L’entraîneur qui avait conduit Les Herbiers en finale de la coupe de France en 2018 a trouvé, dans l’Oise, un projet dont l’ambition est partagée et assumée : retrouver le monde pro. Avec ses ingrédients – travail, rigueur et… travail -, il compte bien y parvenir.
Par Anthony BOYER / Photos : Eric Crémois – EC Photosports

Si le maire de Chambly, David Lazarus, lit cet article, il faut qu’il sache que le réseau est mauvais au stade Walter-Luzi. Il faut vraiment agir, parce que là, ce n’est plus possible ! La liaison avec Stéphane Masala ne fut pas terrible, souvent coupée, tant et si bien que le coach de l’équipe de National 2 a dû quitter son magnifique bureau pour s’installer dehors – au soleil ! – afin de mieux capter le réseau. Et ce n’est pas parce qu’il commençait toutes ses phrases par « Ecoute », un tic de langage, que cela a aidé à bien l’entendre !
On exagère. Bien sûr que l’on a « écouté » ses réponses ! Car l’entretien fut fluide. Et les réponses de l’ancien coach des Herbiers et de Créteil, au demeurant extrêmement sympathique, furent, elles, à la fois très claires et très spontanées.
Le natif de Nantes (48 ans) aime parler, ça se sent – sans doute ses origines sardes ! – et le plus souvent d’une voix qui porte. Si le ton est fort, c’est peut-être parce qu’il n’a pas un physique imposant comme certains, quand bien même il dégage un charisme naturel et beaucoup de personnalité. Pour autant, ses réponses sont assez courtes et il va à l’essentiel. Stéphane Masala ne s’embarrasse pas de longs discours et n’en fait pas des tonnes.
Une 5e place et seulement 3 défaites en 22 matchs
Dans un emploi du temps chargé et entièrement consacré au football, le coach de Chambly – depuis juillet 2023 – a tout de même trouvé le temps de caser 45 minutes d’entretien avec nous. C’était mardi, à midi 30, au sortir d’une séance d’entraînement pas encore débriefée.

Avec lui, on a parlé, évidemment, de la coupe de France : comment voulez-vous se défaire de pareille étiquette ? C’est lui, Stéphane Masala, qui a signé l’un des plus grands exploits de l’histoire du foot amateur, en « emmenant » Les Herbiers, club vendéen de National à l’époque, en finale de la coupe de France à Saint-Denis, au Stade de France ! C’était en 2018.
On a aussi parlé du FC Chambly Oise, bien sûr, où il a pris la succession de Fabien Valéri en 2023, dans une période où le club tentait de digérer sa double descente, de Ligue 2 en National 2. Pas simple. Surtout que le nombreux public du splendide stade Walter-Luzi (où l’on enregistre souvent des records d’affluence en N2), nostalgique, avait pris l’habitude de ferrailler avec quelques grands noms du football français… Forcément, affronter Villers-Houlgate, Chantilly, Aubervilliers ou Feignies-Aulnoye, sans leur faire injure, et affronter Lens, Auxerre, Caen ou Le Havre, ça n’a pas la même saveur.
Mais c’est désormais le quotidien d’un club qui envisage de retourner, au moins, en National. Cette saison, cela paraît compliqué, même si l’équipe du président Fulvio Luzi n’est pas si loin au classement (5e) et n’a perdu qu’une fois de plus que le leader, Fleury (trois défaites contre deux pour le club essonnien).
Le problème, ce sont ces 3 points de pénalité qui plombent le bilan comptable (le même que celui de Thionville, actuel 2e ex-aequo, qui lui a gagné 3 points sur tapis vert) et aussi ces nombreux matchs nuls (10 en 22 matchs). Mais depuis quelques semaines, le FCCO, qui prend beaucoup de points face aux « gros », a semble-t-il trouvé la formule pour transformer les nuls en victoires (5 succès sur les 7 derniers matchs). Presque un rythme de champion…
Interview : « Chambly est un gros club ! »

Meilleur souvenir sportif ?
La finale de la coupe de France avec Les Herbiers (en 2018).
Pire souvenir sportif ?
La descente de National en National 2, avec Les Herbiers, trois jours après la finale de la coupe de France, à la dernière journée de championnat. Un moment difficile. On n’avait jamais été relégable de la saison, et il fallait un concours de circonstances incroyable pour que cela arrive et c’est arrivé : je me souviens que Sannois-Saint-Gratien, qui n’avait jamais gagné à l’extérieur, qui était relégable, est allé gagner à Grenoble qui jouait sa montée en Ligue 2 ! L’entraîneur des gardiens de l’époque à Sannois, « Baba » (Kamel Bouzid), est avec moi aujourd’hui à Chambly !
Ce match à Béziers, perdu 4-1, tu peux nous en reparler : c’était vraiment injouable, trop dur, trois jours après la coupe ?
Il y a plein de choses qui, mises bout à bout, ne seraient pas à refaire. On en reparle parfois avec les anciens. En fait, on s’est trompé dans la logistique déjà. On décide d’emmener tout le monde en finale de la coupe au Stade de France, qui se joue un mardi, et le lendemain matin, on part directement à Béziers, deux jours avant le match. Ce n’est pas ce qu’il aurait fallu faire. On aurait dû rentrer aux Herbiers, quitte à repartir à Béziers. Le soir après la finale, dans la nuit, à 2 ou 3 heures du matin, je reconvoque tous mes joueurs, je leur dis qui va partir à Béziers quelques heures plus tard, le lendemain matin. Et on arrive là-bas avec des gars qui, pour certains, sont frustrés de ne pas avoir joué la finale, on savait que les joueurs étaient vidés, qu’ils n’avaient plus de jus, et en plus, ils n’avaient même pas pu profiter de la soirée. Franchement, c’était compliqué. On a essayé avec le staff de… mais sincèrement, on n’a pas très bien géré cette situation, mais ça, c’est l’expérience qui nous l’a appris après. Si c’était à refaire, on referait différemment.
« Le National n’a pas fait preuve de solidarité »
Et le match à Béziers ?
En face, tu avais une équipe qui jouait la montée, dans son stade, qui était sur-motivée. En fait, au début, on est dans le match, mais après, dès qu’on a été mené 2-1, puis 3-1, ça a lâché, c’était fini quoi… Il n’y avait plus de ressort. Le truc, c’est que j’entendais les résultats des autres matchs depuis mon banc, et là, très sincèrement, j’avais l’impression d’être dans le Titanic, de couler, de ne pas réussir à piloter mes gars.
C’est quoi la morale de cette histoire ? La leçon à retenir ?
Le club des Herbiers avait effectué une demande auprès de la Fédération Française de football pour décaler le match de Béziers du vendredi au samedi, mais il aurait fallu décaler tous les autres matchs aussi puisque, pour la dernière journée de National, tous les matchs doivent se dérouler en même temps. Il fallait que tous les clubs valident ça : or tous n’ont pas validé, et la journée n’a pas été reportée, ce que je peux comprendre, car chaque club voit son intérêt, c’est normal, mais sur ce coup-là, la division n’a pas fait preuve de solidarité. Ils auraient peut-être pu marquer l’Histoire, en se disant « On est tous derrière Les Herbiers », mais il n’y a pas eu cette solidarité.
« Cette finale, ça fait partie de mon histoire ! »

Tu crois que cela aurait changé quelque chose si vous aviez joué le samedi à Béziers au lieu du vendredi ?
(Il réfléchit) Non, je ne le pense pas. Mais peut-être que cela nous aurait forcé à prendre d’autres options. Si c’était à refaire, je dirais à mes gars « Faites la fête, profitez de vos familles, de vos amis après cette finale », on serait retourné aux Herbiers, on serait allé à l’arrache à Béziers, mais là, cette continuité, ce n’est pas ce que l’on aurait dû faire.
Parfois, tu n’en as pas marre d’être catalogué comme « le coach qui a emmené Les Herbiers en finale de la coupe » et que l’on t’en parle tout le temps ? »
Alors ça c’est une bonne question, on ne me l’avait jamais posée ! Cette finale de coupe, ça fait partie de mon histoire, ce n’est pas anodin quand même. C’est même un point fort je pense. Cette image, je l’ai un peu moins aujourd’hui, on m’en parle un peu moins, même si ça reste fort. Après, non, ça ne me dérange pas du tout ! Maintenant, repose-moi la question dans 10 ans, et là, peut-être que je te dirai « Put… j’en a marre d’être catalogué comme le coach des Herbiers qui est allé en finale… ! »
« Cannes-Reims ? Je serai pour Reims ! »

Le 2 avril, il y aura Cannes-Reims en demi-finale de la coupe de France : tu seras pour le petit poucet ?
J’aime beaucoup Damien Ott, le coach de Cannes, c’est un ami, mais je serai pour Reims ! Le Stade de Reims vit une saison difficile et pour eux, ce serait bien de se retrouver en finale de la coupe de France. Je me souviens qu’au moment de la finale avec Les Herbiers, en 2018, Jean-Pierre Caillot, le président de Reims, m’avait appelé pour me féliciter, et m’avait dit « Tu ne sais pas ce que j’échangerais pour être à ta place, en finale face au PSG, au Stade de France »… Je lui avais dit « Mais président, vous êtes en Ligue 1 » et il m’avait dit « Oui, mais ça ne vaut pas une finale de coupe de France face au PSG ». Donc je lui souhaite de tout coeur d’y aller !
Le club ou la saison où tu as pris le plus de plaisir ?
Je prends beaucoup de plaisir à Chambly avec Fulvio Luzi et ce stade Walter-Luzi, d’un point de vue « spectacle », je suis en phase avec le club; après, la saison qui me revient, c’est celle à Créteil (N2, 2022-23), où j’étais dans un vrai projet professionnel, élaboré par Helder Esteves, le directeur sportif de l’époque, c’était vraiment très intéressant. J’ai côtoyé là-bas des gens d’une grande compétence.
Pourquoi n’être resté qu’une seule saison à Créteil alors ?
Le projet reposait surtout sur le directeur sportif, Helder Esteves, et quand le président a décidé d’arrêter de travailler avec lui, pour moi ce fut une évidence qu’il fallait partir, que le projet n’était plus viable.
Un club où tu as failli signer, mais cela ne s’est pas fait ?
J’ai eu beaucoup de sollicitations après la finale de la coupe de France, mais il y avait le souci du diplôme. J’ai eu notamment une sollicitation très sympa, d’Olbia en Sardaigne, en série C italienne; mon papa est Sarde, il était venu en France pour travailler, et je trouvais ça sympa d’aller travailler là-bas… Le directeur sportif et l’avocat du club s’étaient déplacés, les discussions avaient duré…
« Je rêverais d’entraîner Cagliari ! »

Le club que tu rêverais d’entraîner, dans tes rêves les plus fous ?
Cagliari.
Je pensais que tu dirais la Juventus de Turin …
J’ai hésité, mais dans mes rêves les plus fous, ce serait Cagliari !
C’est ton amour de la Sardaigne, ça… Tu as toujours des attaches là-bas ?
Oui. J’y retourne, j’essaie d’y emmener mes enfants, pour leur montrer les origines sardes et la culture sarde, dans le village, à Anela, où j’ai tous mes amis. C’est le coeur de la Sardaigne pour moi. On y a toujours la maison de ma grand-mère. J’essaie de passer 4 ou 5 jours de vacances par an là-bas.
Un modèle de coach ?
C’est un entraîneur italien de volley-ball, Julio Velazco, il m’inspire. Il est Argentin (naturalisé italien). Je le suis beaucoup. Je m’intéresse beaucoup à ce qu’il fait. Il a remporté la médaille d’or l’an passé aux JO avec l’équipe nationale féminine italienne de volley. Après, sinon, on est tous influencé par les grands entraîneurs, Guardiola, Ancelotti, Luis Enrique en ce moment, qui propose quelque chose de très sympa au PSG.
Le meilleur joueur que tu as entraîné ?
Sur l’aspect technique, je dirais Charly Charrier, que j’ai eu quand j’étais adjoint à Luçon, et que j’ai ensuite eu aux Herbiers, il a un peu joué en Ligue 1 (à Amiens). Sur le plan du leadership, du patron, c’est Ibrahima Seck à Créteil, un vrai pro, un leader. Ce sont les deux garçons qui me viennent à l’esprit.
« La valeur du travail est très importante »

Pourquoi as-tu choisi d’être entraîneur ?
Mon rêve était d’être joueur professionnel, je remercie d’ailleurs mon formateur à Troyes, Carlos Lopez, qui nous a poussés à passer des diplômes d’entraîneur, parce que nous, les jeunes, on ne voulait pas du tout les passer, mais au fil du temps, quand j’ai vu que c’était compliqué de passer pro mais que j’avais cette passion du football, que j’aimais transmettre, parce que j’ai fait des études de STAPS, et bien cela s’est fait un peu naturellement. Chez moi, cette envie est venue vers l’âge de 25 ou 26 ans, j’ai commencé à copier les séances d’entraînement de mes coachs dans un cahier. J’aimais bien aussi la manière de travailler de mon père dans son entreprise de maçonnerie, à Cormontreuil, tout près de Reims; pendant les vacances, je ne restais jamais sans rien faire, il fallait aller travailler, parce que dans notre famille, la valeur du travail est très importante. Il m’emmenait avec lui et m’expliquait comment il gérait ses dix employés, pourquoi il mettait un tel dans ce chantier et un tel dans un autre chantier… Et cette façon de gérer l’humain par rapport à la tâche à effectuer, de le comprendre, ça m’a parlé. En fait, mon père m’a toujours dit « Tout le monde est bon, mais il faut pour chaque personne lui trouver sa place ». J’ai toujours cette phrase en moi.
« Je prends mon temps, je continue d’avancer »
Ton parcours de joueur ?
Je suis formé au stade de Reims, qui s’est cassé la figure, le club est descendu en DH, et quand je suis revenu, le club était en CFA avec Manu Abreu, on a fait la montée en National. J’ai passé quatre ans au centre de formation à Troyes. Reims, Troyes, ce sont les deux gros clubs près de chez moi, à Cormontreuil, où mes parents habitent toujours. Et mon frère (Mike) entraîne l’équipe de basket de Cormontreuil (en Pré-Nationale).
Que t’a t il manqué pour jouer en pro ? Et que te manque-t-il pour entraîner plus haut que National ou N2 ?
Quand j’étais joueur, je n’avais pas les qualités physiques suffisantes. J’étais structuré, intelligent, mais pas assez bon techniquement et physiquement. Après, ce qui me manque pour entraîner plus haut, c’est du temps ! Tout simplement. J’espère réussir à aller entraîner en pro. Je prends mon temps et je continue d’avancer. Je vais postuler à nouveau cette année, comme l’an passé, pour la prochaine session du BEPF.
Un coach qui t’a marqué dans ta carrière ?
Il y en a eu plusieurs. Franck Lorenzetti, qui était l’adjoint d’Alain Perrin en Ligue 2 à Troyes : sa façon d’entraîner m’inspirait. Je l’ai connu à Chalons-en-Champagne, où j’ai joué également. Et il y a eu « Fred » Reculeau à Luçon, qui a une façon bien particulière d’entraîner, et qui a voulu que je sois son capitaine là-bas, et aussi son, adjoint; je trouvais ça loufoque, mais avec le recul, je me dis que c’était une bonne idée de sa part.
Yoga et visualisation avant un match

Un entraîneur que tu n’as pas forcément envie de revoir ?
Non, aucun, même ceux avec lesquels ça s’est moyennement passé, je serais content de les voir aujourd’hui pour, justement, leur demander pourquoi ça s’est passé comme ça !
Combien d’amis entraîneurs ?
Je considère que j’en ai quatre sûr ! Après, j’ai beaucoup de collègues entraîneurs.
Le coach le plus connu de ton répertoire ?
J’ai le numéro d’Angelo Castellazzi, qui était dans le staff de Carlo Ancelotti à Paris (il est aujourd’hui directeur sportif de la section féminine du PSG) : j’étais entré en contact avec lui pour une vidéo, à l’époque, je l’avais eu par l’intermédiaire d’Olivier Létang, avec qui j’ai joué. Je crois que c’est le plus connu de mon répertoire (rires).
Tu as des manies, des rituels avant un match ?
Avant les matchs, j’essaie de faire de la visualisation, sous forme de yoga, afin de mettre en ordre toutes les informations que mon staff et mes joueurs ont pu me donner dans la semaine. C’est un exercice que j’ai pris l’habitude de faire.
Une devise ?
« Dai ! Dai ! Dai ! » (rires) ! ( Alez, allez en italien !)
« Prendre le ballon, c’est aussi une manière de défendre »

Ton style de jeu ?
J’aime que mon équipe soit ambitieuse, parce que le football, ça reste un rapport de force : il faut prendre le ballon. Je suis plus à l’aise dans une défense à 4, dans un système en 4-3-3 ou 4-2-3-1. J’aime ne pas prendre de but, même si cela a changé avec le temps, mais on ne peut plus uniquement jouer en défendant devant son but; prendre le ballon, c’est aussi une manière de défendre pour moi.
Un match référence avec toi sur le banc ?
En coupe de France, Auxerre – Les Herbiers (8e de finale); ce match-là, tout se passe exactement comme on l’avait prévu avec le staff; c’est comme si on l’avait écrit avant et que les joueurs récitaient. Je me suis même permis pendant les dernières secondes du match de regarder tout autour de moi, on menait 3 à 0, il commençait à neiger, je me disais « Waouh, c’est incroyable ! ».
Le pire match avec toi sur le banc ?
C’est avec Saint-Aubin-la-plaine en première division de district, où j’ai commencé à entraîner. C’était à cause de l’arbitre ! J’étais joueur à Luçon à l’époque, et je voulais entraîner : du coup, le président Michel Reculeau m’a mis en relation avec ce club, et on a gagné le challenge de Vendée : pour eux, c’était comme gagner la coupe de France (rires) ! L’expérience a duré trois saisons.
« Je suis chiant et rigide »

Qui est le joueur de foot de légende ?
Maradona.
Le match de foot de légende ?
Italie-Allemagne, finale de la coupe du monde 1982.
Une idole de jeunesse ?
Gianluigi Buffon.
Une passion, autre que le foot ?
J’essaie de vraiment faire attention à ma famille, c’est quelque chose à laquelle je suis très attaché. Dès que je le peux, j’essaie de leur accorder du temps mais c’est difficile, parce que le foot, c’est du 24h sur 24. Donc je n’ai pas le temps pour les autres passions.
Tu es un entraîneur plutôt…
Je pense que je suis chiant. J’en demande toujours beaucoup, travailler, travailler, travailler… Je suis rigide, un peu : on en revient aux valeurs de travail et de discipline. Je suis honnête.
Tu as acheté une maison pas loin du stade de Chambly : c’est important pour toi d’être là, sur place ? C’est aussi un signe d’engagement, d’intégration…
C’est ce que je disais tout à l’heure : quand le projet du FC Chambly s’est présenté, je me suis dit qu’on avait les mêmes ambitions. Le club veut retourner en Ligue 2, et je veux entraîner en pro. On peut donc faire un bout de chemin ensemble. Je me déplace toujours avec la famille, c’est important. Je veux m’inscrire à fond dans ce projet et pour ça, il ne faut pas être loin du stade, pour pouvoir y passer un maximum de temps, pour aller voir jouer les autres équipes le week-end, et c’est ce que je fais.
À Chambly, on le sait, il y a le nom « Luzi » et le lien avec l’Italie… Vous vous parlez en italien parfois avec Fulvio, le président ?
Ce que tu dis est important parce qu’avec le président, on a un socle et un logiciel communs : on ressent les mêmes choses, on est éduqué d’une certaine manière, on a des valeurs communes qui nous rattachent. J’ai beaucoup de sympathie pour lui.
« C’est rare en N2 d’avoir un stade comme ça »

On a l’impression que le club de Chambly, avec son ascension jusqu’en Ligue 2, a du mal à se remettre de ses épopées et vit un peu dans le passé : on se trompe ?
Cela a été difficile à vivre pour eux. Ce club s’est construit en étant toujours le « petit » qui doit faire ses preuves, qui doit être plus malin; ça a été difficile de passer de la Ligue 2 au National 2 en deux ans, et malheureusement, il faut changer un peu cette mentalité : aujourd’hui, Chambly n’est plus le petit club. Chambly est un gros club, en tout cas, il est perçu par l’environnement extérieur comme tel, et le stade en apporte la preuve. C’est rare en National 2 d’avoir un stade comme ça, aussi top. C’est une sorte de transition que l’on est en train d’opérer, avec cette culture de la gagne que j’essaie de conserver, afin de retourner en haut ! Parce que cette envie est là.
C’est mort pour le National cette saison ?
(Il réfléchit) On a perdu 3 points à la DNCG et je ne connais aucun club qui soit monté en perdant des points sur tapis vert. Maintenant, commençons par restructurer le club, par bien faire ce que l’on a commencé à faire. Après, on est dans du sport, et quand on a connu une finale de coupe de France, je me dis que tout peut arriver finalement ! C’est pour ça qu’il faut constamment rester en alerte.
Si tu devais choisir entre les stades Jean-de-Mouzon (Luçon), Massabielle (Les Herbiers), Duvauchelle (Créteil) ou Walter-Luzi (Chambly) ?
Le Walter !
Le club de Chambly, en trois mots ?
Familial, la gagne, et la mémoire. Le FC Chambly, c’est un club qui a de la mémoire, et ça, ça me plaît beaucoup.
« Avec Fred (Reculeau), on s’est revu récemment… »

Ton histoire, ton parcours, comporte deux faits marquants liés à Chambly…
Dis-moi…
Tout d’abord, tu élimines Chambly en demi-finale de la coupe de France pour un ticket au Stade de France, et puis, surtout, c’est après un match perdu avec Les Herbiers contre Chambly que Frédéric Reculeau se fait évincer de son poste… Ce sont des signes, non ?
On peut l’interpréter comme ça… Quand on s’est croisé en demi-finale de coupe, malgré l’enjeu, des liens se sont crées, parce que… Voilà, deux clubs de National en demi-finale de la coupe de France, ce n’est pas courant. D’ailleurs, je me souviens bien de mon entretien avec Fulvio Luzi au moment des contacts avec Chambly : je me suis demandé si j’allais être bien reçu, parce que j’étais le coach qui avait éliminé son club en demi-finale et qui l’avait privé du Stade de France. Finalement, il m’a rassuré là-dessus et j’ai été bien accueilli.
Et c’est après un match perdu face à Chambly que Frédéric Reculeau a perdu son poste aux Herbiers… et que tu l’as remplacé… Tu as des nouvelles de lui ?
Oui, j’en ai eu cette année. Fred est venu récemment avec son équipe de La Roche-sur-Yon disputer un match de championnat délocalisé à Compiègne, c’était contre Saint-Pryvé Saint-Hilaire, et j’y suis allé. Je suis toujours en contact avec Benjamin Guillou, son adjoint à La Roche, et qui était aussi mon adjoint aux Herbiers. Avec Fred, on s’est revu.
Vous vous êtes dit quoi ?
Dans le regard, je pense qu’on s’est dit « On a vieilli », même si on ne se l’est pas dit (rires), mais on l’a pensé fort ! On a pris des nouvelles l’un de l’autre, c’était respectueux et courtois. Ce n’est pas allé plus loin, déjà parce qu’il sortait d’un match de foot, donc le moment n’était pas idéal. Sincèrement, je pense qu’on se reverra et qu’on boira un coup ensemble.
Votre amitié, votre histoire forte, cette séparation douloureuse, ça ne te touche pas, ça ne te fait pas mal ?
On a été touché tous les deux, je pense. Ce qui est sûr, c’est qu’on était jeune. C’est la première fois qu’une telle situation nous arrivait à tous les deux. C’était la première fois qu’un président cassait le contrat de l’entraîneur numéro 1. Mais on n’a pas bien géré la situation. Si c’était à refaire, je le conseillerais différemment; Fred me dit qu’il faut que je reste au club, que ce n’est pas un souci, qu’il faut que je fasse mon job, et qu’on va retrouver un club ensemble plus tard, mais moi, je suis paniqué… On a manqué d’expérience lui et moi. Si c’était à refaire, je lui dirais « soit on reste tous les deux, soit on part tous les deux », je lui dirais aussi qu’il faut qu’il se positionne fortement. Je verrais les choses différemment.
- Texte : Anthony BOYER / Compte X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
- Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports
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