Le Brestois, arrivé sur le tard à l’âge de 24 ans dans le monde pro à Guingamp, et révélé dans les années 2010 à Plabennec en CFA et en National, prend toujours autant de plaisir à 37 ans à Saint-Brieuc, en N2, où il prépare également sa reconversion.

Entretien réalisé avant le match de la 12e journée de National 2 entre le Stade Briochon et l’US Granville (0-0).
Christophe Kerbrat est né à Brest, supporte le Stade Brestois, mais n’y a jamais joué. Car c’est à une quinzaine de kilomètres de là qu’il est né au football, au Stade Plabennecois. À « Plab », pour les intimes. Là où il a enfilé ses premiers crampons, avant même l’âge légal pour obtenir une licence : « Je jouais au foot dans le jardin, à la maison, puis quand j’ai été en âge de prendre une licence, je me suis inscrit à Plabennec, là où mon père et mon frère ont joué aussi. »
Le Finistérien domicilié à Morlaix n’a même jamais affronté le Stade Brestois en compétition officielle ni d’ailleurs porté aucun autre maillot que celui de Plabennec… dans son département ! « J’ai juste joué contre eux en matchs amicaux. C’est le club de chez moi, donc c’est particulier. Ce n’est pas un regret, c’est comme ça. Mais j’aime bien l’atmosphère du stade Francis Le Blé. J’aime bien aller au match, mes neveux y jouent maintenant. »
Attaquant puis milieu puis…

En revanche, Christophe Kerbrat – prononcer le « t » de Kerbrat – a porté pendant neuf saisons (2011 à 2020) celui du voisin des Côtes-d’Armor, l’En Avant de Guingamp, pour son unique passage chez les pros (dont 6 saisons en Ligue 1 tout de même !), avant de « terminer » sa carrière, toujours dans le « 22 », au Stade Briochin, qu’il a rejoint en 2020 en National, et où il continue aujourd’hui, à 37 ans, d’apporter son expérience en National 2.
C’est donc bien à Plabennec, et non pas à Brest, que tout est parti pour celui qui avait commencé attaquant, puis excentré droit, puis numéro 6 en National sous l’ère Franck Kerdilès avant de reculer au poste de défenseur central, sur les conseils de Jocelyn Gourvennec à Guingamp. Une bonne intuition de l’actuel coach des Canaris de Nantes, qui avait repéré ce vif et actif milieu défensif lors de la saison 2010-2011 en National, lors des matchs Plabennec-Guingamp. Et si le baptême du feu au poste de stoppeur, deux ans après son arrivée à l’En Avant, fut un très mauvais souvenir – « C’était pour mon premier match de Ligue 1 contre Marseille, on perdait déjà 3 à 0 au bout d’une demi-heure… » -, la suite fut bien meilleure, avec notamment un succès en finale de la coupe de France en 2014, face à Rennes, au Stade de France (2-0). Son meilleur souvenir, comme il la raconte un peu plus loin dans l’interview « du tac au tac ».
Retour en National, 9 ans après

Avec les Griffons, où il a posé ses valises en 2020, il a participé aux trois saisons dans l’antichambre de la Ligue 2 BKT. Mais en juin dernier, le stade Briochin est descendu en National 2, malgré une remontée fantastique au classement, amorcée par Karim Mokeddem, n’échouant qu’à deux petits points du premier non-relégable, le FC Bourg-en-Bresse/Péronnas 01, relégué administrativement quant à lui.
Neuf ans après, « Chris » retrouvait donc le National, et mesurait la différence et l’évolution de cette compétition qu’il avait connue avec Plabennec pendant deux saisons (2009 à 2011).

« Tout a évolué ! Alors déjà pour nous, à l’époque, avec Plabennec, c’était une grosse découverte. Il y avait un gros niveau avec Strasbourg, Bastia, Amiens, Reims, Guingamp, Cannes, c’était un VRAI championnat mais là, avec Saint-Brieuc, quand on a joué en national (2020 à 2023), j’ai vu la différence : tous les clubs sont structurés, les terrains sont en meilleur état, les équipes sont au point tactiquement et physiquement. Il y avait déjà de très bons joueurs, comme Jan Koller à Cannes ou Laurent David chez nous. Aujourd’hui, le National tend vers le monde pro. À l’époque, on savait qu’il y avait 4 ou 5 grosses équipes et le reste, ça se « tapait », c’était des matchs couperet. Aujourd’hui, il n’y a jamais un match facile, c’est toujours le combat, c’est un championnat éprouvant : avec Saint-Brieuc, je n’ai pas ou peu de souvenirs de matchs avec plus de deux buts d’écart. »
Et les années « Plab » en National, qu’en garde-t-il ? « Il y avait du monde au stade de Kervéguen, il y avait une atmosphère, on a vraiment fait des gros matchs. C’était difficile de venir chez nous. On avait beaucoup de qualités, il y avait une ambiance de copains, on était tout le temps ensemble et sur le terrain on était des chiens. Les adversaires pouvaient gagner mais il fallait qu’ils soient meilleurs que nous et qu’ils enfilent le bleu de chauffe ! »
Les sollicitations du Finistère

S’il a longtemps cru un repêchage en National possible l’été dernier, surtout après les déboires de Nancy et Sochaux, il a finalement dû se résoudre à repartir au 4e échelon, en N2, toujours avec Christophe Kerbrat, dont les sollicitations n’ont pourtant pas manqué à l’inter-saison. « C’est vrai que la descente n’a pas été évidente à vivre, mais en même temps, on était préparé à ça car on avait vraiment très mal commencé le championnat. On était donc programmé pour vivre une saison comme ça mais j’avoue que jouer la descente, c’est fatigant, encore plus quand c’est avec un club que l’on aime; ça m’a vraiment touché. En plus, après, ça, la gestion de l’intersaison du championnat National a été, pour moi, un fiasco total. Heureusement, chez nous, au Stade Briochin, elle a bien été gérée. »

Tellement bien gérée que Christophe, surnommé « La ker » depuis ses années guingampaises, a rempilé, alors que la plupart des clubs amateurs du coin lui faisaient les yeux doux ! « Beaucoup de clubs du Finistère me courtisaient, raconte-t-il; j’ai voulu rencontrer tout le monde, je suis comme ça, j’aime bien discuter avec les gens. J’ai eu des rendez-vous sympas, avec des belles personnes. À la fin, cela s’est joué entre l’AG Plouvorn en Régional 1 et Saint-Brieuc. Finalement, j’ai décidé de rester avec Guillaume (Allanou, le président des Griffons), qui me propose un plan de reconversion, et le nouveau coach (Roland Vieira), dont le discours a aussi fait pencher la balance. J’ai 37 ans, j’ai encore envie de jouer à un certain niveau même si, à mon âge, je pense à la reconversion, qui est presque plus importante, et aussi à me faire plaisir sur le terrain, au quotidien. Et c’est le cas aujourd’hui au Stade Briochin. J’ai fait le choix de la reconversion, de pouvoir rester dans le sport et de jouer au foot avec un vestiaire au top. J’aime ce mélange dans le groupe, avec des jeunes de 20 ans et des trentenaires. »
Début de saison compliqué

Quid de sa reconversion ? « Je passe un diplôme universitaire à distance avec l’Université de Lyon dans la gestion des organisations sportives, en parallèle du foot, et j’effectue ma formation avec le Stade Briochin. Avec mon président, on a un plan sur la durée. C’est important d’avoir de la stabilité. »
La stabilité, la continuité, c’est justement ce qui fait défaut aujourd’hui aux Griffons, actuellement 9es sur 14, et dont le début de championnat en N2 s’est avéré compliqué. Au sortir d’une petite série de deux bonnes victoires à Saint-Malo (3-1) et face à la réserve de Lorient (2-1), à laquelle s’est ajoutée une jolie « perf » au 7e tour de la coupe de France face à la Ligue 2 de Concarneau (3-3, 5-3 tab), les joueurs de Roland Vieira, qui semblaient avoir redressé la barre, ont subi trois nouveaux coups d’arrêt, contre Chambly et à Aubervilliers en championnat, et face aux Herbiers (N2) en 64es de finale de la coupe de France (élimination 2-1). « On a mal démarré aussi, mais il n’y a pas eu beaucoup de non-match, sauf à Aubervilliers où on s’est fait manger dans tous les compartiments du jeu (défaite 3-1, 10e journée). Ils nous ont montré ce qu’il fallait faire à ce niveau. Contre Chambly (0-1), on a commis une erreur, ils ont marqué sur penalty… voilà quoi…. Il faut que l’on soit plus tueur dans les deux surfaces. »
« Je ne suis pas un donneur de leçons »

Forcément respecté dans le vestiaire pour sa carrière et son palmarès (6 saisons de Ligue 1 et trois de L2 avec Guingamp, une victoire en coupe de France et une finale de coupe de la Ligue), « Chris » sait qu’il tient un rôle important mais lui ne surjoue pas : « Avec Benjamin Angoua (Valenciennes, Guingamp), James Le Marer, qui est là depuis longtemps, Franck L’Hostis, Mickaël Martin et d’autres, on a des joueurs d’expérience. Moi, je ne suis pas un donneur de leçons. Je peux prendre la parole pour mobiliser les troupes ou quand quelque chose m’agace, mais sinon, non. »
S’il s’est retrouvé à Saint-Brieuc après une dernière saison en Ligue 2 avec l’En Avant (2019-20), ce n’était pas son premier choix. A vrai dire, il avait même envisagé de partir à l’étranger : « Je voulais connaître un autre football. J’ai voulu tourner la page de Guingamp et partir, c’est vrai, c’était même un projet familial. Mais à chaque fois, quelque chose n’a pas collé et je n’ai pas pu conclure, que cela soit à Chypre ou en Suisse. Mais je n’ai pas de regret, c’est comme ça. Maintenant, l’étranger, et bien j’y vais, mais en vacances ! »
Christophe Kerbrat, du tac au tac
« Les datas, les schémas, les calculs, ce n’est pas mon truc ! »
Es-tu content de succéder à Herman Koré dans cette rubrique ?
(Surpris) Oui oui ! C’est aussi quelqu’un qui a fait les belles heures de Concarneau. Je le connais de nom.

Ton meilleur souvenir ?
Forcément, la finale de la coupe de France, remportée en 2014, avec Guingamp, contre Rennes (2-0). Après, il y en a eu beaucoup, comme ce 8e de finale de coupe de France avec Plabennec (en 2010-11) : on était en National et on avait éliminé deux clubs de Ligue 1, Nice chez nous (2-1) et Nancy chez eux (2-0). Malheureusement, je n’avais pas disputé le 8e de finale cotre Auxerre (élimination 4-0) car j’étais suspendu. La coupe, ce sont des émotions particulières. Bien sûr, il y a eu aussi les montées de CFA en National avec Plabennec, la montée en Ligue 1 avec Guingamp, la coupe d’Europe, les trois saisons aussi en National avec Saint-Brieuc même si ça c’est mal terminé.
Pire souvenir ?
Les descentes. Une avec Plabennec en CFA (N2), une avec Guingamp et une avec Saint-Brieuc. Ce n’est jamais facile à vivre, les saisons sont longues… Il y a eu aussi deux éliminations avec Guingamp en demi-finale de la coupe de France (2015 et 2017) et une en 16e de finale de l’Europa League par Kiev, alors qu’on avait largement la place de passer.

Combien de buts marqués ?
Pas beaucoup ! Deux avec Guingamp et là, je dois être à quatre avec Saint-Brieuc. Avec Plabennec, en revanche, je ne sais pas.
Attaquant, milieu ou défenseur ?
Je jouais attaquant en jeunes et en équipe C à Plabennec aussi. Et au fur et à mesure j’ai reculé. C’est Bernard Maligorne, le coach de Plabennec (avant Franck Kerdilès), qui m’a fait reculer. J’ai aussi joué excentré. C’est là que je suis passé milieu récupérateur. À Guingamp, un jour, il y a eu une hécatombe de blessés et le coach Jocelyn Gourvennec m’a demandé de dépanner derrière. Je n’ai plus quitté ce poste. J’ai pris ça comme une chance. Je ne connaissais pas le poste, donc je me suis dit que j’allais faire du mieux que je le pouvais. J’ai mordu dedans, je ne me suis pas posé de questions… sauf peut-être la première fois, contre Marseille, avant mon premier match : ce soir-là, ça ne s’était pas bien passé, avec une première demi-heure très difficile (l’OM menait 3-0 et s’était imposé 3-1). Mais le coach a conservé sa confiance envers moi : je pense que d’autres à sa place m’auraient fait sauter (sic) ! Mais lui, pas du tout. Et je me suis senti de mieux en mieux. Il m’avait repéré en National, avec Plabennec, on avait fait deux très bons matchs contre Guingamp cette saison là.

Plus beau but ?
En CFA contre la réserve du PSG. Un corner de Laurent David en retrait et je frappe dans la foulée.
Le match où tu t’es senti le plus fort ?
La finale de coupe de France. On était intouchable. On l’a senti tout au long du match. Il n’y avait pas eu photo.
Le pire match ?
Ce n’est pas un match mais les 30 premières face à l’OM pour mon premier match en Ligue 1 ! A 0-3, on est seul au monde dans ces cas-là, comme un tennisman qui n’est pas dans un bon jour !
Pourquoi as-tu fait du foot ?
Parce que je suis issu d’une famille de sportifs. Mon père jouait au foot, mon frère Sébastien et mon beau frère Didier Ettori jouaient à Plabennec, donc logiquement, j’allais au stade, j’étais tout le temps sur les terrains. Mon frère a un peu joué en équipe première.
Ton geste technique préféré ?
Le tacle ou la transversale.
Qualités et défauts selon toi ?
Défaut, je dirais le jeu de tête, ce n’est vraiment pas ma qualité, en plus, il y a de pus en plus d’attaquants athlétiques ! Mais je compense avec l’anticipation, mon point fort.

Pourquoi n’as tu jamais joué dans un club un peu plus huppé que Guingamp ?
Je ne sais pas… De toute façon, je n’ai aucun regret, ça s’est fait comme ça. Je suis arrivé sur le tard en pro, à 24 ans, donc j’ai joué la sécurité : à chaque fois que j’ai eu une proposition de prolongation de contrat, j’ai sauté dessus. C’était une manière de protéger ma famille. J’ai bien eu une opportunité de signer au Havre avec Paul Le Guen quand on est descendu de L1 en L2 avec Guingamp. Tout était bouclé. Finalement, ça ne s’est pas fait. Mais j’aurais du partir, j’ai fait une erreur de ne pas y aller. C’est comme ça, il ne faut pas regretter, sinon on se morfond. Je suis content de mon parcours.

La saison où tu as pris le plus de plaisir ?
La saison 2013-2014 avec Guingamp, et le titre au bout, en coupe. On avait vraiment une équipe, pas les plus grands noms, certes, avec un coach, Jocelyn Gourvennec, qui maîtrisait tout. Cette épopée nous a servis en championnat car on a réussi à se maintenir. La première saison en National avec Plabennec aussi, on était une équipe, l’ambiance, tout ça, il y avait un truc. Et je retrouve un peu ça à Saint-Brieuc, où on a plaisir à se revoir chaque matin, comme une famille.
Milieu pro ou milieu amateur ?
Ce sont deux mondes différents mais au final, la vérité vient toujours du terrain ! En pro ou en amateur, il faut toujours que le mec ait envie de se défoncer pour son coéquipier, il faut le don de soi, l’esprit d’équipe. Je ne suis pas dans l’individualisme. Pour moi, le collectif prime, et au delà de ça, à Saint-Brieuc, il y a un truc différent : ce n’est pas que l’équipe fanion, c’est un ensemble, c’est le club en lui-même, ce sont les éducateurs qui sont multi-taches, ce sont les gens qui travaillent dans les bureaux, les bénévoles qui sont partout, toujours là pour nous qui sommes sur le terrain. C’est une obligation de se défoncer pour tous ces gens-là, qui oeuvrent pour que le foot amateur vive.

Ce que ton parcours chez les amateurs t’a apporté ?
Quand j’étais dans le foot amateur, tout le monde me disait que le foot pro, ce n’était pas pour toi : je pense que l’on a un regard un peu fossé sur ce qui se passe dans un vestiaire pro. Quand je suis arrivé dans le vestiaire à Guingamp, c’était des mecs simples, comme à Plabennec, je n’ai pas vu de différence. Et puis Jocelyn (Gourvennec) a fait ce groupe top, donc a transition entre Plab’ et Guingamp s’est faite naturellement; à Plab, je voyais le foot comme un jeu, même encore aujourd’hui à 37 ans, forcément, parfois, il y a de l’adrénaline ou du stress, mais une fois sur le terrain, c’est un jeu. J’ai essayé de ne pas changer, même si je faisais plus attention à l’extra-sportif quand je suis arrivé en Ligue 1, comme la nourriture, le sommeil ou la récupération, mais je n’ai pas arrêté de vivre, j’avais la vie de monsieur et madame tout le monde. Mais le fait d’arriver dans ce milieu, j’ai mis une carapace, je n’allais pas sur les réseaux. Tous ces commentaires, ce n’est pas monde, même si je sais que les critiques, comme se faire traiter de « truffe » après un match, ont pu toucher ma famille. Moi, j’étais dans une bulle.

Un stade mythique ?
Le Stade de France, forcément, car jamais je n’aurais pensé y jouer une fois dans ma carrière ! Le parc des Princes aussi même si, quand j’étais petit, j’étais plutôt pour l’OM… mais le Parc, c’est quelque chose quand même.
Un public ?
Saint-Etienne. On sent la ferveur et ça pousse. Lens aussi, même si je n’y ai joué qu’en L2.
Un coéquipier marquant ?
Il y en a plusieurs. D’abord, à Plabennec, c’est l’équipe. Des valeurs que j’ai retrouvées sur mes première saisons à Guingamp. C’était l’équipe au dessus d’une individualité. Après, des joueurs marquants, Clément Grenier, Marcus Thuram, Ludovic Blas, ils ont un truc particulier.

Le joueur avec lequel tu avais le meilleur feeling ?
A Plab’, Steven Coat, on n’avait pas besoin de se parler, on voyait le foot de la même manière, et à Guingamp, Jonathan Martins-Pereira, le latéral droit. Enfin, à Saint-Brieuc, Benjamin Angoua et James Le Marer.
Des amis dans le foot ?
Des vrais amis, il n’y en a pas beaucoup. Mais je me suis entendu avec tout le monde.
Quels résultats regardes-tu en premier ?
Je regarde les résultats de Guingamp, de Plabennec, et de Nîmes car j’ai mon pote Thibault Giresse qui y est (entraîneur-adjoint en National), et ça ne va pas fort en ce moment…
Un adversaire qui t’a impressionné ?
Cavani. Il ne lâchait jamais rien, il fallait toujours être sur le qui-vive. J’admirais sa mentalité.
Une équipe qui t’a marquée ?
Le PSG quand Neymar signe, il dispute son premier match au Roudourou, c’était impressionnant …
Pas l’OGC Nice ?
(rires) Pourquoi ?
Ils ont gagné 7 à 2 une saison à Roudourou (en 2014) …
(Rires) Non même pas ! Et la seule fois ou ce Brésilien, Eduardo, a marqué 5 buts, c’était contre nous, évidemment (rires) !

Un coéquipier perdu de vue ?
Jonathan Martins-Pereira. Il est à Lens aujourd’hui (coordinateur sportif). La distance fait que…. Mais ça sera un grand plaisir de le revoir.
Un coach ?
Jocelyn (Gourvennec), je l’ai revu, il est particulier pour moi, c’est lui qui m’a fait connaître toutes ces émotions-là, mais pour en arriver là, il y en a eu d’autres avant lui, comme Bernard Maligorne et Franck Kerdilès, à Plabennec. Aujourd’hui, à Saint-Brieuc, on a un coach (Roland Vieira) qui rentre dans ces valeurs-là, qui ressemble à ce que j’ai connu avant; au niveau des valeurs et de la vision du foot, pas besoin d’en faire des tonnes, j’aime beaucoup. Le foot a pris une tournure différente : les coachs avec lesquels ça a le mieux marché pou moi, ce n’était pas des coachs à « la manette », parce que les datas, les schémas tactiques, tous les discours autour du foot, où tout est calculé, où tout est programmé, c’est ennuyeux. Le foot est un jeu pour moi. Or, je trouve que ce n’est plus assez un jeu. Ce n’est pas mon foot à moi.

Tu aurais dû arriver dans le foot 10 ans plus tôt ?
Non mais pour moi c’était très bien ! J’ai connu des top coachs, des top partenaires, donc ça l’a fait ! J’ai réussi à passer entre les mailles de toutes ces statistiques, de toutes ces datas !
Un président marquant ?
Hervé Foll à Plabennec et Guillaume Allanou à Saint-Brieuc.
Un entraîneur que tu n’as pas envie de recroiser ?
(il soupire) Ouep mais euh… trois petit points…
Une causerie marquante ?
Il y en a deux : celle de Jocelyn avant la finale de la coupe de France, où il a su créer quelque chose avec son discours et ses vidéos, et on est arrivé sur la pelouse en étant sûrs de nous mais sans se la raconter, on savait pourquoi on était là, on était serein calme. En plus, Rennes, on les avait battus deux fois dans la saison. Et une de Franck Kerdilès avant le match à Nancy en coupe.
Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Marcus Thuram.

Des manies avant un match ?
Quand je savais que ma famille venait au match, j’aimais bien repérer l’endroit où elle était, pouvoir les visualiser avant que le match ne commence, et c’est toujours le cas encore maintenant. C’est une manière de me rassurer aussi de savoir que mes enfants, Nala (9 ans) et Enzo (6 ans), sont là avec leur maman.
Tu es un défenseur plutôt…
(Rires) Malin !
Un modèle de défenseur, de joueur ?
Mes modèles, comme tout le monde, c’est Zidane, mais j’aime beaucoup le Sergio Ramos du Real Madrid, il a tout, il déteste perdre, il apporte sa grinta, il marque des buts. C’était le défenseur le plus complet.
Ta plus grande fierté ?
D’avoir la famille que j’ai.
Un plat, une boisson ?
J’aime tout ! Les pâtes carbonara. Et un bon verre de vin, je me suis mis au blanc !
Loisirs ?
J’aime le padel, sinon, ici, balades en bord de mer et les vacances. Les dernières, au Kenya, ont été extraordinaires, on a fait un safari avec les enfants. L’un de mes meilleurs voyages.

Le padel, ce sont les restes du tennis ?
Je préfère jouer au padel, moi qui ai beaucoup joué au tennis, si je m’y remets, je risque d’être une quiche et ça va m’énerver. Le padel est plus ludique, on ne passe pas sont temps à ramasser les balles. C’est fun, j’aime beaucoup l’intensité. Il faut que je trouve du temps pour en faire plus. En plus, c’est un sport d’équipe.
Le tennis t’a aidé pour le football (il a été classé 2/6) ?
Oui ça m’a servi mentalement. Il faut être très fort parce qu’il y a des jours où on est moins bien. Le foot, c’est un sport collectif mais après un match, il y a une remise en question, une autocritique à faire, positive ou négative, et le fait d’avoir joué au tennis, où tout est remis en cause tout le temps, ça m’a aidé là-dessus. Au niveau du jeu, dans l’anticipation, dans les mouvements, ça m’a aidé.
Ton joueur de tennis préféré ?
Nadal. Je ne sais pas s’il va revenir longtemps (rires) mais on a eu la chance de connaître une époque dorée. J’étais petit quand je suis allé à Roland-Garros, j’avais joué sur un court annexe, pas loin du central. J’allais au tournoi de Brest aussi. Mais je ne m’intéresse plus du tout au tennis.
Ciné ? Un film culte ?
Les trois frères, le dîner de con. Aujourd’hui, ce sont plus les films pour les enfants.
Une devise ?
Il n y a pas trop de hasard, les choses qui arrivent, ça se provoque : c’est un peu la devise de notre cocon à la maison, et c’est ce que l’on veut apprendre aux enfants.
Tu regardes le foot ?
Un peu moins la L1 cette année. Je regarde la Ligue des champions. L’autre jour, j’ai regardé OM – Rennes mais j’ai zappé, je ne suis pas allé au bout (rires) !
Tu vas voir des matches à Guingamp ?
Non, mais je regarde les extraits… Mais je ne regarde pas la Ligue 2. J’ai des occupations le samedi quand on ne joue pas. J’ai encore quelques liens avec Guingamp, bien sûr, mais ça a beaucoup changé.
Le dernier match pro où tu as assisté ?
C’était à Brest l’an passé. Je n’y suis pas encore allé cette année.
Le foot, en deux mots…
Sympa et dangereux. Il faut se méfier de tout le monde, même de la personne en qui tu penses avoir confiance. Il ne faut croire que ce que l’on voit. Je dis ça en connaissance de cause, je l’ai vécu à mes dépens. Mais sympa parce qu’il y a des gens extraordinaires dans ce milieu, j’ai fait des rencontres incroyables. J’ai quand même vécu plus de bons moments que de mauvais.
Le Stade Briochin en deux mots…
Familial et travailleur.
Qui voudrais-tu voir te succéder dans cette rubrique ?
Ah ah !!! Allez, James Le Marer !
Désolé, mais ce ne sera pas lui ! Mais on garde l’idée dans un coin de notre tête !
Texte : Anthony BOYER – aboyer@13heuresfoot.fr – Twitter @BOYERANTHONY06
Photo de couverture : Philippe Le Brech
Photos : Philippe Le Brech
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Parul Barul rejoint La Croisette, le soleil et les palmiers. Il ne le regrettera pas. Il se construit un sacré palmarès chez les jeunes. « La première année, on est champion de France en 15 ans, idem en 17 ans la saison d’après et enfin, on gagne la Coupe Gambardella en 1995 ! On était injouable ! Pat (Vieira) a juste joué la finale de la Gambardella, parce qu’il était déjà titulaire avec les pros en D1. Il y avait aussi Adel Boutobba, Cédric Mouret, Romain Ferrier, Sébastien Renaud, Sacha Opinel, Sébastien Chabaud qui a joué ensuite à Nancy et Charleroi, Lilian Compan (Saint-Etienne, Montpellier, Caen), Mickaël Marsiglia, Anthony Braizat. A l’époque, l’AS Cannes avait ses équipes en D1, en D3 et en D4 ! C’était extraordinaire ! Même quand tu ne jouais pas en D3, tu jouais en D4, c’était déjà un bon niveau. Je me souviens que lorsque Pat (Vieira) est arrivé en D4 avec Pierre Dreossi, il a joué deux matchs puis il est allé directement en D3 et là, Luis (Fernandez), qui entraînait la D1, a dit : « Lui, je le prends »!
C’est après sa période à Tournai que son parcours prend un nouveau … tournant ! « En fait, quand je jouais en Belgique, j’habitais Lille, et ensuite, de temps en temps, je jouais le jeudi avec les anciens, et ça se terminait par un resto. Un jour, à table, Eric Sikora, qui venait d’être intronisé coach de l’équipe Une à Lens à la place de Jean-Louis Garcia (en septembre 2012), me dit dans la discussion que le club cherche quelqu’un pour aller observer les adversaires. Je lui réponds « Je suis là moi ! » et il me dit « Ouep mais t’as jamais fait ça », et là je lui sors « Ouep mais toi, t’as jamais entraîné non plus… » En fait, on se charrie un peu, parce qu’avec « Siko », on est amis. Et finalement, il me met à l’essai. »
Du coup, voilà Patrick Barul en baroudeur des stades, dans le costume du superviseur bénévole ! Pendant plusieurs mois, il fait ses observations de match, le samedi et le dimanche, car le vendredi soir, à ce moment-là, c’est championnat ! Avec lui, il y a Didier Sénac, le directeur du recrutement : « Pour moi, Didier, c’est le boss en la matière. Il a l’oeil. C’est lui qui m’envoie faire le scouting le week-end en Belgique ou en National, et le vendredi soir je supervise les adversaires de Ligue 2. Je fais ça pendant 6 mois. Puis la saison suivante, l’homme d’affaires Hafiz Mammadov arrive au club avec Gervais (Martel) qui me dit « On te garde ». Et surtout, Gervais me paie et en plus, c’est rétroactif. La classe ».
Mais au fait, ça consistait en quoi, exactement, recruteur au RC Lens ? « On est trois dès l’avant saison, et on se répartit des zones géographiques. Par exemple, moi, France, Belgique, Portugal. Un autre va faire Serbie, Croatie, Suisse, etc. Et en deux mois, on doit avoir vu toutes les équipes de ces championnats. On épure. Bien sûr, on ne se déplace pas partout. Certains matchs, on les regarde en vidéo. Mais ça fait quand même beaucoup de matchs. Une fois qu’on a fait ça, il y a des joueurs qui ressortent, et ceux-là, tu vas les revoir deux ou trois fois. Entre temps, on a eu des réunions techniques, et le coach te dit où il y a des manques dans son équipe. Donc tu sais ce qu’il te faut. Ensuite, on va croiser « ses » joueurs avec ceux des autres recruteurs du club, afin d’avoir plusieurs avis, parce qu’on n’a pas forcément la même sensibilité. Je vais aller voir deux ou trois fois les joueurs de l’autre recruteur, et lui va aller voir les miens. Entre temps là encore, certains joueurs sont sortis de la liste, et peut-être que d’autres se seront rajoutés. Après, cela voudra dire que ces joueurs, à nous trois, on les aura vus une dizaine de fois. Si on est unanimes sur un joueur, là, le directeur sportif ou l’entraîneur prennent la main et vont aller en profondeur. En général, au club, 90 % du recrutement, c’était des joueurs « que l’on faisait », que l’on avait vus au préalable. Après, il y a toujours le coach qui veut faire « son joueur », le directeur sportif qui veut lui aussi faire « son joueur », et Gervais (Martel) aussi, qui aimait bien faire « son joueur ».


















Président de Lyon – La Duchère depuis mai 2021, bénévole depuis une quinzaine d’années, Jean-Christophe Vincent fait bouger les lignes sur les hauteurs du IXe arrondissement après avoir succédé à Mohamed Tria il y a plus de deux ans à la tête du deuxième club de football de la ville rhodanienne. Ses ambitions politiques mises au placard, l’ancien numéro 2 du Parti socialiste à Lyon est revenu sur le devant de la scène dans un autre rôle.
J’ai toujours joué en foot en loisirs et je joue à 5 contre 5 encore aujourd’hui avec des potes et des amis de mon fils. Je n’ai jamais joué au foot de façon sérieuse car je n’avais pas le niveau aussi (sourires).
Pas du tout ! C’est vraiment un concours de circonstances. Je n’ai jamais eu l’ambition de présider le club de La Duchère mais quand Mohamed Tria est parti, ça semblait logique que ce soit moi qui reprenne la présidence.
Toujours oui. Il y a une fenêtre de tir assez incroyable compte tenu de l’état de l’Olympique Lyonnais et de l’état d’esprit aujourd’hui de ses actionnaires qui sont éloignés de ce qu’a été le club. Autour de Jean-Michel Aulas, des entrepreneurs locaux ont plus que soutenu un véritable projet de territoire, appuyé par Gérard Collomb, le maire de l’époque (décédé le 25 novembre dernier). Tout ce microcosme est en train d’être réduit à néant. L’exemple du LOU au rugby, c’est magnifique aussi. Des chefs d’entreprises locaux ont bâti le projet et l’ont repris depuis sa base pour en faire ce qu’il est aujourd’hui. On attend désormais qu’ils se tournent vers nous.



Il y a deux ans, on a postulé pour le prix de la fondation du foot autour d’un projet sur les menstruations. On a eu le grand prix et notre initiative a été diffusée dans de nombreux clubs en France. L’année suivante, on a présenté notre pôle de la prévention pour les violences faîtes aux enfants et on a été parmi les 4 lauréats pour le prix final. Grâce à ce pôle, nous avons recueilli la parole de 40 enfants. Depuis, 10 sont suivis et 3, victimes de violences intrafamiliales, ont été placés après signalement au procureur… C’est dire l’efficacité de notre action ! Nous n’avons pas « gagné » car un autre projet a requis plus d’attention : un club avait planté autant d’arbres que de matchs gagnés, soit 32 !! Une aberration ! On est à des années-lumière de la prise de conscience.



































Cela fait une dizaine d’années que j’entraîne. Cela n’a rien à voir. Je classe toutes mes séances et quand je regarde celles d’il y a 4 ou 5 ans, mes attitudes sont différentes. Après, on grandit avec l’expérience, avec l’apport de mes joueurs aussi. Je suis complètement différent de mes débuts.



C’est mon ambition de mettre le club là. Après, pourquoi pas ? Il y a eu des clubs comme le CA Bastia ou Luzenac, qui y sont arrivés et qui sont même montés en Ligue 2. Bien sûr, il y a des choses à améliorer, mais il y en a tout le temps dans un club. J’ai envie que l’on soit ambitieux, c’est mon discours de tous les jours, tout en gardant notre humilité, qui est l’ADN du club. Mais les équipes adverses ont deux bras et deux jambes comme la nôtre. Certes, je continue à avoir ce discours, on ne doit pas se mettre de frein, mais je n’ai pas cette pression-là, de me dire qu’on a l’obligation de monter, non. De toute façon, la pression, je me la mets tout seul. Parce que c’est mon moteur et ça me permet d’avancer. Si demain on n’y arrive pas, ce n’est pas la fin du monde. Quand j’ai présenté ce projet au président et au directeur sportif, je leur au dit que s’ils voulaient jouer le maintien, cela voulait dire qu’il fallait jouer la montée, car avec la restructuration du championnat et les 6 descentes dans un groupe à 14, ce qui est énorme, il vaut mieux jouer la montée pour ne pas descendre. Surtout qu’on a le plus petit budget du championnat. L’autre jour, on est allé s’entraîner à Rungis, un club de Régional 3, et en discutant avec le président, Tonio, un Portugais (Antonio Cardoso), il me disait « Nous, la mairie ne nous donne pas beaucoup, que 130 000 euros »… Mon président a failli tomber à la renverse car Furiani touche 20 000 euros, alors tu vois… Bien sûr, Furiani est un petit village, collé à Bastia, mais on a quand même 500 licenciés, on fait énormément de choses pour les jeunes, alors si on pouvait être un peu plus aidés, ça serait bien.





Ancien joueur de Bourgoin, où il a évolué chez les jeunes puis en seniors du niveau régional jusqu’en CFA2 (national 3 aujourd’hui) – « Je jouais latéral droit puis j’ai fini dans l’axe parce que je n’avançais plus, d’ailleurs, je n’ai jamais avancé (rires) » – Djemal Kolver possède cette « sensibilité football » que d’autres présidents n’ont pas.




































