L’ancien joueur du Milan AC, formé à Toulouse, ouvre une nouvelle page de sa carrière et endosse le costume d’entraîneur. C’est dans son Var natal, à Draguignan, en Régional 2, que le buteur le plus rapide de l’histoire d’une finale de championnat d’Europe U17 effectue ses premières armes !

Il est 19h et le soleil se couche déjà sur le stade Louis-Gilly, à Draguignan (Var). Les joueurs de l’équipe de Régional 2 ne le savent pas encore, mais la séance concoctée par Kevin Constant, le nouvel entraîneur, sera intense, et ils s’en souviendront longtemps !

La saison dernière, le natif de Fréjus, âgé de 35 ans, a mis un termes à sa carrière de joueur après une « pige » de quelques mois à l’AS Estérel, aux Adrets-de-l’Estérel, en Départemental 1. En plein milieu du célèbre massif varois, Kevin s’est amusé aux côtés d’autres anciens joueurs professionnels comme Samir Henaini, Damien Moulin, Nicolas Verdier ou encore Antoine Goulard. Dans la course à l’accession en Régional 2, l’AS Estérel a finalement été devancée par Draguignan, un club qui a lancé quelques carrières, dont celle d’entraîneur de Hervé Renard à la fin des années 90.

Sollicité par le président du Sporting, Julien Sette, dès l’annonce du départ de Rudy Riou, dont l’objectif d’accession a été atteint, Kevin n’est pas venu tout seul. Il a emmené dans ses bagages son jeune frère Bryan, 28 ans, formé à l’OGC Nice (où il a disputé quelques matchs de Ligue 1 et même de Coupe d’Europe à Limassol) avant d’embrasser une carrière amateur (Fréjus, Sedan, Schiltgheim, Sainte-Maxime, Villefranche/Saint-Jean/Beaulieu).

Vêtu de noir et de blanc, les couleurs du Sporting-club de Draguignan, sourire aux lèvres, l’ancien joueur professionnel, détendu, répond aux questions. Les anecdotes fusent. Avec lui, on pourrait parler football toute la nuit !

Ses débuts : « Je voulais jouer tout de suite »

Pétri de talent, Kevin Constant l’était. Indécis et impatient, il l’était aussi. Dès son plus jeune âge le jeune varois d’origine guinéenne s’attirait déjà les convoitises des plus grands clubs et centres de formation français, même s’il hésitait à pratiquer d’autres sports : « J’ai commencé à Fréjus à 8 ans, jusqu’à mes 13 ans. Après, j’ai failli faire de l’athlétisme et de la boxe mais j’ai choisi le foot. A 13 ans, on m’a contacté pour effectuer un essai à Toulouse, puis à Cannes, Monaco, Nice et Strasbourg. J’ai eu des offres un peu partout. J’ai pris la décision d’aller à Toulouse car je m’y suis très bien senti en allant là-bas et des joueurs que je connaissais y allaient aussi. J’y ai passé 7 ans avant d’aller à Châteauroux pour obtenir un peu de temps de jeu en Ligue 2. J’ai fait tous les bancs de touche de Ligue 1 à 17 ans mais j’étais impatient, je voulais jouer tout de suite, je n’avais pas encore cette mentalité de prendre le temps et attendre de saisir ma chance. Surtout, je voyais que les autres jeunes de ma génération de l’équipe de France U17 (championne d’Europe en 2004) jouaient, et moi j’étais tout le temps remplaçant. En allant à Châteauroux, j’ai pu me montrer et ensuite j’ai pu aller au Chievo Verone (Série A italienne) pendant un an. Ensuite, le Milan AC m’appelle et me dit que je serai pris en cas de départ de Seedorf. Seedorf reste encore un an donc j’ai patienté un an de plus (Genoa, Série A italienne) avant de signer là-bas. Après mon passage à Milan, j’ai fait 2 ans en Turquie, en D1, à Trabzonspor, 6 mois à Bologne (série A italienne) puis un an en D1 Suisse, à Sion. »

Son record aux championnats d’Europe U17

Douze secondes. C’est le temps qu’il lui aura fallu pour délivrer l’équipe de France en finale du championnat d’Europe des moins de 17 ans (2-1 face à l’Espagne, à Châteauroux). Car si Kevin est notamment connu pour son passage au Milan AC, il est aussi un enfant de la génération 87. Celle des Samir Nasri (l’autre buteur en finale), Hatem Ben Arfa, Jérémy Menez ou encore Karim Benzema. Et le Fréjusien appartenait à cette génération dorée. Avec émotion, il revient sur son but, le plus rapide de l’histoire de la compétition, face à l’Espagne de Piqué et Cesc Fabregas. « C’est une séquence qu’on avait travaillé à l’entraînement, deux jours avant le match. On fait l’engagement, on envoie le ballon sur le défenseur central, moi j’étais sur le côté droit donc je fais un premier appel pour attirer le défenseur avant de retourner dans la surface. Jérémy Menez prend l’espace pour faire le centre et Ben Arfa, Nasri et moi devions finir l’action dans la surface. C’est moi qui hérite du ballon et qui marque le but au bout de 12 secondes ! C’est clairement le plus beau souvenir sportif de ma jeunesse. On parle d’un titre de Champion d’Europe avec l’Equipe de France, tout de même ! »

Nouvelle aventure, nouveau challenge

Kevin Constant, ici aux côtés de Julien Sette, le président du Sporting-club de Draguignan.

Originaire de Fréjus, Kevin a conscience que le Var n’est pas le terrain de jeu préféré des recruteurs. Raison pour laquelle il décide de créer sa propre académie. De quoi lui donner goût au monde du coaching : « Avoir monté cette académie avec les jeunes, ça m’a beaucoup plu, et avoir entraîné des jeunes de 13, 14 et 15 ans, permettre à certains de jouer à haut-niveau, ça m’a donné goût à ce métier-là même si ça reste deux mondes différents, deux passions différentes, deux pressions différentes. Quand j’étais joueur je n’ai jamais ressenti la pression alors qu’en tant qu’entraîneur, on a la pression du résultat, on est obligé de gagner et de transmettre ce que l’on sait. Je suis déterminé et j’ai vraiment envie de bien faire à ce niveau-là. Je passe le BEF en mars, ce qui ne sera pas facile mais je suis très impliqué, je sais ce que je veux et je vais me donner à fond pour l’obtenir et aller le plus loin possible. Après, il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, il faut être patient. J’ai eu d’autres propositions que Draguignan, à des niveaux plus élevés, mais je ne voulais pas aller trop vite, ni griller les étapes. »

Draguignan : « L’objectif, c’est la stabilité »

Depuis le 18 juillet, l’équipe seniors de Draguignan est sur le pont. Le nouvel entraîneur délivre les objectifs : « C’est une année de transition pour le club, que ce soit au niveau des joueurs ou des dirigeants. On a eu des consignes de recrutement avec seulement des joueurs issus du bassin dracénois : ça n’a pas été facile d’attirer du monde mais on y est arrivé. L’objectif, c’est la stabilité. Il faudra faire bonne figure cette saison et se maintenir afin de viser un objectif plus élevé la saison prochaine. »

Rendez-vous dimanche 4 septembre pour la 1ère journée de championnat R2 où les Dragons se déplaceront à La Londe-les-Maures.

Texte : Melvin Brun (avec A. B.)
Mail : mbrun@13heuresfoot.fr
Photos : SCD et DR

Le club de Saône-et-Loire, longtemps une des places fortes du football professionnel, s’appuie depuis sa création, en 1970, sur un formidable ambassadeur : son secrétaire général, une cheville ouvrière de 76 ans qui traverse les époques avec passion. Interview.

Photo LCFC

C’est un homme en or. Une bible, même s’il lui arrive d’oublier les dates. Une légende de 76 ans. Dont 52 passés rien qu’au club de Cuiseaux-Louhans tout d’abord, dès 1970, puis Louhans-Cuiseaux ensuite, lorsqu’en 1989, l’ordre de ces deux petites bourgades de Saône-et-Loire, séparées de seulement 20 kilomètres, a été inversé.

Dans ce bon vieux stade de Bram, René Franquemagne, le monument du club, qui a son petit caractère, une certaine éloquence, un humour fin et le sens de la formule, qui ne manque pas de rappeler que  » les vieux Louhannais ne prononcent pas Brame mais Bran. Bran, c’est un truc de journalistes », a tout vu. Tout connu. Tout entendu.

Cette année, il entame, accrochez-vous bien, sa 53e saison au poste de secrétaire administratif.
Bien sûr qu’il faut être passionné pour tenir aussi longtemps. Et faire des concessions : « Parfois je l’ai fait au détriment, non pas de ma vie de ma famille, car j’ai trois filles qui m’adorent, qui ont une situation, mais… Simplement, je n’ai peut-être pas été le meilleur père ou le meilleur mari car j’ai fait passer ma passion du foot avant des événements familiaux ».

Il faut être ouvert d’esprit aussi, pour traverser toutes ces époques, pour suivre l’évolution d’un jeu qui n’a plus rien à voir avec celui qu’il a connu en 1970, lorsque l’industriel de Cuiseaux, Bernard Morey, avec l’appui du maire de Louhans de l’époque, Gabriel Reynaud, a réuni les deux communes pour ne faire qu’un seul club. Et quel club !

17 saisons en Division 2

Le stade de Bram. (Photo A.B.)

Car Louhans-Cuiseaux, c’est 17 saisons en Division 2 (1971-73, 1981-85, 1986-93, 1995-98, 1999-2000) et 12 en national (1993-95, 1998-99, 2000-04 et 2005-10) ! Un peu à la manière de petites villes comme Guingamp, tout le monde connaît Louhans et sa grande rue, ses arcades et ses jolies façades moyenâgeuses. Et ça, c’est grâce au foot.

52 ans de club, quelle longévité ! Mais tout n’a pas été rose pour René Franquemagne – « Je vais songer à lâcher quelques responsabilités petit à petit » – qui a d’abord vécu les grandes heures avant la période, moins glorieuse, du début des années 2010 avec trois relégations en quatre ans et un retour au niveau régional en 2014.

Aujourd’hui, le LCFC (Louhans-Cuiseaux FC, né de la fusion entre le CSLC 71 et le FC Louhannais en 2013) a retouvé le National 2, un niveau plus en rapport avec son standing. Christian Ragaigne, le président, et Frédéric Jay, le coach de N2, le savent mieux que quiconque : à Louhans, René est aussi précieux qu’incontournable !

René Franquemagne : « Ma fierté, c’est qu’un club campagnard comme le nôtre ait pu exister »

Avec l’entraîneur René Le Lamer. (Photo LHFC)

Un match de légende ?
La venue de Sochaux en 8e de finale de la coupe de France contre Lorient, dans les années 2000, vous retrouverez facilement la date, c’est l’année où Lorient l’a gagnée ! (en février 2022, Lorient était venu s’imposer 2-2 et 6-5 aux tirs au but au stade de Bram).

Un match à oublier ?
C ‘était dans le Sud de la France, je ne dirais pas où, mais ça s’est très mal passé du début à fin. je pensais que c’était un mauvais film, mais c’était bien réel. Après le match, j’ai déposé des réserves – à juste titre -, mais on m’a fait comprendre, en me montrant un « pétard », que c’était malvenu. Je ne sais si l’arme était factice ou non. Il m a dit « Pas de ça chez nous ». Mon président Jacky Duriez m’a demandé d’effacer mes réserves en me disant qu’il fallait que l’on reparte, qu’on n’était pas plus malin que les autres. C’est un moment que j’ai très mal vécu. Ne mettez pas le nom du club, sinon, je vais encore avoir des menaces de bombes comme avaient reçu Duriez aussi ! Le match aussi s’était mal passé, et Monsieur Marc Batta, qui était alors l’arbitre français numéro 1, n’avait rien vu et rien entendu. A vite oublier.

Un déplacement épique ?
Y ‘a quelques années en Coupe de France, on va à Belfort, et on oublie un garçon sur une aire d’autoroute ! Je crois que c’était Thierry Njoh Eboa.

Un arbitre qui vous a marqué ?
Gilles Veissière. Un jour, il vient arbitrer à Louhans. Je suis chargé d’accueillir les officiels et les arbitres, comme aujourd’hui du reste. On devait aller à la collation au stade, comme d’habitude, et quand je lui ai dit ça, il m’a dit « Moi non, je n’ai pas pour habitude de manger au stade, je vais à l’extérieur ». Alors je lui ai donné une adresse, à 100 mètres du stade, celle d’une pizzeria partenaire, en lui disant qu’on avait un compte et qu’il pouvait manger tranquillement. Avec lui, ça a été un peu chaud, et finalement, il est quand même venu avec nous au stade… Après, il a été parfait durant le match, là je n’ai rien à dire, en revanche, son comportement… Le lendemain, j’ai appelé Michel Girard, qui était chargé de la désignation des arbitres, en lui disant que je ne voulais plus revoir cet individu à Louhans.

Un journaliste ?
Michel Sylvain, du Journal de Saône-et-Loire.

– J’ai posé la question exprès, je savais que vous alliez le nommer… Que devient-il ?

– Il a 80 ans. Il vient encore au stade, car il fait des piges pour les journaux des équipes qui viennent de l’extérieur.

Un but marquant ?
En Division III, au stade Marcel-Michelin, à Clermont-Ferrand, il est marquant par ses conséquences : on était 1er, c’était la dernière journée de championnat de D3 et il fallait au moins un match nul pour monter en D2, sinon Clermont nous passait devant. Le stade était bondé. On est mené 1 à 0 et on égalise (but d’Alain Zemb, Ndlr), c’est le but de la délivrance ! Quelle année ? J’ai un gros défaut, j’oublie les années (1986, Ndlr) ! C’est un peu volontaire, je ne veux pas encombrer mon cerveau de chiffres et de statistiques. Quand j’ai besoin d’une date, j’appelle le journaliste Michel Sylvain !

Meilleur souvenir sportif ?
La création du club en juin 1970 quand les deux communes de Cuiseaux et de Louhans ont fusionné. J’avais 24 ans et je travaillais comme employé de banque – je suis resté 39 ans à la banque – où j’étais chargé de clientèle « entreprises ». Et à côté, je faisais le secrétariat d’une équipe de football, c’était de la rigolade, le soir, quand je rentrais ! Quand on a fait appel à moi pour ce poste, j’étais très fier. Dès ma première saison, en 70-71, on est monté en D2. Je pense que si on m’a choisi, c’est parce que j’étais un passionné, on me voyait souvent au stade, et dans une petite ville, on les remarque ceux qui sont passionnés ! Des gens ont dû dire, à mon sujet : « Pourquoi on n’irait pas le chercher ? » J’ai réfléchi, j’ai dit oui, et 52 ans après, je suis toujours là !

Pire souvenir ?
C’est à l’époque d’un certain président dont il n’est pas utile de mentionner le nom. C’était vers 2010. J’ai vécu avec cet individu mafieux mes pires moments au club. Je voulais arrêter. Il me disait : « René, il faut que vous restiez-là, vous vous occupez des relations avec les gens, moi je m’occupe du sportif ». C’était du chantage. Je suis quand même resté, contraint et forcé. Je l’ai fait pour le club. Mais j’ai dû subir des choix cornéliens, je ne m’éclatais plus, je me faisais du mal moralement et physiquement. C’est drôle, parce que lors de notre premier match de championnat en N2 cette saison à Aubagne (samedi 20 août, défaite 3-1, Ndlr), on a parlé de lui avec les dirigeants provençaux, car il est bien connu là-bas, il a sévi dans le sud et je crois que sa dernière adresse connue, c’était Les Baumettes. Je ne sais pas ce qu’il est devenu et je ne veux pas le savoir. Il a causé les pires désagréments et turpitudes au club.

Le président de Louhans qui vous a marqué ?
Il y en a deux. Ce sont deux personnages marquants de l’histoire du club. Il y a le fondateur en 1970, Bernard Morey, un grand monsieur, un grand résistant, un grand chef d’entreprise, un grand visionnaire. Il a fait de ce club corporatif un club professionnel. Il a donné la possibilité à plein de joueurs d’être salarié dans son entreprise et de s’entraîner avec l’équipe, tout en leur proposant un plan de carrière pour certains qui sont devenus cadres dans son entreprise. J’ai vécu des moments inoubliables avec lui. Il sentait les coups. Il a quand même fait venir au club Hugo Bargas, international argentin ! Avec Bernard Morey, rien n’était impossible ! L’autre président, c’est le shérif, Jacky Duriez, que je connaissais car je l’avais comme client à la banque. Il a aujourd’hui 95 ans, il a toujours bon pied bon œil, et à chaque fois que je vais à la Fédération, le président Noël le Graët me demande « Le shérif, il va bien ?! » Il vient aux matchs, et au club house, il reste une heure ou une heure et quart devant un mange debout à parler et à commenter, ça en dit long sur qui il est. Ce surnom, le shérif, ce sont les autres présidents de clubs qui l’ont trouvé ! Ça lui va bien car c’est un battant, un rentre-dedans, un justicier, un défenseur de la veuve et de l’orphelin. Ses copains de l’époque, c’était Gervais Martel, Noël Le Graët, Loulou Nicollin, Carlo Molinari, des hommes comme lui, au franc-parler. Alors quand la bande des cinq mousquetaires partaient en guerre à la Ligue, c’était quelque chose !

Le joueur historique ?
Sans hésitation Hugo Bargas (81 à 84), pour sa classe, sa simplicité, sa faculté d’adaptation; pour venir dans un club comme le notre, il fallait être humble, surtout avec la carrière qu’il a eue ! On a eu son frère (82 à 85), un grand monsieur aussi, très agréable, très poli. Il y a eu aussi Christophe Robert, que je n’oublie pas, mais pour d’autres raisons : il a parfaitement joué son rôle quand on lui a redonné sa chance après l’affaire que vous savez (OM-Valenciennes).

Le coach historique ?
René Le Lamer, qui a entraîné le club de 1985 à 1994, pendant 9 ans. Un très grand professionnel, élevé à la méthode nantaise. Je citerais aussi Alain Michel, qui avait pris sa succession, on le surnommait « Le professeur ».

Un adversaire qui vous a marqué ?
Sochaux. C’est contre eux que l’on a fait le record d’affluence au stade, avec 9500 personnes; ils nous avait « marchés » dessus. On pensait qu’on allait créer l ‘exploit. Aujourd’hui, on a un arrêté officiel d’ouverture au public de 9700 spectateurs mais on ne le refera plus jamais, sauf à recevoir PSG en 32e de coupe de France, et encore, pas sûr que ca se fasse chez nous, vu les mesures de sécurité imposées. A mon avis, ce record restera.

Le plus grand rival ?
Gueugnon, avec qui on s’est tiré la bourre quand nous avions l’un et l’autre les moyens de le faire, en Division 2. Nous avec Morey et plus tard Bigard, eux avec les forges. Même si c’est à 100 km, c’etait un vrai derby à l’époque, pas comme aujourd’hui, où cette notion a disparu car les joueurs ne sont pas concernés par l’entité, par l’histoire du club. Gueugnon, c’était l’adversaire avec lequel on avait des comptes à régler : les journaux faisaient monter la mayonnaise et puis tout allait bien quoi !

Un contrat difficile à faire signer ?
Pas forcément difficile, mais un contrat pour lequel il y a eu beaucoup de discussion, c’est celui de Christophe Robert, parce qu’il était médiatisé. Il a été marquant car c’était une époque sensible mais là encore on a vu la grandeur d’âme du Shérif qui a dit « Mais pourquoi on ne le remet pas en le selle ? Il a payé sa dette, ce n’est pas un paria ».

Un autre secrétaire général ?
Max Marty, qui a longtemps été directeur administratif à Tours. J’ai beaucoup d’affinités et de respect pour cet homme que j’aime beaucoup, dans sa façon de fonctionner, et avec ses compétences. Il est à Grenoble maintenant.

L’équipe « dream team » de Louhans-Cuiseaux ?
C’est en Division 2, au début des années 80, avec un milieu de terrain hors-pair avec Alain Ollier, Malek Chikhi, Daniel Jacquinot, et aussi Ugo Bargas bien sûr, et Alain Zemb, etc. Une équipe de rêve !

Une fierté ?
Elle est global. C’est la fierté qu’un club comme le nôtre ait pu exister, vivre et même marquer le football pendant aussi longtemps, avec nos moyens modestes, au fin fond de la campagne. Je le vois bien quand on se déplace en voyage, les gens connaissent Louhans ! On a marqué notre région. Je suis fier de faire partie de ce club et d’en être une de ses chevilles ouvrières.

Le public qui vous a marqué ?
Celui de l’Olympique Lyonnais, la saison où on a joué contre eux en Division 2, on avait gagné chez eux. Voir que les supporters, ça pouvait être ça, on a été impressionné par le monde dans ce stade et l’ambiance, on était comme dans un rêve, ça changeait de notre stade campagnard.

Le public de Louhans ?
Il est extraordinaire ! On a un noyau de 700 à 800 personnes qui nous a toujours suivis, même quand on est tombé en DH (Régional 1) en 2014. La saison passée, on a fait 1047 spectateurs de moyenne en National 2. On a eu des match à 1600 personnes, contre la réserve de l’OL, dans une ville de 6500 habitants, c’est pas mal. Cette fidélité, malgré les générations qui sont passées, est une grande fierté. A Louhans, les gens transmettent leur passion pour le club de père en fils. C’est un public aussi bon enfant, fair-play. C’est le public rêvé. Je peux vous dire que dans les années de D2, quand Lyon, Marseille ou d’autres, venaient chez nous, ils n’étaient pas à l’aise du tout dans notre petit stade, devant 6000 ou 8000 personnes !

La place de Louhans-Cuiseaux aujourd’hui dans le foot ?
Je pense que c’est là où on est, en National 2; ça fait mal de le dire, mais il est complètement utopique de penser qu’un club comme le nôtre puisse de nouveau avoir sa place en Ligue 2, économiquement ce n’est pas envisageable, d’autant qu’avec les obligations en matière de sécurité et d’équipements, nous ne serions pas prêts. Je suis malheureux de le dire mais quand on voit les équipes qui vont remplir la future Ligue 3, en 2024, on n’a plus notre place. Se maintenir en National 2 et être encore là dans deux ans quand il n’y aura plus que trois groupes de 16 serait déjà une belle performance. Je sais que je vais décevoir des gens en disant cela mais je veux être honnête avec moi-même : c’est juste mon ressenti.

Textes : Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr

Twitter : @BOYERANTHONY06

La fiche technique du match de légende

Clermont – Cuiseaux-Louhans 1-1 (le 10 mai 1986)
Stade Marcel-Michelin, à Clermont-Ferrand. Bon terrain. Recette : 213 351 Francs. 10 686 spectateurs. Arbitre : M. Dezayas.
Buts. – Clermont : Bielicki (49′); – Cuiseaux-Louhans : Zemb (54′)
CLERMONT : Ricart – Fabry, Trefont, Camian, Collado – Bielicki, Chiesa, Grumelion – Cabrai, Affaire, Rodriguez (Gedrzezack 58′). Entr : Vernay
CUISEAUX-LOUHANS : Mattielo – Corian, Moretto, David, Badajoz – JL Jacquinot, D. Jacquinot, Stankovic – Hamimi, Zemb, Tournay. Entraineur ; Le Lamer.

Installé à Tours depuis 2013, où il a un peu tout connu avec le TFC, l’actuel entraîneur de l’équipe de National 3 revendique ses attaches corses, où il s’est ouvert au monde du football, à Sartène puis à Propriano. Portrait.

Il incarne la fidélité, une valeur de plus en plus rare dans le foot moderne. Après avoir évolué puis entrainé en Corse à Sartène puis à Propriano après la fusion des deux clubs, Nourredine El Ouardani (44 ans) a rejoint Tours à l’été 2013. Il y a tout connu, des U17 à la Ligue 2 en passant par les U19, le National 3 et le Régional 1. Après de gros déboires sportifs et financiers, des relégations sur le terrain et administratives, le club a été autorisé à monter en National 3 après un nouveau feuilleton estival. Le Tours FC reprend le championnat demain (dimanche) à Châteauneuf-sur-Loire. L’occasion de retracer le parcours de son entraineur.

« J’ai tout appris du foot corse »

C’est l’auteur de Colomba Prosper Mérimée qui l’a écrit : « Sartène est la plus corse des villes corses ». C’est dans ce village typique d’un peu plus de 3 200 habitants que Nourredine El Ouardani a grandi et a ses racines. « J’ai tout appris du foot corse », reconnait l’entraineur âgé de 44 ans.

Il n’avait que 16 ans quand il a été lancé en Division d’Honneur dans le club de ville natale par Dominique Morabito, ancien joueur de Division 1 et Division 2 à Nice, Dunkerque ou Tours. « Je luis dois beaucoup », estime El Ourdani, qui évoluait au poste de latéral gauche. « A l’époque, la DH Corse était très médiatisée, elle était très suivie par les journaux locaux, ça donnait vraiment des matchs acharnés », se souvient-il. « La Corse, c’est l’esprit méditerranéen. C’est une vraie terre de foot de passion. Il n’y a pas beaucoup de moyens mais on y trouve de vrais valeurs comme la solidarité, la détermination et l’esprit de famille. J’ai gardé tout ça en moi. Je conçois le foot d’abord comme une aventure humaine. J’ai affronté des joueurs corses emblématiques comme Jean-Louis Leca ou Yannick Cahuzac à leurs débuts. »

A côté du terrain, il travaillait dans la grande distribution, chez Casino, l’un des partenaires du club de Sartène. Seule « infidélité » à son club de toujours, une saison en 2004-2005 avec la réserve de l’AC Ajaccio sous la direction d’Olivier Pantaloni. A L’ACA, il a aussi croisé Walid Regragui, qui vient d’être nommé à la tête de la sélection du Maroc. « Le Maroc est aussi très important pour moi. Walid, je suis allé le voir à son hôtel avant un match récemment. Il n’a pas changé, il est resté le même, humble. C’est ce genre de valeurs que j’aime partager. »

Avec Propriano, où il a entamé sa carrière d’entraîneur-joueur.

S’il garde « un magnifique souvenir de cette année à Ajaccio », il était vite revenu sur ses terres sartenaises. Le club a fusionné avec Propriano, une petite ville distante d’une quinzaine de kilomètres. A 28 ans, il devient entraineur-joueur de l’équipe évoluant en Division d’Honneur. Une vocation. « A 18 ans, j’entrainais déjà des poussins. J’ai toujours eu l’âme d’un leader sur le terrain, je parlais beaucoup, je replaçais. »

Deuxième de DH Corse derrière la réserve de l’AC Ajaccio, Propriano réussit l’exploit de monter en CFA 2 en juin 2011. « Une grosse performance pour un petit village de 3 000 habitants », lance El Ouardani qui a stoppé sa carrière de joueur à 33 ans avec cette accession. « C’était compliqué de cumuler les deux en CFA 2. J’ai décidé de me concentrer sur le coaching. »

Mais l’aventure du CA Propriano à l’échelon national ne dure qu’une saison. 13e à 4 points de la réserve de Nice (premier non-relégable), il retrouve la DH Corse.

« Le coup de fil de Jean-Luc Ettori pour aller à Tours »

A l’été 2013, « Nourré », qui a passé ses diplômes d’entraineur, s’apprête à repartir pour une nouvelle saison à la tête du CA Propriano. Mais un coup de téléphone de Jean-Luc Ettori, va bouleverser son existence. L’ancien gardien des Bleus au Mondial 1982 en Espagne vient d’arriver comme président-délégué au Tours FC (L2) repris par l’homme d’affaire corse Jean-Marc Ettori (aucun lien de parenté).

« C’est le hasard des rencontres, explique El Ourdani. Il faut savoir que je collaborais depuis deux ans avec Jean-Luc. Il avait pris sa retraite en Corse et était devenu directeur sportif bénévole de Propriano. Tous les deux, on avait noué une belle relation. Il m’a vraiment beaucoup apporté. Donc, on doit être aux alentours du 15 juillet et il m’appelle pour me proposer le poste d’entraineur des U17 de Tours. Je devais me décider rapidement puisque la saison démarrait 15 jours plus tard. Je savais qu’avec mon BEF, je pouvais avoir des opportunités ailleurs qu’en Corse. C’était un peu brutal, je n’avais jamais quitté mon Île à part pour les vacances, mais je n’ai pas beaucoup hésité et je me suis lancé dans le grand bain. »

Neuf après, il est toujours à Tours. « C’est certes le même club mais j’y ai tout connu : les U17, un intérim en Ligue 2, les U19, la fin du professionnalisme et un poste d’entraineur de l’équipe première en N3 et R1. Au delà du foot, Tours est une ville tranquille où il fait bon vivre. Avec ma famille, on s’y sent bien. »

« Un maintien en L2 puis une finale de Gambardella »

Lors de la saison 2004-2005, avec la réserve de l’AC Ajaccio.

A son arrivée, Tours a l’accent corse avec le président Jean-Marc Ettori, Jean-Luc Ettori mais aussi son ancien entraineur à l’AC Ajaccio, Olivier Pantaloni, qui dirige l’équipe de Ligue 2.

Sur le terrain, il y a aussi Andy Delort, également connu à l’AC Ajaccio et qui terminera co-meilleur buteur de L2 (24 buts) lors de la saison 2013-2014. « Au centre de formation, Gilbert Zoonekynd qui, c’est encore un hasard, avait aussi entrainé Propriano et Cyril Carrière, le frère d’Éric, m’ont beaucoup aidé et appris. »

Mais la situation sportive de Tours se dégrade peu à peu. Jean Luc Ettori s’en va au bout de deux ans. Alexandre Dujeux, Marco Simone et Fabien Mercadal se succèdent sur le banc en L2. Le 17 février 2017, l’équipe est dernière. Le président Jean-Marc Ettori fait alors appel à Nourredine El Ouardani comme entraineur intérimaire à la place de Fabien Mercadal.

Sans l’indispensable BEPF, il est associé à Zoonekynd, officiellement nommé entraineur principal. Mais dans les faits, c’est bien le Corse, entraîneur général, qui est numéro 1. « Au départ, ça devait être un intérim de dix jours. Le premier match, on a perdu 4-2 à Strasbourg. Mais ensuite, les résultats ont été assez bons avec des nuls contre Troyes et au Gazélec Ajaccio. J’ai pu m’appuyer sur des joueurs comme Bouanga, Selemani ou Bennacer. »

Tours enchaine dix matchs sans défaite et sort de la zone rouge. El Ouardani est, lui, nommé meilleur entraineur de L2 du mois de mars 2017 par le site spécialisée Ma Ligue 2. « Quand je suis arrivé, plus grand monde ne croyait au maintien, même dans le club. Est-ce que j’ai eu peur ? Non. Ce que j’ai voulu, c’est me prouver à moi-même que je pouvais mettre en application mes principes à une équipe pro. Ce sont les principes de jeu que j’avais en étant gamin, à base de possession, de jeu court, de bloc très haut », expliquait-il à l’époque.

Après le maintien (16e), il est logiquement conforté à son poste, même s’il n’a pas le diplôme. Mais le début de saison 2017-2018 est catastrophique avec deux points en 11 journées. Le 15 octobre 2017, il est écarté de son poste. Il retourne à la formation chez les U19. Une saison marquée par un drame avec le décès d’un de ses joueurs, Thomas Rodriguez, dans son lit du centre de formation du Tours FC, mais qui s’est achevée par une finale de la Coupe Gambardella au stade de France, une première dans l’histoire du club. Mais Tours s’incline face à Troyes (2-1).

« Il y a eu un acharnement contre Tours et son président »

Après la relégation de L2, Tours enchaîne par une deuxième descente en N2 en 2019. Mais le club est épinglé par la DNCG et rétrogradé administrativement en National 3. « Le président m’a proposé de reprendre l’équipe. J’ai eu des moments de doutes mais ma première réflexion a été de me dire que je devais faire remonter le club. »

Sur le terrain, tout se passe bien. Tours termine 1er de son groupe de N3 en 2019-2020 après l’arrêt des championnats en mars. La DNCG lui refuse la montée pour raisons financières. Le pire est encore à venir. Après une saison écourtée pour cause de coronavirus, la Commission régionale de contrôle des clubs (CRCC) de la Ligue Centre-Val de Loire rétrograde Tours en Régional 1 en juillet 2021. « Moi, j’avais toujours l’espoir que ça reparte. Je suis un homme de club, de projets, et j’avais décliné d’autres propositions pour rester à Tours. Mais avec cette rétrogradation, on a pris un coup derrière la tête, surtout que le club avait fait des efforts sur le plan financier pour redresser la situation. Ça a été difficile à accepter. Mais il fallait déjà reconstruire une équipe. On a réussi à garder des cadres comme Jules Goda, Benjamin Tisson, Antoine Peron ou Manu François qui nous ont fait confiance malgré la déception. »

En Régional 1, Tours fait la course en tête. Mais la saison est rythmée par les procédures et les passages au tribunal de commerce. Représentant des salariés du Tours FC, Nourredine El Ouardani est au cœur des différents épisodes. « Moi, j’ai une carapace, donc j’arrive à gérer tout ça, surtout avec le temps. Mon objectif était de préserver mes joueurs même si ça parlait beaucoup autour de nous. »

Premier, Tours doit monter en National 2. Mais la CRCC refuse encore la montée. « J’ai encore passé des vacances compliquées. Là, ça commençait à faire beaucoup. On avait vraiment l’impression d’un acharnement de la CRCC contre Tours et son président Jean-Marc Ettori. »

Personnage clivant, le PDG de Corsicatours s’est mis beaucoup de personnes à dos. « C’est mon président, j’ai des relations franches avec lui, on a des échanges de président à entraîneur en toute humilité. A un moment, il a peut-être été maladroit dans sa com’. On lui collé une étiquette et son image à été faussée. Mais il s’est toujours accroché pour sauver le club, il y a mis de l’argent et c’est louable. »

Après l’acception du plan de sauvetage présenté par Jean-Marc Ettori devant le tribunal de commerce, la montée sportive a été validée par la commission d’appel de la DNCG le 12 juillet dernier. Un soulagement. « J’aimerais qu’on parle juste de foot maintenant, conclut Nourredine El Ouardani. On est revenu à la case départ comme en 2019. Moi, j’attache beaucoup d’importance aux relations humaines. C’est ma 10e saison à Tours, ma fidélité va dans ce sens : on va l’attaquer avec détermination et ambitions. Le cadre est attractif, il y a un beau stade, des structures qui ne sont pas celles d’un club de N3. Comme je dis souvent: on ne vient pas à Tours pour jouer la montée, on doit jouer la montée. »

Nourredine El Ouardani du tac au tac

Première fois dans un stade ?
Bastia – Monaco à Furiani en 1985.

Meilleur souvenir de joueur ?
La saison 2004/2005 avec la réserve de l’AC Ajaccio. Une équipe devenue un bande d’amis.

Pire souvenir de joueur ?
La relégation avec le CA Propriano en PHA lors de la saison 2002/03.

Première sur un banc de touche ?
J’ai commencé en tant qu’entraîneur-joueur. Du coup, je n’étais pas sur le banc ! Je vais donc dire le premier match en CFA2 avec Propriano contre Chambéry lors de la saison 2011-2012.

Meilleur souvenir d’entraîneur ?
J’en ai 3 : la montée avec Propriano en CFA 2 lors de la saison 2010-2011, mon premier match sur le banc en Ligue 2 avec Tours à la Meinau contre Strasbourg le 21 février 2017, et la finale de Gambardella avec Tours face à Troyes (défaite 2-1) au Stade de France en mai 2018.

Pire souvenir d’entraîneur ?
Le début de saison 2017/2018 après le maintien en L2 acquis deux mois auparavant. Je me suis retrouvé impuissant face à la difficulté d’avoir des résultats positifs. Mais avec le recul, cette période a été très enrichissante dans ma construction.

Le joueur qui t’a le plus marqué ?
Ismaël Bennacer. J’ai eu la chance de l’avoir sous mes ordres à Tours en 2017. Il était prêté par Arsenal. C’est un gros travaileur au quotidien avec une grande humilité.

Le joueur le plus fort que tu as affronté ?
Teji Savanier.

Ton style de jeu ?
Ma philosophie, c’est plutôt d’avoir le ballon. Enfant, quand on jouait au foot, c’était pour avoir le ballon et j’ai gardé ça en tête ! Tout joueur joue au foot pour avoir le ballon.

Un club ?
Le Milan AC.

Un coach ?
Carlo Ancelotti.

Un stade ?
Furiani à Bastia. Le premier stade où j’ai assisté à un match pro.

Une équipe de légende ?
Le Milan AC de Maldini avec Gullit, Van Basten.

Une ville, un pays ?
Ma ville, Sartène. Comme pays, la Corse, car c’est un pays pour moi. Et le Maroc.

Tes amis dans le milieu du foot ?
Des anciens coéquipiers ou entraîneur comme Dominique Morabito et Olivier Pantaloni. Jean-Luc Ettori, même si on n’est pas de la même génération, est aussi devenu un vrai ami à qui je dois beaucoup.

La différence entre le milieu du foot amateur et le milieu pro ?
Bizarrement, je trouve qu’on se prend plus au sérieux chez les amateurs que chez les pros. Mais je trouve qu’il y a plus de passionnés chez les amateurs.

Activités pratiquées en dehors du foot ?
J’essaye de passer du temps avec mes enfants, vu que le foot me prend beaucoup de temps.

Dimanche 28 août 2022, à 15h, National 3 (J1) : Châteauneuf-sur-Loire – Tours FC

Textes : Laurent PRUNETA / Mail : lpruneta@13heuresfoot.fr

Twitter : @PrunetaLaurent

Photos : Tours FC

A 34 ans, le milieu de terrain de la Berrichonne de Châteauroux, qui clame son attachement pour sa ville et son club, est de retour après un an d’absence. Il découvre, pour la première fois de sa carrière, le National. Avec envie et excitation.

À une époque où les mercenaires sont légion dans le milieu du football, Romain Grange (34 ans) voue un véritable amour pour son club de la Berrichonne de Châteauroux, dans sa ville natale.
Enfant de Gaston Petit, il y a joué son premier match en professionnel en 2009. Si le destin l’a conduit à porter successivement les maillots de Nancy (2012-2015), du Paris FC (2015-2016), de Niort (2016-2018), de Charleroi (2018-2019) et de Grenoble (janv-mai 2019), le milieu de terrain, qui compte 280 matchs au plus haut niveau (L1, L2 et National), est tout naturellement revenu vers le club de son cœur en 2019.
Malgré la descente de Ligue 2 en National à l’issue de la saison 2020-2021, le milieu de terrain castelroussin, l’un des plus gros CV du championnat – Il est aussi passé par la Jupiler League, le championnat belge -, n’a pas voulu quitter le navire. Un choix fort alors que des écuries de Ligue 2 lui faisait des appels du pied.
De retour d’une rupture des ligaments croisés du genou gauche, Romain Grange a déjà fait parler la poudre. En déplacement à Avranches la semaine dernière à l’occasion de la 2e journée, la Berrichonne a décroché les trois points de la victoire grâce à un but de son numéro 15, juste après sa rentrée sur la pelouse à l’heure de jeu !

« Qui est capable de revenir des croisés et de retrouver directement son niveau ? »

Photo La Berrichonne de Châteauroux

A l’issue de ce match à Avranches, Romain avait réagi au micro de France Bleu et sur les réseaux sociaux de son club : « J’ai la chance de rentrer et de marquer ! Je n’ai pas calculé mon coup, non ! (rires) Je vois Youssouf Bendjaloud qui déborde à gauche, j’essaie de rentrer dans la surface, le ballon vient en retrait et comme j’arrive lancé, je peux passer devant les défenseurs et pousser le ballon au fond. Je pense que la défense a cru qu’il n’arriverait pas à centrer car le ballon était à la limite de sortir, mais on y a cru et on est récompensé. J’en suis très content. Je sors d’une saison compliqué et là, au bout de deux matchs j’arrive à être décisif. Pour le moral et la confiance, ça fait beaucoup de bien. J’étais déjà libéré psychologiquement, mais ça va peut-être me permettre de l’être encore. Quand ça fait un an qu’on n’a pas joué, il faut du temps pour retrouver le rythme… Il faut dire aussi que j’ai 34 ans, donc je savais qu’il allait falloir du temps. Aujourd’hui, qui revient des croisés et retrouve directement son niveau ? Seulement très peu de joueurs je pense, seulement des grandes stars du football mais je suis en National donc pas une grande star (rires) ! »

« Si c’est un coaching gagnant ? Non, ça s’appelle de la chance, avait réagi son coach, Mathieu Chabert, au micro de France Bleu. Oui, bien sûr, premier ballon, premier but ! On a vu que Romain, quand il joue haut sur le terrain, il est beaucoup plus intéressant que quand il vient chercher les ballons dans les pieds des défenseurs. Il est encore en phase de reprise, il faudra être patient, qu’il retrouve le rythme, mais ce but va lui faire du bien pour sa confiance ! »
Ce jeudi 25 août, entre un rendez-vous chez le coiffeur et une séance d’entraînement, Romain, buteur en CFA2, CFA, Ligue 2, Ligue 1 et donc National depuis la semaine dernière, a pris le temps de revenir sur sa carrière et sur un exercice 2022-2023 qu’il annonce indécis jusqu’au bout.

« Je n’ai jamais rien lâché »

Victime d’une rupture des ligaments du genou gauche il y a un an, tu as enfin fais ton retour en compétition officielle. Comment te sens-tu ?
Ça va très très bien aujourd’hui. C’était très compliqué pour moi. J’ai beaucoup travaillé, mais je n’ai jamais rien lâché. J’ai repris en même temps que le groupe pour la préparation physique et à l’heure actuelle tout va bien. J’avais déjà eu cette blessure en 2009.  la ligamentoplastie a lâché au bout de douze ans. Elle était sûrement devenue fragile par rapport aux séances, aux matchs, aux terrains parfois que j’ai pu fouler pendant toutes ces années.
 
Comment as-tu vécu cette année en tribune ?
Certains joueurs restent chez eux et regardent les matchs du coin de l’œil. C’était frustrant car je voulais être sur le terrain, mais j’étais à Gaston Petit à chaque match de la Berrichonne. C’était d’ailleurs encore plus dur pour moi à domicile car tu es à un mètre du terrain et tu ne peux rien faire. Faut savoir l’accepter. Mais j’avais en tout cas ce besoin d’être présent. Je suis joueur et supporter de mon club.

« Un championnat avec beaucoup de qualités »

À l’heure où beaucoup de joueurs optent pour un départ au moment d’une relégation, tu as fais le choix de rester à la Berrichonne de Châteauroux lorsque le club a perdu sa place en Ligue 2. Pourquoi ?
J’avais des propositions de Nîmes et Pau. Je pouvais rester en Ligue 2, d’autant que je n’avais plus qu’une année de contrat avec Châteauroux. Les négociations n’ont pas été simples mais ça me tenait à cœur de rester. Ça n’a pas été facile de trouver un accord et hasard ou pas, je resigne à 11h avec le club et à 16h je me fais les croisés à l’entraînement.
 
Tu découvres cette 3e division. Après deux journées, et avant la venue de Martigues ce soir, quel regard tu portes sur le championnat ?
Je n’ai pas encore beaucoup de recul forcément, mais on m’avait parlé de défis physiques, de grands ballons vers l’avant et finalement c’est tout le contraire pour le moment. C’est un championnat avec beaucoup de qualités et surtout des très bons joueurs. Contre Paris 13 – qui est promu – on a été en difficulté face à une très belle équipe. Les promus sont intéressants, produisent du jeu et c’est aussi le cas pour Avranches qui est agréable à voir jouer et qui a juste manqué de réussite face à nous.
 
Le National n’a jamais semblé aussi relevé avec pléthore de candidats à la montée. Comment vois-tu cette saison ?
Avec deux montées et six descentes, il sera incertain et passionnant jusqu’à la dernière journée. Il ne faudra pas beaucoup se tromper tout au long de l’année et les faux pas seront plus que jamais interdits. Versailles, Bourg-en-Bresse, Orléans, Nancy, Avranches, Le Mans, Châteauroux évidement sont des équipes avec de gros effectifs. Tout le monde s’est très bien renforcé avec cette menace des six descentes. Il y a des coachs avec un passé de Ligue 2, des joueurs ayant évolués en Ligue 1. Certaines équipes ont le niveau pour se maintenir en Ligue 2. Pour moi, le National est une Ligue 2 bis.

Romain Grange du tac au tac

Premier match en pro ?
C’était en mars 2009 en Ligue 2 contre Boulogne-sur-Mer. On perd 1-0, mais ce sont mes premières minutes avec la Berrichonne. Un souvenir gravé à vie.
Premier but en pro ?
En septembre 2009. On reçoit Brest et c’est Nolan Roux qui ouvre le score. J’égalise sur coup franc.
Le joueur le plus fort avec qui tu as joué ?
Arnaud Lusamba qui n’a pas eu la carrière qu’il aurait dû avoir. Il est arrivé dans le groupe pro à Nancy à 17 ans, s’est intégré facilement et il avait des qualités exceptionnelles. Difficile de ne pas citer aussi Clément Lenglet ou encore Axel Disasi que j’ai côtoyé au Paris FC. On a très vite senti qu’il était au-dessus.
Le joueur le plus fort contre qui tu as joué ?
Ibrahimovic sans hésiter. Déjà, il est plus grand que tout le monde. Mais il est impressionnant sur le terrain. Il dégage un charisme, une prestance. Il en impose vraiment. Tu as l’impression d’être un bébé à côté.
Le stade qui t’a procuré la plus grande émotion ?
Gaston Petit forcément. Je suis un gamin de Châteauroux. J’étais au club dès l’âge de 6 ans. C’est ma ville, mon club. J’y ai vécu toutes les émotions possibles en tant que spectateur, supporter, joueur.
Le stade que tu n’aimes pas ?
Aucun. Par contre, j’ai vécu une grande émotion à Furiani en 2012 contre Bastia. C’est le match de la montée pour eux. On arrive comme d’habitude 1h30 avant le coup d’envoi. Je vais sur la pelouse pour la reconnaître, j’ai de la musique dans les oreilles, je suis déjà dans mon match. Néanmoins, je perçois des sifflements lointains. Je lève la tête et là je vois que le stade est déjà quasiment plein. L’ambiance était incroyable. On perd 2-1 mais ça reste un beau souvenir.
Ta plus grande joie ?
Chaque victoire en est une. Mais je me souviens d’un match cher à mon cœur. Je suis depuis toujours supporter de l’OM. J’ai rêvé gamin de jouer au Vélodrome. En février 2013, on se rend là-bas avec Nancy. Un dimanche soir sur Canal. On gagne 1-0 et je marque sur corner direct. Une émotion extraordinaire dans un stade qui l’est tout autant.
Ta plus grande déception ?
Ma première grosse blessure. Je dispute ma première année en pro avec Châteauroux. Je suis à 4 buts, 4 passes décisives. Je fais une belle demi-saison. À l’époque, je suis en contact avec Montpellier. Ça parlait même de moi en équipe de France Espoirs. Et là, en une fraction de seconde, ma carrière connaît un coup d’arrêt. J’ai eu la chance d’avoir un gros soutien de mon épouse – je l’ai rencontrée très jeune et sans elle, je n’aurais sûrement pas fait cette carrière – et de ma famille.
Le match pendant lequel tu t’es senti intouchable ?
À Picot avec Nancy en 2013. On reçoit Lille et j’égalise – pour mon premier but en Ligue 1 – après l’ouverture du score de Nolan Roux. On fait 2-2, mais ce soir là je réussis tout ce que je fais. J’accélérais avec facilité alors que ce n’est pas mon point fort. Toutes les passes arrivaient dans les pieds des attaquants.
C’était une sensation incroyable qui offre beaucoup de confiance pour la suite !

Texte : Julien Leduc / Mail : jleduc@13heuresfoot.fr

Twitter : @JulienLeduc37

Photos : La Berrichonne de Châteauroux

Huit ans après le lancement du site consacré au monde amateur, Jérôme Bouchacourt, le fondateur, et son équipe viennent de lancer un magazine mensuel et un site dédié au championnat National. Le Nantais évoque dans un entretien ses méthodes de travail, ses projets et le succès grandissant de sa marque.

Jérôme Bouchacourt, le fondateur du site FootAmateur

« Ça ne te dérange pas de décaler à demain, stp ? Avec la reprise du N2, je suis un peu « chaud ». » Jérôme Bouchacourt est un homme à l’emploi du temps bien chargé. Il faut dire que le journaliste, qui a fondé le site footamateur.fr en 2014, vient de lancer, avec son nouvel associé Frédéric Sougey, deux nouveaux médias : ADN (Actu du national), un site dédié au championnat du National, et “FootAmateur Le Mag”, dont ils bouclent le 5e numéro.

Le rendez-vous est décalé au lendemain, en visioconférence. Il est 10 h 06. L’entretien “ON” peut commencer. « Je suis disponible jusqu’à midi car je dois appeler un président de club ». Comprendre la méthode de travail et le fonctionnement de footamateur.fr , le site référence qui s’est imposé dans le paysage footballistique amateur sur la toile, voilà ce que l’on va découvrir pendant cette parenthèse d’un peu moins de deux heures. C’est parti ! Entretien.

Trois ans après, FootAmateur vient de relancer ADN Foot, un site dédié au National. Pourquoi ?

Avec la réforme de Ligue 1 et Ligue 2, on aura quatre clubs qui vont descendre de L2 en National et, dans deux ans, on pourra se retrouver avec 12 ou 13 clubs professionnels sur 18. L’information qu’on a eue de la LFP, c’est que le jour où il y aura plus de clubs professionnels que de clubs amateurs en National, il y aura la création d’une Ligue 3. Donc d’ici 2 ans. Le National est un championnat porteur avec des clubs comme Le Mans ou Nancy qui a attiré pratiquement 8 000 spectateurs lors du premier match, Concarneau, c’est 2 000 ou 2 500 à tous les matchs, il y a aussi Saint-Brieuc, Dunkerque, Avranches, etc. On s’est dit qu’on allait anticiper, relancer le site ADN Foot en prévision. On a déjà déposé d’autres noms de domaines. Voilà pourquoi on a enlevé le National de footamateur.fr. Cela va nous permettre de privilégier d’autres niveaux : régionaux ou départementaux.

D’autres projets ?

On va relancer le site PDLFoot (Pays de la Loire Football, Ndlr). J’attends de savoir comment la Ligue veut travailler avec nous. Des annonceurs locaux devraient arriver. Il y a beaucoup de photos et de contenus sur le sujet que l’on n’utilise pas sur footamateur.fr. Je suis par ailleurs correspondant “foot régional” pour Ouest-France dans les Pays de la Loire et plusieurs correspondants y sont bien implantés. On pourrait poster 30 articles par semaine ! Donc est venue l’idée de revenir à la base, sur notre région. Et puis, avec Fred (Frédéric Sougey, Ndlr), un de mes deux associés, qui gère aussi ses sites locaux (metro-sports.fr et monfoot69.fr), l’idée est de créer un autre site pour la Ligue Auvergne-Rhône-Alpes. Mais on ne fera pas d’autres sites locaux.

L’idée, c’est donc de revenir au régional, au local, comme au début de l’aventure footamateur.fr, quand vous aviez commencé avec quatre Ligues (Atlantique, Maine, Bretagne et Centre-Ouest) ?

Au tout début, en 2011, j’ai créé Atlantique Football club, Maine Football Club et Bretagne Football Club. On a ensuite dû déposer le bilan. La boite avait été reprise par deux personnes qui ne m’ont pas gardé six mois après. C’est là que j’ai lancé Foot Ouest mais j’ai dû changer le nom : le nom de domaine “footamateur.fr” était libre et je me suis lancé. Le développement s’est fait naturellement et simplement. Avec la N2, quand tu couvres Nantes – Les Herbiers, Nantes – Bergerac ou Nantes – Andrézieux, petit à petit, tu crées un réseau moins “local”, tu fais la connaissance d’autres coachs, d’autres dirigeants, d’autres joueurs, etc. Là, tu vois que c’est intéressant d’aller sur du national, ce qu’on a fait un an après.

C’est le même processus qu’au départ, dans les Pays de la Loire, quand tu as commencé en tant que correspondant sportif, dans la région Nantaise ?

Oui. Quand je suis arrivé dans la région en 2002, j’étais correspondant pour Ouest-France à Ancenis et Châteaubriant. Je couvrais tous les sports mais le sport majeur, c’était le foot. Lorsque tu couvres un match de CFA2 du coin, tu rencontres aussi les adversaires donc tu étends ton réseau. C’est tout un cheminement.

Tu es encore correspondant “foot régional” pour Ouest-France. Comment gères-tu ces deux activités ? Y a-t-il une concurrence avec tes sites ?

Pour Ouest-France, je vais plus m’occuper du foot local. C’est sûr qu’avec PDLFoot, il y aura peut-être une petite concurrence mais quand je fais une interview de 45 minutes d’un entraîneur par exemple, ça me permet d’avoir de la matière pour un papier de présentation pour le site, et d’en garder pour un autre papier sur le journal.

« En mars 2020, on a quadruplé la fréquentation d’un coup ! »

En créant, fin 2020, la société Sports media, qui édite tous ces sites et le magazine mensuel, tu t’es associé à Frédéric Sougey : c’était une volonté de ne plus travailler seul ?

Cela faisait un moment qu’on travaillait ensemble, qu’on se filait des photos, des infos. On le faisait aussi avec d’autres, dans d’autres régions. On avait un petit réseau. On s’est dit avec Fred qu’il fallait améliorer la synergie. On s’est aussi rendu compte que footamateur.fr générait pas mal de visites et donc plus d’argent car on a bénéficié de l’effet Covid avec l’arrêt des championnats en mars 2020. On a quadruplé la fréquentation d’un coup. On a eu un mois de folie : on a fait des journées à plus de 100 000 visiteurs uniques et 400 000 pages vues ! Quand on arrive à faire 3 000 ou 3 500 euros par mois, qu’on nous appelle pour devenir partenaire, on se demande forcément ce qu’on fait. On s’est dit qu’on allait monter une société. Le développement de footamateur.fr, c’est grâce à la période covid : ça a permis de lancer la nouvelle structure et de créer la nouvelle SAS Sports media.

L’arrêt des championnats a vraiment été l’élément déclencheur, car vous l’avez annoncé en exclu…

On a été très bons, je pense, car on a eu des infos via des contacts à la Fédération et au Ministère que les autres n’avaient pas, donc on a beaucoup été repris pendant cette période où, d’un autre côté, on s’est fait “allumer” par d’autres médias qui pensaient qu’on racontait n’importe quoi. Un média a même écrit un papier expliquant que le « blog » footamateur.fr n’était pas très sérieux en annonçant ce genre de choses. On m’a aussi dit que je n’étais pas un journaliste.

A contrario, tu as été sollicité par les médias nationaux à propos de la licence d’Emmanuel Macron. Quelle relation entretiens-tu avec les médias plus généralistes ?

Je pense que les médias traditionnels se rendent compte qu’on a des infos, qu’elles sont bonnes et qu’on fait un travail de recherche avec nos dossiers dans lesquels on apporte une vraie plus-value. On ne fait pas que reprendre des infos du Courrier Picard ou de La Voix du Nord ! Quand on a parlé pour la première fois de la réforme des championnats, on a pratiquement été cités par tout le monde, même par L’Équipe.

« Les médias nous prennent beaucoup plus au sérieux maintenant »

Mais footamateur.fr n’est pas toujours cité lorsque vos informations sont reprises…

Non, mais c’est un classique. On a aussi le problème des médias qui se servent de nos photos et de nos infos, sans les sourcer. Mais on commence aussi à avoir un petit réseau dans la presse. Les médias nous prennent beaucoup plus au sérieux qu’avant. C’est ce qui a beaucoup changé depuis deux ans et demi.

Et le monde du football amateur, il vous prend au sérieux ?

C’est marrant parce des mecs m’appellent pour me demander des renseignements. Un coach d’un club de N2 m’a demandé s’il pouvait aligner sa dernière recrue ou encore, au mois de juin, un entraîneur de N3 m’a demandé si la réserve de La Duchère pouvait rester en N3 car la première était en N2. On a même des présidents de District qui demandent des infos ou qui donnent des sujets. Après, le fait d’avoir assisté, avec le photographe Philippe Le Brech, à l’assemblée générale de la Fédération à Nice, en juin, nous a permis de développer le réseau. On a rencontré une vingtaine de présidents de District et Ligue.

N’est-ce pas frustrant de parler du football amateur sans pouvoir se déplacer en dehors de la région Nantaise ?

Non car je ne peux pas partir, je n’ai pas le temps. Mais on a des ambassadeurs comme Philippe Le Brech : lui, c’est 95 % des photos du site. Dans le premier numéro du mag’, il est parti en immersion dans cinq clubs toulousains. Puis il est allé à Limoges, à Brive, à Guéret. On a toujours cet ancrage qui nous permet de connaître les clubs. Et le but, à terme, est d’avoir un correspondant dans chaque Ligue.

Aujourd’hui, quels sont les effectifs de Sports media ?

On est deux journalistes salariés, Frédéric Sougey, qui est très implanté dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, et moi, en Pays de la Loire. On a aussi un journaliste en alternance et des correspondants. On a des régions qu’on couvre moins, comme peut-être les Hauts-de-France même si on a un correspondant là-bas. Mais on doit faire avec nos moyens. On connaît notre budget mensuel pour la correspondance donc on doit faire des choix. Si on n’a pas les moyens de confier un sujet à un correspondant, on le fera nous-même.

Vous avez lancé le site footamateur.fr le 1er mai 2014. Vous en vivez ? Et si oui, depuis quand ?

On en vit depuis la création de Sports media, en décembre 2020. Quelques chiffres pour montrer à quel point le site a décollé en un an : + 80 % en utilisateurs, + 150 % sessions, + 200 % pages vues.

« On tourne à 400 ou 450 000 visiteurs par mois »

Le foot international est-il une piste de développement ?

Franchement, non. Il y a trop à faire aujourd’hui en France. On tourne à 400 000, 450 000 visiteurs par mois. Si on a un correspondant par Ligue, qu’on sort quatre ou cinq fois plus de contenus, avec des papiers sur les championnats régionaux, de district, on va forcément toucher plus de public et augmenter notre fréquentation. On a un levier de développement en France qui est encore hyper important. Avec le mag’, qui a dû dépasser les 200 abonnés, on a là aussi un levier de développement énorme. Demain, on doit monter à 4000 ou 5 000 abonnés, j’en suis persuadé. Il y a plus de deux millions de licenciés en France. Et si on arrive à ces chiffres-là, on va attirer des annonceurs que l’on n’a pas aujourd’hui.

La publicité ?

Ce qui a beaucoup changé, ce sont les partenariats directs. SportEasy est un très gros partenaire avec qui on a lancé la rubrique infos pratiques. Umbro aussi. On a fait six mois avec eux et on va renouveler en octobre pour six mois. On arrive désormais à faire plus de la moitié de notre chiffre d’affaires avec ces partenariats directs et plus la pub display (les affichages). On n’est plus dépendants de cette pub display et pour faire de la qualité, c’est mieux.

Est-ce que vous vous sentez libres avec ces partenariats directs ?

On l’a toujours été, libres.

La vérification des sources est-elle compliquée dans le football amateur ?

Je me suis “pris la tête” avec un club il y a quelques jours. Je connaissais l’identité de leur nouvel entraîneur. J’ai contacté le club plusieurs fois mais sans aucun retour. Un peu énervant car on avait un scoop et on n’a pas pu le sortir. Parfois, on hésite à publier une info même si on en est sûrs.

On vous reproche parfois vos prises de position…

On a une ligne éditoriale qui a toujours été très claire. On fait notre boulot, tout simplement. Mais oui, souvent, on a des prises de position. Comme le dossier qu’on a fait sur la FFF. Certaines personnes n’ont pas du tout apprécié ! Mais tout ce qu’on a écrit dans le papier est vrai.

Les clubs de football “amateurs” sont-ils toujours accessibles ?

Oui et non. En ce moment, en National, il y a un club, qui ne parle plus à personne. Ça doit être l’effet Roi Soleil. Mais concernant la communication des clubs, ils sont souvent contents qu’on les appelle. On a rarement eu de problèmes de ce côté-là.

« Il faut avoir des infos confirmées, vérifier ses sources »

Est-ce facile de s’intéresser à ce qui se passe vraiment à l’intérieur des clubs ?

Ça prend du temps mais on sait que ces sujets vont être lus. Le problème, c’est qu’il faut avoir des informations confirmées. Un journaliste m’avait proposé un papier sur la FFF, mais j’avais besoin d’avoir les sources pour vérifier parce qu’on prend des risques juridiques. Autre exemple, j’ai eu des infos sur un club : on m’a dit des choses que je ne peux actuellement pas vérifier. Si on le sort, c’est une bombe.

Vous abordez aussi le sujet de l’arbitrage, à travers les violences…

Les violences, tout le monde en parle. Parfois, c’est même monté en épingle par des médias nationaux. Avec FootAmateur, on essaie de ne pas se limiter aux violences, en abordant par exemple le nouveau statut sur l’arbitrage. Il y a plein de sujets à faire sur l’arbitrage. On veut d’ailleurs y consacrer une page dans le mensuel.

A quoi ressemble une semaine type de footamateur.fr ?

Déjà, c’est sept jours sur sept. Le dimanche et le lundi, c’est le recap’ du N2 et cette année on va aussi le faire pour le N3. Le mardi, c’est plutôt de l’information pratique donc des sujets globaux qui vont intéresser les clubs de tous niveaux. Le mercredi, on veut parler des jeunes, des U17, des U19, de l’école de foot. Le jeudi et le vendredi, ce sont les annonces des journées de championnats. Le samedi, on va relancer le grand format du samedi matin. On va essayer d’être plus récurrent pour que le lecteur s’y retrouve davantage dans notre programme, tout en traitant l’actualité : le coach viré, l’arbitre agressé, le match interrompu, etc.

Est-ce difficile de se renouveler dans ce milieu ou on a l’impression d’entendre toujours un peu les mêmes discours ?

C’est l’avantage d’être plusieurs maintenant. Philippe Le Brech, par exemple, est plus impliqué dans le contenu qu’avant, même s’il continue la photo. Le but, c’est d’aller chercher des sujets « normaux », pas d’aller chercher les sujets récurrents. Des sujets, on en aura toujours.

Quels types de sujets sélectionnez-vous pour FootAmateur ?

Tout type. Le club de D4 de District. Le joueur qui est plombier et qui va réparer les douches à la mi-temps parce qu’il n’y a pas d’eau. Tous les sujets nous intéressent.

Quand vous réalisez un sujet, qu’est-ce que vous cherchez, qu’est-ce qui vous attire ?
Généralement, c’est l’actualité qui nous guide. Mais j’aime aussi tout ce qui touche à l’aspect règlementaire. Ce sont des sujets qui tournent bien car ils intéressent tous les clubs. Les exploits en Coupe de France, c’est aussi génial à faire car on est toujours bien accueillis par les « petits » clubs étant donné qu’on ne parle pas très souvent d’eux.

Texte : Gilles Augereau – Photos : 13 heures foot

Mail : gaugereau@13heuresfoot.fr

Twitter : @GillesxAugereau

La couverture du n°5 de FootAmateur Le Mag, avec un dossier sur la sécheresse, à paraître prochainement !

Inaugurée en 1968, la grande tribune du stade de Penvillers, à Quimper (Finistère), sera détruite à la fin de cette année. Pour toute une génération de « footeux » qui a suivi les hauts et les bas du Stade Quimpérois, c’est un mythe qui s’effondre. Juste quand le nouveau club, le Quimper Kerfeunteun FC, se reconstruit.

Le stade de Penvillers

J’ai 10 ans. Je sais que ce n’est pas vrai mais j’ai 10 ans et le stade de Penvillers, à Quimper (29), a été inauguré pour remplacer le vieux stade de Kerhuel et accueillir le Stade Quimpérois, qui joue alors en CFA, en 1968. J’ai 13 ans. Je sais que ce n’est pas vrai mais j’ai 13 ans et je grimpe en rêvant les marches d’un escalier de béton montant vers la lumière des projecteurs qui viennent d’être installés aux quatre coins du stade de Penvillers pour éclairer les nocturnes du Stade Quimpérois en National (nouvelle Division 2).

Pierre Garcia, Georges Peyroche et la Division 2

J’ai 13 ans et des étoiles plein les yeux. Encore un pallier. Les marches sont aussi hautes que l’impatience est grande. A l’intérieur de la grande tribune, l’escalier tourne et s’ouvre soudain, comme par magie, sur la scène et le spectacle qui brille de mille feux dans la nuit : la pelouse est plus verte, les joueurs plus grands et plus forts, le match plus extraordinaire.

J’ai 18 ans. Je sais que ce n’est pas vrai mais j’ai 18 ans et je perds 3 à 0 en lever de rideau à Penvillers. C’est la coupe Gambardella. Je joue à l’AS Ergué-Armel, mon club de quartier à Quimper, et on est tombé avec mes copains face au grand stade « Q » des Lachivert, Bosser (Jean-Pierre, dit « Bobosse », qui marquera dix ans plus tard, avec Brest, un but des 60 mètres à Olmeta), Bideau, Reiller, Louarn…

Il y a des milliers de spectateurs au match. Pas pour le nôtre. Pour celui qui suit. Le Stade Quimpérois rejoue en Division 2 et a ses plus belles années devant lui malgré quelques retours en D3. Les entraîneurs se succèdent. Robert Dewilder a remplacé Marcel Mao, Jean Brélivet et Joël Le Bris suivront. Puis Marc Rastoll, Jacky Castellan, Wlodzimierz Lubanski, Pierre Garcia et Georges Peyroche qui sort de 6 saisons de Division 1 au Paris Saint-Germain. Quand même !

La Division 1 en ligne de mire

J’ai 30 ans. Je sais que ce n’est pas vrai mais j’ai 30 ans et le Stade Quimpérois, où mon pote Michel Clément s’occupe de l’accueil et du bien-être des arbitres, est devenu le Quimper Cornouaille FC après avoir failli déposer le bilan.

Mais la montée en Division 1 est en ligne de mire. J’ai trente ans et Quimper joue un quart de finale de Coupe de France, en match aller et retour, contre Metz (saison 1987-88). Victoire 1-0 (but de Didier Monczuk) à l’aller devant 10 000 spectateurs à Penvillers. J’ai 30 ans et je suis à Saint-Symphorien pour le match retour : défaite 5-0.

Mais le meilleur est pour la fin. Le chant du cygne avant le dépot de bilan. Pierre Garcia est revenu aux affaires et le Quimper Cornouaille va jouer un 16e de finale de la Coupe de France la saison suivante contre le grand Olympique de Marseille de Jean-Pierre Papin et de Karl-Heinz Förster avant d’échouer aux portes de la Division 1 (4e) avec Michel Ettore, Manuel Abreu, Stéphane Gilet, Robert Barraja, Philippe Mahut, Florent Philippe, Jean-Luc Sokal, Jean-Philippe Viala, Jean-Yves Francini, Lucien Goadec, Didier Jaffrès, Jean-Luc Ribar, Zivko Slijepcevic, José Souto, Eugène Ekéké ou Fabrice Picot.

Pascal Laguillier

Pascal Laguillier, l’actuel entraîneur-adjoint de Stéphane Le Mignan à l’US Concarneau (National), faisait aussi partie de l’équipe: « Je n’avais que 20 ans, j’étais le petit jeune dans une équipe où il y avait de vrais bons mecs comme Florent Philippe, Stéphane Gilet, Jean-Philippe Viala, Michel Ettore ou Robert Baraja. C’était vraiment top. » Avant le flop…

Le Penvillers de Riyad Mahrez

Car c’était le début de la fin. J’ai 32 ans et le Quimper Cornouaille FC va repartir en Division 3. Le statut professionnel est condamné à court terme, même si Raymond Kéruzoré redonnera un peu d’espoir dans le nouveau National 1 à deux poules (1993-1997). Un nouveau dépot de bilan suivra et le Stade Quimpérois 2000 (nouvelle appellation) repartira en DSR (Régional 2). Il y aura bien des remontées au niveau national (CFA 2 et CFA) et les débuts, ici à Penvillers, d’un certain Riyad Mahrez, mais le retour en DH (Régional 1) sonne le glas du « Stade Q » qui fusionne en 2011 avec l’Etoile Sportive de Kerfeunteun.
J’ai 53 ans. Je sais que ce n’est pas vrai mais j’ai 53 ans et le Quimper Kerfeunteun FC est né. Le temps d’un 6e tour de Coupe de France suivi d’un maintien en DH (R1) et le nouveau club quimpérois subit des relégations successives et se retrouve à un niveau équivalent au R3.

Eric Gaillard : « Il y a quelque chose à faire »

Eric Gaillard, le coach actuel

Mais à la question des années 80, « qu’est-ce qui est noir et blanc qui monte et qui descend », le QKFC vient de répondre en reprenant l’ascenseur dans le bon sens: de D1 en R3 pour l’équipe réserve et du R2 au R1 pour la première. « C’est le début d’un challenge réussi. J’espère que le club va continuer à grandir. Quand tu débarques dans une grande ville comme Quimper, avec un tel passé de foot, tu sais qu’il y a du potentiel et qu’il y a quelque chose à faire. Et même si on n’aura pas de U18 cette saison, avec les jeunes aussi, ça se remet en route, certains jouent maintenant en équipe une. A Penvillers, on ne sait pas trop ce que ça va donner avec les travaux, mais pour l’instant, on peut toujours s’entraîner sur le terrain d’honneur en herbe », détaille Eric Gaillard, le coach de la remontée en Régional 1. Un début de renouveau qui va correspondre à la destruction des tribunes de Penvillers à la fin de l’année.

Après avoir vibré aux cris des supporters, la vieille tribune va vibrer sous les coups des engins de démolition : naissance, vie et mort d’un stade. Mon pote Michel Clément l’a précédée la semaine dernière et a été incinéré ce mercredi. Adieu mon ami. J’ai 64 ans. Et je sais que c’est vrai.

Texte : Denis Vergos / Twitter : @2nivergos /

Mail : dvergos@13heuresfoot.fr

L’équipe du FC Quimper Cornouaille, 1/4 de finaliste de la coupe de France en 1988 face à Metz. Gardiens : Thierry Caby, Richard Ruffier, Alain Wantz, Défenseurs : Manuel Abreu, Stéphane Gilet, Florent Philippe, Jean-Philippe Viala, Alain Garraud, Jean-Luc Sokal, Milieux : Jean-Yves Francini, Lucien Goadec, Didier Jaffres, Philippe Péru, Zivko Slijepcevic; Attaquants : Sadou Do Rego, Eugène Ekeke, Pascal Laguillier, Didier Monczuk, Fabrice Picot

A 44 ans, Alexandre Torres est l’un des nouveaux visages de cette saison sur les bancs de National. Après avoir vécu sa carrière de joueur amateur et d’entraîneur dans sa région bordelaise, celui qui était encore enseignant il y a 5 ans, a choisi de « sortir de sa zone de confort » en rejoignant la Corse et le FC Borgo cet été après avoir validé son BEPF. Entretien-découverte.

« Sept montées avec Lège Cap Ferret et le Stade Bordelais »

Alexandre Torres avait 31 ans quand il a débuté une carrière d’entraîneur à Lège Cap Ferret en 2009. Auparavant, il avait évolué comme milieu de terrain dans des clubs amateurs de la région bordelaise.

« Le plus haut niveau où j’ai joué, c’est en N3 avec la Jeunesse Villenavaise (Villenave-d’Ornon). Le club qui m’a le plus marqué est celui de Lacanau. C’est un club d’une ville que j’adore, où j’ai mes attaches familiales, mes amis et mes repères. Ce fut un plaisir de participer à sa construction et je les suis toujours avec beaucoup de plaisir même si leurs résultats sont aujourd’hui plus difficiles. »

Très vite, il a encadré des jeunes. « J’ai fait des rencontres qui m’ont donné envie de faire ce métier comme Pierrot Stupar qui était mon prof à la fac et André Menaut. Ce sont vraiment les deux premiers qui ont cru en moi, que ce soit au niveau universitaire et théorique, et au niveau pratique et foot. Ils m’ont fait prendre conscience que j’avais des qualités pour ce métier-là et ils m’ont donné envie d’aller dans cette voie-là. »

Avec un Master en communication à l’école de Management de Marseille puis un doctorat en Sciences de l’Education et du Sport à l’université de Bordeaux, il s’est construit un solide bagage universitaire. « J’étais attaché de recherche, je m’étais éloigné du terrain mais j’ai eu envie de passer mes diplômes d’entraineur », explique-t-il.

« Je me nourris de mon parcours différent, il m’apporte d’autres grilles de lecture »

Avec Lège Cap Ferret, il a enchaîné les montées. « J’y suis resté 7 ans, avec 5 montées de la PH au National 3 et trois victoires en Coupe d’Aquitaine ». Parallèlement, Alexandre Torres a été scout de l’AJ Auxerre pour la catégorie 17-21 ans dans le Grand Sud-Ouest entre 2014 et 2016. Il rejoint ensuite en 2016 le Stade Bordelais qu’il fait monter en National 2 lors de sa première saison. « On s’y est maintenu deux ans mais en 2020, on a subi l’arrêt à cause du Covid. On était relégable et on est descendu. »
Après une nouvelle saison stoppée, le Stade Bordelais a terminé 1er de National 3 Nouvelle-Aquitaine en mai dernier.

Alexandre Torres ne vit du métier d’entraineur que depuis 2017. En plus de ses fonctions à Lège Cap Ferret et lors de sa première saison au Stade Bordelais, il était en effet enseignant en management du sport à l’Université de Bordeaux 2 et dans des écoles de commerce (ISEG Bordeaux, ISEFAC Bordeaux). « Ça fait 14 ans que je suis entraîneur mais seulement cinq que je suis entraîneur professionnel. Je considère qu’avoir eu longtemps un métier à côté du foot a constitué une force. Je me nourris de mon parcours différent ou atypique, il m’apporte d’autres grilles de lecture. J’ai un regard frais, je suis en perpétuelle recherche. Ce qui m’intéresse avant tout dans ce métier, c’est la transmission, de mener un projet avec un groupe, que ce soit individuellement et collectivement. On part d’un point, la lettre A, pour arriver à une autre lettre. L’objectif, c’est qu’elle soit la plus éloignée du A…»

« La belle aventure collective du BEPF »

Alexandre Torres avec Josué Escartin, prêté par Brest.

Alexandre Torres a fait partie de la dernière promotion de 2021-2022 du BEPF. Au côté des huit autres stagiaires, Habib Beye, Zoumana Camara, Maxence Flachez, Régis Le Bris, David Le Frapper, Olivier Saragaglia, Benoît Tavenot et Roland Vieira, il était le seul à ne pas avoir de passé dans un club professionnel, ni comme joueur, ni comme entraineur. « Je n’ai jamais perçu ça comme une faiblesse ni comme un complexe d’infériorité, assure-t-il. Cette opportunité de pouvoir passer le BEPF, je l’ai prise comme la reconnaissance du travail que j’avais effectué et la possibilité de pouvoir évoluer dans ma progression. Cette évolution dans ma carrière, ce n’est pas quelque chose que je m’étais interdit. »

Lors de ses entretiens de sélection, il a senti une « volonté d’ouverture » chez la DTN. « Ces derniers années, les profils des coachs acceptés était un peu plus diversifié. On m’a donné ma chance même si j’ai un parcours et un profil différent. »
Cette formation, il l’a vécu comme une « vraie aventure collective ». « On était un groupe soudé qui était toujours dans le partage et l’échange. J’ai beaucoup appris des autres stagiaires, de leur parcours. Mais moi aussi, humblement, je pense avoir apporté quelque chose à cette promotion. On a créé des liens tous ensemble et ils vont perdurer, c’est agréable. On est tous très fier que Régis Le Bris ait été nommé sur le banc de Lorient en L1. »

Cette saison en National, Alexandre Torres va d’ailleurs affronter plusieurs camarades de promotion : Habib Beye (Red Star), Maxence Flachez (adjoint de Mathieu Chabert à Châteauroux), Olivier Saragaglia (Sedan) et Roland Vieira (Le Puy). « On a déjà passé un bon moment avec Roland (Vieira) quand Le Puy est venu à Borgo lors de la 1ère journée. Benoit (Tavenot) qui a quitté Metz (L2) et qui est retourné chez lui en Corse est aussi venu me voir. Il connait bien le club puisqu’il l’a déjà entrainé en National 2. »

« Borgo, une rencontre déterminante avec Antoine Emmanuelli »

A la fin de la saison dernière, Alexandre Torres a donc choisi de quitter le Stade Bordelais pour se lancer un nouveau défi. « Je voulais vivre une autre expérience, sortir de ma zone de confort et prouver que je pouvais réussir ailleurs que dans la région bordelaise. Que ce soit à Lège Cap Ferret ou au Stade Bordelais, je n’étais pas dans les clubs les plus argentés. Mais c’était deux clubs qui voulaient avancer et qu’on a structuré avec les dirigeants. C’était ma 6e saison au Stade Bordelais et j’ai pu partir l’esprit tranquille avec la satisfaction d’avoir laissé une situation sportive satisfaisante avec ce retour en National 2 et un groupe sain. »

Sur le marché, il a eu « des projets en Afrique » et a aussi rencontré plusieurs dirigeants de clubs français. Cela aurait pu se faire avec le Paris 13 Atletico. Mais sa rencontre avec Antoine Emmanuelli, l’emblématique président du FC Borgo (Bastia qui ne donnait plus de subvention a disparu de l’appellation du club), a été déterminante. « Avec Antoine, tout a été fluide d’entée. Humainement, on a tout de suite accroché tous les deux. Il avait une volonté de reconstruire un projet en partant d’une page presque blanche. Ça m’a tout de suite intéressé. »

Il ne connaissait pas beaucoup la Corse. « Je me souviens juste d’avoir fait le GR20 il y a quelques années avec ma compagne mais c’est tout. Depuis que je suis arrivé, je découvre davantage la richesse de l’Ile. Je me rends bien compte que c’est une terre accueillante qui aime le foot. C’est vrai qu’à Borgo, on a moins de pression qu’ailleurs. Mais on a cette volonté de faire les choses aux mieux et d’avancer même si en terme de budget, on restera le Petit Poucet du National. »

« L’objectif est de construire un groupe à la solidarité sans faille »

Quand il a signé, le FC Borgo n’était pas encore repêché. « On avait deux hypothèses, soit on construisait un groupe pour monter de N2, soit pour se maintenir en National. C’est totalement différent. C’est pour ça qu’on s’est montré patient sur le mercato. On a pris notre temps J’ai apporté mes réseaux, les dirigeants les leurs, c’est pour cela qu’on a des joueurs qui viennent de tous les horizons, étranger, clubs pros, National, N3, R1… Cette diversité dans les parcours est aussi enrichissante pour tout le monde. On a aussi des joueurs revanchards. On est encore dans cette construction. On recherche encore au moins trois joueurs. L’objectif est de construire un groupe à la solidarité sans faille qui soit prêt à batailler ensemble. Il ne faut pas oublier que souvent, lors des déplacements, on devra partir pendant trois jours. »

Si l’équipe ne compte pas beaucoup de Corses dans son effectif, le club en avait pourtant contacté certains qui ont décliné… « Si on arrive à avoir une identité corse ce sera important, et j’adore l’engagement que cela suscite, mais il nous faut avant tout trouver une identité de jeu, conclut le coach de Borgo. C’est le socle essentiel à des résultats sportifs pérennes. »

Avec une victoire contre Le Puy (1-0) et un nul à Bourg-en-Bresse (1-1), les premières posées par Alexandre Torres semblent prometteuses.

Alexandre Torres, du tac au tac

Première fois dans un stade ?
Tout petit pour aller voir jouer mon père.

Premier banc de touche ?
A 15/16 ans pour coacher les petits du RC Chambery.

Meilleur souvenir d’entraîneur ?
Il est à venir.

Pire souvenir d’entraîneur ?
Une montée ratée à la dernière journée avec l’US Lège Cap Ferret. Ça a profondément marqué ma façon de travailler.

Le joueur qui t’a le plus marqué ?
Diego Maradona.

Le joueur le plus fort que tu as entrainé ?
Pierre Lees-Melou, lors de sa troisième saison avec nous à Lege Cap Ferret, est celui qui avait le plus d’influence sur le match. Mais avant ce troisième exercice il y a eu du boulot !

Ton style de jeu ?
Je veux que mon équipe soit celle qui prenne des initiatives dans le rapport de force.

Un coach ?
Piero Stupar et André Menaut qui m’ont donné envie d’embrasser la carrière d’entraîneur.

Un stade ?
Le Parc Lescure à Bordeaux.

Une équipe de légende ?
Barca 2009.

– Textes : Laurent Pruneta / Mail : lpruneta@13heuresfoot.fr / Twitter : @PrunetaLaurent

– Photos : Facebook FC Borgo

Elle est passée comme une lettre à la poste et pourtant elle va faire des dégâts et laisser des clubs sur le carreau. La réforme des championnats amateurs a été imaginée pour « améliorer le niveau sportif ». Personne n’est franchement convaincu.

On a beaucoup parlé de l’anxiété générée par les quatre descentes en Ligue 1 et en Ligue 2, mais ce n’est rien par rapport à ce qui attend les championnats de National, National 2 et National 3, consécutivement à la réforme décidée par la Fédération Française de Football (FFF).

Une réforme qui, de manière assez surprenante, est passée comme une lettre à la poste, sans opposition vraiment déclarée, en tous les cas sans réelle polémique. A se demander même si les clubs de niveau national ont bien mesuré ou compris ce qui les attend, un véritable tsunami…

76, c’est en effet le nombre considérable d’équipes qui seront éjectées du niveau national à échéance de 2025, c’est à dire 26% de l’effectif actuel, soit plus d’une équipe sur quatre. Pour la Ligue 1 et la Ligue 2, le passage de 20 à 18 est immédiat, et il sera répercuté directement en fin de saison sur le National où un tiers du peloton (6 sur 18) passera à la trappe, direction N2.

Conséquence directe : les clubs professionnels seront alors très majoritaires en National, qui pourrait être baptisée Ligue 3 à partir de 2024. Une évolution logique et salutaire sauf que, aux dernières nouvelles, la compétition resterait dans le giron de la FFF car cela permettrait aux clubs de L1 et L2 de ne pas partager leurs droits télés avec la L3. A charge alors pour la FFF de trouver un diffuseur pour la Ligue 3, un diffuseur suffisamment généreux pour amortir le coût d’une relégation de Ligue 2, actuellement considérable.

Le N3, championnat le plus touché

En N2, les coupes sombres seront également terribles dès cette saison, avec cinq descentes par groupe, et même six pour deux des quatre groupes (plus mauvais 11e) avec pour objectif un passage à trois groupes de 16 à l’horizon 2025. Le bouleversement sera donc lissé sur trois saisons via un passage transitoire à quatre poules de 14 en 2023-2024.

Mais le championnat le plus touché sera le National 3 qui perdra 56 clubs !!! Actuellement, chaque ligue a son groupe (12 groupes de 14) sous l’autorité de l’instance régionale, mais la FFF reprendra les rênes de la compétition (comme c’était le cas jusqu’en 2017 sous l’appellation CFA 2) avec seulement huit groupes interrégionaux.

Mais qui dit moins d’équipes, dit moins de matches, moins de joueurs et moins d’arbitres. Et moins de subventions, comme nous l’explique un président de N3 : « En N3, tu reçois une aide fédérale mais aussi des subventions de ta ville, éventuellement de ton département ou de ta région. Si tu descends en Régional 1, la subvention municipale diminue illico et tu n’as plus rien des instances régionales. Et tes sponsors vont te dire : vous n’êtes plus en championnat de France ? Désolé on vous donnera moins. Les autres sports collectifs (rugby, hand, volley, basket) l’ont bien compris. Ils ont à peu près tous augmenté le nombre de championnats et donc de clubs au niveau national dans le but évident de faciliter l’octroi supplémentaire d’argent public que tu n’as pas en championnat régional. Les clubs de foot seront les cocus de l’histoire. »

Cette refonte n’est elle pas une manière pour la FFF de faire des économies imposées par la période post Covid ? Directeur des compétitions nationales, Christophe Drouvroy s’en est défendu lors de l’assemblée fédérale en juin, à Nice : « Il s’agit d’augmenter le niveau sportif » a-t-il assuré.

Il est intéressant de regarder l’organisation des compétitions de niveau 3 et 4 dans les grands pays voisins.

NIVEAU 3

Allemagne : Liga 3, groupe unique professionnel (20 clubs)
Angleterre : League One, groupe unique professionnel (24 clubs)
Espagne : Primera Division RFEF, deux groupes de 20 clubs professionnels.
Italie : Série C, trois groupes de 20 clubs professionnels.
France : National ou Ligue 3, un groupe de 18 clubs

NIVEAU 4

Allemagne : Regionalliga, cinq groupes (3 de 28 clubs, 1 de 19, 1 de 18). Pro ou semi pro.
Angleterre : League Two, groupe unique de 24 clubs professionnels.
Espagne : Segunda Division RFEF, cinq groupes de dix huit clubs pros ou semi pros.
Italie : Série D, neuf poules de 18 clubs pros ou semi pros.
France : National 2, trois groupes de 16 clubs (à partir de 2025)

Si l’on rassemble les trois premiers niveaux de compétition, on arrive donc à 54 clubs en France, 56 en Allemagne, 68 en Angleterre, 82 en Espagne et 100 en Italie.
Question : le football de ces pays est il moins compétitif avec plus de clubs ? On croit connaître la réponse.
Sur les quatre premiers niveaux, on est à 92 clubs en Angleterre, 102 en France, 149 en Allemagne, 172 en Espagne, 262 en Italie.
Un agent dont l’activité se concentre principalement sur le National, le N2 ou le N3, dit craindre le pire en matière d’emplois : « L’UNFP s’est déjà émue des conséquences d’une L1 et d’une L2 a 18, dit-il. Il y aura moins de contrats professionnels, moins de débouchés pour les meilleurs jeunes de nos centres de formation, mais ce n’est rien en rapport de ce qui va se passer en dessous. En N2 et N3, on recase des ex-pros mais surtout des tas de jeunes non conservés dans les centres mais qui peuvent continuer à vivre, même modestement, de leur passion en survivant avec de petits contrats, des indemnités et parfois un petit travail en parallèle. Moins de clubs nationaux ça signifiera moins de boulot pour ces jeunes et souvent direction Pôle Emploi, avec de surcroît toutes les frustrations et le sentiment d’échec que cela va engendrer. »
On n’a pas fini de reparler de la réforme dans les trois ans qui viennent.

Texte : Jean-Michel Rouet / jmrouet@13heuresfoot.fr

Photo : Sebastien Ricou

Dix ans après sa descente, le club de la Venise provençale a effectué un retour gagnant au stade Francis-Turcan face à Cholet (2-1). Récit d’une soirée où l’on ne s’est pas ennuyé !

Un petit millier de spectateurs a assisté au match face à Cholet.

C’est un géant de béton posé le long du canal, non loin des rives de l’étang de Berre, en contrebas d’un viaduc autoroutier où la circulation n’est pas aussi dense qu’un soir de match au Vélodrome. Bienvenue au stade Francis-Turcan de Martigues, du nom d’un ancien maire de cette ville de 50 000 habitants.
Depuis la tribune, balayée par un soupçon de Mistral, la vue sur tout ce qui fait le charme de celle que l’on appelle la Venise provençale, est belle. On dirait presque une carte postale.

Pour se garer aux abords de l’enceinte, ce n’est pas très compliqué. Une heure avant le début du match, les places ne manquent pas. Les travées mettent du temps à se remplir mais au coup d’envoi, la grande tribune, la tribune Paradis (ça ne s’invente pas !), la seule des quatre à être couverte, affiche un petit millier de spectateurs.

Un billard tout neuf !

La pelouse neuve a été refaite en hybride. Un bijou !

Mais ce qui frappe en arrivant, c’est la qualité de la pelouse. On s’attendait à voir du jaune, elle est verte ! « C’est un billard, une galette », entend-on au bord du terrain, le long du grillage. Il faut dire que c’est un « hybride », et qu’il vient juste d’être posé. Magnifique !

En face, dans la tribune Canal, posée parallèlement au canal Baussengue, le groupe de supporters, les « Maritima Supra », échauffent la voix. Mais ils ne sont pas les seuls. Derrière les cages, côté Est, dans les pesages, les « Ultras Martigues 2021 » en font de même. Depuis la scission au sein des Maritima Supra, un deuxième groupe de supporters est né. Mais ce soir, tous deux se répondent par chants interposés. De bon augure avant, peut-être, d’envisager l’avenir à nouveau ensemble.

L’entrée des deux équipes : mais où sont les drapeaux ?

La sono est à fond. Au bord du terrain, micro en main, Manu, le speaker, donne tout ce qu’il a. Il est très bon dans ses annonces. Dans ses compos d’équipe. Très détaillées. C’est très pointu. Sur le parvis, entre la tribune et la pelouse, Philippe et son fils Enzo sont venus encourager le FCM depuis Salon-de-Provence. Quarante-cinq minutes de voiture pour assister à une rencontre de National, ça n’effraie pas ces passionnés de sports qui vont aussi voir Fos en basket, Istres ou Aix en handball et bien sûr l’OM au Vélodrome ! « Cela fait trois ans que l’on vient à Martigues quand on peut, on aime bien ! »

On refait le match à la buvette !

La buvette, prise d’assaut à la pause.

A la buvette, trois-quarts d’heure avant le coup d’envoi, Alain Nersessian, le président (depuis 2019) refait le match de la semaine dernière à Versailles, perdu 2-1, et peste encore contre ce but encaissé à la 93e. Bienvenue en National, président !

C’est l’entrée des joueurs. La sono balance le célèbre « Jump » de Van Halen, cher au voisin marseillais. Mais où sont les grands drapeaux tenus par les ramasseurs ? D’ailleurs, où sont les ramasseurs ? Pas de protocole. Pas de mains dans la mains non plus. Dommage.

Dans les tribunes, on reconnaît Steeve Elana, l’ancien gardien de Brest et de Lille, qui était venu terminer sa carrière ici en 2020. Depuis, il a ouvert la « ZE Football Academy » à Aix-en-Provence, avec l’ex-de l’OM, Ronald Zubar. Maintenant qu’Elana a pris sa retraite, après une saison arrêtée pour cause de Covid, c’est Jérémy Aymes qui joue dans les cages : ce pur martégal est revenu chez lui en 2021, dans son club formateur, après des passages au Mans et à Granville.

La vue sur le canal et les voiliers depuis la tribune.

Aymes n’est pas le seul « local » de la team : le capitaine Foued Kadir est là, lui aussi, et, comment dire, on se demande comment son équipe ferait s’il n’était pas là ! A bientôt 39 ans (il les fêtera le 5 décembre), l’ancien joueur pro (OM, Rennes, Valenciennes, Getafe, Bétis Seville) fait tout : il joue devant la défense, il distribue, il joue derrière les attaquants, il tire les coups de pied arrêtés, il frappe au but, il ne perd jamais un ballon. Impressionnant !

Dorian Fanni, le neveu de Rod Fanni, lui aussi formé au club (tous deux sont nés à Martigues), entre en jeu à 5 minutes de la fin. Quant à Samir Belloumou, blessé, il est en tribune. Voilà pour la touche « identitaire » du club.

Fdaouch 10 ans après Bourgeois !

Alain, le préposé aux merguez, arbore un maillot « vintage »

19h30. Le coup d’envoi est donné. Le chronomètre ne fonctionne pas. La panne est réparée en deuxième période, après un passage obligé à la buvette pour goûter le sandwich merguez. La sauce ? On choisit l’algérienne. Un peu sec, mais ça va ! On demande à Alain, le préposé aux merguez, facilement reconnaissable (il est l’un des rares à arborer le maillot sang et or de l’époque), un peu de rab de sauce !
Dans les tribunes, un groupe d’adolescents se demande dans quelle division évolue le FC Martigues. « Ils sont dans l’autre poule, regarde » entend-on ! « Ils sont en National 1 je crois, non, en National 2 ». C’est là que l’on se dit, que, ce championnat National est encore parfois illisible et méconnu.

Les Maritima Supras.

Sur le terrain, le match est plaisant. Martigues essaie de mettre du rythme et s’installe dans le camp adverse mais c’est Cholet qui, au bout de 5 minutes, fait passer une énorme frayeur dans les travées de Francis-Turcan lorsque Jarju part tout seul, quasiment depuis sa moitié de terrain, mais face à Aymes, il ne cadre pas ! Ouf !
Le FCM reprend sa marche en avant et malgré quelques situations, ne parvient pas à ouvrir la marque avant la pause. C’est chose faites en début de deuxième période lorsque Montiel récupère un ballon qui traîne aux 18 mètres pour servir Fdaouch qui enveloppe magnifiquement et instantanément son ballon (1-0, 51′). Dix ans et trois mois que le club provençal n’avait plus marqué à domicile en National : c’était lors de la 37e et avant-dernière journée, en mai 2012. Ce soir-là, les Sang et Or – qui évoluent en rouge aujourd’hui !- avaient battu Créteil 2-1 grâce à des buts de Stéphane Biakolo (61′) et Thibaut Bourgeois (85′). Insuffisant pour se maintenir et après un ultime revers 5-0 lors de la dernière journée, au Poiré-sur-Vie, Martigues accompagnait Beauvais, Besançon et Bayonne en CFA (National 2).

Les Ultras Martigues 2021, l’autre club de supporters.

Le second but est l’oeuvre de Tlili, servi en retrait par Hemia, auteur d’un long raid (2-0, 66′). Le SO Cholet réduit la marque sur une tête de Jarju après un coup franc de Le Méhauté (78′), mais ne parvient pas à égaliser.

On n’a pas vu la nuit tomber.

On n’a pas vu le match passer.

Preuve que l’on ne s’est pas ennuyé !

Interview / Alain Nersessian :

« L’image du club est en train de changer »

Le président du FC Martigues, Alain Nersessian, revendique ses origines marseillaises et une adoption martégale. Pour des raisons professionnelles, il s’est installé sur les bords de la Venise provençale en 1992. C’est là qu’il s’est découvert une passion pour le FC Martigues et pour le stade Turcan, qu’il adore. Il a tout connu dans la peau du supporter : la montée en Division 1 en 1993, la descente en Division 2 en 1996, puis les « ascenseurs » entre l’échelon National, que le club a retrouvé en mai dernier, dix ans après, et le CFA (ou N2). A l’issue de la première victoire de la saison 2022-2023, bien maîtrisée face à Cholet (2-1), ils nous a accordés un entretien.

Président, comment êtes-vous arrivé à la tête du club ?
En 2019, lorsque j’étais encore directeur du cabinet du maire Gaby Charroux, on a cherché des repreneurs afin de diminuer la participation municipale. J’avais contribué, un an plus tôt, aux choix du projet porté par le mannequin Baptiste Giabiconi, dans lequel il était question de l’arrivée d’éventuels partenaires, mais on est tombé dans le panneau. Après cet épisode, j’ai accompagné Roger Klein dans sa présidence de transition entre 2018 et 2019 et puis j’ai pris la suite en 2019. L’une de mes missions a été de trouver des partenaires privés et de remettre les comptes à flots.

L’arrivée de l’horloger suisse, Vartan Sirmakes (montres Franck Muller), c’est vous ?
C’est un hasard. Quand le club s’est retrouvé dans de grandes difficultés financières, certaines bonnes volontés, dont des entrepreneurs locaux liés au FC Martigues, se sont engagés, se sont mobilisés. Un Arménien, patron d’un restaurant sur la côte bleue, m’a mis en contact avec Vartan Sirmakes, qui nous a suivis dans notre projet. C’est quelqu’un qui s’engage pour des causes : il a par exemple investi de son argent personnel dans le Haut-Karabagh pour construire des hôpitaux pour la communauté arménienne. Il possède aussi deux clubs en Suisse, à Nyon et à Lausanne. Il avait envie d’assouvir sa passion aussi en France.

Le FC Martigues a longtemps eu l’image d’un club avec un formidable vivier, un énorme potentiel de jeunes…
Le club a eu un centre de formation performant, c’est vrai, et a sorti plein de joueurs qui ont ensuite évolué en pro, mais en même temps, je le dis de manière sereine, ce temps là est révolu; ça ne sert à rien de se raccrocher à cette époque, quand on jouait dans la même cour que Monaco ou Auxerre. C’est du passé. C’est fini tout ça. Aujourd’hui on se rend compte que la formation fluctue géographiquement, avec Air Bel, Istres, Marignane et peut-être d’autres demain. Maintenant, c’est vrai que j’ ai envie d’ inscrire la formation comme une priorité du FCM. On travaille là-dessus depuis 2 ans. Et peut-être que dans deux ans, on redeviendra un club phare en matière de formation.

Le FCM a aussi longtemps véhiculé la réputation d’être le club « de la mairie »…
Oui ! Quand on monte en Division 1 en 1993, Paul Lombard, le maire de l’époque, n’est pas sur le banc parce qu’il n’a pas le droit, mais il est dans les vestiaires, et c’est lui qui discute avec l’entraineur. Aujourd’hui, avec Gaby Charroux, c’est moins le cas, même s’il est sportif et passionné : d’ailleurs il était au stade pour le match de Cholet, mais on n’est plus du tout dans ce monde-là. La mairie veut encore accompagner le club et être présente, mais ne veut plus diriger. Aujourd’hui, elle a un droit de regard car elle est son principal financeur, mais l’objectif est qu’elle ne le soit plus à termes, car elle ne pourra plus continuer à l’être.

Quand on est en National, on pense à la Ligue 2 ?
Aujourd’hui, tout le monde dit que la place de Martigues est en Ligue 2, mais ce serait un exploit d’y être et de s’y maintenir. Mais la Ligue 2 de 2022 n’est pas celle d’il y a 20 ans, lorsque le FCM y était encore.

Le public a souvent du mal à répondre à Turcan…
On soufre du syndrome du Sud et aussi de la proximité avec l’OM, qui vampirise tout. On doit travailler sur l’image et l’attractivité du National. Je pense que l’on peut avoir un regain d intérêt pour ce championnat. On s’est rendu compte que si on travaille pour faire venir du monde, que si l’on redonne une image positive et qu’en plus on a des résultats, alors forcément, ça suscite la curiosité et l’envie de venir. Je vous garantis que l’image du club est en train de changer chez les Martégaux. Dans le public, il y a majoritairement des gens qui ne sont pas de Martigues. On a besoin de développer l’intérêt du National dans la population locale. On a vu la saison passée, contre GOAL FC, que l’on savait mobiliser; on a eu énormément de monde au stade. On peut redonner aux gens l’envie de revenir, parce que ce stade est magnifique, un peu à l’anglaise. Les gradins ne demandent qu’à être remplis.

La place de Martigues, c’est où ?
On est le 6e club du sud, si on ne tient pas compte des clubs corses. Devant nous, il y a l’OM, Monaco, Nice, Montpellier et Nîmes. Nous, on doit avoir conscience de cela. On tire dans cette catégorie, on doit le montrer au monde du football. Pour voir du haut niveau en L1, on va à l’OM, pour voir du foot de haut niveau en L2, on va à Nîmes et on peut aussi aller voir du National à Martigues.

En 2019, vous aviez dit que, pour le centenaire de 2021, vous vouliez retrouver le National : vous êtes en retard d’un an…
Oui mais à cause du Covid, j’ai été pendant deux ans le président d’un club de foot où l’on n’a pas pu jouer au foot ! C’est du 8e degré bien sûr ! Je ne me suis occupé que de la comptabilité, des finances. Je suis allé chercher de l’argent ! Et finalement, j ai été récompensé avec une accession cette année !

Président du FC Martigues, c’est difficile ?
Oui, d autant que je suis un peu atypique, je ne mets pas d’argent, même si je suis complètement investi dans mon engagement. Je suis bénévole. Je travaille aujourd’hui à la Métropole Aix-Marseille-Provence. J’ai de la chance car je suis bien entouré au club. On m’avait mis en garde contre le milieu du foot, on m’avait dit que les gens étaient individualistes et pas intelligents, j’ai trouvé l’inverse de tout cela. Au FCM, je vis plein de moments de bonheur. Le foot est un monde rempli d’émotions. C’est un refuge, car dans la vie de tous les jours, on a de moins en moins de moments d’émotion. J’ai essayé de mettre des règles en place, comme celle de rester dans notre bulle. La saison passée, ça nous a réussi quand on avait 12 points de retard sur GOAL FC, on n’a rien dit, on a bossé, alors que tout le monde parlait de GOAL. En fait, moins on parle de nous, mieux c’est. On se protège. Et on a tous le même discours. C’est ça qui fait notre force.

Textes : Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr
Photos : A.B. et FC Martigues

L’attaquant passé notamment par Sète, Aubagne, Le Puy, Jura Sud, Hyères et Martigues, a fondé « PS Soccer Agency » avec son ami Baïdy Sall,  une agence de conseils et d’accompagnement pour des joueurs des championnats amateurs. Les débuts sont prometteurs. En ligne de mire : la création de la Ligue 3 en 2024 et un marché qu’il espère conquérir.

Tony Do Pilar Patrao a trois métiers et deux passions ! C’est dire si le garçon de 36 ans, bien connu dans le foot amateur tant il a « bourlingué », est très occupé. Un véritable homme d’affaires ! L’an passé, alors qu’il évoluait sous le maillot d’Aubagne, en National 2, juste après une demi-saison à Sète en National, Tony a fait le choix de préparer son après-carrière.
Le matin ou l’après-midi, c’est selon, le Franco-portugais, fan du FC Porto et de Deco, suit une formation d’opérateur chez Esso Raffinage à Fos-sur-Mer, tout près de l’étang de Berre, dans les Bouches-du-Rhône : « C’est un site pétrochimique. Je suis opérateur « sécurité et maintenance » du site, des appareils ». Mais alors, du coup, il ne paie pas l’essence, si ? « Et si, je la paie, mais j’aimerais bien ne pas la payer, hein (rires! ) ».

« Je passe un temps fou au téléphone ! »

En 2019, Tony Patrao a reçu le trophée de meilleur buteur de National 2. Il jouait alors au Puy Foot 43. (Photo Sébastien Ricou)

Puis, l’après-midi ou le matin, c’est selon, il consacre du temps à PS Soccer Agency, l’agence de conseils aux joueurs amateurs, qu’il a fondée il y a un an avec un de ses anciens coéquipiers, Baïdy Sall, côtoyé au Puy Foot 43 entre 2016 et 2020, en N2 et en National. « Je passe un temps fou au téléphone ! Tenez, là j’étais avec un directeur sportif d’un club du Sud de N2, pour parler d’un joueur, de son contrat, pour le faire libérer, c’est un « massacre » (rires). Y’a pas un jour où je ne suis pas au téléphone en train de proposer un joueur ou envoyer des messages à Baïdy. Je suis sans cesse relancé par des coachs, c’est un travail de fou, ça n’arrête jamais ! J’y consacre plusieurs heures par jour. »

Le soir, après ses deux premiers jobs, ça continue ! Il pourrait se poser un peu, mais non, direction l’entraînement, avec son club, l’ES Fos-sur-Mer (Régional 1). Et la reprise approche. Le 28 août en coupe de France, le 4 septembre en championnat.

Ah ! On allait oublier ses deux passions : la première, c’est la musculation ! Sur Instagram, ses followers ne manquent aucune miette de ses séances : il faut dire que le natif de Marseille alimente ses stories en photos de mollets, prises « à la salle » ! Son autre passion, c’est bien évidemment sa famille et sa petite princesse de 4 ans et demi, Elya. Son soleil.

La parole, le respect, l’éducation

« Tonygoal », ou « Patragoal », comme on le surnommait durant sa carrière, le répète souvent : le football, c’est (aussi) sa passion ! L’avant-centre, véritable joueur de surface et réputé pour ses qualités de finisseur, a marqué près de 150 buts (!) en douze saisons de National 2 avec des exercices parfois très prolifiques, comme en 2015-2016 (17 buts en 30 matchs avec Jura Sud), 2018-2019 (18 buts en 30 matchs avec Le Puy Foot), ou encore en 2010-2011 et 2012-2013 (36 buts en 67 matchs avec Hyères). Et le reste n’est pas mal non plus !

Baïdy Sall, ici sous le maillot du Puy, en National, en 2019. (Photo Sébastien Ricou)

Revenu chez lui, à Vitrolles, près de Marseille, le voilà engagé dans une nouvelle aventure, avec PS Soccer Agency. « PS », vous l’avez compris, pour Patrao-Sall. « Avec Baïdy, on est à 50-50. On a aussi deux collaborateurs : Djibi Banor, qui joue en N2 à Poissy (ex-Dunkerque, Lyon-Duchère et Rodez), et Cherif Djema, un joueur de Lormont, en Régional 1, près de Bordeaux. Cela nous permet de toucher des secteurs géographiques où l’on a moins de réseau, comme le Sud-Ouest par exemple, où on s’appuie sur Cherif. Et puis, depuis quelques mois, on a développé la communication via l’application Instagram, dont le compte est géré par Marcel Sambou, basé au Puy-en-Velay. »

Un succès qui suscite des jalousies

La naissance de PS Soccer Agency est apparue comme une évidence pour Tony qui, tout au long de sa carrière, répondait déjà aux sollicitations des clubs, des coachs, donnait des avis sur tel ou tel joueur. Il faut dire qu’il a le sens du contact et est très ouvert de caractère : il n’est pas Marseillais pour rien ! Mais attention, pas dans le sens péjoratif : la parole, le respect, l’éducation, sont autant de valeurs auxquelles il reste très attaché : « J’ai quand même joué dans pas mal de clubs, j’ai côtoyé et croisé beaucoup de dirigeants, de joueurs, de coachs. Baïdy et moi, on connaît beaucoup de monde dans les championnats amateurs. Sincèrement, ce n’est pas pour me lancer des fleurs, mais je pense avoir toujours été « carré ». C’est pour ça que le rapport de confiance qui s’installe plus facilement. »

Ce que veut dire Tony, du bout des lèvres, c’est que cela peut faire la différence par rapport à des agents sportifs : « Je ne vous le cache pas, on n’est pas bien vu par les agents. Y’en a trois ou quatre qui m’ont appelé. Ils m’ont dit « Vous êtes en train de tuer le marché ». On a même été menacé. Mais moi, je ne comprends pas : nous, on s’occupe du monde amateur. C’est un marché que l’on connaît par coeur. Les agents, eux, sont plus tournés vers la Ligue 2 et le National, mais comme PS Soccer Agency fonctionne bien depuis le début, forcément, ça fait jaser. Alors, bien sûr, on n’a pas la licence d’agents sportifs, mais c’est juste un contretemps, une question de temps. On va la passer, on va l’avoir. Un agent m’ a dit récemment : « Comment avez-vous fait pour, en moins d un an, faire 20 signatures, alors que moi, qui suis dans le métier depuis 5 ans, j’en fais 2 ou 3 par mercato ? ».

Dénicher des pépites et les accompagner

Conseiller, aider, accompagner, négocier, c’est la vocation de Tony, qui préfère parler de « plan de carrière » plutôt que de contrat pour un joueur, même si, forcément, à l’arrivée, il faut bien parapher un document ! « On essaie de dénicher des pépites dans les championnats amateurs, parce qu’on sait très bien qu’il y en a beaucoup, en National 3, en National 2, même en Régional. Pour eux, on a des plans de carrière. On ne présentera pas le même projet à un joueur de 21 ou 22 ans qu’à un joueur de 29 ans. On essaie de les aider à gravir les échelons progressivement, de N3 en N2 puis en National, par exemple. Avec l’arrivée de la Ligue 3, en 2024, qui remplacera le National, je ne vous cache qu’il faudra que l’on soit présent, il faut qu’on l’anticipe. C’est notre objectif. »

Tony Patrao, ici sous le maillot du Puy Foot 43, en National, lors de la saison 2019-2020. (Photo Sébastien Ricou)

PS Soccer Agency doit aussi gérer une difficulté supplémentaire : la mentalité du joueur. Et parfois, là, c’est compliqué : « En fait, on n’est sûr de rien quand on ne connaît pas trop les joueurs ! J’ai beaucoup d’exemples de joueurs que l’on a envoyés dans des clubs, qui étaient prêts à signer, et qui ne donnent plus de nouvelles, et là, on apprend quelques jours après qu’ils ont signé ailleurs ! Des joueurs qui signent leur protocole d’accord avant de le déchirer, c’est monnaie courante. »

Quant aux clubs, là encore, il faut distinguer deux catégories : « Il y a deux marchés. Les clubs qui ont des ressources financières, et ceux où l’on négocie à 50 euros près, où l’on parle souvent de contrat d’apprentissage, de BPJEPS. Certains clubs aussi se « servent » du Covid aussi pour dire qu’ils ont moins d’argent. En fait, un contrat, ça peut aller de 1100 à 1200 eux comme ça peut aller à 3000 euros. »

« Le joueur ne doit pas être motivé par l’argent »

Pour l’heure, Tony se contente du marché amateur, déjà très vaste, ce qui ne l’empêche pas d’avoir des contacts avec certains clubs pros. Mais aucun joueur n’y a pour l’heure signé un contrat. Sauf quatre dans des clubs de National, mais toujours au sein de clubs amateurs. « On essaie d’aider tout le monde. On a aussi des joueurs que l’on ne connaît pas, mais c est vrai qu’on aime bien prendre un joueur, en National 3 par exemple, lui présenter un plan de carrière, faire en sorte qu’il fasse les bons choix, et nous, on peut l’aiguiller. »

Quand il aura terminé sa formation chez Esso Raffinage, Tony pourra profiter du temps de libre que lui octroiera son emploi du temps professionnel pour se consacrer encore plus à son agence. Avec, pourquoi pas, si ça marche très bien, la possibilité d’en vivre un jour. Pour l’heure, il continue de faire ce qu’il aime, dénicher et accompagner des joueurs. Le meilleur conseil ? « Nous, on leur parle clairement, franchement. Je pense qu’il ne faut pas être motivé par l’argent, sinon tu n y arrives pas. « 

Texte : Anthony Boyer / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr
Photos : Sébastien Ricou