Ahmed Aït Ouarab
(Hauts Lyonnais) :
« La tactique, j’adore ça ! »

L’entraîneur du club des Monts du Lyonnais, champion de N3 toutes poules confondues, cumule deux casquettes avec celle de sélectionneur adjoint de l’équipe nationale de Madagascar. Une habitude chez cet ancien milieu de terrain professionnel, véritable touche à tout, gros bosseur, et qui manie la culture de l’hybride avec son équipe.

Par Anthony BOYER / aboyer@13heuresfoot.fr – Photos Hauts Lyonnais (sauf mentions)

Photo Hauts Lyonnais

Parfois, les apparences et les noms sont trompeurs. Hauts Lyonnais est bien ce club des monts du Lyonnais qui joue sur le complexe inauguré en septembre 2024 de Saint-Symphorien-sur-Coise, un petit village de près de 4 000 âmes situé à 600 mètres d’altitude. Mais il est plus proche géographiquement de Saint-Chamond et de Saint-Etienne, dans la Loire, que de la capitale des Gaules !

C’est simple, à 2km du stade Thomas-Granjon, le nouvel antre des Violets, c’est le 42 et la Loire voisine ! Un particularisme qui fait sourire Ahmed Aït Ouarab, le coach de 46 ans arrivé sur le banc en juillet 2025, et qui cumule deux casquettes avec sa fonction de sélectionneur adjoint de l’équipe nationale de Madagascar : « C’est vrai que le club n’est pas à Lyon ! Il est à la pointe du cône entre Andrézieux, Saint-Etienne et Lyon, à l’autre bout du Rhône. Forcément, il y a un peu de chauvinisme et des rivalités, avec ceux qui sont pour l’Olympique Lyonnais et ceux qui sont pour l’AS Saint-Etienne ! En fait, le club vit au rythme de ces petites « guéguerres » mais je pense qu’on a autant de personnes qui aiment Saint-Etienne que Lyon. Au stade, les gens qui viennent nous voir sont d’abord ceux des villages qui composent le club, fondé en 2012 (Pomeys, Aveize, Duerne, La Chapelle-sur-Coise, Saint-Symphorien-sur-Coise), ensuite, ils viennent aussi bien du 42 que du 69. Et dans mon staff, on est partagé : deux sont Stéphanois et deux sont Lyonnais ! C’est la preuve qu’on peut cohabiter, qu’on peut bien vivre la concurrence sportive ! »

Querelles de clochers

Ces petites querelles de clochers amusent le natif de Bourgoin-Jallieu (Isère) qui, lui, ne cache pas son amour pour l’Olympique Lyonnais. S’il a grandi à Charantonnay, un village situé entre Bourgoin et Vienne, là où il a touché ses premiers ballons, il est ensuite devenu Sanpriot, c’est-à-dire un habitant de Saint-Priest, dans la banlieue de Lyon, où il réside toujours. « Mes parents ont déménagé et aujourd’hui, c’est un de mes frères qui habite dans la maison familiale ».

Photo Hauts Lyonnais

A son époque, pour percer au foot, il n’y a pas 36 clubs : c’est l’Olympique Lyonnais, le CASCOL Oullins-Pierre-Bénite, l’AS Saint-Priest ou Bourgoin. Ahmed participe à des détections, et finalement, à l’âge de 15 ans, il signe au … Racing, à Paris ! On appelle ça l’art du contre-pied, geste d’ailleurs qu’il maîtrise parfaitement sur les pelouses : « Mon frère avait un contact au Racing et c’est comme ça que j’ai tenté l’aventure, en U15 Nationaux. On a fini vice-champion de France derrière l’OL. L’année d’après, je suis première année U17 et capitaine des U17 nationaux. Cette saison-là, je reçois ma première convocation en équipe de France. Il y avait des sacrés joueurs, Steed Malbranque, Anthony Réveillère, Jérémy Bréchet, Sébastien Frey, Samir Beloufa, Frédéric Fouret, Roland Vieira, Jean-François Suchet, Olivier Bernard. Je suis resté deux saisons au Racing avant de rejoindre le centre de formation de l’OGC Nice. Après le bac scientifique, je me suis inscrit en STAPS à Nice mais le directeur du centre de formation de l’époque, Roger Ricort, m’a dit que je n’avais pas le choix, que c’était le moment de choisir le foot. »

Ultra-diplômé

Photo Hauts Lyonnais

Martigues, Le Mans, Wasquehal, Valence, Sète, Chypre, l’Algérie et Bergerac, jalonneront la suite de sa carrière, essentiellement passée en Ligue 2 et en National. Bizarrement, jamais en Ligue 1 malgré son volume de jeu et sa technique. « J’en ai profité pour passer tous les diplômes d’entraîneur que je pouvais passer, et à la fin de ma carrière de joueur au BPFC 24 (Bergerac Périgord), j’ai pu me concentrer sur ma reconversion grâce au président Christophe Fauvel, qui avait un organisme de formation. Là, j’ai passé un BPJEPS APT (éducateur sportif Activités Physiques pour Tous), j’ai passé un DUGOS (Diplôme Universitaire Gestionnaire des Organisations Sportives) avec l’UNFP, j’ai fait une licence marketing et au niveau foot, j’ai le DES. Il me manque le BEFF et le BEPF. Pour le BEFF, je suis admis au concours, je dois juste trouver le stage pour passer la formation. »

« Tout ce que j’avais envisagé s’est produit »

Photo Hauts Lyonnais

Ce métier d’entraîneur, qu’il exerce depuis plus de dix ans, il l’a embrassé et découvert à Bergerac, d’abord avec les U14 Régionaux, puis avec les U19 Régionaux, « où Paul Fauvel, le fils du président, jouait dans les buts ! Paul est aujourd’hui le directeur du Dijon FCO, raconte-t-il ». « J’ai compris assez tôt que je n’aurais pas la carrière de Zidane et qu’il fallait que je me forme, que je prépare l’après football. Je me suis toujours demandé ce qu’il fallait faire pour que, après ma carrière de joueur, je puisse être salarié d’un club de football, soit en pro, soit dans un bon club amateur. J’ai constaté que, dans les clubs amateurs, il fallait être multi-casquettes. C’est pour ça que j’ai fait marketing du sport, que j’ai passé le BPJEPS, que j’ai fait un peu d’animation, de la gestion de projets, que j’ai passé mes diplômes d’entraîneur, afin d’avoir un éventail avec plusieurs branches. Je me suis formé à tout ça même si mon objectif était de rester dans le monde du foot, là où j’ai mon réseau, mes connaissances. A Bergerac, je me suis lancé dans la création d’une entreprise d’équipementier sportif, et je me suis rendu compte que ce n’était pas facile. Mais finalement, tout ce que j’avais envisagé s’est produit ».

« Je dois beaucoup à Karim (Mokeddem) et Bergerac »

Un peu comme avec le Racing, c’est grâce à une connaissance qu’il fait « la » bonne rencontre, celle qui change tout : « Un oncle connaissait l’entraîneur Karim Mokeddem de son époque de Vénissieux, et il savait qu’il cherchait un adjoint à Lyon-Duchère. Du coup, il lui en a parlé et j’ai rencontré Karim. En plus, je voulais rentrer sur Lyon, ça tombait bien ! On a travaillé ensemble pendant 3 saisons, en N2 et en National. Il avait déjà beaucoup d’expérience quand je suis arrivé à Lyon Duchère et je peux dire que j’ai appris à vitesse Grand V à ses côtés. Bergerac et Karim, ce sont vraiment les points de départ de ma carrière. Je leur dois beaucoup. »

Adjoint le matin, commercial l’après-midi

A Lyon-Duchère, Ahmed n’est pas seulement adjoint : « Le club, au départ, ne me proposait qu’un temps partiel. Il fallait que je trouve quelque chose à côté car ça ne me suffisait pas. Je l’ai expliqué à Karim qui l’a très bien compris. Et comme j’avais déjà touché à différentes branches, le président de La Duchère, Mohamed Tria, m’a proposé d’occuper un poste de commercial l’après-midi ! Cela m’a permis d’élargir mon champ d’action. Et pendant 3 ans, j’ai eu cette double casquette. »

Avec Karim Mokeddem (à gauche) et Sofian Atik, à Lyon-Duchère. Photo

Après l’accession en National en 2015-2016 au nez et à la barbe de l’ogre Grenoblois, La Duchère joue les premiers rôles deux années de suite dans l’antichambre de la Ligue 2 au point même de frôler la montée en L2, en 2017 et en 2018. Le club grandit. La charge de travail aussi : « Je me suis retrouvé avec deux fonctions qui correspondait quasiment à deux temps plein. Je l’ai fait comprendre au président Tria, mais il m’a dit « Tu as signé pour tel contrat donc soit tu continues, soit tu arrêtes », et j’ai arrêté. »
Un peu culotté, Ahmed, qui ne reste pas longtemps inactif. Pascal Bollini (directeur de l’UNFP) cherche un adjoint pour le stage de l’UNFP afin d’épauler Serge Romano : « Il faut savoir donner pour recevoir. Je n’ai pas hésité. J’ai croisé du monde, j’ai élargi mon réseau, d’ailleurs, cela m’a permis de rejoindre la sélection de Mauritanie ». En septembre 2018, Corentin Martins, le sélectionneur, cherche un adjoint et pense à Serge Romano mais ce dernier part en Algérie : « Pascal Bollini, avec qui je venais de passer un mois, parle de moi à Corentin. On a fait connaissance et depuis, on ne s’est plus jamais lâché ! »

La Mauritanie, Le Puy, Vaulx, l’Algérie et Madagascar

Ahmed passe 2 ans et demi comme adjoint du sélectionneur des A, dispute deux qualifications pour la CAN (participation en 2019), devient même Directeur technique national adjoint. Et pendant une saison, en 2019-20, il cumule sa fonction avec celle d’entraîneur adjoint de Roland Vieira, qu’il a connu en équipe de France U16, au Puy-en-Velay, promu en National. Malheureusement, la saison est stoppé à neuf journées de la fin en raison de la Covid-19.

Avec Roland Vieira, au Puy-en-Velay. Photo Le Puy-en-Velay FC.

Quand le staff de la Mauritanie est démis de ses fonctions, en octobre 2021, Corentin Martins part en Lybie; Ahmed, lui, reste avec les U23 de la Mauritanie : « Une expérience géniale ! On a même joué et battu l’Algérie, mon pays d’origine… On perd contre le Togo pour une qualification à la CAN, et c’est la fin de ma mission. Là, je signe à Vaulx-en-Velin, en National 3 et après ça, je retrouve Corentin en Algérie, dans un club, au CR Belouizdad, une expérience extraordinaire, dans un club historique, extrêmement populaire, mais le contexte n’était pas simple. J’ai beaucoup aimé travailler en Algérie et je sais que j’y retournerai un jour, parce qu’il y a des choses à faire et qu’il y a un vivier de joueurs très intéressant. Et aujourd’hui, avec Corentin, nous voilà avec la sélection de Madagascar ! »

« On travaille en binôme avec Romain Dedola »

Avec « Dedo » alias Romain Dedola, son binôme, et le joueur Hilal Bouguerra. Photo Hauts Lyonnais

Forcément, mener de front deux missions interpelle. Pour Ahmed, tout est une question de confiance et d’organisation : « L’avantage d’une sélection, c’est que l’on est occupé pendant de courtes périodes, mais en termes de travail, de pic d’intensité, c’est vrai que ces périodes-là sont très chargées. Ma chance, c’est qu’à Hauts-Lyonnais, j’ai un vrai staff autour de moi avec un préparateur physique, un entraîneur des gardiens et un adjoint, mon binôme, Romain Dedola, avec qui j’ai une relation particulière, de même qu’avec mon président, Bruno Lacand. En fait, on a choisi d’accompagner Romain (Dedola), qui est là depuis 7 ans, qui est apprécié, qui gravit les échelons, qui a été admis au DES, et l’objectif ultime du président, c’est qu’il devienne un jour directeur sportif et coach. Mon passage dans le club doit servir aussi à ça. On a envie de continuer l’aventure ensemble. Peu de gens le savent, mais l’an passé, le club a été amendé quand je partais en sélection, parce que la FFF ne l’autorise pas, sauf décès ou maladie. Et il risquait même un retrait de points. J’espère que cela changera parce que franchement, c’est une expérience riche d’avoir deux activités comme celles-là. Les amendes ont été enlevées, parce qu’en mars, j’ai accepté de ne pas partir en sélection, même si cela a été un dommage sportif et financier pour moi. C’est pour cela qu’on a cherché une solution, et l’une d’elles, c’était que Romain puisse intégrer le DES, afin de « couvrir » l’équipe. Cette saison, il sera le coach sur le papier, mais on continuera de fonctionner comme la saison passée. Je ne peux pas dire que j’étais numéro 1, on a travaillé en binôme, on a des idées qui se ressemblent. Quand je m’absente, Romain gère très bien, et cette année, il va s’absenter sept semaines lui aussi, il va grandir sereinement. C’est pour ça que je veux remercier le président, qui aurait pu dire « Voilà, il y a Romain maintenant… » mais il n’est pas comme ça, il est très humain, on apprécie de travailler ensemble. »

L’injustice réparée

Six ans après l’incroyable imbroglio de la non-montée en National 2, quand le club des monts du Lyonnais, 1er de sa poule de N3 devant Rumilly, mais victime du fameux « quotient » (un nouveau critère du règlement destiné à départager des équipes), s’était vu priver d’accession au profit du club haut-savoyard, l’injustice est réparée.

Soir de montée à Hauts Lyonnais ! Photo Hauts Lyonnais

Au terme d’une saison de tous les records – meilleur total de points des huit poules confondues (58 point, devant Le Poiré-sur-Vie, 57 points) – et un 16e de finale de coupe de France (élimination face au FC Lorient, club de L1, 1-3), les Violets sont montés, alors qu’ils n’étaient vraiment pas favoris, tout le contraire de Mâcon. Mais ils ont su déjouer les pronostics et surfer sur l’excellente deuxième partie de saison 2024-2025, sous la houlette de Jérémy Berthod, arrivé à la trêve, quand le club était relégable. Berthod parti à Limonest, Ahmed Aït Ouarab est arrivé, sur la pointe des pieds, avec ses idées, sans rien promettre : « La dynamique de 2e partie de saison était rassurante et de bon augure, quelque chose s’était crée, il fallait continuer le travail entrepris par Jérémy (Berthod) et Romain (Dedola). Je pense qu’on l’a bien fait, sachant qu’avec Mâcon, on avait un vrai concurrent. Bien sûr, la non-accession de 2020 fut une petite plaie ouverte pour le président, marqué par cet épisode mais en même temps, j’ai envie de dire que pour Hauts Lyonnais, c’était écrit et, avec le recul, ce n’était peut-être pas le bon moment pour monter. Quand je vois comment le président a bâti le club ces derniers années… Ce qui est sûr, c’est qu’en 2020, le club n’était pas aussi prêt pour affronter le N2 que maintenant. »

Bruno Lacand, président visionnaire

Avec le président Bruno Lacand. Photo Hauts Lyonnais

Ce qui est sûr aussi, c’est que Bruno Lacand ne fera pas de folie, sous prétexte qu’il faudra affronter Nîmes, Toulon, Andrézieux (sacré derby !), et sans doute aussi Bayonne et Tarbes ! « Le président est visionnaire, il est constamment dans l’anticipation, poursuit Ahmed; beaucoup de clubs auraient mis le paquet sur des recrues ou augmenté les salaires, mais pas lui : d’abord il regarde de combien d’argent il dispose, et ensuite il bâtit. Il est prudent. C’est un entrepreneur. Il a construit une salle de musculation et un espace pour recevoir les partenaires, c’est très intelligent, car il a amélioré à la fois le secteur sportif et aussi le partenariat avec les rentrées de potentiels nouveaux sponsors. Il ne faut pas oublier que Hauts Lyonnais est passé en 10 ans de D1 district à National 2 (future National 1) ! Le club est en constante progression. A Saint-Symphorien-sur-Coise, on dispose d’un complexe tout neuf, on est dans des bonnes conditions, on a tout ce qu’il faut pour bien travailler, et on fait de plus en plus de monde au stade, on a beaucoup plus de supporters : quand on est allé à Andrézieux en coupe de France, on était 3000 supporters contre Lorient ! ».

Il y aura aussi ces matchs contre des clubs qui lui ressemblent, on pense bien sûr à GOAL FC, lui aussi regroupement de plusieurs villages et déjà passé par le National, Limonest-Dardilly-Saint-Didier (avec des retrouvailles pour Jérémy Berthod), Rumilly-Vallières et Saint-Priest si ce dernier est repêché.

« Optimiser notre façon de jouer pour rendre l’adversaire moins fort »

Sur le plan de l’effectif, il y a cependant des bouleversements : « On a renouvelé 80% de l’effectif. On s’est séparé de six joueurs, dont trois ou quatre qui ont grandement participé à l’accession, donc au final, on ne change que trois ou quatre pièces. »

Romain Dedola. Photo Hauts Lyonnais

Sur le plan de la méthode, en revanche, rien ne va changer : « Je suis un entraîneur qui s’intéresse beaucoup à la tactique, afin de comprendre l’adversaire, le jeu. En fait, la tactique, j’adore ça. Je ne peux plus regarder un match sans regarder ce que font les coachs, les changements qu’ils font, les systèmes, etc. J’essaie de développer ça, de faire comprendre les choses à mes joueurs. J’aime utiliser l’expression « Optimiser notre façon de jouer pour rendre l’adversaire moins fort », cela passe par optimiser notre placement, nos déplacements, et en fonction de ce que je vois chez l’adversaire, et de ce que font mes joueurs dans la semaine, avec « Dedo » (Romain Dedola), on se demande qui sont les onze meilleurs quant arrive la fin de la semaine, même si, bien sûr, ce sont souvent les mêmes, à un, deux ou trois éléments près. Ensuite, on se demande dans quel système on les met pour emmerder le plus possible l’adversaire et pour que nous, on soit à l’aise. C’est ça l’idée de départ. Et du coup, on tourne. »

« Je n’ai pas de système établi »

Photo Hauts Lyonnais

« Parfois on joue à 3 derrière, parfois à 4, poursuit Ahmed; je n’ai pas de système établi même si j’aime le 3-4-3. C’est ce que font les grandes équipes, qui défendent en 4-4-2, qui attaquent en 3-2-5 parce qu’elles peuvent parfois se retrouver avec une ligne de trois attaquants avec deux pistons, et en fait, elles changent de système de l’attaque à la défense. J’aime cette culture de l’hybride. En National 2, ça peut fonctionner, parce qu’on est dur à lire pour nos adversaires, qui ne savent pas comment on va jouer, ni comment s’adapter. On est un peu comme des joueurs de poker illisibles ! C’est juste le placement des joueurs qui évolue : on essaie de leur enlever cette idée que tel ou tel joueur est à l’aise en 4-3-3 ou comme ceci ou cela. Chez nous c’est : voilà ce que l’on fait quand on a le ballon, voilà ce qu’on fait quand on ne l’a pas, pensez aux grandes idées, et laissez-moi vous placer là où je pense que vous serez le mieux. Ce n’est pas une adaptation énorme parce que les principes ne changent pas, afin de ne pas perturber les joueurs : défendre en avançant, mettre de la densité autour du porteur du ballon, mettre la pression, projection rapide vers l’avant sur le plan offensif, du jeu dynamique, du jeu de passes. »

Ahmed Aït Ouarab, du tac au tac

Avec le maillot de Madagascar. Photo 13HF

Pourquoi as-tu pratiqué le foot quand tu étais petit ?
J’ai trois grands frères, qui étaient un peu les trois stars du village où on habitait, à Charantonnay, et chaque dimanche après midi, j’étais derrière la cage du stade communal, à jouer avec mes copains, pendant qu’un des mes grands frères gardait les buts et que les deux autres jouaient au milieu de terrain ! J’ai baigné dans le foot rural. Eux n’ont pas eu la chance de faire carrière, un des mes frères a joué jusqu’en Régional, mais il faut dire que mon père était orienté « études ».

Nous on est la génération de ceux qui sont venus en France pour travailler, pour s’intégrer, du coup il a toujours vu le foot comme un obstacle à la réussite scolaire. Mes frères m’ont défendu devant mon père, en lui disant « laisse le faire », parce qu’ils ont vu que j’avais des qualités, et finalement il les a suivi.

Meilleur souvenir sportif ?
J’en ai deux. Le premier, c’est quand je jouais chez les jeunes au Racing à Paris. Je suis avec mon frère et je reçois le courrier pour ma convocation en équipe de France U16, ce fut une sensation incroyable ! Le deuxième, c’est quand je suis sorti du centre de formation de l’OGC Nice : je suis prêté à Martigues, en National, j’étais 3e année espoirs, je ne suis pas pro, mais j’ai le rêve de le devenir. Et à la fin de ma saison à Martigues, en monte en Ligue 2 et le club provençal m’annonce qu’il me fait signer pro.

Et le pire souvenir sportif ?
Avec Le Mans. Je fais un ascenseur émotionnel parce qu’on monte en Ligue 1, mais cette saison-là, en Ligue 2, je suis souvent remplaçant. L’été suivant, je fais la préparation, je suis dans le tempo, ça se passe bien, je me sens bien, mais le club avait besoin de libérer des contrats pour faire venir des joueurs plus huppés pour la Ligue 1. Du coup, là, le club m’a fait la misère : je n’étais pas convoqué aux matchs amicaux, on me laissait seul le week-end, c’était compliqué. Mon agent était un peu de mèche avec le club à ce moment-là et on me fait comprendre que je dois partir. Le coach, c’était Thierry Goudet. Je ne lui en veux pas, parce qu’il n’était pas tout seul, et à la limite, maintenant que je suis entraîneur, je le comprends, c’est juste que, humainement, ce n’était pas top.

Combien de buts marqués dans ta carrière ?
Wouaaaah ! J’étais plus un passeur décisif qu’un buteur, je ne sais pas si c’est parce que j’avais peur de marquer ou de rater. Je jouais 8 ou 10 bien que j’ai été formé milieu défensif, mais j’ai commencé à me sentir à l’aise avec ma technique à partir de de l’âge de 20/21 ans, assez tardivement, et à partir de là, je suis devenu plutôt un numéro 10, avec le 7 ou le 11 dans le dos !

Si tu n’avais pas été footballeur, tu aurais fait quoi ?
J’étais pas trop mal à l’école, je pense que je me serais orienté vers tout ce qui touche à la kiné, à la médecine du sport.

Des cartons rouges dans ta carrière ?
J’en ai eu un pour mauvaise conduite quand j’étais jeune et immature, et un pour mauvaise agressivité, un tacle… Je n’étais pas très méchant. A partir de 23 ans, j’étais mature, plus sain.

Tes qualités et tes défauts sur un terrain, c’était quoi ?
Ma plus grosse qualité, c’est que je courais beaucoup, j’avais une grosse VMA. Quand j’étais fatigué, cela voulait dire que les autres étaient cuits, et quand j’ai commencé à me sentir à l’aise avec ma technique, je suis devenu provocateur, percutant. J’étais en charge de déséquilibrer les défenses. Quant aux défauts, avec le recul, je n’étais peut-être pas assez bon dans ma relation avec mes entraîneurs. Je m’en aperçois d’autant plus aujourd’hui que je suis passé de l’autre côté. J’étais craintif, un peu fermé avec eux : si j’avais été plus à l’aise et si j’avais su créer de meilleures relations avec eux, cela aurait pu m’aider à faire une meilleure carrière.

Qu’est-ce qui t’a manqué pour jouer en Ligue 1 ?
Je me suis longtemps posé la question. Aujourd’hui, quand les collègues posent un regard sur moi, sur ma carrière, ils trouvent que j’étais un très bon joueur, et donc, quand je me demande pourquoi ça n’est pas passé plus haut, je pense que c’est dû au mental. Je ne veux pas dire que j’étais un gamin, mais on en revient à ma relation avec les entraîneurs, elles étaient trop… Comme si l’entraîneur, c’était la police, tu vois ? J’étais trop méfiant, trop critique dès que je ne jouais pas. Parce que sur le terrain, j’avais mon petit talent, comme tout le monde, et je ne voyais pas ce qui pouvait m’empêcher d’aller plus haut.

Un club où tu aurais pu signer ?
Il y a un tournant quand je reviens de Chypre, et avant d’aller à Bejaïa, en Algérie : là, j’ai un bon contact avec Christian Sarramagna à Châteauroux, en Ligue 2. Christian, je l’avais eu comme coach à Sète, en National, on avait bien accroché. Je pense qu’à ce moment-là, si j’étais allé à Châteauroux, qui jouait plutôt le haut de tableau de L2 à l’époque, j’aurais pu surfer sur une dynamique différente. Malheureusement, cela ne s’est pas fait.

Une erreur de casting dans ton parcours ?
(catégorique) Oui, Wasquehal. C’était après Le Mans. Mon agent me fait signer là-bas, en National. Le club descendait de Ligue 2, mais en fait, après ma saison au Mans, j’aurais pu rebondir au moins en Ligue 2. J’ai été mal conseillé. Cela a mis un vrai coup de frein à ma carrière. C’est sur que si je devais revenir en arrière, il y a pas mal de choses que je ne referais pas, que je gèrerais différemment. Après, on dit que c’est mon destin.

Un club qui te faisait rêver, petit ?
L’Olympique Lyonnais.

Un match référence dans ta carrière ?
En National, avec Sète, contre l’AS Cannes, je fais un triplé, il y avait un collègue dans le camp d’en face, Anthony Esparza, et mon adversaire direct, c’était Patrice Carteron. Ce jour-là, je marchais sur l’eau (le 14 octobre 2006, le FC Sète avait battu l’AS Cannes 4-1) !

Pire match ?
Je parlerais plutôt d’une saison noire, à Wasquehal, parce que vraiment… Entre le choix, les blessures… Je me suis fait une pubalgie à mon arrivée, puis une fracture à la main, alors là, quand la saison se termine en juin, tu souffles et un peu et tu te dis « bon, il faut que je reparte, que je redémarre », et cela a été dur.

Un club mythique ?
C’est le Real Madrid, le stade Santiago Bernabeu, même si j’adore le Barça. Peut-être à cause de Zidane.

Un coéquipier marquant ?
Il y en a plusieurs, mais je dirais l’attaquant Frédéric Fouret : l’affinité sur le terrain était bonne, on avait des profils de jeu différent et on s’entendait bien, et en dehors, notre entente était exceptionnelle. On a joué ensemble à Valence et à Clermont. Et aux cartes, dans le bus ou à l’hôtel, on pouvait jouer les yeux fermés : on était même meilleurs aux cartes que sur le terrain (rires) ! C’était vraiment un bon pote. Très sain, très humain. Fred, c’est la classe. Et aussi Mehdi Mostefa, un joueur de caractère, agressif, hargneux, il ne lâchait rien au milieu de terrain : quand tu es milieu offensif comme moi, et que tu as des joueurs comme lui derrière toi, c’est du bonheur. On a commencé ensemble à Valence et j’ai poussé auprès de Christian Sarramagna pour que Sète le prenne quand j’étais là-bas, lui était à Montluçon. C’était comme un petit frère. Et sa carrière a décollé à partir de Sète (Nîmes, Ajaccio, Lorient, Bastia…).

Une équipe qui t’a impressionné ?
C’est la réserve de l’AS Monaco, quand je l’ai affronté avec la réserve de l’OGC Nice, en N2 (CFA), il y avait Trézeguet, Henry, Grassi et Ikpeba en face, Costinha au milieu et là… Ecoute moi, on a pris 4 à 0… C’était incroyable, laisse tomber. J’avais les yeux qui brillent.

L’équipe la plus forte dans laquelle tu as joué ?
L’ASOA Valence en National. On était une machine de guerre. On est monté en Ligue 2 mais on a été empêché d’y accéder, sinon, on se serait maintenu facilement.

Un coéquipier perdu de vue que tu aimerais revoir ?
Medhi Lacen (Getafe, Malaga, Alavès), avec qui j’ai joué à Valence.

Un coach perdu de vue que tu aimerais revoir ?
Alain Ravera. Mon coach à Valence. On s’est croisé mais pas souvent.

Le coach que tu n’as pas envie de recroiser ?
Je ne suis pas rancunier, donc cela ne me dérangerait pas de les recroiser tous.

Un président marquant ?
Alain Martin, le président de l’ASOA Valence, qui était maire d’une petite commune voisine, au Pouzin, et membre du conseil de surveillance de l’AS Saint-Etienne. C’était la classe, même si la saison était difficile financièrement.

Une causerie marquante ?
Alain Ravera, un jour, est venu avec un cailloux dans le vestiaire. Ce n’était pas une causerie, mais un débrief’ d’après-match je crois. Il nous a fait comprendre qu’on était une équipe extraordinaire, qu’il se régalait avec nous. On venait de perdre un match alors qu’on était 2e ou 3e, je ne sais plus, et il a dit que si on ne montait pas, ce serait à cause d’un cailloux comme celui qu’il avait dans la main, qui allait gripper la machine. En fait, son message, c’était que l’on s’attardait trop à regarder les petits détails qui n’allaient pas et les mauvais côtés de nos partenaires, au lieu de regarder ce que tout le monde faisait de bien. Un cailloux… (il marque une pause) J’ai utilisé cette image, mais pas avec un cailloux (rires). J’ai utilisé le point noir au milieu de la feuille blanche : c’est un test psychologique. Quand tu demandes à quelqu’un de dire ce qu’il voit, il répond le point noir, et il ne voit pas tout le blanc qu’il y a autour…

Une consigne d’un coach jamais comprise ?
(Rires) En fait, c’est quand je repense à certains coachs qui n’étaient que sur l’engagement, sur les encouragements, et que tactiquement, il n’y avait rien derrière, alors que je trouve cela tellement important aujourd’hui, cette manière dont tu peux gérer un match tactiquement, d’empêcher l’adversaire de s’appuyer sur ses forces. C’est impossible aujourd’hui de faire sans la tactique.

Le stade qui t’a procuré le plus d’émotion ?
Sans hésiter, le stade Pompidou à Valence, un stade atypique, avec d’un côté une « graaaande » tribune et de l’autre on dirait un parc, avec des arbres au milieu. Le club de Valence mériterait d’être plus haut : j’espère qu’avec Mickaël Pontal, ils vont remonter.

Des rituels, des tocs, des manies ?
Non, je n’étais pas superstitieux. Par contre, je changeais énormément de chaussures, j’étais un grand consommateur de crampons, je voulais toujours avoir une paire que personne n’avait, et quand un coéquipier avait les mêmes crampons que les miens, je changeais. Je voulais être différent des autres !

Tes passions ?
La famille. J’ai trois enfants (deux garçons de 19 ans et 15 ans et une fille de 11 ans).

Une idole de jeunesse ?
Zidane.

Tu étais un joueur plutôt…
Percutant.

Tu es un entraîneur plutôt …
Tactique.

Le milieu du foot en quelques mots ?
Compliqué mais passionnant.

Le club Hauts Lyonnais ?
Beaucoup de clubs essaient de créer une identité familiale, un esprit de cohésion, et ce que je peux dire, c’est que je n’ai jamais ressenti ça de manière aussi forte, je n’ai jamais senti une telle cohésion, un tel esprit de famille que dans ce club. Le président a su créer tout ça. Hauts Lyonnais est vraiment ancré dans son territoire, avec cette couleur violette si particulière. Je suis Sanpriot, j’ai grandi avec l’OL, mais quand on vient dans ce club, il y a quelque chose qui se crée, tu te sens dans une famille, tu te prends au truc.

Photo Hauts Lyonnais
Photo Hauts Lyonnais

 

 

 

 

 

  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
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