Jamais l’entraîneur Franco-portugais, passé par Rouen, QRM, Lyon Duchère, Créteil, Saint-Etienne et Clermont, n’était resté aussi longtemps – une demi-saison – sans club ! Dans cet entretien, le Normand de 48 ans, requinqué physiquement et moralement après une période difficile où il fut proche de la dépression, évoque son caractère, ses joies, ses douleurs, son métier. Il en profite aussi pour délivrer quelques messages personnels.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : 13HF et Philippe LE BRECH (sauf mentions)

Emmanuel Da Costa, à Rouen, le 12 décembre dernier. Photo 13HF

Le hasard fait bien les choses. C’est à quelques heures d’un derby en National entre le FC Rouen et Quevilly Rouen Métropole, à Diochon, deux clubs voisins et un stade partagé qu’il a fréquentés pendant près de 20 ans, que nous avons rencontré « Manu » Da Costa, dans un café, à Sotteville-lès-Rouen, tout près de la mythique enceinte qui pue toujours autant le football : « C’est rare que je donne des interviews, lance-t-il. Mais avec toi, j’ai accepté tout de suite, parce que je te connais ! »

Levons immédiatement le voile : j’ai été salarié, deux ans durant, de 2016 à 2018, de l’entreprise US Quevilly Rouen Métropole, et donc partagé un bout de chemin avec le Rouennais âgé aujourd’hui de 48 ans. Une période parfois faste (accession de National en Ligue 2 en mai 2017 puis découverte du monde pro pour la nouvelle entité QRM) mais pas toujours simple.

Un malaise sur le banc

Le temps faisant son oeuvre, les textos sont revenus bien des années après. Grâce à 13heuresfoot ! Et puis, un texto de « Manu », début décembre, a fait tilt : « Il ne faut pas être un écorché vif comme je pouvais l’être… » Une phrase qui a suscité ma curiosité et mon envie d’interviewer le Franco-Portugais, ancien pensionnaire du centre de formation de l’AS Cannes dans les années 90, milieu offensif à Viry-Châtillon, Dieppe et au FC Rouen, où une vilaine blessure a prématurément mis un terme à sa carrière de joueur en 2001, à l’âge de 24 ans.

C’est vrai. Manu Da Costa, qui a immédiatement accepté ma requête, est cet écorché vif. « Était » si l’on se fie à son texto. Il était surtout l’entraîneur-entraînant de l’US Quevilly (2013-15) puis au début d’un projet QRM (2015-20) qu’il s’est tellement approprié et qu’il a tellement incarné, qu’il a manqué d’y laisser sa santé. Personne n’a oublié cette scène sur le banc à Diochon, le 13 avril 2019, lorsqu’en début de match – QRM affrontait Concarneau – il fut victime d’un malaise puis transporté à la clinique, avant de passer le nuit en observation.

Entre le Portugal et Rouen

Sur le banc de Lyon-Duchère, en National, en 2020. Photo Philippe Le Brech

Et puis, comme toutes les histoires d’amour finissent mal – en général – la séparation avec QRM est arrivée, en 2020, logiquement. Inéluctablement. La fin d’un cycle.
Brisé dans son élan de joueur, « Manu » Da Costa, qui partage aujourd’hui sa vie entre le Portugal et Rouen, s’est rapidement tourné vers la carrière d’entraîneur, avec une progression linéaire : entraîneur chez les jeunes au FC Rouen et à Oissel, entraîneur de la réserve au FC Rouen avec une accession en CFA2 en 2010 au terme d’une saison à … zéro défaite (19 victoires et 7 nuls, 90 points !), entraîneur adjoint en National au FC Rouen aux côtés Eric Garcin puis entraîneur principal pendant trois mois au printemps 2012, avant une expérience à Compiègne en CFA (N2).

En 2013, « MDC » signe à l’US Quevilly, en CFA, tout juste relégué de National, où il passe 7 saisons, dont 5 sous la bannière Quevilly Rouen Métropole. Après Lyon-Duchère, en National (2020), il entraîne l’US Créteil pendant un an et demi, toujours en National. Une expérience d’un an et demi à Saint-Etienne (Ligue 2, 2022 à décembre 2023), dans le rôle d’adjoint de Laurent Batlles, qu’il a côtoyé à la formation du BEPF en 2017-2018, et qu’il retrouvera un an plus tard pour une « pige » de quatre mois à Clermont Foot (Ligue 2), garnissent un CV où l’on trouve également une expérience en D1 au Luxembourg, à Hespérange.

Après toutes ses années sur un banc, Emmanuel Da Costa n’était jamais resté aussi longtemps – sept mois – sans travailler. Ce temps, parfois long, mais pas inutile, il l’a utilisé. Pour se recentrer sur lui-même et sur l’essentiel. Pour se ressourcer. Pour continuer à se former. Pour régler des choses sur le plan familial. Pour assouvir aussi sa soif de connaissance, comme il l’explique dans cet entretien de 45 minutes, où l’homme, qui a accepté de parler de sa réputation, de son image et de son caractère, est apparu affûté, apaisé, requinqué, ultra-combatif, mais pas marqué, même s’il a tenu, sans nous prévenir, à envoyer quelques messages personnels. Sacré Manu !

Entretien : « Je sais d’où je viens »

Sur le banc de Créteil, en National. Photo Philippe LE BRECH

Manu, aujourd’hui, c’est jour de derby à Diochon où le FC Rouen accueille QRM : tu vas au match ?
Oui j’y vais !

Tu seras pour qui ?
J’y vais avec un oeil neutre. J’ai eu de grandes histoires dans les deux clubs. J’ai même perdu mon corps dans l’un des deux… J’ai perdu de l’argent au FC Rouen, où je me souviens qu’en National, pour un déplacement à Niort, j’avais mis de l’essence dans les Opel Vivaro parce que le club n’avait plus d’argent. Une fois, on avait fait une collation sur une aire de repos pour aller au Beauvais, que j’avais payée aussi. Mais le FC Rouen a une attache particulière pour moi parce que j’y ai commencé ma formation d’entraîneur. J’étais un vrai cul rouge, entre guillemets, puis Quevilly m’a tendu la main et permis de sauter la barrière comme coach. Aujourd’hui, je n’ai plus ou très peu de rapport avec les deux clubs. Je serai au match avec Richard Déziré et certainement mon oncle.

« Diochon, c’est ma vie de footballeur ! »

Ce sera ton retour à Diochon ou bien est-ce que tu y étais déjà retourné ?
Non, j’y suis déjà allé cette saison. Mais j’y vais rarement. Quand je suis allé voir QRM-Caen en début de saison (1-1), c’était la première fois que j’y retournais. Je n’y avais plus mis les pieds depuis que j’étais parti en 2020. Et je suis aussi allé voir FC Rouen contre Concarneau le mois dernier (0-0). À chaque fois, je me mets dans mon coin, je me fais discret, même si ça me fait quelque chose, parce que Diochon, c’est ma vie de footballeur, d’entraîneur, et j’y ai perdu ma jambe aussi, avec cette double fracture tibia-péroné, côté tribune Bruyères, dans la surface de réparation. J’ai fait une montée en Ligue 2 dans ce stade avec QRM, j’ai fait des campagnes de coupe de France, j’ai entraîné les jeunes du FCR, les 15 ans, les 18 ans et avec la réserve du FC Rouen, on est monté en N3 en étant invaincu toute la saison, on a fini en haut de tableau en CFA2 (N3)… Il y a eu beaucoup de belles histoires sportives et aussi de belles histoires humaines. Bien sûr, il y a des gens que je connais encore, notamment Romain Djoubri, que le FC Rouen a pris comme coordinateur sportif, Pascal Braud aussi, un mec extra avec qui j’ai bossé à La Duchère, qui est l’adjoint de Régis (Brouard, actuel entraîneur du FC Rouen), que je connais moins, et à QRM aussi, de temps en temps on s’envoie quelques petits SMS par ci-par là.

« Il ne faut pas cracher dans la soupe »

Mais il y a bien un des deux clubs qui tient une place à part, non ?
C’est dur, parce que il ne faut pas cracher dans la soupe. J’ai une certaine éducation qui fait que je suis trop respectueux… (il coupe). Mon parcours atypique fait qu’à un moment donné, je n’ai pas pensé à moi, mais au club. C’est une question difficile parce que le FC Rouen, c’est le début de ma vie. Mon papa Joachim grimpait sur les arbres pour voir les matchs à l’époque. J’ai connu les Giguel, Orts, Haise, toute cette équipe des années 80/90, avec le coach Daniel Zorzetto, il y avait aussi Richard (Déziré) bien évidemment. Ils m’ont pris sous leur aile. Et Quevilly m’a fait confiance. Ce n’était pas simple pour eux de faire confiance à un mec comme moi qui sortait de nulle part. Ils m’ont tendu la main, je leur ai rendu. C’est pour ça, il ne faut pas cracher dans la soupe. Le FCR et QRM sont deux identités qui me sont chères, tout simplement.

On sent une certaine rancoeur, tout de même, vis à vis de QRM…
Non. Pas de la rancoeur. Je l’ai dit, je ne veux pas cracher dans la soupe. Mais quand je lis ton article sur Michel Mallet (le président de QRM, Ndlr) cet été et qu’il ne dit pas un mot sur cette génération qui a fait National 2 – National – Ligue 2 … On n’est pas loin d’avoir le record d’invincibilité en National avec QRM (18 matchs), on a eu je ne sais combien de joueurs dans l’équipe type de National en fin de saison, on a un entraîneur nommé par ses pairs, on arrive à monter en Ligue 2 avec des bouts de ficelles et des bouts de bois, avec des joueurs à temps partiels, on fait deux fois un 8e de finale de coupe de France (à Boulogne en 2015 et contre Guingamp en 2017), ce qui n’est plus arrivé depuis… Alors ok, qu’il ne se reconnaisse pas en moi parce que je ne suis pas un communicant, parce que je n’aime pas la médiatisation, parce que je suis tout le contraire d’autres personnes, c’est une chose, malgré tout, on ne doit pas dénigrer cette génération qui a amené son club vers le monde professionnel, et beaucoup plus vite qu’il ne l’aurait pensé.

Le staff de Quevilly Rouen en 2016, avec, autour de Manu Da Costa, William Louiron, Julien Savigny et Benjamin Le Borgne. Photo QRM/JMT

C’est vrai qu’à bien y réfléchir, on peut dire après coup que c’était un bel exploit…
Tu as vu aujourd’hui les gros projets en National 2 ? Il ne faut pas un an pour en sortir de ce championnat ! En N2, à la mi-maison, l’année du début du projet QRM (en 2015-2016), après une défaite à Mantes, la deuxième de la saison (et la dernière de la saison, Ndlr), Michel Mallet me dit « Manu il faut préparer la saison prochaine ». Dans ma tête, je me dis « Mais qu’est-ce qu’il me raconte ? On va y aller, on va finir champion ! », et on est champion, avec je ne sais combien de points d’avance. L’année d’après, en National, personne ne mise sur nous, et on monte en L2, alors quand je l’entends quelques années après parler de braquage de National… Si cette saison-là (2016-2017) ce n’est pas un braquage, c’est quoi alors ? Et en Ligue 2, on joue pendant trois mois à l’extérieur tous nos matchs (le stade Diochon était en travaux pour mise en conformité, Ndlr), sur une année où je passais le BEPF à Clairefontaine, et on loupe le barrage du maintien pour une victoire. C’est pour ça que je ne veux pas que l’on minimise tout ce que l’on a fait pendant ces trois ans exceptionnels, avec un staff amoindri mais exceptionnel. Regarde la carrière que mon staff de l’époque est en train de faire, Julien Savigny est à Caen, Benjamin Leborgne est à Rennes, Alex Pasquini est à Rennes aussi. Il ne faut pas dénigrer tout ce qu’il y a eu, toute cette épopée, que l’on aime ou pas les gens.

« Les gens oublient facilement »

Avec l’AS Saint-Etienne. Photo asse.fr

Si Michel Mallet n’a pas parlé de toi dans cet entretien, c’est aussi parce que l’on n’a pas évoqué le passé, mais plutôt le présent et l’avenir…
Oui, mais respectons cette génération-là. Aujourd’hui, le manque de considération et de gratitude vis-à-bis des gens qui étaient là au début, qui ont trimé… Parce que souviens-toi, au début, la « guerre » qu’il y avait avec le FC Rouen, il a fallu tenir bon, il a fallu vivre avec tout ça, combattre tout ça. À Croix, en N2, dans un match capital, le bus n’arrive pas. Finalement on y va avec les Opel Vivaro, à la va-vite. Et la fameuse causerie de Pascal Dupraz (Angers-Toulouse), je l’ai faite avant lui, à Croix. Quand tu penses au manque de considération et de gratitude par rapport à tout ce qui a été fait, ça ne me blesse pas, mais ça m’embête. Les gens oublient facilement. Cette génération ne mérite pas ça. Il n’y a jamais eu un article, une ligne, un seul mot. Nulle part. Quand il y a des derbys FCR-QRM, pas un mot sur ça.

Je sais bien que j’étais puant avec les journalistes, notamment ceux du quotidien Paris Normandie, c’est la réalité, et je sais bien qu’ils n’ont pas envie de m’interroger par rapport à ce qui s’est passé (Manu Da Costa s’en était pris à un journaliste local), qu’ils ne peuvent pas me « blairer », et je le regrette, parce que j’ai pris les balles. J’ai protégé des gens qui aujourd’hui n’ont même pas une petite pensée ou un mot pour tout ce qui a été fait. On a été dans la régularité avec QRM. Michel Mallet voulait avoir une équipe qui joue au foot. C’était un critère. Et quand je vois l’équipe de QRM depuis quelque temps… Ce ne sont plus les mêmes critères. Et la masse salariale, on en parle ? Et la structuration du club, on en parle ? C’est important que les gens, mon ancien staff et mes anciens joueurs, aient un peu de reconnaissance, pour ce qu’ils ont fait, même en Ligue 2, même si on est descendu pour 3 points.

Tu en veux à Michel Mallet ?
Pas du tout. Je l’aime beaucoup. Malgré son fonctionnement, il te laisse travailler, et bien sûr, tu dois lui rendre des comptes. C’est normal. C’est sans doute le président avec lequel j’ai aimé le plus travailler. Mais voilà, que l’on n’ait pas eu cette reconnaissance… Peut-être qu’il aime les gens plus médiatique, je ne sais pas. Je détestais ça, je fermais tout. Je n’étais pas à l’aise là-dedans. Et si je cadenasse autant mon vestiaire, c’est parce que je sais que si je laisse ça aux joueurs, ils prennent ça (il mime en même temps). À QRM, j’ai reçu des joueurs le dimanche soir à 23h chez moi pour les remettre en selle. Je l’ai fait. Pour les mecs. Pour le club. Quand il n’y a pas de reconnaissance, ça fait mal.

« J’aurais pu tomber en dépression »

Lors de la MasterClass Employabilité, avec l’UNECATF, les 8 et 9 décembre dernier. Photo UNECATEF

Pour la première fois depuis 2013, le FCR Rouen a repris sportivement le leadership : selon toi, est-ce que tu penses que cela signifiera la fin du projet QRM si Rouen monte en Ligue 2 ?
Je pense qu’à partir du moment où ils ont loupé la fusion, et cela plusieurs fois (en 2017 et en 2024), mais je pense surtout à la première fois, parce que j’étais en plein dedans, c’est devenu complexe et difficile. Aujourd’hui, à partir du moment où le FC Rouen reprend sa place, il sera difficile pour QRM d’exister à côté. Mais je ne suis pas dans les discussions politiques. Néanmoins, je ne vois pas comment QRM peut continuer à vivre à côté du FC Rouen si ce dernier va au bout cette saison.

Parlons de ta carrière de coach : où en es-tu ? t’es-tu remis sur le marché ?
Je n’étais pas en recherche très active jusqu’à aujourd’hui, parce que j’avais des choses à régler aussi de mon côté, dans ma vie privée, et le fait de ne pas être en club m ‘a permis de gérer cela, et aussi de faire des choses que l’on n’a pas forcément le temps de faire quand on est coach, comme se former à l’anglais. Je consacre plusieurs heures par jour à faire ça.

So let’s follow the conversation in English…
(Rires !) Je ne le fais pas pour rien. C’est parce que j’ai des objectifs en vue, je ne fais pas ça au hasard, même si ça me plaît de parler plusieurs langues. Et puis je suis aussi en plein dans la périodisation tactique : c’est une méthodologie différente de tout ce que l’on t’apprend dans ton cursus français. Je ne dis pas qu’elle est meilleure mais je suis toujours dans l’analyse et le perfectionnement de ce que je mets en place, de mes entraînements. J’aime avoir les tenants et les aboutissants.

Cette formation m’interpellait depuis plusieurs années et là, j’ai pu sauter le pas et la commencer, en présentielle, avec des semaines à Porto. C’est un cursus portugais avec l’université, ils sont précurseurs de cette méthodologie-là, que José Mourinho puis plein d’autres coachs portugais ont suivi. Je vais prendre ce qu’il y a à prendre, tout en gardant mon identité. Et puis, j’ai profité de cette période sans club pour prendre un peu soin de moi. Cela faisait plusieurs années que, physiquement, je sentais que cela devenait compliqué. J’ai fait un malaise à QRM, j’étais dans une machine à laver, ce n’est pas anodin.

Mais cette période actuelle, elle n’est pas voulue, parce que j’aurais préféré être en club, mais le fait de ne pas exercer, cela m’a laissé du temps pour tout ça, pour aller voir des gens aussi, discuter, parce que j’en avais besoin pour me recentrer sur moi-même, pour reprendre de l’énergie. Et puis, quand on n’est pas bien, on n’a pas envie de faire du sport, on a juste envie de rester sur son canapé. C’est pour cela que je me suis forcé à rester dynamique, parce que j’aurais pu vite tomber en dépression.

« J’ai repris de l’énergie »

Cette dépression n’est pas arrivée, mais tu l’as frôlée…
(Il marque un silence) C’est pour ça que j’avais besoin de voir des gens. Entre ce que je vivais dans ma vie privée et ce que je vivais dans ma vie professionnelle, j’avais besoin d’évacuer tout ça, j’aurais dû le faire avant, mais aujourd’hui, je suis bien, j’avance. Je marche, j’essaie de courir de temps en temps même si j’ai beaucoup de mal parce que je suis « cassé » physiquement, à cause de mes plaques, ça me tire, ça me fait mal, surtout quand il y a des changements de météo, même si j’essaie de me faire violence. J’arrive à un âge où il faut faire attention. Je suis vigilant.

Du coup, tu es à nouveau sur le marché ?
Aujourd’hui, oui, ça y est, je suis prêt. Il y a le mercato ou la saison prochaine, on verra. J’ai repris de l’énergie.

Avec Laurent Batlles à Saint-Etienne. Photo asse.fr

Number 1 ou number 2 ?
Le number 2, j’ai envie de répondre que cela ne serait possible qu’avec Laurent (Batlles). Parce qu’au delà de l’amitié que l’on a l’un pour l’autre, c’est une personne géniale. Il peut m’appeler à 3 heures du matin s’il a besoin de moi, j’y vais. On se connaissait bien avant de travailler ensemble et le temps que l’on a travaillé ensemble m’a permis de voir qu’il avait de vraies valeurs. C’est quelqu’un d’exceptionnel, qui dénote un peu dans le milieu, entre sa philosophie du foot qui m’allait bien et ses valeurs humaines, je me suis éclaté, donc évidemment, s’il refait appel à moi, dans l’éventualité où il retrouve un projet, j’irai. Cela fait un petit moment que l’on ne s’est pas parlé, j’espère juste qu’il n’y a pas des gens qui essaient de casser cette amitié-là… Pour moi, il est et il restera un vrai ami.

La piste étrangère t’intéresse ? Et le N2 ?
Pour l’étranger, oui. Pour le N2, il ne faut jamais dire jamais, regarde Mathieu Chabert, qui est à Cannes : c’est sûr qu’un club comme ça, ça fait réfléchir. Le métier est compliqué, il y a beaucoup de coachs sur le marché. J’ai envie de te dire : j’essaierai surtout de trouver un environnement dans lequel m’épanouir. Quand une personne est épanouie, elle fait du bon travail en général.

« Adjoint, ce n’est pas juste mettre des coupelles »

Avec Laurent Batlles à Clermont. Photo clermonfoot.com

Cela n’a pas été le cas dans les derniers clubs où tu es passé ?
J’ai le don de choisir des projets compliqués (rires) ! Mais je suis plus fort aujourd’hui, et mieux armé que je ne l’étais à l’époque. Le Luxembourg, c’est dommage. Avec Hesperange, on partait de très loin, on avait fait de belles choses, on aurait pu, si on avait continuer ensemble, concurrencer Differdange qui sur-dominait le championnat, on est la meilleure attaque, on a des bons contenus, comme j’ai toujours aimé, des choses se mettaient en place, mais le club n’était pas dans la sérénité. On a tous été amené à partir. À Clermont, sincèrement, je n’ai rien fait, bien sûr, j’exagère, mais je suis arrivé tard : quand Laurent (Batlles) est nommé, il m’appelle mais il fallait que je me libère du Luxembourg, cela a duré jusqu’en février.

En attendant, Laurent a fonctionné avec un staff en place, et quand j’arrive en février, et c’est d’ailleurs sa qualité, il a gardé le même fonctionnement. Moi, je me suis juste greffé au staff, dans un rôle d’observateur, de médiateur, j’essayais de mettre en place une nouvelle dynamique, de mettre de la bonne humeur, de chambrer, pour revoir des sourires, tu me connais… C’est Yann Cavezza, qui est parti avec Habib Beye à Rennes, qui mettait en place les séances, et Laurent ne voulait pas court-circuiter tout ça, c’est normal. J’avais tout de même un regard, un avis, j’étais entendu.

Sur le banc de Lyon-Duchère, en 2020, en National. Photo Philippe Le Brech

Ce rôle de numéro 2, ça te convenait ?
Numéro 2 à Clermont comme je l’ai vécu, non, mais numéro 2 comme à « Sainté », oui. À Saint-Etienne, Laurent me faisait confiance. Il me laissait exister, notamment dans les séances que je proposais, on était en phase là-dessus, tout en restant à ma place. Je pouvais ne pas être d’accord avec lui, c’est normal, mais nous avions des discussions en tête à tête. J’étais vraiment dans mon rôle d’adjoint. J’avais connu ça au début de ma carrière avec Eric Garcin au FC Rouen, en National. Mon rôle était d’un un facilitateur au quotidien. Quand il y a eu des moments de turbulences à « Sainté », et comme j’ai du caractère, un peu beaucoup même, certains voulaient que j’intervienne un peu plus. Mais je m’interdisais cela. Je ne voulais pas mettre d’interférence entre Laurent et ce qu’il véhiculait, et moi.

Lors d’un de nos premiers matchs amicaux, contre Thonon Evian GG, sur un de nos terrains d’entraînements, il y a un duel, et je crie « gagne, gagne » et là, Laurent me recadre, « Manu »… Voilà, il fallait que je m’adapte aussi à lui et à la situation. C’est normal. Le rôle d’adjoint, ce n’est pas juste mettre les coupelles. C’est faire réfléchir ton numéro 1. Avoir des débats avec lui s’il le faut, avec intelligence et discrétion. En fait, tu as tous les avantages du numéro 1, sans les inconvénients. Je ne discutais ni avec les médias, de toute façon j’étais réticent à l’idée d’aller devant la presse, ni avec les dirigeants. Moins on parle d’un adjoint, mieux c’est. Je n’avais pas besoin de ça. La seule chose qui pouvait me manquer, ce sont les causeries, et tu sais que j’aime ça ! Mais je prenais du plaisir à travailler.

« Entraîner Saint-Etienne, c’est exceptionnel ! »

Entraîner Saint-Etienne, c’est comment ?
C’est exceptionnel. Mais ça te pompe une énergie incroyable. Quand tu vas faire tes courses, les gens te disent : « Il faut gagner ce week-end, hein ! » ou alors « vous êtes nuls ! ». Ils parlent comme ça, ils sont cashs, sans filtre. Je vivais à Saint-Galmier, dans un village très calme, mais tout le monde me reconnaissait quand même, beaucoup plus qu’à Rouen, t’imagines ! À « Sainté », on n’avait pas le droit à l’erreur. Cela pouvait être magique quand tout allait bien, comme la 2e partie de notre première saison, quand on marchait sur l’eau, et la deuxième année, c’était les montagnes russes. Quand on perd 4 ou 5 matchs d’affilée, c’est l’enfer, mais il faut accepter ça, parce que c’est un gros club, populaire. Je comprends aujourd’hui les entraîneurs qui passent dans ce type de club et qui disent qu’ils ne peuvent pas y rester 10 ans, cela pompe tellement d’énergie !

Tu estimes que tu es dans le dur en ce moment dans ta carrière ?
Si tu me parles en termes de proposition de poste, oui, mais si tu me parles de la façon dont je vois les choses, la façon dont je peux entraîner, la façon de manager, non.

Avec Quevilly Rouen, en Ligue 2, en 2017. Photo 13HF

Pourquoi ça n’a pas marché à Créteil ?
Il n y avait plus l’identité portugaise. Il y a avait deux présidents, deux directeurs sportifs. Le président Lopez était en train de vendre. Il y avait un environnement qui n’était pas simple, et malgré tout, je fais la saison complète. Un jour, on fait un match le vendredi, je reviens le lundi, j’avais donné le week-end après un succès contre Boulogne, et il y avait quatre nouveaux joueurs dans le vestiaire, je n’étais pas au courant. Qui peut accepter ça ? Mais je suis resté… Est-ce que j’aurais dû partir ? Tout le monde dit oui, mon agent, mes amis, en tous les cas, je peux me regarder dans un miroir. Si je n’avais pensé qu’à moi et ma carrière, à mon CV, à ma cote, à mon image, je serais parti. J’avais démissionné, mais cela a été refusé, comme à La Duchère d’ailleurs à l’époque. Mais quand tu as des Alexis Araujo ou des Riffi Mandanda qui te demandent de rester, eh bien tu affrontes les difficultés.

Et puis cette saison-là, il y avait six descentes… Kevin Farade n’a jamais mis autant de buts qu’avec moi à Créteil, et cela lui a permis d’aller à Annecy en Ligue 2, pourtant au début, cela a été difficile, il y a donc eu des bonnes choses. Cela n’a pas fonctionné parce qu’il y avait trop d’éléments extérieurs qui ne permettaient pas de tendre vers l’excellence. Il y a eu d’autres entraîneurs, dont Stéphane Le Mignan qui est en Ligue 1 avec Metz aujourd’hui, Karim (Mokeddem), donc si c’était juste un problème de staff, cela se saurait, il y a eu Thierry Froger aussi, Richard (Déziré), Philippe Hinscherberger aussi, qui a mieux réussi, mais il n’y avait que la famille Lopez. D’ailleurs, cette famille est extraordinaire. Je suis resté aussi pour elle, parce que j’ai un profond respect pour les Lopez.

« Je me suis fait tout seul »

Avec son ami Richard Déziré, lors d’un match amical au Mans entre Le Mans et QRM, en 2017. Photo 13HF

Est-ce que le Manu Da Costa d’aujourd’hui est le même qu’il y a 10 ans ?
Je vais te raconter une anecdote. Lundi et mardi, j’étais avec Karim Mokeddem, avec l’UNECATEF (le syndicat des entraîneurs professionnels de football), qui organisait la MasterClass. Il y avait aussi Oswald Tanchot, Michaël Ciani, Philippe Hinschberger, Richard (Déziré) et d’autres… On devait se mettre en situation, un entraîneur avec un président, et Karim jouait le rôle du président. Il me pose les questions, et Karim me dit « Je te connais comme coach, t’es sanguin, t’es ceci, t’es cela, et là t’es tout le contraire, t’es serein, apaisant, une force tranquille. » J’ai souri. Parce que, évidemment, les gens me perçoivent comme quelqu’un d’impulsif, et ça me touche. Michaël Ciani, qui ne me connaît pas comme coach, dit à propos de moi « Il est calme, posé ». Voilà. Donc j’évolue. Cette image m’a fait beaucoup de mal. Elle n’est pas bonne, par rapport à tout cela, je le sais, mais je ne me suis jamais fait aider, jamais fait accompagner. J’aurais peut-être dû prendre quelqu’un, un conseiller, je ne sais pas, mais je me suis fait tout seul.

Et il y a un élément important que tu oublies, c’est que nul n’est prophète en son pays. Ce que je veux dire par là, c’est que j’étais ici, à Rouen, avec mes qualités et mes défauts, avec mon éducation, le respect de mes employeurs. Je suis toujours allé au front pour eux. J’ai toujours pris les balles pour eux, ce ne sont pas mes employeurs qui les prenaient. Je défendais ma maison, mon morceau de pain. Parfois, je défendais l’indéfendable. C’était cause perdue. Tu ne peux pas argumenter sur tout ce que les gens peuvent penser, dire ou écrire, et parfois c’étaient des choses fausses, qui me faisaient sortir de mes gongs, mais au lieu d’apporter une explication, une réponse, de manière calme et posée, je partais au quart de tour. Et ça, ça m’a fait beaucoup de mal. Je l’ai mal géré. C’est sans doute le seul regret que j’ai. Mais je suis entier, c’est comme ça, c’est mon éducation, c’est mon caractère, je ne sais pas faire semblant. Je n’étais pas un bon communicant, et c’est ce qui me porte préjudice aujourd’hui, parce que si j’avais été meilleur dans ce domaine, peut-être que mon image serait meilleure aussi.

Parfois, sur le banc, tu étais chaud…
Un jour, quand j’étais à QRM, alors que je mangeais une crêpe avec mon gamin, qui devait avoir 5 ou 6 ans, à Rouen, quartier Saint-Sever, des supporters du FC Rouen m’ont traité de tous les noms, de traitre, de… Et tout ça devant mon gamin. Donc là je suis zen, puis à un moment donné, je me lève, et c’est le patron de l’établissement qui m’a dit de laisser tomber, sinon… J’étais prêt à me battre. Devant mon fils. Tu imagines. Ce jour-là, je suis rentré chez moi en me disant que c’était fini à QRM… Joueur, j’étais comme ça déjà. Quand on m’asticotait, je trouvais l’énergie pour être dans le duel, j’avais un jeu de provocation, et plus on m’instaurait un contexte de duel, plus l’adrénaline montait chez moi. Quand j’étais jeune, j’avais cette grinta que je peux avoir en tant que coach. J’ai la haine de perdre. Je l’avais déjà quand j’étais joueur.

« Plus tu te caches, plus on t’oublie »

Beaucoup de coachs sont sur les réseaux sociaux : ce n’est pas ton cas…
C’est ma façon de me protéger. C’est capital, primordial. Dans ma famille, on m’a toujours répété le dicton suivant : « Pour vivre heureux, vivons caché ». Sauf que dans le métier que je fais, plus tu te caches, plus on t’oublie. C’est pour ça que je me demande si je ne vais pas m’y mettre plus. J’ai un compte LinkedIn, je ne publie pas, mais il va falloir que je le fasse.

Avec Laurent Batlles, à Saint-Etienne. Photo asse.fr

Au milieu et à la fin des années 2010, tu étais un coach à la mode, en vogue, qui avait la cote : n’as-tu pas cru, à ce moment, que ça y est, tu « étais arrivé », n’as-tu pas eu la tête qui a tourné ?
Pas du tout. A la fin de la saison de Ligue 2 avec QRM, je suis encore sous contrat, et Pierre Dreossi, le directeur sportif du Paris FC, appelle mon agent. Je dois aller au Paris FC. Mais je n’ai pas fait ce que d’autres ont fait par exemple avec QRM, c’est-à-dire aller au bras de fer avec mes dirigeants pour pouvoir partir, parce que c’est mon éducation, et j’ai du respect. Dieu sait que je me suis disputé avec mon agent par rapport à ça, parce qu’il voulait que je force mon départ, mais je n’ai jamais appelé Michel Mallet, mon président, pour dire « Je veux absolument aller au Paris FC ». Si je devais partir, il fallait que les parties se mettent d’accord, et là, je partais. Mais si je m’étais « vu arriver », alors je serais parti, j’aurais forcé la chose. Je suis un homme de projet, un homme dans un club, qui peut s’installer, comme à QRM, où j’avais la confiance de mes dirigeants. Si j’avais pensé à moi, j’aurais fait des choix différents, j’aurais pensé à ma carrière. Peut-être que je serais allé au Paris FC et que j’aurais eu un destin à la Fabien Mercadal à un moment donné, on ne sait pas ce qui se serait passé. Peut-être aussi que cela n’aurait pas fonctionné. Je sais d’où je viens. Je sais que mon chemin a été compliqué. Je sais tout ce que j’ai dû endurer pour atteindre le monde pro en tant qu’entraîneur. Rigueur, travail et humilité, c’est la base de mon quotidien, c’est ce qui m’anime, dès que je me lève le matin.

On sent chez toi malgré tout cette envie d’y arriver, de prouver…
Mais si tu n’as pas cette envie de prouver des choses, dans ce métier-là, alors tu n’avances pas. Oui j’ai envie de prouver, mais pas pour les yeux des gens, pour moi-même. Je n’ai pas besoin que l’on me dise que je suis le plus beau et le plus fort. D’abord, on ne me le dit pas (rires) et on ne me l’a jamais dit, même si j’ai connu des belles choses. Ce qui m’intéresse, c’est de continuer à avancer. C’est pour ça que je fais de la périodisation tactique, que j’apprends l’anglais, que je m’ouvre à beaucoup de choses, que je reste curieux. J’ai envie de continuer à être ce que je suis, avec mes qualités, sans me dénigrer, en diminuant mes défauts.

C’est quoi qui te plaît par-dessus tout dans ce métier ?
Le jeu. Le terrain. Animer les séances. C’est mon truc. C’est une branche de mon métier qui m’éclate (large sourire), préparer les séances, faire progresser individuellement, collectivement, aller chercher des joueurs méconnus qui font carrière après, j’aime ça. Être un accélérateur de carrière, ça me plaît. Au Luxembourg, quand j’arrive, c’est la débandade. Dans les matchs de préparation, on ne prend que des volées, et premier match de championnat, on gagne 4 à 0, et c’est parti ! C’est ça qui me fait vibrer.

Tu es un entraîneur plutôt comment ?
Humain, travailleur et exigeant, casse-couilles (rires) et honnête.

Et dans la vie de tous les jours, tu es comment ?
Je souhaite aujourd’hui que l’on dise que je suis une belle personne, avec des valeurs de respect et d’honnêteté, et que j’ai de l’humour, que je suis fun. Je travaille au quotidien pour ça, encore plus depuis quelques mois.

Tu es proche de Richard Déziré, tu le vois au match ce soir : je lui cours après depuis deux ans pour un entretien, il refuse pour le moment …
Je vais lui en reparler, je vais t’aider pour ça !

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
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Après 14 ans dans la Creuse, à Guéret, l’entraîneur du Stade Poitevin a posé ses valises en 2023 dans la Vienne, et permis à sa nouvelle équipe de monter, enfin, en National 2. Sa soif d’apprendre et de progresser ne le quittte pas, celle d’aller au plus profond de l’humain, quitte à se transformer en psychologue, non plus.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions)

Photo Philippe Le Brech

Luc Davaillon (46 ans) n’est pas le coach le plus connu du National 2, un championnat qui a vu son niveau s’élever avec la refonte de l’an passé et la suppression d’une poule, en plus des douze descentes de National en deux saisons (2022/23 et 2023/24). Un championnat qui a aussi vu son attractivité décupler, tant auprès des joueurs que des techniciens, on le voit avec la présence de plus en plus marquante de coachs habitués aux joutes du niveau supérieur, comme Mathieu Chabert (Cannes), Bruno Irlès (Bordeaux), Alain Pochat (Bayonne), Frédéric Reculeau (La Roche-sur-Yon), Romain Revelli (Bourges), Stéphane Masala (Chambly) ou Roland Vieira (Andrézieux).

Forcément, avec des techniciens d’expérience comme eux et un marché rendu plus compliqué, notamment avec l’émergence de « jeunes » coachs, difficile de se faire une place. A moins de terminer champion de son groupe à l’étage en dessous, comme c’est le cas la plupart du temps. C’est ce qui s’est produit pour Luc Davaillon, champion de National 3 pour sa première saison au Stade Poitevin FC en 2023/2024, sa deuxième à ce niveau après sa saison à Guéret, un club où il a passé 14 ans et qu’il a fait grimper à ce même échelon.

Une progression sans précipitation

Photo Philippe Le Brech

Luc Davaillon n’est pas le plus connu des coachs, mais aspire à le devenir. Pas pour flatter son ego. Mais pour se prouver à lui-même qu’il peut aussi être celui qui vient d’en bas et qui peut réussir, comme d’autres avant lui. Jusqu’où ? Nul ne le sait. Pour l’heure, son diplôme, le DEF, ne lui permet pas de viser mieux que le N2, à moins d’accéder en Ligue 3 avec son club.

La Ligue 3, le Stade Poitevin n’en parle pas du tout. Du moins pas en ce moment. Le club de la Préfecture de la Vienne veut d’abord s’installer et avancer pas à pas, sans précipitation. Le fossé est devenu tellement structurel avec les clubs du dessus, dont la plupart vient de Ligue 2 ou de Ligue 1, qu’il est inutile de brûler les étapes. Luc Davaillon ne sait d’ailleurs pas trop ce que brûler les étapes signifie, même si sa carrière a pris un coup d’accélérateur depuis six ans et les accessions de Guéret de Régional 2 à National 3 en (2020 et 2022). Puis celle de Poitiers, donc, de N3 en N2 en 2024.

Au lendemain d’une douloureuse élimination aux tirs au but à Chauvigny au 8e tour de la coupe de France, et juste avant de recevoir (et de s’imposer 1-0 à la 90e !) face à Granville, le natif de Châtillon-sur-Indre, une petite commune située dans un triangle entre Châtellerault, Tours et Châteauroux, a raconté son parcours, évoqué son arrivée à Poitiers, dévoilé quelques-uns de ses axes de travail, son approche et sa vision.

Interview :

« J’ai toujours voulu être entraîneur-compétiteur »

Photo Philippe Le Brech

Luc, avez-vous digéré l’élimination en coupe de France, qui aurait permis de faire parler de Poitiers en 32e de finale ?
C’est une grosse déception. Une qualification aurait permis de faire rentrer un peu d’argent dans les caisses, il faut être lucide par rapport à ça. L’élimination a aussi coupé la dynamique de l’équipe, sans compter qu’un 32e aurait été très intéressant pour nous. Mais on a mal commencé ce match. On a trop laissé Chauvigny s’exprimer. On est malgré tout revenu deux fois au score et on a même pris l’avantage. Cela a été compliqué, on s’est accroché, et puis il y a eu la séance de tirs au but, et ça a tourné de leur côté : notre gardien (Théo Louis) a eu l’opportunité de nous qualifier après avoir stoppé le tir du gardien adverse, mais il a frappé sur la barre.

Aucune rancoeur vis à vis d’Alexandre Durimel, qui a manqué son tir à la fin ?
Aucune, non ! Il avait d’abord marqué dans la première séance des tirs, et puis il a raté sa tentative dans la deuxième. Bon, voilà, c’est comme ça. Quand on est monté de N3 en N2 il y a un an et demi, c’est lui qui avait marqué le penalty de la victoire à la 94e à Montlouis, chez le leader, à l’avant-dernière journée, ce qui nous avait permis de passer en tête. D’ailleurs, après l’élimination à Chauvigny, un de ses partenaires n’a pas manqué de rappeler ça, parce que ce soir-là, à Montlouis, tout le monde ne se bousculait pas pour aller tirer ce penalty à la dernière minute (rires) ! Non, vraiment, il n’y a aucune rancoeur à avoir. On est juste déçu parce qu’on n’a pas abordé le match de la meilleure des façons.

Photo Philippe Le Brech

Il paraît que vous avez fracassé une glacière à la mi-temps du match ? Il vous arrive souvent de vous mettre en colère ?
Je vois que vous êtes bien informé ! Ce n’était pas une glacière, mais une malle pour transporter les équipements ! D’ailleurs, il faut que j’aille en acheter une. J’ai demandé à Nadège, la secrétaire, où elle l’avait achetée. Elle ma dit que c’était la première fois que je me mettais dans un tel état ! On en a rigolé. Ce genre de colère, pour que cela soit utile, il faut que cela soit rare. Quelqu’un qui crie tout le temps, on ne l’entend plus. En général, je suis assez calme.

J’essaie de ne pas réagir à chaud, je parle rarement après les matchs, c’est pareil dans la victoire, où on peut vite s’emballer alors que l’on a juste gagné un match. Je préfère laisser les choses retomber et parler avec la raison plutôt qu’avec l’émotion. La vérité, c’est que j’étais très-très déçu, très-très en colère ce soir-là. Mais après le match, mon rôle était de féliciter Chauvigny et de ne pas « détruire » mes joueurs, cela n’aurait pas été intelligent.

« Je voyais l’importance de me former »

Avec l’ES Guéret. Photo Philippe LE BRECH

Parlons de vos débuts dans le foot : quand et où avez-vous commencé ?
J’ai toujours baigné dans le football. Dans ma famille, on est très impliqué dans le monde associatif. J’ai commencé à 5 ans. La commune de Châtillon-sur-Indre, où je suis né, touche presque l’Indre-et-Loire, ce qui fait que l’on était très orienté vers ce département. J’ai joué à Loches (Indre-et-Loir), où j’ai effectué mes débuts en seniors à l’âge de 16 ans et demi en Promotion d’Honneur. Je jouais avant-centre, puis 9 et demi, 10. J’ai passé deux années au lycée à Châteauroux, durant lesquelles je m’entraînais avec La Berrichonne, et le week-end, je jouais en championnat avec Loches. Je suis parti à 22 ans à Joué-lès-Tours, en CFA2, pendant deux ans et demi puis j’ai signé à Amboise, en DH, où j’ai joué pendant deux ans et demi.

En parallèle, vous avez-suivi un cursus universitaire ?
Après mon BAC ES (économie et social), j’ai fait une fac de sociologie mais ce n’était pas pour moi. En fait, je savais déjà que je voulais faire de ma passion, le football, mon métier. J’ai passé mon Brevet d’État à 21 ans et mes diplômes d’initiateur 1 et 2. Après la fac, je suis devenu responsable d’une école de foot à Chambon-sur-Indre, à côté de Loches; ça m’a confirmé que je voulais faire ça. J’ai fait un retour à la fac de sport à Orléans un peu plus tard, où j’ai passé un DEUG, et après, vers 27 ou 28 ans, je suis retourné dans la vie active. J’avais déjà bénéficié des emplois jeunes, et il fallait que je trouve un club qui puisse me financer ma formation pour le DEF à Clairefontaine. J’ai trouvé un poste dans un petit club de Première division de district, dans la Creuse, à Dun-le-Panestel, à l’Entente Sportive Dun-Naillat. J’ai privilégié cette voie-là. J’ai pu développer le club, me lancer, tout en continuant de jouer. Avoir les rênes d’un club sur le plan technique, quel que soit le niveau, c’était une bonne expérience. Je voyais l’importance de me former. Donc c’est dans ce village de 1000 habitants que j’ai pu passer mon DEF, on est même monté en Régional !

Photo Philippe Le Brech

Ensuite, vous partez à Guéret…
Au bout de 3 ans à Dun-Naillat, sincèrement, je pense que j’avais fait le tour. Le club ne pouvait pas aller plus haut. Je voulais retrouver des joutes au moins de niveau régional. J’ai rencontré quelqu’un à Guéret, du coup, j’ai privilégié la vie privée et c’est comme ça que je me suis retrouvé au club de l’US Guéret où j ai pris l’équipe des U19. Cela m’a permis de finir la partie théorique du DEF (il avait la partie technique, Ndlr). Guéret, c’était une opportunité; à l’époque, les seniors évoluaient en DHR mais le club avait déjà joué en DH. Les deux premières années, pour compléter mon cursus de formation, je m’occupais d’une classe foot en 6e et en 5e. La classe sportive existait déjà pour les 4e et les 3e, alors j’en ai créé et développé une au lycée, et c’est là que j’ai obtenu un emploi. Avec les 19 ans PH, on est monté en DH, on a même gagné le championnat de jeunes en DH. Cela m a conforté dans mon travail.

Pendant 4 ans, j’étais au quotidien avec les jeunes du collège et du lycée. Ensuite, il y a eu un changement de présidence. C’est là que je suis passé entraîneur des seniors, en DH, alors que je jouais encore et qu’on venait de monter quelques années plus tôt. En fait, j’ai arrêté de jouer à 34 ans. Lors de mes premières saisons, on est descendu, on est monté, on est redescendu puis on est remonté, mais ce qui était intéressant, c’est que les jeunes que j’avais formés en scolaire commençaient à arriver en seniors, donc ça a valorisé mon travail.

Et c’est avec quelques-uns de ces jeunes que l’on est monté en National 3 en 2022 (le club n’avait plus évolué à ce niveau depuis la saison 1996-1997). Mais on n’avait pas trop de moyen pour rivaliser avec les autres équipes de N3, et on n’a pas existé. Lors de cette saison, paradoxalement, alors que j’entraînais pour la première fois à ce niveau, il a fallu que je trouve un travail à côté parce que les emplois associatifs avaient cessé. J’ai travaillé à l’association « Remise en jeu » de Robert Salaun : c’est une structure qui remet en selle scolairement des jeunes par le biais du sport. Au total, je suis resté 14 ans à l’ES Guéret, dont 10 à la tête de l’équipe 1 seniors. Dans ma vie privée, il y a eu une séparation, donc j’étais libre de partir.

Comment expliquer qu’une ville chef-lieu comme Guéret, même si le rugby y est roi, ne puisse pas s’installer en N3 au foot ?
Certes c’est une préfecture, mais il n’y a que 100 000 habitants dans le département, qui est le moins peuplé de France. On n’a jamais eu quelqu’un qui puisse mettre des moyens suffisants pour développer encore plus le club. Je vous le disais, on est monté en N3 avec des jeunes, et d’autres formés à Tours ou Limoges ou dans les environs, et dans l’équipe, il n’y avait que deux jeunes qui n’avaient jamais signé de licence jeunes à Guéret, ça donne une idée de la formation au club. Avoir des jeunes de la 6e à la terminale nous permettait d’avoir une structure efficace; c’est ça nous a permis de monter en N3. Quant au rugby, on a réussi à les concurrencer : on est allé jusqu’à 2000 personnes au stade pour l’accession !

« J’ai gagné sept championnats »

Le Stade Poitevin FC, version 2025-26. Photo Philippe Le Brech

La récompense de vos années à Guéret, c’est votre arrivée à Poitiers…
En 2024, Philippe Nabé, le président du Stade Poitevin, m’a appelé. Et j’ai signé 2 ans. Le projet « Poitiers » me rapprochait aussi de ma famille. C’est valorisant d’être contacté grâce à ses résultats d’entraîneur. Depuis que j’ai le DEF, j’ai gagné sept championnats. J’ai toujours eu une grande confiance en moi quand au fait de gagner des championnats. Et puis Poitiers, ça ma toujours un peu suivi. Quand on est monté en « National » avec les U19 de Guéret, il fallait gagner à Poitiers et on a gagné ! Quand j’étais à Joué-lès-Tours, on bataillait pour monter en CFA avec Poitiers déjà : on avait fini derrière eux mais on avait gagné à la Pépinière (l’ancien nom du stade Michel-Amand) ! Je n’avais que des bons ressentis.

Pourtant, dans les médias, il s’écrivait des choses sur le Stade Poitevin : on disait que le club n’allait pas bien financièrement, qu’il y avait un trou : ça ne vous a pas freiné ?
Il y avait des rumeurs, oui, mais c’était le moment pour moi de partir de la Creuse et de me lancer un nouveau challenge professionnel, quand bien même la presse évoquait des soucis financier au club. Il s’est raconté et écrit beaucoup de choses sur le club, mais je voulais montrer que j’étais capable de monter, quelle que soit la division, parce que je pensais que j’en étais capable. Mais je ne me suis pas trop attardé là-dessus. Le président m’avait assuré que j’aurais un effectif pour faire un bon championnat de N3, même si on sentait bien que le club était sur un projet plus modeste que les saisons précédentes, avec trois joueurs recrutés au CA Neuville, un club qui descendait de N3 en R1, un autre de Portes Entre Deux Mers, qui descendait aussi de N3 en R1, et moi, qui descendais aussi de N3 en R1 avec Guéret. Parce que juste avant mon arrivée en 2023, le club jouait la montée et s’est retrouvé à jouer la maintien. C’est pour ça que le président ne m’a pas mis de pression. Mais dans l’équipe, il restait quand même de l’expérience avec Alexandre Durimel, Cédric Jean-Etienne, Makan Makalou, des joueurs qui avaient connu le National et le N2, ça faisait une base solide. Mon objectif, c’était qu’en février et mars, on soit à portée de fusil de la première place.

Travail psychologique et force collective

Le stade Michel-Amand de Poitiers situé à Buxerolles. Photo Philippe Le Brech

Il y a eu un travail psychologique à faire également…
Quand j’avais affronté Poitiers avec Guéret en N3, j’avais identifié des choses importantes sur le plan psychologique : on était venu jouer chez eux en début de saison, on avait fait match nul 0-0 et j’avais senti une tension chez eux quant au fait de déjà perdre des points. En arrivant à Poitiers, j’ai voulu retirer tout de suite cette tension, que j’ai également ressentie quand on perdu 1-0 à Bourges-Moulon, parce que pour jouer une montée, il faut être capable d’encaisser les coups, d’être patient. On a travaillé sur cet aspect-là, en dédramatisant les choses, en restant focus sur l’objectif de faire la meilleure saison possible en se disant que si on avait une opportunité de monter en fin de saison, il faudrait la saisir. Et comme on avait les joueurs et les capacités pour le faire, on y est parvenu. On n’avait pas ciblé Montlouis mais plutôt Tours et Vierzon qui à mon sens avaient les meilleurs effectifs de la poule, notamment Tours.

Et puis il y a eu cette avant-dernière journée à Montlouis, entre le leader et son dauphin…
Cet avant-dernier match chez eux est devenu le match de la montée. Il fallait arriver là-bas à 3 points si on voulait avoir une chance, et finalement, on y est allé avec 2 points de retard. Notre travail psychologique et notre force collective et mentale devaient nous servir pour ce match-là, et c’est ce qui s’est passé. On était sur 9 victoires d’affilée avant Montlouis, où c’était un vrai match de coupe, et puis Alexandre Durimel marque le penalty à la 94e…

« Réussir à dédramatiser le résultat »

Photo Philippe Le Brech

Concrètement, ce travail psychologique, comment l’avez-vous opéré ?
C’est un travail au quotidien avant l’entrainement, après, pendant… Il faut réussir à dédramatiser le résultat. Ce qui est important, c’est la performance. Et pour moi, le résultat ne sera que la conséquence de la performance.

Parfois, on peut faire 1-1 après avoir mené et livré un bon match comme c’est arrivé l’an passé à Châteauneuf-sur-Loire, en encaissant un but à la 87e. Il faut l’accepter, alors que nous, dans le vestiaire, on a commencé à s’engueuler. Mon travail a été dédramatiser parce que, jusqu’à la 87e, la performance était bonne. Ce n’était pas rendre service de s’en prendre à untel ou untel ou à un joueur fautif que l’on risquait de « perdre » mentalement pour les matchs d’après, tout ça parce qu’on avait pris un but. On avait même discuté de tout ça avec les joueurs sur le parking, tard le soir, au retour du match, le dimanche. En fait, il n’y a pas eu d’intervention spécifique. C’est juste un travail au quotidien sur l’environnement de l’équipe et le climat que l’on peut y mettre autour, quand on prépare et joue un championnat.

« Je n’ai jamais eu de plan de carrière »

Passer un jour le BEPF, c’est quelque chose qui vous intéresse ?
Je n’ai pas été pro, même si j’estime être un professionnel du foot, et je n’ai pas non plus entraîné plus de 5 ans au niveau national, donc pour l’heure je ne peux pas le passer mais c’est quelque chose qui m’intéresse, qui m’attire. On verra si la vie professionnelle et privée me le permettent. Je n’ai jamais cherché à me vendre et je n’ai jamais eu de plan de carrière.

Avec l’ES Guéret. Photo Philippe Le Brech

Du coup, vous continuez votre formation en quelque sorte : comment faites-vous pour toujours vous améliorer ?
J’estime que je suis en formation continue. Et puis je curieux, je m’intéresse à ce qui se passe dans les autres sports, la façon dont les athlètes sont préparés, la manière dont les coachs interagissent avec eux. Cela me permet d’enrichir mes compétences. Mon ex-compagne jouait au basket, du coup je me suis intéressé à ce sport. J’aime aussi le fonctionnement de Claude Onesta au hand.

En fait, j’aime pas mal de sports, le volley, le basket aussi, je suis souvent allé voir des matchs à Limoges, mais avec nos compétitions et nos entraînements, ce n’est pas évident d’y aller. J’aime le rugby aussi tant pour l’aspect stratégique que psychologique. Je pense que l’on a besoin de toutes les cultures sportives pour s’enrichir et s’améliorer. J’ai eu la chance d’être formé en Ligue du Centre avec des personnes très compétentes. Quand j’ai passé mon Initiateur 1er et 2e degré, mon CTD (conseiller technique départemental) en Indre-et-Loire était Patrick Pion, qui est aujourd’hui DTN adjoint (directeur technique national). J’ai toujours été intéressé par l’approche psychologique du sportif : il y a des lectures pour ça et j’ai fait mon mémoire là-dessus, lors de la remise à niveau de mon DES. C’est quelque chose dont on parle peu alors qu’elle est à mon sens une part très importante de la performance du joueur, or on parle plus de l’approche athlétique, des GPS, des datas…

« Le système que je préfère ? Le 4-3-3 »

Photo Stade Poitevin FC.

Vous sentez-vous plus une âme de formateur ou d’entraîneur ?
Je suis les deux ! Mais je suis surtout compétiteur. Le match le week-end, c’est ce qui m’intéresse. J’ai entraîné les jeunes de toutes les catégories, de 10 ans jusqu’en seniors, certains sont arrivés à l’âge de 25 ans à accéder en National 3, on a participé à des championnats de France avec le sports-études que j’ai créé à Guéret, et qui a permis de constituer notre équipe de N3 : ça, c’est mon âme de formateur. A un moment donné, j’étais formateur la semaine et compétiteur le week-end parce que je jouais avec Guéret en championnat pour gagner des matches. Dès que j’ai obtenu mon DEF, j’ai voulu prendre des seniors, quel que soit le niveau, parce que je voulais être confronté à des hommes et les gérer. En fait, j’ai toujours voulu être entraîneur-compétiteur.

Avez-vous un style de jeu préférentiel ?
J’ai utilisé plusieurs systèmes depuis le début de ma carrière mais celui que je préfère, c’est le 4-3-3 avec une pointe basse, sauf que parfois on n’a pas les joueurs pour le faire, ou alors on en a d’autres et ça nous pousse à explorer autre chose. Le 4-3-3 est une porte d’entrée vers les 30 derniers mètres et la largeur, cela permet de mettre le ballon dans la zone de finition et d’avoir des joueurs qui arrivent de derrière. C’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup.

« Il fallait valider le travail effectué à Guéret »

Photo Stade Poitevin FC

Est-ce que le fait de ne pas avoir été un joueur pro vous oblige à en faire encore plus, à prouver encore plus ?
La montée avec Poitiers en N2 l’an passé m’a facilité les choses. Pour avoir du crédit, c’était important d’avoir des résultats sportifs tout de suite, même si, encore une fois, le président ne m’avait pas mis de pression. Mais après Guéret, il fallait que je valide tout le travail effectué là-bas dans une autre structure, dans un club différent, beaucoup plus pro, avec des joueurs au quotidien sous son aile, avec un staff conséquent.

C’est quoi, l’objectif du Stade Poitevin, à long terme ?
C’est de faire monter Poitiers un jour au niveau professionnel. Je travaille au quotidien pour ça. On est en train de structurer les choses pour retrouver le monde pro (le Stade Poitevin a évolué en D2 une saison en 1995/1996 et aussi quatre saisons entre 1970 et 1974, Ndlr). L’an passé, pour le retour en N2, il fallait se maintenir sportivement. Cette année, intégrer la première partie de tableau peut être la seconde étape après le maintien (à la trêve, malgré un revers le week-end dernier à La Roche-sur-Yon 4-0, l’équipe de N2 est classée 7e sur 16 après 13 journées de championnat).

Avec 10 buts marqués en 13 matchs, l’attaque de Poitiers peine : seul Granville fait moins bien (9 buts). Comment l’expliquez-vous ?
Tout d’abord, fin septembre et début octobre, on a subi deux défaites marquantes qui ont fait mal, à Avranches 4-0 et contre Bordeaux chez nous (0-3). Prendre 4-0, ça arrive, Avranches a été très bon ce jour-là, et nous plus que moyens. Donc encaisser 7 buts en 2 matchs, c’est difficile à digérer à la fois pour les joueurs et pour moi. J’ai voulu enrayer cette dynamique négative en me focalisant sur l’animation défensive et en instaurant un bloc plus compact, ce qu’on a réussi à faire, car après ces deux défaites, on n’a encaissé que 2 buts (à Saint-Malo), lors des 5 matchs qui ont suivi (entretien réalisé avant la dernière défaite 4-0 à La Roche-sur-Yon le 12 décembre). Ensuite, devant, on a eu des pépins : après la blessure de Makan Makalou, qui a eu une rupture du tendon rotulien l’an passé puis, à son retour, une rupture du tendon d’Achille, on fondait beaucoup d’espoirs sur l’arrivée d’Olivier Boissy en provenance de Bourges, mais il a un problème de santé qui va l’éloigner des terrains pendant un moment. Ansley Panelle répondait aussi à nos attentes mais il vient de se faire une déchirure en coupe après avoir eu des problèmes articulaires. Donc voilà… Tout ça fait que cela a été difficile de marquer des buts.

« Ce qui m’intéresse, c’est l’homme avant le joueur »

Photo Stade Poitevin FC

Quel type d’entraîneur êtes-vous ?
Je pense être proche des joueurs. J’aime beaucoup aller dans le vestiaire avant l’entraînement, après, pour échanger, pas que sur le foot, parce que j’aime bien connaître leur personnalité. Le parcours de joueur, c’est une chose, mais c’est réducteur : ce qui m’intéresse, c’est de connaître l’homme, son histoire de vie.

C’est comment, Poitiers, comme ville ?
C’est une ville agréable à vivre, assez « foot ». Le stade est au milieu d’un quartier. On est une porte de sortie vers le milieu rural, et on en a une autre vers Paris. C’est dynamique. Poitiers coche plein de points positifs. C’est une ville universitaire aussi. Je connais bien Tours, où j’ai passé ma jeunesse : on peut faire un parallèle : Poitiers ressemble au Tours d’il y a 25 ans, avant que cela ne se développe, et prend la même direction.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
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Arrivé sur le banc provençal au printemps dernier, le Lusitanien vit sa première expérience d’entraîneur principal après avoir occupé des postes d’analyste vidéo à ses débuts, à Braga et au Sporting Portugal, puis d’adjoint. Sa connaissance du football français, qu’il arpente depuis 10 ans (Red Star, Bastia, Troyes, Caen, Niort), son professionnalisme, sa rigueur et son exigence sont des atouts qui doivent permettre, à son club et à lui, de franchir un palier.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions)

Article réalisé avant le match nul entre Aubagne et le FC Rouen (1-1)

Photo Philippe Le Brech

C’est l’un des nouveaux « jeunes » visages de ce championnat souvent fréquenté, d’une saison à l’autre, par les mêmes techniciens expérimentés, au point que certains ont été étiquetés « entraîneur de National ».
Mais depuis quelque temps, une nouvelle génération a éclos, pour qui le National est devenu un laboratoire, un tremplin pour aller plus haut, en Ligue 2 ou en Ligue 1.

En faisant appel à Gabriel Santos en mars dernier pour remplacer Maxence Flachez, Aubagne FC, devenu depuis le SC Aubagne Air Bel, a pris un risque. Mais pas un gros risque. Le natif d’Albufeira, tout au sud du Portugal – « C’est une magnifique station balnéaire, touristique, blindée de monde, qui passe de 20 000 habitants l’hiver à 600 000 en été ! » -, côtoie des staffs techniques depuis près 15 ans et entraîne depuis 10 ans, du moins, co-entraîne, puisqu’il a déjà suivi Rui Almeida un peu partout sur le banc dans le rôle d’adjoint. Au Red Star (2015-2017, L2), à Bastia (2017, L1), à Troyes (2018-19, L2), à Caen (2019, L2) et à Niort (2022-23, L2). Une décennie de football dans l’Hexagone, entrecoupée d’une période à Gil Vicente (Barcelos), en Division 1 portugaise, d’août à décembre 2020, à 25km de Braga. C’est dire si le Lusitanien, fan de Luis Figo, connaît le football français, même s’il n’avait jamais été numéro 1 avant le printemps dernier. Et même s’il n’avait jamais « fréquenté » le National.

Des pépites à polir

Photo Philippe Le Brech

Neuf mois après son arrivée dans la commune de Marcel Pagnol, voisine d’une vingtaine de kilomètres de Marseille, le pari est en passe d’être une belle réussite. Parce que, pour un club de ce standing, sans référence en National, aux moyens financiers très limités – le SC Aubagne Air Bel annonce un budget de 1,5 million d’euros, le plus petit derrière le Stade Briochin (1,8) alors que la moyenne du championnat est de 5 millions -, terminer la saison 2024/2025, la première de son histoire à cet échelon, à la 6e place, à 2 points du 4e, et pointer début décembre du nouvel exercice à la 5e, relève de l’exploit ! Surtout quand on se souvient que, lors de la journée inaugurale à Caen, les Provençaux avaient encaissé un 3-0, dans la foulée d’une préparation estivale durant laquelle ils n’avaient pas non plus gagné un seul match.

Le National a aussi ceci de passionnant qu’il révèle non seulement des techniciens, on l’a vu ces dernières saisons (Poirier, Videira, Le Mignan, Beye, Usai, Ridira, etc.), mais aussi des joueurs. Et là, avec Aubagne, on est en servi. L’an passé, c’était Benhattab (Nantes) ou Nsimba (D1 Roumanie). Cette saison, c’est Hamek, Chaban, Chibani, Bentoumi, Mayilla et d’autres qui crèvent l’écran sur la chaîne Youtube du championnat, le vendredi soir, ou au stade de Lattre de Tassigny d’Aubagne, pour ceux qui ont la chance d’y aller. Et pour façonner et polir ces pépites, Gabriel Santos est là.

Une étape avant d’aller plus haut ?

Photo SC Aubagne Air Bel

Alors, pari gagnant pour le club provençal ? Il est un poil tôt pour l’affirmer même si le sentiment de bonne pioche se confirme au gré des semaines, des prestations et des résultats. Pourtant, qui dit que, dans l’histoire, ce n’est pas Gabriel Santos lui-même qui n’a pas fait le plus gros pari ? Un pari loin de sa famille, encore une fois. Un pari en solitaire, lui qui est papa d’un petit Artur (3 ans) qu’il a laissé à Lisbonne avec sa maman. Une famille qu’il voit, en moyenne, une fois tous les quinze jours. Pas simple. Mais c’est le choix d’une vie. Le choix d’une carrière dont Aubagne, même s’il ne le dit pas, doit être une étape pour aller plus haut. Et ça, cela passe par des résultats, il le sait, par un style de jeu, par de l’intensité pendant les matchs et à l’entraînement, le credo dont il ne démord jamais, et beaucoup de travail, une valeur forte chez lui.

Lundi dernier, dans une semaine un peu plus calme, sans coupe de France, mais avec un match amical remporté à Cannes, l’entraîneur provençal a pris sur son temps pour parler un peu de lui, de son parcours, de son club, de ses joueurs, de son style, de sa vie. Il arborait souvent un large sourire, parfois naturel – son équipe venait de s’imposer 4 à 2 à Orléans, et il a laissé un jour de repos supplémentaire à son équipe ! – parfois crispé, notamment quand il s’est agi de parler de l’éloignement de sa famille, laissant poindre chez lui sensibilité et pudeur.

Face au FC Rouen, ce vendredi, au stade de Lattre de Tassigny, le SC Aubagne Air Bel va tenter de confirmer sa bonne première partie de saison, même si c’est plus compliqué à domicile (Aubagne reste sur 4 nuls et 1 défaite chez lui), et même si ce sera face au leader : « Pour moi, le FC Rouen est la meilleure équipe du championnat sur ce que j’ai vu » prévient Gabriel Santos, avant d’ajouter : « mais la différence entre Rouen et le Stade Briochin est infime. »

Interview : « Je veux de l’intensité et de la technique »

« J’étais un joueur moyen »

Photo Philippe Le Brech

« J’ai fait toute ma formation comme joueur jusqu’à mes 21 ou 22 ans. Je jouais latéral gauche. Mais la vérité, c’est je ne pensais pas devenir joueur professionnel, parce que je savais que c’était insuffisant pour y arriver. J’étais un joueur moyen. J’ai joué jusqu’en D3. Très tôt, j’ai pris un chemin universitaire, parce que je savais qu’il fallait que je passe par là pour devenir entraîneur de football, pour passer mes diplômes. J’ai fait 4 ans d’université à Lisbonne et j’ai fini avec l’équivalent en France d’un Master (il est diplômé d’un Master en sciences sportives). En fait, j’ai pris conscience très tôt que, joueur, ce serait difficile d’aller au plus haut niveau, c’est pour ça que, rapidement, j’ai pris un autre chemin, mais toujours dans le foot, ma passion. Aujourd’hui, je vois beaucoup de joueurs qui n’ont pas pris conscience de ça, qui ont 27 ou 28 ans, qui ne sont donc plus si jeunes que ça, mais qui nourrissent toujours le rêve de devenir pro. Or ils n’y arrivent pas, et ils n’ont pas de diplôme… C’est une erreur selon moi. C’est ma façon de voir les choses. J’essaie de les alerter là-dessus. »

« J’ai su très tôt que je voulais être entraîneur »

Photo Kevin Mesa

« J’ai su à 21 ans que je voulais être entraîneur. Quand je suis entré à l’université, la première chose que j’ai fait, c’est chercher une équipe à entraîner, une équipe de jeunes bien sûr. J’ai commencé comme ça. J’ai entraîné les jeunes, près de Lisbonne, la « Estrela Amadora », à Amadora, c’était l’équipe C, et en même temps que je faisais mes études, j’ai passé les diplômes de la Fédération portugaise, c’est obligatoire pour devenir coach, parce que le diplôme universitaire n’est pas suffisant. A la fin de mon université, j’avais déjà deux des quatre diplômes requis : le C et le B, sachant qu’il y a aussi le A et le Pro. En fait, en France, c’est un peu la même chose, c’est juste le nom du diplôme qui change, UEFA Pro, UEFA A, UEFA B, UEFA C, c’est comme ça en Europe. Aujourd’hui, je suis titulaire du diplôme UEFA Pro, qui me permet d’entraîneur au plus haut niveau. »

Ses débuts dans le foot pro

Photo Philippe Le Brech

« Après l’université, à 27 ans, j’ai eu l’opportunité d’intégrer un staff pro à Braga en 2011 avec Leonado Jardim, qui effectuait ses débuts d’entraîneur en première division au Portugal. J’étais analyste vidéo. C’était intéressant, cela m’a beaucoup apporté. Je regardais beaucoup de matchs, j’ai appris beaucoup de choses, j’ai analysé beaucoup de situations de jeu. En fait, on apprend beaucoup en visionnant les matchs, comme la compréhension du jeu. Cela a été le moyen pour moi d’intégrer le monde professionnel. J’ai passé 3 saisons à Braga comme ça, j’ai côtoyé trois coachs portugais, assez connus, Jardim donc, puis José Peseiro (2012/13) et Jesualdo Ferreira (2013/14), un ancien coach du FC Porto qui avait été champion du Portugal trois fois (en 2007, 2008 et 2009). Avec Braga, c’était vraiment intéressant, on a fait la Ligue des Champions, on a gagné la coupe de la Ligue (en 2013), cela faisait 20 ans que le club n’avait rien gagné ! »

Du poste d’analyste vidéo à celui d’adjoint

« Après Braga, j’ai continué mon chemin au Sporting Portugal (en 2014/15, à Lisbonne), dans le même rôle, avec Marco Silva, le coach actuel de Fulham. Mais au fond de moi, je savais que je ne voulais pas continuer trop longtemps à faire analyste vidéo. Mon but, c’était vraiment d’être entraîneur. Mais ces deux expériences à Braga et au Sporting m’ont ouvert les porte du foot pro. Un peu comme Will Still, l’entraîneur qui était à Reims et à Lens et qui est maintenant en Angleterre (à Southampton). Je ne me compare pas à lui mais j’ai commencé un peu de la même façon que lui. J’ai lu des articles et il disait la même chose que moi : être analyste vidéo (Still a été analyste vidéo à Saint-Tronc et au Standard de Liège) lui a permis d’avoir beaucoup de connaissances sur le jeu. »

Son arrivée en France, en 2015

« Même si, en tant qu’analyste vidéo, j’étais sur le terrain et je participais aux exercices, au fond de moi, ce n’est plus ça que je voulais. En 2015, j’ai eu l’opportunité de devenir adjoint de Rui Almeida au Red Star, en Ligue 2. J’ai connu Rui à Braga, il était l’adjoint de Jesualdo Ferreira, et il voulait commencer lui aussi sa carrière de coach principal. On s’était toujours bien entendu et il m’a demandé si le poste m’intéressait. J’ai dit oui, et voilà ! Je me souviens que l’on a joué à Beauvais la première saison nos matchs à domicile et au stade Jean-Bouin à Paris la deuxième année ! »

« J’ai mis deux mois pour parler le Français »

Photo SC Aubagne Air Bel

« Quand je suis arrivé au Red Star, je ne parlais pas du tout le Français ! Zéro ! Aujourd’hui, je pense que je me débrouille bien (Ndlr : disons-le, il parle très bien !). Mais à l’époque, il m’a fallu deux mois pour commencer à parler… Et pendant ces deux premiers mois au Red Star, cela a vraiment été dur car je n’arrivais pas à communiquer avec les joueurs comme je le voulais, et en plus, ils ne parlaient pas anglais. Mais le fait de ne pas parler le Français, cela m’a permis d’être encore plus exigeant avec moi-même : tous les jours, j’arrivais chez moi le soir et je regardais des vidéos, je lisais des livres que j’avais achetés, tout ça pour progresser encore plus dans la langue et surtout encore plus vite ! Et quand est arrivé le début du championnat, en août, je commençais déjà à parler et au bout de la 4e ou 5e journée, je parlais vraiment bien ! J’ai fait de gros efforts pour y arriver. »

L’adaptation en France

Photo SC Aubagne Air Bel

« La seule chose qui a été difficile, hormis la langue bien sûr, ce sont les différences de culture de vie par rapport à mon pays… Mais je dois dire que, en vérité, je suis quelqu’un de super-adaptable ! Franchement, j’ai les capacités de m’adapter partout. Je pense que c’est un point fort chez moi. Je suis arrivé en France, je ne parlais pas la langue, OK, mais finalement, je n’ai pas eu trop de difficultés, dans aucun domaine. Le climat est différent, c’est sûr : à Paris, il faisait froid-froid-froid comme jamais je n’avais eu froid ! Même là, lors du dernier déplacement que l’on a fait avec Aubagne, à Orléans, il faisait moins 5 degrés, un froid intense ! Ici, je suis à côté de Marseille, j’habite à La Ciotat, cela n’a rien à voir, ça va. Après, au niveau du foot, c’est pareil, il faut s’adapter. Prend par exemple le contexte à Aubagne : cela n’a rien à voir avec ce que j’ai connu jusque là dans les clubs pros, quand on voyageait en avion privé, ce n’était même pas les avions de ligne ! On était vraiment dans les meilleures conditions possibles. Et là, avec Aubagne, on est dans un club amateur qui se professionnalise, qui vise la Ligue 3, mais on prend le bus, on découvre le monde pro, du coup, forcément, je ne peux pas avoir la même exigence avec mes joueurs. »

Son arrivée à Aubagne en mars 2025

Photo Kevin Mesa

« Je n’ai pas eu peur en signant à Aubagne. Franchement ? Non ! J’avais conscience que ça serait difficile, mais je le savais et j’étais prêt. Je n’ai peur de rien, franchement, peut-être que c’est de l’inconscience, mais je suis comme ça. Juste avant de signer à Aubagne, en mars dernier, j’étais adjoint en Ligue 2 au Portugal, à l’Académico de Viseu, un club satellite de Hoffenheim en Allemagne, vraiment très bien structuré. Je venais juste de finir de passer mon dernier diplôme UEFA pro, et à partir de là, je savais que je pouvais commencer comme entraîneur principal. Comme l’agent avec lequel je travaille est Français (Laurent Lasgleyses), forcément, la France est devenue une possibilité plus grande, même s’il y a eu des contacts avec d’autres pays. La France, je connaissais déjà pour y avoir entraîné avec Rui (Almeida). Mon agent m’a proposé à Aubagne qui cherchait alors un entraîneur. Je suis allé les rencontrer et j’ai accepté. Je pensais sincèrement que j’allais terminer la saison à l’Académico de Viseu mais là, c’était une belle opportunité, en National. Et puis je voulais démarrer et voir ensuite. La France, c’est une super porte d’entrée pour moi. La Ligue 1, on le sait, est l’un des cinq meilleurs championnats du monde; ça peut me permettre d’avoir des opportunités après. »

La famille

Photo SC Aubagne Air Bel

« Ma famille est restée à Lisbonne. C’est mon point de chute. J’y rentre une fois par mois, et ma famille vient ici une fois par mois, donc ça fait que l’on se voit tous les quinze jours. Mon fils, Artur, a 3 ans. Et ma femme est professeure à l’Université, elle adore son travail. Être ici, loin d’eux, c’est beaucoup de sacrifices. Bien sûr que ça me coûte d’être loin, d’être seul, mais c’est comme ça. Cela fait quelques années déjà que c’est comme ça, depuis 2011 et que j’ai démarré dans le foot professionnel… J’ai souvent été loin de ma famille et de mes amis, mais aujourd’hui ce serait un gros risque de faire sortir mon épouse de sa zone de confort, pour ne vivre que du football, parce que c’est un milieu tellement instable : avec mon ancien coach, Rui Almeida, on n’a fait que trois mois après notre arrivée à Caen, où on s’est fait virer. On avait 2 ans de contrat et on nous vire au bout de 7 matchs ! Cela a été difficile. Je suis solitaire dans le sens où je suis loin de mes amis et de ma famille, mais je passe tellement de temps à travailler… Quand je rentre le soir, je pars courir, puis je prépare le dîner, je me remets au travail, je n’ai pas le temps de faire grand chose d’autre. J’ai peu de temps libre. Le week-end, quand je ne suis pas avec ma famille, je bosse encore. Ici, je n’ai pas eu le temps de me faire des amis, sauf dans le club bien sûr. Travailler beaucoup, en fait, ça me permet de ne pas trop penser au reste. »

Son style de jeu

Photo SC Aubagne Air Bel

« J’ai ma propre philosophie de jeu. Après, pour le système, c’est en fonction des joueurs que j’ai à ma disposition. Là, à Aubagne, c’est 3-4-3 ou 4-3-3. Mais je sais quel type de joueurs je veux, et c’est ce que je suis en train de mettre en place à Aubagne. Je veux des joueurs qui mettent beaucoup d’intensité et qui sont techniques aussi. Parce que la technique sans l’intensité, ça ne sert à rien. Être bon avec le ballon, c’est insuffisant : regarde Dembelé, il est très bon avec le ballon et sans le ballon, il va presser comme un fou ! Avec moi, la première chose obligatoire, c’est l’intensité. Défensivement, il faut être conscient aussi que c’est le travail de 11 joueurs. Et je veux que l’on soit très réactif à la perte du ballon : ça vient par l’intensité, je le répète. Plus on est réactif, plus on aura le ballon. Voilà, ma philosophie générale, c’est ça : on perd le ballon dans le camp adverse, et on le regagne encore, on refait deux ou trois passes constructives, ça fait mal à l’adversaire, on continue de jouer. »

La philosophie d’Aubagne

Photo SC Aubagne Air Bel

« Comme le club n’a pas beaucoup de moyens, il a choisi une certaine direction : relancer certains joueurs qui n’avaient pas de club l’an passé ou qui sortaient d’une saison difficile, en sachant que ces joueurs-là avaient des qualités, je pense à Karim Chaban (25 ans) : cela faisait 5 ou 6 saisons qu’ils ne jouaient pas beaucoup et là, il en est à 4 passes « dé » et 3 buts en 13 matchs, alors qu’ils jouaient 5 ou 6 matchs par saison avant, et c’est comma ça pour d’autres joueurs, regarde Mohamed Hamek (ex-Alès, Racing CFF, Sedan), 5 buts et 3 passes « dé », c’est déjà la meilleure saison de sa vie à 27 ans ! Mohamed Abdallah (27 ans), le latéral droit, était à Istres l’an passé, où il a fait un match ! « Christo » (Rocchia) n’avait pas de club après Villefranche et Alassane Diaby, qui a été pro à QRM et Nancy, a fait 2 matchs la saison passée en Lorraine. Il était au chômage, on l’a pris à l’UNFP ! Nohim Chibani (ex-Grasse) a très peu joué à QRM l’an passé en National aussi… Enzo (Mayilla, prêté par Saint-Etienne), il a 19 ans, il n’avait jamais joué en National, il court, il presse, il accélère ! C’est ça que je veux voir.

Photo Kevin Mesa

En fait, ils ont tous plus ou moins le même parcours. Notre directeur général, William Fekraoui, connaît bien les joueurs et travaillent beaucoup pour découvrir tous ces profils revanchards, dont personne ne veut. Pour nous, c’est une aubaine ! Les joueurs qui sont venus chez nous, s’ils avaient fait une bonne saison l’an passé, ils seraient allés ailleurs, à Valenciennes, Dijon ou Sochaux, dans des clubs qui paient beaucoup plus que nous. Il y a des joueurs à 14 000 euros en National quand même ! Nous, on ne peut pas se comparer à ce type de clubs. On fait des paris, même si ça donne plus de travail au début, c’est sûr. Mais ce que j’ai demandé dans le recrutement, c’est la qualité technique et l’intensité. Vraiment, ce sont les deux choses obligatoires pour moi. Si tu n’as pas ces deux choses là, non. En fait, le club s’adapte. On a le plus petit budget de National, on est conscient de ça… On a des clubs en face qui pour certains ont plus de 10 millions d’euros de budget, donc il faut trouver une autre manière d’être compétitifs. On a choisi de prendre des joueurs avec le profil dont j’ai parlé, parce qu’on nous a proposés beaucoup de joueurs à l’intersaison, certains étaient très chers. J’étais le premier à dire « Je ne veux pas de joueurs chers », parce que sinon, il va y avoir trop d’écarts, et on peut se tromper sur des joueurs comme ça, qui vont venir pour l’argent, et nous, on ne veut pas ça. On préfère lancer ou relancer des joueurs, qui ont faim, qui ont envie de courir comme des fous, parce qu’il savent que leur « vie » dépend de ça. »

Le début de saison d’Aubagne

Photo SC Aubagne Air Bel

« On a perdu notre premier match 3 à 0 à Caen mais je n’ai pas douté, jamais, jamais, jamais (il répète trois fois). On avait raté un penalty aussi. Je savais que ça serait difficile au début parce qu’on a pris beaucoup de retard, on a fait 7 ou 8 matchs amicaux, on a tout perdu, même si on a joué contre des grosses équipes, comme Montpellier ou Nice. Les joueurs sont arrivés petit à petit et je n’avais pas tout le monde à la première journée, et puis d’autres étaient encore hors de forme, c’est normal. On savait qu’il faudrait du temps. On a gagné à la 2e journée contre Villefranche (3-1) mais pour moi, on a vraiment commencé à être compétitifs à partir de la 3e journée, à Concarneau (1-1). »

En déficit de points à domicile

« C’est notre regret sur cette première partie de saison : à domicile, on doit prendre plus de points (Aubagne est 12e sur 17 à domicile avec 7 points sur 18, contre 13 points sur 21 à l’extérieur). On est en déficit. On doit être plus performant chez nous. Contre Valenciennes, on mène jusqu’à la fin et on se fait égaliser (1-1). Contre Dijon (0-0) et Versailles (1-1), qui étaient imbattables quand on les a joués, on fait match nul quand même, et contre Le Puy (1-4), on n’a aucune excuse, on concède deux penalties dont un d’entrée, on n’a pas été à la hauteur, et puis voilà. On ne se cache derrière aucune excuse. On pouvait passer 5es en battant Le Puy… Bon, finalement, en gagnant la semaine suivante à Orléans (4-2), où on a été capables de refaire ce que l’on produisait généralement dans les autres matchs, on est passé 5es ! »

Ses clubs préférés

« Je n’ai pas de clubs préférés (rires) ! Mon club préféré, c’est le club dans lequel je travaille (rires) ! Sinon, franchement, il y a beaucoup de clubs que j’aime : Lens pour son ambiance, l’OM… Je suis allé au Vélodrome, comme entraîneur avec Bastia, en Ligue 1, et au Paris-Saint-Germain aussi, là c’est du haut niveau. Je regarde Lyon, Lille, Nantes aussi, en plus c’est un club entraîné par un Portugais (Luís Castro) mais je ne le connais pas personnellement. »

Sa personnalité

Photo SC Aubagne Air Bel

« Avant un match, je suis un peu tendu, je vais sur la pelouse, je regarde l’échauffement, je rentre aux vestiaires un peu avant la fin de l’échauffement, je suis concentré, dans mon match. Je suis différent en match et à l’entraînement. Je suis un entraîneur passionné, j’ai besoin de parler, de motiver, de corriger, d’être derrière les joueurs. J’essaie moi aussi d’être actif, debout, proche, d’aider les joueurs. Humilité et travail, beaucoup de travail : je crois à ça. Contre Le Puy, on n’a pas été humble et pas assez travailleur et on a encaissé 4 buts. Pour moi, dans ce championnat, on ne peut pas se relâcher, parce qu’il n’y a pas énormément de différence entre le FC Rouen et Saint-Brieuc. Si on se trompe dans ces valeurs, on est sanctionné, ça va vite. Après, je parle souvent avec les joueurs, beaucoup ont un fort caractère. Mon éducation, c’est ma façon d’être, ma force aussi, je suis vraiment exigeant. Je ne rigole pas sur le terrain, les joueurs le savent. De temps en temps, je suis borderline, mais je suis juste et honnête. Après Orléans, j’étais le premier à faire la fête, mais après, c’est fini la fête, on se remet au travail ! »

« Chaque jour je réfléchis au chemin que je dois suivre »

« J’ai dit ça ? Oui, je me souviens de cette interview, dans La Provence. Mon objectif, c’est d’entraîner au plus haut niveau et le plus vite possible. Il ne faut pas que je perde de temps. Le risque que je prends sur le plan familial m’oblige à réussir, à aller au plus haut niveau. Les sacrifices que je fais au niveau de ma vie familiale m’oblige à réussir. Sinon, ce n’est pas la peine. Et la seule façon d’y arriver, c’est par le haut niveau. OK, d’un côté, je suis jeune, mais de l’autre non : il y a déjà des plus jeunes coachs que moi au plus haut niveau. Je me compare toujours à eux, comme à Luís Castro (45 ans), qui entraîne Nantes, ça me motive aussi, je connais son parcours, similaire au mien. Avec de l’humilité et du travail, ça doit payer. »

  • Son bilan depuis son arrivée à Aubagne en mars 2025

9 victoires, 7 nuls et 6 défaites (33 buts marqués / 29 buts encaissés)
– Saison 2024 / 2025 (9 matchs) : 4 victoires, 2 nuls et 3 défaites (14 buts marqués, 12 buts encaissés)
– Saison 2025 / 2026 (13 matchs, série en cours) : 5 victoires, 5 nuls et 3 défaites (19 buts marqués, 17 encaissés)

  • Son parcours d’entraîneur

– Depuis mars 2025 : entraîneur principal / SC Aubagne Air Bel (National)
– Janvier à mars 2025 : entraîneur adjoint / Academico de Viseu Futebol Clube
– Juillet 2024 – septembre 2024 : entraîneur adjoint / Portimonense Sporting Clube
– Juillet 2023 – Juillet 2024 : entraîneur adjoint / CF Estrela Amadora
– Septembre 2022 – juin 2023 : entraîneur adjoint / Chamois Niortais
– Août 2020 – décembre 2020 : entraîneur adjoint / Gil Vicente FC
– Juin 2019 – novembre 2019 : entraîneur adjoint / Stade Malherbe Caen.
– Juin 2018 – juin 2019 : entraîneur adjoint / ESTAC Troyes
– Février 2017 – juin 2017 : entraîneur adjoint / SC Bastia
– Juillet 2015 – décembre 2016 : entraîneur adjoint / Red Star
– Juin 2014 – juin 2015 : analyste vidéo / Sporting Clube de Portugal Lisbonne
– Juin 2011 – juin 2014 : analyste vidéo / SC Braga

Championnat National (J15) – vendredi 5 décembre 2025 : Aubagne Air Bel (5e, 20pts) – FC Rouen (1er, 28pts), à 19h30, au stade de Lattre de Tassigny.

Lien pour regarder le matchhttps://www.youtube.com/watch?v=ns5qAh6MUAc

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH, Kévin MESA et SCAAB
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