Michel Rodriguez (Montpellier Hérault SC) : « J’aime par-dessus tout entraîner et former ! »

Le coach des U19 Nationaux du club héraultais, qui vient de qualifier l’équipe de la Gambardella en finale au Stade de France, est un pur produit de la Paillade, où il a grandi et suivi sa formation. Aujourd’hui, après une carrière pro de 15 ans, c’est lui qui transmet les valeurs et l’esprit aux joueurs de demain.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : Montpellier HSC, Bernard Morvan et DR

Entretien réalisé mardi 28 avril 2026

Photo MHSC

Plus Pailladin que lui, tu meurs ! Michel Rodriguez (47 ans) est né à Montpellier, a grandi à Montpellier et a été formé au Montpellier Hérault SC, avant un exil de près d’une vingtaine d’années, d’abord pour poursuivre sa carrière de défenseur central professionnelle, ensuite pour apprendre le métier d’entraîneur une fois l’heure de la reconversion sonnée. Forcément, 20 ans, c’est long.

L’actuel entraîneur des U19 Nationaux du club pailladin a 23 ans quand il est prêté en Ligue 2, à Amiens, en 2001. A ce moment-là, Montpellier Hérault, qui vient de passer une saison dans l’antichambre de l’élite, ne peut plus lui offrir le temps de jeu nécessaire à son épanouissement et à sa progression. Suivront deux ou trois saisons en Ligue 2 (accessions avec Tours et Laval) et surtout du National – dix saisons au total -, avec Cannes, Créteil et le FC Rouen. C’est en Normandie, après le dépôt de bilan des Diables rouges, qu’il élargit sa palette : il passe d’abord du temps dans les bureaux avant de tâter, ensuite, un peu du terrain. Pendant 4 ans, le grand gaillard d’1,86m multiplie les casquettes à la direction générale du club rouennais et touche à tout. Sa reconversion est en marche. Sauf qu’il ne sait pas encore vraiment dans quel rôle… Dans les bureaux ? Sur le terrain ?

Photo MHSC

« Je me suis inscrit à un Master spécialisé en marketing et management des structures sportives professionnelles à Rouen, raconte celui qui a touché ses premiers ballons au Racing-club Lemasson. C’était un Master réputé et j’avais l’opportunité d’arriver directement en 2e année parce que j’avais déjà un diplôme universitaire en gestion obtenu à la fac de Lyon. Là, au club, j’étais plutôt étiqueté comme quelqu’un qui pouvait travailler dans les bureaux. C’est vrai qu’à ce moment-là, je ne savais pas trop si je voulais rester dans l’administratif. Puis je me suis aperçu que j’avais besoin d’être proche du terrain, au contact des joueurs, de comprendre le jeu, parce que c’est là que je me sentais le mieux. Quand j’ai passé mon DES (Diplôme d’Etat Supérieur), j’intervenais comme entraîneur-adjoint sur les U17 nationaux, je me sentais bien. »

Le pré vert lui manque tellement qu’il saute définitivement le pas : « En 2017, le FC Rouen est monté de DH en National 3 et là, avec le départ de l’entraîneur Romain Djoubri, je devais reprendre l’équipe et c’est à ce moment-là que Francis de Taddeo et le Stade Malherbe de Caen m’ont contacté. C’était difficile de refuser une proposition comme ça, dans un club pro. Je pense que j’étais attiré par le terrain. »

Multi-casquettes

Capitaine au FC Rouen (on reconnaît Damien Da Silva et Antoine Goulard derrière). Photo Bernard Morvan

Pour autant, son expérience au FC Rouen lui a énormément apporté : « Le fait de piloter un projet, ça m’a plu. J’ai découvert ce qu’était, entre guillemets, la politique. J’ai côtoyé les partenaires institutionnels, ça m’a aidé, surtout dans le contexte de l’époque, avec l’émergence du projet QRM. Je me suis occupé de la partie commerciale, du merchandising, de la communication, de la gestion financière, en fait, j’ai touché un peu à tout ! J’ai appris sur les hommes aussi, et ça me sert beaucoup aujourd’hui dans mon rôle de formateur car on est beaucoup dans l’humain. On est sur des projets à moyens ou longs termes, que ce soit individuellement pour des joueurs ou collectivement pour un groupe. »

À Malherbe, l’expérience dure trois ans avec les U19 Nationaux, qu’il qualifie dès son arrivée en phase finale, une première dans l’histoire du club du Calvados. Le hasard, ou le destin, appelez-ça comme vous le voulez, place le MHSC sur sa route, en finale tout d’abord (en 2018), en demi-finale l’année suivante (2019). Dans les tribunes, sans doute que de nombreux Pailladins se rappellent au bon souvenir de Michel Rodriguez.

AU FC Rouen. Photo Bernard Morvan

L’histoire ne dit pas exactement quel est l’élément déclencheur dans sa venue, dans son retour « chez lui », au Centre d’entraînement, à Grammont, mais il est certain que la nomination en 2018 à la tête du centre de formation héraultais de Francis de Taddeo, celui qui l’a fait venir à Caen un an plus tôt, a également dû jouer. « En 2020, mon retour à Montpellier, je l’effectue avec un minimum d’expérience à Rouen et à Caen pendant 3 ans comme formateur, poursuit celui qui fut champion d’Europe avec l’équipe de France U19 en 1997, brassard de capitaine au bras. Mais quand j’arrive, j’ai les diplômes. Je pense que les dirigeants ont vraiment pensé à moi quand le hasard a voulu que j’affronte Montpellier avec Caen. Ils se sont dit « Ah, il y a un vrai Pailladin qui fait du boulot ailleurs, alors pourquoi ne le ferait-il pas chez nous ? ». Une personne a beaucoup cru en moi aussi, c’est Francis de Taddeo, qui est venu me chercher à Rouen pour prendre en charge les U19 Nationaux de Caen, alors que je n’avais jamais entraîné. Quand il a rejoint le centre de formation de Montpellier, il a dû penser à moi quand un poste est devenu vacant. Mes saisons à Caen, avec une demi-finale et une finale, deux années de suite, c’était vraiment bien. Autant Montpellier, eux, étaient habitués à aller loin, autant Caen non. »

La Gambardella, un objectif assumé cette saison

Six ans plus tard, le MHSC ne regrette pas son choix. Régulièrement, les U19 Nationaux sont en haut de tableau dans leur poule (1ers en 2023, 2es en 2024 et 2025) et qualifiés en phase finale. Et cette année, cerise sur le gâteau, ils iront au Stade de France, vendredi 22 mai, disputer la finale de la coupe Gambardella Crédit Agricole face au PSG, en lever de rideau des « grands » (OGC Nice – RC Lens).

La joie de l’équipe de Gambardella à Rennes après la qualification pour la finale en avril dernier. Photo MHSC

C’est plus facile à dire aujourd’hui, maintenant que les jeunes Pailladins sont en finale, mais cette compétition, c’était l’objectif assumé de la saison 2025/26 : « On a fait ce choix et cela nous donne raison. On restait sur trois saisons consécutives à disputer les play-off, c’est vrai, mais les play-off, cela n’a jamais été un objectif, c’est juste que ça l’est devenu au fil de la saison, notamment quand arrivent les cinq derniers matchs de championnat. Cette saison, j’ai senti qu’il fallait faire un autre choix, partagé par mon directeur de Centre, Bertrand Reuzeau. Et si cela n’avait pas fonctionné, on aurait quand même disputé un bon championnat. Parce que finir dans les 5 premiers, surtout dans notre poule, ça reste une bonne saison (le MHSC est actuellement 3e). On privilégie d’abord la formation de nos garçons. L’an passé, on a accédé en play-off avec 50 % de joueurs première année et 35 % de U17, elle est là aussi la satisfaction en championnat. Quand j’étais avec les U19 de Caen, on jouait avec la moitié de « première année ». Je me souviens que lors de ma 2e saison à Caen, on fait les play-off avec régulièrement trois ou quatre U17 qui sont titulaires, dont Johann Lepenant… mais bon, c’était Johann Lepenant quoi ! Il a joué tous les matchs. J’avais joué aussi avec Brahim Traoré, qui est devenu pro, et qui était U16. Si on fait jouer des plus jeunes, ce n’est pas par choix, c’est parce que parfois, certaines générations prennent le dessus sur d’autres. Cette saison, dans mon groupe à Montpellier, j’ai deux ou trois U17, un U16 mais c’est une exception, c’est Laciné (Megnan-Pavé, plus jeune joueur de l’histoire du club à avoir signé pro, en octobre dernier, à l’âge de 15 ans et 10 mois !), et sur le banc, j’ai un autre U16, qui n’a pas encore 16 ans, Soyan Ameur, donc on est relativement jeune, aussi jeune que Rennes en tout cas ! Laciné et Soyan nous font certes baisser la moyenne, mais c’est une exception, ce sont deux internationaux ».

« La Paillade, c’est viscéral »

La joie de l’équipe de Gambardella à Rennes après la qualification pour la finale en avril dernier. Photo MHSC

Et comme chaque parcours raconte une histoire, celle de Michel Rodriguez est assez folle. Elle est comme un clin d’oeil au passé. Comme un souvenir enfoui et qui refait surface. Comme un secret longtemps gardé. Aujourd’hui, avec la médiatisation, les réseaux sociaux, les coupures de presse aussi, tous les joueurs de son équipe sont au courant : le coach des U19 Nationaux a remporté la Gambardella comme joueur ! C’était en 1996. Contre le FC Nantes (1-0, but d’Ibrahima Bayakoko).

« Oui, ils le savent ! Longtemps, je n’ai rien dit, mais cela a fini par se savoir. Je suis content de vivre cette aventure humaine avec mes joueurs et avec mon club, parce que pour moi, La Paillade, c’est viscéral quand même… Voir des gens heureux à travers cette compétition, qui vaut ce qu’elle vaut, et, surtout, de le refaire avec mon club, c’est très particulier pour moi; ça l’est déjà d’être ici, au quotidien, à Montpellier, je dirais d’ailleurs que c’est ma force mais c’est aussi ma fragilité. Cela va au delà de ma simple fonction de formateur. J’aime par-dessus tout entraîner et former, et là, je le fais dans ma ville et dans mon club, auxquels je suis attaché. Je ne peux pas me détacher du fait que cela reste Montpellier. Cela ne me donne aucune légitimité, en tout cas, je ne la prends pas, car j’estime que ce sont des attitudes et des compétences, et tout ce que tu fais, qui doivent primer. Je ne me donne aucun droit. Au contraire, je me dis que j’ai encore plus de devoirs, du fait d’être formé ici. Cela fait partie de ma vie. »

« Je ne suis pas un utilisateur de joueurs »

Laciné Megnan-Pavé est le plus jeune joueur de l’histoire du MHSC à avoir signé pro, en février dernier, à l’âge de 15 ans et 10 mois. Photo MHSC

Après neuf ans passés à entraîner les jeunes, n’y a-t-il pas un phénomène de lassitude qui s’installe ? N’a-t-il pas envie d’aller voir ce qui se passe chez les seniors ? Sur ce point, Michel Rodriguez est catégorique : « Pour le moment, ce n’est ni mon ambition ni mon objectif. Je me sens très bien avec les ados, avec la tranche d’âge que j’entraîne. Toucher les pros, cela n’a jamais été mon ambition première, je n’en fait absolument pas un objectif. Maintenant, dans ce milieu, il ne faut jamais fermer les portes parce qu’il y a des contextes aussi qui font que, à un moment donné, on peut être amené à travailler pour une personne ou un club en particulier. Je n’ai que 47 ans, alors on verra bien. Certains passent par la formation pour s’aguerrir dans le but de passer chez les pros, mais ce n’est pas mon projet. Le mien, c’est la formation. Je m’y sens bien. Et si un jour je dois tendre vers les seniors, je garderai toujours cette idée de faire progresser individuellement chacun des mes joueurs, ceux qui jouent et aussi ceux qui ne jouent pas, pour le bien du collectif. J’ai besoin de sentir que je suis une aide pour eux, je ne suis pas un utilisateur de joueurs. Ce n’est pas ma nature. »

« J’ai l’esprit club »

Son côté multi-casquettes peut aussi l’emmener, un jour, à la tête d’un Centre de formation : « Je garde une vision globale des choses, je ne suis pas cloisonné. Par exemple, au MHSC, je connais les joueurs de la préformation, parce que ça m’intéresse, je suis comme ça, je discute avec les coachs, j’aime échanger. Joueur, j’étais déjà comme ça : tu pouvais me demander le nom de l’entraîneur des U15, je le connaissais. En fait, je pense que j’ai l’esprit club. »

L’esprit club, OK. Et surtout, l’esprit… pailladin. D’ailleurs, c’est quoi l’esprit pailladin au juste ? « C’est être combatif. J’aime bien parler de capacité à être courageux et entreprenant dans certains moments, de capacité à donner plus, à avoir un supplément d’âme. L’esprit pailladin, c’est être humble et ambitieux : je tiens ça aussi de mon passage au Stade Malherbe de Caen et ça nous caractérise bien à Montpellier Hérault, où il faut garder beaucoup d’humilité mais sans se limiter dans l’ambition. »

La Gambardella, un rayon de soleil

Photo MHSC

Ce parcours en Gambardella, c’est la fierté du MHSC, qui disputera sa 7e finale (trois titres en 1996, 2009 et 2017, trois finales perdues en 1984, 1985 et 1997). C’est aussi la mise en valeur du travail de formation – qui a toujours été l’un des meilleurs de l’Hexagone – de l’institution héraultaise (1).

(1) En Juin 2025, pour la 5e année consécutive, la FFF a délivré une note de 3 étoiles au centre de formation du MHSC, qui partage la 8ᵉ place du classement des meilleurs centres avec l’OGC Nice, le LOSC, l’AJ Auxerre, l’AS Saint-Étienne et le Stade de Reims.

Ce parcours en Gambardella, c’est surtout le rayon de soleil d’un club historique du championnat de France, qui vit actuellement une période plus délicate, après une relégation en Ligue 2 il y a un an et une saison 2025/26 au terme de laquelle il n’est pas parvenu à se hisser dans le top 5. Et puis, c’est l’occasion de parler d’autre chose que de l’avenir du club, à un moment où le président Laurent Nicollin a officiellement ouvert la porte à une vente, admettant que la survie et la compétitivité du MHSC passaient par l’arrivée de nouveaux capitaux.

Apprentissage accéléré et indicateurs

Photo MHSC

« Médiatiquement, c’est vrai que la coupe Gambardella a beaucoup de retentissement, poursuit Michel Rodriguez; c’est une compétition qui est très suivie, scrutée, médiatisée. Je vois la différence avec les phases finales : on a fait une demi-finale de play-off contre Auxerre (en 2024) mais c’est incomparable avec ce que l’on vit cette saison. Un parcours comme celui-là, c’est beaucoup d’efforts, beaucoup de matchs à enjeu, beaucoup de bons matchs, beaucoup de travail… Il se passe un truc avec cette coupe Gambardella, tant mieux, car ce sont des matchs accélérateurs d’apprentissage dans des contextes bien particuliers, avec des matchs à élimination directe. On a joué à Marmande, à Vichy, à Pontarlier, et à chaque fois, il y avait 2000 ou 2500 personnes au stade ! Et puis, avec la coupe, tu commences à gérer des trucs : le buzz, l’attente, les médias, la pression… C’est intéressant pour la formation du joueur, ce sont des bons indicateurs. »

Michel Rodriguez, du tac au tac

« Après la finale, je vais pleurer, mais je ne sais pas encore pour quelle raison »

Ton premier match dans les tribunes à La Mosson ?
Je crois que c’est avec mon papa, qui me tenait dans les bras sur un platane, l’année de la montée en D1 contre Lyon, en 1981, j’étais tout petit, j’avais 3 ou 4 ans.

Tes premiers souvenirs de joueurs ?
Je me souviens très bien de Julio Cesar puis ensuite de Laurent Blanc, que Michel Mezy a fait reculer d’un cran.

Ton premier match en pro ?
En coupe de France à Metz début 1997, avec Montpellier, on s’est qualifié (en 32e de finale, 3-3, Montpellier qualifié 3-1 aux tirs au but. Cette saison-là, le MHSC atteindra les demi-finales, éliminé par Guingamp 2-0 ap.).

Tu as regardé l’autre demi-finale de la Gambardella, entre PSG et Nantes ?
Oui, j’ai regardé le match le dimanche, le lendemain de notre demi-finale à Rennes, avec le wifi, dans le train du retour ! La SNCF a fait des progrès là-dessus (rires) !

Y-a-t-il un style de jeu préférentiel au centre de formation à Montpellier ?
Sur la formation oui, on a un système de jeu préférentiel et des principes demandés, comme dans beaucoup de Centres de formation. Pas avec les pros, parce que c’est plus difficile, Mais les systèmes, tu sais, bientôt, on n’en parlera plus, parce que c’est très hybride, et d’un match à l’autre, ça change. Il n’y a plus tant d’équipes que cela qui impose vraiment leur animation et leur système de jeu de façon très régulière sur une saison complète. Les équipes s’adaptent, changent d’animation pour contrarier ou contrer l’adversaire, et même des joueurs changent de poste pendant le match; ça reste organisé, mais de manière hybride. Chez nous, la base, c’est quatre défenseurs et deux milieux de terrain et autour, l’idée c’est de presser, d’aller chercher l’adversaire, de ne pas subir.

« Je suis beaucoup dans l’analyse, trop peut-être »

Avec le FC Rouen, face au Romain Armand de l’AS Cannes. Photo Bernard Morvan

Parlons de ta personnalité : tu as l’air très sensible sous ta grande carapace et aussi très observateur…
Je suis beaucoup dans l’analyse, trop peut-être ! Il faudrait que je lâche un peu plus prise. En fait, je suis là quoi, ici et maintenant, et pas ailleurs. Mais je suis aussi quelqu’un qui déconne beaucoup, avec ceux qui me connaissent bien. Je suis sensible, c’est vrai, émotif. J’ai besoin de faire confiance. En fait, je suis entier : avec moi, c’est blanc ou noir, pas souvent gris, même si, avec l’expérience, c’est un peu plus souvent gris quand même (rires). Je ne suis pas forcément méfiant, je donne très vite ma confiance mais une fois que je l’ai retirée… En vrai, je ne la retire pas facilement. Ma confiance se gagne en gouttes mais se perd en litres : c’est ce que je répète souvent aux gars que j’entraîne. Simplement, il ne faut pas me trahir, même si je sais être conciliant et pas trop rancunier. Comme je donne beaucoup au départ, j’ai du mal à comprendre ou accepter que l’on ne puisse pas être respectueux de cette confiance-là.

Tu as pleuré après la demi-finale de Gambardella remportée à Rennes, chez le tenant du titre ?
Non. Parce que je suis vite passé à la suite. J’étais bien sûr heureux ! Heureux aussi de savoir que mon club, mes joueurs, ma famille, mon staff, mes amis, étaient contents. Je pense que je vais pleurer après la finale, mais je ne sais pas encore pour quelle raison !

« On va créer un groupe WhatsApp avec les anciens de 1996 »

Parlons de ta carrière de joueur : meilleur souvenir sportif ?
Cela reste la coupe Gambardella remportée avec Montpellier Hérault, en 1996, un an avant le titre de champion d’Europe U19 à l’époque.

Es-tu toujours en contact avec les joueurs de cette génération-là ?
Quelques-uns mais pas beaucoup. Mais on va « monter » un groupe WhatsApp pour essayer de tous se retrouver. L’idée est venue avec notre parcours actuel, jusqu’en finale. Du coup, les souvenirs reviennent chez certains. Je vais prendre le temps en fin de saison, pendant mes vacances, de m’occuper de ça. Si chacun de nous contacte trois ou quatre joueurs, on va réussir à réunir tout le monde, ça peut être très sympa. Il faut savoir que, de cette génération, quasiment personne n’a joué en pro, c’est aussi pour ça que les contacts ont été plus difficiles à maintenir. On ne se voit pas. Il y avait quand même Ibrahima Bakayoko, qui a une académie en Côte d’Ivoire, j’ai son contact sur Facebook, mais pas plus. Il y avait Stéphane Dief aussi, l’actuel coach du Puy en National.

Pire souvenir sportif ?
(Il réfléchit longuement). C’est une saison, celle qui me laisse le plus de regrets, la descente de Ligue 2 en National avec Tours, parce que je me sentais très bien dans ce club, j’aimais beaucoup la ville, mon épouse s’y sentait bien, on avait fait beaucoup d’efforts pour remonter, avec Albert Falette comme coach. Malheureusement, cette saison a été mauvaise en termes de résultats.

Combien de buts marqués ?
Une dizaine, douze ou treize. Dont celui que j’ai inscrit à Nice, qui est beau (2). D’ailleurs, si tu es bon, tu vas me le récupérer (rires) ! Je pense que c’est le plus beau, et on m’en parle encore : sur un corner, un ballon revient en dehors de la surface, j’étais à la retombée, je le prends un peu de l’extérieur, il tape la barre, et ça rentre ! C’était Jean-Daniel Padovani le gardien.

(2) Le 11 mai 2001 (37e et avant-dernière journée de Ligue 2) : OGC Nice – Montpellier HSC 2-1, au stade du Ray. Cette saison là, le Montpellier HSC, relégué de Ligue 1, était remonté à l’issue du championnat.

Le groupe U19 Nationaux du Montpellier HSC. Photo MHSC

Pourquoi as-tu choisi d’être footballeur ?
Je suis issu d’une famille d’origine espagnole, fan du Real Madrid. Ma mère est de Tolède, mon père du côté de Valladolid. On parle le Castillan chez moi. Mes oncles, mes cousins, tout le monde aime le foot. Le mercredi après-midi, mes grands parents me gardaient, et là où ils habitaient, il y avait un club à côté, le Racing Club Lemasson. Moi, j’habitais à 400 mètres de La Mosson, avenue de Louisville. Au Racing-club Lemasson, j’accompagnais mon cousin, je « traînais » là-bas, et un jour, un samedi, il manquait un joueur, on m’a dit de jouer, et j’ai joué sous fausse licence (rires) ! Je m’en souviens parce qu’on me disait « Aujourd’hui, tu t’appelles comme ça ! » (rires). Le foot, ma famille aimait ça, ça m’a plu aussi, et voilà. Je devais avoir quelques qualités il me semble, et tout s’est enchaîné. On est venu me chercher pour intégrer la section sportive du collège Gérard-Philippe de Montpellier Hérault SC, puis j’ai suivi les cours au lycée Alphonse-Daudet, pendant que j’étais au centre de formation du club.

« Il me manquait un peu de vitesse »

Pourquoi défenseur central ?

Sous les couleurs du FC Rouen. Photo Bernard Morvan

J’ai commencé attaquant ! Je marquais beaucoup de buts quand j’étais gamin, puis j’ai reculé en milieu de terrain et c’est avec la sélection du Languedoc-Roussillon (aujourd’hui « Occitanie ») que j’ai reculé en défense centrale. Régulièrement, au centre de formation, je jouais en milieu de terrain et quand j’allais en sélection chez les jeunes de l’équipe de France, je passais plutôt derrière. J’ai reculé parce qu’il me manquait un peu de vitesse je pense pour jouer devant. C’est vrai qu’aujourd’hui, on demande beaucoup de vitesse également aux défenseurs, mais à mon époque, moins.

Ton geste technique préféré ?
J’aimais tacler ! J’aimais reprendre de volée aussi, sortir, éteindre le feu avec un bon geste de volée, et aussi la diagonale.

Combien de cartons rouges dans ta carrière ?
Zéro en pro ! Et en jeunes, un seul. C’est étonnant non ? Tu ne l’avais pas cette stat’, hein (rires) !?

Qualités et défauts sur un terrain, selon toi ?
Je manquais de vitesse comme je l’ai dit, j’étais plutôt propre dans la relance, avec un bon sens de l’anticipation, une bonne lecture du jeu. Tactiquement, j’étais fiable, j’ai eu la chance d’avoir une bonne formation au Montpellier Hérault, j’avais pas mal de bagages, je pouvais jouer dans différents systèmes, ce qui m’a amené à diriger mes défenses. J’avais ce côté communicant, je mettais en place, un peu comme un patron de la défense.

« J’ai raté le bon wagon et manqué d’ambition »

Tu as passé 10 saisons en National, mais tu as aussi connu la 1re et le 2e division : que t’a-t-il manqué pour jouer durablement en Ligue 1 ou en Ligue 2 selon toi ?

Sous le maillot de l’AS Cannes, au début des années 2000, en National. Photo DR

J’ai eu un parcours linéaire. L’année où on descend en Division 2 avec Montpellier, en 2000, je commence la saison en étant blessé. Le club enchaîne les victoires au début et puis voilà quoi, une grosse dynamique s’installe, c’est normal, et l’année suivante, je suis prêté à Amiens en Ligue 2 pour gagner du temps de jeu. J’étais capitaine de la sélection française dès l’âge de 15 ans, champion d’Europe en moins de 19 ans (capitaine également), professionnel à 18 ans, puis j’ai eu cette première grosse blessure longue durée que je n’ai pas su gérer. J’ai fait l’erreur de penser, par manque de maturité, que cela allait revenir naturellement, et ensuite, j’ai raté le bon wagon. J’ai été étiqueté bon joueur de National, un peu de Ligue 2, et j’ai peut-être aussi manqué un peu d’ambition. Je me suis marié à 21 ans, j’ai eu des enfants, donc j’ai préféré être grand chez un petit plutôt que petit chez un grand. Quand j’étais sollicité par un club, si je sentais de la confiance, je fonçais, je ne faisais pas de surenchère, alors qu’en étant un peu plus patient, j’aurais pu aller dans un club avec un projet plus intéressant, plus structuré, avec plus de moyens et à un niveau supérieur. Cela m’est d’ailleurs arrivé deux fois. Même si je n’avais pas signé de contrat avec un club, une fois que j’avais donné ma parole, je la respectais. Cela faisait partie de mes valeurs. J’ai beaucoup privilégié ma famille et je ne le regrette pas. Parce que j’ai quand même duré 15 ans à un bon niveau, et que je suis très heureux avec mon épouse et mes trois garçons (Maxim – sans le « e » – 24 ans, Mattéo 21 ans et Louca 15 ans), c’est ça ma fierté.

Justement, y-a-t-il eu un club où tu as failli signer ?
Toulouse, avec Erick Mombaerts comme entraîneur, c’était en Ligue 2.

Le club où tu n’aurais pas dû signer ?

Avec le FC Rouen en National, en 2011-12. Photo Bernard Morvan

Ce n’est pas une erreur de casting, c’est juste que je ne m’y suis pas plu comme je le voulais, mais le club de Créteil ne me correspondait pas. Je n’ai rien à reprocher aux personnes, le président Lopes est un super-mec, Rui Pataca m’a fait venir, j’ai passé aussi de bons moments avec Helder (Esteves), mais ce n’était pas assez « famille », c’était trop impersonnel comme club pour moi. J’ai besoin de sentir que je fais partie d’une aventure, comme à Laval ou à Rouen, où j’ai joué.

Le club où tu aurais rêvé de jouer, dans tes rêves les plus fous ?
Le Real Madrid (rires).

Un stade et un club mythique pour toi (en dehors de Montpellier) ?
Celui qui m’a le plus marqué, c’est le Parc des Princes, même s’il y a le Vélodrome aussi.

Un public qui t’a marqué ?
Le Vélodrome.

« Armand Raimbault m’a marqué à Tours »

Un coéquipier marquant ?
Le gardien du Tours FC, Armand Raimbault, m’a marqué. Il tirait les penaltys ! J’aimais sa personnalité.

Le coéquipier avec lequel tu avais le meilleur feeling sur le terrain ?
Fabien Valeri, qui entraîne QRM aujourd’hui. On a joué à Cannes. On a beaucoup échangé ensemble. Je m’entendais très bien aussi sur le terrain avec Antoine Goulard, au FC Rouen.

Le joueur adverse qui t’a le plus impressionné dans ta carrière ?
Sur le poste d’attaquant, Florian Maurice. Sa mobilité, sa manière de se faire oublier sur le terrain… Et aussi, quand j’étais très jeune, Rai, c’était impressionnant.

Le meilleur joueur avec lequel tu as joué ?
Franck Sauzée.

Le joueur le plus connu de ton répertoire ?
Xavier Gravelaine. Tu peux aussi inverser la réponse avec la question précédente !

« Sérieux sans se prendre au sérieux »

Un coéquipier perdu de vue que tu aimerais bien revoir ?
Même si j’en ai perdu de vue certains, je peux vite reprendre contact avec eux. Alors comme ça, non, je n’en ai pas.

Un coach perdu de vue que tu aimerais bien revoir ?

Photo Bernard Morvan

J’ai apprécié travailler avec Philippe Hinschberger à Laval. Et aussi Laurent Fournier et René Marsiglia. Chacun pour différentes raisons. Je ne vais pas me faire des amis si je ne cite qu’eux, les autres vont penser que je ne les aime pas (rires) !

Un coach que tu n’as pas forcément envie de revoir ?
(Son visage change radicalement) J’en ai un en tête, mais je ne peux pas te le dire !

Un président ?
Loulou Nicollin bien sûr. Et aussi Fabrice Tardy, à qui je dois beaucoup, au FC Rouen : il m’a fait confiance lors de ma reconversion, parce qu’il n’était pas encore président quand je jouais au club. Il a beaucoup compté pour moi, il m’a beaucoup appris. Je citerais aussi Marcel Salerno à Cannes, que j’ai revu il n’y a pas très longtemps à Montpellier.

Une devise, un dicton ?
Sérieux sans se prendre au sérieux. C’est celle que l’on partage avec notre staff. Et parfois je rajoute « très » sérieux dans certains contextes. C’est ce qui nous caractérise. J’aime déconner mais jamais au détriment de la rigueur. Il y a un minimum que tu dois mettre dans ce que tu fais. J’ai besoin de me sentir bien avec les gens. Mais cela ne passera jamais avant le travail bien fait. Ou fait du mieux possible.

Un modèle de défenseur ?
J’aimais bien Ciro Ferrara (ex-défenseur de Naples et de la Juventus). Mais celui qui me plaît le plus, c’est Sergio Ramos. Il a tout pour moi, le charisme, la personnalité, la technique, le courage, la grinta, il est très complet. C’est déjà un monument mais avec 10 centimètres ce plus, il aurait été un extra-terrestre.

« J’aime m’isoler en montagne ! »

En 1996, Michel Rodriguez a remporté la Gambardella avec le MHSC. A gauche, on reconnaît Stéphane Dief, l’actuel entraîneur du Puy en National. Photo MHSC

Une passion ?
Me retrouver en famille. Être avec mes enfants, mon épouse, j’aime retrouver mes deux soeurs, qui sont à Montpellier. Mes parents sont à Juvignac. J’ai besoin d’aller m’isoler régulièrement en montagne, d’aller marcher. Je fais des randonnées. Mes vacances sont souvent dans les Pyrénées, dans la vallée de Cauteret ou dans la vallée d’Aspe. Je n’ai pas encore eu le temps de faire le reste et je pense que je n’aurai pas assez de ma vie pour faire toutes les Pyrénées ! J’ai beaucoup de respect par rapport au monde qui m’entoure. J’ai besoin de la nature, je m’y sens tout petit, cela resitue bien les choses.

Ta plus grande fierté ?
Ce qui me rend fier, c’est quand je vois dans les yeux des gens qui m’aiment, que eux aussi sont fiers de moi. C’est valable au foot aussi : j’ai besoin d’entraîner des joueurs heureux et de sentir que les gens sont heureux. Quand tu es coach aujourd’hui, ce n’est pas si souvent que cela arrive. Je ne suis pas quelqu’un de fier en général. Mais dans le regard des autres, ça me touche.

Le milieu du foot, en deux mots ?
Impitoyable, passionnant, énergivore. ça fait trois mots (rires) !

En 1996, Michel Rodriguez a remporté la Gambardella avec le MHSC. Photo MHSC
L’emblématique Louis Nicollin félicite Michel Rodriguez après le titre en Gambardella en 1996. Photo MHSC
Photo MHSC
Photo MHSC
Avec Cyril Arbaud, 2e meilleur buteur de l’histoire du National à ce jour, et Alexis Lafon. Photo Bernard Morvan.
Avec Jocelyn Gourvennec. Photo Bernard Morvan
Capitaine au FC Rouen. Photo Bernard Morvan
Sous les couleurs du FC Rouen. Photo Bernard Morvan
Sous les couleurs du FC Rouen. Photo Bernard Morvan

Coupe Gambardella Crédit Agricole / Finale : Paris Saint-Germain – Montpellier Hérault SC, vendredi 22 mai 2026, à 17h15, à Saint-Denis (93), au Stade de France, en lever de rideau de la finale de la Coupe de France CA (RC Lens – OGC Nice, à 21h).

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
  • Photos : Montpellier HSC, Bernard Morvan et DR
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