Mickaël Gas (Nîmes Olympique) : « Ma vie n’a pas changé ! »

Propulsé à 32 ans à la tête du groupe N2, l’entraîneur des Gardois a imposé le vouvoiement à ses joueurs, ce qui n’empêche pas une certaine proximité, d’autant qu’il pourrait encore être leur coéquipier. Le garant de l’identité nîmoise, qui a signé près de 25 licences au club, est resté fidèle à lui-même : fidèle, naturel, simple, discret, déterminé et confiant.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Nîmes Olympique et 13HF

Entretien réalisé lundi 16 février 2026.

Photo 13HF

Heureusement que Mickaël Gas n’est pas un grand démonstratif ni un grand bavard ! Enfin, ça, c’est lui qui l’affirme. Avec nous, lundi matin, trente-six heures après la victoire de son équipe – une victoire  » de caractère » – dans le temps additionnel face au Sporting-club de Toulon (3-2), le Nîmois de 32 ans (il soufflera 33 bougies le 29 mars prochain) s’est montré très disert.
Sans doute que, dès lors qu’il s’agit de football, l’ancien défenseur central formé au fer rouge des Crocos et stagiaire pro jusqu’en 2015, se sent en confiance, et surtout dans son élément.

Pendant 45 minutes, le plus jeune coach de l’histoire du Nîmes Olympique, mais pas le plus jeune en National 2 cette saison (Zakaria Tahri, l’entraîneur de Montlouis, aura 33 ans en juillet), a répondu à nos questions et lâché parfois quelques confidences, quelques messages aussi, sans jamais se mettre au-dessus de la mêlée, toujours avec ce respect de l’institution.

Pas besoin de passer une semaine de vacances avec lui à Sournia, ce village des Pyrénées-Orientales dans l’arrière pays de Perpignan, un endroit qu’il affectionne et qu’il fréquente depuis l’enfance, ni même l’Italie, un pays qu’il adore, pour comprendre que celui qui fut propulsé l’été dernier à la tête de l’équipe fanion de cette institution ne joue aucun rôle. Que sa détermination est grande. Que sa confiance en lui et est inébranlable. Que sa force de caractère et que sa psychologie sont des atouts. Que ses idées son bien claires. Que son éducation, basée sur la fidélité et l’honnêteté, feront le reste.

Et si certains pouvaient penser que le costume de coach du Nîmes Olympique était trop grand pour le « gamin » des Hauts de Nîmes, on a très vite compris lors de cet entretien que c’était tout l’inverse. S’il enfile chaque matin le survêtement de technicien, avec le logo floqué du crocodile rouge, c’est le plus naturellement et le plus logiquement du monde.

Finalement, voir Mickaël Gas à la tête de l’équipe première du Nîmes Olympique, ce qui n’est pas n’importe quoi dans une carrière, s’inscrit dans l’ordre des choses tant le Gardois, qui a conservé la tête sur les épaules, connaît la maison. Tant il est imprégné, habité, animé d’une vraie réflexion. Tant il est le garant d’une certaine idée de ce qu’est le football à Nîmes et de ce qu’attendent les supporters, revenus en masse cette saison après plusieurs années de défiance à l’endroit de l’ancien propriétaire Rani Assaf.

L’identité très forte du club, les supporters, le retour du public aux Antonins, la crise de janvier, le déficit de points à l’extérieur, la fin de saison, les ambitions, sa méthode, ses idées de jeu, sa vision du football et du jeu nîmois, sa nouvelle vie, son nouveau statut, sa personnalité, « Micka », comme le surnomment ses amis, mais pas ses joueurs qui, non contents de l’appeler « coach », doivent aussi le « vouvoyer », a évoqué tous ces sujets. Sans calcul. Sans filtre. Toujours avec ce naturel déconcertant, cette spontanéité, cette sympathie aussi, qui ont rendu l’entretien d’une grande convivialité.

Interview

« On a redonné des sourires ! »

Mickaël, revenons sur la genèse de ta prise de poste en juin dernier…
En fait, je repartais en train de Clairefontaine, où j’étais allé faire mes tests d’entrée pour le DES, et Yannick Liron, le président de l’association Nîmes Olympique, m’appelle. Il me tient au courant de l’évolution de la situation du club. Il me dit aussi que, normalement, si le club parvient à passer devant la DNCG, je serai le coach. Du moins, il me dit « j’aimerais que ce soit toi, est-ce que tu te sens prêt ? » Je lui réponds sans hésitation « Bien sûr ».

Photo Nîmes Olympique

Tu n’as vraiment pas hésité ?
Non, je n’ai eu ni crainte ni peur, ça s’est fait comme ça. Au niveau des émotions, je suis quelqu’un qui arrive quand même à gérer ce genre de situation. J’étais forcément très content mais je me suis dit aussi qu’il allait y avoir beaucoup de travail.

Ensuite, fin juin, je suis retourné à Clairefontaine pour le « positionnement » et là, on apprend qu’on est relégué en Régional 1. Tout est allé très vite. On a eu très peu de temps de réflexion. Comme je l’ai déjà dit, c’était Koh-Lanta ! Pendant ma première semaine de « positionnement », j’étais déjà en négociation avec des joueurs dont Clément Depres, notre capitaine (Depres fut la première recrue officielle du club, Ndlr). Je me souviens qu’il m’a appelé et m’a dit « C’est quoi ces conneries ? On est en R1 ? ». Franchement, là, on a pris un gros coup de massue sur la tête, alors qu’on s’était projeté. Waouh ! Au pire, je me dis que je serai entraîneur de l’équipe mais en Régional 1, que si Yannick (Liron) m’a proposé le poste en National 2, il me le proposera aussi dans ce cas-là parce que, en entrant à la formation du DES, cela me permettait aussi de pouvoir entraîner en N2 (avec une dérogation).

« On a senti toute une ville derrière nous »

C’est donc Yannick Liron qui, le premier, a soufflé ton nom ?
Oui, je pense que c’est Yannick, puis le nouveau président a été nommé, Thierry Cenatiempo, et avec le directeur sportif, Anthony Dupré, on a commencé à discuter, et voilà, ils ont validé mon profil.

Photo Nîmes Olympique

Cela ne t’a pas fait peur compte tenu de l’énorme chantier ?
C’est vrai qu’il y avait tout à reconstruire. On n’avait plus qu’un seul joueur de l’effectif de l’an passé en National, le gardien remplaçant, Lucas Dias. Tous les joueurs qui étaient sous contrat sont devenus libres du fait du basculement du club de pro en statut amateur. On est repassé devant la DNCG le 15 juillet et là, on a été autorisé à évoluer en N2 ! On a repris les entraînements le 18 juillet, avec zéro joueur ! Inutile de te dire que je ne suis pas parti en vacances. J’ai passé mes nuits au téléphone avec le directeur sportif, à essayer de construire une équipe, par le bouche à oreille, ou alors, en entrant en contact avec des joueurs qui étaient encore sur le marché mais qui n’avaient pas trouvé de point de chute, soit parce que les négociations avaient échoué, soit parce qu’ils n’avaient pas beaucoup joué.

Un mec comme Clément (Depres), il était en Thaïlande (au Ratchaburi FC, en D1), il arrivait de nulle part pour nous aider, en plus, c’était assez compliqué entre l’ancienne direction et la Ville de Nîmes, parce qu’il faut bien être conscient d’une chose : sans l’appui de la Ville, des collectivités, sans le président non plus, sans la nouvelle équipe dirigeante, sans d’autres personnes restées dans l’ombre qui ont sauvé le club, sans quelques anciens joueurs, sans les supporters, sans tous ceux qui ont mis de l’argent, on ne sait pas où on en serait aujourd’hui. Il y a eu un gros élan de solidarité. Vraiment, on a senti toute une ville derrière nous.

Tu as suivi la saison en National l’an passé ? Tu avais quel rapport avec Adil Hermach, le coach ?
Bien sûr ! Moi j’étais avec la réserve, une réserve pro, j’avais de très bons rapports avec Adil. Tu sais, je suis au club depuis longtemps. Adil aussi, il a été formé au Nîmes Olympique, il connaît le club et la ville. On s’écrit de temps en temps. Là, il est au Maroc, il est conseiller du président au Wydad Casablanca.

Ta vie a changé depuis ta prise de fonction ?
Disons que je suis plus exposé. Mais je suis plutôt quelqu’un de discret, je ne suis pas un grand bavard. Après, Nîmes, c’est une ville de foot. Je dis souvent que c’est un petit Marseille. On fait quand même 5500 spectateurs en National 2, alors que l’an passé, le club faisait 1000 personnes en National, parce qu’il y avait des conflits.

« J’avais besoin de fonceurs autour de moi »

Avoir la 2e meilleure affluence du championnat derrière Bordeaux, ça doit faire plaisir ?
Je sais qu’à Nîmes, on est une vraie ville de football. On a des supporters fidèles, qui aiment leur club. Après avoir passé l’épisode de Koh-Lanta, on n’avait pas de bureau, pas de vestiaire, on préparait les séances d’entraînement avec mon staff en visio, on a dû aller à gauche et à droite sur différents terrains pour s’entraîner. On a su créer un élan de solidarité par rapport à ça. J’ai volontairement choisi un staff jeune : mon adjoint Morgan (Puel) a 33 ans, Antonin (Deniaud), le préparateur physique qui était déjà avec moi en réserve, a 37 ans, Jérémy (Struffaldi), l’entraîneur des gardiens, en a 38. J’avais besoin d’avoir des gars autour de moi qui avaient faim, qui ne réfléchissaient pas. J’avais besoin de fonceurs.

C’est plus dur d’entrainer en National 2 ou en R1 ?
Je fonctionne de la même manière, il n’y a rien qui change. J’ai eu pendant un an les 16 ans, puis les 18 ans pendant un an, puis la réserve en R1, j’ai aussi été adjoint au début en réserve, avec Yannick Dumas comme coach principal. C’était quand je passais mon BEF à l’époque. Je ne change pas mes méthodes. C’est juste que le week-end, il y a plus de monde au stade et je suis plus exposé. Mais sinon, ma vie n’a pas changé. Simplement, j’ai beaucoup plus d’appels de journalistes. Et je reçois beaucoup de soutien de la part des supporters.

C’est quoi, justement, ta façon de travailler, ta méthode ?
On est sur de la planif’ hebdomadaire. Par exemple, le mardi on fait un travail de « remédiation », on parle surtout de ce qui n’a pas été très bien fait le week-end précédent. Le mercredi et le jeudi, on est sur nos idées de jeu, et le vendredi, on regarde ce qui se fait chez nos adversaires, mais assez brièvement, parce que je ne suis pas très fan de ça, je laisse mon adjoint s’en occuper même si je garde évidemment un oeil sur l’adversaire parce que c’est très important aussi. En fait, j’ai tellement dû me consacrer à mon équipe en début de saison, à mes joueurs, à faire en sorte que la mayonnaise prenne entre les 23 nouveaux qui ne se connaissaient pas, qui n’avaient jamais joué ensemble, que je me suis d’abord dit : « Voilà comment NOUS on va jouer ».

« On ne peut pas faire ce que l’on veut dans n’importe quel club »

Photo Nîmes Olympique

Et le style de jeu que tu affectionnes ?
Il y a eu deux systèmes pendant les matchs de préparation. Les premiers matchs, on était plus sur le fait de s’adapter par rapport aux adversaires, mais à partir de notre 3e match de championnat contre Fréjus/Saint-Raphaël (3-0), on a véritablement commencé à mettre en place nos idées de jeu. Il y a eu un petit déclic sur ce match-là. En fait, je suis beaucoup plus attaché à nos idées à nous. Je pense que l’on ne peut pas faire ce que l’on veut dans n’importe quel club. Je veux dire par là que, aujourd’hui, à Nîmes, si on voulait jouer comme le Barça, toutes proportions gardées bien sûr, mais avec un style bien défini, comme prendre énormément de risques en partie basse, essayer de faire beaucoup de maîtrise, eh bien le public sifflerait direct ! C’est pour ça qu’on essaie de coller avec ce que veulent les gens ici. On veut offrir un jeu avec le plus de verticalité possible, beaucoup de courses, beaucoup de répétition. Je ne demande pas qu’il y ait constamment des ballons aériens, ce ne sont pas mes idées de jeu, mais s’il faut le faire, on le fait, mais avant tout, je veux du jeu au sol, dans un 3-5-2, en allant chercher constamment l’adversaire. Je ne vais pas non plus dévoiler toutes les billes Mais tu as l’idée de base, qui est de constamment harceler l’adversaire, d’être haut sur le terrain, ce qui ne n’empêche pas d’être costaud défensivement : sur 18 matchs de championnat, on a fait 10 clean sheet et on a la 2e défense de la poule. Je considère que si on joue en partie basse et qu’on subit le jeu de l’adversaire, on ne sera pas plus en difficulté que si on va chercher haut l’adversaire.

J’ai deux manières de voir les choses : quand on n’a pas le ballon, on est aussi dangereux que si tu l’as, pour moi. Et quand on a de la maîtrise, l’idée c’est de vite emmener le ballon dans la partie haute du terrain, médian-haut. Je ne suis pas fan d’attirer l’adversaire partie basse. J’aime installer notre jeu sur du médian-haut. Si j’installe mes animations préférentielles, je veux être très haut sur le terrain. J’aime aussi mettre des transitions à la récupération, faire mal, mettre des courses. J’essaie d’associer des paires ou des triplettes complètement à l’opposé : par exemple, si j’ai un Clément Depres très bon de la tête, j’essaie de l’associer avec quelqu’un de très rapide à côté. Si j’ai un piston qui va très vite sur un côté et qui aime aller de l’avant, j’essaie d’avoir de un piston plutôt axé sur l’aspect défensif de l’autre côté.

Qu’est-ce que ça te fait d’entraîner Nîmes Olympique ?
C’est une grande fierté. J’ai grandi dans cette ville que je connais par coeur. Je suis chez moi. Là, au moment où on se parle, je suis au centre, à La Grande Bastide, j’y suis arrivé quand j’avais 6 ans, j’en 32 ans aujourd’hui, ça veut dire que je fais le même chemin depuis (il calcule)… 23 ou 24 ans, le temps que j’ai passé au club, parce que je suis parti deux ans au FC Sète pour jouer en N2 (de 2016 à 2018), quand je n’ai pas pu signer pro à Nîmes après mon contrat de stagiaire. Juste avant d’aller à Sète, j’avais signé à Arles-Avignon qui descendait de L2 en National. Je voulais rester à côté de la maison, j’étais content d’avoir trouvé Arles-Avignon, à côté de chez moi, mais le club a déposé le bilan (en juillet 2015) et j’ai fini la saison à Agde en N3, pour me relancer.

« Je ne peux pas empêcher les gens de rêver »

Photo Nîmes Olympique

Entraîner l’équipe Une du Nîmes Olympique, tu en avais rêvé ?
Bien sûr que je m’étais dit qu’un jour je voudrais entraîner au plus haut niveau ici. C’est une étape, parce que je suis quelqu’un d’ambitieux, de compétiteur. C’est arrivé peut-être plus vite que prévu mais quand on me l’a proposé, je me suis dit « fonce ! ». Je ne me suis pas mis de pression. Plein de gens m’ont dit « tu as quoi à perdre ? », mais moi, je n’ai pas raisonné comme ça. Ce n’est pas une question d’avoir un truc à perdre ou à gagner, je voulais y aller pour montrer que j’avais les épaules. J’étais confiant, parce que je suis sûr de ce que je mets en place, sinon je n’y serais pas allé. J’étais sûr que cela marcherait, maintenant… Aujourd’hui, tout est tout beau, tout rose, parce qu’on a 5500 personnes au stade, parce qu’on a fait déjà 9 victoires en 18 matchs, parce qu’on est la meilleure équipe du championnat à domicile. Après, je ne peux pas empêcher les gens de rêver, parce qu’on est Nîmes Olympique, parce qu’impossible n’est pas nîmois. C’est pour ça, s’il y a un truc à faire, dans le sprint final, on ne s’en privera pas.

C’est là tout le paradoxe : n’y a-t-il pas un décalage entre l’attente des supporters qui rêvent d’accession alors qu’il y a sept mois, le club était exsangue ?
Aujourd’hui, je préfère me poser ce genre de questions, parce que tu peux tourner le truc dans le sens que tu veux, la normalité voudrait que, compte tenu de tout ce qui s’est passé cet été, l’on soit moins bien classé et que l’on galère un peu. Mais tout le monde a tiré dans le même sens et je préfère être dans cette situation-là, tout en essayant de faire mieux, parce qu’on se prend au jeu. Mais il faut aussi garder les pieds sur terre. Mon équipe adore prendre match par match. J’avais deux objectifs en début de saison : stabiliser le club, parce qu’au départ, on m’a juste parlé de maintien, et aussi recréer le lien avec le public. Pour l’instant, c’est réussi. Prend l’exemple de Clément Depres, qui a connu la L1 : il m’a dit qu’il n’y avait rien de changé à Nîmes : OK, aux Costières, on avait 15 ou 16 000 supporters, mais la ferveur aux Antonins est la même. Elle est là aussi la fierté : c’est d’avoir redonné des sourires parce qu’on a galéré pendant des années.

« Jouer au foot, ça ne me manque pas du tout ! »

Photo FC Sète

Finalement, tu préfères être entraîneur plutôt que joueur ?
J’ai toujours su que je voulais devenir entraîneur, et ça s’est matérialisé vers l’âge de 21 ou 22 ans, quand j’ai pris la décision de passer mes diplômes. J’avais cette âme, ce truc que tu ressens au fond de toi. Quand je vais préparer ma causerie, quand je vais à mes entraînements, quand je prépare mes séances, parce que j’adore ça, quand je vais au stade les jours de match, l’adrénaline que j’ai dans ce rôle-là, elle n’a strictement rien à voir avec celle que j’avais quand j’étais joueur. Je suis cent fois plus heureux et passionné par ce métier que par celui de joueur, même si j’aimais ça aussi. Quand j’étais jeune, déjà, j’adorais parler tactique avec mes coachs. J’aimais accompagner les entraîneurs le mercredi.

À Sète, dans mon contrat, il était stipulé que je devais aller entraîner les petits le mercredi. Mais moi, je n’attendais que ça toute la semaine (il arbore un large sourire) ! Venir entraîner les U12, accompagner les parents, j’aimais ça ! Ensuite, je suis venu encadrer comme adjoint la N3 à Nîmes, avec Yannick (Dumas), qui m’a formaté. C’est là que je me suis dit « ça y est ». Yannick, je me suis pas mal inspiré de lui. je lui dois beaucoup aussi. Franchement, jouer au foot, ça ne me manque pas du tout ! Je ne joue jamais. Même au futsal, quand mes potes m’appellent, je dis non ! Moi, ce qui m’intéresse, c’est le métier d’entraîneur. Pourtant, quand j’ai arrêté à Nîmes, en réserve, après Sète, j’étais bien, je jouais défenseur central, ça m’allait bien, j’étais au top de ma forme, j’avais 28 ou 29 ans.

Tu évoques souvent un épisode dans tes interviews : celui du discours de Franck Haise…
Un jour, on a servi de cobayes à Nîmes, c’était incroyable, cela a vraiment été un élément déclencheur quand Franck Haise est venu pour animer la séance dans le cadre de son BEPF. Je me suis dit « Lui, il est trop fort ! », il entraînait la réserve de Lens. Et derrière ça, je me inscris au BEF à la Ligue d’Occitanie et j’ai été pris. Il fallait que j’encadre une équipe et c’est là que j’ai demandé à Christophe Chaintreuil, le directeur du centre de formation du Nîmes Olympique à l’époque, si je pouvais être adjoint en réserve, ce qui m’a permis de passer mon diplôme du BEF.

« Aucun sentiment de revanche »

Photo Nîmes Olympique

Tu n’as disputé qu’un seul match en Ligue 2 : qu’est-ce qui t’a manqué pour franchir le cap et passer pro ?
Je n’avais peut-être pas le niveau. Je voulais vivre du football, mais je ne m’étais pas fixé d’objectifs très élevés. Pourtant, à Nîmes Olympique, je faisais partie d’une belle génération, avec les Ripart, Briançon et tous ceux qui ont fait monter le club en Ligue 1 (en 2018). Mais à un moment donné, même si cela me faisait mal au coeur, je me suis dit qu’il fallait peut-être aller voir ailleurs. Le dépôt de bilan d’Arles-Avignon m’a fait mal, parce que c’était à côté de chez moi; quelque part, c’était une solution de compensation. Finalement, j’ai fait mon truc en National 2, à Sète, et ça m’allait bien.

Est-ce que devenir entraîneur du Nîmes Olympique n’est pas une revanche sur la carrière de joueur professionnel que tu n’as pas eue au club ?
(Catégorique). Il n’y a aucun sentiment de revanche. Zéro revanche ! Mais alors pas du tout ! Je suis impliqué, confiant, serein, déterminé, il y a un truc qui ne s’explique pas. On verra bien ce que l’avenir me réserve dans ce rôle mais je suis confiant.

Le président Thierry Cenatiempo et le directeur sportif Anthony Dupré. Photo Nîmes Olympique

Parlons du championnat : ton équipe est la meilleure de la poule à domicile, OK. En revanche, à l’extérieur, elle est 13e sur 16, et encore, elle vient de gagner à Saint-Raphaël, sinon, elle serait… 15e sur 16 : c’est très insuffisant, non ?
On a fait une première partie de saison à l’extérieur pas du tout convaincante. Je ne sais pas ce qui se passait, cela n’a pas été évident, peut-être que l’on s’était trop habitué à cette ambiance chaude aux Antonins, à cette super pelouse chez nous. Peut-être que mes joueurs, qui pour la plupart arrivent de nulle part, n’attendaient qu’une chose : de vite jouer à domicile le samedi. Et à l’extérieur, on a eu du mal. On a commencé à réajuster les choses à Cannes avant Noël, avec des méthodes un peu différentes de ce que l’on avait l’habitude de faire, comme aller chercher haut l’adversaire. On a fait match nul (0-0), ce qui est un bon résultat. On s’était imposé à Toulon aussi (1-0), mais à part ça, on avait laissé beaucoup de points en déplacement. Mais une chose est sûre : si on fait un tout petit peu mieux lors de la phase retour, et cela a déjà commencé avec la victoire à Fréjus/Saint-Raphaël (2-0), où on n’avait pas du tout l’impression d’être à l’extérieur en matière de jeu, cela voudra dire que l’on ne sera pas loin d’aller chercher quelque chose en fin de saison. Là, sur la phase retour, on a fait presque aussi bien en un match (1 victoire) que sur la phase aller (1 victoire, 2 nuls et 4 défaites) !

« Être conquérant, avoir du caractère »

C’est quoi, concrètement, ce qu’il faut améliorer pour les 7 derniers matchs à l’extérieur et prendre des points ?
Déjà, je pense qu’on a eu un petit déclic à Fréjus, en plus, on sortait de deux défaites consécutives. J’ai l’impression que, dans l’implication, dans nos idées de jeu, on a été plus conquérant. Voilà, conquérant, c’est ça, c’est le mot que j’emploie souvent.

Et tu emploies souvent aussi le mot « caractère »…
J’aime beaucoup ce mot-là aussi. Il ne faut rien lâcher, comme moi je ne lâche rien. Même quand ce n’est pas évident. Cela fait partie des valeurs de Nîmes. On sait qu’on a une identité très forte. À nous d’avoir ça avant de penser au beau jeu, d’avoir des mecs impliqués à 200 %, d’avoir faim. Aujourd’hui, on voit bien que dans ce championnat de N2, pour terminer premier, avec les gros budgets qu’il y a, ce n’est pas évident. Franchement, il y a des équipes qui n’ont rien à envier à des équipes de National, un championnat que je regarde beaucoup.

Tu regardes qui en National ?
J’aime bien ce que fait Sochaux.

« J’interdis le tutoiement »

Photo 13HF

En janvier, Nîmes a pris 1 point sur 9, et une crise a été relayée : comment avez-vous géré ça ?
Ce n’était pas la crise, après, voilà, on se doutait qu’on aurait un passage délicat, un passage à vide, après ce début de saison où ça se passait plutôt bien. Mais pour moi, il est passé. On a su rebondir correctement. Parce qu’on a une équipe de caractère, de battants. Je n’oublie pas non plus que Clément Depres s’est blessé à la reprise en janvier, que Oualid Orinel a eu des soucis de cheville mais là ça va mieux, il nous fait du bien quand il est à 100 %. Et un joueur comme Clément (Depres), il pèse, il cale les ballons. J’avais besoin aussi d’un joueur comme lui, de ce Nîmois, pour faire passer des messages. Je ne savais pas trop ce que ça allait donner mais c’est un des acteurs majeurs de notre début de saison, et la connexion a été bonne avec Oualid. Et puis je rappelle que l’on a eu deux semaines de prépa… Finalement, je trouve que l’on a été plutôt bons dans la gestion de crise, on a calmé tout le monde, on est resté serein, parce que, mine de rien, on est tous un peu inexpérimentés au final…

Je ne t’ai pas encore parlé de ton âge : 32 ans. Comment se passe ta relation avec les joueurs, dont certains ont le même âge (Salamone) ou sont plus âgés que toi (Martinez, Orinel…) ?
Franchement, ça se passe très bien. Il y a beaucoup de respect. Mais j’interdis le tutoiement. Voilà, c’est « vous ». Même avec Clément (Depres), avec qui j’ai été formé, c’est « vous ». La barrière s’est faite naturellement. Ce vouvoiement, c’était non négociable, parce que si tu donnes un tout petit peu… Après, j’ai des joueurs intelligents.

Photo Nîmes Olympique

Dans la rue aussi ? Si tu croises Clément Depres ?
C’est « ouf » ce que je vais te dire mais… Je t’ai dit, jouer au football, ça ne me manque pas, mais il y a un truc qui me manque, c’est le vestiaire. Et le vestiaire de Nîmes Olympique cette saison, j’ai pris le parti de le laisser aux joueurs : tout ce qui s’y passe, c’est pour eux. Parfois, ça me fait mal au coeur, comme par exemple quand ils font un repas pizzas, au centre, qu’ils regardent la Ligue des Champions, parce que j’ai envie de rester avec eux, de partager, mais non… Tu sais très bien, quand le coach est là, bah, c’est le coach…

Alors, même à l’extérieur, même si je croise Clément ou Oualid, c’est le coach… Je n’ai pas mis de barrière, j’ai juste dit, « pas de tutoiement ». Je sais bien qu’il y a des coachs qui l’autorisent. Cela ne m’empêche pas d’être très proche de mes joueurs. Quand je les prends dans mes bras, quand je les serre fort, c’est sincère, mais je ne suis pas un grand bavard. Même avec mes meilleurs amis. J’essaie de les guider au maximum. Après, un coach qui parle tout le temps aux joueurs, cela ne veut pas forcément dire qu’il aime ses joueurs, et moi je pars du principe que si je dois parler, cela va impacter le joueur, mais ce n’est pas souvent. Mes joueurs, je les aime, c’est ma famille. Je passe plus de temps avec eux que… de toute façon je ne suis pas marié et je n’ai pas d’enfant, je suis seul, à bloc foot, en plus cette année avec le diplôme, c’est lourd. Tout reconstruire, le diplôme, la N2… Et puis j’entraîne quand même Nîmes tu vois…

Quand tu passes devant le stade des Costières, tu penses à quoi ?
C’est vrai que je passe parfois devant et pour nous, Nîmois, c’est un stade historique. On y a vécu des moments incroyables. On verra ce que l’avenir nous réserve mais aujourd’hui on est en National 2, aux Antonins. Bien sûr que l’idée, c’est de retrouver le monde pro, d’y retourner, et pour ça, je crois à la stabilité, à la régularité, à la constance, à la mise en place de choses : une montée, ça se prépare. Après, bien sûr, pour en revenir à cette saison, faire l’ascenseur et remonter en National, si on peut le faire, on ne s’en privera pas. Déjà, en tant que Nîmois, je suis très fier d’avoir recrée ce lien avec la ville et ses supporters, c’est magnifique !

Mickaël Gas, du tac au tac

Photo 13HF

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Allez, je vais faire plaisir à mon pote : c’est Renaud Ripart (rires) !

Le coach le plus connu de ton répertoire ?
Bernard Blaquart.

Un match marquant du Nîmes Olympique ?
Celui où je me suis le plus régalé, c’est le 4-3, en 1/4 de finale de la Coupe de France contre Sochaux (saison 2004-2005).

Le joueur de légende du NO ?
Bernard Boissier.

Un endroit où tu aimes bien aller à Nîmes ?
Aux jardins de la Fontaine.

Un animal ?
Le chat.

Pas le crocodile ?
Si, si ! Mais comme j’ai un petit chat à la maison…

Un plat, une boisson ?
Poulet – pommes dauphines et diabolo-citron (limonade).

Un lieu de vacances ?
J’aime bien aller à Sournia, au dessus de Perpignan, un village où je vais en vacances depuis que je suis tout petit.

Groupe, chanteur ?
J’aime Christophe Maé, mais sinon, j’écoute de tout.

Une ville, un pays ?
L’Italie, Turin, et la Juventus de Turin !

Tu es un coach plutôt …
Confiant, dynamique et impliqué.

Nîmes Olympique est un club plutôt…
Passionné.

Tu étais un joueur plutôt…
Rugueux.

Un poster dans ta chambre quand tu étais gamin ?
Zidane.

Des amis dans le foot ?
J’en ai beaucoup. Tu veux un chiffre ? J’en ai une dizaine.

Le milieu du foot ?
Le foot fait perdre la tête à beaucoup de gens et je pense que pour réussir dans ce milieu, il faut de la fidélité. Moi, je suis quelqu’un de fidèle, et j’accorde beaucoup d’importance à ça.

Un stade (autre que les Costières et les Antonins) ?
Le Vélodrome, et aussi Furiani !

Une autre passion que le foot ?
J’adore la pétanque. J’aime bien le golf aussi et faire un peu de musculation.

Chronologie de l’année 2025

24 juin 2025. La Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) décide d’exclure Nîmes Olympique, relégué de National en N2, des championnats nationaux et de le rétrograder administrativement en Régional 1. Le projet de reprise sportive porté par Yannick Liron, président de l’association Nîmes Olympique et Franck Proust, premier adjoint de la ville de Nîmes, est retoqué.

Juillet 2025. L’entrepreneur Thierry Cenatiempo rejoint le projet et lance une mobilisation générale, attire de nombreux chefs d’entreprise et même d’anciens joueurs comme Renaud Ripart.

15 juillet 2025. Une délégation de cinq personnes montent à Paris pour défendre le dossier en appel devant la DNCG. Thierry Cenatiempo, porteur du projet de reprise, Yannick Liron et Maître Olivier Martin, président et avocat de l’Association NO, Franck Proust, premier adjoint au maire et président de Nîmes Métropole, et Laurent Desoli, expert-comptable du club. Un nouveau budget est présenté. Le verdict tombe : le gendarme financier revient sur sa décision et accepte de maintenir Nîmes Olympique en N2 avec encadrement de la masse salariale. Thierry Cenatiempo devient le nouveau président de la SAS « Nîmes Olympique Ensemble ».

18 juillet 2025. Reprise officielle de l’entraînement du groupe N2.

26 juillet 2025. Premier match amical à Agde, club de N3, et ancien club de l’entraîneur Mickaël Gas (succès 1 à 0, but de Oualid Orinel à la première minute !).

16 août 2025. Premier match de championnat et victoire 2 à 0 contre le FC Limonest Dardilly Saint-Didier aux stade des Antonins.

18 octobre 2025. En s’imposant 2 à 0 face à l’US Créteil aux Antonins, Nîmes Olympique devient leader de son groupe C en National 2 après 7 journées de championnat. Une place que le club conforte deux semaines plus tard en battant Saint-Priest aux Antonins (3-0, 8e journée).

21 février 2026. Nîmes Olympique, 5e de N2 avec 31 points (9 victoires, 4 nuls et 5 défaites), se déplace au FC Bobigny 93 pour le compte de la J19 de National 2.

  • Lire aussi :

Interview Renaud Riparthttps://13heuresfoot.fr/actualites/ligue-2-renaud-ripart-troyes-rendre-des-gens-heureuxcest-exceptionnel/

Interview Thierry Cenatiempohttps://13heuresfoot.fr/actualites/n2-thierry-cenatiempo-nimes-olympique/

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Nîmes Olympique et 13HF
  • Suivez-nous sur nos réseaux sociaux (Facebook, X et Instagram) : @13heuresfoot
  • D’autres articles ? Visitez le site web : 13heuresfoot
  • Un commentaire, une suggestion, contactez-nous (mail) : contact@13heuresfoot.fr