A 31 ans, Adama Sidibé découvre le National pour la première fois sous les couleurs du Paris 13 Atletico. Un défi personnel qu’il a abordé sans complexe. Attaquant au profil atypique avec ses 95 kilos, il a marqué ses deux premiers buts au mois de décembre et est prêt à relever le challenge du maintien.
Photo Paris 13 Atletico
Comme beaucoup de ses coéquipiers du Paris 13 Atletico qui reprendra le championnat le vendredi 13 janvier face à Cholet, l’avant-centre Adama Sidibé, 31 ans, découvre le National pour la première fois de sa carrière.
Avec Eu, Oissel, Grand-Quevilly (N3), Beauvais et Rouen (N3 puis N2) ou Chartres (N2), il s’est construit une jolie réputation de buteur.
Attaquant puissant au physique imposant (1,91 mètres, 95 kg), il flirte avec la centaine de buts inscrits dans sa carrière. Après une belle saison à Chartres (8 buts), il a choisi de « se mettre en danger » en signant au mois de juin dernier avec le promu en National, le Paris 13 Atletico.
Depuis l’arrivée de Vincent Bordot sur le banc, il a enchaîné les titularisations et inscrit ses premiers buts avant la trêve face à Borgo (4-0) le 9 décembre. Aussi généreux sur le terrain que dans la vie, Adama Sidibé, qui a grandi en Normandie et écumé plusieurs clubs de sa région, évoque son parcours et sa fierté d’avoir relancé le FC Canteleu, le club de son enfance, dont il a été président pendant deux ans. Entretien avec un homme attachant et de conviction.
« Je n’ai jamais fait de complexe d’infériorité »
Photo Bernard Morvan
A 31 ans, c’était inespéré pour vous de jouer en National… Il y a quelques années, j’avais eu une proposition d’Avranches mais on n’avait pas pu trouver d’accord financier. J’étais bien à Chartres, le coach Jean-Pierre Papin m’a appris des choses dans le placement et la finition. Mais en quittant Chartres, le N2 où ça marchait bien pour moi, j’ai voulu me mettre en danger. Honnêtement, j’aurais certainement gagné plus d’argent en restant en N2 qu’en signant au Paris 13 Atletico. Mais j’ai voulu relever ce challenge. C’est un défi personnel. Je ne dis pas que c’était inespéré pour moi de jouer en National mais à 31 ans, c’était ma dernière chance. Il y a un gros palier entre la N2 et le National, mais je n’ai pas pris ça comme un truc inaccessible. Je savais que cela ne serait pas simple, que je devrais prouver des choses pour répondre aux interrogations à mon sujet. Mais je suis un bosseur, j’ai confiance en moi et je n’ai jamais fait de complexe d’infériorité.
Avec le Paris 13 Atletico, vous avez disputé 12 matchs sur 16 et vous avez été titulaire lors des cinq derniers. Cela veut dire que votre apprentissage s’est bien passé ? J’ai quand même dû faire ma place. Je savais que je n’étais pas l’attaquant numéro 1. J’ai aussi eu un carton rouge contre Le Puy (le 12 octobre lors de la 9e journée). Mais je me suis accroché. J’avais vraiment hâte de pouvoir enchaîner les matchs et de débloquer enfin mon compteur. C’est arrivé avant la trêve contre Borgo (4-0, le 9 décembre) avec un doublé et une passe décisive. Je suis content mais je ne suis pas du genre à m’endormir sur ça. L’objectif du Paris 13 Atletico, c’est le maintien et je vais tout faire pour y apporter ma contribution. J’ai un profil un peu atypique, je dois être présent dans l’impact et le jeu aérien.
« En France, on aime bien mettre les gens dans des cases »
Photo Grégoire Placca
Depuis les tribunes, votre silhouette, un peu enveloppée en apparence, interpelle souvent… (éclats de rires).. Les gens pensent toujours que je suis en surpoids, c’est comme ça depuis que je joue au foot. Je fais 95 kg, je n’ai pas un profil qu’on voit souvent. Mais dans le foot français, on aime bien mettre les gens dans des cases. J’entends ce qu’on dit de moi dans les tribunes. Ceux qui ne me connaissent pas pensent que je ne peux pas courir, ni me déplacer à cause de mon poids. Les défenseurs, c’est pareil. Mais je leur mets d’entrée une accélération et ils comprennent à qui ils ont affaire… Toutes proportions gardées car je n’ai pas son talent, je joue un peu comme Lukaku (rires) !
Photo Bernard Morvan
Vous avez été formé à Cannes et même effectué un essai à West Ham quand vous étiez plus jeune… Je suis resté trois ans à Cannes. J’ai eu David Bettoni, l’adjoint de Zidane, comme coach en U19, puis des coachs très expérimentés, Albert Emon et Victor Zvunka quand je suis monté avec le groupe National. Mais à mon poste, il y avait le Tchèque Jan Koller, un monstre (2,02 m). Je n’ai pu faire que quelques bancs en National sans jamais rentrer en jeu. Il y a eu des soucis financiers à Cannes. Je suis donc rentré chez moi en Normandie, j’ai signé à Eu-Le Tréport, puis Oissel. J’ai ensuite rejoint Beauvais, toujours en N3. Après un premier passage à Rouen, je suis retourné à Beauvais où j’ai joué pour la première fois en National 2 à 26 ans. Je n’ai pas brûlé les étapes. J’ai pris mon temps : N2 à 26 ans, National à 31 ans…
Avez-vous des regrets sur votre parcours ? Aucun. Je suis content de mon parcours. J’ai pu marquer des buts dans tous les clubs où je suis passé. Je pense avoir laissé une belle image partout car je ne triche jamais. Sur un terrain, je donne tout. Quand j’étais jeune, on me prédisait un avenir au mieux en DH (R1) et à d’autres une carrière au-dessus. Mais au final, c’est moi qui aie le mieux réussi. J’ai la satisfaction d’avoir presque toujours vécu du foot. Ce n’est pas donné à tout le monde.
Cela veut dire que n’avez donc jamais travaillé en dehors du foot ?
Si, juste quelques mois à l’époque de Oissel en N3. C’était une courte expérience. J’ai le permis D donc j’ai été conducteur de bus et chauffeur-livreur. Je suis toujours resté connecté avec la vraie vie.
« Le National demande beaucoup plus d’exigences »
Photo Grégoire Placca
Chose rare pour un footballeur en activité, vous êtes en effet devenu en 2020 président d’un club, le FC Canteleu, dans la banlieue rouennaise… C’est le club de mon enfance, j’y ai grandi et c’est là-bas que j’ai commencé le foot. Quand j’étais à Rouen, je venais le mercredi sur des séances de jeunes. Malheureusement, il y a eu des soucis au niveau de l’équipe première qui a été suspendue plusieurs années et est repartie du plus bas niveau départemental. On m’a sollicité pour prendre la présidence, j’ai hésité car je ne voyais pas président à 30 ans. Mais j’ai cédé et j’y suis allé car j’étais accompagné d’amis dans cette aventure. J’ai été bien entouré. On a essayé de structurer le club au niveau des jeunes. Il y avait du potentiel, cela me faisait mal de les voir galérer. Le bilan est positif, on a passé deux belles saisons. On a fait remonter l’équipe première en D3, on a fait monter les jeunes et on est arrivé en quarts de finale de la Coupe de Normandie. On a bien relancé le FC Canteleu, ce qui me tenait vraiment à cœur. Je suis encore très proche du club. Mais j’ai dû démissionner de mon poste de président cet été.
Pour quelles raisons ? Quand tu es président, tu es sans cesse sollicité pour X ou Y… C’est un poste qui demande beaucoup de temps. Je devais aussi penser à moi. J’ai donc décidé de démissionner pour me consacrer à 100 % au challenge du Paris 13 Atletico. J’habite désormais à Créteil (Val-de-Marne), je n’avais pas envie de m’éparpiller et causer du tort au final à Canteleu et à moi-même. Le National demande beaucoup plus d’exigences donc je devais mettre tous les atouts de mon côté pour être performant face à des équipes qui ont pour certaines des anciens joueurs de L 1. Les Lemoine, Dossevi que j’ai affronté lors du match contre Versailles, ou des stades comme à Nancy et Jean Bouin, avant je ne les voyais qu’à la télé. Maintenant, je joue sur ces terrains et je peux regarder de tels joueurs droit dans les yeux. C’est vraiment kiffant ! Je ne fais aucun complexe mais je donne tout pour être à la hauteur de tout ça.
Adama Sidibé, du Tac au Tac
Photo Bernard Morvan
Première fois dans un stade ?
L’ancien stade du Havre, le stade Jules-Deschaseaux lors d’un match de L1 contre Auxerre. J’avais 11 ans.
Meilleur souvenir de joueur ?
Le premier triplé de ma carrière avec le FC Rouen en National 3.
Pire souvenir de joueur ?
Un carton rouge qui me suspend 7 matchs lorsque que j’étais au CMS Oissel en National 3.
Une manie, une superstition ?
Non, aucune.
Le geste technique préféré ?
La feinte de frappe. C’est magique quand elle passe.
Qualités et défauts sur un terrain ?
Pour mes qualités, je ne lâche rien et je ne triche jamais. Je donne tout quoi qu’il arrive. Mais je suis un peu grincheux avec mes partenaires par moment. C’est mon défaut. Je devrais plus encourager, j’y travaille au quotidien.
Photo Grégoire Placca
Votre plus beau but ?
Avec le FC Rouen en N3. Je suis dos au but, je contrôle de la poitrine et j’enchaîne une volée sans qu’elle touche le sol à l’extérieur de la surface. Un but zlatanesque !
Le joueur le plus fort que vous avez affronté ?
Le dernier en date : Amine Boutrah de Concarneau. C’est très fort.
Le joueur le plus fort avec qui vous avez joué ?
Aziz Kebbal qui a été formé avec moi à l’AS Cannes. Un numéro 10 très très fort techniquement. Il était incroyable.
L’entraineur qui vous a marqué ?
David Bettoni, en U19 à Cannes. Un très bon coach devenu l’entraîneur adjoint de Zidane.
Le président qui vous a marqué ?
Mr Fabrice Tardy, l’ancien président du FC Rouen.
Photo Bernard Morvan
Le club où vous vous êtes senti le mieux ?
L’AS Beauvais.
Le club que vous avez refusé et que vous avez regretté ?
Je n’ai aucun regret.
Le club où vous n’auriez jamais dû signer ?
Aucun. Toutes mes expériences ont été différentes et enrichissantes au final.
Un joueur préféré ou un modèle ?
Ronaldo le Brésilien. Incontestablement le meilleur attaquant de tous les temps.
Photo Bernard Morvan
Un stade mythique ?
Santiago Bernabeau.
Vos amis dans le foot ?
J’en ai pas mal… Je ne pourrais pas tous les citer.
Vos occupations en dehors du foot ?
Ma famille et la lecture.
Propos recueillis par Laurent Pruneta / Twitter : @PrunetaLaurent / Mail : lpruneta@13heuresfoot.fr
Photo de couverture : Grégoire Placca
Photos : Bernard Morvan – Grégoire Placca – Paris 13 Atletico
Le tout nouveau président de l’USLD (National), arrivé comme défenseur central en 2010, et nommé en décembre dernier en remplacement de Jean-Pierre Scouarnec, évoque son parcours, la vente du club et son attractivité, et la vision de son poste. Il se veut rassembleur, ambitieux et déterminé.
Edwin Pindi n’y pense pas tous les jours en se rasant mais l’anecdote qu’il nous a racontés mérite quand même d’être relevée. Vous en connaissez beaucoup, vous, des présidents de Ligue 1, Ligue 2 ou National qui, avant d’occuper cette fonction suprême, lançait la page Facebook de leur club ?
C’est pourtant ce qu’a fait le Lillois de naissance, âgé de 37 ans, dont la carrière ne saurait, évidemment, être résumée à cela !
Car Edwin Pindi a quasiment tout fait à l’USL Dunkerque, où il est arrivé en 2010 comme joueur en CFA2, après avoir porté les maillots de Calais (CFA2), Wasquehal (CFA) et Lesquin (CFA). Tout fait… Ou presque : il n’a pas vendu les délicieuses frites au pied de l’ancienne tribune d’Honneur du « vieux » stade Tribut qui, depuis, s’est fait un lifting complet. Mais il aurait pu !
Pensionnaire du centre de formation du LOSC
Le nouveau PDG des Maritimes avait un bon prétexte pour lancer cette page officielle Facebook à son arrivée : un stage de fin d’études, passé dans le cadre de la son Master en Management et gestion du sport; à ce moment-là, les réseaux sociaux des clubs amateurs commençaient seulement à émerger et l’ancien pensionnaire du centre de formation du LOSC (1995-2004) ne se doutait pas qu’il occuperait un jour le poste de président. Son poste, à l’époque, c’était défenseur. Un défenseur et aussi un capitaine respecté, charismatique, jamais sur la défensive lorsqu’il s’agit d’évoquer son nouveau costume – il a de toute façon toujours porté un costume ! – mais plutôt réaliste, mesuré, calme, pondéré, et aussi ambitieux.
A l’USLD, Edwin Pindi, qui possède une licence d’anglais, a aussi connu l’accession en CFA, dès sa première saison (2011) puis en National (2013), avant de mettre un terme à sa carrière en 2016 et d’intégrer l’équipe administrative, d’abord comme secrétaire général, puis comme directeur général.
Il a également vécu l’accession en Ligue 2 en 2020, cette fois depuis les bureaux. Et puis, le mois dernier, les actionnaires du club l’ont promu au poste de président, toujours avec la casquette de directeur général, après la démission de l’emblématique Jean-Pierre Scouarnec, en place depuis 2014.
C’est vrai que, depuis de nombreux mois, les rumeurs faisaient état de la vente des parts de deux des quatre actionnaires (Douglas Broucke et Eddy Dobbelaere, 52 % à eux deux), sachant que sur les quatre, trois sont des personnes physiques (le troisième étant Jean-Pierre Scouarnec, à hauteur de 26 %), la quatrième une personne morale (l’association USLD, représentée par son président, le même Eddy Dobbelaere).
Un club qui a pris de la valeur
Mais avant d’être un club à vendre, l’USL Dunkerque est surtout un club qui se porte bien, qui a pris de la valeur, qui possède encore le statut professionnel malgré une descente de Ligue 2 en National en mai dernier et s’appuie sur un budget confortable de l’ordre de 5 millions d’euros.
Surtout, il s’est doté d’un magnifique outil, le nouveau « Tribut », avec 5000 places. Un outil moderne, fonctionnel et modulable. Le stade devrait d’ailleurs attirer la foule des grands jours dimanche, à 18h, pour le 32e de finale de la coupe de France face à l’AJ Auxerre (Ligue 1). Une superbe affiche, pour bien lancer l’année 2023 et préparer cette deuxième partie de saison que les joueurs de Romain Revelli, un temps leaders en début d’exercice, entendent bien poursuivre en haut de tableau (l’USLD est actuellement 5e, avec un match en retard à domicile face à Bourg-en-Bresse, à 5 points du leader Concarneau et à 4 points du second, Versailles).
« En National, on tourne entre 1500 et 2000 spectateurs, commente Edwin Pindi. On a vraiment un bel outil, qui mérite d’être plus rempli. On sait que si on fait un beau début d’année, et une belle 2e partie de saison, le stade se remplira encore plus et on a besoin de cela; ça commence contre Auxerre, c’est une belle affiche, c’est bien pour repartir, et en plus, cela faisait 5 ans que l’on n’était pas allé en 32e de finale ». Paroles de président.
« J’ai toujours aimé manager, être au coeur des décisions »
On doit dire « président » ou « Edwin » ?
Edwin !
Edwin, que de chemin parcouru depuis votre arrivée à Dunkerque, en 2010…
Quand j’y repense… Je suis arrivé comme joueur, et dès la saison suivante, en 2011, j’ai travaillé au club comme administratif. A l’époque, je touchais un peu à tout, et puis c’était aussi un peu les débuts de la com’. Dans ce domaine, il n’y avait pas grand chose, et pour tout dire, donc, la page Facebook actuelle, c’est moi qui l’ai lancée, ça fait drôle ! Ensuite il y a eu le compte Twitter, la refonte du site web; en fait, j’ai commencé par là. J’ai aussi fait du marketing, du commercial, j’ai touché un peu à tout. J’ai proposé à ce moment-là aux dirigeants en place, le président Jean-Christophe Géhin et le manager Nicolas Huysman, d’ouvrir un service communication. Et c’est comme ça que ça a commencé, ça m’a permis de clôturer mon stage de fin d’études, et finalement, dans la foulée, même si j’étais employé comme joueur, j’ai développé d’autres activités administratives, c’est allé crescendo au fil des années.
« En arrivant à Dunkerque, je me suis inscrit dans un projet sportif et associatif »
Vous aviez l’idée de préparer votre reconversion, c’est cela ?
Quand j’arrive à Dunkerque comme joueur, j’ai 25 ans et aussi 7 saisons de CFA derrière moi. Entre l’âge de 22 et 25 ans, j’avais décidé de tirer mes dernières cartouches pour signer un contrat professionnel, mais, voyant à 25 ans que je n’arrivais pas à franchir le cap, que je stagnais en CFA, j’ai décidé de préparer ma reconversion, tout en continuant à jouer. C’est vraiment là que je me suis mis cette idée en tête.
Vous aviez déjà des appétences pour prendre des responsabilités…
J’avais envie de manager, j’ai toujours aimé ça, être au coeur des décisions, même quand j’étais joueur. J’étais capitaine, un peu le relais, et c’est vrai que j’avais envie de prendre des responsabilités dans une organisation sportive, surtout dans un club. Pour la petite histoire, dans le dernier contrat fédéral que je signe, il est convenu que si on monte en Ligue 2, j’obtienne un poste de cadre administratif. C’était prévu comme ça avec l’ancienne direction.
Romain Revelli, l’entraîneur de l’équipe de National.
Juste avant de signer à Dunkerque, vous étiez à Calais…
Oui, c’était en 2009, le club venait de descendre de National, malheureusement, il a été rétrogradé administrativement en CFA2 durant l’été qui a suivi. On est monté en CFA, mais, là encore, le club a été recalé par la DNCG. Pour moi, comme je le disais, c’était mon dernier défi, ma dernière chance d’espérer décrocher un contrat pro, dans un club avec un passé, une histoire : à ce moment-là, Calais pesait plus lourd que Dunkerque sur l’échelle du football, même si Dunkerque avait connu la Ligue 2, mais c’était à une autre époque, dans les années 90. Quand je signe à Dunkerque en CFA2, le club voulait monter, et moi je pensais déjà à ma reconversion. Je me suis tout de suite inscrit dans un projet sportif et associatif. Je me revois en train de monter un dossier pour la communauté urbaine de Dunkerque dans le cadre de l’attribution des subventions, ou de faire le rapport d activités. En fait, je prends du plaisir à faire les deux, à jouer et à commencer à travailler à côté. Parce que, rapidement, le fait de jouer ne me suffisait plus. Comme nous n’étions pas nombreux à l’époque dans les bureaux, j’ai touché à pas mal de choses, d’autant plus que le manager général, lui, était très tourné vers le terrain, vers le sportif. J’ai une autre anecdote : en 2015, quand nous avions reçu Rennes en coupe de France, le matin du match, je gérais les plans de table du salon VIP, la com’ du match aussi, et l’après-midi, je jouais ! Les autres joueurs ne le savaient même pas !
« J’ai un devoir de mémoire »
Quand vous vous retournez sur ces 12 ans et demi, à quoi pensez-vous ?
C’est une fierté ! J’ai eu le bonheur d’être monté en National puis en Ligue 2 avec le club, comme joueur, comme administratif ou comme directeur général. Je trouve que les gens ne se rendent pas assez compte de tout ce que l’on a fait ces 12 dernières années, où il s’est vraiment passé beaucoup de choses : on a réussi à transformer l’USL Dunkerque en club solide de National et même à le professionnaliser en accédant en Ligue 2 pendant deux saisons avec une équipe au statut pro et de nouvelles infrastructures. Aujourd’hui, là où j’ai un rôle important, c’est que j’ai un devoir de mémoire. Il y a eu une transformation qui s’est opérée en même temps que la professionnalisation, et je me dois de représenter cette passerelle entre le côté amateur que l’on a connu, avec toutes les personnes qui ont travaillé au club ou qui ont oeuvré bénévolement, dont certaines sont décédées, et ce qu’on a mis en place au niveau professionnel.
« Je suis un président dont c’est le métier, cela va dans le sens de l’évolution du foot »
Ce poste de Président directeur général, finalement, il a l’air de bien vous convenir…
Oui ça me convient bien je pense, j’ai conservé la casquette de DG. En fait, je suis un président qui a des actionnaires, et dont c’est le métier. Cela va dans le sens de l’évolution du football, qui est en perpétuelle transformation, et du club, qui s’inscrit dans une vraie professionnalisation. Après le départ de Jean-Pierre (Scouarnec), les actionnaires ont jugé qu’il fallait un professionnel du métier, un professionnel du football, pour gérer la structure au quotidien. En faisant ce choix-là, ils ont fait un pas vers l’avenir : les actionnaires attendent des résultats, ils sont plus dans le projet financier et confient la responsabilité de l’entreprise à une personne dont c’est le métier : c’est ce que l’on voit de plus en plus en L1 et en L2, avec beaucoup de présidents ou présidents délégués salariés; on le voit moins en National mais je pense que ça va arriver de plus en plus. DG, mon rôle était déjà de porter le projet du club; là, j’ai une responsabilité supplémentaire, celle de président, et j’ai été honoré de la proposition, mais finalement, il y a une vraie continuité. Jean-Pierre, lui, n’était pas là tous les jours, il avait d’autres activités à coté, il est chef d’entreprise, il met de l’argent dans le club aussi, il s’appuyait sur un DG. Ce qui ne change pas, c’est mon rôle : je reste un élément moteur, je continue d’animer le projet au quotidien, sachant que l’on ne fait rien tout seul, car j’englobe avec moi mes équipes, que je suis chargé de faire bosser. C’est juste que, maintenant, je dois rendre des comptes à mes actionnaires.
Avec Jocelyn Blanchard le directeur sportif et Jean-Pierre Scouarnec, le président qui a démissionné en novembre dernier.
Après votre nomination, on a lu des commentaires plutôt moqueurs, vous comparant au « fils de Jean-Pierre Scouarnec »…
C’est normal que les gens pensent ça, car on a une très grosse relation avec « JP ». On a tissé des liens importants. Je l’ai connu quand il n’était encore que partenaire du club, à mon arrivée. Cette comparaison, elle se comprend, on a travaillé très longtemps ensemble. Après, la décision de me nommer à ce poste, elle n’est pas seulement le fait de « JP », mais de l’ensemble des actionnaires. Maintenant, j’ai ma personnalité à moi, je ne suis pas comme « JP », je ne le serai jamais, j’essaierai d’apporter ma touche, qui est celle de quelqu’un de terrain, c’est un mode de fonctionnement différent. Mais je suis le président de l’USLD, pas celui de Jean-Pierre Scouarnec, d’ailleurs, j’ai connu un autre président avant lui, on l’oublie ça, et d’autres dirigeants aussi, cela fait quand même 12 ans que je suis là, je connais l’environnement local, toutes les particularités du club, j’ai connu aussi l’ancienne équipe municipale, je connais la nouvelle…
« La vente du club peut prendre des mois et des mois… »
Cette nomination au poste de président, vous l’avez vu venir ?
Non, cela s’est fait progressivement. La démission de « JP » est arrivée assez subitement même si la semaine qui a précédé, les actionnaires l’ont évoquée. Dans la mesure où « JP » n’est pas actionnaire majoritaire, et à partir du moment où certains actionnaires ont décidé de mettre leur part en vente, il ne pouvait plus décider de l’avenir du club, et il a donc estimé qu’il n’avait plus la légitimité de gouverner, donc à partir de là, des discussions ont commencé.
Vous êtes toujours en contact avec lui ?
On est resté en contact, on s’est vu avec l’ensemble des actionnaires. Il souhaite prendre du recul. Il s’est énormément investi dans le club alors qu’il a des activités professionnelles, une vie familiale. Après, je ne peux pas parler à sa place, mais il a dit qu’il souhaitait rester dans l actionnariat.
Ces derniers mois, on a beaucoup entendu parler de la vente du club…
Et c’est justement ça qui change pour Dunkerque et son environnement : ce sont des choses que l’on n’avait jamais entendu auparavant, que le club puisse être racheté. Le club a pris de valeur, on a de belles installations et il y a du potentiel, donc forcément il y a des intérêts. Il y a des discussions, cela peut prendre des mois et des mois, car il y a des choses que l’on ne maîtrise pas, il y a plein de critères qui entrent en ligne de compte, comme s’assurer que la personne respecte l’identité du club, l’environnement local, les relations avec les collectivités. C’est un processus qui peut prendre énormément de temps, même si c’est assumé de la part de nos actionnaires, qui savent que pour pérenniser le club dans le monde pro, il faut l’aide de personnes extérieures qui auront une surface financières plus importante. Mon rôle est de faire en sorte que tout se passe bien, qu’on ait la meilleure équipe possible et le meilleur fonctionnement possible, tout en sachant que le club peut évoluer dans son actionnariat et dans sa propriété, car c’est une réalité du foot pro.
Quelle a été votre première décision de président ?
Cela a été de voir les parties prenantes en local, déjà, avant que l’on ne communique sur ma nomination. J’ai aussi tenu à voir le staff technique, mes collaborateurs, les joueurs. Ensuite, cela a été de voir les politiques, les supporters, et on devait voir les partenaires pendant le match de Bourg avant Noël mais il a été annulé. Aujourd’hui, si on veut avancer, on a besoin, dans notre microcosme local, d’être vraiment fort : c’est ça la priorité. Il n’y a que comme ça qu’on existera, parce que nous, à Dunkerque, on a une identité forte, et c’est avec cette identité-là que l’on continuera d’avancer.
« On ne fait rien tout seul »
Vous serez un président plutôt…
Un président rassembleur et déterminé. Ambitieux aussi. Qui veut rassurer. Je veux que ma détermination, celle que j’ai et qui fait partie de moi, pour faire grandir le club et aller haut, soit partagée avec tout le monde. Ce n’est pas de la démagogie, mais on ne fait rien tout seul, on ne fait rien si l’on n’a pas l’adhésion des collaborateurs ou de l’environnement local. C’est ce que j’ai dit aux supporters, aux spectateurs, car parfois, un but, celui que l’on va inscrire à la dernière minute car le public a poussé, peut tout changer. On doit faire sentir que c’est dur de venir jouer à Dunkerque.
Un mot sur la première partie de saison en National ?
C’est positif ! Il ne faut pas oublier que l’on descend de Ligue 2, que l’on a intégré 18 nouveaux joueurs. L’été dernier, on a fait le choix de conserver notre entraîneur principal, Romain Revelli, car on a estimé que les responsabilités de la relégation étaient partagées par la direction, le staff et les joueurs. Mais on était en fin de cycle et on a pris le parti de bouleverser l’effectif; ça prend bien et vite. Il y a 6 mois, si on avait dit qu’on serait 5e avec un match en retard, à 5 points du premier, on aurait signé tout de suite (entretien réalisé début janvier). Ce que j’attends, maintenant, c ‘est une progression. Si on veut exister, il faut rester bien placé. L’objectif, c’est d’être là pour le sprint final. Mais le championnat est compliqué. Pendant deux saisons, on aura quatre clubs qui vont descendre de Ligue 2 en National… Ce que l’on veut, c’est retrouver la Ligue 2 dans les deux ans. Quand elle passera à 18, il faudra que l’on y soit. Et plus vite on y sera, mieux ce sera ! Donc il faudra être placé en avril. On a une équipe qui a du talent, des individualités intéressantes, avec plusieurs joueurs qui ont brillé offensivement à tour de rôle. On est capable de faire de gros résultats, on a de la ressource, mais on a manqué de régularité, de constance, et aussi de maturité.
Quelles équipes vous ont fait la meilleure impression ?
Concarneau a une dynamique collective hyper bien huilée, c’est une grosse force. En termes de puissance d’équipe, je les ai trouvés bons. J’ai aussi trouvé le Red Star intéressant même s’ils n’ont pas fait le début de saison attendu. Pour moi, ce sont deux grosses équipes, sans oublier le talent individuel des joueurs de Versailles aussi.
Edwin Pindi, du tac au tac
Meilleur souvenir sportif ?
La montée en National en 2012/13 avec l’USL Dunkerque.
Pire souvenir sportif ?
La montée en CFA obtenue sur le terrain avec Calais (CRUFC) en 2010 qui est invalidée par la DNCG.
Combien de buts marqués dans ta carrière de joueur ?
Précisément, je ne suis pas sûr, mais une trentaine.
Plus beau but ?
Le but de la victoire contre Chambly lors de la saison 2011/2012. Ma spécialité : coup de tête puissant en pleine lucarne sur un coup-franc excentré !
Pourquoi avais-tu choisi d’être défenseur ?
J’étais grand et costaud et mon idole de l’époque était Basile Boli. Je suis défenseur central depuis mes débuts !
Ta première fois dans un stade de foot ?
Au LOSC à Grimonprez-Jooris, j’avais 10 ans mais impossible de me souvenir de l’affiche du match !
Ton geste technique préféré ?
Le coup de tête défensif, on ne le voit plus assez à mon goût !
Qualités et défauts sur un terrain, selon toi ?
Qualités : puissance, détente, jeu de tête, leadership, jeu long pied gauche.
Défauts : vitesse d’exécution, vivacité, créativité.
Le club ou l’équipe où tu as pris le plus de plaisir ?
Dunkerque !
Le club où tu as failli signer ?
Il y en a eu deux : le Bayer Lerverkusen (la réserve en D3) en 2005. Le contrat était négocié et au dernier moment ils ont gardé le joueur que je devais remplacer. Et Guingamp, en 2007 pour mon 1er contrat pro à la trêve hivernale. J’ai été appelé par le responsable du recrutement qui m’avait observé pendant 6 mois. Je devais signer après un super essai avec la L2. Mais la grave blessure de l’attaquant David Suarez change leurs priorités car ils devaient verser une indemnité à mon club (j’étais à Lesquin sous contrat fédéral).
Le club où tu aurais rêvé de jouer, dans tes rêves les plus fous ?
Liverpool.
Un stade et un club mythique pour toi ?
Liverpool et Anfield Road !
Un coéquipier marquant (si tu devais n’en citer qu’un, mais tu as droit à 2 ou 3) ?
Je ne peux pas en citer quelques uns, j’en ai trop !
Le coéquipier avec lequel tu avais le meilleur feeling (entente dans le jeu) ?
Frédéric Gaillard à Calais. Grosse complémentarité en charnière centrale.
Le joueur adverse qui t’a le plus impressionné dans ta carrière ?
Sylvain Wiltord.
Une causerie de coach marquante ?
Les causeries de Régis Bogaert à Lesquin.
Une anecdote de vestiaire que tu n’as jamais racontée ?
Ça restera dans le vestiaire !
Les joueurs et les présidents les plus connus de ton répertoire ?
Joueurs ou présidents, j’en ai des très connus mais je ne dis rien !
Un modèle de président ?
Pape Diouf.
Combien de véritables amis dans le foot ?
J’ai de vraies amitiés avec mon parcours, une dizaine.
Combien de cartons rouges ?
3, il me semble.
Des rituels, des tocs (avant un match ou dans la vie de tous les jours) ?
Me regarder dans le miroir avant d’entrer sur le terrain quand je jouais !
Une devise ?
« Contre vents et marées » (la devise de l’USLD) et « Toujours plus haut ».
Un chiffre ?
Le 4, le numéro du vrai « stoppeur ». Mon chiffre à moi.
Un plat, une boisson ?
Le saka saka (plat congolais à base de feuilles de manioc), et un bon Chablis.
Termine la phrase en un mot ou deux : tu étais un défenseur plutôt …
Dur sur l’homme.
Un match de légende pour toi ?
France/Italie en finale de l’Euro 2000.
Un modèle de défenseur ?
Marcel Desailly.
Une idole de jeunesse ?
Desailly, Thuram et Boli.
Ta plus grande fierté ?
Mes enfants.
Tes passions en dehors du foot ?
Ma famille, pas le temps pour une autre passion !
Si tu n’avais pas été footballeur…. qu’aurais-tu aimé faire ?
Avocat.
Le milieu du foot, en deux mots ?
Passionnant et fou.
Dimanche 8 janvier 2023, 32e de finale de la coupe de France : USL Dunkerque (National) – AJ Auxerre (L1) à 18h au stade Marcel-Tribut.
Textes : Anthony BOYER
Photos : USLD
Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Twitter : @BOYERANTHONY06
Le coach de l’Amiens SC (Ligue 2) évoque les difficultés, les caractéristiques et l’évolution de son métier, qu’il a embrassé en 1997 à Louhans-Cuiseaux après une longue carrière de joueur dans son club de coeur, le FC Metz.
L’entraîneur d’Amiens, Philippe Hinschberger, est un enfant de Metz. Unique club fréquenté pendant sa carrière de joueur, le coach de 63 ans a aussi été à la tête de la formation messine comme tacticien, glanant une montée en Ligue 1, en 2016. Mais son parcours ne se conjugue pas qu’en grenat. Grenoble (2018-21), Laval (2007-14), Le Havre (2004-05) ou Niort (2001-04 puis 2005-07), ce sont de nombreuses équipes que le Lorrain, qui a commencé sa carrière de coach à Louhans-Cuiseaux en Division 2, a dirigées, souvent avec réussite. Entretien avec un entraîneur pas tout à fait comme les autres, disponible et sans langue de bois.
Photo Amiens SC
Quand on dit Philippe Hinschberger, souvent, on associe votre nom au FC Metz…
Je suis arrivé à Metz à 15 ans, j’en suis parti à 36 ans. 21 ans dont douze-treize ans en professionnel, puis comme responsable du centre de formation. Et j’y suis revenu après pour les faire monter en Ligue 1, et les maintenir en finissant 14e, comme entraîneur de 2015 à 2017. Ce n’est qu’après que je me suis fait virer à la 10e journée (saison 2017-18), ce n’est qu’à ce moment que ça a été difficile. Mais, oui, c’est mon club. C’est mon club. Je jouais beaucoup contre le FC Metz en jeunes, mon père vient du basket, mais il était sportif avant tout, et plutôt pour le FC Metz.
Et puis il y a Laval également, et forcément, sept saisons de 2007 à 2014, une montée en L2, plusieurs maintiens, deux nominations comme meilleur entraîneur de Ligue 2. Un autre club phare de votre carrière.
Je suis arrivé à Laval après Niort. Ils m’ont appelé, ils venaient de descendre en National un an auparavant, et j’y ai travaillé pendant 7 ans. Avec Philippe Jan comme président, un modèle de relation entraîneur-président, avec du respect, de l’amitié, mais sans jamais partager d’autre chose qu’un verre ou qu’un resto. A mon arrivée, on a mis deux ans pour monter, et puis on s’est maintenus pendant cinq ans. C’est un moment très riche de ma vie, d’autant plus que j’y ai rencontré ma seconde femme, avec qui je suis toujours.
Rester longtemps dans un club, ce n’est pas si fréquent pour un coach. Pourtant, on retrouve ça quasiment à chacun de vos passages…
En général, quand je suis dans un club, j’y suis bien, les gens m’apprécient plutôt, je suis quelqu’un de sympa, d’ouvert, de rond, pas chiant, je reste dans mon rôle. J’ai fait quatre ans à Louhans-Cuiseaux à mes débuts d’entraîneur, cinq ans à Niort (en deux fois ndlr), avec une montée en Ligue 2, où j’ai apprécié la région, et Grenoble, j’y suis resté trois ans, et j’y serais peut-être encore si Amiens n’était pas venu me chercher. J’ai l’habitude de rester assez longtemps dans un club. Pour bien travailler, on a besoin de deux, trois ans. Quand on arrive, le temps de comprendre l’effectif, comment le club marche, la saison est déjà passée. Pour moi, c’est aussi une fierté. Quand vous rester sept ans à Laval, ça veut dire que vous prolongez trois fois. Partout où je suis passé, j’ai prolongé, ça veut dire que les gens ne se lassaient pas de moi. J’en retire une certaine fierté.
Photo Amiens SC
Comment faire pour durer dans un même club et dans un même environnement, se réinventer de saison en saison, pendant aussi longtemps parfois ?
Quand je suis quelque part, je me donne à fond. Déjà, je n’ai pas du tout envie de repartir tout de suite à chaque fois. Je suis aussi passé par des plus petits clubs, où on a moins la pression des premières places, à Laval ou Niort. On est dans la difficulté en tant que coach, c’est vrai, on est toujours dans la machine à laver. Mais quand vous renouvelez un tiers de l’effectif chaque année, ce ne sont pas les mêmes saisons, la 3e année, vous avez changé tout l’effectif. La nouveauté crée aussi de la surprise, de l’émulation, des choses nouvelles. On a besoin de se renouveler en termes d’effectifs, sur les séances d’entraînement. Moi, avec mes adjoints, Francis De Percin à Amiens, je me libère presque complètement avec les années et je fais de moins en moins de séances, les joueurs se disent « tiens c’est quelqu’un d’autre qui dirige ». On évolue aussi. Aujourd’hui, on a aussi des gens autour de nous qui nous permettent de nous renouveler, avec des compétences, quand ce n’est pas toujours vous en première ligne, quand ensuite vous prenez la parole, ça a peut-être un peu plus d’impact.
En tout cas, la méthode a fait ses preuves ! On a évoqué Metz, Laval, Amiens, mais vos lettres de noblesse ont commencé à s’écrire avant ça, à Niort, avec un titre France Football de coach de l’année de L2 en 2003. Et puis il y a Grenoble dernièrement, avec qui vous jouiez la montée…
Niort ce n’est pas compliqué. J’y suis resté trois ans, trois ans pour avoir l’effectif que je voulais. A Grenoble, avec Max Marty qui s’occupait du recrutement, j’avais un groupe de joueurs exceptionnels, que des bons mecs, avec qui on n’a jamais eu d’anicroches, des gars qui pouvaient presque s’auto-gérer. Quand vous avez des Monfray, des Nestor, des Maubleu, Mombris, Ravet, Benet… C’étaient des crèmes. Donc voilà.
Après, comment on se renouvelle, qu’est-ce qu’on fait… Chaque expérience est différente. Regardez à Amiens, l’année passée, saison difficile, vestiaire difficile, on a tout changé, la moitié du vestiaire, on n’a mis que des jeunes, et cette année à la 11e journée on était premiers. Il n’y a pas non plus de mystère, il faut que l’entraîneur puisse avoir les conditions dont il a envie. Moi, je n’aime pas avoir trente joueurs à l’entraînement, je ne suis pas bon. Vous me filez 24 joueurs, je suis meilleur, vous ne vous perdez pas en organisation, en choses qui ne devraient pas exister. L’an passé on avait beaucoup plus de talent que cette année, mais un groupe merdique. Il faut aussi que les planètes soient alignées. Elles l’étaient à Grenoble, sur la dernière année. La réussite, elle s’auto-crée, à vrai dire.
Photo Amiens SC
On se souvient d’une séquence « frissons » dans les vestiaires, en avant-match, lors des play-off d’accession contre le Paris FC (2-0, mai 2018), où l’un de vos adjoints avait apostrophé le groupe avant le combat, enjoignant les « Narvalos » à la chasse : « Allez les Narvalos, en chasse messieurs, bonne chasse ! »…
Oui, c’était Michaël Diaferia (préparateur physique), ça vient d’un stage de préparation, et on avait fait un jeu du loup-garou avec les joueurs, le jeu de rôles. Mika s’est mis cette routine de réunir les joueurs avant le match pour leur dire quelques mots, et on ne sait pas pourquoi, à la suite de cette histoire du loup-garou, c’est parti autour de ça, la meute, les loups, on a faim, on va leur mordre les mollets, et après les « Narvalos », c’est venu sur la fin de la saison, c’est un terme de Grenoble. C’était une super équipe, un groupe exceptionnel. Plus globalement sur ma venue, le GF38 m’avait appelé car ils sortaient de plusieurs années de disette. Je connais la région, Voiron, une très, très belle région. J’étais content que le club fasse appel à moi. On a fini deux fois 9e, et puis la dernière année a été une apothéose… Encore une fois, quand on laisse aux entraîneurs le temps de travailler, il n’y a pas de mystère, on peut faire les choses plus facilement. Aujourd’hui, tous les clubs marchent différemment par rapport à il y a vingt ans.
Quel est votre regard sur l’évolution du football et de la Ligue 2 depuis vos débuts en 1977 ?
L’évolution est énorme. Les clubs, les stades, les joueurs qui y évoluent, c’est extraordinaire, vous regardez les pelouses, certaines sont équivalentes à la Ligue 1, à Amiens on a un billard. On parle de clubs moins « reluisants » comme Pau, Rodez, mais attendez, les attaquants de Pau, on parle de mecs forts. Le spectacle est vraiment au rendez-vous, et il y a tellement de clubs aujourd’hui qui prétendent à monter ou le veulent, les Caen, les Le Havre, les Sochaux, et puis je ne parle même pas de Saint-Etienne, Bordeaux ou Metz. D’ailleurs l’un d’entre eux ne montera pas, mais bon c’est tant pis pour eux, ils n’avaient qu’à pas voter pour un championnat à 18 clubs ! (rires). Quand on voit les effectifs, non, c’est fantastique. Combien de joueurs de Ligue 2 vont grossir les clubs de Ligue 1. Quand vous vous dites qu’un joueur comme Gaëtan Weissbeck, qui est pour moi le meilleur joueur de Ligue 2, est à Sochaux, ça vous donne une idée de la Ligue 2.
Photo Amiens SC
Pour en revenir à vous, vous êtes donc passé de joueur à dirigeant du centre de formation à Metz. Vraiment le parcours d’une autre époque…
On était quatre ou cinq je pense, à avoir fait toute notre carrière dans un seul club, comme Claude Puel, on n’avait pas d’agents, pas de raison de changer. Chez les entraîneurs c’est la même chose, des Guy Roux, des Jean-Claude Suaudeau, c’est fini. Aujourd’hui vous restez quatre-cinq saisons, c’est un miracle. Obligatoirement il y a des coups de moins bien, vous perdez des matches, vous voyez le truc. Quand j’ai arrêté ma carrière de joueur, j’ai été directeur du centre de formation, mais je ne me voyais jamais partir ! Mais quand vous embrassez la carrière d’entraîneur, vous êtes obligés de bouger, si vous voulez trouver du boulot. Mon premier départ de Metz, ça a été un crève-cœur, je ne pensais jamais m’en remettre. Mais aujourd’hui j’ai une maison sur L’île de Ré, j’ai connu Grenoble avec ses montagnes, sa neige et son soleil, je suis allé à Laval, dans l’ouest, alors que je n’avais jamais été plus loin que Troyes, mes enfants sont à Niort et à Poitiers et nés à Metz, c’est une grande richesse je pense.
Avec le recul, maintenant que vous êtes également coach, quel regard portez-vous sur votre carrière de joueur, globalement ?
Incroyable. Je n’étais pas forcément programmé pour être footballeur professionnel, j’ai passé mon bac, j’ai fait une école, des études, j’ai signé pro à 21 ans. La longévité, c’est le fait d’avoir fait chaque année 30-35 matches, d’avoir toujours eu la confiance des coaches, voilà. J’ai fait quelques matches sur le banc jeune, mais après j’étais toujours titulaire, chaque jour de l’année, il fallait être présent, répondre aux exigences du coach, du public, et c’est ça ma grande fierté. J’ai fait presque 500 matches pour le FC Metz, ce qui est quand même énorme. Cette longévité, c’était une autre époque. J’ai commencé à jouer, on était un effectif de quinze joueurs et deux gardiens, j’ai revu une photo d’effectif l’autre jour, avec quatorze joueurs pour la saison (rires) ! A Metz, on était un effectif, allez, de vingt, avec dix-huit Lorrains. C’était une autre mentalité, un autre jeu. Quand j’ai commencé, notre entraîneur, c’était Marcel Husson, l’entraîneur adjoint c’était René Moura, lui était prof de sport au lycée sport études, et donc il n’était pas là tous les jours là, car il avait cours, et notre entraîneur des gardiens, il travaillait à la boucherie du supermarché, non, mais je ne déconne pas ! Quand je vous dis que ça a évolué… Quand on jouait contre le Paris Saint-Germain, on s’échauffait à Metz, vous n’avez pas connu, mais sur le terrain rouge, en schiste, car les terrains étaient fragiles, on n’avait pas le droit avant le match. Quand on jouait contre Marseille avec Jean-Pierre Papin ou Chris Waddle, non mais écoutez-moi, j’allais taper une bise à mes parents qui étaient au bord de la courante, pendant l’échauffement, entre deux passes ! Les gens étaient sur le terrain, pas de sécurité, ils nous parlaient, ils nous regardaient, aujourd’hui ce ne serait pas possible. On est trop cons dans le foot !
Rassurez-moi, vous prenez encore du plaisir dans le football, même sans ce charme-là ?!
La carrière de joueur, c’était vraiment un grand plaisir. Celle d’entraîneur, c’est dur. Il faut une passion de tous les jours, avoir la foi, le feu, l’étincelle, la moelle à transmettre à vos joueurs quand vous avez perdu plusieurs matches. Ce métier est très sympa quand on gagne, mais il est horrible quand vous perdez. Horrible. Horrible. Tout le monde donne son avis, le machin, le bidule, le joueur qui tire la gueule, il faut savoir se détacher tous les matins de la victoire comme de la défaite, mais dès fois, ce métier, ce n’est pas possible. Les gens qui expliquent comment faire jouer l’équipe, alors que pas un seul n’est entraîneur; et alors, ils ne veulent pas passer le diplôme ?! Bosser les samedis, les dimanches, rentrer tard le soir ? Par contre ils veulent bien votre salaire !
Philippe Hinschberger, du tac au tac – le joueur
Photo Amiens SC
Quel est le meilleur souvenir de votre carrière de joueur ?
Il y en a beaucoup, mais forcément, la coupe de France 1988 avec Metz, qu’on remporte contre Sochaux aux pénaltys, avec le péno de Madar, et où j’étais capitaine.
Votre pire souvenir ?
Il y a un 9-2 encaissé à Saint-Etienne, pour le dernier match de Michel Platini avec les Verts. Mais il y a aussi deux 7-0 contre Monaco, là-bas et à Saint-Symphorien (Metz), bizarrement en tant que joueur, puis comme entraîneur plusieurs années après… Ce n’est quand même pas commun, je ne suis pas sûr que cela soit déjà arrivé à quelqu’un d’autre !
Joueur le plus fort affronté ?
Alors il y en a pas mal, j’ai joué le Marseille de Waddle, Papin… Mais sans aucun doute, Georges Weah, il était impressionnant, très impressionnant.
Le coéquipier le plus fort fréquenté ?
Bernard Zénier, meilleur buteur avec 17 ou 18 buts en 1987, pendant longtemps le plus petit total pour un meilleur buteur. Il était très fort, un sens du jeu et du but énormes.
Le coéquipier perdu de vue que vous aimeriez revoir ?
Il y en a plusieurs, pas forcément un en particulier, c’est plus un groupe, la bande de l’épopée de 1988 avec Metz. Michel Ettorre, Frédéric Pons, Jean-Louis Zanon… Toute la clique de 88 ! Carlos Lopez, Vincent Bracigliano…
Un président marquant ?
Carlo Molinari, un deuxième père pour moi, un père sportif.
Un entraîneur marquant ?
Chaque entraîneur. Mais il y a ceux qui donnent une direction, comme Marcel Husson, le coach de la coupe de France 88. Il y a Joël Müller aussi.
Un souvenir de causerie mémorable ?
Les plus remarquables étaient celles d’Henryk Kasperczak. Henri était Polonais ne parlait pas très bien français, donc il donnait des consignes avec son accent, on éclatait de rire, il ne comprenait pas pourquoi. Un jour il a dit « aujourd’hui il faut jouer comme monolithe », on s’est dit « mais putain qu’est-ce qu’il raconte ? », il a sorti « Pourquoi vous rire, pourquoi vous rire ?? ». Quelqu’un a regardé dans un dico, en polonais monolithe veut dire bloc, il voulait dire qu’on devait jouer en bloc. On était explosés de rire, mais ce n’était jamais méchant, il ne maîtrisait juste pas la langue.
Le club où vous avez failli signer ?
Aucun. Nantes s’était renseigné plusieurs fois sur moi je crois, mais non, pas du tout, il n’y a pas de club où j’aurais pu signer.
Un stade marquant dans votre carrière ?
Il y a Saint-Symphorien à Metz, logiquement, mon stade de cœur. J’ai vu son évolution depuis toutes ces années, les tribunes construites ou reconstruites. Et puis même si j’adore Le Parc des Princes, il y a Le Vélodrome. C’est un stade, woaw, il y a une ambiance avec ces 60 000 personnes.
Du tac au tac – L’entraîneur
Votre meilleur souvenir en tant que coach ?
La montée en Ligue 1 avec Metz, à Lens en 2016, alors que j’avais 57 ans. Mais c’est aussi mon pire souvenir ! Car sur ce match je fais un mini-ulcère, avec des ennuis gastriques les jours suivants.
Le meilleur joueur entraîné ?
Sans hésitation Robert Pires quand j’étais au centre de formation de Metz, il arrivait de Reims. Et aussi Romain Hamouma.
Un collègue entraîneur qui vous a impressionné ?
C’est plus une idée, mais j’ai toujours été impressionné par ces coaches qui s’adaptent à mon équipe. Je ne sais pas faire ça personnellement, mais voilà, un entraîneur adverse qui arrive et sait changer son système pour contrer son adversaire, ça m’impressionne. C’est aussi quelque part une fierté, qu’un autre change ses plans pour me contrer.
Un modèle de coach ?
Le Lorient de Christian Gourcuff, en 4-4-2.
Quelle est votre philosophie de jeu ?
Un jeu à une touche au sol, basé sur un jeu de passes, avec une philosophie offensive.
Le match où tout a roulé pour vous (performance, consignes, plan de jeu…) ?
Il y a plusieurs matches où il y a eu l’aboutissement de ce qu’on veut faire. Peut-être Laval-Beauvais il y a plusieurs années. On perd 3-0 au bout de 20 minutes, je fais plusieurs changements avant la mi-temps. En seconde mi-temps, tout se passe bien, on gagne 4-3 avec un dernier but à la 94e minute.
Vous êtes un coach plutôt ?…
Posé, avec de l’expérience maintenant.
Vos passions en-dehors du foot ?!
La guitare, que je pratique depuis que j’ai 15 ans. La musique et la guitare c’est une des passions de ma vie. Je la sors quand je fais des soirées entre potes, je joue et je chante, un répertoire français principalement, du Francis Cabrel, etc… Et puis j’aime la cuisine aussi, les bonnes choses, le pinard, les planchas en été. Alors attention, je cuisine des choses simples, sans prétention.
Après 24 ans à Schiltigheim, l’ancien pro du RC Strasbourg a posé ses valises en 2016 à Colmar, après le dépôt de bilan. Depuis, l’Alsacien a redoré l’image du club qui est passé de Régional 2 à National 2 sous sa direction. Cette saison, il a laissé les commandes à Arnaud Bey pour se consacrer à un rôle de manager général.
Photo Jean-Marc Hedoin
Après avoir tout connu sous les couleurs de Schiltigheim, José Guerra (58 ans), l’un des coachs les plus connus (et reconnus) en Alsace prend désormais une part prépondérante dans la reconstruction du défunt Sports Réunis Colmar, qui revient peu à peu sur l’échiquier du football national sous le nom – et avec les mêmes initiales ! – de Stadium Racing Colmar depuis 2016.
Avant de devenir le nouvel homme fort du secteur sportif de Colmar, José Guerra n’avait connu qu’un seul banc, celui du SC Schiltigheim. Une aventure sportive, mais surtout une aventure humaine qui aura duré plus de 24 ans du coté du stade de l’AAR.
Arrivée sur la pointe des pieds en Avril 1995 pour mettre un terme à sa carrière de joueur professionnel et entamer une reconversion de cadre commercial, il n’imaginait surement pas le destin qui allait être le sien dans la banlieue de Strasbourg.
Valeurs et développement humain
Photo Jean-Marc Hedoin
José Guerra est un homme de caractère mais c’est surtout un homme de parole, un homme fidèle qui aura construit lui-même sa réussite personnelle et sportive à force de travail et de pugnacité.
Avant de signer son premier contrat de joueur professionnel à 26 ans au Racing Club de Strasbourg, José Guerra a connu l’usine dès l’âge de 16 ans.
Il n’a pas hésité aussi à retourner sur les bancs de l’école à 29 ans pour valider ses acquis et pouvoir emprunter une belle et longue carrière de cadre commercial au Grand moulin de Strasbourg.
Ce parcours tumultueux lui a beaucoup servi dans sa carrière de coach. Un coach qui se définit comme « très paternaliste » et qui « attache énormément d’importance aux valeurs et au développement humain ».
José Guerra a autant de bonheur à raconter ses exploits footballistiques qu’à expliquer les parcours professionnels qu’il a pu faire vivre à ses joueurs : « Gregory Spiewak, je suis allé le chercher à la sortie du centre de formation de Strasbourg, il ne savait pas ce qu’il allait faire de sa vie, nous avons cherché des solutions ensemble et nous l’avons fait rentrer dans un garage comme mécanicien. Aujourd’hui il est toujours dans ce garage et il a été de nombreuses années un joueur très important de mon effectif »
Un exemple qui en dit long. Si José Guerra peut paraître sévère et dur sur son banc de touche, c’est avant tout un coach qui fait passer l’humain avant tout. « Aujourd’hui je peux croiser n’importe quel joueur que j’ai eu sous mes ordres, aucun ne me tournera le dos, même ceux que j’ai eus pendant des périodes compliquées et ça, c’est la plus belle des récompenses ».
« En 2002/2003, j’avais des hommes ordinaires qui ont fait des choses extraordinaires »
Photo Ligue du Grand Est de Football
24 ans au club de Schiltigheim, forcément ça marque. Qu’en gardez-vous aujourd’hui ?
Je suis arrivé à Schiltigheim après une saison en D2 à La Roche-sur-Yon. J’avais signé pour 3 ans là-bas mais au bout d’une saison, j’ai décidé de revenir en Alsace et de me consacrer à mon après-carrière. Schiltigheim m’a offert cette opportunité par l’intermédiaire de Jacky Duguépéroux. Je suis arrivé en 1995, j’ai été joueur, capitaine puis coach adjoint en 1998 et ensuite entraineur/joueur. J’ai vraiment débuté en tant que coach principal lors de la saison 2001/2002. J’ai été lancé dans le grand bain et ce fut une vraie découverte. La saison a été très compliquée mais j’ai énormément appris.
Vous avez appris rapidement car l’année suivante vous réalisez une saison exceptionnelle…
Oui cette première saison m’a beaucoup apporté surtout dans la gestion des hommes. La saison suivante, j’ai pu construire mon effectif en fonction de mes convictions et des valeurs des hommes avec lesquels j’avais envie de travailler. La saison 2002/2003 a été exceptionnelle avec cette accession en CFA et ce magnifique parcours en coupe de France où nous éliminons deux équipes de Ligue 2 (Beauvais et Troyes) et une équipe de L1 (Toulouse) alors que nous étions en CFA2 ! J’ai gardé l’équipe en CFA jusqu’en 2007 puis j’ai souhaité prendre du recul. Malheureusement lors des deux saisons suivantes, le club pour diverses raisons a été relégué et s’est retrouvé en DH. Après deux saisons d’arrêt, j’ai donc repris le club en DH. La première saison, nous échouons à une place de l’accession mais nous avons fait notre retour en CFA2 l’année suivante au terme d’une saison très aboutie. Après 7 saisons en CFA2, j’ai laissé ma place à Stéphane Crucet lors de l’accession en National 2 en 2017. Je devais rester, à un poste de manager général, mais rapidement, je n’étais plus en phase avec les décisions des dirigeants donc j’ai préféré m’effacer.
Après cette très longue aventure à Schiltigheim, vous vous retrouvez à Colmar : comment ça s’est passé ?
Alors déjà, il faut savoir que je m’étais dit que je n’entraînerais pas à 20 kilomètres au-delà de Strasbourg car j’ai des obligations professionnelles assez importantes. En Novembre 2017, le club de Colmar enchaînait une seconde saison en Régional 2 avec des résultats décevants et je suis contacté dans un premier temps par le service des sports de la Mairie. Rapidement, je rencontre le président Guy Meyer qui avait repris le club après le dépôt de bilan de 2016 (Colmar a évolué en National de 2010 à 2016 avant de repartir au niveau départemental, Ndlr). On se met d’accord pour que je prenne le rôle de Manager général pendant six mois afin de mener un audit complet du club. A la fin de ces six mois, à l’été 2018, j’ai donc présenté au président un projet sur trois ans avec certaines conditions.
Quelles étaient ces conditions ?
Je voulais venir avec un adjoint qui soit employé à plein temps au club pour avoir également un rôle de coordinateur des équipes de jeunes. Lorsque j’étais à Schiltigheim, j’avais reçu le CV d’Arnaud Bey que je ne connaissais pas du tout mais qui avait un parcours très intéressant. Quand le projet Colmar s’est présenté je l’ai contacté et après dix minutes d’échanges téléphoniques, nous avons décidé de travailler ensemble. Dans les conditions aussi, je voulais gérer moi-même le budget qui allait m’être alloué pour l’équipe première.
« Un dépôt de bilan, c’est dévastateur pour un club »
Photo Stadium Racing Colmar
La tâche devait être compliquée qui plus est dans un club historique comme Colmar où l’attente doit-être importante ?
Un dépôt de bilan, c’est dévastateur pour un club. Vous repartez de zéro, beaucoup d’éducateurs et de joueurs des années National 1 n’étaient plus là. Franchement, je me suis dit… « Tu vas avoir du boulot ». D’autant plus que, effectivement, l’attente est très importante à Colmar et les gens sont très exigeants, voire très dur parfois.
Malgré l’ampleur de la tâche, la première saison est réussie…
Oui, alors la première saison en R2, nous sommes montés assez facilement. Je me suis appuyé sur des jeunes du club et plusieurs joueurs que j’avais eus à Schilik’ n’ont pas hésité à me suivre, à l’image de Yannick Imbs. J’ai également eu la chance de pouvoir m’appuyer sur des joueurs d’expérience comme l’ancien pro Romain Gasmi qui revenait de Thaïlande et Loïc Meyer qui avait connu le National pendant 5 saisons à Colmar avant de partir 2 ans à Epinal suite au dépôt de bilan. Mais au-delà de l’accession de l’équipe fanion en Régional 1, il était important aussi de restructurer le club à tous les niveaux.
Vous enchaînez ensuite avec une nouvelle accession en National 3…
Après cette montée en R1, nous réalisons un bon de début de saison et quand les championnats s’arrêtent pour cause de Covid, nous sommes leaders donc nous accédons directement au National 3. La saison suivante a été vite arrêtée avec la pandémie.
N’avez-vous pas eu peur justement que cette période Covid casse la belle dynamique que vous aviez enclenchée ?
Pour notre retour en N3, le championnat est arrêté au bout de 7 journées mais je n’étais pas du tout satisfait ce que nous proposions. J’ai donc profité de cet arrêt pour faire une remise en question total sur mon fonctionnement et notamment mon approche tactique. Tous les week-ends de cette période Covid, nous nous sommes entrainés le samedi matin et le dimanche matin. Chaque week-end, j’organisais une opposition pour travailler inlassablement un nouveau dispositif tactique. J’ai beaucoup changé ma façon de jouer pour passer en 3-4-3 et nous l’avons énormément rodé pendant cette période.
Le travail a porté ces fruits avec une saison dernière exceptionnelle et une accession en National 2.
Effectivement, la saison a été exceptionnelle, nous sommes restés invaincus pendant 22 journées et nous avons décroché notre accession rapidement.
« Quand je suis arrivé à Colmar, on m’a dit « On veut vite rejouer le vendredi soir » ! »
Photo Stadium Racing Colmar
Après cette accession, de nombreux observateurs ont été très surpris de vous voir quitter votre poste d’entraineur. Quelle en a été la raison ?
La raison elle est très simple. Je suis un homme de parole et j’avais fait un deal avec Arnaud Bey lorsque nous sommes arrivés à la tête de l’équipe en 2018. Je lui avais promis que je lui laisserais l’équipe quand je le sentirais prêt. L’été dernier, après l’accession en N2, l’objectif était de monter un effectif capable de jouer la montée en N1. Si j’étais resté à la tête de l’équipe et si nous étions montés en National 1, je n’aurais pas pu respecter ma parole car Arnaud BEY a le diplôme pour entraîner en National 2 mais pas en National 1. Aujourd’hui, je reste malgré tout très proche de lui en ayant un rôle de manager général du club.
Aujourd’hui, quasiment à mi-saison, quel regard portez-vous sur le parcours de votre équipe ?
Pour plusieurs raisons nous n’avons pas pu constituer l’effectif que nous aurions souhaité. Le club de Colmar par l’intermédiaire de ses nouveaux dirigeants a appris de ses erreurs. On ne dépense pas l’argent que l’on a pas.
Ensuite, notre recrue phare de l’inter-saison, Ibou Faye, s’est gravement blessé dès le premier match amical.
A cela s’ajoute plusieurs blessures qui fait qu’aujourd’hui tous nos attaquants (Pape Ibou Kebe, Abdelhak Belahmeur, Lenny Stoltz) sont sur le flan. Il faut également prendre en compte que sur les 11 premiers matchs, nous n’en avons joué que 4 à domicile. C’est plusieurs facteurs qui font que le début de saison est compliqué dans un championnat très exigeant.
Quel est donc l’objectif fixé par le club ?
L’urgence immédiate c’est d’assurer notre maintien. Nous sommes tous focus sur le maintien mais nous avons des joueurs qui ne sont pas forcément conditionnés pour ça car la plupart était avec moi depuis la R2/R1. Il faut donc vraiment jouer sur cet aspect psychologique mais je suis plutôt confiant car nous avons un staff et un groupe de joueurs de qualité.
Sur le long terme, l’objectif est quand même de retrouver le National ?
Quand je suis arrivé, alors que le club était en R2, on m’a dit « On veut vite rejouer le vendredi soir… » Sous entendu, on veut vite retrouver le National. Mais je pense qu’il faut déjà savoir apprécier à sa juste valeur et digérer nos trois montées consécutives. Le club doit rester souder et continuer à se structurer à tous les niveaux. Il y a un vrai beau projet ici à Colmar.
José Guerra du tac au tac
Schiltigheim, Colmar : vous entrainez que les équipes qui jouent en vert ?
Oui… (Rire), le vert, c’est la couleur de l’espoir.
Retrouver José Guerra coach principal sur un banc, c’est possible ?
Pourquoi pas…
Meilleur souvenir de joueur ?
La montée en Ligue 1 avec le Racing Club de Strasbourg en 1991/1992.
Meilleur souvenir de coach ?
La saison 2002/2003 avec Schiltigheim. C’était ma seconde saison en tant que coach et nous réalisons une saison exceptionnelle. Montée en CFA et ¼ de finale de coupe de France dans un stade de la Meinau plein à craquer. Cumuler accession et épopée en coupe de France la même année c’est très rare.
Pire souvenir de coach ?
Une défaite au 7e tour de coupe de France avec Schiltigheim (CFA) 7-0 à domicile contre le club de Tampon (DH Réunion). Celle là on ne l’avait pas vu venir. Elle nous avait fait très mal.
L’équipe où vous avez pris le plus de plaisir à entraîner ?
J’ai pris du plaisir dans toutes les équipes que j’ai dirigées.
Le joueur le plus fort que vous ayez eu sous vos ordres ?
Stéphane Le Marchand à Schiltigheim. C’était un ancien joueur pro qui était dans la région de Strasbourg car il travaillait chez Adidas. Je vais le faire signer chez lui, dans son appartement, le dernier jour où il était encore possible de faire une licence. Un très bon joueur qui a grandement participé à l’aventure en coupe de France de 2002/2003.
Un joueur coup de coeur ?
Je vais faire des jaloux… (Rires). Cédric Hoffmann… Il fait partie de la famille. C’est mon fils spirituel !
Votre plus grosse colère ?
Il y en a eu beaucoup donc je n’en retiens pas une en particulier. Une colère, en tant que coach, c’est avant tout stratégique. C’est pour faire réagir les joueurs.
Votre style, c’est plutôt Guardiola ou Mourinho ?
Je dirais ni l’un ni l’autre. Je ne suis pas adepte de la possession pour la possession. J’aime bien avoir le ballon mais j’aime bien aussi trouver de la verticalité quand il le faut.
Qui va gagner la coupe du Monde ?
Je dirais la France ou le Portugal. Mon cœur balance car je suis né au Portugal (entretien réalisé la veille des ¼ de finale, Ndlr).
Photo de couverture : Ligue du Grand Est de Football
Photos : Jean-Marc Hedoin, Ligue du Grand Est de Football et Stadium Racing Colmar.
EXCLU – Pour la première fois depuis qu’il a été écarté de son poste d’entraîneur de Châteauroux (National) le 29 novembre dernier, Mathieu Chabert s’exprime ! Et il a choisi 13heuresFoot pour dire ce qu’il a sur le coeur.
Photo Philippe Le Brech
« Je ne suis pas un entraîneur classique. Je boite, je suis tatoué et je viens presque de nulle part… » nous disait Mathieu Chabert en 2019 lorsqu’il entraînait encore Béziers, le club de sa ville, qu’il avait emmené jusqu’en Ligue 2. Après avoir vu sa carrière pro brisée par une tumeur à la moelle épinière, il s’est lancé dans le coaching tout en devenant conseiller à Pole-Emploi. Un parcours atypique qui lui a donné « une certaine hauteur sur les événements. »
Après Béziers, Mathieu Chabert a participé à la reconstruction du Sporting-club de Bastia avec deux montées en deux ans, en National (2020) puis en L2 (2021). Ecarté de son poste en septembre 2021, il a ensuite rejoint Châteauroux (National). Mais le 29 novembre dernier, au lendemain d’une défaite (0-3) à domicile contre Le Mans, les dirigeants de la Berrichonne ont choisi de se séparer du coach âgé de 44 ans.
Après avoir réglé les modalités de cette séparation et juste avant de s’envoler pour retrouver sa famille en Corse, Mathieu a choisi 13heuresFoot pour s’exprimer en exclusivité pour la première fois depuis son départ de La Berri.
« C’est dans ces moments-là qu’on apprend le plus »
Photo Philippe Le Brech
Quel est votre sentiment après ce départ de Châteauroux ?
Je suis déçu car ce ne sont jamais des moments très agréables à vivre. Mais je ne suis pas aigri. Je n’en veux à personne. Je pars en bon termes avec le groupe United, Michel Denisot (président), Patrick Trotignon (directeur général), Julien Cordonnier (directeur sportif). On a essayé de trouver des solutions jusqu’au bout.
Après trois montées en quatre saisons avec Béziers et Bastia, c’est votre deuxième limogeage en quatorze mois. Comment le vivez-vous ?
Ce qui s’est passé à Bastia, je ne le considère pas comme un échec. On va donc dire que Châteauroux, c’est le premier échec de ma carrière car on n’a pas atteint les objectifs fixés. Mais c’est dans ces moments-là que tu apprends le plus. Châteauroux, c’est une bonne expérience qui me servira à être encore meilleur dans certaines situations futures. Je pense avoir été dans le vrai mais j’aurais pu faire encore mieux. Il y a une expression qui dit « soit je gagne, soit j’apprends ». Donc, j’ai appris… Je n’ai que quelques années d’expérience en Ligue 2 et National. J’espère donc être comme le bon vin en me bonifiant avec le temps.
Photo Philippe Le Brech
Pensez-vous avoir commis des erreurs ?
La première, c’est déjà de ne pas avoir effectué une pause plus longue entre Bastia et Châteauroux. Je n’ai pas pris le temps qu’il fallait pour digérer mon départ de Bastia. Mais c’est la première fois que cela m’arrivait d’être limogé. J’ai eu peur de ne rien trouver et je me suis un peu affolé… Ça a été trop vite. Après, pour un jeune entraîneur comme moi, c’est difficile de refuser la proposition d’un club comme la Berrichonne de Châteauroux. Un jour avant, le Red Star m’avait aussi appelé. Tout ça, ça s’est fait dans la précipitation. C’était une erreur de ma part.
A votre arrivée, vous avez appelé votre ami Karim Mokeddem comme adjoint. Pourtant, les choses ne se sont pas très bien terminées avec lui…
Je regrette vraiment d’être un peu brouillé maintenant avec Karim… Quand j’ai signé, j’ai eu un ou deux jours pour choisir un adjoint. Comme on en avait discuté tous les deux un peu avant, j’ai choisi Karim. Avec le recul, j’ai compris que je n’étais pas forcément prêt à replonger tout de suite. Je savais que Karim allait m’épauler et me soulager, ça été le cas. Mais j’aurais dû prendre le temps de mieux cadrer tout ça avant qu’on ne commence à travailler ensemble. J’étais trop éloigné du groupe, j’ai laissé beaucoup de place à Karim, qui a pris le relais, au point de ne pas trouver la mienne. Mais ce n’est pas de la faute de Karim, c’est de la mienne. J’ai beaucoup appris à ses côtés comme avec Maxence (Flachez, son adjoint cette saison qui a pris sa succession). J’ai eu zéro souci avec Maxence qui est un mec au top humainement. J’espère qu’il aura l’opportunité de continuer comme numéro 1 et qu’il réussira.
Photo Philippe Le Brech
On a évoqué la saison dernière. Mais depuis le mois d’août, Châteauroux n’a jamais décollé non plus…
Sur cette saison, je n’ai aucun regret. Je me suis investi à 2000 %. C’est durant cette période où j’ai pris conscience de beaucoup choses qui sont nécessaires pour être un entraîneur de haut-niveau. Mais ça n’a pas marché.
Pour quelles raisons ?
Je pense que le projet de jeu était cohérent. Mais on ne concluait pas nos actions. Il nous a manqué l’efficacité dans les deux surfaces. Aux « expected goals » (pourcentage de chances qu’une occasion se termine en but), on était pas loin de la tête. Je sais, c’est virtuel mais sur une saison, ça joue… Après, je suis d’accord. Si on n’a pas eu les points qu’on aurait dû avoir, c’est qu’il nous manquait quand même quelque chose.
Avec le maillot de l’AS Béziers. Photo Philippe Le Brech
Un buteur peut-être ?… De l’extérieur, le choix de vendre votre meilleur buteur Thomas Robinet à un concurrent direct (Nancy via Ostende) semble difficilement compréhensible…
C’était une volonté de dégraisser l’effectif. On a perdu beaucoup de joueurs, ce qui était un désir. Mais peut-être qu’on en a perdu trop… Mais j’ai validé ça. C’était un choix du groupe United, du club et je le savais dès le départ. Je devais faire avec ce que j’avais. A partir du moment où je l’ai accepté, je ne peux pas me plaindre après.
On a aussi l’impression que Châteauroux a souvent raté les matchs importants qui lui auraient permis de basculer sur le podium. Comment l’expliquez-vous ?
C’est difficile à dire. Mais c’est la réalité. On n’a jamais réussi à enchainer une série. Il a manqué ce déclic qui nous aurait permis de basculer et de rester durablement sur le podium. J’ai un match en tête. En décembre 2021, on est sur trois victoires consécutives et on va à Annecy qui est juste devant nous. On fait 0-0 ce qui n’est pas un mauvais résultat sur le fond. Mais on a eu une énorme occasion avec Thibaut Vargas. Si on marque, on gagne, on passe devant Annecy et on est sur le podium à la trêve. Je pense que si on avait gagné là-bas, c’est nous qui serions en L2 aujourd’hui.
Avec le maillot du SC Bastia. Photo Philippe Le Brech
Le style Mathieu Chabert, c’est aussi une communication souvent sans filtre. A Châteauroux, certaines de vos déclarations ont parfois été mal comprises par l’environnement …
On ne peut pas me reprocher de ne pas être resté moi-même. Mais ce qui s’est passé va aussi me servir de leçon. La communication externe , c’est l’un des secteurs où je dois peut-être évoluer. Ça fait partie des choses où j’ai beaucoup appris. Je ne vais pas me renier, je ne suis pas du style à faire de la langue de bois mais peut-être que parfois, je dois arriver à dire les choses différemment. J’ai compris qu’on doit adapter sa communication au club où l’on est.
Avec le maillot du SC Bastia. Photo Philippe Le Brech
Quel est votre programme pour les prochaines semaines. N’avez-vous pas peur de ressentir un vide, un manque ?
Déjà passer les fêtes de fin d’année en famille ! Ensuite, me reposer. Cela fait 18 ans que j’entraîne et je n’ai jamais eu plus d’un mois de repos. Après, j’irai visiter des clubs. Je vais aller voir comment Lens travaille, comment Nice travaille, comment Toulouse travaille, comment Concarneau travaille. J’ai eu Stéphane Le Mignan (entraîneur de Concarneau) au téléphone. Je suis admiratif de ce qu’il fait. Chaque année, on le dépouille de ses meilleurs éléments. Mais il arrive toujours à mettre en place un vrai projet de jeu. Je vais aller voir où ça gagne; ça va me permettre de me perfectionner pour progresser et évoluer.
Cela veut-dire que vous n’allez pas vous remettre immédiatement sur le marché ?
Non, je ne commettrai pas la même erreur qu’après Bastia. Sauf si je me sens prêt et qu’un projet que l’on ne peut pas refuser se présente à moi, je ne replongerai pas… Il y a donc plus de chance qu’on me revoit la saison prochaine.
Propos recueillis par Laurent PRUNETA / Mail : lpruneta@13heuresfoot.fr / Twitter : @PrunetaLaurent
Photos : Philippe Le Brech
Le directeur général de QRM (Ligue 2) passe en revue l’actualité et les différents dossiers, dont les projets de développement, les infrastructures, les ambitions sportives, les rapports avec le voisin du FC Rouen et la place de ce club singulier dans le foot professionnel.
Michel Mallet (président), Olivier Echouafni (entraîneur) et Arnaud Saint-André.
Il faudra bien un jour que les gens comprennent.
Il faudra bien un jour que le foot hexagonal sache que ces deux-là se sont fiancés en 2015, et se sont séparés en 2018, juste avant le mariage.
Non, Quevilly Rouen Métropole et le FC Rouen n’ont jamais fusionné, contrairement à ce que certains racontent ou semblent encore le croire. Ils se sont rapprochés, ils ont failli, mais non.
Et depuis quatre ans, chacun roule sa bosse de son côté, l’un, QRM, avec quand même beaucoup plus de réussite sportive que l’autre.
On ne va pas refaire l’histoire, ce serait bien trop long. Juste un résumé.
A Quevilly Rouen Métropole, l’histoire est en marche, même si l’ancêtre du club, l’US Quevilly, a déjà écrit de mémorables chapitres en coupe de France, avec deux épopées qui ont aiguisé son appétit (demi-finale en 2010 et finale en 2012) et fait ses lettres de noblesse.
Au Football-club de Rouen, l’histoire, elle, s’écrit avec un grand H, avec les plus belles heures en Division 1 (la dernière saison dans l’élite remonte à 1984-95) et aussi les pires comme ces trois dépôts de bilan (1995, 1998 et 2013), le tout saupoudré d’une indéfectible popularité.
Quand on a dit ça, on a presque tout dit. Et quand on sait ça, on comprend mieux pourquoi, parfois, ça « frite » un peu entre les deux camps, côté supporters.
Le mois dernier, ceux de QRM ont été « accueillis » par leurs homologues du FC Rouen après un match de championnat à Amiens. Dans le clan QRM, on parle « d’agressions ». La nuit qui a suivi, le bungalow où les supporters du FCR stockent leur matériel a été vandalisé… Ne nous faites pas écrire ce que nous n’avons pas écrit.
Un contexte particulier
La tribune Horlaville du stade Diochon.
Cette rivalité entre les deux entités, née surtout d’une frange de supporters des « Diables rouges » (FCR) qui n’ont jamais digéré que le voisin empiète sur leurs plates bandes et que Michel Mallet, l’homme de tous les succès de QRM, veuille un grand club professionnel, celui de la Métropole rouennaise, en y rattachant le FCR et en accolant le nom « Quevilly » en tête de gondole, a resurgi à un moment où les deux clubs ne vont pas trop mal sportivement.
Le FC Rouen, qui cherche à remonter en National, est 3e en N2, à seulement 3 points du leader, le Racing, qu’il vient tout juste de recevoir (2-2).
Et QRM, pour sa troisième saison en Ligue 2 depuis sa création en 2015 – le club était encore en National 2 au moment de sa création -, est plus que jamais focalisé sur un deuxième maintien consécutif (les joueurs d’Olivier Echouafni sont 13es après 15 journées et 18 points) et fourmille de projets.
Ce contexte particulier, le directeur général de QRM, Arnaud Saint-André, arrivé en avril 2021 pour remplacer Benoît Delon, parti deux mois plus tard à Sochaux (L2), doit composer avec. Tous les jours.
Le Strasbourgeois de 31 ans – un âge qui en fait le plus jeune DG d’un club pro en France ! – l’a avoué : à son arrivée, il ne connaissait pas « l’historique », ou plutôt le passif, entre les deux clubs. Son regard neuf et son recul sont un avantage dans des situations de tension, même si, avec son club, « l’ancien » secrétaire général du Stade Malherbe de Caen (2018-2021), qui a effectué ses premières armes au Paris FC, en L2 (2017-18), a largement de quoi s’occuper.
Juste avant de prendre la route pour Deauville, hier matin, afin de retrouver les joueurs et le staff, partis en stage (QRM y disputera un match de préparation, à huis clos, demain – samedi 10 décembre – à Diochon à 16h face à Laval), Arnaud Saint-André a évoqué les sujets qui ont fait ou font l’actualité de son club : Irlès-Mercadal-Echouafni, les trois coachs qu’il a connus en seulement 19 mois, l’arrivée d’un directeur sportif l’été dernier, les infrastructures (Diochon, le siège administratif, le terrain d’entraînement), les objectifs sportifs, le centre de formation. Oui, on allait oublier, et le FC Rouen bien sûr aussi !
« On doit développer nos infrastructures »
Avec Philippe Blot (à droite), président du conseil de surveillance de QRM.
Arnaud, faisons un petit flashback : comment es-tu arrivé dans le milieu du football ?
Je suis arrivé dans le foot de manière imprévue, car c’est vrai que je n’étais pas destiné à travailler dans ce milieu. En fait, je travaillais dans un cabinet d’avocats à Paris, dans le Droit des affaires, et je me suis rendu compte que ce n’était pas ce que j’avais envie de faire. Je voulais aller dans le sport. Je voulais associer le Droit avec ma passion. En fait, j’ai grandi à 300 mètres du stade de la Meinau, à Strasbourg, et quand le club, mon club de coeur, le Racing, est tombé en CFA2, en 2011, ça m’a donné envie de suivre le foot de près, de l’intérieur. Un jour, j’ai rencontré un ancien professeur que j’avais en droit, Marc Ferracci, le fils de Pierre Ferracci, le président du Paris FC. Et Marc me dit que le club a besoin de se structurer, car il venait d’être repêché en Ligue 2, du coup, il a envoyé mon CV à son père, et deux semaines après j’étais au PFC où j’ai eu une très belle relation avec le manager général, Pierre Dréossi, qui m’a pris sous son aile. Il était dans la transmission et m’a fait travailler sur tous les dossiers, et il y en avait beaucoup à ce moment-là au Paris FC, avec le centre de formation, le centre d’entraînement qui s’est créé à Orly ou encore l’avancement du projet de fusion des féminines avec Juvisy, qui se passait moyennement. Du coup, j’ai participé à a structuration du club en Ligue 2 et géré la partie juridique.
Tu n’es resté qu’une saison, au Paris FC…
J’ai eu une autre opportunité. Avec Paris FC, ça aurait pu durer plus longtemps, en même temps, j’avais aussi envie de voir un club plus structuré, et puis le contexte parisien était difficile. J’ai rencontré Arnaud Tanguy, le directeur général du Havre, qui cherchait quelqu’un pour son club, sauf qu’il a transité vers Caen, et c’est comme ça que je me suis retrouvé au Stade Malherbe où je suis resté trois ans. Caen, c’était la Ligue 1 (le club est tombé en L2 en 2019), un club bien installé. Arnaud Tanguy m’a lui aussi pris sous son aile et m’a appris le métier de directeur général. J’ai commencé à toucher à l’aspect juridique, aux ressources humaines, je suis devenu son bras droit en quelque sorte. Lui et Pierre Dréossi, ce sont les deux rencontres majeures qui m’ont permis d’évoluer dans ce milieu. Je suis toujours en contact avec eux. J’ai des gardé des relations fortes avec eux.
« A QRM, je retrouve un peu la même situation qu’au PFC quand je suis arrivé »
Comment as-tu atterri à QRM ?
Le foot est un métier de rencontres humaines, de relations. Je m’étais fixé un cycle de 3 ans à Caen. Mon épouse était à Paris, et d’un point de vue familial, j’avais aussi envie de retrouver un équilibre. L’opportunité de QRM s’est présentée, avec le départ de Benoît Delon. J’ai totalement adhéré aux messages des dirigeants, notamment de Michel Mallet, le président, et Philippe Blot, le président du conseil de surveillance, avec qui nous partageons les mêmes valeurs et la même ambition, celle de structurer un club. En fait, à QRM, je retrouve un peu la situation que j’ai découverte en arrivant au PFC, où il y avait tout à bâtir, où on partait un peu d’une feuille blanche au niveau des infrastructures, qu’il a fallu développer.
Le foot, un milieu de réseau, donc. Tu confirmes ?
Oui, enfin, je pense surtout que c’est un milieu fermé, où il y a une forte concurrence, après, il faut de la chance et aussi provoquer cette chance. Bien sûr, il faut aller vers les gens, c’est un milieu d’affaires, entre guillemets, où tout le monde se connaît. Après, je ne suis pas spécialement quelqu’un qui réseaute. J’ai une formation juridique poussée, des compétences en matière de gestion, donc, avant tout, c’est tout ça qui doit parler. Après, oui, le réseau est indispensable.
« Quand on voit tous les projets que l’on a à mener… »
Hier, les joueurs et le staff de QRM, en stage à Deauville, ont participé à une soirée bowling.
Entre travailler dans un cabinet d’avocats et dans le milieu du foot, où l’instabilité règne, où ça bouge et change sans cesse, ça ne te fait pas peur ?
Je connais cette instabilité qu’il y a dans le foot, après, je considère qu’on choisit les projets dans lesquels on va et les hommes avec lesquels on travaille. On connaît les enjeux, on est soumis à une certaine pression, mais ici, à QRM, je sens des dirigeants qui font confiance, au staff, aux personnels administratifs, et qui ont envie de travailler dans la durée, ce qui est une condition pour réussir. Et quand on voit tous les projets que l’on a à mener…
En tout cas, moi, j’ai envie de m’inscrire dans la durée. En fait, ici, je pense avoir trouvé le bon rôle, celui qui me correspond le mieux, un projet dans la durée, une feuille blanche et une envie de travailler avec des gens que j’apprécie. Tous les critères sont réunis.
Connaissais-tu QRM avant de venir ?
Non, mais lors de la saison au Paris FC, en Ligue 2, avec Fabien Mercadal justement, on avait affronté QRM, mais voilà, je ne connaissais pas le club plus que cela… Je ne connaissais pas la rivalité entre le FC Rouen et Quevilly Rouen Métropole.
Depuis votre arrivée, voilà 19 mois, vous avez déjà « consommé » trois coachs… C’est beaucoup non ?
Oui et c’est vrai que je me suis posé la question : qu’est ce qui veut ça ? Tout d’abord, Bruno (Irlès) a eu cette opportunité d’aller à Troyes. Fabien (Mercadal), c’est différent, ce sont des raisons personnelles qui l’ont conduit à arrêter. En fait, ce sont des faits inhérents au monde pro, mais en même temps, c’est valorisant de voir que Bruno est parti en Ligue 1, ça montre que QRM ne s’était pas trompé avec lui, que le club peut servir de tremplin pour aller plus haut.
« Avec le départ d’Irlès, on a vu la force de réaction de nos dirigeants »
Entraînement sur le terrain de la ferme, qui jouxte le stade Diochon.
Au club, le départ soudain de Bruno Irlès a été mal digéré par certains, est-ce aussi votre cas ?
Son départ a été difficile sur le moment, c’était pendant la trêve de Noël, l’année dernière, en plein milieu de la saison, à un moment où tout se passait bien, qu’on performait avec lui. Et par rapport à tout ce que l’on avait bâti… On travaillait vraiment bien ensemble, également avec Michel Mallet et Philippe Blot, et voir s’écrouler tout ça en une semaine, ce fut difficile à digérer, mais avec le recul, je le comprends, je comprends et je respecte son choix.
Un club ne prévoit pas de perdre son entraîneur, pilier du projet, et quand ce moment compliqué et inattendu arrive, on doit réagir : là, on a vu la force de nos dirigeants, qui ont su le faire à ce moment-là. On en a surtout tiré des enseignements et une conclusion, car on s’est aperçu qu’avoir un coach qui avait les clés du sportif, comme c’était le cas avec Bruno, ce n’était pas forcément ce que l’on souhaitait dans le cadre de la structuration du club. On a donc recruté en CDI un directeur du recrutement, l’été dernier, Julien Converso, en provenance d’Orléans. Avoir quelqu’un avec une base de données, qui cherche des joueurs, c’est une avancée ultra-importante. Bien sûr, l’entraîneur reste partie prenante dans le recrutement mais on sait qu’on a maintenant Julien qui est en mesure de donner des noms, de recruter.
Du coup, pour remplacer Bruno Irlès, l’arrivée de Fabien Mercadal, côtoyé au PFC et à Caen, c’est toi ?
Oui, mais Fabien avait déjà été en contact par le passé avec le club, au moment d’ailleurs où Bruno avait été choisi, et je sais qu’il avait eu un bon contact avec Michel Mallet. En fait, d’abord, on a sondé le marché, il y avait des coachs qui ne souhaitaient pas reprendre une équipe en cours de saison, et Fabien collait totalement au club par rapport à ses valeurs et son exigence technique. J’ai eu beaucoup de plaisir à retravailler avec lui pendant ses six mois et il nous a maintenus en Ligue 2 donc on a atteint notre objectif. On est passé par les barrages, c’est vrai, mais il a été très serein et a très bien géré cette période-là.
Comment s’est déroulée la venue d’Olivier Echouafni ?
Fabien (Mercadal) nous avait prévenus assez tôt qu’il ne continuerait pas, donc on a pu avancer assez rapidement sur une liste de coachs. Avec Julien Converso, on a couché 6 ou 7 noms sur une liste, on les a rencontrés, et on en a conservé 3, que l’on a présentés à Michel Mallet. Personnellement, j’avais apprécié l’exigence d’Olivier et les valeurs qu’il dégageait, sa connaissance du très haut niveau. On a pensé que son expérience et ses connaissances du haut niveau pouvaient faire progresser le club. On est assez souvent d’accord, avec le président, et son nom est ressorti du lot. La décision a été totalement partagée.
« J’ai vu une montée en puissance du groupe »
QRM est 13e après 15 journées, et a même un point de plus que la saison passée au même moment (18 contre 17) : le maintien en Ligue 2 est en bonne voie…
On s’est fixé sur ces 2 exercices, 2022-23 et 2023-24, de se maintenir en Ligue 2 mais avec 8 descentes en 2 ans, 4 par saison, pas de barrages, on sait que ça va être compliqué, mais on considère que le travail de recrutement effectué au mercato l’été dernier par le directeur sportif, ainsi que le choix du coach, vont payer. On a les ingrédients pour réussir. Et puis j’ai vu une montée en puissance du groupe, donc je ne peux être qu’optimiste.
Après trois saisons compliquées sportivement à Caen et un maintien in extremis à QRM, tu n’as pas envie, enfin, de vivre une saison plus « cool » ?
J’ai appris qu’en football, une saison cool, ça n’existe pas, même quand tu es en haut de tableau, comme c’était le cas avec le Paris FC, en Ligue 2, là, le stress est tout aussi important. Le foot est un un milieu difficile, on a sans cesse des projets à réaliser, on passe par des périodes de résultats plus ou moins bons, et au contraire, si on considère que c’est cool, cela devient problématique, ça peut rapidement conduire à ce que la situation devienne beaucoup mois cool justement. Il faut faire attention.
Un mot sur la rivalité entre le FCR et QRM, avec ton regard neutre et ton recul ?
Honnêtement, dans les bureaux, ça se passe très bien entre les deux clubs. Comme je viens de l’extérieur, je n’ai aucun a priori. Les dirigeants et les coachs se parlent quotidiennement, le climat est très apaisé, et de toute façon, on doit collaborer car on partage le stade Diochon. Après, il y a tout un contexte, qui n’est pas propre aux supporters de QRM ou du FCR, qui est national, on le voit bien. Pour moi, même si l’on ne doit pas minimiser ce qui s’est passé récemment, et que l’on en a fait beaucoup, c’est un épiphénomène. Je pense que chaque club doit gérer son groupe de supporters. Nous gérons le notre et on a reçu ceux qui se sont mal comportés de notre groupe, on ne veut pas qu’ils fassent ce que fond certains en France. Les choses vont rentrer dans l’ordre.
« L’une des forces de QRM, c’est son équilibre financier »
Un mot sur les chantiers du club ?
Tout d’abord, on a ce projet de centre de formation. Aujourd’hui, on préforme des joueurs qui partent dans des clubs normands ou nationaux, alors qu’on a une très bonne formation à l’association QRM, qu’il faudrait valoriser à l’échelle professionnelle chez nous. Ce chantier, on aimerait le voir rapidement aboutir. Après, il y a le chantier des installations : nous n’avons qu’un seul terrain d’entraînement, le terrain de la ferme, à côté de Diochon, et c’est insuffisant pour un club professionnel. On doit évoluer là-dessus. On a plusieurs pistes, mais rien de concret encore, on connaît la difficulté du foncier à Rouen. On a plusieurs hypothèses et on aimerait, d’ici début 2023, avoir une piste très concrète pour avancer pour envisager à moyen termes cette installation. Ensuite, on est sensible au football féminin et on aimerait que notre équipe filles accède à la nouvelle Division 3. Enfin, au niveau du stade Diochon, on a ce projet de refonte à l’horizon 2024 de la tribune Lenoble, en face, avec l’installation des bureaux administratifs et de nouvelles entrées pour le public, et aussi, dans la tribune d’Honneur, la tribune Horlaville, des nouvelles loges en dessous des loges déjà existantes.
La tribune Lenoble du stade Diochon.
Tu en penses quoi du stade Diochon ?
Il a du charme mais il a besoin d’évoluer en termes d’accessibilité, de stationnement, il n’est pas fermé, il fait froid, mais ce n’est pas un frein pour le club, on s’adapte !
Selon toi, la place de Quevilly Rouen Métropole dans l’échelle du foot français, c’est où ?
On est en Ligue 2 depuis deux ans, et c’est seulement la troisième saison de son histoire à cet échelon depuis la création du club. On sait qu’en National, par exemple, c’est dur de faire avancer des projets. QRM, lui, a une force, c’est son équilibre financier qui est assuré et qui permet de bien voir l’avenir. C’est cet objectif de s’installer en Ligue 2 qui va nous permettre d’accélérer les choses au niveau du centre de formation et en termes d’infrastructures, c’est pour ça que l’on parle de 2024 pour le développement de ces deux objectifs. Après, voir plus haut, aujourd’hui, on ne va pas se mentir : il y a un championnat de Ligue 2 à deux vitesses. Pour l’instant, on joue le maintien, de par notre budget déjà, qui se situe entre le 15e et le 20e, même si il y a toujours des aléas sportifs, on l’a bien vu la saison passée avec l’AC Ajaccio qui est monté en Ligue 1 avec le 16e budget du championnat. Il faut aussi que l’on développe notre capacité commerciale. Jouer la première partie de tableau, pour l’heure … ça doit passer par la concrétisation de nos projets en cours. Mais tout d’abord, je le répète, consacrons nous au développement de nos infrastructures et ensuite, faisons un joli club de Ligue 2 qui, pourquoi pas, pourra prétendre un jour voir plus haut.
Texte : Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Twitter : @BOYERANTHONY06
Photos : Quevilly Rouen Métropole
Place forte du football normand, l’USFF a vécu ses plus belles heures dans les années 90, lorsqu’il évoluait en National 1, l’ancêtre du National, et brillait en coupe de France, avant de vivre des heures beaucoup plus difficiles. Aujourd’hui, le club, tombé en Régional 3 et tente de se reconstruire, malgré de nombreux écueils.
Quand le stade René-Gayant affichait complet…
Un passé riche et glorieux, parsemé de rebondissements, de hauts et de bas, de constructions, de chutes, de reconstruction. Voilà résumée l’histoire de l’US Fécamp, l’un des doyens des clubs normands, fondé en 1903.
C’est dans la décennie 90 que les plus belles pages de son histoire ont été écrites. Nous sommes un peu avant, dans les années 80. Fécamp est un club important, qui joue en Division 3 (de 1984 à 1993), un niveau élevé pour une ville de cette ampleur, de moyenne importance (environ 20 000 habitants).
EN 1994-1995, Fécamp avait terminé 4e en National 1, son meilleur classement.
C’est avec l’arrivée de l’emblématique Jacky Colinet à la tête de l’équipe fanion que « surperforment » ensuite ceux que l’on surnomme les « Mephistos ».
Pourtant en proie à de grosses difficultés financières, le club, tout proche du dépôt de bilan, est « sauvé » par les résultats sportifs et cette fabuleuse montée en National 1 en 1993, année de la création de ce nouveau championnat, intercalé juste derrière les deux divisions professionnelles (D1, D2) et la Division 3, qui deviendra le National 2 (ou CFA).
Des épopées mémorables
Laurent Droniou, joueur emblématique de Fécamp.
Le National 1, c’est l’acte de naissance d’une génération qui marque à jamais l’histoire du club et dont certains sont aujourd’hui des témoins privilégiés à l’USFF. C’est le cas de Laurent Droniou, joueur « fondamental » de l’US Fécamp de 1985 à 2001, de retour dans « son » club depuis 4 ans au poste d’entraîneur de l’équipe seniors féminine, où évolue notamment sa fille.
l’US Fécamp des années 90.
Surnommé « Ti bob », il est présent lors de tous les succès fécampois de la période faste, qui voit le club étoffer son palmarès de manière conséquente : trois « Coupes » de Normandie (1990, 1992 et 1993) et surtout des épopées mémorables en coupe de France, avec trois participations aux 16es de finale en 1991, 1995 et 1997. « J’ai joué trois 16es de finale de la Coupe de France en six ans contre Nantes, Châteauroux et le PSG, ce sont de très bons souvenirs, c’était quelque chose d’incroyable, raconte Laurent Droniou, qui n’a rien oublié de l’engouement suscité par Dame Coupe; Et puis c’étaient des matchs exceptionnels avec un engouement de la ville, c’était incroyable ! On déplaçait 10 000 ou 12 000 personnes pour des affiches délocalisées au Havre, à Deschaseaux ».
En 1997, Fécamp avait tenu la dragée haute au PSG en coupe.
C’est vrai que Fécamp a eu la chance de disputer l’une de ces rencontres face au Paris-Saint-Germain sur la pelouse du HAC (0-2, le 8 février 1997) !
Marqué par cette historie d’amour avec l’épreuve reine, « Ti bob » ne peut cependant s’empêcher de parler d’un moment inoubliable, l’accession en National 1 : « Pour moi, le souvenir le plus mémorable, c’est la montée en National 1. » Un échelon que Fécamp fréquente pendant 4 ans, avant de descendre en CFA en 1997.
Des personnalités marquantes
Aldo Angoula, sous le maillot de Fécamp (CFA) en 2001-02. Photo Philippe Le Brech
« Les joueurs qui m’ont marqué, c’est Pascal Pain, qui a fait les beaux jours du Havre avec cette accession en Ligue 1; il est venu finir sa carrière chez nous, c’était vraiment un joueur hors pair, se souvient Droniou au moment d’évoquer quelques-uns de ses anciens coéquipiers. Et puis je peux ajouter aussi Robert Malm, qui commente aujourd’hui les matchs sur beIN Sports. Il arrive chez nous en provenance de Lens je crois, et après il est parti à Brest où il est devenu professionnel ».
Claude Pollet, président emblématique entre 1970 et 2001
De nombreux autres joueurs « marquants » ont porté la tunique rouge et noire. « Les joueurs de club », comme les appelle Laurent Droniou : « Je pourrais en citer plein, Fabrice Zurita, Franck Vincent, « La Mouche » le surnom de Frédéric Demouchy. »
On pourrait rajouter à cette longue liste ceux du Havrais Aldo Angoula, qui a commencé à Fécamp avant de connaître la L1 (Evian Thonon Gaillard) et la L2 (Boulogne, Châteauroux), Olivier Davidas (Le Havre, D1) au début des années 2000, Jean-Marc Sibille (Beauvais, Wasquehal, L2) ou encore Jean-Pascal Mignot (Auxerre, L1).
Jacky Colinet, l’architecte et l’instigateur
Jacky Colinet en 1999-2000. Photo Philippe Le Brech.
Mais s’il est un nom qui ressort à l’évocation de cette période faste, c’est bien celui de Jacky Colinet.
D’abord joueur, il devient en 1988 l’entraîneur principal de l’équipe première, poste qu’il occupe jusqu’en 2001 et son départ à Boulogne-sur-Mer. C’est l’architecte, l’initiateur, l’homme de base. Et il reste dans les mémoires de tous les Fécampois comme celui capable de sublimer son équipe, de tirer le meilleur de chaque joueur, d’insuffler une véritable culture de la gagne.
« Jacky, c’était un autodidacte qui n’avait quasiment aucun diplôme et qui a fait monter le club en National ! Un véritable entraîneur de club » témoigne Laurent Droniou (Jacky Colinet est décédé en 2012 à l’âge de 58 ans).
Le président de l’époque, Claude Pollet (1970-2001), a lui aussi marqué le club de son empreinte. Il était reconnu pour sa très grande implication, son sens du travail.
Une recette très efficace
Frédéric Demouchy, l’un des joueurs emblématiques des années 90. Photo Philippe Le Brech
Deux éléments ont rendu cela possible. Le premier, la longévité de ce groupe majoritairement composé des mêmes joueurs depuis plusieurs années, qui se connaissaient parfaitement et avaient développé un véritable esprit de camaraderie. Le club s’appuyait sur des valeurs bien ancrées : « L’amitié, le dépassement de soi, l’humilité, poursuit « Ti bob »; parce qu’on se souvenait tous d’où on venait et on savait se remettre en cause. On s’entendait bien et on avait un super esprit d’équipe, on était soudé. Il y avait une vraie cohésion. »
L’équipe seniors de Régional 3.
Il insiste : « Ces valeurs, évidemment, nous ont permis de nous dépasser puis d’atteindre les objectifs qu’on croyait impossibles à atteindre. On était une équipe vraiment très soudée capable de se battre les uns pour les autres ».
Le second élément, c’est bien entendu Jacky Colinet. Un homme capable de bonifier et d’optimiser les qualités de ses joueurs qu’il connaissait par cœur : « Avec Jacky, on avait un super entraîneur qui nous permettait de nous dépasser. Il savait parfaitement utiliser les points forts de chaque joueur ».
Un club rattrapé par la réalité
L’équipe seniors féminines, entraînées par Laurent Droniou.
Après le passage de cette génération dorée, il a fallu se reconstruire du côté des « Mephistos », avec une quantité de départs à l’aube du XXIe siècle. Le renouvellement n’a pas été suffisamment qualitatif et quantitatif pour redynamiser le club. Laurent Droniou revient sur la longévité et la continuité, des notions qui ont disparu : « À l’époque, dans mon équipe, la plupart des joueurs a joué 8 à 10 saisons tous ensemble. Il y avait de quoi construire. Aujourd’hui, ce n’est plus possible, la moitié de l’équipe part chaque année ».
Le football moderne pousse les joueurs à réaliser des choix de carrière différents et pour un club comme Fécamp, cela devient complexe de mettre en place un projet viable. « C’est difficile de construire quand ça change tout le temps ».
Un engouement qui retombe, un soutien financier insuffisant, le club n’avance plus. Pire, il recule. Et les infrastructures deviennent problématiques : « Aujourd’hui, on a un demi-terrain synthétique pour toutes les équipes, les autres terrains ne sont pas en bon état, les installations, les vestiaires tout ça, c’est compliqué. C’est difficile d’avoir des ambitions quand on n’a pas d’installations ».
Un frein pour pour la progression des équipes et pour le développement de ce club familial où l’amitié, la convivialité, le plaisir de partager et de se retrouver restent des priorités. Un club qui a envie d’avancer mais dont les moyens mis à disposition sont limités, et en pleine phase de reconstruction après une chute en mai dernier en Régional 3.
Repartir de l’avant
Cette saison, l’USFF est repartie sur de nouvelles bases. Un nouveau président, Sébastien Renault, est arrivé avec des ambitions élevées. Il succède à Sylvain Guérin. L’entraîneur de la R3, Johann Jamet, ancien joueur du club à la fin des années 90, passé aussi par Bois-Guillaume et Dieppe, a quant à lui la volonté de très vite remonter en R2.
Les autres formations ont également de beaux défis à relever. L’équipe réserve, pensionnaire de Division 2 de district, entend jouer les premiers rôles. Une troisième équipe seniors a également vu le jour.
Sous la houlette de Laurent Droniou, l’équipe féminine seniors à 11 poursuit son développement et fait déjà très belle figure, avec les valeurs fécampoises que l’ancien joueur tente d’insuffler : « Ce que je transmets aux filles, c’est de se faire plaisir, mais aussi l’humilité, se rappeler que dans le foot, rien n’est jamais gagné ». Des éléments qui font écho à la période dorée et aux mots d’ordre de Jacky Colinet. Le dépassement de soi, la passion, la solidarité et l’esprit d’équipe sont des éléments qui comptent pour les fans de longue date.
Un club tourné vers la formation et la jeunesse
Les U18 du club
Depuis plusieurs années, le club met l’accent sur la jeunesse et sur la formation des enfants de la région : « Le but est de former des éducateurs et de faire jouer les jeunes » affirme Laurent Droniou, lui-même éducateur réputé depuis une vingtaine d’années.
Il rappelle même les notions fondamentales qu’un éducateur se doit de transmettre : « Le travail, ça c’est une évidence, l’entraînement, la confiance en soi et puis surtout le plaisir. Le plaisir de jouer après les années covid ».
Victor Lekhal, en visite à Fécamp lors d’un stage, en partenariat avec le HAC.
Aujourd’hui, toutes les catégories sont représentées, souvent avec plusieurs équipes, des U6-U7 jusqu’aux U18 régionaux. Et l’USFF n’hésite pas à élargir son champ d’activités : quatre joueurs de moins de 18 ans se sont envolés pour la Coupe du Monde de tennis-ballon en Turquie !
Lucas Elsner, coach du HAC, en visite à Fécamp
L’accent est aussi mis sur la promotion des activités pour les plus jeunes avec des stages pendant les vacances où le lien entre l’USFF et le HAC est mis en avant. Les deux clubs historiques sont très proches et ont notamment partagé la carrière de plusieurs hommes importants du football normand.
C’est le cas de Victor Lekhal, qui est né puis a grandi à Fécamp avant de rejoindre, très jeune, le HAC, où il est désormais le capitaine et un pilier du leader de Ligue 2, et de David Martot, né à Fécamp, qui a connu une carrière pro au Havre avant de la conclure au club fécampois, où il est devenu entraîneur (jusqu’en 2021).
Aujourd’hui, le souhait de l’USFF reste de faire grandir et d’accompagner un maximum de jeunes fécampois sous les couleurs rouges et noires et de retrouver, petit à petit, la route du succès.
Vidéo : le résumé du match historique en coupe de France face au PSG
Photos : DR, USFF, Bernard Morvan et Philippe Le Brech
Le président du CS Sedan Ardennes (National) est en passe de finaliser son immense et ambitieux projet sociétal autour du sport, de la santé et de la jeunesse. Un projet économique original et innovant, directement lié à à la pérennité de ce club historique.
Photo Arnaud Gratia.
Marc Dubois donne peu d’interviews, et quand il en donne, généralement, ce n’est pas par forfanterie. Le chef d’entreprise – il dirige le groupe Aplus, qu’il a fondé en 1989, spécialisé dans le bien être et la santé – n’a pas besoin de publicité. D’ailleurs, il n’en cherche jamais. Et l’une des rares fois où il fut sur le devant de la scène, cela a nui à la fois à son image et à celle du club qu’il a repris en CFA2 en 2013, après la liquidation judiciaire prononcée par le tribunal de commerce de Sedan. C’était lorsque le prince Fahad bin Khalid Faisal, le neveu du roi d’Arabie Saoudite, devait entrer au capital de la SAS.
Il était alors question d’un partenariat avec le club de Flamengo au Brésil, de gagner la Ligue des champions (si, si ! le Prince l’a dit dans un entretien accordé à So Foot !), de la présence d’Edinho, le fils du roi Pelé himself, partie prenante du projet, et d’un investissement de 50 à 60 millions d’Euros pour bâtir un tas de projets autour de la formation, de la santé, de l’hôtellerie, du tourisme et du foot. C’était en 2016. C’était hier.
Depuis, le Club Sportif Sedan Ardennes, propriété du groupe Aplus, a connu les montagnes russes, avec des bas, comme cette relégation en National 2 à la dernière journée, en mai 2017, contre Avranches (1-4), et aussi des hauts, comme cette incroyable série de 13 victoires consécutives en National 2 en 2019-2020, qui n’a malheureusement pas suffi à empêcher le Sporting-club de Bastia d’accéder en National après l’arrêt des championnats décrétés par la FFF pour cause de Covid, en mars 2020. Accession finalement intervenue la saison suivante, grâce à un repêchage.
Avec Marc Dubois, l’on n’a pas beaucoup évoqué le volet sportif. La discussion a essentiellement porté sur l’aspect économique et l’immense projet qu’il nourrit depuis de nombreuses années et qu’il pense enfin pouvoir mener à son terme. Un projet à la fois sportif, sociétal, dont la base est l’ouverture du capital à de nouveaux actionnaires.
« On doit être le club des Ardennes transfrontalières »
Photo Claude Lambert.
Sportivement, après un début de saison difficile, l’équipe d’Olivier Saragaglia a remonté la pente : vous respirez un peu mieux ?
Cela a été très dur en début de saison, on était relégable mais on est sorti de la zone rouge. Néanmoins, on sait que ça va être difficile, car je trouve qu’il y a une grosse homogénéité dans ce championnat où aucune équipe n’est décrochée, on le voit avec des résultats comme celui de Saint-Brieuc, dernier, qui, récemment, est allé gagner à Versailles, chez le 2e. J’espère simplement que l’on va pouvoir compter sur notre effectif au complet car on a eu beaucoup de cartons et beaucoup de blessés (entretien réalisé avant la défaite à Versailles 2-0 et avant la blessure de l’attaquant Jérémy Bekhechi).
Vous le trouvez comment, ce National, par rapport à celui que vous aviez déjà connu entre 2015 et 2017 (Sedan est remonté en 2021) ?
Il n’a plus rien à voir. Je ne suis pas certain qu’il y ait beaucoup d’écart ente le club de Sedan cette année et celui que l’on a récupéré en 2013 après sa dernière saison en Ligue 2. Quand vous voyez les joueurs qu’il y a en National, le niveau est très relevé, et ça s’est vraiment professionnalisé, d’ailleurs, c’est l’objectif de la réforme : il ne restera plus beaucoup de clubs qui ne soient pas professionnels, c’est de toute façon mécanique avec les 4 descentes de L2, deux ans de suite, et ça va être très dur de monter les échelons, car les clubs qui descendent vont être « blindés » financièrement, et conserver de gros budgets grâce à l’énormissime accompagnement de la LFP.
Le coeur et les sentiments
Aux côtés de l’acteur Christophe Lambert. Photo Arnaud Gratia.
Concrètement, l’objectif, c’est au moins la nouvelle Ligue 3 en 2024, si celle-ci voit le jour ?
On avait dit en début d’année qu’on allait essayer de remonter en Ligue 2 sur les 3 saisons qui viennent; ça peut paraître prétentieux quand on voit les noms des autres clubs. Après, c’est sur que si on devait repasser par la case National 2, ça serait très compliqué, car même à ce niveau, on trouve des clubs à très gros budgets et qui ont des ambitions énormes. L’avantage que l’on a, ce sont les infrastructures, c’est fondamental, même si le stade Dugauguez nécessite de l’entretien et même si la valeur ajoutée est quasi nulle car depuis 2013, on a dépassé une fois les 10 000 spectateurs. Mais ça reste un poids en moins par rapport à certains clubs qui imaginent monter ou se maintenir en Ligue 2 mais qui souffrent au niveau de leurs infrastructures. On a aussi la chance d’avoir les installations à Montvillers pour nos entraînements, où on a fait des travaux sur le terrain en herbe qui devrait être praticable les jours de neige ou de gel, ce qui n’était pas le cas avant, et ça nous a obligés à nous entraîner à gauche et à droite sur des synthétiques. Maintenant, il faut développer l’attractivité, faire venir les gens, quand vous imaginez qu’on a un stade de 23 000 places pour une ville de 16 000 habitants…
Avec le directeur sportif, Julien Fernandez, et Roger Lemerre, coach en 2015-2016. Photo Arnaud Gratia.
Effectuons un retour en arrière : en 2013, pourquoi reprenez-vous le club ?
Tout d’abord, je n’aurais pas choisi un autre club si cela n’avait pas été Sedan. Ce sont donc pour des raisons de coeur, car dans les années 60, nous vivions à 200 mètres du stade, sur l’Avenue De Gaulle, il n’y avait rien entre nos bâtiments et l’ancien stade Emile-Albeau, c’étaient des prairies remplies d’eau ou de glace, et on jouait là. On a connu toute la période de la Division 1. Mon premier souvenir, c’est la finale de la coupe de France de 1961 avec le titre (il avait alors 8 ans). Je ne l’avais pas vue, mais je me souviens d’avoir croisé des gens avec mon père qui ne parlaient que de ça, et dès 1961, quand on a joué la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe, contre l’Atletico Madrid. Et après ça, j’ai enchaîné tous les matchs jusqu’à ce que je quitte Sedan pour aller en faculté. On ne ratait pas un match. Donc il y a cette dimension sentimentale. Et puis, les politiques m’ont fait venir, mais ils m’ont vendu un projet basé sur un partenariat avec des Saoudiens, qui étaient théoriquement bouclé. Donc je me suis dit qu’amener des capitaux de cet nature-là dans les Ardennes pouvait être intéressant. On s’est ce qu’il est advenu après…
Vous avez repris le club en CFA2 en 2013, alors que quelques semaines plus tôt, il était en Ligue 2….
J’avais fait effectuer un audit du club , c’était assez catastrophique. J’avais de gros doutes sur la fiabilité des documents comptables que l’on m’avait donnés. Beaucoup de choses n’étaient pas indiqués. Le club avait 11 ou 12 millions d’euros de passif, vous vous rendez compte ? On nous avait cachés ça. A l’époque, en 2013, c’était l’équivalent de près de 2 ans de budget ! On parlait de repartir en National, car le club était descendu sportivement, mais il y avait trop de passif, ce qui paraît aujourd’hui inimaginable quand on connaît le caractère contrôlé de la DNCG. Du coup on est reparti à zéro, à tous les niveaux, même au niveau de la recherche de partenaires, jusqu’au moment où l’on a cru trouver un Saoudien, le neveu du roi actuel, mais quand il a fallu mettre de l’argent, il a dit qu’il y avait eu méprise. En fait, il s’est déballonné au moment de passer à la décapitalisation.
« On est tombé sur deux intermédiaires du prince qui étaient des escrocs »
Photo Claude Lambert.
Six ans après, on peut l’affirmer : cette épisode a nui à l’image du club et à votre image ?
Bien sûr, car cela a été exploité par le microcosme local. En décembre 2015, pour la première fois, le Prince saoudien est venu en France, il a visité des établissements du groupe Aplus, des Ehpad notamment, à Paris, mais moi, je n’ai jamais rien sollicité. ce sont les journaux qui ont commencé à dire que le Prince saoudien allait être reçu en mairie de Sedan et au Conseil Départemental des Ardennes, après, c’est trop facile de dire que c’est moi qui ai voulu me faire de la pub ! Moi, je n’ai pas besoin de ça. Alors, bien sûr que ça nous a portés préjudice, mais on est tombé sur deux intermédiaires qui étaient des escrocs. J’attends d’ailleurs qu’il m’assigne en diffamation mais ils ont disparu, et le Prince saoudien dit qu’il ne s’est jamais engagé.
Finalement, avez-vous eu le fin mot de l’histoire ?
On a du mal encore aujourd’hui à savoir exactement ce qu’il cherchait, peut-être la notoriété, et dans ce cas-là, je ne suis pas certain qu’il en soit ressorti de manière glorieuse, car c’était pitoyable et pathétique. Il n’était pas du tout connu en Arabie Saoudite; on le connaissait juste en Europe pour avoir déclaré qu’il voulait recruter Messi à Sedan ! C’était du grand n’importe quoi ! Vous savez, quand France 2 nous a consacrés ce long reportage, en 2016, un des journalistes, qui parlait arabe, nous a dit que le Prince avait donné un interview à la chaîne Al Jazeera qui ne le connaissait pas et qui lui a demandé qui il était. Voilà, ça fait partie de certains usages du football que j’ignorais complètement mais bon… J’ai fait 30 ans de business, et dans le monde des affaires, personne n’a jamais entendu parler de quoi que ce soit à mon sujet. On ne fait pas d’effet d’annonce, on fait juste son travail, point. Ensuite, on communique lorsque c’est utile. Personnellement, je n’avais pas besoin de communiquer sur ça. C’est un principe : j’ai fait de nombreux deals, on ne communique que lorsque qu’une affaire est faite. Il a voulu influencer, manipuler, et on m’a reproché de vouloir me faire de la pub, or je n’ai rien initié.
« On a mis des sommes astronomiques dans le club »
Repro DR
Depuis votre arrivée au club, on parle de 15 millions d’euros investis dans le club…
On a même dépassé ce chiffre. C’est monstrueux. Après, il faut comprendre que les divisions dans lesquelles nous évoluons, en National ou N2, ne permettent pas d’équilibrer un budget. Car tout le monde le sait, à ce niveau-là, on n’est pas amateur du tout, on est sur des budgets importants. Concrètement, le club de Sedan, dans un contexte normal, sa place, c’est en Régional. Car il y a un tissu économique difficile, une population locale faible, moins de 20 000 habitants, un bassin de population limité… Ma réflexion, c’est que le CSSA, ou il sera en Régional, ou il sera en pro, et nous voulons aller chercher ce monde pro.
Vous considérez-vous comme un mécène ?
Un mécène, je ne sais pas… On a mis des sommes astronomiques dans le club. Au niveau de l’association, on doit être les seuls en France à avoir une subvention annuelle qui ne couvre pas la facture d’énergie et d’électricité cette année, je ne parle pas là de la SAS, mais des 420 licenciés que l’on a. On subventionne donc à 100 % l’ensemble des frais nécessaires de formation, d’éducation et d’entraînement des jeunes, avec l’aide de partenaires heureusement, dont certains sont exceptionnels. C’est vrai que mettre beaucoup d’argent, comme ça, de la part de personne physique, cela pose un tas de de questions sur le fonctionnement du sport amateur en France.
« Sedan doit s’ouvrir sur le Luxembourg et la Belgique »
Photo Claude Lambert.
Vous évoquez souvent l’ouverture du capital de la SAS…
Oui. On le voit bien, en National, il y a des budgets de plus en plus lourds, il n’y a qu’à voir avec Nancy, qui annonce un budget supérieur à certains clubs de Ligue 2, ou encore Châteauroux et d’autres. Nous, on est en recherche de développement capitalistique pour aller au bout de cette recherche du monde professionnel. Quand je parle d’ouverture du capital à des entreprises locales, je pense aussi au Luxembourg et à la Belgique, car je pense que l’on doit ouvrir notre périmètre, dépasser le simple cadre des Ardennes françaises. On ne peut plus se contenter de ça. Dire que Sedan doit être le club des Ardennes transfrontalières, ça me paraît logique. Le foot se capitalise de plus en plus, ce n’est pas un hasard si le patron emblématique d’un grand club français, Jean-Michel Aulas, passe sous pavillon étranger, même si ça n’est pas encore acté. Je crois bien qu’en Ligue 1, onze clubs sur vingt sont passés sous pavillon étranger ou ont été rachetés par des fonds d’investissement.
C’est donc votre souhait pour le CSSA ?
Mon objectif, c’est de trouver la meilleure solution pour le club. C’est de passer en revue toutes les hypothèses stratégiques pour parvenir à notre ambition. Pour cela, on doit se recentrer sur un périmètre de chalandise plus important et asseoir notre projet sportif et sociétal, basé sur un ancrage fort sur le territoire local. Il faut un vrai projet économique original et innovant, ce que l’on construit progressivement. On est en plein dedans.
Formation, éducation, sensibilisation à la santé, lutte contre la sédentarité…
Repro DR
Pouvez-vous nous en dire plus sur le projet sociétal ?
On voit bien que le foot est le sport qui amène le plus de passion et d’engouement, mais il y a encore plus que ça, on y associe d’autres valeurs, comme la formation de la jeunesse, la santé et la prévention. On veut lutter contre la sédentarité, qui est un vrai sujet de société, car elle se développe de manière insidieuse. Les enfants doivent faire une heure de sport minimum ou une activité physique chaque jour et passer au maximum deux heures sur les écrans, après quoi, ils sont en facteur de risques. Récemment, j’ai participé à un colloque sur la santé, animé par « Santé publique france », avec la présence d’un cardiologue en visio, qui a dit que les accidents cardiaques que les personnes connaissent aujourd’hui à 40 ou 45 ans, et bien dans quelques années, ce sera à 30 ou 35 ans. C’est un véritable fléau, et nous, on a un certain nombre d’idées en matière de prévention. C’est pour ça qu’on travaille sur une démarche de santé globale; ça a mis du temps pour trouver les partenariats, mais là, on est prêt à mettre en place ce concept, dans les Ardennes si possible, cela contribuerait à cette attractivité permettant de faire vivre un club de football professionnel à Sedan. Et si c’est dans les Ardennes, on le fera à Bazeilles, où on est propriétaire du terrain au domaine de Montvillers. Il jouxtera le terrain d’entraînement où la liaison « bien-être / santé » avec le sport serait évidente. Il reste à finaliser le partenariat avec l’équipe médicale avec laquelle on va travailler. C’est une question de semaines ou de mois et à partir de là, on enclenchera le process classique de dépôt de permis de construire. Ce qui nécessite tout de même 3 ou 4 ans de mise en oeuvre. Mais on ne va pas attendre 3 ou 4 ans. On va déjà travailler sur le concept « My sense », sans les murs, concept qui entrerait pile poil dans le cadre du projet sociétal du club. Il sera axé sur la jeunesse, la formation, l’éducation, la sensibilisation à la santé, et aussi sur d’autres aspects comme l’optimisation du physique et du mental, la lutte contre le sédentarité donc, et aussi le développement d’éléments comportementaux que les entreprises recherchent. Utiliser l’attractivité du sport serait une manière originale d’amener progressivement les jeunes sur les métiers du territoire, dans les Ardennes, où à l’heure actuelle, un métier sur deux est lié à la métallurgie.
Avec cette recapitalisation, le club est donc à un carrefour …
Oui. C’est indispensable. En National, y’a déjà 3 clubs sous pavillon étranger, Châteauroux, Red star et Nancy. Si vous ne vous interrogez pas, c’est que vous êtes inconscient. Il faut anticiper les choses. Et ma fierté, c’est justement d’avoir réussi à concevoir et à conceptualiser quelque chose. Bien sûr, il y a encore un certain nombre de choses à régler : moi, je suis opérateur en santé mais je ne suis pas médecin. Donc le plaidoyer pour une médecine nouvelle doit être porté par quelqu’un qui est incontestable et crédible. On a des pistes depuis 2021 pour des nouveaux partenaires, afin d’avancer sur les deux axes que sont le resort, qui mettra un peu de temps donc, mais ce sont des délais normaux de construction, ainsi que l’éducation de la jeunesse, que l’on doit former à cette santé globale et à la lutte contre la sédentarité, et ça, ce n’est pas dans 3 ou 4 ans, mais c’est demain. Ce sera un vrai challenge en France.
La jeunesse, au coeur du projet ?
Oui, on a vraiment envie de travailler avec les jeunes, à les emmener à devenir des bons footballeurs, sachant qu’il y en a très peu qui percent, d’ailleurs, on le voit avec l’équipe de France actuellement, beaucoup sont issus de clubs amateurs or ces clubs ne sont pas rémunérés pour cela en retour et c’est bien regrettable. C’est pour cela qu’avec l’U2C2F (Union des clubs des championnats français de football), on se bat pour percevoir un subside, pour faire reconnaître les droits à la formation. Par ailleurs, l’an passé, on a accueilli 15 jeunes en BPJEPS (Brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport ) et cette année 14, dans le cadre de leur formation; la plupart ont obtenu leur diplôme. Ce sont des éléments que l’on veut mettre en avant.
Marc Dubois, du tac au tac
« Je suis un bâtisseur, un développeur »
Photo Laurent Thirion
Meilleur souvenir depuis que vous êtes président du CSSA ?
Les remontées, y’en a eu trois. Ce sont des grands moments.
Le pire souvenir ?
Sedan – Avranches, en mai 2017, dernière journée de National, on revient de nulle part au classement et si on gagne, on se maintient, on est 1-1 à la 80e et on perd 4-1… Cela a été très dur d’échouer comme ça.
Le meilleur joueur passé au CSSA sous votre présidence ?
Je dirais plutôt une catégorie de joueurs qu’on a lancés ou relancés, comme Koro Koné, Geoffrey Durbant, Yasser Baldé et Bissenty Mendy. Les trois derniers cités ont participé à l’incroyable série de 13 succès d’affilée en N2 lors de la saison 2019-2020. C’est une satisfaction d’avoir lancé ou relancer ces joueurs.
Le joueur le plus emblématique ?
J’en retiens deux : « Paco » François Borgniet, emblématique des Ardennes, et aussi Aziz Dahchour, qui joue encore au club. On est heureux d’avoir pu les intégrer cette année dans un process de reconversion, même si Paco joue dans un autre club des Ardennes cette saison (Prix-les-Mézières, en N3), ils sont en train de préparer leur reconversion et grâce à un dispositif de la région Grand Est, on les accompagne, c’est en ce sens-là qu’ils sont pour moi emblématique des Ardennes.
Le pire match de Sedan sous votre présidence ?
Sedan – Haguenau, en janvier 2020, on fait 0-0, mais cela avait marqué la suite du coup d’arrêt de notre superbe saison; ce soir-là, il s’était passé plein de choses illogiques et anormales, je n’en dirais pas plus… Cela m’avait valu 4 matchs de suspension.
Le match référence ?
Je dirais le succès à Bastia, à Furiani, lors de notre série de 13 victoires, on a eu un sentiment de plénitude, que l’on a un peu retrouvé y’a pas longtemps en championnat en s’imposant à Dunkerque.
Votre plus grosse erreur de président ?
D’une manière générale, d’avoir fait confiance aux « vrais-faux » amis du club, et y’en a eu beaucoup.
Votre plus grosse fierté ?
Ce serait plutôt une satisfaction intellectuelle, un moment très fort pour mes enfants, actionnaires, et moi, si on arrive à trouver le schéma qui permettra le développement du club de manière équilibré.
Un président que vous aimez bien ?
Antoine Emmanuelli, de Borgo, que j’ai encore eu plaisir à revoir à Sedan la semaine dernière lors de notre match contre le FC Borgo.
Un modèle de président ?
Un président inspirant, Marc Keller. J’aime bien son approche.
Un club, autre que Sedan ?
Monaco.
Un stade mythique ?
Je suis allé deux fois au Maracana, à Rio, au Brésil, c’est extraordinaire, c’était lorsque nous avions rencontré le président de Flamengo en 2016…
Une négociation difficile ?
Chaque année devant la DNCG (rires).
Votre plus grosse prime de match ?
Il m’est arrivé de la doubler…
Vous êtes un président plutôt …
Bâtisseur, développeur. C’est ce que j’ai toujours fait dans ma carrière professionnelle.
Sedan est un club plutôt…
Plutôt emblématique et familial, c’est la vitrine, ce sont les Ardennes qui gagnent, la fierté des Ardennais.
Texte : Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Twitter : @BOYERANTHONY06
L’ex-coach de Chambly clame très haut et très fort qu’il cherche un banc, au point d’avoir fait un appel du pied sur les réseaux sociaux. Une méthode peu courante qui détonne dans un milieu où la discrétion est de mise. Il s’en explique, évoque les rumeurs et parle de son quotidien sans travail. Entretien à son image : cash !
Tout est parti d’un tweet. Un message écrit et posté mardi, relayé sur Facebook.
« Bientôt 8 mois sans terrain déjà… Ça manque !!! Toujours en attente et motivé. N2 N1 étranger peu importe. La roue va tourner, on reste déterminé et positif. 💪🙏⚽ »
Signé Bruno Luzi.
L’emblématique coach du FC Chambly Oise (57 ans) tourne en rond. Trépigne. S’impatiente. Huit mois jour pour jour qu’il n’est plus l’entraîneur de ce club qui fut sa deuxième maison et qu’il a fait grimper de première division de District jusqu’en Ligue 2 (il a été remercié par son frère et président, Fulvio, le 2 avril). Et qu’il a conduit en demi-finale de la coupe de France en 2018 !
Huit mois jour pour jour ? Ne cherchez pas, c’est un hasard. Et sans ce tweet, pas sûr que nous l’aurions contacté et sollicité pour évoquer sa vie sans ballon. Sa vie sans pression. Sa vie sans l’adrénaline des matchs, sans la préparation des séances, sans les conférences de presse, sans les solutions à trouver, sans les consignes à donner, sans les regroupements dans le rond central au coup de sifflet final, l’une des marques de fabrique du FCCO.
Un tweet pour clarifier sa situation
Photo Eric Cremois – EC Photosports
Même s’il très occupé à la maison, les heures, les jours, les semaines et les mois passent. Les coaches, eux, défilent à une vitesse vertigineuse depuis le début de saison : 7 ont déjà été virés en Ligue 1 et 5 en National !
Les coachs défilent, et pendant ce temps, Bruno Luzi est chez lui. En salle d’attente.
Pour mettre toutes les chances de son côté, il n’hésite donc pas à utiliser les réseaux sociaux où il fait des appels du pied. Une démarche peu commune pour un coach sur le marché, surtout dans ce milieu très codifié, mais qui s’explique aussi par une incompréhension.
Bruno Luzi nous l’a confiés : de nombreux dirigeants ou présidents de clubs pensent qu’il est toujours au FC Chambly, mais dans un rôle différent. Or ce n’est pas du tout le cas, et il a utilisé Twitter et Facebook pour clarifier tout ça.
Dans cet entretien à bâtons rompus, d’une grande sincérité et d’une grande lucidité, où il est capable à la fois de faire quelques mea culpa et de bien se vendre en s’appuyant sur son bilan sportif, il parle de sa vie sans travail, des rumeurs, du terrain qui lui manque. Aujourd’hui, il n’a qu’une idée en tête : s’asseoir à nouveau sur un banc.
Bon, on va lui rappeler que les deux derniers coachs à avoir parlé dans les colonnes de 13heuresfoot, Réginald Ray et Didier Santini, ont chacun retrouvé un club peu de temps après. Encore le hasard, sans doute. En tout cas, Bruno Luzi nous avait dit « oui » sans le savoir. Il sait à quoi s’en tenir maintenant !
« Subitement, être oisif, ça fait drôle »
Photo Eric Cremois – EC Photosports
Bruno, mardi, tu as posté un tweet qui a été bien repris et pas mal commenté : là, tu as clairement fait un appel du pied aux clubs. Une méthode peu courante dans le milieu…
J’avais envie de balancer quelque chose sur les réseaux sociaux, pour me montrer.
Mais tu n’as pas d’agent, tu fonctionnes tout seul ?
Je fonctionne avec une personne, un agent, qui me propose dans des clubs.
Dans ton tweet, tu vises clairement des clubs de National et de National 2. Mais pas de Ligue 2 ?
Non parce que … voilà, parce que jusqu’à présent, je n’ai rien, alors je ne vais pas dire, « Salut Je veux de la Ligue 2 », ça réduirait le champ de manoeuvre. J’ai cerné le niveau où les clubs sont plus censés m’appeler, et surtout où y’a plus de clubs aussi. la Ligue 2, c’est devenu une petite Ligue 1, je sais comment ça fonctionne, il faut avoir un CV de joueur ou être le copain du copain d’un directeur sportif. Le National, c’est un championnat que je connais bien, j’aime bien, le National 2 aussi. J’ai préféré, comme d’habitude, voir plus petit en ciblant ces deux divisions.
Moi, ce que j’ai fait, je l’ai gagné »
Avec Cris, passé du Mans à Versailles le mois dernier. Photo Eric Cremois – EC Photosports
Dans le tweet, tu dis aussi « bientôt 8 mois »… est-ce que cela veut dire que tu comptes les jours, les semaines, les mois ?
Pas spécialement, mais l’autre jour, j’ai pensé à ça, et je me suis dit « ça fait déjà 8 mois », ça passe. Après, chacun a son parcours.
Certains trouvent des clubs tout de suite : Cris est viré pour mauvais résultat au Mans en National et quelques jours après, il a une promotion chez le 2e du même championnat, ce qui paraît totalement cohérent (ironique).
Après, on a d’autres coachs, comme Réginald Ray, qui a mis du temps avant de retrouver un poste, Vincent Bordot aussi, à Paris XIII, et ça faisait un bout de temps qu’il était sans club. Tout dépend des opportunités.
L’histoire de Cris, viré et qui retrouve tout de suite un club, ça t’inspire quoi ?
C’est devenu une mode de changer de coach, et cette saison, avec la refonte des championnats, les six descentes de National en N2, ce qui est colossal, les dirigeants prennent plus vite peur, et ça ne perd pas de temps, encore moins que d’habitude, ça dégage vite. Mais ce qui m’a surpris, c’est entre guillemets l’incohérence. Tu n’as pas de résultat au Mans et tu es repris par le 2e du championnat. Pour moi, c’est une promotion. Je n’ai rien contre Cris. Mais, ça paraît bizarre.
« Je suis condamné à attendre »
Plus généralement, des coachs retrouvent des postes, ça t’inspire quoi ?
Je sais pas quoi en penser. Didier Santini vient de signer à Rodez. Didier, c’est une personne que j’aime bien. Subitement, on lui offre la Ligue 2. Moi, tout ce que j’ai fait, je l’ai gagné, et on ne me propose rien, voilà, c’est comme ça, il ne faut pas jalouser les autres.
Photo Eric Cremois – EC Photosports
Tu es prêt à attendre ? Tu es préparé à cela ?
S’il faut attendre, faut attendre. Je sais que ça peut durer jusqu’à la fin de saison. Je suis préparé à ça.
Si on m’appelle maintenant, il faudra voir, est-ce que ça vaut le coup de récupérer un club qui est loin au classement et pratiquement relégué ? Sans compter les joueurs, tu ne les as pas choisis, et le niveau de l’équipe… Plein de paramètres entrent en ligne de compte, ça peut être bien ou pas bien, je ne sais pas.
Après, il faut que le cas se présente, mais je n’ai pas le choix, je suis condamné à attendre, et jusqu’à la fin de saison s’il faut.
On imagine que ton téléphone sonne moins ?
Il sonne beaucoup moins. Parce que, bah voilà, loin des yeux, loin du coeur, parce que t’es perdu de vue, que tu ne bosses plus dans le milieu, que tu ne vois plus telle ou telle personne, c’est malheureux, mais tout de suite tu deviens moins intéressant à fréquenter, parce que tu n’es plus personne, entre guillemets.
Le 2 avril dernier, tu t’es fait virer : ça t’a fait quoi ?
Quand mon frère m’a appelé et qu’il m’a dit ça, sur le coup, on n’y croit pas trop et puis, une demi-heure après, j’étais au stade car on avait décrassage et puis là, j’ai vu l’annonce sur Facebook, waouh, j’ai été pris de panique, je suis parti, j’ai quitté le stade, j’ai dit à mes adjoints que je m’en allais, que je ne me sentais pas de rester là. Depuis, je n’ai pas remis les pieds au stade à Chambly alors que pendant plus de 30 ans …. Je ne peux plus… Pour être un entraîneur, il faut être viré tôt ou tard, ça fait une expérience, c’en est une, et ça va me rendre plus fort.
Est-ce aussi parce que revenir à Chambly pour voir un match pourrait être mal interprété ? Les gens font des raccourcis et ont vite fait de vous annoncer dans tel ou tel club, parce qu’ils vous ont vu…
Je ne pense pas à ça, c’est juste que je ne me sens pas… J’ai été blessé. La saison passée, en National, j’avais déjà prévenu mon président (son frère) avant la trêve que je ne m’en sortais pas avec ce groupe-là, qu’il fallait essayer quelque chose, mais cela n’a pas été fait, il pensait qu’on allait s’en sortir. Après, c’est le timing, on était dans le money time quand j’ai été viré, on était dedans à fond.
« Je travaille depuis que j’ai 19 ans »
Photo Eric Cremois – EC Photosports
Comment occupes-tu tes journées ?
Au départ, t’es dans les cordes, t’es sonné. Mais bon, je me suis dit « ça fait 20 ans que je coache, je vais prendre du bon temps, des vacances », donc j’ai vraiment bougé cet été et consacré du temps à ma famille. Après, quand les championnats redémarrent, en août, ça commence à manquer, et là, aujourd’hui, ça fait long. Ce n’est pas évident. On meuble comme on peut. Après, je suis avec mon épouse, j’ai deux enfants en bas âge, ça occupe bien les journées. En plus, je suis debout à 5h30, car j’ai toujours eu l’habitude de me lever tôt. Mais le travail me manque. Je travaille depuis que j’ai 19 ans. Subitement, être oisif, ça fait drôle. Le terrain, le foot, ça manque.
As tu regardé les matchs de Chambly ensuite ?
Oui, la saison passée, j’ai regardé cinq des six derniers matchs après que je sois viré. Celui que j’ai manqué, c’était Concarneau, car je conduisais, et c’est mon épouse qui me tenait au courant de l’évolution du score. Cette saison, c’est plus compliqué pour regarder les matchs avec l’autre site (Fuchs TV), mais j’ai vu le match de Coupe de France contre Amiens sur FFF TV.
Du coup, tu suis essentiellement quels championnats ?
Je regarde le National le vendredi soir, une affiche ou des équipes que je n’ai pas vues. Je pense avoir vu tout le monde, et c ‘est une division que j’aime bien.
Des coachs sont devenus consultant, est-ce quelque chose qui te plairait ?
Personne ne m a encore démarché, après, c’est un moyen d’être visible, d’être toujours là, sur le devant de la scène.
Sur Linkedin, tu as lancé le « Luzinomètre »…
C’est un ex-journaliste qui m’a proposé ça, sur un réseau comme Linkedin, qui est vu. Je donne mon regard sur les compétitions, je livre mon analyse, y’a pas de critique envers qui que ce soit.
« Beaucoup de gens pensaient que j’étais encore au FC Chambly… »
Photo Eric Cremois – EC Photosports
Le fait de t’exposer sur les réseaux sociaux, ne penses-tu pas que cela puisse te porter préjudice ? C’est tout de même une démarche très rare, de voir un coach faire un appel du pied…
C’est vrai, ça fait la personne qui se vend. Mais c’est important pour moi car j’ai eu des retours cette saison de présidents, de dirigeants, d’entraîneurs, qui m’ont dit qu’ils pensaient que j’étais toujours à Chambly, mais dans un autre rôle. Le message n’a pas été clair au départ. C’est sans doute de ma faute. Donc, partant de là, beaucoup pensent que je resterai toujours à Chambly, et que je n’en partirai jamais. J’ai voulu en remettre une couche pour bien faire comprendre à tout le monde que la page est bien tournée, et les réseaux sociaux sont aussi faits pour ça, car là, au moins, le message passe.
Cette image de Chambly qui te colle à la peau, est-ce selon toi un handicap, dans le sens où l’on pourrait penser que tu ne peux pas entraîner ailleurs ?
Je ne pense pas, on ne me l’a jamais dit mais ils ont peut-être raison de le penser, ou peut-être tort… On ne peut pas le savoir. Après, si à Chambly, j’avais fait tout ça avec des moyens considérables, les gens pourraient dire « non mais attend, c’était fastoche », OK, mais ce n’était pas le cas. Après, la seule facilité que l’on pourrait m’accorder, c’était que mon frengin soit mon président. On se rend compte après coup que pendant 18 ans, y’a eu soit des maintiens, soit des montées, et que, quand il y a eu deux descentes, frère ou pas frère, j’ai été sorti. Quelque part, si mon travail n’avait pas été bien fait, cela aurait pu arriver avant. Je suis certainement capable de refaire ce qui a été fait ici ailleurs, même si je sais que je serai exposé comme tout le monde, c’est à dire « tu n’as pas de résultat, tu dégages ».
Même sur ton mail, c’est écrit « luzi.chambly »…
Oui mais parce que j’habite à Chambly !!! Je ne vais pas mettre luzi.trouduc (sic). Ce n’est pas un mail professionnel en fait, mon épouse c’est pareil, c’est juste parce que l’on habite à Chambly ! Ce n’est pas le mail du FC Chambly, mais Chambly ! C’est mon mail personnel !
« L’an passé, ça a été la saison de trop »
Photo Eric Cremois – EC Photosports
Avec le recul, ne regrettes-tu pas l’épisode de ton vrai-faux départ de Chambly en mai 2020 ?
Oui, je le regrette, car j’avais la sensation à l’époque que c’était la bonne décision, au bon moment. A ce moment-là, je serais parti avec 7 accessions et un maintien, 10e en Ligue 2. Deux ans plus tard, ma côte est moins bonne. La 2e saison en Ligue 2, à l’arrivée, il nous manque 3 points pour se maintenir, on descend avec 38 points, on n’a pas joué chez nous, on a été frappé pendant un mois et demi par la Covid… Après, y’a eu la saison dernière, en National, et là, ça a vraiment été la saison de trop, c’était compliqué.
Ton franc parler, ta façon de bien manier la langue française, ton ironie, ton humour caustique, un ton parfois sec et cinglant, ton image finalement, ne penses-tu pas qu’elle fait peur ?
C’est un style, mais c’est le mien, je ne le travaille pas, ça plaît ou ça ne plaît pas, mais je ne pense pas faire de gaffe ni que cela puisse bloquer un président. C’est sûr que certains entraîneurs sont plus policés, on ne sait même pas à la fin s’ils ont répondu à la question, mais en ce qui me concerne, non, je ne pense pas que cela soit rédhibitoire.
Est-ce que tu n’as pas l’impression, toi, de faire peur ?
Faire peur à quel niveau ?
Physiquement déjà (il rit), parce que tu en imposes, ton caractère aussi, ta personnalité… Peur aussi par rapport à l’image collée à celle de Chambly… C’est un ensemble de choses…
Peut-être. Je n’arrive pas à me voir et à me juger par rapport à ailleurs; ce que j’aimerais, c’est que l’on me juge par rapport à ce que j’ai fait, avec une balance plutôt positive que négative. Y’a bien un président qui va tenir compte de cela ce qui, je pense, est le principal, et qui se dise, « S’il a fait quelque chose ailleurs, il peut peut-être le faire chez nous ». C’est ce que j’espère.
« On est vite oublié »
Photo Eric Cremois – EC Photosports
Ton nom a circulé du côté de Beauvais (N2) récemment…
Oui. Mais je n’ai eu aucun contact avec les dirigeants de Beauvais. En fait, tu vas voir un match à Beauvais, et on t’annonce à Beauvais !
Cet été, je suis allé voir un club en Tunisie, j’ai posté une photo, et ensuite on m’a annoncé là-bas ! Après, je suis allé voir un match de National à Versailles, contre Bourg-en-Bresse, et hop, on m’a annoncé à Versailles, du coup, ce que j’ai fait, c’est que j’ai mis un message sur les réseaux sociaux en disant « Attention, la semaine prochaine je vais voir PSG – Juventus, je dis ça, je dis rien ». Bon, et bien voilà, c’est la rumeur. Les gens s’en donnent à coeur joie, ils parlent, ils interprètent tout.
Après, un journaliste m’a demandé si Beauvais pouvait être un club susceptible de m’intéresser; bah bien sûr, comme tant d’autres, je ne vais pas dire « Beauvais c’est un club de baltringues », puisque ce n’est pas le cas, mais, je n’ai eu aucun contact. Si t’es coach, c’est que tu aimes bien le foot théoriquement. Donc tu vas voir des matchs. Moi, j’y vais pas passion.
Et puis, si je vais voir un match à Beauvais, comme cela a été deux fois le cas cette saison, c’est parce que je dois me tenir au courant du niveau du National 2, que je n’ai pas fréquenté depuis 8 ou 9 ans, et je regarde aussi les adversaires de Beauvais. Et en National 2, y’a pas tant de matchs que ça dans le coin à part Beauvais, Chambly et Poissy, et aussi le Racing, mais sinon, pour les autres clubs de la région parisienne, il y a la contrainte de la circulation sur le périphérique.
Photo Eric Cremois – EC Photosports
Depuis avril, as-tu eu des touches concrètes ?
Non. J’ai su que, apparemment, j’étais dans une short list à Saint-Brieuc, je ne le savais même pas. On m’a sondé pour des clubs de National 3, mais là, tout de suite, je ne me sens plus d’aller m’entraîner le soir, j’ai passé l’âge, je suis entraîneur pro, j’ai passé mes diplômes. Après, attention, y’a des très beaux clubs de National 3, d’ailleurs, pas loin de chez toi, à Cannes, par exemple, tu en as un, mais c’est un cas isolé. En National 2, c’est semi-pro, mais pour moi c’est quand même pro, les gars ne font que du foot.
Le foot te manque, c’est un fait, mais est-ce que tu penses que tu manques au football ?
Le foot me manque, c’est certain, c’est ma vie, ma passion, je regarde les matchs à la télé, encore plus que lorsque j’entraînais, parce qu’il y a un manque « physique » de terrain, alors je me rattrape comme ça. Après, est-ce que je manque au foot ? Certainement pas, on est vite oublié.
Le foot te manque mais y a-t-il quelque chose qui ne te manque pas dans le foot ?
Non, rien. Dans l’ensemble, ça va, y’a pas quelque chose en particulier qui m’a choqué plus que ça dans ce milieu, et de toute façon, s’il y a quelque chose qui ne me plaît pas, je vais être amener à le revivre tôt ou tard.
Texte : Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Twitter : @BOYERANTHONY06
Photos : Eric Cremois – EC Photosports
L’ancien joueur professionnel de l’AS Monaco et de l’AS Nancy Lorraine ne tarit pas d’éloges sur son club actuel, le RC Pays de Grasse, qualifié en 32e de finale de la Coupe de France. A 35 ans, il vise l’accession en National, sans doute son dernier challenge.
Photo RC Pays de Grasse
Du Chardon lorrain au XI de la rose. Visiblement Vincent Muratori aime bien les clubs qui piquent. Quand, le défenseur latéral gauche a senti que les épines lorraines commençaient à faner à la sortie du Covid, il a préféré partir avant de connaitre la redoutée descente en National, tant celle avec Monaco (de L1 à L2) dix ans plus tôt le marquait encore.
C’est au RC Pays de Grasse, dans les Alpes-Maritimes, qu’il s’est entretenu physiquement, fin 2020. Mais le parfum de la compétition manquait trop au trentenaire alors c’est dans la commune où Chanel et Lancôme se sont installés qu’il a rechaussé officiellement les crampons en compétition. Ne lui parlez pas de pré-retraite pour autant, même après ses 231 matches en pro. C’est plein d’ambition que le joueur formé sur le Rocher retrouve le championnat de National 2 après ses années de formation. Pour le moins longtemps possible, il l’espère. Mais cette fois, après une montée.
Photo RC Pays de Grasse
Vous connaissez désormais votre tirage au sort en 32e de finale de Coupe de France : La Tamponnaise, un club de R1 de la Réunion. Abordable, non ?
C’est vrai. On aurait pu tirer un adversaire au-dessus de nous, ce n’est pas le cas. Après, chaque match à sa vérité et il ne faudra pas faire partie des surprises.
Vous en avez joué des matches à la reprise, juste après les fêtes. Les craignez-vous ?
Déjà, il n’y aura pas de neige et de terrain gelé comme cela a pu m’arriver avec Nancy à l’époque. C’est déjà ça. On va garder les mêmes exigences qu’un groupe professionnel avec un programme pendant les fêtes. Je fais confiance au coach (Loïc Chabas) pour ça (rires). On a un groupe sérieux, je n’ai pas de doute là-dessus.
Est-ce que ça faisait partie des objectifs de début de saison ?
Non. C’était et ça reste la montée car ces dernières saisons le club a trop souvent terminé 2e. Ce n’est pas dans les discussions. Evidemment, enchaîner les qualifications fait qu’on se prend au jeu, ça reste la Coupe de France.
Avant un déplacement à Fréjus-Saint-Raphaël samedi, vous êtes 5e : comment jugez-vous ce début de saison par rapport à vos ambitions ?
Il est bon dans l’ensemble. Le jeu fourni est cohérent. Il n’y pas de match où l’on est complètement passé à travers. La première mi-temps à Marignane a été délicate mais on avait bien corrigé. C’est encore perfectible parce que 5e, ça ne suffira pas pour monter mais c’est encourageant.
Photo RC Pays de Grasse
Plusieurs années à échouer dans la course à la montée. Est-ce que dans l’approche de cette saison, notamment cet été, des correctifs ont été apportés pour apprendre de ces erreurs et se dire que cette fois, c’est enfin la bonne ?
On a un effectif plus jeune. C’est un plus techniquement pour répondre aux demandes du coach. Cela favorise le feu au sol et la grinta. Cela nous aidera peut-être à débloquer certaines rencontres décisives.
Mais aussi de l’expérience avec vous et Paulin Puel (fils de Claude), deux joueurs qui ont réellement connu le football professionnel. Qu’apportez-vous ?
La rigueur du monde professionnel. Les joueurs sont tous passionnés, vivent du football mais il y a des détails du quotidien qu’on ne connaît que dans un vestiaire professionnel. Après, on ne se prend pas pour des autres, on aide juste le groupe auquel on appartient.
Comment vous êtes vous retrouvé à Grasse (N2) alors que votre dernier contrat c’était à l’AS Nancy Lorraine, encore en Ligue 2 ?
Cela faisait huit ans que j’étais à Nancy. A l’été 2020, après le Covid, le club avait besoin de liquidités et commençait à vendre ses meilleurs éléments comme Amine Bassi. Je sentais que ça allait mal tourner. Je ne voulais pas descendre avec ce club donc j’ai préféré partir.
Photo RC Pays de Grasse
Et donc Grasse ?
Je cherchais à m’entretenir dans le sud de la France vu que mes parents habitent dans le Vaucluse (il est né à Orange). Un ami m’a donné le numéro du coach. Je me suis entraîné avec eux. A l’hiver 2021, je souhaitais rebondir ailleurs, mais les touches ne se sont pas concrétisées. Alors, vu que ça se passait bien en séance, on a commencé réellement à discuter du projet avec Grasse. Il m’a plu, j’ai trouvé qu’il y avait un bon état d’esprit dans un club sain et structuré donc j’ai signé.
A 35 ans, c’est votre troisième et dernier club ?
Oui oui, je pense.
Donc pour rejouer à un niveau supérieur, il faudra monter…
Tout à fait (rires).
Vous parliez de club structuré, est-ce que cela vous a étonné ?
Je ne connaissais pas le club, donc on va dire que j’ai été agréablement surpris. Je ne compare pas avec l’AS Nancy Lorraine car c’est une autre dimension et qu’il y avait plus de cent salariés. A Grasse, c’est d’une taille moindre mais tout est bien structuré et les rôles sont bien définis. Le président accompagne l’équipe, Thomas Dersy, le directeur général, gère le club au quotidien et le sportif s’articule également bien. Il n’y a pas de doublons. Ce n’est pas donné à tout le monde, même en L2, il y a parfois des personnes dont on ne connaît pas leur fonction au club.
Et le championnat de N2 ?
Sous le maillot de l’AS Monaco.
Je le connaissais depuis quelques années déjà car j’avais joué en réserve avec Monaco. La poule du Sud-Est a toujours été très relevée. C’était bon pour notre formation à l’époque. Ça se confirme encore aujourd’hui, car les équipes qui parviennent à monter ne sont pas ridicules une fois en National. On le voit avec Martigues et Annecy qui se portent bien aujourd’hui par exemple.
Bon, le club de l’Ouest des Alpes-Maritimes, c’est Cannes (N3) ou Grasse (N2) ?
(Rires.) Bonne question. C’est vrai que la rivalité, que j’ai découverte une fois ici, je la ressens plus avec les joueurs qui sont là depuis longtemps. Elle existe réellement. En prenant un peu de recul, cela parait dingue qu’en si peu de kilomètres (12 kilomètres entre les deux stades), il y ait deux clubs de cette ampleur qui annonce rêver de la même chose : jouer en Ligue 2.
Mais économiquement, démographiquement, sportivement, est-ce possible ?
Je ne sais pas, il y a plein de critères qui entrent en jeu et qui nous passent au-dessus à nous, joueurs. Chacun a son histoire, a ses envies, ses pistes de développement mais en regardant bien et en voyant comment se passe le monde professionnel, que ce soit pour les sponsors, les subventions, les jeunes et leur formation… Tu pourrais faire un club énorme finalement.
Un peu comme Evian-Thonon-Gaillard ou Arles-Avignon par le passé ?
Un peu oui. Après, je souhaite aux deux clubs d’y arriver. Et encore plus si c’est Grasse qui y parvient en premier.
Vincent Muratori, du tac au tac
Avec Torben Joneleit, Djamel Bakar et Sylvain Monsoreau à Monaco.
Ton meilleur souvenir sportif ?
La montée en L1 avec Nancy en 2016.
Le pire souvenir sportif ?
La descente en L2 avec Monaco en 2011.
Pourquoi as-tu choisi d’être défenseur ?
Parce que j’aime bien défendre. Je prends plaisir à ça, même jeune ce n’était pas du tout un problème.
Première fois dans un stade en tant que spectateur ?
Euh… au Vélodrome je pense.
Ton geste technique préféré ?
Le tacle.
Tes qualités et défauts sur un terrain, selon toi ?
J’aimerais aller plus vite et en qualité : l’abnégation.
Le club ou l’équipe où tu as pris le plus de plaisir ?
A Monaco, la première année (2007-2008).
Le club où tu as failli signer ?
Avec Puygrenier à Monaco. Photo S. H.
A Troyes, quand j’étais à Nancy. Tout est OK le dernier jour du mercato mais finalement le président Rousselot a refusé que je parte.
Le club où tu aurais rêvé de jouer, dans tes rêves les plus fous ?
Monaco, donc c’est fait.
Un stade et un club mythique pour toi ?
Je suis né dans le Vaucluse donc évidemment le Vélodrome. Toute ma famille est pour Marseille.
Un public qui t’a marqué ?
Le Vélodrome surtout, mais aussi Geoffroy-Guichard et Bollaert. Quand tu joues pour ces clubs, tu reçois un soutien du public qui doit être dingue.
Le coéquipier avec lequel tu avais le meilleur feeling (entente dans le jeu) ?
Romain Grange quand il rentrait sur son pied droit et que je pouvais passer dans son dos à Nancy.
Photo S. H.
Le joueur adverse qui t’a le plus impressionné ?
Bonne question… Bernardo Silva à Monaco.
Un coach perdu de vue que tu aimerais revoir ?
Guy Lacombe.
Un président marquant ?
Le président Rousselot à Nancy.
Un président à oublier ?
Joker
Une causerie de coach marquante ?
Pablo Correa. Il te faisait des causeries et t’avais qu’une envie c’était de jouer. Pas forcément la bagarre ou le combat mais d’aller sur le terrain pour jouer.
Une consigne de coach que tu n’as jamais comprise ?
Jean Fernandez (à Nancy). Plusieurs fois, il a demandé aux latéraux de ne pas dépasser le milieu de terrain et aux milieux, en 6, de toucher le moins de ballon possible. Ne me demande pas pourquoi…
Une anecdote de vestiaire que tu n’as jamais racontée ?
Joker.
Une racontable ?
Lucas Bernardi trouvait que j’avais un sac à dos trop moche pour les déplacements donc il m’a acheté un bagage de luxe. Bon ok, j’avais un pauvre sac à dos mais quand même (rires).
Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Clement Lenglet.
Le plus charismatique ?
Lucas Bernardi (Monaco). Il dirigeait tout sur un terrain.
Tes passions en dehors du foot ?
Le VTT …
C’est conseillé pour un sportif de haut-niveau ?
Aujourd’hui et à mon âge oui. Et puis j’ai un électrique.
Le milieu du foot, en deux mots ?
Intense et plaisir.