Le destin africain de Sébastien Desabre !

De la Promotion d’Honneur à la Coupe du Monde, l’histoire d’un entraîneur/sélectionneur brillant qui, à 49 ans, vient de conquérir le Graal avec la République Démocratique du Congo, qualifiée pour la Coupe du Monde ! Son courage, son goût du défi, sa soif d’apprendre, son envie de découverte, son ambition et son art du management marquent un parcours du combattant jalonné d’une dizaine d’étapes en Afrique, où il a acquis énormément d’expérience en même temps qu’il s’est forgé une réputation et construit un palmarès.

Par Anthony BOYER / Mail : aboyer@13heuresfoot.fr / Photos : 13HF

Reportage réalisé dans le Var, samedi 11 avril 2026.

Sébastien Desabre n’était pas né quand le Zaïre a participé, en 1974, à sa seule Coupe du monde. C’était il y a 52 ans. C’était 33 ans avant que cette nation, la première d’Afrique subsaharienne à se qualifier pour une phase finale, ne devienne la République démocratique du Congo, en 1997.
C’était aussi deux ans avant la naissance, à Valence, dans la Drôme, en août 1976, de celui qui vient de conduire les Léopards à une deuxième Coupe du monde, à partir du 11 juillet prochain, aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique.

47e ticket, juste avant l’Irak

Sébastien Desabre, chez lui, dans le Var, le 11 avril 2026. Photo 13HF/AB

Le Mexique, la sélection de la RDC connaît : mardi 31 mars dernier, à Guadalaraja, elle a battu la Jamaïque (1-0 après prolongation) et décroché le 47e ticket pour la Coupe du monde, quelques heures avant que l’Irak ne s’octroie le 48e et dernier ticket d’une épreuve élargie. Un exploit grandeur nature pour une sélection emmenée, coachée, managée, entraînée, dirigée, guidée, on ne sait plus très bien quel verbe utiliser, par ce Français brillant, parti pour faire des études de médecine après son bac, avant de revoir ses plans.

Encore méconnu du grand public dans l’Hexagone, le « Sorcier blanc », comme on l’appelle dorénavant au Congo, est devenu un héros dans ce pays d’Afrique, où il a posé les pieds en octobre 2022 après sa seule et unique expérience française en pro, en Ligue 2, aux Chamois Niortais, 12 ans après sa première expérience de l’autre côté de la Méditerranée, à l’ASEC Mimosas d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, en 2010.

Au Cannet-Rocheville, avec Christian Lopez

A l’époque, Sébastien Desabre entraîne l’équipe seniors de Rocheville, un quartier du Cannet, tout près de Cannes, qu’il a fait grimper de deux divisions en deux ans, de DHR en CFA2. Il côtoie l’ancien international des Bleus et légende de l’AS Saint-Etienne, Christian Lopez, qui a commencé le foot à 11 ans dans le même club : c’est Lopez qui, désireux de se consacrer au poste d’entraîneur général, avait soufflé le nom de Desabre, entraîneur de la réserve, au président Jean-Marie Principiano pour prendre sa succession à la tête des … Verts du Cannet (et non pas de Saint-Etienne !). Le pari était risqué. Il sera gagnant.

Des paris, d’autres dirigeants d’autres clubs en feront avec Desabre, dont le parcours, riche, jalonné d’obstacles et d’aventures humaines, de titres également (1), force l’admiration. Parce qu’il faut avoir du cran, du courage, de la détermination et de l’ambition pour quitter la Côte d’Azur, sa famille, ses enfants, ses amis, à tout juste 34 ans, afin de tenter l’aventure. Tenter l’inconnu. Tenter l’impossible. Tenter le pari.

Quand Hervé Renard le propose à l’ASEC Mimosas

Photo capture d’écran 13HF

Mais « bouger » n’a jamais été un écueil pour ce fils de banquier, habitué très tôt à régulièrement déménager, changer de région, se construire, tout reconstruire. Et il faut aussi que des gens pensent à vous, fassent le lien, vous donnent leur chance. Hervé Renard fait partie de ceux-là.

Celui qui n’est pas encore double vainqueur de la coupe d’Afrique des nations (avec la Zambie en 2012 et avec la Côte d’Ivoire en 2015) et qui cherchent lui aussi à se frayer un chemin dans le milieu des entraîneurs pros, met Desabre en relation avec l’ASEC Mimosas d’Abidjan, à la recherche d’un coach. Renard habite Cannes, il connaît Desabre, qui lui a envoyé un CV, et quand il n’est pas avec Claude Leroy en sélection avec le Ghana ou, plus tard, seul avec la Zambie, il est un spectateur discret et très observateur dans les tribunes azuréennes lors des matchs amateurs. « J’habitais pas loin du stade Maurice-Jeanpierre au Cannet, et je venais voir des matchs de temps en temps quand j’étais en stand-by, raconte Hervé Renard; un jour, le président de l’ASEC Mimosas Abidjan, Roger Ouegnin, que je connais, et qui est d’ailleurs toujours président, me propose de venir entraîner son équipe, je lui réponds que non, que je me positionne plutôt sur des sélections. Il me demande alors si je connais quelqu’un, et c’est là que je pense à Sébastien. Je lui en parle, il est intéressé, et je fais le lien. Je ne suis pas allé plus loin dans les discussions (rires). Sébastien était jeune, l’âge c’était important, et puis bien sûr que j’avais décelé un truc chez lui. Un leadership, une intelligence… »

Intelligence. Le mot revient souvent dans la bouche des interlocuteurs qui l’ont connu. C’est le cas de Philippe Pineau, ancien gardien de but et ex-coéquipiers à Mougins et au Cannet-Rocheville, en réserve, qui l’a employé à Languazur, un organisme de formation destiné aux entreprises : « Seb’ était râleur et un peu rebelle sur le terrain, mais c’est quelqu’un de très intelligent. C’était très courageux de sa part de partir. Il était conseiller en formation, il proposait des formations aux entreprises. Il avait besoin de passer ses diplômes et on était parvenu à financer sa formation. »

« Je dois avouer que l’on ne se connaît pas plus que cela, poursuit Hervé Renard. On n’est pas des proches comme il peut l’être avec Sébastien Migné (sélectionneur d’Haïti). On s’envoie des messages, c’est tout, on se félicite après des matchs. Si je lui en ai envoyé un après la qualification de la RDC pour le Mondial ? Obligé, normal ! Bravo à lui, bravo pour son parcours en qualifications, où il y a eu beaucoup d’étapes. »

Desabre, Migné, Renard, Leroy…

A la tête de l’équipe du Cannet-Rocheville en 2007. Photo 13HF/AB

Renard, Desabre, Migné. Encore un Sébastien. Encore un sélectionneur – français – qualifié pour la Coupe du monde ! Migné, qui a côtoyé Renard à Vallauris, a entraîné le FC Mougins, à coté de Cannes, en Promotion d’honneur, où évoluait un certain… Desabre. A Mougins, Migné et Desabre apprennent à se connaître. Aujourd’hui, ils sont les meilleurs amis du monde. Ils seront encore meilleurs amis au Mondial, l’un avec Haïti, l’autre avec la RDC. Le mentor, Renard, sera là lui aussi, avec l’Arabie Saoudite. Et le précurseur, le chef, Claude Leroy, ne saura plus où donner de la tête.

Samedi dernier, Sébastien Desabre nous a reçus dans son pied-à-terre du haut-var (il habite Kinshasa), où il profite, au calme, de quelques jours de repos après la tempête congolaise. En plus de nous accorder un entretien de près d’une heure, deux cafés et un cadeau aussi magnifique qu’inattendu se sont rajoutés sur la table du salon, à côté du calepin, du stylo et du téléphone-enregistreur. Magnéto Seb !

Entretien

« La Coupe du Monde, c’était l’objectif principal de ma carrière »

Sébastien, commençons par ta personnalité. La première chose qui nous vient à l’esprit, c’est ta discrétion. Est-un choix ? Ou est-ce ta nature ?
C’est vrai, je ne mets pas beaucoup en avant. C’est ma nature. J’aime bien être discret, rester concentré sur ce que je fais au football. Et puis j’aime être tranquille quand je rentre de mission africaine aussi, parce qu’on est quand même pas pal sollicité en Afrique. Je l’ai beaucoup été dans les pays dans lesquels j’ai travaillé. Mon poste fait aussi que j’ai un devoir de représentation. J’ai toujours été comme ça et je me satisfait de ça.

Quand on ne te connaît pas, tu peux sembler froid, distant aussi… Est-ce une protection ?
On me l’a déjà dit ! Ce n’est pas une protection, parce que je suis quelqu’un de simple, avec qui on peut parler de tout, même si de prime abord, je peux paraître comme ça. C’est ma nature d’être tranquille, de prendre le temps, de se découvrir avec les gens que t’as envie de découvrir. Cela vient aussi de la pression que l’on peut avoir en Afrique, où je suis passé par des gros clubs, avec beaucoup de supporters, beaucoup de fans; à un moment donné, tu as envie de rentrer pour souffler, et être un peu tranquille, au calme.

« La pression, on s’y habitue »

Photo capture d’écran 13HF

Tu évoques la pression : on a l’impression que tu la gères bien, comme si elle glissait sur toi…
Les premières vraies pressions que j’ai eues, c’est au début, quand je suis parti sur le continent africain. j’ai senti qu’il y avait beaucoup d’attente. Mais après, tu t’y habitues. Et puis la pression quotidienne est inhérente à la fonction, et en plus, il y a de plus en plus de médiatisation, de réseaux sociaux aussi. Les gens, les fans, prennent position, forcément, c’est le football, c’est la folie, il y a beaucoup d’attente.

Et puis je suis passé par des gros-gros clubs en Afrique, comme le Wydad Casablanca, avec des matchs couperets, des derbys… Je ne veux pas dire que l’on s’y habitue mais à force, tu es fataliste, tu es là, tu ne dois pas te laisser perturber par tout ça, tu restes concentré sur l’enjeu, donc tu rentres dans une forme de recul, tu te recentres sur le jeu. C’est ce que j’essaie de faire, car on gère le match, on est à l’intérieur du match. Je prends l’exemple des changements : depuis qu’ils sont passés de 3 à 5, l’entraîneur a encore plus d’impact sur le jeu. On ne peut pas constamment se laisser indirectement influencer. C’est pour ça qu’il faut se protéger. J’ai un tableau avec tous les matchs que j’ai fait, dans tous les pays où je suis passé, avec tous les résultats, je crois que j’en suis à 380 matchs… A un moment donné, forcément, on s’habitue. Ce n’est pas comme au début, quand tu es jeune, que tu arrives, et que tu as un peu plus la boule au ventre.

La pression, les médias, c’est dur à gérer aussi en RDC ?
Sur la sélection, j’ai un staff de 22 personnes dont une personne dédiée aux médias. C’est un gros avantage. Cela permet de faire le tampon. Il sait ce que je souhaite et ce que je ne souhaite pas. Mais sur les réseaux sociaux, les Congolais sont un million, donc il y a de la folie, de la passion, des fausses informations aussi, auxquelles je ne réponds pas. Après, c’est comme partout, il y a des bons journalistes et des moins bons. Et il y a des personnes qui s’improvisent un peu journalistes. Il faut savoir maîtriser ce domaine, avoir les bonnes relations, être vrai. Il faut intégrer tout ça, parce que derrière, il y a toute une économie du football. Je préfère ne pas m’exprimer souvent, mais quand je parle, voilà, je dis les choses, je donne des informations.

Les clés du management

Sébastien Desabre, chez lui, dans le Var, le 11 avril 2026. Photo 13HF/AB

Au niveau de la médiatisation, tu as vu l’évolution depuis ton arrivée ?
Oui, il y a beaucoup plus de monde, de réseaux sociaux, de structuration aussi car aujourd’hui, il y a cinq ou six médias-sites qui prennent l’ascendant, et ça peut vite être la foire d’empoigne entre les uns et les autres. Mais ce qui est beau en Afrique, c’est que le football, c’est 24h sur 24, à la télé… Il y a des championnats comme le Maroc ou l’Algérie qui ont des chaînes dédiées au foot, donc il faut bien qu’ils trouvent de la matière, et parfois, la matière… Je ne regarde pas, mais j’ai Instagram, Twitter (X) et Facebook, parce que tu dois être présent sur la place pour pouvoir répondre aux informations si tu estimes que c’est nécessaire. Mais je ne suis pas très actif.

On a une mise en veille, on regarde, on surveille ce qui se dit, mais je ne suis pas influencé par ça. Et puis, compte tenu de notre fonction, on doit prendre de la hauteur par rapport à tout ça, on ne peut pas répondre à chaque fois qu’il y a une fausse information mais quand on a des messages à faire passer, on a l’officier-media qui peut s’en charger, c’est déjà arrivé. J’ai déjà provoqué des réactions, des articles ou des conférences de presse. Je n’ai pas eu de grosses crises à gérer. Les crises que l’on peut avoir, ce sont celles des résultats. De toute façon, personne ne fait l’unanimité à 100 %.

Photo capture d’écran 13HF

Ce qui frappe aussi chez toi, c’est ton éloquence, ton intelligence… Tu es quelqu’un de cultivé, d’ouvert, tu as des diplômes, ça vient d’où ?
De l’éducation. Au départ, je m’orientais vers la médecine. J’ai fait un bac scientifiques, un BTS d’analyse médicale, j’ai fait une année de médecine et je me suis orienté, par le biais du club du Cannet-Rocheville à l’époque, où j’ai pu intégrer une entreprise de formation, Languazur, grâce à Philippe Pineau, que je connaissais du FC Mougins. Avec Jean-Pierre Santoni, on a pu développer cette entreprise de formation professionnelle dédiée aux entreprises justement, et très tôt, très jeune, ça m’a permis d’avoir les premières clés en matière de management, parce qu’il fallait gérer des salariés, des adultes, j’avais 23 ou 24 ans.

Cela m’a permis aussi de prendre du recul par rapport aux problématiques humaines, et ça, ça me sert beaucoup aujourd’hui. Le poste de sélectionneur, avant, c’était 80 % de coaching et 20 % de gestion, puis c’est passé à du 50/50. Sur un poste de sélectionneur comme le mien, je dirais même que c’est 70 % de gestion, de management global. Si tu n’arrives pas à gérer le côté management humain, c’est compliqué. J’ai été en avance jeune là-dessus, ça m’a permis peut-être d’un peu plus mature professionnellement par rapport à ça. Et puis j’ai fait des erreurs de management très tôt aussi, dans le foot. Quand tu es jeune, tu crois tout savoir, comme tout le monde au final. Donc je me suis remis en question. Tu prends une ou deux claques et ça permet d’avancer.

J’ai dit à mon père : « Non, moi, je reste à Cannes ! »

Et cette ouverture d’esprit, ça vient d’où ?

Avec Christian Lopez, sur le banc du Cannet-Rocheville, en 2007. Photo 13HF/AB

C’est mon histoire de vie aussi, parce que mon père a beaucoup bougé dans différentes régions, on déménageait souvent. Il était banquier au Crédit Lyonnais, à la gestion privée. Il gérait des fortunes. En fait, je l’ai suivi. Je suis né à Valence mais je n’y suis resté qu’un an. Ensuite on a déménagé à Chalon-sur-Saône, puis à Epinal dans les Vosges, à Sens près d’Auxerre et enfin à Cannes, où je suis arrivé quand j’étais en classe de première. Et quand mon père a encore déménagé en Avignon, cette fois, j’ai dit « Non, moi je reste à Cannes, je suis bien là (rires) ! » J’avais 19 ans, j’étais intégré. Il m’a dit « OK, mais tu te débrouilles ».

C’est pour ça qu’il a fallu aussi que, en parallèle de mes études, je me « monnaie » un peu auprès des clubs de Mougins et de Rocheville (Cannet-Rocheville). J’avais fait un remplacement à l’hôpital des Broussailles à Cannes (devenu hôpital Simone-Veil) pendant quelques mois, en hématologie, après mon BTS biologie analyse médicale, et quand la personne que je remplaçais est revenue, je me suis dit « soit tu retournes travailler dans un laboratoire, soit tu travailles dans un club ». J’ai eu l’opportunité à Mougins d’avoir un emploi avec le club, toujours grâce à Philippe Pineau, et ensuite je suis parti à Rocheville, je jouais en équipe Une, et quand ils ont changé d’entraîneur, j’ai pris en charge la réserve, en Première division de District. J’étais entraîneur-joueur et on est monté en PHB ! Christian Lopez, qui entraînait la PHA, est monté en DHR mais il voulait prendre du recul : c’est lui qui m’a propulsé à la tête de la DHR avec l’aval de Jean-Marie Principiano, le président, une personne très importante pour moi, et tout est parti de là ! On est monté en DH puis en CFA2. J’ai démissionné de la société de Philippe Pineau et j’ai crée mon poste de salarié à plein temps au club de foot du Cannet, de 2007 à 2010, avant de partir en Afrique.

Joueur, tu avais un niveau régional…
Oui, j’étais un joueur amateur de niveau régional, gaucher, milieu de terrain. Bon, quand j’entraînais en CFA2, une fois, je me suis « fait rentrer tout seul » en cours de match et j’ai marqué aussi (rires) ! Toutes les connaissances que j’ai aujourd’hui, hormis les copains d’enfance, elles viennent du football, de Mougins et de Rocheville. Je suis toujours en contact avec les personnes que j’ai connus dans ces clubs à cette époque, mais j’y suis peu retourné. Je ne suis pas souvent ici, et quand je viens, je souffle.

« J’ai pris un risque »

Avec Le Cannet-Rocheville, en 2007. Photo 13HF/AB

Quand tu es parti du Cannet-Rocheville en octobre 2010 pour aller en Côte d’Ivoire, à l’ASEC Mimosas à Abidjan, c’était réfléchi ou c’était un coup de tête ? Et pourquoi l’Afrique ?
C’était le fait de se dire, voilà, avec Le Cannet-Rocheville, on était monté de DHR en DH puis de DH en CFA2, et à un moment donné, je m’apercevais que, pour quelqu’un avec mon profil, issu du milieu amateur, si je voulais encore « monter », j’étais bloqué. J’avais le DEF. Du coup, j’ai envoyé des CV à tout le monde, dont un à Hervé Renard, et un jour, Hervé m’a appelé : il était en stage avec le Ghana quand il était adjoint de Claude Leroy, à Abidjan, et à l’ASEC Mimosas, ils cherchaient un coach. C’est comme ça qu’il m’a mis en relation avec le club.

J’y suis allé, on était deux coachs à être reçus, il y avait aussi un entraîneur suisse, qui avait gagné la coupe du monde U20 je crois, je ne me souviens plus de son nom, et j’ai été recruté. Avec Hervé, on se connaissait, on avait joué une fois ensemble, il connaît bien mon beau-frère Thierry Pedrazzoli, qui est dans le giron, il a joué à Grasse et aussi à Mougins avec moi, il est président du club de foot du pays de Fayence (Var).

En partant dans l’inconnu, tu as pris un risque énorme, non ?
Oui, j’ai pris un risque. Je suis parti seul. J’avais signé deux ans, quasiment au même salaire qu’à Rocheville, mais pour que ma deuxième année soit validée, il fallait soit que je gagne le championnat, soit que je gagne la coupe, soit que j’aille en demi-finale de la Ligue des Champions. Finalement, on a gagné la coupe, 5-4 aux tirs au but (sourire), et mon contrat a été prolongé d’un an ! J’y suis resté deux ans et demi.

« En Afrique, tu passes un baccalauréat chaque week-end »

Avoir une sélection, c’était quelque chose que tu avais en tête depuis longtemps ?

Avec le président du Cannet-Rocheville, Jean-Marie Principiano, en 2007. Photo 13HF/AB

Oui, c’était une évolution sportivement. En France, les gens ne connaissent pas trop le marché des entraîneurs en Afrique. Là-bas, on regarde un CV, on dit « tu as fait un an ici, tu as fait un an là-bas, tu as beaucoup bougé », mais ce n’est pas le même marché. En Afrique, tu prépares ton équipe et ton match comme si tu passais un baccalauréat tous les week-ends. En club, ce n’est pas la même mise en place tactique qu’une sélection, et je recherchais ça, mettre un vrai projet global en place, voir si ça fonctionne. Ce n’est pas la même mise en place sportive non plus, qui est axée sur le long terme. En club, tu ne peux pas faire ça.

Par exemple, à l’Espérance de Tunis ou au Wydad (Casablanca), en cas de mauvais résultats, tu t’en vas. Ce n’est pas du tout la même chose. Là, en sélection, tout le monde te fait confiance, tu as le temps, tu peux vraiment avoir un impact sur la durée. En Ouganda, j’ai mis en place un projet sportif; on a récupéré des joueurs, on s’est qualifié pour la CAN, on a passé les poules, on s’est fait éliminer par le Sénégal en 2019. C’est ce qui me plaît aussi avec le Congo, une sélection qui a un passé, qui a eu et qui a de très-très bons joueurs. Mais la clé, c’était à Niort.

A Niort ?? Peux-tu expliquer ?
A Niort, c’était particulier, mais franchement, j’ai passé deux années magnifiques là-bas (de 2020 à 2022, en L2). Je me suis régalé avec une équipe jeune, mais bon, sur la troisième saison, on n’était plus sur la même longueur d’ondes avec le président Mikaël Hanouna, qui voulait faire du trading. Il vendait tout.

« Niort ? J’avais envie d’avoir un contrat d’entraîneur pro en France »

Comment as-tu atterri à Niort ?
C’est Karim (Fradin, l’ancien président) qui me fait venir, ça se passe bien, j’étais content d’avoir un président « foot », sauf que quand on revient de stage de préparation en Bretagne, il m’invite au restaurant et là il me dit qu’il a vendu le club. Bon… Après, je comprends, quand je suis arrivé, il ne pouvait pas tout me dire, c’est le business. Mikaël Hanouna prend la suite et le projet s’oriente totalement sur le trading. OK, je l’accepte, un an, deux ans, on a vendu pas mal de joueurs, mais à un moment donné, pour ta progression personnelle, tu as besoin de te fixer de réels objectifs sportifs. J’avais déjà refusé des projets en Afrique. Et puis la RDC est arrivée… Je savais qu’il y avait un potentiel au Congo, qu’il y avait une grosse marge de progression.

A l’époque, le timing a surpris (le championnat de Ligue 2 venait de commencer) et, surtout, ton départ a fuité dans les médias…

La fête après le match de la montée en CFA2 avec Le Cannet-Rocheville. Photo 13HF/AB

En fait, les gens ne le savent pas, mais voilà ce qui s’est passé. A Niort, j’avais un contrat de 2+1. Après la deuxième saison et un bon maintien en Ligue 2, assuré tôt, je fais part à Mikaël Hanouna de mon souhait de ne pas faire ma 3e année, c’était en avril ou mai, je ne sais plus. Je le fais par correction, ça laisse le temps au club de préparer la suite, sauf qu’il n’accepte pas. A ce moment-là, quand je lui dis « j’arrête’, je n’ai rien. Mais je cherchais à progresser.

Plus tard, on a un deuxième entretien. Là, je commençais à avoir des clubs qui me sollicitaient, Hanouna n’a pas lâché, il n’a pas accepté ma démission et c’est devenu tendu, parce que je ne voulais pas commencer la préparation. On n’a même pas parlé de salaire ! De toute façon, à Niort, je n’y suis pas allé pour l’argent : ce que je touchais était loin de ce que j’avais pu toucher en Afrique. Finalement, on se met d’accord pour que je fasse la préparation. Et arrive le Congo ! On allait à Annecy lors de la première journée, on recevait Bastia pour la 2e journée et ensuite, après ces deux matchs, on s’était mis d’accord pour que je parte. On gagne à Annecy et juste avant de jouer à Bastia, ça sort dans les médias.

Tu dis que tu n’es pas allé à Niort pour l’argent, mais pour quelles raisons alors ?
J’avais envie d’avoir un contrat professionnel d’entraîneur en France, parce que je viens du monde amateur.

Tu voulais prouver quelque chose, en somme…
Non, c’est juste l’opportunité qui a fait que. On avait envie de se poser avec mon épouse. J’ai découvert une région magnifique, on a adoré les Deux-Sèvres, on a acheté une maison là-bas, c’était vraiment bien. C’était un club familial, avec des jeunes, c’est dommage qu’il n’y ait plus rien aujourd’hui. Et après, tu dois avancer, tu continues ta carrière.

« Je n’ai pas de plan de carrière »

Revenir un jour en France, c’est dans un coin de ta tête ?
Je n’ai pas de plan de carrière. Mon plan, très tôt, c’était d’aller à la coupe du Monde. Jeune, c’était vraiment mon objectif, je me le suis fixé dès que j’ai entraîné, à 25 ans. Je me suis toujours dit, « tu es entraîneur de foot, tu veux devenir entraîneur professionnel et avoir la chance de vivre de ta passion »… J’ai appris sur le terrain. J’ai fait beaucoup de sacrifices professionnels et familiaux aussi. Et il y a une chose aussi : j’ai la particularité de n’avoir jamais été adjoint. J’ai toujours été numéro 1. Donc quand tu es toujours numéro 1, tu dois t’ouvrir, pour voir comment les choses se passent.

En fait, tu voulais avoir une sélection pour te donner la chance d’aller en coupe du Monde ?
L’objectif principal de ma carrière d’entraîneur, c’était d’arriver à entraîner en coupe du monde avec une équipe nationale. C’est un truc de fou ! En fait, j’y ai toujours cru. Quand je prends l’Ouganda, c’est aussi pour ça : je me dis, j’ai une sélection, je vais voir comment ça fonctionne, je vais apprendre, grandir encore, me faire un nom pour pouvoir être légitime et prendre des équipes qui peuvent aller à la Coupe du monde, parce que je garde toujours cette idée en tête. Et c’est ce qui s’est passé avec le Congo. J’ai rencontré à Paris le ministre des sports de l’époque, Serge Tshembo Nkonde, je connais bien le pays : tu ne peux pas, si tu n’as pas un certain nombre d’années d’expérience de l’Afrique en général, réussir au Congo, car il y a des clés, des codes, une expérience que tu dois connaître. Sinon c’est difficile.

Sébastien Desabre, chez lui, dans le Var, le 11 avril 2026. Photo 13HF/AB

Tu avais posé des conditions ?
Oui, mais j’en avais une seule : c’était celle d’être sélectionneur-manager. Sélectionneur simple, ce n’était pas possible. Là, je m’occupe de TOUTE la sélection : cela va du staff en passant par le recrutement. Je suis en relation directe avec la société qui s’occupe de la logistique, je regarde tout, les équipements, le design, les matchs amicaux, etc.

Bien sûr, je ne fais pas tout, il y a un staff, mais je délègue. C’est du management. Et à la fin, je valide pour être certain que le cadre est totalement professionnel. Comme ça, quand je vais chercher un joueur binational qui joue en Premier League par exemple, que je lui présente le projet, que je lui dis « Chez nous, ça se passe comme ça et comme ça », eh bien, c’est exactement ce qui se passe. Le joueur est dans les meilleures conditions. Lui, il s’engage à amener le maximum de son potentiel et nous on s’engage à lui mettre la structure qui va lui permettre de s’exprimer. C’est important. Le ministre a accepté ça. Tous les pays ne l’acceptent pas. C’est ça qui fait que tu as beaucoup plus d’impact que sur une sélection classique.

J’ai utilisé 55 joueurs, dont 30 à qui j’ai offert leur première sélection. Surtout des binationaux que je suis allé chercher, comme Aaron Wan-Bissaka de West Ham ou Axel Tuanzebe de Burnley, qui a marqué le but de la qualification face à la Jamaïque, et pour ça, c’est moi qui me déplace. Je vais voir les familles, les agents, je suis très autonome là-dessus. Je suis beaucoup en voyage pour aller voir les joueurs.

Du coup, j’ai la chance de voir beaucoup de gros matchs de très haut niveau, en Bundesliga, en Premier League, en Espagne, et ça aussi, en termes de construction de coach, c’est super enrichissant. Tu apprends à chaque match. Pour cette raison-là également, sélectionneur, c’est un poste qui est fantastique. Après, une autre chance, dans ce mandat-là, c’est d’avoir un comité de normalisation (Conor) à la Fédération avec simplement quatre personnes pour gérer les aspects administratifs et financiers. Et de fait, le sportif était de mon ressort.

« On est organisé comme l’équipe de France »

Un article de presse, en 2007. Photo 13HF/AB

Ta chance également, entre guillemets, c’est d’avoir eu des résultats rapidement…
Encore une fois, c’est une prise de risque et on a eu la chance de faire, oui, de faire des résultats au début, de disputer aussi une superbe Coupe d’Afrique des Nations, avec une demi-finale, donc ça te fortifie. Les joueurs cadres, les Chancel Mbemba ou Cédric Bakambu, se sont mis de suite dans le projet, parce qu’on a réussi à évoluer très vite dans le professionnalisme, l’encadrement et la structure.

Aujourd’hui, on est organisé comme l’équipe de France quand elle se déplace, on va dans les mêmes standards d’hôtel, et ainsi de suite. Dans un pays de 100 millions d’habitants, qui reste un pays avec des moyens, avec un président de la République (Félix Tshisekedi) qui est « foot », qui nous soutient, et ça c’est l’une des clés, le football reste toujours un vecteur social. Parce que les gens ne s’imaginent pas (il souffle), on joue dans des stades de 120 000 spectateurs ! Et quand le match est à 20h, c’est déjà rempli à 14h, c’est incroyable ! En RDC, la réussite de la sélection nationale, c’est leur fierté, je le vois quand je suis à l’aéroport, les gens te remercient, il ne faut pas oublier que ce sont des pays en guerre (conflit avec le Rwanda, Ndlr), ils ont besoin d’évacuer.

La guerre, c’est forcément quelque chose qui te parle, tu l’as vécue de près en Côte d’Ivoire…
Lors de mes première années à Abidjan, j’ai été exfiltré par l’Armée française après neuf jours d’isolement, c’était entre les deux tours de l’élection présidentielle qui opposait Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara. On s’est fait tirer dessus, ça a été chaud. Toutes ces expériences font que l’on devient meilleur ensuite dans le management.

« Mes joueurs sont fantastiques ! »

Au coup de sifflet final libérateur au Mexique, à 120e, quand la RDC a validé son ticket pour le Mondial en battant la Jamaïque (1-0 a.p.), tu as pensé à qui, à quoi ?

Au moment de son départ du Cannet-Rocheville, en 2010, avec les amis du club. Photo 13HF/AB

La première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est « ça y est » ! On avait mis ça en place depuis trois ans et demi. On avait UN SEUL objectif : se qualifier à la Coupe du Monde. Pour effacer les 52 ans d’absence. Pour toutes les générations. Et il faut être honnête aussi, on a pris une petite revanche parce que contre le Sénégal, dans le dernier match de la phase de poule, on menait 2 à 0 mais on n’est pas arrivé à tenir le score… Forcément tu as ta part de responsabilité là-dedans, tu perds 3-2, ça veut dire que tu es tout près de la Coupe du Monde pendant ce match et finalement, tu perds, et là, tu recules de cinq matchs en arrière.

On s’est retrouvé dans une situation où, pour aller à la Coupe du Monde, tu es obligé de gagner au Togo, tu es obligé de gagner contre le Soudan, contre le Cameroun, contre le Nigeria et contre la Jamaïque. Le groupe a eu cette résilience-là. Les joueurs sont fantastiques, très professionnels. Au final, ce parcours-là est incroyable, on a eu des gros-gros matchs. Il fallait ça pour atteindre l’objectif. Et puis il y a la satisfaction d’être arrivé à mettre quelque chose en place avec mon staff. On a partagé tous ensemble, parce que je ne suis pas seul.

Ndlr : Le 9 septembre 2025, le Sénégal, mené 2 à 0, s’était finalement imposé 3-2 à la 87e et avait terminé en tête de son groupe avec 24 points, devant la RDC, 22 points, en tête avant cet ultime match.

Ce match contre le Sénégal, tu l’avais en tête encore…
Non, parce que le Sénégal mérite sa qualification. Au tirage au sort des groupes de qualification, on est tombé avec la meilleure équipe d’Afrique selon moi, celle qui a les meilleurs joueurs. Donc là, quand tu sais que tu es avec eux, et que tu sais qu’il n’y a qu’une seule équipe qui y va (à la coupe du Monde), tu te dis « bon »… Mais, on avait fait match nul chez eux, on était premiers quand on les a reçus, donc on a fait des super-qualifs aussi par rapport au tirage au sort. L’histoire est comme ça. Il fallait que l’on en passe par là, c’est encore plus beau, on s’en souviendra encore plus, c’est génial !

« Sébastien Migné est comme un frère »

Sélectionneur ou entraîneur de club : que préfères-tu ?

En 2002, lorsqu’il était joueur, au FC Mougins. Photo G.M.

Sélectionneur, tu fais 10 à 12 matchs dans l’année, sauf quand il y a la CAN, il y a les 5 rassemblements, les 60 séances d’entraînement que tu dois faire alors qu’en club, tu en fais 250. Donc quand tu aimes entraîner, le terrain, les matchs, tout ça, ça te manque un peu. Quand tu es en club pendant 2 ou 3 ans, tu es dans le « tube », tu ne récupères jamais. Pour avoir eu la chance de faire les deux, je peux dire que je n’ai pas de préférence.

Pour moi, c’est le projet sportif qui est intéressant, même si le terrain, quand tu es sélectionneur, ça manque un peu au quotidien. Et puis, quand tu perds en club, tu as tout de suite un match qui arrive, tu enchaînes; là, en sélection, une fois que tu as tes dates FIFA, ça dure 8 jours, et après, il n’y a pas de cession de rattrapage, tu dois attendre les prochaines échéances pendant 2 mois. Après, c’est sûr que tu as un petit peu plus de temps libre quand tu es sélectionneur.

Renard, Migné, toi… On dirait que vous êtes une famille, avec Claude Leroy en chef, c’est un peu ça ?
On est en contact assez souvent. Je vois beaucoup Sébastien (Migné), qui est comme un frère, on est très proche familialement. Avec Hervé (Renard), on se téléphone parfois ou on s’envoie des messages, et Claude (Leroy), je le vois sur les matchs, il est toujours là. Je l’ai toujours dit, Claude a été le précurseur, avec Philippe Troussier et d’autres. Hervé a été l’adjoint de Claude au début (avec le Ghana, en 2007-2008), Seb’ a pris la place d’Hervé comme adjoint ensuite (avec Oman en 2008 avant de l’accompagner pendant de nombreuses années sur différentes sélections).

Moi, j’ai été un peu en dehors de ça parce que j’ai fait ma carrière comme numéro 1, sans passer par la case adjoint, avec des réussites, des échecs, en me construisant un peu tout seul même si tu as besoin d’aide extérieure. Il y a eu des rencontres dans ma vie qui m’ont permis de prendre des virages. Et puis il y a cette entraide entre nous : on est content les uns pour les autres, et pas du tout en concurrence.

Contre la Jamaïque, sur le banc, on a bien vu ta chemise blanc et la crinière blanche, qui était blonde avant (!), un look qui rappelait celui d’un certain Hervé Renard !
On ne choisit pas forcément nos couleurs sur le banc ! On est tributaire des réunions techniques avec les arbitres. L’histoire, sur ce match, c’est que l’arbitre central devait avoir un maillot rouge. Quand j’ai vu ça, je me suis dit « parfait », parce que moi, j’aime bien être en noir. La raison est simple : même par 31 degrés à l’ombre, les auréoles, on ne les voit pas (rires) ! Mais la veille, l’arbitre argentin a décidé de se mettre en noir, donc je n’ai pas eu trop le choix (rires) !

Si tu es assez réservé en dehors du terrain, tu es beaucoup plus démonstratif sur le banc…
Oui, je parle, je vis le match, je mets cette énergie dans cet espace temps, mais pas de manière démesurée, parce que tu dois discuter avec ton staff, prendre des décisions, avoir une réflexion tactique, penser aux changements. En fait, je discute beaucoup avec mon staff pendant le match, j’aime bien prendre les avis des uns et des autres, même si je ne les suis pas toujours.

« Ce fut un parcours du combattant »

Face à la Jamaïque, on a senti un match très tactique, on a senti le poids de l’enjeu aussi…
On avait beaucoup préparé tactiquement et stratégiquement cette rencontre. On a joué à 15h sous 31 degrés, avec beaucoup de pression. Dans un match comme ça, c’était l’un ou l’autre. Donc tu ne te livres pas. Ce n’était pas le match de l’année, mais j’ai de bons joueurs, qui jouent dans les meilleurs clubs européens, et même la Jamaïque, qui pouvait nous emmener aux penalties, a de très bons joueurs. Après, sur le nombre d’occasions, je pense que c’est logique; ça s’est débloqué sur un coup de pied arrêté. Ce sont des phases de jeu très importantes. On les travaille beaucoup. Contre le Cameroun, au match précédent, on avait débloqué la situation aussi sur coup de pied arrêté, à la dernière minute (Chancel Mbemba à la 90’+1). Là, pareil.

Tu réalises que tu vas aller à la coupe du Monde, ou pas encore ?
Là, on a des réunions le matin, on est en train de définir les matchs amicaux, les lieux des stages, etc. Il ne faut pas oublier qu’avec l’Irak, on est les derniers à s’être qualifiés. Pour la petite histoire, on est les avant-derniers, puisqu’on a joué à 15h et que l’Irak a joué à 21h ! C’est fou ! On a fait 13 matchs de qualifs’ pour y arriver ! On a commencé notre campagne en novembre 2023. Ce fut un parcours du combattant, on a eu des matchs comme au Soudan du Sud où il a fallu jouer sur un synthétique… On a eu une capacité d’adaptation très importante.

« Dans ma tête, je sais ce que j’aimerais faire »

En France, tu n’es pas encore très connu, sauf des spécialistes évidemment : n’as-tu pas envie d’y entraîner à nouveau un jour, afin d’être reconnu ?

Sébastien Desabre en 2007, au Cannet-Rocheville. Photo G. M.

Que je ne sois pas connu, ça ce n’est pas très grave. Aujourd’hui, la légitimité d’entraîner un club de Ligue 1 en France, on se l’est donné. Mon parcours fait que tu penses avoir les compétences pour le faire. Après, il y a déjà eu des contacts avec certains clubs, mais aujourd’hui, non. Et demain, ça peut être une possibilité.

Je suis sous contrat jusqu’en 2029 avec la RDC. Il y aura un avant et un après Coupe du Monde, où on va essayer de faire le maximum pour sortir de la poule; je pense que l’on est en capacité de passer la première phase au moins, et puis après on verra. En France, je n’aurai jamais la même aura que celle que j’ai en Afrique où, de par ma carrière, mes résultats, je sais que j’ai la capacité de continuer. Je ne fais pas de plan. Cela dépendra des opportunités. De toute façon, dans ma tête, je sais ce que j’aimerais faire. Là, pour l’instant, mon objectif, à moyen terme, c’est de faire une bonne Coupe du Monde avec la RDC. Pour l’objectif à long terme, on verra.

Sébastien Desabre, chez lui, dans le Var, le 11 avril 2026. Photo 13HF/AB

En France, on commence à voir de nouvelles têtes, de nouveaux jeunes entraîneurs, qui arrivent sur le marché, en Ligue 1, en Ligue 2…
Le marché est très difficile. Je sais qu’il y a de très bons coachs, très compétents, en National 2, en National, mais après, il faut avoir les opportunités. Et puis il y a les choix de carrière, les sacrifices, tout cela entre en ligne de compte. Quand je suis arrivé en Afrique à l’ASEC Mimosas, à Abidjan (en 2010), les Français étaient assez nombreux sur le continent, malheureusement, depuis, on est de moins en moins, parce que la France a fait le choix de limiter le nombre de diplôme du BEPF à 10 chaque saison, qui est aussi le diplôme de l’UEFA Pro, pendant que d’autres pays en délivrent dix fois plus par saison, comme le Portugal (90 par an), la Belgique ou l’Espagne, avec qui la France est en concurrence là-dessus.

Donc tous ces entraîneurs-là, compétents aussi, viennent sur le marché du travail en Afrique, ce qui fait que l’on a perdu des places, en raison du nombre et du manque de délivrance. C’est une stratégie différente. La FFF a voulu conserver un diplôme « high tech », difficile à obtenir, alors que d’autres pays ont ouvert ce diplôme. Et donc, certains coachs compétents sont barrés par ce fonctionnement. Quand je suis parti de France il y a 16 ans, ce n’était pas le cas. Et puis, on le voit bien aujourd’hui, le marché est difficile, le coach a perdu de sa superbe aussi : il est presque devenu un kleenex.

C’est quoi, l’objectif à long terme, ce que tu as dans un coin de ta tête ?
On verra…

(1) Sébastien Desabre a entraîné : ASEC Mimomas Abidjan (Côte d’Ivoire, 2010-12), Coton Club Garoua (Cameroun, 2012-13), Espérance Sportive Tunis (Tunisie, 2013-14), Clube Recreativo Desportivo Libolo (Angola, 2015), Dubaï Cultural SC (Emirats Arabes Unis, 2015-16), Jeunesse Sportive de Saoura (Algérie, 2016), Wydad Casablanca (Maroc, 2016-17), Ismaily SC (Egypte, 2017), équipe nationale d’Ouganda (2017-19), Pyramids FC (Egypte, 2019), Wydad Casablanca (Maroc, 2020), Chamois Niortais (2020-22), équipe nationale de la République Démocratique du Congo (depuis octobre 2022).
Palmarès : vainqueur de la coupe de Côte d’Ivoire, champion du Cameroun, champion d’Angola, champion du Maroc, champion de Tunisie, demi-finaliste de la CAN, finaliste de la coupe d’Egypte, qualification en coupe du monde, etc.

Avec la réserve de l’ES Cannet-Rocheville, en 2001 (debout, 6e en partant de la gauche. On reconnaît Philippe Pineau, debout, 2e en partant de la gauche). Photo G. M.
  • Texte : Anthony BOYER / X @BOYERANTHONY06 / mail : aboyer@13heuresfoot.fr
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