Depuis deux saisons, l’attaquant du Racing-club de France empile les buts en National 3 : 23 l’an passé et déjà 17 cette saison. À bientôt 30 ans, celui qui fut l’un des joueurs majeurs de la première Kings League en France en mai et juin dernier aspire toujours à jouer plus haut.

Par Laurent Pruneta

Avec 23 buts inscrits la saison dernière et déjà 17 cette saison en National 3 avec l’actuel leader de sa poule, le Racing CFF, Marvin Emmanuel est devenu un sérial-buteur sur le tard à bientôt 30 ans. Sa participation à la Kings League (1) où il a aussi été très performant, lui a permis d’acquérir une nouvelle notoriété au-delà des suiveurs habituels des championnats de National 2 et National 3 qu’il fréquente depuis dix ans (Quevilly-Rouen, Oissel, Boulogne-sur-Mer, Évreux et le Racing où il est arrivé 2023). Son parcours a aussi été marqué par deux longues périodes d’arrêt. Pour 13 heures Foot, il a longuement revisité sa carrière de joueur amateur, a évoqué la Kings League et ses ambitions de jouer plus haut.

1. La  Kings League est un mélange détonnant entre le football traditionnel, le jeu vidéo et la téléréalité. Lancée en Espagne fin 2022 par l’ancien footballeur Gerard Piqué, cette compétition de football à 7 a pour but de rendre le sport plus dynamique et imprévisible pour capter une audience plus jeune (celle de Twitch et TikTok).

Interview
« Je n’ai rien accompli encore »

Photo Tiago Moreira

Vous avez affolé les compteurs en N3 avec le Racing et vous avez gagné une notoriété nouvelle grâce à votre participation à la Kings League avec l’équipe Unit3d. Comment avez-vous vécu cette année 2025 très riche ?
J’ai toujours aimé jouer au foot. Déjà, dans un premier temps, c’est une passion. C’est aussi une échappatoire, puisque dans la vie, il y a plein de soucis. Ça permet de se vider la tête. Mais honnêtement, le fait d’avoir explosé sur le tard, je ne pensais pas que ça allait m’arriver. Mais c’est maintenant et je suis fier. Je me suis relevé de plusieurs épreuves. Après, je n’ai rien accompli encore, je ne joue qu’en N3.

Êtes-vous obligé de travailler à côté du foot ?
Avant d’arriver au Racing en 2023, j’ai été commercial dans une société de déménagement puis principalement chauffeur-livreur pendant plusieurs années. La première année au Racing en N2, on s’entraînait le matin. Je ne bossais pas, mais je m’ennuyais car j’ai toujours eu l’habitude de travailler à côté du foot. Quand on est descendu en N3, on est passé à des entraînements le soir et je ne me voyais pas ne rien faire pendant la journée en attendant l’entraînement. Là, je travaille dans une école de formation (IFCV, un partenaire du club) à Levallois (92). Je gère le recrutement dans la partie sécurité. Je recrute les jeunes qui veulent soit s’inscrire au bac pro, soit au BTS, et je démarche la mission locale pour ceux qui sont intéressés par la sécurité.

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

À 29 ans, vivre du foot, reste-t-il un objectif ou un rêve encore lointain ?
Comme tout joueur, j’aspire à jouer plus haut, en National ou à l’étranger. J’ai eu des contacts lors de la dernière intersaison mais j’étais encore sous contrat avec le Racing. Parfois, ces questions me passent par la tête. Mais j’essaye de ne pas trop penser à tout ça et de me concentrer sur le présent. Le plus important est déjà de remettre le Racing en N2. Après, on verra ce qui se passera au mois de juin. Le plaisir que j’ai perdu en U17 ou à Boulogne-sur-Mer, quand je me suis fait les croisés, je suis en train de le retrouver maintenant. Il me reste peut-être encore 5-6 ans à jouer et je vais me donner à fond pour prendre le plus de plaisir possible.

Plus jeune, à quoi aspiriez-vous ?
Déjà, à jouer au foot. Quand j’étais au FC Rouen, j’ai eu des contacts pour aller en centre de formation, à Bordeaux notamment. Mais mes parents n’ont pas voulu. J’ai participé aux premiers tours de sélection pour intégrer Clairefontaine aussi. Mais en U17, j’ai eu la maladie d’Osgood-Schlatter, une maladie de croissance (inflammation douloureuse de l’os et du cartilage de la tubérosité tibiale, Ndlr). J’ai eu une inflammation au niveau des deux genoux. Mes tendons étaient enflammés. Je ne prenais plus de plaisir. Quand je jouais, j’avais mal. Je rentrais chez moi, j’avais les genoux qui étaient chauds tout le temps. J’avais mal quand je montais les escaliers. Franchement, ce n’est pas marrant quand on est jeune. J’ai arrêté le foot pendant plus d’un an. En U17, j’étais avec Thomas Leyssales, qui entraîne maintenant les U19 du PSG. C’est un super entraîneur, mais malheureusement, je n’ai pas pu en profiter.

« Je ne voulais plus entendre parler de foot »

Photo Tiago Moreira

Vous avez en plus vécu un drame personnel…
Oui, j’ai perdu mon papa. L’enchaînement entre ma blessure et le décès de mon papa, c’était très dur à vivre. C’est pour cela que je ne voulais plus entendre parler de foot. J’ai connu des années compliquées. Je tiens à souligner que ma femme Elle m’a beaucoup aidé. Je l’ai connue très tôt. J’avais 17 ans, elle avait 16 ans. Je ne jouais quasiment plus au foot. Et franchement, elle m’a épaulé, elle était là. C’est grâce à elle que je suis là aujourd’hui. Ça fait 13 ans, on est toujours ensemble. C’est vrai que c’est beau.

C’est votre papa qui vous a donné la passion du foot ?
Oui, il y avait joué et il était éducateur au FC Rouen. Il me suivait tout le temps quand j’étais jeune. Il fallait qu’il soit là pour faire le cri de guerre avec mon équipe… Son décès a fait mal à beaucoup de monde. Chez nous, dans ma famille, c’était le pilier. On est quand même dix frères et sœurs. Quand tu perds ton pilier, tu as toutes les fondations qui s’écroulent surtout quand on est jeune. Il a fallu surmonter cette épreuve. Mais petit à petit, j’ai repris goût au foot. J’ai repris à Oissel en U19 (R1) puis QRM est venu me chercher pour jouer en U19 Nationaux. J’ai ensuite joué avec la réserve en Régional 1 puis CFA 2 (National 3) puis je suis parti à Boulogne-sur-Mer. Mais après cette saison à Boulogne, j’ai encore arrêté le foot pendant plus d’un an.

Que s’est-il passé ?
J’avais signé pour la réserve en N3 et je commençais à effectuer des séances avec l’équipe National entraînée par Olivier Frapolli. J’aurais pu gratter quelque chose cette année-là, mais j’ai eu ma rupture des ligaments croisés. Malheureusement, c’est le destin… Je suis rentré chez moi à Rouen. J’ai arrêté parce que je n’avais plus trop goût au foot. La blessure, ça m’avait un peu dégoûté. Après un an, un an et demi sans jouer, je suis retourné à Oissel. Je connaissais le coach, je lui ai demandé si je pouvais m’entraîner avec la N2 mais que si je devais jouer avec la R1, ça ne me posait pas de problème. Il m’avait pris et au fur et à mesure des matchs amicaux, j’avais fait des bonnes performances, donc il m’a gardé dans le groupe N2 pour m’entraîner et potentiellement, je jouais avec la N2 et si je ne pouvais pas, je jouais avec la R1. Ensuite, il y a eu la Covid, et après on est descendu en N3, parce que le championnat s’est arrêté. Là, je suis parti à Évreux en N3 avec un vrai projet.

Lors de la saison 2021-2022, vous aviez marqué 16 buts en 19 matchs de N3 avec Évreux…
Oui et en plus je jouais piston gauche à l’époque. Mais j’avais mis pas mal de buts quand même. Ensuite, on est monté en N2. On a réalisé un bon début de saison. Après, malheureusement, on a eu des problèmes de paiement au club. C’était une année super compliquée financièrement. Par contre, sportivement et humainement, elle a été magnifique. Je n’étais qu’avec des bonnes personnes. On a beaucoup rigolé. Après j’ai signé au Racing, une année en National 2 et depuis deux ans on est en N3.

À part votre saison tronquée à Boulogne-sur-Mer, c’était la première fois que vous quittiez vraiment la Normandie ?
Oui, c’était la première véritable année où je suis vraiment sorti de la Normandie en jouant à un bon niveau avec le Racing. On a réussi six bons mois, on était 2e, on a disputé un 16e de finale de Coupe de France face à Lille en janvier 2024. Mais après la Coupe, on a dégringolé au classement, on n’arrivait plus à gagner. On aurait juste gagné un match de plus, on se serait maintenu… Mais c’était la saison où il avait 5-6 descentes. C’était compliqué pour le club. Surtout que la saison précédente, le Racing aurait dû monter en National à la place de Rouen.

« Vivre une descente, honnêtement, ça fait chier »

Photo Tiago Moreira

Ça a été compliqué de repartir en N3 pour vous ?
Je ne vais pas vous mentir, c’est chiant. De vivre une descente, honnêtement, ça fait chier. Mais après, de repartir en N3, non, c’est juste le fait de descendre. Je pense qu’on aime tous le foot. Moi, même si je descends, je vais toujours continuer à jouer au foot jusqu’à ma retraite, parce que j’aime ça. Et c’est ça mon moteur. Et je pense que c’est ça aussi le moteur de toute l’équipe.

Après avoir été au coude à coude avec l’US Lusitanos Saint-Maur vous avez raté la remontée la saison dernière…
Ça a été très frustrant. Mais les Lusitanos avaient une grosse équipe. On le voit encore aujourd’hui en National 2, ils sont dans la continuité, ils sont premiers de leur groupe. Non, franchement, on ne peut pas leur enlever leur montée. Nous, on aurait pu mieux faire sur certains matchs. Et malheureusement, on a laissé trop de points en janvier-février.

« Je préfère rire que de bouder »

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

Après avoir marqué 23 buts, vous aviez des approches en National et en National 2. Comment avez-vous vécu le fait d’être obligé de rester au Racing en N3 ?
Je ne vais pas vous mentir, à un moment, j’étais un peu dégoûté parce que c’est vrai que moi, mon objectif a toujours été de jouer le plus haut possible. Mais j’étais encore sous contrat avec le Racing. Il y a des moments où malheureusement, on ne peut pas faire ce qu’on veut. Quand j’ai repris la saison en juillet, j’étais très revanchard mais dans le bon état d’esprit. J’étais revanchard pour montrer sur le terrain qu’en gros j’étais là mais que j’aurais peut-être mérité d’être plus haut. Mais de nature, je ne suis pas quelqu’un qui arrive à faire la tête longtemps. Je préfère rire que bouder. Donc non, ce n’était pas dans mon état d’esprit de bouder. Ce que j’avais au fond de moi, je ne l’ai pas montré.

Comprenez-vous pourquoi le Racing a fermé la porte pour un départ et demandé une somme d’argent ?
Je comprends qu’aucun club n’a voulu mettre de l’argent pour un joueur de N3. Le Racing a fermé la porte parce qu’il avait besoin de moi. Je ne dis pas que je suis déterminant car je suis comme tout joueur de l’équipe mais ils avaient besoin de moi pour aller chercher cette montée. Je l’entends et honnêtement, je le comprends. Après avoir beaucoup parlé avec le coach Guillaume Norbert, le président Patrick Norbert, j’ai compris leur discours. Je me mets à leur place aussi. C’est sûr que c’était important que je reste au club et il n’y a pas de souci avec ça. Et je me donnerai à fond pour, déjà, laisser le club là où je l’ai trouvé en arrivant parce que c’est ça le plus important.

Photo Tiago Moreira

La meilleure réponse que vous pouviez donner, c’est sur le terrain. Avec déjà 17 buts, vous êtes encore parti sur des bases aussi élevées que la saison dernière ?
C’est vrai que le plus dur dans le foot, c’est de confirmer. Là, il reste encore pas mal de matchs, je peux faire encore mieux que la saison dernière. Mais en toute honnêteté, je ne cours pas après mes stats. Si je dois finir, je vais finir. Si c’est un de mes coéquipiers qui doit finir, je serai content comme si c’était moi qui avais marqué. Il ne faut pas courir après les buts, ça vient tout seul.

Vous n’aviez jamais marqué autant dans votre carrière. Comment expliquez-vous cette plénitude depuis deux ans ?
Franchement, même moi je ne sais pas… Je joue mon foot, libéré et je kiffe. Le coach m’a replacé en numéro 9 quand on est descendu en N3. Depuis, je joue comme il veut que je joue. On est en 4-4-2, on va chercher, on récupère les ballons hauts, donc on se procure beaucoup d’occasions. Moi, j’en ai beaucoup et ça me permet de concrétiser. Je suis aussi plus mature dans mon jeu. Avant, j’étais un peu plus dribbleur. Au fur et à mesure des années, je me suis davantage concentré sur tout ce qui est finition, le dernier geste, ce qui me faisait beaucoup défaut avant. Et depuis, ça marche bien pour moi. En N2, devant le but, j’étais vraiment maladroit. Quand on enchaîne les matchs et qu’on marque pas mal de buts, après, on devient plus relâché devant le but, ça, j’appris à le faire, à jouer à l’instinct et ne plus me poser de questions. Mais au Racing, on a la chance de vraiment pouvoir jouer au foot, avoir des libertés grâce au coach. Entre nous, il y a une bonne alchimie. On arrive à se trouver facilement.

Avec l’équipe Unit3d en Kings League. Photo DR

En fin de saison dernière, il y a eu la Kings League où vous vous êtes fait remarquer. Mais au départ, votre club ne voulait pas que vous y participiez…
Quand je me suis inscrit pour les détections, je l’ai fait parce que c’était nouveau et je ne voyais pas forcément le problème. Je pense qu’on est plein de joueurs en N3 ou R1 à faire des Five le dimanche après avoir joué le samedi. La Kings League, c’était un contexte où j’avais quand même une petite rémunération. Et puis, tu joues au foot, c’est super bien. Donc, j’y suis allé. Je ne pensais pas que ça allait prendre autant d’ampleur, que ce soit positif ou négatif.

Comment votre coach a pris au départ le fait que vous lui avez en quelque sorte désobéi ?
Techniquement, j’ai respecté les termes de mon contrat. Si je n’avais pas respecté les termes de mon contrat, il n’y aurait pas eu de soucis, je lui aurais désobéi. Mais là, je n’ai rien fait de mal. Mais bon, après, je comprends ses arguments et son point de vue. Je me suis aussi mis aussi à sa place. J’ai entendu ce qu’il m’a dit. Mais je pense que tous ceux qui sont dans mon cas, ils savent que l’appel du foot, parfois, est trop fort, on a trop envie de jouer et c’est impulsif… Donc je ne vais pas dire que je lui ai désobéi, mais voilà, on n’était pas d’accord. En France, la Kings League n’est pas encore très développée comme en Italie, en Espagne ou en Allemagne. Il y a des périodes de mercato, les joueurs sont payés à jouer à la Kings League. Ils ont des meilleurs salaires que des joueurs de N3, N2. C’est une sorte d’alternative à une carrière à onze qui peut ne pas décoller pour certains jeunes et qui souhaitent tenter leur chance. C’est quand même un truc qui te permet d’avoir de la visibilité (l’équipe de Unit3d est entraînée par Grégory Campi), Ndlr).

Avec l’équipe Unit3d en Kings League. Photo DR

Avez-vous l’impression justement que les deux mois de Kings League vont ont permis d’avoir plus de notoriété que durant toute votre carrière de joueur de N2/N3 ?
Oui largement ! J’ai des petits qui viennent me voir et qui me demandent « C’est toi Malikos ? (son surnom) ». C’est vrai que sur les réseaux, j’ai beaucoup plus de demandes depuis la Kings League. J’ai un peu de notoriété. Mais ce n’est pas du tout ce que je cherche. À la base, ce que je voulais, c’était de pouvoir jouer au foot et de connaître quelque chose de différent en vivant une nouvelle expérience. Cette saison, on a joué des matchs de Coupe de France. J’entendais les gens dans les tribunes qui me chambraient en disant « Ce n’est pas la Kings League ici. Mais justement, ça me fait rire. En vrai, c’est marrant, c’est bon enfant.

« Malgré mon âge, je suis un enfant ! »

Allez-vous refaire la Kings League cette année ?
Oui, il y a de grandes chances. Mais j’irai quand le championnat sera fini ou si on a la chance de pouvoir être champion avant. Il y aura la Coupe du monde au Brésil au mois de juin pendant la trêve. Pour moi, la Kings League, c’est jouer au foot et connaître des nouvelles choses. Au lieu d’aller faire des Five, pourquoi je ne pourrais pas aller jouer au foot avec des gens que j’apprécie dans une équipe où je touche aussi un petit billet pour le faire ? C’est encadré. Malgré mon âge, je suis un enfant. Moi, je kiffe le foot. On va m’appeler ce soir, on va me dire qu’il y a un Five à 22 heures, je vais venir. Le foot, c’est d’abord une passion. Ce n’est pas que l’argent ou ce genre de choses qui me motivent.

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

Votre année 2025 était déjà belle. Peu de gens le savent mais elle aurait pu se terminer en apothéose à la Coupe d’Afrique des Nations au Maroc avec le Bénin, le pays d’origine de votre Père…
J’ai eu des contacts avec la Fédération Béninoise. Il y avait deux joueurs offensifs qui devaient aller à la CAN qui se sont malheureusement blessés. On a essayé de faire le nécessaire pour pouvoir me faire rentrer dans la sélection, mais ça s’est fait trop tard au niveau administratif. C’était trop juste pour la CAN. En fait, j’aurais dû faire mes papiers bien avant.

Si vous continuez à marquer autant, ce n’est peut-être que partie remise ?
La Fédération Béninoise m’a dit qu’il faudrait que je sois au minimum en N2 pour pouvoir être sollicité par la sélection. J’espère donc que ce sera pour l’an prochain.

En cas de montée avec le Racing, vous vous voyez rester ?
Je ne suis pas fermé au projet du Racing. C’est un projet que j’ai rejoint il y a déjà trois ans parce que je le trouvais super intéressant et il est toujours super intéressant. Je pense que quand il y aura le stade (le club évolue depuis 3 ans et demi hors de Colombes et à Poissy depuis deux ans), le Racing va prendre une autre dimension. Je pense que tout le monde le sait. Donc non, clairement, si je peux faire partie de tout ça, ce serait vraiment avec un grand plaisir.

Marvin Emmanuel, du tac au tac

Photo Tiago Moreira

Votre meilleur souvenir de footballeur ?
Le challenge Pierre-Vas, le plus gros tournoi de jeunes de la région que j’ai gagné quand j’étais au FC Rouen. C’est la première fois que je jouais sur le stade Robert-Diochon. Pour un petit du FCR, Robert Diochon, c’était notre Parc des Princes à nous. On avait une super équipe. Je m’en souviens encore.

Votre pire souvenir ?
Ma rupture des ligaments croisés début 2018 quand j’étais à Boulogne-sur-Mer. En plus, j’ai eu la varicelle en même temps… Honnêtement, on ne peut pas savoir si sans cette blessure, ma carrière aurait décollé. Mais c’est vrai que je faisais des bonnes choses à Boulogne et que des joueurs avec qui je jouais en réserve sont ensuite montés dans le groupe National. Je me dis : « ça aurait pu être moi, j’aurais pu faire des bancs, des rentrées ». C’est peut-être une opportunité de raté mais ça ne sert à rien de repenser à tout ça. Car en vrai, je ne peux pas savoir et personne ne peut savoir.

Votre plus beau but ?
À Sainte-Geneviève lors du match retour la saison dernière. Une demi-volée en dehors de la surface sous la barre. Je sais que Vivien (Cédille, gardien de Sainte-Geneviève lors de ce match) n’aime pas que j’en parle. Mais maintenant qu’il a signé au Racing, comme je ne peux plus lui en mettre en match, je lui en mets à l’entraînement (rires) !

Votre geste préféré ?
La feinte de frappe.

Votre célébration préférée ?
Pour Madame, avec un signe avec mes doigts en langage des signes.

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

Le club où vous vous êtes senti le mieux ?
Évreux restera toujours dans mon cœur. Mais forcément le Racing depuis trois ans. C’est ici que j’ai un peu explosé et que j’ai rencontré de très bonnes personnes, que ce soit le staff ou tous mes coéquipiers. Quand je joue, je ne fais pas attention au bruit qu’il y a autour. Mais on peut compter sur des supporters qui sont nombreux. On sent qu’il y a un vrai engouement autour du Racing et ça fait plaisir. Avec les anciens du club, on échange beaucoup sur le Racing d’antan et le match. Je parle aussi avec les supporters sur Instagram et quand on se voit. Je pense que ce club, il mériterait d’aller le plus haut possible, de revenir en Ligue 1.

Le joueur le plus fort que vous avez affronté ?
Kingsley Coman en U17 Nationaux lors d’un Rouen – PSG. Il était super fort.

Le joueur le plus fort avec qui vous avez joué ?
Jean Gomis à Évreux, un numéro 10 super fort, à l’aise techniquement. Franchement, c’était abusé. Et Abdelrafik Gérard au Racing. Il avait joué à Lens en Ligue 2, à l’étranger (Saint-Gilloise, Qabala). Malheureusement, il a été blessé mais il était vraiment trop fort.

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

Le joueur avec qui vous avez eu le meilleur feeling sur le terrain ?
Celui avec lequel on n’a même pas besoin de se regarder pour se faire la passe, c’est Ahmed (Ibrahimi). On est connecté, je ne sais pas comment l’expliquer. Il ne va pas me regarder, mais je sais qu’il va me la mettre. Du coup, moi, je prends la profondeur directement. Il y a aussi Youri (Tabet) et les autres offensifs. Mais en vrai, je pourrais citer tous les gars de l’équipe. J’ai un lien particulier avec chacun d’entre eux. Si j’arrive à conclure les actions, c’est grâce à eux.

Un entraîneur marquant ?
Guillaume Norbert au Racing. Il m’a bien marqué. On a eu des hauts et des bas tous les deux. Mais humainement, c’est une bonne personne. En tant que 9, il m’a fait énormément progresser. Ça, je ne peux pas lui enlever. J’ai envie aussi de citer Serge (Gnonsoro) qui est dans le staff du Racing et donner une mention spéciale à « Titif » à Évreux.

Vos modèles dans le foot ?
Didier Drogba et Thierry Henry. C’est pour ça qu’avant, je faisais beaucoup de brossés comme Henry mais ça ne marchait pas…

Votre équipe préférée ?
Monaco. J’avais 8 ans lors de leur parcours en Ligue des champions en 2004. Depuis, j’ai continué à les supporter.

Photo GNVisual 00 Gabriel Nohra / Racing CFF

Si vous n’aviez pas été joueur de foot semi-pro, vous auriez travaillé dans quel domaine ?
J’aurais travaillé dans la finance ou la comptabilité. C’est un domaine qui m’intéresse. Je trouve que l’éducation financière, c’est important de nos jours. Ça m’intrigue et j’aimerais bien travailler dans ce secteur. Parfois, on a de l’argent mais on l’utilise mal, on aurait pu faire de meilleures choses avec. Moi, je suis quelqu’un de pas trop dépensier. Je place plus mon argent que je ne le dépense. Mais je me vois bien me reconvertir dans la finance plus tard, pas forcément faire quelque chose dans le foot. Je ne me vois pas entraîneur, même chez les jeunes. Mais si j’ai un fils, j’aimerais vraiment le suivre dans le foot. Mais ça serait un projet fun, pas un projet Mbappé.

Comment occupez-vous votre temps libre après le foot et votre emploi ?
Je suis plutôt casanier. J’aime bien jouer à la console, je ne sors pas beaucoup. Je suis un vrai passionné de foot mais je n’aime pas trop en regarder à la télé. Je préfère le pratiquer. Par contre, je regarde beaucoup de basket américain. Si on me dit gros match de NBA ou gros match de Ligue 1, je ne vais pas vous mentir, je pense que je vais aller regarder le match de basket. J’ai aussi de la famille qui vient me voir régulièrement. Dans la famille, on n’est pas beaucoup à aimer le sport. Mais mes frères et mes cousins viennent régulièrement me voir aux matchs, c’est sympa.

Normandie ou région parisienne ?
Je reste très attaché à ma région mais je commence à devenir un Parisien. J’habite au Blanc-Mesnil (93), ça fait un peu loin du Racing à Colombes et de Levallois où je travaille. Mais je me déplace en transports en commun, car les bouchons c’est un peu compliqué.

  • Texte : Laurent PRUNETA / X @PrunetaLaurent/ mail : lpruneta@13heuresfoot.fr
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Propulsé à 32 ans à la tête du groupe N2, l’entraîneur des Gardois a imposé le vouvoiement à ses joueurs, ce qui n’empêche pas une certaine proximité, d’autant qu’il pourrait encore être leur coéquipier. Le garant de l’identité nîmoise, qui a signé près de 25 licences au club, est resté le même : fidèle, naturel, simple, discret, déterminé et confiant.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Nîmes Olympique et 13HF

Entretien réalisé lundi 16 février 2026.

Photo 13HF

Heureusement que Mickaël Gas n’est pas un grand démonstratif ni un grand bavard ! Enfin, ça, c’est lui qui l’affirme. Avec nous, lundi matin, trente-six heures après la victoire de son équipe – une victoire  » de caractère » – dans le temps additionnel face au Sporting-club de Toulon (3-2), le Nîmois de 32 ans (il soufflera 33 bougies le 29 mars prochain) s’est montré très disert.
Sans doute que, dès lors qu’il s’agit de football, l’ancien défenseur central formé au fer rouge des Crocos et stagiaire pro jusqu’en 2015, se sent en confiance, et surtout dans son élément.

Pendant 45 minutes, le plus jeune coach de l’histoire du Nîmes Olympique, mais pas le plus jeune en National 2 cette saison (Zakaria Tahri, l’entraîneur de Montlouis, aura 33 ans en juillet), a répondu à nos questions et lâché parfois quelques confidences, quelques messages aussi, sans jamais se mettre au-dessus de la mêlée, toujours avec ce respect de l’institution.

Pas besoin de passer une semaine de vacances avec lui à Sournia, ce village des Pyrénées-Orientales dans l’arrière pays de Perpignan, un endroit qu’il affectionne et qu’il fréquente depuis l’enfance, ni même l’Italie, un pays qu’il adore, pour comprendre que celui qui fut propulsé l’été dernier à la tête de l’équipe fanion de cette institution ne joue aucun rôle. Que sa détermination est grande. Que sa confiance en lui et est inébranlable. Que sa force de caractère et que sa psychologie sont des atouts. Que ses idées son bien claires. Que son éducation, basée sur la fidélité et l’honnêteté, feront le reste.

Et si certains pouvaient penser que le costume de coach du Nîmes Olympique était trop grand pour le « gamin » des Hauts de Nîmes, on a très vite compris lors de cet entretien que c’était tout l’inverse. S’il enfile chaque matin le survêtement de technicien, avec le logo floqué du crocodile rouge, c’est le plus naturellement et le plus logiquement du monde.

Finalement, voir Mickaël Gas à la tête de l’équipe première du Nîmes Olympique, ce qui n’est pas n’importe quoi dans une carrière, s’inscrit dans l’ordre des choses tant le Gardois, qui a conservé la tête sur les épaules, connaît la maison. Tant il est imprégné, habité, animé d’une vraie réflexion. Tant il est le garant d’une certaine idée de ce qu’est le football à Nîmes et de ce qu’attendent les supporters, revenus en masse cette saison après plusieurs années de défiance à l’endroit de l’ancien propriétaire Rani Assaf.

L’identité très forte du club, les supporters, le retour du public aux Antonins, la crise de janvier, le déficit de points à l’extérieur, la fin de saison, les ambitions, sa méthode, ses idées de jeu, sa vision du football et du jeu nîmois, sa nouvelle vie, son nouveau statut, sa personnalité, « Micka », comme le surnomment ses amis, mais pas ses joueurs qui, non contents de l’appeler « coach », doivent aussi le « vouvoyer », a évoqué tous ces sujets. Sans calcul. Sans filtre. Toujours avec ce naturel déconcertant, cette spontanéité, cette sympathie aussi, qui ont rendu l’entretien d’une grande convivialité.

Interview

« On a redonné des sourires ! »

Mickaël, revenons sur la genèse de ta prise de poste en juin dernier…
En fait, je repartais en train de Clairefontaine, où j’étais allé faire mes tests d’entrée pour le DES, et Yannick Liron, le président de l’association Nîmes Olympique, m’appelle. Il me tient au courant de l’évolution de la situation du club. Il me dit aussi que, normalement, si le club parvient à passer devant la DNCG, je serai le coach. Du moins, il me dit « j’aimerais que ce soit toi, est-ce que tu te sens prêt ? » Je lui réponds sans hésitation « Bien sûr ».

Photo Nîmes Olympique

Tu n’as vraiment pas hésité ?
Non, je n’ai eu ni crainte ni peur, ça s’est fait comme ça. Au niveau des émotions, je suis quelqu’un qui arrive quand même à gérer ce genre de situation. J’étais forcément très content mais je me suis dit aussi qu’il allait y avoir beaucoup de travail.

Ensuite, fin juin, je suis retourné à Clairefontaine pour le « positionnement » et là, on apprend qu’on est relégué en Régional 1. Tout est allé très vite. On a eu très peu de temps de réflexion. Comme je l’ai déjà dit, c’était Koh-Lanta ! Pendant ma première semaine de « positionnement », j’étais déjà en négociation avec des joueurs dont Clément Depres, notre capitaine (Depres fut la première recrue officielle du club, Ndlr). Je me souviens qu’il m’a appelé et m’a dit « C’est quoi ces conneries ? On est en R1 ? ». Franchement, là, on a pris un gros coup de massue sur la tête, alors qu’on s’était projeté. Waouh ! Au pire, je me dis que je serai entraîneur de l’équipe mais en Régional 1, que si Yannick (Liron) m’a proposé le poste en National 2, il me le proposera aussi dans ce cas-là parce que, en entrant à la formation du DES, cela me permettait aussi de pouvoir entraîner en N2 (avec une dérogation).

« On a senti toute une ville derrière nous »

C’est donc Yannick Liron qui, le premier, a soufflé ton nom ?
Oui, je pense que c’est Yannick, puis le nouveau président a été nommé, Thierry Cenatiempo, et avec le directeur sportif, Anthony Dupré, on a commencé à discuter, et voilà, ils ont validé mon profil.

Photo Nîmes Olympique

Cela ne t’a pas fait peur compte tenu de l’énorme chantier ?
C’est vrai qu’il y avait tout à reconstruire. On n’avait plus qu’un seul joueur de l’effectif de l’an passé en National, le gardien remplaçant, Lucas Dias. Tous les joueurs qui étaient sous contrat sont devenus libres du fait du basculement du club de pro en statut amateur. On est repassé devant la DNCG le 15 juillet et là, on a été autorisé à évoluer en N2 ! On a repris les entraînements le 18 juillet, avec zéro joueur ! Inutile de te dire que je ne suis pas parti en vacances. J’ai passé mes nuits au téléphone avec le directeur sportif, à essayer de construire une équipe, par le bouche à oreille, ou alors, en entrant en contact avec des joueurs qui étaient encore sur le marché mais qui n’avaient pas trouvé de point de chute, soit parce que les négociations avaient échoué, soit parce qu’ils n’avaient pas beaucoup joué.

Un mec comme Clément (Depres), il était en Thaïlande (au Ratchaburi FC, en D1), il arrivait de nulle part pour nous aider, en plus, c’était assez compliqué entre l’ancienne direction et la Ville de Nîmes, parce qu’il faut bien être conscient d’une chose : sans l’appui de la Ville, des collectivités, sans le président non plus, sans la nouvelle équipe dirigeante, sans d’autres personnes restées dans l’ombre qui ont sauvé le club, sans quelques anciens joueurs, sans les supporters, sans tous ceux qui ont mis de l’argent, on ne sait pas où on en serait aujourd’hui. Il y a eu un gros élan de solidarité. Vraiment, on a senti toute une ville derrière nous.

Tu as suivi la saison en National l’an passé ? Tu avais quel rapport avec Adil Hermach, le coach ?
Bien sûr ! Moi j’étais avec la réserve, une réserve pro, j’avais de très bons rapports avec Adil. Tu sais, je suis au club depuis longtemps. Adil aussi, il a été formé au Nîmes Olympique, il connaît le club et la ville. On s’écrit de temps en temps. Là, il est au Maroc, il est conseiller du président au Wydad Casablanca.

Ta vie a changé depuis ta prise de fonction ?
Disons que je suis plus exposé. Mais je suis plutôt quelqu’un de discret, je ne suis pas un grand bavard. Après, Nîmes, c’est une ville de foot. Je dis souvent que c’est un petit Marseille. On fait quand même 5500 spectateurs en National 2, alors que l’an passé, le club faisait 1000 personnes en National, parce qu’il y avait des conflits.

« J’avais besoin de fonceurs autour de moi »

Avoir la 2e meilleure affluence du championnat derrière Bordeaux, ça doit faire plaisir ?
Je sais qu’à Nîmes, on est une vraie ville de football. On a des supporters fidèles, qui aiment leur club. Après avoir passé l’épisode de Koh-Lanta, on n’avait pas de bureau, pas de vestiaire, on préparait les séances d’entraînement avec mon staff en visio, on a dû aller à gauche et à droite sur différents terrains pour s’entraîner. On a su créer un élan de solidarité par rapport à ça. J’ai volontairement choisi un staff jeune : mon adjoint Morgan (Puel) a 33 ans, Antonin (Deniaud), le préparateur physique qui était déjà avec moi en réserve, a 37 ans, Jérémy (Struffaldi), l’entraîneur des gardiens, en a 38. J’avais besoin d’avoir des gars autour de moi qui avaient faim, qui ne réfléchissaient pas. J’avais besoin de fonceurs.

C’est plus dur d’entrainer en National 2 ou en R1 ?
Je fonctionne de la même manière, il n’y a rien qui change. J’ai eu pendant un an les 16 ans, puis les 18 ans pendant un an, puis la réserve en R1, j’ai aussi été adjoint au début en réserve, avec Yannick Dumas comme coach principal. C’était quand je passais mon BEF à l’époque. Je ne change pas mes méthodes. C’est juste que le week-end, il y a plus de monde au stade et je suis plus exposé. Mais sinon, ma vie n’a pas changé. Simplement, j’ai beaucoup plus d’appels de journalistes. Et je reçois beaucoup de soutien de la part des supporters.

C’est quoi, justement, ta façon de travailler, ta méthode ?
On est sur de la planif’ hebdomadaire. Par exemple, le mardi on fait un travail de « remédiation », on parle surtout de ce qui n’a pas été très bien fait le week-end précédent. Le mercredi et le jeudi, on est sur nos idées de jeu, et le vendredi, on regarde ce qui se fait chez nos adversaires, mais assez brièvement, parce que je ne suis pas très fan de ça, je laisse mon adjoint s’en occuper même si je garde évidemment un oeil sur l’adversaire parce que c’est très important aussi. En fait, j’ai tellement dû me consacrer à mon équipe en début de saison, à mes joueurs, à faire en sorte que la mayonnaise prenne entre les 23 nouveaux qui ne se connaissaient pas, qui n’avaient jamais joué ensemble, que je me suis d’abord dit : « Voilà comment NOUS on va jouer ».

« On ne peut pas faire ce que l’on veut dans n’importe quel club »

Photo Nîmes Olympique

Et le style de jeu que tu affectionnes ?
Il y a eu deux systèmes pendant les matchs de préparation. Les premiers matchs, on était plus sur le fait de s’adapter par rapport aux adversaires, mais à partir de notre 3e match de championnat contre Fréjus/Saint-Raphaël (3-0), on a véritablement commencé à mettre en place nos idées de jeu. Il y a eu un petit déclic sur ce match-là. En fait, je suis beaucoup plus attaché à nos idées à nous. Je pense que l’on ne peut pas faire ce que l’on veut dans n’importe quel club. Je veux dire par là que, aujourd’hui, à Nîmes, si on voulait jouer comme le Barça, toutes proportions gardées bien sûr, mais avec un style bien défini, comme prendre énormément de risques en partie basse, essayer de faire beaucoup de maîtrise, eh bien le public sifflerait direct ! C’est pour ça qu’on essaie de coller avec ce que veulent les gens ici. On veut offrir un jeu avec le plus de verticalité possible, beaucoup de courses, beaucoup de répétition. Je ne demande pas qu’il y ait constamment des ballons aériens, ce ne sont pas mes idées de jeu, mais s’il faut le faire, on le fait, mais avant tout, je veux du jeu au sol, dans un 3-5-2, en allant chercher constamment l’adversaire. Je ne vais pas non plus dévoiler toutes les billes Mais tu as l’idée de base, qui est de constamment harceler l’adversaire, d’être haut sur le terrain, ce qui ne n’empêche pas d’être costaud défensivement : sur 18 matchs de championnat, on a fait 10 clean sheet et on a la 2e défense de la poule. Je considère que si on joue en partie basse et qu’on subit le jeu de l’adversaire, on ne sera pas plus en difficulté que si on va chercher haut l’adversaire.

J’ai deux manières de voir les choses : quand on n’a pas le ballon, on est aussi dangereux que si tu l’as, pour moi. Et quand on a de la maîtrise, l’idée c’est de vite emmener le ballon dans la partie haute du terrain, médian-haut. Je ne suis pas fan d’attirer l’adversaire partie basse. J’aime installer notre jeu sur du médian-haut. Si j’installe mes animations préférentielles, je veux être très haut sur le terrain. J’aime aussi mettre des transitions à la récupération, faire mal, mettre des courses. J’essaie d’associer des paires ou des triplettes complètement à l’opposé : par exemple, si j’ai un Clément Depres très bon de la tête, j’essaie de l’associer avec quelqu’un de très rapide à côté. Si j’ai un piston qui va très vite sur un côté et qui aime aller de l’avant, j’essaie d’avoir de un piston plutôt axé sur l’aspect défensif de l’autre côté.

Qu’est-ce que ça te fait d’entraîner Nîmes Olympique ?
C’est une grande fierté. J’ai grandi dans cette ville que je connais par coeur. Je suis chez moi. Là, au moment où on se parle, je suis au centre, à La Grande Bastide, j’y suis arrivé quand j’avais 6 ans, j’en 32 ans aujourd’hui, ça veut dire que je fais le même chemin depuis (il calcule)… 23 ou 24 ans, le temps que j’ai passé au club, parce que je suis parti deux ans au FC Sète pour jouer en N2 (de 2016 à 2018), quand je n’ai pas pu signer pro à Nîmes après mon contrat de stagiaire. Juste avant d’aller à Sète, j’avais signé à Arles-Avignon qui descendait de L2 en National. Je voulais rester à côté de la maison, j’étais content d’avoir trouvé Arles-Avignon, à côté de chez moi, mais le club a déposé le bilan (en juillet 2015) et j’ai fini la saison à Agde en N3, pour me relancer.

« Je ne peux pas empêcher les gens de rêver »

Photo Nîmes Olympique

Entraîner l’équipe Une du Nîmes Olympique, tu en avais rêvé ?
Bien sûr que je m’étais dit qu’un jour je voudrais entraîner au plus haut niveau ici. C’est une étape, parce que je suis quelqu’un d’ambitieux, de compétiteur. C’est arrivé peut-être plus vite que prévu mais quand on me l’a proposé, je me suis dit « fonce ! ». Je ne me suis pas mis de pression. Plein de gens m’ont dit « tu as quoi à perdre ? », mais moi, je n’ai pas raisonné comme ça. Ce n’est pas une question d’avoir un truc à perdre ou à gagner, je voulais y aller pour montrer que j’avais les épaules. J’étais confiant, parce que je suis sûr de ce que je mets en place, sinon je n’y serais pas allé. J’étais sûr que cela marcherait, maintenant… Aujourd’hui, tout est tout beau, tout rose, parce qu’on a 5500 personnes au stade, parce qu’on a fait déjà 9 victoires en 18 matchs, parce qu’on est la meilleure équipe du championnat à domicile. Après, je ne peux pas empêcher les gens de rêver, parce qu’on est Nîmes Olympique, parce qu’impossible n’est pas nîmois. C’est pour ça, s’il y a un truc à faire, dans le sprint final, on ne s’en privera pas.

C’est là tout le paradoxe : n’y a-t-il pas un décalage entre l’attente des supporters qui rêvent d’accession alors qu’il y a sept mois, le club était exsangue ?
Aujourd’hui, je préfère me poser ce genre de questions, parce que tu peux tourner le truc dans le sens que tu veux, la normalité voudrait que, compte tenu de tout ce qui s’est passé cet été, l’on soit moins bien classé et que l’on galère un peu. Mais tout le monde a tiré dans le même sens et je préfère être dans cette situation-là, tout en essayant de faire mieux, parce qu’on se prend au jeu. Mais il faut aussi garder les pieds sur terre. Mon équipe adore prendre match par match. J’avais deux objectifs en début de saison : stabiliser le club, parce qu’au départ, on m’a juste parlé de maintien, et aussi recréer le lien avec le public. Pour l’instant, c’est réussi. Prend l’exemple de Clément Depres, qui a connu la L1 : il m’a dit qu’il n’y avait rien de changé à Nîmes : OK, aux Costières, on avait 15 ou 16 000 supporters, mais la ferveur aux Antonins est la même. Elle est là aussi la fierté : c’est d’avoir redonné des sourires parce qu’on a galéré pendant des années.

« Jouer au foot, ça ne me manque pas du tout ! »

Photo FC Sète

Finalement, tu préfères être entraîneur plutôt que joueur ?
J’ai toujours su que je voulais devenir entraîneur, et ça s’est matérialisé vers l’âge de 21 ou 22 ans, quand j’ai pris la décision de passer mes diplômes. J’avais cette âme, ce truc que tu ressens au fond de toi. Quand je vais préparer ma causerie, quand je vais à mes entraînements, quand je prépare mes séances, parce que j’adore ça, quand je vais au stade les jours de match, l’adrénaline que j’ai dans ce rôle-là, elle n’a strictement rien à voir avec celle que j’avais quand j’étais joueur. Je suis cent fois plus heureux et passionné par ce métier que par celui de joueur, même si j’aimais ça aussi. Quand j’étais jeune, déjà, j’adorais parler tactique avec mes coachs. J’aimais accompagner les entraîneurs le mercredi.

À Sète, dans mon contrat, il était stipulé que je devais aller entraîner les petits le mercredi. Mais moi, je n’attendais que ça toute la semaine (il arbore un large sourire) ! Venir entraîner les U12, accompagner les parents, j’aimais ça ! Ensuite, je suis venu encadrer comme adjoint la N3 à Nîmes, avec Yannick (Dumas), qui m’a formaté. C’est là que je me suis dit « ça y est ». Yannick, je me suis pas mal inspiré de lui. je lui dois beaucoup aussi. Franchement, jouer au foot, ça ne me manque pas du tout ! Je ne joue jamais. Même au futsal, quand mes potes m’appellent, je dis non ! Moi, ce qui m’intéresse, c’est le métier d’entraîneur. Pourtant, quand j’ai arrêté à Nîmes, en réserve, après Sète, j’étais bien, je jouais défenseur central, ça m’allait bien, j’étais au top de ma forme, j’avais 28 ou 29 ans.

Tu évoques souvent un épisode dans tes interviews : celui du discours de Franck Haise…
Un jour, on a servi de cobayes à Nîmes, c’était incroyable, cela a vraiment été un élément déclencheur quand Franck Haise est venu pour animer la séance dans le cadre de son BEPF. Je me suis dit « Lui, il est trop fort ! », il entraînait la réserve de Lens. Et derrière ça, je me inscris au BEF à la Ligue d’Occitanie et j’ai été pris. Il fallait que j’encadre une équipe et c’est là que j’ai demandé à Christophe Chaintreuil, le directeur du centre de formation du Nîmes Olympique à l’époque, si je pouvais être adjoint en réserve, ce qui m’a permis de passer mon diplôme du BEF.

« Aucun sentiment de revanche »

Photo Nîmes Olympique

Tu n’as disputé qu’un seul match en Ligue 2 : qu’est-ce qui t’a manqué pour franchir le cap et passer pro ?
Je n’avais peut-être pas le niveau. Je voulais vivre du football, mais je ne m’étais pas fixé d’objectifs très élevés. Pourtant, à Nîmes Olympique, je faisais partie d’une belle génération, avec les Ripart, Briançon et tous ceux qui ont fait monter le club en Ligue 1 (en 2018). Mais à un moment donné, même si cela me faisait mal au coeur, je me suis dit qu’il fallait peut-être aller voir ailleurs. Le dépôt de bilan d’Arles-Avignon m’a fait mal, parce que c’était à côté de chez moi; quelque part, c’était une solution de compensation. Finalement, j’ai fait mon truc en National 2, à Sète, et ça m’allait bien.

Est-ce que devenir entraîneur du Nîmes Olympique n’est pas une revanche sur la carrière de joueur professionnel que tu n’as pas eue au club ?
(Catégorique). Il n’y a aucun sentiment de revanche. Zéro revanche ! Mais alors pas du tout ! Je suis impliqué, confiant, serein, déterminé, il y a un truc qui ne s’explique pas. On verra bien ce que l’avenir me réserve dans ce rôle mais je suis confiant.

Le président Thierry Cenatiempo et le directeur sportif Anthony Dupré. Photo Nîmes Olympique

Parlons du championnat : ton équipe est la meilleure de la poule à domicile, OK. En revanche, à l’extérieur, elle est 13e sur 16, et encore, elle vient de gagner à Saint-Raphaël, sinon, elle serait… 15e sur 16 : c’est très insuffisant, non (entretien réalisé avant la victoire à Bobigny 2-0, Ndlr) ?
On a fait une première partie de saison à l’extérieur pas du tout convaincante. Je ne sais pas ce qui se passait, cela n’a pas été évident, peut-être que l’on s’était trop habitué à cette ambiance chaude aux Antonins, à cette super pelouse chez nous. Peut-être que mes joueurs, qui pour la plupart arrivent de nulle part, n’attendaient qu’une chose : de vite jouer à domicile le samedi. Et à l’extérieur, on a eu du mal. On a commencé à réajuster les choses à Cannes avant Noël, avec des méthodes un peu différentes de ce que l’on avait l’habitude de faire, comme aller chercher haut l’adversaire. On a fait match nul (0-0), ce qui est un bon résultat. On s’était imposé à Toulon aussi (1-0), mais à part ça, on avait laissé beaucoup de points en déplacement. Mais une chose est sûre : si on fait un tout petit peu mieux lors de la phase retour, et cela a déjà commencé avec la victoire à Fréjus/Saint-Raphaël (2-0), où on n’avait pas du tout l’impression d’être à l’extérieur en matière de jeu, cela voudra dire que l’on ne sera pas loin d’aller chercher quelque chose en fin de saison. Là, sur la phase retour, on a fait presque aussi bien en un match (1 victoire) que sur la phase aller (1 victoire, 2 nuls et 4 défaites) !

« Être conquérant, avoir du caractère »

C’est quoi, concrètement, ce qu’il faut améliorer pour les 7 derniers matchs à l’extérieur et prendre des points ?
Déjà, je pense qu’on a eu un petit déclic à Fréjus, en plus, on sortait de deux défaites consécutives. J’ai l’impression que, dans l’implication, dans nos idées de jeu, on a été plus conquérant. Voilà, conquérant, c’est ça, c’est le mot que j’emploie souvent.

Et tu emploies souvent aussi le mot « caractère »…
J’aime beaucoup ce mot-là aussi. Il ne faut rien lâcher, comme moi je ne lâche rien. Même quand ce n’est pas évident. Cela fait partie des valeurs de Nîmes. On sait qu’on a une identité très forte. À nous d’avoir ça avant de penser au beau jeu, d’avoir des mecs impliqués à 200 %, d’avoir faim. Aujourd’hui, on voit bien que dans ce championnat de N2, pour terminer premier, avec les gros budgets qu’il y a, ce n’est pas évident. Franchement, il y a des équipes qui n’ont rien à envier à des équipes de National, un championnat que je regarde beaucoup.

Tu regardes qui en National ?
J’aime bien ce que fait Sochaux.

« J’interdis le tutoiement »

Photo 13HF

En janvier, Nîmes a pris 1 point sur 9, et une crise a été relayée : comment avez-vous géré ça ?
Ce n’était pas la crise, après, voilà, on se doutait qu’on aurait un passage délicat, un passage à vide, après ce début de saison où ça se passait plutôt bien. Mais pour moi, il est passé. On a su rebondir correctement. Parce qu’on a une équipe de caractère, de battants. Je n’oublie pas non plus que Clément Depres s’est blessé à la reprise en janvier, que Oualid Orinel a eu des soucis de cheville mais là ça va mieux, il nous fait du bien quand il est à 100 %. Et un joueur comme Clément (Depres), il pèse, il cale les ballons. J’avais besoin aussi d’un joueur comme lui, de ce Nîmois, pour faire passer des messages. Je ne savais pas trop ce que ça allait donner mais c’est un des acteurs majeurs de notre début de saison, et la connexion a été bonne avec Oualid. Et puis je rappelle que l’on a eu deux semaines de prépa… Finalement, je trouve que l’on a été plutôt bons dans la gestion de crise, on a calmé tout le monde, on est resté serein, parce que, mine de rien, on est tous un peu inexpérimentés au final…

Je ne t’ai pas encore parlé de ton âge : 32 ans. Comment se passe ta relation avec les joueurs, dont certains ont le même âge (Salamone) ou sont plus âgés que toi (Martinez, Orinel…) ?
Franchement, ça se passe très bien. Il y a beaucoup de respect. Mais j’interdis le tutoiement. Voilà, c’est « vous ». Même avec Clément (Depres), avec qui j’ai été formé, c’est « vous ». La barrière s’est faite naturellement. Ce vouvoiement, c’était non négociable, parce que si tu donnes un tout petit peu… Après, j’ai des joueurs intelligents.

Photo Nîmes Olympique

Dans la rue aussi ? Si tu croises Clément Depres ?
C’est « ouf » ce que je vais te dire mais… Je t’ai dit, jouer au football, ça ne me manque pas, mais il y a un truc qui me manque, c’est le vestiaire. Et le vestiaire de Nîmes Olympique cette saison, j’ai pris le parti de le laisser aux joueurs : tout ce qui s’y passe, c’est pour eux. Parfois, ça me fait mal au coeur, comme par exemple quand ils font un repas pizzas, au centre, qu’ils regardent la Ligue des Champions, parce que j’ai envie de rester avec eux, de partager, mais non… Tu sais très bien, quand le coach est là, bah, c’est le coach…

Alors, même à l’extérieur, même si je croise Clément ou Oualid, c’est le coach… Je n’ai pas mis de barrière, j’ai juste dit, « pas de tutoiement ». Je sais bien qu’il y a des coachs qui l’autorisent. Cela ne m’empêche pas d’être très proche de mes joueurs. Quand je les prends dans mes bras, quand je les serre fort, c’est sincère, mais je ne suis pas un grand bavard. Même avec mes meilleurs amis. J’essaie de les guider au maximum. Après, un coach qui parle tout le temps aux joueurs, cela ne veut pas forcément dire qu’il aime ses joueurs, et moi je pars du principe que si je dois parler, cela va impacter le joueur, mais ce n’est pas souvent. Mes joueurs, je les aime, c’est ma famille. Je passe plus de temps avec eux que… de toute façon je ne suis pas marié et je n’ai pas d’enfant, je suis seul, à bloc foot, en plus cette année avec le diplôme, c’est lourd. Tout reconstruire, le diplôme, la N2… Et puis j’entraîne quand même Nîmes tu vois…

Quand tu passes devant le stade des Costières, tu penses à quoi ?
C’est vrai que je passe parfois devant et pour nous, Nîmois, c’est un stade historique. On y a vécu des moments incroyables. On verra ce que l’avenir nous réserve mais aujourd’hui on est en National 2, aux Antonins. Bien sûr que l’idée, c’est de retrouver le monde pro, d’y retourner, et pour ça, je crois à la stabilité, à la régularité, à la constance, à la mise en place de choses : une montée, ça se prépare. Après, bien sûr, pour en revenir à cette saison, faire l’ascenseur et remonter en National, si on peut le faire, on ne s’en privera pas. Déjà, en tant que Nîmois, je suis très fier d’avoir recrée ce lien avec la ville et ses supporters, c’est magnifique !

Mickaël Gas, du tac au tac

Photo 13HF

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Allez, je vais faire plaisir à mon pote : c’est Renaud Ripart (rires) !

Le coach le plus connu de ton répertoire ?
Bernard Blaquart.

Un match marquant du Nîmes Olympique ?
Celui où je me suis le plus régalé, c’est le 4-3, en 1/4 de finale de la Coupe de France contre Sochaux (saison 2004-2005).

Le joueur de légende du NO ?
Bernard Boissier.

Un endroit où tu aimes bien aller à Nîmes ?
Aux jardins de la Fontaine.

Un animal ?
Le chat.

Pas le crocodile ?
Si, si ! Mais comme j’ai un petit chat à la maison…

Un plat, une boisson ?
Poulet – pommes dauphines et diabolo-citron (limonade).

Un lieu de vacances ?
J’aime bien aller à Sournia, au dessus de Perpignan, un village où je vais en vacances depuis que je suis tout petit.

Groupe, chanteur ?
J’aime Christophe Maé, mais sinon, j’écoute de tout.

Une ville, un pays ?
L’Italie, Turin, et la Juventus de Turin !

Tu es un coach plutôt …
Confiant, dynamique et impliqué.

Nîmes Olympique est un club plutôt…
Passionné.

Tu étais un joueur plutôt…
Rugueux.

Un poster dans ta chambre quand tu étais gamin ?
Zidane.

Des amis dans le foot ?
J’en ai beaucoup. Tu veux un chiffre ? J’en ai une dizaine.

Le milieu du foot ?
Le foot fait perdre la tête à beaucoup de gens et je pense que pour réussir dans ce milieu, il faut de la fidélité. Moi, je suis quelqu’un de fidèle, et j’accorde beaucoup d’importance à ça.

Un stade (autre que les Costières et les Antonins) ?
Le Vélodrome, et aussi Furiani !

Une autre passion que le foot ?
J’adore la pétanque. J’aime bien le golf aussi et faire un peu de musculation.

Chronologie de l’année 2025

24 juin 2025. La Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) décide d’exclure Nîmes Olympique, relégué de National en N2, des championnats nationaux et de le rétrograder administrativement en Régional 1. Le projet de reprise sportive porté par Yannick Liron, président de l’association Nîmes Olympique et Franck Proust, premier adjoint de la ville de Nîmes, est retoqué.

Juillet 2025. L’entrepreneur Thierry Cenatiempo rejoint le projet et lance une mobilisation générale, attire de nombreux chefs d’entreprise et même d’anciens joueurs comme Renaud Ripart.

15 juillet 2025. Une délégation de cinq personnes montent à Paris pour défendre le dossier en appel devant la DNCG. Thierry Cenatiempo, porteur du projet de reprise, Yannick Liron et Maître Olivier Martin, président et avocat de l’Association NO, Franck Proust, premier adjoint au maire et président de Nîmes Métropole, et Laurent Desoli, expert-comptable du club. Un nouveau budget est présenté. Le verdict tombe : le gendarme financier revient sur sa décision et accepte de maintenir Nîmes Olympique en N2 avec encadrement de la masse salariale. Thierry Cenatiempo devient le nouveau président de la SAS « Nîmes Olympique Ensemble ».

18 juillet 2025. Reprise officielle de l’entraînement du groupe N2.

26 juillet 2025. Premier match amical à Agde, club de N3, et ancien club de l’entraîneur Mickaël Gas (succès 1 à 0, but de Oualid Orinel à la première minute !).

16 août 2025. Premier match de championnat et victoire 2 à 0 contre le FC Limonest Dardilly Saint-Didier aux stade des Antonins.

18 octobre 2025. En s’imposant 2 à 0 face à l’US Créteil aux Antonins, Nîmes Olympique devient leader de son groupe C en National 2 après 7 journées de championnat. Une place que le club conforte deux semaines plus tard en battant Saint-Priest aux Antonins (3-0, 8e journée).

21 février 2026. Nîmes Olympique s’impose pour la deuxième fois de suite en déplacement à Bobigny (2-0) pour le compte de la J19 de National 2, et signe un 3e succès de rang après Fréjus/St-Raphaël et Toulon. Le club compte 34 points (10 victoires, 4 nuls et 5 défaites) et revient à 4 points du leader, Lusitanos Saint-Maur, battu à Rumilly.

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Interview Renaud Riparthttps://13heuresfoot.fr/actualites/ligue-2-renaud-ripart-troyes-rendre-des-gens-heureuxcest-exceptionnel/

Interview Thierry Cenatiempohttps://13heuresfoot.fr/actualites/n2-thierry-cenatiempo-nimes-olympique/

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Nîmes Olympique et 13HF
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Sur le banc du FC Borgo depuis juillet 2024, l’entraîneur concilie le football avec son métier de professeur d’éducation physique au collège à Bastia. Malgré les difficultés, ça fonctionne bien : l’équipe, qui s’appuie sur des notions bien établies – collectif, exigence, performance, intensité, proximité, progression, professionnalisme – est passée de N3 en N2 et joue encore le haut de tableau cette saison.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH

Entretien réalisé le 6 février 2026, avant les rencontres FC Borgo – FC Chambly (1-2) et Wasquehal – FC Borgo (1-0)

Adrien Rossini est né à Paris mais ne le criez pas sur tous les toits ! L’entraîneur nommé à la tête du FC Borgo en juin 2024 y a fait référence une fois, quand on lui a demandé son parcours, puis une deuxième fois quand on est revenu sur le sujet, mais à la troisième, il s’est légèrement froissé : « Il faut minimiser mon lien avec Paris, ça me ferait mal au coeur que vous ne reteniez que ça, s’est-il empressé de couper; mon lien avec Paris a été imposé. C’était aussi la volonté de mes parents de faire mes études là-haut. Pour être franc, cela a été un mal-être même si j’y ai rencontré des personnes exceptionnelles qui sont restés des amis. Et de devoir reprendre le bateau ou l’avion après chaque vacances pour rentrer là où on devait travailler, cela a été une souffrance. »

« On a le sang bleu ici ! »

Photo Philippe Le Brech

Si l’ex-coach de l’Étoile Filante Bastiaise chez les jeunes et en seniors, passé aussi sur le banc du FJ Étoile Biguglia en R1, est né dans la capitale, un 14 mai et non pas un 11 mai (de l’année 1979) comme indiqué sur Internet – « Il y a une erreur sur les sites de football, cela n’a jamais été rectifié, j’ai laissé courir, mais ça me vieillit de 3 jours ! » -, c’est uniquement parce que ses parents ont dû y aller par obligation, pour le travail. Mais les racines, elles, sont en Corse. « On rentrait fréquemment. À toutes les vacances. En fait, on était saisonniers en corse (rires !). On n’avait pas d’autre point de chute de toute façon. Parce que toute ma famille est là. Ma mère est de Vezzani, un petit village dans le Cortenais, où je montais souvent. C’est là que j’ai mes souvenirs d’enfance, de vacances, je me suis toujours défini comme Vezzanais. Ce ne sont que les obligations familiales qui m’ont emmené à Paris. Mes racines sont en Corse. Mon père, lui, est d’Isolaccio, dans le « Fiumobu », mais j’y montais moins, et mes grands-parents étaient sur Bastia. Je suis rentré définitivement en Corse pour finir les études après ma licence STAPS, pour la formation des enseignants à l’IUFM, parce que c’était ma vocation. Je suis devenu enseignant, d’abord à Ghisonaccia, pendant une dizaine d’années, puis à Cervione pendant 5 ans et maintenant je suis à Bastia, au collège Giraud. J’avais vraiment à coeur de rentrer sur l’île. C’est pour ça, moi, Paris, vous savez… Je suis allé au Parc des Princes, mais c’était pour supporter le Sporting-club de Bastia en finale de la coupe de la Ligue. Je n’ai aucune empathie pour le PSG, bien au contraire, c’est un club que je n’apprécie pas du tout. J’ai toujours supporté le Sporting. Mon passage à Paris a même renforcé mes liens avec mon île. On a souvent le sang bleu ici ! »

« La Corse, une île de passionnés »

Photo Philippe Le Brech

Défenseur du Sporting, mais aussi du football insulaire dans son ensemble : « Il y a plusieurs clubs qui se battent pour rester au niveau national et j’espère que tous s’en sortiront parce c’est une île de passionnés. Les dirigeants et les acteurs du football corse oeuvrent au quotidien avec des moyens limités et rencontrent des difficultés que n’ont pas les autres clubs, parce que sur l’île c’est difficile. On banalise l’exploit mais quand je vois Balagne, Gallia, Furiani, Corte avant, quand je vois le nombre de clubs et de licenciés, tout ça dans un petit périmètre, on doit être loin devant… »

La semaine dernière, quelques jours après une victoire sur le terrain de l’US Chantilly (1-0), qui a permis à son équipe de grimper à la 2e place de sa poule en National 2, et avant de recevoir le FC Chambly dans le superbe et très fonctionnel complexe du FC Borgo, « une ville en plein expansion, qui fait beaucoup pour le sport » -, Adrien Rossini s’est confié, même s’il a rappelé qu’il n’aimait pas trop parler de lui, du moins qu’il n’en avait pas trop l’habitude. C’est vrai que le professeur d’éducation physique dans la vie civile – c’est son métier – n’est pas du style à se mettre en avant mais il s’est livré facilement, flatté aussi que l’on parle en bien de son équipe, de ses joueurs, de l’impression qu’elle dégage, au point d’en faire un promu redouté, comme peut l’être également le leader Thionville, lui aussi pensionnaire de National 3 la saison passée.

Le National 3, Adrien Rossini (46 ans) n’y avait du reste jamais entraîné avant la saison passée. Tout juste goûté comme joueur avec l’Etoile Filante dans les années 2000. Concilier son métier avec sa casquette de coach en « national » fut quelque chose dont il s’est accommodé mais avec l’accession en National 2 en mai dernier, c’est devenu beaucoup plus compliqué. Les exigences sont beaucoup plus fortes, le curseur est plus haut, le niveau aussi. Bref, pour l’instant, ça tient, mais jusqu’à quand ?

Entretien
« Le maître-mot, c’est le collectif »

Adrien, vous n’êtes pas le plus connu des entraîneurs en N2, une division qui vous découvre aujourd’hui…
Cela fait un moment que j’entraîne, depuis le début des années 2010. J’ai entraîné dans les petites catégories au début, puis dans les moyennes et enfin avec les grands puis les seniors. J’ai joué aussi, au plus haut niveau régional, à l’Etoile Filante, et en CFA2 (N3) et j’ai aussi été entraîneur-joueur.

« C’est un casse-tête parfois »

Adrien ici aux côtés de Gary Coulibaly, son adjoint, Antoine Emmanuelli, co-président du club avec Joseph Orsini. Photo Philippe Le Brech

Travailler à côté du foot, n’est-ce pas compliqué ?
J’ai toujours eu l’habitude de le faire, maintenant, c’est sûr qu’en montant de niveau, ce n’est plus pareil. En Régional 1, avec l’Etoile, c’était réalisable, en National 3 la saison passée avec le FC Borgo, cela devenait difficile parce que le club avait des ambitions et cette volonté de travailler comme à l’époque sur un profil plus professionnel, et là, cette saison, en National 2, c’est très difficile. C’est un casse-tête parfois ! J’arrive à combiner les deux mais c’est une grosse charge de travail parce que c’est presque du non-stop, du lundi au dimanche. Tout est une question d’organisation et de logistique. Ce rythme effréné, j’arrive encore à le tenir, après, si j’avais l’opportunité d’avoir un contrat qui me permette de m’engager pleinement sur mon poste d’entraîneur, je tenterais l’aventure, mais pour l’instant, ce n’est pas possible.

C’est un peu à l’image de la division : quand vous êtes en National 2, vous êtes professionnel dans les attitudes, dans les exigences, mais pas dans les contrats. Le N2 réclame l’implication d’un professionnel mais ça ressemble à la vie d’un amateur sur l’aspect financier, donc ce n’est pas évident. Après, cela dépend aussi des clubs où vous vous trouvez, parce qu’en N2, je croise des clubs où tous les joueurs sont sous contrat, où il y a des staffs à plein temps, des coachs qui peuvent se consacrer à 100 % à leur métier d’entraîneur. Pour ma part, ce n’est pas encore le cas, mais je vais réfléchir à pouvoir le faire parce que c’est ma volonté.

« Je suis né avec un ballon dans les pieds »

Photo Philippe Le Brech

Se mettre en disponibilité pourrait être une solution ?
Oui, c’est l’objectif. C’est la solution en tout cas. Vous savez, enseigner, c’est ma vocation. Mes grands-parents étaient enseignants au village, à Ghisonaccia puis Bastia mes parents aussi, mon oncle aussi, mes cousins sont enseignants d’EPS aussi, je suis né là-dedans. C’est ma vocation de transmettre. Je suis bien auprès de mes élèves mais j’ai quand même cette envie, cette passion pour le foot, qui me poussent à vouloir évoluer différemment. Je suis né avec un ballon dans les pieds. Le foot c’est ma vie. Si j’avais la possibilité de me mettre en dispo afin de pouvoir me consacrer pleinement à mon rôle d’entraîneur, je le ferais sans hésiter.

Votre parcours de joueur ?
J’étais milieu offensif. J’ai joué au plus haut niveau régional, puis en CFA2 (N3) à l’Étoile Filante Bastiaise, où j’ai commencé à préparer mes diplômes d’entraîneur, ce que j’ai continué à faire quand j’ai rejoint un club d’amis, l’Espoir club bastiais (ECB), sur la région bastiaise : on a évolué en DH/PH, et là, j’ai passé mon diplôme (il est titulaire du DES), puis je me suis impliqué dans l’entraînement, à 36 ans, quand j’ai arrêté de jouer. J’ai entraîné les 19 ans R1 de l’Étoile Filante, où je suis revenu, puis j’ai été adjoint en seniors 1 et entraîneur principal à l’Étoile Biguglia en R1. Ce sont des clubs très familiaux, où les liens entre nous étaient forts, où le plaisir était décuplé au contact des gens qui faisaient la vie de ces clubs; à l’ECB par exemple, on a vécu une très belle aventure humaine.

« Avec Gary (Coulibaly), on a les mêmes valeurs »

Après le succès à Chantilly en janvier dernier. Photo Philippe Le Brech

Comment s’est fait votre arrivée au FC Borgo ?
Je pense qu’il y avait une volonté au club de revenir à des bases, il y avait aussi une spirale un peu négative, avec un enchaînement de résultats pas forcément positifs. Donc les dirigeants ont voulu repartir sur quelque chose de plus simple peut-être. Moi, je venais de faire trois bonnes saisons avec mon club à côté. Je ne suis pas dans la tête des dirigeants mais je pense que mon travail à l’Étoile Biguglia et le fait que je sois un peu connu dans le foot amateur à Bastia, ont joué. J’étais une opportunité, un pari pour eux, et je leur en suis reconnaissant, car ils m’ont donné la possibilité d’entraîner au niveau national, N3 tout d’abord, et N2 cette année. Ils ont misé sur la connaissance de la région et de la jeunesse avec des garçons comme Gary Coulibaly et Jean-Charles Giovachini, qui composent le staff. Ils sont connus et respectés dans le foot insulaire (Mathieu Di Marzo pour la partie médicale ainsi que Nicolas Le Guevel et le Dr Albertini complètent le staff). Le club est parti dans cette idée-là et nous, on est allé à fond dans cette aventure !

Photo Philippe Le Brech

Comment se passe l’attelage avec Gary Coulibaly qui, lui, a connu le haut niveau ?
Quand les dirigeants du FC Borgo m’ont contacté, ils m’ont immédiatement mis en relation avec Gary pour voir si ça pouvait matcher. Parce qu’entre un entraîneur et son adjoint, il faut qu’il y ait des connexions. Humainement, on a les même valeurs : il est fidèle, honnête et respectueux. Avec ses compétences et son vécu de haut niveau, l’équation ne pouvait que fonctionner. Il amène ses connaissance en termes d’exigence et de « cadre ». Avant, il entraînait les U18. Comme on est sur une volonté d’être plus professionnel, c’est parfait. C’est un plus. Et on a rajouté Jean-Charles (Giovachini), l’entraîneur des gardiens, qui était avec la réserve. Il connaît très bien le football insulaire et apporte ses compétences.

Je pense que le club avait la volonté de prendre des personnes nouvelles, d’aller de l’avant, de ne plus vivre dans le passé, avec un nouveau mode de fonctionnement : le nôtre est différent de ce qu’il y a eu avant, ça amène du changement. Le club est sur une phase de renouveau, avec peu de moyen. Il a cette volonté de travailler avec les jeunes de la région, de leur donner la possibilité de s’exprimer; ce sont aussi des paris, parce que la plupart n’avait pas connu le N3 ni le N2, hormis quelques uns. C’est peut-être notre insouciance et notre passion qui font que l’on est arrivé à enclencher une spirale positive.

On n’est plus ce club de Ligue 2 ou de National comme l’était avant le CA Bastia ou le FC Bastia-Borgo. On a la plus jeune équipe de N2, on est promu, on est le club qui a le moins de contrats fédéraux dans la poule, maintenant, avec nos résultats, on est peut-être vu différemment même si ce n’est pas comparable avec avant et que l’objectif est de se maintenir en N2.

« On ne réfléchit pas à notre classement »

Avec Gary Coulibaly. Photo Philippe Le Brech

Depuis votre arrivée, les résultats sont très positifs : est-ce que votre place en haut de tableau de N2 vous donne des ailes ? Concrètement, la montée, vous y pensez, même si Thionville est détaché ?
On est conscient que c’est exceptionnel. Quand on a repris l’équipe, le groupe avait été très remanié, il y a avait eu beaucoup de départs, on s’est appuyé sur cinq ou six cadres qui, humainement, collaient à l’image de ce que l’on souhaitait, et on a rajouté des garçons, jeunes, autour, qui pour certains n’avaient pas eu leur chance avant, avaient été mis de côté dans d’autres clubs. Et avec cette jeunesse, on voulait déjà exister dans ce championnat de National 3. Quand on s’est retrouvé en haut, on s’est dit « pourquoi pas ? », et on est allé au bout.

Photo Philippe Le Brech

Cette saison, encore une fois, sans aucune expérience, en gardant au départ trois garçons qui avaient connu le haut niveau, et encore, on en a perdu deux, Jean-Jacques Rocchi, qui a dû se mettre en retrait, et Inza Diarassouba, qui s’est blessé au dos et a dû se faire opérer, et en y ajoutant des jeunes autour, des garçons de la région, certains qui étaient en réserve et d’autres qu’on a recrutés ou qu’on est allé chercher en N3, on a réussi à se mettre au niveau de la division.

Dans les trois garçons dont je vous parlais, il y a aussi Cheick Doumbia, qui est encore avec nous, c’est l’emblématique, le capitaine aujourd’hui. Voilà, on a mis le collectif en premier et ça, les garçons l’ont bien compris : c’est pour l’équipe qu’il faut se battre et non pas pour soi. Ils savent que s’ils donnent tout, le football le leur rendra. Le maître mot, c’est le collectif. On parle de défendre les valeurs, c’est bien beau, mais il faut mettre en adéquation ce que l’on dit et notre fierté, elle est là : les garçons montrent sur le terrain que l’on ne s’est pas trompé. Ils sont entiers, respectueux sur le terrain comme dans la vie.

Photo Philippe Le Brech

Aujourd’hui on a le plaisir de se retrouver dans le haut du classement, maintenant, on ne réfléchit pas à notre classement, Dieppe a un match en retard, on ne pense pas à Thionville non plus, on ne regarde pas ce que font les autres. En fait, on fait comme l’an passé : on attend le samedi et ensuite on fait le maximum, on se dépatouille, on se démène, on donne tout pour que, à la fin du match, on n’ait aucun regret. Et après on regarde les autres résultats. On a ajouté l’exigence. On sait d’où on vient, à l’image du staff, travailleur. On ne se prend pas pour d’autres. On a cette volonté de progresser, que les joueurs grandissent et si certains peuvent aller voir plus haut, c’est une fierté, comme récemment avec le petit Gaël Santini, qui est parti à Concarneau. C’est une satisfaction pour nous. Le groupe est dévoué et se bat pour le copain, le club. Mais on n’est à l’abri de rien, on est en haut de tableau aujourd’hui (entretien réalisé avant la défaite 1-2 face au FC Chambly), on peut être 12e dans un mois. À Thionville (le 17 janvier), on aurait dû gagner (1-1), mais ils ont la chance du champion et ont fait en sorte que cela tourne en leur faveur. Cela ne nous a pas souri. Ils ont une très belle équipe et de belles individualités. Nous, on a la volonté de montrer qu’on est à notre place et que les jeunes à qui on a fait confiance sont au niveau et peuvent voir encore plus haut.

Exigence et concentration

Photo Philippe Le Brech

C’est quoi, la différence, entre le N3 que vous avez fréquenté l’an passé et le N2 que vous découvrez cette saison ?
En N3, les erreurs se payaient rapidement mais on pouvait les rattraper. Un manquement sur un aspect tactique ou une erreur individuelle pouvaient ne pas coûter si cher que ça, parce que les collectifs manquaient parfois de perfection même s’il y avait de bonnes individualités. En N2, on le voit, dès qu’on se loupe, des qu’on a une absence de positionnement, de concentration, dès qu’on manque de rigueur, on est puni tout de suite.

C’est pour ça qu’on doit avoir une concentration constante et une exigence aussi. En N2, il y a plus d’intensité aussi, dans les duels, les impacts, les courses, et cette intensité créée des espaces. Il a fallu aussi se mettre au niveau sur ces plans-là. On a changé notre manière de s’entraîner afin de retrouver pendant les séances la même intensité qu’en match.

« La star, c’est le joueur »

Photo Philippe Le Brech

C’est quoi, votre philosophie de jeu ?
J’apprends au quotidien, j’aime échanger, prendre chez l’autre, même si j’ai ma vision personnelle, que j’essaie de développer au travers de mes expériences et de mes rencontres. Cette philosophie de jeu qui est axée sur l’utilisation du ballon. Pas forcément sur la possession, mais sur la maîtrise et l’utilisation. Au FC Borgo, on a opté pour des garçons intelligents et à l’aise avec le ballon : vous avez vu, on a très peu de joueurs qui font 1m80, on a des gabarits à 70 ou 75kg… Vous avez vu les autres équipes ? Certaines sont très athlétiques et la meilleure manière de combattre ça, c’est grâce à la maîtrise technique la plus efficace possible, mais attention, on n’est pas sur de la possession stérile. On essaie, sans parler de transition, d’être capable de mettre un plan de jeu efficace, à partir d’une maîtrise vraiment individuelle et collective. Pour les systèmes, j’en affectionne un ou deux. Je suis plutôt sur un dispositif où je m’adapte aux joueurs, afin qu’ils puissent s’exprimer le mieux possible. Cette année, on est un sur 4-2-3-1, parce qu’on a des joueurs qui collent avec ce système. Après, parfois, on fait des modifications parce qu’on s’aperçoit que tel ou tel joueur est mieux dans tel ou tel système. On s’adapte. La star, c’est le joueur : il faut qu’il puisse s’exprimer. L’idée c ‘est ça.

Photo Philippe Le Brech

Quel est le rythme hebdomadaire des séances ?
Les entraînements ont lieu en majorité les après-midis, parfois à l’heure de la rencontre. On a une journée où on double les séances, parce qu’on a mis en place un système afin de « pousser », d’avoir des pics, que l’on va retrouver le jour du match. Le vendredi, on module en fonction de l’avion si on doit se déplacer : on s’entraîne le matin par exemple. Sinon, quand on joue à domicile, on s’entraîne à l’heure du match la veille.

On a aussi la chance de bénéficier à Borgo d’un excellent complexe sportif. C’est sans doute l’une des plus belles installations en corse, avec un terrain pelousé derrière notre terrain d’honneur en synthétique qui a été refait. Ce terrain pelousé, on l’utilise pour la préparation physique et en début de saison pour alléger les organismes. On a un autre synthétique que l’on utile quand on rentre dans les jours plus froids et pluvieux : lui aussi a été refait, ça nous permet de bien travailler. On a une salle de musculation, une salle pour l’analyse vidéo, on a une grosse plage horaire aussi pour les soins et le travail médical : les kinés font partie intégrante du staff. Les organismes souffrent compte tenu de l’intensité des matchs et du travail sur le synthétique : l’idée c’est d’être performant et en forme en fin de semaine. C’est aussi pour ça que les gabarits ne sont pas trop costauds chez nous, parce qu’on sait que le synthétique peut vite user et provoquer des blessures.

Après, pour le staff, on est multi-cartes ! On a le kiné, Mathieu Di Marzo, le préparateur athlétique, Nicolas Le Guevel, qui est en lien avec Mathieu. Pour la vidéo, c’est nous, c’est sûr que ça fait une charge de travail supplémentaire, mais pour l’instant ça fonctionne. On travaille à fond sur tous les domaines, ça permet de rester impliqué, que cela soit sur et en dehors du terrain, d’être en connexion constante et de maîtriser tous les domaines. Comme ça, on a la tête dans tous les secteurs du jeu.

« Je suis poussé par la passion »

Photo Philippe Le Brech

Le FC Borgo, jadis le CA Bastia et le FC Bastia-Borgo, ont connu la Ligue 2 et surtout le National : y-a-t-il au club une volonté de remonter ?
Le club a appris des expériences passées. Déjà, il a la volonté d’assainir les finances, qui sont saines aujourd’hui, de stabiliser le club. Maintenant, c’est vrai que, compte tenu de son vécu, de son histoire, de l’expansion de la ville de Borgo aussi qui fait beaucoup pour la pratique sportive, compte tenu des dirigeants du club aussi qui, historiquement, sont dans le football depuis longtemps, peut-être qu’il voudra recommencer à voir un peu plus haut. En tout cas, il en a les capacités, ça c’est sur, mais chaque chose en son temps. Quand on s’investit, quand on est professionnel dans son travail, on vise la performance, c’est normal, et donc la progression des échelons.

Vous diriez que vous êtes un entraîneur plutôt comment ?
Je n’ai pas trop l’habitude de parler de moi… Ce que je peux dire, c’est que, quand j’étais joueur, j’étais à fond dans le collectif. Aujourd’hui, en tant qu’entraîneur, je pense que la lumière doit être mise sur les garçons qui sont sur le terrain. J’ai grandi dans l’humilité, la modestie, et je veux mettre en avant ceux pour qui je travaille et ceux avec qui je travaille.

Photo Philippe Le Brech

Vous êtes un entraîneur humain…
Oui. Mais je n’entraîne pas aujourd’hui comme il y a dix ans. Je suis poussé par la passion. J’ai commencé par entraîner les U8 et depuis, j’ai pris de l’expérience, et c’est un réel plus. Je suis axé sur l’humain, l’exigence, la notion de toujours vouloir grandir, la gestion du groupe : je pense qu’il faut être proche de ses joueurs.

Au FC Borgo, je suis avec des joueurs que j’affectionne beaucoup, tous individuellement. J’espère que le groupe est l’image du staff, et si c’est le cas, ça me rend fier. Je suis fier quand on parle en bien de mon équipe. Des entraîneurs m’ont dit qu’elle avait une âme. C’est vrai, elle a une âme, elle a du coeur. Elle ne paie pas de mine, mais elle dégage une force collective. Vous savez, je défends à 1000 % les couleurs du FC Borgo, qui est, avec l’AS Furiani, la 2e équipe derrière le Sporting. On veut qu’on parle de notre football en bien, on veut montrer une belle image, on veut bien représenter le football corse.

« L’Éducation nationale va mal… »

Le 11 de départ à Chantilly. Photo Philippe Le Brech

Gérer une classe de collégiens et gérer une équipe de foot, c’est quoi la différence ?
Dans le management, c’est un peu pareil, on gère la pratique d’un groupe, mais pour le reste, c’est complètement différent. A l’école, on est sur la progression et l’épanouissement de l’enfant au travers de supports qui vont leur permettre de grandir, alors que dans le foot, dans la compétition, on cherche à pousser et utiliser le joueur au maximum, afin que l’équipe soit performante, mais on n’a pas le temps pour la bienveillance, parce que la performance dirige tout. Dans l’enseignement, on se doit d’être derrière les enfants pour les amener à grandir, on est sur de l’apprentissage. Au foot, on est sur la notion de progression du joueur, la notion de performance dans le sport, c’est complètement différent. La passerelle, c est la pédagogie, que cela soit avec l’enfant à l’école ou l’humain au foot.

Photo Philippe Le Brech

Quelle est votre opinion sur ce qui se passe aujourd’hui dans l’Éducation nationale, où les faits divers se multiplient… ?
L’information amplifie les phénomènes, mais cela a toujours existé. La réalité, c’est que si les piliers ne sont pas là, la maison ne peut pas tenir : dans notre métier, il y a trois ou quatre grands piliers que chaque citoyen connaît, et l’éducation est un de ceux-là. Si on l’abandonne, la maison n’est pas stable.

Au niveau des politiques, il y a un abandon de l’Éducation nationale. Les enseignants sont délaissés et aux yeux de la population, ils ne sont plus considérés et pas respectés. Aujourd’hui, la place de l’enseignant dans la société n’est pas celle qu’elle devrait être : il est perçu comme une personne peu utile, qui va garder des enfants. Prenons l’exemple des villages : il y a quelques décennies, ils avaient leur curé, leur maire, leur enseignant, leur médecin, c’étaient des personnes clés. Mais là, l’enseignant n’est plus perçu comme une personne clé alors que c’est lui qui fait le lien avec la famille et la vie. En termes de finances, les conditions sont délabrées. Il y a un manque de respect et de considération pour ces personnes dévouées, qui ont la fibre, et on leur enlève cette fibre-là. Les enfants n’ont plus l’éducation qu’ils avaient à l’époque : maintenant, dans une classe, on fait plus un rattrapage d’éducation que de l’enseignement. L’Éducation nationale va mal, c’est une certitude.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH
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