Un an après avoir retrouvé la Ligue 2 et le monde professionnel, le club de la Venise provençale, épinglé par la DNCG, doit repartir en Départemental 1, sept étages en dessous ! Une chute vertigineuse, résultat d’une saison dantesque, marquée par des mauvais choix, des luttes d’ego et de pouvoir, des erreurs de casting, l’appât du gain, une gestion désastreuse et un certain amateurisme. Récit d’une saga et d’un fiasco monumental.
Par Anthony BOYER – mail : aboyer@13heuresfoot.fr
Photos : @facebook / FC Martigues (sauf mentions spéciales)

Sur le réseau social X, il s’appelle « Le Marchito ». Dans la vie de tous les jours, c’est Jean-Marc, 32 ans, Martégal, et son truc à lui, c’est autant les fruits et légumes, dont il a fait son métier (il est distributeur) que le ballon rond, surtout dans sa ville (il est supporter depuis toujours du FC Martigues).
Sur son profil, une grande photo de la tribune Paradis – la bien mal nommée pour le coup ! – du stade Turcan, bien garnie, et un selfie aux côtés de l’une des (anciennes) icônes du club, Foued Kadir, artisan de la double-accession de National 2 en Ligue 2 entre 2021 et 2024.
Aujourd’hui, Foued Kadir évolue chez le tout proche voisin istréen (N2), et, à bientôt 41 ans, il est encore fringant, comme l’attestent les deux passes décisives délivrées samedi dernier à Parsemain contre Rousset (succès 4-1). Fringant et en bien meilleure forme que le FCM, son club de coeur, où il a été formé et qu’il avait quitté à l’âge de 17 ans, pour rejoindre Gignac (le club, pas le joueur !).
Parce que le Football-club de Martigues est malade. Très malade. Et presque mort. En l’espace de quelques semaines, il est passé, accrochez-vous bien, de la Ligue 2 au niveau Départemental 1. Soit une chute de 7 divisions ! Et ce n’est même pas sûr à l’heure où nous écrivons ces lignes. Cela pourrait même être en Départemental 2 ou en Départemental 3… Le résultat d’une gestion calamiteuse : on parle d’un trou d’environ 3 millions d’euros laissé par la SAS FC Martigues (Société par actions simplifiées), qui n’avait toujours pas été dissoute.
Il y a huit mois encore, la Ville de Martigues avait une équipe professionnelle en Ligue 2 mais pas de stade (le club, faute de stade aux normes, a délocalisé ses matchs, d’abord au Vélodrome à Marseille, puis au stade Jean-Laville à Gueugnon). Aujourd’hui, elle a un joli stade homologué pour accueillir les matchs de Ligue 2 (elle n’y a au final disputé que 7 matchs sur 17 possibles) après des travaux d’un coût de 3,6 millions d’euros (au lieu des 1,3 million d’euros annoncés au départ), supporté par la Ville, mais elle n’a plus d’équipe, ou à tout le moins une équipe de 9e division…
Une première dans les annales

Qu’il semble loin le temps où les joueurs de « Greg » Poirier battaient Nîmes 1 à 0 et s’offraient le droit de jouer en Ligue 2 ! Qu’il semble loin ce 18 mai 2024 quand Turcan et ses 7000 supporters célébraient le coup de tête rageur de Milan Robin et envahissaient la pelouse pour célébrer les héros martégaux ! Qu’il semble loin le temps où tout le monde était hilare et s’embrassait, où tout le monde était heureux, libéré, radieux, excité à l’idée de changer de dimension et de renouer avec le passé professionnel (la dernière apparition du FCM en Ligue 2 remontait à 2002) ! Quel contraste…
De mémoire de « suiveur » de l’actualité du football hexagonal, c’est du jamais vu dans les annales. Jamais un club n’avait vécu une telle dégringolade. En 2023, le CS Sedan Ardennes était bien tombé de National en Régional 3, mais la chute déjà vertigineuse n’avait été « que » de 5 divisions (les « Sangliers » viennent de remonter en Régional 1 en deux saisons).
Dans un passé récent, d’autres clubs ont également connu de telles mésaventures, on pense au RC Strasbourg (de National en CFA2 en 2011), au Mans FC (de Ligue 2 à Division d’Honneur, l’ex-R1, en 2015) ou encore au Sporting-club de Bastia (de Ligue 1 à National 3 en 2017). Mais tous se sont relevés. Il y a eu Istres aussi, tombé de National en DHR, qui a mis 9 ans avant de monter en N2.
Le FC Martigues, lui, n’est pas prêt de se redresser, ou alors, il mettra beaucoup de temps (10 ans ?) avant de retrouver, au moins le N2 ou le National. Il aurait pu « limiter » la casse en repartant en Régional 1, au niveau de sa réserve, après que la DNCG l’a exclu des championnats nationaux (dans un premier temps, l’organe de contrôle et de gestion lui avait juste retiré le statut pro). Mais dans un second temps, la semaine dernière, la commission régionale de contrôle des clubs de la Ligue Méditerranée n’a pas autorisé le club de la Venise provençale à évoluer en Régional 1, et l’a même rétrogradé de trois nouvelles divisions pour l’inscrire en … Départemental 1, l’équivalent de la Promotion d’Honneur A jadis ! Une décision confirmée en appel hier.
Une saga digne de Dallas !
Tout au long de l’été, ce fut un véritable feuilleton. Une saga. Digne de la série Dallas pour ceux qui ont la ref’. Ou du film « Règlement de comptes à OK Corral », tant les acteurs n’ont pas manqué de « s’allumer » une fois le sort du club scellé, par presse interposée.
C’est simple, tout ce qui s’est passé au FC Martigues lors des quinze derniers mois relève du surnaturel et s’apparente à une pièce de théâtre où chaque acteur a joué sa partition, de manière plus ou moins juste.
Pour décrypter ce gâchis monumental et expliquer comment le FC Martigues en est arrivé là, nous avons opté pour la neutralité en interrogeant Le Marchito, un garçon qui partage ses infos – largement reprises – sur son compte X, à mi-chemin entre supporter et investigateur. Un garçon qui ne cherche absolument pas la lumière. Un garçon dégoûté par la situation. Un garçon qui aime son club, tout simplement.
Les propos qui suivent ne sont donc que de la responsabilité de son auteur !
Jean-Marc, alias « Le Marchito » :
« Un immense gâchis »

Ton sentiment général sur la situation ?
Un immense gâchis. Parce que tout le travail réalisé auparavant par Grégory Poirier (l’ex-entraîneur parti au Red Star en Ligue 2 en juin 2024) et Alain Nersessian (l’ex-président, démis de ses fonctions en avril 2024) pour remettre le club à flots après l’épisode Baptiste Giabiconi, qui fut un scandale aussi, a été réduit à néant.
Avec Poirier et Nersessian, l’équipe avait retrouvé une stabilité sportive avec une équipe compétitive sur le terrain, ce qui n’était pas évident car juste avant les belles saisons, il y a eu les deux années de Covid-19. Ils avaient aussi réussi à accéder au monde professionnel et à faire revenir le monde au stade Turcan, et ça ce n’était pas une mince affaire parce qu’on sait aussi que cela a toujours été difficile d’avoir du public ici. Je me souviens de matchs de N2 devant 300 ou 400 spectateurs à peine. Et tout ça s’est envolé.
Comment en est-on arrivé là ?
Tout simplement parce que les rênes du club ont été confiées à une personne qui est totalement amatrice, la propriétaire Lepa Galeb-Roskopp. On s’en est rendu compte tout au long de la saison. Déjà, elle ne maîtrisait pas les règles du travail en France : en décembre dernier, elles voulaient virer des employés du club qui étaient en arrêt maladie ! Alors aux États-Unis, c’est possible, mais pas chez nous. Elle avait été choqué par ça. Elle ne comprenait pas non plus les règles de la DNCG (Direction nationale de contrôle et gestion des clubs) : pour elle, ce n’était pas concevable de bloquer de l’argent sur un compte.
Petit à petit, on a vu que tous ses choix, en fait, étaient des choix d’amateur. On s’est posé la question de savoir si c’était vraiment elle qui dirigeait. La propriétaire mettait l’argent, mais elle n’est pas venue souvent. Elle habitait sur la Côte Bleue, vers Carry-le-Rouet ou Sausset, mais tout le début de saison, elle l’a passé au Montenegro…
Si ce n’était pas la propriétaire qui prenait les décisions, c’était qui alors ?
Pour moi, c’était Jean-Pierre Bernès, le conseiller de Lepa.

Comment Jean-Pierre Bernès est-il arrivé au club ?
Ce qu’il faut savoir c’est que, à la base, en début de saison, Lepa était juste actionnaire. Elle n’était pas encore présidente. C’est Colombus Morfaw qui est président quand le club monte en L2, mais il s’est fait virer rapidement (fin juin 2024, seulement deux mois après qu’il a remplacé Alain Nersessian). Le couple Roskopp possède une académie de football en Californie, les « Breakers », où Niša Saveljića, l’ancien joueur des Girondins (champion de France en 1999, passé aussi par Sochaux, Bastia, Guingamp et Istres), a un gros poste là-bas, Directeur du football ou quelque chose comme ça (il est actionnaire d’EU Futbol LLC, propriétaire des « Breakers » et donc du FC Martigues).
Niša, quand il jouait aux Girondins de Bordeaux, son agent, c’était Jean-Pierre Bernès. C’est comme ça que Bernès est venu à Martigues, dans un rôle de conseiller. Et comme Lepa n’a aucune connaissance du football français, comme elle ne connaît pas Jean-Pierre Bernès, elle s’est fiée au CV. D’ailleurs, c’est pareil pour le coach Thierry Laurey, il a été engagé sur CV, et Pierre Wantiez aussi. Donc quand elle a vu Bernès, elle a dû voir « Olympique de Marseille » sur le CV, mais elle n’a pas dû voir la manière dont l’histoire avec l’OM s’est terminée. Elle a fait une confiance aveugle à Niša Saveljić et n’a sans doute même pas pris la peine d’aller se renseigner sur Internet.
Quand les Américains ont racheté le club (en juin 2023), leur idée, c’était de faire du trading de joueurs. Le meilleur exemple que l’on a eu cette saison, c’est Luan Gautier, le jeune défenseur : ils se sont entêtés à le faire jouer en début de saison parce qu’ils voulaient faire une plus-value avec lui. Mais ils ont totalement cramé le minot, qu’ils ont propulsé titulaire en Ligue 2 à 19 ans, alors qu’il n’avait aucune expérience. C’est pour ça que, lorsque Hakim Malek est arrivé à la place de Laurey (en janvier 2025), on n’a plus entendu parler de lui, il est retourné en équipe réserve.
Qui dit « trading » dit forcément « argent » : encore une fois, tout ne serait donc qu’une histoire d’argent ?
En fait, Niša Saveljić et sans doute Jean-Pierre Bernès ont dit à Lepa « Tu vas te faire des sous avec le FC Martigues parce que c’est un club tremplin », « parce qu’il y a un projet à mettre en place », « parce que des joueurs vont venir », ce qui était possible, parce qu’on en a vu des joueurs déjà qui étaient partis comme Hemia, Fdaouch, et qui ont explosé. L’idée, c’était ça. Il y avait aussi l’idée de faire une plus-value sur la vente du club. Parce que le FC Martigues, réellement, Lepa l’a acheté 800 000 euros en National. Et on lui a fait miroiter des sommes à la vente autour de 10 millions d’euros… Elle n’a pensé qu’à ça, qu’à faire un « fois 10 », c’est pour ça qu’elle a refusé toutes les offres de rachat à 3 ou 4 millions à mi-saison. Parce que Niša Saveljić lui a mis dans la tête que le club valait beaucoup plus.

Quid de Robb Roskopp, le mari de Lepa ?
Au départ, c’est le couple Roskopp qui achète le club (en juin 2023), et après elle reste pour d’autres raisons que tout le monde connaît à Martigues, parce que les gens parlent… Pendant ce temps, son mari, lui, retourne aux États-Unis. Elle a été aveuglée. Dans la saison, Robb a compris certaines choses, c’est pour ça qu’il n’a pas mis sa part et qu’il a manqué 3 millions ou un truc comme ça lors du passage devant la DNCG en décembre. Il n’a pas voulu remettre de l’argent. Il est revenu des États-Unis à Martigues en fin de saison pour remettre de l’ordre. Mais c’était trop tard.
Les gens en surface ne voient que les résultats sportifs qui ont été très médiocres en première partie de saison mais maintenant ils découvrent qu’il y a eu des problèmes d’argent, mais tout ce qui s’est passé derrière en coulisses, c’est une blague ! Elle s’est fait plumer à l’américaine, et puis il y a eu des histoires qui dépassent le cadre du foot… A l’arrivée, tout le monde a pris son pognon et elle, elle a perdu 8 millions dans l’affaire, à force de renflouer. C’est pour ça qu’elle n’a pas remis d’argent à l’inter-saison. Elle a compris qu’elle s’était fait prendre pour une c… Elle est retournée aux États-Unis.

Au tout départ de l’histoire, c’est qui le fautif, c’est Alain Nersessian, qui a trouvé Colombus Morfaw, et qui avait déjà fait venir Giabiconi ?
Non. Il a fait appel à une société française d’apporteurs d’affaires qui met en relation des personnes désireuses d’acheter des clubs avec des clubs qui sont à vendre. Il a juste été séduit par leur projet. C’est trop facile de taper sur Alain Nersessian après. Si les repreneurs avaient respecté leur parole, si tout avait été carré, on aurait pu faire quelque chose.
Mais c’est aussi Nersessian qui avait fait venir le mannequin Giabiconi en 2016, avec le résultat que l’on sait (un trou de 600 000 euros à son départ en 2018) …
Giabiconi, c’est Alain Nersessian qui le fait venir parce que, à la base, le projet est sympa. Il a des garanties. Giabiconi est connu, derrière c’est Karl Lagarfeld, tu te dis « C’est solide », mais tu ne peux pas savoir au moment où tu signes avec lui ce qui va se passer après… Et pareil avec le couple Roskopp. Donc oui, c’est Alain Nersessian qui les a choisis, mais c’est trop facile de juger après, de lui jeter la pierre.

Des rumeurs lui prêtaient l’intention de vouloir revenir au club…
Non, il ne reviendra pas. Il s’est écarté de tout ça. Là, on l’a revu sur les réseaux sociaux, il a fait des vidéos, mais c’était parce qu’il se faisait attaquer, notamment par Romain Molina, et parce que Lepa disait qu’elle avait trouvé des cadavres dans les placards, qu’il y avait du passif, donc il l’a pris pour lui et s’est défendu. Je pense très sincèrement que lorsque tu achètes un club, tu fais ton audit avant et tu sais où tu mets les pieds : en milieu de saison, ils ont découvert qu’il y avait des dettes, ça aussi c’est de l’amateurisme. Ils auraient donc acheté le club à l’aveugle ? C’est quand même Lepa qui a commandé l’audit, ils avaient même fait venir quelqu’un de l’AC Ajaccio, Alain Caldarella, exprès pour vérifier les comptes.
Quand tu as parlé des arrêts maladies que Lepa voulait virer, il devait être question d’Arnaud Berberian, le directeur du club ?
Absolument. Arnaud, c’est quelqu’un de bien. Juriste, ex-coordinateur sportif à l’OM, mais il a fait un burn out. C’est Pierre Wantiez (président à partir de juillet 2024) qui lui aurait fait la misère.
Pierre Wantiez, justement : on a vu les passes d’armes interposées avec Bernès cet été …
C’est Jean-Pierre Bernès qui a recruté Pierre Wantiez (sourire)… Wantiez a signé une saison pour mettre le club sur les rails du professionnalisme. Le problème, c’est qu’en début de saison, début septembre, il était au Canada. Difficile déjà de démarrer un projet si tu n’es pas là. Il était venu pour sa présentation puis ensuite il est parti. Il déléguait à Arnaud (Berberian) et il l’a fait crouler sous le travail. Après, il est revenu mi-septembre.
Le règlement de comptes Bernès-Wantiez, tu en penses quoi ?
Bernès a dit dans les médias que sa pire erreur était d’avoir fait venir Wantiez. Donc il le critique, mais c’est lui qui l’a fait venir… Pfff… Franchement, c’est une saga.

Et Pierre Wantiez, tu en penses quoi ?
Je ne le connais pas. Je ne doute pas qu’il soit sympa et compétent. J’ai apprécié sa dernière sortie médiatique, quand il a dit ce qu’il pensait. Il a un CV, c’est pour ça qu’on l’a fait venir à Martigues. Il a dû voir très tôt qu’il était tombé dans un bourbier. En décembre, cela s’est senti avec l’histoire de la DNCG (le club a été interdit de recrutement jusqu’en fin de saison, décision confirmée en appel). Il ne faut pas oublier que c’est lui qui a fait venir Thierry Laurey, il s’est peut-être senti coupable. Mais en début de saison, ça n’allait pas. Il y avait des tensions. Et puis il n’a pas toujours été présent comme je l’ai dit.
Mais en fin de saison, après le passage devant la DNCG, il a quand même dit qu’il laissait le club en bonne santé financière parce que les dettes avaient été réglées. Or aujourd’hui, la SAS n’a toujours pas été dissoute, et comme l’association est toujours liée à elle, de par son numéro d’affiliation, cela pose un énorme problème pour la DNCG fédérale qui a constaté une dette de 3 millions d’euros. D’où l’interdiction de jouer en Régional 1. Aujourd’hui, le FCM n’est même pas certain de pouvoir jouer en Départemental 1.

Bernès dit que Wantiez ne voulait pas de Hakim Malek comme coach pour remplacer Laurey…
Parce que c’est tout sur CV ! Laurey, il a un CV. Hakim Malek, il avait quoi comme CV en France ? Il entraînait en National 3 à Alès et avant ça en National 2. Sur le papier, ce n’était pas sexy. Mais nous, à Martigues, on s’en fout que cela ne soit pas sexy. On n’a pas besoin de ça. À Martigues, il faut de la stabilité, des gens qui connaissent la région, le club, et Malek connaît la région, Alain Nersessian connaissait la région, le club, et je pense que Colombus Morfaw aurait pu apporter cette petite dimension internationale, avec cette vision américaine. On n’avait pas besoin de plus.
On a quand même l’impression d’un sacré bordel …
La réalité, c’est que tout le monde s’est servi au FC Martigues. Bernès ne voulait pas apparaître dans l’organigramme et se faisait payer sur facture. On parle de 150 000 euros par an, c’est énorme pour un petit club comme Martigues. Et quasiment pareil pour Thierry Lauray, le coach (15 000 euros par mois). Et Bernès disait qu’il était là bénévolement.
Et Thierry Laurey ?
Catastrophique. (Il répète) Catastrophique. Il a gagné la coupe de la Ligue avec Strasbourg, il a entraîné des gros clubs… C’est fou ! Je vais te dire ce que m’a confié un joueur martégal : il m’a dit que les joueurs de l’équipe espéraient ne pas être convoqués dans le groupe et aller en réserve plutôt que de monter à Gueugnon avec lui… Tu te rends compte ? C’est pour dire à quel point ils ne voulaient plus se battre pour lui. T’es joueur pro en Ligue 2 et tu préfères aller jouer le dimanche en réserve en Régional 1, c’est chaud quand même ! Il était imbuvable. Même avec les salariés du club. Je ne sais pas pourquoi. Je pense, mais c’est mon avis, qu’il a des méthodes de management qui sont dépassées, et ça ne passait pas du tout humainement avec les joueurs. Jérémy Aymes, le gardien, est parti (à Cannes) à cause de ça. Les joueurs ont même fait une grève de l’entraînement et dans la foulée, Aymes, Tlili aussi je crois, et d’autres cadres aussi, ont été sanctionnés.

C’est quand même très compliqué le foot à Martigues…
Le FC Martigues, c’est particulier. Depuis toujours c’est compliqué ici. Tu as vu son historique ? C’est un club qui vit dans l’ombre de l’OM, où c’est dur d’avoir des supporters parce que l’OM est un aspirateur. Francis-Turcan, c’est un stade difficile à remplir. Quand tu dis dans la rue « Je suis supporter de Martigues », bah presque on va te rire au nez, alors qu’en vrai, il faut supporter son club local, celui de sa ville. T’es de Martigues et tu ne vas pas au stade ? Même quand les places étaient gratuites ? Tout ça, il faut le savoir. Alors faire venir des gens de l’extérieur, qui ne connaissent pas le contexte, ça ne marche pas.
Quand Laurey met sur le banc des joueurs comme Samir Belloumou ou Oualid Orinel, qui étaient la base du projet de jeu de Grégory Poirier, qui ont fait la double montée, qui en plus sont des gars d’ici, même si c’est le choix du coach, c’est une erreur : l’esprit d’équipe, les valeurs du club, tu perds tout ça, et les gens ne se reconnaissent pas dans l’équipe. Laurey n’a fait jouer que ses recrues. On avait l’impression que c’était des recrues d’agent, qui jouaient parce qu’il fallait les placer. Quand Hakim Malek est arrivé en janvier, il a remis plus ou moins l’équipe type de la saison passée, avec deux ou trois recrues, et ça a marché. C’est comme si, en début de saison dernière, on avait tout de suite voulu faire un grand club, avec des noms, des « stars », des gens qui étaient reconnus. Mais on a tout foiré parce que ce n’est pas comme ça que ça marche.

On n’a pas parlé du Vélodrome : une ineptie d’avoir joué là-bas…
L’erreur, c’est ça, c’est aussi d’avoir joué à Marseille : comment a-t-on pu imaginer que c’était une bonne idée ? Là encore, il y aurait des choses à dire. Le coût déjà, près de 175 000 euros de location par match ! Même si c’est négocié, avec jauge basse, genre 10 000 spectateurs, à quel moment Lepa a pu croire qu’elle avait faire 10 000 personnes au stade et que cela allait couvrir les frais ? À quel moment elle a cru que cela allait faire parler du club, qu’il y aurait des retombées ?
La solution du stade de Gueugnon avait été trouvée avant que n’apparaisse l’idée de jouer au Vélodrome, et à un coût bien moindre. Il y avait aussi Nîmes, qui a refusé, puis l’idée de Béziers. Mais tu comprends, Gueugnon, ce n’est pas sexy… Alors que le Vélodrome, si. Ce n’est que du « show off » (frime) en fait ! Lepa a cru qu’elle allait vendre des maillots, faire des recettes, qu’on entendrait parler du FC Martigues partout dans les médias, c’est pour dire à quel point elle n’avait aucune connaissance du tissu local.
À l’arrivée, il y a eu combien de spectateurs au Vélodrome ?
Je crois que c’est lors du premier match contre Lorient qu’il y a eu le plus de monde. Il devait y avoir 3 ou 4 000 (2655 spectateurs en réalité). On aurait dit la période Covid. Elle s’est bouffée les c…. De toute façon, elle l’a dit, « à chaque fois que l’on jouait au Vélodrome, je pouvais m’acheter une Ferrari ! ». Ils ont fait 4 ou 5 matchs, et bouffé un demi-million sur un budget de 6 millions… C’est énorme. Et tout ça pour finalement aller jouer à Gueugnon après !
Retrouver le stade Turcan en janvier a changé beaucoup de choses…
Oui, pour les joueurs, revenir à Turcan, ça a été quelque chose de très bénéfique. La saison a vraiment démarré à ce moment-là. Mais c’était beaucoup trop tard. Je pense que quelques matchs de début de saison qu’on a perdus, si tu les joues à Turcan, tu prends des points, et on se maintient. A un moment donné, on a même quitté les deux dernières places synonymes de descente directe et on s’est retrouvé barragiste. On avait un vrai potentiel.
On n’a pas encore parlé de Hakim Malek, dont l’arrivée sur le banc en janvier a tout changé…
Je pense qu’il a été écoeuré de voir la manière dont la saison s’est terminée. Il aurait refusé des clubs de Ligue 2 pour pouvoir continuer l’aventure avec le FC Martigues en National, une fois la sanction sportive tombée en fin de saison avec malheureusement cette avant-dernière place. Ensuite, il y a eu le passage devant la DNCG le 4 juillet, et l’exclusion des championnats nationaux, c’était tard pour lui, il a perdu du temps, il a perdu des opportunités, peut-être qu’il l’a mauvaise par rapport à la direction du club. Il a voulu s’éloigner de ça.

Quid de l’affaire Vartan Sirmakes ?
En gros, après l’épisode Giabiconi, le club avait beaucoup de dettes, notamment des créances de l’URSSAF, et Vartan Sirmakes, propriétaire de la marque Franck Muller, est venu sauver le club. Il a mis des sous en tant que mécène. Il met de l’argent sur un compte, 700 000 euros, bloqué, pour passer la DNCG et rassurer tout le monde. Et en fait, le club a dû piocher dedans. Au moment de rendre le pognon, il n’y a plus l’argent, et Sirmakes demande le pognon, et de là, ça part en bataille juridique, que Sirmakes a logiquement gagné. Mais cet argent était sur le compte de l’association. C’est pour ça que quand Lepa dit « Il y avait des cadavres »…
Il y avait des vases communicants entre la SAS et l’association, il y a eu des transactions, et sur l’extrait de l’audit, il est dit que, globalement, il faut « améliorer l’organisation administrative, comptable et financière » du club. Il est juste question alors de réorganisation. Lepa veut mettre la faute sur le passé, mais elle, elle a écouté n’importe qui. Et en fin de saison dernière, Lepa est allée voir Vartan Sirmakes en Suisse pour lui demander de l’aide !! Tu te rends compte ? Elle n’a pas d’honneur. Le pire, c’est que Sirmakes a accepté de la voir mais il a dit non pour l’argent (rires). Il n’allait quand même pas remettre un euro !
Mais si c’était vraiment de la faute de Sirmakes, qu’elle a tout le temps critiqué, et contre lequel tu as perdu un procès, jamais de la vie tu vas le voir pour lui demander de l’argent, non ? On n’avait pas de sponsor maillot toute la saison, elle avait sa marque, mais alors pourquoi n’a-t-elle pas mis sa marque sur les maillots ? Au moins, elle aurait eu de la visibilité… Et bien non. Que des mauvaises décisions, je te dis.

Quid de Djamal Mohamed, le directeur sportif ?
Il n’est plus au club. Il était là depuis un moment. Il fait venir Steve Solvet et Yannick Etilé, deux supers joueurs, parce qu’il a toujours su trouver des joueurs comme ça, il a du flair, il est bon, et derrière, c’est Bernès qui a pris les rênes, il n’avait plus la main. C’est pour ça, des gens sont arrivés, mais pourquoi, puisqu’on avait Djamal. Il n’a plus rien géré et il a repris la main sur la fin. De toute façon, on a été interdit de recrutement en décembre, donc son rôle est devenu limité. Les saisons précédentes, en N2 et en National, il avait trouvé des supers joueurs, c’était top.
L’annonce du départ en juin 2024 de Grégory Poirier, l’artisan des deux montées de N2 en L2, est-ce que, finalement, cela n’a pas été ça le début de la fin, comme un très mauvais signal ?
Je ne sais pas… Avec tout ce que Greg a mis en place, de voir le résultat… Je ne sais pas ce qu’il pense, si ça lui fait de la peine ou pas. Mais je pense qu’il est parti parce qu’il a senti venir la douille. Le FC Martigues lui a permis d’obtenir son diplôme d’entraîneur professionnel. Et, lui, par rapport à ça, se sentait redevable d’un an. Mais il a dû sentir voir le truc arriver…

Que sont devenus les joueurs ?
Il n’y a plus aucun joueur de la saison passée. Oualid Orinel est à Nîmes (N2), Romain Montiel à Créteil avec le gardien Yann Marillat (N2), Yannick Etilé, qui était approché par une D1 portugaise, est parti à Paris 13, et quand j’ai vu ça, j’ai mis ce post sur X, « il aurait mérité mieux ».
Karim Tlili avait des touches avec Cannes mais il a signé à Versailles (National), Samir Belloumou à Valenciennes (National), c’est beau, avec Alain Ipiélé, Steve Shamal est à Bordeaux (N2), Bevic Moussiti-Oko s’entraîne avec l’UNFP, Luan Gautier a fait des tests à Brest, Steve Solvet est en Azerbaïdjan au Sabah FC, Leandro Morante à Caen (National), Saintini est retourné à Sion et Mahamé Iby à Malmö, en Suède, c’était des prêts, Simon Falette est libre, Yanis Hadjem est en Belgique (en D2, aux Francs Borains), Milan Robin est en Ligue 2 au Mans, Ayoub Amraoui, prêté par l’OGC Nice, est retourné là-bas avant d’être transféré à Al-Ahli Sports. Voilà en gros.
Le stade Turcan va sonner creux…
L’OM s’est positionné pour accueillir quelques matchs de la Division 1 féminine (5 matchs), et quelques matchs aussi de son équipe de Youth League (3), et l’équipe fanion veut jouer à Turcan. Mais il y a eu une grosse erreur : une ville comme Martigues doit avoir ses équipements sportifs aux normes, et nous, il a fallu des mois de travaux pour que Turcan soit homologué pour la Ligue 2, alors que cela aurait dû être anticipé. Le FC Martigues avait déjà failli monter en Ligue 2 un an plus tôt, cela aurait dû déboucher sur une première phase de travaux. Rien n’avait été fait depuis des dizaines d’années. C’est une grosse erreur, parce que du tout, il a fallu tout faire d’un seul coup.
Du coup, les supporters ont été privés de match pendant une demi-saison, les joueurs ont effectué des allers-retours constamment, sans compter que cela a coûté un pognon dingue. Je trouve ça honteux. A l’arrivée, cela a coûté plus de 3 millions d’euros aux contribuables pour avoir un stade aux normes et là on a une équipe qui va jouer en « Départemental » ? Je te le dis, ça va gueuler au prochain conseil municipal.

Par le passé, des clubs comme Strasbourg, Bastia, Reims aussi, Le Mans, ou récemment Sedan, sont descendus bas…
Oui mais nous, on n’a pas une grosse fans base comme à Sedan, Strasbourg, ou Bastia et Le Mans, des clubs qui, dans un passé récent, se sont retrouvés en N3 ou même en Régional 1 voire R3 pour Sedan. On a des spectateurs à Martigues, pas des supporters. Je connais des supporters qui m’ont dit, quand Martigues a été rétrogradé en Régional 1 en juillet, qu’ils n’allaient plus suivre le club… Mais c’est quoi ça ? C’est ça supporter le club de sa ville ?
Bien sûr que cela va me faire mal au coeur quand je vais aller voir un match de Départemental. On verra bien… Il y a tout à reconstruire, l’équipe est très jeune, avec une moyenne d’âge située entre 18 et 20 ans, et un nouveau coach qui a joué au club, et donc connaît la région, le contexte, Salim MRamboini.
Les vidéos de Romain Molina sur le FC Martigues ?
Sa vidéo sur le FCM, ce qu’il dit, c’est réel. Il expose des faits que la plupart des supporters ignore. Et quand ceux-ci découvrent les dessous, ils se disent « Waouh, c’est pas possible ! ». Personnellement, je ne suis pas surpris. Ils vérifient ses sources. Il a été contacté par une association anti-corruption des Bouches-du-Rhône, qui a dénoncé tout ce qui se passait à Martigues, mais c’était déjà avant l’arrivée de Lepa. Mais c’est sûr que dans le club, il y a une taupe. Je pense que c’est quelqu’un qui était dans le board avant, mais qui est parti. Mais je ne suis pas la taupe !
Le mot de conclusion ?
Quel dommage !
- Texte : Anthony Boyer / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
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