N3 / François Masson (GSI Pontivy) : « Allons chercher les émotions qu’on mérite ! »

L’ex-meneur de jeu professionnel, passé par Dijon, Brest, Cannes et Amiens, formé à Rennes, sa ville natale, et Angers, s’est révélé à Beaucouzé au poste d’entraîneur (R1, N3). L’été dernier, le Breton (46 ans), discret, réfléchi, réservé, a pris les commandes de la GSI avec succès : à 8 journées de la fin, son équipe mène la danse et pourrait, 11 ans après, retrouver le National 2.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Chloé Trohel et Mathias Le Hel (GSI Pontivy)

Photo Chloé Trohel / GSI Pontivy

Il y a des dates, comme ça, qui marquent. Que l’on n’oublie pas. Qui forge un mental et restent gravées dans les mémoires. Cette histoire, c’est celle du GSI Pontivy, et elle est unique dans les annales.

Flash back. Ce 12 juin 1999, les « Verts » de la GSI (« GSI » pour La Garde Saint-Ivy) sont en CFA (N2 aujourd’hui) et font match nul à Reims (3-3), qui n’est pas encore redevenu un club professionnel. Ils s’inclinent aux tirs au but mais qu’importe, ils marquent un point qui suffit à leur bonheur. Grâce à ce point, ils terminent en tête des barrages d’accession en National et d’un mini-championnat avec les quatre meilleurs deuxièmes clubs amateurs de chacun des quatre groupes de CFA : Beaucaire (qu’ils ont battu 2-0), Limoges (qu’ils ont battu 1-0) et donc Reims (3-3).

Face aux Champenois, les trois buteurs s’appellent Christophe Duboscq, qui égalise à la 86e, Cyrille Watier et… François Masson. Voilà, ça y est, la GSI est en National ! Elle va se frotter au Red Star, au Gazelec Ajaccio, au Paris FC, à Beauvais, Martigues, Angers, Grenoble, Valenciennes, Pau, Clermont, le Racing, Istres, Besançon et plein d’autres équipes de ce calibre ! Du moins c’est ce qu’elle croit…

Le 24 juin 1999, dix jours après la « finale » face à Reims, la nouvelle tombe. La DNCG tranche. Pour des raisons financières, elle prononce l’interdiction d’accession au club pontivyen, qui n’accompagnera donc pas l’AS Evry, le premier de sa poule. Le Stade de Reims, 2e des barrages, est repêché et prend sa place…

Quand la GSI se fait un nom sur la scène nationale

Sous la pluie bretonne… Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

François Masson disputera une deuxième saison, en 1999-2000, ponctuée à la 9e place d’un groupe dominé cette fois par le Stade Brestois, qui lui non plus n’est pas encore redevenu un club professionnel. Cette même saison, Pontivy se fait un nom sur la scène « nationale » avec un 8e de finale de coupe de France, disputé à Guingamp face à l’AS Monaco (0-4).

Puis en 2000, il part embrasser une carrière pro en Division 2 à l’AS Cannes, après avoir déjà fréquenté les centres de formation de Rennes (de 1993 à 1996) et d’Angers (stagiaire-pro de 1996 à 1998) avant le dépôt de bilan du SCO. À ce moment-là, le natif de Rennes, qui a commencé le foot à l’âge de 6 ans à Chasné-sur-Illet puis juste à côté, à l’US Liffré, en Ille-et-Vilaine, ne le sait pas encore, mais il reviendra à Pontivy, 25 ans plus tard, et avec la casquette d’entraîneur cette fois ! « Après la fin de l’aventure au SCO d’Angers, le club de la GSI Pontivy m’a proposé de jouer et de pouvoir en même temps passer mon Bac ES, raconte celui qui a toujours évolué au poste de milieu offensif, parfois excentré, souvent axial en meneur de jeu.« 

Samuel Hays, président de la GSI. Photo Chloe Trohel – GSI Pontivy

Cannes donc, en D2 et en National, et à deux reprises, Dijon surtout (National et Ligue 2), Brest (Ligue 2), Amiens aussi (National), et enfin Vitré à la fin de sa carrière, en CFA2, en amateur : « Lors de mon premier passage à Cannes, en D2, je n’ai fait beaucoup joué (11 matchs), je me suis blessé au quadriceps en début de saison. Ensuite, je suis resté en National avant de partir 5 ans à Dijon (2 saisons en National, 3 en Ligue 2), où je suis arrivé et parti en même temps que Rudi Garcia. Puis j’ai signé à Brest 2 ans avec Pascal Janin, Corentin Martins en transition, Gérald Baticle et Alex Dupont lors de la deuxième année pour les quatre derniers matchs d’une opération maintien. Ensuite, j’ai signé un an à Amiens en National avec Serge Romano et Ludovic Batelli, avant un retour à Cannes avec Albert Emon. Après mon deuxième passage à Cannes, en 2010-2011, j’aurais pu continuer à vivre du foot, mais je sortais d’une grave blessure (croisés) et l’idée, c’était de m’installer, de me poser, de prioriser la carrière professionnelle de mon épouse. En fait, on remettait à jour sa carrière. Elle travaillait à Rennes à l’époque et on s’est installé à Vitré. » L’expérience dure un an.

Le foot à plein temps depuis 2021

Photo Chloé Trohel / GSI Pontivy

Entretemps, il y a encore une pige à La Chapelle-des-Marais (Loire-Atlantique). Puis la famille Masson s’installe à côté d’Angers, à Beaucouzé, la ville dont est originaire Sonia, l’épouse de François, et où ses beaux-parents, malades, habitent. Là encore avec une idée derrière la tête : se rapprocher d’eux. « C’est là, à Beaucouzé, que j’ai terminé ma carrière de joueur et passé mes diplômes d’entraîneur. J’ai eu mon BEF (il est aujourd’hui titulaire du DES). Quand j’arrive, en fait, je suis adjoint de l’équipe seniors en DH, je joue encore pour « dépanner », j’entraîne les U19. Je fais mes armes en quelque sorte. »

Sonia, son épouse, tombe malade. Direction Cholet. Pour la rapprocher de son travail. Pour faciliter ses déplacements. Et puis, le hasard fait le reste : « Le propriétaire de l’appartement qu’on louait à Cholet faisait partie de l’association du SO Cholet. Il a su que j’avais le BEF et m’a proposé de rejoindre le club. J’y suis resté deux ans et ça s’est plutôt bien passé. J’étais responsable de la formation et responsable de foot. Les U17 sont montés en Nationaux. Mais avec mon épouse, on avait aussi ce projet de racheter la maison de mes beaux parents, malheureusement décédés, et on est retourné à Beaucouzé ».

L’histoire continue. Après un an sans ballon, François apprend que Lionel Duarte, l’emblématique coach de Beaucouzé, s’en va. « On habitait à 200 mètres du stade ! Du coup les anciens du club me demandent si ça m’intéresse de prendre la suite en seniors DH, avec la responsabilité technique du club. J’ai accepté. C’est comme ça que j’ai remis les pieds dans le foot, à plein temps. On a fait des belles saisons. La première année, on est monté en National 3 (en 2022), puis on est redescendu. Je suis resté 4 ans (de 2021 à 2025). Il y a eu l’accession en U19 Nationaux aussi. Mais je pense qu’il était temps de passer la main. J’étais arrivé au bout. Je savais qu’il y avait de la compétence au sein du club. Et puis 4 ans, c’est bien. Surtout que j’ai vraiment dépensé beaucoup d’énergie dans la structuration du club, mais c’était très formateur. »

Contacté après un « post » sur LinkedIn

Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Alors qu’il prévient assez tôt, durant l’hiver, de son départ – « Je voulais que ça se passe bien, que le club de Beaucouzé ait le temps de se retourner » – , la GSI Pontivy fait elle aussi face, et presque au même moment, au départ de Philippe Pinson à la tête de l’équipe de N3. « Là, une personne du club de la GSI, Joris Le Denmat, a vu mon annonce sur LinkedIn. Il connaissait mon parcours et mon premier passage comme joueur à la GSI. Il m a contacté. Moi, de mon côté, évidemment, je connaissais le club et, surtout, j’avais gardé un souvenir assez extraordinaire de mes deux saisons. Avec la GSI, ça s’est fait naturellement. »

À Pontivy, François Masson est venu tout seul. Là encore, l’idée, c’est de voir, de faire une année de transition d’un point de vue familiale : « Ce sont des choix de vie. Mon épouse est avec ma fille à Beaucouzé, à 250 km, on se rejoint les week-ends. J’ai un fils également, qui lui est sur Paris. On verra où ça nous mène : peut-être que l’on fera les choses de manière plus ordonnée la saison prochaine, on verra ».

De son côté, le club pontivyen, présidé depuis juin 2025 par Samuel Hays, ne doit pas regretter son choix. Depuis le début de saison, la GSI Pontivy multiplie les bons résultats. C’est simple, après 18 journées de championnat (il en reste 8 à disputer), les « Verts », qui n’ont jamais perdu à l’extérieur, caracolent en tête de la poule C de National 3 (12 victoires, 5 nuls et 1 défaite seulement). Mieux encore, ils affichent 41 points, meilleur score des huit poules, ex aequo avec le Racing-club de France, leader de sa poule D.

Le National 2, onze ans après ?

Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Invaincus depuis le 6 décembre et une défaite à domicile face à La Saint-Pierre de Milizac, laquelle avait mis fin à une première série de 9 matchs sans défaite (6 victoires et 3 nuls), les Bretons, lancés dans une nouvelle série (en cours) de 8 matchs sans défaite (6 victoires et 2 nuls), vont-il retrouver le National 2, onze ans après l’avoir quitté en 2015 ? « On fait une saison extraordinaire, on a fait aussi un 32e de coupe contre Bastia, rappelle François Masson; la montée en N2 n’était pas un objectif priorisé en début d’année, quand l’idée était plutôt de faire une année de transition, d’aller chercher ce qu’on pouvait aller chercher, et au final, ça se passe très bien, avec de supers « gamins ». On verra où ça nous mène mais pour l’instant, c’est trop tôt pour parler d’accession. »

Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Pourtant, avec 6 points d’avance sur Vire, et un calendrier « favorable » (5 réceptions et 3 déplacements, dont un à Vire le 9 mai lors de la 25e et avant-dernière journée), les voyants sont … au vert ! La GSI est en tout cas bien lancée, même si tout reste à faire. Le public du « Faubourg » revient petit à petit au stade, et espère revivre une deuxième accession après celle de DH en CFA2 (N3) en 2017, après la double descente de 2015-2017. On n’imagine même pas ce que cela pourrait être si le Stade Pontivyen, l’autre club de cette ville de 15 000 âmes, leader de sa poule en Régional 1, et qui partage les installations du stade du Faubourg de Verdun, venait à accéder en N3, un championnat qu’il a déjà fréquenté pendant 4 ans, de 2018 à 2022 (avec des derbys endiablés avec la GSI) et à nouveau pendant un an, lors de la saison 2023-2024 ! À Pontivy, le printemps qui arrive pourrait bien être synonyme de folie !

Quelques heures avant de se rendre à Rennes, pour y affronter la réserve des professionnels en championnat (1-1), François Masson (46 ans) a évoqué ses souvenirs de joueur mais aussi sa nouvelle vie d’entraîneur. Entretien avec un garçon posé, calme et sans cesse dans la réflexion.

Interview : « Rendre au club ce qu’il m’a apporté »

Sous le soleil azuréen, et sous le maillot de Cannes en 2010. Photo Serge Haouzi / NM

François, quand as-tu su que tu voulais devenir entraîneur ?
C’est vrai que je ne me destinais pas vraiment à ça, mais entraîner, ça m’a permis de rester dans mon domaine « passion ». Il y a eu une première approche à Beaucouzé, quand Lionel Duarte, mon entraîneur, avec qui je m’entendais très bien, me disait de passer mes diplômes. J’ai donc passé mon DES l’année de la montée en N3 avec Beaucouzé. Je pense que, d’ici deux à trois ans, on verra, j’irai vers d’autres diplômes, peut-être le BEPF, mais pour l’instant, je suis bien comme ça. L’idée, c’est de continuer de me développer, d’essayer, de voir si c’est réalisable. J’ai une vision à moyen terme.

Revenons sur la fin de ta carrière de joueur : pourquoi, à l’âge de 32 ans, es-tu passé du National au CFA2, de Cannes à Vitré ?
J’étais lassé, usé… J’ai vécu des choses difficiles sur ma fin de carrière notamment à Cannes, avec les croisés : je me suis fait ça tout seul en janvier, contre Strasbourg, à Coubertin, sur un changement d’appui. Il y a eu aussi la non-montée avec Cannes en Ligue 2, et un cambriolage qui a mal tourné parce que je me suis fait usurper mon identité. J’essayais de faire l’analyse de tout ça, tout se mélangeait… J’ai souvent fait déménager ma famille, souvent changé de club, mon fils rentrait en 6e… En fait, je voulais un peu de stabilité et je trouvais que le football ne m’en offrait pas. J’ai voulu changer d’air, ça m’a fait du bien. En plus, Cannes allait déposer le bilan et de toute façon je n’étais pas dans les petits papiers. J’ai été un peu déçu par le club, je suis resté sur le carreau, alors que j’avais besoin d’un petit peu d’aide à cette période, même si j’avais le Red Star qui me proposait un an en National. La vérité, c’est que j’étais fatigué psychologiquement, surtout. Je suis parti à Vitré, où j’étais simplement joueur. Mais à cette période, je voulais sortir du foot, le milieu ne me plaisait plus trop même si j’aimais jouer, que ça me rendait heureux parce que j’étais passionné. En fait, j’avais l’impression d’être dans une machine à laver. J’ai fait autre chose, comme des formations, mais au bout du compte, je me suis rendu compte que le foot me manquait, que c’est ce que j’aimais, que c’était difficile de s’en détacher.

Le public du stade du Faubourg de Verdun, en coupe de France, face à Bastia, en décembre 2025. Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Parlons de la GSI Pontivy : présente-nous le club…
C’est un club qui a construit sa notoriété en coupe de France, qui est historique en Bretagne, avec un passé, une culture. Il est reconnu pour relancer des joueurs, d’ailleurs, c’est ce que j’essaie de faire aussi. Les structures sont de bonnes qualités, on les partage avec le Stade Pontivyen, l’autre club de la ville, qui fait une très belle saison en Régional 1 (coleader).

Du coup on partage les deux synthétiques, une semaine sur l’autre, ça ce n’est pas évident, et on a aussi un terrain engazonné mais c’est compliqué l’hiver… Et le terrain d’honneur, on le partage aussi pour les matchs de championnat, un week-end sur deux. Là, le public commence à revenir. Je me souviens qu’à l’époque où je jouais à la GSI, on faisait entre 1000 et 1500 à chaque match à la maison, et je me souviens aussi du derby à Brest, en CFA, devant 10 000 personnes !

« Une passion une histoire, un engouement, une âme »

Le public du stade du Faubourg de Verdun, en coupe de France, face à Bastia, en décembre 2025. Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Et cette année, le public revient ?
Aujourd’hui, on n’est pas loin des 500 ou 600, alors qu’en début de saison, on était 200 ou 300, c’était plus difficile. C’est à nous de donner aux gens l’envie de revenir au stade, parce qu’il y a un potentiel public ici. Quand on a reçu Bastia récemment en 32e de finale de coupe de France (0-1, le 20 décembre dernier), on a joué devant près de 3000 personnes, parce qu’on ne pouvait pas accueillir plus de monde. Il y a vraiment quelque chose autour du club, une passion, une histoire, un engouement… La GSI a un truc en plus, une âme, et dégage quelque chose. Le stade aussi, le « Faubourg », a un côté « britisth » : on se croirait en 4e ou 5e division en Angleterre ! Il y a du chauvinisme, de la passion, même si j’aimerais que ce soit parfois plus exacerbé, parce que ça reste encore gentillet, mais tu sens qu’à la moindre étincelle, ça repart !

Avec le Stade Pontivyen, peut-on parler de rivalité ?
De rivalité sportive oui. C’est une rivalité qui s’assainit, notamment parce que beaucoup de joueurs passent d’un club à l’autre, et avec les bénévoles, les dirigeants, on se connaît tous, on n’a pas de problème particulier. Mais cette rivalité sportive créée de l’émulation. Quant à une éventuelle fusion, j’en entends parler depuis toujours, c’est quelque chose que je ne maîtrise pas. Mais c’est sûr que ça pourrait donner un top club. Après, il y a des « historiques » de chaque côté, un passé qui se respecte aussi, il faut tenir compte de tout ça. Maintenant, pour Pontivy et ses 15 000 habitants, ce serait extraordinaire qu’on ait deux clubs en N2 et N3 l’an prochain.

« Ici, soit tu es pour le Stade Pontivyen, soit tu es pour la GSI »

Photo Chloé Trohel / GSI Pontivy

Les gens qui vont voir la GSI vont-ils aussi voir le Stade ?
Non. Ici, soit tu es pour le Stade, soit tu es pour la GSI. ceux qui vont voir le stade ne vont pas voir la GSI. Je suis allé les voir une fois contre Vannes. Le coach du Stade, c’est un ancien de la GSI, Stéphane Le Garrec (ex-gardien de but de Lorient et Guingamp notamment en L1 et L2 dans les années 90 et 2000). D’ailleurs, c’est contre lui et Lorient que j’ai marqué mon premier but en pro avec Cannes, en Division 2, sur penalty, au stade Coubertin (saison 2000/2001).

Ton équipe ?
Elle est jeune, elle a 24 ans de moyenne d’âge, sur un effectif de 26 joueurs. On a 4 joueurs qui ont 19 ans et pas mal de « 2003 » aussi. Certains ont embrassé le niveau supérieur et ont joué en National, comme Calvin Mangan (Châteauroux, Epinal, Colomiers, Sedan, etc.). J’en ai certains qui viennent de Vannes, Lorient, Saint-Brieuc, etc; ici, on peut attirer un vivier intéressant de par notre position géographique, en centre Bretagne. Il y a beaucoup de clubs pros autour de nous. À la GSI Pontivy, il y a aussi une qualité de formation, qui lui permet d’être à ce niveau-là. Pas mal de joueurs aussi ont connu les centres de formation, comme Lorient, Brest ou même Rennes, ça permet de travailler sur un contenu de base très intéressant.

« Sur le terrain, je suis une autre personne ! »

Sous le maillot de Cannes en 2010. Photo Serge Haouzi / NM

Joueur, tu étais quelqu’un de discret, calme, réservé : comment devient-on entraîneur quand on est comme ça ?
C’est vrai que devenir entraîneur, c’est même surprenant pour moi, et aussi pour mes proches. Ils ont la sensation de me connaître dans la vie de tous les jours et quand je suis sur le banc, c’est différent, j’enfile la casquette ! En fait, c’est cette volonté chez moi de transmettre qui fait que je me transcende. Sur le terrain, je suis une autre personne. Mais c’est vrai que ça me faisait un peu peur, j’avais cette crainte quant à mon potentiel à devenir entraîneur, surtout quand on est réservé comme moi. Il a fallu aller chercher des choses au fond de moi, il a fallu que je me fasse mal (sic) alors que quand j’étais joueur, je ne faisais pas vague, j’étais appliqué, je restais à ma place, concentré sur ma mission. Là, il faut aller chercher des ressources. C’est ce qui me plaît dans ce métier, essayer de transmettre des choses au joueurs, à travers les émotions; entraîner, ça me permet de partager mes convictions avec des joueurs, je dis bien des convictions, pas des certitudes, parce que ça, je n’en ai pas. J’ai plutôt une philosophie : je laisse les cartes en mains aux joueurs. Je leur dis qu’ils ont des choses extraordinaires à vivre en termes d’émotion, de partage, de réflexion. J’essaie d’axer mon discours là-dessus. Et j’essaie de leur apporter des choses que j’ai aimé quand j’étais joueur, de leur éviter aussi de tomber dans des pièges dans lesquels je suis tombé, comme la perception de soi, la confiance, les qualités de chacun et leurs développements.

Joueur, tu as eu des coachs marquants ?
Bien sûr. Beaucoup m’ont marqué. J’ai pris des idées chez certains mais j’essaie de garder ma propre identité, de ne pas faire de copier-coller. Et ce que j’ai moins apprécié chez d’autres, je ne l’applique pas. C’est assez logique. Il y a Rudi Garcia, forcément, je l’ai eu pendant 5 ans : on est arrivé ensemble à Dijon et on est parti en même temps. Il il a eu un impact sur moi. J’ai connu le Rudi Garcia semi-professionnel, qui a fait la bascule en Ligue 2, on sentait qu’il prenait de l’ampleur et qu’il n’allait pas s’arrêter là, que quelque chose s’était passé chez lui. Après, humainement, René Marsiglia à Cannes m’a beaucoup marqué. Je parle souvent de lui (René Marsiglia est décédé en 2016), je l’ai eu en National la deuxième année lors de mon premier passage à Cannes, malheureusement, avec lui, on a loupé la remontée en Ligue 2 lors du dernier match contre Valence. Paradoxalement, c’est peut-être celui qui m’a le moins fait jouer, parce que j’étais en concurrence avec Franck Durix, mais je rentrais à chaque fois, j’ai dû faire ma trentaine de matchs et une dizaine de titularisations. En termes de contenu de séances et de relations humaines, René Marsiglia m’a bluffé. Il restera à jamais dans ma mémoire et sera toujours un modèle d’entraîneur. Si je devais donner un profil d’entraîneur idoine, ce serait un mélange de Rudi Garcia et de René Marsiglia.

« Franck Durix à Cannes, c’était la grande classe ! »

Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Tu sais qu’à Cannes, près de 25 ans après, on parle encore de ce match contre Valence…
Pour beaucoup, ça reste une blessure, ça marque, on a dû rester deux ou trois heures groggy dans le vestiaire. C’est en tout cas mon plus mauvais souvenir de footballeur. Je me souviens du vestiaire à la fin du match… C’est dommage, on avait un joli groupe et le coach méritait qu’on retrouve la Ligue 2.

Te souviens-tu de ton premier match en pro ?
Avec Cannes, contre Angers, à Coubertin (saison 2000-2001), en D2.

Milieu offensif, ton poste de prédilection ?
J’ai toujours joué milieu offensif / meneur de jeu, mais ça dépendait aussi des systèmes, par exemple, à Dijon, avec Rudi Garcia, j’étais plus excentré.

Un coéquipier marquant ?
Franck Durix, à Cannes, c’était la grande classe. Jan Koller aussi quand même. Et Stéphane Grégoire à Dijon, un exemple. Lorsqu’on côtoie ce type de joueurs, on comprend mieux leur carrière. Ils sont très pros. J’avais plus d’appétence à me rapprocher de ce type de joueurs-là.

Un joueur avec lequel tu avais un bon feeling sur le terrain ?
Celui qui me vient à l’esprit, c’est Stéphane Mangione, un ami, à Dijon. Il jouait attaquant, on se trouvait assez facilement sur le terrain.

Tu sais que tu es né le même jour qu’un ancien de tes coéquipiers à Cannes, qui porte presque le même nom que toi, mais qui est plus âge ?
Oui, c’est le gardien François Lemasson, un historique de Cannes, il est né comme moi, un 15 novembre !

« Mon modèle, c’était Jean Tigana »

Ibrahim Et-Touguani. Photo Chloé Trohel / GSI Pontivy

Un modèle de joueur quand tu étais petit ?
Mon premier modèle, c’était Jean Tigana. La première Coupe du monde que j’ai regardée, c’était en 1986 avec mon papa, au Mexique, et je disais tout le temps que je voulais être Jean Tigana ! Aujourd’hui, quand je revois des images de lui, il avait une activité folle sur le terrain, je peux comprendre que je voulais lui ressembler ! Pourtant, y’avait plein d’autres excellents joueurs en équipe de France. Par la suite, ce fut Zidane, que j’ai croisé à Cannes pour le match du Centenaire, en 2002.

Un sport, autre que le foot ?
Le basket.

Tu étais un joueur plutôt…
Un joueur à sensibilité technique avec le ballon, un joueur dans la réflexion.

Tu es un entraîneur plutôt…
J’espère être un entraîneur humain et sensible à la réflexion.

« Créer et utiliser les espaces »

Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Ta philosophie de jeu ?
J’aime le jeu au sol. À la GSI, on essaie d’avoir un jeu de possession intéressant. L’idée, par ce jeu de position et de possession, est de créer des espaces et de les utiliser, ce n’est pas juste avoir une possession stérile. J’ai une philosophie de jeu que j’essaie d’adapter aux qualités des joueurs. J’essaie de ne pas être trop directif, de laisser mettre en avant leurs qualités. Le groupe adhère à ça. On est dans un système en 4-1-4-1, notre structure de base, et à partir de ça, on essaie de créer des positions qui puissent nous permettre de nous offrir du temps et de l’espace.

Tu as le temps d’aller voir des matchs ?
Je regarde beaucoup de matchs à la télé et je vais voir les équipes du club le dimanche, notamment pour suivre nos jeunes.

Une phrase, un dicton ?
Oui, et ça va faire sourire les gens de Beaucouzé et de Pontivy : « Allons chercher les émotions qu’on mérite ! » C’est pour ça qu’on joue au foot, pour les émotions, c’est vraiment quelque chose de quantifiable. Peu de sports permettent d’en procurer autant que le foot. Et sur l’aspect du jeu, j’aime bien répéter aux joueur de « créer et utiliser les espaces », on est vraiment là-dessus. C’est pour ça aussi, nos adversaires savent maintenant ce que l’on essaie de mettre en place et essaient de contrecarrer ça. On est attendu du fait de notre classement, ce qui n’était pas forcément le cas en début de saison. Cette série-là, on va la chercher aussi par d’autres valeurs, comme la solidarité, la résilience et la capacité à se faire mal dans les moments difficiles. Parce que c’est forcément difficile de gagner un match, en raison des paramètres maîtrisables ou non maîtrisables, des problématiques… En fait, à chaque match, ce sont des conditions différentes, des adversaires différents, des nouvelles problématiques, c’est ce qui fait que ce sport est magnifique.

« On sait tous à qui on doit des choses »

Le Pontivyen Léo Faure – Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Meilleur souvenir de joueur ?
La montée en Ligue 2 avec Dijon en 2004.

Un entraîneur que tu n’as pas forcément envie de revoir ?
J’aimerais bien discuter avec certains, avec qui ça n’a pas collé par exemple, comme Gérald Baticle à Brest, où ça s’était mal goupillé, entre guillemets. J’ai des regrets du point de vue de ma position de joueur, mais aujourd’hui, je comprends aussi la difficulté du rôle d’entraîneur : avec lui, j’aimerais avoir une discussion, c’était sa première expérience en tant que coach et ça ne s’est pas passé comme je l’aurais aimé.

Un entraîneur que tu aimerais bien revoir ?
Il y en a plein ! J’aime beaucoup recroiser des personnes que j’ai connues et qui m’ont aidées. Ici, à Pontivy, je croise régulièrement l’entraîneur que j’ai eu lors de mon premier passage quand j’étais joueur, c’est Michel Jarnigon, il s’est lancé en politique, il est premier adjoint à la Ville et candidat pour devenir maire. Il m’a marqué et je lui suis très reconnaissant, parce que grâce à lui j’ai pu passer mon bac et jouer en CFA à Pontivy. J’avais moins de nouvelles de lui même si j avais suivi son cursus, et le fait de revenir ici m’a permis de le croiser avec plaisir. On sait tous à qui on doit des choses; ça rejoint aussi l’idée d’être ici, de rendre au club ce qu’il m’a apporté.

« Je n’ai aucun regret »

Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Plus beau but ?
Dijon – Reims, un lob.

La saison où tu as pris le plus de plaisir sur le terrain ?
La saison 2003-04 avec Dijon, avec une demi-finale de coupe de France (élimination 2-0 à Châteauroux) et une montée en Ligue 2.

Le club où tu as failli signer ?
Saint-Etienne en décembre 1999, alors que j’étais à la GSI. J’ai voulu terminer la saison à Pontivy.

Un président marquant ?
J’en ai croisé beaucoup, de prime abord je pense à Bernard Gnecchi au DFCO.

Ton geste technique préféré c’était quoi ?
La prise de balle orientée.

Si tu n’avais pas été footballeur, tu aurais fait quoi ?
Certainement professeur de sport.

Y a-t-il eu une erreur de casting dans ta carrière de joueur ?
Je n’ai aucun regret.

Photo Mathias Le Hel / GSI Pontivy

Le meilleur match de ta carrière, selon toi ?
Un match contre Lens en coupe de France (Ligue 1), en janvier 2004, avec Dijon. Ce soir-là, il y avait une sensation de force collective.

Le pire match de ta carrière ?
Mon dernier match avec Brest contre Nîmes, en D2.

Un stade et un club mythique pour toi ?
Boca Juniors et la Bombonera.

Une causerie de coach marquante ?
Une causerie de René Marsiglia à Clermont, lors de la 2e journée de championnat. Il avait presque prédit l’intégralité de la saison et dit une phrase que j’ai toujours gardé en tête. « Jouez-le comme si c’était votre dernier match. »

Une consigne de coach que tu n’as jamais comprise ?
« Tu dois la mettre ! » Oui, en général, le joueur est au courant !

Le club de Pontivy en deux ou trois mots ?
Passionné et humble.

Le milieu du foot en quelques mots ?
Passionnant et stimulant.

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Chloé TROHEL et Mathias LE HEL (GSI Pontivy)
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