A 41 ans, Fréderic Pereira est un homme pressé. Il multiplie les réunions, les visio-conférences, les déplacements et jongle avec ses deux passions : sa société d’équipements Skita et son club, le Paris 13 Atletico, où il est un président très investi. « Je m’intéresse à toutes les équipes, j’aime bien tout savoir. Sur le plan administratif, on est une petite structure, il y a beaucoup de choses à faire et à régler. »
En dix ans, il a connu un développement exponentiel, que ce soit avec son club qui a réussi sept montées pour atteindre le National pour la première fois de son histoire cette année qu’avec sa société Skita qui équipe aujourd’hui 400 clubs.
Son histoire, c’est celle d’une réussite et d’une certaine philosophie basée sur l’humain. Portrait.
Depuis quelques semaines, Frédéric Pereira, le président du Paris 13 Atletico, découvre un autre monde. Avec 1,6 million d’euros de budget, son équipe fait figure de Petit Poucet en National. Habitué à jouer le haut de tableau ces dernières saisons, il doit aussi apprendre à souffrir. « Après notre défaite 4-0 au Mans, je n’ai presque pas dormi la nuit, c’est dur mais je vis les choses à fond », reconnaît-il.
Avec ses baskets montantes, ses jeans courts et serrés, et son franc-parler, il détonne aussi au milieu des autres présidents, plus adeptes du costume classique. « Je revendique mes racines populaires. Je suis d’origine portugaise, mon père était ouvrier, ma mère femme de ménage. Moi, je n’ai qu’un bac, je me suis fait tout seul. Je n’ai pas la même vision que dans certains clubs. Je suis dans le foot d’abord par passion, pas pour faire du business. »
« Je suis un enfant des Gobelins »
Ces derniers mois, il a pourtant reçu des offres d’investisseurs. « Je suis ici depuis l’âge de 6 ans et on ne vend pas son bébé. Ce qui m’intéresse, c’est de développer la formation et de faire grandir le club avec nos valeurs. Je suis un enfant des Gobelins, son sang coule dans mes veines. »
Frédéric Pereira a en effet grandi à 100 m du stade Boutroux, le fief du club – qui a accueilli son premier match de National face à Avranches la semaine dernière (0-1) – et y a pris sa première licence au FC Gobelins en poussins à 6 ans.
« On ne fusionne jamais avec un malade »

Alors joueur, il est devenu président en 2011. Il était alors âgé d’à peine 30 ans. « On était en Excellence départementale. Ce club, c’est mon quartier, mes racines. J’étais encore joueur mais je voulais m’investir pour le faire grandir. A l’époque, certains au club voulaient fusionner avec le Stade Olympique de Paris mais je leur ai dit « On ne fusionne jamais avec un malade ». Mais on a récupéré des éducateurs, le stade Carpentier et c’était parti. Moi, j’ai joué en parallèle jusqu’en CFA 2 aux Lusitanos Saint-Maur et au FC Issy. »
En 2020, le FC Gobelins, créé en 1968, devient le Paris 13 Atletico à son initiative. « On m’a critiqué pour ça. Mais quand on est monté en National 2, on a affronté des équipes de province pour la première fois et les dirigeants nous demandaient le pourquoi de ce nom, si c’était une rue ou un quartier… ll y avait un côté péjoratif. »
Si le club portait le nom d’un endroit plutôt chic de la capitale, il était en fait confronté à une tout autre réalité. Celle d’évoluer au cœur d’un quartier populaire où résident de nombreuses familles défavorisées en bordure du périphérique. « Le club a connu une ascension exceptionnelle. Il n’a cessé de progresser et cela à tous les niveaux. Avec ce changement, les gens ont pu nous situer immédiatement. Et le nom Atletico sonne grand et c’est intéressant au niveau marketing. Affirmer notre identité parisienne est le cœur de notre projet. »
Le Paris 13 Atletico est en effet devenu le club français qui compte le plus de licenciés (près de 1 600). Sous la présidence de Frédéric Pereira, il a connu sept montées, passant de l’Excellence départementale (10e division) au National. « Avec Namori Keita (directeur général), on a franchi les étapes. Bien sûr, c’est une fierté de se retrouver aujourd’hui en National. Mais souvent, les présidents passionnés, et j’en suis un, ne s’intéressent qu’à l’équipe première. Ce n’est pas mon cas. Dans le XIIIe, on effectue un travail social de fond. Beaucoup de nos joueurs deviennent éducateurs au club, ce qui perpétue notre ADN et notre identité au fil des années. »
« Travail, humilité, identité »
Le National, Frédéric Pereira l’a abordé avec ses recettes habituelles, « le travail et l’humilité ». Mais il a dû gérer le souci des installations, le stade Boutroux n’étant pas aux normes du National. La saison a donc débuté au stade Charléty, où évoluent les deux équipes du Paris FC (L2 et D1 féminine). Ce qui a provoqué certaines crispations du côté du PFC. « Nous, on ne veut embêter personne, lance Fréderic Pereira. On a toujours espéré que notre chaudron de Boutroux soit vite mis aux normes. On a eu la chance d’être soutenu par nos élus du XIIIe, Jérôme Coumet (maire) et Aïmane Bassiouni (adjoint aux sports) qui ont toujours voulu que, quoi qu’il arrive, on puisse jouer chez nous dans le XIIIe. »
Sur le plan financier, le président du Paris 13 Atletico n’a pas voulu, non plus, bouleverser son fonctionnement. Dans l’équipe, les plus gros salaires ne dépassent pas les 3 000 euros.
« Quand on est monté en N3 puis en N2, on fonctionnait déjà différemment. Les clubs qui ont de l’argent, ils font tous pareil : ils essaient d’acheter les meilleurs joueurs. Moi, ce n’est pas ma vision du foot. Je suis persuadé que ce n’est pas parce que je vais donner 13 000 euros à un joueur au lieu de 3 000 qu’il sera meilleur. Moi, j’aime bien les revanchards, ceux qui ont faim, et j’aime donner leurs chances aux jeunes. Ça me fait plaisir aussi d’avoir des joueurs fidèles qui sont avec nous depuis plusieurs années. Pour moi, une équipe, c’est d’abord un état d’esprit, un collectif qui travaille ensemble, pas seulement des noms. J’ai eu une belle rencontre humaine avec Jean-Guy (Wallemme, le coach), qui collait parfaitement à nos valeurs. Avec Sébastien Robert (adjoint), c’est le binôme parfait, Sébastien est une figure en Île-de-France, il a accompli un travail énorme au Red Star. »
« Avec Skita, on a voulu offrir un service de pros aux amateurs »
En plus de son club, l’autre grande réussite de Frédéric Pereira, c’est sa marque Skita, la contraction de Mesquita, son 2e nom de famille. Comme le Paris 13 Atletico, la société d’équipements sportifs a connu un développement rapide en moins de 10 ans. Aujourd’hui, Skita équipe 400 clubs dont 250 en Ile-de-France, emploie 12 salariés et possède un entrepôt de 3 000 m2.
Le club de D1 portugaise FC Arouca, avec qui il a créé des liens, évolue aussi en Skita. Quel chemin parcouru depuis les débuts en 2009 ! « On a commencé dans un petit appartement de 33 m2 à Vitry à floquer des maillots avec mon épouse pour 4 clubs. J’ai eu l’idée de créer ma marque quand je jouais encore et que j’étais éducateur. Autour des terrains, j’entendais beaucoup de clubs qui avaient des soucis de stock, de livraison ou de qualité. Les grandes marques négligeaient les clubs amateurs et ne les respectaient pas. La vraie qualité était réservée aux pros. Nous, on a voulu offrir un service de pros aux amateurs. On est une marque française, on joue la proximité, on a du catalogue et on est capable de livrer en 48 heures. Il y a mon épouse et ma belle-fille avec moi, on reste une entreprise familiale. Skita, c’est la passion mais surtout beaucoup de travail. On a bossé 14 heures par jour. »
Habitué aux contre-pieds, Frédéric Pereira a aussi voulu se démarquer avec ses maillots. « J’ai été le premier à lancer le fluo dès 2012. En tant que joueur, j’ai aussi entendu des critiques sur les tenues. On a donc voulu créer des maillots bien coupés, près du corps. Je travaille avec des graphistes. Mais même si je suis autodidacte, j’aime bien aussi moi-même créer des tenues. »
Avec des références à la bibliothèque François-Mitterrand et à la Cité de la Mode et du Design, les maillots de cette saison sont parmi les plus beaux du National. Lundi 12 septembre dernier, lors du derby au Red Star, qui était le premier match de l’histoire du Paris 13 Atletico diffusé en direct sur les antennes de Canal +, Pereira l’équipementier a connu une grosse déconvenue. L’arbitre n’a en effet pas autorisé les deux jeux de maillots apportés par le club parisien qui a donc dû jouer avec des maillots blancs… prêtés par le Red Star. « Ça m’a vraiment mis en colère, reconnaît-il. Mais on découvre tout ça, le National c’est un cran au-dessus, on doit apprendre à tous les niveaux. »
Frédéric Pereira du tac au tac
« On est un club, pas une seule équipe »
Meilleur souvenir de président ?
Forcément la montée de National 2 à National en mai dernier. Atteindre ce niveau paraissait impossible pour un club comme nous il y a encore 4 ou 5 ans. Mais maintenant qu’on y est, on veut y rester même si ça va être dur.
Le pire souvenir ?
La descente des U17 nationaux en U16 DH il y a 4 ou 5 ans à cause d’une erreur administrative. Je m’en suis voulu ne pas avoir bien lu le règlement. Je l’ai prise pour moi. En fait, un club amateur n’avait pas le droit de recruter un joueur d’un club évoluant dans la même poule et le faire jouer. On a perdu 4 points sur tapis vert et on est descendu. Heureusement, on est remonté l’année d’après.
Les joueurs les plus emblématiques ?
Chez les jeunes, on a eu Karl Toko Ekambi qui est du XIIIe arrondissement et qui est resté très attaché au club. Il y a aussi Soualiho Meïté qui a joué aux Gobelins jusqu’en U13 avant de connaitre une grande carrière, les équipes de France jeunes et des clubs comme Lille, Torino, Milan AC, Benfica… En seniors, je dirais bien sûr Henri Antchouet, international gabonais passé par la D1 au Portugal, Grèce ou Espagne. Il a fini sa carrière chez nous. Il était arrivé en cours de saison en DH, on était dernier. Il nous a mis 17 buts et on s’est maintenu. Il est resté chez nous, il fait partie du staff.
Le coach qui a marqué le club ?
Namori Keita. Avec lui, on a connu trois montées de la DHR à la N3. Il occupe aujourd’hui des fonctions très importantes au club en tant que directeur général. Je remercie aussi Fabien Valeri (parti à Chambly) qui nous a fait passer un cap au niveau du professionnalisme lors de ses deux ans chez nous.
Le match le plus mémorable ?
Celui de la montée à Schiltigheim le 28 mai dernier. Le dénouement a été magnifique. Mais on ne menait que 1-0 et le match a été tendu jusqu’au bout. On a tremblé. La saison dernière, il y a aussi eu un match contre la réserve de Reims où on a été archi-dominé. Mais on gagne 1-0 à la 89e minute !
Le pire match du Paris 13 Atletico sous votre présidence ?
Une défaite au 6e tour de la Coupe de France 2018-2019 à Créteil qui était en N2. Nous, on était en N3. On a pris 6-0. Après, c’est encore tout frais, le 4-0 au Mans vendredi. Bien sûr, on était 10 après l’expulsion de notre gardien à la 24e minute. Mais on n’est pas habitué à perdre sur un score aussi large.
Plus grosse fierté de président ?
Ce dont je suis le plus fier, c’est que le Paris 13 Atletico soit devenu un vrai club de foot avec les U17 en Nationaux, toutes les équipes de jeunes en Ligue, une école de foot féminine… On n’a jamais privilégié l’élite au détriment de la masse de nos licenciés. On est un club, pas une seule équipe.
Un modèle de président ?
Je pense qu’on ne met pas assez en avant le travail des présidents. Mon modèle, c’est Pascal Bovis, le président de Fleury (N2). Il met son argent personnel, il ne lâche pas l’affaire, il fait tout pour arriver en National. Il est persévérant. Il a structuré Fleury comme un club pro, avec une équipe de D1 féminine, des jeunes performants. Il emploie des anciens joueurs et des gens du club dans sa société. Je dis juste respect… C’est un vrai passionné qui donne tout pour son club.
Un club de cœur ?
Il n’y a que le Paris 13 Atletico qui m’intéresse. Je ne supporte aucune équipe à part mon club. Je suis fan de mon club. Je ne regarde presque jamais les matchs à la télé à part parfois la Ligue des Champions. Je prends beaucoup de plaisir à aller voir nos jeunes et ce qu’on a mis en place depuis toutes ces années.
La plus grosse prime de match ?
Moi, je ne suis pas un président qui va s’enflammer en doublant ou triplant la prime. Quand on a gagné au Red Star, les joueurs ont réclamé. Mais même si c’était un derby et la première victoire de notre histoire en National, je n’ai pas bougé. Je reste modéré en toutes occasions. Car derrière, il faut assumer. Notre budget est ric-rac. Je ne vais pas dépenser l’argent que je n’ai pas.
Un stade mythique ?
Notre stade Boutroux bien sûr… Sinon, j’aime bien le Parc des Princes et le stade de la Luz à Lisbonne. Il y a une ambiance de folie. J’ai découvert celle du stade Bauer lors de notre derby. Ce qui m’a marqué, c’est que même si on a gagné, le public a continué à chanter et à encourager ses joueurs à la fin du match. C’était impressionnant. Respect à eux !
Votre plus grosse colère de président ?
Deux fois en Coupe de France ces deux dernières années. On a été éliminés par des équipes de R2. Le coach avait fait tourner l’effectif. Je n’ai jamais compris ce concept de faire tourner l’équipe en Coupe de France. Je trouve que c’est un manque de respect pour l’adversaire. On croit que ça va être plus facile mais chez nous en Ile-de-France, il n’y aucun match facile même si on joue contre une équipe de Départemental 1 ou de Régional 3.
Texte : Laurent Pruneta / Twitter @PrunetaLaurent / Mail : lpruneta@13heuresfoot.fr
Photos : Paris 13 Atletico
Coup de téléphone, la semaine dernière, avant le derby entre la Stella-Maris de Douarnenez et l’US Trégunc, une des plus grosses affiches du 4e tour de la Coupe de France dans le Finistère…



Xavier Collin défraie rarement la chronique. Ne fait guère parler de lui. Donne peu d’interview. L’ancien joueur professionnel de Montpellier et Ajaccio, aujourd’hui à la tête de l’US Orléans en National, préfère l’ombre à la lumière. Le travail aux louanges. C’est simple, quand on tape son nom sur internet, hormis sur son parcours de joueur, assez riche (plus de 400 matchs en pro tout de même !), vous ne trouverez pas grand-chose.
A la trêve de Noël, tout d’abord, le natif de Charmes, dans les Vosges, n’avait pas hésité à parler de « bilan catastrophique » sur les ondes de France Bleu, au moment de faire le point sur la première partie de championnat.
Lourdement sanctionné (6 matchs de suspension), il s’en était pris à l’arbitrage en conférence de presse : « On est obligé d’être énervé quand on se fait voler comme ça ! Il n’y a jamais penalty, ni à le refaire tirer. Pas corner non plus ! »






Président de la Jeanne d’Arc de Drancy, Alain Melaye (75 ans), hésite encore. Il a deux options pour occuper son prochain dimanche : soit accompagner son équipe première (N3) engagée en Coupe de France à Rungis (R3), soit assister au derby du 93 entre ses U19 Nationaux et le FC Montfermeil, surprenant leader du groupe A pour avoir notamment fait tomber le Paris SG.
Alain Melaye est devenu président de la section football de la JA Drancy en 1967. Il en était alors déjà joueur… et entraîneur ! 55 ans de présidence, qui dit mieux ? Apparemment, personne. C’est un record officieux.
En seniors, l’ascension du Drancy d’Alain Melaye a même été un moment fulgurante avec une succession de montées successives qui propulsa en 10 ans la JAD du championnat de District au CFA (N2) où le club restera de 2009 à 2018, l’année d’un titre de champion de France de la division après la saison exceptionnelle (une seule défaite en trente matches) d’une équipe alors entraînée par Malik Hebbar. Drancy put alors connaître sa seule saison en National (2018-2019).
Il s’agit probablement d’un record impossible à établir à coup sûr. Au plus haut niveau professionnel, comme en amateur, la longévité d’un entraîneur à la tête d’une équipe est une certitude qui peut échapper aux radars des meilleurs statisticiens du football. Mais une chose est certaine : l’aventure d’Emmanuel Dorado comme coach principal de Sainte-Geneviève-des-Bois (N2) est remarquable.
Et un titre de champion de deuxième division, acmé de ce chapitre espagnol. « J’ai la chance d’avoir gardé un appartement à Malaga pour mes vieux jours, j’y reviens tous les ans, et il n’y a pas une année où on ne m’évoque pas cette montée en Liga. Pourtant, c’était en 1998. Malaga attendait ça depuis tellement longtemps. Il y a eu des scènes de liesse équivalentes à la France championne du monde en 98. C’était ça, un peu. Il y a eu un bus, des gens, c’étaient trois, quatre jours, des célébrations… On a à peine eu le temps de partir en vacances qu’on reprenait déjà ».
Yes, ce sont des choses qui ne s’oublient pas. Et le genre d’expériences et d’histoires qui se racontent. Dans un autre type de football, moins professionnel, tout aussi humain, le coach de Sainte-Geneviève (N2) fait forcément passer un peu son vécu : « En tant qu’entraîneur, j’essaie de mettre en place ce que j’ai pu apprendre dans les différents pays ».








Déjà, à Cannes, j’accordais beaucoup d’importance dans ma relation avec les supporters. J’avais des potes qui étaient supporters, ils me disaient sans cesse, « Il faut venir nous voir, même si vous avez perdu ».







