N2 / Christophe Chabot (Vendée FC La Roche-sur-Yon) : « On est sur un super projet ! »

Le président du leader de la poule A, bien placé pour la montée en Ligue 3, n’en démord pas : selon lui, le retour du foot professionnel à La Roche passe par son projet vendéen selon lequel un maximum de clubs du département deviendraient actionnaires et donc copropriétaires. Une idée qui n’a pas fait l’unanimité. Mais le chef d’entreprise est déterminé : avec lui, c’est un peu « qui m’aime me suive ».

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Philippe Le Brech

Entretien réalisé mardi 21 avril 2026

Christophe Chabot, président du Vendée FC La Roche. Photo Emma Chabot

Cinquante minutes. C’est à peu près le temps qu’a duré cet entretien en visio avec Christophe Chabot, à quatre jours de la réception au stade Henri-Desgrange d’Angoulême. A ce moment-là, le Vendée FC La Roche-sur-Yon, le club qu’il préside à nouveau depuis son retour en 2020 (président une première fois en 2010, il avait cédé sa place en 2015 tout en demeurant partenaire principal), caracolait en tête de la poule A de National 2, avec 7 longueurs d’avance sur les Girondins de Bordeaux. Presque un gouffre à cinq journées du terme. Jamais cette saison en tout cas les Yonnais n’avaient eu une telle marge sur leur principal concurrent. Mais le match nul concédé en fin de rencontre face aux Charentais (1-1) a vu l’écart se réduire à 5 points, Bordeaux s’imposant dans le même temps à Dinan-Léhon (3-1).

Il reste quatre matchs aux joueurs de Frédéric Reculeau, qui tenteront ce samedi à Poitiers de renouer avec la victoire (ils restent sur deux nuls et une défaite), pour terminer le travail. Ce ne sera évidemment pas simple face à une équipe qui lutte pour son maintien.

Premier, premier ex-aequo, deuxième…

Photo Philippe Le Brech

C’est évidemment au conditionnel que le sujet « Ligue 3 » a été évoqué avec le PDG des vérandas Akena, leader sur le marché français et même européen. Christophe Chabot, qui est un personnage dans le monde du football et dans la vie active, ceci dit sans péjoration aucune, a balayé l’actualité de son club, marquée par des résultats sportifs excellents depuis l’arrivée de Frédéric Reculeau en juillet 2022, en National 3 (accession en N2 dès la première saison) mais aussi avant, puisque le Vendée FC La Roche-sur-Yon sortait de trois exercices probants entre 2019 et 2022, achevés respectivement à la 1ere place (en 2020 et 2021) et à la 2e place (en 2022) en N3.

Enfin, deux fois 1er… pas vraiment si l’on se fie au classement officiel. Ce n’est pas remuer le couteau dans la plaie que de rappeler qu’à l’issue de la première des deux saisons avortées par la Covid-19, en 2019-2020, les instances avaient « pondu » en dernière minute un règlement fatal à La Roche pour départager des équipes ex aequo, souvenez-vous, c’était cette fameuse histoire de quotient, dont un autre club, Hauts-Lyonnais, avait également été victime. Quant à la saison suivante, elle s’arrêta prématurément en septembre après 8 matchs, à la première place bien sûr, sans qu’aucune montée ni descente ne soit attribuée.

Quatre défaites seulement seize mois !

Photo Philippe Le Brech

Le temps a passé, il a fallu se relever et pas qu’une fois : à l’issue de la saison 2023/2024, qui marquait son retour, 20 ans après, en National 2, c’est au goal-average direct cette fois que La Roche-sur-Yon n’est pas monté en National alors qu’il avait fini ex aequo avec Paris 13 Atletico ! Encore un coup dur à avaler. Encore de la malchance qu’il a fallu évacuer. C’est que l’on ne se remet pas facilement d’un tel coup du sort !

Ces événements contraires, Christophe Chabot (66 ans) et toute son équipe ont puisé dedans pour repartir au combat encore plus armés et plus forts. Certes quelques semaines, quelques mois même ont été nécessaires pour évacuer la déception de la non-montée en National il y a 2 ans, mais ensuite, une fois la machine lancée, personne ou presque n’est parvenue à l’arrêter. Car depuis le mois de février 2025 et le début de la phase retour du précédent exercice, seules trois équipes sont parvenues à « mater » les joueurs de Frédéric Reculeau : les Girondins de Bordeaux à deux reprises, cette saison (3-0) et la saison passée (1-0), à Chaban-Delmas, Les Herbiers (J6, 2-0) et tout récemment l’Aviron Bayonnais (1-0). Et à domicile, les Yonnais n’ont plus perdu depuis le 14 décembre 2024, à Bordeaux justement, la bête noire… du moins l’ancienne bête noire puisque la quatrième tentative, le 21 mars dernier, à Desgrange cette fois, fut la bonne : victoire 1 à 0 devant six mille spectateurs et une première place à la clé !

Six mille spectateurs, ou plutôt six mille Vendéens, comme l’a bien relayé Christophe Chabot après cette belle fête. Si le chef d’entreprise, qui parle un peu comme il respire, a pointé cette nuance, ce n’est évidemment pas par hasard : il y a deux ans, il s’est lancé dans un projet de club vendéen, dont le but est de rassembler à La Roche-sur-Yon un maximum de clubs du département, désireux de participer à l’aventure. Sous-entendu, de prendre quelques parts dans la SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif par actions simplifiés) créée à l’automne 2024, en même temps que fut adoptée la nouvelle appellation, le Vendée FC La Roche-sur-Yon, à la place de La Roche Vendée Football.

Une question d’histoire et d’identité

Photo Philippe Le Brech

L’intérêt, outre l’arrivée de quelques capitaux financiers, est avant tout de fédérer. Le Barça, Bastia, Sochaux ou Le Mans ont dans un passé récent opté pour ce modèle économique même si l’on ne parle pas là de « socios » mais plutôt de partenariat avec des clubs vendéens dont certains n’ont pas manqué de réagir.

Il faut dire que cette idée en a crispé quelques-uns dans le département, et pas des moindres : le district tout d’abord, ce qui a valu au Vendée FC de rajouter la mention « La Roche-sur-Yon » afin d’éviter toute confusion, et quelques gros clubs comme Le Poiré-sur-Vie, Challans et bien entendu Les Herbiers, chacun ayant son histoire et sa propre identité.
Malgré tout, Christophe Chabot, qui vient de perdre un match le 22 mars dernier à la mairie de Bretignolles-sur-Mer, où il s’est représenté après avoir administré la commune de 2001 à 2020, avance bille en tête. Avec lui, c’est un petit peu « qui m’aime me suive », à une autre nuance prêt. Il l’a laissé entendre dans l’entretien, si sa personnalité dérange, il est prêt à s’éclipser… pour le bien du football vendéen. Pour le bien de son club vendéen. Parce qu’en football, c’est toujours une histoire d’hommes.

Interview

Christophe Chabot : « Je veux faire un grand club vendéen »

Photo Philippe Le Brech

Président, revenons sur les dernières élections municipales que vous avez perdues à Brétignolles…
En 2001, quand j’ai été élu la première fois, j’avais pris l’engagement de ne pas aller au-delà de trois mandats, parce que je considérais que c’était déjà beaucoup. En 2020, j’ai donc laissé la place à un de mes proches, comme convenu avec tout le monde, mais il s’est avéré que cette personne (Frédéric Fouquet, Ndlr) ne s’est pas très bien comportée avec l’équipe, qui m’a donc demandé de revenir. Sous la pression amicale de nombreux amis, je suis revenu, mais un peu en marche arrière, et je l’ai payé. Je crois que je n’ai pas fait la campagne qu’il fallait pour être élu. C’est comme ça. Ceci dit, c’est une magnifique expérience que d’être maire de sa commune et Bretignolles reste un lieu de vie où je suis très-très intégré.

Vous n’avez pas l’air très déçu…
La déception était là, bien sûr, le soir des résultats. J’ai aussi été déçu d’être contraint de revenir parce qu’on a été très-très déçu par mon successeur. Je me permets de dire « on » parce que c’est un avis général. Quand un maire ne fait qu’un seul mandat, c’est qu’il n’a pas bien fait le boulot. Il a été prié de laisser sa place. Alors quand vous prévoyez de revenir, vous organisez votre vie pour ça, parce que je sais ce que c’est que la fonction pour l’avoir déjà occupée.

« On a perdu une élection imperdable »

Christophe Chabot, président du Vendée FC La Roche. Photo Emma Chabot

Avez-vous commis des erreurs pendant cette campagne ?
J’ai commis l’erreur de me croire sollicité par l’intégralité de la commune, or ce n’était pas le cas. On a un peu été négligent. On a vécu sur notre bilan qui était très bon, mais on n’a pas fait la campagne qu’il fallait. En fait, je pense qu’on a perdu une élection imperdable. Cela a été une surprise pour tout le monde, y compris pour nos opposants je crois, qui n’étaient pas prêts du tout, et d’ailleurs, un mois après, ils ne sont toujours pas en place (rires). On a péché, peut-être pas par orgueil, mais sans doute par assurance.

Il y a eu un phénomène aussi que l’on constate partout, notamment en Vendée : j’ai un profil qui plaît de moins en moins dans cette fonction. J’ai une certaine réussite professionnelle, je suis multi-casquettes avec le club de football, et je crois pouvoir dire que chez les moins de 40 ans, parce que c’est dans cette tranche d’âge que cela s’est passé, j’ai une gueule qui ne convient plus. Il faut dire les choses comme elle sont. J’incarne une forme de réussite, en toute modestie, et j’ai tout à fait le profil de l’autodidacte pour qui ça marche un peu trop partout, et ça ne plaît plus, en tout cas pour des fonctions comme celles-ci. On s’en est rendu compte et je l’accepte bien volontiers. Mais on ne l’avait pas vu venir. On voyait ça comme une formalité.

Vous parliez des moins de 40 ans… ceux-là même qui n’étaient pas là en 2001 quand vous avez été élu ou qui n’étaient pas nés…
Pour l’anecdote, et c’est assez dingue, on s’est fait « sortir » surtout dans un secteur qui a voté à 80 % contre moi, et ce secteur, c’est celui de la génération à laquelle j’ai permis d’acheter des terrains il y a 25 ans, à des prix défiant toute concurrence, à la place des privés. On a installé 150 jeunes ménages à cet endroit-là, ça montre bien le choc culturel. Il s’est vraiment passé quelque chose, sans doute des maladresses de ma part. On a quand même assisté à beaucoup de dégagisme en Vendée, avec des maires qui se sont fait « dégager » et qui ne s’y attendaient pas du tout. Il y a l’usure du pouvoir aussi, et puis, en 25 ans, vous dites non à beaucoup de gens, pour des permis, pour des terrains, et on se fait des ennemis aussi.

« Reculeau-Guillou, c’est un duo magique ! »

Frédéric Reculeau (à gauche) et Benjamin Guillou. Photo Philippe Le Brech

Parlons du Vendée FC La Roche-sur-Yon. Un constat s’impose : depuis l’arrivée de Frédéric Reculeau à la tête de l’équipe, les résultats sont exceptionnels (1)
Oui, et pour « Fred », ce fut un travail de longue haleine, parce qu’il y avait longtemps qu’on voulait qu’il revienne dans un projet vendéen. C’était quelque chose de construit. Après, oui, on a une certaine réussite sportive depuis 4 ans, mais les 4 années précédentes avant son arrivée aussi. On était déjà tout près du N2. J’ai considéré que l’on pouvait avoir une nouvelle ambition pour ce club depuis que Frédéric Reculeau ET, j’insiste sur le « ET », Benjamin Guillou, son adjoint, sont là, parce que je dois dire qu’ils sont deux, ils sont tellement complémentaires, dans leur façon de se comporter, dans leur façon de faire… C’est un duo magique ! Depuis 4 ans, ce duo constitue la fondation de notre projet. Mais la réussite sportive représente vraiment les fondations du projet actuel.
(1) Depuis son arrivée en 2022, Frédéric Reculeau a dirigé 110 matchs de championnat pour un bilan de 58 victoires, 29 nuls et 20 defaites.

Photo Philippe Le Brech

Ces dernières saisons avec la Covid-19 en N3, l’histoire du quotient, la première place ex aequo en N2 avec Paris 13 Atletico, le sort a semblé s’acharner. Comment avez-vous fait pour surmonter tout ça ?
Cette histoire de quotient… On en avait été d’autant plus victime que Châteaubriant, qui est monté en N2 à notre place, avait un match en moins, qu’ils auraient dû jouer sur un terrain de repli, mais bon, voilà. On a aussi joué de malchance dès notre première saison de N2, en terminant premier ex aequo, mais devancé au goal-average direct pour Paris 13 Atletico. Alors là… Cela a été dur de se relever de ça.

C’est aussi pour ça que l’on a raté notre première partie de saison suivante, en 2024/25, parce que, si vous regardez, pendant deux ans et demi, on a été en tête, sauf pendant les cinq premiers mois de l’an passé, ou on a été moralement et psychologiquement touché. On avait aussi perdu beaucoup de nos joueurs à cause de la non-montée. Il a fallu reconstruire, remotiver les troupes, nous remotiver nous-mêmes aussi. Et depuis que l’on a remis un nouvel effectif entre les mains de « Fred » et de Benjamin, on a un parcours exceptionnel, avec seulement 4 défaites en 16 mois, dont deux contre Bordeaux.

« Je prends du plaisir à voir jouer l’équipe »

Dans un long entretien chez nous, Frédéric Reculeau s’était épanché sur votre cas et aussi sur la fusion avortée avec son ancien club, Luçon, en 2016. Il semblait vraiment vous en vouloir. Le voir signer chez vous en 2022 était loin d’être une évidence : comment avez-vous fait ?
Je crois qu’on a trouvé les mots justes. Et il y a Michel (Reculeau, le papa de Frédéric) dans tout ça. Pour Luçon, « Fred » n’avait qu’une version des faits jusqu’à ce que l’on se rencontre. On a discuté. Il s’était passé des choses, on ne va plus en parler. « Fred » l’avait mal pris, je le comprends très bien, et c’est toujours un peu douloureux pour lui. Parce que c’est une histoire familiale.

Tellement familial que Michel Reculeau est lui aussi venu à La Roche-sur-Yon, un an avant son fils…
Michel est un personnage hors-norme, attachant, le plus « attachiant » même que j’ai jamais rencontré. Et comme il est très attachant, je lui ai redonné une chance. Sa présence a été un élément déterminant pour que son fils vienne. Michel est resté trois ans avec nous. Trois ans qui se sont bien passés. On a ensuite trouvé un accord pour se séparer en bons termes et il est d’ailleurs toujours au club comme actionnaire de la SCIC, dans laquelle il a des parts.

Le 11 au coup d’envoi contre Bordeaux. Photo Philippe Le Brech

Du coup, comment cela se passe avec Frédéric Reculeau ?
« Fred » est très respectueux et très renfermé aussi. Je le trouve parfait dans son rôle d’entraîneur. Il a une science du jeu, un projet de jeu. Il a un comportement et une relation avec les joueurs que je trouve excellents, et tout le monde y trouve son compte. Je prends du plaisir à voir jouer La Roche même si parfois on se fait très peur (rires), notamment quand je vois les joueurs faire certains gestes dont je sais qu’ils sont imposés par le coach (rires) ! Ce qui est paradoxal, c’est qu’on joue peu vers l’avant et on marque énormément de buts, c’est donc que ça fonctionne, et en plus on n’a pas de véritable buteur. On en avait un (Mathieu Villette, 16 buts la saison passée) mais il est parti (à Bordeaux) (*). S’il veut revenir, ils sera le bienvenu (rires).

(*) Ndlr : cette saison, après 26 journées, Ibrahima Keita et Alexis Araujo sont respectivement à 15 et 9 buts.

« On ne fédère pas encore assez de monde »

Hormis les deux « affiches » face aux Herbiers et Bordeaux, qui ont rassemblé 4500 et 6000 personnes, quelles est l’affluence au stade Henri-Desgrange ?
On est entre 1000 et 1200 de moyenne. On ne fédère pas encore suffisamment de supporters. C’est aussi dû à la présence de nombreux clubs qui évoluent dans les championnats nationaux en Vendée, on en a un tous les 10 kilomètres ou presque ! Il y a Fontenay-le-Comte, Les Herbiers, Le Poiré, La Châtaigneraie, nous, Challans, etc.

Le stade Henri-Desgrange a fait le plein (6000 spectateurs) face à Bordeaux, le mois dernier. Photo Philippe Le Brech

Après le match de Bordeaux, vous avez dit « On était 6000 Vendéens », comme pour bien appuyer l’idée de votre projet de club vendéen : mais chaque club a son identité non ? Même si La Roche-sur-Yon est la préfecture du département, cela ne doit pas être simple de vouloir réunir tout le monde ?
On est un peu tous victimes du succès du football en Vendée, de tous ces clubs. Il y a une raison identitaire : déjà, nous sommes le département en France qui compte le plus de clubs en National 2 et National 3. On doit être à 7 clubs. Il y a une explication simple : le modèle économique vendéen est tellement puissant que dans chaque clocher, il y a une « super-entreprise », propriété d’un enfant du pays. Et qui dit enfant du pays dit volonté de faire prospérer son clocher, et l’esprit clocher est tellement important que l’on se retrouve à disputer des rencontres de National 2 entre La Roche et Le Poiré, comme cela s’est produit la saison passée, alors que les deux villes ne sont seulement séparées que de 7 km, alors qu’on a chacun près de 2 millions d’euros de budget… Donc quand je vois ça, je me dis qu’on passe à côté d’un truc.

Photo Philippe Le Brech

Je représente une frange de gens qui sont représentatifs du football de haut niveau en Vendée ; on a d’ailleurs 10 000 Vendéens qui alimentent les tribunes de la Beaujoire à Nantes pour les matches de Ligue 1. Depuis 7 ou 8 ans, notre projet, auquel on a donné corps ensuite avec l’arrivée de « Fred » Reculeau, c’est de fédérer le football vendéen, les clubs vendéens, autour du club de La Roche-sur-Yon, qui a quand même une histoire même si l’histoire est beaucoup plus belle aux Herbiers.

Mais on a chez nous une histoire permanente sur laquelle on a toujours le leadership, c’est la formation des jeunes. Depuis 40 ans, tous les meilleurs footballeurs de Vendée sont passés dans nos équipes de jeunes : l’exemple concret, c’est le tournoi mondial minimes de Montaigu, où sur 15 jeunes de l’équipe de Vendée, 12 viennent de La Roche, et c’est comme ça depuis toujours. Ce ne sont pas forcément des Yonnais, mais on fédère tous les jeunes vendéens autour de la formation. Je ne revendique rien, je dis juste que c’était le cas avant que je n’arrive, on a pérennisé ça, ce qui fait que l’on a les meilleurs équipes de jeunes du département. Donc on reste un club relativement formateur.

« Être en Ligue 2 un jouer avec 50 clubs copropriétaires »

La joie après le succès face à Bordeaux en mars dernier. Photo Philippe Le Brech

Revenons sur votre projet de club vendéen : aujourd’hui, concrètement, où en est-il ?
Ce projet est né au moment de la création de la SCIC en 2024. On va fédérer un certain nombre d’acteurs économiques qui viennent des quatre coins du département, et on va aussi fédérer des clubs de foot, et là, la particularité de notre SCIC, c’est la création d’un collège qui prévoit d’avoir comme associés les clubs de de football vendéens. Notre projet à terme, notre ambition mesurée mais déterminée, c’est d’être un jour en Ligue 2 avec 50 clubs vendéens qui soient copropriétaires du Vendée Foot, et ça c’est unique. Quand on l’a annoncé il y a deux ans, ça a fait grincer des dents, même chez des copains présidents que j’avais avertis au préalable; j’ai fait le tour des « popotes » pour aller présenter le projet, au District, à la Ligue, à la Fédération, au Département, à la Région, et je savais qu’il y aurait une réaction épidermique de quelques clubs concurrents comme à Fontenay, aux Herbiers et au Poiré-sur-Vie.

Mais je savais aussi que l’idée infuserait si nous avions les résultats sportifs, et c’est ce qui est en train de se produire en ce moment. Donc on y va doucement mais surement. Aujourd’hui, on a sollicité 15 clubs pour nous rejoindre : 12 ont dit oui dont l’organisation du tournoi mondial de Montaigu, qui sera associé à nous. Si on a la chance d’accéder en Ligue 3, le projet va marcher, on est confiant là-dessus. Nous sommes en capacité de fédérer des acteurs économiques. Je le répète, la locomotive de tout ça, c’est la réussite sportive. On va rentrer dans cette phase : si nous montons, derrière, on va structurer dur (sic) et notre projet va fonctionner.

Photo Philippe Le Brech

Votre projet est à la fois original et unique, mais vous comprenez que cela puisse paraître intéressé ?
Le projet est unique ! La Fédération, la DNCG, y’en a plein qui trouvent que c’est une super idée ! On parle toujours de ce qui ne va pas, mais je peux vous dire que tous les petits clubs rêvent d’avoir un club professionnel en Vendée. Dans le département, on doit être 136 ou 137 clubs : l’idée, c’est qu’ils achètent des actions dans la SCIC, une, cinq ou six, et qu’ils deviennent nos associés.

Alors ça n’a pas fait plaisir aux Herbiers, à Fontenay ou au Poiré, mais je suis dans le football depuis toujours, j’ai été président du club de Bretignolles où on a fait 8 montées en 15 ans, je suis passé par tous les niveaux, forcément, ça aide dans la connaissance du milieu. Quand Denis Rousseau, qui fut président de Challans (N3) pendant 37 ans, me dit que ça couine lorsque les partenaires de son club est partenaire de La Roche, c’est pour qu’on fait ce projet vendéen, avec l’appellation « Vendée ».

« La Roche tout seul, ça ne m’intéresse pas »

La joie après le succès face à Bordeaux en mars dernier. Photo Philippe Le Brech

Mais vous comprenez que des clubs comme Les Herbiers ou Le Poiré, qui ont une identité propre, et qui de surcroît ont des chefs d’entreprise comme vous à leur tête, puissent avoir une réaction « épidermique » comme vous dites ?
Le premier club que je suis allé voir, c’est Le Poiré, on est à 7km les uns des autres, je leur ai même proposé qu’on s’associe et qu’on joue chez eux, parce que parfois, le stade Henri-Desgrange, en hiver, il est vide, c’est un cimetière. Vous savez, ce que j’aime dans le foot, c’est des stades avec la main courante, comme à Saint-Malo où on est allé jouer dimanche (le 12 avril, 1-1), c’est extraordinaire, j’adore ! Les Herbiers aussi, je suis jaloux, là-bas, tout est bien, ça pue le football dans ces clubs.

Photo Philippe Le Brech

Un de mes amis, c’est André Liébot, le patron de K-Line, une des plus grandes boîtes vendéennes, partenaire des Herbiers : je leur ai aussi proposé de faire quelque chose ensemble, de construire un stade aux Essarts, à mi-chemin entre les deux clubs, et comme ça, le problème était réglé. Ils ont dit « non », je les comprends. Le Poiré, eux, ont été poli sur le sujet. Ce que je veux, c’est faire un grand club vendéen. Je ne suis pas Yonnais, j’habite sur la côte; ça n’intéresse pas Les Herbiers et Le Poiré ? Bon, bah on le fait tout seul.

Je voulais être force de proposition, mais après, qu’on ne vienne pas me reprocher de ne pas leur avoir proposé; à La Roche-sur-Yon, il y a aussi l’ESOF, avec qui on a essayé de fusionner trois fois en quinze ans, et on n’y est pas parvenu, à chaque fois cela a coûté son poste au président et récemment à la présidente (Malika Bousseau et Nicolas Racaud, Ndlr). Deux clubs concurrents distants de 500 mètres dans la même ville : cette situation-là aussi est catastrophique. Ce club yonnais va avoir comme associé tous les clubs de Vendée avec lesquels on mettra en place des échanges, un partenariat, un groupement d’achats; on va mutualiser plein de choses. On est sur un super-projet, c’est passionnant !

Et La Roche-sur-Yon tout seul ne peut pas y arriver ?
Si, peut-être, mais ça ne m’intéresse pas. J’ai toujours fait comme ça dans ma vie professionnelle : fédérer, créer des des équipes autour d’un projet, c’est ce que j’aime. Je passe mon temps à racheter des concurrents, parfois des petits concurrents.

Vous tablez sur combien de clubs actionnaires du Vendée FC La Roche ?
L’idée, c’est avoir 50 clubs vendéens partenaires. Imaginez un jour qu’on soit en Ligue 2 et qu’on dise que ces 50 clubs sont copropriétaires, je trouve cette idée géniale ! Leur présence sera symbolique parce qu’on sait bien qu’il faudra des fonds privés. Franchement, c’est un super projet. Il y a eu des réactions négatives relayées par la presse il y a 2 ans mais maintenant ça y est, le projet a infusé, on est d’accord avec la Ligue, le District, le Département et si on monte en Ligue 3, ça va fonctionner.

« Le Stade Rochelais, c’est THE modèle »

La joie après le succès face à Bordeaux en mars dernier. Photo Philippe Le Brech

Il y a aussi un point que vous avez soulevé : beaucoup de clubs du département sont associés à un grand chef d’entreprise, on pense à la famille Cougnaud au Poiré, à vous à La Roche, aux Herbiers…
Oui et comme je vous l’ai dit, malheureusement, Le Poiré ne s’associera pas. J’ai une relation polie et courtoise avec les Cougnaud, et extrêmement amicale avec André Liébot (K-Line), on est même intime. Les Cougnaud, quand je suis allé les voir pour fusionner, j’étais prêt à leur laisser les clés. Il n’y a pas d’histoire d’ego là-dedans, mais bon, ils sont dans le foot depuis 40 ans, alors pour eux, La Roche, c’est non ! Mais ce n’est pas sur eux que je mise.

Il y a au bas mot entre 50 et 70 très grosses entreprises en Vendée, qui ne sont partenaires d’aucun club de foot aujourd’hui, et qui n’attendent qu’une chose, qu’on soit véritablement les leaders du football dans le département. Beaucoup sont au rugby à La Rochelle : vous n’imaginez pas le nombre d’entreprises vendéennes qui mettent entre 25 000 euros et 150 000 à 200 000 euros par an au Stade Rochelais, c’est hallucinant. La Rochelle, c’est THE modele.

Mon projet c’est de faire en sorte que l’on ne soit pas tributaire d’un homme, d’un groupe, d’une entreprise. C’est aussi pour ça que je voudrais qu’au fil du temps, le groupe Akena ou ma holding familial (PACHA) ne soyons plus les actionnaires majoritaires du club, et c’est ce qu’a très bien réussi à faire le Stade Rochelais. Le président, Vincent Merling, détient 7 ou 8 % du club, c’est un choix, ça lui donne une force extraordinaire. Il faut aller chercher toutes ces entreprises qui ne sont pas encore partenaires.

« Le stade Desgrange, il est bien… quand il est plein ! »

Le stade Henri-Desgrange. Photo Vendée FC La Roche-sur-Yon

Parlons du stade Henri-Desgrange : il est bien ce stade pour jouer en Ligue 3, non ?
Il est bien quand il est plein ! C’est vrai que l’autre jour, avec 6500 personnes contre Bordeaux, on a vécu quelque chose qui nous a fait un bien considérable, dans tous les domaines (rires), mais je vous garantis que certains soirs d’hiver, quand on est entre 500 ou 1000 et qu’il fait froid, c’est tristounet. Et puis on a un énorme problème, le rugby (Fédérale 2) joue avec nous, et là, c’est un « gros » sujet. Si on monte en Ligue 3, on ne sait pas comment ça va se passer. Déjà, pour le stade, on aurait une année dérogatoire.

On sait d’autant moins comment cela va se passer qu’il y a un paramètre nouveau : la mairie vient de changer. Cette saison, on a eu joué matchs sur le terrain annexe en synthétique, sur lequel on a marqué plein de buts, OK, et c’est super, mais dans des conditions d’accueil catastrophiques, sans tribune, pratiquement sans spectateur… C’est pour ça, on va avoir rendez-vous avec la mairie dans les prochains jours, parce que même s’il ne faut pas vendre la peau de l’ours, il faut quand même anticiper les choses. On a le devoir de travailler sur le dossier Ligue 3, même si on n’y est pas encore. Attention, je ne suis pas en train de vous dire que je m’y vois déjà, mais je dois faire mon boulot. L’objectif, c’est d’avoir un nouveau stade pour la Ligue 2, on a un projet qui est presque prêt.

Frédéric Reculeau entraîne l’équipe fanion depuis 2022. Photo Philippe Le Brech

Pour être transparent, l’ancien maire voulait le faire aux Oudairies à côté du basket, mais nous pensions que ce n’était pas là qu’il fallait faire ce stade, pour plein de raisons, juridiques tout d’abord, car cela aurait conduit à des procédures de 5 à 8 ans en raison de la proximité des habitations, et ensuite pour un problème énorme de parking. On essayait de convaincre le maire de le mettre ailleurs, maintenant on va voir avec la nouvelle municipalité. On préfère attendre deux ou trois années de plus.

Notre module de stade est prêt, le cahier des charges est prêt, il est en cours de dessin avec les architectes qui font ça bénévolement, c’est Denis Rousseau justement, l’ex-président de Challans, qui préside cette commission. Voilà, quand je vous parlais de projet vendéen… Il n’est pas le seul « président » autour de moi, il y e a 7 ou 8, et pas des moindres, comme Michel Reculeau ou Alain Duret, et d’autres qui sont toujours à la tête de petits clubs comme Saint-Cécile. On est vraiment en train de fédérer les Vendéens. Ce sont eux qui travaillent sur cette commission. On espère pouvoir rentrer dans ce nouveau stade d’ici 3 à 5 ans, mais on mise plutôt sur 5 ans.

Pourquoi ne pas rénover Desgrange ?
Rénover Desgrange ? Cela pourrait aussi être une solution, mais il y a deux conditions à ça : faire disparaître la piste autour, parce qu’à un moment donné, il faut faire des choix. Le cyclisme à La Roche-sur-Yon justifie-t-il de garder la piste ? La deuxième condition, c’est d’avoir le terrain pour nous à 100 %. Aujourd’hui, on est des nomades : quand on termine le match le vendredi soir ou le samedi soir, on vide les frigos du bar, on enlève les affiches, on remet tout en ordre pour que le rugby puisse s’installer le dimanche, c’est un truc de dingue.

« On a beaucoup de bon sens en Vendée »

Photo Philippe Le Brech

Quid de votre budget actuel et de votre budget en Ligue 3 si vous montez ?
Cette année, il est d’1,6 million d’euros. En Ligue 3, si on monte, on pense qu’on peut jouer le maintien avec un million de plus. On ne fera pas n’importe quoi n’importe comment. On a une vertu commune en Vendée, c’est qu’on a beaucoup de bon sens; je veux être un bon gestionnaire et un bon père de famille. Je ne supporte pas l’idée qu’une collectivité doive se substituer en fin d’année au club pour boucher les trous. Cela m’énerve considérablement. C’est une situation dans laquelle je ne veux pas me retrouver. C’est aussi un sujet de discussion avec les élus, parce que c’est le cas de certains clubs qui connaissent des difficultés financières et sportives à La Roche-sur-Yon. La prime à l’incompétence ou à l’irrespect des engagements pris, ça suffit quoi ! Je veux que l’on reste raisonnable.

Et si votre idée de club vendéen n’était pas aussi une manière de « réveiller » les Yonnais ? Parce qu’il faut l’avouer, il n’y a pas non plus un engouement de folie autour du club à La Roche, qui n’est pas une ville de foot…
On n’a pas une véritable identité yonnaise, d’ailleurs, moi-même, je ne suis pas Yonnais. Beaucoup de dirigeants du club viennent de villages voisins. La Roche est une ville extrêmement sportive, je crois qu’il y a 70 clubs dont 4 clubs de football, mais on n’est pas une ville de foot. Par contre, tous les Vendéens sont nostalgiques de l’époque des années 80 et 90 quand La Roche-sur-Yon jouait en Division 2. J’avais 20 ans quand on a battu Marseille, Lyon et Saint-Etienne ! Il y a d autres clubs qui font le plein à La Roche, mais c’est un plein tout relatif parce qu’il y a 1000 ou 1500 places, au basket, au hockey-sur-glace.

« Il nous manque une âme »

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Est-ce qu’il ne manque pas aussi au club une belle campagne de coupe de France pour construire son histoire, comme l’ont fait Calais, Quevilly à l’époque, Les Herbiers ou plus récemment Le Puy ?
Je crois pouvoir vous dire, et cela va vous surprendre, que ni Frédéric Reculeau, ni moi, ne sommes calibrés pour la coupe de France. On est allé en 32e de finale contre Brest l’an passé, OK, mais à part ça, on s’est toujours fait sortir contre des équipes plus petites. J’ai tellement donné la priorité au championnat que jamais on ne s’est battu pour être une équipe de coupe de France.

Maintenant, si on a l’opportunité de faire un parcours un jour, on le fera, mais je vois bien que « Fred », la coupe, ce n’est pas son truc, et même à Luçon déjà, c’était le cas. On partage cette vision championnat-championnat, donc pour le moment ce n’est pas grave. Même si je reste persuadé qu’avoir des carrières régulières contribue à créer l’histoire d’un club, on l’a bien vu avec Les Herbiers. Encore faut-il avoir un vrai club, et ce n’est pas forcément le cas de La Roche, il nous manque une âme; ça ne me vexe pas d’entendre ça. On a besoin de réussir plus que les autres pour ça.

Mais si le club accède en Ligue 3, il devra se structurer, et ce dans de nombreux domaines, pas que sportivement…
Alors ça, c’est un peu plus mon domaine. Structurer le club comme une entreprise, je sais le faire. C’est mon coeur de métier même. Il y aura l’arrivée d’une ou deux personnes clés, à commencer par un directeur général notamment : si je la personne ciblée nous rejoint, ce sera la meilleure recrue du club la saison prochaine ! En Ligue 3, si on monte, on va passer un autre cap.

National 2 (journée 27) / samedi 25 avril 2026 à 18h : Stade Poitevin – Vendée FC La Roche-sur-Yon, au stade Michel-Amand 1

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Imbadillahi Ahamada. Photo Philippe Le Brech
  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Philippe LE BRECH (sauf mentions spéciales)
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