Présent depuis la création de son club en 1989, Fulvio Luzi évoque la situation sportive compliquée de son équipe, dernière du championnat. Lucide, il reconnaît des erreurs, évoque les dettes, les querelles et le retour de son frère Bruno. Surtout, il demeure résolument positif, optimiste et combatif.
Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports.
Entretien réalisé mardi 13 janvier 2026.
Mais qu’est-ce qui fait encore courir Fulvio Luzi au FC Chambly Oise ? Qu’est-ce qui motive encore celui qui a cofondé le club en 1989 avec son papa Walter et son frère Bruno, juste pour se retrouver le soir entre copains ?
Cette question, nous l’avons posée d’emblée à celui qui a pris la succession de Walter en 2001 à la tête du club, après 12 ans à entraîner et manager l’équipe fanion (et à jouer aussi au début !).
Positif, combatif, émotif
Lorsque nous l’avons sollicité pour cet entretien, Fulvio (62 ans) fut d’emblée d’accord. C’était peut-être le moment de faire un point sur son équipe fanion, en très grande difficulté dans son championnat de National 2 (le FCCO est dernier, avec 6 points). Un point aussi sur son club, sans doute à un tournant de son histoire.
Gérant d’une société de vente d’équipements de sports et de vêtements publicitaires, Fulvio Luzi, qui est aussi conseiller régional des Hauts de France et adjoint au maire d’une petite commune, Verneuil-en-Halatte, avait peut-être des choses à dire, même s’il a parfois manié le fameux « off ». Bavard, jovial, drôle, le président est, malgré la situation sportive, apparu très positif et combatif, jamais nostalgique et parfois très ému, au point de pleurer, submergé par l’émotion quand il a évoqué son épouse Caroline, disparue en 2024. N’oublions pas que le FC Chambly Thelle, devenu le FC Chambly Oise en 2016, fut avant tout un projet familial, et que cette famille, justement, y a laissé des plumes, que cela soit sur le plan de la santé, de l’entente entre membres et de l’argent.
Douze montées !
Avec cet article, l’idée n’est pas de refaire l’histoire du club, tout le monde la connaît : une équipe qui part de Division 6 de district et qui, 30 ans plus tard, en 2019, après 12 accessions, débarque en Ligue 2, un an après une demi-finale de coupe de France ! Franchement, quand on y repense… « En 1989, un copain d’enfance du collège me dit qu’il a peut-être la possibilité de faire un club municipal à Chambly, où il y avait un club de cheminots, et tout est parti de là, rembobine Fulvio. J’habitais à Neuilly-sur-Seine à époque. Chambly, c’est un hasard total, même si on était allé au collège à Chambly, où le premier adjoint au maire était de la famille de l’épouse de mon père. L’objectif, au départ, c’était de jouer entre potes, mais avec des ambitions quand même, parce que beaucoup d’entre nous avaient joué en DH. Donc au départ c’était plus facile, après, quand on est arrivé en Première division de district, on commençait à vieillir, il a fallu trouver d’autres joueurs, et ainsi de suite. Au total, on a fait 12 montées ».
Une situation sportive critique

Avec cet article, l’idée était de comprendre comment le FCCO, dont l’actualité a été très agitée cet hiver (5 arrivées et 4 départs au mercato, retrait de points par la DNCG, retour de l’entraîneur emblématique Bruno Luzi presque 4 ans après son départ au poste de manager sportif, rumeurs de vente du club, démission du directeur général, querelles internes), en est arrivé là.
Depuis la double-descente en 2021-2022 (de Ligue 2 en N2), la situation est devenue très compliquée. Et même critique : dernier de sa poule en N2 malgré un budget de 1,8 million d’euros et malgré un public toujours fidèle (1200 spectateurs de moyenne cette saison, meilleure affluence de la poule), l’équipe est aux portes du N3, un niveau qu’elle n’a plus connu depuis la saison 2011/2012 !
Depuis leur victoire lors de la première journée de championnat face à l’US Thionville Lusitanos (1-0), les joueurs de Stéphane Masala n’ont plus gagné. C’était le 16 août. C’était il y a 5 mois. C’était il y a des lustres. Pour mettre fin à cette spirale de 6 défaites et de 6 matchs nuls, dont un dernier encourageant avant Noël à Dieppe, chez le 2e du championnat (1-1), Chambly a chamboulé son effectif, notamment sur le front de l’attaque. Sera-ce suffisant ? Toujours est-il qu’il y a urgence, tout le monde en est conscient.
Interview / « J’ai commis des erreurs »

Qu’est-ce qui fait encore courir Fulvio Luzi après 36 ans et demi de club ?
C’est la famille. C’est tout. Et l’amour du club.
Oui, mais la famille, la tienne en l’occurrence, y a laissé des plumes dans le club… Il y a eu le décès de ton épouse, de ton papa, de ton beau-père…
Oui, la famille a laissé des plumes, que ce soit en termes de santé, d’entente, de relations entre les uns et les autres, et puis, bien sûr, financièrement.
Quand tu parles de relations familiales, cela veut dire qu’il y a eu des dissensions entre membres de la famille Luzi ?
Oui, parce que, quand on gagne, tout est beau, et quand on perd, alors là, ce n’est plus la même chose, mais comme partout, même si c’est sans doute moindre quand cela ne touche pas la famille. Mais bon, on avait une fête de famille dimanche dernier, pour les 80 ans de ma maman, et on était tous là.
Aujourd’hui, comment va la grande famille Luzi, celle que l’on connaît, avec ses ramifications ?
Tout va bien. On est moins nombreux. Même s’il y a des nouveaux qui arrivent, mais ce sont des tout-petits. Et ce sont surtout des filles (rires).
Ce sera peut-être l’occasion de monter plus tard une section féminine professionnelle…
Je ne sais pas ! Pour l’instant, on a toutes les catégories féminines représentées, sauf les seniors. On avait une équipe, mais toutes les filles sont parties. Et puis c’est compliqué parce que la religion s’en est mêlée.
« On traîne encore des dettes »

Comment va le club du FC Chambly Oise aujourd’hui ?
Mal et bien. Il se relève de deux descentes consécutives. Bien souvent, les clubs qui subissent sont liquidés. Cela n’a pas été notre cas même si on traîne encore quelques dettes, qui sont chaque année moins grosses, et on travaille beaucoup pour revenir à l’équilibre, ce qui devrait être le cas dans deux ans.
Sont-ce ces dettes qui font que, chaque saison, le club est épinglé par la DNCG (-3 points cette saison, -3 points et -5 points les saisons précédentes en N2) ?
Il y a eu des erreurs commises chez nous, notamment une erreur de retard dans la présentation des comptes. La première fois, quand on a pris 5 points, notre ex-directeur général, Thierry Bertrand, avait fait un AVC le 1er novembre, c’était le seul à avoir signature sur les comptes, donc avec le vice-président, on s’est présenté devant la DNCG les mains dans les poches. Ils ont été compréhensifs au départ, et un mois après, on leur a présenté quelque chose mais c’était insuffisant. Et on a pris 5 points. Ces 5 points-là, disons que c’était accidentel. Les deux dernières fois, avec moins 3 points à chaque fois, on a présenté des documents en retard et pas assez travaillés. Sur l’estimé de fin de saison, il y avait deux erreurs, dont une grossière. Il y avait un nouveau DG (René-Louis Geay), qui vient de démissionner… Ce n’est pas facile. Mais je ne tire pas sur la DNCG.
Du coup, l’on ne peut pas parler d’acharnement, puisque tu as l’air de dire que c’est logique…
Non, pas d’acharnement, mais ce n’est pas non plus logique quand on regarde ce qui se passe dans certains clubs, où… Mais je ne veux pas en parler. Par contre, c’est logique que l’on soit sanctionné. La DNCG fait son boulot. Je ne serai jamais comptable. Voilà. On a deux experts comptables au club, mais il y a eu le changement de DG… Je ne veux pas parler de ça.
« On a de l’espoir »

La situation comptable de l’équipe, avec ces 3 points en moins cette saison, est encore plus critique du coup…
Sportivement, oui. On est en train de modifier l’équipe. On a un effectif plus petit que d’habitude, avec beaucoup de contrats fédéraux (15 en début de saison). On a aussi eu notre nouvel avant-centre, Anthony Petrilli, qui a joué le premier match contre Thionville Lusitanos, mais qui s’est blessé et on l’a perdu depuis. Et ensuite, on marquait très peu de buts, on a commencé à en encaisser… En fait, même si elle a beaucoup changé l’été dernier, notre équipe était façonnée pour jouer la montée après les bonnes saisons précédentes et elle s’est retrouvée à jouer le maintien. Tu te rends compte que le mois dernier, à Dieppe, le but de Zanga Koné, notre nouvelle recrue prêtée par Boulogne, eh bien c’était le premier de la saison à l’extérieur ! Contre Beauvais chez nous, on perd alors qu’on tape deux fois le poteau et la barre. Malheureusement on encaisse trois buts sur quatre tirs cadrés, c’est trop. Aujourd’hui, ça va mieux. À Dieppe, je n’y étais pas, mais on m’a dit beaucoup de bien de notre match, chez le 2e du championnat tout de même. On a de l’espoir. On va se battre avec nos armes pour remonter au classement. On n’a pas le choix.
En début de saison, l’équipe était programmée pour jouer le haut de tableau et elle se retrouve tout en bas : est-elle en capacité mentalement d’assumer ça ?
Je l’espère. En tout cas, les récents changements opérés à la trêve ont été effectués dans ce sens-là. Ceux qui nous ont rejoints sont habitués à jouer des maintiens. C’est notre quatrième saison en National 2 : les trois années précédentes, on a fait deux fois 3e et une fois 4e. L’an passé, on a fait une deuxième partie de saison d’enfer, alors on pensait jouer le haut de tableau cette saison, même si on a eu beaucoup de départs, parce que c’est toujours pareil, les bons joueurs de N2 partent en National.
« Je tombe de très haut »
Tu tombes de haut cette saison ?
Franchement, je tombe de très haut. Je pensais qu’on jouerait la montée, encore plus après notre premier match contre Thionville Lusitanos, une équipe très costaude, elle l’a confirmé chez nous, mais elle a fini à 9 à la fin. Je ne pensais pas qu’ensuite, cela aurait été aussi dur que cela. Mais si on prend les statistiques de tous nos matchs, on a à chaque fois plus de tirs cadrés que nos adversaires, sauf à Bourges (défaite 2-0) et à Wasquehal (0-0). Cela veut bien dire qu’il manque de la réussite.
Cela ne peut pas être qu’un manque de réussite…
Il manque aussi un mental. Or la force du FC Chambly, c’était le mental, et là, sur ce plan-là, on est surpris.
« Je n’ai pas de regrets »

Tu n’en as pas marre de jouer en National 2 ?
Bien sûr, mais je pose la question : est-ce que la place de Chambly, une ville de 10 000 habitants, n’est pas en National 2 ? Alors on a des grosses installations, c’est vrai (le nouveau stade Walter-Luzi, inauguré en 2023, a une capacité de 4500 places assises), mais on est dans une ville et une région dortoirs. Avec des gens qui travaillent sur Paris. On n’a pas de grosses industries non plus. Malgré ça, on a pas mal de sponsors : on arrive à dégager un chiffre de sponsors/mécènes entre 700 000 et 1 million d’euros, sur un budget d’1,7 ou 1,8 million, c’est énorme, mais on fait un travail de fourmis.
Mais je ne suis pas lassé du N2. Si on met 5 ans pour remonter, ça sera formidable, parce que Chambly en National, il faut le voir, c’est formidable ! Il y a très peu de villes de cette taille-là à ce niveau-là (il réfléchit). Il n’y en a pas d’ailleurs, même en National 2. On est quand même resté 8 ans entre le National et la Ligue 2. En Ligue 2, la deuxième saison, on est descendu à la 89e minute du dernier match, on a pris le Covid anglais qui était beaucoup plus « méchant », on ne jouait pas chez nous (l’équipe jouait à Beauvais), bref, il y a beaucoup de choses qui font nous demander « et s’il n’y avait pas eu tout ça ? ». Mais je n’ai pas de regrets. Ce que j’ai vécu dans le football, c’est extraordinaire. Je suis plutôt dans le positif que dans le négatif. Je suis conscient que je ne tire plus la charrue comme avant. J’ai pris des coups de la vie. J’ai pris de l’âge aussi. Il faudrait quelqu’un qui prenne le relais, une locomotive qui tire tout le monde derrière lui, et comme ça je pourrais continuer à amener les sponsors.
Justement, en novembre 2024, tu disais dans les colonnes du Courrier Picard que tu voulais passer la main et tu évoquais ton départ…
J’évoquais mon départ mais sans partir. Je compte rester dans la région et j’irai toujours voir le FC Chambly jouer. Je donnerai un coup de main si on a besoin de moi. J’ai créé le club. On était en D6 de district. Je serai toujours là, même vis à vis de ma famille, parce que j’ai des gens de ma famille qui sont au club, qui aiment le club. Simplement, à un moment donné, il faut se rendre compte que l’on est moins performant. Et moi, je suis beaucoup moins performant. Regarde Avranches avec Gilbert (Guérin, décédé en octobre 2023), regarde Concarneau avec Jacques (Piriou), même Quevilly Rouen avec Michel (Mallet) ou Gérard Roquet à Béziers, ces gens-là, quand ils sont fatigués, quand ils s’essoufflent, ce n’est plus le même club après. Et il y a eu Jean-Pierre aussi (Scouarnec), à Dunkerque, même si lui, il a bénéficié de beaucoup plus de de subventions municipales et de l’agglo, du fait de la taille beaucoup plus importante de son territoire. Il ne faut pas se leurrer. Edwin Pindi (l’ex-secrétaire général de Dunkerque) m’avait dit, à l’époque où on jouait contre eux en Ligue 2 (en 2020-21), qu’ils avait 340 000 euros de sponsors. Nous, on avait 1,7 million ! Le boulot n’était pas le même. Les visions de clubs étaient différentes.
« J’ai trois offres de rachat en ce moment »

Quid de la vente du club ? On suppose, compte tenu du budget du club, de ses installations, de son histoire, que le FC Chambly vaut entre 1 et 2 millions…
Tu supposes bien, mais l’objectif, ce n’est pas de vendre cher. L’objectif, c’est de vendre avec une pérennité. J’ai trois offres en ce moment. On a refusé une offre à 2 millions l’an passé, parce qu’on a pensé que, sur le plan de la pérennité justement, ce n’était pas ça. On voit bien aujourd’hui comment ça se passe : des clubs sont rachetés, puis 2 ans après ils sont à vendre. Le gens viennent s’amuser dans le football, ils ont de l’argent, mais ils ne connaissent pas le milieu et toutes ses galères. Pour être transparent avec toi, j’ai rendez-vous avec une personne cet après midi (entretien réalisé mardi 13 janvier). Depuis la montée en Ligue 2, on a eu à peu près d’une trentaine d’offres. Après, on est à 30 minutes de l’aéroport de Roissy, à 35 du Bourget, on est attractif. Dans les offres que l’on a, il y a aussi des gens qui veulent investir au club, mais sans le racheter.

Aujourd’hui, le club est très connu et a bâti sa réputation…
Tous les gens du foot en France connaissent Chambly aujourd’hui. Notre image est bonne. Il n’y a jamais eu de problèmes graves au club. Les gens de l’extérieur ont toujours été bien reçus. On est dans les plus petites villes de N2 et c’est nous qui, dans la poule, avons le plus de supporters au match, 1 200 en moyenne. On était 1 600 l’an passé mais on jouait le vendredi soir. Là, le samedi, c’est plus difficile. On ne joue pas assez le vendredi. Et on est derniers du championnat, mais l’un attachement au club est là, les gens se reconnaissent en lui. Et on a 120 partenaires, qui amènent leur pierre à l’édifice, ce qui fait que l’on touche des gens d’un peu partout. Parce que le club, ce n’est pas que les Luzi. C’est beaucoup de personnes qui travaillent, qui donnent un coup de de mains.
Le FC Chambly est souvent cité en exemple aussi : beaucoup de clubs amateurs aimeraient lui ressembler, créer une belle histoire comme la sienne…
C’est ce qu’on a voulu aussi. Tout ça, ça reste dans la tête. Ce sont des souvenirs extraordinaires. Quand on était en Ligue 2, on a gagné à Lorient, à Troyes, au Paris FC… Aujourd’hui, on est en difficulté, mais il ne faut pas lâcher le navire quand il coule.
« Avec Bruno (Luzi), on a été un peu brouillés »

Parlons de ton frère Bruno, qui a fait son retour fin novembre dans le rôle de manager : on vous croyait un peu brouillé…
On s’est quand même toujours un peu parlé. Lors de notre dernière saison de National, en 2021/22, on joue à Châteauroux, on mène 1 à 0 à la fin et finalement on perd 2-1. On est 9e. Et Bruno me dit « Il faut que tu changes d’entraîneur, on va descendre ». On est début octobre.
Puis, à six matchs de la fin, on perd chez nous contre Châteauroux 2 à 0 et j’entends dire « Il faut que l’on change de coachs, pour créer un électrochoc ». J’appelle Bruno le lendemain et je lui dis « Voilà… » Il me dit « Oui, oui, il faut tenter quelque chose ». On a tenté, il restait six matchs, on est descendu. C’est vrai qu’après, on a été un peu brouillé. Là, son retour, il nous fait du bien.
Même si Bruno a déclaré qu’il n’était pas venu pour prendre la place de qui que ce soit, c’est humain de penser qu’il puisse, si les résultats ne s’améliorent pas, remplacer le coach Stéphane Masala ?
Je peux comprendre que les gens pensent ça, mais ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, ce n’est pas l’idée. C’est Stéphane Masala qui nous a demandé l’an passé de faire rentrer Bruno. Je suis un démocrate. J’ai un bureau, il y a neuf personnes. Il y avait des gens pour, des gens contre. Et il y avait aussi un problème financier. Cela a traîné. Mais à un moment donné, il fallait prendre une décision, parce qu’on allait dans le mur. Et puis l’arrivée de Bruno, cela permettait à Stéphane d’être déchargé d’une pression incroyable qu’il avait sur les épaules.
Mais si ça se passe mal dans les prochains matchs, la question va forcément se reposer…
Pour moi, on finit la saison comme ça. Mais je ne suis pas tout seul à décider.
Si le club descend en N3, ce serait une catastrophe pour le club ?
Non, le club existera toujours. Mais ce serait un gros coup d’arrêt. Le football a changé : quand on est monté de CFA (N2) en National en 2014, à l’époque, tous nos joueurs travaillaient. Il n’y avait que les réserves de Lens, Lille, et aussi Beauvais, qui descendait de National, où les joueurs ne bossaient pas, et peut-être aussi Quevilly. Tous les autres travaillaient. Maintenant, en National 2 (ex-CFA), plus personne ne travaille à côté, les joueurs ne font plus que du foot. Les mentalités ont changé aussi. Donc c’est plus dur de monter.
Aujourd’hui, il faut redresser le club, déjà financièrement. Et sportivement. Nos jeunes sont en R1, sauf nos U18 qui sont en R2 mais qui sont premiers, la réserve de Régional 1, qui est composée de joueurs de 21 ans, espère se sauver comme tous les ans (elle est avant-dernière), notre équipe C en R3 est composée de joueurs de 19 ans de moyenne d’âge, elle est en milieu de tableau, et tous les ans il y a des joueurs de la C qui vont en B, et des joueurs de la B qui vont en équipe Une.
« On tire la langue, mais on va y arriver »

Parlons des finances : tu parles de dettes, mais il y a eu un déficit aussi…
L’année dernière, on a eu un déficit de 120 000 euros, mais ce sont surtout nos dettes qui nous plombent. En fin de saison, on aura encore 200 000 euros à rembourser. On a 607 000 euros de capital. La plus grosse dette, 170 000 euros, c’est une dette de la mutuelle Klesia, qui date de l’époque Ligue 2, quand il y a eu la Covid. L’État avait demandé à l’organisme de retraite d’attendre avant de ponctionner, et de faire un moratoire pour aider les clubs. Depuis, on a refait un autre moratoire, et on paie 6 000 euros par mois, ça va, pour un club comme le nôtre. On va l’épurer.
Après, il faut savoir aussi qu’on a de gros écarts de trésorerie en N2 selon les clubs, parce que, par exemple, chez nous, on ne touche aucune subvention les six premiers mois de l’année, or les subventions représentent quand même 40 % environ du budget. On tire la langue, mais on va y a arriver. C’est pour ça qu’on a pris moins de joueurs cette saison. Avant on avait un groupe de 23 et là, on a des jeunes pour compléter les contrats fédéraux.
Ce qu’on peut dire, c’est qu’aujourd’hui, le club va mal sportivement, il éponge ses dettes, mais d’ici 2 à 3 ans, cela peut devenir un autre club. Peut-être même la saison prochaine. Et là, ce ne sera plus la même chanson. Chez les Luzi, on s’est toujours dit « Si on ne monte pas, on ne monte pas ! ». On est resté 4 ans en première division de district, trois ans en 3e division de district ! En promotion de première division de district, la D2 district d’aujourd’hui, on est resté 3 ans, pareil en R3 et en R2… On est resté 5 ans en National, alors…
« Je n’avais plus la tête au foot »
Tu as commis des erreurs ?
Oui, les dernières années, j’ai commis des erreurs en relâchant un peu ma mainmise sur le club. J’y ai été obligé en raison des événements que j’ai subis dans ma vie personnelle. Je ne venais plus au club, parfois pendant un ou deux mois. L’année où on descend de National, je ne suis pas présent. Je dois aller quasiment tous les jours à Villejuif, où est soignée mon épouse, c’est à 78 km de chez moi, ce n’est pas loin, mais c’est en moyenne 2h30 de route pour y aller, et autant pour revenir. Je n’avais plus la tête au foot. En N2, la première saison, mon épouse retrouve de la vigueur, je reviens un peu plus souvent aux matchs. Par contre, j’ai ouvert la direction du club… Voilà. J’ai fait des erreurs. Mais je les referais s’il le fallait.
Le National ou la future Ligue 3, tu as tiré un trait ?
J’ai toujours l’ambition d’y retourner, mais les trois premières années de N2, on est tombé sur le FC Rouen, sur Boulogne et sur Fleury la saison passée qui a fait un championnat d’enfer. Là, cette année, il faut se sauver, et comme dit Bruno (Luzi, son frère), souvent, quand on a été en difficulté, on est monté la saison d’après ! On verra si l’histoire se répète.
Fulvio Luzi du tac au tac

Ton meilleur souvenir ?
Concarneau-Chambly, 0-3, le 19 avril 2019, on monte en Ligue 2. Ma mère est Bretonne, elle habite dans l’Oise, mais elle est au match, il y a mon épouse, mes deux enfants, Stefano et Aurélia, mon oncle, mes cousins, mes cousines. C’est un moment de famille extraordinaire.
Le pire souvenir ?
Chambly-Strasbourg en 1/4 de finale de coupe de France (en 2018). On gagne mais on apprend juste après le match que mon père, Walter, est mort.
Plus grande déception ?
De ne pas avoir eu le nouveau stade en Ligue 2.
C’est vrai que ce stade, en National 2… Il est magnifique, bien conçu…
C’est un stade à l’Anglaise, très bien pensé. Franchement, la mairie a fait quelque chose d’extraordinaire.

Un modèle de président ?
J’en ai plusieurs. Il y a Jacques Cantrelle, président en district du club de Bornel, situé dans un village à côté de Chambly, et Gérard Level, le président de Verneuil-en-Halatte, près de Creil, où j’habitais. C’était des présidents humains, comme mon père Walter l’était. Quand on voyait mon père, on avait envie de discuter avec lui, de boire un coup avec lui. Ces gens-là avaient la faculté de bien t’accueillir dans leur club et ça m’a marqué.
J’ai été très marqué aussi par un truc : la première année quand on monte en Régional, je vais à l’assemblée des clubs, dans un amphithéâtre. Devant moi, il y a des présidents de clubs qui lancent « Tiens, il y a l’autre con de Roye » ! Tu te souviens du club de Roye, qui est monté jusqu’en National ? Son président s’appelait Philippe Lespine. Je ne le connaissais pas. Mais le mec, il emmène village de 7 000 habitants en National. Et les autres lui « dégueulent » dessus… La première fois que je joue à Roye, ça se passe bien, on gagne 2 à 0. Puis on doit y retourner en coupe de France, mais on oublie nos licences ! Ma soeur roule comme une dingue pour nous les ramener juste avant le début du match. Philippe Lespine me dit « de toute façon, on va jouer, il est hors de question que vous soyez forfait ». J’ai trouvé ça extrêmement sportif. C’est quelqu’un qui m’a appris que l’on pouvait être détesté par sa réussite. C’était mon cas ensuite. Je ne suis pas quelqu’un de vantard mais il ne faut pas me chatouiller. Je suis assez souple, sympa avec tout le monde.
Voilà, ce sont les trois présidents qui m’ont le plus appris, même si je garde un souvenir particulier de Gilbert Guérin, le président d’Avranches, qui était un personnage hors norme : ce qu’il a fait dans son club, dans une ville plus petite que celle de Chambly, c’est fabuleux. J’ai beaucoup de respect pour lui. J’oublie aussi Pascal Cocuelle, l’ancien président de l’US Chantilly : on s’est rencontré en DH. On s’est fait des coups tordus tous les deux. On ne s’aimait pas trop mais on était courtois. J’ai habité Chantilly, j’ai joué 4 ans au club, on avait des bons rapports, mais on ne se faisait pas de cadeaux. On s’est joué en coupe, on va chez eux, au 8e tour, en 2013/2014, et il avait des soucis pour organiser le match et il était discuté en interne. Je lui ait dit « On va t’aider » : on a fait une belle fête, on lui a laissé la recette et on est devenu amis ! Il est décédé depuis, mais c’est lui qui devait devenir le président de l’association du FC Chambly en 2019, à la création de la SAS FC Chambly. Il me complétait bien, il était courtois, il savait recevoir les gens, en plus, moi, j’allais sur le banc pendant les matchs.

Aujourd’hui, suivre les matchs sur le banc, c’est terminé ?
J’ai arrêté d’aller sur le banc de touche quand on est descendu de Ligue 2 en National. Je suis en tribune maintenant. Je ne bouge plus. Je ne vois quasiment pas les joueurs avant ou après le match la plupart du temps. J’ai changé. Je joue mon rôle avec les partenaires et les politiques.
Le 16e de finale Chantilly – Rennes, tu l’as suivi, tu l’as regardé, tu y es allé ?
Non, j’avais la fête de famille. De toute façon, je ne regarde pratiquement pas de match, même à la télé. Le dernier match que j’ai regardé, c’est PSG / Inter Milan en finale de Ligue des Champions. Je ne suis pas un fan de foot. Je suis un fan de la compétition. Je suis un fan de tennis et de ski descente. J’ai été supporter du PSG de l’âge de 11 ans, à l’époque de Mustapha Dahleb, François M’Pelé, « Loulou » Floch, il y avait 10 000 spectateurs au Parc à tout casser ! Quand j’étais étudiant, j’allais avec le kop de Boulogne et après j’y allais moins, puis plus du tout.

Il paraît que tu as été journaliste…
Oui, j’ai fait l’Institut Français de presse (Paris-Panthéon-Assas), j’ai travaillé au Parisien, comme pigiste, pendant 9 ans, j’ai été titularisé aussi ! J’ai eu un accident de voiture en revenant d’un reportage, il a fallu que je trouve du travail. Un copain a monté une boîte dans le commerce, il vendait des télécopieurs, il m’a dit « viens travailler avec moi ». Je gagnais mieux ma vie qu’au Parisien et je suis redevenu pigiste dans le même temps. Sans regrets, parce que financièrement, pigiste, c’était dur. C’est au Parisien que j’ai connu Jean-Michel Rouet aussi (dirigeant du club), il y a travaillé quelques mois avant de partir faire sa carrière de reporter à LEquipe !
Un sportif ?
Je suis un fan du tennisman Jimmy Connors et de son tempérament de gagneur, de compétiteur ! Je me souviens de sa finale perdue contre Borg à Wimbledon en 77, il perdait 4/0 au 5e set et il était revenu à 4/4 !
Un président avec qui tu ne partirais pas en vacances ?
Celui de l’OM.
Le joueur emblématique du FC Chambly ?
Thibault Jaques.
Le match de légende du FC Chambly ?
Chambly – Monaco en coupe de France (4-5, en 2017).
Tes qualités et tes défauts ?
Je ne lâche rien. Et en défaut ? Je suis un connard (sic).
Tu es un président plutôt…
J’ai été un président fonceur mais je ne suis plus le même président qu’avant.
Un stade ?
Le Parc des Princes.
Des amis dans le football ?
Au moins une cinquantaine. Toutes les trois semaines, chez moi, on fait une pasta-party, et on est nombreux (rires) ! Parmi eux, il y a même encore des gens qui sont là depuis le début de l’histoire, et qui sont toujours au club !
Ta décision de président la plus difficile à prendre ?
Mettre Bruno (Luzi) sur le côté.
Ta négociation la plus difficile ?
Avoir le stade de Beauvais pour jouer nos matchs en Ligue 2.

Une anecdote ?
En coupe de France, on est en 3e division de district, on va jouer à Château-Thierry, une très grosse équipe, qui joue en CFA, ils viennent de battre la réserve du PSG 5 à 1. Je suis entraîneur-joueur et dans le vestiaire, je dis à mes joueurs, « Attention, on n’en prend pas plus que 5 », et là, les mecs me regardent comme si j’étais abruti, ils me disent « T’es malade, on va gagner ». Voilà. C’est une fierté. Parce que mes joueurs y croyaient vraiment. Leur devise, c’était de se dire « Ensemble, on est plus forts qu’eux ». C’est vrai qu’à l’époque, chez nous, les entraînements étaient plus durs que les matchs. « Flo » Routier (ex-adjoint de Bruno Luzi), qui est à l’OGC Nice aujourd’hui, pourrait t’en parler ! Finalement, on perd 3 à 0 mais à 1-0, on a eu la balle de 1-1. C’était en 1994.
Une devise ?
Je ne salis pas, je ne renie pas ce que j’ai aimé. Par exemple, un joueur qui n’est plus aussi bon qu’avant, on va le remplacer, mais mes rapports avec lui ne vont pas changer. J’ai eu la chance dans mon couple de tomber sur une fille avec laquelle ça collait. J’ai eu cette chance d’avoir crée un club de foot. J’ai eu de la chance dans ma vie.

Une anecdote ?
Lors de la première année en National (2014/2015), on est 3e à la trêve, mais physiquement, on a du mal à finir le championnat. En fin de championnat, on va au Red Star, qui en cas de succès contre nous monte en Ligue 2. Je suis stressé comme pas possible. Et on sait qu’on reçoit Istres pour le dernier match, qui a des soucis et qui vient avec sa réserve. Donc au Red Star, on se dit qu’on va perdre, et prévient nos joueurs : « Surtout ne prenez pas de cartons, pas de risques, faites attention, il faut gagner la semaine prochaine contre Istres », et on prend 8-0 devant les caméras de MaChaîneSport… Notre défaite la plus lourde. En fait, on a dit à nos joueurs « de ne pas y aller », « de ne pas envoyer », comme un contre-ordre, alors qu’on leur disait auparavant « les gars, premier ballon, tampon… Deuxième ballon, Tampon. Troisième ballon, tampon ». Et là, au Red Star, tu leur dis « surtout ne prenez pas de risques »… Et on a quand même eu un expulsé !
Le club du FC Chambly, en trois adjectifs ?
Ambitieux, familial et identitaire.
Le milieu du foot en trois mots ?
Travail, argent et installations.
Un chiffre ?
Le 14. Quand j’entraînais, on pouvait mettre le numéro que l’on souhaitait, et je prenais le 14, comme ça les mecs ne se sentaient pas remplaçants, d’ailleurs je faisais pareil avec les maillots 12 et 13, que je donnais à des titulaires ! Sinon, j’ai longtemps joué avec le numéro 4 aussi.
Une date ?
(Il réfléchit longuement). 30-09-1981. (sa voix tremble).
A quoi correspond-elle ?
Le 30 septembre 1981, c’est la première fois que je sors avec ma femme (sa voix tremble, il pleure).
Un plat ?
J’en ai deux. Les spaghettis ! N’importe comment, peu importe, mais spaghettis ! Il ne faut pas me servir des macaronis ou des trucs comme ça (rires) ! Et le Gulasch, le plat de ma femme, qui était autrichienne, ça ressemble à du pot-au-feu, c’est très-très bon.
Un loisir ?
Je n’ai pas de loisir, sinon le ski, même si je n’en ai fait plus. J’y étais avec mes enfants Stefano, avec un « f » Stefano (33 ans), et Aurélia (29 ans). C’est une joie pour moi.
Ta ville en Italie ?
Rome ! J’aime Frosinone et Alatri aussi, près de Rome. C’est là-bas, dans les montagnes, au sud de Rome, que j’ai appris à parler la langue, à l’âge de 31 ans. Mon père était originaire de la République de San Marin.
- Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
- Photos : Eric CREMOIS / EC Photosports
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