Ligue 3 Betclic : Vendée FC La Roche puissance 6000 !

On a refusé du monde jeudi soir aux guichets du stade Henri-Desgrange à La Roche-sur-Yon pour la venue de Cannes, où 6000 personnes sont venues encourager l’une des équipes surprises de ce début de saison ! Dans un communiqué, le club a présenté ses excuses et promis de revoir sa jauge. On appelle ça la rançon du succès.

Par Anthony BOYER, à La Roche-sur-Yon / Photos Philippe LE BRECH

6000 personnes ont assisté au match face à Cannes. Photo Philippe LE BRECH

C’est un des tubes de l’été en Ligue 3 ! Un tube à la mode, mais rien ne dit qu’il va durer lorsqu’arrivera l’automne même si tout le monde l’espère à La Roche-sur-Yon, où tout le monde garde encore en mémoire le début du précédent exercice, quand l’équipe évoluait en National 2 devant quelques centaines de spectateurs dans un stade Henri-Desgrange bien tristounet.

Mais le football a ceci de magique qu’en l’espace de quelques mois, tout a changé. Une mue s’est opérée. Après tout, ce sport est une histoire de cycle. Une histoire tout court, comme celle, nouvelle, que sont en train d’écrire les joueurs de Frédéric Reculeau, arrivé au club en 2023, en National 3. Une histoire comparable à un conte de fées qui est tout sauf un rêve, sinon, comment expliquer que les Rouge de La Roche soient soudain soutenus par 4000 spectateurs contre Versailles le 7 août dernier pour la journée inaugurale de ce nouveau championnat de Ligue 3 (victoire 3-2) puis par 6000 spectateurs quinze jours plus tard contre Cannes ?

La Vendée, terre de foot

Plusieurs raisons expliquent cet engouement soudain. En Vendée, terre de football, où les clubs « nationaux » sont légion, les amoureux du foot et les nostalgiques sont sevrés de haut niveau depuis le début des années 90 et la descente de D2 en National (en 1993) de La Roche Vendée Football.
De plus, les résultats depuis la prise de fonction de Reculeau sont exceptionnels, et la saison passée, achevée à la première place devant les Girondins de Bordeaux, avec lesquels le mano a mano a tenu en haleine tous les suiveurs, a ranimé la flamme dans une ville étrangement éteinte, endormie, dont le contraste avec sa proche voisine des Sables d’Olonne, tellement touristique, est saisissant.

Bordeaux, l’élément déclencheur ?

Fabuleux kop yonnais qui a donné de la voix 90 minutes durant ! Photo Philippe LE BRECH

Mais la présence d’un concurrent du calibre de Bordeaux et la notoriété qui allait avec, l’an passé, a donné à La Roche une nouvelle exposition médiatique, exacerbé par ce duel peu commun pour un championnat de 4e niveau, et qui est allé crescendo tout au long de l’exercice 2025-26.

D’ailleurs, contre les Bordelais, ils étaient 6500 spectateurs en mars dernier (1-0), de loin la meilleure affluence depuis des lustres, juste devant le derby face aux Herbiers (4500 spectateurs tout de même !). « C’est ça que l’on avait envie de vivre, lâchait tout sourire Christophe Chabot, le président du Vendée FC La Roche-sur-Yon (depuis 2020), après le match nul concédé contre Cannes vendredi (J3, 1-1); on l’a vécu parfois la saison passée, notamment contre Bordeaux et d’ailleurs, je pense que ce match a été un élément déclencheur, il y avait cet enthousiasme, le stade était plein, et puis il y a eu le scénario, avec ce carton rouge chez nous (pour Alexis Araujo), ce but à 6 ou 7 minutes de la fin… En fait, c’était un drama-match qui s’est fini en délivrance, et ça a même été le délire pour nous, à notre petit niveau ».

Une passion renaissante

En football, on le sait, les (bons) résultats amènent du monde. Mais au Vendée FC, ce nouveau succès populaire inattendu va bien au-delà des espérances de début de saison. Sans compter que le statut professionnel affublé à cette Ligue 3 attire les curieux et les passionnés, et ranime la flamme. Et puis, cette affiche La Roche / Cannes a ravivé des souvenirs avec un adversaire au nom et au passé prestigieux. « Je suis heureux de voir que je me suis trompé dans mes prévisions de début de saison, parce que j’avais tablé sur 1500 spectateurs pour le premier match contre Versailles et 2000 pour le suivant contre Cannes, et on a fait 4000 et 6000, s’étonnait presque le PDG des vérandas Akena, leader européen du marché. »

Ramener, rassembler, fédérer

Frédéric Reculeau, l’entraîneur de La Roche-sur-Yon. Photo Philippe LE BRECH

Si le dirigeant, qui avait déjà été à la tête du club entre 2010 et 2015, semblait étonné, c’est parce que « Les Vendéens sont en vacances et ne se sont pas encore forcément organisés pour venir aux matchs, mais ce public, ces 6000 spectateurs, c’est vraiment LA satisfaction de la soirée, c’est vraiment ça l’histoire de notre projet. C’est notre bonheur ! »

Un bonheur partagé par le chef d’orchestre de la réussite sportive, Frédéric Reculeau, auquel il ne faut pas oublier d’associer le fidèle adjoint Benjamin Guillou : « Le public, c’est vraiment une grosse satisfaction, confiait en conférence de presse l’ancien coach de Luçon, des Herbiers et d’Avranches, à chaque fois en National. Je ne sais pas si on peut dire que c’est parti, parce que c’est dangereux aussi… On avait remporté nos deux premiers matchs donc forcément, pour le troisième, les gens sont venus au stade pour nous voir gagner, pour faire la fête, malheureusement ce soir (jeudi dernier), on ne leur a pas donné cette possibilité d’aller chercher cette extase. Mais j’espère qu’on va arriver à convaincre les Vendéens par notre football, parce que c’est quand même plus sympa de vivre un match dans un stade plein. Nous, on essaie de leur donner du plaisir et face à Cannes, on a été en mesure de la faire parfois mais pas sur la durée du match. »

Chabot : « C’est le bonheur ! »

Christophe Chabot, le président. Photo Vendée FC La Roche

Et Christophe Chabot de poursuivre : « Voir tout ce monde au stade, c’est ça que l’on veut, c’est ramener, fédérer et rassembler les Vendéens autour d’un match en Vendée. C’est vrai que depuis notre montée en Ligue 3, on a senti que quelque chose se passait, que cela soit avec les partenaires, les collectivités, le public, les réseaux sociaux, mais je ne vous cache pas que tout cela va bien au-delà des résultats sportifs qui sont pour moi anecdotiques pour l’instant. Ne nous enflammons pas. Vous savez, dans les vestiaires, à Amiens, quand on a gagné (J2, 1-0), j’ai dit aux joueurs que, grâce à ce résultat, on allait faire 1000 personnes de plus que prévu contre Cannes ! Et puis, j’ai une certitude ancrée en moi depuis très longtemps : il y a un potentiel public en Vendée, où les gens aiment le football et rêvent de haut niveau, parce qu’ils sont frustrés depuis trop longtemps. Beaucoup vont à Nantes, à la Beaujoire, mais je le dis comme je le pense, ils se font « ch » là-bas. Franchement, je n’avais pas imaginé des résultats comme ça et surtout un tel enthousiasme. C’est le bonheur ! »

Reculeau : « Ça redonne un allant au football vendéen »

Photo 13HF

« Cela fait longtemps que le foot vendéen n a pas été mis en avant par une équipe qui évolue à ce niveau là, poursuit Frédéric Reculeau, qui a dirigé contre Cannes son… 292e match au 3e échelon national ! Il y a un phénomène de curiosité chez certains. J’ai croisé beaucoup de gens dans la semaine qui m’ont dit « Tiens je vais venir vous voir » et qui n’étaient pas venus au stade depuis très longtemps. Ce sont soit des passionnés soit des personnes qui reprennent goût au football à un niveau intéressant. En affrontant des clubs comme Cannes, et d’autres équipes de renom, différentes de celles que l’on l’avait l’habitude d’affronter, ça redonne un allant au football vendéen et un peu de vie dans le département. Parce que je ne vous cache pas que ces dernières saisons, entre la N3 et la N2, on a eu beaucoup de derbys et on commençait, comment dire, à s’y habituer, on revoyait sans cesse les mêmes matchs chaque saison. On se disait « Encore un derby ! ».

Une SCIC au capital grand ouvert

Photo Philippe LE BRECH

« Ce soir (jeudi), on a eu beaucoup de monde, appuyait Chabot. J’avais 22 ans quand on était 17 000 ici, on avait battu Saint-Etienne, Lyon et Marseille en Division 2, j’étais assis là (il montre l’endroit), sur le Vélodrome, parce qu’à l’époque, c’était comme ça, on avait le droit de s’asseoir tout autour du stade. Je le répète, j’ai l’intime l’intime conviction, et depuis longtemps, qu’il y a un potentiel énorme autour du football chez les Vendéens ».

Compte tenu de ce que l’on a vu contre Cannes, ce n’est pas nous qui dirons le contraire : le projet de club vendéen, ouvert aux clubs voisins et aux partenaires qui souhaitent prendre des parts dans la SCIC, prend forme. Croisé dans les allées, le président du club « Chamois Niortais Saint-Flô » (Régional 2), Florimond Labulle, originaire de La Roche-sur-Yon, fait partie du projet : « Il est né à 1 kilomètre d’ici, et puis prochainement, on va communiquer sur l’entrée dans le capital du tournoi Mondial Football de Montaigu. La dynamique est là, on a la chance d’avoir quelques résultats sympas, il faut en profiter mais la saison va être longue ».

Un stade Henri-Desgranges « mal foutu »

Photo Philippe LE BRECH

Si le public est bien LA grande satisfaction de ce match face à Cannes, et si la grosse centaine de supporters du Kop Yonnais n’a cessé, depuis la vétuste petite tribune qui fait face a la grande, de chanter et donner de la voix, réclamant même la Ligue 2, un hic demeure : on a refusé du monde au stade Henri-Desgrange ! Et ça, ajouté aux conditions non pas indignes, le mot est beaucoup trop fort, mais plus trop adaptées pour accueillir un tel public, cela fait tâche : « Ne m’en parlez pas mon cher monsieur, parce que si vous voulez me faire déprimer… enrageait Christophe Chabot. Ce soir, il y avait le maire, Romain Bossis. Je lui ai dit qu’on avait refusé 500 personnes aux guichets et il m’a répondu « Christophe, on accélère le projet de nouveau stade ».

Le problème du stade Henri-Desgrange, plutôt bien situé géographiquement, à 15 minutes à peine du centre-ville à pied, et qui a accueilli des grandes affiches, ce n’est pas tant sa taille, mais sa… fonctionnalité : c’est un peu la foire d’empoigne, quelque soit l’endroit où l’on se trouve, comme aux buvettes à l’étage, et même dans des lieux généralement inaccessibles pour le quidam, comme la salle d’accès devant le hall des vestiaires, près du tunnel. Partenaires, supporters, familles, dirigeants, officiels, bénévoles, tout le monde a vite fait de s’y croiser.

On a refusé 500 personnes aux guichets contre Cannes. Photo 13HF

Evidemment, de l’extérieur, cela confère un côté hyper-convivial, chaleureux et familial, mais à l’aube de la professionnalisation, cette ouverture aux quatre vents ne pourra pas durer. « Mal foutu vous dîtes le stade Henri-Desgrange ? Quand je suis entré sur la pelouse à Amiens la semaine dernière, j’avais les poils comme ça et je me suis dit Waouh, c’est pas possible, il est beau, ils l’ont repeint, poursuit Christophe Chabot ! Chez nous, le stade n’est ni fait ni à faire, c’est un bordel sans nom, mais d’un autre côté, c’est ce qui fait le charme de La Roche ».

La construction d’une enceinte de 10 000 places, « d’ici 3 à 5 ans » comme évoqué ces derniers mois dans les médias locaux, est un projet qui, peut-être, s’accélèrera et trouvera un site adapté… à Mouilleron-le-Captif, à 6 kilomètres du stade Desgrange, à mi-chemin entre La Roche-sur-Yon et Le Poiré-sur-Vie ? Rien n’est décidé.

Le mea culpa du club

Photo Philippe LE BRECH

Samedi, après le couac de jeudi soir, le club a publié un communiqué sur ses réseaux. On peut y lire, en substance : « Le Vendée Foot Club La Roche-sur-Yon tient à présenter ses plus sincères excuses aux supporters vendéens qui n’ont pu accéder au stade (…) C’est la première fois de notre histoire que nous sommes contraints de refuser du public. Laisser plusieurs centaines de personnes à la porte de Desgrange nous a beaucoup touchés. Nous allons nous employer à augmenter notre capacité d’accueil. »

OK, le stade n’est plus vraiment adapté au football moderne, mais il réussit tellement bien à l’équipe, qui n’a plus perdu dans son antre depuis le 14 décembre 2024 (contre Bordeaux). Un lustre !

Pour l’heure, le Vendée FC La Roche-sur-Yon savoure son début de saison (2 victoires et 1 nul) et entend bien surfer sur sa dynamique, tout en continuant à s’appuyer sur son nouveau buteur arrivé des Sables d’Olonne, Mansour Samb, prêté par l’AC Horsens, le club de D1 danois qu’il avait rejoint au mercato de janvier 2026. Auteur de 6 buts en 5 matchs de préparation, le « remplaçant » d’Ibrahima Keita (16 buts l’an passé), parti en Suisse à Neuchatel Xamax, en est déjà à 5 buts en 3 matchs officiels de Ligue 3, aussi bien que le goaleador de la division, Fahd El Khoumisti (SM Caen).

Photo Philippe LE BRECH
  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
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