L’entraîneur gardois, arrivé en Normandie en décembre, raconte comment il a adapté sa vision du jeu et évolué dans sa réflexion pour mener à bien sa mission maintien en N2. Avant d’être adjoint à Martigues de Grégory Poirier – qui témoigne dans cet article -, puis de David Carré à QRM, il avait toujours clamé son envie d’être un numéro 1… sauf s’il sentait qu’il pourrait bénéficier d’une certaine liberté, la même qu’il laisse aujourd’hui à son staff à Granville.
Par Anthony BOYER / aboyer@13heuresfoot.fr – Photos Lorik LAURENT – US Granville (sauf mentions)

Un miracle pour les uns. Une récompense pour les autres. Journée 30 du dernier championnat de National 2, le 16 mai dernier. L’US Granville est toujours relégable. Cela fait 22 journées (dont 12 à la place de lanterne rouge) que ça dure. Mais depuis l’arrivée de Greg Scaffa aux commandes de l’équipe, début décembre 2025, la situation, bien que bancale au départ (les résultats ne sont pas arrivés tout de suite), n’a eu de cesse de s’améliorer. Les Normands ont grappillé des points, comblé l’écart abyssal avec le premier non-relégable et, surtout, ils ont fait une série – une seule défaite (à Dinan-Léhon, 4-2, J21) lors des quatorze derniers matchs, entre la J17 et la J30 – qui leur a permis de s’en sortir. Le miracle, la récompense, l’exploit, appelez-ça comme vous le voulez, sont arrivés à la 30e et dernière journée, avec cette victoire 1 -0 à Chauray et ce maintien acquis in extremis, au bénéfice d’une meilleure 14e place.
Il n’avait jamais entraîné en N2
Il serait facile d’imputer ce retournement de situation au successeur de Matthias Jouan, remercié fin novembre. Il est sans doute plus juste de parler de pari collectif réussi, même si dans le foot, les victoires sont souvent celles des joueurs et les défaites, celles des entraîneurs…
Le pari est d’autant plus réussi qu’il n’était pas gagné d’avance. Quand le natif de Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, a posé ses valises, ou plutôt son sac à dos, sur les bords de la Manche, il n’avait aucune référence comme numéro 1 sur un banc en National 2. Tout juste avait-il eu une expérience en N3, une saison, à Agde (en 2017), et trois autres à Lattes, en DH, tronquées par la Covid (entre 2018 et 2021).
« Je suis parti à Granville en mission »

De plus, il ne connaissait personne à l’US Granville : « Quand j’arrive, je viens tout seul. Je ne me suis même pas posé la question de savoir où j’allais, avec qui j’allais bosser, si j’allais rencontrer des gens bien, s’ils allaient être derrière moi, raconte-t-il. Mon esprit, c’était « Je pars en mission, je dois l’accomplir, je vais essayer de faire au mieux ». Je me suis dit que c’était à moi d’emmener les gens, de faire en sorte qu’ils croient à ce que je vais apporter, et ça s’est bien passé. »
Il est important de remettre les choses dans leur contexte. Quand Grégory – « Personne ne m’appelle Grégory, même moi, je dis que je m’appelle Greg ! » – signe à Granville, il vient d’être débarqué de Quevilly-Rouen, en National, où il était l’adjoint de David Carré depuis l’été 2024 : « Là encore, à QRM, j’étais parti dans l’inconnu, sans rien connaître. Je savais juste que le club avait le statut pro, qu’il était stable et sérieux. En fait, je ne connaissais que l’entraîneur des gardiens, David Moulin, avec qui j’étais en STAPS à Montpellier. Et puis j’ai eu la belle surprise de rencontrer le coach David Carré : humainement, il est top, droit, honnête, avec des valeurs fantastiques. David, c’est quand même quelqu’un qui a connu la Ligue des champions avec Auxerre, quand il était adjoint de Jean Fernandez. »
« À Martigues, on m’a enlevé quelque chose que je méritais »
Pourtant, quelques jours seulement avant de signer à QRM, deux autres plans s’offraient à lui. Le premier : poursuivre une 4e saison au FC Martigues, en Ligue 2, comme adjoint de Grégory Poirier si ce dernier restait ou pas. Le second : suivre Grégory Poirier en cas de départ. « Sincèrement, à ce moment-là, à l’été 2024, je m’étais projeté avec Martigues en Ligue 2 ».
La blessure provençale n’est pas tout a fait refermée. La déception s’entend encore, elle n’est pas ravalée : « J’avais un accord oral avec Martigues mais finalement, Greg (Poirier) est parti (au Red Star) et je n’ai pas été renouvelé. Je ne l’ai pas forcément accepté, parce que je pense qu’on m’a enlevé quelque chose que je méritais. Cette décision, elle émane de Thierry Laurey. J’étais le seul du staff à Martigues qu’il ne connaissait pas. C’est la non-acceptation de cette décision qui fait que je pars, c’est une décision égoïste, tête baissée, à QRM, surtout qu’au Red Star, cela n’a pas pu se faire non plus avec Greg. »
« J’avais juré que je ne serais jamais adjoint ! »

Avec « Greg » Poirier, trois saisons durant, les résultats sont exceptionnels sur le banc de Martigues : accession de N2 en National la première saison, en 2022, alors que le club provençal comptait jusqu’à 9 points de retard sur GOAL FC, puis accession manquée de peu en Ligue 2 en 2023, à deux journées de la fin mais au final, une belle 4e place, et enfin accession validée la troisième année, en 2024, avec ce fameux match contre Nîmes à la dernière journée dans un stade Francis-Turcan plein à craquer. Inoubliable.
Finalement, Greg Scaffa aura passé presque quatre ans et demi dans un rôle d’adjoint, lui qui, au début de sa carrière, jurait qu’il ne serait « jamais adjoint » ! « C’est vrai, j’avais dit ça. Parce que j’adore le poste de numéro 1. Je travaillais dans des logements sociaux à Montpellier et j’avais le foot à côté, et puis un jour, Greg Poirier m’appelle et me propose d’être son adjoint à Martigues, en National 2. Avec Greg, on est ami. On avait joué ensemble pendant plusieurs saisons à Arles, on faisait les allers-retours tous les deux depuis Montpellier. Je lui ai dit « Ecoute, avec toi, pourquoi pas ! ». On a tenté le truc et ça a fonctionné ».
Greg Poirier le connaît bien. Alors, pourquoi et comment a-t-il pensé à lui ? « On n’en a jamais trop parlé, poursuit Scaffa. Une fois, on s’est affronté en match amical, quand j’entraînais Agde, et lui entraînait Endoume. Peut-être qu’il a apprécié la manière de jouer de mon équipe, ou ma manière de fonctionner, je ne sais pas, après, moi, je ne suis pas sur les réseaux, je n’appelle pas beaucoup. Même avec Greg, on ne s’appelle pas beaucoup, mais j’ai suivi tous ses résultats, bien sûr, j’ai regardé quelques-uns de ses matchs avec le Red Star ».
Pour Greg Poirier, l’avoir à ses côtés dans un rôle d’adjoint à Martigues était, comme il le raconte plus bas, « logique et évident ». Le désormais ex-entraîneur du Red Star raconte la genèse de leur association et explique pourquoi il n’avait aucun doute quant à sa manière de devenir numéro 1.
Ses débuts d’entraîneur à Sète
Sa carrière d’entraîneur, Grégory Scaffa l’a véritablement entamée à la fin de celle de joueur, à Sète, en 2015. Il a alors 34 ans. « Quand je jouais encore, les dernières saisons, j’avais déjà la responsabilité d’une équipe de jeunes. Pendant trois ans, j’ai eu les U13 puis les U14 de Sète. Et ensuite, quand j’ai arrêté de jouer, un an après la remontée en N2, j’ai pris en charge la réserve, pendant deux saisons. Ensuite, j’ai basculé à Agde en National 3 une saison, puis Lattes (DH) pendant trois saisons, dont deux pendant la Covid. Avec Lattes, on est leaders à une journée de l’arrêt des championnats. Et la journée d’après, c’est Albères-Argelès qui est premier, et qui monte en N3 quand la saison est stoppée. »
Connaux, Nîmes, Beaucaire, Arles…
Joueur, Greg Scaffa est un milieu de terrain, plutôt numéro 6 ou numéro 8. Il commence le foot à Connaux, dans son village, près de Bagnols-sur-Cèze, à 40 minutes de Nîmes. En pupilles, quand il passe au foot à 11, il signe à Nîmes Olympique, où il reste quatre saisons : « En moins de 15 ans Nationaux, je ne jouais pas trop, alors je suis reparti dans mon village pendant une saison, et puis je signe à Beaucaire en moins de 17 ans. J’y suis resté pendant sept saisons. On a grimpé les échelons, jusqu’en National avec les seniors. Là, au bout de 10 matchs, contre Poitiers je crois, je me suis fait les croisés. J’ai repris en N3 la saison d’après quand le club est descendu sportivement et administrativement. Ensuite, j’ai joué 4 ans à Arles, en CFA2, CFA puis National, avec Michel Estevan, que j’avais eu à Beaucaire. »
La liberté d’exister dans un staff

La suite le mène à Sète, une saison en National (2008-09), avec Fred Remola, puis à Raon-l’Etape (2009-10), avec Richard Déziré, en N2, toujours une saison, et à Béziers, qui vient de monter en N2, en 2010-11, avec ce même Fred Remola. « L’année d’après, je retourne à Sète, qui est tombé en DH. J’y ai passé 4 ans. On est monté en N3 puis en N2. J’ai fait la première saison en N2, en 2014/15 ».
C’est le moment que choisit Greg, titulaire du DES, pour lancer sa deuxième carrière dans le foot. Avec cette idée bien claire, donc : ne jamais être adjoint. « Finalement, je l’ai fait à Martigues 3 ans et à QRM une saison et demie ! Pourquoi j’ai changé d’avis ? Parce que pendant trois ans, Greg (Poirier) m’a laissé de la place dans son staff et je me suis épanouis dans ce rôle. Et quand j’ai discuté au téléphone avec David (Carré) avant de signer à QRM, j’ai senti que lui aussi allait me laisser de la place, que j’allais exister, qu’il y aurait un réel échange. Pourtant, avec David, on ne se connaissait pas, même si on avait participé ensemble à une formation d’analyste vidéo quand l’UFR Staps de Montpellier avait crée le DU, mais à l’époque, on n’avait pas échangé. David est quelqu’un d’assez réservé et je ne suis pas non plus quelqu’un qui va vers les gens. »
Cette liberté que lui ont donnée Grégory Poirier et David Carré, l’a-t-il rendue en retour aux personnes de son staff, à Granville ? « Ce poste d’adjoint, ça m’a fait évoluer, parce qu’à Agde, à Lattes, j’aimais contrôler les choses, même si je permettais déjà des choses à mon staff (1). Aujourd’hui, oui, clairement, je laisse la place qu’il faut à mes adjoints et je pense qu’ils en sont contents, qu’ils sont épanouis. »
(1) Le staff de l’US Granville est composé de : Hugo Pêcher, adjoint (aspect offensif), Arthur Marie, en charge de la préparation physique et de l’aspect défensif), Henri Engoulou (adjoint en charge de la reathletisation), Simon Houivet (adjoint en charge des gardiens), Brandon Beduneau (adjoint en charge de la vidéo) et Lilian Rose (adjoint installation terrain).
Jusqu’à 8 points de retard

Après l’éviction de David Carré à Quevilly Rouen, en septembre dernier, il aurait pu en profiter pour souffler, lui qui n’avait jamais « coupé » en 10 ans. « C’est l’opportunité de devenir numéro 1 qui fait que je replonge immédiatement, poursuit-il; c’était l’occasion. Avec l’US Granville, j’avais un club qui me faisait confiance alors que je n’avais aucune expérience de numéro 1 en N2. Je me suis dit « je vais saisir ma chance et on verra », et ça a bien fonctionné. »
Pourtant, quand il arrive, les résultats se font attendre. Pour son premier match, à Poitiers, le 5 décembre (J12), l’équipe s’incline à la 90e sur un but d’Ismaël Houmadi. « Là, on se retrouve avec le directeur sportif, Clevid Dikamona, avec qui j’ai une relation énorme, et on s’est dit « les six prochains matchs, on ne les compte pas ». Peut-être qu’on allait tous les perdre, on ne savait pas, mais ce laps de temps de 6 matchs devait servir à mettre des choses en place, sans se prendre la tête. Finalement, on a fait deux défaites, un nul, à nouveau deux défaites, et à partir du 6e match, qu’on a gagné (contre Châteaubriant, 2-0, J18), on a attaqué une série qui nous a permis de nous maintenir à la fin, avec seulement une défaite en quatorze matchs, 4-2 à Dinan-Léhon. On a quand même eu jusqu’à 8 points de retard sur le 14e ! »
Dinan-Léhon, la prise de conscience

Selon lui, le déclic s’est produit après Dinan : « On mène pourtant 2 à 0 et on perd 4 à 2. Je prends un gros coup derrière la tête. Là, beaucoup de monde pense que c’est mort. J’attrape les joueurs dans les vestiaires, les dirigeants sont là, on a une vraie discussion, je leur dis ce que je pense, comment je vois les choses et comment il va falloir être pour s’en sortir. J’ai parlé, puis ensuite j’ai laissé les joueurs prendre la parole, puis ce fut au tour du directeur sportif et enfin au président. On s’est dit les choses, sincèrement. Cela a duré au moins trente minutes. Mais on voyait qu’il n’y avait pas de tricheurs. Et à partir de la, dans les semaines qui ont suivi, j’ai dit au staff : « Les joueurs sont en train d’y croire ». Je sentais qu’il se dégageait quelque chose de cette équipe qui m’a laissé penser qu’on allait se maintenir, quelque chose que je n’avais pas ressenti avant cette discussion à Dinan. Attention, je ne suis pas en train de dire qu’elle a tout changé, mais en tout cas, elle a fait du bien. Après ça, j’ai trouvé que les joueurs étaient habités, persuadés eux aussi qu’ils allaient s’en sortir. »
« On était une équipe gentille »
A trois journées de la fin, Granville, désormais 15e sur 16, doit recevoir deux fois de suite, d’abord le leader, La Roche-sur-Yon, puis Avranches, avant de terminer à Chauray. « J’étais confiant mais je ne cache pas qu’après le match d’Avranches, quand on fait match nul (1-1 juste après le 0-0 face à La Roche), je me suis dit que ça allait être dur d’aller chercher le maintien à l’extérieur, mais les joueurs ont envoyé des messages, par leur comportement et leur investissement. Et moi, j’y ai toujours cru. » Et l’US Granville a gagné 1 à 0, et s’est maintenue !
« On a cherché la solidité et l’efficacité »

Mais alors, qu’est-ce qui ne fonctionnait pas avant ce fameux match de Dinan ? « Il manquait cet état d’esprit de gagneurs, qui fait que vous n’acceptez pas la défaite. De la personnalité aussi. Je trouvais qu’on était une équipe gentille… On a bien évolué depuis… Déjà, à partir du match à Lorient (J19, 1-1), on a changé des choses tactiquement, on est devenu solide, on ne prenait quasiment plus de buts. Et puis, on a bien vu qu’il y avait des choses que l’on pouvait faire, et d’autres pas. On est passé à des choses très simples, très concrètes, et les joueurs ont adhéré au nouveau projet de jeu. Une fois, pourtant, je me suis trompé : c’est à La Roche-sur-Yon, à l’aller (J14, 4-2). Ce jour-là, il me manquait ma sentinelle et j’ai opté pour un 3-4-3 au lieu du 4-3-3 et on a pris un bouillon. Dans le vestiaire, j’ai dit que cette défaite était pour moi. On a gardé le 4-3-3 après mais on était quasiment en 6-3-1, on défendait quasiment à 6 joueurs dont 3 alignés, avec des excentrés, un bloc compact bas, sans chercher à presser haut. On voulait être solide. Ce n’est pas mon football, parce que moi, j’aime le jeu, mais à un moment donné, il fallait changer quelque chose. J’ai convaincu les joueurs que c’était en jouant comme ça qu’on allait y arriver. Au final, on avait quand même le ballon, on cherchait à faire des choses, on a très peu été mis en danger et on a marqué à quasiment tous les matchs. En fait, on a cherché la solidité et l’efficacité. »
Son système idéal : le 4-3-3

On comprend entre les lignes que, pour parvenir à ses fins, Greg Scaffa a dû mettre de côté ses préceptes, jouer contre-nature. Et ça, c’est un signe de maturité : « Moi, j’aime le 4-3-3 avec une sentinelle et deux 8. Je suis fan de Guardiola : quand j’ai commencé à entraîner, la référence, c’était le Barça, qui faisait mal tout le monde. J’ai adoré aussi le PSG de Laurent Blanc. Et puis, on s’imprègne aussi des entraîneurs que l’on a eus : j’ai eu Michel Estevan pendant 10 ans à Beaucaire et à Arles, il m’a marqué par sa rigueur, sa malice, sa capacité à faire des montées, à transcender son groupe. »
Quand il évoque ce manque de caractère parfois, c’est parce qu’il a tellement fréquenté les championnats amateurs du sud-est de la France que, forcément, en arrivant dans la poule ouest de National 2, la différence de football fut criante : « L’US Granville, c’est un club tranquille, sain, familial, avec de belles valeurs, beaucoup de partenaires et de bénévoles. Tu te rends comptes, il y a 240 partenaires pour 13 000 habitants ! Ici, les dirigeants te laissent travailler, mais c’est vrai que, parfois, il manque ce caractère que j’ai connu en bas, dans le sud, où il y a beaucoup de matchs « à contexte », comme je les appelle. Là, en Bretagne, dans les Pays de la Loire, en Normandie, ça ne parle pas, ça joue, ce n’est pas la même mentalité. C’est une expérience différente pour moi; ça me fait évoluer en tant qu’entraîneur mais aussi en tant qu’homme. Je sais qu’après ça, je serai un entraîneur plus armé. »
« Dans le sud, on n’a pas de main courante ! »
Un autre point l’a également marqué : les mains courantes ! « Chez nous, dans le sud, ça n’existe pas ! J’en reviens à cette histoire de contexte : quand tu joues à Nîmes ou à Toulon par exemple, ce sont des matchs durs, avec du public, de la ferveur, tu affrontes des clubs qui ont une histoire. Ici dans l’ouest, c’est le foot et le jeu qui passent avant tout. C’est pour ça que cela m’a surpris de voir autant de mains courantes, avec des gens au bord du terrain, comme aux Herbiers, c’est bon enfant. Chez nous, il y a des grillages partout ! »
Le beau jeu de côté

À Granville, Greg a aussi dû mettre le beau jeu de côté : « Avant d’être adjoint, j’étais un entraîneur hyper-dogmatique. J’aimais le football de possession, qui impose des choses à son adversaire, avec du jeu de position. Par exemple, Greg (Poirier), lui, est plutôt pragmatique : j’ai pris conscience à ses côtés de l’importance du résultat. Du coup, j’ai évolué, même si je veux toujours bien jouer au foot, bien faire jouer mes équipes, ne pas subir, un peu comme les entraîneurs modernes. Mais si on s’est maintenu cette saison avec Granville, c’est parce qu’à un moment donné, j’ai eu cette capacité à devenir plus pragmatique. Je me suis assis sur ce que j’aime pendant ces quelques mois. Je n’aurais pas été capable de faire ça à mes débuts d’entraîneur, parce que j’aurais eu la certitude de nous sauver avec mon football de possession, en essayant de tout le temps jouer, et je me serais trompé. »
Une suspension de 10 matchs

Si la saison fut riche à tout point de vue, elle fut aussi émaillée d’un incident qui a nécessité une (autre) remise en question, sur sa personne cette fois. À Saint-Malo, Greg Scaffa a commis le geste de trop. Il repousse un adversaire, lui met la main au visage. La sanction tombe, inéluctable. Carton rouge. Et dix matchs de suspension. Il en a déjà purgé huit.
« Ce geste, je ne dois pas le faire, raconte Greg; pourtant, ce n’est pas mon tempérament. J’avais déjà pris un rouge en coupe de France, avec Lattes, pour une réflexion, mais c’était ironique, j’avais râlé après une faute, il n’y avait rien de méchant, j’avais même été surpris de la sanction. Là, c’est différent. Le joueur de Saint-Malo a parlé à mon banc, je lui ai dit de ne pas leur parler, il se retourne, il vient vers moi et je le pousse, la main au visage… Maintenant c’est fait… En plus, ce match, il se passait bien. Je suis calme normalement, même si j’élève la voix pour mes joueurs. J’essaie de ne pas m’occuper de ce qui se passe à côté, de rester focus uniquement sur mon équipe. »
À la reprise du championnat, le 22 août, le Gardois de 45 ans purgera son 9e match. « Dix matchs, c’est lourd. Je me suis remis en question. Quand il t’arrive ça, tu n’es pas fier de toi… L’exemple que je donne n’est pas bon. Après ça, on a vite fait de te coller une image. Mais à l’US Granville, les gens du club me connaissent et savent la personne que je suis. Ils ont tous été derrière moi, solidaires. Ce geste, ce n’est pas moi. »
« Ce qui marche, c’est la stabilité »

A l’arrivée, l’US Granville a atteint son objectif, le maintien, « mais quand tu te sauves à la dernière journée, c’est comme une accession ». Greg Scaffa ose la comparaison, et entend surfer sur la dynamique de 2026 : « Ce qui s’est passé a été fantastique, magnifique ! La relation entre nous tous a été consolidée. Mais il ne faut pas croire qu’il suffira juste d’entrer sur le terrain la saison prochaine pour faire une saison tranquille. Bien sûr, il s’est créé quelque chose entre les joueurs, on a trouvé un état d’esprit, il va falloir le garder, le faire évoluer, l’améliorer. »
Il va falloir aussi garder l’ossature : on a souvent vu des équipes en difficulté une saison jouer la suivante de manière libérée. « Le constat qui a été fait, c’est que les années précédentes, le club perdait 70 à 80% des joueurs. Il faut être rationnel : ce qui marche, c’est la stabilité. Cette saison, les joueurs ont adhéré, donc l’idée, c’est de mettre de la continuité. Quelques joueurs sont arrivés, d’autres vont encore nous rejoindre pour renforcer l’équipe afin de ne pas vivre les deux dernières saisons vécues par le club. Mais on ne se presse pas. »
Grégory Poirier :
« Il a fait un truc extraordinaire à Granville ! »
L’ex-coach de Martigues et du Red Star était en plein déménagement lorsqu’il a, pendant quelques minutes, pris le temps d’évoquer son ami et ex-adjoint, Greg Scaffa.

Pourquoi l’avoir choisi comme adjoint à Martigues ?
C’était logique. A ce moment-là, je n’avais pas eu de nouvelles de lui depuis un moment. On était proche quand on jouait à Arles, on faisait la route ensemble de Montpellier, tous les jours, ce n’était pas commun. Je savais qu’il entraînait en R1 (à Lattes) et j’avais eu des bons échos sur lui. Greg, c’est quelqu’un de passionné. Le directeur sportif de Martigues de l’époque, Djamal Mohamed, m’a suivi dans mon choix, surtout qu’il voulait vraiment que je sois bien staffé, et il a trouvé l’idée cohérente. Et la venue de Greg est devenue une évidence. On n’avait pas ciblé beaucoup de profils, mais lui en faisait partie. Je tenais à ce qu’il nous rejoigne, c’était assez naturel finalement.
Greg Scaffa dit que vous êtes proche, mais pour autant, vous ne vous appelez pas souvent…
On s’appelle de temps en temps ou on s’envoie un message… On a tous la tête dans le guidon… Cela n’a pas pu se faire avec lui au Red Star, mais on a gardé le contact. Il est assez casanier, moi aussi, lui encore plus. En terme de téléphone, on est un peu pareil (rires). Je suis content parce que, après Martigues, une aventure de fou, où on avait sur-performé pendant 2 ans, et même 3 ans, je repense à la deuxième saison, celle où on ne monte pas en L2, c’est celle où on a le mieux joué, on s’est régalé, et à la fin, je n’ai pas pu l’emmener avec moi au Red Star. Il devait rester à Martigues et il n’est pas resté. Franchement, le foot est déjà tellement ingrat et instable que j’étais vraiment content qu’il retrouve Quevilly Rouen juste après, qu’il voit un autre coach.

Il a toujours dit qu’il était hors de question d’être adjoint, et pourtant, il l’a été avec toi pendant trois saisons, parce que, dit-il, tu laisses beaucoup de liberté…
Un coach doit avoir beaucoup d’énergie pour prendre les bonnes décisions, faire les bons choix. C’est tellement complexe d’avoir un plan de jeu, un projet de jeu, un vestiaire à gérer… Greg était bon pour créer et animer les séances, donc il n’y avait pas de raison de ne pas lui laisser de liberté. On n’était qu’en N2 la première année à Martigues mais je voulais déjà qu’on se projette comme une structure pro. La première saison, il n’y avait que Greg, et dès la deuxième année, j’avais deux adjoints pour les deux animations, offensive et défensive. Un staff, il faut l’impliquer si tu veux fédérer, pour lui donner de l’énergie sur la saison entière. Parce que c’est un marathon. Cela veut dire aussi de l’impliquer pour qu’il soit acteur : en plus d’être bon dans l’animation et la méthodologie d’entraînement, Greg, c’est quelqu’un qui alimentait le projet de jeu, et ça challenge le coach. Alors oui, il a cette personnalité de numéro 1, mais il est loyal, il a un bon fond, il est respectueux, et avec lui, je savais que je pouvais lui faire confiance dans pas mal de situations d’entraînement, dans le fait de partager des choses sur le plan de jeu, dans le management, dans les choix et les prises de décision. Il était là aussi pour être nourri. Et puis il y avait cette amitié entre nous. Je savais à qui j’avais affaire.

Greg Scaffa dit aussi qu’avec toi, il a appris à devenir plus pragmatique, à aller à l’essentiel, à penser un peu plus au résultat…
Je me souviens qu’on a parlé de ça quand il a pris Granville, et c’est ce qu’il comptait faire là-bas. Lui et moi, en fait, on est très axé sur le jeu, on a besoin de prendre du plaisir par le jeu. Au Red star, on était encore plus dans cette culture du jeu, dans le fait de développer du jeu avec les moyens qu’on avait, c’est à dire faire beaucoup avec peu, mais si tu veux exister dans ce métier, il ne faut pas oublier de gagner. Tu dois générer des émotions, développer des joueurs, optimiser un effectif, faire du jeu si c’est possible, mais il faut valider tout ça par le fait de gagner des matchs, et c’est ce qu’on a réussi à faire à Martigues : je lui avais dit « ça, on va pouvoir le faire, mais peut-être dans trois mois, peut-être dans six mois, soit patient ». Je me souviens, au début, lors des premières séances, il me disait « mais Greg, tu ne leur dis rien aux joueurs ? », et je lui répondais « non, attend, pour l’instant, il faut gagner le vestiaire. On fera du jeu, et on sera très exigeant sur les principes de jeu dans un deuxième temps ». Et on l’a été après, et ça c’est vu, on a gagné 14 matchs sur 16 les six derniers mois. Mais au début, c’est plus de l’humain, on venait d’arriver, on prenait la suite d’Eric Chelle, qui était un Martégal, et qui était apprécié. Il faut avoir un process bien déterminé pour que chaque étape soit franchie, et à chaque fois aller chercher quelque chose de nouveau, sans oublier les acquis. Greg était assez impulsif et sanguin, il a appris à rester calme, il a évolué dans cette gestion que tu dois avoir quand tu es numéro 1. Cette passion, il l’avait. Il est franc, loyal, largement capable de gérer un groupe. Il fallait juste qu’il apporte cette gestion, cette efficacité, et ce pragmatisme, tout en mettant en place des choses, mais cela ne veut pas dire parce qu’on est efficace que l’on ne veut pas jouer au ballon, non. Pour faire avancer un projet de jeu, il ne faut pas distinguer les deux, mais il y a des étapes. Je sais que, pour ma part, cela passe aussi par des résultats.
Du coup, tu as suivi ses résultats à Granville ?
Bien sûr, et finalement, le choix de l’avoir pris était le bon. Une personne de l’entourage du club de Granville m’avait sollicité pour avoir mon ressenti, pour savoir s’il était capable de mener une opération maintien là-bas, en numéro 1, parce qu’ils avaient deux ou trois profils. Et j’avais dit, « ben oui ! » La preuve, il a fait un truc extraordinaire à Granville !




- Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
- Photos : Lorik LAURENT – US Granville (sauf mentions spéciales)
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