Le jeune entraîneur (32 ans) du club voisin de Tours est un pur produit de la maison montlouisienne, où il est arrivé à l’âge de 6 ans et où il a grandi. À force de travail, l’une de ses principales qualités, le voilà aujourd’hui aux portes d’un professionnalisme qu’il espère découvrir un jour.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : 13HF et FC Montlouis

Reportage réalisé avant l’élimination 1-0 en coupe de France (6e tour) face à l’Union Foot Touraine (N3).

Zakaria Tahri aux côtés du défenseur Alexandre Catro. Photo 13heuresfoot

Parfois, l’histoire est bien faite. Celle qu’a vécu le FC Montlouis en fin de saison dernière, en National 3, est magnifique. Mais à déconseiller aux coeurs fragiles ! On rembobine le film. Il reste une journée de championnat à disputer. Le leader C’Chartres Foot de Vincent Bordot, favori de la poule, reçoit l’OT (Ouest Tourangeau, devenu cette année l’Union Foot Tourraine). Une victoire et c’est la montée en National 2.

Le dauphin, le FC Montlouis, même nombre de points mais devancé au goal-average particulier par Chartres, reçoit Vierzon, une équipe qui lui avait infligé 5 à 0 à la première journée ! Pour Montlouis, qui n’a pas les cartes en mains, les chances d’accession sont infimes. Mais Chartres se viande. Dans les plus grandes largeurs. Défaite 3-1 à domicile ! Dans le même temps, le club de la proche banlieue de Tours s’impose (dans la douleur) 3 à 2. C’est la délivrance ! Le bonheur ! Le rêve ! C’est le National 2 !

Le cruel souvenir de Poitiers

Le FC Montlouis a retenu la leçon et tient sa revanche parce que, un an plus tôt, le club du président Lionel Chica, leader à deux journées de la fin (2 points d’avance sur Poitiers), avaient les cartes en mains pour accéder en National 2.
Mais à l’avant-dernière journée, dans le choc au sommet à domicile face à Poitiers, et alors qu’un nul aurait suffi avant d’attaquer l’ultime ligne droite en bonne position, un but sur penalty du Poitevin Alexandre Durimel, concédé à la 94e, permis aux visiteurs de passer devant, à la fois au score (défaite 2-1) et au classement (un point d’avance pour Poitiers). La dernière journée fut sans surprise. Poitiers et Montlouis s’imposèrent chacun mais c’est le premier qui accéda à l’étage au-dessus.

Quand l’histoire s’inverse…

Soir de liesse, en mai dernier, avec la montée en N2 ! Photo FC Montlouis

Ces deux moments forts, Zakaria Tahri, le (jeune) coach du FC Montlouis (32 ans depuis le mois de juillet), s’en souvient comme si c’était hier. Et dans 40 ans, tout le monde en parlera encore !
Tahri rembobine le film : « Ce dernier match de la saison en N3 et ce mano à mano avec Chartres ? Là, on pense à l’année d’avant, quand on a perdu la montée de manière cruelle chez nous à l’avant dernière journée contre Poitiers, devant 1500 personnes. On avait pourtant fait une saison incroyable, avec 61 points et 19 victoires (sur 26 matchs !), et on ne monte pas ! Cela avait été dur à encaisser, parce que même si ce n’était pas l’objectif prioritaire, même si personne ne nous attendait, on est des compétiteurs ».

La photo souvenir après la montée en N2. Photo FC Montlouis

Finalement, cette année, l’histoire s’est inversée : « En fait, avant le dernier match chez nous contre Vierzon, j’y crois sans y croire. Je suis lucide, je me dis « Chartres va gagner », mais la montée est quand même dans un coin de ma tête, parce que je n’ai pas envie de revivre la même déception que l’année d’avant. Dans tous les cas, on veut d’abord gagner, pour ne pas avoir de regrets, dans le cas où Chartres se fasse accrocher. Et puis, à l’avant-dernière journée, à Orléans, face à la réserve de l’USO, il y a eu un signe… Parce qu’on a marqué à la dernière minute ! Forcément, j’ai pensé à la saison précédente et ce penalty concédé à la 94e contre Poitiers. Pendant le match contre Vierzon, une équipe qui nous pose beaucoup de soucis et qui nous avait battus 5 à 0 à la première journée, on ouvre très vite le score. Et à Chartres, très vite également, le FC OT (Ouest Tourangeau) marque. Et là, on sent quelque chose. Dans les tribunes, les spectateurs suivent les deux matchs en même temps ! Là, j’ai pensé que tout était possible mais Vierzon égalise deux fois contre nous, 1-1 puis 2-2, et ils ont même le face à face du 3 à 2. Sincèrement, s’ils le mettent, je pense que l’on ne revient pas au score… À ce moment-là, un match nul suffisait pour nous puisque « OT » menait 3 à 1 à Chartres, où il y avait un décalage de cinq minutes : c’était la 93e là-bas et nous on était à la 88e, on était à 2-2. On savait que si on marquait un but, Chartres n’allait pas marquer deux fois non plus ! Et on marque le 3e ! Un moment incroyable ! Un but synonyme de montée. C’est la délivrance ! L’histoire est incroyable, elle est belle, parce que c’est mon club, c’est là où j’ai commencé ! »

« Important de mettre une ligne à mon palmarès »

Aux côtés du président Lionel Chica. Photo 13heuresfoot

Tout au long du match, Zakaria suit l’évolution du score à Chartres depuis son banc de touche. Pas simple à gérer. Pas simple de rester également focus sur « son » match, quand on sait que tout se joue à 150 km de là… « On n’avait envoyé personne là-bas. On le suivait sur nos téléphones mais c’était très compliqué, car je voulais vraiment gagner notre match, je ne pensais qu’à ça, parce que si on avait perdu alors que Chartres avait aussi perdu, alors là… »

Zakaria Tahri l’avoue, sur le plan personnel, ce fut également un moment fort : « Pour moi, en tant que jeune entraîneur, c’était important de mettre une ligne à mon palmarès, parce qu’au final, on retiendra que j’ai été champion en National 3, pas que j’ai terminé 2e ou qu’on a fait 61 points ou quoi, non. Ce qui va rester, même dans 10 ou 20 ans, c’est que Montlouis a été champion de N3 en 2025 et qu’il est monté en National 2. »

Zakaria Tahri est comme un gosse à l’évocation de la plus belle page de l’histoire de son club. Un club où il a chaussé ses premiers crampons à l’âge de 6 ans, quand sa maman est venu s’installer en Touraine après le décès du papa, alors que la famille habitait Rennes. « Il est décédé d’un cancer. Ma maman, Samira, avait quitté Léhon (commune rattachée aujourd’hui à Dinan, dans les Côtes-d’Armor), où je suis né, pour se rapprocher de Rennes et de mon père, Mohamed, qui était hospitalisé à l’hôpital Pontchaillou. Après son décès, ma famille, mes grands parents, mes oncles, sont partis à Rennes; ma maman, elle, a voulu se rapprocher de sa famille, en Touraine, d’où mon arrivée à Montlouis. Je suis toujours en contact avec la famille du côté de mon papa. Ils sont venus me voir à Saint-Malo cette saison. Peut-être que certains seront là contre… Dinan-Léhon samedi prochain (reportage réalisé avant le match).« 

Un an en Écosse

Lors de la remise du trophée FFF de champion de N3, à Chauray, en septembre dernier. Photo 13heuresfoot

La carrière de joueur de Zakaria Tahri, milieu de terrain passé par le grand club de Touraine, le Tours FC, pendant 6 ans, dont trois ans au centre de formation avec Bernard Blaquart et Alexandre Dujeux, deux coachs qui l’ont vraiment marqué, se résume à des passages en seniors entre CFA2 (National 3) et Division d’Honneur (Régional 1).

« À mes débuts, en jeunes, je jouais milieu offensif, en 10. Puis au centre de formation, j’étais plus excentré côté gauche en U19, et en seniors, je me suis repositionné, en 8. J’ai fait quelques piges en CFA2 à Tours puis en seniors j’ai joué à Montlouis, Blois, Fréjus/Saint-Raphaël en réserve, Avoine-Chinon, Saint-Cyr-sur-Loire et re-Montlouis, où j’ai arrêté en 2022. J’ai toujours bossé à côté. Sauf durant mon passage à Blois, où là, je ne faisais que du foot. Je travaillais à la communauté de commune comme agent administratif. Là, ça fait 2 ans que je suis à plein temps au foot à Montlouis ».

Zakaria a 28 ans quand il raccroche, persuadé que son avenir est sur le banc : « J’ai décidé d’arrêter de jouer parce que ce n’était plus compatible avec ce que je voulais faire, c’est-à-dire me lancer dans cette carrière d’entraîneur (il est titulaire du DES). J’avais commencé à entraîner à Montlouis quand j’avais 18 ans. J’intervenais chez les jeunes, à l’école de foot, avec les U13. C’était juste après mon passage au centre à Tours, où je n’ai pas franchi le palier pour passer pro. Puis quand j’ai signé à Blois, j’ai continué. »

Dans son CV de joueur, une ligne interroge : Hamilton, au Royaume Uni. « J’ai passé un an en Écosse ! Je suis parti là-bas pour apprendre l’anglais, dans une académie. Je suis un fan du foot en Grande Bretagne. Mais on ne disputait pas vraiment de compétition. C’était un peu comme à l’UNSS chez nous, on faisait des oppositions contre des clubs pros. Pendant cette période, j’ai aussi effectué des essais, comme dans un club anglais, à Brentford (en D2 anglaise à l’époque, le FC Brentford a depuis été promu en Premier League en 2021), par l’intermédiaire d’un joueur français, le gardien Antoine Gounet, que j’avais connu à Tours. On avait sympathisé. C’était intéressant et enrichissant de voir un autre football. Je suis resté une semaine à Brentford, une super expérience ! »

Blaquart, Dujeux, Mouri…

Zakaria Tahri le répète souvent, c’est Bernard Blaquart, un formateur reconnu, dont tout le monde se souvient de son épopée récente avec le Nîmes Olympique en Ligue 2 et en Ligue 1, et Alexandre Dujeux, actuel coach du SC0 d’Angers en Ligue 1, qui sont ses inspirateurs : « J’ai beaucoup appris avec eux mais aussi avec Hamou Mouri, le responsable technique du club de l’Étoile Bleue de Saint-Cyr-sur-Loire, une des meilleures écoles de foot de France ! D’ailleurs, en équipe de France U20, il y a actuellement deux joueurs issus de la formation de Saint-Cyr (Mayssam Benama et Ilane Touré), que j’ai coachés dans ce club, ça vous donne une idée du travail qui y est réalisé. J’ai eu aussi Issiaga Camara, qui est parti à l’OGC Nice (prêté au FC Brommapojkarna, en D1 suédoise) et Christ Letono (Espanyol Barcelona). Ce sont ces trois personnes-là qui m’ont appris mon métier d’éducateur d’abord, d’entraîneur ensuite. »

Quand Montlouis bat tous ses records

Poignée de mains avec le coach de Chauray, Fabrice Fontaine. Photo 13HF

Trois ans seulement après s’être assis sur le banc du FC Montlouis, alors qu’il n’a encore que 28 ans (il est né le 28 juillet 1993), Zakaria passe du National 3 au National 2. La performance est déjà remarquable pour un club, ce n’est pas péjoratif de le dire, de village, plus connu pour son vin blanc AOP que pour son équipe de foot, mais ce qui l’est tout autant, c’est le ratio victoires / nuls / défaites et la marque de fabrique de son équipe, qui encaisse peu de buts… même si c’est plus compliqué en N2.

En trois saisons de N3 sous sa direction, le FC Montlouis ne concède que 17 défaites (en 78 matchs) : 9 en 2022/23, 3 en 2023/24 et 5 la saison passée. C’est peu (21%, soit une défaite tous les 5 matchs). De plus, lors de la saison 2023/24, celle de la montée de Poitiers à la dernière journée, l’équipe bat son record de points : 61 (19 victoires, 4 nuls et seulement 3 défaites). Mais ce n’est pas tout. L’équipe se forge une solide réputation, celle d’être solide défensivement. « C’est un des mes principaux axes de travail. On essaie de concéder le moins de buts possible ».

« Un champion, ça se respecte ! »

Photo FC Montlouis
Photo Noah Gaultier / @_.ng.prod

Là encore, les chiffres sont éloquents : lors des deux derniers exercices en N3, l’équipe n’encaisse que 37 buts en 52 matchs (17 buts en 2022/23 et 20 buts en 2023/24), soit une moyenne de 0,7 buts encaissé par match. « En début de saison, cette année, en National 2, cela a été plus difficile sur ce plan là (déjà 13 buts encaissés en 8 matchs), mais on avait aussi des absents. On a aussi joué à La Roche-sur-Yon (défaite 4-1), une équipe qui m’a fait forte impression, avec un coach, Frédéric Reculeau, qui prône le jeu, que j’avais connu quand il entraînait Luçon. Depuis, on a récupéré des joueurs, et à partir du moment où j’ai toutes mes forces vives, je pense qu’on peut rivaliser avec tout le monde. On l’a montré à la première journée à Saint-Malo (1-1), une équipe très forte individuellement et qui va monter en puissance, et récemment face à Bourges en coupe, que l’on a éliminé en coupe de France (1-0) à l’issue d’un match référence, et en championnat dans la foulée contre Dinan-Léhon (2-0). Je sens que l’équipe progresse. C’est important de retrouver notre solidité défensive. C’est vraiment ce qui faisait notre force à Montlouis sur nos deux dernières saisons. L’an passé, on a quand même fait 15 clean sheet ! Et la saison d’avant 15 aussi. C’était une notion hyper-importante. »

Evidemment, en National 2, c’est plus dur. Car le niveau est vraiment monté d’un cran, avec une adversité bien plus forte, surtout depuis le resserrement du National et de refonte des poules de N2, passé de 4 à 3 groupes. « Je pense que l’on doit respecter un champion de N3. C’est ce que je dis à mes joueurs dans le vestiaire : un champion, ça se respecte. Par contre, on sait qu’on est les petits gaulois de la poule de N2. Ce que je veux, c’est que, dans deux, trois, quatre ou cinq mois, on dise « Ah ouep, Montlouis, c’est du très-très solide ! ». Voilà. Ce respect-là aussi ont doit aller le chercher et on va aller le chercher. On a su se faire respecter en N3, alors qu’on était aussi, entre guillemets, les petits poucets. Quand j’étais joueur à Montlouis, l’objectif, déjà, c’était le maintien, et on n’avait jamais fini plus haut que la 5e place. »

100 matchs sur le banc !

Photo FC Montlouis

Après un début de saison très difficile, le FC Montlouis semble en effet trouver la bonne carburation depuis un mois, comme le montrent ses derniers résultats : deux succès (Locminé et Dinan-Léhon) contre une défaite en championnat, et une belle qualif’ pour le 6e tour de la coupe de France face à l’un des deux favoris de la poule B, Bourges FC (1-0) : « En fait, en National 2, on se rend compte que la notion d’efficacité dans les deux zones de vérité est beaucoup plus importantes. En N3, on pouvait ne pas marquer, ne pas concrétiser nos occasions, mais continuer à espérer dans un match. Alors qu’en N2… Il y a un palier dans la notion d’efficacité. » Au passage, samedi dernier, face à Dinan-Léhon (2-0), le club de la ville où il est né, « Zak », comme l’appellent ses amis, a fêté son 100e match sur le banc, coupe et championnat compris ! Le club lui a, à cette occasion, rendu un bel hommage.

Châteauroux s’est intéressé à lui

Photo FC Montlouis

Évidemment, les résultats du FC Montlouis et, par ricochets, ceux de Zakaria Tahri, n’ont pas laissé indifférent : des clubs se sont intéressés à lui, comme La Berrichonne de Châteauroux, où il a été reçu à l’inter saison. Mais c’est finalement Valentin Guichard, l’ex-coach de Jura Sud, qui a été choisi pour prendre les commandes du club relégué en N2, puis repêché en National.

Le National, le diplôme du BEPF pour entraîner en pro, voilà les prochaines étapes de Zakaria, qui fait partie de cette nouvelle génération émergente de « jeunes » coachs, et qui ne cache absolument pas son ambition : celle d’aller plus haut. Avec le FC Montlouis, forcément, cela sera difficile, mais maintenir son club de coeur en National 2 serait une nouvelle étape très importante dans son parcours. La tâche ne s’annonce pas simple tant Montlouis, fait, un peu comme Chauray, également promu, figure de petit poucet dans cette poule A, aux côtés des Bordeaux, La Roche-sur-Yon, Avranches, Saint-Malo, Angoulême, Bayonne, etc.

Le travail comme exutoire

Photo FC Montlouis

Cette ambition, cette envie d’aller plus haut, Zakaria, réputé travailleur, tient ça de son enfance, marquée par le décès de son papa. Un épisode qu’il évoque sans pudeur : « Je pense que ça vient de ma maman, aide-soignante. Elle s’est tuée au travail à l’hôpital pour ma soeur Soukayna et moi, elle bossait 12 heures par jour pour subvenir à nos besoins, elle nous a inculqués cette envie de réussir, cette valeur du travail. C’était difficile pour elle, seule avec deux enfants. Ma mère ne nous disait pas que les fins de mois étaient difficiles parfois, elle nous a toujours caché ça. Quand je vois la réussite de ma soeur… Elle a un super-job. Elle est manager dans une clinique d’esthétique, elle a bossé pour L’Oréal dans le mannequinat, elle a été manager de plusieurs boîtes déjà. Moi je n’ai rien fait à côté d’elle, mais je vis de ma passion, le foot. En fait, on s’est réfugié derrière le travail. Moi, je fais 50, 60 et même 70 heures parfois par semaine. Je ne m’arrête jamais. La saison passée, je suis même allé jusqu’à faire un malaise pendant un match, j’étais très fatigué. Aujourd’hui, ma maman suit mes résultats mais elle me laisse tranquille, elle sait que le foot, c’est mon truc à moi ! Ma compagne, Myriam, elle, est dans mon projet. Elle assure, vraiment ! Et elle sait… Si je dois bouger un jour, elle me suivra. Avec elle, on a eu une petite fille, Hana, qui a un an et demi. »

Du 4-4-2 losange au 4-3-3

Photo FC Montlouis

Zakaria Tahri, dont l’éloquence et la forte personnalité sont frappantes – « J’ai un caractère bien trempé ! Quand je crie, on m’entend très-très fort, peu de gens crient plus fort que moi (rires), et quand ça pète, ça pète, même dans le vestiaires ! » – a commencé sa carrière de coach avec un système bien défini, le 4-4-2 losange. Mais un événement a précipité son changement de style : « Le 4-4-2, c’était vraiment notre marque de fabrique, mais après nos deux défaites en ouverture de la saison 2024/25 en N3 (5-0 à Vierzon et 0-1 à domicile contre Cosne-sur-Loire, pourtant réduit à 10), j’ai pensé qu’il fallait changer quelque chose et j’ai modifié le système. Depuis, je joue en 4-3-3, et je n’ai plus bougé de ce schéma ».

L’équipe s’entraîne cinq fois par semaine, dont deux fois en matinée (une séance spécifique facultative et une séance obligatoire). Pour préparer ses matchs, le coach regarde les deux dernières performances de son adversaire à la vidéo et prends beaucoup d’infos à côté; son adjoint, Thomas Philippon, responsable technique chez les jeunes, s’occupe quant à lui des montages. En N2, on découvre le niveau et les techniciens aussi. Je discute avec certains d’entre eux, on échange sur les équipes, comme avec Alexis Capela, l’adjoint d’Arnaud Le Lan à Lorient, qui était avec moi à la formation du DES, et aussi Cherif Djema, le directeur sportif de l’Aviron Bayonnais ».

Un club familial

Lionel Chica, le président. Photo 13HF

Et puis, ce qui fait la force du FC Montlouis, c’est « l’esprit familial », poursuit Zakaria Tahri, capable aussi de se transformer en VRP : « La ville compte 11 000 habitants. Le club a évolué très rapidement sur l’aspect sportif, qui est en progression. Le club possède des infrastructures de niveau « Régional » mais avec un terrain d’honneur de qualité. On a un petit budget (650 000 euros, dont la moitié environ pour l’équipe fanion). Je dirais que c’est un budget moyen de National 3. En N2, certains joueurs travaillent. On a 350 licenciés et 18 équipes. J’ai un rôle de manager et de directeur sportif. Avec le président, on a une relation proche, il est très impliqué. Et puis il y a Jordan Durand, le directeur général : lui, c’est une pépite ! »

Pour les Frelons, le nouveau surnom donné à l’équipe fanion, référence aux couleurs du maillot (jaune et noir), – « C’est bien, ça donne une identité » -, il n’a pas toujours été facile d’évoluer dans l’ombre du « grand » club voisin, le Tours FC, rayé de la carte en début d’année avec la liquidation judiciaire de l’association.

Photo Noah Gaultier – @_.ng.prod

Depuis, Ouest Tourangeau a repris le flambeau du football dans la préfecture d’Indre-et-Loire, sur les cendres du Tours FC, pour devenir le club métropolitain, l’Union Foot Tourraine… prochain adversaire ce samedi au 6e tour de la coupe de France ! Un club qui doit écrire son histoire, de la même manière que son voisin Montlouis écrit la sienne. « Tours FC, c’était le club phare de la région, raconte Zakaria. J’étais supporter. J’ai toujours eu Tours dans le coeur, parce que j’ai grandi avec ce club, j’y ai quand même passé 6 ans ! Je me souviens que, quand j’étais gamin, et quand j’étais au centre de formation aussi, je ne loupais pas un match de Ligue 2 ou de National. Pendant 10 ans, qu’il pleuve, qu’il neige, j’allais tout le temps au stade de la Vallée du Cher. J’ai le tours FC dans le coeur, c’est clair et net, c’est mon club de coeur. Après, quelque part, en étant à Montlouis, j’étais un peu en concurrence avec le Tours FC. Et puis, disons-le, pour moi, cela a été une fracture de ne pas signer pro quand j’étais au Centre. C’est une cicatrice, mais j’en ai fait le deuil. Cela n’a pas empêché Bernard Blaquart de m’inspirer, de me donner envie de devenir entraîneur, pareil pour Alexandre Dujeux, d’ailleurs, je vais voir les matchs à Angers dès que je le peux. Je l’ai revu il y a un an et demi, on s’est rappelé les bons souvenirs ! »

En coupe de France (6e tour), samedi 25 octobre 2025, au stade de La Haye, Union Foot Touraine (N3) a éliminé le FC Montlouis (N2) 1 à 0. 

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13HF et FC Montlouis
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🕐Une info signée Laurent Pruneta (membre de la team 13heuresfoot) : Mathieu Chabert, l’ancien coach de l’AC Ajaccio, de La Berrichonne de Châteauroux, du Sporting Club de Bastia, de l’USL Dunkerque et de l’Avenir Sportif Béziers (L2, Nationale et N2) a été nommé entraîneur de AS Cannes Football en #National2 ! Il succès à Damien Ott. Mathieu Chabert, fidèle du site 13heuresfoot, arrivera lundi sur la Côte d’Azur. Il s’était déjà confié à deux reprises chez nous, comme à l’été 2024, à la signature de son contrat la saison passée à Ajaccio. Deux entretiens à retrouver ici ⤵️

  • Mathieu Chabert (article de 2024) : « Aujourd’hui, j’ai plus de certitudes »

https://13heuresfoot.fr/actualites/mathieu-chabert-ac-ajaccio-aujourdhui-jai-plus-de-certitudes/

  • Lire aussi / Mathieu Chabert (article de 2023) : « Dunkerque, la montée dont je suis le plus fier ! »

https://13heuresfoot.fr/actualites/mathieu-chabert-dunkerque-la-montee-dont-je-suis-le-plus-fier/

 

Arrivé en juillet dernier, le nouveau président s’est fixé une mission en même temps qu’il a découvert un stade et un nouveau championnat : celle de ramener le club gardois, qui semble renaître de ses cendres, « à sa place ».

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : 13HF et Nîmes Olympique

  • Reportage réalisé avant la 8e journée de championnat face à l’AS Saint-Priest (victoire 3 à 0)

Nîmes Olympique revoit la lumière. Après quatre ans dans le brouillard, dans le noir, dans le flou, dans l’errance, dans l’incertitude, dans l’indécision, il était temps.

Nîmes Olympique entrevoit le bout du tunnel. Enfin ! Mais il est encore un peu loin… Il est où le bonheur, il est où ? Il est au bout de ce championnat de National 2, que le club, qui renaît de ses cendres, fréquente pour la première fois de son histoire cette saison, lui qui a passé 36 saisons en Division 1/Ligue 1, autant en Division 2/Ligue 2 et 11 en National. Lui qui n’était jamais tombé aussi bas dans la hiérarchie française.

Un club qui a failli disparaître

Nîmes Olympique aurait d’ailleurs pu, comme d’autres avant lui, tomber encore plus bas, après la décision de la DNCG, le 24 juin dernier, de l’exclure des compétitions nationales. Mais ça, c’était avant qu’une équipe de repreneurs ne présente un solide dossier devant la commission d’appel, à peine trois semaines plus tard. C’était avant que Thierry Cenatiempo, un chef d’entreprise local, n’arrive avec son carnet de chèques (350 000 euros injectés à titre personnel) en compagnie de quelques autres investisseurs parmi lesquels des chefs d’entreprises eux aussi (Philippe Noyer, Denis Llota), l’association Nîmes Olympique représentée par son président Yannick Liron, des joueurs (l’actuel attaquant de N2 Clément Dépres, Renaud Ripart, Anthony Briançon, Théo Valls, Benoît Poulain) et même le collectif de supporters Sauvons le Nîmes Olympique. Suffisant pour sauver l’institution qui a frôlé le démantèlement après que l’ex-président / propriétaire Rani Assaf a annoncé, en juin dernier, vouloir tout arrêter, tout raser aux Antonins, le stade « provisoire », et vendre La Bastide.

Les Antonins et La Bastide bientôt sous giron municipal

Après la victoire contre Créteil, aux Antonins. Photo 13HF

Finalement, la municipalité, via une subvention (1,2 millions d’euros en 2025/26 dont 600 000 déjà apportés), s’est mise d’accord avec Assaf pour louer les installations avant de les racheter, une opération qui devrait être effective en janvier 2026.

Inutile de dire que le soulagement est immense du côté des amoureux des Rouges, qui sortaient d’une douloureuse période marquée par trois relégations sportives en quatre ans, de Ligue 1 en National 2 donc, et d’une situation inextricable avec Assaf, l’homme qui a cristallisé tant de désamour. L’homme coupable de tous les maux.

Assaf a donc passé 11 ans au club, dont 9 au poste de président, et s’en est allé avec un bilan très contesté que seules une magnifique accession en Ligue 1 en 2018 et une première saison dans l’élite tout aussi magnifique dans la foulée ne saurait masquer, surtout quand on pense à son projet avorté de nouveau stade et cette désagréable impression d’avoir abandonné le club. D’être arrivé à une situation de non-retour avec toutes les composantes de la Ville et du club.

Cenatiempo-Dupré, une relation père-fils

Mais depuis ce passage en appel devant la DCNG, le 15 juillet, tout cela est de l’histoire ancienne. Thierry Cenatiempo, 62 ans, nouveau président de la SAS « Nîmes Olympique Ensemble », créée en même temps, a très vite embrayé. Le fondateur de GT Formation et RH, un organisme dédié au secteur de la banque, dans lequel il a travaillé, et l’assurance, a rapidement nommé un directeur sportif, Anthony Dupré.

Dupré, 30 ans seulement, dont on pourrait comparer la relation avec Cenatiempo à celle d’un père avec son fils (ce sont eux qui le disent !) est un ex-gardien de but originaire de Senlis (Oise) et passé par un tas de clubs, d’abord PSG et Bordeaux chez les jeunes. Chez les seniors, il a navigué entre le N2, le N3 et la R1 : réserve de Valenciennes, Trélissac, le Racing, la réserve des Herbiers, Le Poiré-sur-Vie, le RC Cholet, pour ne citer qu’eux. Deux expériences en Belgique (D3) et en Grèce (D2) complètent un CV long comme ses bras tatoués.

Mickaël Gas, « made in Crocos »

Mickaël Gas, le nouvel entraîneur de Nîmes Olympique. Photo 13HF

Une fois nommé, Dupré a choisi le coach, Mickaël Gas, un pur nîmois. Un ex-milieu de terrain reconverti défenseur central. Un produit « made in Crocos ». Gas, 32 ans, est un débutant sur le banc en National 2 qui a commencé au club chez les… débutants, jusqu’à parapher un contrat de stagiaire pro (un seul match titulaire en Ligue 2 sous l’ère Victor Zvunka, en défense, le 30 août 2013, contre Le Havre, aux Costières, 0 à 0).

Pour Mickaël Gas, coach de la réserve nîmoise la saison passée, la suite s’écrit dans les championnats amateurs, mais jamais très loin du cocon nîmois, où il n’avait pu franchir le cap professionnel : Arles, Sète, Agde… avant un retour à la maison, à Nîmes Olympique, pour encadrer les jeunes en réserve. Toujours sur le terrain donc !

Quand il raccroche les crampons, à 28 ans, c’est pour aller au bout de sa passion pour l’encadrement, découverte avec les U12 de Sète, alors qu’il n’a que 23 ans. À Nîmes Olympique, ce passionné de pétanque passe des U16 à l’équipe de National 2 en seulement 3 ans ! Avec une certaine réussite.

Déjà la meilleure défense

L’équipe, « montée » tel un mécano en seulement quelques jours cet été, et à qui l’on promettait un départ compliqué compte tenu des déboires de juin, compte tenu également de la réputation de ce championnat, répond au-delà des attentes et des espérances. Après 8 journées et ce dernier succès face à Saint-Priest 3-0, elle est en tête du classement devant Rumilly-Vallières et Saint-Maur-Lusitanos (5 victoires, 2 nuls et 1 seule défaite, à Rumilly). Et sa défense est la meilleure du groupe C : 3 buts encaissés, tous à Rumilly. Les bases sont posées.

Dire que c’est un départ inespéré est cependant exagéré. Parlons plutôt d’une renaissance, d’un départ prometteur voire rêvé, quand bien même Nîmes Olympique n’a pour l’heure rien gagné, si ce n’est l’amour et la furia retrouvés du peuple nîmois, à nouveau fier, et ça, c’est déjà une très belle victoire !

Le retour du douzième homme

Photo Nîmes Olympique

Aux Antonins, un stade homologué jusqu’en 2032, que les supporters des Rouges sont enfin en train de s’approprier, le public est revenu. Ils étaient plus de 5000 contre Fréjus/Saint-Raphaël et plus de 4000 contre Créteil. Et on vous l’assure, ça pousse, ça chante, ça crie, ça encourage, ça chauffe, ça fait du bruit… La flamme, incontestablement, s’est rallumée.

Entre deux journées de championnat (victoire 2 à 0 contre Créteil et réception de Saint-Priest ce samedi aux Antonins), Thierry Cenatiempo s’est confié. L’entretien, d’une quarantaine de minutes, n’avait pas pour but de raconter l’historique des quatre derniers mois ni de dresser un premier bilan. Tout a déjà été dit et écrit. Plutôt de mieux connaître le natif d’Ouenza, en Algérie, mais qui a grandi près de Grenoble. L’ancien maire (2014-2020) de Saint-Hilaire-d’Ozilhan, son village, tout près du Pont du Gard, dont il est toujours conseiller municipal, a quelques tics de langage : il aime bien parler de « mèches courtes » et de « mèches longues » lorsqu’il s’agit d’évoquer le rapport au temps, et d’autres encore que vous découvrirez ici !

Thierry Cenatiempo n’a pas pu s’empêcher non plus de rappeler quelques anecdotes, comme celle, « mignonne, que j’aime bien raconter », de ce fameux 1er mars 2005. Ce soir-là, tandis qu’il est à la clinique et que son fils Valentin est en train de naître, il aperçoit au loin les projecteurs éclairés des Costières où le Nîmes de Didier Ollé-Nicolle, « un ami », alors en National, étrille Nice (Ligue 1) 4 à 0 en coupe de France ! L’un des matchs références du club. Et pour pousser l’histoire encore plus loin, le gardien des Crocodiles ce même soir, Cédric Duchesne, sera celui qui, un peu plus tard, donnera goût au football et aux cages à Valentin, aujourd’hui à l’US Concarneau. Il y a des signes qui ne trompent pas.

Interview : « Voir Nîmes Olympique perdre son âme, c’était douloureux »

Thierry Cenatiempo. Photo Nîmes Olympique

Président, vous avez fondé en 1996 l’entreprise GT Formation (GT pour Gilbert et Thierry), et avant cela, que faisiez-vous ?
J’ai bossé une dizaine d’années dans la banque. J’ai été directeur d’une agence bancaire en montagne, à la Banque Populaire, aux Gets (Haute-Savoie) puis ensuite j’ai travaillé dans le secteur du marketing, toujours dans le domaine de la banque. En parallèle, j’ai aussi créé « Zero to One », une entreprise spécialisée dans l’IA (Intelligence artificielle) mais je ne suis pas un spécialiste dans le domaine. Je suis surtout un spécialiste de la pédagogie : j’adore transmettre, j’adore former, c’est d’ailleurs un sujet en soi dans le foot.

Pour vous avoir rencontré à Grasse et ici, à Nîmes, vous semblez calme, mesuré, réfléchi, naturel, placide, sympathique et proche : est-ce un bon portrait ?
Il me semble que ça me correspond, oui. J’aime bien les gens. J’aime bien le contact humain.

« J’aime l’échange, j’aime l’humain »

Depuis votre arrivée au club en juillet dernier, vous avez donné beaucoup d’interviews : c’est quelque chose qui vous plaît ?
Pas particulièrement. Je ne suis pas en recherche de ça. Mais j’aime bien l’échange, ça relève de bien aimer l’humain. Et à partir du moment où l’on doit communiquer, échanger, je le fais sans déplaisir.

Et être mis sur le devant de la scène, cela ne vous gêne pas ?
Je me dis qu’il faut que je sois à ma place, c’est tout. Il ne faut pas que j’en fasse de trop, mais il ne faut pas que je me cache non plus. Je suis quelqu’un d’assez pudique, pas très démonstratif. Mais si c’est ma place, il faut que je l’assume. J’avais vécu un peu ça, mais dans une autre mesure, quand j’ai été maire (à Saint-Hilaire-d’Ozilhan, près d’Uzès, entre 2014 et 2020), mais c’était à l’échelle d’un village de 1200 habitants où là, d’un coup, on devient une personnalité dans sa commune et un petit peu autour.

« Maire, j’étais parfois en souffrance »

Voilà comment on fête une victoire à Nîmes ! Photo Nîmes Olympique

C’est plus dur d’être maire d’un village, chef d’entreprise ou président du Nîmes Olympique ?
Je suis très content de vivre ces trois expériences. Je ne sais pas quel est le niveau de difficulté de chacune des trois fonctions mais je dirais que, de par mon naturel, mon côté « automatique », j’ai l’impression que c’est beaucoup plus facile d’être chef d’entreprise où de diriger un club de foot, que d’être maire. Maire, j’étais en mode « manuel », parfois en souffrance. Juste avant, je vous parlais d’échanges : quand j’étais maire, les échanges étaient plus politisés et c’est moins mon truc sans doute. Là, je me sens plus à l’aise, ce qui ne veut pas dire que je suis meilleur.

Maire, vous étiez donc moins à l’aise ?
Non, au niveau de la commune, je me suis toujours senti à l’aise, ça allait, mais c’est quand je sortais de la commune que cela devenait plus compliqué pour moi. Parce qu’on est obligé, quand est on maire, de traiter avec le Département, la Région, la Communauté de communes, etc., et là, il y a avait des clivages politiques, des clans. Ce rapport-là, sans doute que je n’avais pas toutes les capacités à le gérer, en tout cas, je l’ai géré comme j’ai pu, mais j’étais en mode « manuel », pas en mode « automatique ».

« Ma fonction de maire m’a appris à anticiper »

Le stade des Antonins, contre Créteil. Photo 13HF

Votre mandat de maire s’est arrêté en 2020 : est-ce vous qui ne vous êtes pas représenté ?
Je me suis représenté mais en tant que conseiller municipal sur la liste de ma première adjointe, Liliane Ozenda, qui a été élue. Et à ce jour, je suis toujours conseiller municipal de Saint-Hilaire, un joli petit village assez touristique, qui est connu pour sa viticulture, qui a une appellation « Côtes-du-Rhône ». Beaucoup de gens ont choisi de venir y habiter : parce que ce n’est pas un endroit où l’on vient habiter par défaut. Il est super-bien situé, très vivant. Il est passé de 700 à 1200 habitants en une douzaine d’années, c’est énorme, la population est assez jeune, assez dynamique.

Y a-t-il des similitudes entre la fonction de maire, la fonction de chef d’entreprise et celle de président du NO ?
Je m’amuse beaucoup à comparer les fonctions de maire et de président, et il y a vraiment quelque chose de marquant, c’est le temps. On a un rapport avec le temps qui est très différent. Maire, les prises de décision sont lentes, le rapport au temps est long : quand vous avez une idée pour faire aboutir un projet, ça peut prendre des années, c’est très long. Alors qu’au foot, on a une idée le lundi, si elle n’est pas concrétisée le samedi, elle ne verra peut-être pas le jour : là, on est sur un rapport au temps très accéléré. Et dans une entreprise, je dirais qu’on est entre les deux, mais plus proche du foot quand même.

Est-ce que votre passage d’élu à la commune de Saint-Hilaire vous a appris quelque chose d’utile dans le foot ?
Oui. L’anticipation. Dans le foot, quand le match est fini, on se laisse un peu embarquer et on se projette immédiatement sur le suivant, et en même temps, il faut aussi penser à ce que l’on veut faire en 2026 et en 2027. Voilà pourquoi, avec mon directeur sportif, Anthony Dupré, on parle déjà de la saison prochaine. L’expérience de maire m’a appris à anticiper, à voir plus loin, à préparer… J’aime bien parler de « mèches courtes » et de « mèches longues ». Les « mèches courtes », c’est bien, OK, mais il faut aussi penser aux « mèches longues ».

Un projet « ensemble »

Photo Nîmes Olympique

Sur le média « Ici Gard Lozère », vous avez dit en début de saison, je cite, « Après 7 ou 8 matchs, on regardera où on est et à partir de là, on aura un objectif un peu plus chiffré » : on y est là…
L’objectif, là, c’est de gagner le prochain match !

Nîmes Olympique est un projet local, avec des dirigeants du cru, et aussi familial, avec vos deux filles, Laura et Marie, qui sont partie prenante, l’une à la billetterie, l’autre à la communication : c’est important pour vous ?
C’est très-très important. C’est essentiel. On a rajouté, pour des raisons juridiques, le mot « ensemble » derrière la SAS « Nîmes Olympique » (Nîmes Olympique Ensemble), parce que, justement, ce projet, on le fait « ensemble ». Et mon premier « ensemble’, c’est ça, c’est ma famille, parce que si je n’ai pas mon épouse, si je n’ai pas mon fils, même s’il est loin (il est 3e gardien de l’équipe de l’US Concarneau en National) et si je n’ai pas mes deux filles qui me disent « Banco, papa, vas-y, tu as toujours rêvé de ça, on sera avec toi », alors je n’y vais pas.

Quel est le budget de fonctionnement du club et la masse salariale de l’équipe de N2 ?
Le budget, c’est 3,2 millions d’euros. Le budget de la SAS, qui gère uniquement l’équipe de N2, c’est à peu près la moitié, quant à la masse salariale, elle est environ de 800 000 euros et quelque.

« Il a fallu que ça tombe sur moi ! »

Savez-vous combien de fois Nîmes Olympique a joué au 4e échelon dans son histoire ?
En 4e division ? C’est la première année. Je dis parfois « Il a fallu que ça tombe sur moi ! ». Après, je sais que le club a joué 36 ou 37 saisons en première division (36, Ndlr), et autant en 2e division (36 également). Et une quinzaine d’années en National (11 précisément, ndlr).

N’avez-vous pas peur de la traversée du désert, si le club végète en N2 ?
Non et à vrai dire, je ne m’étais jamais posé cette question. C’est même la première fois qu’on me la pose. J’essaie de réfléchir … mais non, je n’ai pas peur.

« Ce que fait Rodez est inspirant »

Photo Nîmes Olympique

Êtes-vous condamné à réussir ?
En tout cas, on va mettre le maximum d’ingrédients de notre côté. Je me suis fixé une mission, mais pas tout seul. Ensemble. Et c’est celle de ramener le club à sa place, qui est entre la 10e et la 30e place française. Je n’invente rien : 36 ans en Division 1, 36 ans en Division 2… Donc ramener le club à sa place, c’est là. Frédéric Antonetti a dit la même chose au sujet de Bastia.

Vous parlez de Bastia, mais j’ai vu que Rodez était un club qui vous « parlait » et qu’une visite y était prévue…
La visite n’a pas encore eu lieu. Clément (Dépres, l’attaquant, auteur de 4 buts déjà cette saison) a joué là-bas en Ligue 2. Il fait l’interface. On a effectivement prévu d’y aller une journée, dès qu’ils seront disponibles, parce que ce que fait ce club est très inspirant.

Un modèle de gouvernance plutôt que de présidence

Vous diriez que vous être un président comment ?
Inexpérimenté, déterminé, humain, humble et assez enthousiaste !

Un modèle de président ?
Je m’intéresse depuis toujours à la gouvernance des clubs, à la façon de se comporter des présidents, mais je n’ai pas vraiment de modèle. J’ai plus un modèle de gouvernance. Par exemple, à Nîmes, un facteur de réussite indispensable, c’est que le coach Mickaël Gas, le directeur sportif et moi, on soit vraiment ensemble. Je redis le mot « ensemble » volontairement. Il faut que cela soit du papier à musique entre nous. Je me souviens de la grande époque de Saint-Etienne, avec ce trio Roger Rocher – Robert Herbin – Pierre Garonnaire, qui avait construit toute une époque. C’est pour ça que je pense plus à un modèle de gouvernance qu’à un modèle de président en particulier.

« On est sur des temps courts »

Anthony Dupré (à gauche) enlace Clément Dépres. Photo Nîmes Olympique

Parfois, même si c’est rare dans le foot, des équipes descendent mais conservent leur coach : cela n’a pas été le cas d’Adil Hermach. Y a-t-il eu une réflexion à son sujet ?
Je ne me suis pas posé la question. En fait, tout est allé très-très vite, tout a basculé en 48 heures. Comme je vous l’ai dit, j’avais d’abord besoin de l’aval de ma famille et ensuite, deuxième chose, j’avais aussi besoin de l’aval d’Anthony (Dupré) pour le poste de directeur sportif. J’ai tout de suite su que c’était lui pour ce poste. Je le connaissais. Je l’avais rencontré au bord des terrains. Il y a quelques années, il s’était intéressé à mon fils Valentin, on avait discuté, sympathisé. On a un rapport un peu père-fils tous les deux. Je vous parlais tout à l’heure de temps court et de temps long. Dans le foot, on est sur des temps courts et ma conviction, c’est qu’il vous faut des gens qui vous permettent de gagner du temps. Et Anthony, c’est quelqu’un qui vous permet de gagner du temps : il est direct, ça va vite, c’est du parler vrai, ça ne prend pas de détour, voilà. C’est celui dont j’avais besoin pour faire un bon complément avec moi. Il me le fallait. Et à partir du moment où il m’a dit « oui », c’était à lui de choisir le coach, pas à moi. Donc je ne me suis pas posé la question pour Adil.

Il y a quelques années, vous aviez déjà été manifesté un certain intérêt pour Nîmes Olympique : pourquoi est-ce que cela n’avait pas abouti ?
Je ne sais plus quand c’était, vers 2017 peut-être. En fait, j’avais été approché pour un projet de reprise dans lequel il avait été imaginé que je puisse avoir un rôle de président délégué. Mais je n’avais pas rencontré Rani Assaf. Avec lui, il y a seulement eu des échanges de SMS.

« Avec Rani Assaf, il n’était pas incontournable que l’on se rencontre »

Comment, de l’extérieur, avez-vous vécu ces neuf années de présidence Assaf, l’homme qui a cristallisé le désamour autour du club ?
Dans le règne de Rani Assaf, il faut se souvenir qu’au début, tout était beau. C’était l’euphorie. Il y a eu la montée en Ligue 1 (en 2018). Donc il n’y a pas eu 9 ans de difficultés mais c’est vrai que l’on se souvient plus des dernières années, douloureuses. C’était douloureux de voir ce club perdre son âme. On avait l’impression que son coeur battait de plus en plus faiblement : on sait maintenant que, malgré ces dernières années, il est bien vivant ! C’est le moins que l’on puisse dire.

Du coup, avez-vous rencontré Rani Assaf ?
Non, je ne l’ai pas rencontré. Je le rencontrerai peut-être un jour, si c’est nécessaire, je ne sais pas… Vous savez, je vous l’ai dit, j’aime beaucoup « l’humain », je n’ai pas de problème avec ça, mais je sais que c’est quelqu’un de distant et et je respecte ça. Il n’était pas incontournable que l’on se rencontre.

« L’histoire doit s’écrire aux Antonins »

Anthony Dupré – Mickaël Gas : les Crocos d’abord ! Photo Nîmes Olympique

Le public revient au stade où l’on sent un nouvel engouement, une nouvelle ferveur : ça, c’est quelque chose qui, forcément, est nouveau aux Antonins, et fait plaisir…
Oui, on a retrouvé le public, ce public chaud, qui fait la force du club. L’histoire s’écrit aux Antonins, et doit s’écrire aux Antonins.

Pourtant, ce n’était pas gagné dans ce stade provisoire étiqueté « Assaf », construit par l’ancien président : l’objectif n’est-il pas, à long terme, de retourner un jour aux Costières ?
Vous savez, j’ai vécu de supers moments aux Costières, maintenant, ce n’est pas mon sujet. Mon sujet, c’est de ramener le club à sa place, et je le ferai aux Antonins. On a la chance de disposer d’un outil quand même très fonctionnel, c’est un petit stade quasi à l’Anglaise où, dès que l’on a 5 000 personnes, c’est le feu. On va faire en sorte que les gens aiment les Antonins; ce ne sont que les succès, les performances, qui feront que ce stade correspondra à une époque heureuse. Après, si un jour on retourne aux Costières, ce sera top, mais ce n’est pas mon sujet.

Tristesse et frustration passée

Le dress code de Thierry Cenatiempo : rouge ! Photo 13HF

Mais jouer « Chez Rani Assaf », c’est bizarre, non ?
On est dans une situation transitoire par rapport aux infrastructures, et pas seulement sur les Antonins, sur la Bastide aussi. Je vous parlais tout à l’heure de 2026 ou 2027, en vous disant que je me projetais déjà là, parce que justement, sur La Bastide, on a vraiment l’ambition d’améliorer l’infrastructure, d’améliorer les pelouses, d’avoir un outil qui favorise au maximum la performance des joueurs. Mais pour cela, il faut que le changement de propriétaire ait lieu et que les partenaires nous accompagnent. Après, on paiera un loyer, comme cela se fait dans les autres clubs.

Racheter un jour le stade des Antonins, c’est quelque chose auquel vous pensez ?
Là pour le coup, c’est une mèche très-très-très longue (rire) ! On peut se poser la question sur le domaine de la Bastide. Ce ne serait pas inintéressant que la Bastide … (il coupe) Mais ce n’est pas notre sujet pour le moment. Aujourd’hui, normalement, si tout est conforme à ce qui est prévu, on change de propriétaire au 31 janvier et le stade des Costières ne sera plus la propriété de monsieur Assaf. Et à partir de là…

Fin décembre, cela fera 3 ans que Nîmes joue aux Antonins. Vous avez prévu un anniversaire ?
Pas du tout ! On prévoir d’autres festivités, mais pas celles-là (rires) !

Étiez-vous déjà venu voir des matchs de Ligue 2 ou de National aux Antonins ?
Je vais vous faire un aveu : je n’avais jamais mis les pieds aux Antonins avant cette saison. J’étais présent au dernier match de Nîmes Olympique au stade des Costières, contre les Girondins de Bordeaux, en Ligue 2, pour la symbolique, mais je n’avais jamais vu un match aux Antonins. Je n’avais pas le coeur. Mais je n’ai jamais non plus été animé d’un sentiment d’animosité. En fait, c’était plus de la frustration, de la tristesse. Aller voir un match aux Antonins, devant 1 000 personnes comme c’est arrivé la saison passée en National, cela aurait été un supplice. Non, impossible.

La couleur rouge comme dress code

Mickaël Gas. Photo Nîmes Olympique

Vous êtes très attaché à la couleur rouge…
Vous savez, le public de Nîmes, c’est le foot que j’aime. J’aime aussi Saint-Etienne, Lens, Sochaux, Bastia, Marseille, parce que, tout de suite, quand on parle de ces clubs, on voit une couleur, les Sang et Or pour Lens, les Verts pour Saint-Etienne, etc. Et Nîmes, c’est les Rouges. Il y a une quinzaine de clubs comme ça en France où l’on voit les gens venir au stade avec les couleurs du club. Là, on est assailli de demandes pour les maillots (1), parce que tout le monde le veut ! C’est trop beau quand on arrive au stade, avec tous ces gens, au bord de l’autoroute, habillés en rouge. C’est une chance, et pour les joueurs, c’est le kiffe total ! Je le dis souvent, chez nous, il n’y a aucun joueur qui soit venu pour l’argent. Ils ont tous fait des sacrifices. On leur a vendu de la passion et du monde au stade.

(1) Le nouveau maillot sera vendu à l’occasion du match face à Saint-Priest, samedi 18 octobre, dans la bodega située sur le parvis de la Halle des sports, en attendant l’ouverture de la boutique, en décembre, boulevard V. Hugo, à Nîmes. 

Ce championnat de National 2, vous le trouvez comment ?
J’ai juste raté le déplacement à Toulon mais j’ai vu le match sur internet. On voit que ça va être chaud dans notre poule, tous les matchs sont compliqués. Quand je fais référence au dernier match de championnat contre Créteil, mais aussi au match contre Fréjus, je trouve qu’il y a de la qualité, de l’intensité, ça joue bien, franchement. Là, c’est l’amoureux du foot qui parle : j’ai pris du plaisir sur ces matchs. Il y a vraiment un bon niveau. Je pense qu’il faudra être très compétitif, match après match. Il n’y a aucun match facile où on arrive en se disant « Là, c’est bon… » Non, pas dans cette poule. Et c’est vrai pour toutes les équipes. Je suis amateur de foot mais pas un spécialiste, ce n’est pas mon métier, et c’est très bien comme ça. Moi, ce que j’entends, c’est que l’équipe qui va sortir de cette poule pourra tout de suite être performante à l’étage supérieur. C’est l’impression que j’ai, car je regarde beaucoup de matchs de National, comme Concarneau forcément, et franchement, notre dernier match de championnat contre Créteil, ça valait bien des matchs de National.

« Content de ce que l’on est en train de faire »

Content de ce début de saison tout de même ?
C’est vrai que là, on est gâté, on est content de ce que l’on est en train de faire, de produire, mais cela ne veut pas dire que l’on est satisfait, parce que si on était satisfait, cela voudrait dire que l’on y est arrivé or ce n’est du tout le cas. Mais content, oui, on peut le dire.

Votre nom de famille, « Cenatiempo », c’est d’origine espagnole ?
Oui mais pour autant mes grands-parents, mes arrière-grands-parents et mes arrière-arrière-grands-parents étaient italiens. Il y avait des Cenatiempo sur des bateaux italiens à l’époque de Garibaldi, qui sont arrivés au sud de l’Italie au XVIIe siècle je crois, et qui se sont installés au nord de Naples. Il y a beaucoup de Cenatiempo là-bas. Mais avec la consonance espagnole. Parce qu’il y a aussi des « Cena – Tempo », mais nous, c’est bien « tiempo ».

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13HF et Nîmes Olympique
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Le défenseur latéral, ex-grand espoir de l’AJ Auxerre, est rentré sur ses terres bigourdanes en 2023 en même temps que son frère Damien, pour aider à structurer son club formateur et épauler une nouvelle équipe dirigeante. Il se partage entre le poste de manager général et entraîneur, avec déjà une certaine réussite : le TPF, remonté en National 3, est bien parti pour s’y installer.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : Philippe LE BRECH

Le rendez-vous à Tarbes était (presque) fixé. L’entrevue avec Marc Fachan programmée. Mais le calendrier, notre calendrier, en a décidé autrement. Quel regret ! Moi qui aime le sud-ouest, la convivialité, j’aurais été servi !

Du coup, c’est en visio que le manager/entraîneur du « TPF » (Tarbes Pyrénées Football) a répondu à nos questions, en direct de… chez lui, avec le ciel bleu au-dessus de la tête – « Il n’y a pas que chez toi, à Nice, qu’il fait beau ! » – et le Pic du midi de Bigorre et ses 2 876 mètres à sa droite, qui orne le blason du club, « Je le vois en tournant la tête ! ». Merci pour l’accueil virtuel ! Et mea culpa !

Une nouvelle dynamique

Photo Philippe LE BRECH

En tout cas, Marc Fachan n’a pas forcé son accent chantant de la région, qui vous donne la banane, et n’a pas joué un rôle pendant l’heure qu’il a passée avec nous, faisant preuve d’une grande convivialité. Pour un peu, on se serait cru dans les montagnes. Les Pyrénées forcément. Elles sont si imposantes. Si importantes. Elles surplombent et longent Tarbes, sa ville (45 000 habitants), dont il est originaire et qu’il défend becs et ongles. « Non, Tarbes ce n’est pas du tout une ville-dortoir, même si, bien sûr, on ne va pas venir s’y installer sur un coup de tête ! C’est une ville identitaire, où il y a un esprit montagnard, où les gens sont là de génération en génération. »

Tarbes, on y a déjà mis les pieds. Rapidement. Le temps d’un match de foot, en CFA (National 2). C’était un Tarbes-Cannes, en mars 2014, juste avant un 1/4 de finale de coupe de France entre Cannes et Guingamp. À vrai dire, cela ne nous avait pas semblé folichon. Et puis il n’y avait pas grand monde au stade Maurice-Trélut, situé juste derrière celui du rugby, que l’on voit en travers depuis la tribune.

Mais c’était il y a 11 ans, et depuis, le foot s’est refait une belle santé dans la préfecture des Hautes-Pyrénées. Le soir des matchs, il y a de nouveau beaucoup de monde au stade. Parce que les arrivées des nouveaux dirigeants (Carlos Amorim et Patrick Desai, coprésidents) et de Marc Fachan, en 2023, ont coïncidé avec le retour d’une équipe identitaire, dans laquelle se reconnaissent à nouveau les Bigourdans. Les prémices d’un renouveau s’étaient déjà fait ressentir sous l’ancienne présidence, avec Régis Vidal.

International U19

Photo Philippe LE BRECH

Titulaire depuis cette années du DES, un diplôme qui lui permet d’entraîner jusqu’en N2, Marc Fachan, 36 ans, est un peu l’enfant du club. Celui qui y a grandi dans les catégories de jeunes avant de partir au pole espoirs de Castelmaurou puis au centre de formation de l’AJ Auxerre, où il a passé 5 ans. Il est revenu à l’été 2023, en Régional 1, en même temps que son frère Damien, 35 ans, avec qui il a évolué en National à Dunkerque, un club qui l’a vraiment marqué, également à Carquefou (National) et à Bergerac en N2. Marc Fachan a aussi vécu des expériences en Division 2 espagnole (Alavès, Tarragone), au RC Strasbourg, en National, avant de « finir » en N3 à Anglet. Depuis, le TPF est monté en juin dernier en National 3, à l’issue d’un barrage.

Mais ce que l’on ne savait pas, c’est que l’ancien international U19, grand espoir auxerrois à la fin des années 2000, avait signé à l’âge de 19 ans au Dynamo Kiev. Une expérience malheureuse, qu’il raconte sans tabou. Mais avec quelques regrets, parce que, s’il est fier de sa carrière et de son parcours, il sait que partir en Ukraine, seul, à ce moment-là, ne fut pas un choix opportun. Mais comme il y a toujours des choses à prendre dans chaque expérience, bonnes ou mauvaises, celle-ci lui a aussi donné des billes.

Marc Fachan : « Refaire de Tarbes un super club de N3 ! »

Photo Philippe LE BRECH

Tu as la double casquette entraîneur / manager : pas trop difficile à gérer ?
Je n’ai pas le choix ! J’aimerais avoir plus de temps pour ma fonction d’entraîneur mais je me suis organisé pour ça, j’arrive à allier les deux. Tarbes, c’est mon club, c’est ma ville, c’est ma passion. Le plus dur est passé au niveau structurel. On a des partenaires privés et publics qui nous suivent, donc c’est plus facile à gérer, on ne ne sent pas seul. J’ai des appuis derrière moi, qu’on a réussi à fédérer pour nous permettre d’avancer. On part de zéro. Il faut bien se mettre à l’esprit que l’on est un club amateur et ça c’est le plus dur : je n’ai pas d’analyste vidéo, je n’ai pas de préparateur physique, je suis coach, je suis manager, je suis analyste, je suis prépa… Je touche à tout, ça me passionne, j’essaie de bien caler mon agenda pour respecter mon organisation, afin de ne pas m’éparpiller.

Y a-t-il une volonté d’étoffer le staff ?
On a un entraîneur des gardiens, on s’organise au niveau médical, on a trouvé un kiné, ça tourne, les joueurs savent comment cela fonctionne. J’ai juste à m’occuper des rendez-vous avec le médecin, et là c’est plus compliqué parce que notre territoire est un désert médical. Heureusement, on a des liens avec quelques-uns pour nous faciliter la tâche. En fait, tout s’organise. Le but aussi, c’est de se dire que, si un jour je pars, le club continuera de tourner, parce qu’on aura tout mis en place.

« Entraîner, j’ai toujours eu ça dans un coin de la tête »

Photo Philippe LE BRECH

Quand as-tu su que tu voulais entraîner ?
En vrai, je me le suis toujours dit. Je l’avais dans un coin de ma tête. J’ai toujours eu de bonnes relations avec mes coachs quand j’étais joueur, je les ai toujours respectés, et je pense que c’était réciproque. Moi, j’avais le respect aussi pour cette fonction d’entraîneur qui n’est pas simple, parce que gérer 25 mecs quand tu en as 10 qui ne jouent pas le week-end… Bon, ce côté-là, aventure humaine, passion, ça m’a toujours fait envie. Quand je suis allé à Anglet, où j’avais prévu de vivre, parce j’adore le Pays Basque et l’océan aussi, j’ai passé mes premiers diplômes en continuant à jouer pendant deux ans en National 3, avant de venir à Tarbes.

Justement, comment as-tu atterri à Tarbes, chez toi, dans « ton » club ?
C’est venu tout seul. Il y a eu un changement de président au TPF. Carlos, c’est un ami (Carlos Amorim, le coprésident avec Patrick Desai) . On a fait ce projet ensemble. Il m’a convaincu de venir. Et puis feu ! On a décidé de foncer dans cette aventure. Voilà comment j’ai « enquillé » à Tarbes. J’avais déjà le BEF, qui me permettait d’entraîner en Régional 1, le niveau de l’équipe fanion à mon arrivée, mais j’ai failli ne jamais aller à Tarbes.

Ah bon ?
Oui, le club s’est sauvé de justesse en Régional 1 en 2023, à l’avant-dernière journée, sur un miracle. Je les voyais aller en Régional 2 et là, jamais je ne me serais engagé. Tant mieux que l’histoire se soit passée comme ça. Je n’avais pas encore pris ma décision à ce moment-là mais vu que mon frère, Damien, rentrait lui aussi à Tarbes, je me suis dit que c’était un signe : le club se maintient, mon frère revient et Carlos (Amorim) veut que l’on fasse le truc ensemble… Cela n’a pas été une évidence mais une réflexion, parce que je quittais beaucoup de choses sur le Pays Basque, mais en tout cas on a foncé dans le projet. J’avais de toute façon prévu d’arrêter à Anglet. Tout s’est parfaitement coordonner.

« Une saison, c’est long »

Photo Philippe LE BRECH

Pas trop dur de faire la transition joueur / coach ?
Non, l’adaptation a été naturelle. J’ai toujours fait partie des cadres dans les équipes quand je jouais, j’avais ce côté « gestion des mecs ». Je n’ai pas senti que c’était un truc où je devais lire 20 bouquins pour gérer un vestiaire. J’ai lu beaucoup de choses, bien sûr, pour apprendre, pour avoir d’autres billes que celles que j’avais, j’ai appris, mais j’avais ce côté-là je pense en moi. Pour le moment, je pense que je m’en sors bien par rapport à ça.

Le rythme des séances ?
On en fait trois le soir en semaine, plus le match du week-end. Le mercredi, je passe voir les équipes du club, je regarde comment ça entraîne, etc.. Oui, trois séances, c’est juste, c’est un équilibre à trouver avec les mecs qui bossent, qui ont des vies de famille. On fait une quatrième séance avec les jeunes qui ont le temps de la faire, qui sont demandeurs, mais c’est important aussi de garder de la fraîcheur mentale. Une saison, c’est long.

Tu disais que le coprésident était un ami…
Carlos a été mon entraîneur chez les jeunes. C’est quelqu’un qui a toujours cru en moi. Il coache encore aujourd’hui au club : il a les 17 ans. L’an passé, il avait les 18 ans. Petit à petit, du fait de sa fonction de président, il lâche un peu celle d’entraîneur pour s’y consacrer, mais il a cette passion du football, il a toujours entraîné, il adore les gamins, et puis quand je vois tout ce qu’il fait pour le club. En fait, lui, il est plus axé sur l’administratif, et Patrick Desai, l’autre président, s’occupe plus du sportif. Évidemment, je connais mieux Carlos, avec j’ai une relation privilégiée depuis gamin : il était persuadé que je ferais une carrière, et on a gardé ce lien au fil des années, et là, on se retrouve, l’histoire est belle. Les deux coprésidents ont des caractères qui matchent, ils sont complémentaires.

« Mon frère ne sera jamais sur le banc ! »

Damien Fachan, le frère de Marc (ici avec son coéquipier Maxime Dannfald). Photo Philippe LE BRECH

À Tarbes, tu es « rentré » en même temps que ton frère Damien, que tu entraînes du coup…
Mon frère bosse dans un cabinet de prothésiste-dentaire. Il aurait pu continuer à jouer, et même plus haut qu’en National 2. Il est rentré aussi pour des raisons familiales. Cela faisait quand même quelques années qu’il était parti pour le foot, et du coup, au moins, je me suis dit, on le fait ensemble ce projet aussi.

Mais devoir « gérer » son frère, ce n’est pas trop difficile ? Imaginons que tu le mettes sur le banc…
Il ne me fera jamais la gueule (rires), et en même temps, il ne sera jamais sur le banc (rires) comme ça c’est dit ! C’est mon frère, c’est mon capitaine, c’est notre pilier. On a construit l’équipe autour de lui. Il est exemplaire. C’est une chance incroyable de l’avoir, surtout pour les jeunes, de par l’exemplarité qu’il met à notre niveau. Il ne faut pas oublier que la N3, on n’y est que depuis deux mois. Mais déjà, l’exemplarité qu’il a mis en Régional 1, l’humilité qu’il a eue, et qu’ont eu certains joueurs de retomber à ce niveau, je pense aussi à « Manu » Delgado, qui est Tarbais, et que l’on a fait revenir (ex-Toulon, Annecy, Fréjus/Saint-Raphaël et Hyères). Tout ça fait que, forcément, derrière, les autres suivent; ça entraîne tout le monde.

Qui a parlé le premier à l’autre du « projet Tarbes » ?
C’est Dada (Damien). Il m’avait dit qu’il rentrait. Il savait que je voulais rester sur le Pays Basque, où j’étais installé depuis deux ans avec ma compagne. Mais il ne m’a pas dit « Viens absolument à Tarbes », non, c’est moi qui ai pris la décision de venir, et je ne le regrette pas parce que je vis une aventure exceptionnelle.

« Il fallait remettre des valeurs de territoire à Tarbes »

Photo Philippe LE BRECH

Pas trop difficile de passer du Pays Basque à la Bigorre ?
(Rires) Tu m’as demandé si j’avais du temps pour assouvir d’autres passions (lire plus loin le « tac au tac »), je peux te garantir que le temps est rare mais dès que l’on peut, on part au Pays Basque, on a des amis là-bas, j’y suis souvent. Quand j’ai besoin d’océan, de me faire plaisir, j’y vais ! En 1 heure 15 de route, j’y suis, mais je suis vraiment très heureux à Tarbes, je m’y sens très bien.

Tarbes, ville de rugby, ville industrielle, où le rugby a toujours eu une place importante : le foot trouve t-il la sienne ?
Avec les coprésidents, quand on a fait le brainstorming de début de saison, on s’est demandé comment on allait développer le projet, ce qu’on allait mettre en place. Il y a un contexte, or le contexte n’était plus du tout respecté chez nous : quand on faisait l’analyse, on voyait qu’il n’y avait plus de joueurs de chez nous, du 65 (du département des Hautes-Pyrénées), ou même du grand sud-ouest. Donc à partir de là, difficile pour les gens de se reconnaître dans cette équipe. Et si on a du monde aujourd’hui qui vient au stade, il y a une raison. Mais pour faire revenir les gens, il fallait qu’ils arrivent à se reconnaître dans cette équipe, et pour ça, il fallait remettre des valeurs du territoire, et à Tarbes, c’est très important.

Tarbes n’est pas du tout une ville-dortoir : certes demain tu ne vas pas te dire « je vais m’installer à Tarbes », mais c’est une ville où les gens sont d’ici, de génération en génération, ancrés dans le territoire, qui connaissent la Bigorre, qui ont ce côté montagnard, qui aiment les randos, avec un aspect familial. Le football a exactement les mêmes valeurs que le rugby chez nous. Si tu ne te déchires pas pour le copain, si tu ne mouilles pas le maillot, si tu n’as pas ce côté familial, ce côté « amis », alors tu n’es pas fait pour jouer ici. C’est ça qui est passionnant, parce que lorsqu’on est arrivé au club, on s’est demandé ce qu’il fallait faire pour que les gens reviennent au stade, pour que les entreprises et les élus nous suivent, et quels joueurs on allait prendre. On a vraiment remis un projet identitaire au sein du club, une vraie identité bigourdane, de chez nous, avec des vraies valeurs sur le terrain, afin que les gens prennent du plaisir en tribune, et ça a pris. Et puis forcément, quand tu fais une montée de Régional 1 en National 3, ça valide le projet.

« Aujourd’hui, le club n’est pas prêt pour aller National 2 »

Le public revient de plus en plus nombreux au stade Marcel-Trélut. Photo TPF

Le club a quitté le National 2 en 2018 : peut-il retrouver cet échelon un jour ?
J’ai une lucidité et une humilité qui d’abord m’ont permis de vite m’adapter à ce contexte amateur, et ce n’est pas simple, parce que j’ai connu aussi un niveau plus haut, et qui me font dire que… La vérité, c’est qu’un club, pour aller en National 2, il doit avoir aujourd’hui un budget minium d’ 1,2 million d’euros. Si tu ne les as pas, tu mets ton club en danger au niveau structurel. En National 2, les joueurs sont quasiment des professionnels, entre guillemets, des professionnels smicards du foot, et très peu d’équipes s’entraînent le soir. En fait, les joueurs vivent du foot en N2, on appelle cela du professionnalisme, toutes proportions gardées, et ça, il ne faut pas l’oublier. Il faut que ton club soit prêt et à l’heure actuel, le Tarbes Pyrénées Football n’est pas prêt. J’estime que ce serait presque dangereux d’y aller.

Après, ce qu’il faut, c’est mettre en place un projet pour se dire, « Bon, on a envie de redevenir un club de N3 », et forcément, le budget reste le nerf de la guerre, tu as besoin de staff, de joueurs qui peuvent se dire « le foot est presque mon métier mais pas totalement », et pour passer ce cap-là, il faut des moyens. Ici, tout le monde travaille et ce n’est pas négociable. C’est un équilibre qui correspond à la structure de notre club. Bien sûr que j’aimerais avoir demain les joueurs à disposition tout le temps, mais ça ne correspond pas à notre club, on se tromperait d’objectif. Refaire de Tarbes un super club de N3 et continuer à faire ce que l’on fait chez les jeunes, où toutes nos équipes sont quasiment en Régional 1, il est là notre axe de progression, sur les jeunes, pour garder ce projet d’identité et alimenter les seniors. On a le Pau FC à côté, mais avec un budget incomparable au notre, on n’est pas invité à la table, donc, restons tranquille sur nos objectifs, stabilisons le club en N3 et développons nos jeunes. Ce qui ne veut pas dire que l’on n’a pas d’ambition.

Le maintien en N3 est donc l’objectif; quid de l’équipe réserve de R3 ?
Elle a raté la montée en R2 l’an passé à la dernière journée à la maison. C’est l’objectif prioritaire de la ramener plus proche de la National 3. Et pour la N3, l’objectif est d’exister dans ce championnat : je suis lucide sur notre effectif, on a de supers jeunes, avec quelques anciens qui les entourent, avec de supers axes de progression, donc si on fait bien notre taf… On n’a pas de limite en fait. Si tu me demandes quel est l’objectif avec la N3, je te réponds « le maintien rapidement » et ensuite, c’est justement de ne pas avoir de limite.

« Il y a un plafond de verre »

L’équipe réserve de Régional 3 visera l’accession en R2 cette saison. Photo TPF

C’est comment, le National 3, dans ta poule ?
Je l’ai connu et découvert à Anglet pendant mes deux dernières années, ça joue quand même. Il y a des supers joueurs. C’est une poule ultra-homogène, avec des grosses équipes comme Arcachon, Agde ou Anglet qui ont des budgets colossaux par rapport au nôtre.

Et dans le département, quelle est la 2e meilleure équipe ?
C’est Lourdes, qui vient de remonter en Régional 1.

L’avenir du football à Tarbes passe-t-il par un rapprochement avec un club voisin ? On se souvient qu’au rugby, Tarbes et Lannemezan avaient fusionné avant de retrouver leur indépendance ?
Non (catégorique). Il n’y a aucun autre gros club susceptible de faire naître cette réflexion, de se dire « si on matche les deux, ça permettrait de passer un cap », comme Bergerac et Trélissac l’avaient envisagé à un moment donné, pour un projet qui aurait eu de la gueule. Il y a un plafond de verre, il faut être lucide. Je l’ai dit, c’est le N 3.

« Je suis obsédé par la victoire »

On connaît l’importance du rugby à Tarbes : y a-t-il une synergie avec le « Stado » (Stado Tarbes Pyrénées Rugby) ?
Tout le monde suit le rugby chez nous ! Ils jouent en championnat le vendredi soir, mais pendant ce temps-là, nous, on fait nos veilles de match sur le terrain à côté. Mais j’ai toujours suivi les résultats du « Stado ». Le sport à Tarbes a été très compliqué ces dernières années. On était sur une décennie de descente. Le club de foot a failli ne plus exister. Franchement, si on était descendu en Régional 2, les subventions auraient baissé, et là, c’était « finito ». Il faut que demain, si on n’est plus là, le TPF continue de tourner.

Les deux coprésidents, Patrick Desai (à droite) et Carlos Amorim. Photo TPF

Sur un plan personnel, le fait d’être Tarbais, de revenir dans le club où tu as commencé, est-ce que cela te met une pression supplémentaire ?
La légitimité, il faut la gagner. C’est rare d’arriver quelque part en terrain conquis. Pour moi, c’est en gagnant des matchs, en ayant des résultats au niveau du club, que … Peut-être que les gens ont pensé, quand je suis arrivé, « OK, Marc, il a joué en pro, mais il n’a jamais entraîné », mais peut-être que d’autres ont pensé « C’est top, avec son vécu, il va apporter au club ». On peut le voir de plusieurs manières différentes. Je suis né et j’ai grandi dans la compétitivité, avec cette pression du résultat. Je me suis mis une grosse pression en arrivant au club, pour avoir les meilleurs résultats possibles. On a eu ce barrage d’accession en National 3 en juin dernier, qui s’est bien terminé (victoire 1 à 0 à Carcassonne face à Atlas Paillade Montpellier, sur un but de Manuel Delgado), tant mieux. On a eu la chance de monter, les feux sont au vert, tout roule, je suis super content pour le club ! Maintenant, voilà, je me dis toujours que personne n’est indispensable. Mon but, c’est que demain, si je ne suis plus là, le club continuera de tourner.

Après, le fait d’être Tarbais, bien sûr, ça me met une petite pression complémentaire, complètement. Quant tu es chez toi, que tu connais tout le monde, que tout le monde te parle du club en ville, au resto, tu as envie que les gens te disent « Put… c’est trop bien ce que vous faites au club… » Tu as envie que les gens soient fiers du club qu’ils vont voir le week-end, et c’est ce que l’on a réussi à créer autour de Tarbes. C’est pour ça que les gens viennent. La pression du résultat, de toute façon, moi, je suis obsédé par la victoire. Mais pour gagner, il faut construire. Pour l’instant, je pense qu’on le fait bien mais je sais qu’on aura des jours compliqués dans l’année, comme on en a eu aussi la saison passée, mais ça fait partie du taf.

Marc Fachan du tac au tac

« Je suis un coach à l’inverse du joueur que j’étais ! »

Photo Philippe LE BRECH

Ton meilleur souvenir sportif ?
Ma première sélection en équipe de France U19, en en Italie, je l’attendais avec impatience.

Pire souvenir ?
J’en ai quelques-uns (rires) ! Je dirais le match nul 2-2 chez nous avec Dunkerque contre Boulogne lors du dernier match de National (saison 2016-2017). Une victoire nous aurait permis de finir 3e et barragiste, et on serait monté (finalement, c’est le Paris FC qui a fini 3e et qui est monté de National en L2, malgré sa défaite en barrages aller-retour contre Orléans). Notre coach était corse (Didier Santini) et il savait que le Sporting-club de Bastia allait couler et que ça libérerait une place…

Combien de buts marqués dans ta carrière ?
Très bonne question ! Pas beaucoup mais j’ai toujours marqué ! Sur ma dernière saison avec Anglet, en N3, j’en ai mis 8 ou 9 je crois.

Ton plus beau but ?
Avec le Racing-club de Strasbourg, en National, contre le CA Bastia, à La Meinau, un intérieur du pied à la Thierry Henry. Un bon souvenir car ce but avait permis de gagner.

Photo Philippe LE BRECH

Pourquoi as-tu choisi d’être défenseur ?
Je n’ai pas choisi ! C’était une opportunité entre guillemets. J’alternais les postes au centre de formation d’Auxerre, sur les côtés, devant, en 9 et demi ou en 10, et un jour, en coupe Gambardella, il y a eu une opportunité de jouer latéral droit. C’était le début de l’ère moderne, avec des latéraux. Guy Roux m’a fait descendre à ce poste.

J’ai pensé aussi à ce moment-là qu’il y aurait peut-être un moyen pour moi de « monter » plus vite, plus haut, en jouant à ce poste, donc j’ai essayé de m’y adapter le plus vite possible et j’ai bien fait. Après, j’ai toujours eu cet état d’esprit de vouloir attaquer, parce que j’aimais ça, mais j’aimais défendre, donc le poste me convenait parfaitement.

Ta première fois dans un grand stade ?
C’était au « Tèfe » (Téfécé, Toulouse), avec le centre de préformation de Castelmaurou, on était allé voir un match, je ne sais plus lequel. Mais le premier vrai choc, c’est quand je suis arrivé au stade Abbé-Deschamps.

Photo Philippe LE BRECH

Ton geste technique préféré ?
Crochet intérieur, feinte de frappe ! Il marche encore celui-là, il n’a jamais été démodé (rires) ! C’est un geste simple à réaliser et très efficace.

Qualités et défauts sur un terrain selon toi ?
Mes qualités : j’étais régulier, je n’étais jamais vraiment mauvais, j’étais un bon contre-attaquant et un bon défenseur. Mes défauts : parfois trop caractériel, trop hargneux.

Tu as beaucoup joué en National : que t a-t-il manqué pour jouer en Ligue 2 en France ?
J’estime qu’il ne m’a rien manqué. Il y a un facteur chance qui n’a jamais trop tourné en ta faveur, et au bout d’un moment tu penses que c’est de ta faute, qu’il manque « le truc en plus ». Et il y a aussi un facteur « profil »: peut-être que je ne rentrais pas dans les cases, dans les fameux critères. Enfin, il y a eu aussi les blessures, et ça m’a coûté cher à des moments clés. J’ai eu de graves blessures (hernie discale) et à chaque fois, au lieu de te relancer, tu dois te re-relancer, ce n’est jamais simple. Mais je n’ai aucun regret sur ma carrière, elle a été belle, même si j’aurais peut-être pu faire mieux.

Le club où la saison où tu as pris le plus de plaisir ?
À l’USL Dunkerque. Sans aucune hésitation. Je n’avais plus trop goût au football quand je suis arrivé là-bas et j’ai trouvé à Dunkerque une ville qui me correspond, des gens qui me correspondent, un club avec des valeurs. J’ai aimé cette ville et ce club. j’ai encore des amis au club. J’y retourne dès que je peux. J’ai vu le nouveau stade, mais il n’était pas encore fini. Dunkerque méritait cet équipement.

« J’ai été opéré cinq fois du dos »

Lilian Roume. Photo Philippe LE BRECH

Un match où tu t’es dit après, « J’arrête le foot » ?
Non, je ne me suis jamais dit ça après un match. Ce sont surtout les blessures qui sont dures à encaisser. Quand tu arrives 27 ou 28 ans, que tu ne t’en sors pas, que ça pète à chaque fois… J’ai eu de graves blessures, j’ai été opéré cinq fois du dos, avec de grosses séquelles. Je suis revenu à chaque fois. Tu dois faire de la rééducation, tout seul, tu te prends en charge, tu te démerdes seul pour te soigner, et ensuite, soit tu reviens, soit c’est fini. C’est comme ça. Et là, tu te poses des questions, forcément.

Une erreur de casting dans ta carrière ?
Même si j’ai arrêté de jouer il n’y a pas longtemps, c’est sûr que ma carrière, j’ai eu le temps de l’analyser (rires) ! Après, me considérer vraiment comme joueur professionnel… J’estime que cela faisait déjà quelques années que je ne l’étais plus car à partir du moment où tu touches le National 2, tu ne l’es plus vraiment.

Pourtant, en National 2, il y a certains clubs qui fonctionnent comme des clubs de National voire de Ligue 2, même parfois en N3…
Oui et non, parce qu’il y a beaucoup de stades où tu vas au charbon tous les week-ends et ça, ça n’arrive pas en pro. Quand tu es à Cannes, par exemple, et que tu dois aller jouer en hiver sur des terrains où il y a plus de terre que d’herbe, devant quelques centaines de spectateurs, ce n’est pas simple. Tout le monde sait que le National 2 est un championnat amateur mélangé avec des pros.

Les seniors N3. Photo Philippe LE BRECH

Revenons à la question : une erreur de casting ?
Le Dynamo Kiev. C’était le pire choix de ma carrière. Je l’ai regretté et je le regrette encore. Avec le recul, et si j’avais été mieux entouré à ce moment-là, ce n’est pas le choix que j’aurais dû faire. Cela m’a coûté cher. Je sortais d’Auxerre et j’ai signé 5 ans là-bas ! Je suis reparti en Espagne au bout de cinq mois. Un mauvais épisode, un mauvais casting…

Comment t’es-tu retrouvé à Kiev ?
À Auxerre, j’étais un espoir du centre de formation, avec la génération 89, avec Willy Maeyens (ex-Sedan) on était avec le groupe pro, que j’avais intégré à l’âge de 17 ans et demi. C’était très tôt. On était en équipe de France jeunes, et forcément, la lumière s’allume vite à cet âge-là… J’avais beaucoup de clubs qui s’intéressaient à moi, et j’en ai sélectionné trois : Dynamo Kiev, Villareal qui me proposait d’intégrer le groupe pro et de jouer avec la réserve qui était en D2 au début, et Lille, où je devais partir… Mais j’ai bifurqué vers Kiev parce qu’avec Jean Fernandez, l’entraîneur d’Auxerre, on n’était pas sur la même longueur d’ondes quant à mon évolution de carrière, j’avais un bon de sortie, et voilà… Au dernier moment, j’ai choisi Kiev, un choix dicté par l’aspect financier. Kiev a écrasé la concurrence à ce niveau-là et aussi au niveau sportif, le club jouait la Ligue des Champions. Simplement, je ne me rendais pas compte de ce que c’était que de partir à l’étranger, dans un club comme ça, et quand je suis arrivé là-bas, je suis tombé dans un micmac d’agents très compliqué à gérer, le coach a changé, j’ai préféré partir, et ça m’a coûté cher.

Haoufou Guira. Photo Philippe LE BRECH

Tu en retiens quoi de cette expérience, de cette leçon ?
Aujourd’hui, les joueurs sont très entourés. Moi je ne l’étais pas assez. Je n’étais pas prêt pour un club de ce standing. C’était trop d’un coup. A cette époque-là, j’avais un agent, Jean Gérard Czajka, mais si tu n’es pas patient, si tu ne veux pas brûler les étapes… J’avais 19 ans, c’était tentant d’aller à Kiev, sauf qu’il y a eu un changement d’entraîneur au moment où j’y suis allé, et avec les licences intercommunautaires, il n’y en avait que trois, j’ai été switché, le nouveau coach ne me voulait pas; ça a été dur psychologiquement.

En plus, il y a eu l’histoire des 5 années de contrat que le club ne voulait pas payer… Je suis arrivé dans un club, je sortais de l’Abbé-Deschamps où on était couvé, protégé, et là, quand je suis arrivé, je me suis dit « Waouh », le centre d’entraînement du Dynamo Kiev, il faut le voir pour le croire ! C’était dingue ! Mais on ne t’accueillait pas à bras ouvert dans ce club, c’était chacun pour sa gueule, donc moi, Français, j’arrive, ils ne parlent pas ma langue, ils ne parlent pas anglais, pour l’intégration, c’était très dur, ils ne parlaient que le russe, l’ukrainien, le serbe, le croate… En fait, je compare ça à un choix universitaire, quand tu as tout bien fait, et que tu te plantes au moment de l’orientation après ta « draft ». Je n’ai pas su me relever comme je le souhaitais. Alors qu’en France, j’aurais pu me développer sereinement. Je n’avais aucun intérêt de partir à l’étranger à cet âge-là. Aucun. J’avais choisi Lille, j’aurais pu choisir même un autre club de Ligue 1… J’ai eu du mal à me remettre de ce choix.

Beaucoup de joueurs « rouge » à la récupération ! Photo Philippe LE BRECH

Un club où tu rêvais de jouer gamin ?
J’ai toujours été fan du Real Madrid mais je n’ai jamais rêvé d’y jouer, je n’étais pas dans ce truc-là. Par contre, il y a un joueur qui m’a fait rêver, c’est Thierry Henry, à Arsenal.

Pourtant tu as le maillot du Real Madrid là, non ?
Non, c’est celui du TPF (Tarbes Pyrénées Football), j’ai fait en sorte que cela ressemble à celui du Real ! On joue en Rouge et Blanc à Tarbes mais la tenue de sortie est différente, c’est blanc !

Un stade mythique ?
C’est Highbury, avec les invincibles d’Arsenal. J’étais fan absolument à cette époque-là. Après, quand tu as goûté une fois au Vélodrome, forcément, plus aucun stade ne lui arrive à la cheville après ça !

Photo Philippe LE BRECH

Un coéquipier avec lequel tu t’entendais bien dans le jeu ?
J’ai adoré joué avec un top attaquant, qui s’appelle José Mari, à Tarragone. Il avait joué au Betis Seville, à l’Atlético Madrid, au Milan AC, à Villareal… Il était en fin de carrière mais j’ai eu un super feeling avec lui, et franchement, quel joueur ! Même si on voyait qu’il était en mode tranquille, au bord de la mer, à Tarragone, et qu’il finissait sa carrière. J’ai joué 2 ans avec lui, un régal.

Un joueur perdu de vue que tu aimerais bien revoir ?
J’ai des nouvelles de toute notre bande quasiment à Auxerre mais j’aimerais bien revoir Alain Traoré ! Je ne l’ai pas vu depuis les années d’Auxerre. Cela me ferait plaisir de le revoir.

Un attaquant adverse que tu n’aimais pas affronter ?
Khalid Boutaïb ! Il était chiant ! Il scorait à chaque fois ! Très malin, très chiant à prendre.

Photo Philippe LE BRECH

Un coach qui t’a marqué ?
Je pense à ceux que j’ai eu au centre de formation, qui m’ont permis de grandir. C’était strict, mais ils voulaient te faire avancer. Je pense à Gérald Baticle et Christian Henna. Gérald m’a fait passer un cap. Après, j’ai eu des tops coachs plus tard, comme Fabien (Mercadal) et Didier (Santini), des bons managers et des bons coachs.

Un coach perdu de vue que tu aimerais bien revoir ?
Jacky Duguépéroux, à Strabourg. J’ai eu une relation particulière avec lui. J’aimerais bien le revoir.

Un coach que tu n’as pas forcément envie de revoir ?
Oui, mais je ne me souviens plus de son nom de famille, celui du Dynamo Kiev (rires) ! Il n’y avait même pas l’ombre du respect de la personne, j’étais un pion.

Le stade Maurice-Trélut de Tarbes. Photo Philippe LE BRECH

Un président marquant ?
Sans aucune hésitation, Marc Keller, à Strasbourg. Mais si tu vas en Alsace, beaucoup de gens te répondront la même chose !

Un président à oublier ?
Je ne vais pas en citer un, je n’aime pas trop ça, parce que je suis devenu manager d’un club, donc je vois les choses différemment. Bien sûr qu’il y a eu des choses électriques avec des présidents, mais quand tu passes de l’autre côté, tu comprends mieux.

Une causerie marquante ?
Celle de Cesar Ferrando, pour ma première en Espagne, avec Tarragone, on affrontait la Real Sociedad à domicile, je ne comprenais pas tout, même si j’avais le traducteur à côté, et je me disais « Waouh, je suis sur une autre planète », j’ai adoré, on avait gagné. Un super souvenir.

Photo Philippe LE BRECH

Une anecdote de vestiaire ?
Ce n’est pas une anecdote, mais plutôt des moments avec Dunkerque, pendant le carnaval, on était surmotivé, on faisait tout pour gagner le vendredi soir pour avoir la chance d’y aller le samedi, parce qu’on savait que si on perdait, on allait se faire allumer (rires) !

Le joueur le plus connu de ton répertoire téléphonique ?
(J’en ai quelques-uns) rires ! C’est un coach ! Luis de la Fuente ! D’ailleurs, j’ai oublié de le citer tout à l’heure !!! Comment je peux l’oublier ?! (Luis de la Fuente, actuel sélectionneur de l’équipe d’Espagne, fut son coach à Alavès, en D2 espagnole).

Combien de cartons rouges dans ta carrière ?
Pas beaucoup. J’ai dû en prendre 4.

Et depuis que tu entraînes, tu en as pris ?
Oui. J’ai eu un peu de mal à m’adapter… J’en ai pris deux je crois.

Une devise ?
Je répète souvent à mes joueurs de ne jamais oublier d’où ils viennent.

Combien d’amis dans le foot ?
Une quinzaine. C’est long 20 ans de foot (rires) !

Tu étais un joueur plutôt…
Avec la grinta.

Tu es un coach plutôt ?
Compréhensif, exigeant et ambitieux.

Le club de Tarbes ?
Il est identitaire, stable. Du moins il est devenu stable. Et lucide.

Des rituels, des manies avant un match ?
Alors ça, si tu as un joueur qui te dit qu’il n’en a pas, c’est un menteur, même un petit geste anodin ! Je suis croyant, donc je prie. Sinon, les mêmes vêtements, des trucs comme ça, mais je ne m’attachait pas trop à ça.

Le public lors de la venue d’Anglet, le mois dernier, à Trélut. Photo TPF

Et en tant que coach, tu as des manies d’avant-match ?
Je suis très calme avant un match. Je ne sors pas sur le terrain, je reste dans ma bulle, j’ai besoin de déconnecter. Mon tempérament de coach est totalement différent de mon tempérament de joueur. En fait, je suis tout l’inverse du joueur que j’étais. C’est un travail que j’ai dû faire sur moi-même, notamment dans la compréhension et la gestion de mes émotions. Je peux être électrique, mais c’est rare. Je lis beaucoup de livres sur le comportement personnel, mais je n’ai pas fait de formation spécifique. J’ai discuté avec des personnes spécialisées dans le domaine. Forcément, ça aide.

Tu as un style de jeu ?
J’aime dominer l’adversaire. J’aime le côté tactique. Après, possession, pas possession, moi, ce que je veux, c’est poser des problèmes à l’adversaire via un projet de jeu ou en t’adaptant à celui de l’adversaire, parce que parfois, il faut accepter de se dire que tu n’es pas au-dessus de lui et que donc, tu ne pourras peut-être pas mettre ton jeu en place. En fait, l’apprentissage du foot, c’est un monde sans fin. C’est passionnant. C’est pour ça que je me suis mis là-dedans.

As-tu le temps pour des passions en dehors du foot ?
Des passions, tu as plus le temps d’en avoir quand tu joues que quand tu es coach (rires) ! J’en ai deux : je suis passionné de mer et de montagne. J’ai la chance d’avoir l’océan pas loin et la montagne juste à côté ! Donc j’aime aller en rando, au ski ou surfer. Mes passions, c’est la nature ! Et ici, avec ce que m’offre la Bigorre, ma région, je me régale !

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions spéciales)
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L’ex-attaquant des années 90, reconverti entraîneur depuis plus de 20 ans, mais sans club depuis l’hiver dernier, retrace sa riche carrière, parle des ses expériences et évoque sans filtre sa personnalité, un peu méfiante, mais pas si réservée que cela !

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos 13HF et DR

« Nono » Cabezas, sur le port de Golfe-Juan Vallauris, la semaine dernière, à côté de Cannes.

Jean-Noël Cabezas donne rendez-vous au café L’Escale près du port à Golfe-Juan, entre Cannes et Antibes. « Viens on se met en face, de l’autre côté de la route, contre la mer et des bateaux de pêche ! » lance-t-il. À force de voir la mer et les bateaux, nous, on n’y prête même plus attention ! Mais pas celui que ses amis appellent « Nono ». La mer, les bateaux, il adore ça. « Je fais un peu de plongée en apnée, ça permet de travailler le mental, et j’aime bien partir en pêche ».

En même temps, l’ancien attaquant des années 90 est né à Martigues et a grandi à Marseille, sous le soleil – « Il brille toujours ! » – et au bord d’une grande bleue qu’il a retrouvée en 2017, quand il a quitté le centre de la France et le Clermont Foot après 17 saisons , dont 15 dans l’encadrement, pour s’asseoir sur le banc de Fréjus/Saint-Raphaël en National 2. Pour se rapprocher de ses parents aussi.

Depuis, il n’a quasiment plus bougé de la Côte d’Azur, hormis une escapade à Andrézieux, en banlieue de Saint-Etienne, en 2018/19, avec à la clé la fameuse élimination de l’Olympique de Marseille, le 6 janvier 2019 (2-0), en 32e de finale de la coupe de France, au stade Geoffroy-Guichard ! Malheureusement, l’épopée s’était arrêtée en 16e (élimination face à Lyon-Duchère 1-2, club de National).

Quinze saisons dans l’encadrement à Clermont

Photo « collector », sous le maillot du Havre, il y a 35 ans déjà !

Cette qualification face à l’OM, c’est sans doute à ce jour son fait d’armes le plus marquant comme coach, du moins celui qui a eu le plus de retentissement médiatique. Cela aurait pu lui ouvrir les portes du BEPF, le diplôme d’entraîneur professionnel, il n’en fut rien. Cela lui a au moins ouvert les portes du club de son coeur : l’AS Cannes. Limogé d’Andrézieux après seulement 8 matchs la saison suivante, il rebondit, certes à l’étage en dessous, en National 3, chez les Dragons azuréens, mais le projet est tellement ambitieux et l’institution si prestigieuse…

Et puis Cannes, comme le raconte Jean-Noël dans cet entretien ensoleillé, c’est l’équipe qu’il allait voir et supporter quand il n’était encore qu’un jeune avant-centre de 18 ans, qui évoluait en Division d’Honneur à Vallauris, sur les hauteurs de … Golfe-Juan. À cette époque, il s’entraîne la journée avec le centre de formation des Rouge et Blanc – l’un des meilleurs de l’Hexagone – et rejoint son club le soir. Deux saisons et deux accessions plus tard – Vallauris accède en Division 4 puis en Division 3 -, c’est le grand saut dans le monde pro pour le grand attaquant, qui portera ensuite les couleurs du Havre (D2), d’Annecy (D2), d’Alès (D2), de Vallauris à nouveau (D3, titre de meilleur buteur aux côtés de Hervé Renard et Zoran Vujovic notamment), de Toulon (deux passages, en National d’abord avec accession en D2 puis en D2 un an plus tard), de Cannes donc, en Division 1, de Troyes (D2, accession en D1), d’Amiens (D2) et enfin de Clermont (National et accession en D2), où il boucle sa carrière de joueur. Un très joli CV enrichi par la suite de quinze saisons passées dans l’encadrement du club auvergnat, à la formation, avec les U19 nationaux, avec la réserve et avec les pros comme adjoint. De quoi, là encore, emmagasiner beaucoup d’expérience.

Un vrai Marseillais qui se respecte !

Entraîner, « Nono » a su très vite qu’il se dirigerait vers ce métier une fois les crampons raccrochés : très tôt, déjà, à Marseille, dans des associations de quartier, il encadrait des plus grands que lui, le mercredi.
Sans club depuis son dernier « limogeage » à Fréjus, à l’hiver dernier, dans un club où il travaillait pour la seconde fois, Jean-Noël Cabezas, qui en profite pour s’entretenir et aller voir des matchs – « Ce soir je retourne au Vélodrome pour OM-PSG, j’y suis allé hier mais le match a été reporté à cause des intempéries ! » – s’est mis en quête d’un nouveau projet.

Pendant 45 minutes, il s’est confié, au point de parfois briser la carapace. Méfiant de prime abord, réservé, introverti, sensible, hésitant parfois à terminer ses phrases, « Jeannot » comme d’autres l’appellent aussi, ou « Cabezou », s’il intériorise beaucoup, a souvent montré une image à l’opposé de celle qui dégage, au point de parfois passer pour un grand bavard. Un vrai Marseillais qui se respecte, en quelque sorte. Qui aime parler … mais surtout de foot !

Interview : « Le foot rend méfiant »

Quand on retrace ton CV de joueur, on se dit… quel parcours, tout de même ! Partir de DH pour finir en D2 et en D1, c’est rare !
À Vallauris, j’étais surclassé, j’avais 18 ans, on a fait les montées de DH jusqu’en D3 mais je n’ai pas joué tout de suite en D3, je suis parti au Havre, avant d’être prêté à Annecy en D2, entraîné par Guy Stephan, que j’ai revu cet été au Mondial de Footvolley à Juan-les-Pins, c’était sympa, on a pu échanger. J’avais gardé un bon souvenir de lui. Après Annecy, je suis revenu à Vallauris, en D3, puis après c’est parti, Alès, Toulon, Troyes, Cannes, Amiens avant de finir à Clermont. J’ai eu de la chance dans ma carrière de joueur car j’ai fait beaucoup de montées, de la DH jusqu’à la Ligue 1, avec Troyes (accession en 1999).

À Clermont, où tu as fini ta carrière de joueur sur une nouvelle montée en Ligue 2 (en 2002), tu as passé quinze ans dans l’encadrement : pourquoi être parti en 2017 ?
C’est la venue de Corinne Diacre qui m’a fait partir. C’était un peu compliqué avec elle. Quand elle est arrivée, au bout d’une semaine, Olivier Chavanon, le directeur sportif de l’époque, m’avait dit « ça va être compliqué avec elle », et moi, je lui ai répondu « Dès le premier jour, j’ai su que ça allait être compliqué avec elle ! », donc là, j’ai décidé de partir.

« Je me suis présenté huit fois au BEPF… »

Photo AS Cannes

Quand as-tu su que tu deviendrais entraîneur ?
Quand j’habitais Marseille, j’entraînais les plus grands que moi, dans une association de quartier, La Millière, au milieu des HLM, c’était le mercredi, je faisais ça pour rendre service et gagner un peu d’argent aussi. J’aimais ça. J’avais entraîné des plus petits dans les quartiers aussi, avec une autre association, Les Escourtines (il a commencé au quartier de La Barasse, à côté du quartier de Saint-Marcel, puis à l’US Rouet). Quand j’étais joueur à Troyes, j’avais des discussions avec Alain Perrin, qui me voyait bien devenir entraîneur. Mais ce qui a tout déclenché, c’est à la fin de ma carrière de joueur à Clermont, quand j’ai monté une école de football pour les attaquants, en 2001; ça avait bien fonctionné, à tel point que des gros clubs, comme Marseille ou Lyon, venaient piller nos joueurs. C’est comme ça que je me suis retrouvé dans l’équipe pro de Clermont, en Ligue 2 : l’équipe ne marquait pas beaucoup de but et Alain Dalan, le président de l’époque, m’a demandé de devenir adjoint et de m’occuper spécifiquement des attaquants; ça a bien fonctionné et tout est parti de là ! Ensuite j’ai passé mes diplômes. Aujourd’hui, je peux entraîner jusqu’en National 2.

Tu ne songes pas à te représenter au BEPF ?
Je me suis présenté huit fois déjà… Je n’ai pas eu la chance d’être pris et j’ai craqué ! Quand j’étais à Frejus, à Andrezieux, je me suis présenté, et une fois, j’ai même été le premier « repêchable » en cas de désistement d’un des candidats. Là, je me suis dit que, forcément, j’allais être pris l’année d’après, surtout qu’on venait d’éliminer l’OM en coupe de France avec Andrézieux, mais je n’ai pas été retenu et je dois dire que, mentalement, ça m’a « tué ». Aujourd’hui, ce n’est pas que je ne veux plus candidater, mais j’ai pris un peu d’age (58 ans), même si je m’entretiens, je cours, je fais attention à mon alimentation, mais je ne sais pas, je trouve que… Mais depuis quelques années, quand même, j’ai l’impression que pour l’admission au BEPF, ça s’est plus « ouvert ».

« Partir à l’étranger m’aurait plu »

Mais entraîner en National, ou dans la future Ligue 3, n’est-ce pas un objectif ? Ou être de nouveau adjoint en pro ?
Si j’avais eu mon BEPF, j’aurais eu des opportunités pour aller en Belgique, par rapport à certaines connaissances que j’avais. Partir à l’étranger m’aurait plu, pour changer, pour ne pas rester dans le confort. Comme jouer en Espagne aussi, ça m’aurait plu à l’époque, j’ai des origines espagnoles, du côté de l’Andalousie. Après, retrouver un staff pro, oui, mais il faut que ça matche avec le coach; ça dépend de l’entraîneur en place. Par exemple, je m’entendais bien avec Michel Der Zakarian à Clermont, donc travailler pour et avec quelqu’un que l’on apprécie, comme Michel par exemple, oui. Je pense qu’il faut une connexion entre le numéro 1 et son adjoint, qu’on soit comme une équipe. Je le vois bien, car j’ai été numéro 1 aussi, et je n’ai pas eu que des bonnes expériences avec mes adjoints. Parfois, les choses négatives font grandir et permettent de rebondir. Je suis toujours dans cette optique-là. Ce n’est ni facile d’être adjoint, ni facile d’être numéro 1. Mais je préfère ne retenir que le positif de mes expériences.

« Je n’ai pas vu mes enfants grandir »

On sent un grand regret tout de même…
(Hésitation) Au Clermont Foot, j’ai fait de la formation, j’ai sorti Romain Saïss, le capitaine de l’équipe du Maroc, je me suis occupé de lui, il y avait aussi « Yacou » Sylla (Aston Villa, Rennes, Montpellier), que j’ai fait venir, l’attaquant « Momo » Bayod, Mathias Pereira-Lage, Julien Laborde, plein de joueurs comme ça, j’étais connu quand même aussi grâce à mon travail là-bas. J’avais une double casquette, entre la formation et les seniors, le matin et l’après-midi avec les pros, le soir avec la réserve… Et je ne n’ai pas vu mes enfants grandir… Si c’était à refaire, je ne le referais pas. C’est ma passion, bien sûr, mais bon…

Tu dis que tu n’as pas vu grandir tes enfants…
Ma fille, Mathilde, a 30 ans, elle chante (sous le pseudo « Mathilda »). Mon fils, Noë, a 25 ans, il joue à Alès en N3. Je ne les pas vu grandir, non, parce que j’ai tellement donné à Clermont que c’était au détriment de ma famille. Je m’en suis aperçu quand Corinne Diacre est arrivée. Je ne lui en veux même pas, cela fait partie du foot mais, surtout, cela m’a fait réaliser que la famille était plus importante, même si Claude Michy, le président de Clermont Foot, m’avait dit « Les entraîneurs passent, mais toi tu restes », parce qu’il voulait que je reste.

Le clip de Mathila (« Est-ce que les autres s’aiment ? ») : cliquez ici

Noë, son fils de 25 ans, a signé à Alès, où Jean-Noël a évolué en D2 dans les années 90. Photo OAC

À Fréjus/Saint-Raphaël, tu as été limogé une première fois puis tu n’as pas été conservé en fin de saison une seconde fois… À Cannes, tu n’as pas non plus été conservé : c’est digéré ?
Il y a eu Andrézieux aussi ! Mais à Andrézieux, la deuxième année, je savais que le club cherchait un entraîneur de la région stéphanoise, donc je n’ai pas été surpris quand j’ai été limogé, parce qu’on m’avait prévenu. Ils ont mis Romain Revelli à ma place.

Quand je suis allé la première fois à Fréjus/Saint-Raphaël, c’était pour être adjoint de Charly Paquillé. Et puis je voulais aussi revenir dans le sud pour des raisons familiales. Charly a été limogé et j’ai pris la suite mais en juin, je n’ai pas été gardé. J’ai été surpris parce qu’on avait vraiment fait une belle saison (5e). C’est dommage, parce qu’on n’a pas eu le temps de se structurer, c’est un peu le problème d’ailleurs du foot amateur, et aussi du foot pro, sauf que dans le foot pro, il y a plus de moyens pour mettre des choses en place, comme une cellule de recrutement par exemple, un meilleur suivi des joueurs, etc. C’est ce que j’ai essayé de faire à Fréjus et aussi à Cannes.

« J’ai toujours adoré l’AS Cannes ! »

Tu es « marseillais » mais tu as supporté Cannes, c’est étrange tout de même…
Quand j’étais jeune, j’allais voir tous les matchs de l’OM, et parfois j’allais aussi voir les entraînements à Saint-Menet, sur un terrain à côté de chez moi, je ratais parfois l’école pour y aller ! Je regardais les attaquants, je me souviens de ce joueur, Marc Berdoll… Je regardais aussi leur comportement, l’exigence, mais c’était une autre époque, le club était en Division 2. Quant à Cannes, j’ai toujours adoré ce club, alors que je n’y étais pas ! Mais j’aimais ce côté « petit poucet », quand le club était en première division.

Mais d’où vient cette « amour » pour l’AS Cannes ?
Quand je jouais à Vallauris, j’allais voir tous les matchs de Cannes. J’étais supporter. Puis j’ai eu la chance d’être joueur au club et ensuite entraîneur. Il y a eu des grands noms, des grands entraîneurs comme Jean Fernandez ou Arsène Wenger, qui est une référence pour moi. Wenger, c’est quelqu’un qui construit, qui outrepasse sa fonction d’entraîneur. J’essaie, à mon niveau, de le prendre en exemple. Quand on est entraîneur, on regarde les meilleurs pour s’en inspirer et voir ce qu’ils font. Quand j’étais joueur, je faisais pareil. Quand je suis venu travailler à l’AS Cannes, je me suis installé à Vallauris, parce que là-bas, j’y garde de bons souvenirs, c’est le club qui m’a mis le pied à l’étrier et j’y ai des amis.

« Il y a des choses beaucoup plus graves que le foot »

Photo AS Cannes

Que gardes-tu de ton passage à Cannes sur le banc, où tu es resté cinq ans ?
D’abord, on a eu deux années « covid » puis la troisième année, on est monté de National 3 en National 2 avec Anny Courtade et Xavier Bru aux commandes. Anny, elle nous faisait confiance, et quand le club a été vendu à la famille Friedkin, ils ont voulu mettre un entraîneur « à eux », c’est comme ça… Mais bon, je ne suis pas allé à Cannes pour l’argent, mais pour faire remonter le club, parce que j’étais attaché à ce club.

Ensuite, la saison passée, tu es retourné à Fréjus/St-Raphaël (N2), dans un club qui ne t’avait pas conservé cinq ans plus tôt : étrange, non ?
(Sourire) Oui, c’est vrai ! On était dans les trois premiers jusqu’en novembre/décembre et puis on a eu un problème… (il marque un silence). Un joueur est tombé malade (il marque à nouveau un silence), un très-très bon joueur, qui tenait la baraque derrière (le défenseur central Julien Mouillon). Il a eu une grosse maladie et ça m’a rappelé les mauvais souvenirs de janvier 2009, quand on a perdu Clément Pinault. La maladie de Julien, je l’ai mal vécue. Tu sais, le foot c’est dur, OK, mais quand on vit ça… Je crois qu’il n’y a rien de pire. J’ai mis deux ans pour me remettre du décès de Clément (Pinault), on était très proches. Donc ce limogeage à Fréjus, je le relativise, parce qu’il y a des choses beaucoup plus graves. La maladie de Julien (Mouillon) m’a ramené à tout ça, et sans doute que je n’ai pas été bon, que je n’ai pas su gérer mes émotions.

« Je suis peut-être un peu plus sensible que d’autres »

Rabat, Bonadei, Moses… Le temps des copains, au Sporting-club de Toulon (document Le musée du Sporting)

En ce moment, beaucoup d’entraîneurs nous parlent de la gestion de leurs émotions : tu aurais donc toi aussi des choses à régler de ce côté là ?
En général, j’arrive à les gérer sur le terrain, par exemple, je me contrôle, je ne me suis jamais fait expulser, mais un décès, une maladie, là, ce n’est pas pareil, on n’est pas préparé à ça. Je suis un peu plus sensible que d’autres, peut-être. J’ai du mal à gérer ces situations. Mon frère a eu une grosse maladie : il est resté à l’hôpital pendant deux ans à Hyères à Pomponiana (Institut de rééducation fonctionnelle), ça m’a vraiment touché, tout est lié à l’enfance aussi… C’est dur de gérer des choses comme ça. Je suis proche aussi de l’association Adrien et de René Molines, son président, à Pégomas, près de Cannes, parce que ce sont des choses qui me touchent. Et parce qu’il n’y a pas que le foot. Je pense être proche des joueurs : « Yacou » Sylla m’a appelé quand il a eu son diplôme d’entraîneur, Romain Saïss aussi, on garde le contact, j’ai de bons souvenirs avec eux. Le côté humain est important.

Tu dis que tu es un entraîneur exigeant : mais qui sont les coachs qui t’ont marqué ?
J’aimais bien Alain Perrin, au niveau du jeu, il nous faisait bien jouer; au niveau relationnel, c’était dur, même si avec moi ça se passait bien. Il faut dire que quand je l’ai eu, j’avais la trentaine, j’avais déjà de la bouteille et il savait que je pouvais tenir le vestiaire. Je n’étais pas un leader par la parole mais par les actes, je pense que c’est pour ça qu’il m’appréciait aussi. J’ai eu un autre entraîneur qui m’a marqué : Léonce Lavagne, à Alès. Il faisait jouer des amateurs s’il le fallait, à la place des pros, parce qu’avec lui, c’était au mérite, peu importe le statut. Il était dur mais écouté et honnête. C’est quelqu’un qui allait au bout de ses idée. C’est ce qu’on attend d’un entraîneur.

« Beaucoup de clubs amateurs travaillent bien »

Aux côtés de l’ex-international Jean-Marc Ferreri, à Toulon.

Puisque l’on parle d’Alès, pourquoi ce club (N3) n’y arrive-t-il pas ? Et pourquoi Toulon (N2), où tu as évolué deux fois, n’y arrive pas non plus ?
À Alès, il y a toujours eu des problèmes financiers et à Toulon, c’était un peu pareil à mon époque. Cela veut dire que cela a mal été géré de l’intérieur. Et puis il y a autre chose : aujourd’hui, il y a beaucoup de clubs amateurs de National 2 et de National 3 qui travaillent très bien, qui sont très bien structurés, avec des personnes qui s’investissent beaucoup dans leur travail. C’est pratiquement devenu du semi-professionnel. C’est pour ça qu’en N2 et en N3, c’est très dur de monter, il faut bien s’entourer et bien connaître le niveau.

Par exemple, en National 2, ce n’est pas parce qu’un club va prendre six ou sept joueurs du niveau au-dessus qu’il va monter, parce qu’il faut un état d’esprit, il faut que les joueurs soient complémentaires, sans compter que c’est la bagarre chaque week-end. Les clubs ont progressé, et peut-être que Toulon et Alès, qui ont été des clubs phares, ont moins progressé que les autres… Cette saison, Alès, où joue mon fils Noë, a une équipe très jeune, c’est très intéressant ce qu’ils font, ils ont quand même perdu leurs attaquants à l’intersaison alors qu’ils marquaient beaucoup de buts l’an passé, mais ça a l’air de bien prendre. Il faudra voir si l’effectif est suffisant sur la durée.

Il y a autre chose : il faut connaître les régions aussi. À Alès, il y a les mines à côté, il faut connaître la population locale, leurs valeurs, savoir où on est. Par exemple, quand j’étais entraîneur à Andrézieux, je suis allé voir le musée de la mine à Saint-Etienne, c’était incroyable, ce sont des choses qui marquent. On aurait pu ajouter Andrézieux dans la question précédente, un club qui évolue depuis longtemps en N2, qui a de superbes infrastructures, mais qui n’arrive pas à monter… Parce qu’il faut laisser du temps, et j’espère que Roland (Vieira), qui est un bon coach, en aura. Au Puy, il en a eu, il est resté 10 ans, mais dès fois, au foot, on n’a pas le temps de construire. Pourtant, c’est le secret, mais…

« Le foot, ce n’est pas que l’argent »

Tu connais bien le championnat de National 2 : tu le trouves comment aujourd’hui ?
Il évolue. Il est de plus en plus dur, parce que beaucoup d’équipes, comme je le disais avant, travaillent bien. Elles se donnent les moyens de bien travailler, même si elles n’ont justement pas trop de « moyens » financiers, parce qu’on voit bien que le foot, ce n’est pas que l’argent, sinon ce serait trop facile.

Tu penses à Cannes en disant cela…
Non mais quand j’étais à Cannes, il y a quelque chose qui m’a frappé : en fait, je regardais toujours mes adversaires en vidéo avant de les affronter, et quand ils jouaient contre nous, ce n’était pas du tout la même chose, cela ne ressemblait plus à l’équipe que j’avais vu en vidéo. J’avais bien prévenu mes joueurs par rapport à ça. En fait, l’explication est simple : nos adversaires avaient une envie décuplée de nous « taper », un peu comme ceux qui jouent contre Bordeaux aujourd’hui en N2, et ils étaient donc parfois en sur-régime. Ce qui fait que nos matchs ressemblaient plus à des matchs de coupe. Voilà, c’est ça, en fait, chaque semaine, on faisais des matchs de coupe de France, et même parfois des matchs de coupe d’Europe, parce que les mecs, en face, jouaient leur vie !

« Je vais au bout de mes idées »

Tu as l’air d’une personne très méfiante, limite « parano » comme pas mal de coachs d’ailleurs…
Oui, « parano », je me mets dedans aussi ! Méfiant, ce n’est pas que dans le foot, c’est dans la vie de tous les jours, même si évidemment le foot veut ça. Le foot rend méfiant. Peut-être que si j’avais fait un autre travail, j’aurais été pareil, parce que les gens sont…

Fourbes ?
Fourbes. Ce n’est pas que je me méfie, mais… Déjà, au foot, avec les joueurs, on arrive à cerner leurs mentalités, par rapport à ce qu’ils font sur le terrain, et on retrouve ces traits de caractère, la combativité, la créativité par exemple, après leur carrière de joueur.

Anny Courtade, l’ex-présidente de l’AS Cannes, nous a dit que tu avais pris des cours de communication, mais en plaisantant, elle a rajouté que tu n’en avais sans doute pas pris assez !
(Rires) J’ai lu un de tes articles l’an passé sur Hervé Della Maggiore, l’entraîneur d’Orléans, qui avait des problèmes de communication, et je me suis retrouvé en lui, ça m’a marqué. J’ai pris des cours quand j’étais à Clermont parce que je pensais que je devais progresser dans ce domaine, mais ce n’est pas évident, entre savoir les choses et les transmettre, c’est dur. Mais je trouve que j’ai beaucoup progressé par rapport à avant, je m’en aperçois quand je vois des joueurs que j’ai formés et que j’ai retrouvés plus tard, ils me le disent.

Anny Courtade dit aussi que tu es … têtu !
Disons que je vais au bout de mes idées mais je sais reconnaître mes torts. Dans le foot, il y a des choix à faire, je sais où je vais. Par exemple, quand j’étais à Cannes, j’étais critiqué, les supporters ont même demandé mon départ, mais ça me fait rire, parce que quand j’allais manger à La Bocca, ce quartier de Cannes que j’aime, juste à côté du stade Coubertin, les gens venaient me voir en me félicitant… Les supporters n’étaient pas contents après un match nul ou une défaite, c’est normal, mais je n’ai pas perdu beaucoup de matchs avec Cannes (sourire). Il faut accepter ça, je l’accepte, le foot est un sport populaire. J’ai été moi-même supporter, donc je peux comprendre que l’on ne soit pas content après un match, mais cela reste du foot. Et puis les supporters n’ont pas tous les éléments, ils ne savent pas, par exemple, que si je ne fais pas jouer tel joueur, c’est qu’il y a une raison… une blessure par exemple.

Créativité, intelligence de jeu…

C’est quoi, tes inspirations, tes modèles, tes références en matière de jeu ?
J’aime le foot espagnol (il a des origines espagnols, du côté de l’Andalousie). Je trouve qu’il est plus structuré, on y parle de « carré » par exemple. Comme je n’ai pas été pris au BEPF, j’ai suivi sur internet des cours de formation de foot espagnol pour « compléter », pour voir le jeu de position. Là bas, ils utilisent des mots différents. Nous, aujourd’hui, on parle de transition, mais les transitions, ça a toujours existé !

À mon époque, Jean Fernandez nous disait qu’il ne fallait pas faire cinq passes, il faisait déjà de la récupération du ballon, on n’invente rien aujourd’hui ! Moi, ce que j’aime, c’est que les joueurs trouvent des solutions; par exemple, quand je mets des situations de jeu à l’entraînement, c’est pour développer l’intelligence de jeu, parce que c’est important. On parle aussi de ce « foot robot », qui manque un peu de créativité aujourd’hui, mais pour moi, tout part du football chez les jeunes. Il faut laisser de la créativité dans les trente derniers mètres et accepter, si le joueur tente quelque chose, qu’il perde un ballon mais derrière, il faut que le mec chasse, qu’il fasse du « un contre un », ce qui se fait de plus en plus maintenant, où c’est pratiquement du marquage individuel. Il faut des joueurs rapides derrière si on joue haut, si on fait le pressing haut, sinon on prend des vagues. J’aime bien le système en 4-3-3 avec des centres, j’aime aussi quand on « rentre » à l’intérieur pour mettre le surnombre. Il faut mettre de la variété dans le jeu. Le 4-4-2 aussi, c’est bien structuré, mais si j’ai l’équipe pour jouer avec des pistons, je vais changer le style, parce qu’il faut gagner des matches ! C’est pour ça que la formation est importante, que le travail est important, afin que les jeunes connaissent les systèmes et s’adaptent quand il le faut.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13HF et DR
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Échaudé par le dossier Bobigny et une deuxième saison de suite à 17 clubs au lieu de 18, le président de la FFF donne sa vision de la future Ligue 3 professionnelle, prévue le 1er juillet 2026. Il évoque la fameuse date butoir du 17 juillet ainsi que les contrats des joueurs. L’assemblée fédérale du 13 décembre devrait apporter un éclairage, une fois les recommandations, attendues pour mi-octobre, établies.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos 13HF

Territoire. Le mot revient souvent quand on parle de foot amateur. Il est même galvaudé. L’on entend parler de plus en plus, par exemple, de « football de territoire ». Le président de la Fédération Française de football, en visite le week-end dernier à Mandelieu, à côté de Cannes, à l’occasion du congrès des présidents de district, l’a souvent employé dans un entretien qu’il a donné à l’issue de l’assemblée générale de l’ANDPF (Association nationale des présidents de district).
Venu à la rencontre des présidents de districts – « nos élus de proximité, ceux-là même qui sont au plus près de nos 12 000 clubs » – pour les écouter et présenter les orientations majeures que la FFF propose pour le foot amateur, Philippe Diallo s’est ensuite confié pendant un gros quart-d’heure aux médias présents et a rappelé « le soutien économique d’aide au football amateur. Cette saison, la FFF a battu un record d’aide : nous avons distribué de diverses manières près de 106 millions d’euros et une loi de programmation financière vise à faire passer ces aides à 150 millions d’euros ».
Accompagné notamment du directeur général de la FFF, Jean-François Vilotte, et entouré de Marc Touchet, président de l’ANDPF, et d’Alain Broche, président du district de Côte d’Azur, Philippe Diallo est, sans entrer de manière spécifique dans les détails, revenu sur la création de la Ligue 3 professionnelle (en remplacement du National), qui suscite toujours autant de commentaires et, légitimement, d’interrogations. En mai dernier, nous avions consacré un large dossier sur le sujet, à relire ici : « La Ligue 3 tiendra-t-elle toutes ses promesses ? »

Philippe Diallo : « On ne va pas refaire le dossier Bobigny »

Président, la Ligue 3 pro est dans les cartons : mais où en est-on de sa mise en place ?
La Ligue 3, c’est un engagement. Elle sera lancée, je l’espère, en 2026-2027, parce que, mécaniquement, le National accueille de plus en plus en de clubs professionnels. Au début, ils étaient au nombre de 3 ou 4, maintenant, il y en a une majorité, ils sont beaucoup plus nombreux. On a tiré des conséquences de cela. Le championnat National se professionnalise et les clubs qui sont sous statut fédéral fonctionne plus ou moins comme des clubs professionnels. On a donc décidé de réparer ça avec un groupe de travail mené par Marc Keller (président de Strasbourg) et Baptiste Malherbe (président et directeur général de l’AJ Auxerre), qui sont membres du ComEx (Comité Exécutif de la FFF), et qui travaillent sur ce projet. Une première étape a été franchie avec le format de cette compétition. Là, on est dans la deuxième phase, celle de régulation.

Dans ce championnat professionnel placé sous l’égide de la FFF, on ne veut pas qu’il y ait des clubs au tapis en raisons de dérives (financières). C’est pour cela que je souhaite un championnat très encadré, avec des règles que je partage avec les présidents de clubs, les joueurs, les entraîneurs, sur un certain nombre de pistes comme l’encadrement de la masse salariale, la limitation des effectifs, l’obligation d’avoir des joueurs formés localement… autant de dispositifs destinés à mieux réguler le championnat, afin de le rendre professionnel et pérenne.

J’attends dans les deux prochains mois les recommandations pour que, à l’assemblée fédérale du 13 décembre 2025, nous puissions présenter un certain nombre d’orientations et être en capacité de lancer ce championnat de Ligue 3 en 2026. La FFF, elle, travaille sur la diffusion et le « namer », un mot que je n’aime pas beaucoup, du championnat, que nous accompagnerons financièrement.

Vous parlez souvent de « maillage », de territoire…
Dans cette future L3, on a beaucoup de villes françaises de catégories moyennes mais suffisamment importantes en termes de démographie, de bassin économique, pour faire un football de qualité, partout en France, parce que c’est une richesse du foot français. Quand je parle de 12 000 clubs sur le territoire, je parle de ce maillage territorial, qui est la force du football. Tous les Français ont accès à quelques kilomètres de chez eux à des matches de football. Cette Ligue 3, c’est un élément supplémentaire de proximité pour les fans de foot, avec du foot de très haut niveau.

Pour les joueurs en formation, cela peut aussi être un moyen de s’aguerrir…
Pour les clubs pros de L1 et de L2 c’est aussi, au travers d’un système de prêt par exemple, un moyen de faire jouer des jeunes joueurs qu’ils ont commencé à former, dans des équipes de haut niveau, afin qu’ils s’aguerrissent avant de pouvoir revenir dans leur club. Cette Ligue 3 sera pour la première fois un championnat professionnel directement géré par la FFF (la Ligue 1 et la Ligue 2 sont gérés par la LFP, Ndlr). C’est un élément qui contribue au rayonnement des territoires et qui favorise l’émergence de futurs talents; ceux-ci trouveront d’abord en Ligue 3 l’occasion de s’exprimer. Tout cela est bon pour le foot français.

On connaît son format, mais quid de son exposition médiatique ?
Il faut pouvoir exposer ce championnat. C’est un des sujet sur lequel on planche, pour trouver le bon diffuseur, afin que la Ligue 3 puisse être accessible, dans les meilleures conditions, à tout le monde. Je rappelle qu’il est à l’heure actuelle directement pris en charge par la FFF qui assure la diffusion des matchs de National (via la plateforme FFFTV et la chaîne Youtube du National), mais on voudrait aller plus loin et trouver, si le marché répond, un partenaire qui accompagne ce championnat de L3.

« Définir le statut du joueur pro de Ligue 3 »

L’un des sujets majeurs, ce sont les contrats des joueurs, qui sont différents selon que l’on soit amateur ou professionnel : se dirige-t-on vers un contrat unique ?
Nous sommes aujourd’hui dans un championnat mixte, avec des clubs à statuts professionnels d’un côté et des clubs à statut amateurs amateurs de l’autre. Avec la Ligue 3 pro, cela veut dire que tout le monde aura un statut pro : une des missions que devront mener à bien dans les semaines qui viennent Baptiste Malherbe et Marc Keller sera de définir le statut du joueur pro de ligue 3. Cela nécessite un dialogue entre les représentants des clubs et les représentants des joueurs, et certainement aussi des entraîneurs, afin de définir les contrats de travail, les minimas salariaux, en s’ inspirant de la charte du foot professionnel, qui existe déjà, mais qui est sous l’égide la Ligue de football professionnel. Je pense qu’il serait intéressant de la dupliquer en partie pour l’adapter au niveau de la Ligue 3 pro, afin qu’il y ait un statut et un contrat professionnel adapté à cette division, qui pour le coup sera unique pour les joueurs.

Ces deux dernières saisons, le National se joue à 17 au lieu de 18 : pour son image, et pour celle de la FFF, ce n’est vraiment pas bon…
Ce que nous devons faire dans les mois qui viennent, c’est vraiment de mettre des règles de régulation en place fin d’avoir un championnat pérenne. Je ne veux pas de catastrophes économiques, humaines et sportives comme on en a connues avec des clubs qui déposent le bilan. On l’a encore vu récemment, cet été, à l’AC Ajaccio, auparavant c’était Bordeaux, cela s’est produit aussi à Sedan, etc. En terme de lien social, ce n’est pas bon pour les territoires dans certaines villes qui connaissent des difficultés. C’est pour cela que l’on doit être extrêmement vigilant sur la pérennité de ce championnat.

Oui mais ce National à 17 est aussi la conséquence de décisions administratives tardives et de la fameuse date butoir du 17 juillet, qui empêche tout repêchage…
Je partage votre avis. Vous ne croyez pas que la Fédération Française de Football préférerait avoir un championnat National qui se joue à 18 plutôt qu’à 17 ? Mais vous savez bien que l’on est dans un pays de droit. Chaque club a donc la possibilité de faire valoir ses droits… C’est vrai que les procédures sont longues, mais la FFF ne peut pas, entre guillemets, raccourcir ces délais de recours ni empêcher les clubs de faire valoir leurs droits. Donc nous sommes aussi tributaires de règles qui, je pense, ne sont pas totalement adaptées à la période de l’intersaison, on l’a directement vécu cet été avec la liquidation de l’AC Ajaccio et la frustration du FC 93 Bobigny, qui aurait aimé être repêché, mais qui s’est heurté aux règles que nous avons fixées. C’est pour cela que la FFF travaille, à travers sa secrétaire générale, aux recommandations qui doivent être soumises, dans un délai court – J’ai proposé à la mi-octobre -, pour voir comment éviter ces effets pervers de cette fameuses date du 17 juillet.

Lors de l’AG de l’ANDPF, à Mandelieu.

Je veux quand même rappeler que cette date est avant tout une règle de protection des clubs. On en voit parfois durant l’été les effets pervers, mais la première réalité de cette date, c’est de dire qu’à partir d’un moment, il faut bien constituer les groupes, il faut bien aussi que les clubs puissent constituer leurs effectifs et qu’ils sachent dans quel championnat ils vont jouer. Voilà pourquoi il y a cette date du 17 juillet. Aujourd’hui, on va essayer de gommer ces effets pervers. Une des pistes, je ne sais pas si elle sera retenue, au sujet de cette règle qui n’est pas appliquée en Ligue 1 et en Ligue 2, c’est de savoir si la future Ligue 3 devra avoir une date aussi fixe qui conduirait à peut-être perpétuer ces effets pervers. C’est une interrogation. On verra si elle est tranchée à la mi-octobre, avec les recommandations. Mais cela pourrait être une évolution de dire que, l’an prochain, en Ligue 3, il n’y ait plus de date butoir pour les clubs « repêchables ». En tout cas c’est sur la table. Nous déciderons à la mi-octobre.

Mais pourquoi, au moment de l’établissement de la poule le 17 juillet, ne pas inscrire des « ou » : par exemple, cet été, pourquoi ne pas avoir inscrit « Ajaccio ou Bobigny », sachant qu’il y avait ces fameux recours ?
Je ne veux pas rentrer dans le fond du dossier. Il a été traité. Une solution a été trouvée. J’ai eu une heure par jour les gens du club du FC 93 Bobigny tout l’été, je les ai encore par message… Nous avons identifié la difficulté, c’est pour cela que l’on essaie d’y répondre. On ne va pas refaire le dossier.

Lire aussi : La Ligue 3 tiendra-t-elle toutes ses promesses

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13HF
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Après avoir failli associer son nom avec celui des Chamois Niortais, l’institution rayée de la carte, le désormais premier club des Deux-Sèvres, promu de N3, poursuit seul son développement, écrit sa propre histoire et entend se stabiliser tant sportivement que financièrement.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : Philippe LE BRECH, 13HF, Jules SAUVAGET et Michel DUBUS

Photo de couverture : FC Chauray / Jules SAUVAGET

Reportage réalisé avant la défaite concédée 2 à 0 à Bayonne lors de la J6, vendredi 19 septembre 2025.

Et si c’était ça, le charme du football ? Passer d’un stade de National 2 qui a connu la Ligue 1 ou la Ligue 2 (Cannes, Bordeaux, Istres, Nîmes, Beauvais, Créteil, Toulon, par exemple) à un autre qui a connu… enfin, qui n’a pas connu grand chose pour le moment, et qui ressemble plus à un stade de « Régional » !

Car en arrivant au stade municipal de Chauray, il faut un peu se pincer le nez pour croire que c’est du semi-pro, du foot de haut niveau. Et pourtant, ici, on joue bien en National 2 ! Même le nom de l’adversaire du jour en championnat, le FC Montlouis, ne confère pas à cette rencontre une connotation « N2 ». Chauray-Montlouis, bienvenue dans l’autre football !

L’ombre des Chamois

Le stade municipal de Chauray. Photo 13HF

Voir Chauray, Montlouis ou quelques autres à ce niveau-là a pourtant quelque chose de fantastique. C’est la preuve qu’il y a encore de la place pour ce football champêtre, ce football de village, ce football de clocher bien ancré localement. C’est la preuve qu’il y a encore la place pour de belles histoires. Et ça tombe bien, le FC Chauray est en train d’en écrire une nouvelle, après celle tristement refermée en avril dernier, quand le tribunal de commerce de Niort a liquidé ce qu’il restait de l’association des Chamois, l’institution locale.

Parce que Chauray, ville mutualiste sans centre-ville mais avec une impressionnante zone artisanale et commerciale (La zone Mendès France, qui compte 600 entreprises et 7500 emplois, est le principal financier de la CAN, la communauté d’agglomération niortaise), a toujours vécu dans l’ombre du voisin, du « géant », Niort, situé à seulement… 10 km !

Photo 13HF

Forcément, avec sa disparition au printemps, et l’accession inattendue du « petit » de National 3 en National 2, deux ans seulement après avoir quitté le Régional 1, s’est posée la question de « récupérer » l’appellation « Chamois Niortais », de pouvoir se « substituer » au club qui a passé 31 saisons en D2/L2 même connu la D1 en 1987/1988.

Le sujet a été lancé, mais la raison a prévalu : l’on ne remplace pas comme ça, d’un coup de crayon, une telle marque, une telle entité, au simple prétexte de vouloir rester dans le coeur des gens et de faire perdurer l’image.
Le FC Chauray a son histoire à écrire et, surtout, a sa propre identité, comme l’explique plus loin son président, David Rullier (rien à voir avec Cédric Rullier, l’entraîneur du GFA Rumilly en N2 !).

« Le National 2, ça n’a rien à voir ! »

Le 11 de départ à Dinan-Léhon. Photo Philippe Le Brech

Il est 17 heures. Les portes du stade municipal de Chauray ouvrent. Sur la pelouse dont la qualité saute aux yeux – quel billard ! -, les deux équipes s’échauffent. Le long de la main courante et tout autour du terrain, les dirigeants et bénévoles s’activent, notamment le président, qui est partout : claquements de bises, grands sourires, pas de course, il est partout et a un oeil sur tout : « Le N2, ça n’a rien à voir avec le N3 » lance-t-il quand il pose pour la photo !

Cet été, le stade de Chauray, où la main courante permet une grande proximité avec la pelouse, où quelques rangées de gradins devant la buvette – l’incontournable lieu de vie – sont très vite remplies, s’est doté de deux petites tribunes démontables mais couvertes de 100 places chacune. C’est simple, on dirait un kit. Entre les deux nouveaux espaces, trône la vieille tribune, d’environ 100 places également. Capacité du stade en places couvertes : 300. Capacité du stade : 1500 ! Le club s’est déjà approché de cette jauge lorsque, en National 3, la saison passée, 1300 personnes avaient assisté au match face à la réserve professionnelle d’Angers.

Un départ plutôt correct

L’entrée des joueurs à Dinan-Léhon. Photo Philippe Le Brech

Ce soir, contre Montlouis, 600 personnes sont présentes, dont un certain Pascal Gastien, venu en voisin et en ami, et de Cherif Djema, le directeur sportif de Bayonne, prochain adversaire. 600, c’est pas mal, mais c’est un peu moins bien qu’au match précédent (900) remporté dans le temps additionnel face à Lorient (1-0, but de Balamine Cissé à la 90’+2), mais cela fait tout de même du monde compte tenu de la configuration des lieux.

Comme partout, il y aura forcément un peu plus de monde si les résultats, plus que corrects pour l’instant (2 victoires, 1 nul à Granville et 2 défaites à Dinan-Léhon et Locminé), sont au rendez-vous et si le jeu prôné par le coach Fabrice Fontaine, plutôt technique et de position, est toujours au rendez-vous.

L’entraîneur Fabrice Fontaine. Photo Philippe Le Brech

Fabrice Fontaine, c’est 19 mois au FC Chauray (il est arrivé fin février 2024 en remplacement de Jérémie Delenne) et 20 ans aux Chamois Niortais ! Quand l’histoire vous rattrape… Depuis son intronisation sur le banc, qui avait à l’époque fait couler de l’encre, notamment dans son ancien club, l’OL Saint-Liguaire Niort (R2), lequel, par la voix de sa présidente, Katia Poncelet, avait déploré certaines « méthodes » – « Mais tout est rentré dans l’ordre », assure David Rullier -, le Réunionais (il est né à Saint-Denis) de 49 ans a bien redressé la barre.

Fontaine a tout d’abord assuré le maintien en N3 qui était loin d’être gagné à son arrivée, avant de finir en tête de sa poule la saison passée, 2 points devant la réserve de Nantes. C’est simple, depuis qu’il est là, l’ancien formateur, préparateur physique et adjoint en pro des Chamois affiche un bilan de 44 % de victoires en championnat (18 en 41 matchs) et signerait volontiers pour une telle « stat » en National 2 cette saison !

À l’issue de l’important succès des coéquipiers de l’ex-portier des Chamois Niortais en Ligue 2, qui a connu la Ligue 1 à Dijon, l’international béninois Saturnin Allagbé, face à Montlouis, concurrent direct pour le maintien (2-1, buts de Pierre-Bertrand Arné et de l’ex-guingampais Tieri Godame, sur deux passes de  Jérémy Grain), le président David  Rullier (45 ans) et l’entraîneur Fabrice Fontaine ont répondu à quelques questions, histoire de faire le tour du propriétaire, de comprendre encore mieux la philosophie du club et d’évoquer les ambitions et les axes de progression.

Fabrice Fontaine :

« On doit toujours apprendre de l’autre »

Photo 13HF

Né à Saint-Denis de la Réunion, Fabrice Fontaine (49 ans) arrive en métropole à l’âge de 15 ans, pour intégrer le centre de formation des Chamois, où il va finalement tout connaître ! Il devient ensuite le préparateur physique du Centre (de 2004 à 2009) avant d’enchaîner avec les pros (de 2009 à 2019). Dans la même période, il est aussi parfois adjoint, comme avec Patrice Lair en 2018/2019, qu’il suivra la saison d’après à Guingamp. En 2021, pour la première fois, il entraîne une équipe seniors, à La Rochelle, en Régional 1, pendant deux saisons. Puis on le retrouve sur le banc de Saint-Liguaire (R2) à Niort, pendant 6 mois jusqu’à ce que le club de Chauray ne vienne le débaucher, fin février 2024.

Photo 13HF

Fabrice, vous découvriez le N3 l’an passée et cette saison le N2 : peut-on dire que vous êtes encore un entraîneur en apprentissage ?
Je pars du principe que je suis en apprentissage depuis 20 ans ! Et je le serai toujours, avec l’envie de mettre des projets en place, avec des axes de réflexion, quelques certitudes, des idées. À Niort, j’ai souvent été dans l’ombre de quelqu’un, et dans ces cas-là, on travaille par rapport à lui et pour lui, pour la bonne conduite de son projet, en essayant de lui apporter ses idées, ses compétences, ses connaissances. Vous savez, en côtoyant des coachs, et j’en ai côtoyé quelques-uns, on apprend beaucoup humainement, techniquement, professionnellement, donc il y a des relations qui se nouent. J’ai croisé six coachs en pro à Niort, certains de manière très courte. Quand j’étais à la formation avec Pascal (Gastien), Philippe Hinschberger, avec qui je n’ai pas travaillé, était une personne qui m’inspirait, dans la philosophie notamment. On essaie toujours de tirer le maximum de ce que l’on apprend des autres, de s’en inspirer. Comme on s’inspire des plus grands, Arteta, Guardiola. Et aussi des formateurs que je croise à Clairefontaine. On échange beaucoup. Je pense que dans le foot, on doit apprendre de l’autre.

Le FC Chauray ne fait pas partie des grosses écuries en N2 : ce serait donc une déception de ne pas se maintenir ?
Ce serait un échec. Mais ce n’est que du football. On va tout faire pour être en N2 l’an prochain. Mon discours avec les joueurs, ce n’est pas du tout de dire que c’est une anomalie d’être là et qu’il faut se contenter de ça, non, mon discours, c’est de gagner tous les matchs. Après, c’est une culture à insuffler. Les joueurs ont compris le message. J’essaie d’instaurer une exigence, une ambition. On construit dans ce sens. Bien sûr que dans notre poule, il y a des clubs avec plus de moyens, mieux structurés, avec de meilleurs joueurs, mais s’il suffisait d’avoir plus d’argent pour gagner des matchs, hormis le PSG, cela se saurait.

Photo Philippe Le Brech

Votre équipe a la chance de s’entraîner la semaine à René-Gaillard : ce n’est pas rien tout de même…
C’est une chance, oui, cela montre aussi que l’on se donne les moyens de bien travailler. On s’entraîne six fois par semaine, le matin, et le mardi, on double les séances. On a trouvé le site de René-Gaillard par incidence, après la fin de l’histoire des Chamois Niortais, sinon on ne l’aurait pas eu. C’est fonctionnel, il y a plus de place, on a un vestiaire entier pour 25 joueurs quand on en avait deux de 15 places avant, le terrain est tondu et tracé, et dédié à l’entraînement de la N2.

C’est un luxe mais cela va dans le sens de notre projet : d’un côté, on est plus exigeant avec les joueurs, de l’autre, il faut être en capacité de les mettre dans les meilleures conditions afin qu’ils s’expriment du mieux possible. On améliore les conditions d’entraînement comme on a améliore les conditions de match, de déplacement.

Au stade, à Chauray, on a aussi mis en place un réceptif cette saison, deux nouvelles petites tribunes de 100 places. Et puis la qualité du terrain est top, c’est l’un des meilleurs de N2. Après, il reste le travail et ce qu’on y met. Et ça, c’est moi qui maîtrise les ingrédients. C’est important de créer un spectacle chez nous, que les gens soient bien. On n’est vraiment pas loin d’un fonctionnement semi-pro, avec de l’accompagnement médical, un médecin, un kiné référent… On travaille aussi avec des ostéopathes, des podologues. En fait, je m’appuie sur ce qui a été fait aux Chamois.

Samedi dernier, avant le coup d’envoi face à Montlouis, le club a reçu le trophée de champion de N3. Photo 13HF

C’est quoi, votre philosophie à vous ?
Partager avec les joueurs cette rigueur et cette expérience du haut niveau, en l’adaptant à leur niveau et leurs caractéristiques, et prôner quelque chose qui m’a beaucoup séduit en côtoyant Pascal Gastien, je veux parler de cette notion de possession, de maîtrise du jeu et des éléments, le jeu court, être acteur techniquement, avec un gros impact, du caractère. Il faut être athlétique, imposer notre jeu court, construit, où on doit déstabiliser, déséquilibrer l’adversaire, en cherchant le joueur libre.

Je suis inspiré de ce football de position, le jeu d’intensité athlétique, le jeu collectif, tout en responsabilisant le joueur, qui est au centre de tout ça, sa nature, comment il est, comment il agit. Je ne peux pas demander autant de choses à un joueur si ce n’est pas une bonne personne. C’est ce que j’aimais chez Pascal (Gastien). Aujourd’hui, on surfe sur ce qui a été mis en place l’an passé, il y a les prémices de quelque chose. Pour l’instant, je suis satisfait de l’écoute, de l’application qui est mise. Mais j’ai un handicap : j’ai été préparateur physique, donc avec moi, les joueurs ne peuvent pas se cacher sur ce plan-là (rires) ! En plus, on a les GPS, la data, la vidéo, tout ça amène beaucoup d’éléments. Dès que le joueur a une excuse, on a les solutions.

Le coach célébré et porté en triomphe après l’accession en N2, sur le terrain du TA Rennes, la saison passée. Photo Michel Dubus / FC Chauray

Pascal Gastien était présent au match contre Montlouis…
Avec Pascal, on communique. Le lendemain du match, il m’a envoyé un texto. Bien sûr, je suis à son écoute, c’est normal, il a un gros vécu, c’est une belle personne qui prône le jeu et l’humain, qui met le joueur et le club en avant. Avoir rencontré des gens comme lui, comme Franck Azzopardi, Laurent Cadu, Jean-Philippe Faure, des gens du cru, ça me permet de rester les pieds sur terre. Avoir rencontré des joueurs comme Djiman Koukou, qui est revenu à Saint-Liguaire, Quentin Bernard ou Jimmy Roye, qui est dans le staff à Laval, et tant d’autres, aussi… Je suis attaché à cette identité, ces valeurs. Je pense qu’on a ce devoir de générer ça, de fidéliser les joueurs dans cette optique, mais c’est dur, parce que la société avance plus vite que nous. Pour en revenir à Pascal Gastien, il est inspirant pour les joueurs. Je profite de l’article pour le remercier de tout ce qu’il m a apporté. Il aime le foot. Il mérite le respect. Il a été entraîneur joueur en R1 à Saint-Liguaire, il a entraîné en Ligue 1 ! Il a tout connu sauf la Ligue des champions ! Son parcours est exceptionnel.

Avant le coup d’envoi face à Montlouis. Photo 13HF

La disparition des Chamois, où vous avez passé tant d’années, ça vous a fait quoi ?
J’ai passé plus de 20 ans entre les murs de René-Gaillard, j’y ai vécu des bons moments, j’y ai connu ma femme, mes enfants sont « Chamois » mais en 2014, un nouveau projet a été mis en place après le départ de Pascal Gastien, malheureusement, le virage pris n’a pas été maîtrisé. C’était une bombe à retardement qui s’est accélérée à partir de 2017 (avec l’arrivée de Mikaël Hanouna) avec un déclin, et ça fait mal, car beaucoup de personnes ont travaillé, cadres techniques, bénévoles, pour faire remonter ce club de CFA en 2009 à Ligue 2, et même aux portes de la Ligue 1. Et tout ça a été balayé par la faute de quelques personnes. Pourtant, on avait prévenu, mais il n’ont pas écouté… L’appât du gain, la méconnaissance du milieu et la bêtise impunie… Je reste mesuré dans mes mots, mais je suis fâché et énervé. On a éteint un club, on a rayé de la carte un club.

La Réunion, cela ne vous manque pas ?
Il faut y retourner de temps en temps… Là, cela fait déjà deux ou trois ans que je n’y suis pas retourné.

David Rullier :

« Il faut que le Niortais réécrive son histoire »

David Rullier. Photo 13HF

Quand et comment êtes-vous arrivé à la tête du club ?
J’occupe ce poste de président depuis 2022, et je suis au club depuis 2018. Je suis Mellois d’origine (habitant de Melle, à 30km de Niort), mais j’habite à Fressines, à 10km de Chauray. Avant d’arriver, j’ai passé deux ans au club de Saint-Florent. Dans ma jeunesse, j’ai joué au niveau régional et départemental, et j’ai été jeune arbitre de Ligue.
Je suis arrivé au FC Chauray par l’intermédiaire de mon fils, que j’ai inscrit au foot, et je me suis lié d’amitié avec la secrétaire générale, Ginette Morisson, malheureusement celle-ci est tombée gravement malade, avant de décéder. C’est elle qui m’a fait rentrer au secrétariat puis je suis entré au comité directeur. Ensuite, il y eu des problèmes avec l’ancien président. Il n’y avait plus un sou dans la trésorerie. Là, il a fallu rebâtir une équipe, c’est comme ça que je suis devenu président.

Avant le match, le « prez » court partout ! Photo 13HF

C’est difficile d’être président d’un club ?
Non, mais être un président de club de National 2 oui (rires) ! Il y a un monde d’écart quand même avec le N3, c’est beaucoup plus protocolaire en N2, et c’est plus poussé au niveau financier, pour l’établissement des budgets, par exemple. Il faut avoir beaucoup plus de connaissances. Je ne le cache pas, je ne suis qu’un simple salarié d’une pharmacie (il est responsable d’achat), ça va très vite… J’avais dit que j’arrêterais quand on monterait en N2 ! Là, on fait la passation de pouvoir, on réfléchit à un nouvel organigramme et à une nouvelle organisation pour les années futures, voire l’année prochaine. Il ne faut pas se voiler la face, un président doit avoir des compétences que je n’ai pas, cela ne sert à rien de s’obstiner, il faut d’abord penser au club, le pérenniser, avec les bonnes personnes à sa tête. Le club ne m’appartient pas, je ne suis que de passage.

Vous n’êtes donc pas ce président mécène comme on le voit souvent…
Non. On a un pouvoir social OK, mais il faut aussi avoir un pouvoir financier. En N2, cela n’a pas plus rien à voir. Je prends souvent exemple sur l’Aviron Bayonnais qui se structure, qui a créé une SAS pour gérer son équipe fanion, avec une asso à côté, on doit tendre vers ça. Bayonne, c’est un club que je suis, j’y vais chaque été, j’y suis encore allé et je suis allé voir leur terrain, qui est catastrophique en ce moment, et pour l’attache niortaise, il y a Karim Fradin là-bas.

La buvette du stade, lieu incontournable le soir des matchs ! Photo 13HF

Quel est le budget de fonctionnement du club ?
On va arriver à 800 000 euros (300 000 pour l’équipe première) contre 650 000 l’an passé. On a un des plus petits budgets de la poule de N2 avec Locminé. Le club a sa masse salariale encadrée, donc on fait attention à ce que l’on fait.

On n’a que deux salariés à plein temps, en dehors des joueurs sous contrat : on va à la DNCG en novembre, nos comptes vont être épiés, on ne peut pas faire n’importe quoi. On a entre 35 et 40 équipes, la plupart des équipes jeunes sont en R1 ou R2. La réserve seniors est en R2. La mairie de Chauray a refait les terrains cet été, elle met beaucoup la main à la patte, mais il manque un terrain en synthétique. Contrairement au nord deux-sèvres, il n’y en a pas dans le sud deux-Sèvres, hormis à Celles-sur-Belle et Saint-Liguaire. On a quand même 4 terrains.

C’est quoi, l’objectif ?
C’est de pérenniser, stabiliser et structurer le club en N2 en seniors et avoir des jeunes à un niveau très intéressant afin de fournir des joueurs. Mais pour avoir des bonnes équipes en jeunes, il faut aussi avoir de bons éducateurs, comme Johan Agnel, titulaire du DES, que j’ai récupéré d’Angers (passé aussi par … les Chamois !), et pour avoir de bons éducateurs diplômés, il faut pouvoir les payer. Un mécène est arrivé, Olivier Bodin (Burger King), qui nous a aidés.

Deux petites tribunes couvertes comme celle-ci ont été installées cet été. Photo 13HF

Comment avez-vous vécu la disparition des Chamois Niortais ?
Quand les Chamois ont disparu, il y a eu une réflexion au sein du club. On s’est posé beaucoup de questions. La mairie est venue nous chercher, elle voulait savoir si on voulait faire une association « chamois niortais », si on voulait récupérer le nom prestigieux, cela aurait pu être intéressant mais on savait qu’en interne, cela ne passerait pas. On a des gens au club qui n’y étaient pas favorables. En fait, pour des questions d’identité, nous, comme d’autres clubs (Niort Saint-Liguaire par exemple), on n’arrivait pas à se projeter, on a perdu du temps et de l’énergie là-dessus. Finalement, on a bien fait de ne pas y aller. Ce qui est malheureux, c’est que l’identité « Chamois niortais » a disparu, on est Chauray, on n’est pas loin, il y a aussi Saint-Florent à côté. Il faut que le Niortais réécrive son histoire. Mais les Chamois Niortais, c’est fini.

La joie des joueurs après le but dans le temps additionnel contre Lorient, fin août ! Photo Michel Dubus / FC Chauray

En fin de compte, dans cette histoire, on voit bien qu’il y a le sportif d’un côté, et la politique de l’autre, qui a voulu imposer ce titre « Chamois niortais ». Mais comme la mairie n’a rien fait pour sauver les Chamois Niortais, je pense, c’est mon avis, qu’ils ont proposé cela pour redorer leur blason, leur image. Ils voulaient juste que le nom apparaisse. Mais on sait aujourd’hui que l’on ne peut plus utiliser le nom « Chamois Niortais », d’ailleurs le club de Saint-Florent a dû revoir sa nouvelle appellation à cause de cela, parce que c’était une marque déposée, brevetée. Sur le site de la Ligue, c’est écrit Saint-Florent, et non pas Chamois Niortais Saint-Florent.

Aujourd’hui, on a conclu un pacte avec Saint-Flo. On arrête de s’agresser. Je connais beaucoup de gens dans ce club, mais quand il y a la politique au milieu… En bonne intelligence, on a trouvé des accords de principe pour l’utilisation du stade René-Gaillard, où s’entraîne notre équipe de N2 la semaine, pour le prêt de matériel aussi. Chacun doit avancer de son côté. On a signé des conventions. On ne doit pas être là pour s’envoyer des injures sur les réseaux.

La joie après le succès face à Montlouis. Photo Jules Sauvaget.

Avez-vous récupéré des joueurs issus des Chamois ?
On a récupéré une trentaine de jeunes entre U10 et U12, on a récupéré des U17 nationaux pour jouer en U18 R1 chez nous, alors pourquoi pas accéder en U19 Nationaux, ça serait intéressant. D’un point de vue politique, le lycée de la Venise Verte a été attribuée au club de Saint-Florent pour les sections sportives, ce qui est logique, et beaucoup sont allés à Saint-Flo, mais il y a de la place pour tout le monde. La section sportive du lycée est gérée par les éducateurs de Saint-Flo, le collège par le District. À nous de montrer que l’on travaille aussi bien, sinon mieux.

Chauray est désormais le premier club en Deux Sèvres : vous sentez-vous investi d’une mission ?
La mission est déjà d’avoir une vraie valeur sportive et financière. On ne veut pas faire comme les Chamois Niortais, liquidés, parce qu’on aura vu trop grand, trop fort et trop haut. On est le plus gros club du département, oui, on se sent investi d’une mission, oui, mais on ne doit pas faire n’importe quoi. Cela ne doit pas être au détriment du financier. On ne veut pas se prendre une deuxième étiquette Hanouna dans la figure !

Photo 13HF

La montée en N2, sincèrement, vous y pensiez l’an passé ?
Non ! On est monté à la dernière journée, à TA Rennes. Mais ce n’était pas l’ambition du club. Juste après le match, on a profité de l’instant présent avec mon trésorier, Florian Rodriguez, et on s’est dit « on fait quoi maintenant » ? Bon, déjà il faut préparer la transition. Si on ne pérennise pas le club en N2, on le pérennisera en N3.

Le niveau du N2, vous le trouvez comment ?
Je trouve qu’il n’y a pas un club au-dessus des autres. Hormis Lorient qui m’a impressionné, pour l’instant, je ne vois pas trop de différences entre nous et les autres équipes.

Vous allez bientôt disputer un match à René- Gaillard…
Oui, on va accueillir Bordeaux (le 1er novembre) sur le stade des Chamois, afin d’accueillir les supporters, pour des questions de sécurité.

Photo 13HF

À Chauray, on a vu un public plutôt… spectateur !
Oui ! Le Niortais n’est pas animateur, c’est un consommateur. Ici, les gens viennent au foot comme ils vont au théâtre ou au cinéma.

Vous diriez que vous êtes un président plutôt comment ?
Je suis convivial et dans l’arrondi, j’aime faire plaisir à tout le monde, c’est peut-être un défaut parce que parfois il faut savoir trancher.

C’est quoi, la particularité du club ?
C’est un club qui a toujours eu une connotation bling-bling, un peu le « richou », alors que ce n’est pas du tout ça. J’essaie depuis 4 ans de fédérer ou de re-fédérer autour du club, de l’ouvrir sur les autres. Je ne souhaite pas qu’il soit refermé sur lui-même.

Un mot sur le coach, Fabrice Fontaine, que vous êtes allé chercher il y a 19 mois…
On était sur 7 défaites en 8 matchs en janvier/février 2024. On a remplacé Jérémy Delenne par Fabrice Fontaine, qui était l’un des cinq titulaires d’un DES dans le coin, avec notamment Jean-Philippe Faure, Karl Tourenne ou encore Gérard Nicol. Fabrice, on a bien fait de le prendre ! Il sort des Chamois Niortais aussi. Et puis regardez les résultats, ils parlent d’eux-mêmes.

Photo Philippe Le Brech
Photo Philippe Le Brech
Photo Philippe Le Brech
Photo Philippe Le Brech
Jérémy Grain, à l’origine des deux buts de son équipe face à Montlouis. Photo 13HF
Et voilà, ça se passe comme ça, au FC Chauray ! Photo 13HF
  • Texte : Anthony Boyer / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe Le Brech, 13HF, Michel Dubus et Jules Sauvaget.
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Il y a toujours deux clubs de National cette saison dans l’agglomération de Rouen ! Et la situation est partie pour durer, à moins que le sportif ou l’extra-sportif ne viennent changer la donne. Le président de QRM, qui croit toujours au projet d’un club unique, évoque les 10 ans du sien, fondé en 2015 et parle aussi de l’avenir, qu’il voit… en pointillé.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Photos : QRM

 

  • Article paru avant la défaite de QRM à Diochon face à Aubagne (1-2), laquelle a précipité la chute de l’entraîneur David Carré et de son adjoint Grégory Scaffa. Un nouveau coach a été nommé : Fabien Valeri (ex-FC Chambly, Paris 13, Virton et Paris FC).

Bien sûr, le match de ce soir face à Aubagne, pour le compte de la 5e journée de National, revêt une grande importance si l’on se réfère simplement au classement. Mais depuis sa création, en 2015, Quevilly Rouen Métropole, lanterne rouge après quatre journées (un nul et trois défaites) a livré tellement d’autres matchs tout aussi importants…

Que l’équipe de David Carré ferme la marche du championnat n’est évidemment pas en adéquation avec l’objectif du club d’obtenir un maintien « facile », même si cela n’existe pas vraiment en National, du moins de faire partie de la première moitié de tableau. Rien n’est figé et l’on se souvient que QRM, qui a bouclé son recrutement tardivement, avait déjà occupé cette place quasiment au même moment la saison passée, mais un peu plus tard, fin septembre.

Non, le match le plus important de l’existence du club, c’est celui qu’il livre depuis dix ans avec son voisin, le FC Rouen, au travers du projet QRM qui, à défaut d’avoir été mené à deux, a trouvé une place mais sans doute pas celle escomptée. Un projet que nous avions largement relaté dans un de nos précédents articles (à lire : https://13heuresfoot.fr/actualites/national-fc-rouen-qrm-je-taime-moi-non-plus/).

À trois jours d’un déplacement à Concarneau (défaite 3-1 le 5 septembre dernier) et à dix de la réception d’Aubagne, le discret Michel Mallet, bientôt 25 ans de présidence et 60 de présence dans le foot, a accepté de répondre à nos questions sur le thème des 10 ans de QRM (2015-2025). Dix ans qui n’ont pas été célébrés… Comme si rien ne justifiait de souffler les bougies. Comme si l’on voulait passer sous silence dix ans durant lesquels il s’est pourtant passé beaucoup de choses.

Dans cet entretien en deux parties, le chef d’entreprise à la retraite mais toujours très actif revient sur la genèse de son projet qui a bien failli aboutir en 2024, avant que la Métropole rouennaise n’opte pour une autre voie. S’il n’est pas résigné, il sait cependant qu’il n’a pas toutes les cartes en mains et sous-entend que la gestion financière et les résultats sportifs pourraient, à terme, décider de l’avenir du football professionnel dans la 11e agglomération de France.

Partie 1. Interview
« J’ai remis le club en mode National »

Quand vous évoquez le projet QRM, vous dîtes « C’était un projet de territoire » au passé : cela signifie-t-il que vous n’y croyez plus ?
Je parle au passé parce qu’aujourd’hui, les conditions pour remettre ce projet-là en perspective ne sont plus aussi simples qu’avant. S’il y avait eu la bonne volonté de tous, je dis bien « de tous », politiques, supporters, dirigeants des deux côtés (FC Rouen et US Quevilly), et si les planètes s’étaient bien alignées, on aurait pu mener à bien ce projet qui est un projet de bon sens. Mais à un moment donné, les querelles de clochers, que je peux comprendre, m’ont amené à évoluer dans ma manière de penser depuis 10 ans. Je me suis rendu compte que j’avais commis des erreurs de vision, de langage.

Malgré tout, la sagesse me fait dire que c’est un projet qui aurait été top pour notre territoire. Ce n’était pas du tout un projet Quevilly qui voulait manger le FC Rouen. Pas du tout. Faire disparaître un club au profit d’un autre n’a jamais été d’actualité, cela n’a jamais été mon engagement. Aujourd’hui, l’on se sait pas dire comment cela va s’écrire demain. On a eu l’opportunité de le faire et on aurait pu tous réussir ce projet-là (à l’été 2024).

Hormis Paris et par le passé Ajaccio, deux clubs dans la même ville à ce niveau, c’est unique : on a du mal à voir les scénarios futurs et on se demande combien de temps la situation va durer, parce qu’à un moment donné, cela ne sera plus possible…
Personne n’est en capacité de dire combien de temps cela va durer, sauf à ce qu’il y ait des investisseurs qui arrivent chez l’un ou chez l’autre, avec un peu plus de moyens. J’en reviens toujours au même point : allier la ferveur du FC Rouen à la rigueur et l’expérience de Quevilly Rouen Métropole, c’était la bonne recette. Après, peut-être que l’histoire s’écrira. Mais, que cela soit moi ou mes actionnaires autour de moi, nous n’avons pas la volonté d’investir lourdement et n’importe comment. On respecte trop l’argent, ce n’est pas pour aller le dilapider dans le milieu du foot.

Ce qui nous intéresse, c’est la construction d’un projet : si on peut y arriver, c’est bien, mais ce n’est pas une fin en soi. Il n’y a pas que l’équipe fanion qui compte. J’ai un engagement moral vis à vis des gens qui nous suivent et nous ont suivi depuis 10 ans, et même plus encore, sur ce projet-là, et je tiens à le mener de la meilleure des manières. Après, si à un moment donné, il y a l’opportunité de construire quelque chose ensemble avec le FC Rouen, je serai forcément autour de la table.

« Je ne sais pas écrire la suite de l’histoire »

De l’extérieur, le projet QRM donne l’impression de stagner, voire de régresser… Et comme tous les scénarios sont possibles, avez-vous déjà imaginé celui d’une descente, un jour, en National 2 ?
On envisage tous les scénarios, bien sûr. C’est pour ça qu’à la question de savoir où on sera dans 10 ans, je suis incapable de répondre. La parole est d’abord et avant tout aux résultats sportifs. C’est ça aussi qui fait que le projet QRM est là depuis 10 ans : c’est parce qu’on a eu des résultats sportifs assez exceptionnels.

Après, il y a aussi la bonne gestion des clubs qui entre en ligne de compte, on l’a vu il y a un an et demi, souvenez-vous, quand le FC Rouen était en grande difficulté, avant que des investisseurs n’arrivent et ne sauvent le club d’un nouveau dépôt de bilan. Cela passe aussi et surtout par la bonne volonté des composantes. Je me répète, mais si on arrive à aligner une bonne politique entre supporters, chefs d’entreprises dirigeants, on arrivera à faire un seul club et ce sera au bénéfice de tout le monde. Pour l’heure, je ne sais pas écrire la suite de l’histoire.

Aujourd’hui, QRM n’aurait-il pas mieux sa place en Ligue 3 plutôt qu’en Ligue 2 ?
Je dirais spontanément oui, déjà parce que la Ligue 3 est en train de devenir une petite ligue 2 : il n’y a qu’à regarder le National d’aujourd’hui, avec un nombre de clubs très élevé qui, sur les dix dernières années, ont fréquenté la Ligue 1 et la Ligue 2. Ce qui fait qu’il ne reste plus beaucoup de places, entre guillemets, pour les clubs à l’esprit amateur.

Un mot sur la future Ligue 3 : comment ça se passe entre vous, présidents ? Vous en parlez ?
Bien sûr. J’ai fait partie du ComEx de la Fédération et sur le dernier mandat (de Noël Le Graët), on a beaucoup parlé et beaucoup travaillé sur le sujet avec Jacques Piriou (président de l’US Concarneau), le regretté Gilbert Guérin (président de l’US Avranches, décédé en octobre 2023), Antoine Emmanuelli (président du FC Bastia-Borgo) et d’autres bien sûr. Le flambeau a été repris maintenant par Thierry Gomez, le président du Mans. Il y a eu des réunions, je serai d’ailleurs demain (entretien réalisé mardi 2 août) dans une des commissions de la Ligue 3. Il y a vraiment quelque chose à construire. Le National, à quelques exceptions près, va dans le sens d’un championnat professionnel.

« Pour la Ligue 3, aucune marche arrière n’est possible »

Où en est-on au juste de la Ligue 3 ? On entend parler d’une AG en décembre qui définirait les grandes lignes…
Les choses se sont dessinées déjà, le président (Philippe Diallo) s’est engagé sur cette Ligue 3 dans le cadre de sa campagne post-élection. Le modèle, on le sait, c’est celui qui a été mis en place dans le football féminin. Cela prendra sa forme à l’assemblée générale du mois de décembre, ou à celle de juin prochain, mais les commissions travaillent sur les bases, sur les fondations. On sait bien qu’il y a plein de choses à faire évoluer, que c’est le seul championnat où les règlements ne sont pas les mêmes selon que l’on est un club qui descend de Ligue 2 avec un statut pro et qui est bien soutenu la première année, un peu moins la deuxième année, un club qui se maintient en National avec un statut pro (un club peut garder ce statut pendant 5 ans), un club amateur, avec des contrats à des niveaux de salaires différents alors que l’on joue dans le même championnat, etc. Il faut mettre tout ça à plat, écrire ces règlements. Cela va se faire. Aucune marche arrière n’est possible.

Revenons à QRM : où en est le projet de centre d’entraînement ?
Pour le moment, le calendrier est gelé, pour reprendre une expression du président de la Métropole Rouen Normandie (Nicolas Mayer-Rossignol), il y a des élections l’an prochain, donc tout sera remis sur la table ensuite. On a identifié un site avec la Métropole.

Dans le contrat de territoire, nous avons également un engagement avec la Région et le Département pour valider le principe d’un projet de 4 à 8 millions d’euros en fonction du niveau où l’on joue. Comme on est descendu de Ligue 2 en National (en 2024), on est pour le moment dans un projet de centre d’entraînement, parce que nos conditions d’entraînement actuelles ne sont pas requises pour une Ligue 3. Si on avait le bonheur de remonter un jour en Ligue 2, l’idée serait d’avoir le foncier nécessaire pour créer l’outil de travail dont disposent tous les clubs de Ligue 2 ou presque.

Publiquement, je me refuse à donner un site, parce que nous en sommes déjà au troisième depuis le début de la réflexion, il y a 5 ou 6 ans. Un premier site n’a pas été retenu, je pense à tort, parce que a priori trop petit, alors que c’était un beau projet collectif dans lequel étaient impliqués le foot, le rugby, le hockey et le basket, qui avait du sens, proche de Diochon, bien desservi, avec un parc sportif à côté. Puis il y a eu un projet sur Canteleu mais pour des raisons de transformation de terres agricoles en terrain sportif, cela n’a pas pu se faire. Donc je reste prudent et le jour où ce sera validé, que l’on entrera dans la phase active, je communiquerai.

« Pas besoin de nouveau stade à l’heure actuelle »

Le vendredi soir, quand le National joue, vous regardez en premier les résultats du FC Rouen ?
Je vous mentirais si je vous disais le contraire. Vous savez, on est une ville, donc je regarde aussi les résultats du hockey quand ils jouent, du basket… Mais je pense qu’au FC Rouen, eux aussi regardent nos résultats, c’est normal. Il faut se nourrir de cette ambiance qu’il y a autour de tout ça : je n’en retire que du positif. Si on mettait tout ça en commun, rendez-vous compte de ce que l’on serait en capacité de faire ? Quand on additionne la rigueur de QRM et la ferveur du FC Rouen… On a un stade aujourd’hui qui peut accueillir 8000 personnes assises, il y a 5000 personnes environ quand le FC Rouen joue à domicile : je pense qu’un projet commun ferait que ce stade-là pourrait être plein chaque week-end.

Avec l’attaquant prêté par Lens, Kembo Diliwidi.

À propos de stade, êtes-vous favorable à une nouvelle enceinte ou à un stade Diochon rénové ?
À l’heure actuelle, nous n’avons pas besoin de nouveau stade. On ne créé pas un stade s’il n’y a pas de projet sportif, s’il n’y a pas une équipe en place. Si demain il y a du foot au FCR, ou à QRM, ou avec les deux réunis, quand il y aura une réussite sportive durable, les élus pourront mettre en place le projet d’un stade. J’ai entendu la saison passée l’ancien président du FC Rouen, Ivan Postel, parler de la construction d’un stade de 45 000 places… Mais même de 25 000, c’est mettre la charrue avant les boeufs. Il suffit de regarder ce qui se fait à côté, au Havre par exemple : 25 ans de Ligue 2, un stade de 25 000 place et ils faisaient 50 % de taux de remplissage en moyenne. Donc à quoi ça sert ?

Si l’on revient à la genèse du projet QRM, il n’y avait plus de foot à Rouen au moment de sa création en 2015 : nous, Quevilly, on était en National 2, on ne cassait pas trois pattes à un canard, on n’avait même pas 1000 personnes au stade alors qu’on avait de bons résultats, et le FC Rouen était en DH (Régional 1) parce qu’il venait de déposer le bilan (en 2013). Le projet QRM mené avec les deux clubs a permis aussi de relancer une dynamique autour du stade Robert-Diochon, qui appartenait à la Ville de Rouen, mais qui n’avait plus la capacité à l’entretenir correctement. Du coup, le stade est passé « métropolitain ».

Avec la réussite du projet QRM les premières années, le stade Diochon a vécu sa première mue en 2017, quand on est monté en Ligue 2 : il y a eu 5 mois de travaux, c’est pour ça qu’on est allé jouer au Mans jusqu’en octobre. Depuis, il y a eu deux autres étapes de travaux. Le stade a beaucoup évolué, même s’il reste vieux, qu’il prend l’air de partout, qu’il est toujours difficile à sécuriser, mais il a des LED, un beau tableau d’affichage et des nouvelles loges en plus des anciennes. Il peut effectivement y avoir encore une étape de travaux, par exemple pour le fermer, un peu comme un fer à cheval, du côté sud. Ce qui permettrait d’avoir 10 000 places assises sans avoir à engager une centaine de millions dans un projet qui se déplacerait. Pour moi, c’est le bon sens, et c’est aussi respecter l’argent public. Trois équipes dans le même stade, et 3e ou 4e meilleure pelouse de Ligue 2 il y a 2 ans. La Métropole a pris la bonne décision de faire gérer la pelouse (hybride chauffé) par un prestataire qui fait un super boulot. Il y a parfois deux matchs à Diochon le même week-end, comme c’est le cas ce week-end (le week-end dernier, en rugby, Rouen recevait Marcq-en-Baroeul le vendredi soir et le FC Rouen affrontait Châteauroux le samedi).

« Avec Rouen, on s’est toujours respecté »

David Carré, l’actuel coach de QRM.

Votre plus grand rêve, finalement, ne serait-il pas de voir le projet initial QRM imaginé en 2015 aller au bout, avec Régis Brouard sur le banc ? Ceci dit sans faire offense à l’actuel coach de QRM, David Carré.
Sans faire offense à personne… Le mot rêve est un grand mot, je ne veux pas le galvauder mais oui, ce qu’on aurait aimé, c’est arriver au bout de ce projet-là, bien sûr. Après, avec Régis Brouard ou un autre… On a beaucoup discuté la saison passée avec Régis Brouard et cela ne s’est pas fait. L’histoire a fait qu’au mois d’octobre suivant, il est arrivé sur le banc du FC Rouen (à la place de Maxime d’Ornano). Personne n’a attendu après Michel Mallet pour dire que Régis Brouard était un bon entraîneur. On a su se faire la gueule pendant 10 ans et puis on a su se retrouver, en personnes intelligentes, on sait ce que l’un a apporté à l’autre, et réciproquement.

Mais vous ne me ferez pas dire un mot sur notre mésentente de l’époque : cela appartient au passé, et puis ça nous appartient à tous les deux. La plus belle des choses, c’est que l’on ait su se reparler, quand on a fait les 10 ans de la coupe de France (en… 2023), avec 2000 personnes dans le Kindarena, avec un joli plateau de joueurs, dirigeants, entraîneurs, on s’est fait un bon kiffe !

Aujourd’hui, avec Régis, on se voit, on se croise, on parle. La relation avec les entraîneurs et les joueurs du FC Rouen a toujours été très bonne, elle a juste été exécrable à un certain moment, quand Fabrice Tardy nous a tournés le dos (en 2017) et quand l’entraîneur de l’époque (David Giguel, aujourd’hui entraîneur en N2 à Angoulême) mettait de l’huile sur le feu dès qu’il voyait un micro tendu, mais après ça, on n’a jamais eu de problème. On s’est toujours respecté. Il n’y a pas eu de pugilat quand on s’est affronté deux fois l’an passé en championnat, même s’il y a eu deux cartons rouges, mais c’était sur des faits de jeu.

Quid aujourd’hui du poste de directeur sportif à QRM ? Et aussi du poste de Directeur général ?
On n’a pas de directeur sportif à l’heure actuelle (l’ex-directeur sportif, Julien Converso, a signé au Puy-en-Velay). J’ai remis le club en mode National. Quand on passe trois années en Ligue 3, on prend des risques positivement dans l’organisation mais là, même si c’est difficile à faire parce qu’il y a de l’humain, on a remis le club en « mode National ».

Quand Arnaud (Saint-André, l’ex-directeur général) est parti aux Girondins de Bordeaux en cours de saison passée, on avait un accord tripartite avec la direction de Bordeaux pour qu’il nous donne un coup de main jusqu’à la fin de l’exercice 2024-25. Aujourd’hui, il n’est plus opérationnel au club. Je me suis impliqué à nouveau activement au club, mais vous savez, on a une organisation qui tourne avec les cinq actionnaires, Vincent Dumont qui chapeaute la communication, Philippe Blot qui s’occupe plus du sportif, Philppe Lansoy qui gère la partie financière et Laurent Duarte qui pilote l’association. Chacun a son pôle en fonction de ses compétences. Je suis bien épaulé, avec Stéphanie (Barré) à la comptabilité et Bérengère (Grattepanche, assistante de direction). Et on a des alternants que l’on forme, parce qu’aujourd’hui, on doit faire avec les moyens que l’on a.

C’est dur de passer de Ligue 2 en National. La deuxième année après la descente est plus compliquée, parce qu’on perd gros en terme de droits TV. Et puis, il n’y a pas que du football à Rouen, donc on ne regroupe pas non plus tout le monde de l’entreprise, c’est normal, quand il faut aller chercher les entreprises, c’est partagé, ce qui amène plus de difficultés à embarquer les gens, d’autant plus que le projet foot est un peu voilé.

Partie 2

L’interview « anniversaire des 10 ans de QRM »

Michel Mallet : « La discrétion, c’est une force ! »

QRM a fêté ses 10 ans d’existence cet été, pourtant, il n’y a pas eu de festivités…
Non. On s’incrit dans la durée, toujours avec notre envie de rester en National et de tenter la remontée en Ligue 2. On avait fêté le centenaire de Quevilly (1902-2002) et aussi les 10 ans de la finale de la coupe de France de 2012, mais il n’y avait pas lieu de fêter les 10 ans de QRM.

« Un bilan mitigé »

Si vous deviez dresser un bilan de ces 10 ans de QRM, vous diriez quoi ?
Il est mitigé parce que l’objectif de départ, qui était d’arriver à créer un club unique sur la métropole rouennaise, ne s’est pas réalisé pour diverses raisons. Sur le plan sportif, c’est plutôt une très belle réussite même si on s’est pris les pieds dans le tapis lors de la saison 2023-2024 en Ligue 2 et que l’on est descendu en National. On a fait une année de CFA (N2, la première à la création de QRM, en 2015-2016), quatre années de Ligue 2 (2017-18 puis 2021 à 2024) et cinq années de National (avec celle en cours). On a eu de superbes affiches à Diochon. On a remis le football métropolitain rouennais sur la scène hexagonale et pour moi, cela reste une belle réussite.

QRM dans 10 ans, vous voyez ça comment ?
Je ne saurais pas le dire, le foot va tellement vite… Il ne vous a pas échappé qu’en ce moment, il traverse un séisme… Il y a eu la problématique du contrat Médiapro. Je pense qu’on est dans les prémices de la reconstruction mais l’on ne sait pas dire les dommages ni combien de clubs aujourd’hui présents seront encore là demain. Il faut avoir un regard positif et se dire que QRM a sa place dans le top 54 du football français, il l’a prouvé. On a su surfer sur le sérieux du club, sur notre dynamique positive et d’un point de vue sportif, on a acquis un savoir faire. J’y crois.

« On avait braqué le National »

Plus grand souvenir de président depuis 2015 ?
Toutes les montées, forcément, parce que ça marque. La première fois qu’on est monté en Ligue 2 (en 2017), on est redescendu assez logiquement, on était allé très vite après deux montées successives. Mais la montée la plus marquante fut celle avec Bruno Irlès (en 2021), et pour reprendre ses mots, cette saison-là, on avait braqué le National ! Parce que personne ne nous attendait.

Votre plus grande émotion en 10 ans de QRM ?
Sûrement la première saison avec Olivier Echouafni (2023-24). Parce que c’était une saison sereine, durant laquelle on n’a pratiquement jamais regardé en bas de tableau. On n’a quasiment jamais été dans la difficulté, on a même toujours regardé vers le haut, on a terminé 10e parce qu’on n’a mal maîtrisé les trois derniers matchs alors que l’on avait la 6e place à portée de main.

Pire souvenir de président en 10 ans de QRM ?
La descente en National en 2024. Autant en 2017/18, ce n’était pas surprenant de descendre, on avait joué pendant 2 mois au Mans en attendant que le stade Diochon ne soit aux normes, autant celle-là… On finit la saison 2023-24 de Ligue 2 avec 38, dont 25 points pris contre les équipes de la première partie de tableau ! On a battu Saint-Etienne, Auxerre, on a mené 3 à 0 contre Bordeaux (3-3)… Cette équipe avait de la qualité mais elle a peut-être un peu trop choisi ses matchs. Seul Angers nous a pris 6 points dans les équipes de haut de tableau.

« Je ne commente jamais un choix de coach »

Le mythique stade Diochon accueille les matchs de rugby du RNR, et ceux de football du FC Rouen et de QRM. Photo Alan Aubry / Métropole Rouen Normandie

Plus gros regret en 10 ans de QRM ?
On n’a pas réussi ce pourquoi on avait crée QRM, c’est à dire faire ce projet de territoire. Il y a la place pour un football d’élite, de Ligue 2, dans le territoire métropolitain rouennais. C’est une déception de ne pas avoir réussi à embarquer tout le monde dans le projet QRM, parce qu’il y avait matière à faire de belles choses tous ensemble.

Le joueur le plus emblématique ?
Beaucoup ont marqué le club ! Mais de là à dire emblématiques… Certains ont marqué l’histoire de QRM. J’ai parlé de réussite du club, mais cette réussite a été possible grâce à un collectif. C’est la recette du succès, avec la bonne alchimie. C’est pour ça que c’est difficile de sortir un seul joueur.

Alors, le meilleur joueur de QRM ?
Là encore, c’est difficile… Il y a eu, à des moments différents, à chaque saison, des bons joueurs. J’ai beaucoup aimé sur les premières années Medhy Guezoui, pour ses qualités de joueur et « d’homme du vestiaire ». Kalidou Sidibé nous a beaucoup apportés aussi, Lamine Ndao, Sambou Soumano, et Balthazar Pierret, parti jouer à Lecce en Italie, mais je n’ai pas envie de faire une liste à la Prévert.

Une tactique de coach que vous n’avez pas comprise en 10 ans de QRM ?
Oui … et non ! Cela ne fait pas partie des choses sur lesquelles je m’arrête. Je suis très respectueux des coachs, j’ai ce recul qui me fait dire « Si le coach a pris cette décision-là, c’est parce que la semaine d’entraînement lui a apporté des éléments qui l’ont amené à la prendre », or moi, je ne suis jamais là aux entraînements, donc je ne me permets pas commenter un choix, ce qui ne m’empêche pas d’en discuter avec le coach. Il faut laisser travailler le staff sereinement. C’est dans la sérénité que l’on obtient de meilleurs résultats, pas quand on est sous pression.

Vous n’êtes pas ce type de président à vouloir s’immiscer dans les choix de coachs…
Jamais. De la même manière que je ne prends pas la parole avant un match dans le vestiaire ou à la mi-temps. J’ai très rarement pris la parole à chaud après un match dans le vestiaire, et quand je l’ai fait, c’était en phase avec le coach en place. D’abord, il faut se méfier des réactions à chaud. Je préfère avoir une force tranquille et m’exprimer 48 heures après s’il le faut, pour recadrer ce qu’il y a à recadrer, pour remettre les objectifs en perspective. Tapie avait sa manière de faire, j’ai la mienne et je m’y tiens.

« La gestion saine, une marque de fabrique »

Le pire match de QRM en 10 ans ?
Je n’en ai pas un qui me vient spontanément à l’esprit mais en termes de non-maîtrise et de conséquences sportives, il y a eu des matchs que l’on a perdu comme contre Dunkerque à domicile ou à Valenciennes, et qui nous ont amenés vers la descente en fin de saison, en 2023-2024.

Inversement, un match référence ?
Cette même saison 2023-2024, le match contre Auxerre à Diochon (4-3 le 13 avril 2024) et aussi contre Bordeaux (3-2 après avoir mené 3 à 0, le 5 décembre 2023), et s’il doit y avoir une mi-temps référence, à quelques minutes près aussi, c’est celle, très aboutie, à Auxerre, où jusqu’à la 43e minute, on mène 2 à 0. Si on ne prend pas ce but à ce moment-là, avant la pause… Parce qu’à 2-1 à la mi-temps, ce n’est plus pareil, et on perd finalement 3 à 2 (le 2 décembre 2023).

Plus grosse fierté de président en 10 ans de QRM ?
C’est à la fois d’avoir mené ce projet et d’en tirer ce bilan, avec des finances saines. On n’a jamais été sous le coup d’une décision problématique de la DNCG. On n’a jamais été en difficulté, ni sur le plan financier, ni sur celui de la trésorerie : le joueur qui signe à QRM sait qu’avant la fin du mois, son salaire tombera toujours, et ça, c’est une vraie satisfaction, parce qu’on a connu des hauts mais aussi des bas, avec des périodes difficiles pendant la Covid notamment. Là, on vient de subir une descente, mais on passe toutes les étapes. C’est une marque de fabrique chez nous. Et puis on voit ce qui se passe à côté…

C’est ce que nous allions dire : les finances saines, c’est votre marque de fabrique à QRM. Et puis vous savez ce que l’on dit sur vous : « Michel Mallet, quand il a un euro en poche, il dépense 90 centimes »…
Oui, même si ça m’est arrivé d’en dépenser un petit peu plus quand même (rires) mais toujours d’une manière qui ne soit pas irréversible. Quand je vois certains clubs qui sont montés en Ligue 2 et qui sont redescendus parce que ça a été mal géré, je me dis que, à un moment donné, il manque peut-être quelque chose dans les décisions, quelque chose pour accompagner une équipe… Cela doit être fait avec plein d’exigences pour ne pas créer des incidents forts dont les clubs ont énormément de mal à se relever. Quand je dis ça, je pense à Martigues, qui avait fait de belles choses et se retrouve tout en bas de la hiérarchie : les organes décisionnaires fédéraux ou de la Ligue doivent mieux anticiper cela.

« Notre bilan plaide pour nous »

Ce côté « économe », « bonne gestion », il vient d’où ?
C’est mon éducation, et aussi mon côté « chef d’entreprise ». Et puis je me suis nourri d’expériences de clubs qui ont été en grandes difficultés ou qui n’ont pas été raisonnables. Notre bilan plaide pour nous. On n’a jamais fait n’importe quoi financièrement pendant ces 10 ans et je peux vous dire que l’on n’a pas non plus mis des millions sur la table. Aujourd’hui, on est là pour évoquer les 10 ans de QRM mais à l’époque de l’US Quevilly, déjà, la gestion était menée de la même manière. Je me souviens d’une saison en CFA quand les joueurs avaient 40 euros de prime de match ! Cela ne nous a pas empêchés d’aller au stade de France en finale de la coupe, avec des moyens très limités. La raison, par rapport à la passion, évite les gros accidents. Si l’on n’avait pas été raisonnable, notamment après la finale de la Coupe de France, sans doute que Quevilly serait en Régional 1 aujourd’hui. Idem pour QRM, on ne serait pas là aujourd’hui en train d’évoquer les 10 ans.

Plus grosse erreur de président en 10 ans de QRM ?
Peut-être des erreurs de casting sur des joueurs, mais cela arrive à tous les clubs, même si je reste attentif à ça, parce que derrière, on touche à l’humain, et forcément, laisser un joueur sur le bord du chemin, ce n’est jamais bien.

Le jour où vous avez eu envie d’arrêter durant ces 10 ans ?
Il y a toujours des moments où on se pose la question. Effectivement, après la descente, l’an passé, je me suis demandé si c’était le moment d’arrêter…. 25 ans de présidence, depuis l’âge de 13 ans dans le foot… Mais j’ai jugé que ce n’était pas encore le moment et j’ai bien fait parce qu’on prend encore du plaisir. Le jour où je ne prendrai plus de plaisir, je n’aurai aucun mal à arrêter.

« L’inclusion, la RSE, l’autre marque de fabrique »

Le stade Lozai, fief de l’association QRM.

Mais ce plaisir, vous le prenez comment ? Parce qu’on dit qu’être président, c’est 95 % d’emmerdements…
Oui mais ce ne sont pas les soucis qui enlèvent l’envie, ou alors il ne faut pas faire président ou chef d’entreprise, on sait très bien qu’il n’y a pas que du bon. Je ne regarde pas que les résultats de l’équipe première, il y a l’humain autour. Je suis très attentif à ce qui se passe dans les bureaux, au personnel qui se dépouille et qui n’a pas forcément le retour des joueurs. On a une association qui fonctionne très bien : on n’a pas enlevé un euro à son budget malgré la descente en 2024 et encore cette année. Et on est récompensé : les filles sont en D3 et les U19 filles sont montées cette année. Sur l’agglo rouennaise, on propose ce qu’il y a de mieux chez les jeunes avec des U17 et des U19 Nationaux.

On a tissé des liens avec quelques clubs pros. Et je ne parle pas du travail de Laurent Duarte, le président, et de son équipe, en matière de RSE et d’inclusion, là encore une de nos marques de fabrique. D’ailleurs, quand j’ai pris la présidence de l’US Quevilly il y a près de 25 ans (en 2001), le projet initial, c’était un projet « jeunes ». À l’époque, on n’a jamais dit « On va monter en National » ou « On va monter en Ligue 2 ». la montée en National de 2011 fut un dégât collatéral positif entre une mayonnaise qui prend bien et un entraîneur, Régis Brouard, qui arrive en Normandie parce qu’il n’a pas de travail ailleurs. Et chez nous, il (Brouard) a fait un travail extraordinaire, et tout ça ont amené des années exceptionnelles.

Un modèle de président ?
J’ai toujours été marqué par le mode de gouvernance de l’AJ Auxerre et son président très sage, Jean-Claude Hamel (président de l’AJ Auxerre de 1963 à 2009, décédé en 2020 à l’âge de 90 ans). Bien qu’Auxerre était sur le toit de l’Europe, on l’entendait peu et on ne le voyait quasiment jamais. Derrière, il y avait un club qui tournait du feu de Dieu. Le sportif était mis en avant et à travers lui, la formation; ça, c’est quelque chose qui m’intéressait parce que dans ma vie de chef d’entreprise, j’ai toujours accordé beaucoup d’importance à l’humain et à la formation. C’était ma manière de voir les choses. J’ai pris ça avec moi dans le projet US Quevilly puis dans le projet QRM. La discrétion, c’est une force. Par exemple, je me suis toujours attaché à ne parler à la presse que deux ou trois fois dans l’année, généralement en début de saison, à l’intersaison et en fin de saison pour le bilan. Là, je fais une exception. Mais ce n’est pas Michel Mallet qu pousse le ballon ! Tout le reste appartient au sportif.

« Rodez, c’était le calque »

Un club auquel vous aimeriez ressembler à l’avenir ?
Quand on est monté en Ligue 2, Rodez, c’était le calque. On se connaît avec le président (Pierre-Olivier Murat), on a déjà échangé, mais ce qu’ils ont fait, leur manière de travailler, c’est un modèle à suivre. J’aime bien aussi ce que font Pau et Annecy, parce que ça s’inscrit durablement. Mais pour nous, il y a la difficulté d’avoir deux clubs dans la même ville. Parce que la possibilité de construire avec le monde de l’entreprise et les politiques, et de l’entraîner avec soi, est forcément plus facile dans des villes moyennes comme Rodez, alors que dans notre métropole rouennaise, la 11e de France, cet effet est plus complexe, et il y a la présence de nombreuses disciplines aussi, rugby, hockey, basket, et aussi des deux clubs de foot.

Plus grosse prime de match en 10 ans de QRM ?
Il y a eu quelques primes doublées quand c’était le bon moment mais je suis de moins en moins fervent de ce genre de choses. Je pense que c’est mieux de récompenser les joueurs sur la saison plutôt qu’à un moment donné, même s’il y a sans doute l’exception qui confirme la règle. C’est sans doute la sagesse…

Votre plus grosse colère en 10 ans ?
Je me suis mis en colère, mais c’était plutôt une colère froide. Je ne me suis jamais mis en colère à chaud. Mais il m’est arrivé d’aller à l’entraînement en début de semaine pour secouer un peu le cocotier, avec des propos qui doivent mettre les joueurs face à leurs responsabilités. J’aime bien quand on peut regarder le staff et les joueurs dans les yeux, et leur dire quand les choses ne vont pas, pour provoquer une réaction.

Votre rêve de président ?
C’est difficile de dire si c’est un rêve… J’ai 71 ans, mais mon premier objectif, c’est d’avoir des finances qui restent saines, d’avoir une association qui tourne, de poursuivre notre politique en matière de RSE et d’inclusion, de faire comprendre aux jeunes qu’il n’y a pas que le football dans la vie.

Vendredi 12 septembre, à 19h30 : QRM – Aubagne, à suivre sur la chaîne Youtube du National :

Lienhttps://www.youtube.com/watch?v=jqpkVEqKDEw

  • Texte : Anthony Boyer / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr

    • Photos : QRM
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Le nouveau président du FC Sochaux-Montbéliard (National) veut fédérer autour du club, dont il détaille ici les trois volets du projet : sportif, économique et social. Il raconte aussi son parcours, notamment ses expériences au RC Strasbourg et au Havre AC, et évoque les ambitions à court, moyen et long terme des Jaune et Bleu.

  • Par Augustin THIEFAINE / Photos Philippe LE BRECH
  • Reportage à Sochaux, quelques heures avant le match FCSM – US Orléans (5-0, J2 de National, le 15 août).
Clément Calvez. Photo FCSM

Intronisé à la tête du club franc-comtois en septembre 2024, le président du FCSM (44 ans) n’a pas vécu la saison qu’il souhaitait l’an passé. Les Doubistes ont souffert d’une crise interne, d’une défiance de leurs supporters envers le jeu et les choix affichés par les entraîneurs (Karim Mokkedem de juin 2024 à février 2025), puis de Frédéric Bompard pour le restant de la saison.

Un chantier XXL s’est alors amoncelé pour Julien Cordonnier (directeur sportif) et lui, à commencer par le choix d’un nouveau tacticien sur le banc : Vincent Hognon. Une quinzaine de départs ont suivi, dont quatre après le lancement de la saison 2025-2026 : Alex Daho et Samy Benchamma (partis pour Dunkerque et Rodez en Ligue 2), Boris Moltenis en D3 espagnole et Armand Gnanduillet (qui a signé libre à Caen après la résiliation de son contrat).

Entre-temps, une dizaine de renforts sont venus gonfler les rangs des Lionceaux à tous les postes (Mehdi Jeannin, Dylan Tavares, Bendjaloud Youssouf, Julien Masson, Jonathan Mexique, Boubacar Camara, Benjamin Gomel, Aymen Boutoutaou, Koffi Djoko, Prince Mendy et Julien Vetro ainsi que plusieurs jeunes issus du centre, passés professionnels (Aboubacar Sidibé, Honoré Bayanginisa, Victor Joseph, Edson Mendes). En somme : un FC Sochaux new look !

Identité retrouvée et ancrage local affirmé

Le peuple sochalien. Photo Philippe Le Brech

C’est un président souriant, dynamique et détendu que l’on a donc retrouvé quelques heures avant le retentissant succès des jaunes et bleus dans leur antre de Bonal, face à l’US Orléans (5-0) lors de la deuxième journée de National.
Aujourd’hui, les Sochaliens comptent 9 points après quatre rencontres (trois victoires et un revers), ont inscrit neuf buts et en ont encaissé seulement trois. Le FCSM n’avait pas aussi bien entamé un début de championnat depuis la saison 2000-2001. Un succès sportif que les dirigeants souhaitent voir perdurer le plus longtemps possible pour mener à bien la quête de montée en Ligue 2.

Mais cette promotion, si elle doit arriver, ne doit pas être « forcée » pour Clément Calvez. Elle doit surtout être « méritée ». Le quarantenaire s’est engagé devant les actionnaires du club à porter un projet aux multiples facettes, sportif, financier et social, dont il éclaircit les contours au cours de cette interview.
On retrouve en fait un Sochalien de la première-heure à la tête d’un club à l’identité retrouvée et l’ancrage local affirmé comme socle de départ. Un président qui a appris de chacune de ses aventures du côté du Havre ou de Strasbourg. Son parcours, son attachement au FCSM, Clément Calvez s’est confié sans filtre, sans détour, avec une ambition affichée, en toute humilité.

Interview

Clément Calvez : « La place de Sochaux n’est pas en National »

Alors qu’il a rejoint le FCSM pour des petits boulots (à la boutique du club notamment) à côté de ses études au début des années 2000, Clément Calvez a construit son histoire avec le club doubiste lorsque le foot a commencé a muté, Sochaux avec lui, et qu’une approche plus commerciale a commencé à se développer. « Lorsque je termine mon DUT technique de commercialisation, le club était en train de créer une régie intégrée (commerciale) et ils avaient besoin de jeunes commerciaux pour aller battre le terrain et c’est ainsi que je débarque véritablement. »

Les prémices d’une histoire sochalienne

Clément Calvez. Photo FCSM

« Avoir Jean-Claude Plessis (ex-président emblématique du club) comme beau-père, c’était aussi une pression supplémentaire. Il fallait prouver que je n’étais pas là seulement parce-que je suis le « beau-fils de ». Il faut beaucoup travailler. Peut-être plus que les autres, être consciencieux afin que le travail soit reconnu pour ce que tu fais et pas pour qui tu es. Sportivement, le club remontait en Ligue 1, il y avait une dynamique incroyable, tout le monde bossait extrêmement dur pour faire partie de cette histoire. En tout, j’ai passé 6 ans au FCSM à cette époque. En 2008, Jean-Claude s’en va, mes collègues partent et Alexandre Lacombe me nomme responsable de la cellule BtoB (ndlr : business to business, soit le commerce d’entreprises à entreprises), donc j’évolue. »

Promu au sein de son « club de coeur », celui dans lequel il a commencé à travailler, il reste finalement six années supplémentaires, jusqu’en 2014, année de la descente en Ligue 2 et de la vente par Peugeot. « À ce moment-là, je sens que je ne vais plus m’y retrouver. Ce qui était super excitant au FC Sochaux, c’était de vendre de grands projets, une identité, une marque. Tout est lié à Peugeot quand on parle des valeurs du club ou de la région. Sochaux, c’est le travail, l’humilité, des valeurs familiales. Et tu te dis mince, ce que j’ai toujours vendu et mis en avant, je n’aurai plus les arguments pour le faire. Ce que j’aime, c’est l’ancrage local et l’identité du club, et ils disparaissaient. »

De nouvelles opportunités s’offrent alors à lui, surtout une, au Racing Club de Strasbourg, alors pensionnaire de National : « Et je me lance avec eux, à cette époque on était 10. C’était une toute petite structure ».

« À Strasbourg, Keller voulait qu’on se compare au Bayern Munich »

Le FC Sochaux version 2025-26, ici avant le match à Rouen, le mois dernier. Photo Philippe Le Brech

« Comme Sochaux en Franche-Comté, le Racing c’est un emblème. C’est le totem de l’Alsace. Lorsque j’ai rencontré le président Marc Keller et les actionnaires locaux, leur projet était de refaire du Racing ce qu’il était avant et oublier les années sous pavillon américain. Ils voulaient un club alsacien avec à sa tête des dirigeants alsaciens et j’ai senti que ça collait même si je ne suis pas d’Alsace. Dans les valeurs, on disait « on met en avant le club qui est l’emblème de ma région et on va jouer sur l’ancrage et l’identité locale pour attirer et fédérer autour de nous ». Je retrouvais ce que j’avais connu à Sochaux. Je fais donc 4 ans au Racing Club de Strasbourg et j’avais récupéré toute l’activité commerciale (sponsoring, billetterie et boutique). »

Dans le Bas-Rhin, l’actuel président sochalien reconnaît avoir eu la chance de rencontrer Marc Keller, l’iconique président du Racing. Une figure qui lui sert, sans le dire, de modèle, d’inspiration aujourd’hui dans ses fonctions sochaliennes.

Photo Philippe Le Brech

« J’ai eu cette chance de pouvoir travailler avec lui. C’était dur car c’est quelqu’un d’extrêmement exigeant, parfois rude. Mais c’est aussi quelqu’un de très paternaliste, qui rend aussi beaucoup. Quand on a la chance d’être dans ses proches collaborateurs, tu reçois même de l’amour de sa part. C’est quelqu’un d’extrêmement compétent et c’est un ancien sportif de haut niveau (6 sélections en équipe de France), donc il sait ce que c’est. Sur les aspects sportifs il sait de quoi il parle, pareil pour le commercial, il a fait des études et connaît le fonctionnement d’un club. Il a une sensibilité pour le football allemand et s’en inspire beaucoup. C’est un exemple, je trouve, en Europe. Et avec lui, tous les curseurs sont poussés au maximum. On était en National, on était 10 et il voulait qu’on se compare au Bayern Munich ! J’ai aussi un souvenir de lui sur la prise en charge des buvettes, à 10 heures, la veille d’un match. Il voulait tester le temps de cuisson des merguez et des saucisses blanches, thermomètre à la main, pour savoir combien de temps il fallait les chauffer pour être à la bonne cuisson pour les supporters (rires) ! Sur tous les sujets, c’était comme ça. Chaque lundi matin, c’était débrief du match et il n’y a pas eu une fois où il disait « Super les gars, tout roule ». J’ai beaucoup appris avec lui. Je suis parti en 2020 au Havre et j’ai gardé de très bonnes relations avec lui. »

Au Havre, « des vraies valeurs de travail »

Photo Philippe Le Brech

Recruté en qualité de directeur du développement par le HAC avant de devenir directeur général adjoint, Clément Calvez récupère tous les porte-feuilles non-sportifs du club normand (commerce, organisation des matchs, communication). Une expérience « très intéressante sur un territoire à forte identité. C’était un très beau club, avec des vraies valeurs de travail, dirigé par Vincent Volpe, qui n’est pas un footeux à la base mais qui a construit sa fortune sur le territoire normand. Il a voulu rendre au territoire ce qu’il lui avait donné. Il s’est mis au foot car il sait ce que représente le HAC pour les Havrais. C’est le plus vieux club français et l’un des meilleurs centres de formation de l’Hexagone ». Un club où il a vécu la montée en Ligue 1, le remplissage d’un stade Océane qui était un peu déserté et l’ancrage des couleurs du HAC au coeur de la ville. C’est ainsi que Clément Calvez vivra quatre saisons « magnifiques » sous pavillon ciel et marine avant de revenir là où tout a commencé pour lui : au FCSM, mais dans le costume de président, un rôle tout à fait différent.

Avec Julien Cordonnier, le directeur sportif. Photo Philippe Le Brech

Alors que le FC Sochaux évolue pour la troisième saison consécutive en National (le club est tombé en 2023), les attentes sont fortes quant à un retour dans le monde professionnel en Ligue 2. Si Clément Calvez a pris, en 2024, la suite de Jean-Claude Plessis et tient la barre du FCSM, il doit faire face, comme tout le monde au sein de l’organisation franc-comtoise, à une forte pression. Mais attention, pour lui, la remontée doit être le fruit d’un mérite sportif comme extra-sprortif. « C’est un environnement stimulant. Le club est un historique du football français. Localement, il y a encore un engouement incroyable et il reste le porte-drapeau d’une région, tout du moins du Nord Franche-Comté. C’est aussi pas mal de pression. Quelque part, on a peur de l’échec. La place de Sochaux n’est pas en National et un jour il faudra remonter au moins en Ligue 2 mais la moitié des équipes du championnat postulent à une remontée à court ou moyen terme et en National, tout le monde peut battre tout le monde, peu importe ta masse salariale. Il faut aussi se rendre compte qu’avec le passage à 18 en Ligue 1 et Ligue 2, des gros clubs, historiques eux aussi, se sont retrouvés en National, Sochaux, Dijon, Valenciennes, Caen, Nancy… Le Mans était encore là l’an dernier. C’est donc un championnat difficile où il faut se battre. Nous, on sait où on veut aller, on veut remonter, mais il faut que la montée soit inéluctable, qu’elle soit un aboutissement, la conséquence du travail qui a été mené en amont. Quand on parle du projet du club, il est capital de rappeler que le projet du club est à trois facettes : sportif, financier et social. »

Un projet sportif ambitieux, réaliste et local

Vincent Hognon, l’entraîneur arrivé de Valenciennes cet été. Photo Philippe Le Brech

Le projet sportif comporte plusieurs phases. Si bien-sûr, dans un premier temps, les Doubistes souhaitent monter en Ligue 2 le plus rapidement possible, l’idée n’est pas de faire l’ascenseur la saison suivante.

« Il faudra s’asseoir dans ce championnat de Ligue 2 et essayer de se stabiliser dans le premier tiers de cette division, puis, de temps en temps, une année où tout se passe bien, réussir à grimper en Ligue 1, y vivre le plus longtemps possible, et si on en descend cela ne doit pas être une catastrophe. Si on réussit tout ça, alors on aura accompli de belles choses. Quand on regarde les clubs qui évoluent en Ligue 1 par le prisme de la taille de leur ville, de leurs infrastructures ou la composition de leur actionnariat, c’est extrêmement compliqué pour nous de pouvoir dire « on est un club de Ligue 1. C’est David contre Goliath. Nous, on a un stade des années 2000 qui est super (Bonal), mais qui, en 2025, est un très beau stade de Ligue 2. En Ligue 1, ils ont tous un stade capable de générer plus de chiffres. Donc, il y a ce premier point quant au potentiel économique des villes ou des régions. Le Nord Franche-Comté avec Montbéliard et Belfort, c’est 300 000 habitants. On peut essayer d’aller chercher le Haut-Doubs, Besançon, un peu la Suisse, un peu le Sud-Alsace, le Jura ou la Haute-Saône mais malgré tout, on n’a pas le potentiel économique de Strasbourg, de Montpellier, de Nice ou même du Havre. Il faut s’en rendre compte. Par contre, on a la chance d’avoir des actionnaires locaux qui permettent de réaffirmer un projet local. Un club détenu par les Francs-Comtois, pour les Francs-Comtois. Ça représente des avantages en retrouvant notre identité locale, en redevenant un club populaire et familial. Un club qui promeut des valeurs d’humilité et de travail et c’est super. J’ai la certitude que notre développement et ceux de clubs de notre taille passera par cette capacité à être ancré sur son territoire et à fédérer les habitants autour. Évidemment, notre projet sportif se base sur la formation. On a le plus vieux centre de formation de France, on a besoin de s’appuyer sur lui pour atteindre nos objectifs sportifs mais aussi économiques et sociaux. De ce fait, on a signé huit jeunes professionnels. Pour prendre un exemple, il y a le voisin, le FC Metz. C’est un club qui fait souvent l’ascenseur, qui est capable de descendre sereinement lorsqu’il est relégué. Enfin, c’est l’impression qu’il donne de l’extérieur. Il y a une stabilité et une pérennité sans va-tout sportif. »

Le projet économique : « Attirer du public par autre chose que du résultat sportif et de la performance »

Le Sochalion, mascotte du club. Photo Philippe Le Brech

« Le projet économique est capital. Aujourd’hui, on ne peut plus se permettre d’avoir un déficit structurel comme celui que l’on a connu sous pavillon chinois avec plusieurs dizaines de millions d’euros en Ligue 2, plus que les 22 millions annoncés. Un déficit compensé par l’actionnaire tant qu’il était capable de le faire. On ne peut plus se le permettre sur la durée. Intellectuellement, ça ne colle pas avec l’environnement du club. Comment on explique aux supporters à qui on vend des billets, qu’on a besoin de ces recettes ? Comment on va démarcher des sponsors pour qu’ils nous soutiennent en disant « on a besoin de cet argent-là » alors qu’à côté il y a un trou de 22 millions ? Notre objectif est donc de revenir à une réalité économique avec des collectivités locales et des actionnaires locaux qui ne seront pas capables de venir à notre secours tous les ans et même s’ils le refaisaient, à un moment, ils en seront lassés, peu importe ce que représente le club. Ils ont une entreprise qu’ils ne pourront pas mettre en danger, des familles, des enfants. Nos actionnaires sont nombreux, solides et impliqués. Ils sont capables de venir en soutien si on est en difficulté, mais notre devoir avec Julien (Cordonnier, directeur sportif) est d’éviter cela et de ne pas aller toquer à la porte chaque année. On a donc eu deux solutions : dans un premier temps il a fallu réduire les charges en baissant notamment les masses salariales sportives et administratives, en baissant le train de vie du club. Cela ne s’est pas fait sans mal mais c’était obligatoire. Ensuite, il y a le développement des recettes : c’est extrêmement important et ça passe par un changement de discours. On doit faire en sorte d’attirer plus de monde au stade. On doit arrêter de s’adresser à des fans de foot, de ne vendre que des résultats. Le sportif c’est notre raison d’être, mais si la performance nous anime au quotidien, on veut attirer ceux qui ne sont pas fans de foot, ceux pour qui le FC Sochaux représente quelque chose sur l’aspect familial. Je le répète, il faut fédérer autour du club. C’est ce qui permettra de développer nos recettes et d’éviter d’être confrontés aux mêmes problèmes. Le stade Bonal doit être le plus gros équipement de loisirs de Franche-Comté, voire de Bourgogne Franche-Comté avec l’Abbé-Deschamps à Auxerre. On a donc un outil extraordinaire pour faire en sorte que les habitants viennent passer un bon moment de détente. On doit garantir des résultats pour nos fans, mais aussi autre chose pour les non-fans, je pense à tous les franc-comtois. C’est quelque-chose qui a été un peu oublié précédemment. Pendant dix ans, le club n’a investi que dans la performance sportive pour finalement ne jamais atteindre les objectifs visés. On doit attirer du public par autre chose que du résultat sportif et de la performance. »

Le projet social : une présence sur tous les terrains

Photo Philippe Le Brech

C’est le troisième aspect du projet sochalien : le social. Le FCSM est un acteur de sa région, une entreprise locale. « On reçoit beaucoup. On doit rendre au territoire ce que le Nord Franche-Comté nous donne. On travaille beaucoup sur l’insertion, notamment au sein de notre centre de formation. On planche aussi sur la féminisation du sport avec le développement de notre section féminine, c’est important de le faire même si notre objectif n’est pas de monter à court terme en D1 ou D2. Aujourd’hui le football féminin est hautement déficitaire et on n’a pas les moyens pour ces accessions-là. Les équipes féminines sont financées par les masculines, et clairement, nous, on ne peut pas le faire. Par contre, on veut faire en sorte que les jeunes filles du secteur puissent pratiquer sous les couleurs du FC Sochaux-Montbéliard et qu’elles puissent continuer en seniors à un bon niveau régional. Enfin, le dernier point est l’aide aux personnes en difficulté. On soutient plusieurs associations locales comme la Ligue contre le cancer, on met à disposition nos infrastructures pour leurs événements, on participe aux collectes de dons. On a développé avec eux la section « sport santé » pour que les personnes malades ou en rémission puissent venir faire du sport avec nos éducateurs au centre de formation. Ça nous tient à coeur. Pour le reste, c’est une présence sur le territoire avec notamment des entraînements délocalisés, des séances dédicaces. Il faut être un acteur local. »

« Voilà les trois volets de notre projet, de ce qu’on est. Le FC Sochaux c’est tout ça. On ne met pas tous nos oeufs dans le même panier parce qu’on a une histoire, une identité et que c’est important que tout s’aligne pour qu’on atteigne nos objectifs sportifs. On veut tous que Sochaux remonte, mais tout ce qu’on fait, c’est pour faire en sorte que le sportif avance et aille mieux. Le sportif est le coeur du réacteur, mais le reste permet d’alimenter le réacteur. Tout miser sur le sportif c’est aussi mettre toute la pression sur 25 joueurs et le staff. Nous, on veut impliquer tout le monde, tout ceux qui travaillent au club. Et si le sportif va mal, alors je demanderai encore plus d’efforts aux autres pour continuer à alimenter le réacteur et protéger les joueurs. »

« L’année dernière, on n’a pas tout bien fait… »

Si cette année le début de saison est quasi-excellent pour les Lionceaux, l’an dernier fut une désillusion pour toute la maison jaune et bleue. Sur le papier, le FCSM avait l’un des meilleurs effectifs du championnat et devait jouer les premiers rôles. Finalement, la qualité sur le terrain a laissé à désirer, les supporters se sont irrités, les critiques et la défiance sont arrivées et un vent de crise a soufflé dans le Doubs.
Pour autant, la direction a tiré des leçons de ses revers. « On ne peut pas nier que la saison passée a été compliquée. Il y a eu une multitude d’éléments qui ont conduit à cette situation. En début de saison, il y a eu un défaut de communication de notre part sur les objectifs à atteindre et sur le caractère impératif de ces objectifs. On avait dit aux supporters « On a deux ans pour remonter en Ligue 2 ». Quand ils ont vu qu’on n’allait pas « rouler » sur le championnat, il y a eu une grosse tension. On a créé beaucoup d’attentes et on a subi des pressions et des critiques. »

« On aurait dû plus protéger Karim Mokeddem »

Clément Calvez. Photo FCSM

« Aujourd’hui, on a construit une équipe pour jouer les premiers rôles, on veut être en haut mais on fera le bilan en fin de saison. L’an dernier, on n’a pas su créer un collectif fort, on avait de supers individualités et on n’a pas su trouver cet entrain dans le vestiaire entre les joueurs de la première année et ceux qui les ont rejoints ensuite. Il y a aussi le cas du coach, Karim Mokeddem, où, en étant 6e du championnat, on avait rehaussé les objectifs, et puis viens cette série de onze matchs nuls, on avançait petitement et le soir du match au Mans, où on n’arrivait toujours pas à marquer, on fait le choix avec Julien et les actionnaires de se séparer de Karim Mokeddem en espérant créer un déclic offensif, mais ça n’a pas été un choix heureux. Karim a été très vite remis en question, trop vite. On aurait dû plus le protéger. On ne pouvait pas s’attendre à avoir le jeu chatoyant des années 2000, mais j’ai un regret car il n’a pas été dans de bonnes conditions pour travailler sereinement. Karim n’a pas tout bien fait et est, en partie, responsable du manque de cohésion, mais, nous non plus, nous n’avons pas tout bien fait. On a tous une part de responsabilité dans l’échec de la saison dernière. Lorsqu’on se sépare de Karim, on n’a pas 50 options, on fait le choix de Frédéric Bompard car il voulait vraiment venir, il avait une vraie expérience, mais pour lui aussi les choses se sont mal emmanchées. Il est venu pour une mission, qui, après deux matchs, a été grandement compromise. »

« La Ligue 3 permettra d’homogénéiser le championnat »

Le gardien du FCSM, Alexandre Pierre. Photo Philippe Le Brech

La troisième division est-elle un environnement viable pour l’entité sochalienne ? Un championnat à deux vitesses entre les grosses cylindrées qui jouent la montée et les autres. Le championnat est compliqué avec aucun droits TV et des déplacements types Ligue 1, Ligue 2 aux quatre coins de la France. C’est, un peu, un gouffre financier pour des clubs aux capacités limitées. « Le National, c’est un championnat hybride. Nos recettes se limitent à ce que nous, on est capables de générer seul (sponsoring, billetterie, hospitalité et vente de joueurs grâce au centre de formation). On cherche à optimiser notre organisation tout en l’allégeant pour supporter les obstacles. Assumer notre projet a un coup et nos capacités de recettes ne suffisent pas. Les droits TV sont un enjeu et nous n’en avons pas, et la valeur des joueurs est beaucoup plus faible qu’en Ligue 2. Annuellement, on prévoit des ventes à hauteur de 500 000 euros voire 1 million d’euros là où en Ligue 2, on pourrait tabler sur 3 millions en plus des droits TV. »

Mais à partir de la saison 2026-2027, le championnat se professionnalise et devient la Ligue 3. Un point extrêmement positif aux yeux du président. « Cela permettra d’homogénéiser le championnat. La moitié des clubs sont professionnels, l’autre est amateure. On ne part pas sur un pied d’égalité et les disparités administratives sont marquées entre les formations. On peut, niveau infrastructures, passer d’un Bonal ou d’un Hainaut (Valenciennes) au synthétique du stade Pelé (Paris 13 Atlético) : il y a de grosses disparités. C’est parfois déroutant. Pour revenir aux droits TV, il y a quand même des difficultés pour la Ligue 1 et la Ligue 2… On risque d’avoir des difficultés avec la Ligue 3 aussi. Le National est passionnant, tout le monde peut battre tout le monde avec de belles équipes qui la compose, attractives et suivies, mais… »

« On veut redonner de l’envie à nos supporters »

Photo Philippe Le Brech

Et si Sochaux ne monte pas, le club pourrait-il supporter une quatrième saison en National ? « On devra et on le fera. Ce qui est important, c’est de mettre en places les conditions pour monter. On doit faire en sorte d’aligner toutes les planètes pour atteindre nos objectifs. On fera en sorte avec les actionnaires de trouver les solutions nécessaires, peut-être que cela passera par de nouvelles adaptations de la masse salariale, de notre mode de fonctionnement. En tout cas, il est hors de question, déjà pour cette année, de reproduire les mêmes erreurs. La cohésion est un sujet sur lequel on s’est rapidement dit qu’il ne faudrait pas se rater pour cette saison. On veut faire une belle saison après le raté de l’an dernier. On veut redonner de l’envie à nos supporters, les faire vibrer. Sur notre recrutement on s’est attaché à faire venir des joueurs qui étaient motivés à porter ces couleurs, qui ont l’expérience du National et qui ont connu des stades exigeants avec ce type d’ambiance. On avait les mêmes critères pour le choix du coach Vincent Hognon, un choix unanime entre le directoire et les actionnaires. On travaillait depuis un moment sur la constitution de l’équipe de cette saison lorsque les dés étaient jetés pour l’an dernier. »

Des choix payants après quatre journées de championnat et une place de co-leader avec Versailles (qui compte un match de retard), mais la saison sera longue et les Sochaliens devront tenir la cadence et seule, elle, permettra de dire dans huit mois si la stratégie portée par Clément Calvez était la bonne.

Freddy Vandekherkhove, l’emblématique intendant. Photo Philippe Le Brech
  • Texte : Augustin THIEFAINE
  • Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions spéciales)
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Suite à la publication de l’article « FC Martigues, anatomie d’une chute » (le 29 août 2025), l’ex-président du FC Martigues, Pierre Wantiez, a réagi. Il est notamment revenu sur le chiffre de 3 millions d’euros avancé pour expliquer le déficit du club.

« La dissolution de la SAS FC Martigues a été (enfin) déclenchée ce lundi (1er septembre 2025) par Madame Galeb-Roskopp. Elle était la seule à pouvoir le faire. Ceci va entraîner la fermeture de la SAS, et permettre à l’association FC Martigues de poursuivre seule son activité.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut savoir que la SAS était parvenue au quasi-équilibre au terme de la saison 2024/2025. Les quelques dettes restantes à ce jour sont la conséquence de droits TV encore inférieurs à ceux indiqués, notamment du fait du différé du contrat entre la LFP (LFP Media précisément) et Qatar Tourism Authority. Le non-paiement des sommes prévues pénalise tous les clubs qui évoluaient la saison dernière en Ligue 1 ou Ligue 2. Le FCM n’y échappe pas. La poursuite de l’activité de la SAS cet été, sans perspective ni recette, aura par ailleurs créé des dettes spécifiques, portant sur la saison 2025/2026.

Le chiffre de 3M€ repris par certains correspond au financement qui aurait été nécessaire pour évoluer en 2025/2026 en National ou Ligue 2. Ce n’est pas une dette, mais un apport pour le futur, et cette confusion porte préjudice à l’Association. La disparition de la SAS et de l’équipe 1ere du Club supprime ce besoin. Il est techniquement inexact, ou malhonnête, d’invoquer une prétendue dette de la SAS ou de l’Association qui l’empêcherait de continuer à défendre les couleurs du FCM. »

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Photo : FC Martigues

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