Ligue 3 : un premier bilan contrasté

Lancé en août dernier, le nouveau championnat professionnel bénéficie d’une visibilité et d’une notoriété accrues par rapport à son ancêtre, le National. Bien que la transition soit globalement réussie, deux sujets prêtent aujourd’hui à discussion : le Football vidéo support (FVS) et la programmation. Décryptage et témoignages.

Par Anthony BOYER / mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos Philippe LE BRECH

C’était il y a une trente ans. Un article de FranceFootball, la bible du football, intitulé « Division 3 professionnelle, pas de précipitation », évoquait la création d’un championnat professionnel pour remplacer le National. Noël Le Graët, alors président de la LNF (Ligue Nationale de football, devenue ensuite la LFP), disait vouloir un championnat viable économiquement géré soit la par Ligue, soit par la Fédération, alors présidée par Claude Simonet. Des propos repris à l’identique par le président de la FFF Philippe Diallo 30 ans plus tard, à la différence près que c’est bien la 3F qui en a l’entière gestion, contrairement à ce que pourrait laisser entendre sa désignation Ligue 3.

Réclamée de longue date

Photo Philippe Le Brech

Il a donc fallu attendre 30 ans, et même un peu plus si l’on se réfère au lancement du National en 1993 – après tout, il fallait bien voir comment allait se dérouler les premières saisons sportives – pour que naisse, enfin, cette 3e division professionnelle, réclamée depuis longtemps et de manière de plus en plus insistante au fil des années. Notamment lors de la décennie 2010-2020 par la voix de quelques présidents emblématiques, qui ont lancé en 2017 l’Amicale des présidents de National, l’on veut parler du regretté Gilbert Guérin (Avranches), Jean-Pierre Scouarnec (Dunkerque), Fulvio Luzi (Chambly), Jacques Piriou (Concarneau) ou encore Antoine Emmanuelli (CA Bastia puis Bastia-Borgo). D’autres dirigeants comme Michel Mallet, alors membre du ComEx de la FFF (Quevilly Rouen) se sont « greffés » au mouvement.

Certains présidents sont toujours en poste aujourd’hui, dans la même division et dans le même club (Piriou, Mallet). Les autres ne sont pas très loin, quand bien ils se sont plus ou moins éloignés du « circuit », tout en gardant un oeil attentif sur cette évolution à laquelle ils ne sont pas étrangers, même si tout s’est accéléré par la suite.

Un championnat uniformisé

Photo Philippe Le Brech

Car tout a vraiment changé quand Le Mans FC a été rétrogradé – injustement – avec Orléans de Ligue 2 en National, à dix journées de la fin d’un exercice tronqué par la Covid, en 2020. C’est là que Thierry Gomez, le président manceau, a pris les choses en mains et le dossier L3 à bras le corps, avec un ton différent, plus policé, plus politique et sans doute moins « franchouillard » ou « agressif » que celui employé par un Gilbert Guérin dont tout le monde garde en mémoire son franc parler.

Et puis, l’on écoute peut-être plus facilement un président qui a l’expérience du monde pro, et dont le stade est aux normes de la Ligue 1, plutôt que celui d’un « club de campagne » au stade champêtre comme pouvaient être assimilés Avranches voire Chambly.

Aujourd’hui, certains dirigeants n’hésitent pas à attribuer la paternité de la Ligue 3 à Thierry Gomez. C’est le cas de Cyril Courtin, le président de l’US Orléans : « Il faut rendre un hommage important et nécessaire à Thierry Gomez, appuie le chef d’entreprise; sans lui, cette Ligue 3 professionnelle n’aurait jamais vu le jour. Aujourd’hui, tous les clubs sont au même niveau, notamment d’un point de vue du cadre légal ».

Photo Philippe Le Brech

Parce que c’est bien là que le bât blessait. Les associations sportives régie selon la loi 1901 côtoyaient des clubs gérés en société, les contrats professionnels n’avaient rien à voir avec les contrats fédéraux, les droits TV, lorsqu’ils existaient, venaient gonfler les budgets des clubs aux statuts pros qui descendaient de Ligue 2 pendant que les clubs amateurs ne bénéficiaient que de la subvention fédérale, bien moindre, la DNCG n’était pas la même selon que le club avait le statut pro ou amateur, etc.

Désormais, et c’était le souhait des clubs de National, le championnat est uniformisé. Tout le monde est logé à la même enseigne. Tout le monde part sur la même grille de départ, remplit le même cahier des charges – la licence club, calquée sur celle existante déjà en Ligue 2 – pour obtenir le maximum de l’aide fédérale, c’est à dire jusqu’à 450 000 euros, avec 50 000 euros supplémentaires d’aide forfaitaire pour les frais de déplacements.

« On veut supprimer les petits clubs »

Photo Philippe Le Brech

Cependant, les problématiques ne sont pas les mêmes selon que l’on s’appelle le Stade Malherbe de Caen et que l’on s’appuie sur des infrastructures qui cochent toutes les cases de la licence, ou bien l’US Thionville Lusitanos, où de gros travaux ont été engagés pour être aux normes de la L3. Cela tient aussi au fait que certains clubs de la division sont des « historiques » du football français, comme l’ont été il n’y a pas si longtemps Nancy, Sochaux, Dijon, et comme le sont cette saison Caen ou Valenciennes. Car « l’expérience football » n’est pas vécue de la même manière au stade de Lattre de Tassigny d’Aubagne qu’au stade Diochon à Rouen.

Malgré l’arrivée de la Ligue 3 professionnelle, il y aura toujours, dans l’esprit des gens, des « gros » clubs et des « petits » clubs. Mais selon Philippe Terrier, le président du FC Villefranche/Beaujolais, présent en National/Ligue 3 depuis 2018, il risque d’y avoir de moins en moins de « petits clubs » : « On veut les supprimer » n’hésite-t-il pas à lancer, agacé par l’horaire de programmation des matchs le samedi à 14h45 et inquiet pour le modèle économique que son club a créé, basé sur le « terroir » et la participation de 650 partenaires/mécènes qui avaient fait du stade Chouffet LE lieu de rencontre du vendredi soir, celui où les entreprises de la région se rassemblaient.

La programmation, nous y reviendrons, est l’un des deux sujets majeurs, avec le FVS (Football video support), qui reviennent le plus souvent dans les débats au moment d’évoquer les grands changements opérés par le lancement de cette Ligue 3, le vendredi 7 août dernier.

Une instabilité inquiétante sur les bancs

Dix journées de Ligue 3 Betclic se sont écoulées, ce qui veut dire qu’à l’issue de la 11e journée, l’on aura pratiquement disputé le tiers de la saison, et déjà cinq techniciens ont été remplacés sur le banc, dont le dernier en date, Laurent Peyrelade, cette semaine, au SC Bastia. Avant lui, il y a eu Fabien Pujo à Villefranche, Pierre Blois à Valenciennes, Nicolas Rabuel au FBBP 01 et Hervé Della Maggiore à Orléans. On notera que les cinq clubs concernés occupent le dernier tiers du classement…

Cette instabilité est d’autant plus inquiétante que l’exercice 2026-27 est partie sur des bases très élevées. Il ne s’agirait peut-être pas de battre le triste record des saisons 2022-23 et 2023-24, quand 33 entraîneurs se sont succédé sur les bancs de National, intérimaires compris ! Un chiffre cependant très éloigné de la saison 2007-2008, quand, sur 20 clubs, un seul avait changé en cours de route, Stéphane Crucet remplaçant Diego Garzitto après huit journées à Louhans-Cuiseaux !

Visibilité et communication en hausse

Photo Philippe Le Brech

Puisque les acteurs du championnat ont tendance à plus facilement retenir ce qui ne va pas, commençons par les choses positives et là, c’est une évidence, avec l’arrivée de la Ligue 3, le championnat a pris une dimension supplémentaire en matière de visibilité et de communication, au point qu’à son lancement, début août, on a beaucoup parlé de lui ! Il faut dire que la Ligue 1 et la Ligue 2 n’avaient pas commencé. Autre preuve que la Ligue 3 est devenue une compétition respectée et reconnue, le site web de L’Equipe a collé l’onglet – facilement identifiable – juste après ceux de la L1 et de la L2. Auparavant, pour le trouver, il fallait en faire défiler plein ! De plus, sur les réseaux, de nouveaux comptes sont apparues, notamment sur Instagram, en complément du compte officiel « Ligue3betclic » (111 000 followers), pour faire vivre la compétition.

« La FFF a mis aussi des moyens humains sur la partie marketing / communication, on a vraiment vu la différence, appuie Cyril Courtin, le président de l’US Orléans. Les chiffres sont très bons en termes de réseaux sociaux, ça n’a rien à voir. Je dis plutôt bravo même si cela ne change pas la situation économique des clubs, mais en termes de visibilité, c’est énorme, et pour les joueurs, c’est autre chose, là, ils évoluent dans un championnat professionnel. »

« Le fait d’être diffusé sur Ligue 1+, c’est bien pour nous, et je pense que c’est bien aussi pour la chaîne, pour qui cela apporte des abonnés en plus, enchaîne Pascal Bovis, le président du FC Fleury 91. On a quand même des clubs qui ont une grosse communauté de supporters comme le FC Rouen ou le Stade Malherbe de Caen par exemple, ce sont des clubs très porteurs, des locomotives, comme l’était Sochaux l’an passé.

« Une vraie ressemblance avec le foot de haut niveau »

Photo Philippe Le Brech

Il est vrai que l’arrivée de la chaîné lancée par LFP Media, qui diffuse également les matchs de Ligue 1, est un plus incontestable, mais payant : car le National, s’il était gratuit, souffrait terriblement d’un manque de « notoriété visuelle » en raison des retransmissions sur internet, via la plateforme FFF TV : « Sur Ligue1+, c’est bien fait, témoigne Damien Ott, troisième entraîneur le plus capé de National, sans club depuis son expérience à Châteauroux la saison dernière; le produit est super-bien valorisé, les commentaires sont corrects, le multiplex est génial. Là, on est sur une chaîne de télévision et non plus sur une plateforme, ça change tout. Il y a une vrai ressemblance avec le football de haut niveau et c’est vraiment ce qui change avec le National, cette mise en lumière, cette visibilité, l’environnement, le contexte. Moi, j’adhère totalement à ce que propose Ligue1+ »

« L’intérêt pour le nouvel appel d’offre (LFP Media vient de lancer un appel d’offres anticipé pour les droits de diffusion de la L1 pour la période 2027-2032, Ndlr) serait d’intégrer la Ligue 3, conseille Pascal Bovis (la FFF et LFP Media ont signé un accord pour la diffusion de la Ligue 3 jusqu’en 2029). »

« Il faut laisser le temps au temps »

Photo Philippe Le Brech

Malgré ces bons points distribués, les critiques fusent sur les réseaux sociaux, notamment quant à la qualité des commentaires et parfois sur la qualité des images. Ce n’est pas le cas du match conducteur du jeudi soir qui ressemble à s’y méprendre à un match de Ligue 1 en termes de rendu, avec cinq caméras, et des consultants qui sont à fond dans le truc, comme l’ex-joueur de l’OL, du PSG et de Saint-Etienne, Jérémy Clément, dont la connaissance de la division est un atout – il a entraîné Versailles et a été adjoint également – et Timothée Maymon, qui transpire la passion et anime un Bastia-Amiens en bord terrain comme s’il était à Santiago Bernabeu ou à San Siro (Hamza Rahmani était le troisième journaliste hier soir pour le premier match de la J11 entre Amiens et Thionville, 1-1) !

Sur les autres terrains le samedi, c’est parfois différent, en raison aussi du nombre moindre de caméras (deux) mais aussi des infrastructures, pas toujours adaptés. Des difficultés déjà rencontrées en National avec FFF TV où des disparités étaient constatées en fonction des stades. « Il faut être indulgent, on n’aura pas cinq caméras sur chaque stade », constate Cyril Courtin.

Photo Philippe Le Brech

Et puis, il se passe parfois des choses surprenantes, comme lors du match de la J9 entre Villefranche-Beaujolais et Cannes, lorsque, en début de match, le consultant – pas présent sur place – a littéralement disparu des écrans radars, ou plutôt des micros, laissant le match se dérouler sans commentaire pendant de longues minutes. Étrange. De plus, lors de la présentation des compositions d’équipes, figuraient encore le nom de l’ex-coach du FCVB, Fabien Pujo, alors que Hakim Malek était en fonction. On sent bien aussi que, parfois, sur certains stades, il n’y a pas cette culture « national » et cette connaissance approfondie du championnat, comme pouvaient l’avoir certains duos bien rodés au micro de FFF TV. D’ailleurs, il n’y a plus de duo, mais il y a toujours Emmanuel Moine, la voix du National, tellement identifiable et en termes d’identité, de sérieux et de professionnalisme, c’est très important.
« Pour ce qui est des commentaires, je sais qu’il y a des critiques, mais il faut laisser le temps au temps, tempère Pascal Bovis; personnellement, je suis au stade pendant les matchs (de son club, le FC Fleury), donc c’est compliqué pour moi de suivre les autres rencontres. Je regarde les résumés, je trouve quand même que les commentaires sont toniques, passionnés et que les images sont bonnes. »

« Cela dépend aussi des opérateurs, précise Thierry Gomez. Mais là où je pense qu’il y a des progrès à réaliser, c’est sur les résumés des matchs, ils arrivent tardivement parfois, et on a du mal à les trouver. Quand on est passionné d’une équipe, on a envie de regarder son résumé rapidement. Ligue1+ en a conscience je pense. Tout cela va s’améliorer au fil du temps. »

« Une Ligue 3 pétillante »

Pour ce qui est de la qualité du championnat, de la qualité des matchs, les acteurs son unanimes. « Moi, cette Ligue 3, au sens large, je la trouve pétillante et très positive, lance Cyril Courtin ! » Pascal Bovis aquiesce : « Cette Ligue 3, sur le plan sportif, c’est beaucoup plus fort que l’an passé, le niveau est monté. Sur le plan des infrastructures, tout le monde a fait des efforts (les synthétiques disparaîtront la saison prochaine, Ndlr) et le fait d’être passé professionnel, on sent que cela crée un engouement supplémentaire, c’est certain. On a des innovations qui sont très intéressantes pour certaines, plus difficiles pour d’autres, il y a des améliorations à avoir, c’est normal, on sait qu’on est un championnat laboratoire. Et qui dit laboratoire dit essai ».

« Il faut se souvenir d’où l’on vient »

« Si on revient à la genèse du projet, la Ligue 3 était tout simplement indispensable, rembobine Thierry Gomez, l’ancien président du Mans, l’un des instigateurs de ce nouveau championnat professionnel. Il faut se souvenir d’où l’on vient. Le National était un championnat composé de clubs aux statuts différents. Le premier objectif était d’uniformiser le statut juridique des dix-huit clubs afin d’être sur un même pied d’égalité. Aujourd’hui, la Ligue 3 arrivée dans le langage commun. Tout le monde parle bien de la Ligue 3 professionnelle, et ça, c’est positif, pour les clubs, pour les joueurs, pour les dirigeants, pour les présidents, pour les partenaires, etc. Après, dire que la Ligue 3 est parfaite, non. On sait qu’elle a besoin d’évoluer. Forcément, quand on lance un nouveau produit, il y a des ajustements nécessaires à réaliser. »

Le FVS, un sujet suivi de près par la FFF

Photo Philippe Le Brech

Nous l’évoquions au début, le FVS et la programmation sont les deux sujets les plus « touchy ». Les plus critiqués. Le dysfonctionnement de la vidéo lors du match Rouen-Valenciennes (J5) au moment d’infirmer ou de confirmer un penalty pour Rouen a suscité de nombreuses réactions. À Caen, Régis Brouard, l’entraîneur du FC Rouen, s’est ému en conférence de presse de la durée interminable du temps pris pour vérifier une décision. Des exemples comme celui-là, il y en a d’autres. « L’idée de départ est bonne, renchérit Pascal Bovis, mais est-ce qu’on a suffisamment d’angle de vue ? Est-ce que c’est suffisamment rapide quand on visionne une action ? C’est clair que sur le visionnage des buts, c’est long, ça stresse tout le monde, ça met une pression sur les bancs, sur les arbitres. C’est quelque chose. à améliorer, dont il faut discuter. J’ai constaté que c’était mieux lors de la J9 (propos recueillis avant la J10), c’était plus rapide. Tout ne peut pas être parfait d’un coup, il ne faut pas se leurrer. »

« On vient de l’évoquer en réunion, c’est un dossier suivi par la FFF, poursuit Cyril Courtin. À Orléans, nous n’avons pas eu de problème avec le FVS. Je trouve que les temps d’attente de visionnage sont plutôt raisonnables en comparaison avec ce qui se passe dans les autres divisions. C’est plutôt la protection des arbitres qui fait l’objet de discussion : le principal point qui a été remonté et qui n’a pas été solutionné, c’est que le FVS est situé juste à coté des bancs des deux équipes, et cela peut créer des tensions. Il faudrait arriver à avoir un espace neutre. Personnellement, j’ai été « pour » et je reste « pour » le FVS. On sait que cela ne sera jamais parfait, surtout qu’il y a moins de caméras qu’en Ligue 1, que la visibilité est moins bonne, mais je ne souhaite pas que le système soit enlevé, ce serait une bêtise ! Il faut être indulgent, les arbitres sont humains. On n’aura pas cinq caméras sur chaque stade, il y a eu des rectifications de décisions tout de même. C’est juste que ça fige un peu la joie mais c’est aussi le cas en Ligue 1.

Photo Philippe Le Brech

Thierry Gomez a lui aussi son avis sur la question : « Avec le FVS, c’est le même débat qu’avec la Var en Ligue 1, or on ne dit pas la vérité. Certains veulent nous faire croire que que l’on met la Var pour régler 100 % des problèmes, ce n’est pas vrai. On ne réglera jamais 100 % des problèmes. Si la Var en Ligue 1 comme le système FVS en Ligue 3 règle une injustice sur deux, c’est déjà une avancée. Bien sûr, il y a des imperfections, parce que derrière le FVS, il y a toujours un homme. Des buts ont été annulés ou accordés à juste titre, d’autres ont prêté à interprétation ou discussions, mais on a vu des buts être annulés alors qu’ils ne l’auraient pas été s’il n’y avait pas eu le FVS. C’est déjà un pas important, une avancée, parce qu’il y a des enjeux de plus en plus importants. De toute façon, on ne peut pas, aujourd’hui, passer à côté des évolutions technologiques, on le voit bien avec l’IA. On est obligé de prendre le train, même s’il y a des imperfections. Je pense quand même que le bilan global est positif à l’arrivée pour résoudre les injustices. »

« Le FVS, ça casse une part d’émotion »

Et l’entraîneur Damien Ott, il en pense quoi du FVS ? « Ce qui me gêne, c’est que ce n’est pas cohérent par rapport à la volonté de mettre du rythme dans un match. Toutes les autres décisions de l’arbitrage font que cela va aller vite or là, on perd un temps infini à vérifier, ça hache trop le jeu. Quand une équipe est dans les cordes, elle a le temps de récupérer. Je trouve que cela va à l’encontre de l’évolution de l’esprit du foot. Or le rythme est un paramètre essentiel de la gestion d’un match, et cela embête beaucoup d’entraîneurs. De plus, la technologie, me semble t-il, n a pas l’air au point, on l’a vu lors de Rouen Valenciennes, c’était incroyable. Les vérifications sont longues. Je dis « faisons confiance à nos arbitres aussi ». Et il y a l’émotion : on ne sait jamais si on doit célébrer le but ou pas. Le FVS, ça casse une part de rêve, ça effrite toute cette émotion, c’est dommageable ».

La FFF sonde les clubs

Interrogés sur des rumeurs faisant état d’un possible arrêt du dispositif, les dirigeants ont assuré n’en avoir jamais entendu parler. En revanche, comme l’ont indiqué les journalistes Laurent Pruneta et Arnaud Detout dans Le Parisien daté du 20 octobre dernier, l’autre rumeur sur une possible inversion entre le match conducteur du jeudi soir et les huit autres du samedi 14h45 est bien fondée, même si la Fédération Française de football n’a pour l’heure arrêtée aucune décision.

Photo Philippe Le Brech

Mais l’instance, qui réunit chaque mois sa nouvelle commission « Ligue 3 » lancée en même temps que le championnat, chapeautée par Marc Keller, et dans laquelle figurent deux présidents du championnat, Pascal Bovis et Cyril Courtin, a demandé aux dix-huit clubs un bilan chiffré et détaillé après les dix premières journées. Affluences, recettes, merchandising, partenariat… tout sera passé au crible, avant d’en tirer des conclusions.

« Mon inquiétude concernant les matchs du samedi à 14h45, et je l’ai remonté lors de la dernière commission (le 14 octobre dernier, Ndlr), c’est moins pour le grand public, parce que malheureusement je n’en ai pas beaucoup à l’US Orléans, mais plus pour les partenaires, détaille Cyril Courtin. Cette saison, la plupart ont resigné, et tant mieux, car on a un rapport de confiance, mais je pense qu’un certain nombre ne nous suivront plus la saison prochaine. Ils ne sont pas fâchés, c’est juste que le samedi après-midi, ils ne peuvent pas inviter leurs clients. D’autres clubs risquent de se retrouver en difficulté également, avec le risque de perdre des partenaires. La FFF mène son étude, elle nous a demandés les affluences, les versions chiffrées de nos revenus, de la billetterie, etc. Elle prendra ensuite ses décisions. A titre personnel, j’ai soumis une idée, elle plaît ou elle ne plaît pas, c’est celle d’inverser le multiplex du samedi avec le match du jeudi soir. Je pense que c’est moins gênant. Et puis le foot, moi, je le préfère le soir, les joueurs aussi, le public aussi, ce n’est pas la même ambiance. Jouer le jeudi soir, cela me semble plus adapté, c’est une option. Et pour l’horaire, il faudrait laisser à 20h30 ou 20h45, afin de laisser les gens qui travaillent arriver au stade. C’est une solution qui rallierait tout le monde ou presque, parce qu’il y a aussi les supporters, je les entends, je les comprends, ils disent que le football, c’est le week-end. C’est vraiment un sujet suivi de près par la FFF ».

« Le samedi après-midi, c’est dur »

Photo Philippe Le Brech

Philippe Terrier, le président de Villefranche, se dit pour sa part « très inquiet » : « S’il n’y a pas une révision de la formule (du samedi après-midi, Ndlr), ce sera la fin des clubs tournés vers le territoire, pourtant la feuille de route de monsieur Diallo était claire, elle devait être tournée vers les territoires. Le problème, c’est que la moitié des clubs s’en fichent, ils savent que leurs caisses seront renflouées en fin de saison s’ils perdent 3 ou 6 millions, mais les petits clubs comme le nôtre ? Les horaires doivent être revus ».

« C’est bien ça la question la plus gênante, celle des matchs le samedi après-midi, enchaîne Pascal Bovis, qui est également président de l’U2C2F (Union des clubs des championnats français de football). Il faut étudier les affluences, avoir un retour sur les chiffres. Intuitivement, il me semble que l’on a plus de monde le soir mais il ne faut pas que cela soit trop tard non plus. je crois qu’une case le samedi vers 18h existe. On doit trouver le bon créneau pour que cela ne gêne pas Ligue1+ non plus. Mais pour nous, en tant que club de football, le samedi après-midi, c’est dur, parce que l’on n’a pas les jeunes, on n’a pas les éducateurs, on n’a pas les parents… Après, que l’on soit obligé de se plier aux exigences de Ligue 1+, c’est normal, même si j’espère que l’on pourra négocier au moment du nouvel appel d’offres cette case en début de soirée, à 18h ou 18h30, qui conviendrait, je pense, à tout le monde. Cela peut être une solution. À Fleury, on a beaucoup moins d’hospitalités que certains clubs, dont je sais que beaucoup préféreraient jouer le vendredi soir mais il y a aussi le public, et il faut penser à lui. Il y a un équilibre à trouver entre les deux et contenter tout le monde n’est pas facile. »

« La réflexion doit être globale »

Photo Philippe Le Brech

« Le samedi après-midi, c’est un vrai débat, témoigne Damien Ott. Je trouve que cet horaire tue toute émotion, tue tout un monde de football. Pour moi, le foot, c’est la convivialité, c’est le soir. Le vendredi soir, c’était parfait. Là, faire venir du public pour un match à 14h45, ce n’est pas possible, ça perd en saveur, c’est indéniable. Les clubs doivent perdre un peu d’argent, les gens ne mangent pas à cette heure-là, les buvettes doivent faire beaucoup moins de recette, beaucoup moins de buvette. Personnellement, regarder un match à 14h45 le samedi, je ne prends pas de plaisir, même si je le fais, parce que c’est mon métier et que je suis un professionnel. Et puis les joueurs de foot aussi aiment bien la nocturne, il y a la fraîcheur, le terrain mouillé… »

« C’est une vraie réflexion, et elle doit être globale, conclut Thierry Gomez. Cette chaîne, Ligue1+, que personnellement j’aurais plutôt appelé Ligue Foot+, si demain elle veut avoir de la valeur, si on veut pouvoir financer des droits télé, il faudrait qu’il y ait tout le football, L1 L2 L3. S’il y avait un seul opérateur pour les trois grandes divisions, cela permettrait de mieux coordonner et organiser ces trois jours de football le vendredi, le samedi et le dimanche. Ensuite, favoriser la Ligue 1 le samedi ou le dimanche, c’est cohérent, on sait que les gens viennent au stade, les supporters peuvent se déplacer plus facilement. Plus généralement, il faut que l’on développe cette culture du sport, du football en particulier, qui dépasse le simple cadre de la Ligue 3, parce qu’on a beaucoup de retard. En Ligue 3, on voit qu’il y a différents modèles économiques, comme à Caen, qui fait beaucoup de monde au stade, et qui en fera encore plus s’ils sont en haut de tableau, et il y en a d’autres, basés sur le terroir, comme à Villefranche, qui arrivait à réunir 400 ou 500 décideurs le vendredi soir, où c’était le rendez-vous des notables de la région, et c’était extraordinaire, cela faisait vivre le club. Mais tout le monde n’a pas les mêmes contraintes dans ce domaine-là. En résumé, il faut centraliser tous nos droits et voir comment organiser les trois championnats pour que tout le monde vivent, tout en sachant que le samedi, beaucoup de jeunes et d’éducateurs sont pris par les matchs du foot amateur. Mais ce que je veux dire, c’est que cette Ligue 3, elle est globalement positif. »

Le communiqué de la FFF

Contactée au sujet de l’article du Parisien et d’une possible inversion du jeudi et du samedi, la FFF a répondu exactement de la même manière qu’elle l’avait déjà fait pour le journal quotidien, par la voix d’un communiqué émanant de son service de presse : « À l’écoute des clubs, la FFF a bien pris note des préoccupations exprimées par certains d’entre eux quant à la programmation TV des matchs de Ligue 3 Betclic. Dès la mi-septembre, elle a annoncé la conduite d’une étude portant sur les 10 premières journées de championnat, afin de mesurer l’impact de la programmation sur les revenus générés par les clubs selon les créneaux des rencontres. La 10e journée venant d’être disputée, l’étude est en cours grâce aux contributions des clubs qui sont attendues jusqu’à la fin du mois d’octobre. Ce travail est nécessaire pour disposer d’une vision globale et objective, aucune décision ne saurait donc être prise avant sa conclusion et un échange avec les clubs et notre diffuseur, Ligue 1+. La FFF rappelle également que la programmation a été communiquée aux clubs jusqu’à la 15e journée du samedi 12 décembre, et qu’aucun changement n’interviendra d’ici cette échéance. »

Si changement il y a, il ne sera donc pas effectif avant le 16 janvier 2027, pour la journée 16, la première après la trêve de fin d’année (le week-end précédent est consacré aux 16es de finale de la coupe de France, tandis que celui du 19/20 décembre sera consacré aux 32es de finale). C’est déjà une première information.

L’article de FranceFootball du milieu des années 90…
  • Texte : Anthony BOYER / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH
  • Suivez-nous sur nos réseaux sociaux (Facebook, X et Instagram) : @13heuresfoot
  • D’autres articles ? Visitez le site web : 13heuresfoot
  • Un commentaire, une suggestion, contactez-nous (mail) : contact@13heuresfoot.fr