Ligue 2 / Kevin Perrot (Laval), coeur tango !

Le 8e joueur le plus capé de l’histoire du Stade Lavallois est devenu team manager de l’équipe professionnelle. Adoré des supporters à Le Basser, au point d’avoir son propre chant, il raconte sa reconversion et revient sur sa carrière, qu’il poursuit en parallèle à l’US Changé, en Régional 1, pour le plaisir.

Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Stade Lavallois MFC, 13HF et DR

Entretien réalisé vendredi 16 janvier 2026.

Kevin Perrot a deux familles. La petite, avec ses deux enfants (Yanis 10 ans, Noham 4 ans) et son épouse. Et la grande, celle du Stade Lavallois, où il a marqué l’histoire, à tel point que les supporters de ce club historique entonnent à chaque match à domicile une chanson à sa gloire, quand bien même l’ex-latéral droit ne figure plus dans l’effectif.

S’il n’est plus sur le pré, il n’est en fait jamais bien loin : à la fin de la saison 2023-2024, sa dernière sous les couleurs du « Stade » après douze saisons en pro (de 2010 à 2019 et de 2021 à 2024) et dix-neuf licences oranges, sa deuxième famille lui a proposé puis offert un poste, peut-être pas celui où on l’attendait forcément, mais qu’il a rapidement accepté histoire de ne pas gamberger à force de crêper le chignon à chercher une reconversion professionnelle. Ce poste, c’est celui de… team manager de l’équipe professionnelle de Ligue 2 !

« Le foot, c’est une bulle »

Photo Stade Lavallois MFC

« Le coach Olivier Frapolli en voulait un, raconte Kevin. Il y a eu des discussions et mon nom est ressorti. Je ne sais pas qui l’a soumis mais en tout cas, le coach a pensé à moi et a dit que ça serait bien, que ça faciliterait les choses, que je connaissais le vestiaire. Le président Laurent Lairy a aimé cette idée et il l’a validée. Quand tu connais déjà l’environnement, c’est plus facile, parce que le foot, c’est une bulle, où les choses qui se disent ne doivent pas sortir du vestiaire; partant de là, c’est sur que si tu fais venir quelqu’un de l’extérieur que tu ne connais pas… Je connais les codes, donc c’est plus facile pour moi que pour quelqu’un qui n’a pas connu un vestiaire ou ce milieu. C’est bien tombé, je pense. »

À 36 ans, Kevin Perrot, 253 matchs sous le maillot du « Stade », lancé en Ligue 2 par Philippe Hinschberger lors d’un Laval – Ajaccio en septembre 2010 (0-0), est sans doute le seul « ex-pro » à occuper de telles fonctions dans les trois premières divisions françaises. Cela pourrait même faire jurisprudence et donner des idées à d’autres clubs. Après tout, dans ce milieu fermé, où la confiance et la confidentialité sont les règles d’or, qui mieux qu’un ex-joueur pour occupe ce poste ? Et quand on connaît Kevin, l’on sait que le vestiaire, c’est son truc : « brancheur », amuseur, presque leader, souvent ambianceur, cette vie d’équipe lui a toujours plu ! Ouvert, serviable, facile à vivre malgré un caractère bien trempé, Kevin Perrot s’est toujours bien entendu avec les différents vestiaires qu’il a côtoyés, et ça, c’est une qualité rare.

Il voulait devenir kiné !

Photo Stade Lavallois MFC

« Quand s’est posée la question de recruter un team manager, on a pensé à Kevin, d’abord parce qu’il est méritant, mais aussi pour gagner du temps, explique Olivier Frapolli, le coach des Tangos en Ligue 2 (depuis 2019), qui l’a eu sous ses ordres pendant trois saisons; il connaît tous les rouages du foot, il connaît le contexte, il a cette sensibilité du footballeur, et cela permettait aussi de gagner du temps ».

C’est vrai que le foot, Kevin en connaît un rayon, lui qui baigne dans le milieu depuis plus de 30 ans (il a commencé à l’âge de 5 ans à l’US Laval, où il a signé sa première licence en 1994, avant de rejoindre le « grand » Stade Lavallois en 2003) ! Et il est un autre domaine dans lequel il touche également sa bille : la kinésithérapie. « C’était vraiment un truc qui me plaisait ! J’avais pensé faire une école de kiné. Avec toutes ces années en pro, je commençais à avoir pas mal de connaissances là-dedans, sur les blessures, sur le corps humain, etc. Mais c’était trop compliqué à mettre en place, surtout avec la vie de famille. »

Un rôle de facilitateur

Photo Stade Lavallois MFC

Alors, quand est venu le temps de dire au revoir au football de haut-niveau après quinze ans de professionnalisme, une période entrecoupée de deux saisons tronquées au Puy à cause de la Covid, en National et en National 2 (de 2019 à 2021), l’on imaginait plutôt ce pur lavallois de naissance sur les terrains, dans un rôle d’éducateur, prompt à transmettre son savoir et son expérience : « C’est vrai que plus la fin de ma carrière approchait, plus je pensais à l’après, raconte Kevin, intercepté avant la sieste – il a gardé ses habitudes de footballeur ! – à quelques heures d’un match capital pour le maintien du Stade face à Bastia, vendredi dernier; Ensuite, je me suis dit, pourquoi ne pas rejoindre la post-formation et entraîner une équipe de jeunes, en U11, U12 ou U13, même si là aussi, quand tu es à ce poste, tu passes beaucoup de temps sur les terrains et tu n’as pas trop de vie de famille. En fait, je ne savais pas trop ce que je voulais faire. Quand la proposition de team manager est arrivée, j’ai étudié le truc et je me suis vite rendu compte que cela pouvait correspondre à tout ce que j’aimais. »

C’est donc dans un rôle de facilitateur, à un poste plus « organisationnel », autour de l’équipe pro, que Kevin s’est reconverti. Encore joueur du « Stade » il y a moins de 2 ans, il l’est toujours parfois dans l’esprit. Surtout, il peut concilier ce métier avec sa vie de famille. Et, cerise sur le gâteau, il continue à se faire plaisir et joue au foot en Régional 1, à l’US Changé. « En fait, je garde un rythme de joueur, que j’avais déjà. C’est vrai que quand on joue le vendredi soir, ce qui arrive souvent, c’est un gros plus car je suis libre le samedi et le dimanche, ça me permet d’aller voir jouer mon grand fils, Noham, licencié au « Stade », j’adore ça. Avec l’US Changé, on s’est mis d’accord d’entrée : je m’entraîne avec eux le mardi soir et le mercredi soir, mais pas le vendredi soir quand Laval joue. Il m’est arrivé de rentrer en bus d’un déplacement à 5h30 du matin le samedi et ensuite de repartir à 11h avec l’US Changé pour aller jouer à La Roche-sur-Yon ou ailleurs ! Mais je suis engagé dans ce projet, donc je le fais à fond, même si ça devient plus difficile. »

« Organiser, planifier, j’aime bien ça. »

Photo 13HF

Forcément, quand on est joueur pro, les autres composantes du club sont aux petits soins avec vous. Cette fois, les rôles sont inversés : c’est Kevin qui est aux petits soins avec eux. L’intéressé rectifie d’emblée : « Attention, je ne suis pas intendant de l’équipe ! C’est surtout l’intendante (Clara) qui est aux petits soins avec les joueurs, qui s’occupe des maillots, du linge, tout ça. Moi, je suis surtout dans l’organisationnel, je m’occupe de toute la logistique, notamment lors des déplacements de l’équipe. Je veille à ce que tout se passe bien, que le timing soit respecté, que rien ne soit oublié. J’essaie de mettre les joueurs dans les meilleures dispositions, de faire en sorte que tout soit fluide, que les budgets soient respectés. Après, il y a tout le travail au quotidien. Je fais aussi le lien entre la direction et le sportif, le staff technique. Ce qui est bien, c’est que je reste dans mon milieu, le foot. Et team manager, c’est un métier de contact humain, ça me plaît. C’est passionnant. Mais il a fallu que je m’adapte aussi : parce qu’au début, quand j’ai commencé, on m’a filé un ordinateur et là, il a fallu écrire des mails, mettre les bonnes formulations, faire des devis… J’ai un peu galéré ! Après, c’est normal, je rentrais dans la vie active aussi. Mais j’ai appris un tas de choses. Et puis, organiser, planifier, j’aime bien ça. »

Finalement, Kevin s’est rapidement adapté à son nouveau rôle, d’autant plus qu’il est resté dans un milieu qu’il a toujours connu, « un milieu fermé, certes, mais où j’avais mes repères. Le foot, c’est mon environnement. Et puis quand j’ai pris mes fonctions, je connaissais la plupart des joueurs, ça aide forcément. »

Être team manager, c’est aussi quelque part être l’ambassadeur, le représentant du club, d’une marque. Kevin occupe la fonction avec fierté, responsabilité, professionnalisme. Et toujours avec cet esprit qui caractérise à la fois son club et lui : celui de la famille.

Interview

« J’aime l’ambiance du vestiaire »

Photo Stade Lavallois MFC

Combien de buts as-tu marqué dans ta carrière ?
Ah ah ah ah (Rires) ! Oh la question de merde, direct ! J’en ai mis trois ! Dont un de la tête et deux du pied droit.

C’est bizarre ce but de la tête, non ?
Bah, j’avais un bon jeu de tête quand même, c’est juste que c’était rare, compte tenu de mon poste (latéral droit), que je me retrouve en position de marquer de cette façon.

Un but plus beau que les deux autres ?
Celui que j’ai marqué de la tête, justement, il était beau, je la prends à moitié au sol et j’arrive à la mettre tête opposée.

Tes qualités et tes défauts sur un terrain, c’était quoi ?
Ma technique de base et je ne lâchais rien. J’étais déterminé. Défaut, un manque de puissance.

Et dans la vie de tous les jours ?
Mes qualités, je suis gentil, marrant, serviable. Défaut, je peux avoir un sale caractère. Je peux être cool et vriller rapidement si un truc m’agace.

Tu étais un joueur plutôt…
Qui avait le sens du devoir. Je ne trouve pas dégradant de dire que j’étais un joueur de devoir. Bien sûr, je n’étais pas le plus beau à voir jouer, mais il faut un peu de tout dans ton équipe, et j’étais un joueur de club, fidèle, ça a aidé aussi.

« J’étais lucide sur mes qualités »

Que t’a-t-il manqué pour jouer en Ligue 1 ?
Ce que je disais, la puissance, la vitesse. Je n’avais pas de grosses qualités fortes, j’étais bon partout mais sans une grosse qualité forte.

Tu as eu des contacts dans ta carrière pour aller plus haut qu’en Ligue 2 ?
Non, jamais. En tout cas, mon agent ne m’a jamais parlé d’un quelconque contact avec un club de L1.

Et pour jouer ailleurs qu’à Laval, dans un autre club de Ligue 2, tu as déjà eu des touches ?
En fait, je n’ai jamais pensé à partir, et puis à chaque fois, avec Laval, je ne suis jamais resté en fin de contrat. Quand il me restait un an par exemple, on reprenait la saison suivante et je prolongeais directement de 2 ou 3 ans. Comme j’étais bien ici, je n’ai jamais pensé à quitter le club. Je suis juste parti une fois, au Puy, pendant 2 ans. D’ailleurs, mon deuxième fils, Noham, est né au Puy.

Mais tu n’as jamais rêvé de jouer un jour en Ligue 1 ?
Si, si, forcément, j’aurais bien aimé connaître le parfum de la Ligue 1, malheureusement… J’étais quand même assez lucide sur mes qualités et mes performances.

« Je maîtrise mieux les aspects du métier »

Photo 13HF

Tu es un team manager plutôt comment ?
Je suis un bon team manager (rires) ! Je suis plutôt cool et qui a du style (rires) ! La particularité, c’est que j’ai arrêté de jouer il y a moins de 2 ans, donc il y a encore ce côté vestiaire que j’adore. C’est pour ça que j’aime ce métier aussi, parce que je suis encore présent dans le vestiaire, j’aime respirer ça, parler encore avec des mecs, comme si j’étais encore joueur.

Oui mais le vestiaire a changé depuis ton arrêt : combien y-a-t-il de joueurs aujourd’hui qui étaient encore là en 2024 ?
Julien Maggiotti est revenu, Sam Sanna, Yohan Tavares, Jimmy Roye qui est devenu entraîneur-adjoint, Peter Ouaneh, Malik Tchokounté, Thibaut Vargas et d’autres, il en reste encore pas mal ! J’aime ce côté-là de mon métier.

Mais du coup, tu n’as pas peur de ne pas t’y retrouver dans quelques années, quand l’effectif aura été complètement renouvelé ?
C’est sûr, mais c’est comme tout, chaque année, il y a des nouveaux qui arrivent, et les gars, on apprend à les connaître, le lien se crée aussi, mais justement, c’est ça qui est bien. Cette transition-là, le fait de commencer ce nouveau métier avec des joueurs que je connaissais pour la plupart, ça m’a facilité la tâche. Là, c’est ma deuxième année, j’ai pris confiance aussi, je maîtrise mieux les aspects de mon métier. Avec les nouveaux, au fil des ans, le lien se créera, il y aura la même sensation du vestiaire.

« Mais vous ne deviez pas arriver demain ?? »

Photo Stade Lavallois MFC

Tu as eu des ratés depuis que tu es team manager du Stade Lavallois ?
Oui, j’en ai eu deux, mais finalement, ça ne s’est pas vu. Cette année, pour le premier déplacement de la saison, à Grenoble (J2, 1-1), la délégation arrive à l’hôtel, et là, déjà, un joueur vient me voir et me dit « Put… L’hôtel, ils ne nous attendaient pas ce soir…. ». Du coup, je vais à la réception, et on me dit « Mais vous ne deviez pas arriver demain ?? » Et là… En fait, le commercial de l’hôtel s’était trompé d’un jour. La réceptionniste a regardé s’il y avait des chambres de libres, et heureusement, il y en avait pour tout le monde ! Ouf ! Mais je n’étais pas bien, j’étais pâle. Le cuisinier aussi a été top, il n’avait pas toutes les commandes, mais il est vite allé faire des courses. Au final, on a respecté les horaires, on n’a manqué de rien. Mais ça a été une grosse frayeur.

Et puis, la saison passée, on va jouer à Toulouse (16e finale de la coupe de France, élimination 2-1), on prend un avion de ligne au départ de Nantes, sauf que dans ma communication, je n’avais pas été bon. J’avais juste dit aux joueurs, en début de semaine, de bien penser à prendre les cartes d’identité, même s’ils les avaient sur leur téléphone. Sauf qu’après, en me renseignant, j’ai compris qu’il fallait vraiment avoir la carte « physique ». Du coup, j’ai renvoyé un message à tout le monde la veille. Mais le jour J, deux joueurs n’avaient pas leurs cartes d’identité… À l’aéroport, ils n’ont rien voulu savoir. Alors on a loué une bagnole, et les deux joueurs sont allés à Toulouse en voiture, accompagnés par un ami, Arthur ! Ce n’était pas un gros raté, mais bon… Pour la petite histoire, cela a engendré des frais supplémentaires, et les deux joueurs ont dû payer. Comme j’avais une part de responsabilité, j’ai payé une part aussi, même si le président ne voulait pas. Mais vis à vis du vestiaire, j’ai tenu à le faire, ça montrait que j’avais fait une erreur.

Un chiffre fétiche ?
Le 13. Je suis né le 13. En général, les gens n’aiment pas ce chiffre, moi je l’aime bien ! Et puis j’aime bien aller à contre-sens de tout le monde ! Le 13 porte malchance, dit-on, mais c’est mon chiffre porte-bonheur !

« La couleur orange, c’est beau à porter au foot, mais tous les jours…. »

Photo 13HF

Tu as disputé 253 matchs avec les Tangos : mais dans la hiérarchie des joueurs les plus capés du Stade Lavallois, tu te situes où ?
Je crois que je suis 7e ou 8e joueur le plus capé de l’histoire du club (1), je ne sais plus, mais dans le top 10, c’est sûr.

1. Les joueurs les plus capés sont, dans l’odre : Anthony Gonçalves (364), Mickaël Buzaré (356), Christophe Ferron (348), Jean-Marc Miton (336), Guilherme Mauricio (310), Stéphane Osmond (264), Arnaud Balijon (262). Kevin arrive en 8e position.

Une couleur ?
Le bleu.

Pas le tango ?
Hum ! La couleur orange, c’est pas facile de la porter tous les joueurs ! C’est beau à porter au foot, mais tous les jours…

Passions, loisirs ?
Avant, avec le foot, je n’en avais pas tellement, parce que j’étais tellement concentré sur mes performances que dès que j’avais un peu de temps libre, je le consacrais à la récupération. Sans compter que je suis devenu père de famille, donc les loisirs, c’était plutôt avec mes enfants. Aujourd’hui, mon plaisir, c’est par exemple d’aller voir jouer mon grand fils, Yanis, au foot, il est licencié au Stade Lavallois, et de jouer au padel quand j’ai le temps. C’est un sport que j’aime bien.

« Le Stade Lavallois ? Familial ! »

Le Stade Lavallois en quelques mots ?
Familial. C’est vraiment, pour le coup, ce qui le caractérise. C’est un club qui ne s’est jamais perdu. Salariés, joueurs, on le ressent au quotidien. C’est le mot qui lui convient.

Le milieu du foot ?
Un sport magnifique. Tu prends du plaisir, surtout quand tu peux vivre de ta passion. Depuis tout petit, j’aime le foot, et d’avoir pu vivre de ma passion, c’est quelque chose pour moi d’extraordinaire.

Tu n’as jamais eu de problèmes avec ce milieu ?
C’est sûr, c’est un milieu pas simple. Un vestiaire, par exemple, ce n’est pas simple. On est tous différents, on a des caractères différents, on vient d’environnements différents, c’est ça qui est difficile à gérer. Je dis toujours que le foot est un sport individuel dans un sport collectif. Il y a des saisons où ce n’est pas simple, où c’est plus dur de se trouver sa place, de se faire sa place surtout. Personnellement, je n’ai jamais eu trop de soucis, ni avec le milieu, ni avec les contrats. J’ai toujours eu le même agent.

Avec ton caractère, tu n’as pas dû avoir de mal à te faire une place dans un vestiaire ?
C’est vrai, j’ai toujours été bien dans un vestiaire, je suis quelqu’un de naturel, d’entier, je vais vers tout le monde, j’accepte tout le monde. Après, forcément, et c’est normal, on a plus d’affinités avec certains que d’autres. J’ai toujours été respectueux.

« Je voulais vraiment vivre une montée »

Sous le maillot du Puy Foot, lors de son retour à Le Basser, en 2019. Photo 13HF

Ton meilleur souvenir au Stade Lavallois, c’est vraiment la remontée en Ligue 2 en 2022 ?
Oui et je vais te dire pourquoi : en fait, pendant des années et des années, avec Laval, on a joué le maintien, avec parfois des maintiens acquis à la fin, puis il y a eu cette période, de 2019 à 2021, où j’ai quitté le club (il a signé au Puy Foot en National), sans avoir vraiment vécu quelque chose de très fort avec mon club. Même si un maintien était déjà quelque chose de fort, parce que c’était l’ambition du « Stade ». Je regarde beaucoup de foot à la télé, je vois les équipes qui remportent des championnats en fin de saison… Je me disais que j’aimerais bien être à leur place, vivre un truc comme ça. Alors quand on a fini champion de National en 2022, au terme d’une saison longue et stressante, où cela ne s’est pas joué à grand-chose, il y a eu un truc en moi qui s’est déclenché. C’était comme si j’avais fait mon travail. Enfin je vivais quelque chose d’énorme ! C’est pour ça que je dis toujours que c’est mon meilleur souvenir.

Inversement, le pire souvenir ?
C’est la descente en National, en 2017. Cela a été une saison compliquée. Mais bizarrement, individuellement non, parce que cela a été une de mes meilleures saisons. J’ai beaucoup joué. Tout le monde avait été unanime là-dessus, sauf que le vestiaire était compliqué, rien n’allait, même au club, ça partait un peu dans tous les sens.

Tu as un match référence ?
Oui, en Ligue 2, à Nantes, à La Beaujoire. Tu ne sais pas pourquoi, tout ce que tu fais, tu le réussis. Tu te sens pousser des ailes, tu as l’impression d’aller plus vite, d’être plus fort.

Ton pire match avec Laval ?
En National, à Marignane ! Oh la la, j’ai été Ca-Ta-Stro-Phique ! Je ne sais pas pourquoi, je l’ai senti des les premières minutes du match. Laisse tomber, tu portes ta misère tout le match ! T’as l’impression que tu ne sais plus jouer au foot.

Le « contrôle Perrot », ma marque de fabrique !

Sous le maillot du Puy Foot, en National. Photo Sébastien Ricou / LPF43

Un geste technique ?
C’est le contrôle demi-volée, le ballon arrive en l’air et tu le contrôles direct au sol. C’est ma marque de fabrique. Ce n’est pas le contrôle porte-manteau en taclant que tu as vu en vidéo, quand je fais une passe-dé, non. Là, c’est vraiment un contrôle où tu mets directement la balle qui arrive en l’air, au sol. Même à Laval, quand quelqu’un fait ce geste, on dit qu’il fait un « contrôle Perrot », on a appelé ça « La Perrosse ! » Comme il y a encore pas mal de joueurs aujourd’hui avec qui j’ai joués, ça revient encore ! C’est marrant, parfois on me demande même d’expliquer comment je faisais (rires) !

Combien de cartons rouges ?
Deux je crois. Un au Mans l’année de la montée en Ligue 2 et il me semble que j’en ai pris un quand j’étais sur le banc, de Stéphanie Frappart, je ne sais plus.

Si tu n’avais pas fait du foot ?
Bonne question. Je ne me la suis jamais posée. Pour moi, cela a tout de suite été une évidence, c’était le foot. Je ne vois pas ce que j’aurais pu faire d’autre.

« Le stade Le Basser a du charme, il est chaleureux »

Photo 13HF

Le Stade Francis Le Basser ?
Il est vieux déjà (rires) ! Il a du charme, une histoire, il y a eu de belles épopées ici ! Il est même mythique, parce que c’est un stade connu dans le milieu du foot français. En tout cas, quand on est gamin et qu’on joue au foot à Laval, notre rêve, c’est de jouer à Le Basser ! Ne me demande pas pourquoi, parce que ce n’est pas le stade le plus high-tech du football français, mais pour nous, les Lavallois, c’est important, il a une âme. Il est chaleureux.

La saison où tu as pris le plus de plaisir sur le terrain ?
Avec Denis Zanko, en 2014-15, on fait une belle saison, plaisante, on finit 8e (2). J’avais dû jouer la moitié des matchs, on n’avait pas la pression du résultat. On s’était maintenu facilement.

(2) Depuis, le Stade Lavallois a fini deux fois 7e en 2023 et en 2014 avec Olivier Frapolli.

La saison où tu en as pris le moins ?
La première en National quand on est descendu (en 2017-18), à ce moment-là, l’équipe et le club sont en reconstruction, même si on ne fait pas une si mauvaise saison que cela (8e), mais c’était… pff… Il fallait digérer la descente, ce n’était pas simple. Je n’avais pas pris beaucoup de plaisir.

La ville de Laval ?
(catégorique) J’adore ma ville. Pourtant il n’y a rien d’extraordinaire ici. Je dis ça peut-être parce que j’y suis depuis toujours, que j’y suis né, que j’y ai fait toute ma vie, mais pour moi, il fait bon vivre à Laval, une ville à taille humaine, qui me convient. J’aime les Lavallois aussi en général. Beaucoup critiquent Laval, ou plutôt, ils arrivent avec un a priori, ils disent qu’il n’y a rien à faire, mais c’est quand même pas si mal ! C’est une belle ville et je m’y sens bien. J’habite à Laval même.

« Johann Chapuis me faisait trop peur ! »

Un coéquipier marquant ?
Beaucoup de joueurs m’ont marqué, notamment lorsque je suis arrivé dans le groupe, la première année, en 2010, il y avait encore Johann Chapuis, le capitaine, franchement, ce mec-là… Il me faisait trop peur, et j’ai rarement vu un capitaine aussi dévoué : il avait du charisme, le vestiaire le respectait, et à lui tout seul il arrivait à gérer les hommes. C’est lui qui m’a fait découvrir ce qu’était le métier de footballeur professionnel. Il y a aussi Anthony Gonçalves, le joueur le plus capé du club, qui a aussi été mon capitaine et qui est mon ami. Il m’a pris sous son aile quand je suis arrivé. Sinon, sur le terrain, il y a un joueur que j’ai trouvé extraordinaire, c’est Wesley Saïd, il était prêté chez nous par le Stade Rennais (en 2014-15). C’était vraiment un joueur différent, du calibre au-dessus. C’était facile de jouer avec lui. Je le cite souvent dans les interviews. Il m’a marqué.

Kévin, supporter du PSG. Photo 13HF

Tu supporters le PSG, mais cite-moi un autre club que Laval et PSG ?
J’aime bien le Stade Rennais. J’aime aller y voir des matchs, le stade est chaleureux aussi, beau, l’ambiance y est différente. Et quand on est jeune, c’est un club qui fascine un peu, de par son histoire, son centre de formation. C’est un club qui dégage quelque chose de différent.

Une causerie marquante ?
Ce n’est pas vraiment une causerie. C’est l’année où on se maintient en Ligue 2 en gagnant à l’avant-dernière journée au Havre (2-1, le 17 mai 2013), quand les cadres du vestiaire ont projeté la causerie du film « L’enfer du dimanche », sur le football américain, et le club avait demandé à nos familles de faire une petit vidéo aussi. J’ai trouvé ça marquant.

Des rituels, des tocs, des manies ?
Non. Je n’étais pas trop superstitieux. Le seul truc, c’est qu’il fallait que je sois bien dans mes chaussures de foot, c’est tout (rires). Là-dessus, j’étais vraiment « relou ». J’étais capable d’acheter une paire et si je faisais un mauvais entraînement avec, je ne les remettais plus. Ne me demande pas pourquoi, franchement, c’est abusé !

Tu devais avoir un gros budgets « chaussures de foot » alors ?
Oui, mais une fois que tu as trouvé le modèle qui te convient, c’est bon ! C’est sûr que j’ai jeté plein de paires parce que je ne voulais plus les remettre !

« Laval-PSG en coupe, un match historique »

Lors de ses adieux après sa carrière de joueur à Laval en 2024. Photo Stade Lavallois MFC

Une devise ?
On n’a rien sans rien. Je me suis toujours servi de cette phrase, même au centre de formation du Stade Lavallois. Je me suis toujours dit que le travail amènerait la récompense, même si ça n’a pas toujours été le cas.

Un modèle de défenseur ?
J’aimais R9 (Ronaldo). Pourtant, j’ai fini défenseur (il a commencé attaquant chez les jeunes).

Une idole de jeunesse ?
Je ne sais pas si on peut le dire avec les casseroles qu’il a… C’est Daniel Alves. Je trouve qu’il a révolutionné le poste d’arrière-droit. Il était défenseur-offensif.

Le joueur de légende du Stade Lavallois ?
Je ne l’ai pas connu les épopées, les années d’avant, mais si je m’en tiens à ma période, je dirais Anthony Gonçalves. Après, on commémoré une statue en l’honneur de Michel Le Milinaire, qui a marqué l’histoire du club, mais je n’ai pas connu cette période, même si j’ai grandi avec cette histoire.

Le match de légende du Stade Lavallois ?
Pour moi, c’est ce fameux match de coupe de France en 8e de finale contre le PSG (0-1, le 16 février 2003), but de Fabrice Fiorèse. Il y a eu le PSG de Ronaldinho qui est venu à Le Basser quand même ! Après, c’est toujours pareil, ça dépend des époques, les anciens diront que c’est le fameux match contre l’Austria Vienne en coupe d’Europe (16e de finale de la coupe de l’UEFA, en 1983/84), c’est normal.

Tu collectionnes les maillots ?
Non, mais quand j’en vois des jolis, j’aime bien les demander. Et sinon j’ai tous les miens de toutes mes saisons avec Laval. J’en ai gardé un à chaque fois. Mais je ne suis pas un collectionneur de fou !

Le joueur le plus connu de ton répertoire téléphonique ?
(Rires) Le plus connu, c’est Mounir Obbadi, il a eu une belle carrière. Il était bon. Quand il est venu à Laval, j’étais content. Attend, je regarde mon répertoire. Il y a Gaël Danic aussi.

« Spip », l’écureuil roux…

Combien d’amis dans le foot ?
Pas beaucoup. Après, le truc, c’est que je ne suis pas téléphone. Je suis super-content de revoir les gens mais comme j’ai du mal à garder les liens, parce que je n’envoie pas de message, que je n’appelle pas… Je ne suis pas le genre de mecs à tout le temps demander des news, et il y en a qui font ça très bien, tout le temps, comme Alexy (Bosetti) par exemple, mais je ne suis pas dans ce truc-là.

Un surnom ?
Spip ! On m’appelait comme ça. C’est un écureuil roux dans la bande dessinée « Spirou et fantasio ». On m’a toujours appelé comme ça dans un vestiaire et ce qui est marrant, c’est que quand une nouvelle saison démarrait, les nouveaux, même s’ils ne me connaissaient pas, m’appelaient comme ça ! Du centre de formation jusqu’à la fin, ça m’a suivi ! Peut-être à cause de mes cheveux, de la couleur, je ne sais pas trop.

Tu étais délégué syndical à l’UNFP quand tu étais joueur…
Il fallait un représentant et l’UNFP aimait bien que ce soit un « ancien », pour faciliter la communication. Ils avaient confiance en moi aussi. Je faisais le lien, mais je n’ai jamais poussé le truc à fond.

Tu sais qu’il y a un autre Kevin Perrot qui joue au foot ?
Oui, à Alençon (N3). On n’a pas eu la même carrière (rires). Sans lui manquer de respect !

Les supporters continuent de chanter « ta » chanson au stade Le Basser (3) ?
Oui, toujours. Quand les nouveaux arrivent, ils sont surpris. Cette chanson, c’est un beau clin d’oeil à chaque fois, et ça fait plaisir. En plus, les paroles sont marrantes.

3. La chanson : « Nous, ce qu’on veut, c’est boire l’apéro, fumer des bédos, chez Kevin Perrot ».

Toi qui a eu l’habitude du monde pro, cela ne te fait pas bizarre de jouer en R1 ?
La chance que j’ai, c’est qu’à l’US Changé, pour un club de Régional 1, les infrastructures sont cohérentes, il y a quand même des choses mises en place pour faire du foot dans de bonnes conditions et être bien. Après, c’est sur, ça reste du foot amateur. J’avais bien réfléchi avant de m’engager dans ce projet, mais je me suis dit qu’il y avait des choses sur lesquelles je devais faire des concessions. L’exigence, je me la mets tout seul, parce que pour beaucoup de joueurs, le foot à Changé, ce n’est pas leur métier, tu ne peux pas tenir le même discours. Mais j’ai été bien accueilli, par le coach, Valentin Garnier, au club depuis des années, où il a tout connu, et par tout le monde. Mais je suis engagé dans ce projet, donc je le fais à fond, même si ça devient difficile.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Stade Lavallois MFC, 13HF et DR
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