Élevé à l’école havraise, l’ex-défenseur avait rangé les crampons à 20 ans pour reprendre la boîte familiale, avant de replonger 6 ans plus tard, mais dans le rôle de coach. Aujourd’hui, il est celui qui a conduit l’US Chantilly du Régional 1 au National 2 et en 16e de finale de la coupe de France, où son équipe sera opposée à Rennes et à Habib Beye, qu’il avait rencontré lors d’un entraînement du Red Star. Un épisode qui l’a profondément marqué.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : 13HF, Philippe LE BRECH et US Chantilly.

Entretien réalisé avant le 16e de finale de coupe de France contre Rennes

Le Château de Chantilly. Photo 13HF

Chantilly. Son château, joyau du patrimoine français, son parc, ses Grandes Écuries. Son hippodrome, ses courses de chevaux et surtout son Prix de Diane. Sa forêt et ses près de 6 500 hectares. Sa crème fouettée délicate et onctueuse, tantôt sucrée, tantôt aromatisée. Et aussi son club de football installé dans le top 100 français depuis un an et demi, en N2, après deux accessions en quatre ans (de R1 en N3 en 2020 et de N3 en N2 en 2024).

Rarement une équipe de ce niveau n’avait aussi peu collé avec sa ville, haut-lieu de la bourgeoise et de la noblesse, très éloignée de l’image beaucoup plus « populaire » véhiculée par le ballon rond. Et dire que, au milieu de toute cette aristocratie coule l’US Chantilly, qualifiée pour la première fois de son histoire en 16e de finale de la coupe de France, et toujours en course pour un second maintien consécutif en National 2. Pas un mince exploit quand on voit les infrastructures loin d’être luxueuses et les locaux exigus du complexe sportif des Bourgognes.

Si le club de cette ville de 12 000 âmes en est là aujourd’hui et a tant évolué, il le doit au travail de ses dirigeants évidemment, l’on pense à son président Anthony Brice et à son comité directeur, mais c’est surtout le fait d’un homme : Yacoub Yassine. Cet ancien défenseur central passé par le centre de formation du Havre entre l’âge de 14 et 18 ans, sans parvenir à signer pro, avait complètement mis le foot de côté après deux saisons, ses deux premières en seniors, avec la réserve de Beauvais, en Division d’honneur. Il avait alors 20 ans.

Après une parenthèse de 6 ans qu’il raconte dans cet entretien donné dans son minuscule bureau au stade des Bourgognes, où le « onze » du FC Freyming, club de Régional 2 et futur adversaire en 32e de finale de coupe de France 5 jours plus tard, est dessiné au tableau (l’US Chantilly s’est qualifiée 3 à 0 sur le terrain du petit Poucet), et où les images de la récente défaite contre l’incontestable leader Thionville Lusitanos (1-2) tournent en boucle sur le grand écran, le natif de Beyrouth, au Liban (36 ans, 37 le 22 janvier), qui a grandi à 7 kilomètres de Chantilly, à Creil, dans l’Oise, nous a reçus.

Retrouvailles avec Habib Beye

Yacoub Yassine va retrouver Habib Beye, qu’il avait rencontré à La Courneuve en février 2024, lors d’un entraînement du Red Star. Photo US Chantilly

Sous l’oreille attentive de son analyste vidéo Julien Piotrowski, il a évoqué son parcours, son ascension, son ambition pour son équipe et pour lui, sa vision du foot et… ses retrouvailles avec l’entraîneur du Stade Rennais, Habib Beye, qu’il va affronter dimanche à Beauvais en coupe de France ! Yacoub l’avait sollicité lors d’un entraînement du Red Star, en février 2024, auquel il assistait, à La Courneuve : « Il avait fait un exercice de reprises avec beaucoup d’intensité que je n’avais pas compris et je voulais qu’il me l’explique, on a discuté, ça a duré un long moment, et franchement, ce fut une conversation extraordinaire ! »

Dans ce long entretien, Yacoub Yassine évoque aussi l’évolution de son club, dont la particularité depuis la fin de l’été est de « délocaliser » pendant 6 mois ses matchs de National 2 à Senlis, à 10 km de là, le temps de laisser à la lumière du jour le soin de rejouer son rôle d’éclairage naturel, puisque le stade ne dispose pas de projecteurs.

10 000 spectateurs attendus à Beauvais

Photo 13HF

Mais l’US Chantilly n’est plus à un écueil près : en janvier 2025, la veille d’un déplacement à Créteil, la municipalité cantilienne avait publié un décret interdisant l’utilisation du terrain d’honneur alors que l’équipe de Yacoub Yassine était justement en train de s’entraîner dessus ! Ce qui avait valu l’intervention des forces de l’ordre afin de s’assurer que le message de la municipalité – « tout le monde dehors » – soit bien passé.

Cette même municipalité, qui ne fait pas du football sa priorité, va pourtant bénéficier bien malgré elle des projecteurs – pas celles du stade, hein ! – lors de son 16e de finale historique de coupe de France face au Stade Rennais (Ligue 1). L’événement le plus important dans l’histoire du club aura lieu dimanche 11 janvier (18h) au stade Pierre-Brisson à Beauvais, qui abritait autrefois des rencontres professionnelles (la dernière saison de l’ASBO en Division 2 remonte à 2001/2002) et aussi celles du FC Chambly. L’affiche va attirer 10 000 spectateurs, quand les rencontres de championnat de l’US Chantilly se déroulent devant plusieurs centaines de fidèles…

Cette mise en lumière doit servir le club afin de grandir et fidéliser un plus large public et aussi, peut-être, attirer de nouveaux partenaires. La coupe peut être ce formidable accélérateur, à condition que l’héritage soit bien « utilisé » et de continuer de raconter une histoire déjà bien entamée sous l’ère Yassine. Pour ce qui est de l’exploit, on rappellera juste que Chantilly n’a pas gagné un seul match à domicile cette saison en championnat, mais comme l’affiche se déroule à Beauvais…

Entretien : « Manager un groupe, ça ne s’apprend pas »

Photo 13HF

Yacoub, c’est ton prénom, n’est-ce pas ?
Oui ! Je sais, tout le monde croit que c’est Yassine ! Mais Yassine (avec deux « s »), c’est mon nom de famille !

Tes débuts au football ?
J’ai commencé à Creil (Oise) jusqu’à mes 14 ans, puis je suis parti pendant 4 ans au Havre, dont 3 années comme aspirant. Je jouais défenseur central ou latéral droit. Après Le Havre, j’ai eu la possibilité de signer à Sedan mais cela ne s’est pas fait, du coup je suis allé à Beauvais : la première saison, je jouais avec les U19 Nationaux et je commençais aussi à jouer en réserve en DH et la seconde année, en réserve, on est monté en CFA2. Ensuite, je suis encore resté quelques mois avant d’arrêter le football.

Pourquoi cet arrêt soudain ?
Mon papa a perdu son permis de conduire. Il avait une boîte de transport de messagerie, dont il était l’unique salarié. Il livrait des colis d’un point A à un point B (1), dans toute la France et aussi en Europe. Il travaillait à son compte et il fallait faire les livraisons. Il m’a dit « Tu es le plus grand de la famille, il faut que tu y ailles »… En fait, il m’a donné les clés et m’a dit « Demain, tu ne vas pas à l’entraînement, tu vas livrer ». Et à partir de cet instant, j’ai fait ça pendant six ans. J’ai repris l’entreprise, que j’ai développée et fait grossir, et qui est ensuite passée à 21 salariés. On a commencé à gagner des appels d’offre, et voilà. Notre siège était à Creil. On travaillait pour des donneurs d’ordre comme Chronopost, TNT, GLS.

(1). « La logique vous fera aller d’un point A à un point B. L’imagination et l’audace vous feront aller où vous désirez » (Einstein). Cette phrase est inscrite sur le mur, dans son bureau.

Dans son bureau d’entraîneur, au stade des Bourgognes. Photo 13HF

Mais tu n’avais aucune compétence au départ pour ce travail…
J’ai appris sur le tas alors que je n’y connaissais rien. Au tout début, je faisais une tournée, puis deux, puis trois, puis on engage un mec, puis deux puis trois… Parfois, j’allais livrer à Senlis puis à Hambourg en Allemagne ! Je rentrais à Creil, je dormais, puis j’allais charger à Nogent-sur-Marne et je repartais à Madrid ! Mais ça, je l’ai fait ça pendant un an. Parce que je me suis dit « ce n’est pas possible, je vais exploser » !

J’ai vu que l’on pouvait démarcher des sociétés de messagerie, comme un livreur qui vient chez toi quand tu as commandé une box ou un téléphone. Pour postuler chez ces donneurs d’ordre, il a fallu vendre mon savoir-faire. J’ai réussi à décrocher un rendez-vous chez Chronopost. Là, je tombe sur quelqu’un qui s’appelle Michaël Kaba et qui me reçoit. Moi, je venais pour travailler. Je lui ai dit que je sortais d’un centre de formation de football, que j’étais rigoureux et qu’avec moi, l’heure c’était l’heure ! Je lui ai dit aussi que j’étais déterminé, que personne ne l’était autant que moi, et que s’il m’expliquait le boulot, je serai le meilleur !

Mon discours lui a plu et en plus, il était fan de l’Olympique de Marseille, où jouait Steve Mandanda, que j’avais connu au Havre. Il a regardé sur internet pour voir si je ne racontais pas des conneries (sic), et pendant deux heures, on a parlé de football ! Finalement, il me donne rendez-vous le lendemain à 8h pour commencer à travailler. Petit à petit, il me forme, il m’apprend mon métier, parce que livrer 50 clients à Creil et livrer un colis d’un point A à un point B, ce n’est pas du tout la même chose. C’est ça qu’on appelle la messagerie. Là, j’ai des horaires, je gagne un appel d’offres, il y avait plusieurs tournées, j’ai commencé à embaucher et c’est parti.

« Mes formateurs au Havre m’ont donné envie de devenir entraîneur »

Photo Philippe Le Brech

Du coup, tu as complètement mis le foot de côté …
Complètement. Je n’avais pas en vie d’aller faire des essais en Roumanie ou au Luxembourg. Au Havre, je gagnais déjà un peu d’argent, alors cela a été dur d’arriver à Beauvais, et sans manquer de respect à l’ASBO, j’avais l’impression de redescendre d’un cran. Je me suis dit que j’allais économiser de l’argent, que j’allais construire quelque chose, arrêter de regarder sans cesse les calories… Par contre, je continuais à regarder le foot, notamment les matchs du PSG et du Havre, mon club de coeur. Le HAC, c’est vraiment une école de la vie, c’est là où j’ai tout appris (2).

(2) Dans un entretien accordé au Parisien en 2020, voilà ce que disait Yacoub Yassine au sujet du Havre AC : « Là-bas, il formait des joueurs et des hommes, avec des valeurs. On nous apprenait à respecter l’adversaire, tout en cherchant à être meilleur que lui et à performer grâce à son travail. Je me suis nourri de ça et je m’en inspire aujourd’hui avec mon groupe, car je crois en ce discours. C’est l’état d’esprit qui guidera ce qu’on met en place. »

Qui sont les entraîneurs marquants que tu as eus au Havre ?
Mes quatre entraîneurs là-bas m’ont marqué. Johann Louvel, un meneur d’hommes, aujourd’hui directeur du centre de formation de l’Olympique Lyonnais, avec qui je suis toujours en contact. Mickaël Lebaillif, qui est aujourd’hui cadre à la DTN au Maroc. François Rodrigues, entraîneur-adjoint de la sélection nationale d’Arabie Saoudite, et qui m’a fait signer mon premier contrat aspirant. François, c’est un entraîneur très proche des joueurs. Et Jean-Marc Nobilo, qui a une grosse personnalité. Louvel et Nobilo, ce sont deux tacticiens. Tous les quatre m’ont donné envie de devenir entraîneur.

« Je prends les choses comme elles viennent »

Photo 13HF

Comment as-tu rebasculé dans le milieu du foot ?
Vers l’âge de 25/26 ans, après 5 ou 6 ans à bosser sans cesse, j’ai eu l’impression de ne pas vivre ma jeunesse, même si je gagnais bien ma vie. J’ai alors voulu revendre mes parts et faire une pause dans ma vie. Parce que le foot me manquait aussi, tout comme le bruit des crampons qui claque au sol dans les vestiaires et les couloirs, tu sais, ce bruit bien spécial… Je me suis dit, « Je vais coacher ». J’ai appelé le club de l’AFC Creil pour entraîner une équipe et c’est là que je prends les U14, au poste d’adjoint. Je n’avais aucune expérience. J’avais des idées mais je ne savais pas les mettre en place.

Finalement, ça l’a fait. Le manager général du club, qui était aussi le coach des U14, Johann Barbot, m’a poussé, m’a encouragé. J’ai fait un an et demi comme ça puis quand il s’est fait licencier de Creil, tout le monde est parti, moi aussi, et j’ai signé à Beauvais comme entraîneur des U16 DH, on finit 2e derrière Amiens SC. Et puis Johann (Barbot) signe à l’US Chantilly, il m’appelle et là, pendant deux ans, je suis responsable des jeunes. Puis le coach des seniors DH arrête en 2017 et on me donne l’équipe. En parallèle je passe le BEF, et quand on remonte en National 3 en 2020 (l’équipe était monté en 2018 puis redescendu en 2019), je m’inscris au DES et je suis pris.

Photo Philippe Le Brech

Le diplôme, c’est quelque chose d’important pour toi ? Tu as envie d’aller encore plus haut ?
Oui, c’est l’objectif. Les prérequis pour le BEPF (diplôme professionnel), c’est d’avoir travaillé au moins 5 ans dans un club de niveau national. Les 5 ans, je les ai. L’idée, effectivement, c’est de postuler. Mais je n’ai jamais eu de plan de carrière. Je prends le choses comme elles viennent. Mais je m’aperçois d’un truc, c’est que mon staff (3), mon équipe, moi, on est au niveau.

Quand je vais entraîner à Creil en U14, naïvement, je pense que tous les entraîneurs sont comme Jean-Marc Nobilo, François Rodrigues, Johann Louvel ou Mickaël Lebaillif, parce que je n’ai connu qu’eux. Et en fait, je me dis que j’ai un vrai savoir-faire. C’est comme quelqu’un qui apprend un métier. Je me suis aperçu que c’était très amateur alors que j’avais une vision très professionnelle, en raison de mon passage dans un club très structuré, très pro, comme Le Havre.

Le staff technique de l’équipe de N2. Photo US Chantilly

Donc, forcément, j’avais une approche déjà très rigoureuse de l’aspect tactique, de l’aspect managérial. Et quand j’entraîne les seniors de l’US Chantilly en DH, puis en N3, j’entends qu’on dit que, pour le club, c’est le plafond de verre, que Chantilly est toujours redescendu… Ok, mais moi, je dis « Non, on ne va pas descendre ». On se maintient en N3 deux saisons, puis trois, puis au bout de la quatrième, en 2024, on monte en National 2 ! On se maintient, et voilà… Et l’entraîneur adverse, que tu voyais avant comme un ogre, parce que tu regardais ses interviews sur internet, et bien tu te rends compte que, avec ta façon de faire, toi aussi tu es « capable », que ça peut fonctionner, avec ton propre style de management.

(3) Son staff : Nicolas Capelli (adjoint); Julien Hernandez (adjoint); Vincent Seconds (entraîneur des gardiens), Julien Piotrowski (adjoint / analyste vidéo), Julien Lugier (préparateur physique).

L’exemple de Christophe Pélissier

Photo 13HF

Tu as donc l’ambition d’aller plus haut, de devenir un entraîneur pro ?
Ambitieux, je ne l’étais pas avant, parce que ça me paraissait tellement loin… Je prends l’exemple de Christophe Pélissier, qui a entraîné en DH, en N3, en N2, en National, en L2, en L1 aujourd’hui, il connaît tous les niveaux, tous les domaines, la préparation athlétique, l’analyse vidéo, l’aspect tactique, et je suis convaincu qu’aujourd’hui, en Ligue 2, en toute humilité, je ne ferais pas moins bien que les autres. Moi, je n’ai pas de doute sur ça, mais attention, demain, je peux très bien faire autre chose aussi. Le foot, ça reste un rectangle vert, avec un ballon, un adversaire que tu analyses, les forces vives et les défauts de ton équipe, et il faut optimiser tout ça et monter le meilleur onze possible pour gagner le match. Manager un groupe, ça ne s’apprend pas. J’aime ça. Je pense que ma façon de faire est innée, tu l’as ou tu ne l’as pas. J’aime créer une âme dans le vestiaire. J’arrive à développer ça. Après, quand tu as tout ça, ça donne ce qu’on appelle la performance.

Si un projet se concrétisait à l’avenir, mais loin de Chantilly, familialement, ça serait possible ?
Partir pour un projet foot ? Mon épouse détestait le football (rires) mais aujourd’hui, elle vient un peu au stade, elle regarde les matchs… Si la question se pose un jour, il n’y aura pas de frein de ce côté-là, parce que c’est ma passion, j’aime le foot, je baigne dedans depuis tout petit, et quand je dis ça, je ne le vois pas comme un métier… Je suis un compétiteur, ce qui m’intéresse, c’est performer. L’essence d’un compétiteur, c’est « tu rentres sur un terrain, tu veux battre l’adversaire ». Imposer ma façon de jouer à l’adversaire, c’est ce qui n’anime, c’est ça que j’aime dans la vie. Ma femme ne s’opposera pas à ça.

« Former des joueurs de football et des citoyens responsables »

Avec Romain Paturel, le coach de Furiani. Photo Philippe Le Brech

Il est comment, ce club de l’US Chantilly ?
C’est un club très familial. Sa force, c’est la cohésion entre les différents membres, que cela soit à la direction, au bureau, dans le staff, chez les éducateurs des jeunes, on travaille tous dans un seul intérêt : le club. Ce que j’ai voulu mettre en avant ici, et que j’avais appris au Havre grâce à Jean-Marc Nobilo, François Rodrigues, Johann Louvel et Mickaël Lebaillif, c’est d’être des bons citoyens et de gagner des matchs. Leur credo, c’était « former des joueurs de football et des citoyens responsables ». Je pense que, par rapport à ça, ils doivent être fiers de voir ce que je suis devenu.

C’est quoi un bon citoyen ?
Un bon citoyen, c’est quelqu’un qui défend les valeurs de son entreprise, de son pays, de sa famille, de son club. Je voulais que tout le monde défende les valeurs de l’US Chantilly. On a réussi, d’autres ont pris la relève chez les jeunes, et ça, c’est la première force du club.

Mais en raison de ses infrastructures, le club est limité…
Oui, c’est le problème. En fait, on est un club de Régional 1 qui évolue en National 2. On n’a pas d’éclairage, pas de synthétique, le club house c’est une cabane, et là tu es dans notre bureau… On est monté sportivement mais ce n’était pas forcément voulu. Ce que je veux dire, c’est qu’on est un sport populaire à Chantilly qui ne colle pas trop avec l’image de la Ville, mais on discute beaucoup avec elle et les relations se sont améliorées. On veut donner une belle image aussi. Tu sais, j’aime Chantilly, je suis au club depuis longtemps. C’est notre deuxième saison d’affilée en National 2, un niveau très relevé mais un peu « bâtard » car on a beaucoup de contraintes. Pour moi, le N2, c’est un championnat qui devrait être pro, comme dans d’autres pays. En plus, l’exigence technique et tactique y est très relevée.

« Thionville, c’est très fort partout ! »

Photo Philippe Le Brech

Quel type d’entraîneur es-tu ?
J’aime que l’on joue avec de la personnalité, qu’on ne s’adapte pas à l’adversaire, que l’on soit capable d’imposer notre manière de jouer, d’être haut sur le terrain, de récupérer le ballon haut et de le maîtriser pour avancer. Bien sûr, il y a des matchs où on doit être un peu plus bas, il faut l’accepter, mais je n’aime pas les possessions stériles. Il faut être tranchant, faire reculer l’adversaire.

As-tu un système préférentiel ?
Non, je n’ai aucun système arrêté. J’ai connu la DH (R1), le N3, maintenant le N2, chaque championnat est différent. Il faut aussi s’adapter à la division et au profil des joueurs. C’est pour ça, quand je te disais que l’on ne s’adaptait jamais à l’adversaire, mais à nous… Par exemple, si j’ai plus de défenseurs que de milieux, peut-être que je vais jouer avec trois défenseurs axiaux au lieu de deux. Si je sens qu’on a de la qualité au milieu, je vais jouer à trois au milieu, etc. En fait, je vais vraiment chercher à m’adapter aux forces vives de mon effectif, où certains joueurs évoluaient encore en Régional 2 l’an passé (avec la réserve du Red Star, qui est montée en R1). Comme mon piston gauche Mahamadou Sissoko par exemple, ce qui fait que, parfois, on manque de maturité, on l’a vu contre Thionville Lusitanos en championnat (1-2, le 13 décembre dernier). Un joueur comme Xavier Decroix a dû faire 15 matchs de N3 dans sa carrière, Alan (Issifou) n’avait pas de club l’an passé, et ces trois joueurs que je cite en exemple, ce sont trois titulaires en National 2. On doit donc grandir, apprendre, passer des caps individuellement.

Thionville Lusitanos qui caracole en tête de ta poule en N2, c’est comment ?
Individuellement, c’est très fort partout. C’est une équipe qui joue très « vertical », qui « va chercher » très-très haut, capable de se désorganiser. On les a bien contenus, on les avait bien analysés, mais voilà…

« L’homme est plus important que le joueur »

As-tu des modèles de coach ?
Mes modèles, ce sont mes éducateurs au Havre, je m’imprègne d’eux même si je m’ouvre aujourd’hui bien sûr… La façon de presser de Klopp m’intrigue, le jeu de possession de Guardiola me plaît, le pragmatisme et le management de Zizou me pousse à regarder… Je pioche un peu partout et j’ajoute ma touche personnelle.

Photo US Chantily

Et ta personnalité ? Tu as l’air d’être quelqu’un de très direct, très franc, très cash, qui dit les choses…
Avec mes joueurs, j’ai toujours dit que le jour où je dois jouer un rôle, j’arrêterai d’entraîner. Comme je suis dans la vie de tous les jours, je veux être cet entraîneur-là. Je dis les choses, je peux être très dur mais parfois la situation le demande. Je peux aimer énormément mon joueur, le défendre, parce que je sens qu’en contrepartie il donne ce qu’il faut pour le club, et là, ça donne quelque chose dans la relation, que l’on garde encore après. J’ai des joueurs avec qui je suis resté en contact, certains même avec qui je bosse parce qu’ils ont les valeurs qui me correspondent. Je peux être dur aussi quand je sens que l’on se moque du monde, que l’on ne respecte pas les fondamentaux.

En fait, c’est exactement comme dans la vie de tous les jours, comme avec mes enfants (il est papa de quatre enfants, Ndlr), même si je ne les compare pas avec les joueurs, c’est un exemple. Quand je rentre dans le vestiaire, je ne veux pas mettre de masque, et quand je parle avec mon groupe, les joueurs parlent avec Yacoub. Le jour où je ne pourrai plus être comme ça, j’arrêterai, parce que je pense que c’est ma force aussi, d’être l’homme que je suis dans la vie de tous les jours, sincère, juste et droit avec les joueurs. Ils le ressentent et je pense qu’ils apprécient ça. Avant que tu n’arrives, j’étais avec un joueur et je lui montrais en vidéo une situation, ce n’était pas agréable pour lui, mais il a fait une grosse erreur. Je voulais lui montrer. Il ne m’en veut pas. Il sait que ce que je lui ai dit est cohérent. Si l’homme, qui est plus important pour moi que le joueur, a les bonnes valeurs et qu’il est sain, il apprécie qu’on lui dise les choses.

« Je regrette que cela n’ait pas fonctionné avec Mohamed Coulibaly »

A l’issue de la qualification en 16e de finale de la coupe de France, à Freyming. Photo US Chantilly

Le club aussi passe des caps : le National 2, un 16e de finale de coupe de France qui arrive contre Rennes…
L’US Chantilly avait jusqu’alors atteint à quatre reprises les 32es de finale. Et là, on est en 16e, on a eu le mérite de ne jamais aller jusqu’à la séance des tirs au but. La coupe de France, c’est vraiment la satisfaction de cette première partie de saison. Il y a eu pas mal de changement l’été dernier, j’avais laissé l’équipe puis je l’ai reprise en cours de route, l’effectif a évolué…

L’été dernier, justement, tu t’es mis en retrait pour devenir directeur sportif, et le club a engagé Mohamed Coulibaly pour te remplacer : une erreur de casting ? Regrettes-tu cette ta décision ?
Ce que je regrette, c’est que cela n’a pas fonctionné avec Mohamed Coulibaly, parce que c’est un super mec, il faut l’écrire. J’aurais voulu que ça fonctionne. La deuxième chose, c’est que l’on n’a pas pour le moment les moyens au club de mettre en place l’organisation dont je rêve, pourtant je suis persuadé que c’est ce qu’il manque – un directeur sportif / manager – pour performer à ce niveau et pérenniser l’US Chantilly en N2. On est limité. On a un budget club de 600 000 euros environ, qui est un des plus petits de la division, avec la moitié environ pour le N2, on le sait. C’est un frein, mais ce frein-là, on l’avait aussi en N3.

« Je voulais avoir ce rôle de directeur sportif »

L’équipe de N2 de l’US Chantilly, en août 2025. Photo Philippe Le Brech.

Finalement, alors que ce n’était pas prévu, tu as retrouvé le terrain après le départ de Mohamed Coulibaly…
Les résultats n’étaient pas là : 5 défaites lors des 7 premiers matches (pour 2 victoires), ça faisait beaucoup. C’est une décision de la direction. Mais au départ, ce changement, c’était de ma volonté. Je voulais avoir ce rôle de directeur sportif, ce que personne ne fait aujourd’hui, quelqu’un qui fasse le relais entre la direction et le sportif. Mais les résultats ont décidé de l’urgence. Le président Anthony Brice m’a demandé de revenir.

Directeur sportif, le rôle que tu souhaitais occuper cette saison, c’est vraiment ce qui fait défaut au club ?
Pour moi, si tu es connecté avec ce qui se fait en région parisienne, si tu connais tous les championnats de R1/R2, si tu connais le National 3 de Paris et alentours, si tu es connecté, si tu as du réseau, tu peux t’en sortir, mais encore faut-il mettre cette structure en place et avoir quelqu’un qui bosse là-dessus. C’est difficile de faire comprendre ça aux dirigeants alors que, selon moi, c’est indispensable. Il faut que j’arrive à leur faire prendre conscience de cela, surtout que le N2 d’aujourd’hui est devenu le National d’il y a quelques années.

Tu n’as pas le temps d’aller voir des matchs ?
Non et je le regrette, parce que pour le développement de l’US Chantilly c’est important. Je regarde des matchs sur la plateforme BePro, mais je regarde surtout le N2, nos adversaires… Si tu me demandes de te citer les onze joueurs de Liverpool, je ne suis pas certain d’y arriver, alors que si tu me demandes les onze joueurs de Thionville, là, je les connais par coeur !

« J’avais l’impression que je ne pouvais pas faire plus »

Photo US Chantilly

Pas trop difficile ce retour sur le banc ?
En fait, je pensais que le club avait atteint son le plafond de verre. Même si mon truc, c’est le terrain, j’avais l’impression que je ne pouvais pas faire plus. J’avais déjà eu cette impression en National 3. C’est pour ça que je dis qu’il faut que l’on travaille en parallèle au club pour développer des choses, pour exister dans ce monde-là, que cela soit au niveau du recrutement, de notre capacité à « scanner » des joueurs, à connaître les joueurs, les équipes, à aller voir des matchs de N3, de R1, de R2… On est en région parisienne, où le vivier est énorme. Il faut que l’on soit connecté à ce monde-là mais actuellement on ne l’est pas, parce que c’est une question de moyen.

Quand je fais 4 ou 5 saisons avec le même groupe, je me demande si j’ai la capacité de me renouveler, si j’ai la matière pour cela, si mon discours va encore passer. C’est comme un château de cartes : il faut être dans l’anticipation des choses. C’est que j’ai voulu instaurer à l’intersaison. On s’est maintenu deux fois à la dernière journée en National 3, un truc de fou (4) ! C’est tout un processus, et c’est pour ça que j’ai voulu prendre un entraîneur, afin que je puisse travailler sur le reste, pour que l’on parvienne à se maintenir en N2.

Photo Philippe Le Brech

Malheureusement, comme je l’ai dit, l’urgence des résultats a fait que l’on a du prendre cette décision. En fait, aujourd’hui, notre structuration en National 2 est la même qu’en DH (R1). Quand on est coach, on fait tout, on fait aussi DS, manager, assistant social, kiné, préparateur athlétique, médecin, analyste vidéo… Parfois même secrétaire ! En R1, on peut le faire, mais en N2, avec quatre séances par semaine, ce n’est plus possible, on n’a plus le temps, on est dans le monde pro, les adversaires te connaissent, ils t’ont analysé, et toi, tu dois passer encore plus de temps sur l’entraînement, sur la gestion de ton équipe, tu n’as plus le temps pour ton club. Il faut développer ce truc à côté. C’est ça le message que j’ai voulu faire passer à mon club l’été dernier.

(4) En 2022-23, l’US Chantilly a décroché son maintien à la dernière journée face à Croix (3-3), en égalisant dans le temps additionnel par Dramane Koné, auteur ce soir-là d’un doublé. Le club avait finalement terminé 9e de N3, à un point devant le premier relégable.

Avant un match, tu es comment ?
Je n’arrive pas à m’éparpiller. La veille et le jour de match, je suis focus. J’aimerais bien que ça change. Si ça change, ce sera synonyme de réussite (rire) ! si j’arrive à sortir le samedi matin pour aller voir mon fils jouer, sans perturber ma préparation de match, alors là (rires) !

« La coupe peut lancer une dynamique »

En coupe de France, la joie à Freyming avec les supporters du club. Photo US Chantilly

Chantilly en N2, c’est une sacrée satisfaction tout de même …
Je suis un enfant de l’Oise. J’ai grandi à Creil. Je n’étais pas prédisposé à être là aujourd’hui. l’US Chantilly, c’était le petit club du sud de l’Oise, derrière les deux ogres, Beauvais et Chambly. Beauvais, j’allais les voir en Ligue 2, en National. Et quand je reprends l’équipe de Chantilly en DH, Chambly, ils sont en National et montent en Ligue 2 ! T’imagines, aujourd’hui, on est dans la même poule ! Pour eux, déjà, c’est dur de se retrouver en N2 mais pour nous ? Et on arrive à se mettre à ce niveau-là !

Le stade Pierre-Brisson à Beauvais sera bien rempli pour recevoir Rennes en coupe de France : ça va vous changer de l’affluence en championnat…
C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de monde qui vient voir nos matchs à Chantilly, en plus on joue à Senlis. C’est aussi un aspect sur lequel j’aurais aimé que l’on bosse, afin de développer ça. On a quand même 500 licenciés au club. On a réussi à mobiliser plusieurs bus pour le déplacement à Freyming en 32e de finale de la Coupe de France, je suis content, il y avait 200 ou 300 personnes qui étaient là. En fait, on arrive à mobiliser du monde, mais uniquement sur des gros événements, comme en coupe, ou aussi en championnat quand on jouait la montée en N2 à Lille : s’ils nous battaient, ils montaient, et on a réussi à faire venir du monde (5).

Photo US Chantilly

Maintenant, il y a ce 16e de finale historique pour le club, qui peut lancer une dynamique. Le stade à Beauvais sera à guichets fermés (environ 10 000 spectateurs). La coupe peut être un élément déclencheur. Mais je n’en ai pas vraiment conscience parce qu’on n’a jamais fait de parcours et à titre personnel, je n’avais jamais dépassé le 7e tour. En fait, on a surtout fait beaucoup en championnat, avec des montées.

L’affluence, c’est un sujet qu’il faut prendre à bras-le-corps. Il faut fidéliser, entretenir tout ça, aller les chercher, créer une sorte de comité pour s’en occuper, sinon l’effet va s’estomper. Tu vois, tous ces sujets structurels sont importants. Parce qu’en National 2, ce n’est plus uniquement sur le terrain que ça se passe, c’est aussi en dehors, avec tous ces aspects dont j’ai parlé avant.

(5) Samedi 18 mai 2024, l’US Chantilly, au prix d’un match nul 2-2 contre la réserve de Lille, combiné à une défaite de Lens B, accédait pour la première fois en 122 ans d’existence en N2.

Rencontre avec Habib Beye, en février 2024. Photo US Chantilly

Parle-nous de cet échange avec Habib Beye en février 2024, que tu vas retrouver dans le camp d’en face, en coupe ?
C’était merveilleux. Une superbe rencontre. Habib Beye, c’est un grand connaisseur, ça m’a vraiment surpris. Dans la préparation, dans la conception technique de ses séances, il a de vraies idées. Je me suis inspiré de choses dont il m’avait parlé durant cette discussion, et quatre mois après, on montait en N2 ! J’ai énormément de respect pour lui. J’étais ensuite allé voir un match à Bauer contre Le Mans, quelques jours plus tard (4-1), et on avait encore échangé. Il m’avait même proposé de revenir sur des séances mais je n’avais pas osé lui dire que je bossais le matin et comme on s’entraînait le soir à l’époque… J’avais vraiment envie de passer le voir s’entraîner, de voir comment il fonctionnait de l’intérieur, et je ne l’ai pas fait. Bon maintenant…

Voilà, c’est l’anecdote ! Quand j’ai vu qu’il était sur la sellette il y a quelques mois à Rennes, depuis ma fenêtre chez moi je me disais « Non, c’est pas possible, le club n’a pas le droit de faire ça, il doit le laisser en place ». J’ai discuté avec Habib Beye, je sais quel entraîneur il est, il a sa place là-haut, il faut le laisser. Et aujourd’hui, je ne suis pas surpris du redressement du Stade Rennais et je suis même content. Parce qu’il est à la hauteur, il l’a prouvé.

Coupe de France Crédit Agricole (16e de finale) / Dimanche 11 janvier à 18h, au stade Pierre-Brisson, à Beauvais : US Chantilly (N2) – Stade Rennais (L1), en direct sur BeIN Sports (Multiplex)

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13heuresfoot, Philippe LE BRECH, US Chantilly
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Jamais l’entraîneur Franco-portugais, passé par Rouen, QRM, Lyon Duchère, Créteil, Saint-Etienne et Clermont, n’était resté aussi longtemps – une demi-saison – sans club ! Dans cet entretien, le Normand de 48 ans, requinqué physiquement et moralement après une période difficile où il fut proche de la dépression, évoque son caractère, ses joies, ses douleurs, son métier. Il en profite aussi pour délivrer quelques messages personnels.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : 13HF et Philippe LE BRECH (sauf mentions)

Emmanuel Da Costa, à Rouen, le 12 décembre dernier. Photo 13HF

Le hasard fait bien les choses. C’est à quelques heures d’un derby en National entre le FC Rouen et Quevilly Rouen Métropole, à Diochon, deux clubs voisins et un stade partagé qu’il a fréquentés pendant près de 20 ans, que nous avons rencontré « Manu » Da Costa, dans un café, à Sotteville-lès-Rouen, tout près de la mythique enceinte qui pue toujours autant le football : « C’est rare que je donne des interviews, lance-t-il. Mais avec toi, j’ai accepté tout de suite, parce que je te connais ! »

Levons immédiatement le voile : j’ai été salarié, deux ans durant, de 2016 à 2018, de l’entreprise US Quevilly Rouen Métropole, et donc partagé un bout de chemin avec le Rouennais âgé aujourd’hui de 48 ans. Une période parfois faste (accession de National en Ligue 2 en mai 2017 puis découverte du monde pro pour la nouvelle entité QRM) mais pas toujours simple.

Un malaise sur le banc

Le temps faisant son oeuvre, les textos sont revenus bien des années après. Grâce à 13heuresfoot ! Et puis, un texto de « Manu », début décembre, a fait tilt : « Il ne faut pas être un écorché vif comme je pouvais l’être… » Une phrase qui a suscité ma curiosité et mon envie d’interviewer le Franco-Portugais, ancien pensionnaire du centre de formation de l’AS Cannes dans les années 90, milieu offensif à Viry-Châtillon, Dieppe et au FC Rouen, où une vilaine blessure a prématurément mis un terme à sa carrière de joueur en 2001, à l’âge de 24 ans.

C’est vrai. Manu Da Costa, qui a immédiatement accepté ma requête, est cet écorché vif. « Était » si l’on se fie à son texto. Il était surtout l’entraîneur-entraînant de l’US Quevilly (2013-15) puis au début d’un projet QRM (2015-20) qu’il s’est tellement approprié et qu’il a tellement incarné, qu’il a manqué d’y laisser sa santé. Personne n’a oublié cette scène sur le banc à Diochon, le 13 avril 2019, lorsqu’en début de match – QRM affrontait Concarneau – il fut victime d’un malaise puis transporté à la clinique, avant de passer le nuit en observation.

Entre le Portugal et Rouen

Sur le banc de Lyon-Duchère, en National, en 2020. Photo Philippe Le Brech

Et puis, comme toutes les histoires d’amour finissent mal – en général – la séparation avec QRM est arrivée, en 2020, logiquement. Inéluctablement. La fin d’un cycle.
Brisé dans son élan de joueur, « Manu » Da Costa, qui partage aujourd’hui sa vie entre le Portugal et Rouen, s’est rapidement tourné vers la carrière d’entraîneur, avec une progression linéaire : entraîneur chez les jeunes au FC Rouen et à Oissel, entraîneur de la réserve au FC Rouen avec une accession en CFA2 en 2010 au terme d’une saison à … zéro défaite (19 victoires et 7 nuls, 90 points !), entraîneur adjoint en National au FC Rouen aux côtés Eric Garcin puis entraîneur principal pendant trois mois au printemps 2012, avant une expérience à Compiègne en CFA (N2).

En 2013, « MDC » signe à l’US Quevilly, en CFA, tout juste relégué de National, où il passe 7 saisons, dont 5 sous la bannière Quevilly Rouen Métropole. Après Lyon-Duchère, en National (2020), il entraîne l’US Créteil pendant un an et demi, toujours en National. Une expérience d’un an et demi à Saint-Etienne (Ligue 2, 2022 à décembre 2023), dans le rôle d’adjoint de Laurent Batlles, qu’il a côtoyé à la formation du BEPF en 2017-2018, et qu’il retrouvera un an plus tard pour une « pige » de quatre mois à Clermont Foot (Ligue 2), garnissent un CV où l’on trouve également une expérience en D1 au Luxembourg, à Hespérange.

Après toutes ses années sur un banc, Emmanuel Da Costa n’était jamais resté aussi longtemps – sept mois – sans travailler. Ce temps, parfois long, mais pas inutile, il l’a utilisé. Pour se recentrer sur lui-même et sur l’essentiel. Pour se ressourcer. Pour continuer à se former. Pour régler des choses sur le plan familial. Pour assouvir aussi sa soif de connaissance, comme il l’explique dans cet entretien de 45 minutes, où l’homme, qui a accepté de parler de sa réputation, de son image et de son caractère, est apparu affûté, apaisé, requinqué, ultra-combatif, mais pas marqué, même s’il a tenu, sans nous prévenir, à envoyer quelques messages personnels. Sacré Manu !

Entretien : « Je sais d’où je viens »

Sur le banc de Créteil, en National. Photo Philippe LE BRECH

Manu, aujourd’hui, c’est jour de derby à Diochon où le FC Rouen accueille QRM : tu vas au match ?
Oui j’y vais !

Tu seras pour qui ?
J’y vais avec un oeil neutre. J’ai eu de grandes histoires dans les deux clubs. J’ai même perdu mon corps dans l’un des deux… J’ai perdu de l’argent au FC Rouen, où je me souviens qu’en National, pour un déplacement à Niort, j’avais mis de l’essence dans les Opel Vivaro parce que le club n’avait plus d’argent. Une fois, on avait fait une collation sur une aire de repos pour aller au Beauvais, que j’avais payée aussi. Mais le FC Rouen a une attache particulière pour moi parce que j’y ai commencé ma formation d’entraîneur. J’étais un vrai cul rouge, entre guillemets, puis Quevilly m’a tendu la main et permis de sauter la barrière comme coach. Aujourd’hui, je n’ai plus ou très peu de rapport avec les deux clubs. Je serai au match avec Richard Déziré et certainement mon oncle.

« Diochon, c’est ma vie de footballeur ! »

Ce sera ton retour à Diochon ou bien est-ce que tu y étais déjà retourné ?
Non, j’y suis déjà allé cette saison. Mais j’y vais rarement. Quand je suis allé voir QRM-Caen en début de saison (1-1), c’était la première fois que j’y retournais. Je n’y avais plus mis les pieds depuis que j’étais parti en 2020. Et je suis aussi allé voir FC Rouen contre Concarneau le mois dernier (0-0). À chaque fois, je me mets dans mon coin, je me fais discret, même si ça me fait quelque chose, parce que Diochon, c’est ma vie de footballeur, d’entraîneur, et j’y ai perdu ma jambe aussi, avec cette double fracture tibia-péroné, côté tribune Bruyères, dans la surface de réparation. J’ai fait une montée en Ligue 2 dans ce stade avec QRM, j’ai fait des campagnes de coupe de France, j’ai entraîné les jeunes du FCR, les 15 ans, les 18 ans et avec la réserve du FC Rouen, on est monté en N3 en étant invaincu toute la saison, on a fini en haut de tableau en CFA2 (N3)… Il y a eu beaucoup de belles histoires sportives et aussi de belles histoires humaines. Bien sûr, il y a des gens que je connais encore, notamment Romain Djoubri, que le FC Rouen a pris comme coordinateur sportif, Pascal Braud aussi, un mec extra avec qui j’ai bossé à La Duchère, qui est l’adjoint de Régis (Brouard, actuel entraîneur du FC Rouen), que je connais moins, et à QRM aussi, de temps en temps on s’envoie quelques petits SMS par ci-par là.

« Il ne faut pas cracher dans la soupe »

Mais il y a bien un des deux clubs qui tient une place à part, non ?
C’est dur, parce que il ne faut pas cracher dans la soupe. J’ai une certaine éducation qui fait que je suis trop respectueux… (il coupe). Mon parcours atypique fait qu’à un moment donné, je n’ai pas pensé à moi, mais au club. C’est une question difficile parce que le FC Rouen, c’est le début de ma vie. Mon papa Joachim grimpait sur les arbres pour voir les matchs à l’époque. J’ai connu les Giguel, Orts, Haise, toute cette équipe des années 80/90, avec le coach Daniel Zorzetto, il y avait aussi Richard (Déziré) bien évidemment. Ils m’ont pris sous leur aile. Et Quevilly m’a fait confiance. Ce n’était pas simple pour eux de faire confiance à un mec comme moi qui sortait de nulle part. Ils m’ont tendu la main, je leur ai rendu. C’est pour ça, il ne faut pas cracher dans la soupe. Le FCR et QRM sont deux identités qui me sont chères, tout simplement.

On sent une certaine rancoeur, tout de même, vis à vis de QRM…
Non. Pas de la rancoeur. Je l’ai dit, je ne veux pas cracher dans la soupe. Mais quand je lis ton article sur Michel Mallet (le président de QRM, Ndlr) cet été et qu’il ne dit pas un mot sur cette génération qui a fait National 2 – National – Ligue 2 … On n’est pas loin d’avoir le record d’invincibilité en National avec QRM (18 matchs), on a eu je ne sais combien de joueurs dans l’équipe type de National en fin de saison, on a un entraîneur nommé par ses pairs, on arrive à monter en Ligue 2 avec des bouts de ficelles et des bouts de bois, avec des joueurs à temps partiels, on fait deux fois un 8e de finale de coupe de France (à Boulogne en 2015 et contre Guingamp en 2017), ce qui n’est plus arrivé depuis… Alors ok, qu’il ne se reconnaisse pas en moi parce que je ne suis pas un communicant, parce que je n’aime pas la médiatisation, parce que je suis tout le contraire d’autres personnes, c’est une chose, malgré tout, on ne doit pas dénigrer cette génération qui a amené son club vers le monde professionnel, et beaucoup plus vite qu’il ne l’aurait pensé.

Le staff de Quevilly Rouen en 2016, avec, autour de Manu Da Costa, William Louiron, Julien Savigny et Benjamin Le Borgne. Photo QRM/JMT

C’est vrai qu’à bien y réfléchir, on peut dire après coup que c’était un bel exploit…
Tu as vu aujourd’hui les gros projets en National 2 ? Il ne faut pas un an pour en sortir de ce championnat ! En N2, à la mi-maison, l’année du début du projet QRM (en 2015-2016), après une défaite à Mantes, la deuxième de la saison (et la dernière de la saison, Ndlr), Michel Mallet me dit « Manu il faut préparer la saison prochaine ». Dans ma tête, je me dis « Mais qu’est-ce qu’il me raconte ? On va y aller, on va finir champion ! », et on est champion, avec je ne sais combien de points d’avance. L’année d’après, en National, personne ne mise sur nous, et on monte en L2, alors quand je l’entends quelques années après parler de braquage de National… Si cette saison-là (2016-2017) ce n’est pas un braquage, c’est quoi alors ? Et en Ligue 2, on joue pendant trois mois à l’extérieur tous nos matchs (le stade Diochon était en travaux pour mise en conformité, Ndlr), sur une année où je passais le BEPF à Clairefontaine, et on loupe le barrage du maintien pour une victoire. C’est pour ça que je ne veux pas que l’on minimise tout ce que l’on a fait pendant ces trois ans exceptionnels, avec un staff amoindri mais exceptionnel. Regarde la carrière que mon staff de l’époque est en train de faire, Julien Savigny est à Caen, Benjamin Leborgne est à Rennes, Alex Pasquini est à Rennes aussi. Il ne faut pas dénigrer tout ce qu’il y a eu, toute cette épopée, que l’on aime ou pas les gens.

« Les gens oublient facilement »

Avec l’AS Saint-Etienne. Photo asse.fr

Si Michel Mallet n’a pas parlé de toi dans cet entretien, c’est aussi parce que l’on n’a pas évoqué le passé, mais plutôt le présent et l’avenir…
Oui, mais respectons cette génération-là. Aujourd’hui, le manque de considération et de gratitude vis-à-bis des gens qui étaient là au début, qui ont trimé… Parce que souviens-toi, au début, la « guerre » qu’il y avait avec le FC Rouen, il a fallu tenir bon, il a fallu vivre avec tout ça, combattre tout ça. À Croix, en N2, dans un match capital, le bus n’arrive pas. Finalement on y va avec les Opel Vivaro, à la va-vite. Et la fameuse causerie de Pascal Dupraz (Angers-Toulouse), je l’ai faite avant lui, à Croix. Quand tu penses au manque de considération et de gratitude par rapport à tout ce qui a été fait, ça ne me blesse pas, mais ça m’embête. Les gens oublient facilement. Cette génération ne mérite pas ça. Il n’y a jamais eu un article, une ligne, un seul mot. Nulle part. Quand il y a des derbys FCR-QRM, pas un mot sur ça.

Je sais bien que j’étais puant avec les journalistes, notamment ceux du quotidien Paris Normandie, c’est la réalité, et je sais bien qu’ils n’ont pas envie de m’interroger par rapport à ce qui s’est passé (Manu Da Costa s’en était pris à un journaliste local), qu’ils ne peuvent pas me « blairer », et je le regrette, parce que j’ai pris les balles. J’ai protégé des gens qui aujourd’hui n’ont même pas une petite pensée ou un mot pour tout ce qui a été fait. On a été dans la régularité avec QRM. Michel Mallet voulait avoir une équipe qui joue au foot. C’était un critère. Et quand je vois l’équipe de QRM depuis quelque temps… Ce ne sont plus les mêmes critères. Et la masse salariale, on en parle ? Et la structuration du club, on en parle ? C’est important que les gens, mon ancien staff et mes anciens joueurs, aient un peu de reconnaissance, pour ce qu’ils ont fait, même en Ligue 2, même si on est descendu pour 3 points.

Tu en veux à Michel Mallet ?
Pas du tout. Je l’aime beaucoup. Malgré son fonctionnement, il te laisse travailler, et bien sûr, tu dois lui rendre des comptes. C’est normal. C’est sans doute le président avec lequel j’ai aimé le plus travailler. Mais voilà, que l’on n’ait pas eu cette reconnaissance… Peut-être qu’il aime les gens plus médiatique, je ne sais pas. Je détestais ça, je fermais tout. Je n’étais pas à l’aise là-dedans. Et si je cadenasse autant mon vestiaire, c’est parce que je sais que si je laisse ça aux joueurs, ils prennent ça (il mime en même temps). À QRM, j’ai reçu des joueurs le dimanche soir à 23h chez moi pour les remettre en selle. Je l’ai fait. Pour les mecs. Pour le club. Quand il n’y a pas de reconnaissance, ça fait mal.

« J’aurais pu tomber en dépression »

Lors de la MasterClass Employabilité, avec l’UNECATF, les 8 et 9 décembre dernier. Photo UNECATEF

Pour la première fois depuis 2013, le FCR Rouen a repris sportivement le leadership : selon toi, est-ce que tu penses que cela signifiera la fin du projet QRM si Rouen monte en Ligue 2 ?
Je pense qu’à partir du moment où ils ont loupé la fusion, et cela plusieurs fois (en 2017 et en 2024), mais je pense surtout à la première fois, parce que j’étais en plein dedans, c’est devenu complexe et difficile. Aujourd’hui, à partir du moment où le FC Rouen reprend sa place, il sera difficile pour QRM d’exister à côté. Mais je ne suis pas dans les discussions politiques. Néanmoins, je ne vois pas comment QRM peut continuer à vivre à côté du FC Rouen si ce dernier va au bout cette saison.

Parlons de ta carrière de coach : où en es-tu ? t’es-tu remis sur le marché ?
Je n’étais pas en recherche très active jusqu’à aujourd’hui, parce que j’avais des choses à régler aussi de mon côté, dans ma vie privée, et le fait de ne pas être en club m ‘a permis de gérer cela, et aussi de faire des choses que l’on n’a pas forcément le temps de faire quand on est coach, comme se former à l’anglais. Je consacre plusieurs heures par jour à faire ça.

So let’s follow the conversation in English…
(Rires !) Je ne le fais pas pour rien. C’est parce que j’ai des objectifs en vue, je ne fais pas ça au hasard, même si ça me plaît de parler plusieurs langues. Et puis je suis aussi en plein dans la périodisation tactique : c’est une méthodologie différente de tout ce que l’on t’apprend dans ton cursus français. Je ne dis pas qu’elle est meilleure mais je suis toujours dans l’analyse et le perfectionnement de ce que je mets en place, de mes entraînements. J’aime avoir les tenants et les aboutissants.

Cette formation m’interpellait depuis plusieurs années et là, j’ai pu sauter le pas et la commencer, en présentielle, avec des semaines à Porto. C’est un cursus portugais avec l’université, ils sont précurseurs de cette méthodologie-là, que José Mourinho puis plein d’autres coachs portugais ont suivi. Je vais prendre ce qu’il y a à prendre, tout en gardant mon identité. Et puis, j’ai profité de cette période sans club pour prendre un peu soin de moi. Cela faisait plusieurs années que, physiquement, je sentais que cela devenait compliqué. J’ai fait un malaise à QRM, j’étais dans une machine à laver, ce n’est pas anodin.

Mais cette période actuelle, elle n’est pas voulue, parce que j’aurais préféré être en club, mais le fait de ne pas exercer, cela m’a laissé du temps pour tout ça, pour aller voir des gens aussi, discuter, parce que j’en avais besoin pour me recentrer sur moi-même, pour reprendre de l’énergie. Et puis, quand on n’est pas bien, on n’a pas envie de faire du sport, on a juste envie de rester sur son canapé. C’est pour cela que je me suis forcé à rester dynamique, parce que j’aurais pu vite tomber en dépression.

« J’ai repris de l’énergie »

Cette dépression n’est pas arrivée, mais tu l’as frôlée…
(Il marque un silence) C’est pour ça que j’avais besoin de voir des gens. Entre ce que je vivais dans ma vie privée et ce que je vivais dans ma vie professionnelle, j’avais besoin d’évacuer tout ça, j’aurais dû le faire avant, mais aujourd’hui, je suis bien, j’avance. Je marche, j’essaie de courir de temps en temps même si j’ai beaucoup de mal parce que je suis « cassé » physiquement, à cause de mes plaques, ça me tire, ça me fait mal, surtout quand il y a des changements de météo, même si j’essaie de me faire violence. J’arrive à un âge où il faut faire attention. Je suis vigilant.

Du coup, tu es à nouveau sur le marché ?
Aujourd’hui, oui, ça y est, je suis prêt. Il y a le mercato ou la saison prochaine, on verra. J’ai repris de l’énergie.

Avec Laurent Batlles à Saint-Etienne. Photo asse.fr

Number 1 ou number 2 ?
Le number 2, j’ai envie de répondre que cela ne serait possible qu’avec Laurent (Batlles). Parce qu’au delà de l’amitié que l’on a l’un pour l’autre, c’est une personne géniale. Il peut m’appeler à 3 heures du matin s’il a besoin de moi, j’y vais. On se connaissait bien avant de travailler ensemble et le temps que l’on a travaillé ensemble m’a permis de voir qu’il avait de vraies valeurs. C’est quelqu’un d’exceptionnel, qui dénote un peu dans le milieu, entre sa philosophie du foot qui m’allait bien et ses valeurs humaines, je me suis éclaté, donc évidemment, s’il refait appel à moi, dans l’éventualité où il retrouve un projet, j’irai. Cela fait un petit moment que l’on ne s’est pas parlé, j’espère juste qu’il n’y a pas des gens qui essaient de casser cette amitié-là… Pour moi, il est et il restera un vrai ami.

La piste étrangère t’intéresse ? Et le N2 ?
Pour l’étranger, oui. Pour le N2, il ne faut jamais dire jamais, regarde Mathieu Chabert, qui est à Cannes : c’est sûr qu’un club comme ça, ça fait réfléchir. Le métier est compliqué, il y a beaucoup de coachs sur le marché. J’ai envie de te dire : j’essaierai surtout de trouver un environnement dans lequel m’épanouir. Quand une personne est épanouie, elle fait du bon travail en général.

« Adjoint, ce n’est pas juste mettre des coupelles »

Avec Laurent Batlles à Clermont. Photo clermonfoot.com

Cela n’a pas été le cas dans les derniers clubs où tu es passé ?
J’ai le don de choisir des projets compliqués (rires) ! Mais je suis plus fort aujourd’hui, et mieux armé que je ne l’étais à l’époque. Le Luxembourg, c’est dommage. Avec Hesperange, on partait de très loin, on avait fait de belles choses, on aurait pu, si on avait continuer ensemble, concurrencer Differdange qui sur-dominait le championnat, on est la meilleure attaque, on a des bons contenus, comme j’ai toujours aimé, des choses se mettaient en place, mais le club n’était pas dans la sérénité. On a tous été amené à partir. À Clermont, sincèrement, je n’ai rien fait, bien sûr, j’exagère, mais je suis arrivé tard : quand Laurent (Batlles) est nommé, il m’appelle mais il fallait que je me libère du Luxembourg, cela a duré jusqu’en février.

En attendant, Laurent a fonctionné avec un staff en place, et quand j’arrive en février, et c’est d’ailleurs sa qualité, il a gardé le même fonctionnement. Moi, je me suis juste greffé au staff, dans un rôle d’observateur, de médiateur, j’essayais de mettre en place une nouvelle dynamique, de mettre de la bonne humeur, de chambrer, pour revoir des sourires, tu me connais… C’est Yann Cavezza, qui est parti avec Habib Beye à Rennes, qui mettait en place les séances, et Laurent ne voulait pas court-circuiter tout ça, c’est normal. J’avais tout de même un regard, un avis, j’étais entendu.

Sur le banc de Lyon-Duchère, en 2020, en National. Photo Philippe Le Brech

Ce rôle de numéro 2, ça te convenait ?
Numéro 2 à Clermont comme je l’ai vécu, non, mais numéro 2 comme à « Sainté », oui. À Saint-Etienne, Laurent me faisait confiance. Il me laissait exister, notamment dans les séances que je proposais, on était en phase là-dessus, tout en restant à ma place. Je pouvais ne pas être d’accord avec lui, c’est normal, mais nous avions des discussions en tête à tête. J’étais vraiment dans mon rôle d’adjoint. J’avais connu ça au début de ma carrière avec Eric Garcin au FC Rouen, en National. Mon rôle était d’un un facilitateur au quotidien. Quand il y a eu des moments de turbulences à « Sainté », et comme j’ai du caractère, un peu beaucoup même, certains voulaient que j’intervienne un peu plus. Mais je m’interdisais cela. Je ne voulais pas mettre d’interférence entre Laurent et ce qu’il véhiculait, et moi.

Lors d’un de nos premiers matchs amicaux, contre Thonon Evian GG, sur un de nos terrains d’entraînements, il y a un duel, et je crie « gagne, gagne » et là, Laurent me recadre, « Manu »… Voilà, il fallait que je m’adapte aussi à lui et à la situation. C’est normal. Le rôle d’adjoint, ce n’est pas juste mettre les coupelles. C’est faire réfléchir ton numéro 1. Avoir des débats avec lui s’il le faut, avec intelligence et discrétion. En fait, tu as tous les avantages du numéro 1, sans les inconvénients. Je ne discutais ni avec les médias, de toute façon j’étais réticent à l’idée d’aller devant la presse, ni avec les dirigeants. Moins on parle d’un adjoint, mieux c’est. Je n’avais pas besoin de ça. La seule chose qui pouvait me manquer, ce sont les causeries, et tu sais que j’aime ça ! Mais je prenais du plaisir à travailler.

« Entraîner Saint-Etienne, c’est exceptionnel ! »

Entraîner Saint-Etienne, c’est comment ?
C’est exceptionnel. Mais ça te pompe une énergie incroyable. Quand tu vas faire tes courses, les gens te disent : « Il faut gagner ce week-end, hein ! » ou alors « vous êtes nuls ! ». Ils parlent comme ça, ils sont cashs, sans filtre. Je vivais à Saint-Galmier, dans un village très calme, mais tout le monde me reconnaissait quand même, beaucoup plus qu’à Rouen, t’imagines ! À « Sainté », on n’avait pas le droit à l’erreur. Cela pouvait être magique quand tout allait bien, comme la 2e partie de notre première saison, quand on marchait sur l’eau, et la deuxième année, c’était les montagnes russes. Quand on perd 4 ou 5 matchs d’affilée, c’est l’enfer, mais il faut accepter ça, parce que c’est un gros club, populaire. Je comprends aujourd’hui les entraîneurs qui passent dans ce type de club et qui disent qu’ils ne peuvent pas y rester 10 ans, cela pompe tellement d’énergie !

Tu estimes que tu es dans le dur en ce moment dans ta carrière ?
Si tu me parles en termes de proposition de poste, oui, mais si tu me parles de la façon dont je vois les choses, la façon dont je peux entraîner, la façon de manager, non.

Avec Quevilly Rouen, en Ligue 2, en 2017. Photo 13HF

Pourquoi ça n’a pas marché à Créteil ?
Il n y avait plus l’identité portugaise. Il y a avait deux présidents, deux directeurs sportifs. Le président Lopez était en train de vendre. Il y avait un environnement qui n’était pas simple, et malgré tout, je fais la saison complète. Un jour, on fait un match le vendredi, je reviens le lundi, j’avais donné le week-end après un succès contre Boulogne, et il y avait quatre nouveaux joueurs dans le vestiaire, je n’étais pas au courant. Qui peut accepter ça ? Mais je suis resté… Est-ce que j’aurais dû partir ? Tout le monde dit oui, mon agent, mes amis, en tous les cas, je peux me regarder dans un miroir. Si je n’avais pensé qu’à moi et ma carrière, à mon CV, à ma cote, à mon image, je serais parti. J’avais démissionné, mais cela a été refusé, comme à La Duchère d’ailleurs à l’époque. Mais quand tu as des Alexis Araujo ou des Riffi Mandanda qui te demandent de rester, eh bien tu affrontes les difficultés.

Et puis cette saison-là, il y avait six descentes… Kevin Farade n’a jamais mis autant de buts qu’avec moi à Créteil, et cela lui a permis d’aller à Annecy en Ligue 2, pourtant au début, cela a été difficile, il y a donc eu des bonnes choses. Cela n’a pas fonctionné parce qu’il y avait trop d’éléments extérieurs qui ne permettaient pas de tendre vers l’excellence. Il y a eu d’autres entraîneurs, dont Stéphane Le Mignan qui est en Ligue 1 avec Metz aujourd’hui, Karim (Mokeddem), donc si c’était juste un problème de staff, cela se saurait, il y a eu Thierry Froger aussi, Richard (Déziré), Philippe Hinscherberger aussi, qui a mieux réussi, mais il n’y avait que la famille Lopez. D’ailleurs, cette famille est extraordinaire. Je suis resté aussi pour elle, parce que j’ai un profond respect pour les Lopez.

« Je me suis fait tout seul »

Avec son ami Richard Déziré, lors d’un match amical au Mans entre Le Mans et QRM, en 2017. Photo 13HF

Est-ce que le Manu Da Costa d’aujourd’hui est le même qu’il y a 10 ans ?
Je vais te raconter une anecdote. Lundi et mardi, j’étais avec Karim Mokeddem, avec l’UNECATEF (le syndicat des entraîneurs professionnels de football), qui organisait la MasterClass. Il y avait aussi Oswald Tanchot, Michaël Ciani, Philippe Hinschberger, Richard (Déziré) et d’autres… On devait se mettre en situation, un entraîneur avec un président, et Karim jouait le rôle du président. Il me pose les questions, et Karim me dit « Je te connais comme coach, t’es sanguin, t’es ceci, t’es cela, et là t’es tout le contraire, t’es serein, apaisant, une force tranquille. » J’ai souri. Parce que, évidemment, les gens me perçoivent comme quelqu’un d’impulsif, et ça me touche. Michaël Ciani, qui ne me connaît pas comme coach, dit à propos de moi « Il est calme, posé ». Voilà. Donc j’évolue. Cette image m’a fait beaucoup de mal. Elle n’est pas bonne, par rapport à tout cela, je le sais, mais je ne me suis jamais fait aider, jamais fait accompagner. J’aurais peut-être dû prendre quelqu’un, un conseiller, je ne sais pas, mais je me suis fait tout seul.

Et il y a un élément important que tu oublies, c’est que nul n’est prophète en son pays. Ce que je veux dire par là, c’est que j’étais ici, à Rouen, avec mes qualités et mes défauts, avec mon éducation, le respect de mes employeurs. Je suis toujours allé au front pour eux. J’ai toujours pris les balles pour eux, ce ne sont pas mes employeurs qui les prenaient. Je défendais ma maison, mon morceau de pain. Parfois, je défendais l’indéfendable. C’était cause perdue. Tu ne peux pas argumenter sur tout ce que les gens peuvent penser, dire ou écrire, et parfois c’étaient des choses fausses, qui me faisaient sortir de mes gongs, mais au lieu d’apporter une explication, une réponse, de manière calme et posée, je partais au quart de tour. Et ça, ça m’a fait beaucoup de mal. Je l’ai mal géré. C’est sans doute le seul regret que j’ai. Mais je suis entier, c’est comme ça, c’est mon éducation, c’est mon caractère, je ne sais pas faire semblant. Je n’étais pas un bon communicant, et c’est ce qui me porte préjudice aujourd’hui, parce que si j’avais été meilleur dans ce domaine, peut-être que mon image serait meilleure aussi.

Parfois, sur le banc, tu étais chaud…
Un jour, quand j’étais à QRM, alors que je mangeais une crêpe avec mon gamin, qui devait avoir 5 ou 6 ans, à Rouen, quartier Saint-Sever, des supporters du FC Rouen m’ont traité de tous les noms, de traitre, de… Et tout ça devant mon gamin. Donc là je suis zen, puis à un moment donné, je me lève, et c’est le patron de l’établissement qui m’a dit de laisser tomber, sinon… J’étais prêt à me battre. Devant mon fils. Tu imagines. Ce jour-là, je suis rentré chez moi en me disant que c’était fini à QRM… Joueur, j’étais comme ça déjà. Quand on m’asticotait, je trouvais l’énergie pour être dans le duel, j’avais un jeu de provocation, et plus on m’instaurait un contexte de duel, plus l’adrénaline montait chez moi. Quand j’étais jeune, j’avais cette grinta que je peux avoir en tant que coach. J’ai la haine de perdre. Je l’avais déjà quand j’étais joueur.

« Plus tu te caches, plus on t’oublie »

Beaucoup de coachs sont sur les réseaux sociaux : ce n’est pas ton cas…
C’est ma façon de me protéger. C’est capital, primordial. Dans ma famille, on m’a toujours répété le dicton suivant : « Pour vivre heureux, vivons caché ». Sauf que dans le métier que je fais, plus tu te caches, plus on t’oublie. C’est pour ça que je me demande si je ne vais pas m’y mettre plus. J’ai un compte LinkedIn, je ne publie pas, mais il va falloir que je le fasse.

Avec Laurent Batlles, à Saint-Etienne. Photo asse.fr

Au milieu et à la fin des années 2010, tu étais un coach à la mode, en vogue, qui avait la cote : n’as-tu pas cru, à ce moment, que ça y est, tu « étais arrivé », n’as-tu pas eu la tête qui a tourné ?
Pas du tout. A la fin de la saison de Ligue 2 avec QRM, je suis encore sous contrat, et Pierre Dreossi, le directeur sportif du Paris FC, appelle mon agent. Je dois aller au Paris FC. Mais je n’ai pas fait ce que d’autres ont fait par exemple avec QRM, c’est-à-dire aller au bras de fer avec mes dirigeants pour pouvoir partir, parce que c’est mon éducation, et j’ai du respect. Dieu sait que je me suis disputé avec mon agent par rapport à ça, parce qu’il voulait que je force mon départ, mais je n’ai jamais appelé Michel Mallet, mon président, pour dire « Je veux absolument aller au Paris FC ». Si je devais partir, il fallait que les parties se mettent d’accord, et là, je partais. Mais si je m’étais « vu arriver », alors je serais parti, j’aurais forcé la chose. Je suis un homme de projet, un homme dans un club, qui peut s’installer, comme à QRM, où j’avais la confiance de mes dirigeants. Si j’avais pensé à moi, j’aurais fait des choix différents, j’aurais pensé à ma carrière. Peut-être que je serais allé au Paris FC et que j’aurais eu un destin à la Fabien Mercadal à un moment donné, on ne sait pas ce qui se serait passé. Peut-être aussi que cela n’aurait pas fonctionné. Je sais d’où je viens. Je sais que mon chemin a été compliqué. Je sais tout ce que j’ai dû endurer pour atteindre le monde pro en tant qu’entraîneur. Rigueur, travail et humilité, c’est la base de mon quotidien, c’est ce qui m’anime, dès que je me lève le matin.

On sent chez toi malgré tout cette envie d’y arriver, de prouver…
Mais si tu n’as pas cette envie de prouver des choses, dans ce métier-là, alors tu n’avances pas. Oui j’ai envie de prouver, mais pas pour les yeux des gens, pour moi-même. Je n’ai pas besoin que l’on me dise que je suis le plus beau et le plus fort. D’abord, on ne me le dit pas (rires) et on ne me l’a jamais dit, même si j’ai connu des belles choses. Ce qui m’intéresse, c’est de continuer à avancer. C’est pour ça que je fais de la périodisation tactique, que j’apprends l’anglais, que je m’ouvre à beaucoup de choses, que je reste curieux. J’ai envie de continuer à être ce que je suis, avec mes qualités, sans me dénigrer, en diminuant mes défauts.

C’est quoi qui te plaît par-dessus tout dans ce métier ?
Le jeu. Le terrain. Animer les séances. C’est mon truc. C’est une branche de mon métier qui m’éclate (large sourire), préparer les séances, faire progresser individuellement, collectivement, aller chercher des joueurs méconnus qui font carrière après, j’aime ça. Être un accélérateur de carrière, ça me plaît. Au Luxembourg, quand j’arrive, c’est la débandade. Dans les matchs de préparation, on ne prend que des volées, et premier match de championnat, on gagne 4 à 0, et c’est parti ! C’est ça qui me fait vibrer.

Tu es un entraîneur plutôt comment ?
Humain, travailleur et exigeant, casse-couilles (rires) et honnête.

Et dans la vie de tous les jours, tu es comment ?
Je souhaite aujourd’hui que l’on dise que je suis une belle personne, avec des valeurs de respect et d’honnêteté, et que j’ai de l’humour, que je suis fun. Je travaille au quotidien pour ça, encore plus depuis quelques mois.

Tu es proche de Richard Déziré, tu le vois au match ce soir : je lui cours après depuis deux ans pour un entretien, il refuse pour le moment …
Je vais lui en reparler, je vais t’aider pour ça !

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13heuresfoot et Philippe LE BRECH (sauf mentions spéciales)
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Après 14 ans dans la Creuse, à Guéret, l’entraîneur du Stade Poitevin a posé ses valises en 2023 dans la Vienne, et permis à sa nouvelle équipe de monter, enfin, en National 2. Sa soif d’apprendre et de progresser ne le quittte pas, celle d’aller au plus profond de l’humain, quitte à se transformer en psychologue, non plus.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions)

Photo Philippe Le Brech

Luc Davaillon (46 ans) n’est pas le coach le plus connu du National 2, un championnat qui a vu son niveau s’élever avec la refonte de l’an passé et la suppression d’une poule, en plus des douze descentes de National en deux saisons (2022/23 et 2023/24). Un championnat qui a aussi vu son attractivité décupler, tant auprès des joueurs que des techniciens, on le voit avec la présence de plus en plus marquante de coachs habitués aux joutes du niveau supérieur, comme Mathieu Chabert (Cannes), Bruno Irlès (Bordeaux), Alain Pochat (Bayonne), Frédéric Reculeau (La Roche-sur-Yon), Romain Revelli (Bourges), Stéphane Masala (Chambly) ou Roland Vieira (Andrézieux).

Forcément, avec des techniciens d’expérience comme eux et un marché rendu plus compliqué, notamment avec l’émergence de « jeunes » coachs, difficile de se faire une place. A moins de terminer champion de son groupe à l’étage en dessous, comme c’est le cas la plupart du temps. C’est ce qui s’est produit pour Luc Davaillon, champion de National 3 pour sa première saison au Stade Poitevin FC en 2023/2024, sa deuxième à ce niveau après sa saison à Guéret, un club où il a passé 14 ans et qu’il a fait grimper à ce même échelon.

Une progression sans précipitation

Photo Philippe Le Brech

Luc Davaillon n’est pas le plus connu des coachs, mais aspire à le devenir. Pas pour flatter son ego. Mais pour se prouver à lui-même qu’il peut aussi être celui qui vient d’en bas et qui peut réussir, comme d’autres avant lui. Jusqu’où ? Nul ne le sait. Pour l’heure, son diplôme, le DEF, ne lui permet pas de viser mieux que le N2, à moins d’accéder en Ligue 3 avec son club.

La Ligue 3, le Stade Poitevin n’en parle pas du tout. Du moins pas en ce moment. Le club de la Préfecture de la Vienne veut d’abord s’installer et avancer pas à pas, sans précipitation. Le fossé est devenu tellement structurel avec les clubs du dessus, dont la plupart vient de Ligue 2 ou de Ligue 1, qu’il est inutile de brûler les étapes. Luc Davaillon ne sait d’ailleurs pas trop ce que brûler les étapes signifie, même si sa carrière a pris un coup d’accélérateur depuis six ans et les accessions de Guéret de Régional 2 à National 3 en (2020 et 2022). Puis celle de Poitiers, donc, de N3 en N2 en 2024.

Au lendemain d’une douloureuse élimination aux tirs au but à Chauvigny au 8e tour de la coupe de France, et juste avant de recevoir (et de s’imposer 1-0 à la 90e !) face à Granville, le natif de Châtillon-sur-Indre, une petite commune située dans un triangle entre Châtellerault, Tours et Châteauroux, a raconté son parcours, évoqué son arrivée à Poitiers, dévoilé quelques-uns de ses axes de travail, son approche et sa vision.

Interview :

« J’ai toujours voulu être entraîneur-compétiteur »

Photo Philippe Le Brech

Luc, avez-vous digéré l’élimination en coupe de France, qui aurait permis de faire parler de Poitiers en 32e de finale ?
C’est une grosse déception. Une qualification aurait permis de faire rentrer un peu d’argent dans les caisses, il faut être lucide par rapport à ça. L’élimination a aussi coupé la dynamique de l’équipe, sans compter qu’un 32e aurait été très intéressant pour nous. Mais on a mal commencé ce match. On a trop laissé Chauvigny s’exprimer. On est malgré tout revenu deux fois au score et on a même pris l’avantage. Cela a été compliqué, on s’est accroché, et puis il y a eu la séance de tirs au but, et ça a tourné de leur côté : notre gardien (Théo Louis) a eu l’opportunité de nous qualifier après avoir stoppé le tir du gardien adverse, mais il a frappé sur la barre.

Aucune rancoeur vis à vis d’Alexandre Durimel, qui a manqué son tir à la fin ?
Aucune, non ! Il avait d’abord marqué dans la première séance des tirs, et puis il a raté sa tentative dans la deuxième. Bon, voilà, c’est comme ça. Quand on est monté de N3 en N2 il y a un an et demi, c’est lui qui avait marqué le penalty de la victoire à la 94e à Montlouis, chez le leader, à l’avant-dernière journée, ce qui nous avait permis de passer en tête. D’ailleurs, après l’élimination à Chauvigny, un de ses partenaires n’a pas manqué de rappeler ça, parce que ce soir-là, à Montlouis, tout le monde ne se bousculait pas pour aller tirer ce penalty à la dernière minute (rires) ! Non, vraiment, il n’y a aucune rancoeur à avoir. On est juste déçu parce qu’on n’a pas abordé le match de la meilleure des façons.

Photo Philippe Le Brech

Il paraît que vous avez fracassé une glacière à la mi-temps du match ? Il vous arrive souvent de vous mettre en colère ?
Je vois que vous êtes bien informé ! Ce n’était pas une glacière, mais une malle pour transporter les équipements ! D’ailleurs, il faut que j’aille en acheter une. J’ai demandé à Nadège, la secrétaire, où elle l’avait achetée. Elle ma dit que c’était la première fois que je me mettais dans un tel état ! On en a rigolé. Ce genre de colère, pour que cela soit utile, il faut que cela soit rare. Quelqu’un qui crie tout le temps, on ne l’entend plus. En général, je suis assez calme.

J’essaie de ne pas réagir à chaud, je parle rarement après les matchs, c’est pareil dans la victoire, où on peut vite s’emballer alors que l’on a juste gagné un match. Je préfère laisser les choses retomber et parler avec la raison plutôt qu’avec l’émotion. La vérité, c’est que j’étais très-très déçu, très-très en colère ce soir-là. Mais après le match, mon rôle était de féliciter Chauvigny et de ne pas « détruire » mes joueurs, cela n’aurait pas été intelligent.

« Je voyais l’importance de me former »

Avec l’ES Guéret. Photo Philippe LE BRECH

Parlons de vos débuts dans le foot : quand et où avez-vous commencé ?
J’ai toujours baigné dans le football. Dans ma famille, on est très impliqué dans le monde associatif. J’ai commencé à 5 ans. La commune de Châtillon-sur-Indre, où je suis né, touche presque l’Indre-et-Loire, ce qui fait que l’on était très orienté vers ce département. J’ai joué à Loches (Indre-et-Loir), où j’ai effectué mes débuts en seniors à l’âge de 16 ans et demi en Promotion d’Honneur. Je jouais avant-centre, puis 9 et demi, 10. J’ai passé deux années au lycée à Châteauroux, durant lesquelles je m’entraînais avec La Berrichonne, et le week-end, je jouais en championnat avec Loches. Je suis parti à 22 ans à Joué-lès-Tours, en CFA2, pendant deux ans et demi puis j’ai signé à Amboise, en DH, où j’ai joué pendant deux ans et demi.

En parallèle, vous avez-suivi un cursus universitaire ?
Après mon BAC ES (économie et social), j’ai fait une fac de sociologie mais ce n’était pas pour moi. En fait, je savais déjà que je voulais faire de ma passion, le football, mon métier. J’ai passé mon Brevet d’État à 21 ans et mes diplômes d’initiateur 1 et 2. Après la fac, je suis devenu responsable d’une école de foot à Chambon-sur-Indre, à côté de Loches; ça m’a confirmé que je voulais faire ça. J’ai fait un retour à la fac de sport à Orléans un peu plus tard, où j’ai passé un DEUG, et après, vers 27 ou 28 ans, je suis retourné dans la vie active. J’avais déjà bénéficié des emplois jeunes, et il fallait que je trouve un club qui puisse me financer ma formation pour le DEF à Clairefontaine. J’ai trouvé un poste dans un petit club de Première division de district, dans la Creuse, à Dun-le-Panestel, à l’Entente Sportive Dun-Naillat. J’ai privilégié cette voie-là. J’ai pu développer le club, me lancer, tout en continuant de jouer. Avoir les rênes d’un club sur le plan technique, quel que soit le niveau, c’était une bonne expérience. Je voyais l’importance de me former. Donc c’est dans ce village de 1000 habitants que j’ai pu passer mon DEF, on est même monté en Régional !

Photo Philippe Le Brech

Ensuite, vous partez à Guéret…
Au bout de 3 ans à Dun-Naillat, sincèrement, je pense que j’avais fait le tour. Le club ne pouvait pas aller plus haut. Je voulais retrouver des joutes au moins de niveau régional. J’ai rencontré quelqu’un à Guéret, du coup, j’ai privilégié la vie privée et c’est comme ça que je me suis retrouvé au club de l’US Guéret où j ai pris l’équipe des U19. Cela m’a permis de finir la partie théorique du DEF (il avait la partie technique, Ndlr). Guéret, c’était une opportunité; à l’époque, les seniors évoluaient en DHR mais le club avait déjà joué en DH. Les deux premières années, pour compléter mon cursus de formation, je m’occupais d’une classe foot en 6e et en 5e. La classe sportive existait déjà pour les 4e et les 3e, alors j’en ai créé et développé une au lycée, et c’est là que j’ai obtenu un emploi. Avec les 19 ans PH, on est monté en DH, on a même gagné le championnat de jeunes en DH. Cela m a conforté dans mon travail.

Pendant 4 ans, j’étais au quotidien avec les jeunes du collège et du lycée. Ensuite, il y a eu un changement de présidence. C’est là que je suis passé entraîneur des seniors, en DH, alors que je jouais encore et qu’on venait de monter quelques années plus tôt. En fait, j’ai arrêté de jouer à 34 ans. Lors de mes premières saisons, on est descendu, on est monté, on est redescendu puis on est remonté, mais ce qui était intéressant, c’est que les jeunes que j’avais formés en scolaire commençaient à arriver en seniors, donc ça a valorisé mon travail.

Et c’est avec quelques-uns de ces jeunes que l’on est monté en National 3 en 2022 (le club n’avait plus évolué à ce niveau depuis la saison 1996-1997). Mais on n’avait pas trop de moyen pour rivaliser avec les autres équipes de N3, et on n’a pas existé. Lors de cette saison, paradoxalement, alors que j’entraînais pour la première fois à ce niveau, il a fallu que je trouve un travail à côté parce que les emplois associatifs avaient cessé. J’ai travaillé à l’association « Remise en jeu » de Robert Salaun : c’est une structure qui remet en selle scolairement des jeunes par le biais du sport. Au total, je suis resté 14 ans à l’ES Guéret, dont 10 à la tête de l’équipe 1 seniors. Dans ma vie privée, il y a eu une séparation, donc j’étais libre de partir.

Comment expliquer qu’une ville chef-lieu comme Guéret, même si le rugby y est roi, ne puisse pas s’installer en N3 au foot ?
Certes c’est une préfecture, mais il n’y a que 100 000 habitants dans le département, qui est le moins peuplé de France. On n’a jamais eu quelqu’un qui puisse mettre des moyens suffisants pour développer encore plus le club. Je vous le disais, on est monté en N3 avec des jeunes, et d’autres formés à Tours ou Limoges ou dans les environs, et dans l’équipe, il n’y avait que deux jeunes qui n’avaient jamais signé de licence jeunes à Guéret, ça donne une idée de la formation au club. Avoir des jeunes de la 6e à la terminale nous permettait d’avoir une structure efficace; c’est ça nous a permis de monter en N3. Quant au rugby, on a réussi à les concurrencer : on est allé jusqu’à 2000 personnes au stade pour l’accession !

« J’ai gagné sept championnats »

Le Stade Poitevin FC, version 2025-26. Photo Philippe Le Brech

La récompense de vos années à Guéret, c’est votre arrivée à Poitiers…
En 2024, Philippe Nabé, le président du Stade Poitevin, m’a appelé. Et j’ai signé 2 ans. Le projet « Poitiers » me rapprochait aussi de ma famille. C’est valorisant d’être contacté grâce à ses résultats d’entraîneur. Depuis que j’ai le DEF, j’ai gagné sept championnats. J’ai toujours eu une grande confiance en moi quand au fait de gagner des championnats. Et puis Poitiers, ça ma toujours un peu suivi. Quand on est monté en « National » avec les U19 de Guéret, il fallait gagner à Poitiers et on a gagné ! Quand j’étais à Joué-lès-Tours, on bataillait pour monter en CFA avec Poitiers déjà : on avait fini derrière eux mais on avait gagné à la Pépinière (l’ancien nom du stade Michel-Amand) ! Je n’avais que des bons ressentis.

Pourtant, dans les médias, il s’écrivait des choses sur le Stade Poitevin : on disait que le club n’allait pas bien financièrement, qu’il y avait un trou : ça ne vous a pas freiné ?
Il y avait des rumeurs, oui, mais c’était le moment pour moi de partir de la Creuse et de me lancer un nouveau challenge professionnel, quand bien même la presse évoquait des soucis financier au club. Il s’est raconté et écrit beaucoup de choses sur le club, mais je voulais montrer que j’étais capable de monter, quelle que soit la division, parce que je pensais que j’en étais capable. Mais je ne me suis pas trop attardé là-dessus. Le président m’avait assuré que j’aurais un effectif pour faire un bon championnat de N3, même si on sentait bien que le club était sur un projet plus modeste que les saisons précédentes, avec trois joueurs recrutés au CA Neuville, un club qui descendait de N3 en R1, un autre de Portes Entre Deux Mers, qui descendait aussi de N3 en R1, et moi, qui descendais aussi de N3 en R1 avec Guéret. Parce que juste avant mon arrivée en 2023, le club jouait la montée et s’est retrouvé à jouer la maintien. C’est pour ça que le président ne m’a pas mis de pression. Mais dans l’équipe, il restait quand même de l’expérience avec Alexandre Durimel, Cédric Jean-Etienne, Makan Makalou, des joueurs qui avaient connu le National et le N2, ça faisait une base solide. Mon objectif, c’était qu’en février et mars, on soit à portée de fusil de la première place.

Travail psychologique et force collective

Le stade Michel-Amand de Poitiers situé à Buxerolles. Photo Philippe Le Brech

Il y a eu un travail psychologique à faire également…
Quand j’avais affronté Poitiers avec Guéret en N3, j’avais identifié des choses importantes sur le plan psychologique : on était venu jouer chez eux en début de saison, on avait fait match nul 0-0 et j’avais senti une tension chez eux quant au fait de déjà perdre des points. En arrivant à Poitiers, j’ai voulu retirer tout de suite cette tension, que j’ai également ressentie quand on perdu 1-0 à Bourges-Moulon, parce que pour jouer une montée, il faut être capable d’encaisser les coups, d’être patient. On a travaillé sur cet aspect-là, en dédramatisant les choses, en restant focus sur l’objectif de faire la meilleure saison possible en se disant que si on avait une opportunité de monter en fin de saison, il faudrait la saisir. Et comme on avait les joueurs et les capacités pour le faire, on y est parvenu. On n’avait pas ciblé Montlouis mais plutôt Tours et Vierzon qui à mon sens avaient les meilleurs effectifs de la poule, notamment Tours.

Et puis il y a eu cette avant-dernière journée à Montlouis, entre le leader et son dauphin…
Cet avant-dernier match chez eux est devenu le match de la montée. Il fallait arriver là-bas à 3 points si on voulait avoir une chance, et finalement, on y est allé avec 2 points de retard. Notre travail psychologique et notre force collective et mentale devaient nous servir pour ce match-là, et c’est ce qui s’est passé. On était sur 9 victoires d’affilée avant Montlouis, où c’était un vrai match de coupe, et puis Alexandre Durimel marque le penalty à la 94e…

« Réussir à dédramatiser le résultat »

Photo Philippe Le Brech

Concrètement, ce travail psychologique, comment l’avez-vous opéré ?
C’est un travail au quotidien avant l’entrainement, après, pendant… Il faut réussir à dédramatiser le résultat. Ce qui est important, c’est la performance. Et pour moi, le résultat ne sera que la conséquence de la performance.

Parfois, on peut faire 1-1 après avoir mené et livré un bon match comme c’est arrivé l’an passé à Châteauneuf-sur-Loire, en encaissant un but à la 87e. Il faut l’accepter, alors que nous, dans le vestiaire, on a commencé à s’engueuler. Mon travail a été dédramatiser parce que, jusqu’à la 87e, la performance était bonne. Ce n’était pas rendre service de s’en prendre à untel ou untel ou à un joueur fautif que l’on risquait de « perdre » mentalement pour les matchs d’après, tout ça parce qu’on avait pris un but. On avait même discuté de tout ça avec les joueurs sur le parking, tard le soir, au retour du match, le dimanche. En fait, il n’y a pas eu d’intervention spécifique. C’est juste un travail au quotidien sur l’environnement de l’équipe et le climat que l’on peut y mettre autour, quand on prépare et joue un championnat.

« Je n’ai jamais eu de plan de carrière »

Passer un jour le BEPF, c’est quelque chose qui vous intéresse ?
Je n’ai pas été pro, même si j’estime être un professionnel du foot, et je n’ai pas non plus entraîné plus de 5 ans au niveau national, donc pour l’heure je ne peux pas le passer mais c’est quelque chose qui m’intéresse, qui m’attire. On verra si la vie professionnelle et privée me le permettent. Je n’ai jamais cherché à me vendre et je n’ai jamais eu de plan de carrière.

Avec l’ES Guéret. Photo Philippe Le Brech

Du coup, vous continuez votre formation en quelque sorte : comment faites-vous pour toujours vous améliorer ?
J’estime que je suis en formation continue. Et puis je curieux, je m’intéresse à ce qui se passe dans les autres sports, la façon dont les athlètes sont préparés, la manière dont les coachs interagissent avec eux. Cela me permet d’enrichir mes compétences. Mon ex-compagne jouait au basket, du coup je me suis intéressé à ce sport. J’aime aussi le fonctionnement de Claude Onesta au hand.

En fait, j’aime pas mal de sports, le volley, le basket aussi, je suis souvent allé voir des matchs à Limoges, mais avec nos compétitions et nos entraînements, ce n’est pas évident d’y aller. J’aime le rugby aussi tant pour l’aspect stratégique que psychologique. Je pense que l’on a besoin de toutes les cultures sportives pour s’enrichir et s’améliorer. J’ai eu la chance d’être formé en Ligue du Centre avec des personnes très compétentes. Quand j’ai passé mon Initiateur 1er et 2e degré, mon CTD (conseiller technique départemental) en Indre-et-Loire était Patrick Pion, qui est aujourd’hui DTN adjoint (directeur technique national). J’ai toujours été intéressé par l’approche psychologique du sportif : il y a des lectures pour ça et j’ai fait mon mémoire là-dessus, lors de la remise à niveau de mon DES. C’est quelque chose dont on parle peu alors qu’elle est à mon sens une part très importante de la performance du joueur, or on parle plus de l’approche athlétique, des GPS, des datas…

« Le système que je préfère ? Le 4-3-3 »

Photo Stade Poitevin FC.

Vous sentez-vous plus une âme de formateur ou d’entraîneur ?
Je suis les deux ! Mais je suis surtout compétiteur. Le match le week-end, c’est ce qui m’intéresse. J’ai entraîné les jeunes de toutes les catégories, de 10 ans jusqu’en seniors, certains sont arrivés à l’âge de 25 ans à accéder en National 3, on a participé à des championnats de France avec le sports-études que j’ai créé à Guéret, et qui a permis de constituer notre équipe de N3 : ça, c’est mon âme de formateur. A un moment donné, j’étais formateur la semaine et compétiteur le week-end parce que je jouais avec Guéret en championnat pour gagner des matches. Dès que j’ai obtenu mon DEF, j’ai voulu prendre des seniors, quel que soit le niveau, parce que je voulais être confronté à des hommes et les gérer. En fait, j’ai toujours voulu être entraîneur-compétiteur.

Avez-vous un style de jeu préférentiel ?
J’ai utilisé plusieurs systèmes depuis le début de ma carrière mais celui que je préfère, c’est le 4-3-3 avec une pointe basse, sauf que parfois on n’a pas les joueurs pour le faire, ou alors on en a d’autres et ça nous pousse à explorer autre chose. Le 4-3-3 est une porte d’entrée vers les 30 derniers mètres et la largeur, cela permet de mettre le ballon dans la zone de finition et d’avoir des joueurs qui arrivent de derrière. C’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup.

« Il fallait valider le travail effectué à Guéret »

Photo Stade Poitevin FC

Est-ce que le fait de ne pas avoir été un joueur pro vous oblige à en faire encore plus, à prouver encore plus ?
La montée avec Poitiers en N2 l’an passé m’a facilité les choses. Pour avoir du crédit, c’était important d’avoir des résultats sportifs tout de suite, même si, encore une fois, le président ne m’avait pas mis de pression. Mais après Guéret, il fallait que je valide tout le travail effectué là-bas dans une autre structure, dans un club différent, beaucoup plus pro, avec des joueurs au quotidien sous son aile, avec un staff conséquent.

C’est quoi, l’objectif du Stade Poitevin, à long terme ?
C’est de faire monter Poitiers un jour au niveau professionnel. Je travaille au quotidien pour ça. On est en train de structurer les choses pour retrouver le monde pro (le Stade Poitevin a évolué en D2 une saison en 1995/1996 et aussi quatre saisons entre 1970 et 1974, Ndlr). L’an passé, pour le retour en N2, il fallait se maintenir sportivement. Cette année, intégrer la première partie de tableau peut être la seconde étape après le maintien (à la trêve, malgré un revers le week-end dernier à La Roche-sur-Yon 4-0, l’équipe de N2 est classée 7e sur 16 après 13 journées de championnat).

Avec 10 buts marqués en 13 matchs, l’attaque de Poitiers peine : seul Granville fait moins bien (9 buts). Comment l’expliquez-vous ?
Tout d’abord, fin septembre et début octobre, on a subi deux défaites marquantes qui ont fait mal, à Avranches 4-0 et contre Bordeaux chez nous (0-3). Prendre 4-0, ça arrive, Avranches a été très bon ce jour-là, et nous plus que moyens. Donc encaisser 7 buts en 2 matchs, c’est difficile à digérer à la fois pour les joueurs et pour moi. J’ai voulu enrayer cette dynamique négative en me focalisant sur l’animation défensive et en instaurant un bloc plus compact, ce qu’on a réussi à faire, car après ces deux défaites, on n’a encaissé que 2 buts (à Saint-Malo), lors des 5 matchs qui ont suivi (entretien réalisé avant la dernière défaite 4-0 à La Roche-sur-Yon le 12 décembre). Ensuite, devant, on a eu des pépins : après la blessure de Makan Makalou, qui a eu une rupture du tendon rotulien l’an passé puis, à son retour, une rupture du tendon d’Achille, on fondait beaucoup d’espoirs sur l’arrivée d’Olivier Boissy en provenance de Bourges, mais il a un problème de santé qui va l’éloigner des terrains pendant un moment. Ansley Panelle répondait aussi à nos attentes mais il vient de se faire une déchirure en coupe après avoir eu des problèmes articulaires. Donc voilà… Tout ça fait que cela a été difficile de marquer des buts.

« Ce qui m’intéresse, c’est l’homme avant le joueur »

Photo Stade Poitevin FC

Quel type d’entraîneur êtes-vous ?
Je pense être proche des joueurs. J’aime beaucoup aller dans le vestiaire avant l’entraînement, après, pour échanger, pas que sur le foot, parce que j’aime bien connaître leur personnalité. Le parcours de joueur, c’est une chose, mais c’est réducteur : ce qui m’intéresse, c’est de connaître l’homme, son histoire de vie.

C’est comment, Poitiers, comme ville ?
C’est une ville agréable à vivre, assez « foot ». Le stade est au milieu d’un quartier. On est une porte de sortie vers le milieu rural, et on en a une autre vers Paris. C’est dynamique. Poitiers coche plein de points positifs. C’est une ville universitaire aussi. Je connais bien Tours, où j’ai passé ma jeunesse : on peut faire un parallèle : Poitiers ressemble au Tours d’il y a 25 ans, avant que cela ne se développe, et prend la même direction.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions spéciales)
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Arrivé sur le banc provençal au printemps dernier, le Lusitanien vit sa première expérience d’entraîneur principal après avoir occupé des postes d’analyste vidéo à ses débuts, à Braga et au Sporting Portugal, puis d’adjoint. Sa connaissance du football français, qu’il arpente depuis 10 ans (Red Star, Bastia, Troyes, Caen, Niort), son professionnalisme, sa rigueur et son exigence sont des atouts qui doivent permettre, à son club et à lui, de franchir un palier.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions)

Article réalisé avant le match nul entre Aubagne et le FC Rouen (1-1)

Photo Philippe Le Brech

C’est l’un des nouveaux « jeunes » visages de ce championnat souvent fréquenté, d’une saison à l’autre, par les mêmes techniciens expérimentés, au point que certains ont été étiquetés « entraîneur de National ».
Mais depuis quelque temps, une nouvelle génération a éclos, pour qui le National est devenu un laboratoire, un tremplin pour aller plus haut, en Ligue 2 ou en Ligue 1.

En faisant appel à Gabriel Santos en mars dernier pour remplacer Maxence Flachez, Aubagne FC, devenu depuis le SC Aubagne Air Bel, a pris un risque. Mais pas un gros risque. Le natif d’Albufeira, tout au sud du Portugal – « C’est une magnifique station balnéaire, touristique, blindée de monde, qui passe de 20 000 habitants l’hiver à 600 000 en été ! » -, côtoie des staffs techniques depuis près 15 ans et entraîne depuis 10 ans, du moins, co-entraîne, puisqu’il a déjà suivi Rui Almeida un peu partout sur le banc dans le rôle d’adjoint. Au Red Star (2015-2017, L2), à Bastia (2017, L1), à Troyes (2018-19, L2), à Caen (2019, L2) et à Niort (2022-23, L2). Une décennie de football dans l’Hexagone, entrecoupée d’une période à Gil Vicente (Barcelos), en Division 1 portugaise, d’août à décembre 2020, à 25km de Braga. C’est dire si le Lusitanien, fan de Luis Figo, connaît le football français, même s’il n’avait jamais été numéro 1 avant le printemps dernier. Et même s’il n’avait jamais « fréquenté » le National.

Des pépites à polir

Photo Philippe Le Brech

Neuf mois après son arrivée dans la commune de Marcel Pagnol, voisine d’une vingtaine de kilomètres de Marseille, le pari est en passe d’être une belle réussite. Parce que, pour un club de ce standing, sans référence en National, aux moyens financiers très limités – le SC Aubagne Air Bel annonce un budget de 1,5 million d’euros, le plus petit derrière le Stade Briochin (1,8) alors que la moyenne du championnat est de 5 millions -, terminer la saison 2024/2025, la première de son histoire à cet échelon, à la 6e place, à 2 points du 4e, et pointer début décembre du nouvel exercice à la 5e, relève de l’exploit ! Surtout quand on se souvient que, lors de la journée inaugurale à Caen, les Provençaux avaient encaissé un 3-0, dans la foulée d’une préparation estivale durant laquelle ils n’avaient pas non plus gagné un seul match.

Le National a aussi ceci de passionnant qu’il révèle non seulement des techniciens, on l’a vu ces dernières saisons (Poirier, Videira, Le Mignan, Beye, Usai, Ridira, etc.), mais aussi des joueurs. Et là, avec Aubagne, on est en servi. L’an passé, c’était Benhattab (Nantes) ou Nsimba (D1 Roumanie). Cette saison, c’est Hamek, Chaban, Chibani, Bentoumi, Mayilla et d’autres qui crèvent l’écran sur la chaîne Youtube du championnat, le vendredi soir, ou au stade de Lattre de Tassigny d’Aubagne, pour ceux qui ont la chance d’y aller. Et pour façonner et polir ces pépites, Gabriel Santos est là.

Une étape avant d’aller plus haut ?

Photo SC Aubagne Air Bel

Alors, pari gagnant pour le club provençal ? Il est un poil tôt pour l’affirmer même si le sentiment de bonne pioche se confirme au gré des semaines, des prestations et des résultats. Pourtant, qui dit que, dans l’histoire, ce n’est pas Gabriel Santos lui-même qui n’a pas fait le plus gros pari ? Un pari loin de sa famille, encore une fois. Un pari en solitaire, lui qui est papa d’un petit Artur (3 ans) qu’il a laissé à Lisbonne avec sa maman. Une famille qu’il voit, en moyenne, une fois tous les quinze jours. Pas simple. Mais c’est le choix d’une vie. Le choix d’une carrière dont Aubagne, même s’il ne le dit pas, doit être une étape pour aller plus haut. Et ça, cela passe par des résultats, il le sait, par un style de jeu, par de l’intensité pendant les matchs et à l’entraînement, le credo dont il ne démord jamais, et beaucoup de travail, une valeur forte chez lui.

Lundi dernier, dans une semaine un peu plus calme, sans coupe de France, mais avec un match amical remporté à Cannes, l’entraîneur provençal a pris sur son temps pour parler un peu de lui, de son parcours, de son club, de ses joueurs, de son style, de sa vie. Il arborait souvent un large sourire, parfois naturel – son équipe venait de s’imposer 4 à 2 à Orléans, et il a laissé un jour de repos supplémentaire à son équipe ! – parfois crispé, notamment quand il s’est agi de parler de l’éloignement de sa famille, laissant poindre chez lui sensibilité et pudeur.

Face au FC Rouen, ce vendredi, au stade de Lattre de Tassigny, le SC Aubagne Air Bel va tenter de confirmer sa bonne première partie de saison, même si c’est plus compliqué à domicile (Aubagne reste sur 4 nuls et 1 défaite chez lui), et même si ce sera face au leader : « Pour moi, le FC Rouen est la meilleure équipe du championnat sur ce que j’ai vu » prévient Gabriel Santos, avant d’ajouter : « mais la différence entre Rouen et le Stade Briochin est infime. »

Interview : « Je veux de l’intensité et de la technique »

« J’étais un joueur moyen »

Photo Philippe Le Brech

« J’ai fait toute ma formation comme joueur jusqu’à mes 21 ou 22 ans. Je jouais latéral gauche. Mais la vérité, c’est je ne pensais pas devenir joueur professionnel, parce que je savais que c’était insuffisant pour y arriver. J’étais un joueur moyen. J’ai joué jusqu’en D3. Très tôt, j’ai pris un chemin universitaire, parce que je savais qu’il fallait que je passe par là pour devenir entraîneur de football, pour passer mes diplômes. J’ai fait 4 ans d’université à Lisbonne et j’ai fini avec l’équivalent en France d’un Master (il est diplômé d’un Master en sciences sportives). En fait, j’ai pris conscience très tôt que, joueur, ce serait difficile d’aller au plus haut niveau, c’est pour ça que, rapidement, j’ai pris un autre chemin, mais toujours dans le foot, ma passion. Aujourd’hui, je vois beaucoup de joueurs qui n’ont pas pris conscience de ça, qui ont 27 ou 28 ans, qui ne sont donc plus si jeunes que ça, mais qui nourrissent toujours le rêve de devenir pro. Or ils n’y arrivent pas, et ils n’ont pas de diplôme… C’est une erreur selon moi. C’est ma façon de voir les choses. J’essaie de les alerter là-dessus. »

« J’ai su très tôt que je voulais être entraîneur »

Photo Kevin Mesa

« J’ai su à 21 ans que je voulais être entraîneur. Quand je suis entré à l’université, la première chose que j’ai fait, c’est chercher une équipe à entraîner, une équipe de jeunes bien sûr. J’ai commencé comme ça. J’ai entraîné les jeunes, près de Lisbonne, la « Estrela Amadora », à Amadora, c’était l’équipe C, et en même temps que je faisais mes études, j’ai passé les diplômes de la Fédération portugaise, c’est obligatoire pour devenir coach, parce que le diplôme universitaire n’est pas suffisant. A la fin de mon université, j’avais déjà deux des quatre diplômes requis : le C et le B, sachant qu’il y a aussi le A et le Pro. En fait, en France, c’est un peu la même chose, c’est juste le nom du diplôme qui change, UEFA Pro, UEFA A, UEFA B, UEFA C, c’est comme ça en Europe. Aujourd’hui, je suis titulaire du diplôme UEFA Pro, qui me permet d’entraîneur au plus haut niveau. »

Ses débuts dans le foot pro

Photo Philippe Le Brech

« Après l’université, à 27 ans, j’ai eu l’opportunité d’intégrer un staff pro à Braga en 2011 avec Leonado Jardim, qui effectuait ses débuts d’entraîneur en première division au Portugal. J’étais analyste vidéo. C’était intéressant, cela m’a beaucoup apporté. Je regardais beaucoup de matchs, j’ai appris beaucoup de choses, j’ai analysé beaucoup de situations de jeu. En fait, on apprend beaucoup en visionnant les matchs, comme la compréhension du jeu. Cela a été le moyen pour moi d’intégrer le monde professionnel. J’ai passé 3 saisons à Braga comme ça, j’ai côtoyé trois coachs portugais, assez connus, Jardim donc, puis José Peseiro (2012/13) et Jesualdo Ferreira (2013/14), un ancien coach du FC Porto qui avait été champion du Portugal trois fois (en 2007, 2008 et 2009). Avec Braga, c’était vraiment intéressant, on a fait la Ligue des Champions, on a gagné la coupe de la Ligue (en 2013), cela faisait 20 ans que le club n’avait rien gagné ! »

Du poste d’analyste vidéo à celui d’adjoint

« Après Braga, j’ai continué mon chemin au Sporting Portugal (en 2014/15, à Lisbonne), dans le même rôle, avec Marco Silva, le coach actuel de Fulham. Mais au fond de moi, je savais que je ne voulais pas continuer trop longtemps à faire analyste vidéo. Mon but, c’était vraiment d’être entraîneur. Mais ces deux expériences à Braga et au Sporting m’ont ouvert les porte du foot pro. Un peu comme Will Still, l’entraîneur qui était à Reims et à Lens et qui est maintenant en Angleterre (à Southampton). Je ne me compare pas à lui mais j’ai commencé un peu de la même façon que lui. J’ai lu des articles et il disait la même chose que moi : être analyste vidéo (Still a été analyste vidéo à Saint-Tronc et au Standard de Liège) lui a permis d’avoir beaucoup de connaissances sur le jeu. »

Son arrivée en France, en 2015

« Même si, en tant qu’analyste vidéo, j’étais sur le terrain et je participais aux exercices, au fond de moi, ce n’est plus ça que je voulais. En 2015, j’ai eu l’opportunité de devenir adjoint de Rui Almeida au Red Star, en Ligue 2. J’ai connu Rui à Braga, il était l’adjoint de Jesualdo Ferreira, et il voulait commencer lui aussi sa carrière de coach principal. On s’était toujours bien entendu et il m’a demandé si le poste m’intéressait. J’ai dit oui, et voilà ! Je me souviens que l’on a joué à Beauvais la première saison nos matchs à domicile et au stade Jean-Bouin à Paris la deuxième année ! »

« J’ai mis deux mois pour parler le Français »

Photo SC Aubagne Air Bel

« Quand je suis arrivé au Red Star, je ne parlais pas du tout le Français ! Zéro ! Aujourd’hui, je pense que je me débrouille bien (Ndlr : disons-le, il parle très bien !). Mais à l’époque, il m’a fallu deux mois pour commencer à parler… Et pendant ces deux premiers mois au Red Star, cela a vraiment été dur car je n’arrivais pas à communiquer avec les joueurs comme je le voulais, et en plus, ils ne parlaient pas anglais. Mais le fait de ne pas parler le Français, cela m’a permis d’être encore plus exigeant avec moi-même : tous les jours, j’arrivais chez moi le soir et je regardais des vidéos, je lisais des livres que j’avais achetés, tout ça pour progresser encore plus dans la langue et surtout encore plus vite ! Et quand est arrivé le début du championnat, en août, je commençais déjà à parler et au bout de la 4e ou 5e journée, je parlais vraiment bien ! J’ai fait de gros efforts pour y arriver. »

L’adaptation en France

Photo SC Aubagne Air Bel

« La seule chose qui a été difficile, hormis la langue bien sûr, ce sont les différences de culture de vie par rapport à mon pays… Mais je dois dire que, en vérité, je suis quelqu’un de super-adaptable ! Franchement, j’ai les capacités de m’adapter partout. Je pense que c’est un point fort chez moi. Je suis arrivé en France, je ne parlais pas la langue, OK, mais finalement, je n’ai pas eu trop de difficultés, dans aucun domaine. Le climat est différent, c’est sûr : à Paris, il faisait froid-froid-froid comme jamais je n’avais eu froid ! Même là, lors du dernier déplacement que l’on a fait avec Aubagne, à Orléans, il faisait moins 5 degrés, un froid intense ! Ici, je suis à côté de Marseille, j’habite à La Ciotat, cela n’a rien à voir, ça va. Après, au niveau du foot, c’est pareil, il faut s’adapter. Prend par exemple le contexte à Aubagne : cela n’a rien à voir avec ce que j’ai connu jusque là dans les clubs pros, quand on voyageait en avion privé, ce n’était même pas les avions de ligne ! On était vraiment dans les meilleures conditions possibles. Et là, avec Aubagne, on est dans un club amateur qui se professionnalise, qui vise la Ligue 3, mais on prend le bus, on découvre le monde pro, du coup, forcément, je ne peux pas avoir la même exigence avec mes joueurs. »

Son arrivée à Aubagne en mars 2025

Photo Kevin Mesa

« Je n’ai pas eu peur en signant à Aubagne. Franchement ? Non ! J’avais conscience que ça serait difficile, mais je le savais et j’étais prêt. Je n’ai peur de rien, franchement, peut-être que c’est de l’inconscience, mais je suis comme ça. Juste avant de signer à Aubagne, en mars dernier, j’étais adjoint en Ligue 2 au Portugal, à l’Académico de Viseu, un club satellite de Hoffenheim en Allemagne, vraiment très bien structuré. Je venais juste de finir de passer mon dernier diplôme UEFA pro, et à partir de là, je savais que je pouvais commencer comme entraîneur principal. Comme l’agent avec lequel je travaille est Français (Laurent Lasgleyses), forcément, la France est devenue une possibilité plus grande, même s’il y a eu des contacts avec d’autres pays. La France, je connaissais déjà pour y avoir entraîné avec Rui (Almeida). Mon agent m’a proposé à Aubagne qui cherchait alors un entraîneur. Je suis allé les rencontrer et j’ai accepté. Je pensais sincèrement que j’allais terminer la saison à l’Académico de Viseu mais là, c’était une belle opportunité, en National. Et puis je voulais démarrer et voir ensuite. La France, c’est une super porte d’entrée pour moi. La Ligue 1, on le sait, est l’un des cinq meilleurs championnats du monde; ça peut me permettre d’avoir des opportunités après. »

La famille

Photo SC Aubagne Air Bel

« Ma famille est restée à Lisbonne. C’est mon point de chute. J’y rentre une fois par mois, et ma famille vient ici une fois par mois, donc ça fait que l’on se voit tous les quinze jours. Mon fils, Artur, a 3 ans. Et ma femme est professeure à l’Université, elle adore son travail. Être ici, loin d’eux, c’est beaucoup de sacrifices. Bien sûr que ça me coûte d’être loin, d’être seul, mais c’est comme ça. Cela fait quelques années déjà que c’est comme ça, depuis 2011 et que j’ai démarré dans le foot professionnel… J’ai souvent été loin de ma famille et de mes amis, mais aujourd’hui ce serait un gros risque de faire sortir mon épouse de sa zone de confort, pour ne vivre que du football, parce que c’est un milieu tellement instable : avec mon ancien coach, Rui Almeida, on n’a fait que trois mois après notre arrivée à Caen, où on s’est fait virer. On avait 2 ans de contrat et on nous vire au bout de 7 matchs ! Cela a été difficile. Je suis solitaire dans le sens où je suis loin de mes amis et de ma famille, mais je passe tellement de temps à travailler… Quand je rentre le soir, je pars courir, puis je prépare le dîner, je me remets au travail, je n’ai pas le temps de faire grand chose d’autre. J’ai peu de temps libre. Le week-end, quand je ne suis pas avec ma famille, je bosse encore. Ici, je n’ai pas eu le temps de me faire des amis, sauf dans le club bien sûr. Travailler beaucoup, en fait, ça me permet de ne pas trop penser au reste. »

Son style de jeu

Photo SC Aubagne Air Bel

« J’ai ma propre philosophie de jeu. Après, pour le système, c’est en fonction des joueurs que j’ai à ma disposition. Là, à Aubagne, c’est 3-4-3 ou 4-3-3. Mais je sais quel type de joueurs je veux, et c’est ce que je suis en train de mettre en place à Aubagne. Je veux des joueurs qui mettent beaucoup d’intensité et qui sont techniques aussi. Parce que la technique sans l’intensité, ça ne sert à rien. Être bon avec le ballon, c’est insuffisant : regarde Dembelé, il est très bon avec le ballon et sans le ballon, il va presser comme un fou ! Avec moi, la première chose obligatoire, c’est l’intensité. Défensivement, il faut être conscient aussi que c’est le travail de 11 joueurs. Et je veux que l’on soit très réactif à la perte du ballon : ça vient par l’intensité, je le répète. Plus on est réactif, plus on aura le ballon. Voilà, ma philosophie générale, c’est ça : on perd le ballon dans le camp adverse, et on le regagne encore, on refait deux ou trois passes constructives, ça fait mal à l’adversaire, on continue de jouer. »

La philosophie d’Aubagne

Photo SC Aubagne Air Bel

« Comme le club n’a pas beaucoup de moyens, il a choisi une certaine direction : relancer certains joueurs qui n’avaient pas de club l’an passé ou qui sortaient d’une saison difficile, en sachant que ces joueurs-là avaient des qualités, je pense à Karim Chaban (25 ans) : cela faisait 5 ou 6 saisons qu’ils ne jouaient pas beaucoup et là, il en est à 4 passes « dé » et 3 buts en 13 matchs, alors qu’ils jouaient 5 ou 6 matchs par saison avant, et c’est comma ça pour d’autres joueurs, regarde Mohamed Hamek (ex-Alès, Racing CFF, Sedan), 5 buts et 3 passes « dé », c’est déjà la meilleure saison de sa vie à 27 ans ! Mohamed Abdallah (27 ans), le latéral droit, était à Istres l’an passé, où il a fait un match ! « Christo » (Rocchia) n’avait pas de club après Villefranche et Alassane Diaby, qui a été pro à QRM et Nancy, a fait 2 matchs la saison passée en Lorraine. Il était au chômage, on l’a pris à l’UNFP ! Nohim Chibani (ex-Grasse) a très peu joué à QRM l’an passé en National aussi… Enzo (Mayilla, prêté par Saint-Etienne), il a 19 ans, il n’avait jamais joué en National, il court, il presse, il accélère ! C’est ça que je veux voir.

Photo Kevin Mesa

En fait, ils ont tous plus ou moins le même parcours. Notre directeur général, William Fekraoui, connaît bien les joueurs et travaillent beaucoup pour découvrir tous ces profils revanchards, dont personne ne veut. Pour nous, c’est une aubaine ! Les joueurs qui sont venus chez nous, s’ils avaient fait une bonne saison l’an passé, ils seraient allés ailleurs, à Valenciennes, Dijon ou Sochaux, dans des clubs qui paient beaucoup plus que nous. Il y a des joueurs à 14 000 euros en National quand même ! Nous, on ne peut pas se comparer à ce type de clubs. On fait des paris, même si ça donne plus de travail au début, c’est sûr. Mais ce que j’ai demandé dans le recrutement, c’est la qualité technique et l’intensité. Vraiment, ce sont les deux choses obligatoires pour moi. Si tu n’as pas ces deux choses là, non. En fait, le club s’adapte. On a le plus petit budget de National, on est conscient de ça… On a des clubs en face qui pour certains ont plus de 10 millions d’euros de budget, donc il faut trouver une autre manière d’être compétitifs. On a choisi de prendre des joueurs avec le profil dont j’ai parlé, parce qu’on nous a proposés beaucoup de joueurs à l’intersaison, certains étaient très chers. J’étais le premier à dire « Je ne veux pas de joueurs chers », parce que sinon, il va y avoir trop d’écarts, et on peut se tromper sur des joueurs comme ça, qui vont venir pour l’argent, et nous, on ne veut pas ça. On préfère lancer ou relancer des joueurs, qui ont faim, qui ont envie de courir comme des fous, parce qu’il savent que leur « vie » dépend de ça. »

Le début de saison d’Aubagne

Photo SC Aubagne Air Bel

« On a perdu notre premier match 3 à 0 à Caen mais je n’ai pas douté, jamais, jamais, jamais (il répète trois fois). On avait raté un penalty aussi. Je savais que ça serait difficile au début parce qu’on a pris beaucoup de retard, on a fait 7 ou 8 matchs amicaux, on a tout perdu, même si on a joué contre des grosses équipes, comme Montpellier ou Nice. Les joueurs sont arrivés petit à petit et je n’avais pas tout le monde à la première journée, et puis d’autres étaient encore hors de forme, c’est normal. On savait qu’il faudrait du temps. On a gagné à la 2e journée contre Villefranche (3-1) mais pour moi, on a vraiment commencé à être compétitifs à partir de la 3e journée, à Concarneau (1-1). »

En déficit de points à domicile

« C’est notre regret sur cette première partie de saison : à domicile, on doit prendre plus de points (Aubagne est 12e sur 17 à domicile avec 7 points sur 18, contre 13 points sur 21 à l’extérieur). On est en déficit. On doit être plus performant chez nous. Contre Valenciennes, on mène jusqu’à la fin et on se fait égaliser (1-1). Contre Dijon (0-0) et Versailles (1-1), qui étaient imbattables quand on les a joués, on fait match nul quand même, et contre Le Puy (1-4), on n’a aucune excuse, on concède deux penalties dont un d’entrée, on n’a pas été à la hauteur, et puis voilà. On ne se cache derrière aucune excuse. On pouvait passer 5es en battant Le Puy… Bon, finalement, en gagnant la semaine suivante à Orléans (4-2), où on a été capables de refaire ce que l’on produisait généralement dans les autres matchs, on est passé 5es ! »

Ses clubs préférés

« Je n’ai pas de clubs préférés (rires) ! Mon club préféré, c’est le club dans lequel je travaille (rires) ! Sinon, franchement, il y a beaucoup de clubs que j’aime : Lens pour son ambiance, l’OM… Je suis allé au Vélodrome, comme entraîneur avec Bastia, en Ligue 1, et au Paris-Saint-Germain aussi, là c’est du haut niveau. Je regarde Lyon, Lille, Nantes aussi, en plus c’est un club entraîné par un Portugais (Luís Castro) mais je ne le connais pas personnellement. »

Sa personnalité

Photo SC Aubagne Air Bel

« Avant un match, je suis un peu tendu, je vais sur la pelouse, je regarde l’échauffement, je rentre aux vestiaires un peu avant la fin de l’échauffement, je suis concentré, dans mon match. Je suis différent en match et à l’entraînement. Je suis un entraîneur passionné, j’ai besoin de parler, de motiver, de corriger, d’être derrière les joueurs. J’essaie moi aussi d’être actif, debout, proche, d’aider les joueurs. Humilité et travail, beaucoup de travail : je crois à ça. Contre Le Puy, on n’a pas été humble et pas assez travailleur et on a encaissé 4 buts. Pour moi, dans ce championnat, on ne peut pas se relâcher, parce qu’il n’y a pas énormément de différence entre le FC Rouen et Saint-Brieuc. Si on se trompe dans ces valeurs, on est sanctionné, ça va vite. Après, je parle souvent avec les joueurs, beaucoup ont un fort caractère. Mon éducation, c’est ma façon d’être, ma force aussi, je suis vraiment exigeant. Je ne rigole pas sur le terrain, les joueurs le savent. De temps en temps, je suis borderline, mais je suis juste et honnête. Après Orléans, j’étais le premier à faire la fête, mais après, c’est fini la fête, on se remet au travail ! »

« Chaque jour je réfléchis au chemin que je dois suivre »

« J’ai dit ça ? Oui, je me souviens de cette interview, dans La Provence. Mon objectif, c’est d’entraîner au plus haut niveau et le plus vite possible. Il ne faut pas que je perde de temps. Le risque que je prends sur le plan familial m’oblige à réussir, à aller au plus haut niveau. Les sacrifices que je fais au niveau de ma vie familiale m’oblige à réussir. Sinon, ce n’est pas la peine. Et la seule façon d’y arriver, c’est par le haut niveau. OK, d’un côté, je suis jeune, mais de l’autre non : il y a déjà des plus jeunes coachs que moi au plus haut niveau. Je me compare toujours à eux, comme à Luís Castro (45 ans), qui entraîne Nantes, ça me motive aussi, je connais son parcours, similaire au mien. Avec de l’humilité et du travail, ça doit payer. »

  • Son bilan depuis son arrivée à Aubagne en mars 2025

9 victoires, 7 nuls et 6 défaites (33 buts marqués / 29 buts encaissés)
– Saison 2024 / 2025 (9 matchs) : 4 victoires, 2 nuls et 3 défaites (14 buts marqués, 12 buts encaissés)
– Saison 2025 / 2026 (13 matchs, série en cours) : 5 victoires, 5 nuls et 3 défaites (19 buts marqués, 17 encaissés)

  • Son parcours d’entraîneur

– Depuis mars 2025 : entraîneur principal / SC Aubagne Air Bel (National)
– Janvier à mars 2025 : entraîneur adjoint / Academico de Viseu Futebol Clube
– Juillet 2024 – septembre 2024 : entraîneur adjoint / Portimonense Sporting Clube
– Juillet 2023 – Juillet 2024 : entraîneur adjoint / CF Estrela Amadora
– Septembre 2022 – juin 2023 : entraîneur adjoint / Chamois Niortais
– Août 2020 – décembre 2020 : entraîneur adjoint / Gil Vicente FC
– Juin 2019 – novembre 2019 : entraîneur adjoint / Stade Malherbe Caen.
– Juin 2018 – juin 2019 : entraîneur adjoint / ESTAC Troyes
– Février 2017 – juin 2017 : entraîneur adjoint / SC Bastia
– Juillet 2015 – décembre 2016 : entraîneur adjoint / Red Star
– Juin 2014 – juin 2015 : analyste vidéo / Sporting Clube de Portugal Lisbonne
– Juin 2011 – juin 2014 : analyste vidéo / SC Braga

Championnat National (J15) – vendredi 5 décembre 2025 : Aubagne Air Bel (5e, 20pts) – FC Rouen (1er, 28pts), à 19h30, au stade de Lattre de Tassigny.

Lien pour regarder le matchhttps://www.youtube.com/watch?v=ns5qAh6MUAc

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH, Kévin MESA et SCAAB
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Depuis son départ en retraite l’an passé, l’ex-entraîneur de Clermont Foot, qui a aussi marqué les Chamois Niortais de son empreinte, profite de sa famille et va souvent voir les matchs de Chauray, en N2.  Dans ce long entretien, il revient notamment sur son parcours, ses relations avec son fils Johan, qu’il a entraîné, et sur sa dernière saison en Auvergne, en Ligue 1, la plus difficile de ses 45 ans de carrière.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : 13HF et Clermont Foot

Capture d’écran Youtube

Making of. Ce samedi 13 septembre, le FC Chauray accueille le FC Montlouis en National 2. « Cholet-Montlouis ? Mais c’est quel niveau ça ? » Chauray ! Pas Cholet ! Et oui, c’est en National 2 mon bon monsieur ! Un match entre clubs promus. Il y a des curieux. Il y a des habitués. Il y a des journalistes. Et il y a Pascal Gastien. L’ancien entraîneur de Clermont Foot est, comme souvent, venu en voisin. Après que le natif de Rochefort, en Charente-Maritime, a pris sa retraite, en juin 2024, après 7 saisons en Auvergne (quatre en Ligue 2, trois en Ligue 1), il est « rentré » chez lui, dans les Deux-Sèvres, à Saint-Maxire, à 15 minutes en voiture de Niort et de Chauray.

Au stade municipal (et champêtre) de Chauray, Pascal Gastien, qui fêtera ses 62 ans mardi 2 décembre, est connu comme le loup blanc. Il est proche du club et notamment de l’entraîneur, Fabrice Fontaine : les deux hommes se sont connus aux Chamois Niortais. Dans un récent reportage consacré au FC Chauray, Fontaine louait les qualités de l’ancien joueur de l’OM, de Nice, de Châteauroux et de Niort bien entendu, avec qui il a vécu une sacrée épopée dans les années 80, passant de la Division 4 à la Division 1 !

Ce jour-là, à Chauray, il pleut ! Ce qui n’empêche pas Pascal Gastien d’être debout, le long de la main courante. Il serre beaucoup de pinces. Il discute avec tout le monde. Il est, comme à son habitude, simple et ultra-abordable. Le coup d’envoi est à 18 heures mais il a prévu de partir avant la fin pour être devant sa télé à 20 h sur BeIn : car Johann, son fils, joue avec Clermont contre Saint-Etienne ! Et il ne veut pas manquer ça. D’ailleurs, il ne manque aucun match de Clermont ! En milieu d’après-midi, Pascal Gastien est allé voir jouer son petit-fils qui évolue avec les U17 de l’Avenir 79, un club qui regroupe quatre communes (Villiers-en-Plaine, Saint-Maxire, Saint-Rémy et Sciecq). Un samedi au bord des pelouses, en somme !

Il est 20 h. Le match se termine à Chauray. C’est le dernier corner pour Montlouis, qui tente d’égaliser (2-1). Pascal Gastien est encore au stade, devant le petit portail d’entrée. Il passe sa tête au-dessus des spectateurs amassés devant la buvette pour voir la dernière action. Il va rater le début du match de Ligue 2, mais qu’importe, il a le coeur léger : Chauray a gagné !

Pascal Gastien : « J’ai une âme de formateur »

Visuel ClermontFoot

Votre meilleur souvenir de joueur ?
C’est la montée en Division 1 avec Niort (en 1987). Un moment assez incroyable, avec plein de monde dans les rues, à la mairie. Il y a aussi le titre de champion avec l’OM et la coupe de France (1988).

C’est vrai que Niort, c’est marquant : c’est un peu votre club formateur…
Plus ou moins. C’est quand même à Angoulême que j’ai été formé et où j’ai effectué mes premiers matchs en pro, en Division 2 à l’époque, avec l’attaquant Hervé Florès notamment. J’avais 17 ans et demi, donc ça date un petit peu ! Ensuite, les Chamois Niortais m’ont accueilli très jeune, à 18 ans, quand j’ai eu une très grave blessure à Angoulême. C’est pour ça que Niort, c’est une émotion particulière pour moi.

« À 18 ans, je pensais que le haut niveau, c’était fini ! »

Pire souvenir de joueur ?
La fracture de la jambe que j’ai eue avec Niort contre Marseille, à Marseille, l’année de la D1. Derrière, ça a été compliqué à tous les niveaux. La douleur… Mon pied était derrière ma jambe, c’était vraiment tout arraché. J’ai toujours gardé une raideur à la cheville, ce qui a fait changé ma statique. C’est ce qui explique qu’après, j’ai souvent été blessé, alors qu’avant ça, jamais, hormis mon souci à Angoulême. En fait, j’ai non seulement perdu une jambe ce jour-là mais j’ai aussi perdu un futur en quelque sorte… J’ai pu rebondir mais tout de suite senti que j’avais perdu pas mal de choses.

Vous parliez d’une autre blessure à Angoulême ?
Je me suis retrouvé paralysé, mais vraiment paralysé, à ne plus pouvoir bouger dans un lit, pendant 6 mois. Je me suis réveillé un matin comme ça. J’avais un staphylocoque. Quand vous avez 18 ans, vous vous posez mille questions. Mes parents aussi. C’était un moment très compliqué. Je ne savais pas si j’allais pouvoir rejouer au football. C’est pour ça que je suis parti à Niort, en Division 4, parce que je pensais que le foot de haut niveau, c’était fini. A Niort, on m’a trouvé un boulot. Et puis j’ai eu cette chance d’être dans le bon club au bon moment, on est monté en D3, en D2 et en D1 !

Gilles Gaudin, Guy Latapie, des personnages marquants

Lors de ses adieux à Clermont, à la fin de la saison 2023/2024. Photo Clermont Foot 63

Avant d’aller à Angoulême, où avez-vous joué ?
J’ai commencé à Port-des-Barques, à côté de Rochefort. Le club existe toujours. D’ailleurs, j’y suis allé récemment. J’ai eu la chance d’avoir des éducateurs assez extraordinaires, et c’est pour ça que je suis devenu coach. A Port-des-Barques, il y avait monsieur Gilles Gaudin. Il a réussi à faire entrer à l’INF Vichy trois joueurs la même année ! C’est quelque chose quand même. A l’époque, l’INF, c’était le top au niveau français. C’est dire… Ensuite, j’ai rencontré monsieur Guy Latapie à Angoulême en sports-études au lycée Marguerite de Valois. Monsieur Latapie m’a enseigné les principes de jeu, les mêmes que j’ai aimé faire pratiquer à mes joueurs après. Il a marqué tous les joueurs qu’il a pu rencontrer (1). Malheureusement, il est décédé (en février 2021) et j’ai été très affecté. On était resté en contact, bien sûr. Depuis, on fait un match chaque année en sa mémoire et là, on va fêter les 50 ans de la section sports-études à Angoulême en mai prochain.
1. Guy Latapie était un découvreur de talents. Il dirigea la section sport-études de 1977 à 2001 avec un titre de champion de France en 1983. Il a vu passer de futurs pros comme Fabrice Poulain (Monaco), Eric Guérit (Nice, Bordeaux), Gaëtan Charbonnier (Auxerre), Eric Deletang (Lorient, Monaco), Nicolas Bastère (Toulouse, Cannes) et Pascal Gastien.

Avez-vous conservé des liens avec le club d’Angoulême ?
Non. Mais j’y suis retourné l’an dernier, en coupe de France, quand ils ont accueilli Clermont, où joue mon fils, Johan. J’ai donné le coup d’envoi avec Corinne Diacre. Dans le temps, la D2 jouait à côté, à Chanzy, qui est devenu le stade de rugby, et nous, les jeunes, on jouait au stade Lebon.

Premier match en pro en D2 à 17 ans et demi

Votre premier match en pro ?
C’était à Angoulême, en Division 2, mais je ne me souviens pas contre qui. Attendez, je crois que c’était Angoulême-Dunkerque (octobre 1981). Non, ça c’était ma première titularisation. Mon premier match, c’était Angoulême/Stade Français, en juillet 1981, j’étais entré à la fin. C’était il y a un siècle !

Vos qualités et vos défauts sur un terrain, c’était quoi ?
J’étais quelqu’un de très endurant, et techniquement, c’était tout à fait correct. J’avais aussi la vision du jeu. Je courais beaucoup. Sinon, je manquais de vitesse et de puissance.

À Niort, avec Patrick Parizon, Abedi Pelé…

Avec Clermont Foot. Photo Clermont Foot 63

La saison où vous étiez dans la plénitude de vos moyens ?
Certainement avant ma fracture de la jambe, quand on est monté de Division 2 en Division 1 avec Niort. On avait tous fait une énorme saison, comme on n’en vit qu’une seule fois. On rentrait sur le terrain en étant quasiment sûr de ne jamais perdre. Au niveau du jeu, c’était extraordinaire. Collectivement, c’était très bon, et c’est ce que j’ai toujours essayé de reproduire, de copier, d’améliorer, après. C’est Patrick Parizon, qui habite toujours près de Niort, qui a mis ce jeu en place. Avec lui, on a eu un ressenti extraordinaire, une sérénité, avant, pendant et après les matchs. On savait ce qu’on avait à faire et ce que l’on allait faire. Et puis on avait aussi Abedi Pelé avec nous, ce qui nous a bien aidés aussi ! J’ai rencontré ensuite dans mes stages de formation d’entraîneur des personnes comme monsieur Filho (Ndlr : Joaquim Francesco Filho, ancien formateur à l’INF Vichy et à l’INF Clairefontaine), qui s’occupait de la préformation à Clairefontaine, et il me disait qu’ils étudiaient le jeu que l’on pratiquait à Niort !

Un joueur perdu de vue que vous aimeriez bien revoir ?
J’aimerais bien revoir Philippe Gladines, avec qui on s’entendait bien. On ne s’est quasiment plus jamais revu depuis Niort. Je ne sais pas ce qu’il est devenu.

Un coéquipier marquant ?
C’est quand même Abedi Pelé. Il arrivait d’Afrique. On l’a accueilli. Je me souviens d’un épisode : on est allé en stage à Font-Romeu et il n’avait jamais vu la neige. Il avait les yeux écarquillés. Et puis il faut le dire, c’était un très-très bon coéquipier.

Un club où vous avez failli signer ?
Il y a eu Auxerre et Metz, et je crois PSG : lorsque l’on est monté en Division 1 avec Niort, le club parisien a fait une offre pour Abedi (Pelé) et moi. Mon club n’a pas accepté.

« À Nice, on ne parlait pas de football »

Arrivée au stade à Clermont, pour son dernier match. Capture d’écran Clermont Foot 63

Une erreur de casting dans votre carrière, un choix que vous regrettez ?
Je n’ai pas de regret. Après Niort, je suis allé à l’OM quand même ! Puis à Nice, où cela a été beaucoup plus difficile, notamment financièrement, avec le départ du maire de l’époque, Jacques Médecin, qui aidait beaucoup le club. On est descendu administrativement en Division 2 avec Nice et cela a été un moment compliqué pour moi mais surtout pour le club. En plus, il y avait tout un tas de gens qui tournaient autour du club, qui voulaient le racheter… Un an avant d’arriver à Nice, je suis champion de France, je gagne la coupe de France, et là, je me retrouve dans un club où l’on ne parlait plus du tout de football…

Du coup, votre passage à Nice, qui dure 4 ans tout de même, reste mitigé ?
Oui. Même si on a crée des liens, comme avec Jean-Philippe Mattio, que j’ai souvent recroisé quand il recrutait pour l’OGC Nice, avec Jules Bocandé, malheureusement décédé, Jean-Philippe Rohr… Il y avait des « caractères » dans cette équipe. Et il y a quand même eu ce match historique avec Nice, en barrage D1/D2 contre Strasbourg, pour ne pas descendre… C’est un moment marquant, c’est sûr. On avait Carlos Bianchi comme entraîneur, avec qui j’ai toujours gardé le contact. D’ailleurs, pour mon BEPF, je suis allé en Argentine à Boca Juniors dans le cadre de mon stage, et Carlos m’a accueilli comme son fils : un souvenir magnifique. Mais son année d’entraîneur à Nice avait été extrêmement difficile pour lui : je pense que je n’avais jamais vu un entraîneur aussi fatigué, parce qu’on avait un groupe de joueurs extrêmement fatigants… Mais ce dernier match contre Strasbourg au stade du Ray était fabuleux, avec notamment un Milos Djelmas qui n’avait quasiment pas joué de la saison parce qu’il était souvent blessé : le coach lui avait demandé de jouer pour le club, et même si c’est Roby (Langers) qui a marqué les buts, pour moi, c’est Milos lui qui a fait la différence le temps qu’il a pu jouer, c’est à dire une heure, car je pense qu’il ne pouvait pas faire plus. Mais quel joueur extraordinaire ! On avait quand même de très-très bons joueurs, comme Marco Elsner, avec qui j’étais très ami : j’ai côtoyé son fils sur le banc (Elsner a entraîné Amiens en Ligue 2), ce fut un moment particulier là aussi. Voir le fils de Marco, 30 ans après, dans des conditions comme ça, c’est particulier.

Dans le journal L’Equipe l’an dernier, vous aviez dit que vous souhaitiez retourner en Argentine : du coup, vous y êtes allé ?
Toujours pas. Mais j’ai le projet d’y aller, de découvrir ce pays d’une manière générale.

Un président marquant quand vous étiez joueur ?
Bernard Tapie.

Un entraîneur perdu de vue que vous aimeriez revoir ?
Ça s’est toujours bien passé avec mes entraîneurs, je les ai revus, Victor Zvunka, Patrick Parizon… En fait, je suis surtout peiné par le décès de Guy Latapie. C’était une personne importante pour moi.

Vos souvenirs de coach maintenant : on commence par le meilleur…
Il y en a deux ou trois. La montée avec Niort de National en Ligue 2, à la dernière journée, au Gazelec Ajaccio, sachant qu’eux étaient certains de monter (en 2012). On a gagné 1 à 0 avec un but de Jimmy Roye sur penalty. C’est un grand moment, important sur le club, qui retrouvait le statut pro après être descendu jusqu’en CFA quelques années plus tôt (en 2009). Et bien sûr la montée de Clermont de Ligue 2 en Ligue 1 (en 2021), un moment particulier, parce qu’on l’a vécu ensemble en regardant un match qui nous permettait, en cas de résultat favorable pour nous, de monter sans jouer, mais je ne me souviens plus du match… C’était Toulouse – Pau je crois. Toute l’équipe, tout le staff, étaient là. C’était fantastique. Un moment rare dans une vie de coach.

« J’avais hésité à prendre la suite de Corinne (Diacre) »

A Chauray, en National 2, lors d’un match de championnat contre le FC Montlouis. Photo 13HF

Votre pire souvenir d’entraîneur ?
La descente avec Niort de Ligue 2 en National, quand le président Jacques Prevost m’a demandé de finir la saison et d’essayer de se maintenir, j’étais entraîneur au centre de formation à l’époque. Mais cela n’avait pas marché (Ndlr : en janvier 2005, alors que les Chamois Niortais sont lanternes rouges, il avait remplacé Vincent Dufour pour les 17 derniers matchs de la saison avec un bilan de 4 victoires, 6 nuls et 7 défaites). Cela avait été dur parce que Niort est un club particulier pour moi, avec des gens à l’intérieur particuliers aussi pour moi, avec qui je vivais au quotidien. Descendre en National représentait beaucoup de problèmes pour le club. Ensuite, j’ai repris l’équipe quand le club est descendu en CFA (en 2009). Et là, on a fait un parcours extraordinaire, avec deux montées et une 5e place je crois en L2.

La saison où vous avez pris le plus de plaisir sur le banc ?
L’année de la montée avec Clermont en Ligue 1. Footballistiquement, ça m’a incontestablement rappelé la saison quand j’étais joueur avec Niort, quand on est monté en D1. Tout était clair, tout était limpide. On avait une certaine plénitude dans notre jeu. C’était la saison du Covid, et malheureusement, nos supporters n’ont quasiment pas vu ça, mais au niveau du jeu, on a fait quelque chose de bien.

« J’ai senti que quelque chose m’échappait »

La saison où vous avez pris le moins de plaisir ?
Ma dernière saison sur le banc avec Clermont (2023-2024, descente en Ligue 2). J’avais décidé d’arrêter un an avant, j’avais prévenu mes dirigeants. Donc tout était clair. Mais je n’ai pas du tout aimé ce qui s’est passé à l’intérieur du groupe. Cela a été une saison très difficile, comme je n’en avais jamais vécu. Mes collègues m’avaient souvent dit que c’était difficile de gérer des joueurs, des hommes, mais moi, je n’avais jamais ressenti cette difficulté jusqu’à cette dernière année, où là, je l’ai vécu, et cela a été compliqué à vivre, parce que j’ai senti que quelque chose m’échappait dans la gestion du groupe.

Après coup, n’était-ce pas une erreur d’avoir annoncé avant le début de la saison que c’était votre dernière ? Et ne pensez-vous pas avoir fait l’année de trop ?
La saison de trop, je ne sais pas, mais c’était peut-être une erreur de l’annoncer. Je voulais être honnête avec mes dirigeants, afin qu’ils puissent anticiper la suite. Pour moi, ce n’était pas la saison de trop, on venait de finir 8e de Ligue 1, ce qui est extraordinaire pour nous, quelque chose d’incroyable, on était dans une très bonne dynamique, mais bon, des choses se sont passées…

Aviez-vous un modèle d’entraîneur ?
Patrick Parizon m’a marqué au niveau du jeu, incontestablement, et Carlos Bianchi au niveau de la gestion d’un groupe, du management, et après, j’ai toujours aimé ce que pratiquait Nantes, le jeu de mouvement; quand j’étais petit, je regardais le jeu de Barcelone, de l’Ajax Amsterdam, c’est ce jeu-là qui me plaît et que je voulais transmettre.

« Mon limogeage de Châteauroux m’a blessé »

Pendant votre carrière de coach, aviez-vous d’autres aspirations, comme celles d’entraîner dans un club plus huppé par exemple ?
Pas spécialement. Ce sont les opportunités qui ont fait que. Au départ, à Clermont, j’étais parti pour faire une carrière comme directeur de centre, tout simplement, et ça me plaisait beaucoup. D’ailleurs, j’ai beaucoup hésité à prendre l’équipe première quand Corinne (Diacre) est partie en équipe de France (fin août 2017). D’autant que cela ne s’était pas très bien passé pour moi à Châteauroux peu de temps avant, quand j’avais pris l’équipe en Ligue 2, mais je me suis fait virer (Pascal Gastien avait été nommé entraîneur de La Berrichonne en Ligue 2 en juillet 2014 avant d’être évincé en février 2015). Je fais partie du comité directeur de l’UNECATEF (le syndicat des entraîneurs), on a un MasterClass « Rebondir », on est en plein dedans là ! À Clermont, on a remis en place un centre de formation né d’un projet formidable avec les rugbymen, et je me retrouve du jour au lendemain avec les pros, et ça se passe pas mal : donc le terme « rebondir » est vraiment bien approprié pour les entraîneurs.

Vous avez plus une âme d’entraîneur ou de formateur ?
Une âme de formateur certainement.

Quand on regarde votre CV, on voit que vous avez toujours travaillé…
Oui, mais je suis resté au chômage pendant un an après mon limogeage de Châteauroux. Je suis parti à Clermont en février de l’année suivante (en 2016).

Ce limogeage à Châteauroux, vous l’avez vécu comment ?
Ça m’a blessé. Le club venait d’être repêché en Ligue 2 peu de temps avant le début du championnat. J’ai commencé les entraînements avec 12 joueurs. C’était très-très compliqué. J’estimais, même si on était derniers ou avant-derniers, que l’on était en train de remonter la pente, que notre jeu ressemblait enfin à quelque chose. Et à ce moment-là, pour des raisons qui les regardent, les dirigeants me virent en février. Un moment difficile. En plus, j’avais joué dans ce club, on était monté en D1 (en 1997). Je connaissais beaucoup de monde.

Une rancoeur ?
Envers certains un petit peu.

Êtes vous rancunier en général ?
Non, je ne pense pas, sauf envers quelques personnes. La pire des choses que l’on puisse dire à un entraîneur, c’est qu’on vous vire parce qu’il faut faire plaisir aux supporters, parce que, par rapport à eux, il faut que l’on fasse quelque chose, sans avoir de véritables raisons, si ce n’est les résultats bien sûr, je ne suis pas fou, hein ! Mais c’est la pire chose que j’ai pu entendre, parce qu’on a bossé comme des malades, et c’est ce qu’on m’a dit à Châteauroux : « Je te vire parce qu’il faut faire quelque chose. On a rien à te reprocher. Mais c’est comme ça ». Pour un entraîneur, c’est difficile à vivre.

« Joueur, j’étais râleur, entraîneur, ça n’a pas changé ! »

Pacal Gastien, en visio, pour cet entretien avec nous !

Un joueur que vous avez entraîné qui vous a marqué ?
J’ai beaucoup aimé entraîner Jimmy Roye (aujourd’hui entraîneur adjoint au Stade Lavallois en Ligue 2). Il réfléchissait sur le jeu, sur le football. Il faisait partie des joueurs qui représentent le jeu que l’on voulait mettre en place, avec Jason Berthomier aussi, qui a fait une saison extraordinaire l’année où on est monté en Ligue 1. Ce ne sont pas des joueurs hypers connus mais ils pensent foot, ils ont un cerveau foot. Après, j’ai entraîné des bons joueurs : lors de la dernière saison, il y avait « Max » Gonalons, il dégage quelque chose de fort.

Entraîneur, le président marquant ?
Cela dépend dans quel sens (rires) ! On va garder le positif : Claude Michy à Clermont. Je souhaite à tous les entraîneurs d’avoir un président comme lui. Même s’il dit qu’il ne connaît pas le foot, il connaît très bien le sport, c’est un ancien sportif, il sait ce que l’on peut ressentir. J’ai passé des années magnifiques avec lui.

Avez-vous eu le temps de nouer des amitiés avec un entraîneur adverse ?
C’est difficile, mais je pense avoir toujours eu des bons rapports avec mes collègues même si parfois j’étais chiant sur le banc de touche, mais de là à nouer une amitié solide, pas spécialement.

Vous étiez « chiant » sur un banc, mais vous l’étiez déjà sur un terrain quand vous étiez joueur…
J’étais râleur, oui, ça n’a pas changé. Compétiteur, mais râleur après les arbitres, mais très rarement après l’entraîneur adverse ou le staff. Parfois, avec les arbitres, je dépassais clairement les bornes, et quand je rentrais chez moi après les matchs, je me disais « Je me prenais pour un fou, ce n’est pas possible ! ». Parce que j’avais toujours ce sentiment d’injustice sur le banc. Quand vous êtes à Niort, Châteauroux ou Clermont, ce n’est pas quand même pas la même chose que quand vous êtes à Marseille, si vous voyez ce que je veux dire. J’ai joué à Niort puis à Marseille, j’ai vu la différence. À Niort, je prenais beaucoup de cartons, à Marseille jamais. Il y a tout un tas de choses quand même… Après, je sais faire mon autocritique : je n’étais pas très fier de ma manière d’être.

« Après Clermont, des clubs pros m’ont appelé »

Depuis votre arrêt à Clermont, avez-vous reçu des propositions pour « replonger » ?
Oui, des clubs pros m’ont appelé après. À Niort, il y a eu ce dépôt de bilan des Chamois (en avril dernier), et des clubs environnants, sachant que j’étais rentré dans la région, m’ont sollicité. J’étais fatigué par ma dernière année à Clermont déjà. Et je pense que je n’étais pas prêt à me lancer dans un projet sans connaître les personnes, en plus, je suis parti de Niort il y a une dizaine d’années, je redécouvre un peu l’environnement.

Qu’est-ce qui vous manque le plus dans le foot ?
La compétition ne me manque pas, les entraînements ne m’ont pas manqué du tout pendant un an, le foot ne m’a pas manqué pendant un, je me contente d’aller voir jouer mon petit-fils et aussi d’aller aux matchs de N2 à Chauray, c’est parfait. Mais là, l’entraînement me manque un petit peu, d’être avec les joueurs, créer des séances, faire des séances… En fait, c’est le jeu qui me manque, pas la compétition.

Qu’est-ce qui ne vous manque pas ?
Je vous l’ai dit, j’ai passé quasiment 40 ou 45 ans dans le foot pro, avec l’impression de n’avoir passé que des bonnes saisons, j’ai fait des rencontres magnifiques, à tous les niveaux, que cela soit des joueurs, des administratifs, des dirigeants, et je n’ai eu que cette dernière année, à Clermont, qui a été difficile. Mais une seule année sur 40 ou 45, c’est pas mal quand même.

« J’ai beaucoup aimé travailler avec mon fils »

Avec son fils Johan lors de sa signature en 2018 au Clermont Foot. Photo ClermontFoot63

En replongeant dans les fiches techniques, on a trouvé trace de quatre matchs avec vous sur le banc et votre fils Johan titulaire dans l’équipe en face… Qu’est-ce qui est le plus difficile : affronter son fils ou l’entraîner ?
J’ai eu très très peu de problème avec lui à l’entraîner. Je ne pense pas lui avoir fait de cadeau, j’ai essayé d’être juste. Les dirigeants de Clermont souhaitaient le faire venir, pas moi. Parce que j’avais peur que cela pose problème. J’ai mis les choses au point avec les autres joueurs, que j’ai rencontrés, en leur disant « Voilà comment on fonctionne (…) à la maison, on ne parle jamais de vous, vous pouvez faire ce que vous voulez, on ne parle jamais du club », je ne voulais pas le mettre en porte-à-faux vis à vis d’eux, et on a toujours fonctionné comme ça, de manière honnête, et si on n’a pas eu de problème, c’est en grande partie grâce à Johann, parce qu’il paraissait être un titulaire indiscutable, et c’est toujours beaucoup plus facile quand c’est comme ça. Mais j’avais des garde-fous dans mon staff, qui étaient capables de me dire « On pense qu’il vaut mieux faire jouer un autre joueur » même si en général, c’était plutôt l’inverse. On est parti sur ce fonctionnement et il a tenu parole par rapport à ses coéquipiers. Tout était clair. Il était hors de question que je lui pose des questions sur « Comment ils vivent ? Comment ça se passe ? Est-ce qu’ils sont sortis ? Est-ce que ceci ? Est-ce que cela ? » Non. Rien. On a toujours avancé ensemble comme ça. J’ai beaucoup aimé travailler avec Johan, il nous a beaucoup apportés et finalement cela n’a pas été une mauvaise idée de le faire venir à Clermont ! C’était l’idée de Philippe Vaugeois, qui recrutait pour nous et qui a été très bon pendant toutes ces années, il ne faut pas l’oublier, il a été l’un de des facteurs très importants de notre réussite. Mais quand j’ai joué contre lui, honnêtement, je n’en tenais pas particulièrement compte. J’étais focus sur mon équipe. On a, tous les deux, bien géré la situation. C’est peut-être un regret d’ailleurs sur ma dernière saison, parce que s’il m’avait dit certaines choses, cela aurait évité bien des problèmes à mon avis, mais c’est tout à son honneur. On en a parlé, mais après, et j’ai su un petit peu tard ce qui se passait à l’intérieur du groupe la dernière année. Mais trop tard.

Vous allez voir des matchs dans votre région ?
Nantes et Angers, c’est un peu loin. Je vais voir quasiment tous les matchs de Chauray à domicile en N2, et les matchs de mon petit-fils. Je ne suis pas encore allé voir le nouveau club, Chamois Niortais Saint-Flô, en R2, mais j’y vais samedi, parce qu’il y a la présentation d’un livre sur les chamois Niortais. En plus, ils jouent contre le club dans lequel j’ai débuté comme éducateur, Saint-Liguaire. J’y ai entraîné les U18 dans le cadre du passage des mes diplômes, et j’y avais fini ma carrière de joueur en DH. C’était ma première expérience comme entraîneur. Récemment, je suis allé voir le match délocalisé à René-Gaillard entre Chauray et les Girondins de Bordeaux, en National 2. C’était un moment particulier. Il y avait entre 5 et 6000 personnes. J’ai vu des anciens joueurs que j’avais eus au centre de formation de Niort. Il y avait un peu de nostalgie, forcément, mais ça montre aussi qu’il y a un potentiel à Niort, où les gens aiment le foot.

« René-Gaillard, Gabriel Montpied… Les deux stades les plus… »

Vous êtes sur la couverture du livre consacré aux Chamois !
Il y a même deux livres qui sont sortis ! Ce vendredi, à la mairie de Niort, un autre livre est présenté, il y aura Patrick Parizon, Philippe Hinschberger (Ndlr : une séance de dédicaces aura lieu en présence des auteurs du livre paru en octobre dernier « Chamois Niortais – un siècle d’histoire », en présence des auteurs Bruno Ahime et Christian Bonnin; un autre ouvrage a été consacré au Chamois Niortais, paru également en octobre dernier, écrit par le journaliste Emmanuel Roux et le supporter Fabrice Liaigre), et samedi, au match, il y aura d’anciens joueurs, comme Jean-Paul Ribreau, Jacky Belabde et d’autres peut-être, on va se revoir, ça va être sympa !

Comment occupez-vous votre temps ?
J’ai arrêté pour ma famille. Mon père est décédé. Ma mère est à l’Ehpad et ce sont mes deux soeurs qui se sont occupées d’elle, donc je pense que c’est à moi de prendre ma part, et ça me fait plaisir d’être avec ma mère. Mes beaux-parents vieillissent aussi. Ce sont des facteurs qui ont fait que j’ai pris la décision d’arrêter.

Pour finir : le stade René-Gaillard ou le stade Gabriel-Montpied ?
Récemment, j’étais à Clermont, on parlait des stades de foot, et je disais aux gens que ces deux stades, René-Gaillard et Gabriel-Montpied, étaient les deux plus pourris de Ligue 2 ! Donc voilà ma réponse ! Bon, à Clermont, avec les travaux, ça va ressembler à quelque chose, mais avant d’avoir cette nouvelle tribune, c’était quand même triste. Quant au stade René-Gaillard, je pense que, dans mes cartons, j’ai des projets de plans de nouveau stade à Niort qui datent d’il y a 15 ou 20 ans ! Je me demande même si ce n’est pas moi qui ai encore la maquette !

Le stade Gabriel-Montpied. Photo CF63
Le stade René-Gaillard à Niort. Photo 13HF
  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13HF, Clermont Foot et DR
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Co-meilleur buteur du championnat avec 6 buts, à égalité avec le spécialiste Fahd El Khoumisti, l’attaquant polyvalent est revenu aux origines, du côté du FC Fleury 91, en juillet 2024, où il a vécu les joies d’une montée de National 2 en National après un passage en Ligue 2 au FC Annecy. À 30 ans, le Parisien semble avoir atteint la maturité et la plénitude de ses moyens.

Par Joël PENET / mail : contact@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH

Avec le FC Fleury 91, en National. Photo Philippe Le Brech

C’est en région parisienne que ce grand attaquant polyvalent foule les terrains de Villiers-le-Bel, sa ville natale, non loin de Sarcelles, à ses débuts. Un environnement qu’il va finir par connaître sur le bout des orteils puisque l’Île-de-France va devenir son terrain de jeu ! Après une escale au centre de formation de Guingamp, en Bretagne, le natif du Val-d’Oise va ensuite reprendre le même chemin pour intégrer la prestigieuse école du PSG.

Mais comme pour beaucoup, ce n’est pas au Parc des Princes que le rêve de fouler le rectangle vert dans la peau d’un professionnel prend forme. Grâce à sa polyvalence mais aussi sa détermination, c’est à Bobigny, à Sannois Saint Gratien ou encore à Créteil qu’il va faire trembler les filets. Et se faire un nom qui va finir par attirer le regard du FC Annecy, en Ligue 2. Sa régularité lui permet de vivre la consécration en 2023 : la signature de son contrat professionnel en Haute-Savoie. Mais il apprend à ses dépens que le football peut être magique comme très cruel. Alors qu’il découvre l’antichambre de l’élite française, l’attaquant longiligne subit une fracture de la cheville avec arrachement ligamentaire qui l’éloigne des terrains pendant plusieurs mois. Un coup dur qu’il réussit à surmonter, à Nancy tout d’abord, en prêt, avant de retrouver la région parisienne et un projet ambitieux au FC Fleury 91, dans le club du président Pascal Bovis.

Entretien : « Je ne suis plus le même Kevin ! »

Avec le FC Fleury 91, en National. Photo Philippe Le Brech

Kevin, que retiens-tu de tes premiers années de formation à Guingamp ?
Guingamp, c’est là où j’ai appris le vrai football dans un environnement complètement différent de ce que j’ai pu connaître chez moi à Villiers-le-Bel. J’ai côtoyé des joueurs pendant plusieurs années qui sont devenus des amis, encore aujourd’hui.

Quel regard tu poses sur un club comme Guingamp actuellement ?
C’est sûr que ce n’est pas forcément ce Guingamp-là que j’ai connu. C’est un club qui a beaucoup évolué. C’est très bien ce qu’ils font. Ils ont connu la Ligue 1, c’est une grosse écurie en deuxième division et quand j’étais au centre, nous évoluions encore en National. Il y a aussi de très bons joueurs qui sont passés là-bas : Yoann Le Méhauté, James Léa Siliki, Ludovic Blas, Marcus Coco, Hugo Picart…

Tu as fait une partie de ta formation au PSG. Est-ce un passage formateur ou as-tu des regrets de ne pas être allé plus loin ?
Non, je n’ai pas de regrets, c’est un très bon club formateur et j’y ai passé de belles années mais j’ai forcément un ressenti mitigé car ce passage a été moins formateur « footballistiquement » qu’à Guingamp. Je me suis forgé mentalement mais je pense que le PSG est un tremplin pour pas mal de joueurs. Les choses doivent aller vite et on te fait comprendre que la concurrence est féroce : seuls les meilleurs joueront.

Avec le FC Fleury 91, en National. Photo Philippe Le Brech

Après cette expérience, tu pars à la découverte de la région parisienne ! Dans quel état d’esprit es-tu à ce moment-là ?
J’ai passé six mois sans jouer après cette expérience malgré deux ou trois essais… Mais je n’étais plus trop motivé. J’ai pris un coup au mental et je n’avais plus trop goût au foot. Comme je l’ai dit, je me suis forgé mentalement et j’avais peut être aussi besoin de quelques mois de repos pour me rendre compte que le football me manquait.

Quel genre de joueur es-tu en partant à Saint-Maur Lusitanos, en National 3 ?
Un attaquant rapide, qui peut jouer sur le côté mais aussi en pointe, donc j’essaie d’amener au mieux cette polyvalence. Saint-Maur, c’est un club portugais, familial et c’était parfait pour retrouver goût au foot.

Tu vas développer des qualités de buteur ensuite à Bobigny, à l’Entente Sannois SG ou encore à Créteil. Quelles différences y-a t’il entre ces clubs ?
J’ai essayé d’être dans la continuité au niveau de mes choix de carrière mais aussi dans ce que je pouvais faire sur le terrain. Je pense que c’est à Bobigny où je me suis retrouvé en tant que buteur (13 buts en 20 matchs en National 2). De base, je préfère jouer en pointe ; à l’Entente Sannois SG, je n’ai pas forcément joué, j’étais assez jeune et je découvrais encore le championnat de National. Je ne marquais pas assez, je n’étais pas assez costaud. J’ai dû travailler sur ces aspects-là.

Avec le FC Fleury 91, en National. Photo Philippe Le Brech

Justement, comment on peaufine un profil comme le tien ?
J’avais des qualités plutôt naturelles et au centre à Guingamp, je me souviens que je jouais sur le côté. Il me fallait cette mobilité, cette vitesse. Quand j’ai commencé à jouer en seniors, j’ai aussi bossé avec un préparateur physique entre Bobigny et Créteil et il m’a bien formaté. Par exemple, j’ai beaucoup gagné en mobilité.

Est-ce que tu te fixes en général des objectifs comptables ?
Non. Je pense que ça vient comme ça vient, je prends tout ! Je me dis qu’il faut atteindre un seuil minimum de 12 buts…

Avant de choisir Annecy, et la possibilité de jouer en Ligue 2, as-tu eu des sollicitations de l’étranger ? Si oui, pourquoi cela ne s’est-il pas fait ?
Le coach Laurent Guyot me voulait à Annecy et je voulais découvrir la Ligue 2. J’ai eu des contacts en Belgique, beaucoup en Bulgarie mais ça ne m’intéressait pas. Je venais d’avoir mon enfant, ma femme n’avait pas trop envie de bouger donc j’ai fait le choix de rester en France.

Avec le FC Fleury 91, en National. Photo Philippe Le Brech

Tu effectues tes débuts en 2022 sous les couleurs d’Annecy. Quel est ton sentiment à ce moment ?
Je me dis que c’est parti. Je suis un joueur professionnel et c’est là que tu te rends compte qu’il faut que tu performes… sans forcément te mettre de pression. Le coach me faisait confiance mais j’ai ensuite cette blessure qui arrive et qui sonne comme un coup d’arrêt. Je l’ai assez mal vécu mais j’étais bien entouré pour affronter cette épreuve. Les premières semaines, c’était très dur… c’est là que je repense à mon passage au PSG, que je me dis que la concurrence, et si t’es pas bon, il y aura quelqu’un d’autre.

Quelle différence fais-tu entre la Ligue 2 et le championnat de National ?
Je pense que ça se joue dans les 30 derniers mètres, défensivement ou offensivement; ça va plus vite en Ligue 2. Le National est néanmoins assez relevé aujourd’hui, on croise de gros joueurs et de grosses équipes. C’est aussi pour ça que je pense que la Ligue 3 doit arriver vite car il faut professionnaliser ce championnat. Quand on voit les déplacements et les contraintes qu’il peut avoir, il n’y a pas le choix !

Avec le FC Fleury 91, en National. Photo Philippe Le Brech

Tu as été prêté par le FC Annecy à Nancy. Est-ce que tu aurais aimé t’imposer d’avantage ?
Ça se passe bien au début même si les résultats sont négatifs. A ce moment, Benoit Pedretti était en intérim sur le banc et avec l’enchainement des événements, je perds confiance petit à petit, j’ai du mal à marquer (2 buts en 14 matchs). Je viens d’arriver de Ligue 2 et je sais qu’il y a beaucoup d’attente sur moi. Je sais que dans le jeu j’étais là, le coach me faisait confiance mais Pablo Correa arrive ensuite. Il me fait jouer deux matchs, je marque au premier mais j’ai compris qu’il avait des choix en tête et que je ne faisais pas forcément partie de ses plans.

Avec Nancy, en National, où il a évolué en prêt du FC Annecy. Photo Philippe Le Brech

Tu as enfin l’opportunité de Fleury qui se présente en 2024. Qu’elle a été ta réflexion à ce moment-là ?
Tout s’est fait très rapidement. Je voulais rentrer sur Paris et quand ils m’ont appelé, je n’ai pas mis longtemps à donner ma décision. Je ne me suis pas posé de questions. Je connaissais déjà le club et ses ambitions. Il y avait aussi le challenge de monter de N2 en National et ça, c’est quelque chose que je voulais réussir, surtout qu’on avait manqué de le faire quand j’étais à Bobigny. Fallait assumer avec les gros noms, si on n’avait pas de résultats. Le club a réussi à attirer de « gros » noms quand je suis arrivé à l’été 2024 et il fallait qu’on ait des résultats.

Avec Nancy, en National. Photo Philippe Le Brech

À 30 ans, tu es une des figures offensives du FC Fleury… en National ! As-tu des objectifs comptables ?
Je peux apporter mon expérience du haut niveau. Je me connais aujourd’hui et je sais que je peux marquer des buts. Je ne suis plus le même Kevin et si je fais les choses bien, ça va marcher sur le terrain !

Tu marques mais on a l’impression que c’est un collectif qui avance sous les ordres de David Vignes. Est-ce aussi ton ressenti ?
On a un groupe au top ! D’ailleurs, c’est un des meilleurs que j’ai eu depuis le début de ma carrière ! On se fait tous confiance, on peut jouer ensemble les yeux fermés.

La préparation de l’an dernier n’a pas été facile mais c’est elle aussi qui a posé les bases de notre équipe. Sur le terrain, on se serre les coudes et ça paye. On a réussi à aller chercher cette montée en National qui échappait au club depuis longtemps. Je pense qu’il y a quelque chose à faire mais on ne va pas s’enflammer, on vient de monter… c’est que du kiffe ! On essaye de ne pas se fixer de limites et le club est armé pour évoluer au-dessus, j’en suis sûr !

Kevin Farade, du tac au tac

Avec Nancy, en National. Photo Philippe Le Brech

Meilleur souvenir sportif ?
La montée en National avec Fleury en juin dernier.

Pire souvenir sportif ?
La descente en N2 avec Créteil.

Plus beau but marqué ?
Un but contre Bourg-en-Bresse avec Créteil.

Pourquoi as-tu choisi d’être footballeur ?

Ton but le plus important ?
Avec Saint-Maur Lusitanos, en National 3, quand on est monté en N2 (en 2016).

Avec Nancy, en National. Photo Philippe Le Brech

Combien de cartons rouges dans ta carrière ?
Je ne sais pas !

Tes Qualités et défauts sur un terrain, selon toi ?
Défauts, je râle trop ! Qualités… Je lâche rien.

Le club ou l’équipe (ou la saison) où tu as pris le plus de plaisir sur le terrain ?
Avec Créteil, la première année, en National (2020/2021).

Le club où tu as failli signer (tu peux le dire maintenant, il y a prescription) ?
Laval.

Avec Nancy, en National. Photo Philippe Le Brech

Le club où tu aurais rêvé de jouer, dans tes rêves les plus fous ?
Manchester United.

Un stade et un club mythique pour toi ?
Old Trafford et Manchester United.

Un public qui t’a marqué ?
Celui de l’OM.

Le coéquipier avec lequel tu avais ou tu as le meilleur feeling, avec lequel tu t’entendais le mieux sur le terrain ?
Yoann Le Méhauté à Guingamp et Pythocles Bazolo à Bobigny.

Un coach perdu de vue que tu aimerais revoir ?
Carlos Secretario, mon coach à Créteil.

Un président ou un dirigeant marquant ?
Franck, l’intendant de Créteil.

Avec Nancy, en National. Photo Philippe Le Brech

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Grejhon Kyei (ex-Clermont Foot, Standard de Liège, Lens, Reims notamment).

Le stade qui t’a procuré le plus d’émotion ?
Le Vélodrome.

Tes passions dans la vie ?
La Play-station, la NBA.

Un modèle de joueur ?
Thierry Henry.

Une idole de jeunesse ?
Thierry Henry.

Le match de légende, c’est lequel pour toi ?
Barça vs Manchester United en finale de la Ligue des Champions (en 2011, 3-1 pour Barcelone, et en 2009, 2-0 pour Barcelone).

Ta plus grande fierté ?
Mes enfants.

Avec l’Entente Sannois Saint-Gratien. Photo Philippe Le Brech
Avec l’US Créteil, en National. Photo Philippe Le Brech

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Le finaliste de la Coupe de France Crédit Agricole 2 000 avec le CRUFC Calais raconte les prolongements de cette épopée sur sa carrière sportive et sa vie. La participation au 7e tour du Auch Football (R2), qu’il co-entraîne depuis cet été, ravive les souvenirs.

Article paru sur le site de la FFF avant l’élimination au 7e tour de Auch Football face à Canet-Roussillon FC (N3) : https://www.fff.fr/article/15736-la-nouvelle-histoire-de-cedric-jandau.html

Texte : Anthony BOYER / mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Sur son CV, l’exploit ne fait qu’une ligne. Mais à l’échelle de la Coupe de France Crédit Agricole, c’est une Histoire avec un grand H que Cédric Jandau et ses copains du Calais RUFC (CFA, désormais National 2) ont écrit lors de la saison 1999-2000, qui les a vus atteindre la finale au Stade de France, seulement battus par le FC Nantes (2-1) de Mickaël Landreau.

Quand le natif de Calais s’est récemment mis en quête d’un nouveau travail, c’est surtout son expérience du management, de la gestion de groupe, et sa casquette d’entraîneur, qui ont séduit sa nouvelle entreprise, basée à Cugnaux, spécialisée dans le captage, le traitement et la distribution de l’eau, dans laquelle il travaille comme chef d’équipe depuis juin dernier. Pas son parcours de footballeur, qui se résume à un long bail au CRUFC (1994-2002) où il a commencé en seniors à l’âge de 18 ans, en CFA, puis en National, avant de partir à Gravelines, huit ans plus tard, en Division d’Honneur (2002-2006).

Héros de la demi-finale Calais-Bordeaux
À l’époque, le grand blond travaille à Calais chez Eurotunnel, qu’il décide de quitter lors d’un plan économique : « Après Gravelines, j’ai signé à l’US Boulogne Côte d’Opale, en National, la saison de la montée en Ligue 2 (2006-2007) avec Philippe Montanier comme entraîneur. Le club devait me trouver un travail, mais ça ne s’est pas fait. Comme je voulais passer à autre chose, je suis parti à Toulouse, où un CDI m’attendait dans un réseau de transports en commun. C’est ainsi que j’ai atterri à l’US Castanet-Tolosan (DH), où j’ai superbement été accueilli par le président, Bernard Maquoy, qui est devenu un ami. Il m’a beaucoup aidé à m’intégrer ».

Lire la suite de l’article sur le site de la FFF : 

https://www.fff.fr/article/15736-la-nouvelle-histoire-de-cedric-jandau.html

L’ancien milieu défensif, passé par Nîmes, sa ville natale et son club formateur, puis Beauvais, Orléans, Luzenac et Sedan, est revenu à Sète, où il a également évolué en National il y a 16 ans, cette fois dans le costume de coach. Dans ce club historique à la recherche de stabilité et de sérénité après sa liquidation judiciaire en 2023, il entend mettre sa passion et son expérience au service du collectif.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH et Alan REALE / SC Sète / @_bykitsu

Photo Alan Reale / SC Sète / @_bykitsu

C’est sans doute parce que, plus jeune, il était ce garçon timide et réservé, que Romain Canales lâchait tout sur le terrain, extériorisait, se montrait hargneux. Son terrain d’expression, c’était le football, la compétition. Et c’est aussi grâce à sa double-reconversion que l’ancien numéro 6 de Nîmes, Sète, Beauvais, Orléans et Luzenac, en National, a appris à apprivoiser ce trait de caractère. « Devenir agent immobilier et entraîneur de foot, ça m’a aidé à être moins timide, moins réservé. Sur le terrain, je lâchais tout, je m’exprimais par la hargne ! » raconte le natif de Nîmes, aujourd’hui âgé de 42 ans, arrivé sur le banc de Sète cet été, en Régional 2.

Romain Canales, c’est aussi ce garçon discret, qui n’a pas forcément envie de se mettre en avant, un petit peu hors système, mais terriblement ambitieux. Pendant sa carrière de joueur, c’était un peu la même chose : au service des autres, du collectif, à un poste exigeant, avec des responsabilités. Un joueur entier qui ne trichait pas, dont l’activité débordante sautait aux yeux. Parfois, on ne voyait que lui. A tel point que des clubs plus huppés, certains en Ligue 2 voire en Ligue 1 se sont, à un moment donné, renseignés sur ce petit gabarit d’1m71 freiné par une blessure à un moment charnière de sa carrière : « J’étais à Beauvais, en National, j’avais 26 ans, je faisais ma meilleure saison, j’ai eu des sollicitations, mais j’ai eu une blessure à la cheville et il y a eu beaucoup de complications, ça a duré un an et demi… Clairement, ça a brisé mon élan. »

« A Sète, l’identité est palpable ! »

Lors de son départ de Castelnau-le-Crès l’été dernier. Photo Castelnau FC

Cette tranche de vie footballistique, marquée par un long passage de 14 ans dans « son » club, celui où il a été formé et où il a évolué jusqu’à l’âge à 25 ans, Nîmes Olympique, il la raconte dans cet entretien d’une heure, donné en visio depuis chez lui, le matin d’un match avancé de championnat – un jeudi ! – avec le FC Sète, pardon, le SC Sète, son nouveau club. « J’ai la chance d’avoir trouvé une location et d’habiter au mont Saint-Clair. Tu vois, quand quand je tourne la tête, je vois la plage et la mer ! Cela a toujours été comme ça dans ma carrière, j’ai toujours voulu habiter à l’endroit où je jouais, pour m’imprégner de l’environnement dans lequel j’étais. Là, en signant à Sète, j’aurais pu rester chez moi à une heure de route du club, mais j’ai préféré m’installer ici. Et je peux te dire que l’identité de la ville, elle est bien palpable. Il y a des quartiers de pêcheurs, des quartiers populaires. Il y a les joutes aussi, qui sont plus importantes que le foot. »

Finalement, le derby de Régional 2 contre le voisin, le Stade Balarucois, distant de seulement 8 kilomètres, n’a pas eu lieu. Match reporté ! La faute aux conditions météorologiques ce jour-là.

Du FC Sète au SC Sète

Si le club de la Venise du Languedoc a changé d’appellation pour devenir le Sporting-club, ce n’est pas uniquement pour tirer un trait sur un passé récent tout à digéré. C’est aussi par obligation. Le 6 juillet 2023, trois ans ans seulement après un retour assez probant en National (11e en 2021 et 14e en 2022), lequel fut suivi d’une relégation administrative en N2 et d’une saison cauchemar (18e et dernier de N2 en 2023 avec seulement 3 victoires en 30 matchs et 12 points), la société « Football-club de Sète » a été liquidée, laissant place à une nouvelle entité, l’association « Sporting-club de Sète ».

Cette dernière fut contrainte, non pas de repartir en Régional 1 comme prévu initialement mais en… Régional 3 ! Un coup dur pour cette institution du football français – le FC Sète est l’un des 18 clubs à avoir été au moins une fois champion de France (il l’a même été deux fois, en 1934 et 1939, et a remporté deux Coupes de France !) -, qui n’avait jamais évolué plus bas qu’en Division d’Honneur (R1).

« Le plus beau maillot ? Celui de Sète ! »

Photo Alan Reale / SC Sète / @_bykitsu

Parce que le nouveau « Sporting », qui est remonté en Régional 2 dès l’année de son lancement avec à sa tête le joueur le plus emblématique de la ville, Christophe Rouve, est un club historique. Mythique. Dirigé aujourd’hui par un nouvel homme fort, un homme du cru, Bastien Imbert-Crouzet.

Depuis l’été 2024 et le départ de Rouve, joueur le plus capé (et le plus buteur) de l’histoire sétoise, pas mal de choses ont encore changé dans ce club qui ne demande qu’à retrouver stabilité (trois entraîneurs et deux présidents en un an) et sérénité. Ce qui n’a pas changé, en revanche, et c’est tant mieux, ce sont les fameuses tuniques aux bandes horizontales vertes et blanches, qui font que l’on peut confondre le maillot avec celui de l’autre Sporting, le Sporting Portugal de Lisbonne ! « J’aime les maillots et le plus beau que j’ai dans mon placard, c’est celui de Sète, coupe Romain; ça ne s’explique pas. C’est un maillot historique ! »

Pour Romain Canales, intronisé cet été à la tête de l’équipe fanion, pas facile de reconnaître le club où il a évolué une saison comme joueur, en National, en 2008/2009. C’était juste après une accession en Ligue 2 avec Nîmes, à laquelle il n’a malheureusement pas participé puisque cantonné en réserve, ni Laurent Fournier, ni son successeur avant Noël Jean-Luc Vannuchi ne lui faisant confiance en équipe Une.

Un poète dans la cité de Georges Brassens

Sous la tunique de l’US Orléans. Photo Philippe Le Brech

Mais il n’a jamais oublié son passage au stade Louis-Michel aux côtés des Yattara, Rambier, Vellas, Scaffa, Goazou, Fori, Dufrennes, Chavériat, Valero, pour ne citer qu’eux, ainsi que des regrettés Aulanier et Kharrazi. Cette saison-là, il avait quasiment disputé l’intégralité des matchs d’une saison achevée à une belle 7e place… juste avant une liquidation judiciaire (en réalité, sans une pénalité de 3 points infligée par la FFF, le club aurait fini 5e). On ne se refait pas !

Plus de quinze ans après, voilà Romain de retour, dans le costume d’entraîneur des seniors, en Régional 2, avec déjà une expérience de quelques saisons sur un banc, dont la dernière, probante, à Castelnau-le-Crès, en Régional 1, où, en une-demi saison (il est arrivée à la trêve), il a redressé une situation mal embarquée, son club passant avec lui de la 11e à la … 2e place en seulement 18 matchs (12 victoires) ! Une performance qui a tapé dans l’oeil du SC Sète.

Finalement, pour cet amateur de poésie, revenir dans la Cité de Georges Brassens est un joli clin d’oeil : « Oui, c’est une guitare que tu vois derrière moi ! Je ne suis pas un grand guitariste mais j’aime les musiques à texte. Je suis fan de Damien Saez, que j’ai vu sept ou huit fois en concert, de Francis Cabrel, de Ben Mazué, de Renaud, et de Georges Brassens bien sûr ! »

Interview : « Je suis quelqu’un d’entier »

Photo Alan Reale / SC Sète / @_bykitsu

Romain, revenons sur tes débuts : tu es né à Nîmes mais tu as commencé le foot à Vergèze…
Oui, de l’âge de 6 à 11 ans, parce que c’est là que j’habitais. Nîmes Olympique m’avait approché auparavant mais moi je voulais rester à Vergèze, avec mes copains. Finalement, à 11 ans, j’ai signé à Nîmes, et j’y suis resté jusqu’à mes 25 ans. Ensuite, j’ai joué à Sète 1 an, à Beauvais 2 ans, à Orléans 1 an et à Luzenac 1 an, tout ça en National. Ensuite il y a eu Sedan en CFA2, on est monté en CFA. Puis je suis rentré dans ma région pour finir ma carrière : j’ai fait quatre saisons à Aigues-Mortes en amateur (DH) et une saison à Uzès (R1) mais là, je me suis blessé à l’automne, j’ai dû stopper. Enfin… j’avais quand même repris une licence en Régional 2 à la JS Chemin bas d’Avignon, un club de Nîmes, on était monté en R1.

Et le travail dans tout ça ?
A la fin de ma carrière, je suis devenu agent immobilier, chez Orpi pendant 8 ans puis pendant 2 ans comme indépendant. Là, je me suis reconverti dans la gestion de patrimoine chez CapFinances. La vie, ce sont des cycles : on ne fait plus le même métier de 20 à 65 ans… En 2022, l’immobilier marchait moins bien, j’ai réfléchi, je me suis dit qu’il fallait peut-être faire autre chose. Aujourd’hui, dans mon nouveau métier, il y a toujours ce côté « commercial » que j’avais dans mon autre métier, je démarche de la clientèle, je suis affilié à un cabinet, et puis ça se marrie bien avec la vie de foot, je gère ma journée comme je le souhaite. Parce qu’entraîner, cela implique de prendre des risques dans sa vie professionnelle, ce n’est pas évident. Il faut que les horaires correspondent, il faut être disponible le soir, avoir le temps de préparer ses séances de la meilleure des manières possibles, parce que si tu fais un métier où tu finis à 18h et que tu arrives cinq minutes avant l’entraînement, forcément, il va te manquer de la préparation.

« Je ne pense pas à ma carte perso »

Sous la tunique du FC Sète en National en 2008/2009. Photo Philippe Le Brech

Où en es-tu au niveau des diplômes et aspires-tu à entraîner plus haut ?
Je suis titulaire du BEF, je peux entraîner jusqu’en Régional 1. J’attends le bon moment pour postuler au DES, qui permet d’entraîner jusqu’en N2. Je veux faire les choses bien. Je ne veux pas courir après le sésame supplémentaire si je ne suis pas capable d’assumer mon rôle de coach l’année en cours. Si je veux aller plus haut, il ne faut pas que je traîne en route. Je suis quelqu’un d’entier, qui va aller vers ce que je ressens, c’est peut-être une faiblesse, mais je ne pense pas à ma carte perso. Aujourd’hui, l’idée, c’est d’aller plus haut possible avec le FC Sète; à moi d’être bon pour faire en sorte que le club veuille me conserver.

Quand as-tu commencé à entraîner et quel a été ton parcours ?
J’ai commencé à Aigues-Mortes chez les jeunes, j’étais encore joueur en R1, et je m’occupais des U15, ensuite des U19. J’ai rapidement eu des petites sollicitations pour entraîner en Régional 2 mais j’ai voulu aider les villages où j’ai grandi en Régional 3, je n’étais pas à une division près pour faire mes gammes, alors je suis allé à l’US du Trèfle, à Sommières, la ville dont mes parents sont originaires, puis à Vergèze, où j’ai grandi. Ces deux villages, ces deux clubs, je les aime. Ensuite, je suis devenu l’adjoint de Nicolas Guibal, l’ex-entraîneur de Sète, au Grau-du-Roi (R2, accession en R1), avant de partir à Mende en R1, mais je n’y suis pas resté longtemps, cela ne s’est pas très bien passé, alors que j’avais mis l’immobilier de côté. Ensuite, j’ai atterri à Noël à Castelnau-le-Crès, en R1, l’équipe était 11e à la trêve et on a fini seconds, ce qui m’a permis de rebondir à Sète, où le club se structure. Le projet est fait pour voir à moyens termes.

« On dit encore le FC Sète 34 ! »

Avec le président du SC Sète. Photo Alan Reale / SC Sète / @_bykitsu

Entraîner, tu y pensais quand tu étais plus jeune ?
Pas trop. J’étais très timide, introverti. Je me souviens qu’à Nîmes, Olivier Dall’Oglio, que j’ai eu en jeunes et en réserve, me sondait parfois sur la manière de jouer et à Orléans, où j’ai fait 20 matchs sur 38 et donc où je n’étais pas un cadre, l’entraîneur Yann Lachuer venait parfois me sonder, parce que j’avais une réflexion sur le jeu. Je m’intéressais au « foot ». C’est devenu viscéral à partir du moment où j’ai entraîné les jeunes à Aigues-Mortes.

Quelle est l’ambition du club de Sète, qui a vécu une liquidation judiciaire en 2023 ?
J’avais déjà connu une liquidation à la fin de la saison quand j’avais joué à Sète. Aujourd’hui, c’est le Sporting, parce que le club a changé de nom dans les documents mais on a encore du mal à l’appeler comme ça, on dit encore le FC Sète 34 tellement c’est ancré ici ! C’est le même club. Maintenant, je vais essayer de leur rendre la confiance. Il y a un projet ici qui est très-très clair, mais avant de parler de foot, d’objectifs, il faut remettre le club sur de bons rails, ça veut dire avec des bons éducateurs, avec une image des jeunes qui change, avec les bonnes personnes à la tête du club, avec de la stabilité humaine. Je vois des gens qui oeuvrent pour leur club, et uniquement pour leur club. Ceux qui sont en place sont fondamentalement amoureux de leur club. Le président (Bastien Imbert-Crouzet) est un Sétois, on a beaucoup de gens du cru. Ils vont oeuvrer pour que le club redore son blason, et pas que sportivement. Les jeunes sont descendus de division, il y a une catégorie manquante, mais là, on n’est que sur les premiers mois du nouveau projet, c’est trop tôt…

« On se doit de jouer le haut de tableau »

Avec Luzenac contre l’US Orléans du regretté Emiliano Sala. Photo Philippe Le Brech

Sportivement, après un bon départ (3 victoires et 1 nul), l’équipe de R2 vient de perdre son premier match à Saint-André-de-Sangonis (2-1) : la montée est-elle l’objectif fixé ?
On ne m’a pas demandé de monter cette année. On a reconstruit un effectif après beaucoup de départs, on a mis en place des nouvelles idées de jeu, mais cela ne se fait pas en quelques semaines. Maintenant, on se doit de jouer de jouer le haut de tableau, d’essayer de se mêler à la lutte. Tu sais, ici, c’est un peu comme à Nîmes : quand tout va bien, c’est le rêve de vivre dans ces villes-là, avec cette ambiance sudiste, et puis tu as les aléas, ces liquidations judiciaires, qui sont propres au sud.

Quel type de jeu prônes-tu ?
Pour moi, le meilleur moyen de gagner, c’est de maîtriser son sujet, de prendre les choses en mains, de dominer territorialement dans la tenue du ballon. J’aime que mon équipe soit joueuse, cohérente. Ce n’est pas une question de division. La seule chose qui n’est pas négociable, c’est la grinta, et ça, je trouve que ça se perd dans le foot, alors qu’il la faut. Il faut avoir la passion et le feu en soi si on veut exister. J’essaie d’inculquer ça, c’est dur. J’essaie que mon équipe soit à mon image. J’avais la grinta, ça m’a aidé. J’aime jouer à 3 derrière, mais si j’ai basculé vers ce système il y a quelques années, c’est parce que j’avais les joueurs pour. Et tant que c’est possible, je m’y tiens. Mais système de jeu ne veut pas dire principe de jeu. Tu peux avoir des mêmes idées de jeu, que tu sois en 3-5-2 ou en 4-3-3. A contrario, tu peux être sur un même système dans deux clubs différents et avoir deux manières de jouer différentes. Les principes de jeu sont pour moi plus importants.

En termes de spectateurs, ça se passe comment cette année ?
On a fait 500 ou 600 personnes en coupe de France contre une R1 (Fabrègues, qualification 2-1 au 3e tour avant une élimination au 4e tour à … Saint-André-de-Sangonis, 2-1). Sinon, en championnat, on a un petit peu de monde au stade, mais il n’y a jamais eu non plus énormément de monde au Louis-Michel. Quand je jouais en National, on avait fait une belle année, il y avait 1000, parfois 1500, mais 1500 au Louis-Michel, c’est comme quand il y a 5000 ou 6000 aux Costières alors qu’il y a près de 20 000 places. Mais l’engouement est possible ici.

Romain Canales, du tac au tac

Sous le maillot de Beauvais. Photo Philippe Le Brech

Meilleur souvenir sportif ?
Il y en a plusieurs ! Ce sont mes premiers matchs en pro aux Costières avec Nîmes. Quand tu es jeune, que tu rêves de ce moment et que tu y arrives… C’est une belle émotion. Réussir dans son club formateur, dans un club avec une histoire comme celle-là, c’est un rêve éveillé, surtout au début. Plus tard, on en prend la mesure.

Ton premier match en Une à Nîmes ?
J’avais 19 ans, j’étais rentré deux minutes, c’était à l’extérieur, en fin de saison, à Dijon. L’entraîneur, c’était Patrick Champ, qui avait pris l’équipe pendant quelques semaines. C’est important mais pas aussi important que quand je me suis imposé comme titulaire, là ça comptait vraiment, je débute les matchs, je sens que j’ai une carte à jouer pour ma future carrière. Mais le coach qui m’a réellement lancé, c’est Régis Brouard. Maintenant que je suis entraîneur, je m’en rends compte, mais à l’époque, il était jeune entraîneur, en National, il avait la pression, il avait aussi sa carte perso à jouer, et malgré ça, il me fait jouer 16 ou 17 matchs sur la phase aller, avant que je ne me fasse opérer à Noël, alors que je suis encore sous contrat amateur. C’était une grosse marque de confiance, d’autant que Nîmes à l’époque avait de grosses ambitions et recrutait en conséquence, mais il a lancé un jeune du club. C’est grâce à lui que j’ai pu signer un contrat de 3 ans. Il m’a lancé et a cru plus que d’autres en ma capacité à jouer en pro.

Ton poste de prédilection, milieu défensif ?
Jusqu’à 17 ans, je n’avais jamais joué milieu défensif, c’est quand même fou ! Je jouais ailier droit, mais je ne débordais pas forcément et je manquais de puissance, j’étais plutôt un faux ailier, qui repiquait dans l’axe, qui était plus dans la conservation. Olivier Dall’Oglio m’a fait passer 6 quand j’étais en 19 ans Nationaux. Dall’Oglio… Encore un super-entraîneur que j’ai adoré et qui m’a permis de progresser énormément. J’ai adoré ce poste parce que j’aimais combiner, avoir le ballon plutôt que de faire des grandes chevauchées sur l’aile, je faisais partie des joueurs polyvalents. J’ai oscillé entre 6 et 8 sans aucune préférence : d’ailleurs, même encore aujourd’hui, je ne saurais pas dire si je préférais tel ou tel poste.

Sous la tunique de l’AS Beauvais Oise. Photo Philippe Le Brech

Pire souvenir sportif ?
En fait, on s’en rend compte quand cela arrive. Ce n’est pas quand on est remplaçant ou quand ça ne passe pas avec un coach, mais ce sont les blessures. A 26 ans, à Beauvais, je fais une excellente saison, j’ai beaucoup de contacts pour jouer plus haut, et je me blesse pendant un an et demi… A tel point que j’ai même hésité à mettre un terme à ma carrière. J’ai gardé le cap, je me suis soigné, mais c’était très long. Mais le wagon, lui, est passé. Heureusement, les contacts que j’avais noués lors de mes précédentes saisons m’ont permis de signer avec Yann Lachuer à Orléans, toujours en National. Lachuer, c’est encore un coach marquant, mais la blessure d’un an et demi m’a freiné dans mes ambitions personnelles. J’ai continué à jouer après mais je n’ai plus jamais… Tu sais, les clubs, ils savaient que j’étais resté blessé pendant longtemps, donc voilà. Et puis la remise en route est plus dure à 27 ou 28 ans qu’à 22 ou 23 ans. Cette blessure m’a fait mal aussi parce que tous les jours, en me levant le matin, je n’avais pas la possibilité de faire ma passion, de faire ce que j’aimais.

Quelle était la nature de cette blessure ?
J’avais mal à la cheville de manière récurrente. On arrivait en fin de saison avec Beauvais. J’avais des débris d’os à l’intérieur. On me l’a nettoyée, on m’a dit que cette intervention était l’histoire de trois semaines, mais j’ai eu des complications post-opératoires qui n’avaient rien à voir avec la blessure. C’était des douleurs sur toute la jambe. Cela a été dur à accepter. J’ai eu des centaines de rendez-vous, j’ai consulté des spécialistes… C’est la vie d’un footballeur. Mais quand on se soigne et que l’on rejoue, ça rajoute de la fierté.

Donc Paul Pogba ne retrouvera pas l’intégralité de ses moyens à Monaco ?
Je ne pense pas, il est encore plus âgé, et l’intensité est beaucoup plus importante. Il va rejouer, je n’en doute pas, mais est-ce qu’il va faire un match toutes les trois semaines, est-ce qu’il va faire 15 matchs dans la saison ? Il va avoir du mal, même si je lui souhaite pas.

Combien de buts marqués dans ta carrière en seniors ?
(Il compte) J’ai dû en marquer une quinzaine entre le championnat et la coupe de France. Mais à Nîmes, je n’ai pas marqué, j’étais encore trop timoré (rires), je me concentrais sur l’essentiel.

Ton plus beau but ?

Le but de Romain à Libourne :

Pourquoi as-tu choisi d’être footballeur ?
Je ne sais pas l’expliquer. Comme beaucoup d’enfants, on a dû me mettre un ballon entre les pieds, l’école, le papa, les matchs à la télé, voilà, ça ne s’explique pas. Mon père jouait en amateur, il m’a poussé, sans plus.

Sous le maillot de Luzenac. Photo Philippe Le Brech

Tes qualités et tes défauts sur un terrain ?
Je n’avais pas d’immenses qualités, mais j’étais plutôt complet. J’étais capable aussi bien d’attaquer que de défendre. J’avais beaucoup d’activité, j’étais endurant, je pouvais être au départ des actions ou un peu plus haut, je jumpais, je frappais, mais je n’avais pas une qualité meilleure qu’une autre. Pour passer un cap, il me manquait la puissance. Après, entre le joueur que j’étais à 20 ans et celui que je suis devenu à 30 ans, c’était différent : au début, j’étais beaucoup dans l’effort, ensuite j’étais plus « intelligent », c’est la beauté du foot, d’apprendre. Dans la lecture de l’espace et des choix de situation, l’intelligence est très importante. Je l’ai compris un peu plus tard.

Que t’a-t-il manqué pour jouer en Ligue 2 ?
D’abord, il y a eu un souci de temporalité. Je suis à Nîmes en National et on monte en Ligue 2 (en 2008), je suis sous contrat, mais je sais que je ne vais pas être utilisé, le club me le dit, donc je romps ma dernière année et je pars à Sète, toujours en National. Il y a bien eu Arles-Avignon, qui montait en Ligue 2 aussi, qui m’a contacté mais là, c’est moi qui n’ai pas accepté, et j’ai senti que le club de Beauvais voulait faire de moi un joueur qui compte. Et puis cette blessure est arrivée au moment où j’ai des contacts pour aller plus haut. J’avais la Ligue 2 qui me tendait les bras. Je ne vais pas citer les noms des clubs… Il m’a aussi manqué la puissance, comme je l’ai dit, la régularité dans les performances aussi, que j’ai trouvée plus tard, la consistance. Toutes ces qualités, aujourd’hui, il faut les avoir à 22 ou 23 ans, pas à 25 ou 26. Je suis quand même fier d’avoir pu exister dans ce championnat National qui était très-très athlétique.

La saison où tu as pris le plus de plaisir ?
Il y en a deux, mais j’étais dans la plénitude de mes qualités et de ma confiance lors de ma première saison à Beauvais, c’est inexplicable, je ne perdais pas un ballon, je tirais de loin et ça faisait but, j’étais en pleine confiance. C’était la suite logique de ma saison à Sète où, déjà, j’avais pris confiance, où j’étais un joueur cadre. À Beauvais, j’avais tous les regards sur moi.

Avec Luzenac. Photo Philippe Le Brech

Un regret quant à un choix de carrière ?
Est-ce que quelqu’un d’ambitieux a le droit de refuser un club comme Arles-Avignon qui montait en Ligue 2 à ce moment-là, où l’entraîneur était aussi un Sudiste (Michel Estevan). Arles avait fini 3e de National mais je voulais être un joueur et pas un remplaçant, parce que j’aimais tellement ça, j’aimais tellement transpirer. J’ai hésité… et Arles-Avignon est monté en Ligue 1 à la fin de la saison suivante. C’est un regret qui n’en est pas un puisqu’à Beauvais j’ai fait ma meilleure année. C’est juste un regret par rapport à l’ambition. Cela devait se passer comme ça.

Quand tu étais petit, tu rêvais de jouer dans quel club ?
Nîmes. Et ça a été fait. Je vais avouer quelque chose : je ne suis jamais allé aux Antonins. Et entre mon départ de Nîmes en 2008 et le déménagement aux Antonins (fin décembre 2022), j’ai dû aller trois ou quatre fois au stade des Costières. Je suis trop nostalgique… Mais j’entends beaucoup de choses positives sur l’ambiance des Antonins, un peu à l’anglaise. Je connais de loin Mickaël Gas, l’entraîneur de l’équipe de N2. Je vais y aller, je ne sais pas quand, mais je vais y aller.

Un coéquipier marquant ?
J’aimais beaucoup les « anciens » quand j’ai démarré à Nîmes, il n’y en a plus trop des « vieux » comme ça dans les vestiaires, des joueurs qui te guident, et moi, j’ai eu la chance d’en avoir, je pense aux Stéphane Beyrac, Jean-Marie Pasqualetti, Nicolas Rabuel, Allann Petitjean, Cédric Horjak… J’aimais beaucoup jouer aux cartes avec eux, j’avais les yeux émerveillés. C’est une époque qui était cool, ça envoyait du bois à l’entraînement mais ça ne se plaignait pas, ça ne pleurait pas. Avoir été accepté par ces joueurs-là, cela a été un plaisir pour moi. Après, il y a des capitaines qui m’ont marqué, je pense à Romain Rambier à Sète, qui diffusait une grinta naturelle. Mais il y en a plein d’autres… Comme Matthieu Ligoule à Orléans, un taiseux, qui ne se plaignait jamais, qui travaillait dans l’ombre, qui avait ce souci du collectif. On habitait à côté, on faisait la route ensemble. Il était exemplaire. Je ne le vois pas souvent. J’ai toujours aimé les joueurs exemplaires et c’est ce que j’essaie d’inculquer à mes joueurs, cette exemplarité.

Avec l’US Orléans. Photo Philippe Le Brech

Le joueur avec lequel tu avais le plus d’affinités dans le jeu ?
Julien Valero. On s’est rencontré à Nîmes lors de ma dernière saison, on a signé ensemble à Sète puis à Beauvais, donc on a partagé pratiquement quatre années ensemble, avec tout ce que cela comporte. Sur le terrain, on jouait à 5 mètres l’un de l’autre et effectivement, sans savoir pourquoi, il y a des joueurs avec qui tu penses la même chose techniquement au même moment, ce sont des sensations cool à vivre.

Le joueur que tu aimerais revoir ?
Je dirais Romain Faure, avec qui j’ai joué à Orléans. C’était une perle dans les vestiaires, très gentil, très marrant. Il était devenu mon ami, malheureusement, avec le temps, les coups de fils sont plus espacés… Tu me donnes l’idée de le recontacter. Il y a aussi des Christophe Meirsman, des Ritchie Makuma à Beauvais…

Le coach le plus marquant ?
Régis Brouard, c’est une évidence. Quand tu as des joueurs qui, à l’époque, touchent des 7 ou 8000 balles en National et qui signent dans un club comme Nîmes où l’ambition est de monter, et que, à côté, tu as un jeune comme moi, avec un contrat amateur, sur le terrain… Je ne sais pas si tu mesures le degré de confiance… Régis Brouard, il regardait qui était le meilleur pendant la semaine d’entraînement. Il était persuadé que j’en faisais partie et il m’a fait jouer. Il m’a envoyé au feu. Il y a aussi Frédéric Remola à Sète, quelqu’un de très différent, un nounours, avec lui, c’est l’humain avant tout. Très pragmatique, très simple dans son coaching. Ce monsieur-là m’a fait jouer tous les matchs, alors que je ne jouais plus à Nîmes. C’est Omar Belbey et Grégory Meilhac (deux anciens joueurs de Nîmes), qui l’ont connu à La Pointe Courte, à Sète, qui lui ont parlé de moi. Remola, il a un peu sauvé la deuxième partie de ma carrière. J’ai prévu de le revoir. Je n’oublie pas non plus Olivier Dall’Oglio, que j’ai eu en jeunes à Nîmes puis un peu plus tard en réserve. Quand tu vois sa carrière ensuite… J’aimerais bien parler de foot avec lui. Je ne l’ai jamais recroisé.

Avec l’équipe de Luzenac en National. Photo Philippe Le Brech

Le coach que tu n’as pas forcément envie de revoir ?
Non, je n’aime pas ça… Je vais te dire, ma plus belle année de joueur, à Beauvais, je l’ai disputée avec le coach avec lequel j’ai eu le moins d’atomes crochus, mais je n’ai rien contre lui, c’est juste que tactiquement, on n’avait pas la même vision du foot. Tu verras qui c’est en recherchant (Alexandre Clément, Ndlr). Et pourtant c’est ma meilleure saison et de loin, tout ce qu’il me demandait de faire, je le faisais, je respectais les consignes.

Combien d’amis dans le foot ?
Il y a Benjamin Oliveras, Yann Jouffre que j’ai perdu de vue, et bien sûr Florian Fedèle, qui était mon adjoint à Mende.

Un coéquipier qui t’a impressionné ?
Yann Jouffre. Je m’entraînais avec lui quand j’avais 15 ou 16 ans. Quand je l’ai vu toucher la balle la première fois, je me suis dit « Lui c’est fort », il avait quelque chose en plus. Il a fait une carrière ensuite. Sinon, en seniors, j’ai joué en National avec des Joffrey Cuffaut et des Brice Jovial, qui sont allés au-dessus ensuite. J’ai joué contre Sadio Mané qui était à Metz en National mais ce jour-là, ce serait te mentir que de dire que… J’ai affronté Valbuena quand il jouait à Libourne Saint-Seurin et aussi Ngolo-Kanté quand il était à Boulogne. Franchement, je n’avais pas deviné qu’il deviendrait un tel joueur mais déjà, à l’époque, en terme d’intensité, ouf… Il était dur à suivre.

Avec l’AS Beauvais Oise en National. Photo Philippe Le Brech

Un président marquant ?
A Sedan, il y avait Gilles Dubois, un monsieur charmant, il y avait une proximité avec lui. Il aimait Sedan et ça se voyait.

Une causerie marquante ?
Je n’en ai pas une précise. Il y avait celles de Frédéric Remola à Sète. C’était le sud, il savait détendre l’atmosphère. Il y avait celles de Régis Brouard, j’avais les yeux écarquillés quand je l’écoutais parler. J’ai compris l’importance de bien préparer son match et l’importance de rentrer sur le terrain gonflé à bloc.

Une consigne de coach que tu n’as pas compris ?
Quand je suis à Beauvais, on est en 8e de finale de la coupe de France contre le Sochaux de Martin, Perquis, Dalmat, Boudebouz, Richert, j’estime que l’on n’a pas préparé ce match comme l’événement le demandait. Cela n’arrive pas à tout le monde de battre une Ligue 1. Cette année-là, on avait une super-équipe, on avait de la puissance, de l’intelligence, de la technique. Pour faire l’exploit, bien sûr qu’il faut être agressif, hargneux, mais il faut aussi savoir ce que tu vas faire sur le terrain et à quel moment le faire.

Avec l’US Orléans. Photo Philippe Le Brech

Des manies, des rituels, des tocs ?
Je parlais de la préparation des matchs avec un de mes joueurs dernièrement. A 20 ans, il me fallait tel slip pour tel match, j’embrassais ma bague avant le match, plein de choses comme ça, qui comptent au final. J’étais très-très pro, très concentré. Et puis, après, quand tu as 25 ou 30 ans, je pouvais rigoler 30 secondes avant le match dans les couloirs sans que cela ne m’empêche de bien jouer. Il n’y a aucune bonne solution. Il faut faire un mix, sans sortir du cadré établi par le coach, je pense aux portables notamment. Mais après, tu as le droit d’être relâché plutôt que fermé.

Un maillot échangé ?
Un jour, Nicolas Raynier, qui jouait à Amiens, m’a demandé mon maillot après un match, cela m’avait fait plaisir. Entre sudistes ! Mais on n’avait pas tant de maillots que ça à donner, parce qu’on les payait. J’ai échangé le maillot du match à la fin au Parc des Princes avec Mario Yepes, en coupe de France, quand on a joué avec Nîmes (3-0, 32e de finale, le 7 janvier 2007). Je me souviens de ce match parce que c’était le premier de Marcelo Gallardo. J’ai fait un autre 8e de finale, avec Orléans.

Une phrase que tu aimes prononcer ?
Je me souviens que quand j’étais jeune joueur, je voyais des phrases au tableau, je comprenais le sens mais pas la profondeur… J’en ai des dizaines, parce que j’aime beaucoup les citations, la littérature, la poésie. « On n’a que ce que l’on mérite ! »

Le SC Sète évolue cette saison en Régional 2. Photo Alan Reale / SC Sète / @_bykitsu

Tu étais un joueur plutôt…
Hargneux, joueur et, sans prétention, intelligent.

Tu es un entraîneur plutôt…
Passionné, exigeant et humain.

Une idole de jeunesse ?
Marcel Dib. Va savoir pourquoi ! La chevelure, la grinta… Et j’aimais Monaco quand j’étais jeune. Vers l’adolescence, j’aimais un joueur comme Eric Cantona. Des joueurs de caractère mais humain. Plus tard, Iniesta, Messi…

Loisirs ?
Dernièrement, je me suis mis au padel à Sète et je me suis inscrit dans une salle de sport pour retrouver un peu la ligne. J’avais besoin de refaire de l’exercice. L’an passé j’ai eu quelques ennuis de santé, j’ai fait un malaise vagal au volant, au printemps. J’ai eu les cristaux à l’oreille interne, quand ça t’arrive, ça fait flipper. Le boulot, le foot, le boulot… j’ai exposé en plein vol. J’ai fait un burn out. Heureusement, j’étais à 500 mètres de la maison. Cela m’a fait un peu peur. Je me suis rendu compte qu’il fallait reprendre les bonnes bases.

Le club de Sète ?
Sète, c’est un peu comme Nîmes, Marseille, c’est volcanique, il y a beaucoup de hauts et de bas. C’est un club passionné, inspirant, qui n’est pas à sa place, avec une identité forte, une histoire, mais trop de montagnes russes.

Ligue Occitanie / Régional 2 (poule A) – samedi 15 novembre, à 18h : ES Pays d’Uzès – SC Sète, au stade Louis-Pautex.

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  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH et SC Sète / Alan Reale / @_bykitsu
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Grand fan de Paolo Maldini, Michael Jordan et Novak Djokovic, l’ex latéral de l’OL et de l’AJ Auxerre (41 ans) confie aussi s’être déjà inspiré de Youtubers pour mener certaines de ses missions à bien. Curieux et ouvert d’esprit, sa soif d’apprendre lui permet de s’adapter, de se développer et de s’épanouir dans son quotidien d’entraîneur.

Par Karel WEIC – mail : contact@13heuresfoot.fr

Photos : FC Limonest/Dardilly/Saint-Didier

Quatre titres de champion de France, 144 matchs de Ligue 1 sous les couleurs de l’OL, Monaco et Auxerre, 14 apparitions en Ligue des champions, un passage en Norvège : Jérémy Berthod a vécu une riche carrière de footballeur. Des expériences que l’ex-latéral gauche met aujourd’hui au profit d’un rôle auquel il continue de se former chaque jour, celui d’entraîneur principal.

Actuellement aux commandes de l’équipe fanion du Football Club Limonest / Dardilly / Saint-Didier en National 2, le champion du monde U17 (en 2001) fait preuve d’assez de sagesse et d’humilité pour grimper les échelons avec patience. Sa nouvelle casquette de jeune coach vissée sur la tête, il est passé par bon nombre d’étapes et a relevé une belle variété de défis en l’espace d’une dizaine d’années.

De Sarpsborg en Norvège aux équipes de jeunes de Domtac (club né en 2022 de la fusion entre Dommartin et La Tour-de-Salvagny) ou de l’OL, en passant également par Ain Sud, le FCLDSD, Villefranche Beaujolais et Hauts-Lyonnais, il a sillonné les divisions françaises avec l’ambition de gravir pas à pas les marches de son « escalier ». Le tout guidé par un mot d’ordre essentiel et revenu à plusieurs reprises au cours de l’agréable entretien qu’il nous a accordé, « l’adaptabilité ».

Interview : « Il faut s’adapter tout le temps ! »

Jérémy, est-ce que devenir entraîneur a toujours été une option évidente ?
Non. Au départ de ma carrière de joueur, je ne pensais pas forcément à ma reconversion. Et puis plus les années passent, plus on commence à se dire que c’est bientôt la fin et qu’il va falloir faire autre chose. Au début, je n’étais pas parti pour être entraîneur parce que je ne me sentais pas avoir les compétences, ni l’envie. Je voulais rester dans le sport, mais d’une autre façon. Et en fait, vers la fin de ma carrière, j’ai commencé à me dire que transmettre ce qu’on m’avait transmis pouvait m’intéresser. C’est pour ça que je suis parti dans le métier d’entraîneur dès la fin de ma carrière de joueur.

« Permettre à des joueurs de réaliser leur rêve »

Vous avez croisé beaucoup d’entraîneurs notables, certains d’entre eux vous ont-ils particulièrement inspiré ?
Je me suis inspiré, et je m’inspire encore aujourd’hui, de tous les coachs que j’ai eus. Que ce soit des sources positives ou négatives, je me sers de toutes les expériences. J’ai été marqué par tous mes formateurs à l’OL, mes entraîneurs en professionnel, en sélection nationale ou même en amateur lorsque j’ai joué ma dernière saison à Domtac. Mais si je devais choisir, je dirais peut-être mes formateurs à l’OL. J’ai réussi à devenir professionnel grâce à mon travail, déjà, mais aussi grâce au travail de ceux qui m’ont formé à Lyon. Quelque part, j’avais envie de leur ressembler et de transmettre comme eux m’ont transmis, de permettre à des joueurs de réaliser leur rêve.

Vous avez eu un parcours de coach assez linéaire, était-ce important pour vous de franchir les paliers progressivement ?
Oui, c’était la stratégie que j’avais mise en place. Si j’avais eu l’occasion d’intégrer un staff professionnel dès la fin de ma carrière, je me serais peut-être posé la question parce que ce sont des opportunités que l’on ne peut pas refuser. Mais comme je ne l’ai pas eu, j’ai pris ce chemin-là sur les conseils, aussi, de mon frère qui a 4 ans de moins que moi et qui est entraîneur depuis une vingtaine d’années dans la région. Il avait donc un peu plus de recul sur la question, et il m’avait conseillé de commencer par les petits échelons, notamment au club de mon village, Domtac, qui est réputé en termes de formation de jeunes et d’éducateurs. C’était une vraie bonne première fois pour me lancer, j’ai pu y faire mes bases et aujourd’hui, j’en suis très content. Pour moi, quelque part, le vrai métier d’entraîneur et d’éducateur est là. Dans ce job-là, il faut s’adapter tout le temps, et c’est dans ces moments-là qu’on apprend le plus. Quand on est dans une structure pro comme c’était le cas avec les U17 à l’OL, on a un terrain complet, les joueurs sont disponibles partout, on a du matériel à foison. On est dans les meilleures conditions, et quelque part, c’est facile. Là on peut vraiment parler de contenu, de tactique, de technique. En amateur, pour tout ce qui touche à l’organisation et à la préparation de séance, on doit s’adapter. Et c’est là où on est le meilleur, je trouve.

« En Norvège, ils aiment se faire mal »

Vous êtes passé par la Norvège, à Sarpsborg. Qu’en retenez-vous ?
J’y suis resté trois ans, et ce qui m’a marqué chez les joueurs norvégiens et scandinaves, c’est leur culte de l’effort. Ils adorent ça, ils aiment faire du sport. Typiquement, j’arrivais de France et j’avais l’habitude que les lendemains de match soient réservés à du repos ou à un décrassage. Là-bas, les joueurs voulaient faire du travail athlétique. Dans la même veine, quand on avait un jour de repos dans la semaine, nous, joueurs français à mon époque, on allait se promener avec femme et enfants. Eux, ils faisaient un autre sport ou ils allaient à la salle. Avant les entraînements, ils se préparent, et après, ils font du renforcement. C’est ce qui m’a marqué, ils aiment se faire mal. Deuxième chose, j’avais trouvé qu’il y avait de très bons joueurs et de très bons jeunes, dans un championnat sous-côté et qui n’est pas très regardé. Je trouvais que les joueurs de National en France avaient peut-être intérêt à aller jouer en Norvège, plutôt que d’être dans des championnats un peu plus inférieurs. En Ligue 1 ou en Ligue 2 norvégienne, on peut se faire une petite carrière très sympa. Sachant que c’est un championnat qui est très regardé en Allemagne, maintenant en Angleterre, au Danemark… Il y a des passerelles, le championnat norvégien ouvre des portes.

Est-ce que cette expérience vous a inspiré dans votre méthode de travail en tant qu’entraîneur ?
Oui, parce que je suis quelqu’un d’ouvert et de curieux. J’ai cherché des bonnes idées partout, je ne suis pas fixé sur mes certitudes. J’en ai, mais je sais que j’ai aussi beaucoup de choses à apprendre. Donc oui, je me suis servi de cette envie de faire du sport, de se surpasser qu’ont les Scandinaves. On le voit aujourd’hui, les études montrent que sur les lendemains de match, on peut pousser le travail athlétique. Et c’est plus à J+2 qu’il faut être un peu plus relâché. Je suis ouvert à tout, je me sers de toutes mes expériences pour me former en tant que coach.

« Avant de gérer des joueurs, on gère des hommes »

Justement, pouvez-vous me parler de votre expérience en tant que coach de la réserve de Limonest ?
Entraîner une réserve, je le conseille et je le déconseille à tout le monde à la fois. Dans le sens où c’est ce peut-être ce qu’il y a de plus dur. Vous êtes toujours tributaire de ce qui se passe en équipe première, des joueurs déçus. Ceux qu’on a la semaine à l’entraînement ne sont pas toujours ceux que l’on a en match avec les redescentes. Mais c’est ultra formateur. Même en termes de management, gérer des joueurs qui descendent de l’équipe première, avoir un projet de jeu, des idées qui doivent être en adéquation avec l’équipe première… C’est compliqué, mais c’est une expérience qui m’a vraiment forgé.

Quelle importance accordez-vous à l’aspect managérial ?
C’est fondamental. Tout est lié, mais c’est pratiquement la première chose à mettre en avant. Aujourd’hui, avant de gérer des joueurs, on gère des hommes. Dans un niveau N2 où c’est quand même précaire, et où chacun a des ambitions sportives, humaines et professionnelles, il faut arriver à concerner individuellement tous les joueurs pour un projet collectif. Et ça, c’est qui est le plus dur, mais aussi le plus passionnant. Il faut être à la fois très bon dans les rapports humains, et que le projet sportif permette aux hommes et aux joueurs de s’épanouir. C’est un travail de fourmi au quotidien. C’est pour cela aussi que j’attache beaucoup d’importance à mon staff (1). S’ils sont performants sur le côté technique, cela va me décharger un peu et je vais pouvoir davantage me concentrer sur mon rapport avec les gars.

(1) Le staff est composé de Romain Durand (adjoint), Guillaume Camors (entraîneur des gardiens), Tristan Dupont (préparateur physique), Alexandre Jay (analyste vidéo), Serge Cros (dirigeant) et Mathieu Bouyer (médical).

À Ain Sud Foot, vous devenez entraîneur principal d’une équipe fanion, en National 3. Avez-vous l’impression de passer un cap à ce moment-là ?
Oui, parce que quand on passe sur l’équipe première, on change de dimension dans le regard des autres, dans l’importance que l’on prend au club, dans les tâches que l’on a à faire. Il y a la relation avec les présidents, le directeur sportif, la gestion d’un budget, le recrutement, la mise en place du projet sportif du club quand on nous le demande… On change complètement de dimension, et c’est super intéressant mais il faut être armé pour. Parce qu’il y a beaucoup plus de choses que lorsqu’on est juste entraîneur – et ce n’est pas péjoratif – des U19, des U20, ou de la réserve. J’étais impliqué à 100% sur le recrutement. Ça s’est très bien passé à Ain Sud, mais ça reste un club de N3 qui n’a pas de recruteur. Il y avait un directeur sportif, mais il avait d’autres tâches au club. On n’a pas de spécialiste, donc on est obligé de se créer un peu notre réseau. J’ai découvert les joueurs qui appellent, les agents qui appellent aussi pour vendre leurs joueurs, il faut arriver à faire confiance aux bonnes personnes… Ce passage à Ain Sud, c’est vraiment un nouveau step, oui.

Dans votre discours, on retrouve vraiment la capacité à être multitâche…
En effet. Je dois créer mon équipe, j’ai un budget plus ou moins annoncé par les présidents. Il faut réussir à se battre pour trouver les bons joueurs, et une fois que c’est le cas, il faut persuader les dirigeants de les faire venir. Généralement, sur les mois de mai, juin et juillet, c’est la pire période pour les coachs, on n’est pas du tout en vacances. On est toujours au téléphone, et on parle très peu de football, de terrain, ce qui est notre job premier. Et moi ce que j’aime, c’est le terrain, pas être derrière un bureau. Mais ça fait partie de notre job, encore plus dans un niveau N2 ou N3, où on doit gérer les transferts, le recrutement, les joueurs, la constitution du staff avant de parler technique. C’est top aussi, quand on est coach. On appelle des joueurs que l’on veut, eux veulent venir ou non, il faut réussir à les convaincre en vendant notre projet de jeu, notre façon de faire. Je ne survends pas les choses, je ne mens pas. Je me livre pour le faire venir, et après ça match ou non.

« J’ai énormément appris aux côtés de Romain Revelli »

Par la suite, vous prenez le rôle d’adjoint de Romain Revelli à Villefranche Beaujolais, en National. Pourquoi ce choix ?
Au départ, je devais rester à Ain Sud. On avait fait une très belle saison. Puis à cause de deux, trois petits soucis en interne, je finis par partir. Et on me propose de devenir adjoint de Romain. Ça a bien matché avec lui. Il y a eu l’argument de la division, je retrouvais le monde professionnel et je grimpais de deux étages. Et puis je suis du Beaujolais, donc j’ai toujours vu Villefranche comme la grande équipe. Le National m’attirait, c’était un championnat qu’on décrivait comme athlétique, très dur. Je ne l’ai pas connu en tant que joueur, et j’avais envie de le découvrir. C’était une opportunité exceptionnelle.

Qu’avez-vous appris aux côtés de Romain Revelli ?
Énormément. Sincèrement, avec humilité, je ne suis pas du tout le même entraîneur avant Villefranche, et après Villefranche. Parce que Romain Revelli m’a amené des choses, m’a transformé. J’étais adjoint, mais j’étais aussi en observation parce que j’étais encore un jeune coach en formation. Et on n’en a pas parlé, mais je pense que quelque part, lui me formait aussi. Adjoint en National à ses côtés, ça vaut trois ou quatre années de numéro 1 sur de la N3. On avait des caractères complètement différents. Lui c’est quelqu’un d’un peu sanguin, méditerranéen – il n’y a rien de péjoratif là-dessus. Moi je suis une personne assez calme, posée. Et le mariage des deux a très bien fonctionné. C’est pour cela que quand il a été mis à pied, je suis parti avec. Je ne me voyais pas du tout continuer sans lui, j’avais vraiment créé une relation d’entraîneur assistant dévoué, qui faisait tout pour qu’il y arrive. Le fait qu’on le fasse partir, c’était aussi un peu mon échec. Humainement et sportivement, dans la façon de manager les joueurs, d’être très précis sur son projet de jeu, je garde huit mois [de grande qualité]. Romain Revelli, c’est un coach que j’aurais aimé avoir quand j’étais joueur.

En mode commando à Hauts Lyonnais

Votre expérience suivante, à Hauts Lyonnais, est encore très différente finalement…
C’est une nouvelle corde à mon arc, avec une arrivée en cours de saison (Ndlr : en National 3), avec un effectif que je n’ai pas choisi et une situation déjà critique. Le club avait six points à la trêve, avait été éliminé de la Coupe de France en 32e de finale contre Toulouse… Je n’avais jamais connu ça, le fait d’être un peu le pompier de service. Il faut avoir un message totalement différent de celui envoyé lorsqu’on construit un effectif, être très porté sur l’humain, et montrer qu’on est engagé à 200 %. J’étais le capitaine du bateau, j’arrivais pour le sauver, et si je montrais le moindre signe de faiblesse, de doute, je n’étais pas la bonne personne. Ça a été cinq mois très intenses, d’ailleurs derrière, j’ai eu les paliers de décompression pendant les vacances. Mais j’étais très frais, je venais de passer six mois sans club, j’avais ce côté revanchard. Ça a été une opportunité exceptionnelle, dans un club qui m’attirait aussi par son côté familial. Je m’étais mis en mode commando, avec des certitudes sur la manière dont j’allais y arriver. J’étais tellement convaincu, et je suis arrivé avec un plan tellement défini et préparé, qu’il a fini par se dérouler.

Avez-vous senti une connexion rapide avec votre groupe ?
Oui, ça a pris rapidement. J’ai fait des choix de joueurs, on m’a permis d’en faire venir deux de l’extérieur. J’ai embarqué mon staff sous le contrôle du président Lacand qui a aussi eu un rôle très important dans le maintien. J’étais parti dans l’idée de donner de la liberté aux joueurs, de leur faire confiance, mais sous contrôle. Qu’ils se lâchent, qu’ils comprennent que ce qu’ils pensaient impossible était en fait possible avec le travail, l’exigence, le lâcher prise. On a écrit une histoire pendant cinq mois, c’est la nôtre avec les joueurs et le staff. Quand on se revoit, on en parle. Il y avait un fil conducteur, je m’étais inspiré d’un documentaire que mon fils m’avait montré sur le Youtuber qui a gravi l’Everest. C’était impossible pour lui, et il y est arrivé. On a fait le parallèle tous les jours pendant cinq mois, avec des flashbacks, en utilisant des vidéos à lui, dans mes causeries. C’était tellement fort et intense pendant cinq mois, qu’on est liés grâce à cette histoire.

« Mon projet de jeu, c’est l’efficacité »

Quels sont vos principes de jeu ?
Je suis un peu hybride. Tout le monde veut bien jouer au ballon, faire des passes. Mais dans le football, il y a un adversaire, le niveau des joueurs, le groupe de joueurs qu’on peut avoir en fonction de nos capacités économiques, le niveau de la poule… Plein de paramètres entrent en compte. On parle de projet de jeu, de ce qu’on veut mettre en place, mais il y a une réalité. Le mot pour décrire mon projet de jeu, c’est l’efficacité, à la fois défensive et offensive. Je veux une équipe, comme le disait Alain Pochat (actuel entraîneur de l’Aviron Bayonnais en N2), un peu caméléon. Qui est capable, sur un match où l’adversaire est supérieur, de défendre en bloc bas et de partir sur des transitions, mais aussi d’avoir la possession sur un match où l’on est mieux. Je n’ai pas un projet de jeu clairement défini. Ça vient peut-être de mon profil, je n’étais pas le plus rapide donc je compensais par l’aspect tactique, l’intelligence de jeu. Donc je veux des joueurs capables d’être intelligents, d’attaquer et de défendre dans n’importe quel système. C’est du travail à intégrer mais je sais que le club me laisse le temps, et j’en passe beaucoup sur les séances pour travailler ça.

Vous avez toujours entraîné dans la région rhodanienne, c’est un souhait ?
Je ne me suis jamais posé la question pour le moment. J’ai toujours eu des opportunités dans la région. Et sur la région Auvergne Rhône-Alpes, il y a énormément de bons clubs qui évoluent à un niveau intéressant. Je n’ai jamais eu l’occasion d’aller entraîner ailleurs en France, on ne m’a jamais demandé et je n’ai jamais postulé non plus, parce que je ne sais pas faire. J’ai des enfants qui ont 6 et 13 ans, bouger avec eux aujourd’hui, cela risque d’être un peu plus compliqué. Dans l’idée, si je me faisais un plan de carrière avec mon épouse, on resterait dans la région à court, moyen terme. Et une fois que les enfants seront plus grands, on pourra bouger sans eux, ça peut être un projet.

« Mon objectif va être de passer le BEPF »

Quels diplômes possédez-vous ? Souhaitez-vous en obtenir d’autres ?
J’ai passé le DES il y a quatre ans, on était une belle promotion de la région Rhône-Alpes avec Laurent Combarel, Romain Reynaud, Andréa Damiani, Florent Balmont… On était tous ensemble. L’objectif va être de passer le BEPF. Je ne sais pas quand, mais c’est quelque chose dont j’ai envie, je sais que j’ai encore des choses à apprendre. Il y a le côté immersion dans un club ou au contact de personnes, mais il y a aussi le côté formation avec la Fédération qui est important pour échanger avec des stagiaires et avoir ce diplôme qui nous permet de postuler plus haut.

Comment s’est déroulé votre retour au FC Limonest DSD ?
Franchement, ça a été un tiraillement. Ça a été très dur, mais une personne a été exceptionnelle, c’est le président Bruno Lacand de Hauts-Lyonnais. Il m’a fallu une semaine pour lui annoncer que le club de Limonest m’avait contacté pour prendre la suite et que j’avais envie d’y aller. Mais l’aventure que j’ai connue avec Hauts-Lyonnais me donnait vraiment envie de rester. Même si c’était une mission à court terme, j’avais commencé à poser des bases pour l’année suivante et je m’entendais très bien avec le staff, je sentais qu’on pouvait surfer là-dessus. En même temps, Limonest, j’y avais déjà été sur la réserve, je voulais être avec l’équipe première, il y avait la proximité avec la maison et puis le niveau de pratique. C’était la suite logique, pour moi, d’être numéro 1 sur de la N2. Dans mon escalier, c’était la marche suivante. Quand je l’ai annoncé au président Lacand, il m’a dit qu’il s’y attendait et qu’il comprenait tout à fait mon désir d’aller voir à l’échelon du dessus. Je me suis fait mal à l’estomac pendant une semaine alors qu’en face de moi, j’avais une personne compréhensive et qui pense au bien des personnes avant le sien.

« On n’est pas du tout largué en N2 »

Ce niveau National 2, est-il vraiment aussi élevé que ce à quoi vous vous attendiez ?
Oui et non. Si je faisais ma conférence de presse de début de saison aujourd’hui, je dirais que c’est encore plus dur que ce à quoi je m’attendais. Mais ce qui est paradoxal, c’est que je ne m’attendais pas à ce qu’on ait ce niveau-là et à ce qu’on rivalise autant avec tout le monde. Je m’attendais à ce qu’on soit peut-être en difficulté, mais on ne l’est pas du tout, hormis ce récent match contre Istres (ndlr : le 18 octobre, Limonest s’est incliné sur le score 4-1) où je n’ai peut-être pas été très bon avant la rencontre. Si on gagnait, on était 5e, donc j’ai commencé à parler un peu de classement aux joueurs. Mais on a perdu, et on est avant-dernier (ndlr : avec le point pris face à Saint-Priest, Limonest est actuellement 14e sur 16, à 3 points du 7e). On n’est pas largué du tout, le début de championnat est plutôt intéressant. Contre Cannes (1-1), on encaisse le but égalisateur à la 97e, mais je ne vois pas pourquoi il y a sept minutes de temps additionnel. On a perdu contre Saint-Maur chez nous (0-1) sur un « csc », mais ils n’ont pas vraiment eu d’occasion, on s’est incliné à Nîmes (2-0) qui est un club historique. Mais on a aussi fait un super nul à Hyères (1-1), on est allé gagner 1-0 à Andrézieux. Sur cette récente défaite face à Istres, on a été battu parce qu’on n’était pas à 100 %. Ce que je remarque, c’est qu’on est une équipe jeune, qui se découvre, dont beaucoup de joueurs découvrent le niveau. Et le jour où on n’est pas tous à 200 %, on perd et on n’a pas de marge. Le constat, c’est ça. On le sait, les joueurs sont déjà concernés et doivent être encore plus dans l’optique d’être toujours à fond. Dans le foot, depuis quelques années, en N3, R1, R2, R3, tout le monde peut battre tout le monde. C’était moins vrai avant.

En tant qu’entraîneur principal de l’équipe fanion, ressentez-vous plus de pression ?
Il y a forcément des attentes, mais c’est normal, c’est un club qui monte. J’aime à rappeler aux gens qu’on est un promu qui a fini premier l’an passé, et je félicite d’ailleurs le club et Romain Reynaud (coach la saison passée), je sais à quel point c’est dur de monter. Mais ce n’est plus du tout le même championnat. Des matchs, on en gagnera, mais on en perdra aussi et on en a déjà perdu. Il ne faut pas s’attendre, à chaque match à domicile, à voir l’équipe gagner, et si elle est dixième, penser que ce n’est pas normal parce qu’elle a été première la saison dernière. Aujourd’hui, c’est différent. Donc oui, il y a des attentes des supporters, des licenciés, du club qui veut rester en N2, mais sans cette pression. Je sens un environnement, notamment les présidents et le directeur sportif, qui sont venus me chercher. Quelque part, je devais prolonger à Hauts-Lyonnais normalement, j’étais parti là-dessus. Et s’ils sont venus me chercher, c’est qu’ils ont confiance en moi et dans le projet. L’objectif, c’est de pérenniser le club en N2 avec ma vision de l’équipe et du sportif. Si c’est moi qui met les choses en place, ça veut dire que je suis là pour un petit moment. Ça donne confiance quand on est coach, parce qu’on voit qu’il y a une confiance des présidents et que c’est sur la durée. Ce qui est dommageable dans ce milieu-là, c’est que lorsqu’on est entraîneur, on ne peut pas emmener son projet parce que ça demande du temps et qu’on ne nous en laisse pas. On n’est pas nous, parce qu’il faut des résultats tout de suite.

Jérémy Berthod, du tac au tac

Votre meilleur souvenir sportif ?
Mon premier titre de champion de France avec l’OL.

Votre pire souvenir sportif ?
La descente en Ligue 2 avec l’AJ Auxerre.

Combien avez-vous reçu de cartons rouges dans votre carrière ?
Un seul, contre Montpellier, de monsieur Piccirillo. C’étaient deux jaunes : le premier, je mets une semelle à Belhanda, et le deuxième, je gagne du temps sur une touche. Je ne voulais pas, mais c’est mon pote Benoît Pedretti qui est au milieu et qui m’envoie le ballon un peu mollement, je me retrouve à devoir jouer la touche doucement.

Si vous n’aviez pas été footballeur, qu’auriez-vous fait ?
Journaliste de sport ! J’adore le sport, je les adore tous. Avec mon frère, on regarde toutes les compétitions sportives, on a toujours fait ça avec mon père et encore aujourd’hui avec mon frère, on en parle tout le temps.

Vos qualités et vos défauts sur un terrain ?
En qualités, je dirais la technique et l’intelligence de jeu. Et en défauts, le côté athlétique, la vitesse et la confiance en soi.

Et dans la vie de tous les jours ?
Ma qualité, la générosité. Et en défaut, je peux être lunatique.

Le club où vous avez failli signer ?
J’avais eu Frédéric Antonetti à l’époque de l’OGC Nice. J’étais à l’OL en 2005 ou en 2006, il m’avait dit qu’il faisait signer Bakari Koné et que le futur stade arrivait. J’étais très intéressé, parce que c’était l’époque où je jouais moins à l’OL, mais je n’avais pas signé là-bas.

Le club dans lequel vous auriez rêvé de jouer ?
Le Milan AC. Avec Paolo Maldini, mon idole.

Le meilleur match de votre carrière, d’un point de vue performance ?
Le derby OL – ASSE qu’on gagne 3-2 à domicile (ndlr : le 26 février 2005).

Et le pire ?
Alors celui-ci, je peux répondre tout de suite. Metz – Lyon, en 2004 ou 2005 (ndlr : le 22 août 2004, score final 1-1). En face, ils avaient un joueur qui n’était pas très connu à l’époque, Franck Ribéry. Il m’avait fait très-très mal. D’ailleurs, à la mi-temps, Paul Le Guen m’avait dit “Jérémy, on arrête là” et j’avais répondu “Oui, merci”. J’étais sorti à la pause, c’est vraiment le match où j’ai été catastrophique. Mais en face, il y avait quand même un mec monstrueux et qui m’avait rendu catastrophique. Quelque part, même si j’avais été bon ce jour-là, ça aurait été compliqué de l’arrêter. Et quand on voit sa carrière après, franchement… Il partait de très loin, il arrivait lancé, moi je n’étais pas sur mes appuis, il passait à droite, à gauche, c’était très compliqué.

Un stade et un club mythique ?
Le club, le Milan AC. Et pour le stade, j’ai été très marqué par le Celtic Park quand on est allé y jouer avec l’OL en Ligue des champions. Quand on s’échauffe, il y a 10 000 personnes, quand on revient, il y en a 80 000 avec une ambiance de fou. Je n’ai jamais joué dans un stade anglais, comme celui de Liverpool (ndlr : Anfield), mais l’ambiance écossaise, c’était très costaud.

Si vous deviez citer un coéquipier marquant ?
J’ai toujours adoré être le coéquipier de Sylvain Wiltord. Quand il arrive à Lyon en provenance d’Arsenal, pour moi c’est le joueur que j’ai vu marquer à l’Euro 2000 contre l’Italie à la télévision. Et il est assis à côté de moi dans le vestiaire, c’était quelque chose d’extraordinaire pour moi. C’est quelqu’un qui est exceptionnel avec les jeunes, et un leader d’entraînement comme j’en ai rarement vu. Toujours avec le sourire pendant les séances, toujours à remercier le centreur lorsqu’il faisait des reprises à la fin, à remercier les gardiens d’être resté. En termes de leadership, de charisme, d’homme, il était exemplaire dans tout ce qu’il faisait.

Vous diriez que vous étiez un joueur plutôt comment ?
J’allais dire besogneux, comme je le dis à mes joueurs, ce n’est pas forcément péjoratif… Non, je dirais un joueur fiable, engagé et collectif.

Et un entraîneur plutôt comment ?
Juste, passionné et curieux, ouvert d’esprit.

Votre idole de jeunesse, c’est donc Paolo Maldini ?
Ça a été mon idole, j’ai joué contre lui et j’ai eu son maillot grâce à John Carew qui le connaissait après notre élimination avec l’OL face au Milan AC. Il y a aussi Michael Jordan, et aujourd’hui, je suis obligé d’en parler parce que si mes joueurs, mon staff, et ma famille voient que je ne l’ai pas évoqué dans l’interview (rires)… Je peux également citer Novak Djokovic. Ce n’était pas forcément dans ma jeunesse, parce qu’il a commencé sa carrière en même temps que moi. Mais s’il y a vraiment une personne que j’aimerais voir au point de payer pour, c’est bien Djokovic. Hors foot, c’est le numéro 1 incontesté pour moi.

Donc entre les trois monstres du tennis, votre choix est fait ?
Il n’y a pas débat. Il y a Nadal, il y a Federer, mais il y a Novak. Il faut savoir qu’avec un collègue, je prends des places pour Roland-Garros, pour le Paris Masters 1000 tous les ans pour le voir. Je suis un fan absolu.

Dernière question, le club de Limonest en quelques mots ?
C’est un club qui est en perpétuel progrès, en perpétuelle expansion. Avec des bénévoles au top, qui aident les éducateurs au quotidien et pendant les matchs. C’est un club à la fois familial et ambitieux, tout en gardant l’humilité d’un club de village dans un territoire lyonnais où il y a de la concurrence.

National 2 (J10) – samedi 8 novembre 2025 : GFA Rumilly (1er) – FCLDSD (14e), à 18h au stade des Grangettes 1.

  • Texte : Karel WEIC / X @KarelWeic / mail : contact@13heuresfoot.fr
  • Photos : FC Limonest DSD
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Le coach charentais le dit lui-même : il est « impulsif et volcanique ». Sur le banc, il renvoie parfois une image éloignée de celle qu’il affiche au quotidien, et qu’il combat. Son expérience et son admission au BEPF, où il s’enrichit et revisite les outils de formation, doivent l’aider à progresser. Après tout, à 54 ans, il n’est jamais trop tard !

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : ACFC

David Giguel est né un vendredi 13. Mais cela n’a rien à voir avec le football et cela n’a eu aucune incidence chez lui en termes de malchance ! « Je considère même que ça m’a porté bonheur, et ma belle-mère est né un vendredi 13 aussi ! » Quand on lui demande son âge (54 ans, 55 le 13 novembre prochain), il aime bien raconter cette anecdote. Parce que ça l’amuse. D’ailleurs, au cours de cet entretien matinal de près d’une heure en visio – rendez-vous à 7h15 devant l’ordi, café à distance ! -, le natif de Louviers (Eure), une petite ville de 20 000 habitants située entre Rouen et Évreux, a semblé bien s’amuser.

Détendu, convivial, ouvert, cool, David Giguel a souvent rigolé, à la fin d’une question, ou à la fin d’une réponse. Un petit moins quand même lorsque l’on a abordé son caractère « impulsif et volcanique » – c’est lui qui le dit – notamment sur le banc, et l’image qu’il pouvait renvoyer.

Au fil de l’entretien, débuté par le « tac au tac », histoire de raviver ses souvenirs de joueur et aussi d’entraîneur (1), les membres de son staff technique sont arrivés et se sont installés dans le bureau pour préparer la séance du matin (2). Cela aurait pu rendre la suite de notre entretien moins « intime » mais leur présence n’a en fin de compte eu aucune incidence sur son côté naturel. Le coach d’Angoulême, qui répète souvent « C’est top », est resté tel qu’il est : cash. Jamais il n’a manipulé la langue de bois.

Angoumoisin jusqu’en 2028

En février dernier, le Normand, arrivé sur le banc de l’ACFC (Angoulême Charente Football-club) en 2021, a signé un nouveau bail qui le conduira – en principe – jusqu’en 2028 ! Ce qui ferait une belle longévité de sept saisons au stade Lebon. Un septennat ! Et c’est déjà beaucoup, surtout dans le contexte actuel. Mais avec l’obtention de son diplôme professionnel en 2026 – il suit actuellement la formation du BEPF à Clairefontaine (3) -, qui dit qu’il n’aura pas des envies d’ailleurs ? Des envies de plus haut ? La question lui a été posée. Vous lirez sa réponse, plutôt surprenante.

Pour l’heure, le coach est focus sur sa mission : obtenir un maintien rapide en National 2 avec Angoulême, avant de viser mieux et pourquoi pas jouer les trouble-fêtes en haut du tableau. Le départ canon de son équipe, leader après 4 journées (10 points sur 12), a laissé entrevoir de réels espoirs, mais par la suite, le rythme a quelque peu baissé (4 points sur 12), avec deux revers en quatre matchs, dont un à domicile contre Avranches. Franchement rien d’alarmant. Hier soir, l’ACFC a renoué avec le succès face à Saint-Malo (1-0).

Interview : « Dès fois, ça sort tout seul ! »

David, dans un an, avec l’obtention du BEPF, vous serez éligible aux étages supérieurs au N2, et vous avez signé à Angoulême jusqu’en juin 2028… Y-a-t-il une ambition de votre part d’aller en pro avant la fin du contrat si l’occasion se présente ? Y-a-t-il un « gentleman agreement » avec Angoulême ?
En fait, quand j’ai signé ma prolongation de 3 ans à l’hiver dernier, le club voulait me donner 2 ans. C’est moi qui ai insisté pour avoir une 3e année. Si le club est satisfait de moi, si les résultats sont bons, si on a envie de continuer l’aventure ensemble, je ne vois pas pourquoi je quitterais Angoulême en cours de contrat. L’idée, c’est que l’on aille ensemble au bout, qu’on mette tout ce qu’il faut pour avoir les meilleurs résultats possibles.

Après, si je suis allé au BEPF, ce n’est pas uniquement pour entraîner une équipe professionnelle, c’est aussi pour chercher des contenus de formation, car cela faisait longtemps que je n’en avais pas suivis, même si au Qatar j’ai eu des possibilités de le faire, mais depuis mon retour en France (en 2015, à Dieppe, en CFA), je n’ai plus eu de formation. Et puis je pense que le BEPF sera un diplôme peut-être pas obligatoire mais nécessaire pour garder du boulot aussi en National 2, parce qu’on voit bien qu’il y a beaucoup d’entraîneurs qui sont allés au BEPF lors des dernières sessions et qui sont aujourd’hui en N2, en N3, voire sans club.

Voilà, quelque part, c’est comme d’aller au bout du process, j’ai passé tous les diplômes, à partir du « formateur ». Je sais aussi que quand on arrive à mon âge, même si je considère que je suis encore jeune, des opportunités pour aller en Ligue 1 ou en Ligue 2, si ce n’est pas adjoint, il va falloir que je me dépêche, que j’ai beaucoup de réussite, que les planètes s’alignent rapidement, parce que c’est compliqué d’aller dans ce monde-là. Je suis bien à Angoulême. Après, dans le foot, vous savez très bien que ce sont les résultats qui conditionnent tout. Donc demain, si on est amené à avoir de mauvais résultats, on verra ce que décide le club ou ce que l’on décide peut-être ensemble ou alors ce que je décide tout seul si je sens qu’il y a eu une usure. Mais aujourd’hui, ce n’est pas d’actualité. Je viens chaque matin au club avec autant d’envie et de passion.

Et de très bonne heure apparemment…
J’arrive toujours entre 7h et 7h30. On démarre à 7h30 / 7h45. On a des journées denses. Le soir, selon les gars, selon les emplois du temps, on part entre 17h30 et 19h30.

Comment ça se passe avec les collègues au BEPF ? En connaissiez-vous certains déjà ?
Je connaissais Stef’ Dief (Le Puy, National) et Stef’ Masala (Chambly, N2, ex-entraîneur des Herbiers et finaliste de la coupe de France en 2018), que j’avais croisés en National 2. Je connaissais de nom ceux qui étaient dans les clubs pros. Je suis souvent avec Gueïda (Fofana) qui est Normand comme moi, on s’est un peu plus rapproché, je ne le connaissais pas, on est souvent l’un à côté de l’autre. Mais tout le monde est très ouvert, désireux d’apprendre, que ce soient ceux qui viennent du monde amateur ou du monde pro comme Damien Perinelle, Jordan Galtier ou Gueïda. En fait, dans cette session, tout le monde a envie.

Débuts d’entraîneur à Marmande

Ce métier d’entraîneur, c’est venu comment ?
En fin de carrière, j’ai joué en CFA (N2) à Dieppe mais j’avais envie d’autre chose, et le club de Marmande cherchait un responsable technique des jeunes et aussi un entraîneur pour sa réserve, qui était en DSR (Régional 3) à l’époque. J’ai passé deux entretiens, j’ai été pris, et c’est là que j’ai pu me consacrer à l’encadrement, même si au départ j’avais la double casquette d’entraîneur-joueur en réserve. On est monté de R3 en R2 (DHR).

C’est donc là qu’est vraiment venue cette envie d’entraîner ?
J’ai passé le Brevet d’État à 23 ans quand j’étais joueur au FC Rouen, et puis Daniel Zorzetto, le coach, avait imposé que les joueurs du centre de formation encadrent des équipes de jeunes. Je me suis pris au jeu, ça m’a plu. Et dans les clubs où je suis passé ensuite, j’ai continué. C’était naturel pour moi ensuite de me diriger dans cette voie.

Vous avez connu pas mal de coachs, certains vous ont forcément marqué…
Il y a toujours des choses bien à prendre chez tous les entraîneurs et d’autres choses que je ne ferais pas non plus, mais celui qui m’a vraiment marqué, parce que je l’ai eu au centre de formation puis en pro, à Rouen, c’est Daniel Zorzetto. D’autres aussi m’ont marqué, comme René Le Lamer, Nasser Larguet, un formateur exceptionnel et un mec top aussi. Même quand j’étais à Doha, j’ai rencontré des top coachs, des Hollandais, des Portugais. J’ai pris des choses chez chacun d’eux et j’essaie de les remettre à ma sauce. Je ne me suis pas quelqu’un qui se dit, « Le foot c’est comme ça et pas autrement, pour réussir, il faut prendre cette voie-là », non…

« J’aime ce que fait Franck Haise »

Qui sont vos inspirateurs aujourd’hui ?
J’aime ce que fait Franck Haise (Nice), ce que fait le coach de Strasbourg Liam Rosenior aussi, ce que fait Gasperini à Rome et déjà ce qu’il faisait à l’Atalanta Bergame, Guardiola, Klopp… C’est ça qui est bien dans le foot, il y a plusieurs moyens de réussir, d’obtenir des résultats. Je m’inspire de tous les mouvements, je les remets à ma sauce, avec l’idée que mon équipe soit la plus performante possible dans le plus de domaines possibles afin d’être le plus imprévisible possible.

C’est pour ça que vous aimez bien surprendre vos adversaires, que vous n’êtes pas figé sur un système ?
C’est vrai que je ne joue pas tout le temps avec le même système (rires). Après, on peut mettre un système sur le papier et ensuite, tout dépend comment on l’anime. Il ne faut jamais oublier que ceux qui font les résultats, ce sont les joueurs. Pas le coach. Les joueurs sont les plus importants. J’avais un débat justement avec Francky (Haise) quand on était joueur à Rouen (lire le « Tac au tac » plus loin), il me disait qu’il fallait que l’entraîneur soit bon, qu’il soit pour 40 % dans les résultats de son équipe, et je lui disais qu’avec 20 %, déjà, c’était bien. Je crois que depuis, il est d’accord là-dessus. Si tu n’as pas les joueurs, tu peux être Garcimore (un magicien dans les années 70 célèbre à la TV, Ndlr), il faut être capable de développer et de tirer la quintessence de ton groupe de joueurs, mais au bout d’un moment, il y a des limites quand même.

Vous n’auriez donc pas de système préférentiel ?
J’aime bien le 4-3-3 quand même, avec une pointe basse, mais parfois, je fais autre chose, par rapport à ce que j’ai vu dans la semaine aux séances, ou par rapport à l’adversaire. On a beaucoup joué comme ça cette année, mais j’ai le souvenir aussi que, la saison passée, au Puy, on a joué avec six défenseurs (rires), quatre dans l’axes et deux sur les côtés, et ça avait beaucoup énervé Stef’ Dief, le coach (camarade de promotion cette année au BEPF). On avait eu beaucoup de réussite et un grand gardien ce soir-là, on avait gagné 1 à 0 à la dernière minute sur penalty !

« Ce n’est pas l’image que je veux renvoyer »

Soir de victoire de l’équipe de National 2 !

La transition est trouvée : vous aviez énervé le coach adverse mais parfois, c’est vous qui êtes énervé, excité sur le banc… Avez-vous conscience que l’image renvoyée au bord du terrain n’est pas forcément toujours bonne, que votre réputation en pâtit ?
Oui, et ce n’est pas ce que je voudrais… J’essaie de m’améliorer. Je pense que ça va mieux quand même aujourd’hui, mais je ne peux pas vous dire l’inverse, je suis quelqu’un d’assez impulsif, volcanique parfois. J’essaie avec l’expérience de mieux me maîtriser parce que ce n’est pas l’image que je veux renvoyer non plus, d’autant que ce n’est pas comme ça que je suis à l’extérieur. Vous me parliez de l’entraîneur de Grasse (Loïc Chabas), contre qui on a joué la saison passée, eh bien avant le match, on a discuté, ça s’est très bien passé, et pendant le match, c’était beaucoup moins bien (rires).

D’où vient ce côté « impulsif et volcanique » ?
J’étais déjà comme ça quand j’étais joueur, hargneux, avec un caractère pas facile, donc c’est un trait de mon caractère. Est-ce que c’est inné ou est-ce que c’est mon enfance qui a fait que je suis devenu comme ça ? Je ne sais pas. En tout cas, quand je vois le résultat, c’est sûr que je n’ai pas envie de donner cette image. J’essaie de prendre sur moi, d’être beaucoup moins impulsif, de prendre du recul par rapport aux événements qui se produisent sur le terrain. Ce n’est vraiment pas l’image que je veux renvoyer aux autres, aux éducateurs du club, aux gens qui viennent nous voir au stade. J’essaie vraiment de diminuer ce trait de mon caractère. J’aimerais que cela n’arrive plus.

« On doit avoir ce devoir d’exemplarité »

À la formation du BEPF, c’est quelque chose qui est évoqué ?
Oui, on en discute aussi, on a Chloé Leprince, de la FFF (psychologue et chercheure en sciences du sport), qui intervient avec nous, nous responsabilise, nous amène des outils pour que l’on puisse mieux gérer ça, mieux contrôler nos émotions, d’autant qu’on demande la même chose aux joueurs, de contrôler leurs émotions. Et si on veut qu’ils répondent, on doit avoir ce devoir d’exemplarité qui est important, et qui devrait nous caractériser plutôt que d’avoir ces attitudes comme celles évoquées.

Avez-vous déjà vu des images de vous en train de vous énerver ?
Ah oui, oui, plein de fois… En fait, les coachs que tu rencontres avant le match, ce sont des gars comme moi, souvent cool, sympas, alors ça ne sert à rien de s’insulter pendant 95 minutes, de s’invectiver, alors que l’on fait le même boulot, que l’on a les mêmes contraintes, les mêmes problèmes. Quelque part, c’est vraiment con. Par contre, moi, après le match, c’est terminé, je peux discuter avec un coach adverse, j’arrive à switcher, je retrouve le calme, je passe très vite à autre chose. Mais quand même, c’est sûr, il ne faudrait pas faire ça, on est de la même corporation. Quand on se voit dans les formations, ça se passe très bien en plus, on va boire des coups ensemble. Avec Stef’ Dief et Stef’ Masala (entraîneur de Chambly), qui sont à la formation du BEPF avec moi, on s’est « traité » pendant nos matchs, alors que j’échange avec eux en dehors du cadre du match où il y a de la tension; ce sont de supers gars, donc quand quelque part, c’est stupide. J’avais lu l’entretien que vous aviez réalisé avec Stef’ (Dief), parce que je m’étais embrouillé avec lui, et il en parle. Je sais qu’il consulte.

Et vous ? Vous consultez ?
(Rires) Non, non, ni préparateur mental, ni psy, mais je ne dis pas que ce n’est pas bien de le faire, au contraire. Je pense que c’est utile. J’ai eu des entretiens avec Chloé Leprince, elle m’a amené des choses, donc ce serait peut-être une solution. J’essaie déjà de me contrôler, de mettre des mécanismes en place avant les matchs notamment, et même aux entraînements, parce qu’il m’est arrivé d’être volcanique aux séances aussi alors que cela ne servait à rien non plus, il y a d’autres moyens pour résoudre les problèmes. Donc ces outils, j’essaie de les mettre en place. Peut-être qu’un jour, j’irai consulter. Je sais que ça fait partie des méthodes.

« L’image fait partie de la panoplie de l’entraîneur »

Indépendamment de votre caractère, vous êtes quelqu’un qui parle facilement, et sur le terrain, vous parlez aussi beaucoup…
Exactement (rires) ! Je parle beaucoup sur un banc, dès fois ça sort tout seul, alors que ça ne devrait pas !

Mais de trop parler, est-ce qu’il n’y a pas le risque d’énerver aussi vos joueurs ?
Les joueurs disent rarement quoi que ce soit ou ce qu’ils pensent de vous. Il y a toujours cette frontière. Je vous dis, j’essaie vraiment de mettre en place des choses pour m’améliorer, parce que je sais que cela fait partie de la panoplie de l’entraîneur, parce qu’aujourd’hui, l’image est importante. D’ailleurs, pour moi, elle est même devenue trop importante. La communication, l’image, ce que vous renvoyez en dehors de ce que vous mettez en place dans les séances de travail et dans les matchs, c’est vraiment devenu un domaine que l’on ne peut pas négliger; je vois bien qu’il y en a certains qui se vendent plus avec leur image qu’avec leurs compétences.

On a l’impression qu’avec vous sur le banc, affronter Angoulême, c’est un peu comme monter sur un ring de boxe… Et puis, vous l’avez dit vous-même : joueur, vous étiez hargneux; votre équipe est à votre image, non ?
(Rires) Je crois que la boxe, on l’appelle le notre art, non ? Donc les deux sont conciliables ! Je peux avoir une équipe qui met beaucoup d’agressivité dans le bon sens du terme quand elle n’a pas le ballon. Regardez le PSG, dont on parle beaucoup aujourd’hui, c’est une équipe qui instaure un pressing de tous les instants, qui fait beaucoup de « un contre un » dans la moitié adverse du terrain, ce qui fait que si vous n’êtes pas dans le duel, dans le combat, eh bien le ballon, vous ne le récupérez jamais, surtout dans ce type de système. Je peux demander beaucoup de choses dans le duel à mon équipe mais aussi d’être capable de bien utiliser le ballon. Nous, à Angoulême, c’est ce qu’on essaie de faire depuis au moins 3 ans : améliorer nos attaques placées, notre capacité technique d’utilisation du ballon et être capable de déséquilibrer nos adversaires.

« La descente en N3, l’an passé, on y a tous pensé ! »

La saison passée, Angoulême a, à la surprise générale, évolué dans la poule Sud de N2 : c’est quoi la différence avec la poule ouest, que vous avez retrouvée cette saison ?
L’an passée, la chose la plus importante, c’était les déplacements, qui ont vraiment impacté notre fin de saison. Je pense que si l’on avait eu moins de déplacements lointains, on aurait mieux terminé, on aurait attrapé une meilleure place que la 6e. Sinon, le N2 du sud est composé d’individualités que l’on ne retrouve pas dans l’ouest, même s’il y a de très bons joueurs aussi, mais dans le sud, ils en ont plein quoi (rires). Dans tous les clubs, il y a des gars qui peuvent faire des différences, notamment devant. C’est impressionnant. Mais c’est plus équilibré et mieux organisé dans l’ouest, parce que dans le sud, on a vu parfois des équipes au niveau de l’organisation défensive notamment, qui étaient moins bien structurées que chez nous. Après, c’est très dur, très physique, très agressif, sans parler parfois des contextes (rires), c’est du combat, de l’intimidation, c’est le sud quoi (rires) ! J’ai quand même apprécié découvrir d’autres terrains, rencontrer d’autres entraîneurs, d’autres clubs, ça nous a a enrichi.

Votre équipe avait très mal commencé la saison passée, au point d’inquiéter vos dirigeants quant au maintien…
Honnêtement, la descente en National 3, on y a tous pensé. Déjà, lorsque l’on a appris que nous étions reversé dans la poule sud, on a tous accusé le coup. On ne s’y attendait pas du tout, et quand on a vu les matchs s’enchaîner… Quand on a commencé le championnat, on n’a pas gagné pendant nos six premiers matchs, parce qu’on se faisait marcher dessus, dans les duels, dans les attaques rapides, on se faisait « tuer ». On a malgré tout réussi à se mettre au niveau sans modifier l’effectif, cela nous a poussé à activer d’autres leviers, à nous remettre en questions. Il a fallu mettre des choses en place pour que l’on puisse s’en sortir. C’est là que l’on voit la stabilité du club, qui est entouré de personnes bienveillantes, qui ont envie d’avancer ensemble, qui sont alignées. Je pense que si la même situation sportive se produit dans un club un peu « déstructuré », avec des dirigeants pas aussi patients, on peut vite prendre des décisions hâtives, qui ne font pas forcément mieux avancer.

« Il nous manque un petit peu de moyens financiers »

Avec son président Patrick Triaud.

Cette saison de N2, vous la voyez comment ?
Notre démarrage est bon même si on sort d’une contre-performance à Saumur (défaite 2-1), et là, on a ce match contre Saint-Malo (entretien réalisé avant la victoire 1 à 0 face aux Malouins) qui peut nous permettre d’être dans la bonne partie du tableau, ou bien de tomber dans la mauvaise. On est un club stable, sain, avec des gens authentiques. On est aligné avec le directeur sportif (Pierre-Emmanuel Allard) et le président (Patrick Triaud), avec mon staff aussi. C’est essentiel pour obtenir des résultats.

Après on est conscient que pour être sur la même grille de départ que les trois ou quatre grosses écuries du championnat, il nous manque un petit peu de moyens financiers. On sait aussi que ce ne sont pas forcément les gros budgets qui réussissent, mais ceux qui ont de bonnes idées, qui ont envie d’avancer ensemble, qui sont sain. Le club a mis beaucoup de choses en place déjà dans le secteur administratif, au niveau de la formation, au niveau commercial, pour que, si un jour on monte en National, on puisse y rester. Mais il faudrait que les planètes s’alignent.

Les soirs de matchs de N2, le stade Lebon attire entre 700 et 1000 spectateurs.

La Ligue 3 n’est donc pas une utopie, à moyens termes ?
Il y a un projet de stade qui existe aussi à Lebon et qui a été lancé, donc si tout fonctionne bien, il devrait permettre d’avoir des rentrées financières plus conséquentes. A partir de là, bien sûr, l’idée sera de retourner un jour en National ou en Ligue 3 pro, parce qu’Angoulême a déjà connu ce niveau. Cela doit être l’ambition de tout le monde. On aime bien notre stade Lebon, même s’il est un peu vieillissant, parce qu’il a une âme, les gens sont proches. Si le projet aboutit, cela permettra d’avoir plus de rentrées financières et de boxer dans la même catégorie que d’autres clubs en matière de recrutement, en tout cas au départ.

Pour terminer, vous allez au rugby parfois ?
Non. Mais à mon initiative, j’ai appelé l’entraîneur de Soyaux-Angoulême en Pro D2, parce que je voulais voir comment il travaillait, comment il fonctionnait, et s’il y avait des choses à prendre pour nous, c’est important. Du coup, mon staff et moi sommes allés les rencontrer, mais je ne suis pas encore allé voir de match au stade Chanzy.

David Giguel, du tac au tac

Au stade Atlantique, à Bordeaux, cette saison.

Meilleur souvenir sportif de joueur ?
Quand on a affronté l’Olympique de Marseille en coupe de France avec le FC Rouen (en 1993, en 8e de finale, 0-1). On avait perdu sur une erreur d’arbitrage on va dire…

Pire souvenir de joueur ?
Quand on est descendu avec le FCR de ligue 2 en National, en 1994, on n’était pas programmé pour ça mais on avait perdu notre fer de lance à l’inter-saison, Jean-Pierre Orts, et en plus, on est descendu à la dernière journée, alors qu’on n’avait jamais été relégables… Pas top. L’année suivante, en National, on n’avait clairement pas fait ce qu’il fallait pour remonter, il y avait je pense trop de traumatismes liés à la descente, même si cette saison-là Dominique Corroyer avait inscrit 30 buts. Il faut dire qu’on ne le servait pas trop mal, avec Yann Soloy notamment. On avait une belle équipe, mais on n’a pas optimisé le potentiel.

Meilleur souvenir d’entraîneur ?
J’en ai deux. Quand on est monté de National 3 en National 2 avec le FC Rouen (en 2019) et aussi quand on a éliminé Metz (Ligue 1, le 6 janvier 2020) en 32e de finale de coupe de France avec le FC Rouen, 3 à 0. Éliminer un club de Ligue 1, c’est bien, mais en plus, quand il y a ce score… Je le rappelais récemment à mes joueurs, à Angoulême, avant d’aller chez un club de Régional 1 en coupe de France, parce que, cette année-là, avec le FC Rouen, avant de jouer contre Metz, on avait affronté une R1 chez elle et on était passé par la petite porte, et encore, quand je vous dis la petite porte, on l’avait imaginée (rires), on aurait dû se faire éliminer et on s’est qualifié aux prolongations, qui existaient encore. Et après on colle 3-0 à Metz ! La coupe c’est ça !

Puisque l’on parle de la coupe, votre club a rappelé que, depuis que vous êtes à la tête du club, Angoulême a toujours passé au moins trois tours et atteint le 7e tour « fédéral »… C’est une petite fierté, non ?
On essaie de préparer au mieux les matchs, de la façon la plus professionnelle possible, après, OK, on a atteint le 7e tour à chaque fois, mais je me souviens que lors de ma première saison, au 8e tour, on s’est fait taper contre une R2, Panazol, aux penaltys (rires), donc voilà… Personne n’est à l’abri de se faire éliminer par des équipes qui, normalement, sont de niveau hiérarchique inférieur mais qui élèvent leur niveau de jeu (4).

Combien de buts avez-vous marqué dans votre carrière ?
(Rires) Pas beaucoup ! Il faudrait compter ceux que j’ai marqués à l’entraînement pour embellir le tableau (rires) ! J’ai dû en marquer une vingtaine peut-être, ce n’est pas énorme. Je jouais ailier, plutôt excentré droit. J’étais quelqu’un qui bossait beaucoup, qui courait beaucoup, qui faisait beaucoup d’appels, pour épuiser les défenses, qui amenait beaucoup de ballons de but, de centres, mais c’est aussi ce qui m’a freiné. Je n’étais pas capable de tout faire.

Votre plus beau but ?
Contre Laval en Ligue 2, sur un ballon qui arrivait très haut, que j’ai repris de volée du pied gauche, pas en lucarne mais pas loin quand même. Je n’étais pas gaucher pourtant. J’étais remplaçant et je crois qu’on avait égalisé mais on avait quand même perdu 2-1

Pourquoi avez-vous choisi d’évoluer à ce poste ?
Honnêtement, je ne me souviens pas, j’ai dû être positionné là. Mais dans les petites catégories, en foot à 7, je jouais plutôt défenseur central. Au fur et à mesure, j’ai évolué plus haut. Comme j’allais assez vite, on m’a mis sur un côté. A l’époque, il n’y avait pas encore trop de défense à 3, peut-être que le poste de piston m’aurait mieux convenu, parce que j’étais capable de répéter les efforts, assez vite, à haute intensité, mais je ne marquais pas de but (rires), j’étais un peu loin des cages !

Aux côtés d’Anthony Castera, l’attaquant de l’ACFC.

Vos débuts au foot ?
J’ai commencé le football à Val-de-Reuil, dans l’Eure, à côté d’Évreux. C’était une cité nouvelle, construite pour désengorger les cités parisiennes à l’époque. Quand j’y étais, ça s’appelait « Le Vaudreuil ville nouvelle ». J’ai été repéré, j’ai fait équipe de Normandie minimes, on est allé en finale de la coupe des régions, c’était pendant les championnats d’Europe 1984 en France, donc ça nous a permis de jouer un match en lever de rideau à Saint-Etienne, et aussi à Lyon en lever de rideau de la demi-finale Danemark-Espagne, ça m’a permis d’avoir différents contacts. Mais je suis resté au FC Rouen, parce que c’était à côté de chez moi, et parce que c’est là que j’allais voir les matchs de première division. C’est Yves Martin (recruteur au centre de formation du FC Rouen, décédé en novembre 2024), qui m’a repéré. Je suis arrivé au club en U14, en minimes DH, et j’y suis resté onze ans, jusqu’à mes 24 ans.

Qualités et défauts sur un terrain ?
J’allais vite, j’étais compétiteur, avec toujours l’envie de gagner, de me dépasser, mais j’avais un caractère compliqué (rires), un mauvais caractère. J’étais râleur, un peu beaucoup, caractériel, mais j’ai progressé ensuite avec les années. J’ai eu quelques déboires, quelques difficultés (rires). Et je manquais de qualité dans la finition.

Que vous a-t-il manqué pour toucher la Division 1 ?
De la justesse technique dans les derniers gestes, j’avais des qualités physiques, j’étais capable d’enchaîner les courses, j’étais bagarreur, mais pour aller en Ligue 1, il aurait fallu que je finisse mieux les actions que je commençais bien. Après, je pars du principe que l’on a toujours ce que l’on mérite. J’ai quand même joué pendant 10 ans, alors si j’avais eu des qualités pour jouer en Ligue 1, on serait venu me chercher ! Cela n’a pas été le cas, mais c’est déjà pas mal.

Si vous n’aviez pas été footballeur, vous auriez fait quoi ?
Bonne question (rires) ! Je ne sais pas, parce que tout est allé très vite, dès l’âge de 12 ou 13 ans, j’étais dans le circuit, je n’ai pas trop eu le temps de me poser cette question. En tout cas, cette passion du foot m’a vite emporté, dès le plus jeune âge. Et j’ai pu en vivre, ce qui n’est pas courant.

La saison où, joueur, vous avez pris le plus de plaisir ?
On a fait une belle saison à Istres, en National, avec une belle bande de potes, on a loupé la montée en National de pas grand-chose. On jouait plutôt bien, avec René Le Lamer. Les regrets, justement, c’est que j’ai souvent loupé les montées de pas grand-chose (rires).

La saison où, entraîneur, vous avez pris le plus de plaisir ?
J’ai vécu de belles choses à Doha, même si j’ai souvent alterné le poste de directeur de l’académie et entraîneur de différentes équipes, et puis il y avait mon fils avec moi aussi, il avait une petite dizaine d’années. Il y a aussi la montée de N3 en N2 avec le FCR. Quand j’arrive à Rouen, le club avait fini juste au-dessus de la relégation la saison précédente, on est parti un peu dans l’inconnu, le président avait mis un peu moins de moyens, on avait effectué un recrutement un peu plus « régional », mais la mayonnaise avait pris, on avait fait une belle saison, et je monte avec mon club formateur, l’année de ses 100 ans, c’était top.

Avec Frank Haise, il y a 6 ans, quand l’un entraînait Rouen, le club où il se sont connus gamins, et l’autre le RC Lens. Photo FCR 1899

Un coéquipier marquant ?
Franck Haise évidemment. Parce que c’est un ami. Il était en avance à l’époque sur nous au niveau de la maturité et sur beaucoup de choses. C’est devenu non seulement un bon coach mais aussi quelqu’un dont la personnalité fait l’unanimité ; quand on parle de lui, c’est sa bonté, sa gentillesse qui ressortent. Il était déjà « spécial ». Il m’a fait la surprise de venir nous voir à l’hôtel l’an passé le matin de notre match à Cannes, il est resté avec le staff et moi, à discuter, de manière très ouverte, très libre, c’était sympa. Il n’était pas obligé de le faire. On a fait équipe de Normandie minimes et cadets ensemble, il était déjà au FC Rouen quand j’y suis arrivé. On est témoin de nos mariages respectifs.

Du coup, vous regardez ses matchs ?
Oui, oui, tout le temps. De toute façon, je regarde beaucoup de matchs, que cela soit ceux de notre poule en N2 ou au niveau national et international. Ce qu’il met en place en matière de contenu, de jeu, c’est top, et puis « Francky », c’est mon pote, je veux qu’il gagne, qu’il réussisse.

Le joueur le plus fort avec lequel vous avez joué ?
Jean-Pierre Orts, un « phéno », et s’il avait, au niveau de son caractère, été un peu moins « con », comme moi, il aurait joué plus haut, c’est sûr, et puis Karel Jarolim, un international tchécoslovaque.

Le meilleur joueur que vous avez entraîné ?
Jean-Karim Guébé (rires) ! Non, je déconne (rires), c’est mon adjoint, analyste vidéo, il est là, je l’ai lancé en coupe de France de France dans les premiers tours ! Plus sérieusement, ce n’est pas simple. Je dirais Fred Dembi, c’est un joueur que j’ai relancé, à Déville-Maromme en R1, à côté de Rouen, il voulait arrêter le foot. Il a explosé après (Cholet et Orléans en National, Red Star en L2), aujourd’hui il joue en D1 au Maroc, à Agadir. Il nous a beaucoup apporté sur le terrain avec ses qualités de récupération, de percussion.

Un coéquipier perdu de vue que vous aimeriez bien revoir ?
Manu Hutteau. J’ai joué avec lui à Créteil. Je m’entendais bien avec lui.

Un coach perdu de vue ?
Daniel Zorzetto, notre mentor à Rouen. Il était précurseur. En avance sur son époque. Il aurait dû entraîner en Ligue 1. Sa conception du management, ses séances, sa vision du foot, c’était top.

Vous êtes un entraîneur plutôt comment ?
Passionné, exigeant et travailleur.

Angoulême, c’est un club comment ?
Humain, ambitieux malgré tout et authentique. Authentique, c’est vraiment ce qui était ressorti des entretiens que j’avais eus quand j’avais été reçu.

  • (1) David Giguel a joué à : FC Rouen (D2, National), GFC Ajaccio (National) Istres (National) Créteil (National), Le Mans (D2), Royan, Dieppe (CFA). Il a entraîné : Marmande (CFA), Eu (DH), Qatar (directeur technique), Dieppe (CFA), Déville-Maromme (DH), FC Rouen (N3, N2), Angoulême (N2).
  • (2) Le staff est composé de Matteo Cathalot (entraîneur adjoint spécialiste préparation athlétique), Mathieu Couvidat (entraîneur adjoint spécialiste animation du jeu), Jean Karim Guébé (adjoint spécialiste vidéo), Julien Logeais (adjoint spécialiste gardien de but), Alexandre Limousin (entraîneur de la réserve en R1) et Stéphane Roumagne (intendant).
  • (3) La promotion 2025-2026 : Guillaume Allanou, Thierry Debès, Stéphane Dief, Gueïda Fofana, Jordan Galtier, David Giguel, Stéphane Masala, Sylvain Monsoreau, Vincent Nogueira, Damien Perrinelle.
  • (4) Angoulême se déplacera à L’Union Saint-Jean (R1) au 7e tour de la coupe de France (15 et 16 novembre)

 

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Angoulême CFC
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