est comme ça et pas autrement, pour réussir, il faut prendre cette voie-là », non…

« J’aime ce que fait Franck Haise »

Qui sont vos inspirateurs aujourd’hui ?
J’aime ce que fait Franck Haise (Nice), ce que fait le coach de Strasbourg Liam Rosenior aussi, ce que fait Gasperini à Rome et déjà ce qu’il faisait à l’Atalanta Bergame, Guardiola, Klopp… C’est ça qui est bien dans le foot, il y a plusieurs moyens de réussir, d’obtenir des résultats. Je m’inspire de tous les mouvements, je les remets à ma sauce, avec l’idée que mon équipe soit la plus performante possible dans le plus de domaines possibles afin d’être le plus imprévisible possible.

C’est pour ça que vous aimez bien surprendre vos adversaires, que vous n’êtes pas figé sur un système ?
C’est vrai que je ne joue pas tout le temps avec le même système (rires). Après, on peut mettre un système sur le papier et ensuite, tout dépend comment on l’anime. Il ne faut jamais oublier que ceux qui font les résultats, ce sont les joueurs. Pas le coach. Les joueurs sont les plus importants. J’avais un débat justement avec Francky (Haise) quand on était joueur à Rouen (lire le « Tac au tac » plus loin), il me disait qu’il fallait que l’entraîneur soit bon, qu’il soit pour 40 % dans les résultats de son équipe, et je lui disais qu’avec 20 %, déjà, c’était bien. Je crois que depuis, il est d’accord là-dessus. Si tu n’as pas les joueurs, tu peux être Garcimore (un magicien dans les années 70 célèbre à la TV, Ndlr), il faut être capable de développer et de tirer la quintessence de ton groupe de joueurs, mais au bout d’un moment, il y a des limites quand même.

Vous n’auriez donc pas de système préférentiel ?
J’aime bien le 4-3-3 quand même, avec une pointe basse, mais parfois, je fais autre chose, par rapport à ce que j’ai vu dans la semaine aux séances, ou par rapport à l’adversaire. On a beaucoup joué comme ça cette année, mais j’ai le souvenir aussi que, la saison passée, au Puy, on a joué avec six défenseurs (rires), quatre dans l’axes et deux sur les côtés, et ça avait beaucoup énervé Stef’ Dief, le coach (camarade de promotion cette année au BEPF). On avait eu beaucoup de réussite et un grand gardien ce soir-là, on avait gagné 1 à 0 à la dernière minute sur penalty !

« Ce n’est pas l’image que je veux renvoyer »

Soir de victoire de l’équipe de National 2 !

La transition est trouvée : vous aviez énervé le coach adverse mais parfois, c’est vous qui êtes énervé, excité sur le banc… Avez-vous conscience que l’image renvoyée au bord du terrain n’est pas forcément toujours bonne, que votre réputation en pâtit ?
Oui, et ce n’est pas ce que je voudrais… J’essaie de m’améliorer. Je pense que ça va mieux quand même aujourd’hui, mais je ne peux pas vous dire l’inverse, je suis quelqu’un d’assez impulsif, volcanique parfois. J’essaie avec l’expérience de mieux me maîtriser parce que ce n’est pas l’image que je veux renvoyer non plus, d’autant que ce n’est pas comme ça que je suis à l’extérieur. Vous me parliez de l’entraîneur de Grasse (Loïc Chabas), contre qui on a joué la saison passée, eh bien avant le match, on a discuté, ça s’est très bien passé, et pendant le match, c’était beaucoup moins bien (rires).

D’où vient ce côté « impulsif et volcanique » ?
J’étais déjà comme ça quand j’étais joueur, hargneux, avec un caractère pas facile, donc c’est un trait de mon caractère. Est-ce que c’est inné ou est-ce que c’est mon enfance qui a fait que je suis devenu comme ça ? Je ne sais pas. En tout cas, quand je vois le résultat, c’est sûr que je n’ai pas envie de donner cette image. J’essaie de prendre sur moi, d’être beaucoup moins impulsif, de prendre du recul par rapport aux événements qui se produisent sur le terrain. Ce n’est vraiment pas l’image que je veux renvoyer aux autres, aux éducateurs du club, aux gens qui viennent nous voir au stade. J’essaie vraiment de diminuer ce trait de mon caractère. J’aimerais que cela n’arrive plus.

« On doit avoir ce devoir d’exemplarité »

À la formation du BEPF, c’est quelque chose qui est évoqué ?
Oui, on en discute aussi, on a Chloé Leprince, de la FFF (psychologue et chercheure en sciences du sport), qui intervient avec nous, nous responsabilise, nous amène des outils pour que l’on puisse mieux gérer ça, mieux contrôler nos émotions, d’autant qu’on demande la même chose aux joueurs, de contrôler leurs émotions. Et si on veut qu’ils répondent, on doit avoir ce devoir d’exemplarité qui est important, et qui devrait nous caractériser plutôt que d’avoir ces attitudes comme celles évoquées.

Avez-vous déjà vu des images de vous en train de vous énerver ?
Ah oui, oui, plein de fois… En fait, les coachs que tu rencontres avant le match, ce sont des gars comme moi, souvent cool, sympas, alors ça ne sert à rien de s’insulter pendant 95 minutes, de s’invectiver, alors que l’on fait le même boulot, que l’on a les mêmes contraintes, les mêmes problèmes. Quelque part, c’est vraiment con. Par contre, moi, après le match, c’est terminé, je peux discuter avec un coach adverse, j’arrive à switcher, je retrouve le calme, je passe très vite à autre chose. Mais quand même, c’est sûr, il ne faudrait pas faire ça, on est de la même corporation. Quand on se voit dans les formations, ça se passe très bien en plus, on va boire des coups ensemble. Avec Stef’ Dief et Stef’ Masala (entraîneur de Chambly), qui sont à la formation du BEPF avec moi, on s’est « traité » pendant nos matchs, alors que j’échange avec eux en dehors du cadre du match où il y a de la tension; ce sont de supers gars, donc quand quelque part, c’est stupide. J’avais lu l’entretien que vous aviez réalisé avec Stef’ (Dief), parce que je m’étais embrouillé avec lui, et il en parle. Je sais qu’il consulte.

Et vous ? Vous consultez ?
(Rires) Non, non, ni préparateur mental, ni psy, mais je ne dis pas que ce n’est pas bien de le faire, au contraire. Je pense que c’est utile. J’ai eu des entretiens avec Chloé Leprince, elle m’a amené des choses, donc ce serait peut-être une solution. J’essaie déjà de me contrôler, de mettre des mécanismes en place avant les matchs notamment, et même aux entraînements, parce qu’il m’est arrivé d’être volcanique aux séances aussi alors que cela ne servait à rien non plus, il y a d’autres moyens pour résoudre les problèmes. Donc ces outils, j’essaie de les mettre en place. Peut-être qu’un jour, j’irai consulter. Je sais que ça fait partie des méthodes.

« L’image fait partie de la panoplie de l’entraîneur »

Indépendamment de votre caractère, vous êtes quelqu’un qui parle facilement, et sur le terrain, vous parlez aussi beaucoup…
Exactement (rires) ! Je parle beaucoup sur un banc, dès fois ça sort tout seul, alors que ça ne devrait pas !

Mais de trop parler, est-ce qu’il n’y a pas le risque d’énerver aussi vos joueurs ?
Les joueurs disent rarement quoi que ce soit ou ce qu’ils pensent de vous. Il y a toujours cette frontière. Je vous dis, j’essaie vraiment de mettre en place des choses pour m’améliorer, parce que je sais que cela fait partie de la panoplie de l’entraîneur, parce qu’aujourd’hui, l’image est importante. D’ailleurs, pour moi, elle est même devenue trop importante. La communication, l’image, ce que vous renvoyez en dehors de ce que vous mettez en place dans les séances de travail et dans les matchs, c’est vraiment devenu un domaine que l’on ne peut pas négliger; je vois bien qu’il y en a certains qui se vendent plus avec leur image qu’avec leurs compétences.

On a l’impression qu’avec vous sur le banc, affronter Angoulême, c’est un peu comme monter sur un ring de boxe… Et puis, vous l’avez dit vous-même : joueur, vous étiez hargneux; votre équipe est à votre image, non ?
(Rires) Je crois que la boxe, on l’appelle le notre art, non ? Donc les deux sont conciliables ! Je peux avoir une équipe qui met beaucoup d’agressivité dans le bon sens du terme quand elle n’a pas le ballon. Regardez le PSG, dont on parle beaucoup aujourd’hui, c’est une équipe qui instaure un pressing de tous les instants, qui fait beaucoup de « un contre un » dans la moitié adverse du terrain, ce qui fait que si vous n’êtes pas dans le duel, dans le combat, eh bien le ballon, vous ne le récupérez jamais, surtout dans ce type de système. Je peux demander beaucoup de choses dans le duel à mon équipe mais aussi d’être capable de bien utiliser le ballon. Nous, à Angoulême, c’est ce qu’on essaie de faire depuis au moins 3 ans : améliorer nos attaques placées, notre capacité technique d’utilisation du ballon et être capable de déséquilibrer nos adversaires.

« La descente en N3, l’an passé, on y a tous pensé ! »

La saison passée, Angoulême a, à la surprise générale, évolué dans la poule Sud de N2 : c’est quoi la différence avec la poule ouest, que vous avez retrouvée cette saison ?
L’an passée, la chose la plus importante, c’était les déplacements, qui ont vraiment impacté notre fin de saison. Je pense que si l’on avait eu moins de déplacements lointains, on aurait mieux terminé, on aurait attrapé une meilleure place que la 6e. Sinon, le N2 du sud est composé d’individualités que l’on ne retrouve pas dans l’ouest, même s’il y a de très bons joueurs aussi, mais dans le sud, ils en ont plein quoi (rires). Dans tous les clubs, il y a des gars qui peuvent faire des différences, notamment devant. C’est impressionnant. Mais c’est plus équilibré et mieux organisé dans l’ouest, parce que dans le sud, on a vu parfois des équipes au niveau de l’organisation défensive notamment, qui étaient moins bien structurées que chez nous. Après, c’est très dur, très physique, très agressif, sans parler parfois des contextes (rires), c’est du combat, de l’intimidation, c’est le sud quoi (rires) ! J’ai quand même apprécié découvrir d’autres terrains, rencontrer d’autres entraîneurs, d’autres clubs, ça nous a a enrichi.

Votre équipe avait très mal commencé la saison passée, au point d’inquiéter vos dirigeants quant au maintien…
Honnêtement, la descente en National 3, on y a tous pensé. Déjà, lorsque l’on a appris que nous étions reversé dans la poule sud, on a tous accusé le coup. On ne s’y attendait pas du tout, et quand on a vu les matchs s’enchaîner… Quand on a commencé le championnat, on n’a pas gagné pendant nos six premiers matchs, parce qu’on se faisait marcher dessus, dans les duels, dans les attaques rapides, on se faisait « tuer ». On a malgré tout réussi à se mettre au niveau sans modifier l’effectif, cela nous a poussé à activer d’autres leviers, à nous remettre en questions. Il a fallu mettre des choses en place pour que l’on puisse s’en sortir. C’est là que l’on voit la stabilité du club, qui est entouré de personnes bienveillantes, qui ont envie d’avancer ensemble, qui sont alignées. Je pense que si la même situation sportive se produit dans un club un peu « déstructuré », avec des dirigeants pas aussi patients, on peut vite prendre des décisions hâtives, qui ne font pas forcément mieux avancer.

« Il nous manque un petit peu de moyens financiers »

Avec son président Patrick Triaud.

Cette saison de N2, vous la voyez comment ?
Notre démarrage est bon même si on sort d’une contre-performance à Saumur (défaite 2-1), et là, on a ce match contre Saint-Malo (entretien réalisé avant la victoire 1 à 0 face aux Malouins) qui peut nous permettre d’être dans la bonne partie du tableau, ou bien de tomber dans la mauvaise. On est un club stable, sain, avec des gens authentiques. On est aligné avec le directeur sportif (Pierre-Emmanuel Allard) et le président (Patrick Triaud), avec mon staff aussi. C’est essentiel pour obtenir des résultats.

Après on est conscient que pour être sur la même grille de départ que les trois ou quatre grosses écuries du championnat, il nous manque un petit peu de moyens financiers. On sait aussi que ce ne sont pas forcément les gros budgets qui réussissent, mais ceux qui ont de bonnes idées, qui ont envie d’avancer ensemble, qui sont sain. Le club a mis beaucoup de choses en place déjà dans le secteur administratif, au niveau de la formation, au niveau commercial, pour que, si un jour on monte en National, on puisse y rester. Mais il faudrait que les planètes s’alignent.

Les soirs de matchs de N2, le stade Lebon attire entre 700 et 1000 spectateurs.

La Ligue 3 n’est donc pas une utopie, à moyens termes ?
Il y a un projet de stade qui existe aussi à Lebon et qui a été lancé, donc si tout fonctionne bien, il devrait permettre d’avoir des rentrées financières plus conséquentes. A partir de là, bien sûr, l’idée sera de retourner un jour en National ou en Ligue 3 pro, parce qu’Angoulême a déjà connu ce niveau. Cela doit être l’ambition de tout le monde. On aime bien notre stade Lebon, même s’il est un peu vieillissant, parce qu’il a une âme, les gens sont proches. Si le projet aboutit, cela permettra d’avoir plus de rentrées financières et de boxer dans la même catégorie que d’autres clubs en matière de recrutement, en tout cas au départ.

Pour terminer, vous allez au rugby parfois ?
Non. Mais à mon initiative, j’ai appelé l’entraîneur de Soyaux-Angoulême en Pro D2, parce que je voulais voir comment il travaillait, comment il fonctionnait, et s’il y avait des choses à prendre pour nous, c’est important. Du coup, mon staff et moi sommes allés les rencontrer, mais je ne suis pas encore allé voir de match au stade Chanzy.

David Giguel, du tac au tac

Au stade Atlantique, à Bordeaux, cette saison.

Meilleur souvenir sportif de joueur ?
Quand on a affronté l’Olympique de Marseille en coupe de France avec le FC Rouen (en 1993, en 8e de finale, 0-1). On avait perdu sur une erreur d’arbitrage on va dire…

Pire souvenir de joueur ?
Quand on est descendu avec le FCR de ligue 2 en National, en 1994, on n’était pas programmé pour ça mais on avait perdu notre fer de lance à l’inter-saison, Jean-Pierre Orts, et en plus, on est descendu à la dernière journée, alors qu’on n’avait jamais été relégables… Pas top. L’année suivante, en National, En National, on n’avait clairement pas fait ce qu’il fallait pour remonter, il y avait je pense trop de traumatismes liés à la descente, même si cette saison-là Dominique Corroyer avait inscrit 30 buts. Il faut dire qu’on ne le servait pas trop mal, avec Yann Soloy notamment. On avait une belle équipe, mais on n’a pas optimisé le potentiel.

Meilleur souvenir d’entraîneur ?
J’en ai deux. Quand on est monté de National 3 en National 2 avec le FC Rouen (en 2019) et aussi quand on a éliminé Metz (Ligue 1, le 6 janvier 2020) en 32e de finale de coupe de France avec le FC Rouen, 3 à 0. Éliminer un club de Ligue 1, c’est bien, mais en plus, quand il y a ce score… Je le rappelais récemment à mes joueurs, à Angoulême, avant d’aller chez un club de Régional 1 en coupe de France, parce que, cette année-là, avec le FC Rouen, avant de jouer contre Metz, on avait affronté une R1 chez elle et on était passé par la petite porte, et encore, quand je vous dis la petite porte, on l’avait imaginée (rires), on aurait dû se faire éliminer et on s’est qualifié aux prolongations, qui existaient encore. Et après on colle 3-0 à Metz ! La coupe c’est ça !

Puisque l’on parle de la coupe, votre club a rappelé que, depuis que vous êtes à la tête du club, Angoulême a toujours passé au moins trois tours et atteint le 7e tour « fédéral »… C’est une petite fierté, non ?
On essaie de préparer au mieux les matchs, de la façon la plus professionnelle possible, après, OK, on a atteint le 7e tour à chaque fois, mais je me souviens que lors de ma première saison, au 8e tour, on s’est fait taper contre une R2, Panazol, aux penaltys (rires), donc voilà… Personne n’est à l’abri de se faire éliminer par des équipes qui, normalement, sont de niveau hiérarchique inférieur mais qui élèvent leur niveau de jeu (4).

Combien de buts avez-vous marqué dans votre carrière ?
(Rires) Pas beaucoup ! Il faudrait compter ceux que j’ai marqués à l’entraînement pour embellir le tableau (rires) ! J’ai dû en marquer une vingtaine peut-être, ce n’est pas énorme. Je jouais ailier, plutôt excentré droit. J’étais quelqu’un qui bossait beaucoup, qui courait beaucoup, qui faisait beaucoup d’appels, pour épuiser les défenses, qui amenait beaucoup de ballons de but, de centres, mais c’est aussi ce qui m’a freiné. Je n’étais pas capable de tout faire.

Votre plus beau but ?
Contre Laval en Ligue 2, sur un ballon qui arrivait très haut, que j’ai repris de volée du pied gauche, pas en lucarne mais pas loin quand même. Je n’étais pas gaucher pourtant. J’étais remplaçant et je crois qu’on avait égalisé mais on avait quand même perdu 2-1

Pourquoi avez-vous choisi d’évoluer à ce poste ?
Honnêtement, je ne me souviens pas, j’ai dû être positionné là. Mais dans les petites catégories, en foot à 7, je jouais plutôt défenseur central. Au fur et à mesure, j’ai évolué plus haut. Comme j’allais assez vite, on m’a mis sur un côté. A l’époque, il n’y avait pas encore trop de défense à 3, peut-être que le poste de piston m’aurait mieux convenu, parce que j’étais capable de répéter les efforts, assez vite, à haute intensité, mais je ne marquais pas de but (rires), j’étais un peu loin des cages !

Aux côtés d’Anthony Castera, l’attaquant de l’ACFC.

Vos débuts au foot ?
J’ai commencé le football à Val-de-Reuil, dans l’Eure, à côté d’Évreux. C’était une cité nouvelle, construite pour désengorger les cités parisiennes à l’époque. Quand j’y étais, ça s’appelait « Le Vaudreuil ville nouvelle ». J’ai été repéré, j’ai fait équipe de Normandie minimes, on est allé en finale de la coupe des régions, c’était pendant les championnats d’Europe 1984 en France, donc ça nous a permis de jouer un match en lever de rideau à Saint-Etienne, et aussi à Lyon en lever de rideau de la demi-finale Danemark-Espagne, ça m’a permis d’avoir différents contacts. Mais je suis resté au FC Rouen, parce que c’était à côté de chez moi, et parce que c’est là que j’allais voir les matchs de première division. C’est Yves Martin (recruteur au centre de formation du FC Rouen, décédé en novembre 2024), qui m’a repéré. Je suis arrivé au club en U14, en minimes DH, et j’y suis resté onze ans, jusqu’à mes 24 ans.

Qualités et défauts sur un terrain ?
J’allais vite, j’étais compétiteur, avec toujours l’envie de gagner, de me dépasser, mais j’avais un caractère compliqué (rires), un mauvais caractère. J’étais râleur, un peu beaucoup, caractériel, mais j’ai progressé ensuite avec les années. J’ai eu quelques déboires, quelques difficultés (rires). Et je manquais de qualité dans la finition.

Que vous a-t-il manqué pour toucher la Division 1 ?
De la justesse technique dans les derniers gestes, j’avais des qualités physiques, j’étais capable d’enchaîner les courses, j’étais bagarreur, mais pour aller en Ligue 1, il aurait fallu que je finisse mieux les actions que je commençais bien. Après, je pars du principe que l’on a toujours ce que l’on mérite. J’ai quand même joué pendant 10 ans, alors si j’avais eu des qualités pour jouer en Ligue 1, on serait venu me chercher ! Cela n’a pas été le cas, mais c’est déjà pas mal.

Si vous n’aviez pas été footballeur, vous auriez fait quoi ?
Bonne question (rires) ! Je ne sais pas, parce que tout est allé très vite, dès l’âge de 12 ou 13 ans, j’étais dans le circuit, je n’ai pas trop eu le temps de me poser cette question. En tout cas, cette passion du foot m’a vite emporté, dès le plus jeune âge. Et j’ai pu en vivre, ce qui n’est pas courant.

La saison où, joueur, vous avez pris le plus de plaisir ?
On a fait une belle saison à Istres, en National, avec une belle bande de potes, on a loupé la montée en National de pas grand-chose. On jouait plutôt bien, avec René Le Lamer. Les regrets, justement, c’est que j’ai souvent loupé les montées de pas grand-chose (rires).

La saison où, entraîneur, vous avez pris le plus de plaisir ?
J’ai vécu de belles choses à Doha, même si j’ai souvent alterné le poste de directeur de l’académie et entraîneur de différentes équipes, et puis il y avait mon fils avec moi aussi, il avait une petite dizaine d’années. Il y a aussi la montée de N3 en N2 avec le FCR. Quand j’arrive à Rouen, le club avait fini juste au-dessus de la relégation la saison précédente, on est parti un peu dans l’inconnu, le président avait mis un peu moins de moyens, on avait effectué un recrutement un peu plus « régional », mais la mayonnaise avait pris, on avait fait une belle saison, et je monte avec mon club formateur, l’année de ses 100 ans, c’était top.

Avec Frank Haise, il y a 6 ans, quand l’un entraînait Rouen, le club où il se sont connus gamins, et l’autre le RC Lens. Photo FCR 1899

Un coéquipier marquant ?
Franck Haise évidemment. Parce que c’est un ami. Il était en avance à l’époque sur nous au niveau de la maturité et sur beaucoup de choses. C’est devenu non seulement un bon coach mais aussi quelqu’un dont la personnalité fait l’unanimité ; quand on parle de lui, c’est sa bonté, sa gentillesse qui ressortent. Il était déjà « spécial ». Il m’a fait la surprise de venir nous voir à l’hôtel l’an passé le matin de notre match à Cannes, il est resté avec le staff et moi, à discuter, de manière très ouverte, très libre, c’était sympa. Il n’était pas obligé de le faire. On a fait équipe de Normandie minimes et cadets ensemble, il était déjà au FC Rouen quand j’y suis arrivé. On est témoin de nos mariages respectifs.

Du coup, vous regardez ses matchs ?
Oui, oui, tout le temps. De toute façon, je regarde beaucoup de matchs, que cela soit ceux de notre poule en N2 ou au niveau national et international. Ce qu’il met en place en matière de contenu, de jeu, c’est top, et puis « Francky », c’est mon pote, je veux qu’il gagne, qu’il réussisse.

Le joueur le plus fort avec lequel vous avez joué ?
Jean-Pierre Orts, un « phéno », et s’il avait, au niveau de son caractère, été un peu moins « con », comme moi, il aurait joué plus haut, c’est sûr, et puis Karel Jarolim, un international tchécoslovaque.

Le meilleur joueur que vous avez entraîné ?
Jean-Karim Guébé (rires) ! Non, je déconne (rires), c’est mon adjoint, analyste vidéo, il est là, je l’ai lancé en coupe de France de France dans les premiers tours ! Plus sérieusement, ce n’est pas simple. Je dirais Fred Dembi, c’est un joueur que j’ai relancé, à Déville-Maromme en R1, à côté de Rouen, il voulait arrêter le foot. Il a explosé après (Cholet et Orléans en National, Red Star en L2), aujourd’hui il joue en D1 au Maroc, à Agadir. Il nous a beaucoup apporté sur le terrain avec ses qualités de récupération, de percussion.

Un coéquipier perdu de vue que vous aimeriez bien revoir ?
Manu Hutteau. J’ai joué avec lui à Créteil. Je m’entendais bien avec lui.

Un coach perdu de vue ?
Daniel Zorzetto, notre mentor à Rouen. Il était précurseur. En avance sur son époque. Il aurait dû entraîner en Ligue 1. Sa conception du management, ses séances, sa vision du foot, c’était top.

Vous êtes un entraîneur plutôt comment ?
Passionné, exigeant et travailleur.

Angoulême, c’est un club comment ?
Humain, ambitieux malgré tout et authentique. Authentique, c’est vraiment ce qui était ressorti des entretiens que j’avais eus quand j’avais été reçu.

  • (1) David Giguel a joué à : FC Rouen (D2, National), GFC Ajaccio (National) Istres (National) Créteil (National), Le Mans (D2), Royan, Dieppe (CFA). Il a entraîné : Marmande (CFA), Eu (DH), Qatar (directeur technique), Dieppe (CFA), Déville-Maromme (DH), FC Rouen (N3, N2), Angoulême (N2).
  • (2) Le staff est composé de Matteo Cathalot (entraîneur adjoint spécialiste préparation athlétique), Mathieu Couvidat (entraîneur adjoint spécialiste animation du jeu), Jean Karim Guébé (adjoint spécialiste vidéo), Julien Logeais (adjoint spécialiste gardien de but), Alexandre Limousin (entraîneur de la réserve en R1) et Stéphane Roumagne (intendant).
  • (3) La promotion 2025-2026 : Guillaume Allanou, Thierry Debès, Stéphane Dief, Gueïda Fofana, Jordan Galtier, David Giguel, Stéphane Masala, Sylvain Monsoreau, Vincent Nogueira, Damien Perrinelle.
  • (4) Angoulême se déplacera à L’Union Saint-Jean (R1) au 7e tour de la coupe de France (15 et 16 novembre)

 

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Angoulême CFC
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Le jeune entraîneur (32 ans) du club voisin de Tours est un pur produit de la maison montlouisienne, où il est arrivé à l’âge de 6 ans et où il a grandi. À force de travail, l’une de ses principales qualités, le voilà aujourd’hui aux portes d’un professionnalisme qu’il espère découvrir un jour.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : 13HF et FC Montlouis

Reportage réalisé avant l’élimination 1-0 en coupe de France (6e tour) face à l’Union Foot Touraine (N3).

Zakaria Tahri aux côtés du défenseur Alexandre Catro. Photo 13heuresfoot

Parfois, l’histoire est bien faite. Celle qu’a vécu le FC Montlouis en fin de saison dernière, en National 3, est magnifique. Mais à déconseiller aux coeurs fragiles ! On rembobine le film. Il reste une journée de championnat à disputer. Le leader C’Chartres Foot de Vincent Bordot, favori de la poule, reçoit l’OT (Ouest Tourangeau, devenu cette année l’Union Foot Tourraine). Une victoire et c’est la montée en National 2.

Le dauphin, le FC Montlouis, même nombre de points mais devancé au goal-average particulier par Chartres, reçoit Vierzon, une équipe qui lui avait infligé 5 à 0 à la première journée ! Pour Montlouis, qui n’a pas les cartes en mains, les chances d’accession sont infimes. Mais Chartres se viande. Dans les plus grandes largeurs. Défaite 3-1 à domicile ! Dans le même temps, le club de la proche banlieue de Tours s’impose (dans la douleur) 3 à 2. C’est la délivrance ! Le bonheur ! Le rêve ! C’est le National 2 !

Le cruel souvenir de Poitiers

Le FC Montlouis a retenu la leçon et tient sa revanche parce que, un an plus tôt, le club du président Lionel Chica, leader à deux journées de la fin (2 points d’avance sur Poitiers), avaient les cartes en mains pour accéder en National 2.
Mais à l’avant-dernière journée, dans le choc au sommet à domicile face à Poitiers, et alors qu’un nul aurait suffi avant d’attaquer l’ultime ligne droite en bonne position, un but sur penalty du Poitevin Alexandre Durimel, concédé à la 94e, permis aux visiteurs de passer devant, à la fois au score (défaite 2-1) et au classement (un point d’avance pour Poitiers). La dernière journée fut sans surprise. Poitiers et Montlouis s’imposèrent chacun mais c’est le premier qui accéda à l’étage au-dessus.

Quand l’histoire s’inverse…

Soir de liesse, en mai dernier, avec la montée en N2 ! Photo FC Montlouis

Ces deux moments forts, Zakaria Tahri, le (jeune) coach du FC Montlouis (32 ans depuis le mois de juillet), s’en souvient comme si c’était hier. Et dans 40 ans, tout le monde en parlera encore !
Tahri rembobine le film : « Ce dernier match de la saison en N3 et ce mano à mano avec Chartres ? Là, on pense à l’année d’avant, quand on a perdu la montée de manière cruelle chez nous à l’avant dernière journée contre Poitiers, devant 1500 personnes. On avait pourtant fait une saison incroyable, avec 61 points et 19 victoires (sur 26 matchs !), et on ne monte pas ! Cela avait été dur à encaisser, parce que même si ce n’était pas l’objectif prioritaire, même si personne ne nous attendait, on est des compétiteurs ».

La photo souvenir après la montée en N2. Photo FC Montlouis

Finalement, cette année, l’histoire s’est inversée : « En fait, avant le dernier match chez nous contre Vierzon, j’y crois sans y croire. Je suis lucide, je me dis « Chartres va gagner », mais la montée est quand même dans un coin de ma tête, parce que je n’ai pas envie de revivre la même déception que l’année d’avant. Dans tous les cas, on veut d’abord gagner, pour ne pas avoir de regrets, dans le cas où Chartres se fasse accrocher. Et puis, à l’avant-dernière journée, à Orléans, face à la réserve de l’USO, il y a eu un signe… Parce qu’on a marqué à la dernière minute ! Forcément, j’ai pensé à la saison précédente et ce penalty concédé à la 94e contre Poitiers. Pendant le match contre Vierzon, une équipe qui nous pose beaucoup de soucis et qui nous avait battus 5 à 0 à la première journée, on ouvre très vite le score. Et à Chartres, très vite également, le FC OT (Ouest Tourangeau) marque. Et là, on sent quelque chose. Dans les tribunes, les spectateurs suivent les deux matchs en même temps ! Là, j’ai pensé que tout était possible mais Vierzon égalise deux fois contre nous, 1-1 puis 2-2, et ils ont même le face à face du 3 à 2. Sincèrement, s’ils le mettent, je pense que l’on ne revient pas au score… À ce moment-là, un match nul suffisait pour nous puisque « OT » menait 3 à 1 à Chartres, où il y avait un décalage de cinq minutes : c’était la 93e là-bas et nous on était à la 88e, on était à 2-2. On savait que si on marquait un but, Chartres n’allait pas marquer deux fois non plus ! Et on marque le 3e ! Un moment incroyable ! Un but synonyme de montée. C’est la délivrance ! L’histoire est incroyable, elle est belle, parce que c’est mon club, c’est là où j’ai commencé ! »

« Important de mettre une ligne à mon palmarès »

Aux côtés du président Lionel Chica. Photo 13heuresfoot

Tout au long du match, Zakaria suit l’évolution du score à Chartres depuis son banc de touche. Pas simple à gérer. Pas simple de rester également focus sur « son » match, quand on sait que tout se joue à 150 km de là… « On n’avait envoyé personne là-bas. On le suivait sur nos téléphones mais c’était très compliqué, car je voulais vraiment gagner notre match, je ne pensais qu’à ça, parce que si on avait perdu alors que Chartres avait aussi perdu, alors là… »

Zakaria Tahri l’avoue, sur le plan personnel, ce fut également un moment fort : « Pour moi, en tant que jeune entraîneur, c’était important de mettre une ligne à mon palmarès, parce qu’au final, on retiendra que j’ai été champion en National 3, pas que j’ai terminé 2e ou qu’on a fait 61 points ou quoi, non. Ce qui va rester, même dans 10 ou 20 ans, c’est que Montlouis a été champion de N3 en 2025 et qu’il est monté en National 2. »

Zakaria Tahri est comme un gosse à l’évocation de la plus belle page de l’histoire de son club. Un club où il a chaussé ses premiers crampons à l’âge de 6 ans, quand sa maman est venu s’installer en Touraine après le décès du papa, alors que la famille habitait Rennes. « Il est décédé d’un cancer. Ma maman, Samira, avait quitté Léhon (commune rattachée aujourd’hui à Dinan, dans les Côtes-d’Armor), où je suis né, pour se rapprocher de Rennes et de mon père, Mohamed, qui était hospitalisé à l’hôpital Pontchaillou. Après son décès, ma famille, mes grands parents, mes oncles, sont partis à Rennes; ma maman, elle, a voulu se rapprocher de sa famille, en Touraine, d’où mon arrivée à Montlouis. Je suis toujours en contact avec la famille du côté de mon papa. Ils sont venus me voir à Saint-Malo cette saison. Peut-être que certains seront là contre… Dinan-Léhon samedi prochain (reportage réalisé avant le match).« 

Un an en Écosse

Lors de la remise du trophée FFF de champion de N3, à Chauray, en septembre dernier. Photo 13heuresfoot

La carrière de joueur de Zakaria Tahri, milieu de terrain passé par le grand club de Touraine, le Tours FC, pendant 6 ans, dont trois ans au centre de formation avec Bernard Blaquart et Alexandre Dujeux, deux coachs qui l’ont vraiment marqué, se résume à des passages en seniors entre CFA2 (National 3) et Division d’Honneur (Régional 1).

« À mes débuts, en jeunes, je jouais milieu offensif, en 10. Puis au centre de formation, j’étais plus excentré côté gauche en U19, et en seniors, je me suis repositionné, en 8. J’ai fait quelques piges en CFA2 à Tours puis en seniors j’ai joué à Montlouis, Blois, Fréjus/Saint-Raphaël en réserve, Avoine-Chinon, Saint-Cyr-sur-Loire et re-Montlouis, où j’ai arrêté en 2022. J’ai toujours bossé à côté. Sauf durant mon passage à Blois, où là, je ne faisais que du foot. Je travaillais à la communauté de commune comme agent administratif. Là, ça fait 2 ans que je suis à plein temps au foot à Montlouis ».

Zakaria a 28 ans quand il raccroche, persuadé que son avenir est sur le banc : « J’ai décidé d’arrêter de jouer parce que ce n’était plus compatible avec ce que je voulais faire, c’est-à-dire me lancer dans cette carrière d’entraîneur (il est titulaire du DES). J’avais commencé à entraîner à Montlouis quand j’avais 18 ans. J’intervenais chez les jeunes, à l’école de foot, avec les U13. C’était juste après mon passage au centre à Tours, où je n’ai pas franchi le palier pour passer pro. Puis quand j’ai signé à Blois, j’ai continué. »

Dans son CV de joueur, une ligne interroge : Hamilton, au Royaume Uni. « J’ai passé un an en Écosse ! Je suis parti là-bas pour apprendre l’anglais, dans une académie. Je suis un fan du foot en Grande Bretagne. Mais on ne disputait pas vraiment de compétition. C’était un peu comme à l’UNSS chez nous, on faisait des oppositions contre des clubs pros. Pendant cette période, j’ai aussi effectué des essais, comme dans un club anglais, à Brentford (en D2 anglaise à l’époque, le FC Brentford a depuis été promu en Premier League en 2021), par l’intermédiaire d’un joueur français, le gardien Antoine Gounet, que j’avais connu à Tours. On avait sympathisé. C’était intéressant et enrichissant de voir un autre football. Je suis resté une semaine à Brentford, une super expérience ! »

Blaquart, Dujeux, Mouri…

Zakaria Tahri le répète souvent, c’est Bernard Blaquart, un formateur reconnu, dont tout le monde se souvient de son épopée récente avec le Nîmes Olympique en Ligue 2 et en Ligue 1, et Alexandre Dujeux, actuel coach du SC0 d’Angers en Ligue 1, qui sont ses inspirateurs : « J’ai beaucoup appris avec eux mais aussi avec Hamou Mouri, le responsable technique du club de l’Étoile Bleue de Saint-Cyr-sur-Loire, une des meilleures écoles de foot de France ! D’ailleurs, en équipe de France U20, il y a actuellement deux joueurs issus de la formation de Saint-Cyr (Mayssam Benama et Ilane Touré), que j’ai coachés dans ce club, ça vous donne une idée du travail qui y est réalisé. J’ai eu aussi Issiaga Camara, qui est parti à l’OGC Nice (prêté au FC Brommapojkarna, en D1 suédoise) et Christ Letono (Espanyol Barcelona). Ce sont ces trois personnes-là qui m’ont appris mon métier d’éducateur d’abord, d’entraîneur ensuite. »

Quand Montlouis bat tous ses records

Poignée de mains avec le coach de Chauray, Fabrice Fontaine. Photo 13HF

Trois ans seulement après s’être assis sur le banc du FC Montlouis, alors qu’il n’a encore que 28 ans (il est né le 28 juillet 1993), Zakaria passe du National 3 au National 2. La performance est déjà remarquable pour un club, ce n’est pas péjoratif de le dire, de village, plus connu pour son vin blanc AOP que pour son équipe de foot, mais ce qui l’est tout autant, c’est le ratio victoires / nuls / défaites et la marque de fabrique de son équipe, qui encaisse peu de buts… même si c’est plus compliqué en N2.

En trois saisons de N3 sous sa direction, le FC Montlouis ne concède que 17 défaites (en 78 matchs) : 9 en 2022/23, 3 en 2023/24 et 5 la saison passée. C’est peu (21%, soit une défaite tous les 5 matchs). De plus, lors de la saison 2023/24, celle de la montée de Poitiers à la dernière journée, l’équipe bat son record de points : 61 (19 victoires, 4 nuls et seulement 3 défaites). Mais ce n’est pas tout. L’équipe se forge une solide réputation, celle d’être solide défensivement. « C’est un des mes principaux axes de travail. On essaie de concéder le moins de buts possible ».

« Un champion, ça se respecte ! »

Photo FC Montlouis
Photo Noah Gaultier / @_.ng.prod

Là encore, les chiffres sont éloquents : lors des deux derniers exercices en N3, l’équipe n’encaisse que 37 buts en 52 matchs (17 buts en 2022/23 et 20 buts en 2023/24), soit une moyenne de 0,7 buts encaissé par match. « En début de saison, cette année, en National 2, cela a été plus difficile sur ce plan là (déjà 13 buts encaissés en 8 matchs), mais on avait aussi des absents. On a aussi joué à La Roche-sur-Yon (défaite 4-1), une équipe qui m’a fait forte impression, avec un coach, Frédéric Reculeau, qui prône le jeu, que j’avais connu quand il entraînait Luçon. Depuis, on a récupéré des joueurs, et à partir du moment où j’ai toutes mes forces vives, je pense qu’on peut rivaliser avec tout le monde. On l’a montré à la première journée à Saint-Malo (1-1), une équipe très forte individuellement et qui va monter en puissance, et récemment face à Bourges en coupe, que l’on a éliminé en coupe de France (1-0) à l’issue d’un match référence, et en championnat dans la foulée contre Dinan-Léhon (2-0). Je sens que l’équipe progresse. C’est important de retrouver notre solidité défensive. C’est vraiment ce qui faisait notre force à Montlouis sur nos deux dernières saisons. L’an passé, on a quand même fait 15 clean sheet ! Et la saison d’avant 15 aussi. C’était une notion hyper-importante. »

Evidemment, en National 2, c’est plus dur. Car le niveau est vraiment monté d’un cran, avec une adversité bien plus forte, surtout depuis le resserrement du National et de refonte des poules de N2, passé de 4 à 3 groupes. « Je pense que l’on doit respecter un champion de N3. C’est ce que je dis à mes joueurs dans le vestiaire : un champion, ça se respecte. Par contre, on sait qu’on est les petits gaulois de la poule de N2. Ce que je veux, c’est que, dans deux, trois, quatre ou cinq mois, on dise « Ah ouep, Montlouis, c’est du très-très solide ! ». Voilà. Ce respect-là aussi ont doit aller le chercher et on va aller le chercher. On a su se faire respecter en N3, alors qu’on était aussi, entre guillemets, les petits poucets. Quand j’étais joueur à Montlouis, l’objectif, déjà, c’était le maintien, et on n’avait jamais fini plus haut que la 5e place. »

100 matchs sur le banc !

Photo FC Montlouis

Après un début de saison très difficile, le FC Montlouis semble en effet trouver la bonne carburation depuis un mois, comme le montrent ses derniers résultats : deux succès (Locminé et Dinan-Léhon) contre une défaite en championnat, et une belle qualif’ pour le 6e tour de la coupe de France face à l’un des deux favoris de la poule B, Bourges FC (1-0) : « En fait, en National 2, on se rend compte que la notion d’efficacité dans les deux zones de vérité est beaucoup plus importantes. En N3, on pouvait ne pas marquer, ne pas concrétiser nos occasions, mais continuer à espérer dans un match. Alors qu’en N2… Il y a un palier dans la notion d’efficacité. » Au passage, samedi dernier, face à Dinan-Léhon (2-0), le club de la ville où il est né, « Zak », comme l’appellent ses amis, a fêté son 100e match sur le banc, coupe et championnat compris ! Le club lui a, à cette occasion, rendu un bel hommage.

Châteauroux s’est intéressé à lui

Photo FC Montlouis

Évidemment, les résultats du FC Montlouis et, par ricochets, ceux de Zakaria Tahri, n’ont pas laissé indifférent : des clubs se sont intéressés à lui, comme La Berrichonne de Châteauroux, où il a été reçu à l’inter saison. Mais c’est finalement Valentin Guichard, l’ex-coach de Jura Sud, qui a été choisi pour prendre les commandes du club relégué en N2, puis repêché en National.

Le National, le diplôme du BEPF pour entraîner en pro, voilà les prochaines étapes de Zakaria, qui fait partie de cette nouvelle génération émergente de « jeunes » coachs, et qui ne cache absolument pas son ambition : celle d’aller plus haut. Avec le FC Montlouis, forcément, cela sera difficile, mais maintenir son club de coeur en National 2 serait une nouvelle étape très importante dans son parcours. La tâche ne s’annonce pas simple tant Montlouis, fait, un peu comme Chauray, également promu, figure de petit poucet dans cette poule A, aux côtés des Bordeaux, La Roche-sur-Yon, Avranches, Saint-Malo, Angoulême, Bayonne, etc.

Le travail comme exutoire

Photo FC Montlouis

Cette ambition, cette envie d’aller plus haut, Zakaria, réputé travailleur, tient ça de son enfance, marquée par le décès de son papa. Un épisode qu’il évoque sans pudeur : « Je pense que ça vient de ma maman, aide-soignante. Elle s’est tuée au travail à l’hôpital pour ma soeur Soukayna et moi, elle bossait 12 heures par jour pour subvenir à nos besoins, elle nous a inculqués cette envie de réussir, cette valeur du travail. C’était difficile pour elle, seule avec deux enfants. Ma mère ne nous disait pas que les fins de mois étaient difficiles parfois, elle nous a toujours caché ça. Quand je vois la réussite de ma soeur… Elle a un super-job. Elle est manager dans une clinique d’esthétique, elle a bossé pour L’Oréal dans le mannequinat, elle a été manager de plusieurs boîtes déjà. Moi je n’ai rien fait à côté d’elle, mais je vis de ma passion, le foot. En fait, on s’est réfugié derrière le travail. Moi, je fais 50, 60 et même 70 heures parfois par semaine. Je ne m’arrête jamais. La saison passée, je suis même allé jusqu’à faire un malaise pendant un match, j’étais très fatigué. Aujourd’hui, ma maman suit mes résultats mais elle me laisse tranquille, elle sait que le foot, c’est mon truc à moi ! Ma compagne, Myriam, elle, est dans mon projet. Elle assure, vraiment ! Et elle sait… Si je dois bouger un jour, elle me suivra. Avec elle, on a eu une petite fille, Hana, qui a un an et demi. »

Du 4-4-2 losange au 4-3-3

Photo FC Montlouis

Zakaria Tahri, dont l’éloquence et la forte personnalité sont frappantes – « J’ai un caractère bien trempé ! Quand je crie, on m’entend très-très fort, peu de gens crient plus fort que moi (rires), et quand ça pète, ça pète, même dans le vestiaires ! » – a commencé sa carrière de coach avec un système bien défini, le 4-4-2 losange. Mais un événement a précipité son changement de style : « Le 4-4-2, c’était vraiment notre marque de fabrique, mais après nos deux défaites en ouverture de la saison 2024/25 en N3 (5-0 à Vierzon et 0-1 à domicile contre Cosne-sur-Loire, pourtant réduit à 10), j’ai pensé qu’il fallait changer quelque chose et j’ai modifié le système. Depuis, je joue en 4-3-3, et je n’ai plus bougé de ce schéma ».

L’équipe s’entraîne cinq fois par semaine, dont deux fois en matinée (une séance spécifique facultative et une séance obligatoire). Pour préparer ses matchs, le coach regarde les deux dernières performances de son adversaire à la vidéo et prends beaucoup d’infos à côté; son adjoint, Thomas Philippon, responsable technique chez les jeunes, s’occupe quant à lui des montages. En N2, on découvre le niveau et les techniciens aussi. Je discute avec certains d’entre eux, on échange sur les équipes, comme avec Alexis Capela, l’adjoint d’Arnaud Le Lan à Lorient, qui était avec moi à la formation du DES, et aussi Cherif Djema, le directeur sportif de l’Aviron Bayonnais ».

Un club familial

Lionel Chica, le président. Photo 13HF

Et puis, ce qui fait la force du FC Montlouis, c’est « l’esprit familial », poursuit Zakaria Tahri, capable aussi de se transformer en VRP : « La ville compte 11 000 habitants. Le club a évolué très rapidement sur l’aspect sportif, qui est en progression. Le club possède des infrastructures de niveau « Régional » mais avec un terrain d’honneur de qualité. On a un petit budget (650 000 euros, dont la moitié environ pour l’équipe fanion). Je dirais que c’est un budget moyen de National 3. En N2, certains joueurs travaillent. On a 350 licenciés et 18 équipes. J’ai un rôle de manager et de directeur sportif. Avec le président, on a une relation proche, il est très impliqué. Et puis il y a Jordan Durand, le directeur général : lui, c’est une pépite ! »

Pour les Frelons, le nouveau surnom donné à l’équipe fanion, référence aux couleurs du maillot (jaune et noir), – « C’est bien, ça donne une identité » -, il n’a pas toujours été facile d’évoluer dans l’ombre du « grand » club voisin, le Tours FC, rayé de la carte en début d’année avec la liquidation judiciaire de l’association.

Photo Noah Gaultier – @_.ng.prod

Depuis, Ouest Tourangeau a repris le flambeau du football dans la préfecture d’Indre-et-Loire, sur les cendres du Tours FC, pour devenir le club métropolitain, l’Union Foot Tourraine… prochain adversaire ce samedi au 6e tour de la coupe de France ! Un club qui doit écrire son histoire, de la même manière que son voisin Montlouis écrit la sienne. « Tours FC, c’était le club phare de la région, raconte Zakaria. J’étais supporter. J’ai toujours eu Tours dans le coeur, parce que j’ai grandi avec ce club, j’y ai quand même passé 6 ans ! Je me souviens que, quand j’étais gamin, et quand j’étais au centre de formation aussi, je ne loupais pas un match de Ligue 2 ou de National. Pendant 10 ans, qu’il pleuve, qu’il neige, j’allais tout le temps au stade de la Vallée du Cher. J’ai le tours FC dans le coeur, c’est clair et net, c’est mon club de coeur. Après, quelque part, en étant à Montlouis, j’étais un peu en concurrence avec le Tours FC. Et puis, disons-le, pour moi, cela a été une fracture de ne pas signer pro quand j’étais au Centre. C’est une cicatrice, mais j’en ai fait le deuil. Cela n’a pas empêché Bernard Blaquart de m’inspirer, de me donner envie de devenir entraîneur, pareil pour Alexandre Dujeux, d’ailleurs, je vais voir les matchs à Angers dès que je le peux. Je l’ai revu il y a un an et demi, on s’est rappelé les bons souvenirs ! »

En coupe de France (6e tour), samedi 25 octobre 2025, au stade de La Haye, Union Foot Touraine (N3) a éliminé le FC Montlouis (N2) 1 à 0. 

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13HF et FC Montlouis
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🕐Une info signée Laurent Pruneta (membre de la team 13heuresfoot) : Mathieu Chabert, l’ancien coach de l’AC Ajaccio, de La Berrichonne de Châteauroux, du Sporting Club de Bastia, de l’USL Dunkerque et de l’Avenir Sportif Béziers (L2, Nationale et N2) a été nommé entraîneur de AS Cannes Football en #National2 ! Il succès à Damien Ott. Mathieu Chabert, fidèle du site 13heuresfoot, arrivera lundi sur la Côte d’Azur. Il s’était déjà confié à deux reprises chez nous, comme à l’été 2024, à la signature de son contrat la saison passée à Ajaccio. Deux entretiens à retrouver ici ⤵️

  • Mathieu Chabert (article de 2024) : « Aujourd’hui, j’ai plus de certitudes »

https://13heuresfoot.fr/actualites/mathieu-chabert-ac-ajaccio-aujourdhui-jai-plus-de-certitudes/

  • Lire aussi / Mathieu Chabert (article de 2023) : « Dunkerque, la montée dont je suis le plus fier ! »

https://13heuresfoot.fr/actualites/mathieu-chabert-dunkerque-la-montee-dont-je-suis-le-plus-fier/

 

Arrivé en juillet dernier, le nouveau président s’est fixé une mission en même temps qu’il a découvert un stade et un nouveau championnat : celle de ramener le club gardois, qui semble renaître de ses cendres, « à sa place ».

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : 13HF et Nîmes Olympique

  • Reportage réalisé avant la 8e journée de championnat face à l’AS Saint-Priest (victoire 3 à 0)

Nîmes Olympique revoit la lumière. Après quatre ans dans le brouillard, dans le noir, dans le flou, dans l’errance, dans l’incertitude, dans l’indécision, il était temps.

Nîmes Olympique entrevoit le bout du tunnel. Enfin ! Mais il est encore un peu loin… Il est où le bonheur, il est où ? Il est au bout de ce championnat de National 2, que le club, qui renaît de ses cendres, fréquente pour la première fois de son histoire cette saison, lui qui a passé 36 saisons en Division 1/Ligue 1, autant en Division 2/Ligue 2 et 11 en National. Lui qui n’était jamais tombé aussi bas dans la hiérarchie française.

Un club qui a failli disparaître

Nîmes Olympique aurait d’ailleurs pu, comme d’autres avant lui, tomber encore plus bas, après la décision de la DNCG, le 24 juin dernier, de l’exclure des compétitions nationales. Mais ça, c’était avant qu’une équipe de repreneurs ne présente un solide dossier devant la commission d’appel, à peine trois semaines plus tard. C’était avant que Thierry Cenatiempo, un chef d’entreprise local, n’arrive avec son carnet de chèques (350 000 euros injectés à titre personnel) en compagnie de quelques autres investisseurs parmi lesquels des chefs d’entreprises eux aussi (Philippe Noyer, Denis Llota), l’association Nîmes Olympique représentée par son président Yannick Liron, des joueurs (l’actuel attaquant de N2 Clément Dépres, Renaud Ripart, Anthony Briançon, Théo Valls, Benoît Poulain) et même le collectif de supporters Sauvons le Nîmes Olympique. Suffisant pour sauver l’institution qui a frôlé le démantèlement après que l’ex-président / propriétaire Rani Assaf a annoncé, en juin dernier, vouloir tout arrêter, tout raser aux Antonins, le stade « provisoire », et vendre La Bastide.

Les Antonins et La Bastide bientôt sous giron municipal

Après la victoire contre Créteil, aux Antonins. Photo 13HF

Finalement, la municipalité, via une subvention (1,2 millions d’euros en 2025/26 dont 600 000 déjà apportés), s’est mise d’accord avec Assaf pour louer les installations avant de les racheter, une opération qui devrait être effective en janvier 2026.

Inutile de dire que le soulagement est immense du côté des amoureux des Rouges, qui sortaient d’une douloureuse période marquée par trois relégations sportives en quatre ans, de Ligue 1 en National 2 donc, et d’une situation inextricable avec Assaf, l’homme qui a cristallisé tant de désamour. L’homme coupable de tous les maux.

Assaf a donc passé 11 ans au club, dont 9 au poste de président, et s’en est allé avec un bilan très contesté que seules une magnifique accession en Ligue 1 en 2018 et une première saison dans l’élite tout aussi magnifique dans la foulée ne saurait masquer, surtout quand on pense à son projet avorté de nouveau stade et cette désagréable impression d’avoir abandonné le club. D’être arrivé à une situation de non-retour avec toutes les composantes de la Ville et du club.

Cenatiempo-Dupré, une relation père-fils

Mais depuis ce passage en appel devant la DCNG, le 15 juillet, tout cela est de l’histoire ancienne. Thierry Cenatiempo, 62 ans, nouveau président de la SAS « Nîmes Olympique Ensemble », créée en même temps, a très vite embrayé. Le fondateur de GT Formation et RH, un organisme dédié au secteur de la banque, dans lequel il a travaillé, et l’assurance, a rapidement nommé un directeur sportif, Anthony Dupré.

Dupré, 30 ans seulement, dont on pourrait comparer la relation avec Cenatiempo à celle d’un père avec son fils (ce sont eux qui le disent !) est un ex-gardien de but originaire de Senlis (Oise) et passé par un tas de clubs, d’abord PSG et Bordeaux chez les jeunes. Chez les seniors, il a navigué entre le N2, le N3 et la R1 : réserve de Valenciennes, Trélissac, le Racing, la réserve des Herbiers, Le Poiré-sur-Vie, le RC Cholet, pour ne citer qu’eux. Deux expériences en Belgique (D3) et en Grèce (D2) complètent un CV long comme ses bras tatoués.

Mickaël Gas, « made in Crocos »

Mickaël Gas, le nouvel entraîneur de Nîmes Olympique. Photo 13HF

Une fois nommé, Dupré a choisi le coach, Mickaël Gas, un pur nîmois. Un ex-milieu de terrain reconverti défenseur central. Un produit « made in Crocos ». Gas, 32 ans, est un débutant sur le banc en National 2 qui a commencé au club chez les… débutants, jusqu’à parapher un contrat de stagiaire pro (un seul match titulaire en Ligue 2 sous l’ère Victor Zvunka, en défense, le 30 août 2013, contre Le Havre, aux Costières, 0 à 0).

Pour Mickaël Gas, coach de la réserve nîmoise la saison passée, la suite s’écrit dans les championnats amateurs, mais jamais très loin du cocon nîmois, où il n’avait pu franchir le cap professionnel : Arles, Sète, Agde… avant un retour à la maison, à Nîmes Olympique, pour encadrer les jeunes en réserve. Toujours sur le terrain donc !

Quand il raccroche les crampons, à 28 ans, c’est pour aller au bout de sa passion pour l’encadrement, découverte avec les U12 de Sète, alors qu’il n’a que 23 ans. À Nîmes Olympique, ce passionné de pétanque passe des U16 à l’équipe de National 2 en seulement 3 ans ! Avec une certaine réussite.

Déjà la meilleure défense

L’équipe, « montée » tel un mécano en seulement quelques jours cet été, et à qui l’on promettait un départ compliqué compte tenu des déboires de juin, compte tenu également de la réputation de ce championnat, répond au-delà des attentes et des espérances. Après 8 journées et ce dernier succès face à Saint-Priest 3-0, elle est en tête du classement devant Rumilly-Vallières et Saint-Maur-Lusitanos (5 victoires, 2 nuls et 1 seule défaite, à Rumilly). Et sa défense est la meilleure du groupe C : 3 buts encaissés, tous à Rumilly. Les bases sont posées.

Dire que c’est un départ inespéré est cependant exagéré. Parlons plutôt d’une renaissance, d’un départ prometteur voire rêvé, quand bien même Nîmes Olympique n’a pour l’heure rien gagné, si ce n’est l’amour et la furia retrouvés du peuple nîmois, à nouveau fier, et ça, c’est déjà une très belle victoire !

Le retour du douzième homme

Photo Nîmes Olympique

Aux Antonins, un stade homologué jusqu’en 2032, que les supporters des Rouges sont enfin en train de s’approprier, le public est revenu. Ils étaient plus de 5000 contre Fréjus/Saint-Raphaël et plus de 4000 contre Créteil. Et on vous l’assure, ça pousse, ça chante, ça crie, ça encourage, ça chauffe, ça fait du bruit… La flamme, incontestablement, s’est rallumée.

Entre deux journées de championnat (victoire 2 à 0 contre Créteil et réception de Saint-Priest ce samedi aux Antonins), Thierry Cenatiempo s’est confié. L’entretien, d’une quarantaine de minutes, n’avait pas pour but de raconter l’historique des quatre derniers mois ni de dresser un premier bilan. Tout a déjà été dit et écrit. Plutôt de mieux connaître le natif d’Ouenza, en Algérie, mais qui a grandi près de Grenoble. L’ancien maire (2014-2020) de Saint-Hilaire-d’Ozilhan, son village, tout près du Pont du Gard, dont il est toujours conseiller municipal, a quelques tics de langage : il aime bien parler de « mèches courtes » et de « mèches longues » lorsqu’il s’agit d’évoquer le rapport au temps, et d’autres encore que vous découvrirez ici !

Thierry Cenatiempo n’a pas pu s’empêcher non plus de rappeler quelques anecdotes, comme celle, « mignonne, que j’aime bien raconter », de ce fameux 1er mars 2005. Ce soir-là, tandis qu’il est à la clinique et que son fils Valentin est en train de naître, il aperçoit au loin les projecteurs éclairés des Costières où le Nîmes de Didier Ollé-Nicolle, « un ami », alors en National, étrille Nice (Ligue 1) 4 à 0 en coupe de France ! L’un des matchs références du club. Et pour pousser l’histoire encore plus loin, le gardien des Crocodiles ce même soir, Cédric Duchesne, sera celui qui, un peu plus tard, donnera goût au football et aux cages à Valentin, aujourd’hui à l’US Concarneau. Il y a des signes qui ne trompent pas.

Interview : « Voir Nîmes Olympique perdre son âme, c’était douloureux »

Thierry Cenatiempo. Photo Nîmes Olympique

Président, vous avez fondé en 1996 l’entreprise GT Formation (GT pour Gilbert et Thierry), et avant cela, que faisiez-vous ?
J’ai bossé une dizaine d’années dans la banque. J’ai été directeur d’une agence bancaire en montagne, à la Banque Populaire, aux Gets (Haute-Savoie) puis ensuite j’ai travaillé dans le secteur du marketing, toujours dans le domaine de la banque. En parallèle, j’ai aussi créé « Zero to One », une entreprise spécialisée dans l’IA (Intelligence artificielle) mais je ne suis pas un spécialiste dans le domaine. Je suis surtout un spécialiste de la pédagogie : j’adore transmettre, j’adore former, c’est d’ailleurs un sujet en soi dans le foot.

Pour vous avoir rencontré à Grasse et ici, à Nîmes, vous semblez calme, mesuré, réfléchi, naturel, placide, sympathique et proche : est-ce un bon portrait ?
Il me semble que ça me correspond, oui. J’aime bien les gens. J’aime bien le contact humain.

« J’aime l’échange, j’aime l’humain »

Depuis votre arrivée au club en juillet dernier, vous avez donné beaucoup d’interviews : c’est quelque chose qui vous plaît ?
Pas particulièrement. Je ne suis pas en recherche de ça. Mais j’aime bien l’échange, ça relève de bien aimer l’humain. Et à partir du moment où l’on doit communiquer, échanger, je le fais sans déplaisir.

Et être mis sur le devant de la scène, cela ne vous gêne pas ?
Je me dis qu’il faut que je sois à ma place, c’est tout. Il ne faut pas que j’en fasse de trop, mais il ne faut pas que je me cache non plus. Je suis quelqu’un d’assez pudique, pas très démonstratif. Mais si c’est ma place, il faut que je l’assume. J’avais vécu un peu ça, mais dans une autre mesure, quand j’ai été maire (à Saint-Hilaire-d’Ozilhan, près d’Uzès, entre 2014 et 2020), mais c’était à l’échelle d’un village de 1200 habitants où là, d’un coup, on devient une personnalité dans sa commune et un petit peu autour.

« Maire, j’étais parfois en souffrance »

Voilà comment on fête une victoire à Nîmes ! Photo Nîmes Olympique

C’est plus dur d’être maire d’un village, chef d’entreprise ou président du Nîmes Olympique ?
Je suis très content de vivre ces trois expériences. Je ne sais pas quel est le niveau de difficulté de chacune des trois fonctions mais je dirais que, de par mon naturel, mon côté « automatique », j’ai l’impression que c’est beaucoup plus facile d’être chef d’entreprise où de diriger un club de foot, que d’être maire. Maire, j’étais en mode « manuel », parfois en souffrance. Juste avant, je vous parlais d’échanges : quand j’étais maire, les échanges étaient plus politisés et c’est moins mon truc sans doute. Là, je me sens plus à l’aise, ce qui ne veut pas dire que je suis meilleur.

Maire, vous étiez donc moins à l’aise ?
Non, au niveau de la commune, je me suis toujours senti à l’aise, ça allait, mais c’est quand je sortais de la commune que cela devenait plus compliqué pour moi. Parce qu’on est obligé, quand est on maire, de traiter avec le Département, la Région, la Communauté de communes, etc., et là, il y a avait des clivages politiques, des clans. Ce rapport-là, sans doute que je n’avais pas toutes les capacités à le gérer, en tout cas, je l’ai géré comme j’ai pu, mais j’étais en mode « manuel », pas en mode « automatique ».

« Ma fonction de maire m’a appris à anticiper »

Le stade des Antonins, contre Créteil. Photo 13HF

Votre mandat de maire s’est arrêté en 2020 : est-ce vous qui ne vous êtes pas représenté ?
Je me suis représenté mais en tant que conseiller municipal sur la liste de ma première adjointe, Liliane Ozenda, qui a été élue. Et à ce jour, je suis toujours conseiller municipal de Saint-Hilaire, un joli petit village assez touristique, qui est connu pour sa viticulture, qui a une appellation « Côtes-du-Rhône ». Beaucoup de gens ont choisi de venir y habiter : parce que ce n’est pas un endroit où l’on vient habiter par défaut. Il est super-bien situé, très vivant. Il est passé de 700 à 1200 habitants en une douzaine d’années, c’est énorme, la population est assez jeune, assez dynamique.

Y a-t-il des similitudes entre la fonction de maire, la fonction de chef d’entreprise et celle de président du NO ?
Je m’amuse beaucoup à comparer les fonctions de maire et de président, et il y a vraiment quelque chose de marquant, c’est le temps. On a un rapport avec le temps qui est très différent. Maire, les prises de décision sont lentes, le rapport au temps est long : quand vous avez une idée pour faire aboutir un projet, ça peut prendre des années, c’est très long. Alors qu’au foot, on a une idée le lundi, si elle n’est pas concrétisée le samedi, elle ne verra peut-être pas le jour : là, on est sur un rapport au temps très accéléré. Et dans une entreprise, je dirais qu’on est entre les deux, mais plus proche du foot quand même.

Est-ce que votre passage d’élu à la commune de Saint-Hilaire vous a appris quelque chose d’utile dans le foot ?
Oui. L’anticipation. Dans le foot, quand le match est fini, on se laisse un peu embarquer et on se projette immédiatement sur le suivant, et en même temps, il faut aussi penser à ce que l’on veut faire en 2026 et en 2027. Voilà pourquoi, avec mon directeur sportif, Anthony Dupré, on parle déjà de la saison prochaine. L’expérience de maire m’a appris à anticiper, à voir plus loin, à préparer… J’aime bien parler de « mèches courtes » et de « mèches longues ». Les « mèches courtes », c’est bien, OK, mais il faut aussi penser aux « mèches longues ».

Un projet « ensemble »

Photo Nîmes Olympique

Sur le média « Ici Gard Lozère », vous avez dit en début de saison, je cite, « Après 7 ou 8 matchs, on regardera où on est et à partir de là, on aura un objectif un peu plus chiffré » : on y est là…
L’objectif, là, c’est de gagner le prochain match !

Nîmes Olympique est un projet local, avec des dirigeants du cru, et aussi familial, avec vos deux filles, Laura et Marie, qui sont partie prenante, l’une à la billetterie, l’autre à la communication : c’est important pour vous ?
C’est très-très important. C’est essentiel. On a rajouté, pour des raisons juridiques, le mot « ensemble » derrière la SAS « Nîmes Olympique » (Nîmes Olympique Ensemble), parce que, justement, ce projet, on le fait « ensemble ». Et mon premier « ensemble’, c’est ça, c’est ma famille, parce que si je n’ai pas mon épouse, si je n’ai pas mon fils, même s’il est loin (il est 3e gardien de l’équipe de l’US Concarneau en National) et si je n’ai pas mes deux filles qui me disent « Banco, papa, vas-y, tu as toujours rêvé de ça, on sera avec toi », alors je n’y vais pas.

Quel est le budget de fonctionnement du club et la masse salariale de l’équipe de N2 ?
Le budget, c’est 3,2 millions d’euros. Le budget de la SAS, qui gère uniquement l’équipe de N2, c’est à peu près la moitié, quant à la masse salariale, elle est environ de 800 000 euros et quelque.

« Il a fallu que ça tombe sur moi ! »

Savez-vous combien de fois Nîmes Olympique a joué au 4e échelon dans son histoire ?
En 4e division ? C’est la première année. Je dis parfois « Il a fallu que ça tombe sur moi ! ». Après, je sais que le club a joué 36 ou 37 saisons en première division (36, Ndlr), et autant en 2e division (36 également). Et une quinzaine d’années en National (11 précisément, ndlr).

N’avez-vous pas peur de la traversée du désert, si le club végète en N2 ?
Non et à vrai dire, je ne m’étais jamais posé cette question. C’est même la première fois qu’on me la pose. J’essaie de réfléchir … mais non, je n’ai pas peur.

« Ce que fait Rodez est inspirant »

Photo Nîmes Olympique

Êtes-vous condamné à réussir ?
En tout cas, on va mettre le maximum d’ingrédients de notre côté. Je me suis fixé une mission, mais pas tout seul. Ensemble. Et c’est celle de ramener le club à sa place, qui est entre la 10e et la 30e place française. Je n’invente rien : 36 ans en Division 1, 36 ans en Division 2… Donc ramener le club à sa place, c’est là. Frédéric Antonetti a dit la même chose au sujet de Bastia.

Vous parlez de Bastia, mais j’ai vu que Rodez était un club qui vous « parlait » et qu’une visite y était prévue…
La visite n’a pas encore eu lieu. Clément (Dépres, l’attaquant, auteur de 4 buts déjà cette saison) a joué là-bas en Ligue 2. Il fait l’interface. On a effectivement prévu d’y aller une journée, dès qu’ils seront disponibles, parce que ce que fait ce club est très inspirant.

Un modèle de gouvernance plutôt que de présidence

Vous diriez que vous être un président comment ?
Inexpérimenté, déterminé, humain, humble et assez enthousiaste !

Un modèle de président ?
Je m’intéresse depuis toujours à la gouvernance des clubs, à la façon de se comporter des présidents, mais je n’ai pas vraiment de modèle. J’ai plus un modèle de gouvernance. Par exemple, à Nîmes, un facteur de réussite indispensable, c’est que le coach Mickaël Gas, le directeur sportif et moi, on soit vraiment ensemble. Je redis le mot « ensemble » volontairement. Il faut que cela soit du papier à musique entre nous. Je me souviens de la grande époque de Saint-Etienne, avec ce trio Roger Rocher – Robert Herbin – Pierre Garonnaire, qui avait construit toute une époque. C’est pour ça que je pense plus à un modèle de gouvernance qu’à un modèle de président en particulier.

« On est sur des temps courts »

Anthony Dupré (à gauche) enlace Clément Dépres. Photo Nîmes Olympique

Parfois, même si c’est rare dans le foot, des équipes descendent mais conservent leur coach : cela n’a pas été le cas d’Adil Hermach. Y a-t-il eu une réflexion à son sujet ?
Je ne me suis pas posé la question. En fait, tout est allé très-très vite, tout a basculé en 48 heures. Comme je vous l’ai dit, j’avais d’abord besoin de l’aval de ma famille et ensuite, deuxième chose, j’avais aussi besoin de l’aval d’Anthony (Dupré) pour le poste de directeur sportif. J’ai tout de suite su que c’était lui pour ce poste. Je le connaissais. Je l’avais rencontré au bord des terrains. Il y a quelques années, il s’était intéressé à mon fils Valentin, on avait discuté, sympathisé. On a un rapport un peu père-fils tous les deux. Je vous parlais tout à l’heure de temps court et de temps long. Dans le foot, on est sur des temps courts et ma conviction, c’est qu’il vous faut des gens qui vous permettent de gagner du temps. Et Anthony, c’est quelqu’un qui vous permet de gagner du temps : il est direct, ça va vite, c’est du parler vrai, ça ne prend pas de détour, voilà. C’est celui dont j’avais besoin pour faire un bon complément avec moi. Il me le fallait. Et à partir du moment où il m’a dit « oui », c’était à lui de choisir le coach, pas à moi. Donc je ne me suis pas posé la question pour Adil.

Il y a quelques années, vous aviez déjà été manifesté un certain intérêt pour Nîmes Olympique : pourquoi est-ce que cela n’avait pas abouti ?
Je ne sais plus quand c’était, vers 2017 peut-être. En fait, j’avais été approché pour un projet de reprise dans lequel il avait été imaginé que je puisse avoir un rôle de président délégué. Mais je n’avais pas rencontré Rani Assaf. Avec lui, il y a seulement eu des échanges de SMS.

« Avec Rani Assaf, il n’était pas incontournable que l’on se rencontre »

Comment, de l’extérieur, avez-vous vécu ces neuf années de présidence Assaf, l’homme qui a cristallisé le désamour autour du club ?
Dans le règne de Rani Assaf, il faut se souvenir qu’au début, tout était beau. C’était l’euphorie. Il y a eu la montée en Ligue 1 (en 2018). Donc il n’y a pas eu 9 ans de difficultés mais c’est vrai que l’on se souvient plus des dernières années, douloureuses. C’était douloureux de voir ce club perdre son âme. On avait l’impression que son coeur battait de plus en plus faiblement : on sait maintenant que, malgré ces dernières années, il est bien vivant ! C’est le moins que l’on puisse dire.

Du coup, avez-vous rencontré Rani Assaf ?
Non, je ne l’ai pas rencontré. Je le rencontrerai peut-être un jour, si c’est nécessaire, je ne sais pas… Vous savez, je vous l’ai dit, j’aime beaucoup « l’humain », je n’ai pas de problème avec ça, mais je sais que c’est quelqu’un de distant et et je respecte ça. Il n’était pas incontournable que l’on se rencontre.

« L’histoire doit s’écrire aux Antonins »

Anthony Dupré – Mickaël Gas : les Crocos d’abord ! Photo Nîmes Olympique

Le public revient au stade où l’on sent un nouvel engouement, une nouvelle ferveur : ça, c’est quelque chose qui, forcément, est nouveau aux Antonins, et fait plaisir…
Oui, on a retrouvé le public, ce public chaud, qui fait la force du club. L’histoire s’écrit aux Antonins, et doit s’écrire aux Antonins.

Pourtant, ce n’était pas gagné dans ce stade provisoire étiqueté « Assaf », construit par l’ancien président : l’objectif n’est-il pas, à long terme, de retourner un jour aux Costières ?
Vous savez, j’ai vécu de supers moments aux Costières, maintenant, ce n’est pas mon sujet. Mon sujet, c’est de ramener le club à sa place, et je le ferai aux Antonins. On a la chance de disposer d’un outil quand même très fonctionnel, c’est un petit stade quasi à l’Anglaise où, dès que l’on a 5 000 personnes, c’est le feu. On va faire en sorte que les gens aiment les Antonins; ce ne sont que les succès, les performances, qui feront que ce stade correspondra à une époque heureuse. Après, si un jour on retourne aux Costières, ce sera top, mais ce n’est pas mon sujet.

Tristesse et frustration passée

Le dress code de Thierry Cenatiempo : rouge ! Photo 13HF

Mais jouer « Chez Rani Assaf », c’est bizarre, non ?
On est dans une situation transitoire par rapport aux infrastructures, et pas seulement sur les Antonins, sur la Bastide aussi. Je vous parlais tout à l’heure de 2026 ou 2027, en vous disant que je me projetais déjà là, parce que justement, sur La Bastide, on a vraiment l’ambition d’améliorer l’infrastructure, d’améliorer les pelouses, d’avoir un outil qui favorise au maximum la performance des joueurs. Mais pour cela, il faut que le changement de propriétaire ait lieu et que les partenaires nous accompagnent. Après, on paiera un loyer, comme cela se fait dans les autres clubs.

Racheter un jour le stade des Antonins, c’est quelque chose auquel vous pensez ?
Là pour le coup, c’est une mèche très-très-très longue (rire) ! On peut se poser la question sur le domaine de la Bastide. Ce ne serait pas inintéressant que la Bastide … (il coupe) Mais ce n’est pas notre sujet pour le moment. Aujourd’hui, normalement, si tout est conforme à ce qui est prévu, on change de propriétaire au 31 janvier et le stade des Costières ne sera plus la propriété de monsieur Assaf. Et à partir de là…

Fin décembre, cela fera 3 ans que Nîmes joue aux Antonins. Vous avez prévu un anniversaire ?
Pas du tout ! On prévoir d’autres festivités, mais pas celles-là (rires) !

Étiez-vous déjà venu voir des matchs de Ligue 2 ou de National aux Antonins ?
Je vais vous faire un aveu : je n’avais jamais mis les pieds aux Antonins avant cette saison. J’étais présent au dernier match de Nîmes Olympique au stade des Costières, contre les Girondins de Bordeaux, en Ligue 2, pour la symbolique, mais je n’avais jamais vu un match aux Antonins. Je n’avais pas le coeur. Mais je n’ai jamais non plus été animé d’un sentiment d’animosité. En fait, c’était plus de la frustration, de la tristesse. Aller voir un match aux Antonins, devant 1 000 personnes comme c’est arrivé la saison passée en National, cela aurait été un supplice. Non, impossible.

La couleur rouge comme dress code

Mickaël Gas. Photo Nîmes Olympique

Vous êtes très attaché à la couleur rouge…
Vous savez, le public de Nîmes, c’est le foot que j’aime. J’aime aussi Saint-Etienne, Lens, Sochaux, Bastia, Marseille, parce que, tout de suite, quand on parle de ces clubs, on voit une couleur, les Sang et Or pour Lens, les Verts pour Saint-Etienne, etc. Et Nîmes, c’est les Rouges. Il y a une quinzaine de clubs comme ça en France où l’on voit les gens venir au stade avec les couleurs du club. Là, on est assailli de demandes pour les maillots (1), parce que tout le monde le veut ! C’est trop beau quand on arrive au stade, avec tous ces gens, au bord de l’autoroute, habillés en rouge. C’est une chance, et pour les joueurs, c’est le kiffe total ! Je le dis souvent, chez nous, il n’y a aucun joueur qui soit venu pour l’argent. Ils ont tous fait des sacrifices. On leur a vendu de la passion et du monde au stade.

(1) Le nouveau maillot sera vendu à l’occasion du match face à Saint-Priest, samedi 18 octobre, dans la bodega située sur le parvis de la Halle des sports, en attendant l’ouverture de la boutique, en décembre, boulevard V. Hugo, à Nîmes. 

Ce championnat de National 2, vous le trouvez comment ?
J’ai juste raté le déplacement à Toulon mais j’ai vu le match sur internet. On voit que ça va être chaud dans notre poule, tous les matchs sont compliqués. Quand je fais référence au dernier match de championnat contre Créteil, mais aussi au match contre Fréjus, je trouve qu’il y a de la qualité, de l’intensité, ça joue bien, franchement. Là, c’est l’amoureux du foot qui parle : j’ai pris du plaisir sur ces matchs. Il y a vraiment un bon niveau. Je pense qu’il faudra être très compétitif, match après match. Il n’y a aucun match facile où on arrive en se disant « Là, c’est bon… » Non, pas dans cette poule. Et c’est vrai pour toutes les équipes. Je suis amateur de foot mais pas un spécialiste, ce n’est pas mon métier, et c’est très bien comme ça. Moi, ce que j’entends, c’est que l’équipe qui va sortir de cette poule pourra tout de suite être performante à l’étage supérieur. C’est l’impression que j’ai, car je regarde beaucoup de matchs de National, comme Concarneau forcément, et franchement, notre dernier match de championnat contre Créteil, ça valait bien des matchs de National.

« Content de ce que l’on est en train de faire »

Content de ce début de saison tout de même ?
C’est vrai que là, on est gâté, on est content de ce que l’on est en train de faire, de produire, mais cela ne veut pas dire que l’on est satisfait, parce que si on était satisfait, cela voudrait dire que l’on y est arrivé or ce n’est du tout le cas. Mais content, oui, on peut le dire.

Votre nom de famille, « Cenatiempo », c’est d’origine espagnole ?
Oui mais pour autant mes grands-parents, mes arrière-grands-parents et mes arrière-arrière-grands-parents étaient italiens. Il y avait des Cenatiempo sur des bateaux italiens à l’époque de Garibaldi, qui sont arrivés au sud de l’Italie au XVIIe siècle je crois, et qui se sont installés au nord de Naples. Il y a beaucoup de Cenatiempo là-bas. Mais avec la consonance espagnole. Parce qu’il y a aussi des « Cena – Tempo », mais nous, c’est bien « tiempo ».

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13HF et Nîmes Olympique
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Le défenseur latéral, ex-grand espoir de l’AJ Auxerre, est rentré sur ses terres bigourdanes en 2023 en même temps que son frère Damien, pour aider à structurer son club formateur et épauler une nouvelle équipe dirigeante. Il se partage entre le poste de manager général et entraîneur, avec déjà une certaine réussite : le TPF, remonté en National 3, est bien parti pour s’y installer.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : Philippe LE BRECH

Le rendez-vous à Tarbes était (presque) fixé. L’entrevue avec Marc Fachan programmée. Mais le calendrier, notre calendrier, en a décidé autrement. Quel regret ! Moi qui aime le sud-ouest, la convivialité, j’aurais été servi !

Du coup, c’est en visio que le manager/entraîneur du « TPF » (Tarbes Pyrénées Football) a répondu à nos questions, en direct de… chez lui, avec le ciel bleu au-dessus de la tête – « Il n’y a pas que chez toi, à Nice, qu’il fait beau ! » – et le Pic du midi de Bigorre et ses 2 876 mètres à sa droite, qui orne le blason du club, « Je le vois en tournant la tête ! ». Merci pour l’accueil virtuel ! Et mea culpa !

Une nouvelle dynamique

Photo Philippe LE BRECH

En tout cas, Marc Fachan n’a pas forcé son accent chantant de la région, qui vous donne la banane, et n’a pas joué un rôle pendant l’heure qu’il a passée avec nous, faisant preuve d’une grande convivialité. Pour un peu, on se serait cru dans les montagnes. Les Pyrénées forcément. Elles sont si imposantes. Si importantes. Elles surplombent et longent Tarbes, sa ville (45 000 habitants), dont il est originaire et qu’il défend becs et ongles. « Non, Tarbes ce n’est pas du tout une ville-dortoir, même si, bien sûr, on ne va pas venir s’y installer sur un coup de tête ! C’est une ville identitaire, où il y a un esprit montagnard, où les gens sont là de génération en génération. »

Tarbes, on y a déjà mis les pieds. Rapidement. Le temps d’un match de foot, en CFA (National 2). C’était un Tarbes-Cannes, en mars 2014, juste avant un 1/4 de finale de coupe de France entre Cannes et Guingamp. À vrai dire, cela ne nous avait pas semblé folichon. Et puis il n’y avait pas grand monde au stade Maurice-Trélut, situé juste derrière celui du rugby, que l’on voit en travers depuis la tribune.

Mais c’était il y a 11 ans, et depuis, le foot s’est refait une belle santé dans la préfecture des Hautes-Pyrénées. Le soir des matchs, il y a de nouveau beaucoup de monde au stade. Parce que les arrivées des nouveaux dirigeants (Carlos Amorim et Patrick Desai, coprésidents) et de Marc Fachan, en 2023, ont coïncidé avec le retour d’une équipe identitaire, dans laquelle se reconnaissent à nouveau les Bigourdans. Les prémices d’un renouveau s’étaient déjà fait ressentir sous l’ancienne présidence, avec Régis Vidal.

International U19

Photo Philippe LE BRECH

Titulaire depuis cette années du DES, un diplôme qui lui permet d’entraîner jusqu’en N2, Marc Fachan, 36 ans, est un peu l’enfant du club. Celui qui y a grandi dans les catégories de jeunes avant de partir au pole espoirs de Castelmaurou puis au centre de formation de l’AJ Auxerre, où il a passé 5 ans. Il est revenu à l’été 2023, en Régional 1, en même temps que son frère Damien, 35 ans, avec qui il a évolué en National à Dunkerque, un club qui l’a vraiment marqué, également à Carquefou (National) et à Bergerac en N2. Marc Fachan a aussi vécu des expériences en Division 2 espagnole (Alavès, Tarragone), au RC Strasbourg, en National, avant de « finir » en N3 à Anglet. Depuis, le TPF est monté en juin dernier en National 3, à l’issue d’un barrage.

Mais ce que l’on ne savait pas, c’est que l’ancien international U19, grand espoir auxerrois à la fin des années 2000, avait signé à l’âge de 19 ans au Dynamo Kiev. Une expérience malheureuse, qu’il raconte sans tabou. Mais avec quelques regrets, parce que, s’il est fier de sa carrière et de son parcours, il sait que partir en Ukraine, seul, à ce moment-là, ne fut pas un choix opportun. Mais comme il y a toujours des choses à prendre dans chaque expérience, bonnes ou mauvaises, celle-ci lui a aussi donné des billes.

Marc Fachan : « Refaire de Tarbes un super club de N3 ! »

Photo Philippe LE BRECH

Tu as la double casquette entraîneur / manager : pas trop difficile à gérer ?
Je n’ai pas le choix ! J’aimerais avoir plus de temps pour ma fonction d’entraîneur mais je me suis organisé pour ça, j’arrive à allier les deux. Tarbes, c’est mon club, c’est ma ville, c’est ma passion. Le plus dur est passé au niveau structurel. On a des partenaires privés et publics qui nous suivent, donc c’est plus facile à gérer, on ne ne sent pas seul. J’ai des appuis derrière moi, qu’on a réussi à fédérer pour nous permettre d’avancer. On part de zéro. Il faut bien se mettre à l’esprit que l’on est un club amateur et ça c’est le plus dur : je n’ai pas d’analyste vidéo, je n’ai pas de préparateur physique, je suis coach, je suis manager, je suis analyste, je suis prépa… Je touche à tout, ça me passionne, j’essaie de bien caler mon agenda pour respecter mon organisation, afin de ne pas m’éparpiller.

Y a-t-il une volonté d’étoffer le staff ?
On a un entraîneur des gardiens, on s’organise au niveau médical, on a trouvé un kiné, ça tourne, les joueurs savent comment cela fonctionne. J’ai juste à m’occuper des rendez-vous avec le médecin, et là c’est plus compliqué parce que notre territoire est un désert médical. Heureusement, on a des liens avec quelques-uns pour nous faciliter la tâche. En fait, tout s’organise. Le but aussi, c’est de se dire que, si un jour je pars, le club continuera de tourner, parce qu’on aura tout mis en place.

« Entraîner, j’ai toujours eu ça dans un coin de la tête »

Photo Philippe LE BRECH

Quand as-tu su que tu voulais entraîner ?
En vrai, je me le suis toujours dit. Je l’avais dans un coin de ma tête. J’ai toujours eu de bonnes relations avec mes coachs quand j’étais joueur, je les ai toujours respectés, et je pense que c’était réciproque. Moi, j’avais le respect aussi pour cette fonction d’entraîneur qui n’est pas simple, parce que gérer 25 mecs quand tu en as 10 qui ne jouent pas le week-end… Bon, ce côté-là, aventure humaine, passion, ça m’a toujours fait envie. Quand je suis allé à Anglet, où j’avais prévu de vivre, parce j’adore le Pays Basque et l’océan aussi, j’ai passé mes premiers diplômes en continuant à jouer pendant deux ans en National 3, avant de venir à Tarbes.

Justement, comment as-tu atterri à Tarbes, chez toi, dans « ton » club ?
C’est venu tout seul. Il y a eu un changement de président au TPF. Carlos, c’est un ami (Carlos Amorim, le coprésident avec Patrick Desai) . On a fait ce projet ensemble. Il m’a convaincu de venir. Et puis feu ! On a décidé de foncer dans cette aventure. Voilà comment j’ai « enquillé » à Tarbes. J’avais déjà le BEF, qui me permettait d’entraîner en Régional 1, le niveau de l’équipe fanion à mon arrivée, mais j’ai failli ne jamais aller à Tarbes.

Ah bon ?
Oui, le club s’est sauvé de justesse en Régional 1 en 2023, à l’avant-dernière journée, sur un miracle. Je les voyais aller en Régional 2 et là, jamais je ne me serais engagé. Tant mieux que l’histoire se soit passée comme ça. Je n’avais pas encore pris ma décision à ce moment-là mais vu que mon frère, Damien, rentrait lui aussi à Tarbes, je me suis dit que c’était un signe : le club se maintient, mon frère revient et Carlos (Amorim) veut que l’on fasse le truc ensemble… Cela n’a pas été une évidence mais une réflexion, parce que je quittais beaucoup de choses sur le Pays Basque, mais en tout cas on a foncé dans le projet. J’avais de toute façon prévu d’arrêter à Anglet. Tout s’est parfaitement coordonner.

« Une saison, c’est long »

Photo Philippe LE BRECH

Pas trop dur de faire la transition joueur / coach ?
Non, l’adaptation a été naturelle. J’ai toujours fait partie des cadres dans les équipes quand je jouais, j’avais ce côté « gestion des mecs ». Je n’ai pas senti que c’était un truc où je devais lire 20 bouquins pour gérer un vestiaire. J’ai lu beaucoup de choses, bien sûr, pour apprendre, pour avoir d’autres billes que celles que j’avais, j’ai appris, mais j’avais ce côté-là je pense en moi. Pour le moment, je pense que je m’en sors bien par rapport à ça.

Le rythme des séances ?
On en fait trois le soir en semaine, plus le match du week-end. Le mercredi, je passe voir les équipes du club, je regarde comment ça entraîne, etc.. Oui, trois séances, c’est juste, c’est un équilibre à trouver avec les mecs qui bossent, qui ont des vies de famille. On fait une quatrième séance avec les jeunes qui ont le temps de la faire, qui sont demandeurs, mais c’est important aussi de garder de la fraîcheur mentale. Une saison, c’est long.

Tu disais que le coprésident était un ami…
Carlos a été mon entraîneur chez les jeunes. C’est quelqu’un qui a toujours cru en moi. Il coache encore aujourd’hui au club : il a les 17 ans. L’an passé, il avait les 18 ans. Petit à petit, du fait de sa fonction de président, il lâche un peu celle d’entraîneur pour s’y consacrer, mais il a cette passion du football, il a toujours entraîné, il adore les gamins, et puis quand je vois tout ce qu’il fait pour le club. En fait, lui, il est plus axé sur l’administratif, et Patrick Desai, l’autre président, s’occupe plus du sportif. Évidemment, je connais mieux Carlos, avec j’ai une relation privilégiée depuis gamin : il était persuadé que je ferais une carrière, et on a gardé ce lien au fil des années, et là, on se retrouve, l’histoire est belle. Les deux coprésidents ont des caractères qui matchent, ils sont complémentaires.

« Mon frère ne sera jamais sur le banc ! »

Damien Fachan, le frère de Marc (ici avec son coéquipier Maxime Dannfald). Photo Philippe LE BRECH

À Tarbes, tu es « rentré » en même temps que ton frère Damien, que tu entraînes du coup…
Mon frère bosse dans un cabinet de prothésiste-dentaire. Il aurait pu continuer à jouer, et même plus haut qu’en National 2. Il est rentré aussi pour des raisons familiales. Cela faisait quand même quelques années qu’il était parti pour le foot, et du coup, au moins, je me suis dit, on le fait ensemble ce projet aussi.

Mais devoir « gérer » son frère, ce n’est pas trop difficile ? Imaginons que tu le mettes sur le banc…
Il ne me fera jamais la gueule (rires), et en même temps, il ne sera jamais sur le banc (rires) comme ça c’est dit ! C’est mon frère, c’est mon capitaine, c’est notre pilier. On a construit l’équipe autour de lui. Il est exemplaire. C’est une chance incroyable de l’avoir, surtout pour les jeunes, de par l’exemplarité qu’il met à notre niveau. Il ne faut pas oublier que la N3, on n’y est que depuis deux mois. Mais déjà, l’exemplarité qu’il a mis en Régional 1, l’humilité qu’il a eue, et qu’ont eu certains joueurs de retomber à ce niveau, je pense aussi à « Manu » Delgado, qui est Tarbais, et que l’on a fait revenir (ex-Toulon, Annecy, Fréjus/Saint-Raphaël et Hyères). Tout ça fait que, forcément, derrière, les autres suivent; ça entraîne tout le monde.

Qui a parlé le premier à l’autre du « projet Tarbes » ?
C’est Dada (Damien). Il m’avait dit qu’il rentrait. Il savait que je voulais rester sur le Pays Basque, où j’étais installé depuis deux ans avec ma compagne. Mais il ne m’a pas dit « Viens absolument à Tarbes », non, c’est moi qui ai pris la décision de venir, et je ne le regrette pas parce que je vis une aventure exceptionnelle.

« Il fallait remettre des valeurs de territoire à Tarbes »

Photo Philippe LE BRECH

Pas trop difficile de passer du Pays Basque à la Bigorre ?
(Rires) Tu m’as demandé si j’avais du temps pour assouvir d’autres passions (lire plus loin le « tac au tac »), je peux te garantir que le temps est rare mais dès que l’on peut, on part au Pays Basque, on a des amis là-bas, j’y suis souvent. Quand j’ai besoin d’océan, de me faire plaisir, j’y vais ! En 1 heure 15 de route, j’y suis, mais je suis vraiment très heureux à Tarbes, je m’y sens très bien.

Tarbes, ville de rugby, ville industrielle, où le rugby a toujours eu une place importante : le foot trouve t-il la sienne ?
Avec les coprésidents, quand on a fait le brainstorming de début de saison, on s’est demandé comment on allait développer le projet, ce qu’on allait mettre en place. Il y a un contexte, or le contexte n’était plus du tout respecté chez nous : quand on faisait l’analyse, on voyait qu’il n’y avait plus de joueurs de chez nous, du 65 (du département des Hautes-Pyrénées), ou même du grand sud-ouest. Donc à partir de là, difficile pour les gens de se reconnaître dans cette équipe. Et si on a du monde aujourd’hui qui vient au stade, il y a une raison. Mais pour faire revenir les gens, il fallait qu’ils arrivent à se reconnaître dans cette équipe, et pour ça, il fallait remettre des valeurs du territoire, et à Tarbes, c’est très important.

Tarbes n’est pas du tout une ville-dortoir : certes demain tu ne vas pas te dire « je vais m’installer à Tarbes », mais c’est une ville où les gens sont d’ici, de génération en génération, ancrés dans le territoire, qui connaissent la Bigorre, qui ont ce côté montagnard, qui aiment les randos, avec un aspect familial. Le football a exactement les mêmes valeurs que le rugby chez nous. Si tu ne te déchires pas pour le copain, si tu ne mouilles pas le maillot, si tu n’as pas ce côté familial, ce côté « amis », alors tu n’es pas fait pour jouer ici. C’est ça qui est passionnant, parce que lorsqu’on est arrivé au club, on s’est demandé ce qu’il fallait faire pour que les gens reviennent au stade, pour que les entreprises et les élus nous suivent, et quels joueurs on allait prendre. On a vraiment remis un projet identitaire au sein du club, une vraie identité bigourdane, de chez nous, avec des vraies valeurs sur le terrain, afin que les gens prennent du plaisir en tribune, et ça a pris. Et puis forcément, quand tu fais une montée de Régional 1 en National 3, ça valide le projet.

« Aujourd’hui, le club n’est pas prêt pour aller National 2 »

Le public revient de plus en plus nombreux au stade Marcel-Trélut. Photo TPF

Le club a quitté le National 2 en 2018 : peut-il retrouver cet échelon un jour ?
J’ai une lucidité et une humilité qui d’abord m’ont permis de vite m’adapter à ce contexte amateur, et ce n’est pas simple, parce que j’ai connu aussi un niveau plus haut, et qui me font dire que… La vérité, c’est qu’un club, pour aller en National 2, il doit avoir aujourd’hui un budget minium d’ 1,2 million d’euros. Si tu ne les as pas, tu mets ton club en danger au niveau structurel. En National 2, les joueurs sont quasiment des professionnels, entre guillemets, des professionnels smicards du foot, et très peu d’équipes s’entraînent le soir. En fait, les joueurs vivent du foot en N2, on appelle cela du professionnalisme, toutes proportions gardées, et ça, il ne faut pas l’oublier. Il faut que ton club soit prêt et à l’heure actuel, le Tarbes Pyrénées Football n’est pas prêt. J’estime que ce serait presque dangereux d’y aller.

Après, ce qu’il faut, c’est mettre en place un projet pour se dire, « Bon, on a envie de redevenir un club de N3 », et forcément, le budget reste le nerf de la guerre, tu as besoin de staff, de joueurs qui peuvent se dire « le foot est presque mon métier mais pas totalement », et pour passer ce cap-là, il faut des moyens. Ici, tout le monde travaille et ce n’est pas négociable. C’est un équilibre qui correspond à la structure de notre club. Bien sûr que j’aimerais avoir demain les joueurs à disposition tout le temps, mais ça ne correspond pas à notre club, on se tromperait d’objectif. Refaire de Tarbes un super club de N3 et continuer à faire ce que l’on fait chez les jeunes, où toutes nos équipes sont quasiment en Régional 1, il est là notre axe de progression, sur les jeunes, pour garder ce projet d’identité et alimenter les seniors. On a le Pau FC à côté, mais avec un budget incomparable au notre, on n’est pas invité à la table, donc, restons tranquille sur nos objectifs, stabilisons le club en N3 et développons nos jeunes. Ce qui ne veut pas dire que l’on n’a pas d’ambition.

Le maintien en N3 est donc l’objectif; quid de l’équipe réserve de R3 ?
Elle a raté la montée en R2 l’an passé à la dernière journée à la maison. C’est l’objectif prioritaire de la ramener plus proche de la National 3. Et pour la N3, l’objectif est d’exister dans ce championnat : je suis lucide sur notre effectif, on a de supers jeunes, avec quelques anciens qui les entourent, avec de supers axes de progression, donc si on fait bien notre taf… On n’a pas de limite en fait. Si tu me demandes quel est l’objectif avec la N3, je te réponds « le maintien rapidement » et ensuite, c’est justement de ne pas avoir de limite.

« Il y a un plafond de verre »

L’équipe réserve de Régional 3 visera l’accession en R2 cette saison. Photo TPF

C’est comment, le National 3, dans ta poule ?
Je l’ai connu et découvert à Anglet pendant mes deux dernières années, ça joue quand même. Il y a des supers joueurs. C’est une poule ultra-homogène, avec des grosses équipes comme Arcachon, Agde ou Anglet qui ont des budgets colossaux par rapport au nôtre.

Et dans le département, quelle est la 2e meilleure équipe ?
C’est Lourdes, qui vient de remonter en Régional 1.

L’avenir du football à Tarbes passe-t-il par un rapprochement avec un club voisin ? On se souvient qu’au rugby, Tarbes et Lannemezan avaient fusionné avant de retrouver leur indépendance ?
Non (catégorique). Il n’y a aucun autre gros club susceptible de faire naître cette réflexion, de se dire « si on matche les deux, ça permettrait de passer un cap », comme Bergerac et Trélissac l’avaient envisagé à un moment donné, pour un projet qui aurait eu de la gueule. Il y a un plafond de verre, il faut être lucide. Je l’ai dit, c’est le N 3.

« Je suis obsédé par la victoire »

On connaît l’importance du rugby à Tarbes : y a-t-il une synergie avec le « Stado » (Stado Tarbes Pyrénées Rugby) ?
Tout le monde suit le rugby chez nous ! Ils jouent en championnat le vendredi soir, mais pendant ce temps-là, nous, on fait nos veilles de match sur le terrain à côté. Mais j’ai toujours suivi les résultats du « Stado ». Le sport à Tarbes a été très compliqué ces dernières années. On était sur une décennie de descente. Le club de foot a failli ne plus exister. Franchement, si on était descendu en Régional 2, les subventions auraient baissé, et là, c’était « finito ». Il faut que demain, si on n’est plus là, le TPF continue de tourner.

Les deux coprésidents, Patrick Desai (à droite) et Carlos Amorim. Photo TPF

Sur un plan personnel, le fait d’être Tarbais, de revenir dans le club où tu as commencé, est-ce que cela te met une pression supplémentaire ?
La légitimité, il faut la gagner. C’est rare d’arriver quelque part en terrain conquis. Pour moi, c’est en gagnant des matchs, en ayant des résultats au niveau du club, que … Peut-être que les gens ont pensé, quand je suis arrivé, « OK, Marc, il a joué en pro, mais il n’a jamais entraîné », mais peut-être que d’autres ont pensé « C’est top, avec son vécu, il va apporter au club ». On peut le voir de plusieurs manières différentes. Je suis né et j’ai grandi dans la compétitivité, avec cette pression du résultat. Je me suis mis une grosse pression en arrivant au club, pour avoir les meilleurs résultats possibles. On a eu ce barrage d’accession en National 3 en juin dernier, qui s’est bien terminé (victoire 1 à 0 à Carcassonne face à Atlas Paillade Montpellier, sur un but de Manuel Delgado), tant mieux. On a eu la chance de monter, les feux sont au vert, tout roule, je suis super content pour le club ! Maintenant, voilà, je me dis toujours que personne n’est indispensable. Mon but, c’est que demain, si je ne suis plus là, le club continuera de tourner.

Après, le fait d’être Tarbais, bien sûr, ça me met une petite pression complémentaire, complètement. Quant tu es chez toi, que tu connais tout le monde, que tout le monde te parle du club en ville, au resto, tu as envie que les gens te disent « Put… c’est trop bien ce que vous faites au club… » Tu as envie que les gens soient fiers du club qu’ils vont voir le week-end, et c’est ce que l’on a réussi à créer autour de Tarbes. C’est pour ça que les gens viennent. La pression du résultat, de toute façon, moi, je suis obsédé par la victoire. Mais pour gagner, il faut construire. Pour l’instant, je pense qu’on le fait bien mais je sais qu’on aura des jours compliqués dans l’année, comme on en a eu aussi la saison passée, mais ça fait partie du taf.

Marc Fachan du tac au tac

« Je suis un coach à l’inverse du joueur que j’étais ! »

Photo Philippe LE BRECH

Ton meilleur souvenir sportif ?
Ma première sélection en équipe de France U19, en en Italie, je l’attendais avec impatience.

Pire souvenir ?
J’en ai quelques-uns (rires) ! Je dirais le match nul 2-2 chez nous avec Dunkerque contre Boulogne lors du dernier match de National (saison 2016-2017). Une victoire nous aurait permis de finir 3e et barragiste, et on serait monté (finalement, c’est le Paris FC qui a fini 3e et qui est monté de National en L2, malgré sa défaite en barrages aller-retour contre Orléans). Notre coach était corse (Didier Santini) et il savait que le Sporting-club de Bastia allait couler et que ça libérerait une place…

Combien de buts marqués dans ta carrière ?
Très bonne question ! Pas beaucoup mais j’ai toujours marqué ! Sur ma dernière saison avec Anglet, en N3, j’en ai mis 8 ou 9 je crois.

Ton plus beau but ?
Avec le Racing-club de Strasbourg, en National, contre le CA Bastia, à La Meinau, un intérieur du pied à la Thierry Henry. Un bon souvenir car ce but avait permis de gagner.

Photo Philippe LE BRECH

Pourquoi as-tu choisi d’être défenseur ?
Je n’ai pas choisi ! C’était une opportunité entre guillemets. J’alternais les postes au centre de formation d’Auxerre, sur les côtés, devant, en 9 et demi ou en 10, et un jour, en coupe Gambardella, il y a eu une opportunité de jouer latéral droit. C’était le début de l’ère moderne, avec des latéraux. Guy Roux m’a fait descendre à ce poste.

J’ai pensé aussi à ce moment-là qu’il y aurait peut-être un moyen pour moi de « monter » plus vite, plus haut, en jouant à ce poste, donc j’ai essayé de m’y adapter le plus vite possible et j’ai bien fait. Après, j’ai toujours eu cet état d’esprit de vouloir attaquer, parce que j’aimais ça, mais j’aimais défendre, donc le poste me convenait parfaitement.

Ta première fois dans un grand stade ?
C’était au « Tèfe » (Téfécé, Toulouse), avec le centre de préformation de Castelmaurou, on était allé voir un match, je ne sais plus lequel. Mais le premier vrai choc, c’est quand je suis arrivé au stade Abbé-Deschamps.

Photo Philippe LE BRECH

Ton geste technique préféré ?
Crochet intérieur, feinte de frappe ! Il marche encore celui-là, il n’a jamais été démodé (rires) ! C’est un geste simple à réaliser et très efficace.

Qualités et défauts sur un terrain selon toi ?
Mes qualités : j’étais régulier, je n’étais jamais vraiment mauvais, j’étais un bon contre-attaquant et un bon défenseur. Mes défauts : parfois trop caractériel, trop hargneux.

Tu as beaucoup joué en National : que t a-t-il manqué pour jouer en Ligue 2 en France ?
J’estime qu’il ne m’a rien manqué. Il y a un facteur chance qui n’a jamais trop tourné en ta faveur, et au bout d’un moment tu penses que c’est de ta faute, qu’il manque « le truc en plus ». Et il y a aussi un facteur « profil »: peut-être que je ne rentrais pas dans les cases, dans les fameux critères. Enfin, il y a eu aussi les blessures, et ça m’a coûté cher à des moments clés. J’ai eu de graves blessures (hernie discale) et à chaque fois, au lieu de te relancer, tu dois te re-relancer, ce n’est jamais simple. Mais je n’ai aucun regret sur ma carrière, elle a été belle, même si j’aurais peut-être pu faire mieux.

Le club où la saison où tu as pris le plus de plaisir ?
À l’USL Dunkerque. Sans aucune hésitation. Je n’avais plus trop goût au football quand je suis arrivé là-bas et j’ai trouvé à Dunkerque une ville qui me correspond, des gens qui me correspondent, un club avec des valeurs. J’ai aimé cette ville et ce club. j’ai encore des amis au club. J’y retourne dès que je peux. J’ai vu le nouveau stade, mais il n’était pas encore fini. Dunkerque méritait cet équipement.

« J’ai été opéré cinq fois du dos »

Lilian Roume. Photo Philippe LE BRECH

Un match où tu t’es dit après, « J’arrête le foot » ?
Non, je ne me suis jamais dit ça après un match. Ce sont surtout les blessures qui sont dures à encaisser. Quand tu arrives 27 ou 28 ans, que tu ne t’en sors pas, que ça pète à chaque fois… J’ai eu de graves blessures, j’ai été opéré cinq fois du dos, avec de grosses séquelles. Je suis revenu à chaque fois. Tu dois faire de la rééducation, tout seul, tu te prends en charge, tu te démerdes seul pour te soigner, et ensuite, soit tu reviens, soit c’est fini. C’est comme ça. Et là, tu te poses des questions, forcément.

Une erreur de casting dans ta carrière ?
Même si j’ai arrêté de jouer il n’y a pas longtemps, c’est sûr que ma carrière, j’ai eu le temps de l’analyser (rires) ! Après, me considérer vraiment comme joueur professionnel… J’estime que cela faisait déjà quelques années que je ne l’étais plus car à partir du moment où tu touches le National 2, tu ne l’es plus vraiment.

Pourtant, en National 2, il y a certains clubs qui fonctionnent comme des clubs de National voire de Ligue 2, même parfois en N3…
Oui et non, parce qu’il y a beaucoup de stades où tu vas au charbon tous les week-ends et ça, ça n’arrive pas en pro. Quand tu es à Cannes, par exemple, et que tu dois aller jouer en hiver sur des terrains où il y a plus de terre que d’herbe, devant quelques centaines de spectateurs, ce n’est pas simple. Tout le monde sait que le National 2 est un championnat amateur mélangé avec des pros.

Les seniors N3. Photo Philippe LE BRECH

Revenons à la question : une erreur de casting ?
Le Dynamo Kiev. C’était le pire choix de ma carrière. Je l’ai regretté et je le regrette encore. Avec le recul, et si j’avais été mieux entouré à ce moment-là, ce n’est pas le choix que j’aurais dû faire. Cela m’a coûté cher. Je sortais d’Auxerre et j’ai signé 5 ans là-bas ! Je suis reparti en Espagne au bout de cinq mois. Un mauvais épisode, un mauvais casting…

Comment t’es-tu retrouvé à Kiev ?
À Auxerre, j’étais un espoir du centre de formation, avec la génération 89, avec Willy Maeyens (ex-Sedan) on était avec le groupe pro, que j’avais intégré à l’âge de 17 ans et demi. C’était très tôt. On était en équipe de France jeunes, et forcément, la lumière s’allume vite à cet âge-là… J’avais beaucoup de clubs qui s’intéressaient à moi, et j’en ai sélectionné trois : Dynamo Kiev, Villareal qui me proposait d’intégrer le groupe pro et de jouer avec la réserve qui était en D2 au début, et Lille, où je devais partir… Mais j’ai bifurqué vers Kiev parce qu’avec Jean Fernandez, l’entraîneur d’Auxerre, on n’était pas sur la même longueur d’ondes quant à mon évolution de carrière, j’avais un bon de sortie, et voilà… Au dernier moment, j’ai choisi Kiev, un choix dicté par l’aspect financier. Kiev a écrasé la concurrence à ce niveau-là et aussi au niveau sportif, le club jouait la Ligue des Champions. Simplement, je ne me rendais pas compte de ce que c’était que de partir à l’étranger, dans un club comme ça, et quand je suis arrivé là-bas, je suis tombé dans un micmac d’agents très compliqué à gérer, le coach a changé, j’ai préféré partir, et ça m’a coûté cher.

Haoufou Guira. Photo Philippe LE BRECH

Tu en retiens quoi de cette expérience, de cette leçon ?
Aujourd’hui, les joueurs sont très entourés. Moi je ne l’étais pas assez. Je n’étais pas prêt pour un club de ce standing. C’était trop d’un coup. A cette époque-là, j’avais un agent, Jean Gérard Czajka, mais si tu n’es pas patient, si tu ne veux pas brûler les étapes… J’avais 19 ans, c’était tentant d’aller à Kiev, sauf qu’il y a eu un changement d’entraîneur au moment où j’y suis allé, et avec les licences intercommunautaires, il n’y en avait que trois, j’ai été switché, le nouveau coach ne me voulait pas; ça a été dur psychologiquement.

En plus, il y a eu l’histoire des 5 années de contrat que le club ne voulait pas payer… Je suis arrivé dans un club, je sortais de l’Abbé-Deschamps où on était couvé, protégé, et là, quand je suis arrivé, je me suis dit « Waouh », le centre d’entraînement du Dynamo Kiev, il faut le voir pour le croire ! C’était dingue ! Mais on ne t’accueillait pas à bras ouvert dans ce club, c’était chacun pour sa gueule, donc moi, Français, j’arrive, ils ne parlent pas ma langue, ils ne parlent pas anglais, pour l’intégration, c’était très dur, ils ne parlaient que le russe, l’ukrainien, le serbe, le croate… En fait, je compare ça à un choix universitaire, quand tu as tout bien fait, et que tu te plantes au moment de l’orientation après ta « draft ». Je n’ai pas su me relever comme je le souhaitais. Alors qu’en France, j’aurais pu me développer sereinement. Je n’avais aucun intérêt de partir à l’étranger à cet âge-là. Aucun. J’avais choisi Lille, j’aurais pu choisir même un autre club de Ligue 1… J’ai eu du mal à me remettre de ce choix.

Beaucoup de joueurs « rouge » à la récupération ! Photo Philippe LE BRECH

Un club où tu rêvais de jouer gamin ?
J’ai toujours été fan du Real Madrid mais je n’ai jamais rêvé d’y jouer, je n’étais pas dans ce truc-là. Par contre, il y a un joueur qui m’a fait rêver, c’est Thierry Henry, à Arsenal.

Pourtant tu as le maillot du Real Madrid là, non ?
Non, c’est celui du TPF (Tarbes Pyrénées Football), j’ai fait en sorte que cela ressemble à celui du Real ! On joue en Rouge et Blanc à Tarbes mais la tenue de sortie est différente, c’est blanc !

Un stade mythique ?
C’est Highbury, avec les invincibles d’Arsenal. J’étais fan absolument à cette époque-là. Après, quand tu as goûté une fois au Vélodrome, forcément, plus aucun stade ne lui arrive à la cheville après ça !

Photo Philippe LE BRECH

Un coéquipier avec lequel tu t’entendais bien dans le jeu ?
J’ai adoré joué avec un top attaquant, qui s’appelle José Mari, à Tarragone. Il avait joué au Betis Seville, à l’Atlético Madrid, au Milan AC, à Villareal… Il était en fin de carrière mais j’ai eu un super feeling avec lui, et franchement, quel joueur ! Même si on voyait qu’il était en mode tranquille, au bord de la mer, à Tarragone, et qu’il finissait sa carrière. J’ai joué 2 ans avec lui, un régal.

Un joueur perdu de vue que tu aimerais bien revoir ?
J’ai des nouvelles de toute notre bande quasiment à Auxerre mais j’aimerais bien revoir Alain Traoré ! Je ne l’ai pas vu depuis les années d’Auxerre. Cela me ferait plaisir de le revoir.

Un attaquant adverse que tu n’aimais pas affronter ?
Khalid Boutaïb ! Il était chiant ! Il scorait à chaque fois ! Très malin, très chiant à prendre.

Photo Philippe LE BRECH

Un coach qui t’a marqué ?
Je pense à ceux que j’ai eu au centre de formation, qui m’ont permis de grandir. C’était strict, mais ils voulaient te faire avancer. Je pense à Gérald Baticle et Christian Henna. Gérald m’a fait passer un cap. Après, j’ai eu des tops coachs plus tard, comme Fabien (Mercadal) et Didier (Santini), des bons managers et des bons coachs.

Un coach perdu de vue que tu aimerais bien revoir ?
Jacky Duguépéroux, à Strabourg. J’ai eu une relation particulière avec lui. J’aimerais bien le revoir.

Un coach que tu n’as pas forcément envie de revoir ?
Oui, mais je ne me souviens plus de son nom de famille, celui du Dynamo Kiev (rires) ! Il n’y avait même pas l’ombre du respect de la personne, j’étais un pion.

Le stade Maurice-Trélut de Tarbes. Photo Philippe LE BRECH

Un président marquant ?
Sans aucune hésitation, Marc Keller, à Strasbourg. Mais si tu vas en Alsace, beaucoup de gens te répondront la même chose !

Un président à oublier ?
Je ne vais pas en citer un, je n’aime pas trop ça, parce que je suis devenu manager d’un club, donc je vois les choses différemment. Bien sûr qu’il y a eu des choses électriques avec des présidents, mais quand tu passes de l’autre côté, tu comprends mieux.

Une causerie marquante ?
Celle de Cesar Ferrando, pour ma première en Espagne, avec Tarragone, on affrontait la Real Sociedad à domicile, je ne comprenais pas tout, même si j’avais le traducteur à côté, et je me disais « Waouh, je suis sur une autre planète », j’ai adoré, on avait gagné. Un super souvenir.

Photo Philippe LE BRECH

Une anecdote de vestiaire ?
Ce n’est pas une anecdote, mais plutôt des moments avec Dunkerque, pendant le carnaval, on était surmotivé, on faisait tout pour gagner le vendredi soir pour avoir la chance d’y aller le samedi, parce qu’on savait que si on perdait, on allait se faire allumer (rires) !

Le joueur le plus connu de ton répertoire téléphonique ?
(J’en ai quelques-uns) rires ! C’est un coach ! Luis de la Fuente ! D’ailleurs, j’ai oublié de le citer tout à l’heure !!! Comment je peux l’oublier ?! (Luis de la Fuente, actuel sélectionneur de l’équipe d’Espagne, fut son coach à Alavès, en D2 espagnole).

Combien de cartons rouges dans ta carrière ?
Pas beaucoup. J’ai dû en prendre 4.

Et depuis que tu entraînes, tu en as pris ?
Oui. J’ai eu un peu de mal à m’adapter… J’en ai pris deux je crois.

Une devise ?
Je répète souvent à mes joueurs de ne jamais oublier d’où ils viennent.

Combien d’amis dans le foot ?
Une quinzaine. C’est long 20 ans de foot (rires) !

Tu étais un joueur plutôt…
Avec la grinta.

Tu es un coach plutôt ?
Compréhensif, exigeant et ambitieux.

Le club de Tarbes ?
Il est identitaire, stable. Du moins il est devenu stable. Et lucide.

Des rituels, des manies avant un match ?
Alors ça, si tu as un joueur qui te dit qu’il n’en a pas, c’est un menteur, même un petit geste anodin ! Je suis croyant, donc je prie. Sinon, les mêmes vêtements, des trucs comme ça, mais je ne m’attachait pas trop à ça.

Le public lors de la venue d’Anglet, le mois dernier, à Trélut. Photo TPF

Et en tant que coach, tu as des manies d’avant-match ?
Je suis très calme avant un match. Je ne sors pas sur le terrain, je reste dans ma bulle, j’ai besoin de déconnecter. Mon tempérament de coach est totalement différent de mon tempérament de joueur. En fait, je suis tout l’inverse du joueur que j’étais. C’est un travail que j’ai dû faire sur moi-même, notamment dans la compréhension et la gestion de mes émotions. Je peux être électrique, mais c’est rare. Je lis beaucoup de livres sur le comportement personnel, mais je n’ai pas fait de formation spécifique. J’ai discuté avec des personnes spécialisées dans le domaine. Forcément, ça aide.

Tu as un style de jeu ?
J’aime dominer l’adversaire. J’aime le côté tactique. Après, possession, pas possession, moi, ce que je veux, c’est poser des problèmes à l’adversaire via un projet de jeu ou en t’adaptant à celui de l’adversaire, parce que parfois, il faut accepter de se dire que tu n’es pas au-dessus de lui et que donc, tu ne pourras peut-être pas mettre ton jeu en place. En fait, l’apprentissage du foot, c’est un monde sans fin. C’est passionnant. C’est pour ça que je me suis mis là-dedans.

As-tu le temps pour des passions en dehors du foot ?
Des passions, tu as plus le temps d’en avoir quand tu joues que quand tu es coach (rires) ! J’en ai deux : je suis passionné de mer et de montagne. J’ai la chance d’avoir l’océan pas loin et la montagne juste à côté ! Donc j’aime aller en rando, au ski ou surfer. Mes passions, c’est la nature ! Et ici, avec ce que m’offre la Bigorre, ma région, je me régale !

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions spéciales)
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L’ex-attaquant des années 90, reconverti entraîneur depuis plus de 20 ans, mais sans club depuis l’hiver dernier, retrace sa riche carrière, parle des ses expériences et évoque sans filtre sa personnalité, un peu méfiante, mais pas si réservée que cela !

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos 13HF et DR

« Nono » Cabezas, sur le port de Golfe-Juan Vallauris, la semaine dernière, à côté de Cannes.

Jean-Noël Cabezas donne rendez-vous au café L’Escale près du port à Golfe-Juan, entre Cannes et Antibes. « Viens on se met en face, de l’autre côté de la route, contre la mer et des bateaux de pêche ! » lance-t-il. À force de voir la mer et les bateaux, nous, on n’y prête même plus attention ! Mais pas celui que ses amis appellent « Nono ». La mer, les bateaux, il adore ça. « Je fais un peu de plongée en apnée, ça permet de travailler le mental, et j’aime bien partir en pêche ».

En même temps, l’ancien attaquant des années 90 est né à Martigues et a grandi à Marseille, sous le soleil – « Il brille toujours ! » – et au bord d’une grande bleue qu’il a retrouvée en 2017, quand il a quitté le centre de la France et le Clermont Foot après 17 saisons , dont 15 dans l’encadrement, pour s’asseoir sur le banc de Fréjus/Saint-Raphaël en National 2. Pour se rapprocher de ses parents aussi.

Depuis, il n’a quasiment plus bougé de la Côte d’Azur, hormis une escapade à Andrézieux, en banlieue de Saint-Etienne, en 2018/19, avec à la clé la fameuse élimination de l’Olympique de Marseille, le 6 janvier 2019 (2-0), en 32e de finale de la coupe de France, au stade Geoffroy-Guichard ! Malheureusement, l’épopée s’était arrêtée en 16e (élimination face à Lyon-Duchère 1-2, club de National).

Quinze saisons dans l’encadrement à Clermont

Photo « collector », sous le maillot du Havre, il y a 35 ans déjà !

Cette qualification face à l’OM, c’est sans doute à ce jour son fait d’armes le plus marquant comme coach, du moins celui qui a eu le plus de retentissement médiatique. Cela aurait pu lui ouvrir les portes du BEPF, le diplôme d’entraîneur professionnel, il n’en fut rien. Cela lui a au moins ouvert les portes du club de son coeur : l’AS Cannes. Limogé d’Andrézieux après seulement 8 matchs la saison suivante, il rebondit, certes à l’étage en dessous, en National 3, chez les Dragons azuréens, mais le projet est tellement ambitieux et l’institution si prestigieuse…

Et puis Cannes, comme le raconte Jean-Noël dans cet entretien ensoleillé, c’est l’équipe qu’il allait voir et supporter quand il n’était encore qu’un jeune avant-centre de 18 ans, qui évoluait en Division d’Honneur à Vallauris, sur les hauteurs de … Golfe-Juan. À cette époque, il s’entraîne la journée avec le centre de formation des Rouge et Blanc – l’un des meilleurs de l’Hexagone – et rejoint son club le soir. Deux saisons et deux accessions plus tard – Vallauris accède en Division 4 puis en Division 3 -, c’est le grand saut dans le monde pro pour le grand attaquant, qui portera ensuite les couleurs du Havre (D2), d’Annecy (D2), d’Alès (D2), de Vallauris à nouveau (D3, titre de meilleur buteur aux côtés de Hervé Renard et Zoran Vujovic notamment), de Toulon (deux passages, en National d’abord avec accession en D2 puis en D2 un an plus tard), de Cannes donc, en Division 1, de Troyes (D2, accession en D1), d’Amiens (D2) et enfin de Clermont (National et accession en D2), où il boucle sa carrière de joueur. Un très joli CV enrichi par la suite de quinze saisons passées dans l’encadrement du club auvergnat, à la formation, avec les U19 nationaux, avec la réserve et avec les pros comme adjoint. De quoi, là encore, emmagasiner beaucoup d’expérience.

Un vrai Marseillais qui se respecte !

Entraîner, « Nono » a su très vite qu’il se dirigerait vers ce métier une fois les crampons raccrochés : très tôt, déjà, à Marseille, dans des associations de quartier, il encadrait des plus grands que lui, le mercredi.
Sans club depuis son dernier « limogeage » à Fréjus, à l’hiver dernier, dans un club où il travaillait pour la seconde fois, Jean-Noël Cabezas, qui en profite pour s’entretenir et aller voir des matchs – « Ce soir je retourne au Vélodrome pour OM-PSG, j’y suis allé hier mais le match a été reporté à cause des intempéries ! » – s’est mis en quête d’un nouveau projet.

Pendant 45 minutes, il s’est confié, au point de parfois briser la carapace. Méfiant de prime abord, réservé, introverti, sensible, hésitant parfois à terminer ses phrases, « Jeannot » comme d’autres l’appellent aussi, ou « Cabezou », s’il intériorise beaucoup, a souvent montré une image à l’opposé de celle qui dégage, au point de parfois passer pour un grand bavard. Un vrai Marseillais qui se respecte, en quelque sorte. Qui aime parler … mais surtout de foot !

Interview : « Le foot rend méfiant »

Quand on retrace ton CV de joueur, on se dit… quel parcours, tout de même ! Partir de DH pour finir en D2 et en D1, c’est rare !
À Vallauris, j’étais surclassé, j’avais 18 ans, on a fait les montées de DH jusqu’en D3 mais je n’ai pas joué tout de suite en D3, je suis parti au Havre, avant d’être prêté à Annecy en D2, entraîné par Guy Stephan, que j’ai revu cet été au Mondial de Footvolley à Juan-les-Pins, c’était sympa, on a pu échanger. J’avais gardé un bon souvenir de lui. Après Annecy, je suis revenu à Vallauris, en D3, puis après c’est parti, Alès, Toulon, Troyes, Cannes, Amiens avant de finir à Clermont. J’ai eu de la chance dans ma carrière de joueur car j’ai fait beaucoup de montées, de la DH jusqu’à la Ligue 1, avec Troyes (accession en 1999).

À Clermont, où tu as fini ta carrière de joueur sur une nouvelle montée en Ligue 2 (en 2002), tu as passé quinze ans dans l’encadrement : pourquoi être parti en 2017 ?
C’est la venue de Corinne Diacre qui m’a fait partir. C’était un peu compliqué avec elle. Quand elle est arrivée, au bout d’une semaine, Olivier Chavanon, le directeur sportif de l’époque, m’avait dit « ça va être compliqué avec elle », et moi, je lui ai répondu « Dès le premier jour, j’ai su que ça allait être compliqué avec elle ! », donc là, j’ai décidé de partir.

« Je me suis présenté huit fois au BEPF… »

Photo AS Cannes

Quand as-tu su que tu deviendrais entraîneur ?
Quand j’habitais Marseille, j’entraînais les plus grands que moi, dans une association de quartier, La Millière, au milieu des HLM, c’était le mercredi, je faisais ça pour rendre service et gagner un peu d’argent aussi. J’aimais ça. J’avais entraîné des plus petits dans les quartiers aussi, avec une autre association, Les Escourtines (il a commencé au quartier de La Barasse, à côté du quartier de Saint-Marcel, puis à l’US Rouet). Quand j’étais joueur à Troyes, j’avais des discussions avec Alain Perrin, qui me voyait bien devenir entraîneur. Mais ce qui a tout déclenché, c’est à la fin de ma carrière de joueur à Clermont, quand j’ai monté une école de football pour les attaquants, en 2001; ça avait bien fonctionné, à tel point que des gros clubs, comme Marseille ou Lyon, venaient piller nos joueurs. C’est comme ça que je me suis retrouvé dans l’équipe pro de Clermont, en Ligue 2 : l’équipe ne marquait pas beaucoup de but et Alain Dalan, le président de l’époque, m’a demandé de devenir adjoint et de m’occuper spécifiquement des attaquants; ça a bien fonctionné et tout est parti de là ! Ensuite j’ai passé mes diplômes. Aujourd’hui, je peux entraîner jusqu’en National 2.

Tu ne songes pas à te représenter au BEPF ?
Je me suis présenté huit fois déjà… Je n’ai pas eu la chance d’être pris et j’ai craqué ! Quand j’étais à Frejus, à Andrezieux, je me suis présenté, et une fois, j’ai même été le premier « repêchable » en cas de désistement d’un des candidats. Là, je me suis dit que, forcément, j’allais être pris l’année d’après, surtout qu’on venait d’éliminer l’OM en coupe de France avec Andrézieux, mais je n’ai pas été retenu et je dois dire que, mentalement, ça m’a « tué ». Aujourd’hui, ce n’est pas que je ne veux plus candidater, mais j’ai pris un peu d’age (58 ans), même si je m’entretiens, je cours, je fais attention à mon alimentation, mais je ne sais pas, je trouve que… Mais depuis quelques années, quand même, j’ai l’impression que pour l’admission au BEPF, ça s’est plus « ouvert ».

« Partir à l’étranger m’aurait plu »

Mais entraîner en National, ou dans la future Ligue 3, n’est-ce pas un objectif ? Ou être de nouveau adjoint en pro ?
Si j’avais eu mon BEPF, j’aurais eu des opportunités pour aller en Belgique, par rapport à certaines connaissances que j’avais. Partir à l’étranger m’aurait plu, pour changer, pour ne pas rester dans le confort. Comme jouer en Espagne aussi, ça m’aurait plu à l’époque, j’ai des origines espagnoles, du côté de l’Andalousie. Après, retrouver un staff pro, oui, mais il faut que ça matche avec le coach; ça dépend de l’entraîneur en place. Par exemple, je m’entendais bien avec Michel Der Zakarian à Clermont, donc travailler pour et avec quelqu’un que l’on apprécie, comme Michel par exemple, oui. Je pense qu’il faut une connexion entre le numéro 1 et son adjoint, qu’on soit comme une équipe. Je le vois bien, car j’ai été numéro 1 aussi, et je n’ai pas eu que des bonnes expériences avec mes adjoints. Parfois, les choses négatives font grandir et permettent de rebondir. Je suis toujours dans cette optique-là. Ce n’est ni facile d’être adjoint, ni facile d’être numéro 1. Mais je préfère ne retenir que le positif de mes expériences.

« Je n’ai pas vu mes enfants grandir »

On sent un grand regret tout de même…
(Hésitation) Au Clermont Foot, j’ai fait de la formation, j’ai sorti Romain Saïss, le capitaine de l’équipe du Maroc, je me suis occupé de lui, il y avait aussi « Yacou » Sylla (Aston Villa, Rennes, Montpellier), que j’ai fait venir, l’attaquant « Momo » Bayod, Mathias Pereira-Lage, Julien Laborde, plein de joueurs comme ça, j’étais connu quand même aussi grâce à mon travail là-bas. J’avais une double casquette, entre la formation et les seniors, le matin et l’après-midi avec les pros, le soir avec la réserve… Et je ne n’ai pas vu mes enfants grandir… Si c’était à refaire, je ne le referais pas. C’est ma passion, bien sûr, mais bon…

Tu dis que tu n’as pas vu grandir tes enfants…
Ma fille, Mathilde, a 30 ans, elle chante (sous le pseudo « Mathilda »). Mon fils, Noë, a 25 ans, il joue à Alès en N3. Je ne les pas vu grandir, non, parce que j’ai tellement donné à Clermont que c’était au détriment de ma famille. Je m’en suis aperçu quand Corinne Diacre est arrivée. Je ne lui en veux même pas, cela fait partie du foot mais, surtout, cela m’a fait réaliser que la famille était plus importante, même si Claude Michy, le président de Clermont Foot, m’avait dit « Les entraîneurs passent, mais toi tu restes », parce qu’il voulait que je reste.

Le clip de Mathila (« Est-ce que les autres s’aiment ? ») : cliquez ici

Noë, son fils de 25 ans, a signé à Alès, où Jean-Noël a évolué en D2 dans les années 90. Photo OAC

À Fréjus/Saint-Raphaël, tu as été limogé une première fois puis tu n’as pas été conservé en fin de saison une seconde fois… À Cannes, tu n’as pas non plus été conservé : c’est digéré ?
Il y a eu Andrézieux aussi ! Mais à Andrézieux, la deuxième année, je savais que le club cherchait un entraîneur de la région stéphanoise, donc je n’ai pas été surpris quand j’ai été limogé, parce qu’on m’avait prévenu. Ils ont mis Romain Revelli à ma place.

Quand je suis allé la première fois à Fréjus/Saint-Raphaël, c’était pour être adjoint de Charly Paquillé. Et puis je voulais aussi revenir dans le sud pour des raisons familiales. Charly a été limogé et j’ai pris la suite mais en juin, je n’ai pas été gardé. J’ai été surpris parce qu’on avait vraiment fait une belle saison (5e). C’est dommage, parce qu’on n’a pas eu le temps de se structurer, c’est un peu le problème d’ailleurs du foot amateur, et aussi du foot pro, sauf que dans le foot pro, il y a plus de moyens pour mettre des choses en place, comme une cellule de recrutement par exemple, un meilleur suivi des joueurs, etc. C’est ce que j’ai essayé de faire à Fréjus et aussi à Cannes.

« J’ai toujours adoré l’AS Cannes ! »

Tu es « marseillais » mais tu as supporté Cannes, c’est étrange tout de même…
Quand j’étais jeune, j’allais voir tous les matchs de l’OM, et parfois j’allais aussi voir les entraînements à Saint-Menet, sur un terrain à côté de chez moi, je ratais parfois l’école pour y aller ! Je regardais les attaquants, je me souviens de ce joueur, Marc Berdoll… Je regardais aussi leur comportement, l’exigence, mais c’était une autre époque, le club était en Division 2. Quant à Cannes, j’ai toujours adoré ce club, alors que je n’y étais pas ! Mais j’aimais ce côté « petit poucet », quand le club était en première division.

Mais d’où vient cette « amour » pour l’AS Cannes ?
Quand je jouais à Vallauris, j’allais voir tous les matchs de Cannes. J’étais supporter. Puis j’ai eu la chance d’être joueur au club et ensuite entraîneur. Il y a eu des grands noms, des grands entraîneurs comme Jean Fernandez ou Arsène Wenger, qui est une référence pour moi. Wenger, c’est quelqu’un qui construit, qui outrepasse sa fonction d’entraîneur. J’essaie, à mon niveau, de le prendre en exemple. Quand on est entraîneur, on regarde les meilleurs pour s’en inspirer et voir ce qu’ils font. Quand j’étais joueur, je faisais pareil. Quand je suis venu travailler à l’AS Cannes, je me suis installé à Vallauris, parce que là-bas, j’y garde de bons souvenirs, c’est le club qui m’a mis le pied à l’étrier et j’y ai des amis.

« Il y a des choses beaucoup plus graves que le foot »

Photo AS Cannes

Que gardes-tu de ton passage à Cannes sur le banc, où tu es resté cinq ans ?
D’abord, on a eu deux années « covid » puis la troisième année, on est monté de National 3 en National 2 avec Anny Courtade et Xavier Bru aux commandes. Anny, elle nous faisait confiance, et quand le club a été vendu à la famille Friedkin, ils ont voulu mettre un entraîneur « à eux », c’est comme ça… Mais bon, je ne suis pas allé à Cannes pour l’argent, mais pour faire remonter le club, parce que j’étais attaché à ce club.

Ensuite, la saison passée, tu es retourné à Fréjus/St-Raphaël (N2), dans un club qui ne t’avait pas conservé cinq ans plus tôt : étrange, non ?
(Sourire) Oui, c’est vrai ! On était dans les trois premiers jusqu’en novembre/décembre et puis on a eu un problème… (il marque un silence). Un joueur est tombé malade (il marque à nouveau un silence), un très-très bon joueur, qui tenait la baraque derrière (le défenseur central Julien Mouillon). Il a eu une grosse maladie et ça m’a rappelé les mauvais souvenirs de janvier 2009, quand on a perdu Clément Pinault. La maladie de Julien, je l’ai mal vécue. Tu sais, le foot c’est dur, OK, mais quand on vit ça… Je crois qu’il n’y a rien de pire. J’ai mis deux ans pour me remettre du décès de Clément (Pinault), on était très proches. Donc ce limogeage à Fréjus, je le relativise, parce qu’il y a des choses beaucoup plus graves. La maladie de Julien (Mouillon) m’a ramené à tout ça, et sans doute que je n’ai pas été bon, que je n’ai pas su gérer mes émotions.

« Je suis peut-être un peu plus sensible que d’autres »

Rabat, Bonadei, Moses… Le temps des copains, au Sporting-club de Toulon (document Le musée du Sporting)

En ce moment, beaucoup d’entraîneurs nous parlent de la gestion de leurs émotions : tu aurais donc toi aussi des choses à régler de ce côté là ?
En général, j’arrive à les gérer sur le terrain, par exemple, je me contrôle, je ne me suis jamais fait expulser, mais un décès, une maladie, là, ce n’est pas pareil, on n’est pas préparé à ça. Je suis un peu plus sensible que d’autres, peut-être. J’ai du mal à gérer ces situations. Mon frère a eu une grosse maladie : il est resté à l’hôpital pendant deux ans à Hyères à Pomponiana (Institut de rééducation fonctionnelle), ça m’a vraiment touché, tout est lié à l’enfance aussi… C’est dur de gérer des choses comme ça. Je suis proche aussi de l’association Adrien et de René Molines, son président, à Pégomas, près de Cannes, parce que ce sont des choses qui me touchent. Et parce qu’il n’y a pas que le foot. Je pense être proche des joueurs : « Yacou » Sylla m’a appelé quand il a eu son diplôme d’entraîneur, Romain Saïss aussi, on garde le contact, j’ai de bons souvenirs avec eux. Le côté humain est important.

Tu dis que tu es un entraîneur exigeant : mais qui sont les coachs qui t’ont marqué ?
J’aimais bien Alain Perrin, au niveau du jeu, il nous faisait bien jouer; au niveau relationnel, c’était dur, même si avec moi ça se passait bien. Il faut dire que quand je l’ai eu, j’avais la trentaine, j’avais déjà de la bouteille et il savait que je pouvais tenir le vestiaire. Je n’étais pas un leader par la parole mais par les actes, je pense que c’est pour ça qu’il m’appréciait aussi. J’ai eu un autre entraîneur qui m’a marqué : Léonce Lavagne, à Alès. Il faisait jouer des amateurs s’il le fallait, à la place des pros, parce qu’avec lui, c’était au mérite, peu importe le statut. Il était dur mais écouté et honnête. C’est quelqu’un qui allait au bout de ses idée. C’est ce qu’on attend d’un entraîneur.

« Beaucoup de clubs amateurs travaillent bien »

Aux côtés de l’ex-international Jean-Marc Ferreri, à Toulon.

Puisque l’on parle d’Alès, pourquoi ce club (N3) n’y arrive-t-il pas ? Et pourquoi Toulon (N2), où tu as évolué deux fois, n’y arrive pas non plus ?
À Alès, il y a toujours eu des problèmes financiers et à Toulon, c’était un peu pareil à mon époque. Cela veut dire que cela a mal été géré de l’intérieur. Et puis il y a autre chose : aujourd’hui, il y a beaucoup de clubs amateurs de National 2 et de National 3 qui travaillent très bien, qui sont très bien structurés, avec des personnes qui s’investissent beaucoup dans leur travail. C’est pratiquement devenu du semi-professionnel. C’est pour ça qu’en N2 et en N3, c’est très dur de monter, il faut bien s’entourer et bien connaître le niveau.

Par exemple, en National 2, ce n’est pas parce qu’un club va prendre six ou sept joueurs du niveau au-dessus qu’il va monter, parce qu’il faut un état d’esprit, il faut que les joueurs soient complémentaires, sans compter que c’est la bagarre chaque week-end. Les clubs ont progressé, et peut-être que Toulon et Alès, qui ont été des clubs phares, ont moins progressé que les autres… Cette saison, Alès, où joue mon fils Noë, a une équipe très jeune, c’est très intéressant ce qu’ils font, ils ont quand même perdu leurs attaquants à l’intersaison alors qu’ils marquaient beaucoup de buts l’an passé, mais ça a l’air de bien prendre. Il faudra voir si l’effectif est suffisant sur la durée.

Il y a autre chose : il faut connaître les régions aussi. À Alès, il y a les mines à côté, il faut connaître la population locale, leurs valeurs, savoir où on est. Par exemple, quand j’étais entraîneur à Andrézieux, je suis allé voir le musée de la mine à Saint-Etienne, c’était incroyable, ce sont des choses qui marquent. On aurait pu ajouter Andrézieux dans la question précédente, un club qui évolue depuis longtemps en N2, qui a de superbes infrastructures, mais qui n’arrive pas à monter… Parce qu’il faut laisser du temps, et j’espère que Roland (Vieira), qui est un bon coach, en aura. Au Puy, il en a eu, il est resté 10 ans, mais dès fois, au foot, on n’a pas le temps de construire. Pourtant, c’est le secret, mais…

« Le foot, ce n’est pas que l’argent »

Tu connais bien le championnat de National 2 : tu le trouves comment aujourd’hui ?
Il évolue. Il est de plus en plus dur, parce que beaucoup d’équipes, comme je le disais avant, travaillent bien. Elles se donnent les moyens de bien travailler, même si elles n’ont justement pas trop de « moyens » financiers, parce qu’on voit bien que le foot, ce n’est pas que l’argent, sinon ce serait trop facile.

Tu penses à Cannes en disant cela…
Non mais quand j’étais à Cannes, il y a quelque chose qui m’a frappé : en fait, je regardais toujours mes adversaires en vidéo avant de les affronter, et quand ils jouaient contre nous, ce n’était pas du tout la même chose, cela ne ressemblait plus à l’équipe que j’avais vu en vidéo. J’avais bien prévenu mes joueurs par rapport à ça. En fait, l’explication est simple : nos adversaires avaient une envie décuplée de nous « taper », un peu comme ceux qui jouent contre Bordeaux aujourd’hui en N2, et ils étaient donc parfois en sur-régime. Ce qui fait que nos matchs ressemblaient plus à des matchs de coupe. Voilà, c’est ça, en fait, chaque semaine, on faisais des matchs de coupe de France, et même parfois des matchs de coupe d’Europe, parce que les mecs, en face, jouaient leur vie !

« Je vais au bout de mes idées »

Tu as l’air d’une personne très méfiante, limite « parano » comme pas mal de coachs d’ailleurs…
Oui, « parano », je me mets dedans aussi ! Méfiant, ce n’est pas que dans le foot, c’est dans la vie de tous les jours, même si évidemment le foot veut ça. Le foot rend méfiant. Peut-être que si j’avais fait un autre travail, j’aurais été pareil, parce que les gens sont…

Fourbes ?
Fourbes. Ce n’est pas que je me méfie, mais… Déjà, au foot, avec les joueurs, on arrive à cerner leurs mentalités, par rapport à ce qu’ils font sur le terrain, et on retrouve ces traits de caractère, la combativité, la créativité par exemple, après leur carrière de joueur.

Anny Courtade, l’ex-présidente de l’AS Cannes, nous a dit que tu avais pris des cours de communication, mais en plaisantant, elle a rajouté que tu n’en avais sans doute pas pris assez !
(Rires) J’ai lu un de tes articles l’an passé sur Hervé Della Maggiore, l’entraîneur d’Orléans, qui avait des problèmes de communication, et je me suis retrouvé en lui, ça m’a marqué. J’ai pris des cours quand j’étais à Clermont parce que je pensais que je devais progresser dans ce domaine, mais ce n’est pas évident, entre savoir les choses et les transmettre, c’est dur. Mais je trouve que j’ai beaucoup progressé par rapport à avant, je m’en aperçois quand je vois des joueurs que j’ai formés et que j’ai retrouvés plus tard, ils me le disent.

Anny Courtade dit aussi que tu es … têtu !
Disons que je vais au bout de mes idées mais je sais reconnaître mes torts. Dans le foot, il y a des choix à faire, je sais où je vais. Par exemple, quand j’étais à Cannes, j’étais critiqué, les supporters ont même demandé mon départ, mais ça me fait rire, parce que quand j’allais manger à La Bocca, ce quartier de Cannes que j’aime, juste à côté du stade Coubertin, les gens venaient me voir en me félicitant… Les supporters n’étaient pas contents après un match nul ou une défaite, c’est normal, mais je n’ai pas perdu beaucoup de matchs avec Cannes (sourire). Il faut accepter ça, je l’accepte, le foot est un sport populaire. J’ai été moi-même supporter, donc je peux comprendre que l’on ne soit pas content après un match, mais cela reste du foot. Et puis les supporters n’ont pas tous les éléments, ils ne savent pas, par exemple, que si je ne fais pas jouer tel joueur, c’est qu’il y a une raison… une blessure par exemple.

Créativité, intelligence de jeu…

C’est quoi, tes inspirations, tes modèles, tes références en matière de jeu ?
J’aime le foot espagnol (il a des origines espagnols, du côté de l’Andalousie). Je trouve qu’il est plus structuré, on y parle de « carré » par exemple. Comme je n’ai pas été pris au BEPF, j’ai suivi sur internet des cours de formation de foot espagnol pour « compléter », pour voir le jeu de position. Là bas, ils utilisent des mots différents. Nous, aujourd’hui, on parle de transition, mais les transitions, ça a toujours existé !

À mon époque, Jean Fernandez nous disait qu’il ne fallait pas faire cinq passes, il faisait déjà de la récupération du ballon, on n’invente rien aujourd’hui ! Moi, ce que j’aime, c’est que les joueurs trouvent des solutions; par exemple, quand je mets des situations de jeu à l’entraînement, c’est pour développer l’intelligence de jeu, parce que c’est important. On parle aussi de ce « foot robot », qui manque un peu de créativité aujourd’hui, mais pour moi, tout part du football chez les jeunes. Il faut laisser de la créativité dans les trente derniers mètres et accepter, si le joueur tente quelque chose, qu’il perde un ballon mais derrière, il faut que le mec chasse, qu’il fasse du « un contre un », ce qui se fait de plus en plus maintenant, où c’est pratiquement du marquage individuel. Il faut des joueurs rapides derrière si on joue haut, si on fait le pressing haut, sinon on prend des vagues. J’aime bien le système en 4-3-3 avec des centres, j’aime aussi quand on « rentre » à l’intérieur pour mettre le surnombre. Il faut mettre de la variété dans le jeu. Le 4-4-2 aussi, c’est bien structuré, mais si j’ai l’équipe pour jouer avec des pistons, je vais changer le style, parce qu’il faut gagner des matches ! C’est pour ça que la formation est importante, que le travail est important, afin que les jeunes connaissent les systèmes et s’adaptent quand il le faut.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13HF et DR
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Échaudé par le dossier Bobigny et une deuxième saison de suite à 17 clubs au lieu de 18, le président de la FFF donne sa vision de la future Ligue 3 professionnelle, prévue le 1er juillet 2026. Il évoque la fameuse date butoir du 17 juillet ainsi que les contrats des joueurs. L’assemblée fédérale du 13 décembre devrait apporter un éclairage, une fois les recommandations, attendues pour mi-octobre, établies.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

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Territoire. Le mot revient souvent quand on parle de foot amateur. Il est même galvaudé. L’on entend parler de plus en plus, par exemple, de « football de territoire ». Le président de la Fédération Française de football, en visite le week-end dernier à Mandelieu, à côté de Cannes, à l’occasion du congrès des présidents de district, l’a souvent employé dans un entretien qu’il a donné à l’issue de l’assemblée générale de l’ANDPF (Association nationale des présidents de district).
Venu à la rencontre des présidents de districts – « nos élus de proximité, ceux-là même qui sont au plus près de nos 12 000 clubs » – pour les écouter et présenter les orientations majeures que la FFF propose pour le foot amateur, Philippe Diallo s’est ensuite confié pendant un gros quart-d’heure aux médias présents et a rappelé « le soutien économique d’aide au football amateur. Cette saison, la FFF a battu un record d’aide : nous avons distribué de diverses manières près de 106 millions d’euros et une loi de programmation financière vise à faire passer ces aides à 150 millions d’euros ».
Accompagné notamment du directeur général de la FFF, Jean-François Vilotte, et entouré de Marc Touchet, président de l’ANDPF, et d’Alain Broche, président du district de Côte d’Azur, Philippe Diallo est, sans entrer de manière spécifique dans les détails, revenu sur la création de la Ligue 3 professionnelle (en remplacement du National), qui suscite toujours autant de commentaires et, légitimement, d’interrogations. En mai dernier, nous avions consacré un large dossier sur le sujet, à relire ici : « La Ligue 3 tiendra-t-elle toutes ses promesses ? »

Philippe Diallo : « On ne va pas refaire le dossier Bobigny »

Président, la Ligue 3 pro est dans les cartons : mais où en est-on de sa mise en place ?
La Ligue 3, c’est un engagement. Elle sera lancée, je l’espère, en 2026-2027, parce que, mécaniquement, le National accueille de plus en plus en de clubs professionnels. Au début, ils étaient au nombre de 3 ou 4, maintenant, il y en a une majorité, ils sont beaucoup plus nombreux. On a tiré des conséquences de cela. Le championnat National se professionnalise et les clubs qui sont sous statut fédéral fonctionne plus ou moins comme des clubs professionnels. On a donc décidé de réparer ça avec un groupe de travail mené par Marc Keller (président de Strasbourg) et Baptiste Malherbe (président et directeur général de l’AJ Auxerre), qui sont membres du ComEx (Comité Exécutif de la FFF), et qui travaillent sur ce projet. Une première étape a été franchie avec le format de cette compétition. Là, on est dans la deuxième phase, celle de régulation.

Dans ce championnat professionnel placé sous l’égide de la FFF, on ne veut pas qu’il y ait des clubs au tapis en raisons de dérives (financières). C’est pour cela que je souhaite un championnat très encadré, avec des règles que je partage avec les présidents de clubs, les joueurs, les entraîneurs, sur un certain nombre de pistes comme l’encadrement de la masse salariale, la limitation des effectifs, l’obligation d’avoir des joueurs formés localement… autant de dispositifs destinés à mieux réguler le championnat, afin de le rendre professionnel et pérenne.

J’attends dans les deux prochains mois les recommandations pour que, à l’assemblée fédérale du 13 décembre 2025, nous puissions présenter un certain nombre d’orientations et être en capacité de lancer ce championnat de Ligue 3 en 2026. La FFF, elle, travaille sur la diffusion et le « namer », un mot que je n’aime pas beaucoup, du championnat, que nous accompagnerons financièrement.

Vous parlez souvent de « maillage », de territoire…
Dans cette future L3, on a beaucoup de villes françaises de catégories moyennes mais suffisamment importantes en termes de démographie, de bassin économique, pour faire un football de qualité, partout en France, parce que c’est une richesse du foot français. Quand je parle de 12 000 clubs sur le territoire, je parle de ce maillage territorial, qui est la force du football. Tous les Français ont accès à quelques kilomètres de chez eux à des matches de football. Cette Ligue 3, c’est un élément supplémentaire de proximité pour les fans de foot, avec du foot de très haut niveau.

Pour les joueurs en formation, cela peut aussi être un moyen de s’aguerrir…
Pour les clubs pros de L1 et de L2 c’est aussi, au travers d’un système de prêt par exemple, un moyen de faire jouer des jeunes joueurs qu’ils ont commencé à former, dans des équipes de haut niveau, afin qu’ils s’aguerrissent avant de pouvoir revenir dans leur club. Cette Ligue 3 sera pour la première fois un championnat professionnel directement géré par la FFF (la Ligue 1 et la Ligue 2 sont gérés par la LFP, Ndlr). C’est un élément qui contribue au rayonnement des territoires et qui favorise l’émergence de futurs talents; ceux-ci trouveront d’abord en Ligue 3 l’occasion de s’exprimer. Tout cela est bon pour le foot français.

On connaît son format, mais quid de son exposition médiatique ?
Il faut pouvoir exposer ce championnat. C’est un des sujet sur lequel on planche, pour trouver le bon diffuseur, afin que la Ligue 3 puisse être accessible, dans les meilleures conditions, à tout le monde. Je rappelle qu’il est à l’heure actuelle directement pris en charge par la FFF qui assure la diffusion des matchs de National (via la plateforme FFFTV et la chaîne Youtube du National), mais on voudrait aller plus loin et trouver, si le marché répond, un partenaire qui accompagne ce championnat de L3.

« Définir le statut du joueur pro de Ligue 3 »

L’un des sujets majeurs, ce sont les contrats des joueurs, qui sont différents selon que l’on soit amateur ou professionnel : se dirige-t-on vers un contrat unique ?
Nous sommes aujourd’hui dans un championnat mixte, avec des clubs à statuts professionnels d’un côté et des clubs à statut amateurs amateurs de l’autre. Avec la Ligue 3 pro, cela veut dire que tout le monde aura un statut pro : une des missions que devront mener à bien dans les semaines qui viennent Baptiste Malherbe et Marc Keller sera de définir le statut du joueur pro de ligue 3. Cela nécessite un dialogue entre les représentants des clubs et les représentants des joueurs, et certainement aussi des entraîneurs, afin de définir les contrats de travail, les minimas salariaux, en s’ inspirant de la charte du foot professionnel, qui existe déjà, mais qui est sous l’égide la Ligue de football professionnel. Je pense qu’il serait intéressant de la dupliquer en partie pour l’adapter au niveau de la Ligue 3 pro, afin qu’il y ait un statut et un contrat professionnel adapté à cette division, qui pour le coup sera unique pour les joueurs.

Ces deux dernières saisons, le National se joue à 17 au lieu de 18 : pour son image, et pour celle de la FFF, ce n’est vraiment pas bon…
Ce que nous devons faire dans les mois qui viennent, c’est vraiment de mettre des règles de régulation en place fin d’avoir un championnat pérenne. Je ne veux pas de catastrophes économiques, humaines et sportives comme on en a connues avec des clubs qui déposent le bilan. On l’a encore vu récemment, cet été, à l’AC Ajaccio, auparavant c’était Bordeaux, cela s’est produit aussi à Sedan, etc. En terme de lien social, ce n’est pas bon pour les territoires dans certaines villes qui connaissent des difficultés. C’est pour cela que l’on doit être extrêmement vigilant sur la pérennité de ce championnat.

Oui mais ce National à 17 est aussi la conséquence de décisions administratives tardives et de la fameuse date butoir du 17 juillet, qui empêche tout repêchage…
Je partage votre avis. Vous ne croyez pas que la Fédération Française de Football préférerait avoir un championnat National qui se joue à 18 plutôt qu’à 17 ? Mais vous savez bien que l’on est dans un pays de droit. Chaque club a donc la possibilité de faire valoir ses droits… C’est vrai que les procédures sont longues, mais la FFF ne peut pas, entre guillemets, raccourcir ces délais de recours ni empêcher les clubs de faire valoir leurs droits. Donc nous sommes aussi tributaires de règles qui, je pense, ne sont pas totalement adaptées à la période de l’intersaison, on l’a directement vécu cet été avec la liquidation de l’AC Ajaccio et la frustration du FC 93 Bobigny, qui aurait aimé être repêché, mais qui s’est heurté aux règles que nous avons fixées. C’est pour cela que la FFF travaille, à travers sa secrétaire générale, aux recommandations qui doivent être soumises, dans un délai court – J’ai proposé à la mi-octobre -, pour voir comment éviter ces effets pervers de cette fameuses date du 17 juillet.

Lors de l’AG de l’ANDPF, à Mandelieu.

Je veux quand même rappeler que cette date est avant tout une règle de protection des clubs. On en voit parfois durant l’été les effets pervers, mais la première réalité de cette date, c’est de dire qu’à partir d’un moment, il faut bien constituer les groupes, il faut bien aussi que les clubs puissent constituer leurs effectifs et qu’ils sachent dans quel championnat ils vont jouer. Voilà pourquoi il y a cette date du 17 juillet. Aujourd’hui, on va essayer de gommer ces effets pervers. Une des pistes, je ne sais pas si elle sera retenue, au sujet de cette règle qui n’est pas appliquée en Ligue 1 et en Ligue 2, c’est de savoir si la future Ligue 3 devra avoir une date aussi fixe qui conduirait à peut-être perpétuer ces effets pervers. C’est une interrogation. On verra si elle est tranchée à la mi-octobre, avec les recommandations. Mais cela pourrait être une évolution de dire que, l’an prochain, en Ligue 3, il n’y ait plus de date butoir pour les clubs « repêchables ». En tout cas c’est sur la table. Nous déciderons à la mi-octobre.

Mais pourquoi, au moment de l’établissement de la poule le 17 juillet, ne pas inscrire des « ou » : par exemple, cet été, pourquoi ne pas avoir inscrit « Ajaccio ou Bobigny », sachant qu’il y avait ces fameux recours ?
Je ne veux pas rentrer dans le fond du dossier. Il a été traité. Une solution a été trouvée. J’ai eu une heure par jour les gens du club du FC 93 Bobigny tout l’été, je les ai encore par message… Nous avons identifié la difficulté, c’est pour cela que l’on essaie d’y répondre. On ne va pas refaire le dossier.

Lire aussi : La Ligue 3 tiendra-t-elle toutes ses promesses

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
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Après avoir failli associer son nom avec celui des Chamois Niortais, l’institution rayée de la carte, le désormais premier club des Deux-Sèvres, promu de N3, poursuit seul son développement, écrit sa propre histoire et entend se stabiliser tant sportivement que financièrement.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : Philippe LE BRECH, 13HF, Jules SAUVAGET et Michel DUBUS

Photo de couverture : FC Chauray / Jules SAUVAGET

Reportage réalisé avant la défaite concédée 2 à 0 à Bayonne lors de la J6, vendredi 19 septembre 2025.

Et si c’était ça, le charme du football ? Passer d’un stade de National 2 qui a connu la Ligue 1 ou la Ligue 2 (Cannes, Bordeaux, Istres, Nîmes, Beauvais, Créteil, Toulon, par exemple) à un autre qui a connu… enfin, qui n’a pas connu grand chose pour le moment, et qui ressemble plus à un stade de « Régional » !

Car en arrivant au stade municipal de Chauray, il faut un peu se pincer le nez pour croire que c’est du semi-pro, du foot de haut niveau. Et pourtant, ici, on joue bien en National 2 ! Même le nom de l’adversaire du jour en championnat, le FC Montlouis, ne confère pas à cette rencontre une connotation « N2 ». Chauray-Montlouis, bienvenue dans l’autre football !

L’ombre des Chamois

Le stade municipal de Chauray. Photo 13HF

Voir Chauray, Montlouis ou quelques autres à ce niveau-là a pourtant quelque chose de fantastique. C’est la preuve qu’il y a encore de la place pour ce football champêtre, ce football de village, ce football de clocher bien ancré localement. C’est la preuve qu’il y a encore la place pour de belles histoires. Et ça tombe bien, le FC Chauray est en train d’en écrire une nouvelle, après celle tristement refermée en avril dernier, quand le tribunal de commerce de Niort a liquidé ce qu’il restait de l’association des Chamois, l’institution locale.

Parce que Chauray, ville mutualiste sans centre-ville mais avec une impressionnante zone artisanale et commerciale (La zone Mendès France, qui compte 600 entreprises et 7500 emplois, est le principal financier de la CAN, la communauté d’agglomération niortaise), a toujours vécu dans l’ombre du voisin, du « géant », Niort, situé à seulement… 10 km !

Photo 13HF

Forcément, avec sa disparition au printemps, et l’accession inattendue du « petit » de National 3 en National 2, deux ans seulement après avoir quitté le Régional 1, s’est posée la question de « récupérer » l’appellation « Chamois Niortais », de pouvoir se « substituer » au club qui a passé 31 saisons en D2/L2 même connu la D1 en 1987/1988.

Le sujet a été lancé, mais la raison a prévalu : l’on ne remplace pas comme ça, d’un coup de crayon, une telle marque, une telle entité, au simple prétexte de vouloir rester dans le coeur des gens et de faire perdurer l’image.
Le FC Chauray a son histoire à écrire et, surtout, a sa propre identité, comme l’explique plus loin son président, David Rullier (rien à voir avec Cédric Rullier, l’entraîneur du GFA Rumilly en N2 !).

« Le National 2, ça n’a rien à voir ! »

Le 11 de départ à Dinan-Léhon. Photo Philippe Le Brech

Il est 17 heures. Les portes du stade municipal de Chauray ouvrent. Sur la pelouse dont la qualité saute aux yeux – quel billard ! -, les deux équipes s’échauffent. Le long de la main courante et tout autour du terrain, les dirigeants et bénévoles s’activent, notamment le président, qui est partout : claquements de bises, grands sourires, pas de course, il est partout et a un oeil sur tout : « Le N2, ça n’a rien à voir avec le N3 » lance-t-il quand il pose pour la photo !

Cet été, le stade de Chauray, où la main courante permet une grande proximité avec la pelouse, où quelques rangées de gradins devant la buvette – l’incontournable lieu de vie – sont très vite remplies, s’est doté de deux petites tribunes démontables mais couvertes de 100 places chacune. C’est simple, on dirait un kit. Entre les deux nouveaux espaces, trône la vieille tribune, d’environ 100 places également. Capacité du stade en places couvertes : 300. Capacité du stade : 1500 ! Le club s’est déjà approché de cette jauge lorsque, en National 3, la saison passée, 1300 personnes avaient assisté au match face à la réserve professionnelle d’Angers.

Un départ plutôt correct

L’entrée des joueurs à Dinan-Léhon. Photo Philippe Le Brech

Ce soir, contre Montlouis, 600 personnes sont présentes, dont un certain Pascal Gastien, venu en voisin et en ami, et de Cherif Djema, le directeur sportif de Bayonne, prochain adversaire. 600, c’est pas mal, mais c’est un peu moins bien qu’au match précédent (900) remporté dans le temps additionnel face à Lorient (1-0, but de Balamine Cissé à la 90’+2), mais cela fait tout de même du monde compte tenu de la configuration des lieux.

Comme partout, il y aura forcément un peu plus de monde si les résultats, plus que corrects pour l’instant (2 victoires, 1 nul à Granville et 2 défaites à Dinan-Léhon et Locminé), sont au rendez-vous et si le jeu prôné par le coach Fabrice Fontaine, plutôt technique et de position, est toujours au rendez-vous.

L’entraîneur Fabrice Fontaine. Photo Philippe Le Brech

Fabrice Fontaine, c’est 19 mois au FC Chauray (il est arrivé fin février 2024 en remplacement de Jérémie Delenne) et 20 ans aux Chamois Niortais ! Quand l’histoire vous rattrape… Depuis son intronisation sur le banc, qui avait à l’époque fait couler de l’encre, notamment dans son ancien club, l’OL Saint-Liguaire Niort (R2), lequel, par la voix de sa présidente, Katia Poncelet, avait déploré certaines « méthodes » – « Mais tout est rentré dans l’ordre », assure David Rullier -, le Réunionais (il est né à Saint-Denis) de 49 ans a bien redressé la barre.

Fontaine a tout d’abord assuré le maintien en N3 qui était loin d’être gagné à son arrivée, avant de finir en tête de sa poule la saison passée, 2 points devant la réserve de Nantes. C’est simple, depuis qu’il est là, l’ancien formateur, préparateur physique et adjoint en pro des Chamois affiche un bilan de 44 % de victoires en championnat (18 en 41 matchs) et signerait volontiers pour une telle « stat » en National 2 cette saison !

À l’issue de l’important succès des coéquipiers de l’ex-portier des Chamois Niortais en Ligue 2, qui a connu la Ligue 1 à Dijon, l’international béninois Saturnin Allagbé, face à Montlouis, concurrent direct pour le maintien (2-1, buts de Pierre-Bertrand Arné et de l’ex-guingampais Tieri Godame, sur deux passes de  Jérémy Grain), le président David  Rullier (45 ans) et l’entraîneur Fabrice Fontaine ont répondu à quelques questions, histoire de faire le tour du propriétaire, de comprendre encore mieux la philosophie du club et d’évoquer les ambitions et les axes de progression.

Fabrice Fontaine :

« On doit toujours apprendre de l’autre »

Photo 13HF

Né à Saint-Denis de la Réunion, Fabrice Fontaine (49 ans) arrive en métropole à l’âge de 15 ans, pour intégrer le centre de formation des Chamois, où il va finalement tout connaître ! Il devient ensuite le préparateur physique du Centre (de 2004 à 2009) avant d’enchaîner avec les pros (de 2009 à 2019). Dans la même période, il est aussi parfois adjoint, comme avec Patrice Lair en 2018/2019, qu’il suivra la saison d’après à Guingamp. En 2021, pour la première fois, il entraîne une équipe seniors, à La Rochelle, en Régional 1, pendant deux saisons. Puis on le retrouve sur le banc de Saint-Liguaire (R2) à Niort, pendant 6 mois jusqu’à ce que le club de Chauray ne vienne le débaucher, fin février 2024.

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Fabrice, vous découvriez le N3 l’an passée et cette saison le N2 : peut-on dire que vous êtes encore un entraîneur en apprentissage ?
Je pars du principe que je suis en apprentissage depuis 20 ans ! Et je le serai toujours, avec l’envie de mettre des projets en place, avec des axes de réflexion, quelques certitudes, des idées. À Niort, j’ai souvent été dans l’ombre de quelqu’un, et dans ces cas-là, on travaille par rapport à lui et pour lui, pour la bonne conduite de son projet, en essayant de lui apporter ses idées, ses compétences, ses connaissances. Vous savez, en côtoyant des coachs, et j’en ai côtoyé quelques-uns, on apprend beaucoup humainement, techniquement, professionnellement, donc il y a des relations qui se nouent. J’ai croisé six coachs en pro à Niort, certains de manière très courte. Quand j’étais à la formation avec Pascal (Gastien), Philippe Hinschberger, avec qui je n’ai pas travaillé, était une personne qui m’inspirait, dans la philosophie notamment. On essaie toujours de tirer le maximum de ce que l’on apprend des autres, de s’en inspirer. Comme on s’inspire des plus grands, Arteta, Guardiola. Et aussi des formateurs que je croise à Clairefontaine. On échange beaucoup. Je pense que dans le foot, on doit apprendre de l’autre.

Le FC Chauray ne fait pas partie des grosses écuries en N2 : ce serait donc une déception de ne pas se maintenir ?
Ce serait un échec. Mais ce n’est que du football. On va tout faire pour être en N2 l’an prochain. Mon discours avec les joueurs, ce n’est pas du tout de dire que c’est une anomalie d’être là et qu’il faut se contenter de ça, non, mon discours, c’est de gagner tous les matchs. Après, c’est une culture à insuffler. Les joueurs ont compris le message. J’essaie d’instaurer une exigence, une ambition. On construit dans ce sens. Bien sûr que dans notre poule, il y a des clubs avec plus de moyens, mieux structurés, avec de meilleurs joueurs, mais s’il suffisait d’avoir plus d’argent pour gagner des matchs, hormis le PSG, cela se saurait.

Photo Philippe Le Brech

Votre équipe a la chance de s’entraîner la semaine à René-Gaillard : ce n’est pas rien tout de même…
C’est une chance, oui, cela montre aussi que l’on se donne les moyens de bien travailler. On s’entraîne six fois par semaine, le matin, et le mardi, on double les séances. On a trouvé le site de René-Gaillard par incidence, après la fin de l’histoire des Chamois Niortais, sinon on ne l’aurait pas eu. C’est fonctionnel, il y a plus de place, on a un vestiaire entier pour 25 joueurs quand on en avait deux de 15 places avant, le terrain est tondu et tracé, et dédié à l’entraînement de la N2.

C’est un luxe mais cela va dans le sens de notre projet : d’un côté, on est plus exigeant avec les joueurs, de l’autre, il faut être en capacité de les mettre dans les meilleures conditions afin qu’ils s’expriment du mieux possible. On améliore les conditions d’entraînement comme on a améliore les conditions de match, de déplacement.

Au stade, à Chauray, on a aussi mis en place un réceptif cette saison, deux nouvelles petites tribunes de 100 places. Et puis la qualité du terrain est top, c’est l’un des meilleurs de N2. Après, il reste le travail et ce qu’on y met. Et ça, c’est moi qui maîtrise les ingrédients. C’est important de créer un spectacle chez nous, que les gens soient bien. On n’est vraiment pas loin d’un fonctionnement semi-pro, avec de l’accompagnement médical, un médecin, un kiné référent… On travaille aussi avec des ostéopathes, des podologues. En fait, je m’appuie sur ce qui a été fait aux Chamois.

Samedi dernier, avant le coup d’envoi face à Montlouis, le club a reçu le trophée de champion de N3. Photo 13HF

C’est quoi, votre philosophie à vous ?
Partager avec les joueurs cette rigueur et cette expérience du haut niveau, en l’adaptant à leur niveau et leurs caractéristiques, et prôner quelque chose qui m’a beaucoup séduit en côtoyant Pascal Gastien, je veux parler de cette notion de possession, de maîtrise du jeu et des éléments, le jeu court, être acteur techniquement, avec un gros impact, du caractère. Il faut être athlétique, imposer notre jeu court, construit, où on doit déstabiliser, déséquilibrer l’adversaire, en cherchant le joueur libre.

Je suis inspiré de ce football de position, le jeu d’intensité athlétique, le jeu collectif, tout en responsabilisant le joueur, qui est au centre de tout ça, sa nature, comment il est, comment il agit. Je ne peux pas demander autant de choses à un joueur si ce n’est pas une bonne personne. C’est ce que j’aimais chez Pascal (Gastien). Aujourd’hui, on surfe sur ce qui a été mis en place l’an passé, il y a les prémices de quelque chose. Pour l’instant, je suis satisfait de l’écoute, de l’application qui est mise. Mais j’ai un handicap : j’ai été préparateur physique, donc avec moi, les joueurs ne peuvent pas se cacher sur ce plan-là (rires) ! En plus, on a les GPS, la data, la vidéo, tout ça amène beaucoup d’éléments. Dès que le joueur a une excuse, on a les solutions.

Le coach célébré et porté en triomphe après l’accession en N2, sur le terrain du TA Rennes, la saison passée. Photo Michel Dubus / FC Chauray

Pascal Gastien était présent au match contre Montlouis…
Avec Pascal, on communique. Le lendemain du match, il m’a envoyé un texto. Bien sûr, je suis à son écoute, c’est normal, il a un gros vécu, c’est une belle personne qui prône le jeu et l’humain, qui met le joueur et le club en avant. Avoir rencontré des gens comme lui, comme Franck Azzopardi, Laurent Cadu, Jean-Philippe Faure, des gens du cru, ça me permet de rester les pieds sur terre. Avoir rencontré des joueurs comme Djiman Koukou, qui est revenu à Saint-Liguaire, Quentin Bernard ou Jimmy Roye, qui est dans le staff à Laval, et tant d’autres, aussi… Je suis attaché à cette identité, ces valeurs. Je pense qu’on a ce devoir de générer ça, de fidéliser les joueurs dans cette optique, mais c’est dur, parce que la société avance plus vite que nous. Pour en revenir à Pascal Gastien, il est inspirant pour les joueurs. Je profite de l’article pour le remercier de tout ce qu’il m a apporté. Il aime le foot. Il mérite le respect. Il a été entraîneur joueur en R1 à Saint-Liguaire, il a entraîné en Ligue 1 ! Il a tout connu sauf la Ligue des champions ! Son parcours est exceptionnel.

Avant le coup d’envoi face à Montlouis. Photo 13HF

La disparition des Chamois, où vous avez passé tant d’années, ça vous a fait quoi ?
J’ai passé plus de 20 ans entre les murs de René-Gaillard, j’y ai vécu des bons moments, j’y ai connu ma femme, mes enfants sont « Chamois » mais en 2014, un nouveau projet a été mis en place après le départ de Pascal Gastien, malheureusement, le virage pris n’a pas été maîtrisé. C’était une bombe à retardement qui s’est accélérée à partir de 2017 (avec l’arrivée de Mikaël Hanouna) avec un déclin, et ça fait mal, car beaucoup de personnes ont travaillé, cadres techniques, bénévoles, pour faire remonter ce club de CFA en 2009 à Ligue 2, et même aux portes de la Ligue 1. Et tout ça a été balayé par la faute de quelques personnes. Pourtant, on avait prévenu, mais il n’ont pas écouté… L’appât du gain, la méconnaissance du milieu et la bêtise impunie… Je reste mesuré dans mes mots, mais je suis fâché et énervé. On a éteint un club, on a rayé de la carte un club.

La Réunion, cela ne vous manque pas ?
Il faut y retourner de temps en temps… Là, cela fait déjà deux ou trois ans que je n’y suis pas retourné.

David Rullier :

« Il faut que le Niortais réécrive son histoire »

David Rullier. Photo 13HF

Quand et comment êtes-vous arrivé à la tête du club ?
J’occupe ce poste de président depuis 2022, et je suis au club depuis 2018. Je suis Mellois d’origine (habitant de Melle, à 30km de Niort), mais j’habite à Fressines, à 10km de Chauray. Avant d’arriver, j’ai passé deux ans au club de Saint-Florent. Dans ma jeunesse, j’ai joué au niveau régional et départemental, et j’ai été jeune arbitre de Ligue.
Je suis arrivé au FC Chauray par l’intermédiaire de mon fils, que j’ai inscrit au foot, et je me suis lié d’amitié avec la secrétaire générale, Ginette Morisson, malheureusement celle-ci est tombée gravement malade, avant de décéder. C’est elle qui m’a fait rentrer au secrétariat puis je suis entré au comité directeur. Ensuite, il y eu des problèmes avec l’ancien président. Il n’y avait plus un sou dans la trésorerie. Là, il a fallu rebâtir une équipe, c’est comme ça que je suis devenu président.

Avant le match, le « prez » court partout ! Photo 13HF

C’est difficile d’être président d’un club ?
Non, mais être un président de club de National 2 oui (rires) ! Il y a un monde d’écart quand même avec le N3, c’est beaucoup plus protocolaire en N2, et c’est plus poussé au niveau financier, pour l’établissement des budgets, par exemple. Il faut avoir beaucoup plus de connaissances. Je ne le cache pas, je ne suis qu’un simple salarié d’une pharmacie (il est responsable d’achat), ça va très vite… J’avais dit que j’arrêterais quand on monterait en N2 ! Là, on fait la passation de pouvoir, on réfléchit à un nouvel organigramme et à une nouvelle organisation pour les années futures, voire l’année prochaine. Il ne faut pas se voiler la face, un président doit avoir des compétences que je n’ai pas, cela ne sert à rien de s’obstiner, il faut d’abord penser au club, le pérenniser, avec les bonnes personnes à sa tête. Le club ne m’appartient pas, je ne suis que de passage.

Vous n’êtes donc pas ce président mécène comme on le voit souvent…
Non. On a un pouvoir social OK, mais il faut aussi avoir un pouvoir financier. En N2, cela n’a pas plus rien à voir. Je prends souvent exemple sur l’Aviron Bayonnais qui se structure, qui a créé une SAS pour gérer son équipe fanion, avec une asso à côté, on doit tendre vers ça. Bayonne, c’est un club que je suis, j’y vais chaque été, j’y suis encore allé et je suis allé voir leur terrain, qui est catastrophique en ce moment, et pour l’attache niortaise, il y a Karim Fradin là-bas.

La buvette du stade, lieu incontournable le soir des matchs ! Photo 13HF

Quel est le budget de fonctionnement du club ?
On va arriver à 800 000 euros (300 000 pour l’équipe première) contre 650 000 l’an passé. On a un des plus petits budgets de la poule de N2 avec Locminé. Le club a sa masse salariale encadrée, donc on fait attention à ce que l’on fait.

On n’a que deux salariés à plein temps, en dehors des joueurs sous contrat : on va à la DNCG en novembre, nos comptes vont être épiés, on ne peut pas faire n’importe quoi. On a entre 35 et 40 équipes, la plupart des équipes jeunes sont en R1 ou R2. La réserve seniors est en R2. La mairie de Chauray a refait les terrains cet été, elle met beaucoup la main à la patte, mais il manque un terrain en synthétique. Contrairement au nord deux-sèvres, il n’y en a pas dans le sud deux-Sèvres, hormis à Celles-sur-Belle et Saint-Liguaire. On a quand même 4 terrains.

C’est quoi, l’objectif ?
C’est de pérenniser, stabiliser et structurer le club en N2 en seniors et avoir des jeunes à un niveau très intéressant afin de fournir des joueurs. Mais pour avoir des bonnes équipes en jeunes, il faut aussi avoir de bons éducateurs, comme Johan Agnel, titulaire du DES, que j’ai récupéré d’Angers (passé aussi par … les Chamois !), et pour avoir de bons éducateurs diplômés, il faut pouvoir les payer. Un mécène est arrivé, Olivier Bodin (Burger King), qui nous a aidés.

Deux petites tribunes couvertes comme celle-ci ont été installées cet été. Photo 13HF

Comment avez-vous vécu la disparition des Chamois Niortais ?
Quand les Chamois ont disparu, il y a eu une réflexion au sein du club. On s’est posé beaucoup de questions. La mairie est venue nous chercher, elle voulait savoir si on voulait faire une association « chamois niortais », si on voulait récupérer le nom prestigieux, cela aurait pu être intéressant mais on savait qu’en interne, cela ne passerait pas. On a des gens au club qui n’y étaient pas favorables. En fait, pour des questions d’identité, nous, comme d’autres clubs (Niort Saint-Liguaire par exemple), on n’arrivait pas à se projeter, on a perdu du temps et de l’énergie là-dessus. Finalement, on a bien fait de ne pas y aller. Ce qui est malheureux, c’est que l’identité « Chamois niortais » a disparu, on est Chauray, on n’est pas loin, il y a aussi Saint-Florent à côté. Il faut que le Niortais réécrive son histoire. Mais les Chamois Niortais, c’est fini.

La joie des joueurs après le but dans le temps additionnel contre Lorient, fin août ! Photo Michel Dubus / FC Chauray

En fin de compte, dans cette histoire, on voit bien qu’il y a le sportif d’un côté, et la politique de l’autre, qui a voulu imposer ce titre « Chamois niortais ». Mais comme la mairie n’a rien fait pour sauver les Chamois Niortais, je pense, c’est mon avis, qu’ils ont proposé cela pour redorer leur blason, leur image. Ils voulaient juste que le nom apparaisse. Mais on sait aujourd’hui que l’on ne peut plus utiliser le nom « Chamois Niortais », d’ailleurs le club de Saint-Florent a dû revoir sa nouvelle appellation à cause de cela, parce que c’était une marque déposée, brevetée. Sur le site de la Ligue, c’est écrit Saint-Florent, et non pas Chamois Niortais Saint-Florent.

Aujourd’hui, on a conclu un pacte avec Saint-Flo. On arrête de s’agresser. Je connais beaucoup de gens dans ce club, mais quand il y a la politique au milieu… En bonne intelligence, on a trouvé des accords de principe pour l’utilisation du stade René-Gaillard, où s’entraîne notre équipe de N2 la semaine, pour le prêt de matériel aussi. Chacun doit avancer de son côté. On a signé des conventions. On ne doit pas être là pour s’envoyer des injures sur les réseaux.

La joie après le succès face à Montlouis. Photo Jules Sauvaget.

Avez-vous récupéré des joueurs issus des Chamois ?
On a récupéré une trentaine de jeunes entre U10 et U12, on a récupéré des U17 nationaux pour jouer en U18 R1 chez nous, alors pourquoi pas accéder en U19 Nationaux, ça serait intéressant. D’un point de vue politique, le lycée de la Venise Verte a été attribuée au club de Saint-Florent pour les sections sportives, ce qui est logique, et beaucoup sont allés à Saint-Flo, mais il y a de la place pour tout le monde. La section sportive du lycée est gérée par les éducateurs de Saint-Flo, le collège par le District. À nous de montrer que l’on travaille aussi bien, sinon mieux.

Chauray est désormais le premier club en Deux Sèvres : vous sentez-vous investi d’une mission ?
La mission est déjà d’avoir une vraie valeur sportive et financière. On ne veut pas faire comme les Chamois Niortais, liquidés, parce qu’on aura vu trop grand, trop fort et trop haut. On est le plus gros club du département, oui, on se sent investi d’une mission, oui, mais on ne doit pas faire n’importe quoi. Cela ne doit pas être au détriment du financier. On ne veut pas se prendre une deuxième étiquette Hanouna dans la figure !

Photo 13HF

La montée en N2, sincèrement, vous y pensiez l’an passé ?
Non ! On est monté à la dernière journée, à TA Rennes. Mais ce n’était pas l’ambition du club. Juste après le match, on a profité de l’instant présent avec mon trésorier, Florian Rodriguez, et on s’est dit « on fait quoi maintenant » ? Bon, déjà il faut préparer la transition. Si on ne pérennise pas le club en N2, on le pérennisera en N3.

Le niveau du N2, vous le trouvez comment ?
Je trouve qu’il n’y a pas un club au-dessus des autres. Hormis Lorient qui m’a impressionné, pour l’instant, je ne vois pas trop de différences entre nous et les autres équipes.

Vous allez bientôt disputer un match à René- Gaillard…
Oui, on va accueillir Bordeaux (le 1er novembre) sur le stade des Chamois, afin d’accueillir les supporters, pour des questions de sécurité.

Photo 13HF

À Chauray, on a vu un public plutôt… spectateur !
Oui ! Le Niortais n’est pas animateur, c’est un consommateur. Ici, les gens viennent au foot comme ils vont au théâtre ou au cinéma.

Vous diriez que vous êtes un président plutôt comment ?
Je suis convivial et dans l’arrondi, j’aime faire plaisir à tout le monde, c’est peut-être un défaut parce que parfois il faut savoir trancher.

C’est quoi, la particularité du club ?
C’est un club qui a toujours eu une connotation bling-bling, un peu le « richou », alors que ce n’est pas du tout ça. J’essaie depuis 4 ans de fédérer ou de re-fédérer autour du club, de l’ouvrir sur les autres. Je ne souhaite pas qu’il soit refermé sur lui-même.

Un mot sur le coach, Fabrice Fontaine, que vous êtes allé chercher il y a 19 mois…
On était sur 7 défaites en 8 matchs en janvier/février 2024. On a remplacé Jérémy Delenne par Fabrice Fontaine, qui était l’un des cinq titulaires d’un DES dans le coin, avec notamment Jean-Philippe Faure, Karl Tourenne ou encore Gérard Nicol. Fabrice, on a bien fait de le prendre ! Il sort des Chamois Niortais aussi. Et puis regardez les résultats, ils parlent d’eux-mêmes.

Photo Philippe Le Brech
Photo Philippe Le Brech
Photo Philippe Le Brech
Photo Philippe Le Brech
Jérémy Grain, à l’origine des deux buts de son équipe face à Montlouis. Photo 13HF
Et voilà, ça se passe comme ça, au FC Chauray ! Photo 13HF
  • Texte : Anthony Boyer / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe Le Brech, 13HF, Michel Dubus et Jules Sauvaget.
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Il y a toujours deux clubs de National cette saison dans l’agglomération de Rouen ! Et la situation est partie pour durer, à moins que le sportif ou l’extra-sportif ne viennent changer la donne. Le président de QRM, qui croit toujours au projet d’un club unique, évoque les 10 ans du sien, fondé en 2015 et parle aussi de l’avenir, qu’il voit… en pointillé.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : QRM

 

  • Article paru avant la défaite de QRM à Diochon face à Aubagne (1-2), laquelle a précipité la chute de l’entraîneur David Carré et de son adjoint Grégory Scaffa. Un nouveau coach a été nommé : Fabien Valeri (ex-FC Chambly, Paris 13, Virton et Paris FC).

Bien sûr, le match de ce soir face à Aubagne, pour le compte de la 5e journée de National, revêt une grande importance si l’on se réfère simplement au classement. Mais depuis sa création, en 2015, Quevilly Rouen Métropole, lanterne rouge après quatre journées (un nul et trois défaites) a livré tellement d’autres matchs tout aussi importants…

Que l’équipe de David Carré ferme la marche du championnat n’est évidemment pas en adéquation avec l’objectif du club d’obtenir un maintien « facile », même si cela n’existe pas vraiment en National, du moins de faire partie de la première moitié de tableau. Rien n’est figé et l’on se souvient que QRM, qui a bouclé son recrutement tardivement, avait déjà occupé cette place quasiment au même moment la saison passée, mais un peu plus tard, fin septembre.

Non, le match le plus important de l’existence du club, c’est celui qu’il livre depuis dix ans avec son voisin, le FC Rouen, au travers du projet QRM qui, à défaut d’avoir été mené à deux, a trouvé une place mais sans doute pas celle escomptée. Un projet que nous avions largement relaté dans un de nos précédents articles (à lire : https://13heuresfoot.fr/actualites/national-fc-rouen-qrm-je-taime-moi-non-plus/).

À trois jours d’un déplacement à Concarneau (défaite 3-1 le 5 septembre dernier) et à dix de la réception d’Aubagne, le discret Michel Mallet, bientôt 25 ans de présidence et 60 de présence dans le foot, a accepté de répondre à nos questions sur le thème des 10 ans de QRM (2015-2025). Dix ans qui n’ont pas été célébrés… Comme si rien ne justifiait de souffler les bougies. Comme si l’on voulait passer sous silence dix ans durant lesquels il s’est pourtant passé beaucoup de choses.

Dans cet entretien en deux parties, le chef d’entreprise à la retraite mais toujours très actif revient sur la genèse de son projet qui a bien failli aboutir en 2024, avant que la Métropole rouennaise n’opte pour une autre voie. S’il n’est pas résigné, il sait cependant qu’il n’a pas toutes les cartes en mains et sous-entend que la gestion financière et les résultats sportifs pourraient, à terme, décider de l’avenir du football professionnel dans la 11e agglomération de France.

Partie 1. Interview
« J’ai remis le club en mode National »

Quand vous évoquez le projet QRM, vous dîtes « C’était un projet de territoire » au passé : cela signifie-t-il que vous n’y croyez plus ?
Je parle au passé parce qu’aujourd’hui, les conditions pour remettre ce projet-là en perspective ne sont plus aussi simples qu’avant. S’il y avait eu la bonne volonté de tous, je dis bien « de tous », politiques, supporters, dirigeants des deux côtés (FC Rouen et US Quevilly), et si les planètes s’étaient bien alignées, on aurait pu mener à bien ce projet qui est un projet de bon sens. Mais à un moment donné, les querelles de clochers, que je peux comprendre, m’ont amené à évoluer dans ma manière de penser depuis 10 ans. Je me suis rendu compte que j’avais commis des erreurs de vision, de langage.

Malgré tout, la sagesse me fait dire que c’est un projet qui aurait été top pour notre territoire. Ce n’était pas du tout un projet Quevilly qui voulait manger le FC Rouen. Pas du tout. Faire disparaître un club au profit d’un autre n’a jamais été d’actualité, cela n’a jamais été mon engagement. Aujourd’hui, l’on se sait pas dire comment cela va s’écrire demain. On a eu l’opportunité de le faire et on aurait pu tous réussir ce projet-là (à l’été 2024).

Hormis Paris et par le passé Ajaccio, deux clubs dans la même ville à ce niveau, c’est unique : on a du mal à voir les scénarios futurs et on se demande combien de temps la situation va durer, parce qu’à un moment donné, cela ne sera plus possible…
Personne n’est en capacité de dire combien de temps cela va durer, sauf à ce qu’il y ait des investisseurs qui arrivent chez l’un ou chez l’autre, avec un peu plus de moyens. J’en reviens toujours au même point : allier la ferveur du FC Rouen à la rigueur et l’expérience de Quevilly Rouen Métropole, c’était la bonne recette. Après, peut-être que l’histoire s’écrira. Mais, que cela soit moi ou mes actionnaires autour de moi, nous n’avons pas la volonté d’investir lourdement et n’importe comment. On respecte trop l’argent, ce n’est pas pour aller le dilapider dans le milieu du foot.

Ce qui nous intéresse, c’est la construction d’un projet : si on peut y arriver, c’est bien, mais ce n’est pas une fin en soi. Il n’y a pas que l’équipe fanion qui compte. J’ai un engagement moral vis à vis des gens qui nous suivent et nous ont suivi depuis 10 ans, et même plus encore, sur ce projet-là, et je tiens à le mener de la meilleure des manières. Après, si à un moment donné, il y a l’opportunité de construire quelque chose ensemble avec le FC Rouen, je serai forcément autour de la table.

« Je ne sais pas écrire la suite de l’histoire »

De l’extérieur, le projet QRM donne l’impression de stagner, voire de régresser… Et comme tous les scénarios sont possibles, avez-vous déjà imaginé celui d’une descente, un jour, en National 2 ?
On envisage tous les scénarios, bien sûr. C’est pour ça qu’à la question de savoir où on sera dans 10 ans, je suis incapable de répondre. La parole est d’abord et avant tout aux résultats sportifs. C’est ça aussi qui fait que le projet QRM est là depuis 10 ans : c’est parce qu’on a eu des résultats sportifs assez exceptionnels.

Après, il y a aussi la bonne gestion des clubs qui entre en ligne de compte, on l’a vu il y a un an et demi, souvenez-vous, quand le FC Rouen était en grande difficulté, avant que des investisseurs n’arrivent et ne sauvent le club d’un nouveau dépôt de bilan. Cela passe aussi et surtout par la bonne volonté des composantes. Je me répète, mais si on arrive à aligner une bonne politique entre supporters, chefs d’entreprises dirigeants, on arrivera à faire un seul club et ce sera au bénéfice de tout le monde. Pour l’heure, je ne sais pas écrire la suite de l’histoire.

Aujourd’hui, QRM n’aurait-il pas mieux sa place en Ligue 3 plutôt qu’en Ligue 2 ?
Je dirais spontanément oui, déjà parce que la Ligue 3 est en train de devenir une petite ligue 2 : il n’y a qu’à regarder le National d’aujourd’hui, avec un nombre de clubs très élevé qui, sur les dix dernières années, ont fréquenté la Ligue 1 et la Ligue 2. Ce qui fait qu’il ne reste plus beaucoup de places, entre guillemets, pour les clubs à l’esprit amateur.

Un mot sur la future Ligue 3 : comment ça se passe entre vous, présidents ? Vous en parlez ?
Bien sûr. J’ai fait partie du ComEx de la Fédération et sur le dernier mandat (de Noël Le Graët), on a beaucoup parlé et beaucoup travaillé sur le sujet avec Jacques Piriou (président de l’US Concarneau), le regretté Gilbert Guérin (président de l’US Avranches, décédé en octobre 2023), Antoine Emmanuelli (président du FC Bastia-Borgo) et d’autres bien sûr. Le flambeau a été repris maintenant par Thierry Gomez, le président du Mans. Il y a eu des réunions, je serai d’ailleurs demain (entretien réalisé mardi 2 août) dans une des commissions de la Ligue 3. Il y a vraiment quelque chose à construire. Le National, à quelques exceptions près, va dans le sens d’un championnat professionnel.

« Pour la Ligue 3, aucune marche arrière n’est possible »

Où en est-on au juste de la Ligue 3 ? On entend parler d’une AG en décembre qui définirait les grandes lignes…
Les choses se sont dessinées déjà, le président (Philippe Diallo) s’est engagé sur cette Ligue 3 dans le cadre de sa campagne post-élection. Le modèle, on le sait, c’est celui qui a été mis en place dans le football féminin. Cela prendra sa forme à l’assemblée générale du mois de décembre, ou à celle de juin prochain, mais les commissions travaillent sur les bases, sur les fondations. On sait bien qu’il y a plein de choses à faire évoluer, que c’est le seul championnat où les règlements ne sont pas les mêmes selon que l’on est un club qui descend de Ligue 2 avec un statut pro et qui est bien soutenu la première année, un peu moins la deuxième année, un club qui se maintient en National avec un statut pro (un club peut garder ce statut pendant 5 ans), un club amateur, avec des contrats à des niveaux de salaires différents alors que l’on joue dans le même championnat, etc. Il faut mettre tout ça à plat, écrire ces règlements. Cela va se faire. Aucune marche arrière n’est possible.

Revenons à QRM : où en est le projet de centre d’entraînement ?
Pour le moment, le calendrier est gelé, pour reprendre une expression du président de la Métropole Rouen Normandie (Nicolas Mayer-Rossignol), il y a des élections l’an prochain, donc tout sera remis sur la table ensuite. On a identifié un site avec la Métropole.

Dans le contrat de territoire, nous avons également un engagement avec la Région et le Département pour valider le principe d’un projet de 4 à 8 millions d’euros en fonction du niveau où l’on joue. Comme on est descendu de Ligue 2 en National (en 2024), on est pour le moment dans un projet de centre d’entraînement, parce que nos conditions d’entraînement actuelles ne sont pas requises pour une Ligue 3. Si on avait le bonheur de remonter un jour en Ligue 2, l’idée serait d’avoir le foncier nécessaire pour créer l’outil de travail dont disposent tous les clubs de Ligue 2 ou presque.

Publiquement, je me refuse à donner un site, parce que nous en sommes déjà au troisième depuis le début de la réflexion, il y a 5 ou 6 ans. Un premier site n’a pas été retenu, je pense à tort, parce que a priori trop petit, alors que c’était un beau projet collectif dans lequel étaient impliqués le foot, le rugby, le hockey et le basket, qui avait du sens, proche de Diochon, bien desservi, avec un parc sportif à côté. Puis il y a eu un projet sur Canteleu mais pour des raisons de transformation de terres agricoles en terrain sportif, cela n’a pas pu se faire. Donc je reste prudent et le jour où ce sera validé, que l’on entrera dans la phase active, je communiquerai.

« Pas besoin de nouveau stade à l’heure actuelle »

Le vendredi soir, quand le National joue, vous regardez en premier les résultats du FC Rouen ?
Je vous mentirais si je vous disais le contraire. Vous savez, on est une ville, donc je regarde aussi les résultats du hockey quand ils jouent, du basket… Mais je pense qu’au FC Rouen, eux aussi regardent nos résultats, c’est normal. Il faut se nourrir de cette ambiance qu’il y a autour de tout ça : je n’en retire que du positif. Si on mettait tout ça en commun, rendez-vous compte de ce que l’on serait en capacité de faire ? Quand on additionne la rigueur de QRM et la ferveur du FC Rouen… On a un stade aujourd’hui qui peut accueillir 8000 personnes assises, il y a 5000 personnes environ quand le FC Rouen joue à domicile : je pense qu’un projet commun ferait que ce stade-là pourrait être plein chaque week-end.

Avec l’attaquant prêté par Lens, Kembo Diliwidi.

À propos de stade, êtes-vous favorable à une nouvelle enceinte ou à un stade Diochon rénové ?
À l’heure actuelle, nous n’avons pas besoin de nouveau stade. On ne créé pas un stade s’il n’y a pas de projet sportif, s’il n’y a pas une équipe en place. Si demain il y a du foot au FCR, ou à QRM, ou avec les deux réunis, quand il y aura une réussite sportive durable, les élus pourront mettre en place le projet d’un stade. J’ai entendu la saison passée l’ancien président du FC Rouen, Ivan Postel, parler de la construction d’un stade de 45 000 places… Mais même de 25 000, c’est mettre la charrue avant les boeufs. Il suffit de regarder ce qui se fait à côté, au Havre par exemple : 25 ans de Ligue 2, un stade de 25 000 place et ils faisaient 50 % de taux de remplissage en moyenne. Donc à quoi ça sert ?

Si l’on revient à la genèse du projet QRM, il n’y avait plus de foot à Rouen au moment de sa création en 2015 : nous, Quevilly, on était en National 2, on ne cassait pas trois pattes à un canard, on n’avait même pas 1000 personnes au stade alors qu’on avait de bons résultats, et le FC Rouen était en DH (Régional 1) parce qu’il venait de déposer le bilan (en 2013). Le projet QRM mené avec les deux clubs a permis aussi de relancer une dynamique autour du stade Robert-Diochon, qui appartenait à la Ville de Rouen, mais qui n’avait plus la capacité à l’entretenir correctement. Du coup, le stade est passé « métropolitain ».

Avec la réussite du projet QRM les premières années, le stade Diochon a vécu sa première mue en 2017, quand on est monté en Ligue 2 : il y a eu 5 mois de travaux, c’est pour ça qu’on est allé jouer au Mans jusqu’en octobre. Depuis, il y a eu deux autres étapes de travaux. Le stade a beaucoup évolué, même s’il reste vieux, qu’il prend l’air de partout, qu’il est toujours difficile à sécuriser, mais il a des LED, un beau tableau d’affichage et des nouvelles loges en plus des anciennes. Il peut effectivement y avoir encore une étape de travaux, par exemple pour le fermer, un peu comme un fer à cheval, du côté sud. Ce qui permettrait d’avoir 10 000 places assises sans avoir à engager une centaine de millions dans un projet qui se déplacerait. Pour moi, c’est le bon sens, et c’est aussi respecter l’argent public. Trois équipes dans le même stade, et 3e ou 4e meilleure pelouse de Ligue 2 il y a 2 ans. La Métropole a pris la bonne décision de faire gérer la pelouse (hybride chauffé) par un prestataire qui fait un super boulot. Il y a parfois deux matchs à Diochon le même week-end, comme c’est le cas ce week-end (le week-end dernier, en rugby, Rouen recevait Marcq-en-Baroeul le vendredi soir et le FC Rouen affrontait Châteauroux le samedi).

« Avec Rouen, on s’est toujours respecté »

David Carré, l’actuel coach de QRM.

Votre plus grand rêve, finalement, ne serait-il pas de voir le projet initial QRM imaginé en 2015 aller au bout, avec Régis Brouard sur le banc ? Ceci dit sans faire offense à l’actuel coach de QRM, David Carré.
Sans faire offense à personne… Le mot rêve est un grand mot, je ne veux pas le galvauder mais oui, ce qu’on aurait aimé, c’est arriver au bout de ce projet-là, bien sûr. Après, avec Régis Brouard ou un autre… On a beaucoup discuté la saison passée avec Régis Brouard et cela ne s’est pas fait. L’histoire a fait qu’au mois d’octobre suivant, il est arrivé sur le banc du FC Rouen (à la place de Maxime d’Ornano). Personne n’a attendu après Michel Mallet pour dire que Régis Brouard était un bon entraîneur. On a su se faire la gueule pendant 10 ans et puis on a su se retrouver, en personnes intelligentes, on sait ce que l’un a apporté à l’autre, et réciproquement.

Mais vous ne me ferez pas dire un mot sur notre mésentente de l’époque : cela appartient au passé, et puis ça nous appartient à tous les deux. La plus belle des choses, c’est que l’on ait su se reparler, quand on a fait les 10 ans de la coupe de France (en… 2023), avec 2000 personnes dans le Kindarena, avec un joli plateau de joueurs, dirigeants, entraîneurs, on s’est fait un bon kiffe !

Aujourd’hui, avec Régis, on se voit, on se croise, on parle. La relation avec les entraîneurs et les joueurs du FC Rouen a toujours été très bonne, elle a juste été exécrable à un certain moment, quand Fabrice Tardy nous a tournés le dos (en 2017) et quand l’entraîneur de l’époque (David Giguel, aujourd’hui entraîneur en N2 à Angoulême) mettait de l’huile sur le feu dès qu’il voyait un micro tendu, mais après ça, on n’a jamais eu de problème. On s’est toujours respecté. Il n’y a pas eu de pugilat quand on s’est affronté deux fois l’an passé en championnat, même s’il y a eu deux cartons rouges, mais c’était sur des faits de jeu.

Quid aujourd’hui du poste de directeur sportif à QRM ? Et aussi du poste de Directeur général ?
On n’a pas de directeur sportif à l’heure actuelle (l’ex-directeur sportif, Julien Converso, a signé au Puy-en-Velay). J’ai remis le club en mode National. Quand on passe trois années en Ligue 3, on prend des risques positivement dans l’organisation mais là, même si c’est difficile à faire parce qu’il y a de l’humain, on a remis le club en « mode National ».

Quand Arnaud (Saint-André, l’ex-directeur général) est parti aux Girondins de Bordeaux en cours de saison passée, on avait un accord tripartite avec la direction de Bordeaux pour qu’il nous donne un coup de main jusqu’à la fin de l’exercice 2024-25. Aujourd’hui, il n’est plus opérationnel au club. Je me suis impliqué à nouveau activement au club, mais vous savez, on a une organisation qui tourne avec les cinq actionnaires, Vincent Dumont qui chapeaute la communication, Philippe Blot qui s’occupe plus du sportif, Philppe Lansoy qui gère la partie financière et Laurent Duarte qui pilote l’association. Chacun a son pôle en fonction de ses compétences. Je suis bien épaulé, avec Stéphanie (Barré) à la comptabilité et Bérengère (Grattepanche, assistante de direction). Et on a des alternants que l’on forme, parce qu’aujourd’hui, on doit faire avec les moyens que l’on a.

C’est dur de passer de Ligue 2 en National. La deuxième année après la descente est plus compliquée, parce qu’on perd gros en terme de droits TV. Et puis, il n’y a pas que du football à Rouen, donc on ne regroupe pas non plus tout le monde de l’entreprise, c’est normal, quand il faut aller chercher les entreprises, c’est partagé, ce qui amène plus de difficultés à embarquer les gens, d’autant plus que le projet foot est un peu voilé.

Partie 2

L’interview « anniversaire des 10 ans de QRM »

Michel Mallet : « La discrétion, c’est une force ! »

QRM a fêté ses 10 ans d’existence cet été, pourtant, il n’y a pas eu de festivités…
Non. On s’incrit dans la durée, toujours avec notre envie de rester en National et de tenter la remontée en Ligue 2. On avait fêté le centenaire de Quevilly (1902-2002) et aussi les 10 ans de la finale de la coupe de France de 2012, mais il n’y avait pas lieu de fêter les 10 ans de QRM.

« Un bilan mitigé »

Si vous deviez dresser un bilan de ces 10 ans de QRM, vous diriez quoi ?
Il est mitigé parce que l’objectif de départ, qui était d’arriver à créer un club unique sur la métropole rouennaise, ne s’est pas réalisé pour diverses raisons. Sur le plan sportif, c’est plutôt une très belle réussite même si on s’est pris les pieds dans le tapis lors de la saison 2023-2024 en Ligue 2 et que l’on est descendu en National. On a fait une année de CFA (N2, la première à la création de QRM, en 2015-2016), quatre années de Ligue 2 (2017-18 puis 2021 à 2024) et cinq années de National (avec celle en cours). On a eu de superbes affiches à Diochon. On a remis le football métropolitain rouennais sur la scène hexagonale et pour moi, cela reste une belle réussite.

QRM dans 10 ans, vous voyez ça comment ?
Je ne saurais pas le dire, le foot va tellement vite… Il ne vous a pas échappé qu’en ce moment, il traverse un séisme… Il y a eu la problématique du contrat Médiapro. Je pense qu’on est dans les prémices de la reconstruction mais l’on ne sait pas dire les dommages ni combien de clubs aujourd’hui présents seront encore là demain. Il faut avoir un regard positif et se dire que QRM a sa place dans le top 54 du football français, il l’a prouvé. On a su surfer sur le sérieux du club, sur notre dynamique positive et d’un point de vue sportif, on a acquis un savoir faire. J’y crois.

« On avait braqué le National »

Plus grand souvenir de président depuis 2015 ?
Toutes les montées, forcément, parce que ça marque. La première fois qu’on est monté en Ligue 2 (en 2017), on est redescendu assez logiquement, on était allé très vite après deux montées successives. Mais la montée la plus marquante fut celle avec Bruno Irlès (en 2021), et pour reprendre ses mots, cette saison-là, on avait braqué le National ! Parce que personne ne nous attendait.

Votre plus grande émotion en 10 ans de QRM ?
Sûrement la première saison avec Olivier Echouafni (2023-24). Parce que c’était une saison sereine, durant laquelle on n’a pratiquement jamais regardé en bas de tableau. On n’a quasiment jamais été dans la difficulté, on a même toujours regardé vers le haut, on a terminé 10e parce qu’on n’a mal maîtrisé les trois derniers matchs alors que l’on avait la 6e place à portée de main.

Pire souvenir de président en 10 ans de QRM ?
La descente en National en 2024. Autant en 2017/18, ce n’était pas surprenant de descendre, on avait joué pendant 2 mois au Mans en attendant que le stade Diochon ne soit aux normes, autant celle-là… On finit la saison 2023-24 de Ligue 2 avec 38, dont 25 points pris contre les équipes de la première partie de tableau ! On a battu Saint-Etienne, Auxerre, on a mené 3 à 0 contre Bordeaux (3-3)… Cette équipe avait de la qualité mais elle a peut-être un peu trop choisi ses matchs. Seul Angers nous a pris 6 points dans les équipes de haut de tableau.

« Je ne commente jamais un choix de coach »

Le mythique stade Diochon accueille les matchs de rugby du RNR, et ceux de football du FC Rouen et de QRM. Photo Alan Aubry / Métropole Rouen Normandie

Plus gros regret en 10 ans de QRM ?
On n’a pas réussi ce pourquoi on avait crée QRM, c’est à dire faire ce projet de territoire. Il y a la place pour un football d’élite, de Ligue 2, dans le territoire métropolitain rouennais. C’est une déception de ne pas avoir réussi à embarquer tout le monde dans le projet QRM, parce qu’il y avait matière à faire de belles choses tous ensemble.

Le joueur le plus emblématique ?
Beaucoup ont marqué le club ! Mais de là à dire emblématiques… Certains ont marqué l’histoire de QRM. J’ai parlé de réussite du club, mais cette réussite a été possible grâce à un collectif. C’est la recette du succès, avec la bonne alchimie. C’est pour ça que c’est difficile de sortir un seul joueur.

Alors, le meilleur joueur de QRM ?
Là encore, c’est difficile… Il y a eu, à des moments différents, à chaque saison, des bons joueurs. J’ai beaucoup aimé sur les premières années Medhy Guezoui, pour ses qualités de joueur et « d’homme du vestiaire ». Kalidou Sidibé nous a beaucoup apportés aussi, Lamine Ndao, Sambou Soumano, et Balthazar Pierret, parti jouer à Lecce en Italie, mais je n’ai pas envie de faire une liste à la Prévert.

Une tactique de coach que vous n’avez pas comprise en 10 ans de QRM ?
Oui … et non ! Cela ne fait pas partie des choses sur lesquelles je m’arrête. Je suis très respectueux des coachs, j’ai ce recul qui me fait dire « Si le coach a pris cette décision-là, c’est parce que la semaine d’entraînement lui a apporté des éléments qui l’ont amené à la prendre », or moi, je ne suis jamais là aux entraînements, donc je ne me permets pas commenter un choix, ce qui ne m’empêche pas d’en discuter avec le coach. Il faut laisser travailler le staff sereinement. C’est dans la sérénité que l’on obtient de meilleurs résultats, pas quand on est sous pression.

Vous n’êtes pas ce type de président à vouloir s’immiscer dans les choix de coachs…
Jamais. De la même manière que je ne prends pas la parole avant un match dans le vestiaire ou à la mi-temps. J’ai très rarement pris la parole à chaud après un match dans le vestiaire, et quand je l’ai fait, c’était en phase avec le coach en place. D’abord, il faut se méfier des réactions à chaud. Je préfère avoir une force tranquille et m’exprimer 48 heures après s’il le faut, pour recadrer ce qu’il y a à recadrer, pour remettre les objectifs en perspective. Tapie avait sa manière de faire, j’ai la mienne et je m’y tiens.

« La gestion saine, une marque de fabrique »

Le pire match de QRM en 10 ans ?
Je n’en ai pas un qui me vient spontanément à l’esprit mais en termes de non-maîtrise et de conséquences sportives, il y a eu des matchs que l’on a perdu comme contre Dunkerque à domicile ou à Valenciennes, et qui nous ont amenés vers la descente en fin de saison, en 2023-2024.

Inversement, un match référence ?
Cette même saison 2023-2024, le match contre Auxerre à Diochon (4-3 le 13 avril 2024) et aussi contre Bordeaux (3-2 après avoir mené 3 à 0, le 5 décembre 2023), et s’il doit y avoir une mi-temps référence, à quelques minutes près aussi, c’est celle, très aboutie, à Auxerre, où jusqu’à la 43e minute, on mène 2 à 0. Si on ne prend pas ce but à ce moment-là, avant la pause… Parce qu’à 2-1 à la mi-temps, ce n’est plus pareil, et on perd finalement 3 à 2 (le 2 décembre 2023).

Plus grosse fierté de président en 10 ans de QRM ?
C’est à la fois d’avoir mené ce projet et d’en tirer ce bilan, avec des finances saines. On n’a jamais été sous le coup d’une décision problématique de la DNCG. On n’a jamais été en difficulté, ni sur le plan financier, ni sur celui de la trésorerie : le joueur qui signe à QRM sait qu’avant la fin du mois, son salaire tombera toujours, et ça, c’est une vraie satisfaction, parce qu’on a connu des hauts mais aussi des bas, avec des périodes difficiles pendant la Covid notamment. Là, on vient de subir une descente, mais on passe toutes les étapes. C’est une marque de fabrique chez nous. Et puis on voit ce qui se passe à côté…

C’est ce que nous allions dire : les finances saines, c’est votre marque de fabrique à QRM. Et puis vous savez ce que l’on dit sur vous : « Michel Mallet, quand il a un euro en poche, il dépense 90 centimes »…
Oui, même si ça m’est arrivé d’en dépenser un petit peu plus quand même (rires) mais toujours d’une manière qui ne soit pas irréversible. Quand je vois certains clubs qui sont montés en Ligue 2 et qui sont redescendus parce que ça a été mal géré, je me dis que, à un moment donné, il manque peut-être quelque chose dans les décisions, quelque chose pour accompagner une équipe… Cela doit être fait avec plein d’exigences pour ne pas créer des incidents forts dont les clubs ont énormément de mal à se relever. Quand je dis ça, je pense à Martigues, qui avait fait de belles choses et se retrouve tout en bas de la hiérarchie : les organes décisionnaires fédéraux ou de la Ligue doivent mieux anticiper cela.

« Notre bilan plaide pour nous »

Ce côté « économe », « bonne gestion », il vient d’où ?
C’est mon éducation, et aussi mon côté « chef d’entreprise ». Et puis je me suis nourri d’expériences de clubs qui ont été en grandes difficultés ou qui n’ont pas été raisonnables. Notre bilan plaide pour nous. On n’a jamais fait n’importe quoi financièrement pendant ces 10 ans et je peux vous dire que l’on n’a pas non plus mis des millions sur la table. Aujourd’hui, on est là pour évoquer les 10 ans de QRM mais à l’époque de l’US Quevilly, déjà, la gestion était menée de la même manière. Je me souviens d’une saison en CFA quand les joueurs avaient 40 euros de prime de match ! Cela ne nous a pas empêchés d’aller au stade de France en finale de la coupe, avec des moyens très limités. La raison, par rapport à la passion, évite les gros accidents. Si l’on n’avait pas été raisonnable, notamment après la finale de la Coupe de France, sans doute que Quevilly serait en Régional 1 aujourd’hui. Idem pour QRM, on ne serait pas là aujourd’hui en train d’évoquer les 10 ans.

Plus grosse erreur de président en 10 ans de QRM ?
Peut-être des erreurs de casting sur des joueurs, mais cela arrive à tous les clubs, même si je reste attentif à ça, parce que derrière, on touche à l’humain, et forcément, laisser un joueur sur le bord du chemin, ce n’est jamais bien.

Le jour où vous avez eu envie d’arrêter durant ces 10 ans ?
Il y a toujours des moments où on se pose la question. Effectivement, après la descente, l’an passé, je me suis demandé si c’était le moment d’arrêter…. 25 ans de présidence, depuis l’âge de 13 ans dans le foot… Mais j’ai jugé que ce n’était pas encore le moment et j’ai bien fait parce qu’on prend encore du plaisir. Le jour où je ne prendrai plus de plaisir, je n’aurai aucun mal à arrêter.

« L’inclusion, la RSE, l’autre marque de fabrique »

Le stade Lozai, fief de l’association QRM.

Mais ce plaisir, vous le prenez comment ? Parce qu’on dit qu’être président, c’est 95 % d’emmerdements…
Oui mais ce ne sont pas les soucis qui enlèvent l’envie, ou alors il ne faut pas faire président ou chef d’entreprise, on sait très bien qu’il n’y a pas que du bon. Je ne regarde pas que les résultats de l’équipe première, il y a l’humain autour. Je suis très attentif à ce qui se passe dans les bureaux, au personnel qui se dépouille et qui n’a pas forcément le retour des joueurs. On a une association qui fonctionne très bien : on n’a pas enlevé un euro à son budget malgré la descente en 2024 et encore cette année. Et on est récompensé : les filles sont en D3 et les U19 filles sont montées cette année. Sur l’agglo rouennaise, on propose ce qu’il y a de mieux chez les jeunes avec des U17 et des U19 Nationaux.

On a tissé des liens avec quelques clubs pros. Et je ne parle pas du travail de Laurent Duarte, le président, et de son équipe, en matière de RSE et d’inclusion, là encore une de nos marques de fabrique. D’ailleurs, quand j’ai pris la présidence de l’US Quevilly il y a près de 25 ans (en 2001), le projet initial, c’était un projet « jeunes ». À l’époque, on n’a jamais dit « On va monter en National » ou « On va monter en Ligue 2 ». la montée en National de 2011 fut un dégât collatéral positif entre une mayonnaise qui prend bien et un entraîneur, Régis Brouard, qui arrive en Normandie parce qu’il n’a pas de travail ailleurs. Et chez nous, il (Brouard) a fait un travail extraordinaire, et tout ça ont amené des années exceptionnelles.

Un modèle de président ?
J’ai toujours été marqué par le mode de gouvernance de l’AJ Auxerre et son président très sage, Jean-Claude Hamel (président de l’AJ Auxerre de 1963 à 2009, décédé en 2020 à l’âge de 90 ans). Bien qu’Auxerre était sur le toit de l’Europe, on l’entendait peu et on ne le voyait quasiment jamais. Derrière, il y avait un club qui tournait du feu de Dieu. Le sportif était mis en avant et à travers lui, la formation; ça, c’est quelque chose qui m’intéressait parce que dans ma vie de chef d’entreprise, j’ai toujours accordé beaucoup d’importance à l’humain et à la formation. C’était ma manière de voir les choses. J’ai pris ça avec moi dans le projet US Quevilly puis dans le projet QRM. La discrétion, c’est une force. Par exemple, je me suis toujours attaché à ne parler à la presse que deux ou trois fois dans l’année, généralement en début de saison, à l’intersaison et en fin de saison pour le bilan. Là, je fais une exception. Mais ce n’est pas Michel Mallet qu pousse le ballon ! Tout le reste appartient au sportif.

« Rodez, c’était le calque »

Un club auquel vous aimeriez ressembler à l’avenir ?
Quand on est monté en Ligue 2, Rodez, c’était le calque. On se connaît avec le président (Pierre-Olivier Murat), on a déjà échangé, mais ce qu’ils ont fait, leur manière de travailler, c’est un modèle à suivre. J’aime bien aussi ce que font Pau et Annecy, parce que ça s’inscrit durablement. Mais pour nous, il y a la difficulté d’avoir deux clubs dans la même ville. Parce que la possibilité de construire avec le monde de l’entreprise et les politiques, et de l’entraîner avec soi, est forcément plus facile dans des villes moyennes comme Rodez, alors que dans notre métropole rouennaise, la 11e de France, cet effet est plus complexe, et il y a la présence de nombreuses disciplines aussi, rugby, hockey, basket, et aussi des deux clubs de foot.

Plus grosse prime de match en 10 ans de QRM ?
Il y a eu quelques primes doublées quand c’était le bon moment mais je suis de moins en moins fervent de ce genre de choses. Je pense que c’est mieux de récompenser les joueurs sur la saison plutôt qu’à un moment donné, même s’il y a sans doute l’exception qui confirme la règle. C’est sans doute la sagesse…

Votre plus grosse colère en 10 ans ?
Je me suis mis en colère, mais c’était plutôt une colère froide. Je ne me suis jamais mis en colère à chaud. Mais il m’est arrivé d’aller à l’entraînement en début de semaine pour secouer un peu le cocotier, avec des propos qui doivent mettre les joueurs face à leurs responsabilités. J’aime bien quand on peut regarder le staff et les joueurs dans les yeux, et leur dire quand les choses ne vont pas, pour provoquer une réaction.

Votre rêve de président ?
C’est difficile de dire si c’est un rêve… J’ai 71 ans, mais mon premier objectif, c’est d’avoir des finances qui restent saines, d’avoir une association qui tourne, de poursuivre notre politique en matière de RSE et d’inclusion, de faire comprendre aux jeunes qu’il n’y a pas que le football dans la vie.

Vendredi 12 septembre, à 19h30 : QRM – Aubagne, à suivre sur la chaîne Youtube du National :

Lienhttps://www.youtube.com/watch?v=jqpkVEqKDEw

  • Texte : Anthony Boyer / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr

    • Photos : QRM
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