Président depuis 2019, le chef d’entreprise franco-portugais passe en revue de nombreux sujets : son arrivée, le particularisme, l’identité, les racines et les forces du club, le « vieux » stade Chéron, le retour des « anciens » dont celui, gagnant, d’Helder Esteves, les erreurs, les ambitions et l’excellent début de saison de l’équipe, leader surprise de N2.

Par Anthony BOYER, à Saint-Maur-de-Fossés / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH

Entretien réalisé mardi 27 janvier 2026

Mapril Baptista, le président de l’US Lusitanos Saint-Maur. Photo Philippe Le Brech

À l’US Lusitanos Saint-Maur comme ailleurs, nul n’est prophète en son pays, sauf peut-être… quelques « anciens » ! Sauf peut-être Helder Esteves, l’entraîneur de l’équipe seniors, intronisé sur le banc en novembre 2023 en remplacement de Mohamed Tazamoucht, pour une mission maintien en National 3 dans un premier temps. C’était il y a un peu plus de 2 ans seulement. Depuis, que de chemin parcouru !

Il est encore un peu tôt pour dire si l’ancien goaleador des Lusitanos, dont le record de 40 buts inscrits sur une seule saison de CFA (N2) en 2000-2001 tient toujours, est ou sera l’homme providentiel des Rouge et vert, mais depuis son quatrième retour au stade Chéron (il a porté le maillot en 1998/99 avant de partir à Grenoble, puis il est revenu en cours de saison 1999/2000 jusqu’en 2001 et enfin de 2012 à 2014 !), les faits sont là. Implacables. Et les chiffres aussi. Impressionnants.

Seulement 7 défaites en 60 matchs sous l’ère Esteves

Helder Esteves, l’entraîneur de l’équipe de N2. Photo Philippe Le Brech

Depuis le premier match officiel (en championnat) du coach portugais sur le banc le 25 novembre 2023 à Montrouge (succès 2-1), l’US Lusitanos Saint-Maur affole les compteurs. Et affiche un bilan comptable incroyable, inégalé, de 35 victoires, 18 nuls et 7 défaites en 60 matchs (chiffres à jour au 30 janvier 2026) ! Qui dit mieux ?

Un maintien en 2024, une accession en 2025 et une première place en National 2 après une demi-saison et un match en 2026, devant Rumilly-Vallières , Istres, Cannes et Nîmes : le nouveau maillon fort du club, Helder Esteves, est pour beaucoup dans cette symphonie. Mais il n’est pas le seul.

Nul n’est prophète en son pays, certes, mais au club de Saint-Maur-des-Fossés, un peu moins qu’ailleurs sans doute. Et si l’embellie coïncide avec le retour de l’enfant du club, la nomination du directeur sportif Kevin Diaz, en juin 2023, lui aussi ancien joueur du club, y est également pour quelque chose. Ce n’est pas Mapril Baptista, ravi de ce retour au premier plan tant espéré, qui dira le contraire.

Une si longue attente

L’équipe de N2 2025-26. Photo Philippe Le Brech

Le président des Lusitanos, 69 ans, à la tête de ce club historique, fondé en 1966 par des immigrés portugais, est à l’origine du retour des deux hommes forts, en particulier de celui d’Esteves, qu’il avait déjà essayé d’attirer dans ses mailles en 2019, au moment de sa prise de fonction. Le PDG des « Dauphins », une entreprise prospère spécialisée dans les transformations de véhicules utilitaires en ambulances, et leader français dans le domaine, raconte d’ailleurs dans cet entretien donné au lendemain du difficile succès face à Andrézieux (2-1) ce dîner durant lequel il a tenté, il y a plus de 6 ans, d’enrôler l’ancien attaquant de Dijon, Troyes et Créteil. À ce moment-là, Helder Esteves venait à peine de quitter le banc du FC Annecy en National 2 après trois saisons (3e, 2e et 3e), et habitait encore en Haute-Savoie.

Le rêve de Mapril Baptista de le voir prendre en main les Rouge et vert s’est finalement concrétisé, quatre ans plus tard. Cela valait le coup d’attendre ! « Effectivement, nous nous étions rencontrés, nous avions eu un bel échange, raconte Helder Esteves, interrogé sur la question; mais à l’époque, je venais d’annoncer mon départ d’Annecy, où j’habitais encore, et le contexte familial était compliqué, avec notamment une fille en bas-âge. Et ensuite j’ai pris une année sabbatique. »

Une surprise en mai ?

Photo Philippe Le Brech

S’il ne tarit pas d’éloges sur son coach, Mapril Baptista, qui a pris la succession d’Arthur Machado en septembre 2019, reconnaît cependant avoir perdu du temps. Pas seulement à cause de cette longue attente, mais parce que la Covid-19 et la refonte des championnats sont aussi passés par là, et les Lusitanos ne sont pas parvenus à prendre le bon wagon en 2023, relégués en National 3.

Un coup d’arrêt finalement bien digéré quand on voit la trajectoire qui a suivi et la position de l’équipe aujourd’hui : car qui aurait pu prédire au début de cette saison que le promu Saint-Maurien ne quitterait pas les deux premières places de sa poule ? Et sur ce que les joueurs ont montré la semaine dernière dans l’engagement et dans l’intensité face à une très belle équipe d’Andrézieux, au football bien léché, on se dit qu’après tout, une surprise peut vite arriver !

Interview

Mapril Baptista : « Nous sommes tellement soudés ! »

Président, parlons d’Helder Esteves : on a l’impression qu’il a transformé les Lusitanos…
Helder fait un travail remarquable. Il ne lâche jamais rien. Je le vois, il travaille. Et on a aussi un directeur sportif qui ne lâche rien lui non plus, Kevin (Diaz), toujours présent avec le groupe, avec le staff, il est très sérieux, et on a aussi Tony (Sebastiao), l’adjoint, un autre historique. Je ne vais pas citer tout le monde mais nous sommes tous très soudés. On ne va rien lâcher. On va faire de notre mieux.

« Helder (Esteves) nous apporte beaucoup »

Photo US Lusitanos

Helder Esteves, c’est le monsieur plus, la plus-value, non ?
Il colle parfaitement au club. Il tire tout le monde vers le haut. C’est un très grand psychologue. Il est arrivé à faire un travail que d’autres ont eu du mal à faire, c’est à dire être proche de ses joueurs, ce qui fait qu’ils jouent pour lui. Vous savez, Saint-Maur est une équipe sans star. Je vais vous faire une confidence : quand j’ai pris la présidence en 2019, j’ai appelé Helder et je l’ai rencontré à Paris. On a dîné ensemble. Je voulais le faire venir chez nous. Je pense que l’on n’en serait pas là s’il nous avait rejoints à cette époque. J’avais ce pressentiment que c’était lui qu’il nous fallait absolument.

Alors, en 2023, dès que j’ai su qu’il partait de Créteil (où Helder Esteves était directeur sportif), je peux vous assurer qu’on s’est dit, avec mon directeur sportif Kevin (Diaz), qu’il nous le fallait. Qu’il fallait aller le chercher. Aujourd’hui, je suis ravi et fier qu’il soit avec nous. Je le connaissais un peu, il a été joueur et meilleur buteur de CFA avec 40 buts dans une seule saison, record de tous les temps. Et maintenant je le connais beaucoup mieux ! Il s’avère que c’était la personne qu’il fallait aux Lusitanos, et pas un autre. Dans quelques années, ce sera peut-être un autre, c’est comme ça, mais aujourd’hui, il est là, il apporte beaucoup à notre club.

Photo Philippe Le Brech

On peut dire qu’il vous a échappé une fois, mais pas deux !
Oui, c’est un peu ça (rires !)

Vous n’avez pas eu peur du fameux dicton « nul n’est prophète en son pays ? »
Là, ça prouve le contraire ! C’est différent. Cette fois, Helder est venu avec une autre étiquette que celle de joueur. J’ai l’impression qu’il se sent très bien avec nous, très bien dans ce club, c’est important. S’il avait la tête ailleurs, cela ne pourrait pas marcher comme cela.

Quand vous l’avez rencontré en 2019, qu’est-ce qui vous avait convaincu chez lui ?
Nous étions restés trois heures à parler. Il m’avait dit tout ce que je voulais entendre, c’est ça le problème. Je n’ai jamais retrouvé ça chez d’autres entraîneurs que j’ai pu rencontrer après, et je peux vous dire que j’ai rencontré d’autres entraîneurs de tous les niveaux. Helder m’a marqué. Il m’avait convaincu. Mais à cette époque, il y avait des questions de moyens aussi. Je n’ai pas perdu espoir, simplement du temps.

« J’ai peut-être perdu 3 ans »

Photo Philippe Le Brech

Vous estimez qu’entre 2019 et 2023, le club a perdu du temps ?
Disons que durant cette période, j’ai eu des entraîneurs qui étaient bien, ce n’est pas le souci, mais effectivement, j’ai peut-être perdu 3 ans. Attention, cela ne veut absolument pas dire que nous serions en National aujourd’hui, pas du tout, mais l’ambiance s’est beaucoup améliorée, cette ambiance familiale, propre au club, exactement comme dans mes entreprises, où le midi, on déjeune ensemble, où on fête les anniversaires des uns et des autres salariés. En fait, on est tous ensemble, et aux Lusitanos, c’est comme ça aussi.

Photo Philippe Le Brech

Faire revenir des anciens historiques du club, c’était important ?
Au départ, quand cela n’a pas fonctionné comme je l’ai voulu, il y a eu une réflexion de ma part. Je me suis dit que la seule solution pour que ce club puisse reprendre des couleurs et vivre, c’était d’aller chercher les anciens, ceux qui ont aimé ce maillot rouge et vert, et pas ceux qui aiment l’argent. On a la chance aux Lusitanos d’avoir beaucoup d’anciens joueurs qui sont très attachés à ce club et en discutant avec le comité directeur, j’ai eu l’idée d’aller chercher des anciens comme Kevin Diaz, qui a été joueur, et qui est notre directeur sportif (depuis juin 2023).

Il y a aussi Tony donc (Sebastiao), Miguel (Almeida), Teddy (Da Piedade), et j’en oublie ! Ce ne sont que des anciens du club, et à partir de là, a pris une direction complètement différente. On le sent au quotidien. L’US Lusitanos Saint-Maur est un club qui vit, une grande famille. Je suis fier de participer à son aventure et de l’aider à aller de l’avant. On remplit Chéron de plus en plus, on retrouve un peu le succès et cet ADN, cette volonté de bien faire.

« J’ai fait des mauvais choix »

Le « vieux » stade Chéron de Saint-Maur-des-Fossés et sa tribune en bois. Photo Philippe Le Brech

Vous évoquez le stade Adolphe-Chéron : en 2019, à votre arrivée, vous avez parlé de Ligue 2… Mais quand on voit les installations, certes charmantes et bucoliques mais vétustes, avec une tribune en bois, un éclairage insuffisant, un synthétique vieillissant, on est loin du professionnalisme…
Je ne vous cache pas que je discute beaucoup avec le nouveau maire de Saint-Maur-des-Fossés, Pierre-Michel Delecroix, parce que, même si on n’en est pas là, l’idée, c’est (il coupe)… Vous savez, je suis un chef d’entreprise : si on n’est pas positif dès le départ, si on prend un club de N2 juste pour rester en N2, il n’y a aucun intérêt. L’idée, effectivement, est d’aller un peu plus haut. Cela ne veut pas dire que l’on va aller en Ligue 2 ou en Ligue 1 bien entendu, mais je pense qu’on peut faire quelque chose, on est en train de le prouver. L’idée, c’est de monter en National. Les Lusitanos ont déjà évolué à ce niveau.

Malheureusement, avec les décisions qui ont été prises par la Fédération française de football, nous sommes descendus de N2 en N3 en 2003 et je me considère fautif, parce que j’ai fait des mauvais choix à l’époque. On a essayé de se relever rapidement et c’est à partir de là qu’on a pris la décision de faire revenir les anciens, comme je vous le disais, et d’aller chercher des gens proches du club; ça va dans le bon sens, puisque, en deux saisons, nous sommes remontés en N2. Et cette saison, on n’est pas trop mal, mais nous sommes loin de la fin de la saison. On profite de notre classement, c’est sympa, surtout que le groupe Sud est compliqué, avec des déplacements lointains.

Photo 13HF

En cas d’accession en Ligue 3, pourriez-vous jouer au stade Chéron ?
Avec Chéron, la mairie de Saint-Maur-des-Fossés a l’impression d’avoir le plus beau stade en France, ce qui n’est pas le cas. On voit la différence quand on va à Créteil par exemple. Chez nous, le synthétique commence à être fatigué, les vestiaires sont « limites », l’éclairage bien entendu pose quelques petits soucis, mais je ne perds pas espoir. Je continue d’échanger avec le maire, puisqu’au départ, quand je suis arrivé, c’était un autre maire (Sylvain Berrios, devenu député du Val-de-Marne en 2024) et je pense que l’on va trouver un compromis. Lusitanos Saint-Maur représente la Ville à travers la France, je pense que pour une commune, c’est important d’avoir un club de football qui fasse parler d’elle. En plus, Saint-Maur est une grande commune (76 000 habitants), les prix y sont aussi chers qu’à Paris qui est à 5 km, la communauté portugaise y est extrêmement importante : le maire doit tenir compte de tout cela et ce serait bien que l’on puisse continuer à jouer à Saint-Maur, à Chéron, et que l’on ne soit pas obligé d’aller jouer ailleurs. C’est mon rôle de trouver des solutions pour améliorer le stade Chéron.

« Nous n’avons pas de stars »

Tony Sebastiao, l’un des historiques du club. Photo Philippe Le Brech

Le stade Chéron, c’est la seule faiblesse du club ?
Oui. Parce que, pour être franc avec vous, nous n’avons pas de faiblesse en fait. Nous sommes tous tellement motivés pour aller de l’avant. Tellement soudés. Nous n’avons pas de stars dans notre équipe mais tous les joueurs sont déterminés. Ils sont là pour le football et pour jouer au football. Ils sont proches les uns des autres, ils sont tous camarades, ils vont de l’avant, ils font au mieux et on verra bien où ils nous amèneront.

En 32e de finale de coupe de France, vous avez dû vous replier à Créteil, au stade Duvauchelle, pour recevoir Lille (0-1) …
Oui, et contre notre volonté, parce qu’on aurait voulu jouer ce match à Chéron, c’est notre stade, il aurait mérité ça. Bon, on a joué à Créteil, il y a eu beaucoup de monde (7000 spectateurs), le match a été magnifique, mais c’est dommage. Je ne m’en rendais pas compte avant, mais même à l’étranger, ce match contre Lille a beaucoup été suivi. J’ai eu beaucoup de retours, et ça a attiré aussi des clubs comme Benfica Lisbonne, qui veulent me rencontrer. C’est magnifique !

Pas de contact avec le Sporting Portugal, votre club de coeur ?
Non, c’est vrai, mais je connais son président, on échange de temps en temps.

« On veut garder nos racines franco-portugaises »

L’équipe de CFA de la saison 1998-1999. On reconnaît Helder Esteves accroupis à gauche. Photo Philippe Le Brech

Dans l’éventualité où Saint-Maur accède dans la future Ligue 3, peut-on envisager le prêt, par exemple, de joueurs du Benfica, du Sporting ou d’ailleurs au Portugal ?
C’est très difficile à mettre en place. Un club comme Benfica ou le Sporting, par exemple, voudra que l’on prenne son identité or, justement, nous ne voulons pas perdre la nôtre. On veut garder nos racines franco-portugaises. Le club des Lusitanos de Saint-Maur fait partie de cette immigration portugaise de l’époque. Dans notre équipe, d’ailleurs, et c’est ça qui est beau, on trouve différentes nationalités. Il n’y a pas de problème de racisme. Et il y a une amitié qui s’installe.

Vous étiez déjà venu à des matchs en National à la fin des années 90 et au début des années 2000, quand le club évoluait à cet échelon (de 1996 à 1999 et en 2001/2002) ?
Bien évidemment puisque le club, je l’ai toujours suivi. J’ai même eu des collaborateurs qui ont travaillé pendant de nombreuses années avec moi, à Chelles, où j’ai mes installations, qui ont joué aux Lusitanos ! J’ai aussi des films de l’époque des années 80 ! Je suis ami avec Armand Lopez depuis le milieu des années 70 : il a fait un travail exceptionnel aux Lusitanos, dont il a été le président (de 1975 à 2002), pendant tant d’années, ce n’est pas rien. Il a été un grand monsieur pour notre club et c’est vrai qu’aujourd’hui, beaucoup de choses nous rappellent un peu la période « Armand Lopez ».

« On a déjà fait de belles choses »

Photo Philippe Le Brech

Racontez-nous votre arrivée au club ? Pourquoi avoir pris la présidence ?
Premièrement, je suis amateur de foot. Je jouais quand j’étais jeune. J’ai même eu une petite équipe dans les années 90, dans ma commune, que je gérais, à Pomponne (Val-de-Marne), avec mon beau-frère. Le football est toujours resté très proche de moi. Les Lusitanos, c’est une histoire un peu complexe dans le sens où mon prédécesseur, monsieur Arthur Machado, qui a été président pendant 9 ans, a essayé à un moment donné de me convaincre de prendre le club. Il a tourné autour de moi (sic) pendant deux ans mais je refusais à chaque fois, pour plusieurs raisons.

Mon emploi du temps ne me le permettait pas, en plus, j’étais adjoint à l’Urbanisme de ma commune, à Pomponne, donc j’étais archi-débordé (il est aujourd’hui conseiller municipal de la commune). C’était très exigeant. Je faisais cela en plus de mon travail, et entre les usines, mes installations ici à Chelles, la municipalité, ce n’était pas évident de dégager du temps.

Ceci dit, j’étais sensible à ce club. Monsieur Machado a été un peu malade à un moment donné, son épouse aussi, il voulait arrêter, et j’ai trouvé ça dommage. Ce club historique comme les Lusitanos, qui fut la première association portugaise créée par un Portugais en France à l’époque, mi-juin 1966, à un moment difficile en France, la pauvreté régnait, et tous ces immigrants portugais sont arrivés et ont fait partie de l’histoire, cela m’a tellement touché… Je suis franco-portugais à 1000 % et je me suis dit que je n’avais pas d’autre choix que d’y aller ! J’ai donc pris la présidence de ce club et j’en suis fier. Je suis fier de participer à son histoire, de l’aider. On a déjà fait de belles choses : on était 250 et on est à plus de 800 licenciés aujourd’hui, et plus de 100 éducateurs.

Photo Philippe Le Brech

Arthur Machado, vous le connaissiez avant ?
Dans la communauté portugaise, tout le monde se connaît, vous savez ! Moi-même étant portugais, c’était un ami déjà, il a juste fallu faire ce pas important. Il est resté vice-président du club, donc il est à mes côtés, participe toujours et nous aide, seulement, les responsabilités sont les miennes, c’est moi qui gère le club.

Si le club accède en Ligue 3, avez-vous le projet de « monter » une société pour gérer l’équipe fanion ?
On en parle, on en discute, mais ça sera une décision à prendre un peu plus tard. Pour l’instant, on n’en est qu’à la moitié du championnat de N2. Je vous rappelle que le but, au départ de la saison, c’était de se maintenir. Là, on sait qu’on va se maintenir, c’était le premier objectif, il est atteint. Après, on verra. Ce n’est pas facile de rester premier et ce n’est pas forcément ce que l’on cherche aussi. Mais si cela arrive en fin de saison, j’en serais fier.

« La FFF aurait pu mieux faire »

Photo Philippe Le Brech

L’été dernier, lors de la publication des groupes, le club a crié au scandale, mais finalement, elle vous va bien cette poule Sud…
Mais j’adore le Sud ! Qui n’aime pas le Sud (rires) ? Pour être franc avec vous, je suis quelqu’un de discret. Je n’ai rien dit lorsque les groupes de National 2 ont été publiés. Mais après des discussions avec les clubs de Créteil et Bobigny, on a fait un communiqué signé des trois clubs pour dénoncer cette situation. Faire partir nos joueurs tous les quinze jours dans le sud, ce n’est pas facile, cela coûte cher au club et c’est quand même fatiguant. La FFF aurait pu mieux faire. Et puis, on m’a dit aussi, c’est le « groupe de la mort », même si c’est un plaisir d’aller jouer à Cannes, à Nîmes, à Toulon, à Istres, dans ces clubs qui ont une histoire. On est fier de ça aussi.

Vous diriez que vous êtes un président comment ?
Cela me gêne de parler de moi. J’essaie de faire de mon mieux. J’aime mon club. Je suis entouré de gens très compétents.

« Le foot, on l’aime ou on ne l’aime pas ! »

Photo Philippe Le Brech

Voyez-vous un lien entre président des Lusitanos et chef d’entreprise ?
C’est presque pareil quelque part. Simplement, la différence, ce sont les recettes. Dans une entreprise, on travaille pour avoir des recettes or dans un club de football de National 2, gérée en association sportive, c’est extrêmement compliqué d’avoir des aides, des mécènes, des partenaires. Mais si on enlève cette partie financière, c’est pareil. Il faut un « chef » et des adjoints, et mon idée, c’est que dans un club de football comme dans une entreprise, il n’y ait que des responsables, du plus petit opérateur au plus grand, jusqu’aux ingénieurs. Je ne fais pas de différence entre moi, président du groupe, et qui que ce soit.

Au club c’est la même chose. Chacun est responsable d’un poste. Le seul souci, et c’est ce qui est dur à gérer, c’est qu’il faut de l’argent. On n’est pas trop aidé et je le regrette : la mairie de Saint-Maur n’octroie qu’une subvention de 90 000 euros. Le budget de l’association se situe entre 1,4 et 1,5 million d’euros.

Mais c’est pareil ailleurs, pour tous les présidents, pour tous les chefs d’entreprise : si on a une année difficile, que cela soit pour une équipe de football ou pour une société, ça fait mal, comme quand on a eu la Covid, cela a été dramatique, il a fallu se battre, pour faire face aux inconvénients et aux soucis qui nous tombés dessus et auxquels ne nous ne attendions pas. Et quelque part, on a fini par gagner.

Kevin Diaz le directeur sportif en compagnie de Joël Placido, fils de Jorge Placido, l’une des « legendes » des Lusitanos. Photo US Lusitanos

Là encore, je remercie Helder (Esteves), un très grand pro : grâce à son travail, on a pu retrouver le National 2. Réussir à faire un championnat de N3 comme on l’a fait la saison passée, avec des petits moyens, et faire une saison comme celle que l’on vit actuellement en N2, c’est exceptionnel. Surtout quand on voit les projets ou les budgets de certains de nos adversaires, parfois quatre fois supérieurs. On fait face, on a la volonté. Il n’y a pas que l’argent qui compte dans le football.

Pour terminer, le football, de l’intérieur, c’est comment ?
Le milieu est particulier. C’est difficile de le définir. C’est pour ça que l’esprit familial des Lusitanos me va très bien. Le foot, c’est quelque chose de hors-pair. Il n’y a rien qui ressemble plus au football que le football… C’est compliqué, mais pas que pour le président. C’est compliqué aussi pour les joueurs, les responsables, etc. En fait, le foot, on l’aime ou on ne l’aime pas !

La joie des Lusitanos après le succès 2-1 contre Andrézieux le 24 janvier dernier. Photo US Lusitanos
  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH
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Le 8e joueur le plus capé de l’histoire du Stade Lavallois est devenu team manager de l’équipe professionnelle. Adoré des supporters à Le Basser, au point d’avoir son propre chant, il raconte sa reconversion et revient sur sa carrière, qu’il poursuit en parallèle à l’US Changé, en Régional 1, pour le plaisir.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Stade Lavallois MFC, 13HF et DR

Entretien réalisé vendredi 16 janvier 2026.

Kevin Perrot a deux familles. La petite, avec ses deux enfants (Yanis 10 ans, Noham 4 ans) et son épouse. Et la grande, celle du Stade Lavallois, où il a marqué l’histoire, à tel point que les supporters de ce club historique entonnent à chaque match à domicile une chanson à sa gloire, quand bien même l’ex-latéral droit ne figure plus dans l’effectif.

S’il n’est plus sur le pré, il n’est en fait jamais bien loin : à la fin de la saison 2023-2024, sa dernière sous les couleurs du « Stade » après douze saisons en pro (de 2010 à 2019 et de 2021 à 2024) et dix-neuf licences oranges, sa deuxième famille lui a proposé puis offert un poste, peut-être pas celui où on l’attendait forcément, mais qu’il a rapidement accepté histoire de ne pas gamberger à force de crêper le chignon à chercher une reconversion professionnelle. Ce poste, c’est celui de… team manager de l’équipe professionnelle de Ligue 2 !

« Le foot, c’est une bulle »

Photo Stade Lavallois MFC

« Le coach Olivier Frapolli en voulait un, raconte Kevin. Il y a eu des discussions et mon nom est ressorti. Je ne sais pas qui l’a soumis mais en tout cas, le coach a pensé à moi et a dit que ça serait bien, que ça faciliterait les choses, que je connaissais le vestiaire. Le président Laurent Lairy a aimé cette idée et il l’a validée. Quand tu connais déjà l’environnement, c’est plus facile, parce que le foot, c’est une bulle, où les choses qui se disent ne doivent pas sortir du vestiaire; partant de là, c’est sur que si tu fais venir quelqu’un de l’extérieur que tu ne connais pas… Je connais les codes, donc c’est plus facile pour moi que pour quelqu’un qui n’a pas connu un vestiaire ou ce milieu. C’est bien tombé, je pense. »

À 36 ans, Kevin Perrot, 253 matchs sous le maillot du « Stade », lancé en Ligue 2 par Philippe Hinschberger lors d’un Laval – Ajaccio en septembre 2010 (0-0), est sans doute le seul « ex-pro » à occuper de telles fonctions dans les trois premières divisions françaises. Cela pourrait même faire jurisprudence et donner des idées à d’autres clubs. Après tout, dans ce milieu fermé, où la confiance et la confidentialité sont les règles d’or, qui mieux qu’un ex-joueur pour occupe ce poste ? Et quand on connaît Kevin, l’on sait que le vestiaire, c’est son truc : « brancheur », amuseur, presque leader, souvent ambianceur, cette vie d’équipe lui a toujours plu ! Ouvert, serviable, facile à vivre malgré un caractère bien trempé, Kevin Perrot s’est toujours bien entendu avec les différents vestiaires qu’il a côtoyés, et ça, c’est une qualité rare.

Il voulait devenir kiné !

Photo Stade Lavallois MFC

« Quand s’est posée la question de recruter un team manager, on a pensé à Kevin, d’abord parce qu’il est méritant, mais aussi pour gagner du temps, explique Olivier Frapolli, le coach des Tangos en Ligue 2 (depuis 2019), qui l’a eu sous ses ordres pendant trois saisons; il connaît tous les rouages du foot, il connaît le contexte, il a cette sensibilité du footballeur, et cela permettait aussi de gagner du temps ».

C’est vrai que le foot, Kevin en connaît un rayon, lui qui baigne dans le milieu depuis plus de 30 ans (il a commencé à l’âge de 5 ans à l’US Laval, où il a signé sa première licence en 1994, avant de rejoindre le « grand » Stade Lavallois en 2003) ! Et il est un autre domaine dans lequel il touche également sa bille : la kinésithérapie. « C’était vraiment un truc qui me plaisait ! J’avais pensé faire une école de kiné. Avec toutes ces années en pro, je commençais à avoir pas mal de connaissances là-dedans, sur les blessures, sur le corps humain, etc. Mais c’était trop compliqué à mettre en place, surtout avec la vie de famille. »

Un rôle de facilitateur

Photo Stade Lavallois MFC

Alors, quand est venu le temps de dire au revoir au football de haut-niveau après quinze ans de professionnalisme, une période entrecoupée de deux saisons tronquées au Puy à cause de la Covid, en National et en National 2 (de 2019 à 2021), l’on imaginait plutôt ce pur lavallois de naissance sur les terrains, dans un rôle d’éducateur, prompt à transmettre son savoir et son expérience : « C’est vrai que plus la fin de ma carrière approchait, plus je pensais à l’après, raconte Kevin, intercepté avant la sieste – il a gardé ses habitudes de footballeur ! – à quelques heures d’un match capital pour le maintien du Stade face à Bastia, vendredi dernier; Ensuite, je me suis dit, pourquoi ne pas rejoindre la post-formation et entraîner une équipe de jeunes, en U11, U12 ou U13, même si là aussi, quand tu es à ce poste, tu passes beaucoup de temps sur les terrains et tu n’as pas trop de vie de famille. En fait, je ne savais pas trop ce que je voulais faire. Quand la proposition de team manager est arrivée, j’ai étudié le truc et je me suis vite rendu compte que cela pouvait correspondre à tout ce que j’aimais. »

C’est donc dans un rôle de facilitateur, à un poste plus « organisationnel », autour de l’équipe pro, que Kevin s’est reconverti. Encore joueur du « Stade » il y a moins de 2 ans, il l’est toujours parfois dans l’esprit. Surtout, il peut concilier ce métier avec sa vie de famille. Et, cerise sur le gâteau, il continue à se faire plaisir et joue au foot en Régional 1, à l’US Changé. « En fait, je garde un rythme de joueur, que j’avais déjà. C’est vrai que quand on joue le vendredi soir, ce qui arrive souvent, c’est un gros plus car je suis libre le samedi et le dimanche, ça me permet d’aller voir jouer mon grand fils, Noham, licencié au « Stade », j’adore ça. Avec l’US Changé, on s’est mis d’accord d’entrée : je m’entraîne avec eux le mardi soir et le mercredi soir, mais pas le vendredi soir quand Laval joue. Il m’est arrivé de rentrer en bus d’un déplacement à 5h30 du matin le samedi et ensuite de repartir à 11h avec l’US Changé pour aller jouer à La Roche-sur-Yon ou ailleurs ! Mais je suis engagé dans ce projet, donc je le fais à fond, même si ça devient plus difficile. »

« Organiser, planifier, j’aime bien ça. »

Photo 13HF

Forcément, quand on est joueur pro, les autres composantes du club sont aux petits soins avec vous. Cette fois, les rôles sont inversés : c’est Kevin qui est aux petits soins avec eux. L’intéressé rectifie d’emblée : « Attention, je ne suis pas intendant de l’équipe ! C’est surtout l’intendante (Clara) qui est aux petits soins avec les joueurs, qui s’occupe des maillots, du linge, tout ça. Moi, je suis surtout dans l’organisationnel, je m’occupe de toute la logistique, notamment lors des déplacements de l’équipe. Je veille à ce que tout se passe bien, que le timing soit respecté, que rien ne soit oublié. J’essaie de mettre les joueurs dans les meilleures dispositions, de faire en sorte que tout soit fluide, que les budgets soient respectés. Après, il y a tout le travail au quotidien. Je fais aussi le lien entre la direction et le sportif, le staff technique. Ce qui est bien, c’est que je reste dans mon milieu, le foot. Et team manager, c’est un métier de contact humain, ça me plaît. C’est passionnant. Mais il a fallu que je m’adapte aussi : parce qu’au début, quand j’ai commencé, on m’a filé un ordinateur et là, il a fallu écrire des mails, mettre les bonnes formulations, faire des devis… J’ai un peu galéré ! Après, c’est normal, je rentrais dans la vie active aussi. Mais j’ai appris un tas de choses. Et puis, organiser, planifier, j’aime bien ça. »

Finalement, Kevin s’est rapidement adapté à son nouveau rôle, d’autant plus qu’il est resté dans un milieu qu’il a toujours connu, « un milieu fermé, certes, mais où j’avais mes repères. Le foot, c’est mon environnement. Et puis quand j’ai pris mes fonctions, je connaissais la plupart des joueurs, ça aide forcément. »

Être team manager, c’est aussi quelque part être l’ambassadeur, le représentant du club, d’une marque. Kevin occupe la fonction avec fierté, responsabilité, professionnalisme. Et toujours avec cet esprit qui caractérise à la fois son club et lui : celui de la famille.

Interview

« J’aime l’ambiance du vestiaire »

Photo Stade Lavallois MFC

Combien de buts as-tu marqué dans ta carrière ?
Ah ah ah ah (Rires) ! Oh la question de merde, direct ! J’en ai mis trois ! Dont un de la tête et deux du pied droit.

C’est bizarre ce but de la tête, non ?
Bah, j’avais un bon jeu de tête quand même, c’est juste que c’était rare, compte tenu de mon poste (latéral droit), que je me retrouve en position de marquer de cette façon.

Un but plus beau que les deux autres ?
Celui que j’ai marqué de la tête, justement, il était beau, je la prends à moitié au sol et j’arrive à la mettre tête opposée.

Tes qualités et tes défauts sur un terrain, c’était quoi ?
Ma technique de base et je ne lâchais rien. J’étais déterminé. Défaut, un manque de puissance.

Et dans la vie de tous les jours ?
Mes qualités, je suis gentil, marrant, serviable. Défaut, je peux avoir un sale caractère. Je peux être cool et vriller rapidement si un truc m’agace.

Tu étais un joueur plutôt…
Qui avait le sens du devoir. Je ne trouve pas dégradant de dire que j’étais un joueur de devoir. Bien sûr, je n’étais pas le plus beau à voir jouer, mais il faut un peu de tout dans ton équipe, et j’étais un joueur de club, fidèle, ça a aidé aussi.

« J’étais lucide sur mes qualités »

Que t’a-t-il manqué pour jouer en Ligue 1 ?
Ce que je disais, la puissance, la vitesse. Je n’avais pas de grosses qualités fortes, j’étais bon partout mais sans une grosse qualité forte.

Tu as eu des contacts dans ta carrière pour aller plus haut qu’en Ligue 2 ?
Non, jamais. En tout cas, mon agent ne m’a jamais parlé d’un quelconque contact avec un club de L1.

Et pour jouer ailleurs qu’à Laval, dans un autre club de Ligue 2, tu as déjà eu des touches ?
En fait, je n’ai jamais pensé à partir, et puis à chaque fois, avec Laval, je ne suis jamais resté en fin de contrat. Quand il me restait un an par exemple, on reprenait la saison suivante et je prolongeais directement de 2 ou 3 ans. Comme j’étais bien ici, je n’ai jamais pensé à quitter le club. Je suis juste parti une fois, au Puy, pendant 2 ans. D’ailleurs, mon deuxième fils, Noham, est né au Puy.

Mais tu n’as jamais rêvé de jouer un jour en Ligue 1 ?
Si, si, forcément, j’aurais bien aimé connaître le parfum de la Ligue 1, malheureusement… J’étais quand même assez lucide sur mes qualités et mes performances.

« Je maîtrise mieux les aspects du métier »

Photo 13HF

Tu es un team manager plutôt comment ?
Je suis un bon team manager (rires) ! Je suis plutôt cool et qui a du style (rires) ! La particularité, c’est que j’ai arrêté de jouer il y a moins de 2 ans, donc il y a encore ce côté vestiaire que j’adore. C’est pour ça que j’aime ce métier aussi, parce que je suis encore présent dans le vestiaire, j’aime respirer ça, parler encore avec des mecs, comme si j’étais encore joueur.

Oui mais le vestiaire a changé depuis ton arrêt : combien y-a-t-il de joueurs aujourd’hui qui étaient encore là en 2024 ?
Julien Maggiotti est revenu, Sam Sanna, Yohan Tavares, Jimmy Roye qui est devenu entraîneur-adjoint, Peter Ouaneh, Malik Tchokounté, Thibaut Vargas et d’autres, il en reste encore pas mal ! J’aime ce côté-là de mon métier.

Mais du coup, tu n’as pas peur de ne pas t’y retrouver dans quelques années, quand l’effectif aura été complètement renouvelé ?
C’est sûr, mais c’est comme tout, chaque année, il y a des nouveaux qui arrivent, et les gars, on apprend à les connaître, le lien se crée aussi, mais justement, c’est ça qui est bien. Cette transition-là, le fait de commencer ce nouveau métier avec des joueurs que je connaissais pour la plupart, ça m’a facilité la tâche. Là, c’est ma deuxième année, j’ai pris confiance aussi, je maîtrise mieux les aspects de mon métier. Avec les nouveaux, au fil des ans, le lien se créera, il y aura la même sensation du vestiaire.

« Mais vous ne deviez pas arriver demain ?? »

Photo Stade Lavallois MFC

Tu as eu des ratés depuis que tu es team manager du Stade Lavallois ?
Oui, j’en ai eu deux, mais finalement, ça ne s’est pas vu. Cette année, pour le premier déplacement de la saison, à Grenoble (J2, 1-1), la délégation arrive à l’hôtel, et là, déjà, un joueur vient me voir et me dit « Put… L’hôtel, ils ne nous attendaient pas ce soir…. ». Du coup, je vais à la réception, et on me dit « Mais vous ne deviez pas arriver demain ?? » Et là… En fait, le commercial de l’hôtel s’était trompé d’un jour. La réceptionniste a regardé s’il y avait des chambres de libres, et heureusement, il y en avait pour tout le monde ! Ouf ! Mais je n’étais pas bien, j’étais pâle. Le cuisinier aussi a été top, il n’avait pas toutes les commandes, mais il est vite allé faire des courses. Au final, on a respecté les horaires, on n’a manqué de rien. Mais ça a été une grosse frayeur.

Et puis, la saison passée, on va jouer à Toulouse (16e finale de la coupe de France, élimination 2-1), on prend un avion de ligne au départ de Nantes, sauf que dans ma communication, je n’avais pas été bon. J’avais juste dit aux joueurs, en début de semaine, de bien penser à prendre les cartes d’identité, même s’ils les avaient sur leur téléphone. Sauf qu’après, en me renseignant, j’ai compris qu’il fallait vraiment avoir la carte « physique ». Du coup, j’ai renvoyé un message à tout le monde la veille. Mais le jour J, deux joueurs n’avaient pas leurs cartes d’identité… À l’aéroport, ils n’ont rien voulu savoir. Alors on a loué une bagnole, et les deux joueurs sont allés à Toulouse en voiture, accompagnés par un ami, Arthur ! Ce n’était pas un gros raté, mais bon… Pour la petite histoire, cela a engendré des frais supplémentaires, et les deux joueurs ont dû payer. Comme j’avais une part de responsabilité, j’ai payé une part aussi, même si le président ne voulait pas. Mais vis à vis du vestiaire, j’ai tenu à le faire, ça montrait que j’avais fait une erreur.

Un chiffre fétiche ?
Le 13. Je suis né le 13. En général, les gens n’aiment pas ce chiffre, moi je l’aime bien ! Et puis j’aime bien aller à contre-sens de tout le monde ! Le 13 porte malchance, dit-on, mais c’est mon chiffre porte-bonheur !

« La couleur orange, c’est beau à porter au foot, mais tous les jours…. »

Photo 13HF

Tu as disputé 253 matchs avec les Tangos : mais dans la hiérarchie des joueurs les plus capés du Stade Lavallois, tu te situes où ?
Je crois que je suis 7e ou 8e joueur le plus capé de l’histoire du club (1), je ne sais plus, mais dans le top 10, c’est sûr.

1. Les joueurs les plus capés sont, dans l’odre : Anthony Gonçalves (364), Mickaël Buzaré (356), Christophe Ferron (348), Jean-Marc Miton (336), Guilherme Mauricio (310), Stéphane Osmond (264), Arnaud Balijon (262). Kevin arrive en 8e position.

Une couleur ?
Le bleu.

Pas le tango ?
Hum ! La couleur orange, c’est pas facile de la porter tous les joueurs ! C’est beau à porter au foot, mais tous les jours…

Passions, loisirs ?
Avant, avec le foot, je n’en avais pas tellement, parce que j’étais tellement concentré sur mes performances que dès que j’avais un peu de temps libre, je le consacrais à la récupération. Sans compter que je suis devenu père de famille, donc les loisirs, c’était plutôt avec mes enfants. Aujourd’hui, mon plaisir, c’est par exemple d’aller voir jouer mon grand fils, Yanis, au foot, il est licencié au Stade Lavallois, et de jouer au padel quand j’ai le temps. C’est un sport que j’aime bien.

« Le Stade Lavallois ? Familial ! »

Le Stade Lavallois en quelques mots ?
Familial. C’est vraiment, pour le coup, ce qui le caractérise. C’est un club qui ne s’est jamais perdu. Salariés, joueurs, on le ressent au quotidien. C’est le mot qui lui convient.

Le milieu du foot ?
Un sport magnifique. Tu prends du plaisir, surtout quand tu peux vivre de ta passion. Depuis tout petit, j’aime le foot, et d’avoir pu vivre de ma passion, c’est quelque chose pour moi d’extraordinaire.

Tu n’as jamais eu de problèmes avec ce milieu ?
C’est sûr, c’est un milieu pas simple. Un vestiaire, par exemple, ce n’est pas simple. On est tous différents, on a des caractères différents, on vient d’environnements différents, c’est ça qui est difficile à gérer. Je dis toujours que le foot est un sport individuel dans un sport collectif. Il y a des saisons où ce n’est pas simple, où c’est plus dur de se trouver sa place, de se faire sa place surtout. Personnellement, je n’ai jamais eu trop de soucis, ni avec le milieu, ni avec les contrats. J’ai toujours eu le même agent.

Avec ton caractère, tu n’as pas dû avoir de mal à te faire une place dans un vestiaire ?
C’est vrai, j’ai toujours été bien dans un vestiaire, je suis quelqu’un de naturel, d’entier, je vais vers tout le monde, j’accepte tout le monde. Après, forcément, et c’est normal, on a plus d’affinités avec certains que d’autres. J’ai toujours été respectueux.

« Je voulais vraiment vivre une montée »

Sous le maillot du Puy Foot, lors de son retour à Le Basser, en 2019. Photo 13HF

Ton meilleur souvenir au Stade Lavallois, c’est vraiment la remontée en Ligue 2 en 2022 ?
Oui et je vais te dire pourquoi : en fait, pendant des années et des années, avec Laval, on a joué le maintien, avec parfois des maintiens acquis à la fin, puis il y a eu cette période, de 2019 à 2021, où j’ai quitté le club (il a signé au Puy Foot en National), sans avoir vraiment vécu quelque chose de très fort avec mon club. Même si un maintien était déjà quelque chose de fort, parce que c’était l’ambition du « Stade ». Je regarde beaucoup de foot à la télé, je vois les équipes qui remportent des championnats en fin de saison… Je me disais que j’aimerais bien être à leur place, vivre un truc comme ça. Alors quand on a fini champion de National en 2022, au terme d’une saison longue et stressante, où cela ne s’est pas joué à grand-chose, il y a eu un truc en moi qui s’est déclenché. C’était comme si j’avais fait mon travail. Enfin je vivais quelque chose d’énorme ! C’est pour ça que je dis toujours que c’est mon meilleur souvenir.

Inversement, le pire souvenir ?
C’est la descente en National, en 2017. Cela a été une saison compliquée. Mais bizarrement, individuellement non, parce que cela a été une de mes meilleures saisons. J’ai beaucoup joué. Tout le monde avait été unanime là-dessus, sauf que le vestiaire était compliqué, rien n’allait, même au club, ça partait un peu dans tous les sens.

Tu as un match référence ?
Oui, en Ligue 2, à Nantes, à La Beaujoire. Tu ne sais pas pourquoi, tout ce que tu fais, tu le réussis. Tu te sens pousser des ailes, tu as l’impression d’aller plus vite, d’être plus fort.

Ton pire match avec Laval ?
En National, à Marignane ! Oh la la, j’ai été Ca-Ta-Stro-Phique ! Je ne sais pas pourquoi, je l’ai senti des les premières minutes du match. Laisse tomber, tu portes ta misère tout le match ! T’as l’impression que tu ne sais plus jouer au foot.

Le « contrôle Perrot », ma marque de fabrique !

Sous le maillot du Puy Foot, en National. Photo Sébastien Ricou / LPF43

Un geste technique ?
C’est le contrôle demi-volée, le ballon arrive en l’air et tu le contrôles direct au sol. C’est ma marque de fabrique. Ce n’est pas le contrôle porte-manteau en taclant que tu as vu en vidéo, quand je fais une passe-dé, non. Là, c’est vraiment un contrôle où tu mets directement la balle qui arrive en l’air, au sol. Même à Laval, quand quelqu’un fait ce geste, on dit qu’il fait un « contrôle Perrot », on a appelé ça « La Perrosse ! » Comme il y a encore pas mal de joueurs aujourd’hui avec qui j’ai joués, ça revient encore ! C’est marrant, parfois on me demande même d’expliquer comment je faisais (rires) !

Combien de cartons rouges ?
Deux je crois. Un au Mans l’année de la montée en Ligue 2 et il me semble que j’en ai pris un quand j’étais sur le banc, de Stéphanie Frappart, je ne sais plus.

Si tu n’avais pas fait du foot ?
Bonne question. Je ne me la suis jamais posée. Pour moi, cela a tout de suite été une évidence, c’était le foot. Je ne vois pas ce que j’aurais pu faire d’autre.

« Le stade Le Basser a du charme, il est chaleureux »

Photo 13HF

Le Stade Francis Le Basser ?
Il est vieux déjà (rires) ! Il a du charme, une histoire, il y a eu de belles épopées ici ! Il est même mythique, parce que c’est un stade connu dans le milieu du foot français. En tout cas, quand on est gamin et qu’on joue au foot à Laval, notre rêve, c’est de jouer à Le Basser ! Ne me demande pas pourquoi, parce que ce n’est pas le stade le plus high-tech du football français, mais pour nous, les Lavallois, c’est important, il a une âme. Il est chaleureux.

La saison où tu as pris le plus de plaisir sur le terrain ?
Avec Denis Zanko, en 2014-15, on fait une belle saison, plaisante, on finit 8e (2). J’avais dû jouer la moitié des matchs, on n’avait pas la pression du résultat. On s’était maintenu facilement.

(2) Depuis, le Stade Lavallois a fini deux fois 7e en 2023 et en 2014 avec Olivier Frapolli.

La saison où tu en as pris le moins ?
La première en National quand on est descendu (en 2017-18), à ce moment-là, l’équipe et le club sont en reconstruction, même si on ne fait pas une si mauvaise saison que cela (8e), mais c’était… pff… Il fallait digérer la descente, ce n’était pas simple. Je n’avais pas pris beaucoup de plaisir.

La ville de Laval ?
(catégorique) J’adore ma ville. Pourtant il n’y a rien d’extraordinaire ici. Je dis ça peut-être parce que j’y suis depuis toujours, que j’y suis né, que j’y ai fait toute ma vie, mais pour moi, il fait bon vivre à Laval, une ville à taille humaine, qui me convient. J’aime les Lavallois aussi en général. Beaucoup critiquent Laval, ou plutôt, ils arrivent avec un a priori, ils disent qu’il n’y a rien à faire, mais c’est quand même pas si mal ! C’est une belle ville et je m’y sens bien. J’habite à Laval même.

« Johann Chapuis me faisait trop peur ! »

Un coéquipier marquant ?
Beaucoup de joueurs m’ont marqué, notamment lorsque je suis arrivé dans le groupe, la première année, en 2010, il y avait encore Johann Chapuis, le capitaine, franchement, ce mec-là… Il me faisait trop peur, et j’ai rarement vu un capitaine aussi dévoué : il avait du charisme, le vestiaire le respectait, et à lui tout seul il arrivait à gérer les hommes. C’est lui qui m’a fait découvrir ce qu’était le métier de footballeur professionnel. Il y a aussi Anthony Gonçalves, le joueur le plus capé du club, qui a aussi été mon capitaine et qui est mon ami. Il m’a pris sous son aile quand je suis arrivé. Sinon, sur le terrain, il y a un joueur que j’ai trouvé extraordinaire, c’est Wesley Saïd, il était prêté chez nous par le Stade Rennais (en 2014-15). C’était vraiment un joueur différent, du calibre au-dessus. C’était facile de jouer avec lui. Je le cite souvent dans les interviews. Il m’a marqué.

Kévin, supporter du PSG. Photo 13HF

Tu supporters le PSG, mais cite-moi un autre club que Laval et PSG ?
J’aime bien le Stade Rennais. J’aime aller y voir des matchs, le stade est chaleureux aussi, beau, l’ambiance y est différente. Et quand on est jeune, c’est un club qui fascine un peu, de par son histoire, son centre de formation. C’est un club qui dégage quelque chose de différent.

Une causerie marquante ?
Ce n’est pas vraiment une causerie. C’est l’année où on se maintient en Ligue 2 en gagnant à l’avant-dernière journée au Havre (2-1, le 17 mai 2013), quand les cadres du vestiaire ont projeté la causerie du film « L’enfer du dimanche », sur le football américain, et le club avait demandé à nos familles de faire une petit vidéo aussi. J’ai trouvé ça marquant.

Des rituels, des tocs, des manies ?
Non. Je n’étais pas trop superstitieux. Le seul truc, c’est qu’il fallait que je sois bien dans mes chaussures de foot, c’est tout (rires). Là-dessus, j’étais vraiment « relou ». J’étais capable d’acheter une paire et si je faisais un mauvais entraînement avec, je ne les remettais plus. Ne me demande pas pourquoi, franchement, c’est abusé !

Tu devais avoir un gros budgets « chaussures de foot » alors ?
Oui, mais une fois que tu as trouvé le modèle qui te convient, c’est bon ! C’est sûr que j’ai jeté plein de paires parce que je ne voulais plus les remettre !

« Laval-PSG en coupe, un match historique »

Lors de ses adieux après sa carrière de joueur à Laval en 2024. Photo Stade Lavallois MFC

Une devise ?
On n’a rien sans rien. Je me suis toujours servi de cette phrase, même au centre de formation du Stade Lavallois. Je me suis toujours dit que le travail amènerait la récompense, même si ça n’a pas toujours été le cas.

Un modèle de défenseur ?
J’aimais R9 (Ronaldo). Pourtant, j’ai fini défenseur (il a commencé attaquant chez les jeunes).

Une idole de jeunesse ?
Je ne sais pas si on peut le dire avec les casseroles qu’il a… C’est Daniel Alves. Je trouve qu’il a révolutionné le poste d’arrière-droit. Il était défenseur-offensif.

Le joueur de légende du Stade Lavallois ?
Je ne l’ai pas connu les épopées, les années d’avant, mais si je m’en tiens à ma période, je dirais Anthony Gonçalves. Après, on commémoré une statue en l’honneur de Michel Le Milinaire, qui a marqué l’histoire du club, mais je n’ai pas connu cette période, même si j’ai grandi avec cette histoire.

Le match de légende du Stade Lavallois ?
Pour moi, c’est ce fameux match de coupe de France en 8e de finale contre le PSG (0-1, le 16 février 2003), but de Fabrice Fiorèse. Il y a eu le PSG de Ronaldinho qui est venu à Le Basser quand même ! Après, c’est toujours pareil, ça dépend des époques, les anciens diront que c’est le fameux match contre l’Austria Vienne en coupe d’Europe (16e de finale de la coupe de l’UEFA, en 1983/84), c’est normal.

Tu collectionnes les maillots ?
Non, mais quand j’en vois des jolis, j’aime bien les demander. Et sinon j’ai tous les miens de toutes mes saisons avec Laval. J’en ai gardé un à chaque fois. Mais je ne suis pas un collectionneur de fou !

Le joueur le plus connu de ton répertoire téléphonique ?
(Rires) Le plus connu, c’est Mounir Obbadi, il a eu une belle carrière. Il était bon. Quand il est venu à Laval, j’étais content. Attend, je regarde mon répertoire. Il y a Gaël Danic aussi.

« Spip », l’écureuil roux…

Combien d’amis dans le foot ?
Pas beaucoup. Après, le truc, c’est que je ne suis pas téléphone. Je suis super-content de revoir les gens mais comme j’ai du mal à garder les liens, parce que je n’envoie pas de message, que je n’appelle pas… Je ne suis pas le genre de mecs à tout le temps demander des news, et il y en a qui font ça très bien, tout le temps, comme Alexy (Bosetti) par exemple, mais je ne suis pas dans ce truc-là.

Un surnom ?
Spip ! On m’appelait comme ça. C’est un écureuil roux dans la bande dessinée « Spirou et fantasio ». On m’a toujours appelé comme ça dans un vestiaire et ce qui est marrant, c’est que quand une nouvelle saison démarrait, les nouveaux, même s’ils ne me connaissaient pas, m’appelaient comme ça ! Du centre de formation jusqu’à la fin, ça m’a suivi ! Peut-être à cause de mes cheveux, de la couleur, je ne sais pas trop.

Tu étais délégué syndical à l’UNFP quand tu étais joueur…
Il fallait un représentant et l’UNFP aimait bien que ce soit un « ancien », pour faciliter la communication. Ils avaient confiance en moi aussi. Je faisais le lien, mais je n’ai jamais poussé le truc à fond.

Tu sais qu’il y a un autre Kevin Perrot qui joue au foot ?
Oui, à Alençon (N3). On n’a pas eu la même carrière (rires). Sans lui manquer de respect !

Les supporters continuent de chanter « ta » chanson au stade Le Basser (3) ?
Oui, toujours. Quand les nouveaux arrivent, ils sont surpris. Cette chanson, c’est un beau clin d’oeil à chaque fois, et ça fait plaisir. En plus, les paroles sont marrantes.

3. La chanson : « Nous, ce qu’on veut, c’est boire l’apéro, fumer des bédos, chez Kevin Perrot ».

Toi qui a eu l’habitude du monde pro, cela ne te fait pas bizarre de jouer en R1 ?
La chance que j’ai, c’est qu’à l’US Changé, pour un club de Régional 1, les infrastructures sont cohérentes, il y a quand même des choses mises en place pour faire du foot dans de bonnes conditions et être bien. Après, c’est sur, ça reste du foot amateur. J’avais bien réfléchi avant de m’engager dans ce projet, mais je me suis dit qu’il y avait des choses sur lesquelles je devais faire des concessions. L’exigence, je me la mets tout seul, parce que pour beaucoup de joueurs, le foot à Changé, ce n’est pas leur métier, tu ne peux pas tenir le même discours. Mais j’ai été bien accueilli, par le coach, Valentin Garnier, au club depuis des années, où il a tout connu, et par tout le monde. Mais je suis engagé dans ce projet, donc je le fais à fond, même si ça devient difficile.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Stade Lavallois MFC, 13HF et DR
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Présent depuis la création de son club en 1989, Fulvio Luzi évoque la situation sportive compliquée de son équipe, dernière du championnat. Lucide, il reconnaît des erreurs, évoque les dettes, les querelles et le retour de son frère Bruno. Surtout, il demeure résolument positif, optimiste et combatif.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports.

Entretien réalisé mardi 13 janvier 2026, avant le succès du FC Chambly à Colmar 1-0 (journée 14, samedi 17 janvier 2026)

Mais qu’est-ce qui fait encore courir Fulvio Luzi au FC Chambly Oise ? Qu’est-ce qui motive encore celui qui a cofondé le club en 1989 avec son papa Walter et son frère Bruno, juste pour se retrouver le soir entre copains ?

Cette question, nous l’avons posée d’emblée à celui qui a pris la succession de Walter en 2001 à la tête du club, après 12 ans à entraîner et manager l’équipe fanion (et à jouer aussi au début !).

Positif, combatif, émotif

Lorsque nous l’avons sollicité pour cet entretien, Fulvio (62 ans) fut d’emblée d’accord. C’était peut-être le moment de faire un point sur son équipe fanion, en très grande difficulté dans son championnat de National 2 (le FCCO est dernier, avec 6 points). Un point aussi sur son club, sans doute à un tournant de son histoire.

Gérant d’une société de vente d’équipements de sports et de vêtements publicitaires, Fulvio Luzi, qui est aussi conseiller régional des Hauts de France et adjoint au maire d’une petite commune, Verneuil-en-Halatte, avait peut-être des choses à dire, même s’il a parfois manié le fameux « off ». Bavard, jovial, drôle, le président est, malgré la situation sportive, apparu très positif et combatif, jamais nostalgique et parfois très ému, au point de pleurer, submergé par l’émotion quand il a évoqué son épouse Caroline, disparue en 2024. N’oublions pas que le FC Chambly Thelle, devenu le FC Chambly Oise en 2016, fut avant tout un projet familial, et que cette famille, justement, y a laissé des plumes, que cela soit sur le plan de la santé, de l’entente entre membres et de l’argent.

Douze montées !

Avec cet article, l’idée n’est pas de refaire l’histoire du club, tout le monde la connaît : une équipe qui part de Division 6 de district et qui, 30 ans plus tard, en 2019, après 12 accessions, débarque en Ligue 2, un an après une demi-finale de coupe de France ! Franchement, quand on y repense… « En 1989, un copain d’enfance du collège me dit qu’il a peut-être la possibilité de faire un club municipal à Chambly, où il y avait un club de cheminots, et tout est parti de là, rembobine Fulvio. J’habitais à Neuilly-sur-Seine à époque. Chambly, c’est un hasard total, même si on était allé au collège à Chambly, où le premier adjoint au maire était de la famille de l’épouse de mon père. L’objectif, au départ, c’était de jouer entre potes, mais avec des ambitions quand même, parce que beaucoup d’entre nous avaient joué en DH. Donc au départ c’était plus facile, après, quand on est arrivé en Première division de district, on commençait à vieillir, il a fallu trouver d’autres joueurs, et ainsi de suite. Au total, on a fait 12 montées ».

Une situation sportive critique

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Avec cet article, l’idée était de comprendre comment le FCCO, dont l’actualité a été très agitée cet hiver (5 arrivées et 4 départs au mercato, retrait de points par la DNCG, retour de l’entraîneur emblématique Bruno Luzi presque 4 ans après son départ au poste de manager sportif, rumeurs de vente du club, démission du directeur général, querelles internes), en est arrivé là.

Depuis la double-descente en 2021-2022 (de Ligue 2 en N2), la situation est devenue très compliquée. Et même critique : dernier de sa poule en N2 malgré un budget de 1,8 million d’euros et malgré un public toujours fidèle (1200 spectateurs de moyenne cette saison, meilleure affluence de la poule), l’équipe est aux portes du N3, un niveau qu’elle n’a plus connu depuis la saison 2011/2012 !

Depuis leur victoire lors de la première journée de championnat face à l’US Thionville Lusitanos (1-0), les joueurs de Stéphane Masala n’ont plus gagné. C’était le 16 août. C’était il y a 5 mois. C’était il y a des lustres. Pour mettre fin à cette spirale de 6 défaites et de 6 matchs nuls, dont un dernier encourageant avant Noël à Dieppe, chez le 2e du championnat (1-1), Chambly a chamboulé son effectif, notamment sur le front de l’attaque. Sera-ce suffisant ? Toujours est-il qu’il y a urgence, tout le monde en est conscient.

Interview / « J’ai commis des erreurs »

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Qu’est-ce qui fait encore courir Fulvio Luzi après 36 ans et demi de club ?
C’est la famille. C’est tout. Et l’amour du club.

Oui, mais la famille, la tienne en l’occurrence, y a laissé des plumes dans le club… Il y a eu le décès de ton épouse, de ton papa, de ton beau-père…
Oui, la famille a laissé des plumes, que ce soit en termes de santé, d’entente, de relations entre les uns et les autres, et puis, bien sûr, financièrement.

Quand tu parles de relations familiales, cela veut dire qu’il y a eu des dissensions entre membres de la famille Luzi ?
Oui, parce que, quand on gagne, tout est beau, et quand on perd, alors là, ce n’est plus la même chose, mais comme partout, même si c’est sans doute moindre quand cela ne touche pas la famille. Mais bon, on avait une fête de famille dimanche dernier, pour les 80 ans de ma maman, et on était tous là.

Aujourd’hui, comment va la grande famille Luzi, celle que l’on connaît, avec ses ramifications ?
Tout va bien. On est moins nombreux. Même s’il y a des nouveaux qui arrivent, mais ce sont des tout-petits. Et ce sont surtout des filles (rires).

Ce sera peut-être l’occasion de monter plus tard une section féminine professionnelle…
Je ne sais pas ! Pour l’instant, on a toutes les catégories féminines représentées, sauf les seniors. On avait une équipe, mais toutes les filles sont parties. Et puis c’est compliqué parce que la religion s’en est mêlée.

« On traîne encore des dettes »

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Comment va le club du FC Chambly Oise aujourd’hui ?
Mal et bien. Il se relève de deux descentes consécutives. Bien souvent, les clubs qui subissent ça sont liquidés. Cela n’a pas été notre cas même si on traîne encore quelques dettes, qui sont chaque année moins grosses, et on travaille beaucoup pour revenir à l’équilibre, ce qui devrait être le cas dans deux ans.

Sont-ce ces dettes qui font que, chaque saison, le club est épinglé par la DNCG (-3 points cette saison, -3 points et -5 points les saisons précédentes en N2) ?
Il y a eu des erreurs commises chez nous, notamment une erreur de retard dans la présentation des comptes. La première fois, quand on a pris 5 points, notre ex-directeur général, Thierry Bertrand, avait fait un AVC le 1er novembre, c’était le seul à avoir signature sur les comptes, donc avec le vice-président, on s’est présenté devant la DNCG les mains dans les poches. Ils ont été compréhensifs au départ, et un mois après, on leur a présenté quelque chose mais c’était insuffisant. Et on a pris 5 points. Ces 5 points-là, disons que c’était accidentel. Les deux dernières fois, avec moins 3 points à chaque fois, on a présenté des documents en retard et pas assez travaillés. Sur l’estimé de fin de saison, il y avait deux erreurs, dont une grossière. Il y avait un nouveau DG (René-Louis Geay), qui vient de démissionner… Ce n’est pas facile. Mais je ne tire pas sur la DNCG.

Du coup, l’on ne peut pas parler d’acharnement, puisque tu as l’air de dire que c’est logique…
Non, pas d’acharnement, mais ce n’est pas non plus logique quand on regarde ce qui se passe dans certains clubs, où… Mais je ne veux pas en parler. Par contre, c’est logique que l’on soit sanctionné. La DNCG fait son boulot. Je ne serai jamais comptable. Voilà. On a deux experts comptables au club, mais il y a eu le changement de DG… Je ne veux pas parler de ça.

« On a de l’espoir »

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

La situation comptable de l’équipe, avec ces 3 points en moins cette saison, est encore plus critique du coup…
Sportivement, oui. On est en train de modifier l’équipe. On a un effectif plus petit que d’habitude, avec beaucoup de contrats fédéraux (15 en début de saison). On a aussi eu notre nouvel avant-centre, Anthony Petrilli, qui a joué le premier match contre Thionville Lusitanos, mais qui s’est blessé et on l’a perdu depuis. Et ensuite, on marquait très peu de buts, on a commencé à en encaisser… En fait, même si elle a beaucoup changé l’été dernier, notre équipe était façonnée pour jouer la montée après les bonnes saisons précédentes et elle s’est retrouvée à jouer le maintien. Tu te rends compte que le mois dernier, à Dieppe, le but de Zanga Koné, notre nouvelle recrue prêtée par Boulogne, eh bien c’était le premier de la saison à l’extérieur ! Contre Beauvais chez nous, on perd alors qu’on tape deux fois le poteau et la barre. Malheureusement on encaisse trois buts sur quatre tirs cadrés, c’est trop. Aujourd’hui, ça va mieux. À Dieppe, je n’y étais pas, mais on m’a dit beaucoup de bien de notre match, chez le 2e du championnat tout de même. On a de l’espoir. On va se battre avec nos armes pour remonter au classement. On n’a pas le choix.

En début de saison, l’équipe était programmée pour jouer le haut de tableau et elle se retrouve tout en bas : est-elle en capacité mentalement d’assumer ça ?
Je l’espère. En tout cas, les récents changements opérés à la trêve ont été effectués dans ce sens-là. Ceux qui nous ont rejoints sont habitués à jouer des maintiens. C’est notre quatrième saison en National 2 : les trois années précédentes, on a fait deux fois 3e et une fois 4e. L’an passé, on a fait une deuxième partie de saison d’enfer, alors on pensait jouer le haut de tableau cette saison, même si on a eu beaucoup de départs, parce que c’est toujours pareil, les bons joueurs de N2 partent en National.

« Je tombe de très haut »

Tu tombes de haut cette saison ?
Franchement, je tombe de très haut. Je pensais qu’on jouerait la montée, encore plus après notre premier match contre Thionville Lusitanos, une équipe très costaude, elle l’a confirmé chez nous, mais elle a fini à 9 à la fin. Je ne pensais pas qu’ensuite, cela aurait été aussi dur que cela. Mais si on prend les statistiques de tous nos matchs, on a à chaque fois plus de tirs cadrés que nos adversaires, sauf à Bourges (défaite 2-0) et à Wasquehal (0-0). Cela veut bien dire qu’il manque de la réussite.

Cela ne peut pas être qu’un manque de réussite…
Il manque aussi un mental. Or la force du FC Chambly, c’était le mental, et là, sur ce plan-là, on est surpris.

« Je n’ai pas de regrets »

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Tu n’en as pas marre de jouer en National 2 ?
Bien sûr, mais je pose la question : est-ce que la place de Chambly, une ville de 10 000 habitants, n’est pas en National 2 ? Alors on a des grosses installations, c’est vrai (le nouveau stade Walter-Luzi, inauguré en 2023, a une capacité de 4500 places assises), mais on est dans une ville et une région dortoirs. Avec des gens qui travaillent sur Paris. On n’a pas de grosses industries non plus. Malgré ça, on a pas mal de sponsors : on arrive à dégager un chiffre de sponsors/mécènes entre 700 000 et 1 million d’euros, sur un budget d’1,7 ou 1,8 million, c’est énorme, mais on fait un travail de fourmis.

Mais je ne suis pas lassé du N2. Si on met 5 ans pour remonter, ça sera formidable, parce que Chambly en National, il faut le voir, c’est formidable ! Il y a très peu de villes de cette taille-là à ce niveau-là (il réfléchit). Il n’y en a pas d’ailleurs, même en National 2. On est quand même resté 8 ans entre le National et la Ligue 2. En Ligue 2, la deuxième saison, on est descendu à la 89e minute du dernier match, on a pris le Covid anglais qui était beaucoup plus « méchant », on ne jouait pas chez nous (l’équipe jouait à Beauvais), bref, il y a beaucoup de choses qui font nous demander « et s’il n’y avait pas eu tout ça ? ». Mais je n’ai pas de regrets. Ce que j’ai vécu dans le football, c’est extraordinaire. Je suis plutôt dans le positif que dans le négatif. Je suis conscient que je ne tire plus la charrue comme avant. J’ai pris des coups de la vie. J’ai pris de l’âge aussi. Il faudrait quelqu’un qui prenne le relais, une locomotive qui tire tout le monde derrière lui, et comme ça je pourrais continuer à amener les sponsors.

Justement, en novembre 2024, tu disais dans les colonnes du Courrier Picard que tu voulais passer la main et tu évoquais ton départ…
J’évoquais mon départ mais sans partir. Je compte rester dans la région et j’irai toujours voir le FC Chambly jouer. Je donnerai un coup de main si on a besoin de moi. J’ai créé le club. On était en D6 de district. Je serai toujours là, même vis à vis de ma famille, parce que j’ai des gens de ma famille qui sont au club, qui aiment le club. Simplement, à un moment donné, il faut se rendre compte que l’on est moins performant. Et moi, je suis beaucoup moins performant. Regarde Avranches avec Gilbert (Guérin, décédé en octobre 2023), regarde Concarneau avec Jacques (Piriou), même Quevilly Rouen avec Michel (Mallet) ou Gérard Roquet à Béziers, ces gens-là, quand ils sont fatigués, quand ils s’essoufflent, ce n’est plus le même club après. Et il y a eu Jean-Pierre aussi (Scouarnec), à Dunkerque, même si lui, il a bénéficié de beaucoup plus de de subventions municipales et de l’agglo, du fait de la taille beaucoup plus importante de son territoire. Il ne faut pas se leurrer. Edwin Pindi (l’ex-secrétaire général de Dunkerque) m’avait dit, à l’époque où on jouait contre eux en Ligue 2 (en 2020-21), qu’ils avait 340 000 euros de sponsors. Nous, on avait 1,7 million ! Le boulot n’était pas le même. Les visions de clubs étaient différentes.

« J’ai trois offres de rachat en ce moment »

Le FC Chambly, à sa création. On reconnaît Fulvio (en bas à gauche) et Bruno (en haut, 4e en partant de la gauche). Photo FC Chambly

Quid de la vente du club ? On suppose, compte tenu du budget du club, de ses installations, de son histoire, que le FC Chambly vaut entre 1 et 2 millions…
Tu supposes bien, mais l’objectif, ce n’est pas de vendre cher. L’objectif, c’est de vendre avec une pérennité. J’ai trois offres en ce moment. On a refusé une offre à 2 millions l’an passé, parce qu’on a pensé que, sur le plan de la pérennité justement, ce n’était pas ça. On voit bien aujourd’hui comment ça se passe : des clubs sont rachetés, puis 2 ans après ils sont à vendre. Le gens viennent s’amuser dans le football, ils ont de l’argent, mais ils ne connaissent pas le milieu et toutes ses galères. Pour être transparent avec toi, j’ai rendez-vous avec une personne cet après midi (entretien réalisé mardi 13 janvier). Depuis la montée en Ligue 2, on a eu à peu près d’une trentaine d’offres. Après, on est à 30 minutes de l’aéroport de Roissy, à 35 du Bourget, on est attractif. Dans les offres que l’on a, il y a aussi des gens qui veulent investir au club, mais sans le racheter.

Le stade Walter-Luzi. Photo 13HF

Aujourd’hui, le club est très connu et a bâti sa réputation…
Tous les gens du foot en France connaissent Chambly aujourd’hui. Notre image est bonne. Il n’y a jamais eu de problèmes graves au club. Les gens de l’extérieur ont toujours été bien reçus. On est dans les plus petites villes de N2 et c’est nous qui, dans la poule, avons le plus de supporters au match, 1 200 en moyenne. On était 1 600 l’an passé mais on jouait le vendredi soir. Là, le samedi, c’est plus difficile. On ne joue pas assez le vendredi. On est derniers du championnat, mais l’attachement au club est là, les gens se reconnaissent en lui. Et on a 120 partenaires, qui amènent leur pierre à l’édifice, ce qui fait que l’on touche des gens d’un peu partout. Parce que le club, ce n’est pas que les Luzi. C’est beaucoup de personnes qui travaillent, qui donnent un coup de de mains.

Le FC Chambly est souvent cité en exemple aussi : beaucoup de clubs amateurs aimeraient lui ressembler, créer une belle histoire comme la sienne…
C’est ce qu’on a voulu aussi. Tout ça, ça reste dans la tête. Ce sont des souvenirs extraordinaires. Quand on était en Ligue 2, on a gagné à Lorient, à Troyes, au Paris FC… Aujourd’hui, on est en difficulté, mais il ne faut pas lâcher le navire quand il coule.

« Avec Bruno (Luzi), on a été un peu brouillés »

Bruno et Fulvio Luzi entourent le maire de Chambly, David Lazarus. Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Parlons de ton frère Bruno, qui a fait son retour fin novembre dans le rôle de manager : on vous croyait un peu brouillé…
On s’est quand même toujours un peu parlé. Lors de notre dernière saison de National, en 2021/22, on joue à Châteauroux, on mène 1 à 0 à la fin et finalement on perd 2-1. On est 9e. Et Bruno me dit « Il faut que tu changes d’entraîneur, on va descendre ». On est début octobre.

Puis, à six matchs de la fin, on perd chez nous contre Châteauroux 2 à 0 et j’entends dire « Il faut que l’on change de coachs, pour créer un électrochoc ». J’appelle Bruno le lendemain et je lui dis « Voilà… » Il me dit « Oui, oui, il faut tenter quelque chose ». On a tenté, il restait six matchs, on est descendu. C’est vrai qu’après, on a été un peu brouillé. Là, son retour, il nous fait du bien.

Même si Bruno a déclaré qu’il n’était pas venu pour prendre la place de qui que ce soit, c’est humain de penser qu’il puisse, si les résultats ne s’améliorent pas, remplacer le coach Stéphane Masala ?
Je peux comprendre que les gens pensent ça, mais ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, ce n’est pas l’idée. C’est Stéphane Masala qui nous a demandé l’an passé de faire rentrer Bruno. Je suis un démocrate. J’ai un bureau, il y a neuf personnes. Il y avait des gens pour, des gens contre. Et il y avait aussi un problème financier. Cela a traîné. Mais à un moment donné, il fallait prendre une décision, parce qu’on allait dans le mur. Et puis l’arrivée de Bruno, cela permettait à Stéphane d’être déchargé d’une pression incroyable qu’il avait sur les épaules.

Mais si ça se passe mal dans les prochains matchs, la question va forcément se reposer…
Pour moi, on finit la saison comme ça. Mais je ne suis pas tout seul à décider.

Si le club descend en N3, ce serait une catastrophe pour le club ?
Non, le club existera toujours. Mais ce serait un gros coup d’arrêt. Le football a changé : quand on est monté de CFA (N2) en National en 2014, à l’époque, tous nos joueurs travaillaient. Il n’y avait que les réserves de Lens, Lille, et aussi Beauvais, qui descendait de National, où les joueurs ne bossaient pas, et peut-être aussi Quevilly. Tous les autres travaillaient. Maintenant, en National 2 (ex-CFA), plus personne ne travaille à côté, les joueurs ne font plus que du foot. Les mentalités ont changé aussi. Donc c’est plus dur de monter.

Aujourd’hui, il faut redresser le club, déjà financièrement. Et sportivement. Nos jeunes sont en R1, sauf nos U18 qui sont en R2 mais qui sont premiers, la réserve de Régional 1, qui est composée de joueurs de 21 ans, espère se sauver comme tous les ans (elle est avant-dernière), notre équipe C en R3 est composée de joueurs de 19 ans de moyenne d’âge, elle est en milieu de tableau, et tous les ans il y a des joueurs de la C qui vont en B, et des joueurs de la B qui vont en équipe Une.

« On tire la langue, mais on va y arriver »

Stéphane Masala à l’entraînement, avec l’une des dernières recrues, Koné, prêté par Boulogne. Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Parlons des finances : tu parles de dettes, mais il y a eu un déficit aussi…
L’année dernière, on a eu un déficit de 120 000 euros, mais ce sont surtout nos dettes qui nous plombent. En fin de saison, on aura encore 200 000 euros à rembourser. On a 607 000 euros de capital. La plus grosse dette, 170 000 euros, c’est une dette de la mutuelle Klesia, qui date de l’époque Ligue 2, quand il y a eu la Covid. L’État avait demandé à l’organisme de retraite d’attendre avant de ponctionner, et de faire un moratoire pour aider les clubs. Depuis, on a refait un autre moratoire, et on paie 6 000 euros par mois, ça va, pour un club comme le nôtre. On va l’épurer.

Après, il faut savoir aussi qu’on a de gros écarts de trésorerie en N2 selon les clubs, parce que, par exemple, chez nous, on ne touche aucune subvention les six premiers mois de l’année, or les subventions représentent quand même 40 % environ du budget. On tire la langue, mais on va y a arriver. C’est pour ça qu’on a pris moins de joueurs cette saison. Avant on avait un groupe de 23 et là, on a des jeunes pour compléter les contrats fédéraux.

Ce qu’on peut dire, c’est qu’aujourd’hui, le club va mal sportivement, il éponge ses dettes, mais d’ici 2 à 3 ans, cela peut devenir un autre club. Peut-être même la saison prochaine. Et là, ce ne sera plus la même chanson. Chez les Luzi, on s’est toujours dit « Si on ne monte pas, on ne monte pas ! ». On est resté 4 ans en première division de district, trois ans en 3e division de district ! En promotion de première division de district, la D2 district d’aujourd’hui, on est resté 3 ans, pareil en R3 et en R2… On est resté 5 ans en National, alors…

« Je n’avais plus la tête au foot »

Tu as commis des erreurs ?
Oui, les dernières années, j’ai commis des erreurs en relâchant un peu ma mainmise sur le club. J’y ai été obligé en raison des événements que j’ai subis dans ma vie personnelle. Je ne venais plus au club, parfois pendant un ou deux mois. L’année où on descend de National, je ne suis pas présent. Je dois aller quasiment tous les jours à Villejuif, où est soignée mon épouse, c’est à 78 km de chez moi, ce n’est pas loin, mais c’est en moyenne 2h30 de route pour y aller, et autant pour revenir. Je n’avais plus la tête au foot. En N2, la première saison, mon épouse retrouve de la vigueur, je reviens un peu plus souvent aux matchs. Par contre, j’ai ouvert la direction du club… Voilà. J’ai fait des erreurs. Mais je les referais s’il le fallait.

Le National ou la future Ligue 3, tu as tiré un trait ?
J’ai toujours l’ambition d’y retourner, mais les trois premières années de N2, on est tombé sur le FC Rouen, sur Boulogne et sur Fleury la saison passée qui a fait un championnat d’enfer. Là, cette année, il faut se sauver, et comme dit Bruno (Luzi, son frère), souvent, quand on a été en difficulté, on est monté la saison d’après ! On verra si l’histoire se répète.

Fulvio Luzi du tac au tac

Avec Jean-Michel Rouet, dirigeant du club. Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Ton meilleur souvenir ?
Concarneau-Chambly, 0-3, le 19 avril 2019, on monte en Ligue 2. Ma mère est Bretonne, elle habite dans l’Oise, mais elle est au match, il y a mon épouse, mes deux enfants, Stefano et Aurélia, mon oncle, mes cousins, mes cousines. C’est un moment de famille extraordinaire.

Le pire souvenir ?
Chambly-Strasbourg en 1/4 de finale de coupe de France (en 2018). On gagne mais on apprend juste après le match que mon père, Walter, est mort.

Plus grande déception ?
De ne pas avoir eu le nouveau stade en Ligue 2.

C’est vrai que ce stade, en National 2… Il est magnifique, bien conçu…
C’est un stade à l’Anglaise, très bien pensé. Franchement, la mairie a fait quelque chose d’extraordinaire.

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Un modèle de président ?
J’en ai plusieurs. Il y a Jacques Cantrelle, président en district du club de Bornel, situé dans un village à côté de Chambly, et Gérard Level, le président de Verneuil-en-Halatte, près de Creil, où j’habitais. C’était des présidents humains, comme mon père Walter l’était. Quand on voyait mon père, on avait envie de discuter avec lui, de boire un coup avec lui. Ces gens-là avaient la faculté de bien t’accueillir dans leur club et ça m’a marqué.

J’ai été très marqué aussi par un truc : la première année quand on monte en Régional, je vais à l’assemblée des clubs, dans un amphithéâtre. Devant moi, il y a des présidents de clubs qui lancent « Tiens, il y a l’autre con de Roye » ! Tu te souviens du club de Roye, qui est monté jusqu’en National ? Son président s’appelait Philippe Lespine. Je ne le connaissais pas. Mais le mec, il emmène village de 7 000 habitants en National. Et les autres lui « dégueulent » dessus… La première fois que je joue à Roye, ça se passe bien, on gagne 2 à 0. Puis on doit y retourner en coupe de France, mais on oublie nos licences ! Ma soeur roule comme une dingue pour nous les ramener juste avant le début du match. Philippe Lespine me dit « de toute façon, on va jouer, il est hors de question que vous soyez forfait ». J’ai trouvé ça extrêmement sportif. C’est quelqu’un qui m’a appris que l’on pouvait être détesté par sa réussite. C’était mon cas ensuite. Je ne suis pas quelqu’un de vantard mais il ne faut pas me chatouiller. Je suis assez souple, sympa avec tout le monde.

Voilà, ce sont les trois présidents qui m’ont le plus appris, même si je garde un souvenir particulier de Gilbert Guérin, le président d’Avranches, qui était un personnage hors norme : ce qu’il a fait dans son club, dans une ville plus petite que celle de Chambly, c’est fabuleux. J’ai beaucoup de respect pour lui. J’oublie aussi Pascal Cocuelle, l’ancien président de l’US Chantilly : on s’est rencontré en DH. On s’est fait des coups tordus tous les deux. On ne s’aimait pas trop mais on était courtois. J’ai habité Chantilly, j’ai joué 4 ans au club, on avait des bons rapports, mais on ne se faisait pas de cadeaux. On s’est joué en coupe, on va chez eux, au 8e tour, en 2013/2014, et il avait des soucis pour organiser le match et il était discuté en interne. Je lui ait dit « On va t’aider » : on a fait une belle fête, on lui a laissé la recette et on est devenu amis ! Il est décédé depuis, mais c’est lui qui devait devenir le président de l’association du FC Chambly en 2019, à la création de la SAS FC Chambly. Il me complétait bien, il était courtois, il savait recevoir les gens, en plus, moi, j’allais sur le banc pendant les matchs.

Bruno et Fulvio Luzi avec Leonardo, l’ancien directeur sportif du PSG, lors d’un match amical. Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Aujourd’hui, suivre les matchs sur le banc, c’est terminé ?
J’ai arrêté d’aller sur le banc de touche quand on est descendu de Ligue 2 en National. Je suis en tribune maintenant. Je ne bouge plus. Je ne vois quasiment pas les joueurs avant ou après le match la plupart du temps. J’ai changé. Je joue mon rôle avec les partenaires et les politiques.

Le 16e de finale Chantilly – Rennes, tu l’as suivi, tu l’as regardé, tu y es allé ?
Non, j’avais la fête de famille. De toute façon, je ne regarde pratiquement pas de match, même à la télé. Le dernier match que j’ai regardé, c’est PSG / Inter Milan en finale de Ligue des Champions. Je ne suis pas un fan de foot. Je suis un fan de la compétition. Je suis un fan de tennis et de ski descente. J’ai été supporter du PSG de l’âge de 11 ans, à l’époque de Mustapha Dahleb, François M’Pelé, « Loulou » Floch, il y avait 10 000 spectateurs au Parc à tout casser ! Quand j’étais étudiant, j’allais avec le kop de Boulogne et après j’y allais moins, puis plus du tout.

Soir de match à Lorient, en Ligue 2. Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Il paraît que tu as été journaliste…
Oui, j’ai fait l’Institut Français de presse (Paris-Panthéon-Assas), j’ai travaillé au Parisien, comme pigiste, pendant 9 ans, j’ai été titularisé aussi ! J’ai eu un accident de voiture en revenant d’un reportage, il a fallu que je trouve du travail. Un copain a monté une boîte dans le commerce, il vendait des télécopieurs, il m’a dit « viens travailler avec moi ». Je gagnais mieux ma vie qu’au Parisien et je suis redevenu pigiste dans le même temps. Sans regrets, parce que financièrement, pigiste, c’était dur. C’est au Parisien que j’ai connu Jean-Michel Rouet aussi (dirigeant du club), il y a travaillé quelques mois avant de partir faire sa carrière de reporter à LEquipe !

Un sportif ?
Je suis un fan du tennisman Jimmy Connors et de son tempérament de gagneur, de compétiteur ! Je me souviens de sa finale perdue contre Borg à Wimbledon en 77, il perdait 4/0 au 5e set et il était revenu à 4/4 !

Un président avec qui tu ne partirais pas en vacances ?
Celui de l’OM.

Le joueur emblématique du FC Chambly ?
Thibault Jaques.

Le match de légende du FC Chambly ?
Chambly – Monaco en coupe de France (4-5, en 2017).

Tes qualités et tes défauts ?
Je ne lâche rien. Et en défaut ? Je suis un connard (sic).

Tu es un président plutôt…
J’ai été un président fonceur mais je ne suis plus le même président qu’avant.

Un stade ?
Le Parc des Princes.

Des amis dans le football ?
Au moins une cinquantaine. Toutes les trois semaines, chez moi, on fait une pasta-party, et on est nombreux (rires) ! Parmi eux, il y a même encore des gens qui sont là depuis le début de l’histoire, et qui sont toujours au club !

Ta décision de président la plus difficile à prendre ?
Mettre Bruno (Luzi) sur le côté.

Ta négociation la plus difficile ?
Avoir le stade de Beauvais pour jouer nos matchs en Ligue 2.

Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Une anecdote ?
En coupe de France, on est en 3e division de district, on va jouer à Château-Thierry, une très grosse équipe, qui joue en CFA, ils viennent de battre la réserve du PSG 5 à 1. Je suis entraîneur-joueur et dans le vestiaire, je dis à mes joueurs, « Attention, on n’en prend pas plus que 5 », et là, les mecs me regardent comme si j’étais abruti, ils me disent « T’es malade, on va gagner ». Voilà. C’est une fierté. Parce que mes joueurs y croyaient vraiment. Leur devise, c’était de se dire « Ensemble, on est plus forts qu’eux ». C’est vrai qu’à l’époque, chez nous, les entraînements étaient plus durs que les matchs. « Flo » Routier (ex-adjoint de Bruno Luzi), qui est à l’OGC Nice aujourd’hui, pourrait t’en parler ! Finalement, on perd 3 à 0 mais à 1-0, on a eu la balle de 1-1. C’était en 1994.

Une devise ?
Je ne salis pas, je ne renie pas ce que j’ai aimé. Par exemple, un joueur qui n’est plus aussi bon qu’avant, on va le remplacer, mais mes rapports avec lui ne vont pas changer. J’ai eu la chance dans mon couple de tomber sur une fille avec laquelle ça collait. J’ai eu cette chance d’avoir crée un club de foot. J’ai eu de la chance dans ma vie.

Avec Bruno Luzi et Florent Routier (ex-adjoint). Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports

Une anecdote ?
Lors de la première année en National (2014/2015), on est 3e à la trêve, mais physiquement, on a du mal à finir le championnat. En fin de championnat, on va au Red Star, qui en cas de succès contre nous monte en Ligue 2. Je suis stressé comme pas possible. Et on sait qu’on reçoit Istres pour le dernier match, qui a des soucis et qui vient avec sa réserve. Donc au Red Star, on se dit qu’on va perdre, et prévient nos joueurs : « Surtout ne prenez pas de cartons, pas de risques, faites attention, il faut gagner la semaine prochaine contre Istres », et on prend 8-0 devant les caméras de MaChaîneSport… Notre défaite la plus lourde. En fait, on a dit à nos joueurs « de ne pas y aller », « de ne pas envoyer », comme un contre-ordre, alors qu’on leur disait auparavant « les gars, premier ballon, tampon… Deuxième ballon, Tampon. Troisième ballon, tampon ». Et là, au Red Star, tu leur dis « surtout ne prenez pas de risques »… Et on a quand même eu un expulsé !

Le club du FC Chambly, en trois adjectifs ?
Ambitieux, familial et identitaire.

Le milieu du foot en trois mots ?
Travail, argent et installations.

Un chiffre ?
Le 14. Quand j’entraînais, on pouvait mettre le numéro que l’on souhaitait, et je prenais le 14, comme ça les mecs ne se sentaient pas remplaçants, d’ailleurs je faisais pareil avec les maillots 12 et 13, que je donnais à des titulaires ! Sinon, j’ai longtemps joué avec le numéro 4 aussi.

Une date ?
(Il réfléchit longuement). 30-09-1981. (sa voix tremble).

A quoi correspond-elle ?
Le 30 septembre 1981, c’est la première fois que je sors avec ma femme (sa voix tremble, il pleure).

Un plat ?
J’en ai deux. Les spaghettis ! N’importe comment, peu importe, mais spaghettis ! Il ne faut pas me servir des macaronis ou des trucs comme ça (rires) ! Et le Gulasch, le plat de ma femme, qui était autrichienne, ça ressemble à du pot-au-feu, c’est très-très bon.

Un loisir ?
Je n’ai pas de loisir, sinon le ski, même si je n’en ai fait plus. J’y étais avec mes enfants Stefano, avec un « f » Stefano (33 ans), et Aurélia (29 ans). C’est une joie pour moi.

Ta ville en Italie ?
Rome ! J’aime Frosinone et Alatri aussi, près de Rome. C’est là-bas, dans les montagnes, au sud de Rome, que j’ai appris à parler la langue, à l’âge de 31 ans. Mon père était originaire de la République de San Marin.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
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Élevé à l’école havraise, l’ex-défenseur avait rangé les crampons à 20 ans pour reprendre la boîte familiale, avant de replonger 6 ans plus tard, mais dans le rôle de coach. Aujourd’hui, il est celui qui a conduit l’US Chantilly du Régional 1 au National 2 et en 16e de finale de la coupe de France, où son équipe sera opposée à Rennes et à Habib Beye, qu’il avait rencontré lors d’un entraînement du Red Star. Un épisode qui l’a profondément marqué.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : 13HF, Philippe LE BRECH et US Chantilly.

Entretien réalisé avant le 16e de finale de coupe de France contre Rennes

Le Château de Chantilly. Photo 13HF

Chantilly. Son château, joyau du patrimoine français, son parc, ses Grandes Écuries. Son hippodrome, ses courses de chevaux et surtout son Prix de Diane. Sa forêt et ses près de 6 500 hectares. Sa crème fouettée délicate et onctueuse, tantôt sucrée, tantôt aromatisée. Et aussi son club de football installé dans le top 100 français depuis un an et demi, en N2, après deux accessions en quatre ans (de R1 en N3 en 2020 et de N3 en N2 en 2024).

Rarement une équipe de ce niveau n’avait aussi peu collé avec sa ville, haut-lieu de la bourgeoise et de la noblesse, très éloignée de l’image beaucoup plus « populaire » véhiculée par le ballon rond. Et dire que, au milieu de toute cette aristocratie coule l’US Chantilly, qualifiée pour la première fois de son histoire en 16e de finale de la coupe de France, et toujours en course pour un second maintien consécutif en National 2. Pas un mince exploit quand on voit les infrastructures loin d’être luxueuses et les locaux exigus du complexe sportif des Bourgognes.

Si le club de cette ville de 12 000 âmes en est là aujourd’hui et a tant évolué, il le doit au travail de ses dirigeants évidemment, l’on pense à son président Anthony Brice et à son comité directeur, mais c’est surtout le fait d’un homme : Yacoub Yassine. Cet ancien défenseur central passé par le centre de formation du Havre entre l’âge de 14 et 18 ans, sans parvenir à signer pro, avait complètement mis le foot de côté après deux saisons, ses deux premières en seniors, avec la réserve de Beauvais, en Division d’honneur. Il avait alors 20 ans.

Après une parenthèse de 6 ans qu’il raconte dans cet entretien donné dans son minuscule bureau au stade des Bourgognes, où le « onze » du FC Freyming, club de Régional 2 et futur adversaire en 32e de finale de coupe de France 5 jours plus tard, est dessiné au tableau (l’US Chantilly s’est qualifiée 3 à 0 sur le terrain du petit Poucet), et où les images de la récente défaite contre l’incontestable leader Thionville Lusitanos (1-2) tournent en boucle sur le grand écran, le natif de Beyrouth, au Liban (36 ans, 37 le 22 janvier), qui a grandi à 7 kilomètres de Chantilly, à Creil, dans l’Oise, nous a reçus.

Retrouvailles avec Habib Beye

Yacoub Yassine va retrouver Habib Beye, qu’il avait rencontré à La Courneuve en février 2024, lors d’un entraînement du Red Star. Photo US Chantilly

Sous l’oreille attentive de son analyste vidéo Julien Piotrowski, il a évoqué son parcours, son ascension, son ambition pour son équipe et pour lui, sa vision du foot et… ses retrouvailles avec l’entraîneur du Stade Rennais, Habib Beye, qu’il va affronter dimanche à Beauvais en coupe de France ! Yacoub l’avait sollicité lors d’un entraînement du Red Star, en février 2024, auquel il assistait, à La Courneuve : « Il avait fait un exercice de reprises avec beaucoup d’intensité que je n’avais pas compris et je voulais qu’il me l’explique, on a discuté, ça a duré un long moment, et franchement, ce fut une conversation extraordinaire ! »

Dans ce long entretien, Yacoub Yassine évoque aussi l’évolution de son club, dont la particularité depuis la fin de l’été est de « délocaliser » pendant 6 mois ses matchs de National 2 à Senlis, à 10 km de là, le temps de laisser à la lumière du jour le soin de rejouer son rôle d’éclairage naturel, puisque le stade ne dispose pas de projecteurs.

10 000 spectateurs attendus à Beauvais

Photo 13HF

Mais l’US Chantilly n’est plus à un écueil près : en janvier 2025, la veille d’un déplacement à Créteil, la municipalité cantilienne avait publié un décret interdisant l’utilisation du terrain d’honneur alors que l’équipe de Yacoub Yassine était justement en train de s’entraîner dessus ! Ce qui avait valu l’intervention des forces de l’ordre afin de s’assurer que le message de la municipalité – « tout le monde dehors » – soit bien passé.

Cette même municipalité, qui ne fait pas du football sa priorité, va pourtant bénéficier bien malgré elle des projecteurs – pas celles du stade, hein ! – lors de son 16e de finale historique de coupe de France face au Stade Rennais (Ligue 1). L’événement le plus important dans l’histoire du club aura lieu dimanche 11 janvier (18h) au stade Pierre-Brisson à Beauvais, qui abritait autrefois des rencontres professionnelles (la dernière saison de l’ASBO en Division 2 remonte à 2001/2002) et aussi celles du FC Chambly. L’affiche va attirer 10 000 spectateurs, quand les rencontres de championnat de l’US Chantilly se déroulent devant plusieurs centaines de fidèles…

Cette mise en lumière doit servir le club afin de grandir et fidéliser un plus large public et aussi, peut-être, attirer de nouveaux partenaires. La coupe peut être ce formidable accélérateur, à condition que l’héritage soit bien « utilisé » et de continuer de raconter une histoire déjà bien entamée sous l’ère Yassine. Pour ce qui est de l’exploit, on rappellera juste que Chantilly n’a pas gagné un seul match à domicile cette saison en championnat, mais comme l’affiche se déroule à Beauvais…

Entretien : « Manager un groupe, ça ne s’apprend pas »

Photo 13HF

Yacoub, c’est ton prénom, n’est-ce pas ?
Oui ! Je sais, tout le monde croit que c’est Yassine ! Mais Yassine (avec deux « s »), c’est mon nom de famille !

Tes débuts au football ?
J’ai commencé à Creil (Oise) jusqu’à mes 14 ans, puis je suis parti pendant 4 ans au Havre, dont 3 années comme aspirant. Je jouais défenseur central ou latéral droit. Après Le Havre, j’ai eu la possibilité de signer à Sedan mais cela ne s’est pas fait, du coup je suis allé à Beauvais : la première saison, je jouais avec les U19 Nationaux et je commençais aussi à jouer en réserve en DH et la seconde année, en réserve, on est monté en CFA2. Ensuite, je suis encore resté quelques mois avant d’arrêter le football.

Pourquoi cet arrêt soudain ?
Mon papa a perdu son permis de conduire. Il avait une boîte de transport de messagerie, dont il était l’unique salarié. Il livrait des colis d’un point A à un point B (1), dans toute la France et aussi en Europe. Il travaillait à son compte et il fallait faire les livraisons. Il m’a dit « Tu es le plus grand de la famille, il faut que tu y ailles »… En fait, il m’a donné les clés et m’a dit « Demain, tu ne vas pas à l’entraînement, tu vas livrer ». Et à partir de cet instant, j’ai fait ça pendant six ans. J’ai repris l’entreprise, que j’ai développée et fait grossir, et qui est ensuite passée à 21 salariés. On a commencé à gagner des appels d’offre, et voilà. Notre siège était à Creil. On travaillait pour des donneurs d’ordre comme Chronopost, TNT, GLS.

(1). « La logique vous fera aller d’un point A à un point B. L’imagination et l’audace vous feront aller où vous désirez » (Einstein). Cette phrase est inscrite sur le mur, dans son bureau.

Dans son bureau d’entraîneur, au stade des Bourgognes. Photo 13HF

Mais tu n’avais aucune compétence au départ pour ce travail…
J’ai appris sur le tas alors que je n’y connaissais rien. Au tout début, je faisais une tournée, puis deux, puis trois, puis on engage un mec, puis deux puis trois… Parfois, j’allais livrer à Senlis puis à Hambourg en Allemagne ! Je rentrais à Creil, je dormais, puis j’allais charger à Nogent-sur-Marne et je repartais à Madrid ! Mais ça, je l’ai fait ça pendant un an. Parce que je me suis dit « ce n’est pas possible, je vais exploser » !

J’ai vu que l’on pouvait démarcher des sociétés de messagerie, comme un livreur qui vient chez toi quand tu as commandé une box ou un téléphone. Pour postuler chez ces donneurs d’ordre, il a fallu vendre mon savoir-faire. J’ai réussi à décrocher un rendez-vous chez Chronopost. Là, je tombe sur quelqu’un qui s’appelle Michaël Kaba et qui me reçoit. Moi, je venais pour travailler. Je lui ai dit que je sortais d’un centre de formation de football, que j’étais rigoureux et qu’avec moi, l’heure c’était l’heure ! Je lui ai dit aussi que j’étais déterminé, que personne ne l’était autant que moi, et que s’il m’expliquait le boulot, je serai le meilleur !

Mon discours lui a plu et en plus, il était fan de l’Olympique de Marseille, où jouait Steve Mandanda, que j’avais connu au Havre. Il a regardé sur internet pour voir si je ne racontais pas des conneries (sic), et pendant deux heures, on a parlé de football ! Finalement, il me donne rendez-vous le lendemain à 8h pour commencer à travailler. Petit à petit, il me forme, il m’apprend mon métier, parce que livrer 50 clients à Creil et livrer un colis d’un point A à un point B, ce n’est pas du tout la même chose. C’est ça qu’on appelle la messagerie. Là, j’ai des horaires, je gagne un appel d’offres, il y avait plusieurs tournées, j’ai commencé à embaucher et c’est parti.

« Mes formateurs au Havre m’ont donné envie de devenir entraîneur »

Photo Philippe Le Brech

Du coup, tu as complètement mis le foot de côté …
Complètement. Je n’avais pas en vie d’aller faire des essais en Roumanie ou au Luxembourg. Au Havre, je gagnais déjà un peu d’argent, alors cela a été dur d’arriver à Beauvais, et sans manquer de respect à l’ASBO, j’avais l’impression de redescendre d’un cran. Je me suis dit que j’allais économiser de l’argent, que j’allais construire quelque chose, arrêter de regarder sans cesse les calories… Par contre, je continuais à regarder le foot, notamment les matchs du PSG et du Havre, mon club de coeur. Le HAC, c’est vraiment une école de la vie, c’est là où j’ai tout appris (2).

(2) Dans un entretien accordé au Parisien en 2020, voilà ce que disait Yacoub Yassine au sujet du Havre AC : « Là-bas, il formait des joueurs et des hommes, avec des valeurs. On nous apprenait à respecter l’adversaire, tout en cherchant à être meilleur que lui et à performer grâce à son travail. Je me suis nourri de ça et je m’en inspire aujourd’hui avec mon groupe, car je crois en ce discours. C’est l’état d’esprit qui guidera ce qu’on met en place. »

Qui sont les entraîneurs marquants que tu as eus au Havre ?
Mes quatre entraîneurs là-bas m’ont marqué. Johann Louvel, un meneur d’hommes, aujourd’hui directeur du centre de formation de l’Olympique Lyonnais, avec qui je suis toujours en contact. Mickaël Lebaillif, qui est aujourd’hui cadre à la DTN au Maroc. François Rodrigues, entraîneur-adjoint de la sélection nationale d’Arabie Saoudite, et qui m’a fait signer mon premier contrat aspirant. François, c’est un entraîneur très proche des joueurs. Et Jean-Marc Nobilo, qui a une grosse personnalité. Louvel et Nobilo, ce sont deux tacticiens. Tous les quatre m’ont donné envie de devenir entraîneur.

« Je prends les choses comme elles viennent »

Photo 13HF

Comment as-tu rebasculé dans le milieu du foot ?
Vers l’âge de 25/26 ans, après 5 ou 6 ans à bosser sans cesse, j’ai eu l’impression de ne pas vivre ma jeunesse, même si je gagnais bien ma vie. J’ai alors voulu revendre mes parts et faire une pause dans ma vie. Parce que le foot me manquait aussi, tout comme le bruit des crampons qui claque au sol dans les vestiaires et les couloirs, tu sais, ce bruit bien spécial… Je me suis dit, « Je vais coacher ». J’ai appelé le club de l’AFC Creil pour entraîner une équipe et c’est là que je prends les U14, au poste d’adjoint. Je n’avais aucune expérience. J’avais des idées mais je ne savais pas les mettre en place.

Finalement, ça l’a fait. Le manager général du club, qui était aussi le coach des U14, Johann Barbot, m’a poussé, m’a encouragé. J’ai fait un an et demi comme ça puis quand il s’est fait licencier de Creil, tout le monde est parti, moi aussi, et j’ai signé à Beauvais comme entraîneur des U16 DH, on finit 2e derrière Amiens SC. Et puis Johann (Barbot) signe à l’US Chantilly, il m’appelle et là, pendant deux ans, je suis responsable des jeunes. Puis le coach des seniors DH arrête en 2017 et on me donne l’équipe. En parallèle je passe le BEF, et quand on remonte en National 3 en 2020 (l’équipe était monté en 2018 puis redescendu en 2019), je m’inscris au DES et je suis pris.

Photo Philippe Le Brech

Le diplôme, c’est quelque chose d’important pour toi ? Tu as envie d’aller encore plus haut ?
Oui, c’est l’objectif. Les prérequis pour le BEPF (diplôme professionnel), c’est d’avoir travaillé au moins 5 ans dans un club de niveau national. Les 5 ans, je les ai. L’idée, effectivement, c’est de postuler. Mais je n’ai jamais eu de plan de carrière. Je prends le choses comme elles viennent. Mais je m’aperçois d’un truc, c’est que mon staff (3), mon équipe, moi, on est au niveau.

Quand je vais entraîner à Creil en U14, naïvement, je pense que tous les entraîneurs sont comme Jean-Marc Nobilo, François Rodrigues, Johann Louvel ou Mickaël Lebaillif, parce que je n’ai connu qu’eux. Et en fait, je me dis que j’ai un vrai savoir-faire. C’est comme quelqu’un qui apprend un métier. Je me suis aperçu que c’était très amateur alors que j’avais une vision très professionnelle, en raison de mon passage dans un club très structuré, très pro, comme Le Havre.

Le staff technique de l’équipe de N2. Photo US Chantilly

Donc, forcément, j’avais une approche déjà très rigoureuse de l’aspect tactique, de l’aspect managérial. Et quand j’entraîne les seniors de l’US Chantilly en DH, puis en N3, j’entends qu’on dit que, pour le club, c’est le plafond de verre, que Chantilly est toujours redescendu… Ok, mais moi, je dis « Non, on ne va pas descendre ». On se maintient en N3 deux saisons, puis trois, puis au bout de la quatrième, en 2024, on monte en National 2 ! On se maintient, et voilà… Et l’entraîneur adverse, que tu voyais avant comme un ogre, parce que tu regardais ses interviews sur internet, et bien tu te rends compte que, avec ta façon de faire, toi aussi tu es « capable », que ça peut fonctionner, avec ton propre style de management.

(3) Son staff : Nicolas Capelli (adjoint); Julien Hernandez (adjoint); Vincent Seconds (entraîneur des gardiens), Julien Piotrowski (adjoint / analyste vidéo), Julien Lugier (préparateur physique).

L’exemple de Christophe Pélissier

Photo 13HF

Tu as donc l’ambition d’aller plus haut, de devenir un entraîneur pro ?
Ambitieux, je ne l’étais pas avant, parce que ça me paraissait tellement loin… Je prends l’exemple de Christophe Pélissier, qui a entraîné en DH, en N3, en N2, en National, en L2, en L1 aujourd’hui, il connaît tous les niveaux, tous les domaines, la préparation athlétique, l’analyse vidéo, l’aspect tactique, et je suis convaincu qu’aujourd’hui, en Ligue 2, en toute humilité, je ne ferais pas moins bien que les autres. Moi, je n’ai pas de doute sur ça, mais attention, demain, je peux très bien faire autre chose aussi. Le foot, ça reste un rectangle vert, avec un ballon, un adversaire que tu analyses, les forces vives et les défauts de ton équipe, et il faut optimiser tout ça et monter le meilleur onze possible pour gagner le match. Manager un groupe, ça ne s’apprend pas. J’aime ça. Je pense que ma façon de faire est innée, tu l’as ou tu ne l’as pas. J’aime créer une âme dans le vestiaire. J’arrive à développer ça. Après, quand tu as tout ça, ça donne ce qu’on appelle la performance.

Si un projet se concrétisait à l’avenir, mais loin de Chantilly, familialement, ça serait possible ?
Partir pour un projet foot ? Mon épouse détestait le football (rires) mais aujourd’hui, elle vient un peu au stade, elle regarde les matchs… Si la question se pose un jour, il n’y aura pas de frein de ce côté-là, parce que c’est ma passion, j’aime le foot, je baigne dedans depuis tout petit, et quand je dis ça, je ne le vois pas comme un métier… Je suis un compétiteur, ce qui m’intéresse, c’est performer. L’essence d’un compétiteur, c’est « tu rentres sur un terrain, tu veux battre l’adversaire ». Imposer ma façon de jouer à l’adversaire, c’est ce qui n’anime, c’est ça que j’aime dans la vie. Ma femme ne s’opposera pas à ça.

« Former des joueurs de football et des citoyens responsables »

Avec Romain Paturel, le coach de Furiani. Photo Philippe Le Brech

Il est comment, ce club de l’US Chantilly ?
C’est un club très familial. Sa force, c’est la cohésion entre les différents membres, que cela soit à la direction, au bureau, dans le staff, chez les éducateurs des jeunes, on travaille tous dans un seul intérêt : le club. Ce que j’ai voulu mettre en avant ici, et que j’avais appris au Havre grâce à Jean-Marc Nobilo, François Rodrigues, Johann Louvel et Mickaël Lebaillif, c’est d’être des bons citoyens et de gagner des matchs. Leur credo, c’était « former des joueurs de football et des citoyens responsables ». Je pense que, par rapport à ça, ils doivent être fiers de voir ce que je suis devenu.

C’est quoi un bon citoyen ?
Un bon citoyen, c’est quelqu’un qui défend les valeurs de son entreprise, de son pays, de sa famille, de son club. Je voulais que tout le monde défende les valeurs de l’US Chantilly. On a réussi, d’autres ont pris la relève chez les jeunes, et ça, c’est la première force du club.

Mais en raison de ses infrastructures, le club est limité…
Oui, c’est le problème. En fait, on est un club de Régional 1 qui évolue en National 2. On n’a pas d’éclairage, pas de synthétique, le club house c’est une cabane, et là tu es dans notre bureau… On est monté sportivement mais ce n’était pas forcément voulu. Ce que je veux dire, c’est qu’on est un sport populaire à Chantilly qui ne colle pas trop avec l’image de la Ville, mais on discute beaucoup avec elle et les relations se sont améliorées. On veut donner une belle image aussi. Tu sais, j’aime Chantilly, je suis au club depuis longtemps. C’est notre deuxième saison d’affilée en National 2, un niveau très relevé mais un peu « bâtard » car on a beaucoup de contraintes. Pour moi, le N2, c’est un championnat qui devrait être pro, comme dans d’autres pays. En plus, l’exigence technique et tactique y est très relevée.

« Thionville, c’est très fort partout ! »

Photo Philippe Le Brech

Quel type d’entraîneur es-tu ?
J’aime que l’on joue avec de la personnalité, qu’on ne s’adapte pas à l’adversaire, que l’on soit capable d’imposer notre manière de jouer, d’être haut sur le terrain, de récupérer le ballon haut et de le maîtriser pour avancer. Bien sûr, il y a des matchs où on doit être un peu plus bas, il faut l’accepter, mais je n’aime pas les possessions stériles. Il faut être tranchant, faire reculer l’adversaire.

As-tu un système préférentiel ?
Non, je n’ai aucun système arrêté. J’ai connu la DH (R1), le N3, maintenant le N2, chaque championnat est différent. Il faut aussi s’adapter à la division et au profil des joueurs. C’est pour ça, quand je te disais que l’on ne s’adaptait jamais à l’adversaire, mais à nous… Par exemple, si j’ai plus de défenseurs que de milieux, peut-être que je vais jouer avec trois défenseurs axiaux au lieu de deux. Si je sens qu’on a de la qualité au milieu, je vais jouer à trois au milieu, etc. En fait, je vais vraiment chercher à m’adapter aux forces vives de mon effectif, où certains joueurs évoluaient encore en Régional 2 l’an passé (avec la réserve du Red Star, qui est montée en R1). Comme mon piston gauche Mahamadou Sissoko par exemple, ce qui fait que, parfois, on manque de maturité, on l’a vu contre Thionville Lusitanos en championnat (1-2, le 13 décembre dernier). Un joueur comme Xavier Decroix a dû faire 15 matchs de N3 dans sa carrière, Alan (Issifou) n’avait pas de club l’an passé, et ces trois joueurs que je cite en exemple, ce sont trois titulaires en National 2. On doit donc grandir, apprendre, passer des caps individuellement.

Thionville Lusitanos qui caracole en tête de ta poule en N2, c’est comment ?
Individuellement, c’est très fort partout. C’est une équipe qui joue très « vertical », qui « va chercher » très-très haut, capable de se désorganiser. On les a bien contenus, on les avait bien analysés, mais voilà…

« L’homme est plus important que le joueur »

As-tu des modèles de coach ?
Mes modèles, ce sont mes éducateurs au Havre, je m’imprègne d’eux même si je m’ouvre aujourd’hui bien sûr… La façon de presser de Klopp m’intrigue, le jeu de possession de Guardiola me plaît, le pragmatisme et le management de Zizou me pousse à regarder… Je pioche un peu partout et j’ajoute ma touche personnelle.

Photo US Chantily

Et ta personnalité ? Tu as l’air d’être quelqu’un de très direct, très franc, très cash, qui dit les choses…
Avec mes joueurs, j’ai toujours dit que le jour où je dois jouer un rôle, j’arrêterai d’entraîner. Comme je suis dans la vie de tous les jours, je veux être cet entraîneur-là. Je dis les choses, je peux être très dur mais parfois la situation le demande. Je peux aimer énormément mon joueur, le défendre, parce que je sens qu’en contrepartie il donne ce qu’il faut pour le club, et là, ça donne quelque chose dans la relation, que l’on garde encore après. J’ai des joueurs avec qui je suis resté en contact, certains même avec qui je bosse parce qu’ils ont les valeurs qui me correspondent. Je peux être dur aussi quand je sens que l’on se moque du monde, que l’on ne respecte pas les fondamentaux.

En fait, c’est exactement comme dans la vie de tous les jours, comme avec mes enfants (il est papa de quatre enfants, Ndlr), même si je ne les compare pas avec les joueurs, c’est un exemple. Quand je rentre dans le vestiaire, je ne veux pas mettre de masque, et quand je parle avec mon groupe, les joueurs parlent avec Yacoub. Le jour où je ne pourrai plus être comme ça, j’arrêterai, parce que je pense que c’est ma force aussi, d’être l’homme que je suis dans la vie de tous les jours, sincère, juste et droit avec les joueurs. Ils le ressentent et je pense qu’ils apprécient ça. Avant que tu n’arrives, j’étais avec un joueur et je lui montrais en vidéo une situation, ce n’était pas agréable pour lui, mais il a fait une grosse erreur. Je voulais lui montrer. Il ne m’en veut pas. Il sait que ce que je lui ai dit est cohérent. Si l’homme, qui est plus important pour moi que le joueur, a les bonnes valeurs et qu’il est sain, il apprécie qu’on lui dise les choses.

« Je regrette que cela n’ait pas fonctionné avec Mohamed Coulibaly »

A l’issue de la qualification en 16e de finale de la coupe de France, à Freyming. Photo US Chantilly

Le club aussi passe des caps : le National 2, un 16e de finale de coupe de France qui arrive contre Rennes…
L’US Chantilly avait jusqu’alors atteint à quatre reprises les 32es de finale. Et là, on est en 16e, on a eu le mérite de ne jamais aller jusqu’à la séance des tirs au but. La coupe de France, c’est vraiment la satisfaction de cette première partie de saison. Il y a eu pas mal de changement l’été dernier, j’avais laissé l’équipe puis je l’ai reprise en cours de route, l’effectif a évolué…

L’été dernier, justement, tu t’es mis en retrait pour devenir directeur sportif, et le club a engagé Mohamed Coulibaly pour te remplacer : une erreur de casting ? Regrettes-tu cette ta décision ?
Ce que je regrette, c’est que cela n’a pas fonctionné avec Mohamed Coulibaly, parce que c’est un super mec, il faut l’écrire. J’aurais voulu que ça fonctionne. La deuxième chose, c’est que l’on n’a pas pour le moment les moyens au club de mettre en place l’organisation dont je rêve, pourtant je suis persuadé que c’est ce qu’il manque – un directeur sportif / manager – pour performer à ce niveau et pérenniser l’US Chantilly en N2. On est limité. On a un budget club de 600 000 euros environ, qui est un des plus petits de la division, avec la moitié environ pour le N2, on le sait. C’est un frein, mais ce frein-là, on l’avait aussi en N3.

« Je voulais avoir ce rôle de directeur sportif »

L’équipe de N2 de l’US Chantilly, en août 2025. Photo Philippe Le Brech.

Finalement, alors que ce n’était pas prévu, tu as retrouvé le terrain après le départ de Mohamed Coulibaly…
Les résultats n’étaient pas là : 5 défaites lors des 7 premiers matches (pour 2 victoires), ça faisait beaucoup. C’est une décision de la direction. Mais au départ, ce changement, c’était de ma volonté. Je voulais avoir ce rôle de directeur sportif, ce que personne ne fait aujourd’hui, quelqu’un qui fasse le relais entre la direction et le sportif. Mais les résultats ont décidé de l’urgence. Le président Anthony Brice m’a demandé de revenir.

Directeur sportif, le rôle que tu souhaitais occuper cette saison, c’est vraiment ce qui fait défaut au club ?
Pour moi, si tu es connecté avec ce qui se fait en région parisienne, si tu connais tous les championnats de R1/R2, si tu connais le National 3 de Paris et alentours, si tu es connecté, si tu as du réseau, tu peux t’en sortir, mais encore faut-il mettre cette structure en place et avoir quelqu’un qui bosse là-dessus. C’est difficile de faire comprendre ça aux dirigeants alors que, selon moi, c’est indispensable. Il faut que j’arrive à leur faire prendre conscience de cela, surtout que le N2 d’aujourd’hui est devenu le National d’il y a quelques années.

Tu n’as pas le temps d’aller voir des matchs ?
Non et je le regrette, parce que pour le développement de l’US Chantilly c’est important. Je regarde des matchs sur la plateforme BePro, mais je regarde surtout le N2, nos adversaires… Si tu me demandes de te citer les onze joueurs de Liverpool, je ne suis pas certain d’y arriver, alors que si tu me demandes les onze joueurs de Thionville, là, je les connais par coeur !

« J’avais l’impression que je ne pouvais pas faire plus »

Photo US Chantilly

Pas trop difficile ce retour sur le banc ?
En fait, je pensais que le club avait atteint son le plafond de verre. Même si mon truc, c’est le terrain, j’avais l’impression que je ne pouvais pas faire plus. J’avais déjà eu cette impression en National 3. C’est pour ça que je dis qu’il faut que l’on travaille en parallèle au club pour développer des choses, pour exister dans ce monde-là, que cela soit au niveau du recrutement, de notre capacité à « scanner » des joueurs, à connaître les joueurs, les équipes, à aller voir des matchs de N3, de R1, de R2… On est en région parisienne, où le vivier est énorme. Il faut que l’on soit connecté à ce monde-là mais actuellement on ne l’est pas, parce que c’est une question de moyen.

Quand je fais 4 ou 5 saisons avec le même groupe, je me demande si j’ai la capacité de me renouveler, si j’ai la matière pour cela, si mon discours va encore passer. C’est comme un château de cartes : il faut être dans l’anticipation des choses. C’est que j’ai voulu instaurer à l’intersaison. On s’est maintenu deux fois à la dernière journée en National 3, un truc de fou (4) ! C’est tout un processus, et c’est pour ça que j’ai voulu prendre un entraîneur, afin que je puisse travailler sur le reste, pour que l’on parvienne à se maintenir en N2.

Photo Philippe Le Brech

Malheureusement, comme je l’ai dit, l’urgence des résultats a fait que l’on a du prendre cette décision. En fait, aujourd’hui, notre structuration en National 2 est la même qu’en DH (R1). Quand on est coach, on fait tout, on fait aussi DS, manager, assistant social, kiné, préparateur athlétique, médecin, analyste vidéo… Parfois même secrétaire ! En R1, on peut le faire, mais en N2, avec quatre séances par semaine, ce n’est plus possible, on n’a plus le temps, on est dans le monde pro, les adversaires te connaissent, ils t’ont analysé, et toi, tu dois passer encore plus de temps sur l’entraînement, sur la gestion de ton équipe, tu n’as plus le temps pour ton club. Il faut développer ce truc à côté. C’est ça le message que j’ai voulu faire passer à mon club l’été dernier.

(4) En 2022-23, l’US Chantilly a décroché son maintien à la dernière journée face à Croix (3-3), en égalisant dans le temps additionnel par Dramane Koné, auteur ce soir-là d’un doublé. Le club avait finalement terminé 9e de N3, à un point devant le premier relégable.

Avant un match, tu es comment ?
Je n’arrive pas à m’éparpiller. La veille et le jour de match, je suis focus. J’aimerais bien que ça change. Si ça change, ce sera synonyme de réussite (rire) ! si j’arrive à sortir le samedi matin pour aller voir mon fils jouer, sans perturber ma préparation de match, alors là (rires) !

« La coupe peut lancer une dynamique »

En coupe de France, la joie à Freyming avec les supporters du club. Photo US Chantilly

Chantilly en N2, c’est une sacrée satisfaction tout de même …
Je suis un enfant de l’Oise. J’ai grandi à Creil. Je n’étais pas prédisposé à être là aujourd’hui. l’US Chantilly, c’était le petit club du sud de l’Oise, derrière les deux ogres, Beauvais et Chambly. Beauvais, j’allais les voir en Ligue 2, en National. Et quand je reprends l’équipe de Chantilly en DH, Chambly, ils sont en National et montent en Ligue 2 ! T’imagines, aujourd’hui, on est dans la même poule ! Pour eux, déjà, c’est dur de se retrouver en N2 mais pour nous ? Et on arrive à se mettre à ce niveau-là !

Le stade Pierre-Brisson à Beauvais sera bien rempli pour recevoir Rennes en coupe de France : ça va vous changer de l’affluence en championnat…
C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de monde qui vient voir nos matchs à Chantilly, en plus on joue à Senlis. C’est aussi un aspect sur lequel j’aurais aimé que l’on bosse, afin de développer ça. On a quand même 500 licenciés au club. On a réussi à mobiliser plusieurs bus pour le déplacement à Freyming en 32e de finale de la Coupe de France, je suis content, il y avait 200 ou 300 personnes qui étaient là. En fait, on arrive à mobiliser du monde, mais uniquement sur des gros événements, comme en coupe, ou aussi en championnat quand on jouait la montée en N2 à Lille : s’ils nous battaient, ils montaient, et on a réussi à faire venir du monde (5).

Photo US Chantilly

Maintenant, il y a ce 16e de finale historique pour le club, qui peut lancer une dynamique. Le stade à Beauvais sera à guichets fermés (environ 10 000 spectateurs). La coupe peut être un élément déclencheur. Mais je n’en ai pas vraiment conscience parce qu’on n’a jamais fait de parcours et à titre personnel, je n’avais jamais dépassé le 7e tour. En fait, on a surtout fait beaucoup en championnat, avec des montées.

L’affluence, c’est un sujet qu’il faut prendre à bras-le-corps. Il faut fidéliser, entretenir tout ça, aller les chercher, créer une sorte de comité pour s’en occuper, sinon l’effet va s’estomper. Tu vois, tous ces sujets structurels sont importants. Parce qu’en National 2, ce n’est plus uniquement sur le terrain que ça se passe, c’est aussi en dehors, avec tous ces aspects dont j’ai parlé avant.

(5) Samedi 18 mai 2024, l’US Chantilly, au prix d’un match nul 2-2 contre la réserve de Lille, combiné à une défaite de Lens B, accédait pour la première fois en 122 ans d’existence en N2.

Rencontre avec Habib Beye, en février 2024. Photo US Chantilly

Parle-nous de cet échange avec Habib Beye en février 2024, que tu vas retrouver dans le camp d’en face, en coupe ?
C’était merveilleux. Une superbe rencontre. Habib Beye, c’est un grand connaisseur, ça m’a vraiment surpris. Dans la préparation, dans la conception technique de ses séances, il a de vraies idées. Je me suis inspiré de choses dont il m’avait parlé durant cette discussion, et quatre mois après, on montait en N2 ! J’ai énormément de respect pour lui. J’étais ensuite allé voir un match à Bauer contre Le Mans, quelques jours plus tard (4-1), et on avait encore échangé. Il m’avait même proposé de revenir sur des séances mais je n’avais pas osé lui dire que je bossais le matin et comme on s’entraînait le soir à l’époque… J’avais vraiment envie de passer le voir s’entraîner, de voir comment il fonctionnait de l’intérieur, et je ne l’ai pas fait. Bon maintenant…

Voilà, c’est l’anecdote ! Quand j’ai vu qu’il était sur la sellette il y a quelques mois à Rennes, depuis ma fenêtre chez moi je me disais « Non, c’est pas possible, le club n’a pas le droit de faire ça, il doit le laisser en place ». J’ai discuté avec Habib Beye, je sais quel entraîneur il est, il a sa place là-haut, il faut le laisser. Et aujourd’hui, je ne suis pas surpris du redressement du Stade Rennais et je suis même content. Parce qu’il est à la hauteur, il l’a prouvé.

Coupe de France Crédit Agricole (16e de finale) / Dimanche 11 janvier à 18h, au stade Pierre-Brisson, à Beauvais : US Chantilly (N2) – Stade Rennais (L1), en direct sur BeIN Sports (Multiplex)

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : 13heuresfoot, Philippe LE BRECH, US Chantilly
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