Malgré la 11e place de son club, l’Olympique Saint-Quentinois, en National 2, et une situation personnelle compliquée, l’attaquant natif de Lyon (26 ans) n’a pas lâché et a tiré son épingle du jeu avec 19 buts, donc 16 en championnat. De quoi lui ouvrir de nouvelles perspectives.
La saison qui vient de s’achever n’a pas été un long fleuve tranquille pour Hugo Chambon. Parti à la découverte des Hauts-de-France en signant l’été dernier à l’Olympique Saint-Quentin, pensionnaire du groupe B de National 2, Hugo a connu une saison riche et mouvementée.
Pour cet attaquant au physique imposant, d’1m87, l’acclimatation a été très délicate. Mais avant d’arriver en territoire axonais, le lyonnais de naissance, malgré son jeune âge (26 ans), a connu une carrière atypique au travers d’une expérience « unique et très enrichissante » selon ses propres mots, au Canada.
Après avoir évolué en jeunes successivement à l’AS Saint-Priest puis à l’Etoile FC Fréjus/Saint-Raphaël, un contact a mis le Canada sur sa route, à l’été 2016, à l’orée de ses 20 ans.
L’expérience canadienne
Après un essai concluant, Hugo reprend alors ses études pour évoluer en foot universitaire canadien, aux Carabins, à Montréal, et évolue en Première ligue de soccer du Québec. Une première année couronnée de succès : On a gagné le championnat dès la première saison, ce qui nous a donné le droit de participer à la Canada championship ».
Parallèlement à ces performances sportives, Hugo a pu obtenir un diplôme en communication à l’université de Montréal.
Le buteur français ne retient que du positif de cette aventure sur le continent américain.
« Une très belle expérience, j’ai rencontré des personnes avec qui je suis resté très proche, j’ai découvert une autre culture, un autre football, cela m’a permis de grandir dans tous les domaines. » Côté « approche football », il s’est dit « étonné du niveau canadien. Physiquement, le style de jeu est plus direct qu’en France ».
Mais c’est davantage au niveau de l’environnement que le buteur a été bluffé avec « des infrastructures dignes des clubs professionnels, un staff médical à disposition, des vestiaires confortables. Tout est fait pour mettre le sportif dans les meilleures conditions ». Un environnement qui ne laisse que des bons souvenirs à l’attaquant de son expérience à l’étranger.
Le buteur est revenu dans l’hexagone début 2020, juste avant la Covid, aux Lusitanos Saint-Maur. Une expérience en National 2 écourtée par les circonstances sanitaires et qui n’a pas permis de lui laisser le temps de découvrir ce championnat.
Ce ne sera finalement que partie remise pour celui qui réalisera une saison pleine en 2021-2022 avec Grandvillars, en N3 (15 buts et 7 passes décisives). Le temps était donc venu de redécouvrir le niveau de National 2 avec l’Olympique Saint-Quentinois. Après une adaptation très difficile, l’attaquant explose tous les compteurs au retour de la trêve hivernale, et devient une véritable machine à marquer. Ses statistiques sont impressionnantes, avec 19 buts inscrits (16 en championnat en 27 matchs, c’est à dire presque la moitié des buts de son équipe, et 3 en coupe de France en 3 matchs) et un seul pénalty.
« Des joueurs ont demandé ma présence… »
Hugo, vous avez commencé la saison en tant que titulaire puis on ne vous a plus vu sur la feuille de match en fin d’année civile, comment avez-vous vécu cette période ? En fait j’ai eu une petite gêne musculaire en octobre. J’ai dû passer des examens, le temps de la cicatrisation. Quand je reviens (le 22 octobre 2022), je marque le but vainqueur contre Colmar (1-0, après être entré en jeu à quelques minutes de la fin !), ensuite je suis à nouveau sur le banc à Wasquehal. Nous sommes menés 3-0 quand je rentre. Je parviens à marquer un but et suis à quelques millimètres d’égaliser de la tête au bout du temps additionnel. Je suis encore remplaçant la semaine suivante à Fleury. Je ne redeviens titulaire en championnat que contre Besançon (défaite 1-0 à domicile).
Le coach me fait ensuite comprendre qu’il ne compte plus sur moi. Ce qui m’a fait le plus mal, c’est d’être écarté du groupe lors du 32e de finale à Belfort en coupe de France (8 janvier 2023). J’ai vraiment compris qu’il ne comptait pas sur moi.
On vous imagine très affecté mentalement : de quelle manière parvenez-vous à retourner le cours de l’histoire en votre faveur sur la phase retour ? J’avoue que j’ai reçu des offres similaires financièrement à l’OSQ… Pendant mon absence, les résultats du club ne sont pas bons. Le 30 janvier, le coach m’appelle pour me dire que des joueurs ont demandé ma présence. Le dernier jour du mercato, j’appelle le coach pour l’informer que j’ai une offre : c’est le dernier jour où je peux partir et l’entraîneur me répond « tu restes, je compte sur toi ». Le match suivant, contre Bobigny, je marque, et là, je vais devenir titulaire indiscutable pour le reste de la saison.
Côté mental, c’est une épreuve difficile que tu as eu à vivre pour un sportif, qui plus est pour un buteur dont on sait combien l’aspect psychologique est primordial…
Pour moi, mentalement, c’est très fort ce que j’ai fait… Je n’ai rien lâché en inscrivant 12 buts sur la deuxième partie de saison. Cette saison, qui a été très difficile, m’a fait grandir et passer un cap. Je n’en veux pas forcément au coach, ils savent qu’ils ont eu tort, ça s’est passé comme ça. Sincèrement, j’ai vécu ça comme un manque de respect à l’époque mais maintenant, c’est de l’histoire ancienne, et j’ai grandi.
« Aller plus haut »
Hugo Chambon a donc vécu une saison riche en émotions au sein du club des Hauts-de-France. Le buteur ne veut en conserver que des souvenirs positifs en dépit des événements et de l’issue sportive (rétrogradation en N3), même si, à l’heure où l’on écrivait ces lignes, l’OSQ peut encore miser sur un éventuel repêchage).
Collectivement, le meilleur buteur « se dit satisfait des performances du groupe. On avait peu de moyens par rapport à d’autres clubs, on avait fait avec nos armes et le maintien ne s’est joué qu’à des détails infimes ».
Avec des performances aussi remarquables et remarquées, le choix du futur club se pose donc logiquement. Posé et tranquille, Hugo Chambon affirme ses ambitions : « Aller plus haut pour pouvoir démontrer ce que je sais faire, dans un club ambitieux avec un projet ambitieux ». Il ne s’interdit pas non plus une seconde expérience à l’étranger. L’attaquant souhaite encore et toujours travailler plus particulièrement dans certains domaines comme « le jeu dos au but et mon jeu de tête où je ne suis pas assez performant ».
« On ne refait pas l’histoire »
Pour celui qui a fait preuve d’une efficacité à toute épreuve durant la deuxième partie de saison, un match lui reste en tête et qui est peut être le tournant dans la course au maintien : la défaite à domicile contre Wasquehal sur le score de 2 à 1.
« Dans cette rencontre, j’ai deux occasions franches dans les cinq premières minutes mais je ne les convertis pas, peut-être étonné d’avoir des occasions aussi franches en début de match. C’est un des matches les plus frustrants de la saison avec la défaite à Besançon alors que nous menions 2 à 1 à la 72e minute. On ne refait pas l’histoire mais c’est dommage. Il y avait moyen de se maintenir mais malheureusement, avec 38 points cette saison, c’était insuffisant pour rester en National 2 ».
En joueur de surface, Hugo Chambon a su démontrer toute l’étendue de son talent en N2, la suite de sa carrière l’amènera sans aucun doute à découvrir d’autres aventures (il a des touches en National et en Ligue 2), toujours avec le même mental, à toute épreuve !
Hugo Chambon, du tac au Tac
Meilleur souvenir sportif à ce jour ? Au Canada, le championnat universitaire 2019 à Montréal que nous avons disputé à domicile.
Pire souvenir sportif ?
Ne pas avoir été retenu dans le groupe pour disputer le 32e de finale de coupe de France à Belfort, le 8 janvier 2023 (défaite 3 à 1 de l’OSQ)
Plus beau but marqué ?
Contre Belfort en championnat cette saison, le 18 février, une reprise du volée du pied gauche. Après j’ai déjà mis des retournées acrobatiques mais j’étais plus jeune.
Pourquoi as-tu choisi d’être footballeur ?
Tout simplement parce que depuis tout petit, j’aime ce sport.
Ta plus belle boulette ?
A 13 ans, je me souviens d’un match où sur un ballon dans notre surface de réparation, je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu le réflexe de claquer le ballon de la main façon volleyeur. Un geste incompréhensible.
Un geste technique préféré ? Le double contact.
Qualités et défauts sur un terrain ?
Qualité, je dirais instinctif. Pour le défaut, je m’énerve tout seul, je me frustre tout seul.
Le club ou l’équipe où tu as pris le plus de plaisir ?
Au Canada à Montréal.
Le club où tu n’aurais pas dû signer ?
Je n’en ai pas.
Le club où tu as failli signer (il y a prescription) ? Tabor Sezana (D1 Slovène)
Le club où tu aurais rêvé de jouer ?
Naples.
Un stade et un club mythique pour toi ? Liverpool, Anfield Road
Un public qui t’a marqué ?
Au Canada lors du quart-de-finale de coupe en 2019, il y avait énormément de monde pour jouer contre York.
Un coéquipier marquant ?
Aboubacar Sissoko, joueur professionnel au Canada, un super joueur et un homme super.
Le coéquipier avec lequel tu avais ou tu as le meilleur feeling dans le jeu ?
Ianis Abida au Canada.
Le joueur adverse qui t’a le plus impressionné ? Allan Saint-Maximim ; j’ai joué contre lui à l’époque où j’étais à Fréjus Saint-Raphaël.
L’adversaire qui t’a le plus impressionné ? Bobigny cette saison au match aller, où nous avions perdu 4 à 1.
Un coéquipier perdu de vue que tu aimerais revoir ?
Omar Krein (Canada).
Un coach perdu de vue que tu aimerais revoir ? David de Oliveira (côtoyé en jeunes à Fréjus Saint-Raphaël).
Une causerie de coach marquante ?
Une causerie en grec exclusivement, d’un coach au Canada, avec le traducteur à côté, ça m’avait marqué.
Une causerie de coach que tu n’as jamais comprise ?
C’était aussi au Canada, une causerie de Pat Raimondo.
Une anecdote de vestiaire que tu n’as jamais racontée ?
Quand j’avais 13 ans, je suis parti à un match en oubliant mes chaussures. J’ai dû acheter des chaussures neuves en route pour pouvoir disputer la rencontre.
Le joueur le plus connu de ton répertoire ? Abdelaziz Barrada, que j’ai côtoyé aux Lusitanos Saint-Maur.
Des rituels, des tocs ?
Je mets de la mousse sur mes protèges tibias pour les faire tenir et du Vaporub avant chaque match.
Une devise ?
Ne rien lâcher, tout vient à point à qui sait attendre.
Un match de légende ? OL- OM (5-5), le 8 novembre 2009.
Un modèle de joueur ? Fernando Torres.
Ta plus grande fierté ?
Les titres gagnés au Canada.
Un plat, une boisson ?
Pizza, Ice tea.
Loisirs ?
Le basket, le tennis, j’aime le sport en général, les voyages et être avec mes proches.
Acteurs, actrice ?
Will Smith.
Un film culte ?
La cité de Dieu.
Le dernier match que tu as regardé à la TV ? France-Grèce le 19 juin (la veille de l’entrevue)
Le dernier match auquel tu as assisté en spectateur (en dehors de ton club) ?
Je suis allé voir jouer mon ancien club, Grandvillars, en championnat. Après notre déplacement à Belfort en février, j’étais resté sur place pour aller rendre visite le lendemain à mon ancien club.
Le milieu du foot, en deux mots ?
Compliqué et hypocrite.
Carrière joueur :
Son CV. Hugo Chambon, né le 10 août 1996 à Lyon. Attaquant.
AS Saint-Priest (2008-2011) : Fréjus Saint-Raphaël (2012-2015) : Amnéville (2015-2016) : Montréal/AS Blainville (foot universitaire/semi professionne) (2016-2020) : Lusitanos Saint-Maur (2020-2021) : Grandvillars (2021-2022) : Olympique Saint-Quentin (2022-2023).
Texte : Marc-Antoine Goullieux / Mail : contact@13heuresfoot.fr
Photos : Olympique Saint-Quentinois et L’Aisne Nouvelle
C’est l’un des transferts surprises de ce début de mercato en National. Elément clé de la montée de Concarneau en Ligue 2, l’attaquant a décidé de quitter le club promu et choisi de signer un contrat de 2 ans au Mans. Une décision forte, révélatrice de l’état d’esprit du joueur formé à l’Olympique de Marseille, au parcours atypique.
Antoine Rabillard portera les couleurs du Mans FC la saison prochaine en National. Photo Le Mans FC.
La Ligue 1 avec l’OM, son club de cœur, trois montées, les stages des chômeurs de l’UNFP, les blessures, la 2e division hollandaise… La carrière d’Antoine Rabillard n’a jamais été linéaire. Mais le natif de Rodez (Aveyron), qui a grandi à Montpellier, ne « s’est jamais enflammé dans les moments fastes et n’a jamais abandonné dans les moments difficiles », comme il nous l’explique.
Ces derniers jours, sa carrière a dû prendre un nouveau virage. Buteur décisif lors des dernières minutes face à Bourg-en-Bresse (3-2) et Orléans (2-1) lors des deux dernières journées de National, deux buts qui ont propulsé Concarneau en Ligue 2, l’attaquant de 27 ans était cantonné au banc des remplaçants depuis deux mois.
Si les dirigeants de Concarneau lui ont proposé une prolongation d’un an, il a choisi de ne pas l’accepter et de rester en National en signant au Mans. « Je suis resté fidèle à mes principes, je suis serein », explique-t-il.
Pour 13Heures Foot, il est revenu longuement sur son parcours pas vraiment linéaire.
« Concarneau, les deux plus belles saisons de ma carrière humainement et sportivement »
Avec l’US Concarneau la saison passée (Photo Philippe Le Brech)
Son actualité, c’est bien sûr l’annonce de son départ de Concarneau puis sa signature au Mans, ce jeudi 22 juin. Après avoir réalisé la meilleure saison de sa carrière (12 buts, 7 passes décisives), l’attaquant de 27 ans n’accompagnera pas le promu breton en L2. Il va rester en National avec Le Mans.
« Je sais que certains ne comprendront peut-être pas mon choix, reconnaît-il. Mais je préfère jouer, même à un niveau inférieur, que de rester sur le banc juste pour dire, « j’ai retrouvé la L2 ». Concarneau ne me proposait qu’un an de contrat et on n’est pas tombé d’accord sur les conditions. J’ai compris que je devais trouver un nouveau projet. J’ai eu plusieurs contacts en National (dont Dijon et Red Star selon nos informations) mais c’est le projet du Mans qui m’a le plus convaincu. On cherchait un endroit où on serait bien avec ma femme. »
Même s’il s’est montré décisif avec ses buts capitaux contre Bourg-en-Bresse (3-2 à la 94e) et celui de la montée à Orléans (2-1 à la 86e ) lors des deux dernières journées, Antoine Rabillard a vécu une fin de saison frustrante.
Avec l’US Concarneau la saison passée (Photo Philippe Le Brech)
Il a en effet débuté les sept derniers matchs sur le banc. « J’ai été déçu d’être relégué comme ça sur les deux derniers mois. Je ne suis pas du genre à lâcher et à abandonner. Ce n’est pas dans mon tempérament. J’ai toujours voulu montrer que j’avais ma place. Mais forcément, cette fin de saison a pesé dans mon choix de partir. Il y a deux attaquants sous contrat (El Khoumisti, Gboho) et le club va recruter. Moi, je n’avais aucune garantie. Et si c’est pour passer un an sur le banc et me faire oublier, autant partir… Jouer a toujours été le plus important pour moi. »
Malgré tout, l’attaquant n’est pas amer. « Forcément, je suis un peu déçu mais je préfère ne garder que le positif. A Concarneau, j’ai certainement vécu les deux plus belles saisons de ma carrière sur les plan humains et sportifs. On avait une super équipe et tout le monde en a profité sur le plan individuel. Entre nous, l’ambiance était extraordinaire. Si on nous avait dit, en début de saison, qu’on terminerait champion de National, on ne l’aurait jamais cru. Personnellement, je suis très content de ma saison. Au niveau des « stats », c’est la meilleure de ma carrière. »
Mais la suite s’écrira donc pour lui au Mans, sous la conduite de Réginald Ray, un ancien goleador de L2. Dans la Sarthe, Antoine Rabillard tentera de décrocher une 4e montée dans sa carrière en mai 2024.
« Mon but avec l’OM contre Lille au Vélodrome, un moment indescriptible ! »
Avec l’US Concarneau la saison passée (Photo Philippe Le Brech)
Avant Concarneau, il était déjà monté en L2 avec Béziers en 2018 puis en Eredivisie (la L1 aux Pays-Bas) avec Go Aheads Eagles en 2021. Il aussi connu l’ivresse de marquer au stade Vélodrome sous le maillot de l’OM et les stages des chômeurs de l’UNFP. Des grands écarts qui ont jalonné le fil de son parcours : « Je viens de loin, j’ai un parcours atypique mais j’en suis fier », lance-t-il.
Tout a commencé pour lui dans un club de quartier de Montpellier, l’AS Saint-Martin Gazelec. « J’y suis resté dix ans. Chaque année, le grand club de Montpellier Hérault voulait que j’y signe. Mais mon père a toujours refusé. Il n’a pas eu tort. Si j’étais parti tôt de chez moi comme tant d’autres, j’aurais peut-être explosé en vol et arrêté le foot. Là, j’ai pu avoir une enfance et une adolescence normales, continuer mes études jusqu’au bac. »
En jeunes, il part néanmoins à Castelnau-le-Crès puis à Béziers. En U17 et U19, il explose les compteurs avec une saison à 46 buts puis une autre à 48 ! Repéré par de nombreux clubs, il passe en 2012 un essai à l’OM, son équipe de cœur. « Je suis supporter de l’OM depuis tout petit, sourit-il. Je touchais mon rêve de gamin. »
Le soir de l’accession en Ligue 2 avec Concarneau (Photo US Concarneau)
Mais l’essai s’avère « non-concluant »… « Du moins, c’est ce que je croyais alors que pourtant, ça s’était bien passé. L’OM m’a dit qu’il continuerait à me superviser. Un an plus tard, j’ai appris que c’était en fait mes parents qui s’étaient opposés à mon départ à un an du bac. Mais je ne leur en veux pas. C’était pour mon bien.»
Son bac en poche alors qu’il a déjà disputé à 17 ans quelques minutes en National 2, il retourne à la Commanderie en septembre 2013. « Je suis resté trois jours et Thomas Fernandez m’a fait signer un contrat de stagiaire pro. C’était fabuleux. »
Sous la tunique de l’OM en 2014 (Photo Philippe Le Brech)
Lors de sa deuxième saison avec la réserve (N3), il se blesse à une cheville. « J’étais en fin de contrat stagiaire. L’OM m’a proposé de rester mais sous statut amateur pour la réserve. »
A l’OM, l’Espagnol Michel a remplacé Marcelo Bielsa sur le banc. Lors des trêves internationales, il a l’habitude de compléter son groupe avec des joueurs de la réserve. « Il y avait beaucoup d’internationaux qui étaient partis. Je suis venu m’entrainer avec la L1 et j’ai pu me faire remarquer. »
Le 10 janvier 2016, il effectue ses grands débuts en L1 en remplaçant Alaixy Romao à la 72e minute face à Guingamp (0-0). Puis il égalise à la 96e minute contre Lille (1-1) le 29 janvier avant de connaitre sa première titularisation en L1 à Montpellier, la ville où il a grandi. « Ce but contre Lille au Vélodrome, c’était un moment indescriptible, dingue… C’est impossible à décrire. Vu par où j’étais passé, marquer au Vélodrome pour le club que je supporte depuis gamin… Je vivais en plein rêve. »
En mars 2016, il signe son premier contrat professionnel. Pourtant, il va vite retomber sur terre. Franck Passi, qui a remplacé Michel, ne l’utilise plus. La saison suivante, il n’effectue que deux petites apparitions (14 minutes) en L1 avec Rudi Garcia. « Il me restait un an de contrat. Il a été honnête avec moi. Il m’a dit que le club allait recruter, que ce serait bouché pour moi. J’ai donc pris la décision de partir. Ce que je voulais, c’était jouer même si pour ça je devais quitter l’OM où j’étais dans un certain confort. »
National, stage UNFP et 2e division hollandaise
Avec l’OM en 2014 (Photo Philippe Le Brech)
Antoine Rabillard n’hésite pas à redescendre en National à l’été 2017. Il retourne dans son ancien club, à l’AS Béziers. « Je venais de là-bas, j’étais près de ma famille. C’était plus rassurant, c’était le choix de la sécurité. En quittant un cadre pro, cela me permettait de me sentir plus à l’aise. »
Il marque 7 buts et Béziers, qui était relégable à la trêve, accède en Ligue 2 en battant Les Herbiers lors de la dernière journée (4-1). « Les Herbiers venaient de jouer la finale de la Coupe de France contre le PSG. On a aussi bénéficié de la victoire surprise de l’Entente Sannois Saint-Gratien à Grenoble pour monter directement. »
Avec l’AS Béziers (Photo Philippe Le Brech)
Mais la saison en L2 est plus compliquée. « J’ai été blessé à un genou, je n’ai pas beaucoup marqué (2 buts), on ne jouait pas dans notre stade et au final, on redescend en National pour un point. »
Lui se retrouve sans contrat. Il rejoint le stage des chômeurs de l’UNFP. « J’ai eu cette possibilité de partir en 2e division des Pays-Bas. L’étranger, ça ne me faisait pas peur. C’était une bonne opportunité pour moi. Ma femme m’a suivi dans cette aventure. »
En deux saisons avec les Go Aheads Eagles de Deventer, une ville de 100 000 habitants à une centaine de kilomètres d’Amsterdam, il a inscrit 18 buts et délivré 9 passes décisives. « La première année a été tronquée par le Covid et lors de la deuxième année, on est monté, encore à la dernière journée ! Niveau foot, c’était une super expérience. La montée en Eredivisie, c’était un grand souvenir aussi. Mais c’est au quotidien que c’était plus compliqué, surtout pour ma femme. Il y avait la barrière de la langue, la météo avec souvent de la pluie… Le club m’avait fait une proposition pour prolonger. Mais avec ma femme, on a décidé de rentrer en France. On avait besoin de retrouver notre pays. »
« Quand on tombe, il faut savoir se relever tout de suite »
Avec l’US Concarneau la saison passée (Photo Philippe Le Brech)
Pourtant, malgré ses belles saisons aux Pays-Bas et son CV, les propositions n’affluent pas. « J’étais parti en 2e division hollandaise, on m’avait un peu oublié. J’étais sorti du circuit. Eddy (Torest, son conseiller) a dû se démener pour me trouver un club. Il s’est battu pendant un mois et demi. Il n’y avait pas beaucoup de portes qui se sont ouvertes. Heureusement, il y a eu l’opportunité de Concarneau. Avec Stéphane Le Mignan, ça a tout de suite accroché. Vincent Viot, avec qui j’avais joué à Béziers, m’a aussi encouragé à venir. »
Si sa première saison s’est interrompue dès février 2022 à cause d’une blessure à une épaule, la deuxième s’est donc terminée en apothéose sur le terrain. Avant sa décision de quitter Concarneau cette semaine. « Tout ça, c’est à l’image de ma carrière où j’ai connu des hauts et des bas. Mais ça fait partie du métier. Le foot, c’est aussi une grosse part de mental. J’en ai vu tellement qui étaient pourris de talents, qui étaient promis à une belle carrière… Mais à un moment, ça a bloqué au niveau mental. Moi, c’est tout le contraire. Mais si on ne m’attendait pas et que je suis toujours là, c’est que je n’ai jamais rien lâché. J’ai connu des moments difficiles mais quand on tombe, il faut savoir se relever tout de suite. Ce que j’ai reçu de mon éducation, c’est qu’il ne fallait jamais abandonner. »
Antoine Rabillard du tac au tac
Avec l’AS Béziers, en 2017, il est monté en Ligue 2 ! (Photo Philippe Le Brech)
Première fois dans un stade comme spectateur ?
J’avais 7 ans. C’était un Montpellier – PSG en 2002. Il y avait Ronaldhino au PSG.
Meilleur souvenir de joueur ?
Mon but contre Bourg-en-Bresse, celui du 3-2, à la 94e minute lors de l’avant-dernière journée. C’était la folie dans le stade. Et juste après, Ezikian tire sur la barre sur un coup-franc ! On est passé par toutes les émotions sur ce match.
Pire souvenir de joueur ?
Ma blessure à l’épaule la saison dernière contre Villefranche (7 février 2022). J’ai voulu esquiver le gardien et en sautant, je mets mon bras pour amortir. J’entends que tout pète. Saison terminée alors qu’on était en tête. J’ai eu 4 mois et demi d’arrêt.
Le geste technique préféré ?
La reprise de volée.
Le soir de la montée en L2 avec l’US Concarneau (Photo US Concarneau)
Qualités et défauts sur un terrain ?
La finition, l’abnégation et l’altruisme. Niveau défauts, je dois progresser dos au jeu et dans la conservation. Je dois aussi moins m’énerver contre les arbitres.
Votre plus beau but ?
Aux Pays-Bas avec Go Aheads. Un retourné acrobatique face au FC Eindhoven.
Le joueur le plus fort que vous avez affronté ?
Kylian Mbappé en jeunes lorsqu’il était à Monaco. Il était surclassé.
Le joueur le plus fort avec qui vous avez joué ?
Lassana Diarra à l’OM.
L’ entraîneur ou les entraîneurs qui vous ont marqué ?
Michel car il m’a lancé en L1 et donné ma chance à l’OM. Au niveau du football pur, Stéphane Le Mignan à Concarneau.
Avec l’AS Béziers, saison 2017-2018, en National (Photo Philippe Le Brech)
Le président qui vous a marqué ?
Je ne l’ai pas connu car il était parti quand j’y étais. Mais en tant que supporter de l’OM, je dirais Pape Diouf.
Le club où vous avez pris le plus de plaisir ?
Concarneau.
Le club qui vous fait rêver ?
En jouant à l’OM, j’ai déjà atteint un de mes rêves. Mais le rêve ultime, l’inaccessible, serait le Real Madrid.
Vos joueurs préférés ou modèles ?
Ronaldo et Benzema.
Avec l’US Concarneau la saison passée (Photo Philippe Le Brech)
Un stade mythique ?
Le Vélodrome, bien sûr.
Vos amis dans le foot ?
Florian Escales, le gardien d’Annecy. On a été formés ensemble à l’OM et on est toujours resté en contacts.
Dès qu’on peut, on se retrouve. Ces deux dernières années, j’ai aussi trouvé des vrais amis à Concarneau. Je sais qu’on restera en contact.
Le joueur le plus connu de votre répertoire ?
Rémy Cabella.
Avec l’US Concarneau la saison passée (Photo Philippe Le Brech)
Vos occupations en dehors du foot ?
Les jeux vidéo. Je suis aussi très animaux, j’ai un chien et un chat.
Si vous n’aviez pas été footballeur pro ?
Je me suis arrêté après le bac donc très bonne question… Peut-être agent immobilier comme mon grand-frère… C’est une piste à développer pour plus tard.
Le milieu du foot en deux mots ?
Je suis passionné de foot et de jeu. Mais par rapport à ce qu’il y a autour, ce n’est pas un milieu qui m’attire. Il y a beaucoup trop de requins. Il ne faut rien attendre de personne. Le plus important, c’est d’être bien entouré. Sinon, on peut vite péter un câble.
Le sud de la France, la Hollande ou la Bretagne ?
Quand on vient du sud comme moi, on ne peut pas hésiter (rires)… La Hollande, c’est joli, mais le climat, ce n’est pas ça. Après, j’ai pu découvrir la Bretagne pendant ces deux ans à Concarneau. C’est une belle région, très sympa.
Texte : Laurent Pruneta / Mail : lpruneta@13heuresfoot.fr et contact@13heuresfoot.fr / Twitter : @PrunetaLaurent
Photos : Philippe Le Brech (et aussi Le Mans FC et US Concarneau)
Cinq équipes et 80 joueurs ont participé à la « FAB Cup » à Pontivy, tournoi organisé par le journal Le Télégramme, qui réunit les meilleurs joueurs des équipes type de Régional 1 à Régional 3, mises en avant tout au long de la saison après chaque journée de championnat.
La joie des joueurs de Finistère sud suite à leur victoire au tir but face à Côtes d’Armor. Photo Nicolas Créac’h
Qui n’a jamais fantasmé un match durant lequel les stars d’équipes rivales auraient enfilé le même maillot pour défendre leur territoire et ainsi nous faire rêver ? Comme Cristiano Ronaldo et Lionel Messi à leur époque espagnole par exemple.
Dans la même idée que ce que les fans de golf ont l’occasion d’apercevoir à l’occasion de la Ryder Cup, ceux de la petite balle jaune lors de la Rod Laver Cup ou encore les passionnés de dunks, paniers primés ou autres posters à l’occasion du All Star Game.
Ces rêves de gamins, devenus réalité dans d’autres disciplines, le sont également désormais depuis 2 ans dans le football. Et pas n’importe lequel : le football amateur. Sans toutefois réunir Alexis Sanchez et Kylian Mbappé sous le même maillot, il existe en Bretagne une compétition réunissant les meilleurs footballeurs de la région, du Régional 1 au Régional 3 : la FAB Cup (FAB pour Foot Amateur Bretagne). Lancée la saison dernière par le journal Le Télégramme, la « Foot Amateur Bretagne » Cup a transformé l’essai, à Pontivy, pour sa deuxième édition.
La joie des joueurs de Finistère sud. Photo Nicolas Créac’h
Un événement auxquels ont participé près de 80 joueurs, devant trois caméras permettant la diffusion en direct, et couronnant ainsi le succès du projet global d’un média qui tient sa promesse de traiter le football amateur de même manière que celui des professionnels.
Et quand on dit que l’événement réunit le gratin du foot amateur de la région, c’est à prendre au sens propre. Car le titre de presse quotidienne régionale s’est attelé, comme la saison dernière, à la réalisation d’une équipe type pour chaque journée de championnat allant du Régional 1 au Régional 3, et ce, pour chaque territoire breton représenté : les Côtes-d’Armor, le Morbihan, le Finistère Sud et le Finistère Nord, auxquels l’Île-et-Vilaine se rajoute cette année.
Techniquement, cela se passe ainsi : les correspondants qui couvrent les rencontrent font « remonter » les joueurs les plus en vue à un « référent » en charge du territoire, qui peut ainsi réaliser l’équipe du week-end, et les joueurs les plus représentés dans ces équipes postulent logiquement à une place dans l’équipe type de la saison de leur zone géographique : celle qui représentera son territoire lors de la Fab Cup de fin de saison.
« Une fierté d’être dans l’équipe type du week-end »
La joie des joueurs de Finistère sud. Photo Nicolas Créac’h
Maël Moizant, adjoint au chef du service des sports du Télégramme et pleinement investi dans le projet « Fab Cup », révèle les coulisses de la naissance d’un bébé qui égaie désormais tout le football amateur breton. « En 2018, Le Telegramme était toujours à fond sur le foot amateur. À Brest, on se rendait compte que l’on couvrait entièrement le R1, le R2, et pour le R3, on avait au moins les buteurs. Et c’est en voyant l’équipe type de la journée de Ligue 1 dans l’Equipe que nous vient l’idée de le mettre en place dans le Nord-Finistère pour ces divisions. On l’a fait après la trêve hivernale, on tentait un coup. Et là, ça cartonne sur le web, ça part dans tous les sens. Les joueurs se prennent au jeu des équipes type. On a continué ainsi jusqu’en 2021/22, où on a voulu le faire partout. ».
A l’aube de la deuxième édition de la FAB Cup, les joueurs sont unanimes : chaque lundi soir sur le web ou mardi matin en papier, ils scrutent le Télégramme pour voir s’ils figurent parmi l’équipe type du week-end de leur territoire !
Pierre a figuré à deux reprises parmi les 11 « élus » du Finistère-Sud et évoque les sentiments qui en ont découlé : « C’est vachement agréable de se voir dans le journal. C’est quand même une fierté : t’as fait un bon match le dimanche, t’es dans l’équipe-type du week-end et c’est une récompense du travail fourni », apprécie-t-il, même si ses apparitions vont de pair avec une petite amende dans la caisse de son club.
Et vous l’avez compris, Le Télégramme a souhaité aller encore plus loin que ses traditionnelles « équipes type », en lançant sa Fab Cup. « En avril de la saison dernière, on s’est dit que c’était trop dommage de ne pas savoir qui était le plus souvent apparu dans les différentes équipes. Puis l’idée est venue de mijoter un tournoi avec ces joueurs-là. Mais on n’avait que deux mois pour l’organiser », rembobine Maël Moizant, qui s’est donc lancé avec son équipe dans une course folle pour créer l’événement en quelques semaines.
D’adversaires à coéquipiers puis amis, grâce à la FAB Cup
L’équipe de Nord Finistère. Photo Nicolas Créac’h
Une mission réussie, puisque la première Fab Cup a eu lieu le 18 juin 2022 à Rostrenen (Côtes-d’Armor), et a été couronné de succès. « On n’a eu que d’excellents retours, les joueurs et coachs présents ont adoré, mais aussi le public qui a regardé l’évènement. Il y a eu une très bonne audience, avec du monde qui a suivi autant le direct que les différents replays, détaille-t-il. Et puis sur le terrain, il y avait un vrai bon niveau de football, les matchs ont atteint un niveau Régional 1. »
Celui qui est l’une des nombreuses mains à avoir monté l’évènement puise aussi une satisfaction quand il enfile sa casquette de journaliste du Télégramme : « Ce qui m’avait vraiment frappé sur la première édition, c’est que tu fais venir des joueurs qui ne se connaissent pas vraiment entre eux et qu’au fil des matchs, un lien se crée. Au début de la journée, la sélection des Côtes-d’Armor se saluait juste. Et quand ils ont remporté le tournoi, ils ont fait un cri de guerre comme si c’était une équipe normale. Désormais, quand ils se recroisent, ils en discutent, ils ont un souvenir commun. On a créé du lien social. C’est aussi le rôle d’un média comme le Télégramme de se mettre au service du foot amateur ».
Les amateurs comme les pros : la promesse tenue du Télégramme
L’équipes Côtes d’Armor. Photo Nicolas Créac’h
Ce tournoi des meilleurs joueurs de la région est en fait la cerise sur le gâteau de l’implication du média dans le foot amateur. A l’image de la création du site internet qui lui est 100% dédié, Foot Amateur Bretagne, qui a donné son nom à la fameuse compétition. Ce site a une promesse : « Toute l’actu, comme les pros ». Et il la tient parfaitement.
Outre les articles et différentes équipes-types, Le Télégramme est pleinement investi sur le mercato amateur et liste, club par club, les départs et arrivées, avec photo du joueur, poste, et âge. Comme pour les pros ! Et l’événement qui couronne cet attachement au « foot d’en bas » est bien entendu cette Fab Cup.
Et pour l’organisation, Maël Moizant tient à préciser que cela dépasse largement le cadre de la rédaction sportive. « C’est un véritable projet d’entreprise. Ça coute un peu d’argent donc ce n’est pas réalisable si la direction ne s’y implique pas. Il y a les équipements fournis, la captation télé, trois caméras, sur un format quasi professionnel. Oui, le Groupe Télégramme s’investit à fond, ce qui implique les services marketing, numérique, communication et promotion. Mais ce n’est pas tout, l’année dernière, le FC Rostrenen co-organisait l’événement et on a pu jouer sur leur terrain. Cette saison, c’est le Stade Pontivyen qui met à disposition ses bénévoles, sa buvette et son terrain. C’est un beau stade (le club local évolue en National 3 après avoir longtemps évolué en N2), un peu à l’anglaise… Sans ces partenaires-clubs, c’est également impossible ».
Ballons et maillots fournis par Décathlon
Et comme il le rappelle, « l’année dernière c’était une Fab Cup O, une édition témoin. Cette année, on a eu plus de temps pour la préparer donc on veut passer un cap, assure-t-il. On s’est notamment rapproché de partenaires. Décathlon, par exemple, qui fournit les ballons de la Ligue 1 pour la journée ou encore les équipements. Ils sont plusieurs à nous suivre et cela valorise l’évènement. »
Une Fab Cup qui est déjà plébiscitée par les joueurs : Sur les 80 acteurs (15 joueurs par sélection plus un entraîneur) réquisitionnés, certains étaient indisponibles mais personne n’a refusé en n’étant pas intéressé par la journée. Et les présents ? Eux se sont régalés. Avec l’aspect plaisir qu’avance Maël Moizant : « Nous on ne rémunère personne, c’est simplement bon esprit. C’est un tournoi de fin de saison pour ceux qui ont brillé afin de clore l’année avec les meilleurs joueurs du territoire ».
« Tu représentes ton territoire, autant le faire à 200% »
Photo Nicolas Créac’h
Cela, sans oublier l’aspect de compétition, comme le rappelle le Sud-Finistérien Pierre : « On rencontre les meilleurs joueurs des autres départements et quand tu es compétiteur, que tu aimes jouer à bon niveau, c’est sympa de les affronter. Et puis tu représentes ton territoire, autant bien le faire, à 200% ».
Cet état d’esprit est peut-être ce qui a fait la différence à Pontivy. Pierre et ses coéquipiers du « 29 Sud » l’ont emporté après quatre premiers matchs de championnat et une finale disputée face aux Costarmoricains. Et il n’y avait qu’à voir les moments de célébrations pour se rendre compte que tout le monde a réussi sa journée : joueurs et organisateurs, qui reviendront forcément l’année prochaine, et pourquoi pas avec des nouveautés qui donneront encore plus d’éclat à l’évènement.
Texte : Alexandre Le Bris / Mail : contact@13heuresfoot.fr / Twitter : @lebrisfutalex
Photos : Nicolas Créac’h / Le Télégramme
L’ancien international U16 et champion de France U19 avec le PSG a soigné ses statistiques cette saison (17 buts) et contribué à l’accession en National du club vosgien. Un nouveau départ ?
Photo Justine Touvenot – SAS Epinal
Ce n’est pas faire injure à Epinal que de dire que, en National 2, l’on attendait plutôt Fleury cette saison, ou même le FC 93 (Bobigny – Bagnolet – Gagny) pour l’unique accessit en National.
Seulement voilà, les deux équipes franciliennes ont craqué dans le sprint final. Bobigny, leader à la 24e journée, a perdu 5 de ses 6 derniers matchs dont 2 face à ses concurrents directs, tandis que Fleury, encore leader à trois journées de la fin, s’est incliné au pire moment, à Créteil (2-0, J28), laissant les Vosgiens s’emparer de la première place pour ne plus la quitter.
Voilà ce qui s’appelle coiffer tout le monde sur le poteau !
Et voilà ce qui s’appelle rater le coche pour le Fleury, déjà 2e en 2022, devancé d’un petit point seulement par Paris 13 Atlético, et encore 2e cette année, devancé cette fois au… goal-average particulier par le SAS Epinal. Dur.
Epinal repêché deux fois !
Pour Epinal, c’est un retour en National, six ans après sa descente. Un retour qui ne sera pas simple, surtout quand on sait que lors de ses trois précédentes campagnes dans l’antichambre de la Ligue 2, le club de la préfecture des Vosges a terminé… 18e et bon dernier (2014), 17e (avant-dernier 2015) puis 15e. Et est donc descendu… trois fois de suite ! Sauf que le Stade Athlétique Spinalien a été repêché deux fois, en 2015 et en 2016 ! Ne cherchez pas, c’est unique dans les annales. Et cela ne se reproduira plus, les règlements ayant évolué depuis.
Si Epinal retrouve le National, il le doit bien sûr à son effectif et à son staff, emmené par un ancien de la maison, le coach Fabien Tissot. L’ancien attaquant du temps de la Division 2 (9 buts lors de la saison 1995-1996) était revenu s’asseoir sur le banc du stade de la Colombière en 2022, lui qui avait déjà coaché les Boutons d’or de 2009 à 2015, en CFA et aussi en National (deux accessions à son actif en 2011 et 2014). Avec la cuvée 2022-2023, voilà qui fait trois accessions ! Ne cherchez pas, là encore, le spécialiste, c’est Fabien Tissot !
« Je suis un électron libre sur le terrain »
Photo Justine Touvenot – SAS Epinal
Bon, si Epinal retrouve le National, il le doit aussi à un garçon pétri de talent et de qualités, mais qui, ces dernières saisons, n’avait pas encore exploité tout son potentiel. Et ce garçon, c’est Bryan Labissière, ancien international U16 (6 sélections).
Depuis qu’il est à Epinal, le Parisien de 26 ans est transformé. Epanoui. Mature. Cela ne s’est pas vu immédiatement, mais depuis qu’il a changé de poste, délaissant le milieu de terrain et le côté pour se porter aux avants postes, ou tout au moins dans un rôle d’électron libre, une sorte de deuxième attaquant, il empile les buts : 17 cette saison, en 25 titularisations, et tous inscrits dans le jeu (aucun penalty). Des statistiques qui forcent le respect. Et comme il est un joueur altruiste, il a aussi délivré 6 passes décisives.
C’est simple, cette saison, la paire qu’il forme avec l’ancien joueur de Nancy, Karim Coulibaly, c’est 24 buts à eux deux ! Et si l’on y ajoute les 6 buts d’Ismaël Camara, ça donne une triplette à 30 buts ! « Cette année, le coach m’a laissé jouer mon jeu, m’a laissé libre de dribbler, de percuter, et ça s’est bien passé, j’ai pris du plaisir. J’ai été efficace, raconte sobrement l’ancien joueur du Paris-Saint-Germain, où il a effectué toutes ses classes au centre (2010 à 2018). »
« Sur le côté, j’étais timoré »
Photo Justine Touvenot – SAS Epinal
Pourtant, la partie n’était pas gagnée d’avance. Surtout que Bryan n’est pas un attaquant de formation.
« Mon poste de prédilection, c’est 8 ou 10 ! Là, à Epinal, je suis plutôt 2e attaquant. Je suis libre de décrocher, de prendre la profondeur, de jouer entre les lignes, comme un 9 et demi plutôt. Je suis un électron libre dans l’équipe. J’avais déjà commencé à jouer comme ça l’an passé. Mais cette année, on a changé de système : parfois je joue 9 et demi, parfois je joue 10 avec deux pointes, en 3-5-2. Franchement, je le répète, j’ai pris plus de plaisir à ce poste, car je suis plus axe au jeu, alors que sur le côté, j’étais plus timoré, parce que certains coachs me demandaient de prendre la profondeur ou d’aller en un contre un ou de centrer ou de ressortir… alors que moi, j’aime bien « rentrer » dans l’axe. C’est vrai que cette saison, j’ai des bonnes « stats », mais je suis encore plus satisfait du contenu de mes matchs. Il faut dire aussi qu’on était porté vers l’attaque. «
Cela se voit : cette saison, Epinal, c’est 55 buts inscrits, 4e meilleure attaque de N2 derrière le Racing (66 buts), Bobigny (59) et Rouen (58). Epinal, c’est aussi des milieux qui marquent, à l’image de Doumbia (4), M’Madi (4) et Viallon (3).
« Le téléphone sonne beaucoup… »
La partie n’était pas gagnée non plus pour le Stade Athlétique Spinalien, qui fut un temps décrochée au classement : « Si on a douté ? C’est à dire que, à un moment, cet hiver, on s’est retrouvé loin des premiers, à 11 points je crois, car on avait des matchs en retard à disputer. Et ces matchs-là, on les tous a gagnés. Ce qui nous a permis de recoller au peloton. Et on a fait une série de qui nous a donnés la force. Et puis, ce qu’il s’est passé aussi, c’est que comme tout le monde pouvait descendre à cause des 5 ou 6 relégations, on ne pouvait pas prendre les matchs à la légère. »
Forcément, après une telle saison, les sollicitations affluent. « Le téléphone sonne beaucoup, c’est très bien ! » L’ancien champion de France U19 (avec PSG) n’en dira pas plus. Pas le genre de joueur à fanfaronner. Et puis, Bryan sait d’où il vient : « Quand j’ai quitté PSG, quand j’ai refusé leur contrat pro, je n’ai pas fait les bons choix… Mais je ne veux plus trop parler de cette période. Aujourd’hui, j’ai grandi, j’ai pris en maturité, je vais être papa, y’a beaucoup de choses qui ont changé » raconte celui qui avait commencé le ballon à Romainville en Seine-Saint-Denis à l’âge de 6 ans avant de rejoindre le club voisin, Les Lilas, deux ans plus tard. « Je reviens de loin. C’est vrai. Vivre une montée, c’est exceptionnel, surtout quand tu as été acteur. »
Son CV
– Bryan Labissière, né le 11 février 1997, à Paris. Milieu/attaquant. International U16.
– Parcours : Romainville (2003-2005) ; Les Lilas (2005-2010) ; Paris Saint-Germain (2010-2018) ; Romorantin (N2, 2018) ; Saint-Malo (N, 2018-2019) ; Guingamp B (N2, 2019-2020) ; Le Puy (N2, 2020-2021) ; Epinal (N2, depuis juillet 2021).
– Palmarès : champion de France U19 en 2016 avec PSG et finaliste de la Youth League.
1 sélection internationale (29 mai 2018) avec Haïti : défaite 4 à 0 contre l’Argentine au stade de La Bombonera (Messi 3 nuts, Aguero 1 but).
Bryan Labissiere, du tac au tac
« Je pense collectif ! »
Photo Justine Touvenot – SAS Epinal
Meilleur souvenir sportif ?
J’hésite entre deux… Mais je vais dire les deux : la Youth League avec le Paris Saint-Germain (en 2016), même si on a perdu en finale contre Chelsea, et cette saison, avec Epinal, avec la montée au bout. C’est un délire la montée !
Pire souvenir sportif ?
C’est de ne pas avoir accepté le contrat pro que me proposais Paris SG.
Plus beau but ?
J’en ai mis des pas mal quand même !! Mais je n’en ai pas un qui me vient comme ça, en tête !
Ton but le plus important ?
Même si ce n’est pas le plus beau, c’est celui que j’ai marqué lors de la dernière journée, cette saison, contre Saint-Maur Lusitanos (1-1), car c’est celui qui nous permet de monter en National avec Epinal.
Plus beau loupé ?
J’étais en dehors de la surface, le gardien fait une passe latérale à son défenseur, j’anticipe parce que je sais qu’il va jouer comme ça, je récupère le ballon et là, je suis en angle fermé, côté gauche, y’a plus de gardien, y’a plus personne, mais mon enroulé passe juste au-dessus et sort en 6 mètres. Je crois que c’était contre Schiltigheim la saison passée.
Avec le PSG. Photo FFF
Pourquoi as-tu choisi d’être footballeur ?
C’est ma passion, c’est ce que j’aime le plus. Ma mère m’a inscrit à Romainville, je jouais avec des plus grands que moi. J’ai toujours joué contre des plus grands que moi !
Ta première fois dans un grand stade ?
C’était au Vélodrome, à Marseille. Je faisais la coupe Nationale avec l’équipe d’Ile de France, c’est une compétition qui réunissait les meilleurs jeunes, et c’était à Marseille. On avait été invité au Vélodrome du coup.
Ton geste technique préféré ?
La prise de balle.
Combien de cartons rouges dans ta carrière ?
Un seul, à Guingamp, comme par hasard, c’était lors du dernier match avant la Covid, en réserve, et cela m’a valu six matchs de suspension la saison suivante; c’est pour ça que quand je suis arrivé au Puy, je n’ai pas pu jouer tout de suite.
Si tu n’avais pas été footballeur, tu aurais fait quoi ? Franchement ? Je n’en sais rien.
Qualités et défauts sur un terrain, selon toi ? Je suis quelqu’un de technique et d’intelligent sur le terrain je pense, je vais vite, j’ai les deux pieds. Mes défauts ? Le jeu de tête; mais pas la tête, non, pas le mental ! Car je reviens de loin. Et aussi j’arrive pas à « switcher » quand il y a une situation injuste, et c’est le pire, car je ne supporte pas l’injustice, et je vais ronchonner pendant un moment par rapport à ça. Je sais que ce n’est pas bien mais je suis comme ça.
Photo Justine Touvenot – SAS Epinal
Tu n’as pas un côté nonchalant, aussi ?
Non ! J’ai gommé ça, franchement. Peut-être plus à l’entraînement, mais en match, je ne suis pas du tout comme ça. En match, je suis un guerrier.
Le club ou l’équipe où tu as pris le plus de plaisir sur le terrain ?
Mes années de formation au PSG avec les équipes de jeunes, et cette saison aussi, j’ai vraiment pris du plaisir à Epinal.
Le club où tu n’aurais pas dû signer, l’erreur de casting de ta carrière ?
Guingamp.
Le club où tu as failli signer (tu peux le dire maintenant, il y a prescription) ?
Troyes et Valenciennes, quand j’étais au PSG.
Le club où tu aurais rêvé de jouer, dans tes rêves les plus fous ?
Manchester City.
Avec la sélection haïtienne, face à l’Argentine, au stade de La Bombonera.
Un club où tu ne pourrais pas jouer ?
Je ne peux pas te le dire… Sinon ça va me causer des soucis (rires) !
Un stade mythique ?
La Bombonera. En Argentine. C’est quelque chose ! J’y suis allé, avec la sélection haïtienne. C’était en 2018. C’était ma première et ma dernière sélection car j’ai annoncé que je n’irais plus. Ce jour-là, Messi était en feu, il a mis 3 buts ! L’Argentine nous avait battus 4 à 0.
Un coéquipier marquant (si tu devais n’en citer qu’un), mais tu as droit à deux ou trois !?
Felix (Eboa Eboa) et Chris (Nkunku) parce que ce sont aussi mes meilleurs amis.
Photo Justine Touvenot – SAS Epinal
Le coéquipier avec lequel tu avais ou tu as le meilleur feeling, avec lequel tu t’entendais le mieux sur le terrain ?
Y’en a beaucoup avec qui le feeling est passé ! C’est dur comme question. J’aime bien avoir la possession du ballon, faire courir l’adversaire, jouer en une touche de balle ou deux, j’aime bien tous les joueurs qui sont dans ce registre.
Le joueur adverse qui t’a le plus impressionné ?
Kingsley (Coman) à l’époque, à Paris, c’était un truc de fou.
Un coéquipier que tu as perdu de vue et que tu aimerais bien revoir ?
Jean-Kévin Augustin. C’était mon fréro, on était vraiment proche, nos familles se connaissaient, on était toujours en chambre ensemble, que ce soit en déplacement ou au centre. On a fait nos carrières jeunes ensemble, on a le même âge.
Un coach ?
François Rodriguez. Mon coach au PSG. Et aussi Cédric Cattenoy, que j’ai eu aussi au PSG.
Sous le maillot du Puy.
Un coach que tu n’as pas envie de revoir ?
Non, aucun !
Une causerie d’avant match ?
Les causeries de François Rodriguez, c’était quelque chose.
Une consigne que tu n’as pas comprise ?
Oui mais je ne peux pas le dire !
Le joueur le plus connu de ton répertoire téléphonique ?
Je crois que c’est Chris (Nkunku).
Combien de véritables amis dans le foot ?
J’en ai vraiment trois avec Fodé (Ballo-Touré), Chris (Nkunku) et Félix (Eboa Eboa), mes trois vrais amis dans le foot, et aussi Samuel Essendé, et tous les autres, c’est mes gars !
L’équipe et l’adversaire qui t’a le plus impressionné ?
L’Argentine, avec Haïti, et Messi était injouable ce jour-là.
Tu est un attaquant plutôt…
A Saint-Malo. Photo Joël Galiot
Altruiste. Je pense collectif.
Des rituels, des tocs, des manies ?
J’ai en un : un de mes meilleurs amis est décédé, y’a 4 ans, et quand je rentre sur le terrain, je fais une petite prière pour lui, et avant, je mets une musique l’on écoutait ensemble.
Une devise, un dicton ?
Non, mais pour moi, le plus important, c’est de prendre du plaisir. On a la chance de faire un beau métier. On ne prend pas toujours du plaisir, c’est vrai, mais le but, c’est d’en prendre au maximum. Après, le foot, ça reste le foot, tu gagnes, tu perds…
Que t-a-t-il manqué pour jouer en Ligue 1 ou en Ligue 2 ?
Ce qu’il m’a manqué ? Attend, si il faut, ça va arriver là !! On ne sait pas (rires) ! Ce qu’il m’a manqué jusqu’ici, on ne va pas se mentir, ce sont les statistiques, et aussi, après mon départ de Paris, je n’ai pas mis tout en oeuvre pour retrouver le haut niveau. Mais depuis que je suis à Epinal, je ne pense qu’à une seule chose : retrouver le monde pro. Je me dis que ça va venir.
Une idole de jeunesse ?
David Silva.
Un modèle de joueur ?
Je n’étais pas attaquant au départ, j’étais numéro 8, c’est pour ça que David Silva est mon modèle !
Plus grande fierté ?
De ne pas avoir lâché quand je me suis retrouvé sans club pendant 6 mois… J’aurais pu flancher, vriller… Alors aujourd’hui, tout va pour le mieux, après la saison que j’ai faite, je vois tout le travail que j’ai accompli.
Passions ?
J’aime bien jouer aux jeux en ligne, par exemple, on joue à Ludo King avec Hass (Hassim Fadiga, Le Mans), Saad (Trabelsi, Fleury) et Raf’ (Boujedra, Valence), le soir !
Le match de légende, c’est lequel pour toi ?
C’est la remontada du Barça contre le PSG.
Un sport autre que le foot ?
J’aime bien le tennis, je regarde, d’ailleurs, j’ai regardé la finale de Roland-Garros. J’aime bien Alcaraz, Tsitsipas, Ruune, et le petit américain qui arrive, Shelton.
Un plat, une boisson ?
Le plat de Haïti, le « Pikliz banane peze ».
Le SAS Epinal, c’est un club plutôt…
Familial et ambitieux.
Le milieu du foot, en deux mots ?
Passion et ingrat.
Texte : Anthony Boyer / Mails : aboyer@13heuresfoot.fr et contact@13heuresfoot.fr / Twitter : @13heuresfoot et @BOYERANTHONY06
Photos : Justine Touvenot – SAS Epinal , FFF et DR
Promu en National 3, le club de la Drôme, qui a subi deux dépôts de bilan en 2005 et 2014 avant de devenir l’Olympique de Valence, s’est reconstruit autour d’une nouvelle équipe et d’un homme, Malik Vivant, chantre de l’éducation, de la jeunesse, de la formation et de la mixité.
Après la victoire 4 à 0 contre Velay FC, le 26 mai dernier, qui a scellé l’accession en National 3 de son équipe à une journée du terme, le téléphone de Malik Vivant n’a pas arrêté de sonner. Et ça a bien duré une semaine, le manège !
Bon, si vous voulez contacter le coach de l’Olympique de Valence, ce n’est pas bien compliqué : il suffit de se rendre sur le site officiel du club et de cliquer sur l’onglet « Régional 1 » et hop, le tour est joué : son 06 s’affiche en grand ! On n’ose même pas imaginer ce qu’il adviendrait si le club évoluait en pro : sans doute lui faudrait-il un secrétaire particulier !
« C’est vrai que la semaine qui a suivi la montée en National 3, je me suis retrouvé avec beaucoup d’appels et il a fallu filtrer, car je ne pouvais pas répondre à tout le monde, et en plus, on a eu plein de réunions, plein de dossiers administratifs à remplir » raconte l’homme du renouveau valentinois.
Les belles heures et les heures… sombres
Malik Vivant, le coach de l’Olympique de Valence.
Né dans le quartier de Valensolles, au sud de Valence, aux portes du soleil, comme on dit, Malik Vivant a tout vu dans la préfecture de la Drôme. Tout connu. Tout lu. Tout entendu. Tout vécu. Les belles heures. Les heures plus sombres.
Les belles heures, comme celles des années 80 et 90, quand la ville s’appuyait tout d’abord sur deux clubs pour rayonner. Une situation qui a duré jusqu’en 1992 avec la fusion du FC Valence (D3 et une saison en D2 lors en 1984-1985), et l’USJOA Valence (Union sportive de la jeunesse d’origine arménienne, D3 et accession en D2 en 1992), pour donner naissance à l’ASOA Valence.
C’était les années fastes. Avant celles, moins glorieuses, du milieu des années 2000 : deux rétrogradations en National (2000 et 2004) et nouvelle accession en 2005 en Ligue 2… refusée par la DNCG ! La fin du foot de haut niveau à Valence. Après un incroyable imbroglio juridique, l’ASOAV dépose le bilan. Retour en Division d’Honneur et création d’une nouvelle entité avec l’AS Valence, qui grimpera les échelons (accession en CFA2 en 2009 puis en CFA, l’équivalent du National 2, en 2011) avant un nouveau dépôt de bilan, en 2014… Cette fois, la chute est encore plus grande : c’est la Promotion d’Honneur qui attend les « Rouge et blanc ».
Didier Notheaux, le précurseur
De cette époque, le professeur agrégé d’éducation physique – son « vrai » métier -, au lycée Algoud-Laffemas, retient « les derbys entre le FC Valence et l’USJOA ! J’étais jeune ! Après, il y a eu Pierre Ferrazzi qui a structuré tout ça pour que ça monte en D2, et puis l’ère Didier Notheaux : lui, il fut un des précurseurs du jeu en zone. Il a apporté de la modernité dans le football ».
Le passé, c’est bien, mais Malik Vivant a un avis tranché sur cette période des années 80/90 : « Moi, je ne vis pas dans le passé. Je dis souvent aux gens, »Venez au stade », à tous les niveaux vous pouvez avoir une équipe qui mouille le maillot, qui produit du beau football, qui met de l’énergie… Vivre avec le passé, ça ne fait pas grandir un club, mais s’en souvenir, c’est bien. A l’Olympique de Valence, on a de belles pages à écrire et je préfère me projeter sur ça. »
Voilà pour le volet « historique ».
Mixité et formation
L’Olympique de Valence, le jour du match de la montée.
Pour beaucoup, si Valence a retrouvé, voilà quelques jours, le niveau « national », fut-il le 5e échelon, la ville et le club le doivent en partie à Malik.
Le coach – depuis 2016 – de l’OV, âgé de 49 ans, a permis de gravir trois marches en sept ans, depuis sa prise de fonction.
Surtout, il a relancé le ballon rond dans une ville où le rugby commençait à prendre beaucoup de place (avec Valence-Romans, qui retrouve la Pro D2). Il a structuré le nouveau club crée en 2014 au moment du dépôt de bilan de l’AS Valence et proposé un projet basé sur la formation et la mixité. Il ne pouvait, de toute façon, en être autrement.
De son enfance dans les quartiers, il en tire aussi une grande fierté et s’en sert au quotidien : « Etre né dans le quartier de Valensolles, et d’y avoir grandi, c’est une richesse que m’ont donné mes parents et dont je me nourris. Ce quartier a une belle mixité sociale, dans le sens noble du terme. Il regroupe 2 000 habitants et c’est là où, dans les années 60, il y a eu les premiers immeubles et où une association de quartier a été fondée et s’est ensuite bien développée. J’ai commencé le foot à Valensolles, qui jouissait d’une belle réputation en matière de formation et où il y avait de belles équipes de jeunes. »
Directeur sportif à l’AS Valence
L’homme idoine du football valentinois, qu’il connaît sur le bout des crampons, n’a fait que de courtes infidélités à sa ville, et pour la bonne cause ! « Je suis parti en sports-études au lycée Daudet à Nîmes puis j’ai intégré le centre de formation du Nîmes Olympique à l’époque de Pierre Barlaguet, Gérard Bernardet et René Girard. J’ai effectué ma formation là-bas, c’était durant la saison 91/92, quand Laurent Blanc et Eric Cantona y jouaient en Division 1 ! Je ne suis resté qu’un an, et ensuite, je suis revenu en 1992 au moment de la fusion entre l’USJOA et le FC Valence, pour jouer en CFA2 à l’ASOA Valence. Puis je suis allé à Villefranche-sur-Saône en CFA (1997) pour me rapprocher de Lyon où je faisais mes études de Staps. Enfin, j’ai joué au SC Abbeville en Picardie (1998) car j’ai été muté à Amiens nord, dans les quartiers sensibles, pour mon premier poste de prof ! Enfin, je suis revenu à Montélimar puis Valence. »
Voilà pour le CV sportif du Valentinois qui, avant son retour à la naissance de l’OV en 2014, était encore directeur sportif de l’AS Valence deux ans plus tôt, en CFA : « J’ai démissionné deux ans avant que ça ne coule… A la création de l’OV, on s’est servi de nos structures de formation que l’on avait mises en place avec Jean-Marie Vergnes, l’ancien président. Repartir en PHR, ça avait fait mal… Et avec une seule montée chaque saison, ça a rendu les choses difficiles, longues. Quand Jean-Marie (Vergnes) a repris le club en 2014, il n’y avait plus rien. Il a fallu tout reconstruire. Aujourd’hui, Alain Palacci a pris sa succession (en août 2022) et, avec le comité directeur (Eric Theobald, Jacques Diagana, Xavier Montala et Pierre-Jean Veyret), il va continuer de structurer le club, sur le plan sportif et administratif aussi ».
Un pôle d’excellence de foot amateur
Joueur amateur et professeur agrégé d’éducation physique et sportive, Malik a un penchant pour tout ce qui a trait à la jeunesse, à la formation.
Le coordinateur du Pefa (pôle d’excellence de football amateur) Briffaut raconte : « J’ai monté beaucoup de structures durant toute ma carrière. J’ai créé beaucoup de sections sportives dans les établissements où j’ai enseigné, dont une en 2004 à Valence, dans un collège en zone sensible, à Jean Zay, quartier du Polygone. En 2010, je voulais qu’il y ait une continuité après le collège et donc faire la même chose en lycée et c’est comme ça que j’ai lancé une section au lycée où j’enseigne, au lycée polyvalent Algoud-Laffemas, d’abord avec les garçons, ensuite avec les filles, puis avec le futsal. Et aujourd’hui, c’est devenu un gros pôle, le pôle Briffaut, avec plus de 200 sportifs, dont une centaine de footballeurs. Ce qui fait que, dès le plus jeune âge, en 6e, les enfants s’entraînent à raison de 4 séances par semaine. Et à partir de la classe de 4e, c’est-à-dire en pré-formation, ils s’entraînent tous les jours jusqu’au lycée, toujours dans le temps scolaire. Et à 18 h, ils ont fini le foot et les études ! C’est vraiment une section sportive d’excellence. »
Un pôle où le projet est clair : réussite scolaire, excellence sportive et réussite socio-éducative.
Les rugbymen professionnels du VRDR (Valence Romans Drome Rugby), de retour en Pro D2, les handballeuses féminines du pôle espoirs de la Ligue et les handballeurs masculins du VHB, complètent ce pôle stratégique chapeauté par Malik.
« On a fait les choses dans l’ordre »
Forcément, la passerelle entre l’OV et le pôle football est toute trouvée. « Quand on a reconstruit le club, l’Olympique de Valence, en 2014, on voulait vraiment que la formation soit son ADN, parce que j’entends souvent les discours « Une ville comme Valence, mériterait mieux… » Non, une ville comme Valence, elle a ce qu’elle mérite, c’est tout », poursuit Malik; c’est le travail qui fait que le club existe. Il y a eu deux dépôts de bilan, on n’en veut pas un troisième, donc il faut qu’on reconstruise par la formation des jeunes. C’est pour ça que l’on a consacré plus des 2/3 du budget du club à ça. Lors de la restructuration du club, on a fait les choses dans l’ordre. On a été labellisé par la FFF, on est le premier pôle d’excellence de foot amateur (Pefa) à l’avoir obtenu, en 2014, à l’initiative de François Blaquart (ex-DTN). On a les 4 composantes de la famille du foot dans le lycée : des garçons (depuis 2010), des filles (depuis 2011), du futsal (depuis 2013) et aussi 9 arbitres que l’on a formés avec Roland Viallet, le conseiller technique régional en arbitrage du district de Drôme-Ardèche. »
L’exemple de Montpellier
Cette saison, hormis le dernier match à domicile, celui de la montée, qui a tout de même attiré près de 2000 spectateurs à Montélier, à 10 kilomètres à l’est, l’Olympique de Valence a disputé toutes ses rencontres dans son antre, le stade Georges-Pompidou (14 000 places), partagé avec le rugby : « Je ne vois pas le VRDR comme une concurrence, mais plutôt comme une synergie entre les sports collectifs, poursuit Malik Vivant; On a mutualisé beaucoup de disciplines, mais je trouve qu’en France, on n’est pas assez développé comparé à d’autres pays en termes de structures que l’on peut mettre en oeuvre dans le temps scolaire pour les sportifs de bon niveau, voire de haut niveau. Il y a des synergies positives qui peuvent se créer entre les différents sports collectifs valentinois. Le tissu économique et la ville répondent présent, alors, un peu à l’image de Montpellier, une ville très sportive, Valence peut le devenir aussi. »
Pelouse partagée
Ambitieux pour sa ville, Malik l’est aussi pour son club, même s’il sait que la saison prochaine ne sera pas simple en National 3, une division dont le niveau sera automatiquement relevée avec les 22 descentes de National 2 (les 5 derniers de chacune des 4 poules et les deux moins bons 11es).
D’autant moins simple que l’équipe de rugby, qui retrouve la Pro D2, foulera elle aussi le stade : « On a besoin de jouer sur une pelouse de qualité tout de même, pour le projet de jeu que l’on met en place, affirme-t-il; parfois ça a été compliqué… Y’a 2 ans, je me souviens qu’en coupe de France, quand on avait affronté Paris FC (L2), la pelouse était dégradée, il y avait eu aussi des intempéries avant les matchs de rugby et ça… Bon, là, des travaux ont démarré, on nous remet une pelouse neuve. »
« Dommage que les filles ne montent pas en D3 »
Le club au logo semblable à celui de Croix-de-Savoie (devenu ensuite Evian Thonon Gaillard), – « On nous le dit souvent, parce qu’il y a du rouge et du blanc, nos couleurs historiques, mais il y a le kiosque Peynet dessus, qui est un des symboles de Valence », – visera le maintien, avant, plus tard, de rêver plus haut.
De là à revivre un jour le National (dernière saison à ce niveau en 2004-2005), voire la Ligue 2 (2003-2004), il y a beaucoup d’étapes à franchir. « Mais c’est carrément le projet, coupe toutefois Vivant; On a de bonnes structures et infrastructures, une formation reconnue, on fait partie des 4 ou 5 gros clubs de la Ligue Aura (Auvergne Rhône-Alpes), nos équipes de jeunes jouent au plus haut niveau régional partout, on a même nos U17 en Nationaux, on a deux équipes féminines en R1 et R2, bref, tout est mis en place pour que nos équipes fanions grimpent et suivent l’exemple de l’équipe de Régional 1 garçons, qui est montée en N3 avec 22 ans de moyenne d’âge, quelques cadres comme Rafik Boujedra (ex-GFC Ajaccio, Bourg-en-Bresse et Quevilly Rouen en Ligue 2) et Hassen Fellak (Ain Sud Foot et Bourgoin en N3), où 70 % des joueurs ont été formés au club. Je pense que peu d’équipes peuvent se targuer de cela et pour nous, ça récompense tout le travail que l’on a mis en place. Pour les filles, on a le même système de formation que chez les garçons, elles bénéficient des mêmes outils. Ces dernières saisons, elles ont échoué en barrage d’accession et cette saison, elle ne vont pas monter en D3 alors qu’elles sont 2es derrière l’OL et qu’elles ont une différence de buts de plus de 100 (+123 Ndlr) ! C’est dommage qu’il n’y ait qu’une seule accession; ça risque de mettre en péril notre structure féminine. C’est regrettable mais je mise sur un repêchage. »
« Avec humilité en National 3 »
Quant au National 3, faut-il en avoir peur ou est-ce un challenge excitant ? Vivant : « ça m’excite plus que cela ne me fait peur ! On ne se donne pas de limite. L’Olympique de Valence ressemble plus aujourd’hui, de par sa structuration et ses outils, à un club de N3. On utilise les GPS, la vidéo, le logiciel MyCoach pro, on se donne les moyens en matière d’optimisation de la performance d’essayer de réduire tout ce qui est aléatoire. On va rentrer dans ce championnat avec humilité. En N3, beaucoup d’équipes ont la moitié de leurs effectifs sous contrat. Nous, on devra continuer à structurer le club administrativement et financièrement pour avoir de l’ambition. On fera venir 4 ou 5 joueurs avec un peu d’expérience. Il ne faudra pas se tromper. D’autant qu’on reçoit beaucoup de CV. On gardera nos jeunes et on élargira le groupe fanion en intégrant deux ou trois jeunes à fort potentiel, qui sortent du groupe U18 ou Espoirs. On souhaite conserver ce projet de jeu qui pilote l’ensemble des équipes du club. Pour moi, le collectif est plus fort quand l’équipe est soudée et concentrée sur un objectif. On veut aussi conserver ce noyau dur de bénévoles et dirigeants que l’on a autour de l’équipe fanion et du staff, un noyau mobilisé autour d’eux. »
Un budget proche de 800 000 euros ?
« Enfin, on a envie de retrouver, à moyens termes, le National 2, avant, pourquoi pas, d’aller chercher encore au-dessus. Mais pour cela, il faut travailler dans la continuité, ne rien chambouler. C’est aussi ça, la force d’une équipe. Cette saison, je voulais que tout le monde s’entraîne quatre fois par semaine, contrairement à la saison passée, où on avait manqué le coche de peu à la dernière journée. Je veux garder ce rythme. »
Côté finances, le club, qui s’appuyait sur un budget proche de 650 000 euros, travaille pour le grossir et le faire passer à 800 000. « On espère que nos partenaires vont continuer à nous soutenir. Il faut que, économiquement, on soit solide. Il faut donner à l’OV les moyens de ses ambitions. On a développé les secteurs marketing et commercial. Maintenant, quand on vient au stade Pompidou, ça commence vraiment à ressembler à quelque chose ! On a une panneautique LED, on a fait une animations dans les loges, c’est positif. On a des anciens qui sont revenus comme Frédéric Tremblay, un ancien joueur dans les années 80 et ancien speaker aussi du temps de la D2 : il fait revenir les anciens et anime les loges. »
Alors, Valence, une ville de foot ? Là encore, Malik a son avis : « Oui ! Après, le stade se remplit souvent quand il y a des grosses affiches. Aujourd’hui, on se souvient surtout de ces moments-là, de ces gros matchs. Mais ça, c’est un peu pareil pour toutes les villes. Il y a de l’effervescence quand il y a de la réussite, quand ça tourne, comme avec le handball, qui a grandi, et le rugby bien sûr aussi. »
Pour Rafik Boujedra, la boucle est bouclée
« C’est un joueur emblématique qui était déjà revenu au club après ses années de formations à l’Olympique Lyonnais. Il a aussi été le premier contrat fédéral que l’on a pu faire à l’Olympique de Valence cette saison. Il apporte son expérience à un groupe jeune. » Voilà comment Malik Vivant parle de Rafik Boujedra, revenu à Valence, ou plutôt… rentré chez lui, à Valence, après dix saisons d’exil !
Flashback. C’est la saison 2012-2013, et l’Ardéchois – il est originaire de Tournon, à 10km de Valence, de l’autre côté du Rhône – dispute sa deuxième saison à l’AS Valence. Une saison pleine, en CFA, durant laquelle le joueur, arrivé à l’âge de 12 ans à l’Olympique Lyonnais, où il a côtoyé Nabil Fekir, s’était fait remarquer lors de sa deuxième saison en seniors, en 2012-2013.
« Je suis Ardéchois de naissance mais je me considère comme un Drômois, car mes parents ont déménagé à Valence quand j’étais petit, alors … Et puis, de Tournon pour rallier la Drôme, il n’y a qu’un pont à franchir ! », confiait-il lors de sa signature à QRM, en 2017.
En 2013, donc, il prend son envol et démarre une carrière professionnelle. D’abord au Gazelec Ajaccio, où il évolue en National puis trois saisons en Ligue 2, entrecoupées d’une autre saison à Bourg-en-Bresse, également en Ligue 2. Puis direction Quevilly-Rouen, toujours en Ligue 2 avant de revenir – visiblement, il aime bien les come back ! – à Bourg, pendant deux nouvelles saisons, en National.
Après un dernier crochet par Le Puy (N2, accession en National en 2022), Le milieu offensif franco-tunisien (il fut appelé en sélection U20 de Tunisie et également en U23), rentre au bercail, à Valence, l’été dernier : « Je reviens dans le club où j’ai explosé (sic), c’est le bon timing, les planètes sont alignées », confiait-il l’été dernier au Dauphiné, lors de sa signature à l’OV; « ça va me permettre de préparer ma reconversion. J’ai envie de devenir coach. »
Le pari valentinois est réussi ! Rafik, âgé aujourd’hui de 29 ans, a contribué à l’excellent parcours du club drômois cette saison, et à son retour dans les championnats nationaux, en National 3, neuf ans plus tard ! Et ce n’est peut-être pas terminé !
Rafik Boujedra du tac au tac
Meilleur souvenir sportif ?
La montée en ligue 2 avec le Gazelec Ajaccio en 2014.
Pire souvenir sportif ?
La descente de Ligue 2 en National avec Quevilly Rouen.
Plus beau but marqué ?
En sélection U23 avec la Tunisie, en match amical, je mets une reprise du pied gauche en pleine lucarne !
Plus beau loupé ?
Je n’ai pas de souvenir particulier, mais sans doute un face à face avec un gardien et je fais le mauvais geste, je pense.
Pourquoi as-tu choisi d’être footballeur ?
C’est ma passion depuis mon plus mon plus jeune âge et c’est le plus beau sport au monde.
Ton but le plus important ?
Mon premier but en ligue 2 avec Bourg-en-Bresse. Le club n’avait pas encore gagné en début de saison et j’arrive tard dans le groupe, à la fin du mercato; et pour mon premier match, c’est la première victoire de l’équipe (2-1 contre Dijon, 3e journée) et après ça, on a lancé une dynamique incroyable pour un club promu.
Ton geste technique préféré ?
La feinte de frappe, un geste sous-côté pour moi.
Combien de cartons rouges dans ta carrière ?
Pas beaucoup ! Je dirais 3 au maximum.
Si tu n’avais pas été footballeur, tu aurais fait quoi ?
Je voulais être journaliste sportif ou avocat.
Qualités et défauts sur un terrain, selon toi ?
Altruiste, au service de l’équipe, technique et très bonne vision de jeu comme qualités. Défauts ? Pas assez égoïste, pas assez « tueur » et trop perfectionniste par moments.
Le club ou l’équipe (ou la saison) où tu as pris le plus de plaisir sur le terrain ?
La première saison de Bourg-en-Bresse en Ligue 2, on pratiquait un football incroyable avec un groupe humainement incroyable. C’était huilé, on mettait pas mal d’équipes en difficulté avec notre 4-4-2 en losange. Mais la saison que l’on vient de vivre avec l’Olympique de Valence fut incroyable aussi, avec une équipe humainement incroyable, de supers personnes et en plus de ça, on monte en N3, chez moi !
Le club où tu n’aurais pas dû signer, l’erreur de casting de ta carrière ?
Je n’ai pas de regret. Je suis quelqu’un qui croit au destin donc toutes mes expériences ont forgé l’homme que je suis et le joueur.
Le club où tu as failli signer (tu peux le dire maintenant, il y a prescription) ?
L’AC Ajaccio en Ligue 2, c’était juste avant de resigner au Gazelec Ajaccio. J’ai vraiment hésité car le discours du coach Pantaloni et l’intérêt du club m’avaient touché : mais quand tu as été « gazier » un jour, tu ne peux pas jouer pour le club « ennemi »… Enfin, c’est ce que je pense bien que j’ai de très bons amis là-bas et je connais de très bonnes personnes.
Le club où tu aurais rêvé de jouer, dans tes rêves les plus fous ?
Comme j’ai été formé à l’Olympique Lyonnais, forcément, l’OL. J’ai souvent rêvé, jeune, le soir dans ma chambre au centre, que je jouais à Gerland, le stade de l’époque quand j’y étais… Mais ce n’était qu’un rêve ! La réalité, c’est qu’à ce moment-là, c’était vraiment le grand OL avec des joueurs incroyables qui accumulaient les titres de champions !
Un stade et un club mythique pour toi ?
Santiago Bernabeu où il y’a le plus grand club au monde et pour moi, il n’y a pas de débat : c’est le Real Madrid !
Un public qui t’a marqué ?
Celui du Gazelec Ajaccio ! Là-bas, c’est vraiment la ferveur quand tu joues pour eux… Il ne peut rien t’arriver, tu es porté par tout un stade. Ils supportent vraiment et même quand tu les croises dans la rue ou quand tu fais tes courses, ils veulent prendre des photos, discuter… Le Gazelec, c’était vraiment le kiffe !
Un coéquipier marquant (si tu devais n’en citer qu’un), mais tu as droit à deux ou trois ?
Jimmy Nirlo à Bourg-en-Bresse, même dans les moments difficiles, notamment quand je me suis blessé, il était toujours là pour moi. C’est devenu un frère. J’ai aussi beaucoup aimé Pablo Martinez au Gazelec Ajaccio et Stanislas Oliveira à Quevilly Rouen. Je pourrais en citer beaucoup d’autres bien sûr, mais comme je n’ai droit qu’à 3 !
Le coéquipier avec lequel tu avais ou tu as le meilleur feeling, avec lequel tu t’entendais le mieux sur le terrain ?
Mohamed Larbi au Gazelec, c’était le kiffe de jouer avec lui, il était vraiment fort et on se comprenait les yeux fermés. Sofiane Atik aussi à Bourg-en-Bresse : quand on jouait ensemble, c’était quelque chose ! Et enfin, Marvin Gakpa, le joueur le plus doué avec lequel j’ai joué en professionnel : lui, il te cassait les reins ! En fait, je m’entendais bien avec tous les joueurs de ballon, qui prônaient le jeu !
Le joueur adverse qui t’a le plus impressionné ?
Sofiane Boufal avec Angers en Ligue 2, c’était incroyable, il m’avait choqué, il était au-dessus techniquement et il dribblait avec facilité.
L’équipe qui t’a le plus impressionné ?
Metz en Ligue 2, avec les Bouna Sarr et Yeni Ngbakoto, et j’en passe ! Ils étaient au-dessus physiquement et dégageaient une force et une puissance incroyables.
Un coéquipier perdu de vue que tu aimerais revoir ?
Samuel Umtiti, avec qui j’étais à L’OL.
Un coach perdu de vue que tu aimerais revoir ?
Thierry Laurey, le premier coach qui m’a fait signer professionnel; il était au Paris FC cette saison, en L2.
Un coach que tu n’as pas forcément envie de revoir ?
Ouh là… Si j’en dis plus, je vais me fâcher avec eux alors j’utilise mes jokers, mdr !
Un président ou un dirigeant marquant ?
Fanfan Tagliaglioli, paix a son âme, l’ancien président du Gazelec Ajaccio; je n’ai jamais vu un président autant amoureux de son club. Après, j’ai souvent évolué dans des clubs familiaux dans ma carrière donc je dirais tous les présidents que j’ai eus, que ce soit Christophe Gauthier au Puy qui est un homme en or ou en encore Gilles Garnier le président de Bourg-en-Bresse, qui a permis au club de se professionnaliser. Et aussi mes dirigeants actuels à l’OV !
Une causerie de coach marquante ?
Les causeries de Karim Mokeddem à Bourg, c’était quelque chose ! C’est un grand tacticien et un super homme, avec des valeurs proches des miennes. Il mettait des extraits de films comme Gladiator ou d’autres films cultes, tout ça pour nous transcender avant les matchs ! Je trouvais ça bien.
Une consigne de coach que tu n’as jamais comprise ?
J’utilise beaucoup ma tête et j’essaie de comprendre à chaque fois. Je n’aime pas comprendre…
Une anecdote de vestiaire que tu n’as jamais racontée ?
Ce qui se passe dans le vestiaire reste dans le vestiaire, c’est la devise !
Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Alassane Plea : il joue a en Allemagne, au Borussia Monchengladbach.
Le stade qui t’a procuré le plus d’émotion (en dehors des clubs où tu as joués) ?
Le Racing-club de Lens : incroyable ! C’est la meilleure ambiance que j’ai vue ! Même en Ligue 2, le stade était toujours plein.
Des rituels, des tocs, des manies ?
Toujours la chaussette gauche avant la droite, comme Zizou, mdr !
Une devise, un dicton ?
Jouer au foot c’est très simple mais jouer un football simple est la chose la plus difficile qui soit.
Tes passions dans la vie ?
Ma famille et le foot.
Que t-a-t-il manqué pour jouer en Ligue 1 ?
Je dirais que physiquement, à l’époque, je n’étais pas prêt, j’étais tout frêle.
Termine la phrase en un adjectif ou deux : tu étais un joueur plutôt …
Technique.
Un modèle de joueur ?
Benzema. C’est un attaquant complet.
Une idole de jeunesse ?
Ronaldo Luis Nazario, le meilleur joueur de tous les temps pour moi !
Le match de légende, c’est lequel pour toi ?
Liverpool-Milan AC, finale 2005 de la Ligue des champions qui se termine aux penaltys : Milan AC mène 3 à 0 puis Liverpool revient à 3-3 et s’impose aux tirs au but !
Ta plus grande fierté ?
Mes trois enfants ! Et d’avoir pu rendre fier mes parents.
L’Olympique de Valence, c’est un club plutôt…
Ambitieux et travailleur.
Le milieu du foot, en deux mots ?
Compliqué et passionnant ! Deux mots contradictoires !
Textes : Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr et contact@13heuresfoot.fr / Twitter : @BOYERANTHONY06 et @13heuresfoot
Photos : Olympique de Valence
Il a longtemps oeuvré au micro à Brest, à Rennes et aussi à Quimper, pendant les années 70/80, en première et en deuxième division; et il a même chanté et côtoyé le gratin du show-biz. A 84 ans, le Breton, ancien disquaire, est sorti de sa retraite pour rouvrir l’album des souvenirs et des photos.
Avec Zidane.
« J’ai eu plusieurs vies ». C’est Claude Dratel qui le dit lui-même en début d’entretien et c’est bien pour cela que l’on est venu le dénicher dans sa retraite de Guidel, à la « frontière » du Sud-Finistère et du Morbihan, à quelques plages de Lorient.
Toujours bon pied, bon oeil, à 84 ans, et surtout bonne voix… C’était son outil de travail quand il était le speaker du Stade Brestois (puis du Brest-Armorique) et du Stade Rennais en passant par le Stade Quimpérois de la belle époque (2e division).
Mais Claude Dratel n’a pas été « que » speaker. A Rennes, il a également été l’intendant du club et l’auteur de nombreuses interviews de joueurs pour le magazine « En rouge et noir ». Il a aussi été chanteur et l’ami d’artistes du music-hall et de stars du show-biz.
Et aujourd’hui, à micro ouvert pour 13 heures foot, ses souvenirs se ramassent à la pelle comme les feuilles mortes de Jacques Prévert que chantait si bien Yves Montand qu’il aurait pu croiser parmi toutes les autres vedettes figurant à son répertoire.
« Shababi Nonda avait ramené ses Doberman en stage ! «
Stade Brestois, Brest Armorique (années 70-80) : le speaker fait reporter un match
J’avais une trentaine d’années et je travaillais à Brest dans un magasin de disques où je recevais d’ailleurs pas mal d’artistes. J’ai été sollicité par Michel Bannaire (un ancien président du Stade Brestois) et je me suis retrouvé avec un micro de speaker à la main. C’était inné sans doute et comme j’étais un mordu de foot, je baignais dans mon univers.
Au Stade Brestois, j’ai rencontré des joueurs extraordinaires comme le Paraguayen Roberto Cabanas, Drago Vabec, Bernard Pardo et Joël Henry, les deux compères, sur le terrain et en dehors, Yvon Le Roux, le colosse de Plouvorn comme on l’appelait, ou Patrick Martet, le goleador qui marquait des buts extraordinaires. Cabanas, avec l’orchestre Jean Valéry, on avait animé son mariage, et je me suis retrouvé sur la scène de Penfeld à faire le crooner en chantant du Sinatra et compagnie.
Avec Michel Denisot.
C’était une époque formidable avec des histoires qui ne pourraient plus arriver aujourd’hui. Par exemple, je me souviens d’un match contre le Stade Lavallois qui était entraîné à l’époque par Michel Le Millinaire. Brest jouait le maintien en première division et devait absolument gagner, Laval marque le premier but et moi je vais vers l’arbitre de touche pour lui faire signe qu’en raison du brouillard, il n’y avait plus assez de visibilité, d’un poteau de corner à l’autre, pour que le match puisse continuer. A la mi-temps, je vais vers le vestiaire des arbitres pour insister et je me fais logiquement rabrouer. La seconde période commence, j’avais mon micro HF qui dépassait de la poche, je retourne voir l’arbitre de touche que je harcèle un peu, l’arbitre principal intervient, et à un moment, il arrête le match en constatant qu’en effet il y avait du brouillard. D’où la fureur de Le Millinaire qui avait déclaré qu’en 40 ans de carrière il n’avait jamais vu un speaker arrêter un match! Il en a longtemps parlé après. Le match a donc été remis et on l’a gagné !
J’ai connu aussi François Yvinec (le président brestois qui était allé chercher Cabanas en Colombie à l’issue d’un transfert des plus rocambolesques) à l’époque de Raymond Kéruzoré. En 1988, lors d’un match contre Paris Saint-Germain, j’avais rencontré Francis Borelli, le président du PSG, qui m’avait dit que ce serait bien que je vienne à Paris.
Stade Quimpérois (1989-91) : le speaker à la double casquette
Le directeur du Leclerc Quimper m’avait dit que l’ambition était de créer un grand club à Quimper et de le faire monter en première division avec des grands joueurs comme Michel Ettore, Philippe Mahut, Robert Barraja ou Zivko Slijepcevic, et l’entraîneur Pierre Garcia. Je me suis retrouvé avec la double casquette de speaker à Brest et à Quimper mais ce n’était pas la bonne solution. Le club a failli monter en première division mais ça manquait de public à Quimper et après il y a eu malheureusement la dissolution. Et c’est triste ce qu’est devenu ensuite Quimper.
Stade Rennais (1991-2002) : le micro d’or du speaker
Avec Paul Le Guen.
Je suis né à Rennes et c’était donc un retour aux sources. J’avais toujours eu pour ambition de revenir au Stade Rennais. Avant, j’allais voir les matchs et j’avais vraiment été impressionné par les deux victoires finales en Coupe de France en 1965 et 1971. Et après, Bernard Lemoux, le président, avait fait venir un joueur exceptionnel, Laurent Pokou (1973-1977). Je me suis lié d’amitié avec lui. Il était extraordinaire.
Un jour, l’Olympique de Marseille vient jouer à Rennes, Pokou était au milieu du terrain, il avait fait passer le ballon au-dessus des têtes de Zvunka et de Trésor, et il était parti « le mettre » des six mètres hors de portée de Carnus.
Avec Yves Mourousi.
Bernard Lama (2001-02) aussi m’a marqué, Petr Cech (2002 à 2004) également, formidable, un des meilleurs gardiens du monde. A Rennes, contrairement à Brest et à Quimper, j’étais à temps complet : je n’étais pas seulement speaker, j’étais intendant des joueurs que je gérais de A à Z. Quand ils arrivaient, je m’occupais de leur logement et de leurs papiers, j’allais au moins deux fois par semaine à la préfecture de Rennes pour les visas et les APS (autorisations provisoires de séjour).
Shabani Nonda (1998 à 2000), je lui avais trouvé un super appartement à côté de TV Rennes, mais il avait acheté un rottweiler et un doberman qu’il ne sortait pas, alors il avait fallu lui trouver une maison mais là aussi ça avait posé d’énormes problèmes de voisinage et il avait fallu leur construire un chenil. Après, il voulait amener ses chiens partout. Une fois, on était parti en stage à Dinard, et il s’était ramené avec ses chiens dans une remorque.
Avec Gérard Depardieu.
C’est à Rennes, en 2000, que j’ai eu mon micro d’or qui récompensait le meilleur speaker de la saison en première division. C’est à l’époque où Dominique Arribagé était le capitaine. C’était une grande reconnaissance pour moi.
Au stade Rennais, je m’occupais aussi d’un petit journal, « En rouge et noir », avec des interviews de joueurs pour le programme des matchs. Et j’ai connu un grand moment avec Zinedine Zidane quand il était à la Juve. C’était lors du match de coupe Intertoto à Rennes (1999), ça a été tout un cirque car les dirigeants de la Juve ne voulaient pas que je l’interviewe, ils voulaient de l’argent. Alors je ne me suis pas dégonflé, j’ai pris mon micro, je suis allé sur le terrain où j’ai rencontré Zidane qui m’a sympathiquement répondu.
Le chanteur, les disques et le show-biz
Avec Jane Birkin.
J’étais allé faire un marathon de la chanson à Fougères et je l’avais gagné. Je travaillais alors chez un très grand disquaire, le plus grand en Bretagne, Monsieur Racine, rue Lafayette, à Rennes. Là-dessus, je reçois un courrier pour aller chanter au casino de Saint-Malo. J’ai fait la saison et je me suis retrouvé comme chanteur dans l’orchestre de Jean Valéry, on a fait le tour de Bretagne et on allait même un peu partout en France.
Je travaillais toujours chez Racine mais ce n’était pas facile à gérer avec mes tournées. J’avais un chauffeur qui venait me chercher. Et c’est là que j’ai été sollicité pour tenir un magasin de disques à Brest, « Radio Sell » , où j’ai vu défiler Jane Birkin, Mouloudji, Serge Reggiani, Gérard Jugnot, Yves Mourousi, Johnny Halliday, Serge Lama, Coluche et j’en passe… J’ai tenu trois magasins de disques à Brest.
J’ai fait du show mode aussi dans la galerie « Super-Ouest » à la sortie de Brest, avec Denise Fabre, les cocogirls aussi (troupe de danseuses et de chanteuses créée par Stéphane Collaro), et Natty, la compagne de Jean-Paul Belmondo.
A Rennes, j’avais aussi connu Jacques Brel en 67. Je m’occupais de spectacles et je le vois arriver tout embêté car il venait pour faire le « raccord » mais il n’avait pas de sono. Je lui avais trouvé ça avec un orchestre du coin. Au casino de Saint-Malo, j’ai aussi rencontré Barbara qui m’avait écrit en dédicace « Chante longtemps encore. Barbara ». Tu te rends compte !?
Claude Dratel, du tac au tac
« Ma voix ne m’a jamais lâché »
Votre top de speaker ?
Le centenaire du Stade Rennais et ma rencontre avec Zidane.
Un flop ?
Ah oui, avec Gérard Depardieu. Il était venu à Rennes avec Auxerre et Gérard Bourgoin (président), et on avait prévu une petite réaction de sa part à la mi-temps. Mais quand je suis retourné le voir en tribune officielle, il n’a pas pu me répondre. C’était le fiasco.
Le meilleur président ?
Monsieur Pinault.
Le pire ?
J’en connais un… mais non !
Le meilleur entraîneur ?
J’ai beaucoup sympathisé à Rennes avec Paul Le Guen et Christian Gourcuff.
Le meilleur joueur ?
Shabani Nonda.
Le plus sympa ?
Makhtar N’Diaye, Bernard Lama, mais tous ont été sympas dans l’ensemble.
Les meilleurs supporters ?
Le Roazhon celtik kop. Je dialoguais beaucoup avec eux avant les matchs.
La meilleure ambiance ?
A Rennes.
Le plus grand match ?
La Juventus à Rennes en coupe Intertoto. Les derbys contre Nantes, et les matchs contre le PSG.
La plus grande fierté ?
D’avoir eu le micro d’or en l’an 2000.
Un rituel avant les matchs ?
La concentration. Et j’observais beaucoup l’échauffement des joueurs. Et quand j’avais la feuille de match, je vérifiais aussi la prononciation des noms.
Le plus bel hommage ?
La fête pour mon départ du Stade Rennais.
La plus grosse critique ?
Sur les réseaux sociaux, certains disaient que j’étais venu à Rennes pour l’argent, les autres répliquaient que j’étais leur seul speaker à avoir eu le micro d’or.
Un match qui vous a laissé sans voix ?
Non jamais. Ma voix ne m’a jamais lâché.
Le plus beau stade ?
Rennes. Un vrai stade de foot avec 30 000 personnes.
Le plus beau souvenir ?
Mes débuts avec le Stade Rennais en 91. Car là c’est un vrai métier à plein-temps. Un autre beau souvenir, c’est quand Raymond Kéruzoré m’avait demandé avant un match de lire un petit texte expliquant que malgré les sollicitations de l’OM, il restait breton et donc fidèle au Stade Rennais.
Le pire souvenir ?
La descente de Rennes en deuxième division en 1992.
Un mot sur les speakers d’aujourd’hui ?
On les entend moins en fait. Il y a une discipline maintenant, ils sont obligés de rester corrects alors qu’avant, il y en avait qui allaient un peu trop loin. Il ne faut pas critiquer l’adversaire, il faut rester fair-play. Ce qui n’empêche pas une part de chauvinisme.
Avec Serge Lama.Avec Johnny Halliday.Avec Jean-Jacques Goldman.Avec Denise Fabre.Avec Coluche.Avec Thierry Roland.
Texte : Denis Vergos / Mail : dvergos@13heuresfoot.fr et contact@13heuresfoot.fr / Twitter @2nivergos et @13heuresfoot
Photos : DR et D. V.
Revenu dans le club de sa ville l’été dernier, l’ex-coach de Roye et de Châlons vient d’assurer le maintien en National 3 de son équipe au terme d’une saison éprouvante, malgré par une belle campagne de coupe de France malheureusement achevée par le douloureux épisode face à Wasquehal.
Photo Philippe Le Brech
Un meneur d’hommes. Prêt à forger un groupe, façonner un état d’esprit et créer une âme de conquérant.
Depuis août 2022, Hervé Papavero est l’entraîneur en chef de l’équipe fanion de Reims Sainte-Anne, promue la saison dernière en national 3, et 8e de l’exercice 2022-2023, qui vient de livrer son verdict.
C’est dans la ville du sacre des Rois que l’ancien coach de Roye-Noyon et de Châlons-en-Champagne (54 ans) nous reçoit pour retracer sa carrière. Une carrière qui l’a longtemps vu porter les couleurs de Reims Sainte-Anne, en 1976, peu de temps après la création du club (1974). Un club qui a aussi vu passer un certain Robert Pires : le Rémois de naissance, futur international français, a effectué ses premiers pas sous la tunique rouge et blanche de … Reims Sainte-Anne (le Stade Rémois évolue sous les mêmes couleurs), connu et reconnu pour son travail et formation et aussi son stade, qui porte le nom de cet illustre champion du monde 1998 et champion d’Europe 2000 !
« Un vrai stoppeur à l’ancienne »
Photo Philippe Le Brech
Mais ne vous fiez pas aux apparences. Le stade Robert Pirès, en dépit de son nom prestigieux, reste une enceinte aux installations assez sommaires, peu en rapport avec le niveau où Reims Sainte-Anne évolue. Il faut dire qu’il est situé à Cormontreuil, une commune avoisinante, et qu’il fait l’objet d’une convention d’occupation privative du domaine public avec la ville de Reims.
Défenseur central droitier de métier, Hervé Papavero, lui aussi natif de Reims, a évolué jusqu’en national 2, et se qualifie de « très rugueux, fort sur l’homme, un vrai stoppeur à l’ancienne ! ».
Docteur en Droit du Sport et enseignant à la faculté de Reims, il a l’âme d’un « sachant » qui veut transmettre son savoir, y compris en matière de football.
Avant le début de la séance de 10 h, Hervé Papavero nous reçoit dans le vestiaire des arbitres. Entretien avec un entraîneur passionné et passionnant.
INTERVIEW
« Ce sont les joueurs qui rendent l’entraîneur intelligent »
Comment vous est venue cette vocation d’entraîneur ?
Photo Reims SA
C’est Franck Lorenzetti, entraîneur de l’équipe fanion de Châlons-en-Champagne, qui m’a demandé de prendre en charge la réserve et en même temps de devenir son adjoint en équipe première. Je voulais encore jouer, j’avais 33 ans, mais il m’a dit d’arrêter et de devenir entraîneur. C’est ce que j’ai fait. Cette expérience m’a tout de suite plu et les résultats positifs ont fait que j’ai eu plus de plaisir à entraîner qu’à jouer (pour sa première saison comme numéro 1, en 2003/2004, il obtient l’accession en National 2 avec Châlons-en-Champagne). Entraîneur, je sentais que j’étais un rouage important, alors que quand j’étais joueur, je ne me sentais pas décisif. En devenant entraîneur, je suis plus impactant sur le résultat d’un match. Je comprends aujourd’hui que certains deviennent entraîneur très jeune, prenez l’exemple de Will Still au Stade de Reims. Pour moi c’est un gain de temps pour plus tard.
Quel est justement pour vous le rôle d’un entraîneur ?
C’est avant tout le garant de la discipline collective. Il est un catalyseur d’énergie et le garant des valeurs du groupe. À partir du moment où on définit le cadre, le premier qui ne doit pas sortir du cadre, c’est l’entraîneur. Je ne peux pas exiger aux autres ce que je ne m’impose pas à moi-même. C’est le seul qui doit être complètement objectif. L’entraîneur n’a aucun intérêt, mis à part gagner, c’est l’objectivité incarnée. Au contraire, le joueur peut, par nature, être guidé par son intérêt personnel de vouloir marquer, faire la différence seul, briller pour se faire remarquer. Ce n’est pas le cas de l’entraîneur.
« Si je mets 4 défenseurs, ce n’est pas très bon signe… »
Quelles sont les qualités requises pour faire un bon entraîneur aujourd’hui ?
L’ex-pro Mickaël Tacalfred, 42 ans, capitaine de Reims Saint-Anne en N3. Photo RSA
Un bon entraîneur désormais c’est celui qui a un réseau, qui sait communiquer et se vendre. Pour ma part, je ne suis sur aucun réseau. Il y a 25 ans, ce n’était pas aussi important. C’est une des grandes compétences à posséder aujourd’hui quand on voit les entraîneurs qui ont des agents, qui prospectent auprès des clubs, qui savent se vendre. C’est tout sauf ma pratique. Cela devient primordial pourtant. Après, il y a le rôle des joueurs, forcément. Vous gagnez 1 à 0 sur un exploit individuel, vous n’y êtes pour rien. J’ai coutume de dire que ce sont les joueurs qui rendent l’entraîneur intelligent.
En parlant du football moderne, quelle place accordez-vous à la vidéo ?
Justement, je rentre d’un recyclage à l’INF Clairefontaine (durant la semaine du 1er mai) où j’ai opté pour le thème de l’analyse vidéo. Malheureusement, à Reims Saint-Anne, je ne bénéficie pas de caméra pour réaliser tout ce travail. C’est un vrai manque car c’est un outil sympa, apprécié des joueurs. On voit que même des équipes de Régional 2 sont dotées de ce type d’outil. C’est l’idéal en matière de débriefing pour adapter le discours à l’image et pouvoir corriger les attitudes, les positionnements avec des preuves à l’appui. Dans une société de l’image, ça paraît important d’adapter le discours à cette manière de faire. C’est toujours plus parlant.
Avez-vous un système tactique privilégié ?
Photo Philippe Le Brech
Je suis un adepte du 3-4-3 et du 3-5-2. J’ai toujours géré mes équipes sur ces deux systèmes tactiques. Le but est d’aller chercher haut l’adversaire, ne pas le laisser jouer et mettre beaucoup d’intensité. J’ai tout de suite eu la réputation d’un entraîneur qui faisait beaucoup courir. Avec le temps, on sait que la préparation physique a pris une place importante et c’est devenu normal. Le 3-5-2 est pour moi une machine à presser, très énergivore, alors que le 3-4-3 m’offre plus de possibilités sur l’animation offensive. L’objectif étant aussi que si l’adversaire est plus fort que nous, par le pressing, il aura moins de temps pour s’organiser et pourra être déstabilisé. Je reste au maximum à trois défenseurs car c’est tellement difficile d’avoir des repères dans ce système que lorsque les automatismes sont présents, on ne veut pas changer.
En plus, il y a quelques années, les équipes étaient assez perturbées d’affronter une équipe à trois défenseurs, ce n’était pas quelque chose d’aussi courant que ça ne l’est désormais. Si je mets 4 défenseurs, c’est jamais très bon signe dans un match, c’est que nous sommes menés. Cela fait d’ailleurs deux semaines que je passe à deux centraux et ce n’est pas bon (Reims Sainte-Anne restait sur deux défaites consécutives au moment de l’entrevue, début mai).
« On est passé pour un club de voyous »
Pensez-vous avoir évolué sur votre manière d’entraîner depuis vos débuts à Châlons-en-Champagne ?
Forcément on évolue avec les années et les expériences. Au début, j’étais davantage dans le rapport de force avec mes joueurs. Aujourd’hui je ne le suis plus du tout. Je suis davantage mesuré dans mes propos. Je suis presque plus comme un père, moins directif dans ma façon de conduire mes séances. J’axe davantage sur la transmission de valeurs qui s’appliquent d’ailleurs en dehors du sport, donner du sens à ce que je demande à mes joueurs. Le résultat est important, mais il ne faut surtout pas se focaliser uniquement sur cet aspect.
Quelle analyse faites-vous de la saison actuelle avec Reims Sainte-Anne (quand l’entretien a été réalisé, samedi 6 mai, avant un déplacement au Racing Club de Strasbourg B), le club possédait un point d’avance sur le premier relégable à 5 matches de la fin) ?
Photo Reims SA
La saison peut encore être une belle saison si nous nous maintenons en national 3. On a réalisé un parcours exceptionnel en Coupe de France en éliminant Sedan (National) et Fleury, leader de son groupe de N2, chez eux (Fleury a terminé 2e de sa poule derrière Epinal). On est resté invaincu durant toute la compétition (élimination aux tirs au but contre Wasquehal). Cette élimination nous a fait énormément de mal, surtout le scenario (match arrêté le 20 novembre à la 60e minute après des échauffourées alors que Reims Sainte-Anne, à domicile, menait 3 à 0 et qui a été rejoué à Clairefontaine, à huis clos, le 11 janvier 2023). Personnellement, je ne souhaitais pas rejouer. Pour vous remémorer le contexte, quand on rejoue, on sait que si on passe, c’est le Pays de Cassel au prochain tour et ensuite ce serait le PSG. C’était le match le plus compliqué à préparer dans ma carrière. Beaucoup de procédures, beaucoup d’attentes, de déplacements pour les différentes auditions, on pense qu’on ne va pas rejouer, on n’est pas prêts athlétiquement… On perd finalement aux tirs au but alors que nous avons l’occasion de marquer à cinq minutes de la fin, avec une énorme occasion aux 5 mètres 50. On a manqué d’efficacité contrairement au premier match où nous menions 3-0. Cet épisode a marqué le groupe, a marqué le président, a marqué le club, surtout parce que nous sommes passés pour des voyous. C’est ça le pire. C’est un énorme sentiment d’injustice. Un sentiment double, d’une part par rapport à l’issue de la rencontre et d’autre part rapport à l’image donnée.
Hervé Papavero, du tac au tac
Meilleur souvenir sportif ?
La montée en National 2 pour ma première saison en tant qu’entraîneur principal, à Châlons-en-Champagne (2003-2004).
Pire souvenir ?
La rencontre contre Wasquehal pour le compte du 8e tour de coupe de France le 20 novembre 2022 (Reims-Sainte Anne menait 3 à 0 avant que le match ne soit interrompu et finalement à rejouer sur terrain neutre, à huis clos, où Wasquehal l’a emporté aux tirs au but).
Le club où tu as pris le plus de plaisir ?
L’US Laon (saison 2021-2022, avec une 5e place acquise en Régional 1, ligue des Hauts de France).
La saison où vous avez pris le plus de plaisir ?
La saison 2003/2004 avec Châlons-en-Champagne.
Le club où tu n’aurais pas dû signer, l’erreur de casting ?
La Chapelle Saint-Luc (2011/2012)
Le club où tu as failli signer ?
Deux ans avant de signer à Roye, j’étais déjà proche de signer en National 2 dans ce club, quand ils avaient conservé Jean-Guy Wallemme. Finalement ça a juste été retardé deux saisons.
Le club que tu rêverais d’entraîner ?
Le Racing Club de Lens, pour leur système de jeu et le public.
Un modèle de coach ?
Pep Guardiola
Meilleur joueur entraîné ?
Steve Vétier. Il a été le plus impactant sur les résultats de son équipe, il a un pied gauche exceptionnel, comme j’en ai rarement vu à ce niveau là. Il a mis 20 buts en Régional 1 avec l’US Laon lors de la saison 2021/2022. Et aussi Anatole N’Gamukol et Gary Ambroise, très impressionnants. J’ai eu la chance de voir des très bons joueurs.
Pourquoi avez-vous choisi d’être entraîneur ?
Pour rester dans le monde du foot et l’envie de manager.
Un coach marquant ?
Jean-Claude Parage, que j’ai eu en coach jeune et plus tard.
Un coach perdu de vue que tu aimerais revoir ?
Franck Lorenzetti (qui a été notamment été l’adjoint à l’ESTAC d’Alain Perrin). Il a commencé très jeune à entraîner, de 23 ans jusqu’à 47 ans.
Un coach que tu n’as pas forcément envie de croiser ?
Mehdi Izeghouine (entraîneur de Wasquehal)
L’adversaire qui t’a le plus impressionné ?
Récemment, c’est Thaon-les-Vosges, qui au match aller nous a baladé toute une mi-temps en réalisant des enchaînements offensifs parfaits sur l’animation du jeu.
Un président ?
Le Président Philippe Lépine à Roye.
Le coach le plus connu de ton répertoire ?
Hubert Fournier (actuellement DTN à la FFF)
Une devise ?
Si tu veux être respecté, soit respectable
Tu es un coach plutôt …
Dans l’échange, rigoureux, comme s’il n’y avait rien de plus important que le match ou la séance d’entraînement du jour, même si on sait pertinemment qu’il y a plus important en réalité dans la vie.
Ta philosophie de jeu ? Ton style ?
Beaucoup d’intensité, un pressing haut et la verticalité. Le 3-4-3 ou le 3-5-2
Ton match référence avec toi sur le banc ?
La victoire 5-1 en coupe de France contre Sedan (National) au 6e tour de la coupe de France (16/10/2022).
Ton pire match avec toi sur le banc ?
Avec Château-Thierry, une défaite à domicile contre l’US Laon sur le score de 5 à 0.
Un match de légende ?
En 2003, contre Créteil, on joue le match de la montée et nous sommes menés sur le score de 1 à 0. Si on ne gagne pas, on ne monte pas. Et au bout de 15 minutes en deuxième mi-temps, on mène 3 à 1.
Un modèle de joueur ?
Michel Platini à l’époque de l’Euro 84
Une idole de jeunesse ?
Michael Jordan
Ta plus grande fierté ?
Mes trois enfants
Le milieu du foot, en deux mots ?
Passion du foot et prenant
Hervé Papavero (né le 18 février 1969 à Reims)
Parcours d’entraîneur :
– Châlons football club Olympique : 2003-2006
– Reims Sainte-Anne : 2006-2007
– US Roye : 2008-2011
– La Chapelle Saint-Luc : 2011-2012
– Prix les Mézières : 2014-2015
– Château-Thierry : 2016-2019
– Reims Sainte-Anne (Directeur Général) : 2020-2021
– US Laon : 2021-2022
– Reims Sainte-Anne : 2022-2023
Texte : Marc-Antoine Goulieux / Mail : contact@13heuresfoot.fr
Photos : Philippe Le Brech et Reims Sainte-Anne
Le « Grand Ouest Association Lyonnaise Football-club », né en 2020 d’un regroupement de sept villages, a gagné son billet pour le National. Fabien Pujo, le coach, et Jocelyn Fontanel, le coprésident, expliquent les particularités et le côté atypique de GOAL FC, un club qui va détonner dans l’antichambre du monde professionnel !
Photo 13heuresfoot
Du noir. Du doré. Du brillant. Du clinquant. Un logo dynamique, jeune et « qui pète ». Identifiable entre tous. Un logo créé en 2020 par la société « Octobo Lyon », en même temps que la naissance de GOAL FC.
GOAL pour Grand Ouest Association Lyonnaise. Pour le choix du logo, c’est réussi ! Très classe. Pour le choix du nom de la nouvelle entité, là encore, chapeau ! C’est très bien joué de la part des « inventeurs ».
Au GOAL FC, vu de l’extérieur, tout est très beau. Mais êtes-vous déjà allé à Chasselay, au stade Ludovic Giuly, à 15 kilomètres au nord de Lyon ? Parce que, comment dire, quand vous empruntez la petite route qui mène au complexe, que vous traversez les champs, que vous ne pouvez pas vous croiser à deux voitures, que vous cherchez un café ouvert un samedi, jour de concours de pétanque sur l’unique petite place de ce village de près de 3000 âmes, et que la bouse de vache trône sur le bitume, on est très loin du bling-bling !
Photo 13heuresfoot
Il est là le paradoxe. Et c’est ce qui peut décontenancer un adversaire, un supporter, un partenaire… D’ailleurs, le coach Fabien Pujo lui même, l’artisan de la montée historique en National, répète souvent cette anecdote : quand il est venu en août 2018 à Chasselay pour la première fois avec Toulon, il se demandait bien comment le bus allait pouvoir se garer !
GOAL FC a fait de tout ça une force. Sa force. Il a su fédérer, unir, inventer, innover, séduire. Pour entrer aujourd’hui dans la cour des 54 meilleurs clubs de l’Hexagone. Car la saison prochaine, le club au terrain champêtre, fondé en 2000 sous le nom de Beaujolais Mont-d’Or, avant de devenir Mont d’Or Azergues Foot (2005 à 2017) puis Mont d’Or Anse Foot (en 2017), se frottera à Dijon, Niort, Nîmes, Le Mans, Orléans, Châteauroux, Sedan, Red Star, Martigues, pour ne citer qu’eux, en National. Un autre monde.
Des villages d’irréductibles « Goalois »
Photo 13heuresfoot
Des clubs comme GOAL, il en reste très peu dans l’antichambre du monde professionnel. Et il y en aura forcément de moins en moins avec la refonte des championnats et la volonté, à la fois de la LFP et de la FFF, de tirer le football vers le haut. Quelle erreur !
Ce n’est pas pour rien si la coupe de France est l’épreuve préférée des passionnés et vrais amoureux du foot, celle où « les petits », comme on les appelle, font des exploits, prennent la lumière et écrivent de nouvelles pages de leur histoire. Celle où le football de village sort parfois vainqueur.
Photo Sebastien RICOU
A GOAL, l’histoire raconte celle de plusieurs villages. Chasselay donc, où Dominique Giuly, le papa de Ludovic, l’ex-international, 41 années de présence – il a quitté le club en 2000 alors qu’il était encore vice-président du MDA, avant le grand chamboulement -, fut une des figures emblématiques. Anse. Tassin-la-Demi-Lune. et Champagne-au-Mont-Or. Quatre villages d’irréductibles « goalois » auxquels se sont greffés les clubs de « Futsal Saône Mont d’Or », qui accède au plus haut niveau (Divison 1), avec Neuville-sur-Saône et aussi Saint-Germain-au-Mont-d’Or (en plus de Champagne et Anse). Et enfin celui de Chazay-d’Azergues pour la section féminine, pour devenir Goal Féminines Chazay. Vous suivez ?
C’est un peu compliqué, mais après tout, qui a dit que le foot était simple ?
Devant près de 2000 spectateurs !
Photo Sebastien RICOU
Samedi, il y avait près de 2000 supporters – deux habitants sur trois ! – pour l’événement de la saison : le match de la montée historique en National, face au Stade Bordelais. « C’est incroyable » dira avant la rencontre un Pujo assez relax – du moins en apparence -, au moment d’évoquer son adversaire du jour, un club qu’il connaît très bien pour y avoir évolué et où joue Anthony Loustalot, son ancien gardien de but du temps de Bergerac : « Je ne sais pas s’il est titulaire ou pas aujourd’hui ! »
C’est d’autant plus incroyable que, en mai 2018, Pujo avait permis au Sporting-club de Toulon d’accéder en National en battant… Chasselay 3 à 0 !
Un signe de plus du destin après celui, déterminant, du week-end précédent aux Herbiers : en s’imposant 3 à 1 en Vendée, sur le terrain du leader, et en lui chipant la première place, GOAL FC s’était justement donné les moyens de maîtriser le sien, de destin, pour cette ultime journée de National 2.
Avec ce nouveau succès 3-1 samedi dernier face au Stade Bordelais (buts de Julien Kouadio, Thibaut Le Maître et Alexis Gonçalves), les coéquipiers d’Antoine Philippon, le gardien qui avait déjà vécu une accession en National avec Villefranche en 2018, et du capitaine Loïc Dufau (troisième accession en 5 ans de N2 en National après les deux précédentes au Puy Foot 43 ! ) le rêve est atteint. Les « irréductibles Goalois » verront le National !
INTERVIEW
Interview / Fabien Pujo : « Ici, ça me ressemble ! »
Photo Sebastien RICOU
L’entraîneur de GOAL FC, arrivé l’été dernier après deux expériences contrastées à Toulon et à Saint-Malo (une accession tout de même en National en 2018 avec le club Varois, mais deux « limogeages »), était ému au moment de prendre le micro sur la pelouse du stade Ludo Giuly. Il l’était encore un peu au moment d’évoquer cette accession avec son nouveau club.
Fabien, c’est quoi, là, vos premières pensées…
Cette accession, c’est du travail. C’est beaucoup d’investissement, sur le plan familial aussi avec une famille qui déménage… Et puis je sortais de deux projets difficiles, à Toulon et à Saint-Malo. Finalement, je me dis que j’ai peut-être quelques compétences, parce que vous savez, on perd vite confiance en soi. Là, ce qui m’envahit, maintenant, c’est… On est un club très atypique. Faire une montée en National, ici, dans ce village, ça me ressemble. Je vois les joueurs et les gens heureux et ça, c’est au-dessus de tout.
Photo 13heuresfoot
Vous avez douté ?
J’ai vécu des moments difficiles professionnellement, il a fallu se reconstruire, trouver le bon projet, et quand je suis arrivé l’été dernier à GOAL, y’a eu aussi 17 nouveaux joueurs… Mais bon, les bases du club étaient déjà là quand même.
On dit souvent que les moments de bonheur sont très rares dans le foot : vous allez profiter, tout de même ?
Pour le moment, je ne veux pas penser à la suite. La semaine dernière, quand je suis allé à ma première session du BEPF, à Clairefontaine, on nous a expliqués qu’il fallait lâcher prise parce que nous, les coachs, on ne lâche pas assez prise. Donc ce soir (samedi), je vais lâcher prise totalement !
J’ai peut-être passé une de mes meilleures années de coach ici, avec un groupe exceptionnel, un capitaine, Loïc… J’ai jamais vu un capitaine pareil (Loïc Dufau). J’ai eu très peu de moments où je me suis dis que je n’avais pas pris de plaisir en allant en séance. Je n’ai quasiment pas eu de problématique de management. C’est une année exceptionnelle avec un président, Jocelyn Fontanel, qui a été solidaire au moment où il fallait l’être, des dirigeants et des bénévoles exceptionnels. C’est une vraie bonne saison qui, à titre personnel, se termine avec une admission au BPEF à Clairefontaine où j’ai les yeux d’un enfant quand je m’y rends, et aussi avec ma 2e montée en National en 4 ans après Toulon.
Justement, cette accession avec GOAL, elle est comment si l’on compare avec Toulon en 2018 ?
Photo 13HF
D’abord, je pense que cette accession de N2 en National est la plus dure de toute, on n’est pas nombreux à en avoir fait deux, y’a Roland (Vieira, avec le Puy), Richard (Deziré, trois fois même avec Le Mans, Avranches et Raon-l’Etape), Maxime (D’Ornano, avec Saint-Brieuc et Rouen)… Voilà, on va redécouvrir le grand monde, en espérant cette fois que… Non mais bon, ici ce n’est pas pareil qu’à Toulon, il n’y a pas de problème contractuel. Là-bas, j’avais crée des liens forts avec les supporters, on avait une relation vraiment affective, mais la montée n’avait pas été aussi intense avec le groupe, ça avait été très difficile avec la direction… Mais il y avait 6000 personnes quand même au stade de Bon Rencontre et ça… ! Ici, c’est plus la récompense du travail. On est vraiment allé la chercher.
En National, GOAL fera forcément figure de « petit »…
Quand les clubs vont venir ici, ils vont dire « ah ouaip… quand même… ! » Parce que, de l’extérieur, on imagine que GOAL FC est une grosse structure. Rien que le nom, « GOAL », ça pète, mais quand on est à l’intérieur, ce n’est pas la même chose, mais c’est ce qui fait son charme. C’est un club très atypique. Mais là, pour le moment, on va apprécier, on va vivre le moment, on va faire une bonne fête et ensuite on va se pencher très vite sur la suite !
INTERVIEW
Jocelyn Fontanel (président) : « On va changer de monde ! »
Photo Maxifooto
Président, présentez-nous votre club, comme si vous l’expliquiez à un néophyte ?
GOAL FC regroupe plusieurs communes. Le club est né à Chasselay. Il s’est étendu avec Anse, Champagne-au-Mont-d’Or et Tassin pour le foot libre, et on a intégré le futsal avec Saint-Germain-au-Mont-d’Or et Neuville-sur-Saône. Pour les filles, c’est Chazay-d’Azergues; ça fait 7 communes en tout, mais c’est le club de Chasselay on va dire…
Ce regroupement, c’est forcément pour avoir plus de moyens ?
C’était aussi pour avoir plus de moyens mais, il faut le dire, pour le moment, on n’a pas plus de moyens. C’était surtout pour rentrer dans la Métropole. L’idée, c’était d’occuper le territoire entre Villefranche-sur-Saône et Lyon.
Bon, il reste Limonest à côté, mais ils ne veulent pas se joindre à nous (sourires), tant pis, c’est comme ça, pourtant, ça serait naturel que l’on fasse des choses ensemble car on est à côté mais bon, ça fait 20 ans que c’est comme ça… C’est pas grave, c’est un très bon club, ils ont un très bon maire. Nous, on va poursuivre notre bonhomme de chemin tranquillement. On a des bases solides. Avec Olivier Delorme (coprésident depuis six mois), on connaît un peu de monde. En National, ça sera compliqué, mais j’espère qu’on va nous aider. On a aussi le futsal qui accède au plus haut niveau : c’est pas mal, non ?
Et la section féminines ?
Pour l’instant, chez les filles, on fait du volume. On a entre 130 et 140 filles, on a des U18 filles qui marchent bien et chez les plus jeunes, ça se met bien en place.
Photo 13heuresfoot
Depuis quand êtes-vous à la tête du club ?
Je suis président depuis le décès de l’ancien président, Gérard Leroy, en février 2012. Mais je suis arrivé au club en 1994… Donc j’ai 29 ans de présence au club ! J’ai été joueur et capitaine de l’équipe, j’ai participé à la première montée en DH (Régional 1) et au premier 32e de finale de coupe de France de l’histoire du club, et puis à la fin de ma carrière, le président m’a demandé de devenir vice-président : de par mon métier dans le bâtiment, on va dire que j’attire quelques partenaires et puis il y a eu son décès, malheureusement… Cela m’aurait plu de vivre une coprésidence avec Gérard Leroy.
Après sa disparition, on a travaillé à trois avec Dominique Giuly, qui est parti il y a 3 ans, et Mickaël Mendez, actuel manager général. Olivier Delorme nous a rejoints en 2000 en tant que président délégué d’abord, et depuis 6 mois il est coprésident. Tous les trois, on travaille beaucoup, on essaie de fédérer. GOAL FC , c’est un projet sportif mais c’est avant tout un projet humain. Regardez autour de vous…. Vous voyez où on est, c’est tout un village, c’est le Val-de-Saône, c’est le Grand Ouest Lyonnais … Quand on a joué une fois dans notre club, même si historiquement c’était MDA, Mont-d’Or-Anse Foot, les gens reviennent toujours, car ils y passent toujours de bons moments, car on respecte les gens et on gère le club en bon père de famille.
En fait, il fallait que le club se fasse une place…
Photo Sebastien RICOU
Oui, il fallait qu’on se fasse connaître. Le FC Villefranche Beaujolais fait du très bon travail, pour Lyon Duchère et Saint-Priest c’est un peu plus difficile en ce moment, et nous, il fallait qu’on existe autour de ces clubs.
Si on n’était resté que Chasselay, cela aurait compliqué, c’est pour ça qu’on a étendu le club dans la métropole. L’ancien président de Tassin m’avait contacté, et pour Champagne, le club allait mourir, c’est pour ça qu’on a créé ce nouveau club, et il y a d’autres communes encore qui ont des difficultés aux alentours de chez nous. On a notre centre d’entraînement à Parcieux, ex-FC Bords de Saône, où la tribune va être démolie mais il y aura toujours les deux terrains, l’un en herbe et l’autre en synthétique. On va faire, du moins pendant un an encore, notre centre d entraînement là bas.
Et ici, à Chasselay, comment allez-vous faire pour accueillir des matchs de National ?
Photo Sebastien RICOU
On a des travaux à faire au stade Ludovic Giuly pour qu’il soit homologué en National : l’éclairage, les vestiaires, que l’on doit refaire car ils ne sont pas assez grands donc on va pousser un peu les murs. On va mettre un tunnel de sécurité pour l’entrée des joueurs, les bancs de touche ne sont pas assez longs, il faudra mettre un tableau d’affichage aussi, des choses comme ça. On va commencer les travaux le 15 juin. De toute façon, tout cela était prévu même si on n’était pas monté, sauf l’éclairage, pour lequel on aurait attendu.
Quid du budget 2023-2024 ?
On aura besoin de l’aide de la Région, du Département, des mairies. On aura le fonds d’aide au club de la Fédération : c’était 230 000 euros et 7 euros du kilomètres pour les déplacements cette année. On aura aussi un peu de droit TV, donc au total, ça tournera peut-être autour de 300 000 euros pour l’aide fédérale, quand on avait 50 ou 60 000 euros en National 2.
Mais il n’y a pas que ça : on va changer de monde ! On essaie de construire un budget au dessus de 2,5 millions. Cette saison, on était autour de 2,1 millions, mais on est 1100 licenciés. Si nous étions 500 ou 600 licenciés, on serait à 1,8 millions.
Le nom du club « GOAL », ça « pète », c’est cliquant, et quand on arrive au stade, ça « pète » tout de suite déjà moins…
Photo Sebastien RICOU
C’est exactement ce que m’a dit le président de Grasse (Jean-Philippe Cheton) quand il est venu la première fois. Oui, mais on est les Gaulois aussi, c’est le stade Ludovic Giuly hein, c’est Astérix ! On est atypique, on le sait. Ce n’est pas que l’on cultive ça, c’est naturel, c’est comme ça.
J’ai regardé, en National, y’a beaucoup de clubs qui ont joué en Ligue 2, voire en Ligue 1… Mais cette saison en National, on va la vivre, on va défendre chèrement notre peau. Notre stade ? Faudra venir chez nous, hein…
Quand on jouait le maintien en CFA, des clubs comme Strasbourg ou d’autres, on les a tapés ici !
Des aménagements sont-ils prévus ?
Photo Sebastien RICOU
On va essayer de moderniser le site : ça prendra du temps, on va faire avec nos moyens, on va se débrouiller. A Auxerre, il n’y avait rien au départ et quand Guy Roux vendait un joueur, le club construisait une tribune…
Je ne sais pas si un jour cela nous arrivera mais il faut s’en inspirer. Le monde économique du foot est en train de changer, on voit de gros investisseurs arriver, on sera toujours en association pour le moment. On va travailler sur les partenaires et aussi sur le public : les matchs vont avoir lieu le vendredi soir, en afterwork, donc ce sont des choses nouvelles sur lesquelles on va devoir travailler. Il faudra cultiver ça. Et peut-être mettre une petite tribune en face.
Vous aurez un joli derby avec le voisin Villefranche…
Oui, avec le FCVB, ca va faire un beau derby entre amis, on s’entend bien avec Philippe Terrier, le président. J’aimerais aussi que Bourg-en-Bresse (le FBBP01) soit repêché, afin que l’on ait un maximum de clubs de la région dans le championnat, parce que ça draine du public et ça fait passer des bons moments. J’aimerais aussi que Nancy soit repêché, c’est mon ancien club (Jocelyn Fontanel a également évolué à l’Olympique Lyonnais).
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L’entraîneur de Quevilly Rouen Métropole (Ligue 2 BKT) revient sur ses expériences et ses souvenirs. Il évoque aussi quelques pistes de travail pour son club, dont il a assuré un maintien historique cette saison avec une 11e place.
Photo QRM
Coup de sifflet final face à Caen, au stade Robert Diochon, samedi 8 avril. Alexandre Mendy, l’attaquant du Stade Malherbe, se dirige vers Olivier Echouafni, et lui donne son maillot. « Je vous ai tenu la main quand j’étais petit à l’entrée du stade du Ray, à Nice, quand vous étiez capitaine… »
L’on sent l’entraîneur de Quevilly Rouen touché lorsqu’il raconte cette anecdote dans l’immense salle de presse du stade Diochon, quelques instants après ce derby remporté 2-1. D’autant plus touché que, Mendy et lui ont porté le maillot de l’OGC Nice, un club qui l’a marqué comme il l’expliquera plus loin dans ce long entretien accordé à la veille de recevoir Bordeaux, le 13 mai dernier (0-0).
Se poser (en visio) face à « Chouf » – son surnom lorsqu’il était joueur (OM, Rennes, Strasbourg, Nice) -, c’est l’assurance d’avoir une discussion réfléchie et constructive, avec, bien sûr, quelques tics de langages. Du moins un seul. Le sien ? « Faut être honnête », répété à l’envi mais qui dit tout de sa personnalité justement. Honnête. Droit.
Photo QRM
Pendant plus d’une heure, l’entraîneur en poste à QRM depuis un an, qui dispute ce soir à Niort le dernier match de la saison 2022-23 de Ligue 2, a retracé son parcours et livré une réflexion sur le métier d’entraîneur. « Je ne connaissais pas 13heuresfoot, je suis allé voir, j’ai lu quelques articles, notamment celui sur mon DG à QRM, Arnaud Saint-André. Et aussi sur Malik Tchokounté, lui aussi passé par Nice. J’ai vu son parcours qui est quand même assez incroyable… J’ai connu des coéquipiers qui ont eu des parcours similaires, qui sont arrivés sur le tard dans le milieu pro, je pense à Stéphane Grégoire, qui était avec moi à Rennes; il arrivait de Thouars en National et a signé pro à 28 ou 29 ans, en Ligue 1, et il a fait une carrière de 10 ans. »
L’entretien a commencé par le désormais célèbre « Du tac au tac », le genre d’exercice où il est demandé à l’interlocuteur de répondre ce qui lui vient à l’esprit : « Laisse moi un peu de réflexion quand même ! » réclame Olivier. Le natif de Menton, à deux plages de la frontière italienne, dans les Alpes-Maritimes, aujourd’hui âgé de 50 ans, a ensuite refait le film d’une carrière très riche (près de 400 matchs en Division 1) et passionnante.
Interview : « Je n’ai pas de plan de carrière ! »
Olivier, on commence par la carrière de coach…
Photo QRM
J’ai arrêté de jouer en 2010. A ce moment-là, on ne sait pas trop où et comment se positionner. J’avais un contrat de reconversion à l’OGC Nice où j’ai passé 2 ans à plusieurs postes. j’ai aidé au niveau du recrutement, j’allais rencontrer des futures recrues, observer des joueurs, voir des matchs, et en même temps je passais mon BEPF pour entraîner chez les pros. J’avais déjà passé les autres diplômes quand j’étais joueur. Pour mon BEPF, il fallait que j’entraîne une équipe alors j’ai été adjoint de la réserve de Nice en CFA avec Olivier Jannuzzi. C’est là que j’ai réellement commencé à entraîner.
Au BEPF, tu étais avec une promotion incroyable …
Oui, il y avait Olivier Pantaloni, le regretté René Marsiglia, Christophe Galtier, quand je les vois tous, avec le recul… Ils sont tous devenus des entraîneurs de haut niveau, Bruno Genesio, Michel Estevan, Régis Brouard, Laurent Huard, Lionel Rouxel, Sabri Lamouchi, pour ne citer qu’eux, Jean-Luc Vannuchi, Arnaud Cormier aussi, ça a crée des liens forts. On n’est pas en contact régulièrement mais on se croise sur les terrains. On n’était que deux anciens joueurs avec Sabri (Lamouchi) à ne jamais avoir entraîné. On était dans le dur, car il y avait beaucoup de travail, et le diplôme durait 2 ans à l’époque; ça a été très difficile pendant la première année.
Après Nice, tu as eu ta première expérience sur le banc à Amiens, en National…
D’abord, il y a cette grosse cicatrice : mon départ de Nice. Je ne la refermerai jamais. Ce qui s’est passé… Quand Jean-Pierre Rivère et surtout Julien Fournier sont arrivés, ils ont tout fait pour que je parte. Je ne rentrais en aucun cas dans leur projet. C’est ça que je n’ai pas aimé… J’ai donné pour ce club. Je suis quelqu’un de transparent, je pense que je suis honnête, et je ne me suis pas retrouvé dans leur discours; j’ai pris ça en pleine face. Je ne comptais pas mes heures. J’étais au service du club, je travaillais… Après, peut-être que l’on ne s’est pas forcément bien compris, mais au bout du compte, ils n’ont rien fait pour que cela continue ensemble et ils ont été malhonnêtes. C’était la volonté du directeur du football (Fournier). Je trouvais qu’il y avait une façon de faire et la leur n’était pas la bonne à mes yeux. Il a fallu digérer tout ça, ça a été très dur.
« Etre consultant m’a permis de former mon oeil »
Nice, ça te manque ?
Avec l’un de ses adjoints, Alain Wathelet, ancien directeur du centre de formation de Nice. Photo QRM
Oui, l’OGC Nice me manque ! J’ai quelque chose avec ce club, qui n’est pas refermé… Mais il faut être honnête, tout ce que nous, les joueurs, attentions à l’époque, est arrivé. Et je suis très content de l’évolution du club. Je me souviens de mon dernier match au Ray le 17 mai 2010, contre Saint-Etienne… En fait, il n’y a pas un seul joueur qui ne me parle pas de cette époque là, de cette ambiance au Ray !
Juste avant d’aller à Amiens, tu deviens consultant…
Charles Biétry m’a demandé si j’étais intéressé par un poste de consultant à la création de la chaîne BeIN sports, et là, j’ai passé une année incroyable ! J’ai travaillé à la télé et grâce à ça, j’ai vu l’envers du décor, ça m’a permis de comprendre aussi pourquoi les droits TV étaient aussi chers ! J’ai dû commenter 150 matchs, L1, L2, Europa league, Ligue des champions, j ai voyagé, j’ai revu du monde, j’ai vu des stades que je ne connaissais pas comme Tottenham, Chelsea en Angleterre, en Espagne aussi. A chaque fois, j’essayais de rester plusieurs jours pour voir comment ces clubs et ces entraîneurs travaillaient, ça me permettait de voir les structures.
Cela t’a aidé pour la carrière de coach ?
Oui, ça m’a permis d’emmagasiner de l’expérience, au niveau des systèmes mis en place, et surtout de former mon oeil. Ce que l’on nous apprenait au BEPF, je l’ai mis en pratique au travers de ce métier de consultant.
C’est ça qui t’a conforté dans l’idée de devenir coach ?
Le terrain me manquait. Quand on est consultant et qu’on n’a jamais entraîné, on dit certaines choses, après, quand on arrive sur le terrain, et bien on revoit un peu sa copie… Attention, je n’étais pas dans la critique, j’apportais juste des compléments d’informations, par rapport à mon ressenti, à ce que je percevais. Aujourd’hui, quand j’écoute certains consultants, ils ne savent pas, ils ne peuvent pas imaginer… parce qu’ils n’ont pas entraîné. La télé, ça a été une vraie belle formation. Avoir commenté différents matchs, différents styles, différentes équipes, dans différents pays, ça m’a encore plus renforcé dans l’idée de mettre des choses en place, après, en tant qu’entraîneur.
« Au début, à Amiens, je ne prenais aucun plaisir »
Donc, ensuite, tu arrives à Amiens, en septembre 2013, pour ta première expérience sur le banc, en National…
Avec le président Michel Mallet. Photo QRM
Je n’avais rien fait avant, et là, je prends un risque énorme. Je prends le risque de reprendre une équipe relégable, en cours de saison, et en plus j’arrive tout seul. Du coup, quand je me suis retrouvé là, je me suis dit « waouh »… En plus je ne connaissais pas le Nord. J’avais déjà fait l’Est, l’Ouest, pas le Nord. Je découvre le métier (rires), je repars de zéro, et ça n’a rien à voir avec ma carrière de joueur. Il fallait sauver le club et en même temps je débutais, je n’avais pas de repère, je ne connaissais pas bien le National, je ne connaissais pas le staff, mais le club était structuré, avec de bonnes installations. Au début, on n’a pas les résultats escomptés. Après deux mois et demi, j’appelle mon épouse et je lui dis « je ne prends aucun plaisir ». J’avais toujours cette image des entraîneurs qui disaient, et ça résonnait dans ma tête, qu’ils prenaient beaucoup de plaisir. Je me demandais comment c’était possible, parce que j’avais l’impression qu’être entraîneur, ce n’était que des emmerdes… Je n’imaginais pas l’envers du décor et la difficulté du métier. Je savais que je ne retrouverais pas les émotions que j’avais connues comme joueur.
Pourtant, cela s’est bien passé ensuite…
Photo QRM
La coupure de Décembre m’a fait beaucoup de bien, ça m’a permis de me poser, de redescendre chez moi dans le Sud, de recharger les batteries (il souffle) et là, après, on a vécu cinq mois incroyables, sans perdre un match, on finit 6e (à 1 point du 4e). Là, je m’y suis retrouvé. Bien sûr, il faut être honnête, le plaisir on le prend aussi à travers les résultats. Mais je ne connaissais pas tout ça encore, c’était les prémices de ma carrière, j’étais un jeune entraîneur. J’ai envie de dire que, aujourd’hui, je suis encore un jeune entraîneur.
A Amiens, tu as vu les bons et les mauvais côtés du métier en quelques mois…
Les 3 ou 4 premiers mois, cela a été une forme d’adaptation. J’ai observé, analysé. Et à partir de janvier, j’ai mis des choses en place qui ont fonctionné, avec un staff qui m’a suivi, qui a été très bien. Le terrain me manquait, il fallait bien se lancer ! J’avais besoin de m’épanouir dans un environnement différent, c’était le National, dans un club au statut pro, c’était déjà très bien. Certains mettent un temps fou avant d’entraîner à ce niveau.
« Leonardo a cassé tout ce que l’on avait construit au PSG »
Tu suis toujours le National ?
Oui, cette année, je regarde beaucoup de matchs. Le championnat est toujours aussi athlétique, y’a ces notions d’engagement, mais ça a perdu un peu sur la qualité technique je trouve, et encore, je suis allé voir le Red Star, ça joue, ça construit, et puis nous, à QRM, on regarde, ça nous intéresse, par rapport à notre recrutement bien entendu !
Après Amiens, tu as entraîné à Sochaux, en Ligue 2 : là-encore, tu trouves que le championnat a évolué ?
Cela a été une vraie « culbute » aussi d’aller à Sochaux ! J’étais programmé pour faire une deuxième année à Amiens et puis Sochaux, qui n’était pas prévu, est arrivé, comme ça ! La différence est abyssale. Sochaux, c’est un club historique, qui venait de descendre de Ligue 1. En fait, j’ai fait un triple saut, là ! Mais ce fut difficile avec le rachat du club, en plus, quand j’arrive, on ne sait même pas si on va rester en L1 ou reprendre en L2 avec l’histoire de la rétrogradation de Lens. Donc on ne pouvait pas recruter tout de suite, il a fallu attendre les 10 derniers jours. J’ai encore pris de l’expérience mais multiplié par 20 !
Ton expérience de 3 ans au PSG chez les filles a tout de même été très bénéfique…
J’ai pris beaucoup de plaisir à prendre de l’expérience, à mettre en place ma méthode, j’ai pu le faire et avec du temps. On a réussi à devenir champion de France et à battre Lyon qui était clairement la meilleure équipe du monde. On les a battues aussi en coupe d’Europe alors qu’elles étaient invaincues depuis 5 ans. Aujourd’hui, avec le recul, je me dis qu’ils (les dirigeants du PSG) ont fait n’importe quoi. Je n’ai pas apprécié et je n’ai pas accepté que Leonardo casse tout ça, tout ce qu’on avait construit. J’ai été déçu de quitter le PSG. On aurait pu aller chercher l’Europe et finalement ça s’est arrêté là. Mais je suis passé à autre chose.
« Avoir du temps, cela a de la valeur »
Du coup, aucune chance de te retrouver un jour à la tête d’une équipe féminine ou d’une sélection féminine ?
Photo QRM
Je ne sais. Je ne ferme aucun porte. Quand j’ai signé en équipe de France féminine, au poste de sélectionneur (en 2016), l’objectif est d’aller chercher un titre. J’ai eu 10 mois pour aller chercher un championnat d’Europe, bon, trop court, impossible… On a atteint les 1/4 de finale et on a été éliminés par l’Angleterre, ma seule défaite. En 10 mois ce n’était pas possible. Mais on a battu les Américaines chez elles à la « SheBelieves Cup » aux États-Unis, le tournoi le plus relevé du monde, que l’on a remporté. Mais je n’ai pas eu assez de temps. Quand je signe au PSG, on m’a laissé du temps pour construire des choses, malgré la Covid au milieu, qui nous a peut-être empêché de devenir championnes de France avant. Avoir du temps, ça a de la valeur à mes yeux.
Peux-tu raconter comment tu es arrivé à QRM ?
Déjà, j’aurais pu signer à QRM six mois avant, le club m’avait contacté*, je venais d’arrêter chez les filles, mais j’avais dit que prendre un club en cours de saison, ça ne m’intéressait pas, c’était difficile, je l’avais déjà vécu. Après, je ne faisais pas la fine bouche non plus. Mais j’avais aussi besoin de récupérer. Le terrain, ça manque vite. Arrive l’été dernier. Malgré des propositions alléchantes, des sollicitations chez les filles, comme celle du Real Madrid, qui me demandait d’aller battre Barcelone, ou encore celles de la Juve, de Chelsea, du Bayern, de la Fiorentina, eh bien j’estimais que j’avais fait le tour. Trois clubs de Ligue 2 se sont intéressés à moi, dont QRM. En fait, je n’ai pas de plan de carrière. J’aurais pu aller dans un club avec un plus gros budget, plus huppé, qui m’aurait donné plus d’argent, mais ma volonté, c’était peut-être de trouver ce que je recherchais, c’est à dire des valeurs humaines, ce qui manque un peu aujourd’hui dans le football. Les dirigeants de QRM, avec qui on a beaucoup échangé, ont réussi à me convaincre de poursuivre ce qui a été mis en place depuis 2 ans. QRM, c’est un club où y’a tout à construire de A à Z, ça me plaisait.
*Bruno Irles, l’entraîneur, est parti à Troyes à la trêve, finalement remplacé par Fabien Mercadal.
Comment décrirais-tu Quevilly Rouen pour quelqu’un qui ne connaît pas le club ?
C’est un club qui part de très très loin, avec des spécificités, des valeurs humaines exceptionnelles, qui sont son ADN. Tous les joueurs que l’on a pris, on les a pris pour leurs qualités sur le terrain, certes, mais aussi pour leur état d’esprit.
« On sait qu’on est la dernière roue du carrosse à Rouen »
Photo QRM
Et les infrastructures, on entend souvent dire que c’est un frein…
Les infrastructures, parlons-en. Qu’est-ce qu’on a aujourd’hui à QRM ? On a deux salles qui correspondent au monde professionnel : le bureau des coachs et la salle de presse ! Ce sont les deux seuls lieux qui ressemblent à quelque chose de professionnel, mais pour le reste… On a un terrain d’entraînement qui n’est pas aux normes et quand il pleut, on ne peut pas s’entraîner dessus car il y a trop d’eau, on est obligé de délocaliser les séances sur des terrains en synthétique qui ne sont pas en bon état. On a aussi le FC Rouen et le rugby en Pro D2 qui jouent au stade Diochon. Pour le rugby, c’est même la veille parfois… Il y a plus de 60 matchs par an à Diochon, donc automatiquement la qualité de jeu, elle s’en ressent. On est tributaire de ça. On sait qu’on est la dernière roue du carrosse à Rouen, où tout le monde nous met derrière les autres. Et bien malgré tout, on montre qu’on peut travailler. Mais on ne pourra pas continuer sur la durée. C’est impossible. Il faut un centre d’entraînement. C’est vital. Je suis exigeant et ambitieux. Je suis venu pour construire des choses et améliorer le quotidien de chaque personne, de l’intendant à l’ensemble de mon staff. On est parti à Pau le vendredi, on a joué le samedi soir et on est rentré le dimanche à 18h, ça va qu’on a gagné (4-3), mais la fatigue s’accumule, 8 heures de voyage, tout ça, ça coûte des points. Il y a des choses à améliorer, mais la principale, c’est le centre d’entraînement. Dans un second temps, il faut un gros stade : on ne peut pas avoir trois entités sur le même terrain. Il faut séparer le foot du rugby, voilà, c’est aussi important, parce que ça nous pénalise. Cet hiver, j’ai dû adapter mes principes de jeu et mon plan de jeu, car le ballon ne fait que sauter, à cause des matchs de rugby notamment.
Pendant de nombreuses semaines, QRM a figuré dans le top 8, et a même titillé le top 5 : c’est presque inespéré, non (11e aujourd’hui) ?
Déjà, c’est historique, parce que, quand on regarde les équipes sur la ligne de départ, il faut être honnête, on fait partie des quatre clubs qui vont descendre, mais justement, pour nous, c’est une source de motivation énorme. On a mal commencé la saison : 70 % de l’effectif a été renouvelé, avec 14 départs et 14 arrivées. Il faut du temps pour trouver le bon équilibre, trouver des automatismes. Et puis l’écoute des mecs a fait qu’aujourd’hui on en est là. On fait une très belle 2e partie de saison (l’entretien a été réalisé avant la réception de Bordeaux, le 13 mai). En termes de qualité de jeu aussi on a franchi une étape aussi.
« Parfois, on a du mal à me suivre ! »
Le stade Diochon. Photo QRM
Tu connaissais le contexte avec le FC Rouen ?
Oui ! Je n’avais pas vu les installations mais on m’en avait parlé. Mais ce qui est positif, c’est que j’ai un président et des dirigeants qui me laissent travailler et me font confiance, et Dieu sait si je suis exigeant avec moi-même, avec mes joueurs. J’ai tendance à être exigeant avec mes dirigeants aussi, et parfois, je vais trop vite, on a du mal à me suivre, mais je suis comme ça… Je savais que l’environnement était difficile, mais peut-être pas autant que ça. Par exemple, une fois, il a fallu aller jouer un match de championnat à Caen alors que l’on recevait Niort, c’était dans les accords, ce qui fait que l’on a joué un match de plus que les autres à l’extérieur. S’il n’y avait que le FC Rouen, cela irait, et en plus, franchement, nos relations sont très bonnes : le FCR est un club historique, avec 50 saisons en pro. Le FCR, c’est le club de la ville de Rouen et QRM, c’est le club de la métropole. Ce sont deux entités différentes et nous on a tout à écrire. On a commencé, avec de belles pages. On a la volonté de se pérenniser en Ligue 2 mais pour ça, il faut ce centre d’entraînement. Notre modèle économique, celui que l’on doit avoir, c’est celui de Lorient, Auxerre ou Guingamp. Ces clubs doivent être nos modèles.
Le maintien est acquis depuis quelques semaines, du coup, tu peux préparer la saison prochaine…
Oui, je travaille depuis des semaines pour la saison prochaine, pour avancer. On sait qu’on va perdre du monde, qu’on a aussi des joueurs prêtés qui vont partir. Avec Julien Converso, le directeur sportif, Arnaud Saint-André, le directeur général, Michel Mallet, le président, et les dirigeants, on travaille là-dessus, pour gagner du temps, contrairement à la saison passée. Quand j’ai signé en juin, franchement, ce n’était pas facile, avec 14 départs et 14 arrivées.
« A QRM, on ne vend pas du rêve »
L’équipe possède aussi la particularité de ne pas avoir de « vedettes »…
Non, non, on n’en a pas. On met en valeur certains joueurs, qui ont besoin de se relancer. D’autres, très jeunes, qui ont besoin de découvrir comme Mamady Bangré. D’autres qui ont besoin de se relancer. Il faut qu’il y ait un amalgame, une alchimie, mais ce qui est primordial, c’est l’état d’esprit : ici, on ne vend pas du rêve, par contre on a une méthode, on leur vend du travail, d ‘autres aspects, des valeurs humaines.
Le soleil du sud ne te manque pas trop ?
Le soleil ? Non, ça va encore. J’habite pas loin de Préfecture, pas loin de la Seine, c’est un peu la Méditerranée (rires) ! Je n’ai pas trop le temps d’aller en ville, je fais plutôt « stade – maison – stade », mais le centre de Rouen est sympa, joli, les gens sont gentils. La mer me manque oui, alors quand je redescends chez moi, quand je vois mes parents, ma famille, mes tantes, mes oncles, mes cousins, je prends encore plus de plaisir, je l’apprécie encore plus, la mer, comme je la vois moins souvent ! A Sochaux, j’avais pris un appartement dans lequel je ne me sentais pas bien : à Rouen, je n’ai pas fait cette erreur; je voulais de la hauteur et de la lumière ! Là, je suis au 5e étage, j’ai une vue dégagé. Au moins, même quand il ne fait pas très beau, j’ai de la lumière !
Olivier Echouafni, du tac au tac
« J’étais prédestiné à devenir prof de gym »
Meilleur souvenir sportif de joueur ?
Photo QRM
(Rires) J’en ai deux. La montée avec l’OM en Division 1 (en 1996). Quand je reviens à Marseille, on m’en parle toujours. On a fait partie de la deuxième génération des Minots, celle qui a fait remonter le club après l’affaire OM-Valenciennes. Certains me remercient encore ! C’est une grande fierté, un grand moment.
L’autre, c’est d’avoir permis d’emmener tous les Niçois à Paris pour la finale de la coupe de la Ligue (contre Nancy, en 2006, défaite 2-1), et aussi la demi-finale juste avant, à Monaco, qui reste un grand souvenir. Il y a aussi ce match, le 4-3 à Monaco, avec Nice, alors que l’on perdait 3 à 0 (en 2004). Y’a souvent Monaco dans les souvenirs !
Meilleur souvenir d’entraîneur ?
Le titre de champion de France avec les filles du PSG (en 2021), après une saison incroyable… Pas une seule défaite… Et puis c’est quelque chose que l’on a construit. Le titre était l’objectif du club et en plus on a battu Lyon. Mais ce que je vis avec QRM cette saison, c’est super fort aussi.
Pire souvenir sportif de joueur ?
(Il réfléchit). Ma blessure aux croisés, avec le Stade Rennais à Louis-II (en 2001)… Quand je vous dis que ce stade à Monaco est incroyable pour moi ! J’y ai quand même passé beaucoup de saisons (13), il m’a donné des émotions incroyables, j’y ai vécu des moments de déception et de tristesse, comme cette blessure, qui m’a coupé dans mon élan, alors que j’étais dans une bonne période.
Pire souvenir sportif d’entraîneur ?
Je n’utiliserais pas le mot « pire », je dirais plutôt ma plus grande déception d’entraîneur, c’est que le PSG ait cassé tout ce que l’on a construit. Et aussi la vente du club à Sochaux qui ne nous a pas permis de poursuivre le projet quand j’y étais l’entraîneur.
Ton plus beau but ?
A Monaco ! C’est fou hein (rires), c’est pour ça, je te dis, j’ai une histoire incroyable avec ce stade ! C’était sur un coup franc, avec le stade Rennais, je mets une tête plongeant qui finit dans la lucarne.
Tu détenais un record justement, celui du nombre de buts marqués en première division de la tête, et consécutivement : 8 ! Tient-il toujours ?
On m en a parlé y’a 2 ou 3 ans, France Football avait fait un sujet là-dessus, et à ce moment-là, je le détenais toujours, oui, et je sais que Cavani s’était rapproché mais finalement il a marqué du pied et voilà (rires) !
Photo QRM
Pourquoi as-tu choisi de devenir entraîneur ?
C’était ma destinée (rires). C’était un rêve caché de gamin comme plein de gamins ont, et qui est devenu réalité. Il a fallu faire un choix de carrière important, celui de quitter l’AS Monaco, où j’ai passé 13 ans, de l’âge de 5 ans à 18 ans, pour aller jouer en amateur à Roquebrune-Cap-Martin, en Promotion d’Honneur. C’est Gérard Proscelli, que j’ai encore au téléphone, et avec qui on échange beaucoup sur l’approche du métier d’entraîneur, qui m’a convaincu de venir en amateur, de faire une saison, puis une deuxième. Je lui dois beaucoup aussi. Car j’étais prédestiné à devenir professeur de sport. Je poursuivais mes études à l’UFR Staps de Nice, il fallait bien avoir un bagage pour travailler. Et il y a eu un concours de circonstances qui a fait que j’ai signé à l’Olympique de Marseille. En fait, j’ai marqué plus de 30 buts en deux saisons à Roquebrune, pour un milieu défensif… J’ai vraiment fait deux saisons exceptionnelles là-bas. J’ai pris confiance, je marquais dejà pas mal de la tête, je me projetais beaucoup sur le terrain, j’avais 18/19 ans, je jouais avec des adultes dont le beau-frère, à l’époque, de Jean Castaneda, responsable du Centre de formation de l’OM : il trouvait que j’avais des qualités pour aller un peu plus haut, ce qui m’a permis d’effectuer deux essais en avril 1993 et mai 1993 à Marseille, qui se sont avérés payants. Je me souviens que lors du premier essai, à Marseille, en 1993, on a fait un match contre les futurs champions d’Europe, alors que quelques jours avant, je m’entraînais en PHA ! Finalement je signe stagiaire à l’OM. Etre arrivé sur le tard, ça a été un mal pour un bien, ça m’a structuré, ça m’a permis de prendre du recul et ça m’aide aujourd’hui dans mon métier, j’ai l impression d’avoir une méthode.
« J’étais dans la notion de passe et d’espace »
Qualités et défauts selon toi sur un terrain ?
Je n’allais pas très vite, alors je jouais sur le sens du placement, la qualité de passe, l’intelligence de jeu qui me permettait d’avoir un temps d’avance, le jeu aérien bien sûr, notamment sur les coups de pied arrêtés. Je ne portais pas le ballon, j’étais dans la notion de passe et d’espace. C’est toujours difficile de parler de soi ! Je ne lâchais rien, j’étais un vrai combattant, fidèle, loyal, je pensais toujours au collectif avant de penser à moi. J’étais aussi un éternel insatisfait. J’avais une force mentale. Mes valeurs, honneur, fidélité, collaient bien par exemple avec celles de l’OGC Nice. Quand je vois ma carrière, je me dis que j’ai toujours été fidèle. Il n’y a pas un seul moment où je n’ai pas profité.
La saison où tu as pris le plus de plaisir ?
En termes de statistiques, c’est l’année à Strasbourg (1999-2000), où je mets 12 buts, dont 9 en championnat (et les fameux 8 de la tête !), ce qui m‘a permis de franchir une étape, et en plus, il y a eu la naissance de ma fille aussi cette saison là. D’un point de vue régularité, c’est à Nice, quand j’avais 35 ou 36 ans, je faisais presque tous les matchs, c’est pour ça, quand je vois Danté, je me dis « Waouh… » Mais c’est une hygiène de vie, on n’arrive pas là par hasard.
Une erreur de casting ?
On peut toujours avoir des regrets, je préfère parler de chance, celle qui m’a été donné de vivre de ma passion. On s’en rend compte bien plus tard, plus en tout cas que sur le moment. C’est vrai qu’après Strasbourg, j’aurais pu signer à Lyon, à Fulham en Angleterre, à Valence en Espagne, à Bologne en Italie, j’avais beaucoup de clubs qui s’étaient renseignés sur moi, même le Bayern Munich ! Finalement j’ai choisi la stabilité, avec le projet du Stade Rennais et de Monsieur Pinault. Si j’ai un regret, un seul, c’est celui de ne pas avoir connu certains entraîneurs dans ma carrière.
Le club où tu as failli signer ?
Lyon. A l’époque en 1999/2000, les trois clubs qui sont allés loin dans les négociations étaient Lyon, Rennes et le Fulham de Jean Tigana. Le Bayern était venu superviser Willy Sagnol lors d’un Strasbourg-Monaco, et ce jour-là, j’avais fait un très bon match, j’avais marqué 2 buts. Je leur avais tapé dans l’oeil et ils étaient venus me voir une vingtaine de fois. C’était l’époque où il fallait être supervisé 40 ou 50 fois avant de signer ! C’était déjà beau.
Un club où tu aurais rêvé de jouer ?
Vivre une expérience à l’étranger déjà ; en Italie peut-être, un club comme la Sampdoria de Gênes car je suis né à côté de l’Italie, c’était un club incroyable, avec de sacrés joueurs, qui faisait partie des équipes que je suivais, et aussi dans un club de Londres, mais il n y avait pas autant d ouvertures qu’aujourd’hui. Il faut remercier les Cantona, Ginola, Deschamps, Zidane et d’autres, qui ont permis d’ouvrir ces marchés qui étaient complètement fermés.
Un stade mythique ?
Joueur, Olympiakos Le Pirée, en Coupe d’Europe avec Marseille. J’y étais retourné avec Strasbourg. Quel stade ! Je n’ai pas eu la chance de jouer à Madrid mais c’est un stade incroyable aussi. Je citerais aussi le stade de Boca Juniors en Argentine, la Bombonera, c’est fabuleux. Ah, et aussi San Siro aussi, le vaisseau, à Milan !
Un coéquipier marquant ?
(rires) Un seul ? Attend j ‘essaie de me remémorer mes clubs… Pas un coéquipier mais une triplette, celle que l’on formait à Nice avec Flo Balmont et Cyril Rool, on se trouvait les yeux fermés, et devant nous on avait Ederson. La grinta faisait notre grande force. Et aussi à Strasbourg, David Zitelli et Corentin Martins : alors eux, sur coups de pied arrêtés… !
Un coéquipier perdu de vue que tu aimerais bien revoir ?
C’est dur… On a tellement perdu le fil les uns les autres… On se revoit pour certains… On parlait d’Ederson, qui a eu des ennuis de santé, c’était un très bon garçon. A Rennes, Fabiano, qui est arrivé à 18 ans.
Le coach perdu de vue que tu aimerais bien revoir ?
J’en ai connu 17 donc… je les ai pratiquement tous revus ou eux au téléphone. On ne se rend pas compte quand on est joueur de la difficulté du métier d’entraîneur. Il faut être honnête, y’en a avec qui ça ne s’est pas bien passé, mais je ne leur en veux pas pour autant. J’ai envie de dire Gérard Gili à Marseille, parce qu’il m’a lancé réellement, il m’a donné cette chance de devenir pro, avec Jean-Louis Gasset. Bien sûr, il y a eu aussi Raymond Goethals au départ, mais c’est surtout Gérard sans oublier Jean-Louis.
Un président marquant ?
Bernard Tapie. Y’a pas débat ! Aujourd’hui encore, il reste la personnalité la plus marquante que j’ai rencontré.
Une causerie de coach marquante ?
Photo QRM
Les plus fortes, c’est celles de Gérard (Gili). Il avait toujours ce sens de la motivation de par les mots, les émotions, l’intonation… Tout ce qu’il transmettait aux joueurs, c’était sa plus grande force. J’essaie de m’inspirer de ça, bien sûr, dans l’approche, dans le timing, dans la durée, afin de ne pas être trop long et d’être impactant. J’essaie de séparer la stratégie de l’aspect mental par exemple. Je m’inspire aussi de ce que j’ai appris sur les bancs de touche, avant. La causerie, c’est un exercice difficile, car on joue tellement de matchs, il faut toujours trouver des idées, des choses marquantes. Quand j’ai commencé mon métier d’entraîneur, je passais un temps fou à les préparer ! Quand on est joueur, on ne se rend pas compte du temps que peut passer l’entraîneur à préparer son match pour un résultat quel qu’il soit … parfois… et là on se dit « Tout ça pour ça ! ». Moi, la causerie, ça me prenait des heures voire des jours. Maintenant, ça commence à être de mieux en mieux mais j’ai ce besoin de préparer les choses. Certains entraîneurs n’ont pas besoin de la préparer, ils sont bons à l’instant T. Pas moi.
Une idole de jeunesse ?
Glen Hoddle. Le Platini anglais. Je l’ai vu de près à Monaco ! Je me suis même entraîné une ou deux fois avec lui et aussi George Weah, j’avais 17 ou 18 ans et j’avais complété le groupe pro, y’avait aussi Lilian Thuram, Manu Dos Santos mon ami d’enfance, Kelvin Sebwe, Cyril Granon, Bruno Rodriguez… Il me semble que Mark Hateley était là aussi.
Une devise ?
On n’a rien sans rien.
Ligue 2 BKT – 38e et dernière journée – vendredi 2 juin 2023, à 20h45, au stade René-Gaillard : Chamois Niortais (20e, 28 points) – Quevilly Rouen (11e, 49 points).
Vidéo : les meilleurs moments d’Olivier Echouafni à l’OGC Nice
Texte : Anthony Boyer / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr et contact@13heuresfoot.fr / Twitter : @Boyeranthony06 et @13heuresfoot
Photos : Quevilly Rouen Métropole
C’est l’entraîneur de la remontada dunkerquoise ! Grâce à un parcours exceptionnel après son arrivée sur le banc (31 points sur 36 !), l’USLD a retrouvé la Ligue 2, un an après l’avoir quittée. Le Biterrois de 44 ans est devenu le spécialiste des montées après celles vécues à Béziers (2018) et Bastia (2021). Entretien exclusif.
Photos USL Dunkerque
Lorsque Mathieu Chabert a signé le 2 mars, Dunkerque était alors 7e de National avec 9 points de retard sur Martigues et 8 sur Concarneau. Grâce à une extraordinaire série (10 victoires, 1 nul, 1 défaite soit 31 points sur 36), le club nordiste, vainqueur (3-2) au Mans lors de la dernière journée, a gagné sa place en Ligue 2, un an après l’avoir quitté.
Successeur de Romain Revelli, Mathieu Chabert, 44 ans, qui avait lui-même été écarté de son poste à Châteauroux début décembre, a transformé cette équipe de Dunkerque.
C’est sa 4e montée en six saisons après celle en Ligue 2 avec Béziers en 2018 avec déjà une série exceptionnelle (9 victoires sur les 12 derniers matchs) et les deux avec le SC Bastia, de N2 en National (2020) alors que son équipe était largement distancée par Sedan lors de son arrivée en octobre 2019 puis de National en L2 (2021).
L’ancien conseiller à Pole Emploi, au parcours atypique, est passé maître dans l’art d’emmener son groupe vers le haut lors des fin de saisons. Après avoir fêté la montée des Maritimes et commencé à rencontrer ses joueurs, Mathieu Chabert, malgré un emploi du temps très chargé, est revenu en longueur sur cette montée pour 13HeuresFoot.
C’est votre 3e montée en Ligue 2 avec trois clubs différents. Parvenez-vous à établir une hiérarchie entre elles ?
La dernière est forcément la plus belle. C’est celle en tout cas dont je suis le plus fier par rapport à ce qu’on est arrivé à mettre en place dans un laps de temps aussi court. C’est la première fois que des joueurs me pleurent dans les bras. Ça, je m’en souviendrai toute ma vie. Sur les trois montées en L2, aucune n’est pareille. Avec Bastia, c’était la fin du Covid et on est monté en regardant le match de QRM à la télé dans un salon du stade Furiani… Attention, c’était magnifique mais il manquait quelque chose. Avec Béziers, on était sur le terrain, on a regardé la fin du match Grenoble – Entente Sannois Saint-Gratien sur nos téléphones et on a explosé ensuite. C’était très fort. Celle-là, avec Dunkerque, c’était différent car on savait que si on gagnait, on ne dépendrait de personne. Tiens, je vais vous raconter ma causerie…
Allez-y… On leur a montré une vidéo sur les réactions à la fin des équipes qui gagnaient une finale ou montaient… Il y avait La Rochelle en Coupe d’Europe de rugby, la fin du match et la montée d’Amiens en L1 en 2017 avec ce but à la 96e minute, celle de l’AC Ajaccio l’an dernier ou celles d’Annecy et Laval en L2 la saison dernière. C’était des caméras fixes sur les bancs de touche où on voyait de la tension sur les visages car la libération était proche, puis l’explosion. Les joueurs ont vu tout ça une heure avant le match. Trois heures après, c’est nous qui vivions les mêmes scènes. C’est ça qui est le plus beau émotionnellement. A Dunkerque, c’est la première fois que je fais douze causeries motivationnelles. A la fin, c’était devenu un jeu pour les joueurs. Ils disaient : « qu’est-ce que le coach nous a préparé cette fois ? » Ce qui est sûr, c’est qu’on a aussi bien rigolé. J’ai fait des causeries vidéos sur des combats de boxe, de MMA, sur des loups qui chassaient des buffles, le parcours de Benzema avec le Real Madrid en Ligue des Champions la saison dernière ou la compilation de leurs plus beaux buts. Mais j’ai déjà prévenu les joueurs : en Ligue 2, je n’aurai pas la capacité à en faire 38 comme ça.
Quatre montée en six ans, ce n’est plus une question de chance ou de hasard. C’est quoi le secret de Mathieu Chabert ? Dans la vie et le sport de haut-niveau, il n’y a jamais de hasard. Le Mathieu Chabert de la montée de Béziers n’est plus le Mathieu Chabert de la montée de Dunkerque. Je n’ai pas changé. Je suis toujours le même. J’avais des facilités dans le management. C’est primordial et c’est un aspect que j’aime beaucoup.
Mais j’ai surtout beaucoup progressé tactiquement. J’ai un projet de jeu plus clair. Ce qui me fait plaisir, c’est que les joueurs ont apprécié. Le rôle et la fonction de chaque joueur étaient bien définis et étaient clairs. Les joueurs s’y sont retrouvés, ils ont eu un cadre dans lequel évoluer et ça a marché. Je suis fier bien sûr d’avoir réussi cette 4e montée en six ans avec Dunkerque. Mais ma plus grosse fierté, c’est de l’avoir réussi en proposant un jeu qui n’était pas celui que j’avais avec Béziers.
A Châteauroux, vous avez été beaucoup critiqué. Cette montée six mois après votre éviction est-elle une revanche ? Je préfère profiter des moments que je suis en train de vivre plutôt que d’avoir de la rancœur. Ça ne sert à rien. Je n’ai de revanche à prendre sur quiconque. C’est le foot. Je trace ma route avec les gens qui ont envie de me connaître. Ceux qui n’ont pas envie, je ne m’en occupe pas. Chacun peut penser ce qu’il veut de moi, ça ne m’atteint pas. Je n’ai plus de problèmes avec ça. Avant, j’étais plus jeune. Je suis toujours un jeune entraîneur mais il m’a fallu un temps d’apprentissage pour savoir désormais me concentrer sur l’essentiel. Après, je vais vous dire une chose : si je suis monté avec Dunkerque, je suis persuadé que c’est aussi grâce à mon expérience à Châteauroux.
Expliquez-nous…
Tout simplement, j’ai beaucoup appris là-bas. Sportivement, ça a été le premier échec de ma carrière. Mais j’en ai tiré du positif. Je suis très content que Châteauroux se soit maintenu en National. Je suis content pour Maxence Flachez qui est quelqu’un que j’apprécie humainement, pour Michel Denisot, Patrick Trotignon et tous les gens de United World (le propriétaire saoudien). Après le match, j’ai reçu des messages de United World. Ils m’ont félicité pour la montée et ça m’a fait très plaisir. Je suis aussi content pour certains joueurs mais pas forcément pour tous les joueurs car certains ne sont pas des bonnes personnes… Je suis content pour tous les gens qui m’aimaient à Châteauroux. Et même pour ceux qui ne m’aimaient pas car leur club s’est maintenu.
Petit retour en arrière. Lors de votre départ de Châteauroux, vous nous aviez déjà accordé une interview exclusive dans laquelle vous expliquiez que vous ne vous voyiez pas replonger cette saison. Pourtant, le 2 mars vous arrivez à Dunkerque… Reprenez mes propos… J’avais dit que si jamais il y avait un projet intéressant et que j’estimais qu’il ne pouvait pas se refuser, je ne m’interdisais pas de retenter le coup. Ça a été le cas à Dunkerque pour plusieurs raisons. D’abord car le terrain me manquait déjà beaucoup.
Contrairement à ce que j’avais vécu entre Bastia et Châteauroux, cette période a été plus longue, du 6 décembre au 1er mars. J’avais bien digéré, j’avais bien profité, je m’étais bien ressourcé. Je commençais à tourner en rond. J’avais cette sensation de manque et quand on a ce manque-là, ça créé une envie. J’ai eu Edwin (Pindi, le président) au téléphone et entre nous, ça a matché de suite.
C’est important de sentir qu’il y a des dirigeants qui vous veulent et que moi j’avais envie d’y aller. Entre nous, c’était gagnant-gagnant. Moi, je n’avais rien à perdre. Et sincèrement, j’avais quand même une idée derrière la tête car on veut toujours faire le maximum…
Ça veut dire que vous pensiez pouvoir revenir sur le haut de tableau malgré vos 9 points de retard ?
J’avais joué Dunkerque avec Châteauroux. J’avais trouvé que c’était une équipe très cohérente, bien structurée, avec un effectif de qualité. Je pensais que si on enclenchait une série, il pouvait y avoir une belle surprise. Mais la priorité réelle quand je suis arrivé était déjà d’assurer le maintien rapidement. On a débuté cette série et c’est parti !
Vous êtes rentré dans le cerveau de vos joueurs en leur disant « On va monter » dès votre arrivée. Certains ont avoué qu’il s’étaient dits « il est fou »…
Oui, c’est comme ça que ça s’est passé. Je leur ai dit : « La priorité, c’est de gagner rapidement trois matchs. Ensuite si on gagne ces trois matchs rapidement, je suis persuadé qu’on peut faire une série et gagner les 12 matchs. Et si on gagne les 12 matchs on va monter… ». Quand j’arrive, on est 7e avec 31 points en 22 matchs. Ça veut dire qu’en 12 matchs, on a doublé ce capital en prenant également 31 matchs. C’est juste exceptionnel.
L’acte fondateur, c’est cette victoire (3-2) contre Villefranche avec deux buts inscrits lors du temps additionnel le 17 mars pour votre 3e match avec l’USLD ?
On venait de gagner contre Châteauroux et Saint-Brieuc. Le club n’avait jamais remporté trois victoires de suite. Mais ce match contre Villefranche est effectivement fondateur pour plein de choses. Il valide notre projet de jeu, il valide le fait que cette équipe est mentalement capable de retourner des situations très très mal embarquées et il valide mon discours auprès des joueurs.
Que leur avez-vous dit à la mi-temps alors que vous étiez menés 2-0 ? Ils pensaient que j’allais les pourrir. Mais je leur ai dit : « Bon les gars, qui a le plus d’occasions ? » Les joueurs me regardent et me répondent : « C’est nous, coach ». Je leur répond : « On est d’accord ». Je leur demande ensuite : « Depuis que vous jouez au foot, même en poussins ou pupilles, avez-vous déjà remonté deux buts et gagné 3-2 ? ». Tous me répondent « oui ».
Et là, j’enchaine par une dernière question : « Selon vous, combien de temps il faut pour marquer un but en moyenne, que ce soit en phase de récupération, en attaque placée ou en transition ? » Ils me regardent tous, ils ne comprennent pas trop… Je leur dit alors : « Il faut 30 secondes en moyenne. Il reste 45 minutes, potentiellement on peut donc marquer 90 buts. Ce n’est pas 3 buts qui vont nous faire peur…»
Visiblement, vos mots ont fait mouche…
Les mecs s’attendaient à ce que je les pourrisse et je leur tiens ce discours. Il fallait juste que ce soit nous qui marquions le 3e but du match. A partir du moment où on arrivait à le marquer, cela pouvait faire basculer le match. Freddy Mbemba marque vers la 55e minute et ça bascule. Sur le moment, je ne me dis pas que c’est un match fondateur. Mais avec le recul, je m’en suis rendu compte. Car derrière, on gagne notre 4e et 5e victoires de suite à Sedan et face au Red Star. Mais pour moi, il y a un autre match qui a compté dans notre parcours.
Lequel ?
Contre Le Puy lors de la 31e journée. C’est celui qui vient après notre défaite à Martigues (1-0), qui arrivait après sept victoires consécutives. Le Puy, c’est certainement notre plus mauvais match, on n’a pas beaucoup d’occasions. Mais on le gagne 1-0 à la 75e minute. Ce match est très important car beaucoup de personnes pensaient qu’à partir du moment où on allait subir notre première défaite, on aurait du mal à s’en remettre et à rebondir. Mais cette victoire 1-0, elle nous a relancé. Elle nous a permis de remettre un coup et de finir comme on a fini. Personnellement, elle m’a rassuré sur la capacité de réaction du groupe. J’avais fait 7 matchs, 7 victoires avant Martigues. Je ne connaissais pas l’attitude de mes joueurs dans la défaite.
Lors de votre arrivée, vous avez effectué un choix fort en titularisant dans les buts Arnaud Balijon, presque 40 ans, à la place de Sullivan Péan ? On sait que pour faire une saison exceptionnelle comme ça et réussir à monter, le gardien doit être une pièce maîtresse.
On ne peut pas monter si notre gardien ne nous gagne pas de points. Arnaud, il nous gagne les trois points contre le Red Star (1-0) et il a souvent été décisif.
Oui, c’était un choix fort. Mais il n’était pas évident. J’arrive le 1er mars. Le jeudi, je dirige mon premier entraînement. La première chose que je dis à Sullivan, qui était juste irréprochable jusque-là, c’est qu’il n’allait pas jouer le lendemain. Quand on est entraîneur, ce sont des moments qu’on n’aime pas trop sur le plan humain. Car on sait qu’on va faire du mal à un de ses joueurs.
Mais les faits vous ont donné raison…
Aujourd’hui, je suis content d’avoir effectué ce choix car ça a marché. Mais ce qui me rend encore plus content, c’est de voir Sullivan, qui a mis du temps à comprendre ma décision et c’est normal, partir en courant et célébrer avec ses coéquipiers nos buts lors des derniers matchs. Quand on réussit à emmener tout le monde, même des joueurs à qui on a fait beaucoup de mal sportivement, c’est ça la plus belle réussite d’un entraîneur.
Après cette montée, on imagine que vous allez continuer avec Dunkerque ?
J’avais une clause d’un an, elle est donc activée. Donc pour l’instant, oui je continue. Mais il faudra aussi que si le futur repreneur arrive, il veuille bien travailler avec moi. J’apprécie beaucoup la manière de travailler d’Edwin Pindi et de Jocelyn Blanchard. Quand on sent la confiance de ses dirigeants, c’est important.
On entend beaucoup parler des problèmes financiers de Dunkerque, de plaintes. Avez-vous des craintes ?
Moi, je profite de l’instant présent et je me projette pour préparer la saison en L2. Le reste n’est pas de mon ressort. Je n’ai pas fondamentalement de craintes pour la suite. C’est juste mon avis, mais déjà avec la manne des droits TV en L2, cela permettra au club de faire les choses de manière cohérente.
Votre derrière expérience en L2 a été écourtée avec un limogeage au SC Bastia en septembre 2021, cinq mois après votre montée. Y a-t-il chez vous une volonté de montrer ce que vous êtes capable de réaliser à ce niveau ?
Ma carrière, je l’ai toujours construite étape par étape. Je pense avoir prouvé ce que je sais faire dans le championnat National avec ces trois montées. Donc oui bien sûr, j’ai beaucoup de détermination et de motivation pour prouver ce que je sais faire à un niveau dessus. Parce que je pense que je le mérite, c’est tout.. Je mérite d’avoir cette opportunité de travailler sereinement en L2.
Texte : Laurent Pruneta / Mail : lpruneta@13heuresfoot.fr et contact@13heuresfoot.fr / Twitter : @PrunetaLaurent et @13heuresfoot
Photos : USL Dunkerque
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