N2 / Adrien Rossini (FC Borgo) : « Mon équipe a une âme et du coeur »

Sur le banc du FC Borgo depuis juillet 2024, l’entraîneur concilie le football avec son métier de professeur d’éducation physique au collège à Bastia. Malgré les difficultés, ça fonctionne bien : l’équipe, qui s’appuie sur des notions bien établies – collectif, exigence, performance, intensité, proximité, progression, professionnalisme – est passée de N3 en N2 et joue encore le haut de tableau cette saison.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe LE BRECH

Entretien réalisé le 6 février 2026, avant la rencontre FC Borgo – FC Chambly (1-2)

Adrien Rossini est né à Paris mais ne le criez pas sur tous les toits ! L’entraîneur nommé à la tête du FC Borgo en juin 2024 y a fait référence une fois, quand on lui a demandé son parcours, puis une deuxième fois quand on est revenu sur le sujet, mais à la troisième, il s’est légèrement froissé : « Il faut minimiser mon lien avec Paris, ça me ferait mal au coeur que vous ne reteniez que ça, s’est-il empressé de couper; mon lien avec Paris a été imposé. C’était aussi la volonté de mes parents de faire mes études là-haut. Pour être franc, cela a été un mal-être même si j’y ai rencontré des personnes exceptionnelles qui sont restés des amis. Et de devoir reprendre le bateau ou l’avion après chaque vacances pour rentrer là où on devait travailler, cela a été une souffrance. »

« On a le sang bleu ici ! »

Photo Philippe Le Brech

Si l’ex-coach de l’Étoile Filante Bastiaise chez les jeunes et en seniors, passé aussi sur le banc du FJ Étoile Biguglia en R1, est né dans la capitale, un 14 mai et non pas un 11 mai (de l’année 1979) comme indiqué sur Internet – « Il y a une erreur sur les sites de football, cela n’a jamais été rectifié, j’ai laissé courir, mais ça me vieillit de 3 jours ! » -, c’est uniquement parce que ses parents ont dû y aller par obligation, pour le travail. Mais les racines, elles, sont en Corse. « On rentrait fréquemment. À toutes les vacances. En fait, on était saisonniers en corse (rires !). On n’avait pas d’autre point de chute de toute façon. Parce que toute ma famille est là. Ma mère est de Vezzani, un petit village dans le Cortenais, où je montais souvent. C’est là que j’ai mes souvenirs d’enfance, de vacances, je me suis toujours défini comme Vezzanais. Ce ne sont que les obligations familiales qui m’ont emmené à Paris. Mes racines sont en Corse. Mon père, lui, est d’Isolaccio, dans le « Fiumobu », mais j’y montais moins, et mes grands-parents étaient sur Bastia. Je suis rentré définitivement en Corse pour finir les études après ma licence STAPS, pour la formation des enseignants à l’IUFM, parce que c’était ma vocation. Je suis devenu enseignant, d’abord à Ghisonaccia, pendant une dizaine d’années, puis à Cervione pendant 5 ans et maintenant je suis à Bastia, au collège Giraud. J’avais vraiment à coeur de rentrer sur l’île. C’est pour ça, moi, Paris, vous savez… Je suis allé au Parc des Princes, mais c’était pour supporter le Sporting-club de Bastia en finale de la coupe de la Ligue. Je n’ai aucune empathie pour le PSG, bien au contraire, c’est un club que je n’apprécie pas du tout. J’ai toujours supporté le Sporting. Mon passage à Paris a même renforcé mes liens avec mon île. On a souvent le sang bleu ici ! »

« La Corse, une île de passionnés »

Photo Philippe Le Brech

Défenseur du Sporting, mais aussi du football insulaire dans son ensemble : « Il y a plusieurs clubs qui se battent pour rester au niveau national et j’espère que tous s’en sortiront parce c’est une île de passionnés. Les dirigeants et les acteurs du football corse oeuvrent au quotidien avec des moyens limités et rencontrent des difficultés que n’ont pas les autres clubs, parce que sur l’île c’est difficile. On banalise l’exploit mais quand je vois Balagne, Gallia, Furiani, Corte avant, quand je vois le nombre de clubs et de licenciés, tout ça dans un petit périmètre, on doit être loin devant… »

La semaine dernière, quelques jours après une victoire sur le terrain de l’US Chantilly (1-0), qui a permis à son équipe de grimper à la 2e place de sa poule en National 2, et avant de recevoir le FC Chambly dans le superbe et très fonctionnel complexe du FC Borgo, « une ville en plein expansion, qui fait beaucoup pour le sport » -, Adrien Rossini s’est confié, même s’il a rappelé qu’il n’aimait pas trop parler de lui, du moins qu’il n’en avait pas trop l’habitude. C’est vrai que le professeur d’éducation physique dans la vie civile – c’est son métier – n’est pas du style à se mettre en avant mais il s’est livré facilement, flatté aussi que l’on parle en bien de son équipe, de ses joueurs, de l’impression qu’elle dégage, au point d’en faire un promu redouté, comme peut l’être également le leader Thionville, lui aussi pensionnaire de National 3 la saison passée.

Le National 3, Adrien Rossini (46 ans) n’y avait du reste jamais entraîné avant la saison passée. Tout juste goûté comme joueur avec l’Etoile Filante dans les années 2000. Concilier son métier avec sa casquette de coach en « national » fut quelque chose dont il s’est accommodé mais avec l’accession en National 2 en mai dernier, c’est devenu beaucoup plus compliqué. Les exigences sont beaucoup plus fortes, le curseur est plus haut, le niveau aussi. Bref, pour l’instant, ça tient, mais jusqu’à quand ?

Entretien
« Le maître-mot, c’est le collectif »

Adrien, vous n’êtes pas le plus connu des entraîneurs en N2, une division qui vous découvre aujourd’hui…
Cela fait un moment que j’entraîne, depuis le début des années 2010. J’ai entraîné dans les petites catégories au début, puis dans les moyennes et enfin avec les grands puis les seniors. J’ai joué aussi, au plus haut niveau régional, à l’Etoile Filante, et en CFA2 (N3) et j’ai aussi été entraîneur-joueur.

« C’est un casse-tête parfois »

Adrien ici aux côtés de Gary Coulibaly, son adjoint, Antoine Emmanuelli, co-président du club avec Joseph Orsini. Photo Philippe Le Brech

Travailler à côté du foot, n’est-ce pas compliqué ?
J’ai toujours eu l’habitude de le faire, maintenant, c’est sûr qu’en montant de niveau, ce n’est plus pareil. En Régional 1, avec l’Etoile, c’était réalisable, en National 3 la saison passée avec le FC Borgo, cela devenait difficile parce que le club avait des ambitions et cette volonté de travailler comme à l’époque sur un profil plus professionnel, et là, cette saison, en National 2, c’est très difficile. C’est un casse-tête parfois ! J’arrive à combiner les deux mais c’est une grosse charge de travail parce que c’est presque du non-stop, du lundi au dimanche. Tout est une question d’organisation et de logistique. Ce rythme effréné, j’arrive encore à le tenir, après, si j’avais l’opportunité d’avoir un contrat qui me permette de m’engager pleinement sur mon poste d’entraîneur, je tenterais l’aventure, mais pour l’instant, ce n’est pas possible.

C’est un peu à l’image de la division : quand vous êtes en National 2, vous êtes professionnel dans les attitudes, dans les exigences, mais pas dans les contrats. Le N2 réclame l’implication d’un professionnel mais ça ressemble à la vie d’un amateur sur l’aspect financier, donc ce n’est pas évident. Après, cela dépend aussi des clubs où vous vous trouvez, parce qu’en N2, je croise des clubs où tous les joueurs sont sous contrat, où il y a des staffs à plein temps, des coachs qui peuvent se consacrer à 100 % à leur métier d’entraîneur. Pour ma part, ce n’est pas encore le cas, mais je vais réfléchir à pouvoir le faire parce que c’est ma volonté.

« Je suis né avec un ballon dans les pieds »

Photo Philippe Le Brech

Se mettre en disponibilité pourrait être une solution ?
Oui, c’est l’objectif. C’est la solution en tout cas. Vous savez, enseigner, c’est ma vocation. Mes grands-parents étaient enseignants au village, à Ghisonaccia puis Bastia mes parents aussi, mon oncle aussi, mes cousins sont enseignants d’EPS aussi, je suis né là-dedans. C’est ma vocation de transmettre. Je suis bien auprès de mes élèves mais j’ai quand même cette envie, cette passion pour le foot, qui me poussent à vouloir évoluer différemment. Je suis né avec un ballon dans les pieds. Le foot c’est ma vie. Si j’avais la possibilité de me mettre en dispo afin de pouvoir me consacrer pleinement à mon rôle d’entraîneur, je le ferais sans hésiter.

Votre parcours de joueur ?
J’étais milieu offensif. J’ai joué au plus haut niveau régional, puis en CFA2 (N3) à l’Étoile Filante Bastiaise, où j’ai commencé à préparer mes diplômes d’entraîneur, ce que j’ai continué à faire quand j’ai rejoint un club d’amis, l’Espoir club bastiais (ECB), sur la région bastiaise : on a évolué en DH/PH, et là, j’ai passé mon diplôme (il est titulaire du DES), puis je me suis impliqué dans l’entraînement, à 36 ans, quand j’ai arrêté de jouer. J’ai entraîné les 19 ans R1 de l’Étoile Filante, où je suis revenu, puis j’ai été adjoint en seniors 1 et entraîneur principal à l’Étoile Biguglia en R1. Ce sont des clubs très familiaux, où les liens entre nous étaient forts, où le plaisir était décuplé au contact des gens qui faisaient la vie de ces clubs; à l’ECB par exemple, on a vécu une très belle aventure humaine.

« Avec Gary (Coulibaly), on a les mêmes valeurs »

Après le succès à Chantilly en janvier dernier. Photo Philippe Le Brech

Comment s’est fait votre arrivée au FC Borgo ?
Je pense qu’il y avait une volonté au club de revenir à des bases, il y avait aussi une spirale un peu négative, avec un enchaînement de résultats pas forcément positifs. Donc les dirigeants ont voulu repartir sur quelque chose de plus simple peut-être. Moi, je venais de faire trois bonnes saisons avec mon club à côté. Je ne suis pas dans la tête des dirigeants mais je pense que mon travail à l’Étoile Biguglia et le fait que je sois un peu connu dans le foot amateur à Bastia, ont joué. J’étais une opportunité, un pari pour eux, et je leur en suis reconnaissant, car ils m’ont donné la possibilité d’entraîner au niveau national, N3 tout d’abord, et N2 cette année. Ils ont misé sur la connaissance de la région et de la jeunesse avec des garçons comme Gary Coulibaly et Jean-Charles Giovachini, qui composent le staff. Ils sont connus et respectés dans le foot insulaire (Mathieu Di Marzo pour la partie médicale ainsi que Nicolas Le Guevel et le Dr Albertini complètent le staff). Le club est parti dans cette idée-là et nous, on est allé à fond dans cette aventure !

Photo Philippe Le Brech

Comment se passe l’attelage avec Gary Coulibaly qui, lui, a connu le haut niveau ?
Quand les dirigeants du FC Borgo m’ont contacté, ils m’ont immédiatement mis en relation avec Gary pour voir si ça pouvait matcher. Parce qu’entre un entraîneur et son adjoint, il faut qu’il y ait des connexions. Humainement, on a les même valeurs : il est fidèle, honnête et respectueux. Avec ses compétences et son vécu de haut niveau, l’équation ne pouvait que fonctionner. Il amène ses connaissance en termes d’exigence et de « cadre ». Avant, il entraînait les U18. Comme on est sur une volonté d’être plus professionnel, c’est parfait. C’est un plus. Et on a rajouté Jean-Charles (Giovachini), l’entraîneur des gardiens, qui était avec la réserve. Il connaît très bien le football insulaire et apporte ses compétences.

Je pense que le club avait la volonté de prendre des personnes nouvelles, d’aller de l’avant, de ne plus vivre dans le passé, avec un nouveau mode de fonctionnement : le nôtre est différent de ce qu’il y a eu avant, ça amène du changement. Le club est sur une phase de renouveau, avec peu de moyen. Il a cette volonté de travailler avec les jeunes de la région, de leur donner la possibilité de s’exprimer; ce sont aussi des paris, parce que la plupart n’avait pas connu le N3 ni le N2, hormis quelques uns. C’est peut-être notre insouciance et notre passion qui font que l’on est arrivé à enclencher une spirale positive.

On n’est plus ce club de Ligue 2 ou de National comme l’était avant le CA Bastia ou le FC Bastia-Borgo. On a la plus jeune équipe de N2, on est promu, on est le club qui a le moins de contrats fédéraux dans la poule, maintenant, avec nos résultats, on est peut-être vu différemment même si ce n’est pas comparable avec avant et que l’objectif est de se maintenir en N2.

« On ne réfléchit pas à notre classement »

Avec Gary Coulibaly. Photo Philippe Le Brech

Depuis votre arrivée, les résultats sont très positifs : est-ce que votre place en haut de tableau de N2 vous donne des ailes ? Concrètement, la montée, vous y pensez, même si Thionville est détaché ?
On est conscient que c’est exceptionnel. Quand on a repris l’équipe, le groupe avait été très remanié, il y a avait eu beaucoup de départs, on s’est appuyé sur cinq ou six cadres qui, humainement, collaient à l’image de ce que l’on souhaitait, et on a rajouté des garçons, jeunes, autour, qui pour certains n’avaient pas eu leur chance avant, avaient été mis de côté dans d’autres clubs. Et avec cette jeunesse, on voulait déjà exister dans ce championnat de National 3. Quand on s’est retrouvé en haut, on s’est dit « pourquoi pas ? », et on est allé au bout.

Photo Philippe Le Brech

Cette saison, encore une fois, sans aucune expérience, en gardant au départ trois garçons qui avaient connu le haut niveau, et encore, on en a perdu deux, Jean-Jacques Rocchi, qui a dû se mettre en retrait, et Inza Diarassouba, qui s’est blessé au dos et a dû se faire opérer, et en y ajoutant des jeunes autour, des garçons de la région, certains qui étaient en réserve et d’autres qu’on a recrutés ou qu’on est allé chercher en N3, on a réussi à se mettre au niveau de la division.

Dans les trois garçons dont je vous parlais, il y a aussi Cheick Doumbia, qui est encore avec nous, c’est l’emblématique, le capitaine aujourd’hui. Voilà, on a mis le collectif en premier et ça, les garçons l’ont bien compris : c’est pour l’équipe qu’il faut se battre et non pas pour soi. Ils savent que s’ils donnent tout, le football le leur rendra. Le maître mot, c’est le collectif. On parle de défendre les valeurs, c’est bien beau, mais il faut mettre en adéquation ce que l’on dit et notre fierté, elle est là : les garçons montrent sur le terrain que l’on ne s’est pas trompé. Ils sont entiers, respectueux sur le terrain comme dans la vie.

Photo Philippe Le Brech

Aujourd’hui on a le plaisir de se retrouver dans le haut du classement, maintenant, on ne réfléchit pas à notre classement, Dieppe a un match en retard, on ne pense pas à Thionville non plus, on ne regarde pas ce que font les autres. En fait, on fait comme l’an passé : on attend le samedi et ensuite on fait le maximum, on se dépatouille, on se démène, on donne tout pour que, à la fin du match, on n’ait aucun regret. Et après on regarde les autres résultats. On a ajouté l’exigence. On sait d’où on vient, à l’image du staff, travailleur. On ne se prend pas pour d’autres. On a cette volonté de progresser, que les joueurs grandissent et si certains peuvent aller voir plus haut, c’est une fierté, comme récemment avec le petit Gaël Santini, qui est parti à Concarneau. C’est une satisfaction pour nous. Le groupe est dévoué et se bat pour le copain, le club. Mais on n’est à l’abri de rien, on est en haut de tableau aujourd’hui (entretien réalisé avant la défaite 1-2 face au FC Chambly), on peut être 12e dans un mois. À Thionville (le 17 janvier), on aurait dû gagner (1-1), mais ils ont la chance du champion et ont fait en sorte que cela tourne en leur faveur. Cela ne nous a pas souri. Ils ont une très belle équipe et de belles individualités. Nous, on a la volonté de montrer qu’on est à notre place et que les jeunes à qui on a fait confiance sont au niveau et peuvent voir encore plus haut.

Exigence et concentration

Photo Philippe Le Brech

C’est quoi, la différence, entre le N3 que vous avez fréquenté l’an passé et le N2 que vous découvrez cette saison ?
En N3, les erreurs se payaient rapidement mais on pouvait les rattraper. Un manquement sur un aspect tactique ou une erreur individuelle pouvaient ne pas coûter si cher que ça, parce que les collectifs manquaient parfois de perfection même s’il y avait de bonnes individualités. En N2, on le voit, dès qu’on se loupe, des qu’on a une absence de positionnement, de concentration, dès qu’on manque de rigueur, on est punit tout de suite.

C’est pour ça qu’on doit avoir une concentration constante et une exigence aussi. En N2, il y a plus d’intensité aussi, dans les duels, les impacts, les courses, et cette intensité créée des espaces. Il a fallu aussi se mettre au niveau sur ces plans-là. On a changé notre manière de s’entraîner afin de retrouver pendant les séances la même intensité qu’en match.

« La star, c’est le joueur »

Photo Philippe Le Brech

C’est quoi, votre philosophie de jeu ?
J’apprends au quotidien, j’aime échanger, prendre chez l’autre, même si j’ai ma vision personnelle, que j’essaie de développer au travers de mes expériences et de mes rencontres. Cette philosophie de jeu qui est axée sur l’utilisation du ballon. Pas forcément sur la possession, mais sur la maîtrise et l’utilisation. Au FC Borgo, on a opté pour des garçons intelligents et à l’aise avec le ballon : vous avez vu, on a très peu de joueurs qui font 1m80, on a des gabarits à 70 ou 75kg… Vous avez vu les autres équipes ? Certaines sont très athlétiques et la meilleure manière de combattre ça, c’est grâce à la maîtrise technique la plus efficace possible, mais attention, on n’est pas sur de la possession stérile. On essaie, sans parler de transition, d’être capable de mettre un plan de jeu efficace, à partir d’une maîtrise vraiment individuelle et collective. Pour les systèmes, j’en affectionne un ou deux. Je suis plutôt sur un dispositif où je m’adapte aux joueurs, afin qu’ils puissent s’exprimer le mieux possible. Cette année, on est un sur 4-2-3-1, parce qu’on a des joueurs qui collent avec ce système. Après, parfois, on fait des modifications parce qu’on s’aperçoit que tel ou tel joueur est mieux dans tel ou tel système. On s’adapte. La star, c’est le joueur : il faut qu’il puisse s’exprimer. L’idée c ‘est ça.

Photo Philippe Le Brech

Quel est le rythme hebdomadaire des séances ?
Les entraînements ont lieu en majorité les après-midis, parfois à l’heure de la rencontre. On a une journée où on double les séances, parce qu’on a mis en place un système afin de « pousser », d’avoir des pics, que l’on va retrouver le jour du match. Le vendredi, on module en fonction de l’avion si on doit se déplacer : on s’entraîne le matin par exemple. Sinon, quand on joue à domicile, on s’entraîne à l’heure du match la veille.

On a aussi la chance de bénéficier à Borgo d’un excellent complexe sportif. C’est sans doute l’une des plus belles installations en corse, avec un terrain pelousé derrière notre terrain d’honneur en synthétique qui a été refait. Ce terrain pelousé, on l’utilise pour la préparation physique et en début de saison pour alléger les organismes. On a un autre synthétique que l’on utile quand on rentre dans les jours plus froids et pluvieux : lui aussi a été refait, ça nous permet de bien travailler. On a une salle de musculation, une salle pour l’analyse vidéo, on a une grosse plage horaire aussi pour les soins et le travail médical : les kinés font partie intégrante du staff. Les organismes souffrent compte tenu de l’intensité des matchs et du travail sur le synthétique : l’idée c’est d’être performant et en forme en fin de semaine. C’est aussi pour ça que les gabarits ne sont pas trop costauds chez nous, parce qu’on sait que le synthétique peut vite user et provoquer des blessures.

Après, pour le staff, on est multi-cartes ! On a le kiné, Mathieu Di Marzo, le préparateur athlétique, Nicolas Le Guevel, qui est en lien avec Mathieu. Pour la vidéo, c’est nous, c’est sûr que ça fait une charge de travail supplémentaire, mais pour l’instant ça fonctionne. On travaille à fond sur tous les domaines, ça permet de rester impliqué, que cela soit sur et en dehors du terrain, d’être en connexion constante et de maîtriser tous les domaines. Comme ça, on a la tête dans tous les secteurs du jeu.

« Je suis poussé par la passion »

Photo Philippe Le Brech

Le FC Borgo, jadis le CA Bastia et le FC Bastia-Borgo, ont connu la Ligue 2 et surtout le National : y-a-t-il au club une volonté de remonter ?
Le club a appris des expériences passées. Déjà, il a la volonté d’assainir les finances, qui sont saines aujourd’hui, de stabiliser le club. Maintenant, c’est vrai que, compte tenu de son vécu, de son histoire, de l’expansion de la ville de Borgo aussi qui fait beaucoup pour la pratique sportive, compte tenu des dirigeants du club aussi qui, historiquement, sont dans le football depuis longtemps, peut-être qu’il voudra recommencer à voir un peu plus haut. En tout cas, il en a les capacités, ça c’est sur, mais chaque chose en son temps. Quand on s’investit, quand on est professionnel dans son travail, on vise la performance, c’est normal, et donc la progression des échelons.

Vous diriez que vous êtes un entraîneur plutôt comment ?
Je n’ai pas trop l’habitude de parler de moi… Ce que je peux dire, c’est que, quand j’étais joueur, j’étais à fond dans le collectif. Aujourd’hui, en tant qu’entraîneur, je pense que la lumière doit être mise sur les garçons qui sont sur le terrain. J’ai grandi dans l’humilité, la modestie, et je veux mettre en avant ceux pour qui je travaille et ceux avec qui je travaille.

Photo Philippe Le Brech

Vous êtes un entraîneur humain…
Oui. Mais je n’entraîne pas aujourd’hui comme il y a dix ans. Je suis poussé par la passion. J’ai commencé par entraîner les U8 et depuis, j’ai pris de l’expérience, et c’est un réel plus. Je suis axé sur l’humain, l’exigence, la notion de toujours vouloir grandir, la gestion du groupe : je pense qu’il faut être proche de ses joueurs.

Au FC Borgo, je suis avec des joueurs que j’affectionne beaucoup, tous individuellement. J’espère que le groupe est l’image du staff, et si c’est le cas, ça me rend fier. Je suis fier quand on parle en bien de mon équipe. Des entraîneurs m’ont dit qu’elle avait une âme. C’est vrai, elle a une âme, elle a du coeur. Elle ne paie pas de mine, mais elle dégage une force collective. Vous savez, je défends à 1000 % les couleurs du FC Borgo, qui est, avec l’AS Furiani, la 2e équipe derrière le Sporting. On veut qu’on parle de notre football en bien, on veut montrer une belle image, on veut bien représenter le football corse.

« L’Éducation nationale va mal… »

Le 11 de départ à Chantilly. Photo Philippe Le Brech

Gérer une classe de collégiens et gérer une équipe de foot, c’est quoi la différence ?
Dans le management, c’est un peu pareil, on gère la pratique d’un groupe, mais pour le reste, c’est complètement différent. A l’école, on est sur la progression et l’épanouissement de l’enfant au travers de supports qui vont leur permettre de grandir, alors que dans le foot, dans la compétition, on cherche à pousser et utiliser le joueur au maximum, afin que l’équipe soit performante, mais on n’a pas le temps pour la bienveillance, parce que la performance dirige tout. Dans l’enseignement, on se doit d’être derrière les enfants pour les amener à grandir, on est sur de l’apprentissage. Au foot, on est sur la notion de progression du joueur, la notion de performance dans le sport, c’est complètement différent. La passerelle, c est la pédagogie, que cela soit avec l’enfant à l’école ou l’humain au foot.

Photo Philippe Le Brech

Quelle est votre opinion sur ce qui se passe aujourd’hui dans l’Éducation nationale, où les faits divers se multiplient… ?
L’information amplifie les phénomènes, mais cela a toujours existé. La réalité, c’est que si les piliers ne sont pas là, la maison ne peut pas tenir : dans notre métier, il y a trois ou quatre grands piliers que chaque citoyen connaît, et l’éducation est un de ceux-là. Si on l’abandonne, la maison n’est pas stable.

Au niveau des politiques, il y a un abandon de l’Éducation nationale. Les enseignants sont délaissés et aux yeux de la population, ils ne sont plus considérés et pas respectés. Aujourd’hui, la place de l’enseignant dans la société n’est pas celle qu’elle devrait être : il est perçu comme une personne peu utile, qui va garder des enfants. Prenons l’exemple des villages : il y a quelques décennies, ils avaient leur curé, leur maire, leur enseignant, leur médecin, c’étaient des personnes clés. Mais là, l’enseignant n’est plus perçu comme une personne clé alors que c’est lui qui fait le lien avec la famille et la vie. En termes de finances, les conditions sont délabrées. Il y a un manque de respect et de considération pour ces personnes dévouées, qui ont la fibre, et on leur enlève cette fibre-là. Les enfants n’ont plus l’éducation qu’ils avaient à l’époque : maintenant, dans une classe, on fait plus un rattrapage d’éducation que de l’enseignement. L’Éducation nationale va mal, c’est une certitude.

Samedi 14 février 2026 – National 2 (journée 18) : Wasquehal Football (13e) – FC Borgo (3e), à 18h.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH
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