Clément Bassin (FC Rouen) :
« En N3, on disait que j’étais
à mon niveau maximum… »

Le deuxième joueur le plus capé de l’histoire des Diables rouges, pur rouennais, a progressé au rythme de son club, de la DH jusqu’à la Ligue 3, mais avec le sentiment que l’on doutait parfois de ses qualités. Aujourd’hui, à 31 ans, le capitaine du club normand, reconverti piston gauche, est devenu le défenseur le plus efficace de la division. Portrait d’un garçon exemplaire, généreux, sensible et fidèle.

Par Anthony BOYER / aboyer@13heuresfoot.fr – Photos Bernard MORVAN – FC Rouen

Photo Bernard Morvan – FCR

C’est quand même fou de se dire que, le 11 décembre 1994, il y a un peu moins de 32 ans donc, quand naissait Clément Bassin, le FC Rouen évoluait en … National ! La veille, le 10 décembre 1994 donc, les Diables rouges de Lechevallier, Costa, Savoye, Havet, Haise, Soloy, Déziré, Giguel, Quint, Corroyer, Grosbois, Orts, Belbey, De Oliveira, pour ne citer qu’eux, faisaient match nul au stade Diochon contre Louhans-Cuiseaux (1-1) devant 1908 spectateurs.

C’est fou de se dire que, 32 ans plus tard, le club de la ville aux cent clochers en est au même point. Mais pas au point mort, même s’il a pas mal voyagé dans ce laps de temps et traîné ses guêtres un peu dans toutes les divisions, presque toujours à des échelons inférieurs (DH, CFA2, CFA), sauf une fois, une seule, en Ligue 2 (en 2003-2004), une saison que tout le monde a oublié. Sauf Clément Bassin. Car c’est lors de cette saison passée en Ligue 2, un soir de derby heureux et de feu contre Le Havre (4-0), qu’il s’est assis pour la première fois dans les travées d’un Diochon incandescent. Il avait alors 10 ans. Ce fut le coup de foudre comme dans les films.

Le gamin tout blond jouait à l’époque à quelques centaines de mètres du stade, à Sotteville-lès-Rouen, et quelques mois plus tard, il signait sa première licence au FCR et enfilait sa tunique rouge qui allait, 32 ans après, devenir la cape de « Super Clément ».

À 90 matchs du record de Roger Rio

Photo Bernard Morvan – FCR

Depuis le 1er juillet 2026, Clément Bassin poursuit sa licence. Le voilà en 23e année ! 23 licences, c’est 70% de son existence passée à enfiler la tunique rouge et blanche. Cela représente aussi – chiffres à jour – 347 matchs en équipe fanion, 30 buts, et un statut de deuxième joueur le plus capé de l’histoire du club, derrière Roger Rio (437 matchs) dans les années 1930/1940.

Dans 90 matchs, Clément Bassin égalera le record de Rio. Si l’on est si affirmatif, c’est parce que le capitaine du FC Rouen vient de (re)signer pour trois ans (jusqu’en 2029). En théorie, il lui reste 102 matchs (34 matchs par saison !) pour y parvenir, à condition de ne pas prendre trop de cartons ! Utopique ? L’avenir le dira. En tout cas, dans l’entretien que le Normand nous a accordé, maillot du Téfécé (Toulouse) sur le dos – « C’est celui de la coupe de France, quand on les a affrontés ! » -, il s’est montré déterminé à l’idée de terminer sa carrière à la maison.

La longévité, pas forcément la légitimité

Photo Bernard Morvan – FCR

Une fidélité comme celle-là, dans le football contemporain, c’est rare. « Dans ma carrière d’entraîneur, je n’avais connu qu’un seul joueur avec une telle fidélité, se remémore son coach actuel, Régis Brouard; c’était Franck Azzopardi, à Niort. D’ailleurs, entre Clément et Franck, il y a des similitudes, dans les valeurs et le respect. Niort et Rouen, c’est leur club, leur famille, ça représente tellement de choses pour eux. »

Pour autant, cette longévité, ces records, cette fidélité, ne lui donnent pas la légitimité qu’il pourrait revendiquer : « Non, même si au fur et mesure des années, je prends conscience que, de par ma longévité au FCR, je deviens une personne importante dans le club, que ce soit pour les jeunes ou vis à vis de mes coéquipiers, admet Clément; Je vois bien que je deviens important, que je suis beaucoup regardé, par rapport à mon comportement, qui est étudié. Ce n’est pas parce que je suis le deuxième joueur le plus capé de l’Histoire du club que je dois me prendre pour un autre. Au contraire, il faut montrer l’exemple, rester soi-même et ne pas trop en faire. Je veux toujours véhiculer une bonne image et laisser une bonne empreinte. »

Le défenseur le plus efficace de National

Clément Bassin et le FC Rouen, c’est une grande, longue et belle histoire. Une histoire d’hommes. D’amour. De fidélité. De loyauté. D’exemplarité. De confiance. d’Honneur. Quand on demande à Régis Brouard de résumer le défenseur en trois ou quatre mots, il cite « fiable », « exemple », « quelque part un leader » et « confiance ».

C’est aussi une histoire de record et de chiffres : 6, comme le nombre de buts inscrits lors de la saison écoulée, et 4, comme le nombre de passes décisives. Des chiffres qui font de lui le défenseur le plus efficace du championnat National 2025/26. Et quand on sait que le garçon a découvert le poste de piston en cours de saison, on mesure mieux la performance !

« Je me suis pris au jeu »

Photo Bernard Morvan – FCR

Outre son adaptation rapide à ce nouveau rôle, signe aussi d’une certaine intelligence, ce qui frappe chez Clément Bassin, c’est cette faculté à se trouver au bon endroit au bon moment, souvent dans les bons coups, à roder aux abords de la surface. Cette propension à suivre les actions, à les terminer même parfois. Ce goût pour le poste, auquel il s’est fait, et ce goût pour le but, qui ne le quitte plus, sont devenus naturels.

« En fait, la saison passée, j’étais parti pour être défenseur central, comme avant, surtout que le coach voulait démarrer sur une base de quatre derrière, rembobine Clément. En match amical de préparation contre Avranches, il a eu un besoin au poste d’arrière gauche, il a alors fait appel à moi, parce qu’il savait que je pouvais dépanner là. J’ai fait 30 minutes comme ça. Je crois qu’il a aimé mon activité. Et c’est comme ça que, cette saison, j’ai évolué au poste de latéral gauche d’abord, puis au poste de piston gauche ensuite, quand le coach a estimé que l’on avait besoin de s’adapter à un autre système, en 3-5-2. Et comme en plus on avait trois défenseurs centraux assez complémentaires, Dany (Goprou), Formose (Mendy) et Sofyane (Bouzamoucha), et qui s’entendaient bien, du coup, il m’a positionné un peu plus haut et ça a fonctionné. Au fil des matchs, je me suis senti de mieux en mieux physiquement. Pourtant, c’était un poste que je découvrais. Et d’avoir pu marquer et être décisif, ça a fait que je me suis pris au jeu. J’ai pris confiance et les bonnes performances ont suivi. Et à l’arrivée, les statistiques sont plus qu’honorables. »

Régis Brouard : « C’était super-bien ! »

Photo Bernard Morvan – FCR

« Je savais que Clément pouvait répondre à différents postes, développe Régis Brouard; quand des choses m’ont sauté aux yeux, je lui ai parlé de ce poste de piston. Clément, c’est quelqu’un de tellement généreux, pas avare d’efforts… Il fallait qu’il s’habitue. Ce poste demande des courses longues, il s’y est adapté à une vitesse incroyable parce que ce n’était pas du tout prévu. Je crois pouvoir dire qu’il a pris le plus de plaisir à ce poste-là. C’est vrai qu’il est porté vers le jeu offensif, parfois trop même, il veut finir les actions, et d’ailleurs, on voyait bien chez certains de nos adversaires cette volonté de nous contrer dans son dos. Je me souviens d’un but à Caen, avec un centre du piston droit et c’est notre piston gauche, Clément, qui termine l’action au 2e poteau ! Je crois aussi qu’il a pris goût à la sensation de marquer des buts. C’était bien. C’était même super-bien ! »

Les saisons précédentes, l’on avait tellement l’habitude de le voir évoluer en défense centrale, notamment aux côtés de son compère Valentin Sanson, parti l’été 2025 à Virton, en D3 Belge, que de le voir évoluer en piston gauche fut loin d’être une évidence. Et pourtant. Ce poste met en avant son abattage, ses qualités de passe et de centre chez un joueur toujours à 200 %, à tel point qu’aujourd’hui, tout semble naturel. « C’est vrai qu’il y a des gens, que ce soit à l’intérieur du club ou à l’extérieur, qui ont vu que je prenais plus de plaisir à ce poste-là, même moi d’ailleurs, poursuit Clément ! C’est un poste hybride, il y a beaucoup de travail à effectuer, notamment défensif, mais il me permet de beaucoup me projeter vers l’avant, de me mettre en position de centres et je sais que j’ai cette qualité d’apporter des bons ballons. Et puis, le fait de participer aux actions offensives dans la surface, d’être présent au maximum dans les bons coups, aux abords de la surface, ça m’a donné confiance. A chaque fois, je pensais que j’allais peut-être être décisif ! »

« Parfois, on a remis mes qualités en question »

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Il n’y a pas qu’aux différents postes défensifs que Clément Bassin a dû s’adapter. Mais aussi au échelons, à mesure que le club les gravissait (DH, N3, N2, National), et là, ce fut beaucoup plus complexe : « Je ne vais pas te mentir, il y a eu un temps d’adaptation. Ce qui m’a toujours poussé, c’est que parfois, on a remis mes qualités en questions, confie-t-il. J’étais toujours là à me dire « Je vais prouver à ces personnes qui doutent de moi que j’ai le niveau, que je peux jouer, je vais leur démontrer mes qualités, travailler encore plus, faire plus d’efforts sur le plan « perso ». Au final, cela a payé à chaque fois, je suis resté deux ou trois saisons à un certain niveau, DH, N3, N2, j’ai pris conscience du niveau, je me suis adapté. Après, il y a eu la confiance des dirigeants aussi : elle a toujours été présente. Pourtant, chaque fois que l’on montait, et pas seulement à mes débuts, certaines personnes disaient « Bon bah Clément ça va être compliqué, il n’a pas le niveau, il faudra recruter à son poste » et finalement je suis parvenu à démontrer mes qualités, et je n’ai quasiment fait que des saisons pleines, hormis les saisons COVID. »

On en revient à cette fameuse « légitimité », et à ce vieil adage qui dit que nul n’est prophète en son pays. Alors, plus difficile pour un vrai rouennais de briller dans sa ville ? « Il ne faut pas forcément en faire plus que les autres, reprend Clément; mais quand cela fait longtemps que tu es dans un club, il suffit de faire une saison moyenne ou de ne pas être à la hauteur de ce que les dirigeants attendent pour s’entendre dire « Ce n’est pas suffisant, on va prendre un autre joueur à ta place », et c’est là qu’il faut redoubler de travail; ça m’est beaucoup arrivé quand on est monté de N2 en National, ou même de N3 en N2 : je me souviens que l’on estimait que le N3, c’était mon niveau maximum. C’est plus à ces périodes-là que l’on ne m’a peut-être pas fait assez confiance. J’ai prouvé à travers mes performances que la solution, c’était de me faire confiance. »

Valentin Sanson : « Clément est en mission »

Avec Valentin Sanson et Christopher Ibayi, ses amis. Photo Bernard Morvan – FCR

Dans l’esprit des interlocuteurs interrogés au sujet de Clément, le mot « générosité » est sans doute celui qui revient le plus souvent. Généreux sur le terrain, et dans la vie de tous les jours. Valentin Sanson, l’un de ses amis et anciens coéquipiers avec lequel il a formé, six saisons durant, la charnière centrale du FCR, confirme : « Clément, c’est quelqu’un de gentil, entier, dévoué à sa famille et à ses amis, qui sait dire les choses quand il faut et dans la vie comme sur le terrain, il est généreux. »

En revanche, s’il y a bien quelque chose qui diffère avec son comportement dans la vie de tous les jours, c’est son comportement… sur le terrain : « Alors là, poursuit l’actuel défenseur de Virton; ce n’est plus le même homme, il se transforme, il n’y a plus de copains, il n’est pas là pour faire plaisir, il est en mission. Parce qu’il joue sa vie au FC Rouen. On a longtemps évolué ensemble, on se connaît depuis l’équipe de France universitaire de Normandie, en 2015. Cette saison, pour moi, il a clairement été le meilleur rouennais de l’équipe. Le plus régulier. Il a répondu aux attentes, et en plus à ce poste de piston qu’il ne connaissait pas. Il a vraiment fait le boulot et il a rendu la confiance au centième. Et je dirais même qu’il a été le meilleur piston du championnat National. »

Docteur Clément et Mister Bassin

Ce côté « Docteur Clément et Mister Bassin », le piston pas pistonné le reconnaît : « Il y a deux Clément, deux facettes chez moi, assure-t-il; le Clément en dehors du terrain, assez posé, assez réfléchi, et le Clément sur le terrain, où là, je mets tout de côté, focus uniquement sur ma performance et sur celle de mon équipe, qui lâche les chevaux, qui se donne à 200 %. Je peux tout laisser sur le terrain, c’est ce qui me caractérise. »

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Il y a aussi le Clément sensible. S’il cite son coach actuel, Régis Brouard, en tête de liste des techniciens qui l’ont le plus marqué (lire le tac au tac plus bas), c’est peut-être en raison de ce trait de personnalité commun. Les deux hommes pensent la même chose et se retrouvent sur pas mal de points. « On n’a pas besoin de toujours se parler, on se comprend rapidement, développe l’hyper-sensible Régis Brouard; Clément comprend vite. Quand je lui parle de quelque chose qui a directement trait à l’équipe, du fait de son statut de capitaine, il n’y a pas d’ambigüité entre nous. C’est valable dans l’autre sens s’il a quelque chose à me dire. Clément, il ne se cache jamais, et moi non plus. On a une relation de confiance profonde, qui dépasse un peu le cadre du foot, parce que c’est quelqu’un qui est quand même réservé, qui ne parle pas beaucoup, qui observe beaucoup. Je pense que l’on se reconnaît un peu l’un dans l’autre. Il lui est arrivé deux ou trois fois « d’exploser », de dire les choses, et c’était de manière juste. C’est quelqu’un de très respectueux et en plus, il est performant sur le terrain. Je garde en mémoire cette image forte à Laval, après le barrage retour, quand on s’est pris tous les deux dans les bras, on avait les larmes aux yeux, c’était particulier. Il y avait de l’émotion, de la frustration, la déception, de l’incompréhension, ça le rendait fou et malade; ça va lui rester toute sa vie. »

« C’est vrai que je suis sensible, reconnaît le joueur; quand je me prends vraiment au jeu, parfois, l’émotion peut prendre le dessus. Cela a été le cas cette saison, parce que cela a quand même été assez éprouvant mentalement, et physiquement aussi. Comme je suis quelqu’un qui se donne à fond, qui ne supporte pas l’échec, cet aspect sensible peut refaire surface. En fait, j’ai tellement envie de donner de la joie aux gens, à mes proches… et quand arrive le match couperet, eh bien soit c’est la bonne nouvelle et là, c’est un « Ouf » de soulagement, les émotions sortent positivement, soit c’est l’inverse, et là c’est la frustration, ça devient difficile à encaisser. A Laval, j’ai pleuré après le match retour du barrage, parce qu’on n’avait pas obtenu ce que l’on souhaitait malgré tout le travail de la saison, et parce que cela avait beaucoup d’importance pour moi de faire monter le club en Ligue 2. Donc il y avait beaucoup de tristesse. »

Clément Bassin, du tac au tac

Photo Bernard Morvan – FCR

Pourquoi pratiques-tu le football et pourquoi à ce poste, défenseur ?
La pratique du foot, elle m’a été transmise par génération. Mon père et mon grand-père jouaient au foot, c’est venu de là. Quant au poste, j’ai toujours évolué à des postes hybrides; quand j’étais jeune, je jouais plus milieu de terrain gauche, on me positionnait là, forcément, parce que je suis gaucher, et j’ai été replacé défenseur gauche parce que je pense que je n’avais pas de grosses qualités de vitesse, et puis je savais bien me placer sur le terrain.

Meilleur souvenir sportif ?
Notre parcours en coupe de France jusqu’en 1/4 de finale et la montée de N2 en National.

Pire souvenir ?
C’est cette saison, avec la non-accession en Ligue 2.

La saison où tu as pris le plus de plaisir ?
Cette saison.

Le moins de plaisir ?
Quand on s’est maintenu en National 3, en 2017-2018, alors qu’on venait juste de monter de DH. On s’est sauvé à la dernière journée.

Après la défaite en barrage à Laval. Photo Bernard Morvan – FCR

Ton premier match en seniors avec le FC Rouen ?
Contre la réserve de Beauvais, en CFA2 à l’époque, en réserve. L’équipe fanion évoluait encore en National. Donc c’était en 2012/2013. Le coach c’était Jean-Marc Sabbatini.

Un coach qui t’a marqué ?
J’en citerais deux. Romain Djoubri, surtout pendant ma formation, il m’a vu grandir, il est encore au club (directeur technique de l’association FCR). Et Régis (Brouard), avec qui j’ai une relation particulière : il incarne un charisme et un management, il a beaucoup d’expérience; avec ce coach-là, tactiquement, j’ai beaucoup appris à ses côtés.

Un coach qui t’a moins marqué ?
Moins marqué, non, car j’estime que chaque coach a toujours quelque chose à t’apporter, même s’il y a des saisons où cela se passe moins bien, parce que le groupe adhère moins.

Un coéquipier perdu de vue que tu aimerais revoir ?
Il y a Val (Valentin Sanson) qui est parti en Belgique, on s’écrit souvent, mais on se voit beaucoup moins : là, on doit se voir justement, il est dans la région.

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Un coéquipier qui t’a marqué ?
Il y a eu Fares Ghedjemis, qui a eu une ascension fulgurante, un bon gars, qui mérite ce qui lui arrive (il joue actuellement à Frosinone en série B italienne et dispute le Mondial avec l’équipe nationale d’Algérie), Lamine Sy aussi (AJ Auxerre), et Chris Ibayi (Thoune, D1 Suisse), qui est un ami. Je suis très content pour ces joueurs-là, qui sont là où ils devraient être.

Le joueur emblématique du FC Rouen ?
Dans l’Histoire du club ? Je ne les ai pas connu mais beaucoup parlent de Jean-Pierre Orts, de Jean-François Beltramini, des figures emblématiques, je sais qu’ils ont marqué l’histoire du club, j’en connais d’autres bien sûr, ceux-là sont les plus marquants.

Les matchs historiques du FC Rouen ?
Je sais qu’il y en a eu plein, des Rouen-Bayern (en l’International Football Cup, ancêtre de la coupe Intertoto, en 1963, Ndlr), des Rouen-Arsenal, ce sont des matchs historiques, quand le FC Rouen jouait en coupe d’Europe (la Coupe des villes de foires, l’ancêtre de la Coupe UEFA, devenue aujourd’hui la Ligue Europa), les plus anciens en parlent encore.

La première fois que tu es venu voir un match à Diochon ?
C’était lors de la dernière saison du club en Ligue 2, en 2003-2004, contre Le Havre (4-0). Un bon moment.

Le stade Diochon, il est …
C’est un chaudron, il est bouillant, il y a une belle ambiance.

Le public rouennais, tu dirais qu’il est comment ?
Euh…. (rires) Il peut être bipolaire (rires) ! Il est toujours derrière son équipe, avec ses vrais supporters, qui sont là pour l’Histoire du club. Ce sont de vrais passionnés.

Combien de cartons rouges ?
Trois je crois. Non, quatre peut-être. Je n’ai plus le souvenir en tête.

Photo Bernard Morvan – FCR

Ton match référence avec le FC Rouen ?
(Rires) Je n’ai jamais terminé un match avec le sentiment d’avoir été vraiment trop fort, comme tu dis. J’ai plutôt le souvenir de matchs aboutis collectivement, où je me suis dis, ce jour-là, il ne peut rien nous arriver. Ce fut par exemple le cas contre Monaco en coupe de France, j’avais l’impression qu’on était injouables ce soir-là (1-1, le FC Rouen qualifié 6 à 5 au tab, le 8 février 2024), et pareil contre Metz, toujours en coupe, deux ou trois ans avant, on avait gagné 3 à 0 (le 6 janvier 2020, Ndlr).

Inversement, ton pire match ?
Un match qui a été très compliqué, c’est le match contre Dijon, à la dernière journée, en National (le 18 mai 2024), on avait perdu 5 à 0 chez nous. La situation était compliquée car les joueurs n’étaient plus payés. Malgré ça, on voulait bien finir devant nos supporters, mais bon… Il y a eu aussi le match de Versailles cette année chez nous, on est passé complètement au travers, et là on se dit que c’est un cauchemar, et on n’a qu’une hâte, c’est que ça se termine, le match avait été arrêté (le 9 mai 2026, 1-3, 33e journée).

Un chiffre fétiche ?
Le 18, mais il n’a aucune signification particulière. C’est juste que je l’aime bien !

Ta plus grande fierté ?
Mes enfants (Kamil 6 ans et Elaïa 3 ans). D’avoir fondé une famille et d’avoir tout construit ici, d’avoir pu allier le projet sportif avec le projet familial. C’est cette osmose-là et cet équilibre-là qui font que j’en suis là aujourd’hui. Et aussi la confiance que les dirigeants m’ont accordé au fur et à mesure. Ce sont des choses qui m’ont poussé à rester au club, à être aussi fidèle au club.

Photo Bernard Morvan – FCR

Un endroit où tu aimes bien aller à Rouen ?
Le centre-ville, me promener, rue du Gros Horloge, même si j’y vais moins à cause de mon emploi du temps.

La ville de Rouen ?
Une belle ville mais le seul problème, c’est le temps (rires) ! Il pleut un jour sur deux, et encore je suis gentil (rires).

Le FC Rouen est un club plutôt…
Ambitieux, historique, passionné, résilient.

Le football, c’est un milieu plutôt…
Le foot de haut niveau, c’est un peu particulier, un monde de requins, avec de la jalousie parfois, mais cela reste de la passion, avec beaucoup d’enjeux.

Clément Bassin, un joueur plutôt comment …
Qui se donne toujours à 200 % pour ses coéquipiers et pour son club. Un passionné aussi.

Marvin Gakpa s’est engagé au FC Rouen : tu vas lui serrer la main ?
Bah oui pourquoi ? C’est quoi cette question ?

Il a joué à QRM
(Rires) On sait faire la part des choses quand même ! On peut avoir joué à QRM et venir au FCR ! Il y a des joueurs à QRM avec qui je m’entends très bien. La rivalité, elle est plus au niveau des clubs qu’entre les joueurs.

Tes goûts musicaux ?
J’écoute un peu de tout, rap français, rap américain, du son latino, un peu de house music, je suis assez ouvert.

Cinéma, films ?
Oui, mais c’est de plus en plus rare. Je n’ai pas d’acteur ou d’actrice fétiches.

Des dessins animés du coup ?
Même pas ! Les enfants demandent tellement de temps que l’on n’a même pas le temps.

Photo Bernard Morvan – FCR

Tu as le temps pour les passions, à part la famille et le foot ?
J’aime bien le padel, je joue de temps en temps. J’aime bien les cartes aussi, les jeux de société; comme la manille, la belote, mais un peu moins, car il n’y en a pas beaucoup qui savent jouer.

Une destination de vacances ?
Mon épouse a des origines portugaises, on va au Portugal, c’est vraiment une belle destination, les gens sont très accueillants. J’ai adoré les États-Unis, j’ai eu la chance de faire un road-trip et j’ai le projet de découvrir ce pays encore plus.

Une ville que tu aimes bien, en dehors de Rouen ?
Cannes et la Côte d’Azur en général, Nice, Saint-Raphaël… Je suis venu cette année, et l’année dernière aussi.

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
(Il réfléchit longuement) Fares Ghedjemis et Lamine Sy.

Photo Bernard Morvan – FCR

Des manies, des rituels, des tocs avant un match ?
Un rituel plutôt, ma routine d’avant match : après la reconnaissance terrain, je prends un petit café, je passe chez le kiné, Mathieu, pour un petit massage, et ensuite un peu de gainage, des pompes pur déverouiller un peu tout ça ! Et après, go pour l’échauffement !

Un plat, une boisson ?
Les pâtes, et je suis « team eau gazeuse », j’aime trop ça (rires) !

Ton idole de jeunesse ?
Zidane.

Ton modèle de défenseur ?
Sergio Ramos.

Un sportif autre qu’un footballeur ?
Roger Federer.

Ton plus beau but ?
Je ne sais pas si c’est mon plus beau but mais c’est celui qui m’a procuré le plus d’émotion, contre l’AS Monaco en coupe de France, j’égalise et là, j’ai l’impression que le stade va s’effondrer (rires) ! L’émotion qui m’a traversé à ce moment précis, ce fut juste incroyable. Il y avait une telle attente autour de ce match. Ce but a eu une saveur particulière.


Vidéo : le but de Clément Bassin face à l’AS Monaco en coupe de France

Combien d’amis dans le football ?
Pas beaucoup. Cinq ou six.

Un président marquant ?
J’avais de bonnes relations avec Fabrice Tardy, qui a fait beaucoup pour le club, il tenait ses engagements, et j’ai une pensée pour Maximilien De Wailly qui est décédé (en 2022), il voulait structurer le club, c’était une belle personne.

Photo Bernard Morvan – FCR

Antoine Bulard, ancien chargé de communication de QRM, a une question pour toi : « Tu te verrais mourir à Rouen ou mourir pour le FC Rouen » ?
Mourir à Rouen, ce n’est pas le projet (rires) alors par défaut je dirais « mourir pour le FC Rouen » !

Tes qualités et tes défauts selon toi sur un terrain ?
J’ai une qualité qui peut être un défaut, c’est ma combativité, ça peut porter à préjudice, même si, maintenant, avec l’expérience, je fais plus attention. Ma qualité principale, c’est ma qualité de passe, de centre. Je ne suis pas un joueur qui va essayer d’en faire trop, j’essaie de jouer le plus juste possible. Un de mes défauts, c’est la vitesse : je pense que c’est le critère qui a fait que je ne suis pas allé plus au-dessus. Je compense par le placement.

Tes qualités et tes défauts dans le vie de tous les jours ?
Qualités, je dirais l’humilité, le travail, la persévérance, ce sont mes valeurs, je me donne toujours à 100 % quelque soit le projet dans lequel je me lance, tout en restant le plus humble possible. Défauts ? Parfois, je suis trop gentil. Je ne dis pas « merde » quand il faut dire « merde ». Je suis généreux, je suis capable de donner quand j’aime les gens.

Photo Bernard Morvan – FCR

La non-montée en Ligue 2 cette année, elle est due à quoi ?
On était en surrégime en première partie de saison. On a eu beaucoup de réussite, l’équipe tournait bien, avec très peu de blessés. Et il y a eu des départs à la trêve qui ont fait mal et on n’a pas eu forcément cette osmose dans le jeu avec ceux qui sont arrivés alors que ce sont tous des bon gars, mais parfois, l’intégration ne se fait pas sur le collectif, comme là, et c’est dommage, parce que je pense qu’en terme de cohésion, ce groupe 2025-26 est le meilleur que j’ai eu dans toute ma carrière. Tout le monde s’entendait vraiment bien. C’était vraiment sympa. Des joueurs importants se sont blessés et on n’a pas su les remplacer. On a eu ce creux de deux mois qui nous a fait du tort, avec moins de réussite aussi, et malgré ça, on a su rester en vie, se remettre dans le droit chemin pour aller jusqu’en barrage, mais c’était le minimum, parce que, par rapport à l’équipe que l’on avait, je pense qu’on aurait pu terminer plus haut.

Tu as envie de finir ta carrière à Rouen ?
J’ai eu des propositions cet été.. mais j’ai fait le choix de prolonger de 3 ans au FC Rouen; ça m’amène jusqu’à mes 34 ans, et là, si mon corps me le permet encore, je continuerai, mais je ne serai plus très loin de la fin de carrière. Donc potentiellement oui, la fin de carrière se terminera à Rouen. C’est un objectif depuis déjà quelques années de me dire « voilà, j’ai fini ma carrière, je n’ai fait qu’un seul club dans toute ma vie même si j’ai joué 2 ans à Sotteville quand j’étais petit, et je veux honorer les couleurs du club le plus possible et sans regret ». Après ? Je ne sais pas, je vis pleinement l’instant présent, je ne suis concentré que sur le sportif, sur ma carrière pro, mais cela ne m’inquiète pas, je me suis constitué un bon réseau, il y aura des choses qui seront tout aussi intéressantes.

Championnat de Ligue 3 (saison 2026-27) – Vendredi 7 août 2026 (journée 1) : FC Rouen – AS Cannes, à 20h45, au stade Diochon.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Bernard MORVAN – FC Rouen 
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