L’entraîneur de l’Olympique Saumur retrace sa carrière de joueur et d’entraîneur. Si son influence du football italien et du Milan AC de Sacchi est mise à mal cette saison en championnat, où son équipe encaisse beaucoup de buts, il compte sur la maîtrise technique et le jeu collectif pour s’en sortir et accrocher le maintien.
Par Anthony BOYER / Photos : Philippe LE BRECH

Il a toujours son accent provençal et le sourire qui va avec. Patrick Olive est né à Martigues il y a 47 ans mais a su se faire adopter dans le centre-ouest de la France, qu’il a volontairement rejoint voilà 13 ans maintenant, pour des raisons à la fois familiales et sportives. Et il a su s’acclimater !
Aussi surprenant que cela puisse paraître, celui qui a passé un quart de sa vie au SC Orange (devenu en 2018 Orange FC), dans le Vaucluse, n’est nostalgique ni du soleil ni de la chaleur du Sud. L’ancien pensionnaire du centre de formation du FC Martigues, du temps de la Division 1, passé par le National et Istres, s’est rapidement acclimaté à la douceur angevine, ou plutôt à la douceur de Beaufort-en-Vallée, une petite ville près des bords de Loire, à 30 kilomètres de la capitale de l’Anjou. Et accessoirement à 30 kilomètres de l’Olympique Saumur FC, où il est arrivé l’été dernier après deux saisons en Régional 1 dans les Deux-Sèvres, à Bressuire.

Pendant près d’une heure, cet ancien défenseur qui n’a cessé d’avancer sur le terrain au fil de sa carrière – généralement, c’est plutôt l’inverse ! – est revenu sur ses débuts, sur le football à Martigues, Istres et surtout Orange, un club qui l’a profondément marqué et où sa carrière d’entraîneur a commencé, quand il avait 28 ans.
Depuis, il a pris de la bouteille, que cela soit à l’Elan Sportif de Connerré, en Régional 1, son premier club à son arrivée dans les Pays de la Loire, au Mans FC où il s’est occupé de la formation et des jeunes (U17 et U19 Nationaux), à Bressuire, toujours en Régional 1 et enfin à Saumur, en National 2, avec l’objectif de se maintenir dans un championnat très relevé où, comme il aime à le dire, « son équipe est un peu un ovni ! ». Un ovni qui certes encaisse beaucoup de buts – il en parle avec franchise – mais produit un jeu de possession qui pourrait lui permettre d’éviter l’une des trois dernières places. C’est amplement jouable : à sept matchs de l’arrivée, l’Olympique, présidé par Stéphane Montanier, n’est qu’à un petit point de Châteaubriant, 13e et premier non-relégable, et de Poitiers, le 12e.
« J’aimerais que l’on soit plus guerriers »

Meilleur souvenir sportif de joueur ?
En U17 Nationaux avec le FC Martigues, c’était durant la période d’ascension du club en Division 1. On avait des grosses écuries dans notre championnat, Lyon, Monaco, Cannes, etc., et on avait terminé derrière le Monaco de Thierry Henry. On s’était qualifié pour les phases finales. On avait éliminé Montpellier en 8e avant de tomber sur l’AS Monaco en 1/4 de finale. On pouvait renverser des montagnes avec cette équipe où quelques-uns ont signé pro comme Stéphane Odet ou Fabien Artès. Il y avait beaucoup de joueurs locaux de Marseille, Martigues, ça donnait une vraie identité. Le coach, c’était Roger Sabiani.
Ton meilleur souvenir d’entraîneur ?
Je ne peux pas dire que j’en ai un meilleur que les autres. J’ai beaucoup de bons souvenirs. Par exemple, à Orange, j’ai fait un maintien inespéré en DHR où il fallait gagner sept des neuf derniers matchs et on l’avait fait ! Quand je suis arrivé à Connerré (Sarthe), en DH, on s’est mêlé à la montée avec Le Mans, qui venait de déposer le bilan et de repartir à cet échelon. On était la surprise ! Plus tard, avec Le Mans FC, on a vécu une belle aventure en coupe Gambardella, jusqu’en 8e de finale à Ajaccio (en 2020). À Bressuire (2022-24, Régional 1), j’ai aussi vécu deux saisons avec des émotions fortes. Lors de ma première saison, tout s’est joué à la dernière seconde de la dernière journée, et c’est Chauray qui est monté en National 3 dans le temps additionnel alors que l’on venait de gagner notre match, et qu’on attendait leur résultat : Chauray faisait match nul et ils ont marqué le but de la montée à la 97e ! Même si sur le moment cela a été dur, cela reste un moment fort. En plus, on venait de gagner quelques matchs précédemment dans ces mêmes circonstances, en marquant dans le temps additionnel, comme contre Chauray deux matchs avant. On a fini champion la saison suivante (2023/24), sauf qu’il y avait les barrages derrière, et on n’est pas monté. C’est le Bassin d’Arcachon qui est monté.
« Les arêtes et les cadavres des poissons à Martigues ! »

Pire souvenir d’entraîneur ?
Un barrage pour la montée en CFA, perdu avec Orange (en 2004). On était en CFA2, on venait de monter de DH. On avait fait un super début de saison, avec 12 points d’avance sur le 2e à la trêve mais on s’est fait rattraper puis doubler par Le Pontet sur la phase retour. À Orange, il y avait une super-équipe, on a vraiment loupé le coche cette saison-là et après ça, le club a eu un peu plus de difficultés.
Combien de buts as-tu marqué dans ta carrière ?
Je ne marquais pas beaucoup ! J’ai commencé au poste de défenseur au centre de formation à Martigues, ensuite je suis passé au milieu, à Istres, et enfin, à Orange, j’ai fini meneur de jeu donc j’ai plutôt avancé sur le terrain que reculé ! Donc j’ai marqué un peu plus en fin de carrière. Au début, je marquais un but par saison, et puis à la fin, il y a eu une saison, avec Orange, où j’ai mis 9 ou 10 buts en DH.

Ton plus beau but ?
Celui que j’ai en tête, c’est une frappe de 35 mètres en pleine lucarne avec la réserve d’Istres, contre Marignane.
Pourquoi as-tu pratiqué le football quand tu étais petit ?
J’étais mordu tout de suite! Il paraît que tout petit, j’avais toujours un ballon avec moi et que je tapais sans cesse sur le mur, chez mes grands-parents, à Martigues, mais ça, je ne m’en souviens pas ! Mon papa (Henri) a gagné la Gambardella avec Martigues (en 1968). Donc j’ai été baigné dans cette ambiance sportive et collective de copains. J’ai souvent mis ça en priorité, cela a toujours été un fil conducteur.
Comme tu es de Martigues, le stade Francis-Turcan n’a aucun secret pour toi …
Aucun ! Je me souviens des petites arêtes de poisson que les mouettes lâchaient sur la pelouse, ou encore les cadavres des poissons… Comme il y a la canal juste à côté ! Je retourne à Martigues un peu, car j’y ai encore toute ma famille.
Pas trop dur de quitter le Sud pour le Centre-ouest ?
Non, parce que je suis venu rejoindre ma femme ici. J’habite Beaufort-en-Vallée, c’est près d’Angers. Je suis vraiment très proche de Saumur aussi. Avant, j’avais un petit plus de route pour aller à Bressuire ou au Mans par exemple, 1h ou une 1h15. J’aime beaucoup la douceur et le calme de cette région. Le Sud, ça manque surtout à cause de la météo, parce qu’ici, on a souvent du brouillard en novembre ou décembre, c’est pesant, et puis la famille manque aussi. Mais toute l’agitation du Sud, elle, ne me manque pas. Cela me fait plaisir d’y retourner, bien sûr. Mais voilà…
« J’ai gardé des liens avec Karim Tlili »

Tu as gardé des attaches au club de Martigues ?
Cela a beaucoup changé depuis mon départ. Chez les éducateurs, il doit forcément y en avoir que je connais mais je n’ai pas forcément gardé de contact. Les attaches, je les ai surtout avec un joueur que j’ai entraîné quand il avait 10 ans, c’est Karim Tlili. C’est le buteur actuel du FC Martigues, en Ligue 2. Il fait partie des joueurs qui ont remis l’équipe sur les bons rails. Il a joué au Pontet et je l’avais eu dans mon équipe aussi à Orange. On a gardé les liens forts. On s’envoie des petits messages de temps en temps. Son parcours a été chaotique mais je suis fier de ce qu’il a fait et de son niveau.
Tu regardes les matchs du FC Martigues ?
Non, parce qu’on a entraînement en même temps. Mais je suis les résultats.
Pourquoi n’as-tu pas pu franchir le cap National-Ligue 2 quand tu étais joueur ?
J’avais un déficit athlétique quand je suis arrivé en seniors. Je mesure 1,71m et je jouais défenseur central. Voilà ! Et à l’époque, ce n’était pas trop les critères recherchés. Donc déjà, en terme de puissance, j’avais ce manque. Ensuite, on m’a fait jouer à un peu tous les postes, latéral droit, latéral gauche, je me débrouillais, OK, j’avais un contrat aspirant, je m’entraînais parfois avec la D1… J’ai eu la chance de côtoyer Ali Bernarbia par exemple, de m’entraîner avec une belle génération. Sincèrement, je ne pouvais pas rêver mieux, pour moi le Martégal… Mais le club est descendu et on ne m’a pas proposé de contrat stagiaire, tout en me conservant. En fait, je suis resté amateur en réserve, et ce contrat que j’attendais, on me l’a proposé un an plus tard. Sauf que moi, entre-temps, je m’étais fait à l’idée que c’était fini, donc j’ai passé la saison à trouver des solutions afin de signer dans un autre club. J’ai refusé le contrat stagiaire qu’on m’a proposé un an plus tard pour rejoindre Istres, juste à côté, en National. Parce que j’avais l’impression que, même en me proposant ce contrat, le club ne croyait pas trop en moi et pensait que je ne pouvais pas franchir l’étape supérieure. Mon objectif, c’était de passer pro avant 21 ans, ou de me rediriger vers autre chose. C’est pour ça que je suis allé à Istres, qui voulait monter en Ligue 2. Le truc, c’est que la plupart des joueurs de ma génération à Martigues ont joué en Ligue 2 ensuite (rires) ! Bon, ce n’est pas un regret, parce que cela m’a permis de me mettre sur la voie pour le métier de coach.

À Istres, tu y restes 3 saisons : quel souvenir en gardes-tu ?
La première année, c’était Jean Castaneda l’entraîneur. Je m’entraînais avec le groupe National mais comme j’étais muté, je n’ai pas pu jouer en équipe première, seulement en National 3. Il y a eu plusieurs changements de coachs, j’ai changé de poste moi aussi : c’est là que je suis passé milieu de terrain. J’ai commencé à jouer régulièrement avec Alain Ravera, qui a remplacé Jean Castaneda lors de ma deuxième saison, et là, j’ai fait pas mal de matchs. À chaque fois, on était en haut de tableau en début de saison, mais on n’arrivait pas à monter. Je m’étais donné 3 ans pour y arriver, j’ai vu que cela ne passait pas, bien que je prenais beaucoup de plaisir à m’entraîner tous les jours. Là, l’opportunité d’Orange s’est présentée. Le club était en CFA2 et, surtout, il était très bien structuré, mieux structuré qu’à Istres en National ! Il y avait une superbe génération de joueurs, des dirigeants capables de trouver des emplois aux familles. Je suis parti dans ce projet-là, alors que je ne savais pas trop encore ce que je voulais faire, sur le plan professionnel.
L’idée d’entraîner, elle est venue comment ?
À Istres, j’avais passé les premiers diplômes d’initiateur 1, initiateur 2, le tronc commun aussi de mon brevet d’état, dans le cadre de mon contrat de qualification. J’avais mis un peu le pied dedans et quand je suis arrivé à Orange, j’ai trouvé un travail dans l’entreprise du président, une entreprise de pâtes alimentaires : je suis d’origine italienne, de la région de Manfredonia dans les Pouilles, du côté de ma maman, alors les pâtes… (rires) ! Le fils du président François Riva, Raphaël, jouait avec moi, c’était une famille italienne, ils étaient adorables. J’ai eu un super accueil. Je faisais 35 heures dans l’entreprise et pour avoir un complément, et aussi parce que j’étais passionné et que j’aimais ça, j’avais le foot à côté. J’entraînais une équipe de jeunes trois fois par semaine après le boulot, dans laquelle figurait donc Karim (Tlili). Et j’enchaînais ensuite sur ma séance avec les seniors. Le week-end, j’avais les matchs de jeunes le matin, puis mon match avec les seniors l’après-midi. C’était du 7 jours sur 7 !

Du coup, avec tes origines italiennes, cela veut dire que tu t’intéresses au foot italien ?
Oui, oui, j’adore ce don de soi pour défendre. Après, il y a eu une période où le jeu de l’Italie n’était pas plaisant, mais dans l’aspect collectif, le Milan AC d’Arrigo Sacchi me parle, avec cette priorité donné à l’équipe, cette volonté de ne pas encaisser de but, ça, je l’ai aussi, mais la différence, c’est que moi, je prends des buts, c’est dur (rires) : je suis toujours un peu vexé quand j’en encaisse et c’était déjà le cas quand j’étais joueur. Parce que je me dis que quelque chose n’a pas été fait ou qu’on a manqué de communication. J’ai cette culture-là.
Tu suis quelle équipe en Italie ?
J’ai beaucoup aimé la Juventus de Michel Platini. C’était mes premiers rêves.
Que devient Simon Boyer, l’ancien défenseur de Sète, Bourges et Orléans, et qui était retourné chez lui à Orange ?
Ah Simon c’était mon premier entraîneur à Orange quand je suis arrivé (en 2000) ! Il travaille au service des sports de la commune maintenant. C’était un guerrier ! On préférait l’avoir avec soi qu’en face comme défenseur (rires) !

Un stade mythique pour toi ?
Le Vélodrome, une ambiance de dingue, je me souviens de mon premier match, c’était un OM-Monaco, 2 à 0, il y avait Jean-Pierre Papin !
Un coéquipier qui t’a marqué dans ta carrière de joueur ?
Je suis obligé de dire le parrain de mon fils (rires) ! Patrice Scrimenti, formé à Saint-Etienne, il a joué à Valenciennes et Wasquehal. Il est de Rognac. Je l’ai connu par un ami de mon père, qui est le parrain de mon frère. On ne se connaissait pas directement. Un jour, il a voulu revenir dans le Sud et il est passé par moi quand j’ai signé à Orange, du coup il a rejoint Orange aussi. On s’est super-bien entendu ! Parfois, on jouait tous les deux en défense centrale. Il avait une exubérance que je n’avais pas, et une folie aussi.
Un coéquipier perdu de vue que tu aimerais revoir ?
On se revoit parfois avec les anciens du centre de formation du FC Martigues. J’ai revu Daniel Cousin au Mans, Laurent Grimaud, Stéphane Odet, Fabien Artès, c’est difficile d’en citer un.

Un entraîneur qui t’a marqué ?
Léon Galli à Martigues, il était beaucoup dans la gestion humaine, très proche des joueurs. Richard Poggi à Orange, qui était fort dans la préparation tactique et mentale, et son approche était géniale. Mais c’est Alain Ravera, à Istres, qui m’a le plus marqué. J’ai travaillé ensuite avec lui au Mans, où on s’est retrouvé par hasard, et où cela a été dur parce que le club venait de subir un dépôt de bilan et se reconstruisait. Alain m’a fait confiance à Istres dans une équipe où il y avait beaucoup de joueurs confirmés et n’a pas hésité à me lancer. Je ne jouais pas tout le temps, mais j’ai beaucoup grandi avec lui. J’ai observé des matchs aussi pour lui quand il entraînait Louhans-Cuiseaux en National. On est toujours en contact.
Un entraîneur perdu de vue que tu aimerais revoir ?
Aucun en particulier mais j’ai croisé Patrick Parizon à Bressuire, c’était le coach en pro à Martigues et j’avais eu un petit différent avec lui à l’époque, cela m’a permis d’avoir une discussion avec lui, je ne l’avais jamais revu depuis cette épisode et cela m’a libéré d’un poids !
Un joueur qui t’a impressionné ?
Thierry Henry, chez les jeunes. On arrivait à accrocher Monaco avec nos valeurs, et puis lui, sur une action, il faisait la différence.
Un président qui t’a marqué ?
Michel Castanier à Orange.
« Orange, les montagnes russes »

Quand es-tu devenu entraîneur ?
À l’âge de 28 ans. Le club d’Orange venait de descendre en DHR. J’étais capitaine de l’équipe et le coach, c’était Patrice Scrimenti justement. On était en difficulté en début de saison, le club était en train de s’effondrer, alors que quelques années plus tôt on était aux portes du CFA, et puis derrière, on est dans le bas de tableau en DHR… En novembre, Patrice, qui travaillait à côté, me dit que je dois prendre l’équipe, que j’en suis capable. Il me dit aussi que le président est d’accord, mais il ne m’en a pas parlé. Patrice me laisse un jour de réflexion et le lendemain, je lui dis « Je suis d’accord, mais à une seule condition, que tu te remettes en condition physique pendant un mois pour être apte à jouer en janvier ». Patrice avait 35 ans. Il a accepté (rires) ! On a fait une saison mémorable, on a retourné la situation. Mais pour moi c’était éprouvant car je n’avais pas voulu lâcher l’équipe de jeunes U15 Régionaux que j’entraînais. Donc j’avais deux équipes sous ma responsabilité. Parfois je jouais le matin à 11h avec les jeunes et l’après midi j’entraînais et en plus je jouais encore avec seniors en DHR ! C’est là que je vois que j’avais des super-dirigeants, qui me préparaient tout, c’était une sacrée époque, très enrichissante, qui laisse de supers souvenirs !
C’était la fameuse saison où il fallait gagner 7 matchs sur les 9 derniers pour se maintenir ?
Ah non, non, ça c’en est encore une autre (rires) !

Le club d’Orange, en quelques mots ?
Les montagnes russes. On était en DH quand je suis arrivé et le club était mieux structuré qu’à Istres en National. Michel Castanier faisait bien les choses, il y avait Jean-Louis Comini et Frédéric Christen, qui était recruteur avant que je n’arrive, avait bien travaillé. Il y avait une génération de joueurs extraordinaires. L’équipe jouait bien, c’était plaisant, avec des supers jeunes. A Orange, j’ai un peu tout connu en 12 ans, des beaux parcours en coupe de France, des beaux parcours en championnat aussi car on a souvent été à la lutte avec des clubs comme Marseille-Consolat ou Gap, qui ont goûté au National par la suite. Mais quand on a loupé les barrages d’accession en CFA, la saison d’après, on est descendu aux barrages aussi, ensuite, le président a changé, le club avait un peu moins de moyens, on est remonté, on s’est à nouveau mêlé au haut de tableau, j’ai vraiment tout vécu dans ce club ! À la fin, je voulais partir, je venais de vivre une séparation sur le plan personnel. C’est comme ça que je suis arrivé dans une nouvelle région, ici, à Beaufort-en-Vallée, où vivait ma nouvelle compagne. Je ne le regrette pas.
« Un groupe de dirigeants et de parents extraordinaires à Orange »

On sent ton attachement à Orange…
Oui… On avait une superbe pelouse au stade Clapier, et puis dans une ville gérée par une mairie proche du Front national, on avait un rôle social à jouer aussi et on en était fier car on permettait à des jeunes d’être considérés par le biais du sport, du football. J’adorais les jeunes du quartier qui aimaient le foot, ils habitaient juste en face du stade. Quand le club a eu des difficultés financières ensuite, il a failli disparaître… Heureusement, il y avait un groupe de parents et de dirigeants extraordinaires qui n’ont pas lâché le club et qui ont permis aux enfants de pouvoir continuer à jouer. C’est triste de voir Orange si bas (le club évoluait cette saison en District 3 avant d’être forfait général, lire ci-dessous), mais j’ai bon espoir de voir les choses se remettre en place un jour.
– Le 23 janvier 2025, la préfecture du Vaucluse a annoncé qu’elle retirait l’agrément délivré au Orange football club au titre de son affiliation à la Fédération française de football (FFF), suite à des actes répétés de violences, physiques ou verbales, à l’encontre des équipes adverses ou des officiels. Une décision qui a entraîné la fermeture du club avec, comme conséquence, 400 jeunes sans la possibilité de pratiquer le football. Finalement, le 17 mars 2025, le Tribunal administratif de Nîmes a suspendu l’arrêté préfectoral, ce qui a permis au Orange FC, qui a remplacé le SC Orange en 2018, de conserver son agrément, reprendre ses activités et de voir des équipes de jeunes être réintégrées en championnat (l’équipe seniors de District 3 est forfait général).
De Connerré au Mans FC
C’est là que tu arrives à Connerré, près du Mans…
Oui, j’ai répondu à une annonce, c’est à une heure de Beaufort-en-Vallée, où j’habite, près d’Angers. Le club, qui venait de monter en DH un an auparavant et cherchait un coach : on a fait 4e, 3e et 2e !

Après Connerré, tu pars au Mans…
Très rapidement, à Connerré, la Ligue du Maine me contacte pour m’occuper de la section sportive du Mans, car là-bas, leur centre de formation fonctionne avec la section sportive au lycée Sud du Mans. Mais à la Ligue, ils voulaient quelqu’un d’extérieur au club, de neutre, et mon président à Connerré a donné son autorisation afin que je sois mis à disposition. C’est comme ça que je suis intervenu quatre fois par semaine avec la section sportive et que mon premier lien avec Le Mans, qui était en Ligue 2 à ce moment-là, a commencé. La saison suivante, le club a déposé le bilan et a dû repartir en DH et là, je me retrouve dans le même championnat qu’eux avec Connerré ! On leur pose des problèmes d’ailleurs, et c’est là que Le Mans FC veut me récupérer pour intégrer la formation chez les jeunes. L’ancien président, Jean-Pierre Pasquier, me recrute, puis le président Thierry Gomez est arrivé. J’ai fait cinq ans au Mans FC ! Richard Déziré s’occupait des seniors en National 3 (le club venait de remonter) et j’ai pu l’épauler sur le recrutement de joueurs locaux pour son équipe, on a fait venir des garçons comme Romain Dupont de Sablé-sur-Sarthe ou encore Arnaud Billeaux (Sablé), qui est mon aujourd’hui mon adjoint à Saumur. C’était des joueurs cadres en N3 et N2, qui étaient aussi éducateurs au club. La première saison au Mans, j’étais responsable de la formation, mais je n’avais pas d’équipe à coacher, on a juste remis les choses en place, restructurer. par la suite, j’ai pris en charge les U19 et les U17 nationaux.
« Au FC Bressuire, c’était intense ! »

Après Le Mans, tu enchaînes à Bressuire, en Régional 1…
Non, d’abord, j’ai arrêté pendant une saison. Le Mans venait de monter en L2, on avait déposé le dossier pour le centre de formation, et dans ce projet, je devais entrer en formation pour devenir le responsable du centre, mais la Covid a freiné le club, qui est descendu sans que le championnat ne puisse aller à son terme… Et donc, comme on n’avait pas une année de présence en Ligue 2, le dossier n’a pas pu être déposé, et ça m’a mis un coup d’arrêt personnel. On était aux portes du professionnalisme pour le centre de formation, on voyait le bout du tunnel, on se disait qu’on allait avoir enfin les moyens de bien travailler, mais là, de devoir revenir en arrière, cela a été difficile. J’ai quand même terminé la saison mais c’était clair dans ma tête. Du coup, la saison suivante, je suis juste retourné avec la section sportive et sincèrement, ça m’a fait du bien de ne plus dépendre du Mans FC. Ce n’est qu’un an plus tard que j’ai signé au FC Bressuire. J’y ai passé deux saisons avec très peu de défaites, très peu de buts encaissés. C’était intense. C’est vraiment un super club de foot, avec du monde au stade, des jeunes à tous les niveaux régionaux, mais avec cependant quelques freins dans les structures, dans la mentalité, dans le fait d’arriver à emmener les gens plus dans la compétition, de mettre des conditions de réussite. Le club pourrait aller plus haut, on se mettait la pression pour remonter en N3 parce qu’on savait qu’on avait les moyens pour ça. le FC Bressuire devrait être au-dessus. Il est structuré, c’est un super-club amateur, avec des dirigeants top. Mais je trouve que c’est un peu un gâchis quand même : on se contente de bien vivre à Bressuire, ce qui est très bien aussi, mais c’est dommage, il faudrait être « plus compétiteur ».
« Pour Saumur, c’est déjà un petit miracle d’exister en N2 »
Tu as dû suivre les déboires des Chamois Niortais, qui vient d’être rayé de la carte…
À Niort, il y a la famille de mon épouse. Les Chamois, c’est une institution dans les Deux-Sèvres. C’était le moteur. C’est triste. Cela fait plusieurs clubs historiques qui disparaissent, il y a eu Tours aussi récemment. J’ai vu quelques matchs au stade René-Gaillard bien sûr, on les a même joués l’an passé en coupe de France (au 5e tour, 1-2 en octobre 2023). Les Chamois fournissaient plein de clubs aux alentours, Bressuire, Chauray…
Parle-nous de ce jeu des chaises musicales entre Bressuire et Saumur…
Alors, quand je suis arrivé à Beaufort-en-Vallée donc, j’ai eu un entretien avec le club de Connerré et à cette époque, Patrice Sauvaget (ex-pro à Lille, Cannes, Angers, etc.), avec qui j’avais joué à Istres, entraînait Saumur. J’avais pris contact avec lui pour qu’il m’aide à éventuellement trouver un club dans le coin, et il m’avait dit qu’il partait de Saumur. J’avais donc rencontré le président de Saumur, qui n’est plus le même aujourd’hui. Bon, le choix s’était porté sur un autre coach, Julien Chevalier, qui était quelqu’un du club. Ensuite, j’ai fait ma vie pendant 12 ans et là, cet été, quand je suis parti à Saumur, le FC Bressuire a enrôlé Julien Chevalier, mais je n’étais pas au courant, cela s’est fait après mon départ (Julien Chevalier a démissionné en septembre dernier). Voilà pour la petite histoire !
« Ma culture italienne, elle en prend un coup ! »

Parle-nous de l’Olympique Saumur FC ? De l’extérieur, cette saison, en N2, on constate une certaine irrégularité dans les résultats. C’est quoi, la place du club, selon toi ?
l’Olympique Saumur FC, c’est un peu un ovni en National 2. C’est déjà un petit miracle d’exister. On a le plus petit budget de la poule avec 800 000 euros, les joueurs bossent et ne s’entraînent que trois fois par semaine, mais depuis cette saison, j’ai rajouté un quatrième créneau, mais le groupe au complet n’est vraiment là que trois fois. On a deux contrats fédéraux, ce qui est déjà un effort financier considérable de la part du club, qui était déjà relégable sportivement la saison dernière déjà. Mais Saumur a cette mentalité-là de faire des exploits, des parcours en coupe de France, donc l’irrégularité, peut-être qu’elle part de là, déjà. On réalise des coups, oui, mais sur la durée, on n’est pas armé comme les autres. Après, cet été, j’ai composé une équipe avec seulement deux mutés, parce qu’on n’était pas en règle avec le statut de l’arbitrage. Il a fallu trouver des joueurs libres, non mutés, ce qui voulait dire qu’ils n’avaient pas joué pendant un an : cela ne pouvait être que des joueurs blessés qu’il fallait relancer, donc il ne fallait pas se tromper sur l’état d’esprit, qui est primordial chez nous, sinon, on n’existe pas. L’effectif que l’on a, au final, est un peu improbable, parce qu’on a quand même des joueurs d’expérience, avec le gardien Hugo Cointard (ex-Béziers, Les Herbiers, Chartres, Lusitanos), Simon Pambou, qui revient d’un accident de voiture (ex-Grenoble Foot en L2), Vincent Manceau, un ancien historique du SCO Angers en Ligue 1, Wail Bouhoutt, qui est des meilleurs buteurs du championnat chaque année (81 buts en 132 matchs officiels depuis son arrivée en 2019 !) et aussi Emmanuel Bourgaud (ex-Amiens, club qu’il a conduit en Ligue 1 en 2017 en inscrivant le but de la montée à la dernière seconde de la dernière journée !).
En National 2, ton équipe encaisse beaucoup de buts…
On n’est pas solide défensivement. Pourtant, dans le jeu, on arrive à se créer des occasions, on est assez agréable à voir : en fait, c’est même la première fois de ma carrière de coach que j’ai une équipe qui maîtrise autant le jeu collectif. Avant, j’avais souvent eu des équipes qui luttaient, et ça aussi c’est nouveau, je dois apprendre moi aussi. Bien sûr, j’ai toujours aimé avoir des équipes qui jouent, mais là, avoir autant de maîtrise, je n’avais jamais connu ça. C’est un peu perturbant parce que défensivement… (Saumur a encaissé 40 buts en 23 matchs et possède la 14e moins bonne défense de sa poule B en N2, sur 16). Parfois aussi on manque de vitesse et d’équilibre, donc il faut travailler pour ne pas perdre nos points forts comme la tenue du ballon et le jeu. Parce qu’on n’est pas capable de ne faire que défendre, on n’a pas les joueurs pour ça. Donc il faut trouver la meilleure alchimie possible et c’est vrai que ma culture italienne, elle en prend un coup là (rires) ! Et puis on constate qu’en National 2, en face, les attaquants adverses vont vite et comme on manque un peu de puissance, quand on fait le jeu, qu’on joue haut, on s’expose aux contres.
« On doit avoir plus d’exigence et de concentration »

T’attendais-tu à une saison aussi difficile en N2 ?
Alors je me suis imaginé ça quand je suis arrivé, quand il a fallu construire l’effectif. Et après, le fait d’avoir autant de maîtrise du jeu, dès le début de saison, ça m’a surpris : là, j’ai pensé qu’on pourrait tranquillement être en milieu de tableau. Et en fait non ! Chaque match bascule sur une action d’inattention, une belle action adverse ou autre, alors que les matchs sont équilibrés… Là, ça change les choses, je pense à nos défaites récentes à Châteaubriant et à Avranches (3-0). Franchement, ces matchs étaient serrés jusqu’au premier but encaissé. Il n’y a pas un match où j’ai senti qu’on était dépassé ou que l’on ne pouvait pas marquer, hormis notre défaite 6 à 0 aux Herbiers, que je mets à part, parce que c’était notre 3e match en 8 jours. C’est pour ça que l’on doit avoir beaucoup d’exigence et de concentration. Que l’on ne doit pas être résigné. J’aimerais que l’on soit plus « guerriers ».
Y a-t-il eu un relâchement après la victoire à Bordeaux le mois dernier (1-0) ?
Je ne le pense pas. Mais on est plus à l’aise sur des bonnes pelouses. Quand on est sur les terrains gras en hiver, même le nôtre, qui n’est pas top, on n’est pas à notre avantage. À Bordeaux, la pelouse, c’était une galette, ça donne envie, les joueurs ont pu exprimer leur qualités techniques, c’était un avantage pour nous. Et le match suivant, à Châteaubriant, il nous manquait deux joueurs au milieu : alors ça a été plutôt bien pendant 70 minutes jusqu’au premier but, et ça a été plus compliqué. Pour ce match, j’avais deux jeunes qui découvraient le niveau, dont le petit Lenny Herin, qui a 19 ans, qui jouait en Régional 2 la saison passée. C’était son premier match titulaire en N2. Mais il n’y a pas eu de relâchement après Bordeaux, c’est juste que c’est de la National 2, et que c’est dur.
« Je ne suis pas un gueulard »
Ce week-end, Saumur se déplace Blois, où la pelouse est…
Bon bah voilà…
On dit que c’est le pire terrain de la poule, avec celui de Saint-Pryvé / Saint-Hilaire… Mais si ça peut te consoler, dans le Sud, c’est pas fameux non plus !
Dans le Sud, on le sait que les terrains ne sont pas bons. Et on fait en fonction. Ici, c’est plus dur. Par exemple, à Châteaubriant, dans un match pour le maintien, avec de l’enjeu, et bien j’ai trouvé que c’était un match propre. Dans le Sud, ce type de match, avec cet enjeu, cela aurait été la « guerre » !
Quel type d’entraîneur es-tu ?
Je suis passionné, déjà. Je m’adapte beaucoup aux environnements. Je n’arrive pas en terrain conquis. Je ne mets la pression à personne. Je n’ai pas ce caractère-là. Je prends le temps de connaître les gens et d’essayer d’en tirer le maximum. Je ne suis pas un « gueulard », je dis les choses à ma manière. J’aime le jeu : je n’oublie pas que quand je jouais défenseur central, je sais très bien que je n’étais pas à ce poste grâce à mes qualités physiques, mais en raison de ma lecture du jeu, de ma qualité de relance. Après, il faut avoir les joueurs pour le faire, pour jouer.
« Le 4-4-2, c’est idéal pour cerner un groupe »

Ton style de jeu préférentiel ?
J’ai un peu tout expérimenté, mais j’ai une certitude, c’est que pour vite faire connaissance avec un groupe et savoir à qui on a affaire, il faut partir sur un 4-4-2, afin de créer des connections défensives, parce que si la ligne des 4 milieux ne travaille pas ensemble ou si les deux attaquants ne s’adaptent pas l’un à l’autre, alors on explose vite. Il faut qu’il y ait beaucoup d’intelligence et de connections pour rester équilibrés. Dans tous les clubs où je suis allé, on est parti comme ça. Après, ça a évolué, pour tirer le meilleur des joueurs mis en place, et cela s’est transformé en 4-3-3 ou en 4-2-3-1, en fonction. Il m’est arrivé de jouer à 3 centraux derrière, hyper costauds, avec deux pistons sur les côtés comme on dit maintenant, à Connerré, parce qu’ils avaient la puissance et le coffre pour faire des aller-retour. Après, il faut s’adapter, trouver la meilleure formule pour exploiter les qualités du groupe.
Le public répond-il présent au stade ?
On fait du monde en début de saison, 700 à 800 personnes, pendant la période estivale, quand notre buvette, située près du poteau de corner, fonctionne bien ! Il y a toujours du monde à cet endroit à la période estivale (rires) ! Je plaisante, mais j’ai senti de la bienveillance et beaucoup de monde pour nous soutenir, un peu moins sur la période hivernale : peut-être que c’est de notre faute, on a été moins bons à domicile, on n’a pas su créer ce truc qui ferait que l’on se sente plus soutenu. À Bressuire, je me souviens du derby contre Thouars, on jouait devant 2200 ou 2300 spectateurs. C’était génial.
« Saint-Malo, la meilleure équipe affrontée »

Je ne vais pas te demander qui va descendre en N3, même si pour Granville, cela sera compliqué, alors que Le Poiré est condamné, mais plutôt… qui va monter en National ?
Saint-Brieuc est dans la meilleure dynamique, plus que Bourges encore, même Avranches n’est pas largué et bordeaux peut revenir. Mais si je dois me baser sur les matchs que l’on a joués face aux équipes du haut de tableau, les plus forts qu’on a vu, c’est Saint-Malo, mais c’était dans leur bonne période. J’ai trouvé Bourges moins armé techniquement que Saint-Brieuc et Saint-Malo, notamment pour ressortir le ballon. Sur la durée, ça peut les limiter même s’ils font une super deuxième partie de saison.
C’est comment, sinon, la vie à Saumur ?
Saumur, c’est un petit Angers, au bord de la Loire, avec beaucoup d’activités festives dans la ville. C’est tranquille !
National 2, samedi 5 avril 2025 (journée 24) : Blois Foot 41 – Olympique Saumur FC, à 18h, au stade des Allées.
- Texte : Anthony BOYER / Compte X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
- Photos : Philippe LE BRECH
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