Programmée pour jouer le haut de tableau en National, la Berrichonne se bat pour ne pas descendre. Son directeur général, revenu aux manettes avec Michel Denisot en 2021 dans les valises de United World, effectue un tour d’horizon et dresse un premier bilan.
Patrick Trotignon n’est pas allé jusqu’à comparer tous les CV de ses homologues du championnat, mais, en scrutant le sien, on peut avancer sans risque d’être contredit qu’il possède assurément l’une des plus belles expériences de dirigeant, sinon la plus belle, en National.
Ce qui, du reste, n’est pas forcément un gage de réussite, les 24 mois compliqués qu’il vient de passer à la Berrichonne de Châteauroux depuis son retour en mars 2021 sont là pour en attester, même si la sortie de l’hiver s’annonce un peu plus radieuse.
Et puis, s’il suffisait d’avoir des compétences en matière de management, d’innovation, d’imagination ou d’esprit entrepreneurial pour réussir dans le foot, cela se saurait depuis longtemps. Quand bien même l’on a passé un DUT de gestion des entreprises et des administrations à Bourges dans sa jeunesse, de quoi apprendre les rudiments du management et de la comptabilité.
« Je me suis fabriqué grâce aux rencontres »
Non, le natif de Saint-Amand-Montrond (Cher), dans le « haut-Berry », qui avait dans un premier temps suivi des études de mécanicien industriel au lycée technique de Vierzon, ne court ni après les lignes d’un CV, ni après un palmarès, ni d’ailleurs avec les titres, lui qui a occupé un peu toutes les fonctions dans le milieu du foot – président, vice-président, président délégué, manager général, conseiller, DG, secrétaire général, administrateur, etc. -, un peu à tous les échelons, en National, en Ligue 2, en Ligue 1 et aussi sur la scène européenne, et qui aime à rappeler qu’il vient de la base : « J’ai tout fait dans ce milieu, dit-il sans prétention; même nettoyer les vestiaires. Je me suis fabriqué, grâce à d’autres, évidemment, j’ai fait des rencontres dans ma vie qui m’ont permis de faire tout ça. »
Ce qui fait avancer le Berrichon du Nord et du Sud, qui fêtera ses 69 ans jeudi, à l’autorité et à la prestance naturelles, qui derrière une façade un peu austère laisse apparaître une réelle empathie à l’égard des autres, un esprit ouvert et accessible, ce sont les rencontres. Celles à venir et celles, nombreuses, qui ont jalonné son parcours, et dont il s’est inspiré et nourri pour acquérir cette fameuse expérience.
Ce qui fait avancer cet homme qui manie parfaitement l’humour et le sens du contact et de la formule, ce sont les projets novateurs, les idées qu’il peut mettre en place et, bien sûr, ces indescriptibles émotions que seules les personnes qui vivent le foot de l’intérieur peuvent ressentir.
Servette de Genève, Evian Thonon Gaillard, Paris FC…
Tout le monde connaît l’histoire, c’est Michel Denisot, qu’on ne présente pas, qui lance la carrière de Patrick Trotignon à Châteauroux. Leur rencontre a lieu un 1er avril, en 1989, lors d’un match de l’ancienne Division 3 entre Bourges et Châteauroux. A l’époque, Patrick Trotignon venait de ranger sa casquette d’éducateur en cadets nationaux pour un poste de secrétaire général au sein du club phare du Cher. Michel Denisot, lui, était en pleine préparation d’un plan de reprise du club castelroussin, alors proche de la relégation en D4. L’histoire dure 8 ans !
La Berri se maintient en D3, accède en D2 (1991), mais, après le passage de deux poules à une poule en D2, il redescend dans le tout nouveau championnat National en 1993. Il en profite pour négocier et obtenir la fameuse aide financière de la Ligue professionnelle accordée aux clubs qui descendent de D2 (L2) en National. Il faut dire que dans le lot des clubs relégués figurent l’En Avant de Guingamp d’un certain Noël Le Graët, président de La Ligue ! Forcément, et sans jeu de mots, ça aide. La Berrichonne de Châteauroux décroche ensuite un titre de champion de National en 1994, retrouve la D2 avant d’accéder en Division 1 en 1997. Le graal.
2021, Denisot-Trotignon, acte III
Patrick Trotignon, lui, passe au Servette de Genève, avant l’acte II du tandem qu’il forme avec Michel Denisot à Châteauroux, entre 2002 et 2008, juste avant l’aventure Croix-de-Savoie / Evian Thonon Gaillard (2008-2013), des passages à Grenoble, au Paris FC (conseiller du président Pierre Ferracci). Et comme il aime bien les retours, il revient dans le Chablais, à Thonon, où tout avait commencé avec Croix-de-Savoie, pour le lancement d’une académie internationale, en 2017.
En mars 2021, Patrick Trotignon revient, pour la troisième fois, à la Berrichonne de Châteauroux. Le club où tout avait commencé pour lui en 1989. Le club où il a, justement, connu ses plus belles émotions. Et il n’arrive pas seul : Michel Denisot est toujours là lui aussi, dans le même wagon, l’ancien journaliste à la présidence, Trotignon au poste de DG.
Le retour de cette doublette qui avait permis à la « Berri » de vivre ses plus belles heures fait naître de réels espoirs, nés aussi de l’arrivée d’un nouveau propriétaire, le groupe saoudien United World, présidé par le prince Abdullah bin Mossad.
Relégable à Noël et en janvier
Depuis mars 2021 et ce nouvel acte III pour l’association Denisot-Trotignon, le club n’a pas décollé, sportivement s’entend, et « ère » toujours en National. Pire, il a manqué le coche la saison passée pour la remontée immédiate en Ligue 2, avant de vivre une saison actuelle 2022-2023 beaucoup plus compliquée.
Englués dans le ventre mou, et même tombés à plusieurs reprises dans la zone de relégation – ils étaient 14es à l’issue de la phase aller et toujours à cette même place après la journée 19 -, les Castelroussins ont, heureusement, redressé la barre depuis.
L’équipe de Maxence Flachez vient d’enchaîner deux victoires consécutives qui lui a non seulement permis de sortir de cette zone dangereuse, et même de s’en éloigner un peu (9e sur 18, avec 34 points, soit 4 longueurs d’avance sur le premier relégable, Bourg-en-Bresse/ Péronnas, 13e).
Du mieux depuis février

Mieux encore, depuis leur défaite à Martigues, début février, les coéquipiers de Romain Grange semblent indéniablement sur la voie du redressement, à l’image de ce bilan encourageant de 4 victoires en 6 matchs.
Du coup, Châteauroux va mieux. Châteauroux respire un peu. Mais Châteauroux n’est pas sauvé. Vendredi, à Gaston-Petit, face au dernier, Borgo, elle tentera de signer la passe de trois.
Dans une journée à l’emploi du temps hyper-chargé, où une équipe de Foot Unis ( l’interlocuteur des représentants des salariés du football) le filme dans ses moindres faits et gestes, Patrick Trotignon trouve le temps de répondre à nos questions. Un point météo – beau temps à Châteauroux et beau temps à Nice, « Oui mais il y a toujours du vent à Nice ! » (euh… Marseille n’est pas Nice monsieur Trotignon !), une boutade lancée à Stéphanie Reignoux, la responsable commerciale, et c’est parti pour 40 minutes d’entretien !
Interview
« Je n’ai jamais pensé que le football était facile »
Deux ans pile après votre arrivée et celle de United World, quel bilan dressez-vous ?
Au niveau sportif, c’est négatif. Enfin, négatif… non. On a mal abordé le sujet. Quand on est arrivé, le club était encore en Ligue 2 mais presque en National. Il a fallu gérer une descente et tous les problèmes liés à cela, le changement d’effectif, le changement d’entraîneur, sans parler d’héritage… Châteauroux venait de se séparer d’un duo d’entraîneur, Nicolas Usaï puis Olivier Saragaglia, un autre est arrivé, Benoît Cauet, puis il y a eu Marco Simone, bon c’était vraiment… pfff… L’instabilité des cadres techniques, ce n’est jamais bon, car je crois que la stabilité est un des facteurs de la réussite. Alors forcément, là, on s’était tiré non pas une balle mais un boulet dans le pied. C’est dommage, parce que je pense qu’on avait les moyens sportifs et financiers de faire beaucoup mieux l’an passé. C’est pour ça que je dresse un constat d’échec. Et on n’est pas beaucoup mieux cette année.
Si Châteauroux en est là, forcément, c’est qu’il y a eu des erreurs stratégiques…
Mais le football, ce n’est que ça. Ce n’est pas parce qu’on choisit la mauvaise marque de ballon qu’on ne réussit pas. C’est une question de choix des hommes. C’est la complexité du métier, il faut bien choisir les gens avec qui on travaille, en particulier pour la partie sportive, qui est la locomotive du club. Mais il n’y a pas que ça, il y a eu aussi beaucoup de changements au niveau du management; le nouveau propriétaire a mis aussi ses principes en place, c’est légitime, il a fallu s’adapter. Tout cela n’est pas forcément propice à la performance.
« La Ligue 2, c’est une bonne division pour Châteauroux »
Par le passé, Châteauroux n’est jamais resté très longtemps en National : la Ligue 2, c’est vraiment sa place ?
Oui, la Ligue 2, c’est une bonne division pour Châteauroux. Mais si on en est là aujourd’hui, c’est la conséquence de mauvais choix, c’est tout. On est dans un contexte sportif très concurrentiel, avec ce changement de cap, en fin de saison : le National, sincèrement, ça devient illisible. Tout le monde peut battre tout le monde. J’ai regardé lundi dernier Versailles contre Borgo, bon, vous coupez le son, vous ne savez pas qui est dernier et qui est premier (Versailles était repassé leader en s’imposant 1 à 0, Ndlr). Saint-Brieuc qui va gagner récemment 3-1 à Orléans et perd 3 à 0 à domicile contre Dunkerque. Tout est possible dans ce championnat. Vous gagnez deux matchs, vous parlez de montée, et vous perdez deux matchs, vous avez la trouille de descendre. Je n’ose même pas envisager ce qui va se passer la saison prochaine en National : avec quatre clubs de plus qui vont descendre de Ligue 2, ouh là là…
Etes-vous d’accord si on vous dit que Châteauroux n’était pas préparé à jouer le maintien et que, forcément, cela peut jouer mentalement ?
Oui, c’est sûr que c’est un des facteurs qui ne nous est pas favorable, parce que Châteauroux a été formaté pour jouer les premières places, comme la saison passée, où on a terminé 5e en National. Alors on s’est dit que, cette année, avec un effectif de qualité, également formaté pour jouer le haut de tableau, on allait faire pareil, mais non, et à l’arrivée, on se retrouve en bas. Et là, ce ne sont plus tout à fait les même qualités qu’il faut, elles doivent être aussi mentales, car il faut aller « se battre » au Puy, à Avranches, c’est sans doute ce qui rend notre tâche plus difficile que pour des équipes qui étaient programmées pour jouer le maintien.
« Descendre ? Pour moi, ce n’est même pas envisageable »
Le spectre de la descente, est-ce quelque chose qui vous fait peur ?
Si je répondais que cela ne me faisait pas peur, ce serait totalement irresponsable de ma part. Forcément, ça doit nous faire peur, parce que c’est l’avenir d’un club qui est en jeu, l’avenir de familles, l’ensemble du personnel : on a plus d’une centaine de feuilles de paie chaque mois, on est une PME. Ce spectre forcément fait peur. Mais je pense que les joueurs en sont conscients. Alors oui, vous me dîtes que notre effectif est de qualité, mais pour l’instant, nos qualités font qu’on est 10es (l’entretien a été réalisé à la veille du succès à Nancy, qui a permis au club de passer 9e).
Descendre, ce serait une catastrophe industrielle ?
Oui, car ce serait la perte du statut professionnel, la fermeture du centre de formation, ce serait la berezina, mais pour moi, ce n’est même pas envisageable.
Pensiez-vous, à votre retour en 2021, que ce serait aussi compliqué ?
En tout cas, je n’ai jamais pensé que le football était facile. Qu’on soit dirigeant en National 3, National 2 ou en Ligue 2, ce n’est pas écrit dans les datas que vous allez finir 5e ou 10e. L’histoire du football a montré d’énormes surprises par le passé. On n’aurait jamais pensé que, trois mois en arrière, Saint-Etienne serait aux portes du National. C’est comme ça. C’est la vie d’un club. On peut très bien se servir d’une saison comme celle-là pour ensuite rebondir. Mais je ne pensais pas, sincèrement, que l’on se retrouverait dans cette situation. Je ne l’ai pas vu arriver.
« La Ligue 3 va devenir indispensable »
Cette réforme des championnats, vous en pensez quoi ?
En deux ans, y’a quand même 8 clubs de Ligue 2 qui vont descendre en National. Bon, entre les deux saisons, y’en a peut-être qui vont remonter, mais regardez, la remontée immédiate, ça ne se voit quasiment plus. La création de la Ligue 3, on appellera ce championnat comme on le voudra, va devenir indispensable, parce qu’avec la diminution des clubs de L1 et L2, qui vont se retrouver en National, et ceux qui y sont déjà, il va y avoir de sacrés affiches : Châteauroux – Nancy, avant, c’était une affiche de Ligue 2. Et se retrouver en National, cela n’arrive pas qu’aux autres… C’est un championnat qui devient assez excitant.
Vous diriez que Châteauroux, en 2024, aurait plutôt sa place en Ligue 2 ou en Ligue 3 si celle-ci voit le jour ?
Je ne peux pas répondre catégoriquement à cette question mais ce qui est sûr c’est que Châteauroux doit être un club de Ligue 2. Il y a un stade pour, un centre d’entraînement, des infrastructures, un environnement avec des collectivités et des partenaires qui nous suivent.. C’est une ville et un département qui ont besoin de la Ligue 2, et ce serait dommage que Châteauroux n’y retourne pas. Les connaisseurs du football le disent, Châteauroux, c’est un club de Ligue 2. C’est sa place, mais ça devient très difficile.
L’érosion du public à Gaston-Petit, où les affluences stagnent à 2000 spectateurs… ?
C’est moyen, il faut être clair, et cela ne vas pas s’arranger avec le temps; le public y croit toujours un petit peu, alors il vient, mais le National n’est pas un championnat viable, il ne faut pas y rester trop longtemps. Soit la Ligue 3 arrive avec quelques subsides pour compenser les obligations auxquelles doivent faire face les clubs, soit on fera comme les autres, c’est-à-dire que l’on sera obligé de monter ou alors on disparaîtra, un jour ou l’autre.
« Pour l’instant, on n’épate personne »
Avec l’arrivée de United World, le club est pourtant passé dans une autre dimension, au niveau de l’aura et aussi en matière de surface financière…
En matière d’infrastructures, les projets étaient déjà là, avant que « United » n’arrive. En matière d’aura, pas forcément, car ce qui donne de l’aura, c’est le niveau où on évolue, et pour l’instant, on n’épate personne sportivement.
Après, malgré les difficultés sportives que nous connaissons, « United » continue d’épauler le club et de le structurer, il a une vision à longs termes, il ne fonctionne pas en se disant que si on reste en National, il va diminuer la voilure. On a toujours un potentiel administratif bien dimensionné pour en faire un club sérieux, auquel « United » apporte sa contribution.
Chaque département du club est en relation avec un chef de département chez « United » à Genève, et cela apporte une valeur ajoutée dans l’exécution des tâches de chacun.
C’était Indispensable pour un club comme Châteauroux de compter sur l’arrivée de « United World » ?
Je n’en sais rien car je ne peux pas juger la situation du club avant. On peut penser que c’était indispensable, car Châteauroux est une petite ville, où il n’y a plus trop de grosses industries capables de prendre le relais, donc c’est une chance pour elle d’avoir eu cette opportunité. C’est ce que je pense.
Donc United World continuera de vous suivre, quoi qu’il advienne ?
C’est à eux qu’il faut le demander, je ne peux pas parler à la place du Prince. Mais ce qui est sûr, c’est qu’ils sont impliqués et proches du club. Dommage que l’on n’ait pas les résultats sportifs escomptés. Si on pouvait gagner à l’extérieur, ça nous donnerait un peu plus d’air; souvent, on se remet le « c… dans les ronces », en gagnant chez nous et en perdant à l’extérieur, là, il faudrait gagner à Nancy, comme début février avec la victoire à Bourg et contre Le Puy, mais on n’était pas arrivé à enchaîner derrière.
En revenant à Châteauroux, la boucle est-elle bouclée ?
Oui, oui, c’est fini, c’est le dernier tour de piste, même si j’ai encore la foi, même si j’ai du gaz ! Ce qui me plaît dans l’activité au niveau du groupe United World, il y a le club évidemment, mais je suis amené à développer d’autres concepts autour du club; là, par exemple, on est en train de créer une académie privée de foot, comme un centre de formation privé, c’est intéressant, on a loué des installations, des bâtiments, on a commencé à travailler avec des pays du continent africain, où on a signé des conventions pour former des jeunes qui viendraient ensuite à Châteauroux.
Vous aviez fait un peu la même chose à Thonon Evian, en 2017…
Oui mais ce n’était pas le même modèle d’académie. Evian Thonon travaille plutôt sur le continent américain et est très lié au PSG, donc c’est plus une politique « marketing ». United World, eux, sont plus axés sur la qualité et l’excellence.
Patrick Trotignon, du tac au tac
« J’aime construire, entreprendre »
Meilleur souvenir sportif de dirigeant ?
J’en ai deux. Deux finales de coupe de France. Avec la Berrichonne en 2004 et en 2013 avec Evian Thon Gaillard. Tous les 9 ans ! Du coup, j’espérais en refaire une en 2022, cela n’a pas été possible (rires).
Pire souvenir sportif ?
La chute programmée, à laquelle je n’ai pas participé, d’Evian Thonon Gaillard. C’était un projet assez fabuleux, soutenu par le groupe Danone, et qui a volé en éclats à cause de l’indélicatesse et de l’irresponsabilité de quelques personnes. C’était un épisode assez incompréhensible de la bêtise humaine.
Un club de coeur ?
C’est forcément La Berrichonne de Châteauroux. C’est là où j’ai véritablement démarré ma carrière de dirigeant, et c’est quand même ma ville, quoi… C’est vrai que j’ai commencé à Bourges, mais pas longtemps. Le vrai démarrage, ce fut en 1989, lors de ma rencontre avec Michel Denisot, et l’aventure a commencé là avec La Berri, jusqu’à l’accession en Division 1 en 1997. C’était une belle période.
Un stade mythique ?
La Bombonera (Buenos Aires, Argentine). J’ai eu l’occasion d’y aller. J’ai assisté au derby Boca Juniors – River Plate, c’est exceptionnel, j’étais accompagné de Juan Simon, un ancien international argentin, qui a participé à la coupe du monde en Italie, et qui a joué en France, à Strasbourg et à Monaco. Je suis toujours en relation avec lui.
Un match de légende ?
On a toujours tendance à penser que c’est le dernier que l’on a vu, c’est pour ça que la nouvelle génération pense que c’est le dernier France-Argentine en finale de la coupe du Monde, mais je pense que ce match est juste spectaculaire par son scénario, mais ce n’est pas un match de légende. Pour moi, ce sont les matchs de l’Ajax Amsterdam des années 70, avec Cruyff, Neeskens et compagnie. Evidemment, c’est ma génération, j’avais les cheveux longs, comme eux, et la finale de la coupe du Monde 1974, Pays-Bas / Allemagne (1-2) reste dans ma mémoire. Parce que ce fut une grande déception pour moi.
Le président le plus marquant ?
Il faut avoir un respect pour ce qu’a fait Jean-Michel Aulas. Je sais qu’il est parfois clivant, mais on vit dans un pays où les gens qui réussissent sont jalousés. Je suis admiratif de ce qu’il a fait. Durer à ce poste-là, ce n’est pas facile. je dis chapeau. Il a développé son club et il continue à le faire : d’un point de vue entrepreneurial, c’est un grand exemple pour les dirigeants.
Le meilleur joueur côtoyé ?
Je vais en citer deux. Christian Poulsen, que j’ai eu à Evian, et qui est entraîneur-adjoint de l’Ajax Amsterdam aujourd’hui ( et sélectioneur adjoint du Danemark). Il a été international danois et je l’avais récupéré de Liverpool, grâce à l’aimable collaboration de Damien Comolli, et c’est sans doute le meilleur joueur que j’ai eu l’occasion de côtoyer dans un effectif. J’en ai connu d’autres, comme Wilson Oruma ou Alexander Frei au Servette de Genève, où j’ai côtoyé Lucien Favre comme entraîneur, avec qui on a gagné la coupe de Suisse en 2001, mais je n’oublie pas non plus quand même un joueur qui a marqué l’histoire de Châteauroux, c’est Yann Lachuer. C’est l’artisan de l’accession de La Berrichonne en Division 1, qui reste le point culminant de l’histoire du club. J’aurais pu citer Patrick Mboma, qui fut un joueur marquant aussi pour le club.
Votre pire match de dirigeant ?
Le match qui m’a le plus déçu, c’est en coupe de Suisse, un match du premier tour, on joue contre une équipe amateur; on fait jouer un joueur suspendu, et on est éliminé… On était tenant du titre. ça, c’était atroce, un cauchemar.
Le match qui vous a procuré le plus de fierté ?
J’en ai beaucoup. Le football procure des émotions inégalables, il faut être dedans pour les ressentir, alors sincèrement, je dirais la demi-finale de coupe de France entre Châteauroux et Dijon en 2004, ça reste un événement exceptionnel, c’était la fête dans le Berry, on se qualifie pour aller au Stade de France. Je n’oublierai jamais ce match.
Plus grosse fierté de dirigeant ?
Ma fierté, c’est d’avoir globalement bien fait mon travail, avec passion et précision. J’ai connu beaucoup d’accessions, beaucoup de titres. Personne ne s’en rend compte, mais je pense que j’ai fait mon travail, « avec sériosité », comme disait Stefan Kovacs, l’ancien sélectionneur de l’équipe de France, qui, au lieu de dire « avec sérieux », disait « avec sériosité » (rires).
Plus grosse erreur de dirigeant ?
(Rires) J’en ai collectionné quelques-unes ! C’était souvent des erreurs de stratégie, de recrutement. Parfois, on se trompe sur les hommes. Je pense quand même que l’une de mes plus grosses erreurs, c’est d’avoir fait confiance à certaines personnes à Evian Thonon Gaillard qui ensuite m’ont trahi et conduit le club à la déroute. J’aurais dû écouter mon environnement, qui m’avait dit de me méfier, et je ne l’ai pas fait.
Votre décision de dirigeant la plus difficile à prendre ?
(Long silence) Y’en a beaucoup parce que lorsque l’on est amené à se séparer d’entraîneurs qui ont des valeurs humaines… C’est le job qui fait ça. C’est sans doute la séparation avec Bernard Casoni. J’en reviens encore à Evian mais on s’est séparé prématurément, sans doute pour des problèmes d’incompréhension, on venait d’accéder en Ligue 1, on était même 9e du classement, à la mi-saison, on s’est expliqué, voilà, après attention, on est resté en très bon terme, on s’appelle, mais je pense que c’est une erreur.
Vous êtes un dirigeant plutôt…
Entreprenant, innovant. J’aime construire, entreprendre, c’est mon tempérament, j’aime créer, innover : un exemple, quand j’ai démarré ma carrière de dirigeant à Châteauroux, on a été sans doute l’un des premiers clubs à installer des panneaux publicitaires à défilement, ce n’étaient pas des LED à l’époque. J’avais démontré au CA que c’était plus rentable car on pouvait vendre 3 ou 4 pubs en même temps. Bon, c’est juste un exemple. Je ne veux jamais évacuer aussi le côté humain qu’on doit avoir : malheureusement, dans ce milieu, parfois, il ne faut pas mélanger l’affectif et le business, on gère des hommes, donc forcément on n’est amené à prendre des décisions pas toujours agréables même si, très honnêtement, j’ai toujours essayé de garder ce côté humain. Je suis resté à 90 % en bonnes relations avec les personnes avec lesquelles j’ai travaillé, joueurs, dirigeants, entraîneurs, etc. Je ne pense pas avoir véhiculé de la méchanceté.
Le milieu du foot ?
Impitoyable.
Textes : Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr /Twitter : @BOYERANTHONY06
Photos : La Berrichonne de Châteauroux (et United World)






Pourquoi as-tu choisi d’être footballeur ?











Jouer la montée en National à 32 ans n’est pas commun. C’est pourtant ce que s’échine à faire chaque week-end Jordan Gonzalez, l’entraîneur de Lyon-La Duchère, 3e de sa poule de N2, à 3 unités du leader Jura Sud.
Des gens coachent assez jeunes, dans leur club, mais vous ça s’est accompagné rapidement d’autres responsabilités. Comment ça s’est passé ?
Le début d’une – déjà – deuxième partie de carrière de coach, quelque part…
Beaucoup d’entraîneurs ont été joueurs, puis coachs… Vous, on a presque l’impression que vous avez été joueur pour acquérir de l’expérience et devenir entraîneur !
Ce côté « coach des jeunes » dans un club de quartier ou directeur de pôle socio-éducatif, ce n’est pas commun : on imagine que ces expériences irriguent aussi votre profil et façon de faire aujourd’hui…
Par rapport au relationnel, comment ça se passe avec votre âge ?
Coach en jeunes, analyste vidéo, coach en N2. Déjà un sacré parcours…
Quelles sont vos méthodes de travail à La Duchère ?
Et ça marche ! Vous faites une excellente saison, dans une énorme bataille pour la montée, où vous êtes une des meilleures attaques de N2. C’est un cercle vertueux.
Ce n’était pas le pot de terre contre le pot de fer, mais un peu tout de même ! Le derby de la Dordogne, entre Trélissac et Bergerac, deux villes que tout sépare, mais proche de 50 kilomètres, a finalement tourné en faveur de « l’équipe de village », sans péjoration aucune.

Dans les allées, les stands sont nombreux et confèrent à l’ensemble une ambiance « village ». Anthony, le responsable marketing et communication (il est également joueur au club), présente le salon des exposants, où de nombreuses associations et entreprises sont venues assurer la promotion de leurs activités. Une initiative sympa qui anime et ambiance la soirée.
Ce derby du 24 ne fut pas d’un grand niveau technique, en revanche, sur le plan de l’intensité, le public – environ 800 spectateurs – en a eu pour son argent (5 euros l’entrée seulement, 2,50 en demi-tarif). Quel engagement !
Finalement, ni le résultat ni le scénario d’un match où l’arbitrage a pesé de tout son poids ne sont venus remettre en cause la relation entre les deux clubs : Loubat et Lannuzel se sont retrouvés sur la pelouse après la rencontre et ont, ensemble, pendant un bon quart-d’heure, refait le match où il fut essentiellement question de « tactique ». Rare et rafraîchissant. Et sans quelques obligations, médiatiques ou « commerciales », les deux hommes y seraient sans doute encore !
Président de Trélissac depuis 2009, Fabrice Faure est revenu sur les relations avec son voisin et a évoqué l’avenir. Un avenir en pointillé dû à la réforme des championnats nationaux.
Arrivé sur le banc voilà un peu plus d’un an, l’ex-coach d’Angoulême, de Moulins et d’Yzeure (avant la fusion), a assuré le maintien la saison passée. Et il est bien parti pour en faire de même cette saison. Modeste joueur de DH (Régional 1), il avait effectué ses classes de coach pendant 7 ans avec la réserve de l’AS Moulins, la propulsant de première division de district jusqu’en CFA2 (N3) ! Joueur, il avoue avoir « joué sous fausse licence à Saint-Georges-les-Ancizes », quand le club évoluait en CFA : « On était 25 mutés alors qu’on n’avait droit qu’à 6 ! » . Loubat n’a que peu goûté au niveau CFA : « J’étais surtout un bon joueur de DH, un numéro 10 ! J’étais un joueur d’entraînement, il me manquait le mental ! »

Aziz Dahchour n’a pas bien compris le concept de l’interview « Du tac au tac ». Ou plutôt si, il a tout compris ! Le milieu de terrain et capitaine du CS Sedan Ardennes a donné des réponses comme certains adressent des lettres de remerciements ! Quand il faut répondre par un mot, il répond par une longue phrase. Quand il faut répondre par un nom, il cite tout le monde, de peur d’en oublier ! Et s’il oublie quelqu’un, il n’hésite pas à vous envoyer un message, puis un deuxième !

Alors Drancy a calé (seulement 5 victoires en 34 matchs). Mais pas Aziz, qui s’est fait remarquer : « Cette saison-là, bizarrement, alors qu’on était derniers, c’est celle où j’ai eu le plus de sollicitations en N2 et en National. En fin de saison, j’avais envie de voir un autre projet. Je pense que j’avais fait mon travail avec Drancy, où je suis resté pendant 9 saisons. Je voulais me lancer un challenge. J’avais la possibilité d’aller en National mais finalement je suis resté en N2, à Sedan : le club a fait appel à moi à la dernière minute, et les négociations avec le directeur sportif, Julien Fernandez, ont été longues, mais il a su, avec son discours, me faire venir, et je ne le regrette pas ! »
« En début de saison, tout le monde nous voyait mort, raconte Aziz; on est resté dans les derniers pendant deux mois, et c’est ça que j’ai bien aimé : on a montré du caractère pour sortir de cette zone rouge, et on sait que c’est compliqué. Rien que ça, c’est déjà une grosse performance. Là, on a fait un faux pas contre Martigues, je pense qu’un match nul aurait été équitable, mais je suis certain que l’occasion de recoller en haut de tableau va se représenter. D’autres équipes du haut vont peut-être caler, et on verra si elles auront la même force mentale que la nôtre pour relever la tête parce que quand vous êtes toujours 1er ou 2e et qu’à un moment donné, ça ne va plus, comment le groupe va-t-il réagir ? Peut-être que certaines équipes n’auront pas les billes nécessaires pour relever la tête. Il reste douze matchs, et personne ne va gagner les douze… A nous de faire le travail pour titiller les équipes du haut. »
Meilleur souvenir sportif ?





















En 2012, Prince intègre les U19 Nationaux du club phocéen. Il y joue tantôt milieu défensif, tantôt défenseur central. Les joueurs de sa génération, comme Baptiste Aloé ou Laurent Abergel, évoluent déjà avec la réserve en CFA. Au centre de formation, il tape déjà dans l’œil du coach de la réserve et “navigue entre les deux groupes”.





Bientôt 4 ans que François Clerc est à la tête de l’ABFC (Andrézieux-Bouthéon Football-club). Et bientôt 5 ans que le natif de Bourg-en-Bresse (Ain), âgé de 39 ans, a mis un terme à une carrière de joueur bien remplie : c’était en juin 2018, avec le Gazelec Ajaccio, en Ligue 2.
Cette saison, c’est un peu plus compliqué pour les Faucons, dont la situation au classement – 13e sur 16 – a engendré un changement d’entraîneur, Jérémy Clément s’asseyant sur le banc à la place de l’ex-coach de Chamalières, Arnaud Marcantei, recruté en 2021.
François, comment êtes-vous arrivé à la tête d’Andrézieux ?
Pourtant, on a l’impression que l’ABFC n’a pas surfé sur cette « perf »…
Cette saison, en revanche, c’est beaucoup plus dur…
La décision d’évincer le coach Marcantei, fin janvier, c’était une première depuis votre arrivée ?




On n’est pas loin de Saint-Etienne, donc on a un territoire très dynamique, avec beaucoup d’entreprises, on est tout près d’un géant comme l’AS Saint-Etienne, l’un des plus grands clubs français, et on se doit de proposer autre chose. Après, c’est aussi un peu notre point faible car ce stade peut nous inhiber, nous mettre dans un certain confort.
Jouer le vendredi soir, c’est une volonté ?